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Full text of "Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 20"

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NOUVEAU  DICTIONNAIRE 

DE  MÉDECim  ET  DE  CHIRURGIE 

^  PRATIQUES 

ILLUSTRÉ  DE  FIGURES  INTERCALÉES  DANS  LE  TEXTE 


Bekj.  ANGEE,  a.  M.  BARBALLIER,  BERNDTZ,  P.  BERT,  BŒCKBL,  BOIGKET, 

J.  CBÂEYËL,CESCOrDÉMABQDAY,DE.l\üCË,DESKOS,DESOBMEAüX,A.  pESPRÈS.DETILLlRRS, Mathias DüVAL. 
.FERKET,  Alf.  FpPRlSIEB.  A>  FOVILLE,  T.  GALLARD,  GAl’CHET,  H.  GINTBAC,  GOSSELIK, 

Aiph.  GCÉEIK,  a.  Hardy,  HÉRADD,  HEDRTAUX;  hirtz,  jaccold,  jacqdemet,  jeankel,  eœbeelé, 
LAN,\EL0.\GÜE,  LEDEÿTÜ,  R.  I.EPIKE,  P.  LORAIH,  LUHÈrTlUTO.Y,  L.  MARTIHEAU,  A.  MÉI^OK, 

A.  OLLIvÏÈR,  ORÉ,  PAN^,  F.  POKCET,  MÆjIYNaDD,  RICHET,  Ph.  EICOED,  RIGAL,  lutES  ROCHARD, 

Z.  EODSSIN,  SAIK'ÎI^GERMAIN,  Ch.  SARAZIN,  Gekm^n  SÉE,  Jdies _OTOiV, 

SIREDEY,  STOLTZ,  A.  TARDIEU,  S.  TARXIER,  VALETTE,  VERJON,  Are.  VOISIN. 


TOME  VINGTIÈME 

I-AC  —  mX 


i’S  L  ST  E 


32  0  2  S 


PARIS 


LIBRAIRIE  J.  B.  BAILLIERE  et  FILS 

19,  rue  Haulefeuille,  près  le  boulevard  Saint-Germain 
Madrid 

CABLOS  BAILLV-BAILLIÈBE 


1875 


NOUVEAU  WCTIÔN^AIRE 


PRATIQUES 


L 

liABYRlWTHE.  Voy.  Oreille. 

liACUYMAJLES  (Glande  et  Voies),  —  La  glande  lacrymale  et  les 
voies  lacrymales  elles-mêmes  sont  les  surfaces  accidentées  que  parcourent 
les  larmes  pour  se  transporter  de  leur  organe  sécréteur,  situé  à  l’extré- 
inité  antérieure  de  l’angle  supéro-externe  de  l’orbite,  jusqu’cà  l’orifice  infé¬ 
rieur  du  canal  nasal  qui  s’ouvre  dans  le  méat  inférieur  des  fosses  nasales. 

Versées  par  les  conduits  excréteurs  de  la  glande  lacrymale  à  l’extrémité 
externe  du  cul-de-sac  oculo-palpébral  supérieur,  les  larmes  étalées  par  le 
mouvement  des  paupières,  et,  obéissant  d’ailleurs  à  l’action  de  la  pesan¬ 
teur,  suivent  l’inclinaison  de  la  conjonctive  et  se  portent  ainsi  de  dehors 
en  dedans  et  de  haut  en  bas,  jusqu’à  l’angle  interne  où  grand  angle  de 
1  œil.  Là,  elles  s’accumulent  dans  le  lac  lacrymal,  d’où  elles  sont  reprises 
parles  points  lacrymaux,  qui  par  l’intermédiaire  des  conduits  lacrymaux 
les  transportent  dans  le  sac  lacrymal  et  puis  dans  le  canal  nasal  qui  les 
déverse  lui-même  dans  le  méat  inférieur  des  fosses  nasales. 

ANATOMIE 

Nous  étudierons,  dans  leur  ordre  physiologique,  les  diverses  parties 
dont  se  compose  cet  ensemble  ;  1“  la  glande  lacrymale  et  ses  conduits 
excréteurs  ;  2“  la  surface  conjonctivale,  que  nous  nous  contentons  de 
signaler  parce  que  son  étude  a  été  faite  au  mot  Conjonctive  (Voy.  t.  IX, 
P-  38)  ;  3“  les  points  lacrymaux  ;  4“  les  conduits  lacrymaux,  étendus  du 
ac  acrymal  au  sac  lacrymal;  5°  le  sac  lacrymal,  réservoir  des  larmes; 

enfin  le  canal  nasal,  qui  conduit  les  larmes  dans  le  méat  inférieur. 

L  Glande  lacpymale.  --  On  donne  le  nom  de  glande  lacrymale 

aeux  corps  glanduleux  situés  à  la  partie  supérieure  et  externe  de  l’or^, 

BOBV.  dict.  béd.  et  chik.  XX  _  1 


2  LACRYMALES  (glande  et  voies).  —  glande  (anatomie). 

bile.  Le  plus  élevé,  appelé  glande  lacrymale  jyroprement  dite,  glande 
innommée  de  Galien,  occupe  la  fossette  lacrymale  creusée  dans  l’os  frontal 
et  ne  dépassé  jamais  lérebord  orbitaire  à  l’état  normal.  Le  second  s’avance 
jusque  dans  la  paupière  supérieure, 
s’étale  sous  la  conjonctive  et  porte 
le  nom  de  glande  accessoire  (glande 
de  Rosenmuller,  glande  conglomé¬ 
rée).  —  Béraud  a  décrit  comme  des 
parties  de  la  glande  lacrymale  les 
nombreuses  glandules  qui  versent 
leur  produit  de  sécrétion  dans  la 
moitié  interne  des  sillons  oculo-pal- 
pébraus  supérieur  et  inférieur,  mais 
on  trouvera  leur  description  dans 
l’article  Conjonctive,  car  elles  font, 
en  effet,  partie  de  cette  membrane 
(fig.  -1).  _ 

La  glande  lacrymale  proprement  dite,  ou  portion  orbitaire,  est  située 
dans  la  fossette  orbitaire  ;  elle  présente  une  couleur  rosée,  elle  est  allon¬ 
gée  transversalement  et  aplatie  de  haut  en  bas,  de  façon  à  simuler  une 
petite  amande  qui  aurait  1  centimètre  et  demi  .de  long  ;  comprise  dans 
un  dédoublement  du  feuillet  orbitaire  de  l’aponévrose  orbito-oculaire, 
elle  est  fixée  par  sa  face  supérieure  convexe  à  la  fossette  orbitaire  qui  la 
contient.  Par  sa  face  inférieure  concave,  elle  est  en  rapport  avec  le  muscle 
releveur  de  la  paupière  supérieure  et  avec  le  droit  externe  sur  lesquels 
elle  repose  surtout  par  ses  extrémités.  Par  sa  portion  médiane,  c’est-à-dire 
entre  les  deux  muscles,  elle  est  en  rapport  avec  une  couche  du  tissu 
adipeux  de  l’orbite  qui  la  sépare  du  globe  oculaire.  Son  bord  antérieur, 
parallèle  au  rebord  orbitaire,  en  reste  distant  de  2  à  4  millimètres,  de 
telle  sorte  qu’en  refoulant  la  paupière  on  ne  peut  pas  l’atteindre.  Son 
bord  postérieur,  qui  reçoit  l’artère  et  le  nerf  lacrymal,  s’avance  quelque¬ 
fois  très-loin  jusqu’au  niveau  du  milieu  de  la  voûte  orbitaire.  Ses  extré¬ 
mités  sont  arrondies  et  reposent,  la  supérieure  ou  interne  sur  le  releveur 
de  la  paupière,  l’externe  ou  inférieure  sur  le  droit  externe. 

La  portion  palpébrale  est  aplatie,  irrégulièrement  quadrilatère,  beau¬ 
coup  moins  volumineuse.  Le  releveur  de  la  paupière  recouvre  sa  face  supé¬ 
rieure  et  la  sépare,  en  arrière,  de  la  portion  orbitaire  dont  le  bord  antérieur 
empiète  un  peu  sur  elle  ;  en  avant,  du  ligament  suspenseur,  du  muscle 
orbiculaire  et  du  tégument  de  la  paupière  supérieure.  Par  sa  face  infé¬ 
rieure,  elle  est  en  rapport  avec  le  muscle  droit  externe,  et  plus  bas  avec  la 
conjonctive.  Par  son  bord  inférieur  elle  répond  au  tiers  externe  du  cul-de- 
sac  oculo-palpébral  supérieur;  c’est  au  niveau  de  ce  bord  que  les  canaux 
excréteurs  delà  glande. viennent  s’ouvrir  sur  la  conjonctive.  Ses  bords 
latéraux  sont  irréguliers,  l’externe  correspond  au  niveau  de  la  commis¬ 
sure  palpébrale,  l’interne  se  rappi-oche  plus  ou  moins  du  tiers  moyen  de 
la  paupière  supérieure. 


Fio.  1.  —  Face  postérieure  des  paupières; 
glande  lacrymale. 


LACRYMALES  (glande  et  voies).  —  glande  (anatomie).  3 

La  glande  lacrymale  est  une  glande  en  grappe  ;  à  l’œil  nu,  on  voit  les 
lobes  parfaitement  distincts,  agglomérés  pour  la  portion  principale,  étalés 
au  contaire  et  presque  séparés  pour  la  portion  palpébrale.  Des  cloi-sons  de 
tissu  conjonctif  séparent  les  lobules  les  uns  des  autres  et  forment  la  cliar^ 
pente  de  la  glande.  Son  tissu  propre  est  formé  par  des  acini  dont  les  con¬ 
duits  sécréteurs  se  réunissent  pour  former  des  conduits  excréteurs  qui 
vont  s’ouvrir  à  la  partie  externe  du  cul-de-sac  oculo-palpébral  supérieur, 
à  4  ou  5  millimètres  au-dessus  du  cartilage  tarse,  au  devant  de  l’angle  de 
réflexion  de  la  conjonctive  (Sappey),  et  à  une  distance  de  2  ou  5  milli¬ 
mètres  les  uns  des  autres.  Les  lobules  de  la  glande  sont  constitués  par  un 
nombre  plus  ou  moins  grand  de  culs-de-sac  à  forme  ronde  et  dont  le  dia¬ 
mètre  varie  de  5  à  10  centièmes  de  millimètre.  Leur  paroi  est  amorphe  et 
l’épitbélium  qui  les  tapisse  est  arrondi  et  ne  forme  qu’une  simple  couche. 
Chaque  cellule  épithéliale  renferme  un  noyau  sphérique.  Tous  les  culs- 
dé-sac  déversent  leur  produit  de  sécrétion  dans  le  canal  du  lobule  duquel 
ils  font  partie.  Ces  canaux  lobulaires  se  réunissent  ensuite  pour  former  les 
canaux  excréteurs  proprement  dits. 

Pendant  longtemps  on  a  ignoré  la  véritable  disposition  de  ces  canaux, 
et  c’est  en  vain  que  Santorini,  Morgagni,  Haller  et  ceux  qui  les  ont  pré¬ 
cédés  avaient  essayé  de  les  injecter.  Sténon  les  découvrit  le  premier  sur 
le  veau  ;  il  en  admettait  13  ou  14,  quoiqu’il  n’en  ait  représenté  que  Tl 
dans  son  ouvrage  sur  les  vaisseaux  de  l’œil,  de  la  bouche  et  de  l’oreille. 
Depuis  lors  jusqu’à  Monro  on  en  décrivit  hahituellement  10  ou  12  ;  mais 
ce  dernier  auteur,  qui  les  remplit  pour  la  première  fois  de  mercure,  n’en 
trouva  que  2. 

Plus  tard,  Gosselin  ne  put  en  injecter  que  2  chez  le  mçuton,  5  chez  le 
bœuf.  11  ne  nie  point  absolument  qu’il  y  en  ait  d’autres,  mais  pour  lui 
les  canaux  des  glandules  formant  la  glande  accessoire  iraient  pour  la  plu¬ 
part  s’ouvrir  séparément  sur  la  conjonctive,  le  plus  petit  nombre  seule¬ 
ment  se  jetant  dans  les  deux  conduits  principaux.  En  définitive,  le  nombre 
des  conduits,  pour  Gosselin,  serait  de  8  ou  10,  2  seulement  appartenant 
à  la  glande  principale,  les  6  ou  8  autres  à  l’accessoire.  En  raison  de  ces 
dispositions,  on  expliquerait  aisément  pourquoi,  dans  le  cas  d’ablation  de 
la  glande  lacrymale  squirrheuse  par  Todd,  O’Beirn,  Mackenzie,  Lawrence, 
J.  Cloquet,  on  a  remarqué  que  l’œil  conservait  son  poli  et  son  brillant, 
les  glandes  accessoires  continuant  à  verser  le  produit  de  leur  sécrétion  sur 
la  conjonctive.  Les  recherches  de  Tillaux  faites  en  1859  viennent  à  l’appui 
delà  description  de  Gosselin.  Mais  les  injections  avaient  été  insuffisantes 
et  c’est  à  Sappey  que  nous  devons  la  meilleure  description  de  ces  con¬ 
duits  excréteurs;  il  communiqua  en  1853,  à  la  Société  de  biologie,  les 
principaux  résultats  de  ses  recherches.  Il  reconnaît  :  que  le  nombre  des 
canaux  excréteurs  qui  parlent  de  la  portion  orbitaire  varie  de  3  à  5^.; 
qu’ils  reçoivent,  en  parcourant  la  portion  palpébrale,  tous  les  canalicules 
des  lobules  situés  sur  leur  trajet;  enfin,  que  les  conduits  accessoires,  au 
nombre  de  2  ou  3  seulement,  viennent  exclusivement  des  lobules  excen¬ 
triques  de  celte  portion  palpébrale  et  qu’ils  marchent  parallèlement  aux 


4  LACRYMALES  (glande  et  voies).  —  points  lacrymaux  (anatomie). 
conduits  principaux.  Leur  ouverture  exacte^ est  située  au  tiers  externe  du 
cul-de-sac  supérieur,  à. 4  ou  5  millimétrés  au-dessus  du  cartilage  tarse. 
—  Les  parois  de  ces  conduits  sont  formées  d’éléments  conjonctifs  avec 
des  noyaux  et  des  librilles  élastiques.  On  trouve  à  leur  face  interne  une 
cbuche  d’épithélium  cylindrique. 

V artère  lacrymale,  branle  de  l’ophthalmique,  quelquefois  de  la  ménin¬ 
gée  moyenne,  aborde  la  glnnTlê  par  son  bord' postérieur.  Après  avoir  tra¬ 
versé  le  parenchyme  glandulaire,  elle  envoie  quelquefois  quelques  rameaux 
jusque  dans  la  paupière  et  la  régiôn  temporale.  Les  veines  nombreuses 
se  rendent  dans  l’ophthalmique.  On  ne  connaît  point  les  lymphatiques. 

Les  nerfs  arrivent  aussi  à  la  glande  par  son  bord  postérieur  :  ils  lui 
viennent  de  la  cinquième  paire  et  du  sympathique;  peut-être  même 
reçoit-elle  un  filet  du  pathétique.  Le  trijumeau  lui  fournit  par  l’ophthal- 
mique  de  Willis,  le  filet  lacrymal,  et  par  le  maxillaire  supérieur  un  filet 
venu  du  rameau  orbitaire.  En  second  lieu,  le  grand  sympathique  lui 
envoie  des  filets  qui  suivent  l’artère  lacrymale.  Enfin,  on  a  signalé  un 
rameau  moteur  émanant  du  pathétique  et  se  rendant  dans  la  glande 
lacrymale;  mais  le  fait  a  besoin  d’être  vérifié. 

Pour  Pflüger,  les  tubes  des  nerfs  cérébraux  s’accollent  à  la  paroi  propre 
des  culs-de-sac  et  la  pénètrent  ;  quant  aux  fibres  sympathiques,  elles  abou¬ 
tiraient  aux  prolongements  des  cellules  ganglionnaires  situées  entre  les 
culs-de-sac. 

Le  volume  de  la  glande  lacrymale  est  plus  considérable  chez  l’enfant 
que  chez  l’adulte  :  aussi  Sappey  recommande-t-il,  pour  d’étudier,  de  choisir 
un  sujet  de  7  à  8  ans.  Le  développement  de  la  portion  orbitaire  est  en 
raison  inverse  de  celui  delà  portion  palpébrale  et  vice  versâ. 

'  On  a  signalé  certaines  anomalies  de  la  glande  .  lacrymale  :  son 
absence  est  très-rare  quand  le  globe  de  l’œil  existe  ;  pourtant  Hymly  et 
Schmidt  en  citent  un  exemple.  Son  absence  a  été  aussi  observée  par  Seiler 
chez  un  anencéphale  ;  sa  position  est  souvent  anormale  chez  les  cyclopes; 
chez  les  anophthalmes  elle  occupe  souvent  ce  globe  de  l’œil  (Cornaz). 

II.  Voies  lacrymales  proprement  dites.  —  A.  Points  lacry¬ 
maux.  —  A  quelques  millimètres  en  dehors  de  la  commissure  interne  des 
paupières,  et  sur  leur  bord  libre,  on  remarque  une  saillie  de  forme  pyra¬ 
midale,  nommée  tubercule  lacrymal.  Cette  saillie  est  surmontée  d’un 
point  noir  situé  à  la  réunion  de  la  muqueuse  et  de  la  peau,  point  qui  tend 
toujours  à  s’appliquer  sur  la  conjonctive  oculaire,  à  moins  que  des  rétrac¬ 
tions  pathologiques  ne  Paient  déplacé  de  sa  position  normale.  Le  point 
lacrymal  qui  surmonte  le  tubercule  lacrymal  supérieur  est  situé  un  peu 
plus  en  dedans  que  l’inférieur,  de  sorte  qu’au  moment  de  l’occlusion  des 
paupières  les  deux  orifices  au  lieu  de  se  trouver  sur  une  ligne  verticale, 
âbnt  placés,  au  contraire,  sur  une  ligne  horizontale  ;  le  supérieur  repo¬ 
sant  sur  le  pli  semi-lunaire,  l’inférieur  répondant  au  bord  libre  ou  con- 
cavè  de  ce  repli. 

L'es  points  lacrymaux  sont  deux  ouvertures  toujours  béantes,  dirigées 
toutes  les  deux  en  arrière  du  côté  du  lac  ;  cependant  la  supérieure  regarde 


6MA/ADET.SC. 


LEVEiLLÈ.DEL. 


LACRYMALES  (olande  et  voies).  —  condoits  lacrïhaiix  (anatomie).  5 
en  même  temps  un  peu  en  dehors,  et  l’inférieure,  un  peu  plus  grande, 
regarde  en  dedans.  Ils  sont  doués  d^une  élasticité  remarquable,  qui  a  pu 
faire  croire  à  l’existence  d’un  sphincter  ;  mais,  en  définitive,  on  n’y 
trouve  que  du  tissu  fibreux,  cartilagineux,  et  une  membrane  muqueuse 
(Sappey).  ^  ^ 

B.  CoKDUiTS  LACRYMAUX.  —  Les  conduUs  lacrymaux  vont  des  points  la¬ 
crymaux  au  sac  lacrymal  situé  à  la  partie  interne  et  inférieure  de  l’orbite 
(fig.  2).  Il  y  en  a  un  pour  chaque  paupière.  D’après  Sappey,  aussitôt  après 


Fig.  2.  —  Appareil  lacrymal. 

A,  Globe  oculaire.  —  D,  C,  Partie  interne  de  la  conjonctive  palpébrale.  —  D,  E,  F,  Tendons 
des  muscles  droits.  —  G,  Tendon  du  grand  oblique.  —  II,  Vaisseaux  et  nerls  sus-orbitaux.  — 
I,  Aponévrose  oculaire.  —  K,  Glande  lacrymale.  —  L,  Tendon  direct  de  l’orbiculaire.  — 
M,  Caroncule  lacrymale.  —  N,  Ampoule  et  canal  lacrymal  supérieur.  —  0,  Canal  lacrymal 
inférieur.  —  P,  Sac  lacrymal.  —  Q,  ouverture  inférieure  du  canal  nasal.  —  R,  Cornet  moyen. 
—  S,  Cornet  inférieur.  —  T,  Sinus  maxillaire  ouvert.  —  U,  Vaisseaux  et  nerfs  sous-O'.'bi  ■ 
taires  (.Akgeb,  Anatomie  chirurgicale). 


leur  origine  et  dans  l’intérieur  du  tubercule  lacrymal,  ils  formeraient  un 
renflement  pyriforine  à  base  regardant  le  bord  adhérent  des  paupières  et 
à  sommet  tourné  du  côté  du  point  lacrymal  ;  c’est  de  la  paroi  interne,  à 
la  base  de  ce  renflement,  que  partent  les  conduits  proprement  dits.  Pour 
d’autres  anatomistes,  cette  dilatation  serait  due  à  un  changement  de  direc¬ 
tion  des  conduits;  le  supérieur  sc  portant  en  haut  dans  une  étendue  de 
2  millimètres  pour  s’incliner  ensuite  en  bas  et  en  dedans  dans  l’épaisseur 
du  bord  libre  de  la  paupière  supérieure,  jusqu’à  la  commissure  interne 
des  paupières  ;  l’inférieur,,  au  contraire,  marchant  dans  un  sens  opposé, 
se  dirige  en  bas  dans  une  étendue  de  2  millimètres,  s’incline  en  dedans 
vers  le  conduit  supérieur  auquel  il  se  réunit  le  plus  souvent  à  quelques . 


6  •  LACRYMALES  (glande  et  voies). —  sac  lacrymal  (anatomie). 

millimètres  en  dedans  de  la  commissure.  Quoi  qu’il  en  soit,  le  coude 
existe,  et  pour  empêcher  que  le  stylet  s’y. arrête  dans  l’opération  du  ca¬ 
thétérisme,  il  est  nécessaire  d’incliner  l’extrémité  libre  de  l’instrument 
en  dehors  et  en  haut  pour  le  conduit  supérieur,  en  dehors  et  en  bas  pour 
l’inférieur. 

La  réunion  des  deux  conduits  en  un  seul  n’est  pas  constante  :  pour 
Huschke,  ce  serait  même  l’exception,  et  l’on  verrait  les  deux  conduits 
lacrymaux  s’ouvrir  sur  la  paroi  externe  du  sac  par  deux  orifices  distincts. 
Mais  Sappey,  dans  une  série  de  recherches,  en  incisant  les  conduits 
lacrymaux  avec  ménagement,  reconnaît  que,  règle  générale,  ceux-ci  se 
réunissent  à  leur  terminaison  dans  une  étendue  de  1  à  5  millimètres 
pour  se  jeter  dans  le  sac  lacrymal,  au  niveau  de  la  réunion  de  son  tiers 
supérieur  avec  son  tiers  moyen. 

Deux  tuniques,  l’une  interne  lâche,  ou  muqueuse,  tapissée  par  un  épi¬ 
thélium  cylindrique  (Sappey),  l’autre  externe,  ou  fibreuse,  forment  les 
parois  de  ces  conduits. 

Le  tendon  de  l’ùrbiculaire  arrivé  sur  les  conduits  lacrymaux  s’étale  sur 
eux  pour  former  leur  membrane  fibreuse  et  va  s’insérer  ensuite  aux  carti¬ 
lages  tarses.  C’e.st  cette  gaine  fibreuse  qui  donne  attache,  antérieurement 
aux  fibres  intra-palpébrales  de  l’orbiculaire,  et  postérieurement  aux  liga¬ 
ments  larges  et  au  muscle  de  Borner.  Telle  est  la  disposition  de  l’orbi¬ 
culaire  sur  les  conduits  séparés.  Quant  au  conduit  unique,  il  est  tapissé 
en  avant  par  le  tendon  direct  de  l’orbiculaire,  en  arrière  par  le  tendon 
réfléchi,  du  même  muscle. 

En  raison  de  ces  dispositions  anatomiques,  il  est  facile  de  comprendre 
comment,  pendant  la  contraction  del’orbiculaire,  son  tendon  tire  sur  les 
conduits  et  les  dilate,  tandis  que  le  muscle  de  Borner  attire  en  arrière  les 
points  lacrymaux  du  côté  du  lac  lacrymal,  toutes  conditions  favorables 
à  la  progression  des  larmes. 

C.  Sac  lacrymal.  —  On  donne  ce  nom  à  une  cavité  cylindrique  ter¬ 
minée  en  cæcum  à  son  extrémité  supérieure  et  située  dans  la  gouttière 
lacrymale,  à  la  partie  antérieure  et  interne  de  l’orbite,  Sa  direction  n’est 
point  verticale,  elle  est  légèrement  oblique  en  bas,  en  avant  et  en  dehors. 
Sa  longueur  est  de  11  à  13  millimètres  et  son  calibre  de  3  à  5  millimètres 
(Sappey).  De  forme  cylindrique,  le  sac  est  pourtant  légèrement  aplati  de 
dehors  en  dedans  et  d’avant  en  arrière,  ce  qui  fait  qu’on  peut  lui  consi¬ 
dérer,  avec  Sappey,  une  face  antéro-externe,  une  face  postéro-interne,  et 
deux  extrémités. 

En  avant  de  la  face  antéro-externe  et  en  rapport  avec  elle,  on  trouve  : 
1°  la  peau  et  le  tendon  direct  du  muscle  orbiculaire  des  paupières  qui 
croise  le  sac  à  la  réunion  de  son  tiers  supérieur  avec  son  tiers  moyen  ;  ce 
tendon  peut  se  voir,  sur  certaines  personnes  à  peau  fine  et  transparente, 
sous  forme  de  ligne  transversale  ;  c’est  immédiatement  au-dessous  de  ce 
tendon  qu’on  pratique  la  ponction  du  sac  lacrymal  ;  2“  en  arrière  de  ces 
parties,  la  portion  réfléchie  du  tendon  de  l’orbiculaire  qui  va  s’insérer  à 
la  crête  de  l’os  unguis,  et  le  muscle  de  Borner;  3“  tout  à  fait  inférieure- 


LACRYMALES  (olmjde  et  voies).  —  canai,  nasal  (anatomie).  7 
ment,  le  muscle  petit  oblique  de  l’œil,  qui  s’insère  souvent  sur  lê  sac 
lacrymal  par  scs  fibres  les  plus  internes. 

Par  sa  face  postéro-interne,  le  sac  s’applique  sur  l’os  unguis  et  sur  la 
partie  postérieure  de  l’apophyse  montante  du  maxillaire  supérieur.  Par 
l’intermédiaire  de  ce  squelette  osseux,  il  se  met  en  rapport  do  haut  en 
bas  :  1“  avec  une  surface  quadrilatère  et  unie  qui  est  immédiatement  en. 
avant  du  méat  supérieur  des  fosses  nasales.  . 

2°  Avec  le  bord  supérieur  du  cornet  moyen;  .  . . 

5“  Enfin  avec  la  partie  supérieure  du  méat  moyen.  C’est  donc  à  ce  niveau 
qu’il  faudra  perforer  l’os  unguis  quand  on  voudra,  par  ce  moyen,  rétablir, 
le  cours  des  larmes  ;  si  l’on  opérait  plus  hautj  on  s’exposerait  à  voir  les 
larmes  se  déverser  dans  les  cellules  antérieures  de  l’étbmoïde  et  non  dans; 
les  fosses  nasales  ;  . 

Un  cul-de-sac  arrondi  forme  l’extrémité  supérieure  du  sac  lacrymal  ; 
son  extrémité  inférieure  se  continue  directement  avec  le  canal  nasal. 

Vu  intérieurement,  le  sac  présente  une  couleur  rosée.  A  sa  face  externe' 
et  au  niveau  du  tendon  de  l’orbiculaire,  mais  plus  près  de  la  crête  de  l’os 
unguis  que  de  ce  tendon,  se  trouve  l’orifice  le  plus  souvent  unique  des. 
conduits  lacrymaux.  C’est  à  ce  niveau  que.Huschke  a  décrit  une  valvule 
qui  a  déjà  été  admise  par  Hyrtl  avec  des  restrictions,  et  qui  est  niée  par. 
Sappey.  Il  n’est  pas  rare  de  remarquer  des  replis  de  la  muqueuse  plus  ou 
moins  nombreux  dans  les  deux  tiers  inférieurs  du  sac  ;  mais  la  valvule; 
décrite  par  Béraud  au  point  de  réunion  du  sac  au  canal  nasal,  n’a  pas. 
etc  observée  non  plus  par  Sappey. 

Le  sac  lacrymal  est  formé  d’une  muqueuse,  se  continuant  en  haut  avec 
la  muqueuse  des  conduits  lacrymaux,  et  en  bas  avec  celle  du  canal  nasal. 
Elle  est  doublé  solidement  au  niveau  de  sa  paroi  antéro-externe  d’une 
e.xpansion  du  tendon  de  l’orbicu’aire.  Sappey  y  décrit  un  épithélium  cylin¬ 
drique,  mais  il  n’y  a  point  trouvé  de  glandes  en  grappe.  Béraud  admettait 
deux  espèces  de  glandes,  les  unes  destinées  à  la  production  du  mucus,  les 
autres  sécrétant  un  produit  analogue  à  celui  des  glandes  de  Meibomius.. 
Ordonnez  qui  a  étudié  sjiécialement  cette  muqueuse,  n’y  décrit  qu’une  seule 
espèce  de  glandes,  des  glandes  raucipares,  ayant  une  parfaite  analogie  avec 
celles  de  la  pituitaire.  Elles  sont  disposées  par  groupes  entre  le  derme  et 
répitbéliurn  ;  leurs  culs-de-sac  sont  constitués  par  une  paroi  amorphe  et 
un  épithélium  nucléaire.  On  trouve  dans  leurs  canaux  excréteurs  quelques 
fibres  rnusculaires  de  la  vie  organique;  autour  des  culs-de-sac,  il  existe 
un  réseau  vasculaire  extrêmement  riche.  .  . 

Le  sac  lacrymal  reçoit  des  artérioles  nombreuses  de  l’artère  palpébrale 
inférieure  et  de  l’artère  nasale.  Les  nerfs  qui  y  arrivent  sont  des  ramifica¬ 
tions  du  rameau  nasal  de  l’ophtbalmique  de  AVillis. 

D.  Canal  nasal.  —  Le  canal  nasal  faitsuite  au  sac  lacrymal,  il  constitue 
le  dernier  segment  des  voies  lacrymales,  et  s’ouvre  dans  le  méat  inférieur 
des  fosses  nasales.' Joint  au  sac  lacrymal,  il  constitue  ce  qu’on  appelle  le 
canâUacrymo-nasal,  dont  la  partie  supérieure,  ou  sac,  est  creusée  dans 
la  paroi  antérieure  et  interne  de  l’orbite,  l’infériéiire,  ou  canal  nasal,  étant 


8  LACRYMALES  (glande  et  voies).  —  physiologie  de  la  glande, 
placée  dans  la  paroi  externe  des  fosses  nasales.  Cette  dernière  portion  a 
pour  squelette  la  branche  montante  du  maxillaire,  l'os  unguis  et  la  petite 
apophyse  du  cornet  inférieur.  Long  de  14  à  15  millimètres,  le  canal 
nasal  a  d’abord  une  inclinaison  analogue  à  celle  du  sac,  c’est-à-dire  il  est 
dirigé  de  haut  en  bas,  de  dedans  en  dehors  et  d’arrière  en  avant;  mais 
bientôt  il  s’infléchit  pour  se  diriger  en  bas  et  en  arrière,  de  manière  à 
former  une  courbe,  dont  la  concavité  regarde  en  arrière  et  en  dedans. 
Pour  bien  observer  cette  disposition,  il  faut  étudier  le  canal  par  sa  partie 
externe,  et,  dans  ce  but,  abattre  la  partie  externe  du  sinus  maxillaire  après 
avoir  enlevé  les  parties  naolles  de  l’orbite.  Sa  forme  est  cylindrique  ;  plus 
étroit  à  sa  partie  supérieure  que  le  sac  auquel  il  fait  suite,  il  s’élargit  à 
sa  partie  inférieure. 

La  canal  nasal  s’ouvre  dans  le  méat  inférieur,  à  la  réunion  de  son  quart 
antérieur  avec  ses  trois  quarts  postérieurs.  La  forme  de  l’ouverture  est  va¬ 
riable  suivant  son  siège,  et  l’on  peut  dire  que  le  siège  commande  la 
forme.  Large,  infundibuliforme,  lorsqu’elle  est  située  au  niveau  de  la  partie 
supérieure  du  méat,  elle  devient  ovale  à  grand  axe  vertical  et  beaucoup 
plus  petite,  si  elle  existe  sur  le  milieu  de  la  face  externe,  et  linéaire  enfin, 
elle  est  parfois  Imperceptible  quand  elle  se  trouve  placée  près  du  plancher 
des  fosses  nasales  (Sappey). 

La  muqueuse  du  canal  nasal  est  rosée  et  tapissée  d’un  épithélium  vibra- 
tile;  elle  présente  des  replis  disséminés  çà  et  là,  quelquefois  assez  déve¬ 
loppés  pour  sembler  oblitérer  le  canal.  On  en  a  décrit  surtout  trois  sous  le 
nom  de  valvules,  mais  elles  ne  sont  nullement  constantes  :  ce  sont  la  val¬ 
vule  de  Cruveîfliier,  au  niveau  de  l’orifice  inférieur,  la  valvule  de  Taillefer 
au  niveau  du  tiers  moyen,  et  celle  de  Béraud,  à  la  réunion  du  sac  avec  le 
canal  nasal.  On  sait  de  même  que  la  valvule  de  Huschke,  à  la  partie 
moyenne  du  sac,  n’existe  pas  davantage.  Richet  pense  pourtant  qu’il  y-en 
a  toujours  une  suffisante  pour  empêcher  le  reflux  des  liquides  vers  les 
points  lacrymaux.  Cette  membrane  renferme  des  glandes  mucipares  sem¬ 
blables  à  celles  de  la  pituitaire;  elles  sont  surtout  abondantes  sur  la 
moitié  inférieure  du  canal.  Le  canal  lacrymal  reçoit  les  vaisseaux  des 
branches  nasales  et  sous-orbitaire  de  l’ophthalmique;  mais,  tandis  que  les 
nerfs  du  sac  viennent  du  nasal  externe,  ceux  de  la  muqueuse  du  canal 
viennent  du  nerf  dentaire  antérieur. 

Développement  de  la  glande  et  des  voies  lacrymales.  —  Ce  n’est  que 
vers  la  fin  du  quatrième  mois  de  la  vie  embryonnaire,  alors  que  les  pau¬ 
pières  sont  déjà  formées,  que  la  glande  lacrymale  paraît  sous  la  forme 
d’un  bourgeon  épithélial  plein.  La  caroncule  lacrymale  et  les  conduits 
lacrymaux  ne  paraissent  que  quelque  temps  après.  A  l’origine,  le  bour¬ 
geon  nasal  externe  et  le  bourgeon  maxillaire*s’ado.ssent  pour  former  une 
gouttière  qui,  fermée  plus  tard,  constitue  le  conduit  lacrymo-nasal. 

physiologie 

I.  Glande  lacrymale.  —  La  glande  lacrymale  sécrète  les  larmes 
destinées  à  s’étaler  sur  la  conjonctive,  et  à  lubrifier  sans  cesse  le  seg- 


LACRYMALES  (glande  et  voies).  —  riivsioLOGiE  des  voies.  9 

ment  antérieur  du  globe  oculaire.  Les  cas  d’extirpation  démontrent  tou¬ 
tefois  qu’elle  n’est  pas  absolument  nécessaire  pour  entretenir  le  poli  de 
l’œil  et  de  la  conjonctive,  soit  que  les  glandes  conjonctivales  puissent 
suffire  à  cette  tâche,  ou  qu’il  soit  resté  une  plus  ou  moins  grande  portion 
de  la  glande  palpébrale  avec  des  canaux  excréteurs  distincts. 

La  sécrétion  des  larmes  est  influencée  par  le  nerf  trijumeau  et  par  le 
grand  sympathique  :  dans  les  expériences  où  il  a  coupé  le  filet  lacry¬ 
mal,  Longet  a  vu  les  larmes  être  sécrétées  en  moindre  quantité,  mais 
n’étant  pas  complètement  taries  ;  d’autre  part,  Magendie,  en  piquant  ce 
même  nerf,  provoque  une  sécrétion  abondante  de  larmes. 

Pendant  le  sommeil,  la  sécrétion  est  ralentie;  à  l’état  de  veille,  tout  le 
monde  sait  combien  les  excitations  directes  portant  sur  la  cornée,  la  con¬ 
jonctive  ou  même  les  fosses  nasales,  activent  par  action  réflexe  celte 
sécrétion.  En  outre,  une  vive  douleur  physique  ou  de  grandes  émotions  mo¬ 
rales,  telles  que  la  joie,  la  colère,  la  tristesse, viennent  quelquefois  nous  arra¬ 
cher  lesparmes.  Une  sécrétion  lacrymale  exagérée  s'accompagne  habituelle¬ 
ment  d’une  congestion  considérable  de  la  conjonctive  et  des  paupières. 
Les  larmes  ne  sont  pas  absolument  nécessaires  pour  le  phénomène  de  la 
vision,  pas  plus  que  pour  la  conservation  de  l’intégrité  de  l’organe  :  toute¬ 
fois  elles  le  protègent  efficacement  toutes  les  fois  qu’un  courant  d’air  tcnl 
à  dessécher  la  conjonctive  ;  d’autre  part  elles  contribuent  puissamment 
par  leur  afflux  immédiat  à  dissoudre  ou  chasser  les  corps  étrangers  qui 
arrivent  sur  la  muqueuse.  Enfin,  on  peut  dire  en  dernier  lieu  que  les 
larmes  prennent  une  certaine  part  à  l’expression  de  la  physionomie. 

II.  Voies  lacrymales.  —  Les  larmes,  après  s’être  répandues  sur  la 
conjonctive,  qui  représente  à  l’état  embryonnaire  un  véritable  réservoir 
en  tout  comparable  à  celui  de  la  vessie,  comme  la  fait  très-bien  remar¬ 
quer  J.  L.  Petit,  après  y  avoir  joué  leur  rôle  protectflTO,^  s’accumulent 
dans  le  grand  angle  de  l’œil,  d’où  elles  sont  prises  par  les  points  lacry¬ 
maux.  Pendant  la  veille,  il  est  facile  de  comprendre  leur  diffusion  sur  la 
muqueuse,  en  raison  de  la  contraction  alternante  du  muscle  orbiculaire  ; 
de  même  pendant  le  sommeil,  sans  admettre  le  canal  triangulaire  décrit 
par  J.-L.  Petit  et  Zinn,  disposition  anatomique  qui  n’existe  pas  (Sappey), 
on  peut  se  rendre  une  raison  suffisante  de  leur  progression,  par  les  mouve¬ 
ments  automatiques  des  paupières,  et  la  capillarité  qui  s’exerce  par  le  con¬ 
tact  intime  des  surfaces  oculaire  et  palpébrale.  Il  est  probable  dj^iUeurs 
que  la  sécrétion  est  ralentie  pendant  le  sommeil.  Mais  une  fois  arrivées 
dans  le  grand  angle  de  l’œil,  comment  sont-elles  prises  par  les  points 
lacrymaux?  Telle  est  la  question  que  se  sont  posée  tous  les  anatomo- 
physiologistes,  sans  qu’ils  en  aient  donné  jusqu’à  présent  une  solution 
exempte  de  reproches. 

1“  Théorie  du  siphon.  —  J.  L.  Petit  compare  les  voies  lacrymales  à  un 
siphon,  dont  la  petite  branche  serait  représentée  par  les  conduits  lacry¬ 
maux  et  la  grande  branche  par  le  canal  lacrymo-nasal.  Une  objection  capi¬ 
tale  faite  à  cette  théorie,  c’est  que,  pour  fonctionner,  il  faut  que  le  siphon 
soit  amorcé.  Pourquoi  le  mécanisme  qui  l’amorce  ne  continuerait-il  pas 


10  LACRYMALES  (glande  et  voies).  —  physiologie  des  voies. 
incessamment  son  action  ;  de  plus,  si  celte  théorie  était  vraie,  le  cours 
des  larmes  devrait  être  suspendu  dans  la  position  du  corps,  la  tête  en  bas  ; 
or  c’est  ce  qui  n’a  pas  lieu. 

2°  Théorie  de  l’aspiration.  —  Elle  a  été  émise  par  E.  H.  AVeber,  déve¬ 
loppée  par  Hasner,  reproduite  et  soutenue  par  Hunauld  etCh.  Sédillot.Ici 
c’est  la  raréfaction  de  l’air  dans  les  fosses  nasales  et  le  défaut  d’équilibre 
qui  chassent  les  larmes  dans  les  conduits.  Mais  l’écoulement  s’exécute  chez 
les  malades  qui  ont  les  fosses  nasales  oblitérées  par  des  polypes,  tant  que 
ces  derniers  nè  compriment  pas  le  canal  lui-même  (ôbs.  de  Sabatier  et 
obs.  de  Arlt).  Écoulement  normal  des  larmes  chez  une  femme  dont  les 
ouvertures  naso-pharyngiennes  avaient  été  complètement  oblitérées  par 
des  cicatrices, résultat  de  lésions  syphilitiques. 

5°  Théorie  de  la  capillarité.  —  Elle  est  due  à  Molinelli,  et  fondée  sur 
la  considération  du  faible  diamètre  des  conduits  lacrymaux.  La  capilla¬ 
rité  peut,  en  effet  faire  pénétrer  le  liquide  dans  les  canaux;  mais,  on  sait 
qu’une  fois  introduit,  il  devrait  y  rester  fixé  en  vertu  de  cette  même 
force,  qui  n’est  qu’une  forme  de  l’attraction.  Et  lors  même  que,  avec 
Arlt,  on  regarderait  le  sac  et  le  canal  nasal  comme  capillaires,  à  cause 
du  liquide  muqueux  et  visqueux  qui  les  tapisse,  on  n’aurait  que  reculé 
la  difficulté,  elle  liquide,  loin  de  progresser,  serait  toujours  retenu  par  la 
capillarité. 

Jusqu’ici  nous  n’avons  exposé  que  les  théories  purement  physiques,  celles 
dans  lesquelles  les  organes  orbitaires  sont  réduits  au  rôle  de  simples  tuyaux 
inertes;  nousvenonsde  voir  combien  elles  sont  insuffisantes. P. Bérard  asso¬ 
ciant  la  théorie  de  la  pression  atmosphérique  par  raréfaction  à  celle  de  là  ca¬ 
pillarité,  ajoutait  :  «  qu'il  ne  serait  pas  impossible  que  le  muscle  orbiculairé 
fît  sur  le  sac  office  de  ventouse.  »  Cette  opinion  fut  pour  Richet  le  point  dé 
départ  d’une  sérié'  de  recherches.  Pour  lui,  deux  conditions  sont  indispen¬ 
sables  :  1“  La  libre  action  de  l’orbiculaire  sur  la  paroi  mobile  du  sac; 
2“  l’intégrité  de  la  valvule  empêchant  l’air  de  monter  dans  le  canal  au 
moment  de  la  dilatation  du  sac.  Ce  n’est  qu’à  cette  condition,  on  le  com¬ 
prend,  que  le  vide  peut  se  faire,  et  que  les  larmes  obéissant  à  la  pression 
atmosphérique  se  porteront  dans  le  canal  lacrymo-nasal.  Cette  théorie 
soutenue  avec  beaucoup  de  talent  par  Richet,  n’est  pas  seulement  ingé¬ 
nieuse,  elle  parait  encore  en  parfait  accord  avec  certains  faits  pathologiques, 
avec  la  formation  delà  tumeur  lacrymale  par  suite  de  l’oblitération  du  ca¬ 
nal  nasal.  Toutefois  la  théorie  de  Richet  n’est  pas  exempte  de  quelques  re¬ 
proches,  et  Malgaigne  lui-même  les  avait  déjà  formulés,  bien  que  l’auteur 
n’en  ait  pas  tenu  grand  compte.  Mais  on  sait  très-bien  aujourd’hui  que  la 
valvule  peut  ne  pas  exister,  ou  tout  au  moins  être  insuffisante,  auxquels 
cas  la  théorie  de  Richet  reste  au-dessous  de  sa  tache. 

4“  11  en  existe  une  dernière,  celle  de  Ross,  qui  paraît  rendre  un  compte 
exact  de  la  marche  des  larmes  ;  c’est  la  théorie  de  leur  compression  dans  le 
lac,  basée  sur  l’occlusion  progressive  des  paupières,  de  dehors  en  dedans. 
Le  muscle  orbiculairé  des  paupières,  prenant  surtout  ses  insertions  fixes  à 
l’angle  interne  de  Tœil,se  déplace  pour  ainsi  dire  en  ma.sseau  moment  de 


LACRYMALE  (pathologie  de  la  glande).  —  lésions  thadmatiques.  11 
sa  contraction,  et  chasse  les  larmes  devant  lui.  Sabatier  l’adopte  comme  la 
plus  probable;  pourtant  nous  ne  sommes  pas  éloigné  dépenser,  que  quand 
la  valvule  inférieure  existe  ,  une  certaine  aspiration  se  fait  pendant 
l'occlusion  des  paupières,  et  cela  en  raison  des  insertions  de  l’orbiculaire 
sur  le  sac.  Quoi  qu’il  en  soit  de  ces  diverses  théories,  les  larmes  sont  ar¬ 
rivées  dans  les  fosses  nasales,  et  la  dernière  question  que  nous  avons  à 
nous  adresser,  c’est  celle  de  savoir  si  elles  remplissent  là  un  rôle  actif 
quelconque. 

Si  nous  considérons  que  les  ophidiens,  dont  le  globe  oculaire  est  caché 
sous  les  organes  tégumentaires,  complètement  à  l’abri  de  l’évaporation, 
ont  pourtant  les  organes  lacrymaux  développés  ;  qu’au  contraire ,  les 
animaux  qui  respirent  un  air  toujours  saturé  d’humidité,  comme  les  cé¬ 
tacés,  sont  les  seuls  dépourvus  de  glandes  lacrymales,  nous  sommes  con¬ 
duit  à  penser  que  les  larmes  sont  destinées  aussi  à  humecter  l’entrée  des 
voies  aériennes,  à  hygi’ométriser  l’air  inspiré,  condition  éminemment  fa¬ 
vorable  à  l’échange  des  gaz  dans  les  vésicules  pulmonaires.  Il  existe  d’ail¬ 
leurs  des  animaux,  tels  que  le  Zemmi  et  le  Spalax,  chez  lesquels  les  organes 
lacrymaux,  nullement  en  rapport  avec  le  globe  oculaire,  acquièrent  un 
volume  cent  fois  plus  grand  que  lui  (L.  Bergeon),(cité  par  Mathias  Duval). 

pathologie 

I.  Glande  lacrymale.  —  Les  maladies  de  la  glande  lacrymale 
quoique  rares  sont  multiples  et  de  nature  très-diverses.  Nous  les  étu¬ 
dierons  dans  l’ordre  qui  suit  : 

1“  Lésions  traumatiques  de  la  glande  ;  2“  fistule  lacrymale  vraie  ; 
5“  inflainmations  ;  4“  troubles  fonctionnels  {Xérome,  Epiphora)  ;  5“  corps 
étrangers  et  calculs;  6°  tumeurs.  Nous  terminerons  enfin  en  décrivant  les 
opérations  qui  se  pratiquent  sur  cette  glande. 

1“  Lésions  traumatiques.  —  Les  plaies  de  la  glande  lacrymale  sont  rares 
en  raison  de  sa  situation  dans  l’intérieur  de  l’orbite.  On  comprend  toute¬ 
fois  qu’un  instrument  piquant,  tel  qu’un  canif  ou  une  épée,  dirigé  de  bas 
en  haut  et  de  dedans  en  dehors  dans  la  fossette  lacrymale,  puisse  l’at¬ 
teindre.  Larrey,  cité  par  Mackenzie,  rapporte  qu’un  soldat  reçut  une 
balle  sur  l’angle  externe  de  l’orbite  gauche.  Partagée  en  deux  moitiés  au 
moment  du  choc,  l’une  d’elle  s’engagea  dans  la  fosse  temporale  sous 
l’aponévrose,  d’où  elle  fut  facilement  extraite;  l’autre  alla  se  loger  dans 
la  glande  lacrymale  qu’elle  dilacéra,  de  sorte  qu’on  enleva  le  fragment 
métallique  avec  la  glande,  après  avoir  agrandi  la  plaie  de  la  paupière.  Le 
malade  guérit  promptement,  conserva  son  œil,  et  la  conjonctive  continua 
même  à  être  suffisamment  lubrifiée.  C’est  le  seul  exemple  de  traumatisme 
de  la  glande  orbitaire  cité  par  les  auteurs.  ‘ 

Les  conduits  de  cette  glande  et  la  glande  palpébrale  elle-même  peuvent 
être  atteints  plus  facilement,  soit  accidentellement,  soit  dans  les  opérations 
pratiquées  sur  la  paupière  supérieure  à  leur  niveau.  Dans  ces  cas,  la  plaie 
peut  ne  pas  se  cicatriser  en  raison  de  l’écoulement  continu  des  larmes  ;  on 
est  alors  en  présence  d’une  fistule  lacrymale  vraie  ;  mais  dans  le  cas  où  la 


12  LACRYMALE  (pathologie  de  la  glande).  —  fistdle  lacrymale. 

guérison  s’obtient,  le  tissu  inodulaire  englobe  dans  sa  masse  les  conduits 
sectionnés,  finit  par  les  oblitérer  par  sa  rétraction  progressive,  et  alors  les 
larmes  s’accumulent  en  arrière  de  l’obstacle  pour  former  une  tumeur 
liquide  qu’on  peut  appeler  tumeur  lacrymale  vraie. 

Ces  affections  consécutives  aux  plaies  de  la  paupière  supérieure  ont 
été  observées  par  Jarjavay,  Bowman,  A.  von  Graefe,  etc.  Nous  en  don¬ 
nerons  un  aperçu  dans  l’étude  des  fistules  de  la  glande  lacrymale. 

L’indication  thérapeutique  immédiate,  toutes  les  fois  qu’on  a  affaire  à 
une  blessure  qu’on  peut  soupçonner  d’avoir  intéressé  la  glande  ou  les 
conduits,  c'est  de  rapprocher  lé  plus  exactement  possible  les  lèvres  de  la 
plaie  afin  d’obtenir  une  l’éunion  par  première  intention.  Dans  ce  but  on 
se  servira  de  bandelettes  aglutinatives,  ou  bien  de  la  suture'  à  points  très- 
rapprochés,  telle  qu’on  la  pratique  dans  les  autoplasties.  On  appliquera 
ensuite  une  compresse  et  un  bandage  roulé  sur  les  paupières,  en  prescri¬ 
vant  au  blessé  de  laisser  l’œil  au  repos  autant  que]possible,  jusqu’à  ce  que 
la  guérison  soit  complète. 

2“  Fistule  lacr¥.male  vraie  (Dacryops  fistuleux).  —  On  donne  ce 
nom  à  un  trajet  anormal  allant  de  la  glande  lacrymale  ou  de  ses  con¬ 
duits  excréteurs,  à  la  surface  cutanée  de  la  paupière  supérieure,  et  quel¬ 
quefois  à  la  conjonctive  elle-même  (Obs.  de  Jarjavay). 

L’orifice  est  habituellement  calleux  et  se  trouve  situé  sur  la  peau 
vers  le  tiers  externe  de  la  paupière  supérieure.  De  temps  en  temps  on 
voit  les  larmes  s’écouler  par  l’ouverture.  La  fistule  peut  être  simple, 
c’est-à-dire  être  réduite  au  trajet  anormal,  ou  bien  s’accompagner  d’une 
tumeur  produite  par  l’accumulation  des  larmes  en  arrière  de  son  orifice 
interne.  Sur  les  sept  observations  consignées  dans  la  science,  quatre  appar¬ 
tiennent  à  la  variété  de  fistule  sans  tumeur,  les  trois  autres  sont  avec 
tumeur. 

Étiologie.  —  L’étude  des  observations  publiées  démontre  que  la  fistule 
s’est  établie  tantôt,  consécutivement  à  l’ouverture  d’un  abcès  développé 
au  voisinage  de  la.  glande  lacrymale  (Bowman),  tantôt  à  la  suite  d’un 
traumatisme  de  ces  parties,  et  surtout  après  une  opération  pratiquée 
pour  extirper  un  kyste  de  celte  région  (A.  de  Graefe).  Enfin,  dans  d’autres 
cas,  et  l’observation  de  Arlt  le  démontre  péremptoirement,  une  ulcération 
spontanée,  telle  que  celle  déterminée  par  un  lupns,  peut  devenir  la  cause 
d’une  fistule  lacrymale.  Dans  la  majorité  des  cas  la  plaie  suppure,  se  cica¬ 
trise  et  laisse  un  petit  orifice  par  où  s’échappent  les  larmes.  On  comprend 
facilement  que  si  l’ouverture  est  large,  de  façon  à  permettre  au  liquide 
de  s’écouler  librement,  on  n’observera  qu’une  fistule  simple;  que  si,  au 
contraire,  l’orifice  est  étroit  et  ne  permet  l’écoulement  que  d’une  partie 
du  liquide,  celui-ci  s’accumulera  en  arrière  de  l’obstacle,  distendra  le 
trajet,  les  conduits  lacrymaux,  ou  les  culs-de-sac  de  la  glande  elle-même 
et  finira  ainsi  par  former  la  tumeur  lacrymale.  C’est  ce  qui  est  arrivé 
pour  les  deux  malades  de  Jarjavay. 

Symptômes.  —  Le  symptôme  capital,  quand  il  n’y  a  pas  de  tumeur, 
c’est  l’existence  d’une  ouverture  cutanée  située  au  niveau  du  tiers  externe 


LACRYMALE  (pathologie  de  la  glakde).  —  fistule  lacrymale.  13 
(Je  la  paupière  supérieure.  Cette  ouverture  peut  être  tellement  petite 
qu’elle  soit  à  peine  perceptible  à  l’œil  nu.  De  temps  en  temps  elle  donne 
issue  aux  larmes,  qui  mouillent  la  paupière.  Leur  écoulement  est  surtout 
manifeste  lorsque,  sous  l’influence  (l’un  grand  vent,  d’un  air  froid,  d’une 
irritation  extérieure,  ou,  enfin,  d’une  émotion  morale  vive,  elles  sont 
sécrétées  plus  abondamment  qu’à  l’état  normal.  Dans  les  cas  rares  où, 
comme  dans  l’observation  de  Jarjavay,  l’orifice  externe  de  la  fistule  se 
trouve  sur  la  conjonctive,  la  maladie  peut  passer  complètement  inaperçue, 
si  elle  ne  s’accompagne  pas  de  tumeur  lacrymale.  Dans  son  observation, 
Baer  dit  que  les  parois  de  la  fistule  étaient  dures  et  calleuses. 

Quant  aux  troubles  fonctionnels,  ils  sont  si  peu  considérables  que  le 
malade  de  Schmidt  et  celui  de  Jarjavay  ne  voulurent  point  se  laisser  opé¬ 
rer.  Il  faut  noter  toutefois  un  peu  de  gêne  dans  les  mouvements  du  globe 
oculaire,  de  la  sécheresse  de  la  conjonctive  quand  le  vent  vient  la  dessé¬ 
cher,  de  même  qu’une  sensation  de  picotement  ou  de  légère  douleur  dans 
la  région  externe  de  l’orbite  (Polaillon), 

Diagnostic.  —  A  simple  vue,  un  trajet,  résultat  d’une  nécrose  du  rebord 
orbitaire  au  niveau  de  son  angle  externe  et  supérieur,  pourrait  être 
confondu  avec  une  fistule  lacrymale  vraie.  Dans  ce  cas,  une  explora¬ 
tion  au  moyen  d’une  sonde,  de  même  que  l’examen  des  produits  fournis 
par  la  fistule  ,  ne  laisseront  sur  sa  nature  aucun  doute  sérieux.  En  effet, 
un  stylet  introduit  dans  une  fistule  vraie,  ne  rencontre  jamais  ni  une 
,  surface  osseuse  malade,  ni  une  portion  indurée  de  la  glande.  De  plus, 
dans  la  fistule  vraie,  le  liquide  est  susceptible  d’augmentation  par  action 
reflexe,  ce  qui  n’a  pas  lieu  dans  le  cas  contraire. 

Pronostic  et  traitement.  —  On  peut  dire  que  le  pronostic  est  bénin; 
néanmoins  par  suite  de  l’oblitération  ou  du  rétrécissement  des  conduits, 
les  larmes  retenues  peuvent  déterminer,  soit  nar  leur  présence  dans  une 
cavité,  soit  par  leur  épanchement  dans  le  tissu  cellulaire,  de  véritables 
phlegmons  de  la  paupière  ;  aussi  doit-on  s’efforcer  de  guérir  cette  affec¬ 
tion. 

Plusieurs  moyens  ont  été  employés  :  Beer  obtint,  en  cinq  jours,  l’obli¬ 
tération  de  la  fistule  en  enfonçant  dans  son  trajet  une  aiguille  d’acier 
fortement  rougie  et  en  la  faisant  tourner  plusieurs  fois  sur  son  axe. 
Il  cautérisa  ainsi  les  parois  calleuses  du  trajet  et  détermina  une  inflam¬ 
mation  adhésive  qui  amena  la  guérison.  De  Graefe  fut  obligé  d’extirper  la 
glande  lacrymale  pour  tarir  ainsi  l’écoulement  à  sa  source.  Plusieurs 
autres  procédés  ont  été  employés,  tels  que  les  sondes  munies  de  nitrate 
d’argent  fondu,  les  injections  de  teinture  d’iode  poussées  dans  la  fistule 
I  préalablement  dilatée  au  moyen  de  cordes  à  boyau.  Mais  ces  procédés, 
j  insuflisants.  d’habitude  dans  les  fistules  des  autres  régions,  ne  réus- 
i  sissent  pas  davantage  quand  il  s’agit  de  la  glande  lacrymale,  et  de  plus  ils 
I  exposent  à  une  violente  conjonctivite. 

f  Bownian  usa  d’un  procédé  analogue  à  celui  qu’on  suit  pour  les  fis- 
I  tules  du  canal  de  Stenon,  et  transforma  la  fistule  lacrymale  cutanée  en 
fistule  conjonctivale.  Il  arma  un  fil  de  soie  simple  d’une  fine  aiguille  à 


14  LACRYMALE  ^PATHOLOGIE  de  la  glande).  —  iNFLASIMAIION. 

chacunè  de  ses  extrémités.  Cela  fait,  il  les  fît  pénétrer  successivement  par 
l’orifîce  fîstuleux,  perfora  ainsi  la  paroi  postérieure  du  kyste  doublé  de  ia 
conjonctive  dans  deux  endroits  distants  de  quelques  millimètres,  de  ma¬ 
nière  à  étreindre,  en  serrant  fortement  les  deux  bouts  du  fîl,  une  por¬ 
tion  de  cette  paroi  postérieure  de  la  poche  pour  en  déterminer  la  mor¬ 
tification  et  ouvrir  ainsi  une  voie  du  côté  de  la  cavité  conjonctivale.  II  lui 
fut  facile  ensuite,  en  avivant  l’orifîce  cutané  de  la  fistule  et  en  mettant  ses 
bords  en  contact,  d’en  obtenir  la  réunion.  Le  malade  guérit,  le  kyste  ne 
se  remplit  plus  et  les  larmes  s’écoulèrent  sans  cesse  sur  la  conjonctive. 

0°  Inflammation  de  la  glande  lacrymale  {Dacryo adénite). —  La  portion 
palpébrale  et  la  portion  orbitaire  peuvent  être  atteintes  isolément.  De 
plus  on  peut  observer  l’inflammation  aiguë,  mise  en  doute  par  certains 
auteurs  et  affirmée  par  Mackenzie,  et  l’inflammation  chronique,  le  plus 
souvent  résultat  d'une  constitution  scrofuleuse  ou  lymphatique. 

Étiologie.  —  D’après  Mackenzie,  les  coups  sur  l’apophyse  orbitaire 
externe  de  l’os  frontal  et  l’influence  du  froid  seraient  les  causes  ordinaires 
de  l’inflammation  de  la  glande  lacrymale.  Pourtant  Todd  établit  que,  dans 
la  plupart  des  cas  qu’il  a  observés,  la  maladie  n’était  pas  idiopathique, 
mais  était  le  résultat  du  processus  inflammatoire  de  la  conjonctivite  ou  de 
quelque  autre  espèce  d’ophthalmie.  Il  pense  aussi  que  l’inflammation  de 
cette  glande  constitue  souvent  le  début  des  formes  ordinaires  d’oplithal- 
mies,  et  est  accompagnée  des  symptômes  que  l’on  attribue  généralement 
à  l’inflammation  de  l’œil  seul. 

Symptômes.  —  L’inflammation  est-elle  limitée  à  la  portion  palpébrale 
de  la  glande,  on  observe  une  tuméfaction  de  l’angle  externe  de  la  pau¬ 
pière,  delà  rougeur  et  de  la  douleur  à  ce  niveau.  Si  l’on  soulève  la  pau¬ 
pière  supérieure,  on  reconnaît  les  acini  séparés,  augmentés  de  volume, 
et  au  bout  de  quelques  jours  on  en  voit  plusieurs  se  soulever  en  pointe 
et  donner  issue  à  du  pus  à  la  surface  de  la  conjonctive.  Si  l’inflammation 
est  violente,  on  peut  observer  du  chémosis  conjonetival. 

Avons-nous  affaire,  au  contraire,  à  l’inflammation  de  la  glande  orbi¬ 
taire,  les  symptômes  sont  plus  accentués,  bien  que,  au  début,  le'gonfle- 
ment  ne  se  manifeste  point  en  raison  do  la  situation  profonde  de  l’organe. 
Mais  une  tumeur  rouge  et  tendue  s’élève  à  l’angle  supérieur  et  externe  de 
l’orbite,  on  ne  peut  soulever  qu’avec  grande  difficulté  la  paupière  supé¬ 
rieure,  la  conjonctive  est  enflammée  et  le  globe  de  l’œil  est  poussé  on 
avant  et  en  bas.  Par  propagation,  tout  le  tissu  périorbitaire  se  tuméfie,  se 
porto  en  avant  du  globe  de  l’œil  et  le  cache  entièrement. 

En  même  temps,  les  symptômes  fonctionnels  s’accentuent,  la  douleur 
dans  l’orbite  et  dans  la  tète  est  extrême,  et  si  l’inflammation  marche 
vers  la  suppuration,  on  voit  apparaître  la  fièvre,  l’agitation  et  le  délire. 
Enfin  la  fluctuation  survient,  l’abcès  s’élève  en  pointe  et  s’ouvre  à  travers 
la  paupière  supérieure.  Mackenzie  ajoute  qu’après  l’ouverture,  l’abcès,  le 
périoste  et  l’os  s’enflamment,  et  la  maladie  traîne  en  longueur.  Après  la 
guérison,  on  observe  un  entropion  de  la  paupière  supérieure,  résultat  de 
la  traction  opérée  sur  elle  par  le  tissü  de  cicatrice.  Ces  symptômes,  très- 


15 


Lacrymale  (pathologie  de  la  glande).  —  inflammation. 

Lien  exposés  par  l’ophthalmologiste  anglais,  ressemblent  assez  bien  à 
ceux  du  phlegmon  partiel  de  l’orbite  ou  à  ceux  d’une  ostéo-périostite  de 
la  fossette  lacrymale  et  de  l’apophyse  orbitaire  externe,  et  il  est  très-dif¬ 
ficile  de  savoir  si  c’est  par  le  périoste  et  l’os,  par  le  tissu  cellulaire  qui 
avoisine  la  glande  ou  par  cette  glande  elle-même,  que  débute  la  maladie. 
Desmarres  et  Arlt  déclarent  n’avoir  jamais  observé  l’inflammation  aiguë 
de  la  glande  lacrymale. 

11  n’en  est  pas  de  même  pour  l’inflammation  chronique.  Tood,  Ander¬ 
son,  Desmarres,  de  Graefe,  lleymann,  Wecker  en  citent  des  exemples.  Ce 
sont  surtout  les  enfants  scrofuleux  qui  y  sont  prédisposés,  mais  la  scro¬ 
fule  n’est  pas  une  condition  absolue.  (Obs.  de  Haynes  Walton,  homme  de 
40  ans  et  femme  de  belle  stature  et  d’ailleurs  bien  portante).  Enfin,  il 
existe  une  observation  unique  dans  la  science,  ou  la  dacryoadénite  chro¬ 
nique  double  a  été  observée  à  l’époque  des  accidents  secondaires  de  la 
syphilis  et  a  été  guérie  par  le  traitement  mercuriel  (Châlons). 

Soulèvement  plus  ou  moins  marqué  de  la  paupière  au  niveau  de  la 
glande,  rougeur  violacée  mais  non  phlegmoneuse,  corps  dur,  assez  bien 
circonscrit,  difficulté  de  soulever  la  paupière,  globe  de  l’œil  repoussé  en 
bas  et  en  dedans,  difficulté  de  ses  mouvements  ;  tels  sont  les  principaux 
symptômes  de  l’inflammation  chronique.  On  peut  observer  aussi  du 
strabisme  interne  avec  diplopie,  et  l’hypersécrétion  des  larmes  ;  il  n’y  en 
avait  point  toutefois  dans  les  observations  d’Heymann  et  de  Haynes 
Walton,  où  les  fonctions  lacrymales  étaient  intactes.  Peut-être  les  larmes 
deviennent-elles  irritantes  de  manière  à  produire  de  la  conjonctivite  (Todd). 

La  marche  de  l’inflammation  chronique  est  lente  ;  elle  se  termine  assez 
souvent  par  induration,  parfois  par  abcès  froid,  avec  fistule  difficile  à  se 
cicatriser. 

Traitement.  —  11  varie  suivant  qu’on  a  affaire  à  une  inflammation 
aiguë  ou  bien  chronique.  Dans  le  premier  cas,  ou  s’adressera  à  tous  les 
iffloyens  antiphlogistiques,  tels  que  sangsues  à  la  paupière  supérieure,  au 
front  et  à  la  tempe,  purgatifs,  repos,  phlébotomie,  même  si  la  fièvre 
devient  trop  intense  chez  un  sujet  d’une  constitution  pléthorique;  on 
appliquera  des  cataplasmes  s’il  y  a  menace  de  formation  de  pus,  et  on 
fera  l’ouverture  immédiate  de  l’abcès  dès  qu’il  est  formé.  L’incision  de¬ 
vra  être  faite  parallèlement  au  rebord  orbitaire,  et  il  peut  arriver  que  les 
canaux  étant  sectionnés  il  survienne  une  fistule  lacrymale.  Ceci  s’observe 
surtout  lors  de  l’ouverture  spontanée.  11  serait  peut-être  préférable  d’ou- 
ivrir  cet  abcès  parla  conjonctive  lorsque  cette  pratique  est  possible,  car 
iici,  en  supposant  qu’il  se  forme  une  fistule,  elle  passe  inaperçue  et  n’est 
nullement  préjudiciable. 

;  Dans  le  cas  d’inflammation  chronique,  il  faudra  s’adresser  surtout  à 
d’état  constitutionnel,  prescrire  une  alimentation  réparatrice,  des  toni- 
iques,  l’air  de  la  mer  et  une  série  de  petits  vésicatoires  au  front,  à  la 
tempe  et  derrière  l’oreille  ;  de  temps  en  temps,  quelques  purgatifs.  On 
ouvrira  toujours  l’abcès  dès  qu’il  sera  formé,  sans  attendre  que  la  peau 
soit  amincie  dans  une  grande  étendue. 


16  LACRYMALE  (pathologie  de  la  glande).  —  trodbles  des  fonctions. 

4“  Troubles  des  fonctions. — Ils  sont  constitués  par  la  diminution  de  la 
sécrétion  lacrymale  ou  par  son  augmentation. 

a.  Xérome  ou  xérophthalmie  lacrymale  (sécheresse  de  Tœil,  dé  ^-ijpoç, 
sec,  et  de  op-p-a  ou  oç0aAp,oç,  œil) . 

Outre  la  suppression  ou  la  diminution  de  la  sécrétion  lacrymale,  on 
peut  observer  encore  l’absence  des  produits  muqueux  qui,  à  l’état  normal, 
lubrifient  la  conjonctive.  Ce  n’est  que  quand  ces  deux  conditions  sont 
réunies  qu’on  observe  une  sécheresse  marquée  de  la  muqueuse  et  du 
globe  oculaire. 

La  xérophthalmie  lacrymale  est  plutôt  un  symptôme  qu’une  entité  mor¬ 
bide.  Elle  reconnaît  des  causes  multiples,  telles  que  l’altération  morbide 
de  la  glande,  l’insuffisance^de  l’action  nerveuse  qui  préside  à  la  fonction 
sécrétoire,  ou  une  lésion  des  conduits  eux-mêmes,  tels  que  la  présence 
d’un  abcès  qui  les  comprime,  ou  leur  oblitération  par  du  tissu  de  cicatrice. 
Peut-être  la  suppression  plus  ou  moins  complète  des  larmes  s’observe-t- 
elle  dans  l’inflammation  de  la  glande.  Toutefois  les  observations  de  Todd 
et  d’O’  Beirne  démontrent  qu’elles  ne  sont  pas  supprimées  dans  les  cas  de 
squirrhe.  Il  n’est  pas  rare  d’observer  la  xérophthalmie  au  début  de  l’a- 
maurosc,  de  même  que  chez  les  vieillards,  la  glande  pouvant  être  plus  ou 
moins  atrophiée  et  l’énergie  des  fonctions  de  la  cinquième  paire,  comme 
de  tout  le  système  nerveux,  étant  diminuée  chez  eux.  Le  xérome  peut  se 
manifester  à  la  suite  d’une  émotion  morale  vive  ;  dans  ce  cas,  on  doit  le 
considérer  comme  un  simple  phénomène  nerveux  ou  sympathique,  il 
s’accompagne  de  céphalées  chroniques  qui  s’amendent  par  le  retour  de 
la  sécrétion  lacrymale. 

Dans  tous  ces  cas,  pas  de  symptômes  objectifs;  quand  on  examine  l’œil, 
il  est  humide  comme  à  l’état  normal,  la  sécrétion  conjonctivale  suffisant 
pour  lubrifier  la  muqueuse.  L’œil  est  humide  et  brillant;  mais  le  malade 
éprouve  la  sensation  de  sécheresse,  qui  disparaît  aussitôt  que  par  hasard  la 
glande  se  met  à  fonctionner.  En  outre,  il  a  la  sensation  d’un  nuage  qui 
lui  dérobe  la  lumière,  résultat  de  la  présence  des  sécrétions  morbides  de 
la  conjonctive  et  des  paupières. 

Le  traitement  doit  être  dirigé  contre  la  maladie,  dont  la  xérophtahlmie 
est  le  symptôme.  Les  slernutatoires  auront  un  bon  effet,  si  elle  est  le  ré¬ 
sultat  de  l’affaiblissement  de  l’action  nerveuse  de  la  cinquième  paire.  Dans 
le  cas  où  elle  est  sympathique,  Mackenzie  conseille  les  purgatifs,  les  toni¬ 
ques  et  les  antispasmodiques.  Pour  suppléer  aux  larmes,  Wathen  recom¬ 
mande  les  lotions  savonneuses  qui  débarrassent  l’œil  de  toutes  les  excré¬ 
tions  morbides  des  paupières  qui  se  trouvent  à  sa  surface.  Les  bains  d’yeux 
avec  de  l’eau  tiède,  sont  aussi  utiles,  d’après  le  même  auteur,  en  sup¬ 
pléant  aux  fonctions  des  larmes.  De  plus,  ils  relâchent  les  parties,  et  les 
di.sposent  à  reprendre  leurs  fonctions  naturelles. 

b.  Epiphora.  —  Ici,  c’est  le  contraire  du  xérome  :  les  larmes  sont  sé¬ 
crétées  en  plus  grande  abondance,  au  point  que  les  voies  lacrymales  sont 
insuffisantes  pour  les  transporter  à  leur  destination.  Il  est  important  de 
ne  pas  confondre  l’épiphora  avec  le  larmoiement,  dont  nous  ferons  l’étude 


LAGÜYMALE  (pathologie  de  la  glande).  —  troddles  des  fonctions.  17 


dans  les  maladies  de  l’appareil  excréteur.  Dans  lê  premier  cas,  il  y  a  une 
hypersécrétion  glandulaire ,  dans  le  second,  les  larmes  sécrétées  normale¬ 
ment  se  déversent,  sur  la  joue,  en  raison  d’un  état  pathologique  des  canaux 
qui  devraient  les  absorber. 

Il  est  bien  rare  que  l’épiphora  soit  une  affection  idiopathique;  les 
hypochondriaques  et  les  hystériques  en  fournissent  pourtant  quelques 
■  exemples.  Mais  presque  toujours  il  est  le  résultat  d’un  phénomène  réflexe, 
ayant  pour  point  de  départ  la  conjonctive,  la  cornée,  les  fosses  nasales  et 
même  les  voies  digestives.  Qu’un  corps  étranger,  par  exemple,  aille  se 
fixer  sur  la  cornée  ou  la  conjonctive,  et  aussitôt  on  verra  les  larmes 
arriver  en  abondance  pour  l’entraîner  où  le  dissoudre.  Le  même  phé¬ 
nomène  se  produit  toutes  les  fois  qu’une  irritation  soit  physique,  soit 
chimique,  porte  sur  la  zone  péri-orbitaire.  L’acte  réflexe  peut  partir  de 
plus  loin  encore,  et  il  n’est  pas  rare  d’observer  l’épiphora  chez  les  en¬ 
fants  qui  ont  des  vers  intestinaux  (Mackenzie). 

Comme  symptômes,  outre  l’issue  des  larmes  au  dehors  de  la  cavité  con¬ 
jonctivale,  on  peut  dire  que  leur  hypersécrétion  s’accompagne  d’un  état 
congestif  de  la  conjonctive,  d’une  douleur  tensive  dans  la  région  orbi¬ 
taire- externe,  ainsi  que  d’un  spasme  plus  ou  moins  prononcé  des  pau¬ 
pières,  toujours  accompagné  d’un  certain  degré  de  photophobie.  Lorsque 
î’épiphora  se  prolonge  pendant  longtemps,  on  peut  observer  des  lésions 
glandulaires,  telles  que  congestion  chronique,  hypertrophie  (A.  Graefe). 

Le  traitement  doit  s’adresser  à  la  cause.  Si  l’épiphora,  survient  sous 
^l’influence  de  l’hystérie  ou  de  l’hypochondrie,  on  administrera  des  toni¬ 
ques  et  des  antispasmodiques.  S’il  est  au  contraire  la  conséquence  de 
l’inflammation  de  la  conjonctive,  de  l’iris  ou  de  la  cornée,  on  fera  le  trai¬ 
tement  particulier  à  ces  diverses  affections.  Enfin,  lorsque  l’épiphora  est 
le  résultat  d’une  hysersécrétion  chronique  de  la  glande,  on  peut  faire 
l’extirpation  de  cette  dernière,  comme  l’ont  'pratiqué  P.  Bernard,  Textor 
fils,  Stoltenberger. 

Les  larmes  paraissent  subir  parfois  certaines  altérations  :  c’est  ainsi 
qu’on  a  observé  des  larmes  teintes  en  jaune  dans  un  cas  d’ictère;  mais 
quoi  d’étonnanf,  puisque  dans  ces  cas  les  matières  colorantes  de  la  bUe 
sont  répandues  dans  toute  l’économie,  et  que  diverses  sécrétions  tendent 
à  les  éliminer  de  l’organisme?  quant  aux  larmes  sanglantes,  leur  existence 
n’est  pas  très-bien  démontrée,  et  il  est  probable  que  dans  les  divers  cas 
qu’on  a  signalés,  la  présence  du  sang  était  le  résultat  d’une  hémorrha¬ 
gie  conjonctivale,  puisque  ces  faits  ont  été  observés  sur  des  sujets  scor¬ 
butiques  affaiblis,  ou  chez  des  jeunes  femmes  non  réglées.  Pourtant  Clop- 
ton  Havers  rapporte  le  cas  d’une  femme  ictérique  qui  eut  un  écoulement 
de  sang  par  ,1a  glande  lacrymale  de  l’un  des  yeux,  sans  aucune  blessure 
extérieure.  Elle  perdit  ainsi  deux  livres  de  sang  dans  l’espace  de  trente 
heures.  L’hémorrhagie  se  renouvela  huit  jours  après,  et  amena  la  mort. 
Dodonœus,  Lanzoni,  Rosas,Forestus  ont  rapporté  des  faits  analogues,  mais 
le  sang  venait-il  réellement  des  acini  glanduleux  ou  de  la  muqueuse  con¬ 
jonctivale?  Les  auteurs  modernes  inclinent  pour  cette  dernière  opinion. 


18  LACRYMALE  (pathologie  de  la  glande).  —  corps  étrangers. 

5°  Corps  étrangers  dÎ:  la  glande  lacrtmale.  —  Dacryolithes.  —  Les 
corps  étrangers  de  la  glande  lacrymale,  qu’ils  soient  venus  de  l’extérieur 
ou  qu’ils  se  soient  formés  sur  place,  sont  fort  rares  ;  pourtant  nous  con¬ 
naissons  le  fait  du  fragment  de  balle  extrait  par  Larrey  {Clinique  chirur¬ 
gicale,  t.  I,  p.  396).  Il  semble  qu’on  ait  rencontré  accidentellement  dans 
son  intérieur  une  espèce  de  filaire  {filaria  lacrymalis,  Allessi).  Les  concré¬ 
tions  calcaires  qu’on  y  a  trouvées,  constituent  des  faits  exceptionnels.  Il  n’en 
existe  que  trois  cas  publiés.  Dans  celui  de  Méade,  qui  vit  chez  une  jeune 
femme  vingt-trois  petites  concrétions  calcaires  s’évacuer  en  trois  ou  quatre 
jours,  la  malade  avait  souffert  précédemment  d’une  céphalalgie  violente 
localisée  surtout  au-dessus  de  l’œil  gauche.  Dans  l’observation  de  Walker, 
beaucoup  plus  détaillée,  il  s’agit  d’une  jeune  fille  chez  laquelle  il  survint 
de  l’épiphora,  du  picotement  avec  photophobie  de  l’œil  gauche.  On  put,  en 
soulevant  la  paupière,  apercevoir  au  niveau  du  bord  antérieur  de  la  glande, 
une  petite  masse  anguleuse  de  la  grosseur  d’un  pois  qui  s’écrasa  sous  le 
doigt  en  un  sable  graisseux.  Pendant  plusieurs  jours  on  vit  apparaître  les 
mêmes  phénomènes  d’irritation,  accompagnés  toujours  de  l’évacuation 
d’un  semblable  calcul.  Enfin,  Laugier  et  Richelot  disent  avoir  observé  un 
militaire  dont  l’œil  était  rouge  et  larmoyant.  En  soulevant  la  paupière 
supérieure,  on  aperçut  à  quelques  millimètres  en  dedans  de  la  commissure, 
et  un  peu  au-dessus  du  bord  supérieur  du  cartilage  tarse,  précisément 
au  point  où  les  conduits  glandulaires  s’ouvrent  sur  la  muqueuse,  un 
point  blanc  qu’on  reconnut  être  une  masse  calcaire  par  l’exploration 
avec  un  stylet.  On  essaya  de  le  dégager  de  l’ouverture  'du  conduit  dans 
lequel  il  paraissait  engagé,  mais  ce  fut  en  vain,  et  comme  les  symptômes 
d’irritation  s’étaient  dissipés,  le  malade  quitta  l’hôpital  quelque  temps 
après.  La  rareté  de  ces  calculs  s’explique  par  la  faible  quantité  de  prin¬ 
cipes  solides  dans  la  sécrétion  lacrymale  (un  centième  environ).  L’analyse 
chimique  de  ces  calculs  montre  qu’ils  sont  formés  presque  en  totalité  de 
phosphate  de  chaux,  on  y  trouve  très-peu  de  matières  organiques,  et  le 
carbonate  de  chaux  y  fait  défaut,  d’après  les  analyses  de  Fourcroy  et 
Vauquelin. 

.6°  Tusiedrs  de  la  glande  lacrïjiale.  —  11  y  en  a  de  deux  sortes,  les 
unes  liquides,  les  autres  solides. 

a.  Tumeurs  liquides.  —  Kystes.  —  Ils  peuvent  siéger  isolément  sur  la 
portion  palpébrale  de  la  glande,  ou  sur  la  portion  orbitaire  : 

1“  Kystes  de  la  portion  palpébrale.  —  Dacryops  de  Schmidt,  qui  les 
divise  en  dacryops  fistuleux  que  nous  avons  étudiés  au  sujet  de  la  fistule 
lacrymale  vraie,  et  en  dacryops  sans  fistule. 

Leur  véritable  origine  a  été  l’objet  de  nombreuses  discussionsi  Schmidt 
qui  est  l’un  de  ceux  qui  les  ont  décrits  pour  la  première  fois,  pense  que  le 
liquide  sécrété  par  la  glande,  s’infiltre  dans  le  tissu  cellulaire  sous-conjonc¬ 
tival  au  point  où  la  muqueuse  oculaire  se  recourbe  pour  passer  sur  la 
paupière  ;  il  s’accumule  là  progressivement,  et  finit  par  former  une  tumeur 
plus  ou  moins  volumineuse  qui  s’enkyste  par  tassement  et  induration 
du  tissu  cellulaire  qui  l’entoure.  Dans  deux  observations  rapportées  par 


LACRYMALE  (pathologie  de  la  glande).  —  tumeurs.  19 

Beer,  le  kyste  se  serait  développé  une  fois  à  la  suite  d’une  violente  con¬ 
tusion  sur  le  bord  supérieur  de  l’orbite,  produite  par  une  bille  de  billard, 
et,  l’autre  fois,  consécutivement  à  l’extraction  incomplète  d’une  tumeur 
enkystée,  qui  avait  son  siège  à  la  même  place,  au  niveau  de  l’ouverture 
des  conduits  lacrymaux.  On  pouvait  dire  à  priori  que  l’opinion  de  Beer 
n’était  pas  exacte,  et  que  très-probablement  la  poche  kystique  était  formée 
par  un  cul-de-sac  dilaté,  ou  par  la  paroi  d’un  canal  excréteur  (Broca).  En 
effet,  la  règle  générale  est  que  les  liquides  de  sécrétion  qui  s’épanchent 
dans  le  tissu  cellulaire  à  la  suite  de  la  rupture  des  canaux  qui  les  trans¬ 
portent,  ne  s’enkystent  pas,  mais  s’infiltrent  et  se  diffusent  dans  les 
mailles  de  ce  tissu.  L’examen  microscopique  fait  par  Duhrueil  et  Legros, 
montrant  clairement  l’existence  de  l’épithélium  cylindrique  des  conduits 
glandulaires  à  la  face  interne  de  la  poche,  établit  l’exactitude  de  la  théorie 
de  Broca. 

Le  contenu  de  la  poche  est  aqueux  et  plus  ou  moins  incolore,  l’analyse 
en  a  été  faite  une  fois  par  Réveil  à  l’occasion  du  malade  de  Broca.  Il  y 
avait  de  liquide. 

Composition  : 

2,47  d’eau. 

0,06  d’albumine. 

0,02  de  sels  :  chlorure  de  sodium  à  peu  près  pur  et  des  traces  de  sulfates. 

Quelques  traces  de  matières  grasses. 

Symptômes.  —  Le  kyste  de  la  portion  palpébrale  est  facile  à  recon¬ 
naître;  on  voit  sur  la  paupière  supérieure  du  côté  de  l’angle  externe, 
une  tumeur  ne  dépassant  guère  le  volume  d’une  amande.  Cette  tumeur 
est  circonscrite,  très-élastique,  indolente,  mobile,  présentant  quelque¬ 
fois  une  fluctuation  manifeste.  On  la  sent  immédiatement  derrière  la 
paupière  supérieure  vers  le  côté  temporal  de  l’orbite;  si  elle  a  acquis 
déjà  un  certain  volume,  et  qu’on  la  comprime  d’avant  en  arrière  sur  le 
globe  oculaire,  on  provoque  du  larmoiement  et  des  phosphènes.  Pour 
mieux  l’étudier,  il  faut  soulever  la  paupière  supérieure,  on  la  voit  alors  fai¬ 
sant  saillie  au  fond  du  cul-de-sac  conjonctival ,  et  c’est  là  surtout  qu’on 
peut  sentir  facilement  la  fluctuation.  Lorsqu’elle  devient  volumineuse,  les 
mouvements  de  l’œil,  en  haut  et  en  dehors  sont  gênés;  quelquefois  la  disten¬ 
sion  de  la  conjonctive  est  tellement  considérable,  et  les  parois  kystiques  sont 
tellement  amincies,  qu’une  simple  exploration  paraît  presque  suffisante  pour 
provoquer  sa  rupture.  Il  n’est  pas  rare  de  trouver  à  la  surface  de  la  paroi 
de  petits  orifices  qui  sont  les  ouvertures  des  conduits  excréteurs  de  la 
glande;  ils  donnent  issue  au  contenu,  si  la  poche  est  trop  pleine,  ou  si  on 
la  soumet  à  un  certain  degré  de  pression.  On  voit  augmenter  ces  kystes  de 
volume  quand  une  action  réflexe  provoque  en  abondance  la  sécrétion  lacry¬ 
male.  C’est  alors  qu’en  raison  de  la  distention  des  parois,  ils  prennent  un 
aspect  transparent. 

Traitement.  —  Mackenzie  conseille  l’extirpation  par  la  conjonctive,  et 
pour  cela,  s’il  est  possible  de  renverser  la  paupière,  il  fait  un  débride- 
rnent  de  la  commissure  externe,  vers  la  tempe.  Beer  passait  un  séton  à 


20  LACRYMALE  (pathologie  de  la  glakde).  —  tümedrs. 

travers  la  paupière  ;  mais  outre  que  ce  procédé  peut  ne  pas  amener'  une 
guérison  radicale,  il  expose  à  la  formation  d’une  fistule  lacrymale.  La 
ponction  simple  n’a  jamais  été.qu’un  palliatif;  la  tumeur  s’est  toujours  re¬ 
produite  après  qu’on  l’a  eu  pratiquée.  Haynes  Walton  excisa  la  surface 
conjonctivale  du  kyste,  et  guérit  son  malade.  Broca,  à  la  suite  de  la  ponc¬ 
tion,  fit  une  injection  iodée  qui  fut  suivie  de  la  guérison ,  soit  par  oblité¬ 
ration  de  la  cavité,  soit  par  le  courant  exosmotique  qu’elle  a  provoqué 
sur  le  liquide. 

b.  Kystes  de  la  portion  orbitaire.  —  Ces  kystes  sont  assez  mal  connus, 
et  les  observations  qui  en  ont  été  recueillis,  par  Ad.  Schmidt  (1805),  Beer, 
Waller  ont  été  mises  en  doute  par  les  auteurs  modernes.  Desmarres  pense 
que  dans  ces  cas  le  kyste  s’était  développé  dans  le  tissu  cellulaire  périglan- 
dulaire.  Les  auteurs  du  Compendium  partagent  son  avis,  disant  que  rien 
dans  leur  observation  ne  démontre  que  le  kyste  s’était  développé  dans  la 
glande.  Pourtant  Ad.  Schmidt  rapporte  qu’à  l’autopsie  on  trouva  des  grains 
glandulaires  éloignés  de  la  tumeur,  et  il  ressort  de  son  observation  que  les 
éléments  glandulaires  paraissent  avoir  été  dissociés  par  le  développement 
kystique.  11  est  probable  que  si  la  tumeur  ne  s’était  pas  développée  dans 
la  glande  elle-même,  celle-ci  aurait  été  déplacée  en  masse,  en  raison  de 
sa  texture  serrée  et  de  sa  situation  dans  un  dédoublement  de  l’aponévrose 
orbito-oculaire.  Si  l’on  n’admet  pas  le  développement  du  kyste  dans  le 
sein  de  la  glande,  comment  expliquer  que  ses  lobules  ont  été  déjetés  les 
uns  en  avant,  les  autres  sur  la  périphérie  de  la  tumeur?  Du  reste,  pour¬ 
quoi  n’arriverait-il  pas  pour  la  glande  lacrymale  ce  que  nous  observons 
fréquemment  pour  l’organe  sécréteur  du  lait  dans  la  galactocèle.  Ici, 
comme  là,  il  y  a  tumeur ,  où  plutôt  kyste  par  rétention  du  liquide,  nor¬ 
malement  sécrété. 

On  a  observé  des  kystes  hydatiques  occupant  la  place  de  la  glande, 
sinon  la  glande  elle-même  (Fehre,  Dissert.  Leipzig  1860,  Wharton  Jones). 

Les  signes  des  kystes  de  la  glande  sont  les  mêmes  que  ceux  des  autres 
tumeurs  de  cet  organe  sur  lesquels  nous  reviendrons  plus  loin.  Toute¬ 
fois,  signalons  immédiatement  quelques  caractères  particuliers,  tels 
que  :  la  marche  rapide,  un  an  ou  quelques  mois  seulement  de  durée  ; 
l’intensité  de  la  douleur  qui  s’étend  à  une  moitié  de  la  face  ;  l’exorbitisme 
plus  considérable,  et  enfin  les  phénomènes  de  compression  sur  les  organes 
intraorhitaires  amenant  la  perte  de  la  vue,  le  défaut  de  nutrition  de  l’œil 
ou  sa  fonte  et  sa  destruction  en  dernier  lieu.  Voilà  bien  des  symptômes  qui 
ne  sont  pas  ceux  des  kystes  en  général;  seraient-ils  dus  à  la  rétention  des 
larmes,  et  arriverait-il  pour  la  glande  lacrymale,  ce  qui  s’observe  pour  la 
mamelle  dans  la  galactocèle?  C’est  l’opinion  de  Broca. 

c.  Tumeurs  solides.  —  On  a  longtemps  discuté  sur  la  nature  des  tu¬ 
meurs  solides  de  la  glande  lacrymale,  et  tandis  que  les  uns,  Beer,  Ad. 
Schmidt,  Roux,  Velpeau,  niaient  les  aflections  cancéreuses,  se  basant  sur¬ 
tout  sur  la  bénignité  de  leurs  caractères  cliniques,  les  autres  avec  Mas- 
lieurat-Lagemard  (1840)  n’y  voyaient  au  contraire  que  des  productions 
malignes,  s’accompagnant  parfois  de  douleurs  lancinantes  et  rebelles  à 


LACRYMALE  (pathologie  de  la  glande).  —  tumeurs.  21 

tous  les  moyens  résolutifs.  De  nos  jours  encore,  malgré  les  progrès  de 
l’anatomie  pathologique,  la  classification  reste  obscure,  ce  qui  se  comprend 
facilement,  vu  leur  rareté.  De  l’analyse  de  dix-huit  observations  publiées, 
faite  par  Polaillon,  il  résulte  que  les  tumeurs  hypertrophiques,  ou  adé¬ 
nomes,  sont  les  plus  communes  de  beaucoup,  puisqu’elles  forment  les 
trois  quarts  des  faits  connus.  On  ne  peut  point  d’ailleurs  douter  de  leur 
nature,  puisque  l’examen  histologique  en  a  été  fait  par  Gluge,  Lebert, 
Busch,  -Warlomont,  Ordonez  et  Buhl.  A  côté  de  ce  groupe,  on  doit  placer 
les  fibro-adénomes,  c’est-à-dire  ces  cas  dans  lesquels  l’hypertrophie  de  la 
trame  fibreuse  s’ajoute  à  celle  des  éléments  glandulaires. 

Dans  un  second  groupe,  on  trouve  les  dégénérescences  cartilagineuses 
de  la  glande,  ou  enchondromes.  Il  en  existe  une  observation  authentique 
due  à  Reinhard  et  'Wagner. 

Enfin,  dans  une  troisième  catégorie,  on  doit  ranger  les  cancers  véri¬ 
tables,  qui  sont  rares  primitivement  dans  la  glande.  Quant  au  chloroma, 
il  est  incertain  que  ce  soit  une  affection  spéciale  à  cette  glande  ;  c’est 
peut-être  une  forme  de  cancer  des  os  du  crâne  qui  peut  envahir  la  glande 
ou  la  respecter,  tout  en  se  propageant  dans  les  régions  voisines.  On  a 
publié  plusieurs  observations  de  cette  affection  bizarre,  dans  lesquelles  la 
glande  et  les  parties  voisines  sont  transformées  en  une  substance  verte, 
de  consistance  peu  ferme  et  d’un  volume  assez  grand  pour  chasser  l’œil 
de  l’orbite  (Mackenzie,  Allan  Burns). 

On  trouve  aussi,  dans  la  thèse  de  Sautereau,  une  observation  de 
myxome  de  la  glande  lacrymale.  De  plus,  dans  une  observation  d’Otto 
Becker,  il  est  parlé  de  tissu  colloïde. 

Quelle  que  soit  la  nature  de  la  tumeur,  la  glande  subit  de  grandes  mo¬ 
difications  dans  sa  forme  ;  elle  augmente  de  volume ,  et  par  suite  dé¬ 
termine  des  changements  considérables  dans  les  organes  avec  lesquels 
elle  est  en  rapport.  C’est  ainsi  que  nous  voyons  le  globe  oculaire  pro¬ 
jeté  en  avant  d’abord,  puis  en  dedans,  en  même  temps  qu’il  subit  un 
mouvement  de  bascule,  qui  porte  en  bas  la  cornée.  De  cette  action  sur  le 
globe  oculaire  résultent  des  changements  dans  les  axes  visuels  qui  ont 
quitté  leur  place  normale.  De  plus,  la  compression  sur  le  globe  oculaire 
s’exerçant  de  dehors  en  dedans  et  de  haut  en  bas,  le  diamètre  transversal 
de  l’œil  se  trouve  diminué,  tandis  que  l’antéro-postérieur  est  augmenté 
d’autant,  ce  qui  entraîne  dans  la  vision  des  modifications  importantes  à 
étudier  au  point  de  vue  du  diagnostic.  Ces  tumeurs  compriment  en  outre 
un  certain  nombre  de  vaisseaux  dans  la  cavité  orbitaire,  et  à  mesure 
qu’elles  se  développent,  elles  déterminent  la  destruction  et  la  fonte  de 
l’œil,  refoulent  les  parois  de  l’orbite,  pénétrent  dans  la  fente  sphéno- 
maxillaire,  et  font  éclater,  pour  ainsi  dire,  la  cavité  orbitaire  trop  petite 
pour  les  contenir. 

Symptômes  et  marche.  —  Dans  une  première  période,  il  n’existe  pas 
de  tumeur  ;  mais  le  malade  est  affecté  d’épiphora,  et  éprouve  une  cha¬ 
leur  brûlante  et  une  douleur  lancinante  dans  la  partie  supérieure  et  ex¬ 
terne  de  l'orbite,  s’étendant  sur  le  front,  la  partie  externe  de  la  paupière, 


22  LACRYMALE  (pathologie  de  la  glande).  —  tümedrs. 

et  jusque  dans  la  tempe.  A  la  deuxième  période,  on  observe  déjà  une 
légère  saillie  du  globe  oculaire,  qui  en  même  temps  se  trouve  dévié  en 
bas  et  en  dedans  ;  la  paupière  est  légèrement  refoulée  par  la  tumeur  qu’on 
sent  au-dessous  de  la  moitié  externe  du  rebord  orbitaire.  Si  la  maladie 
atteint  la  portion  palpébrale,  c’est  surtout  en  renversant  la  paupière 
qu’on  apercevra  clairement  le  refoulement  du  cul-de-sac  conjonctival 
chassé  en  avant  de  la  tumeur.  A  la  troisième  période,  on  observe  l’exa¬ 
gération  des  symptômes  précédents  ;  l’exorbitisme  peut  être  tel  que  l’œil 
pend  pour  ainsi  dire  sur  la  joue  ;  en  même  temps  se  produisent  le  ren¬ 
versement  de  la  paupière  inférieure,  la  chute  de  la  paupière  supérieure 
et  des  altérations  plus  ou  moins  nombreuses  et  graves  de  la  vision,  de¬ 
puis  la  diplopie  et  l’obscurcissement  de  la  vue  jusqu’à  la  cécité  complète. 
Toutefois,  il  est  des  cas  où  la  vision  se  conserve  longtemps,  malgré  une 
exophthalmie  considérable  et  un  allongement  extrême  du  nerf  optique.  A 
la  quatrième  période,  les  symptômes  sont  portés  à  leur  maximum  d’inten¬ 
sité,  l’œil  est  chassé  de  l’orbite,  il  s’enflamme  et  se  vide.  La  tumeur  oc¬ 
cupe  toute  la  cavité  orbitaire,  elle  envahit  la  fente  sphéno-maxillaire,  re¬ 
jette  en  dehors  les  cloisons  osseuses  qui  limitent  l’orbite,  et  amène  la  mort, 
soit  par  compression  cérébrale,  soit  par  l’épuisement  auquel  elle  conduit 
par  la  douleur  et  la  fièvre.  Les  adénomes  et  les  squii’rhes  ont  mis  plu¬ 
sieurs  années  pour  acquérir,  un  volume  peu  considérable.  Quant  à  l’encé- 
phaloïde,  ici  comme  ailleurs,  il  tend  à  désorganiser  rapidement  les  tissus. 

Diagnostic.  —  Le  chirurgien  a  deux  questions  à  résoudre  :  1°  quel  est 
le  siège  de  la  tumeur;  2“  quelle  est  sa  nature? 

1“  Toutes  les  tumeurs  qui  se  développent  aux  dépens  des  éléments 
intra-orbitaires,  donnent  lieu  à  des  symptômes  analogues  ;  aussi  le  dia¬ 
gnostic  différentiel  complet  ne  sera-t-il  réellement  fait  que  dans  l’étude 
des  tumeurs  de  l’orbite.  Toutefois,  le  siège  de  la  tuméfaction,  la  douleur 
que  le  malade  accuse  toujours  au  niveau  de  l’angle  supérieur  et  externe 
de  Torbite,  l’épi phora  habituel  et  l’exophthalmie  avec  déviation  de  la 
cornée  en  bas  et  en  dedans,  témoignent  du  siège  du  mal  dans  l’angle 
supéro-externe  de  la  cavité  orbitaire.  On  peut  confondre  les  tumeurs  de 
la  glande  avec  les  kystes  de  cette  région  •  qu’ils  siègent  dans  les  petites 
bourses  séreuses  situées  au-dessus  ou  au-dessous  du  releveur  de  la 
paupière  supérieure,  ou  bien  dans  le  tissu  cellulaire  péri-glandulaire,  ils 
ressemblent  en  tout  point  aux  kystes  lacrymaux,  et  leur  diagnostic  est  im¬ 
possible;  toutefois  la  transparence,  la  fluctuation,  et  quand  ils  seront  très- 
distendus,  une  ponction  exploratrice  les  différencieront  des  tumeurs  so¬ 
lides.  Au  niveau  du  tiers  externe  de  la  paupière  supérieure,  on  trouve  des 
kystes  folliculaires  qui  peuvent  gagner  la  profondeur,  et  donner  le  change 
avec  une  tumeur  de  la  glande  lacrymale  ;  ici-  il  faudra  surtout  étudier  les 
antécédents,  et  s’enquérir  si  la  petite  tumeur  n’aurait  pas  débuté  primiti¬ 
vement  par  la  paupière.  Assez  souvent  on  trouve  l’orifice  d’une  fistule 
oblitéré  par  une  croûte  épithéliale. 

2°  La  nature  de  la  maladie  n’offre  pas  moins  de  difficultés  cependant; 
si  la  tumeur  se  développe  lentement,  si  elle  est  indolente  sans  phéno- 


LACRYMALE  (pathologie  de  la  glande).  —  tumeurs.  23 

mènes  cachectiques,  il  faudra  soupçonner  l’adénome,  l’enchondrome,  ou 
tout  au  moins  une  tumeur  bénigne.  Si  elle  se  développe  sur  un  sujet  jeune 
avec  tous  les  caractères  de  la  diathèse  scrofuleuse,  on  pensera  à  un  engor¬ 
gement  de  même  nature  ;  si  le  malade  porte  des  traces  de  syphilis,  on  de¬ 
vra  croire  à  une  tuméfaction  syphilitique.  Il  va  sans  dire  que,  si  l’on  con¬ 
state  de  la  fluctuation,  toutes  les  probabilités  sont  pour  le  kyste.  Mais  si 
la  tumeur  s’accroît  rapidement,  s’il  y  a  des  douleurs  augmentant  progres¬ 
sivement,  et  s’irradiant  dans  les  parties  voisines,  si  l’exorbitisme  apparaît 
rapidement,  si  d’ailleurs  on  observe  tous  les  phénomènes  de  la  cachexie, 
il  n’y  a  pas  à  hésiter,  l’on  a  affaire  à  un  cancer  de  la  glande.  Le  diagnostic 
devient  certain,  si  l’on  constate  la  présence  d’une  tumeur  maligne  dans 
un  autre  endroit  de  l’économie. 

Pronostic.  —  Le  pronostic  ne  laisse  pas  d’offrir  une  certaine  gravité, 
même  devant  un  adénome  ou  un  enchondrome;  car  ces  tumeurs,  par  suite 
du  progrès  de  la  néoplasie,  peuvent  se  ramollir,  s’ulcérer,  et  entraîner 
après  elles,  avec  les  désordres  des  parties  voisines,  l’affaiblissement  et  le 
marasme.  Les  plus  graves,  ce  sont  les  encéphaloïdes,  à  cause  de  la  rapidité 
de  leur  marche  et  de  leur  tendance  à  envahir  l’œil  et  les  pai’ois  de  l’orbite. 
Toutefois,  on  peut  conjurer  ces  accidents  graves  par  l’extirpation  du  mal 
dès  qu’il  a  acquis  une  certaine  extension,  et  que  les  fonctions  de  l’œil 
commencent  à  être  compromises.  Il  est  d’une  importance  capitale  de  tout 
enlever  sous  peine  de  s’exposer  presque  fatalement  aune  récidive.  On  n’at¬ 
tendra  pas,  pour  pratiquer  l’opération,  que  l’exorbitisme  soit  très-pro¬ 
noncé  :  on  opérera  dès  que  la  tumeur,  commençant  à  comprimer  le  globe 
J  oculaire,  en  fera  varier- les  diamètres,  en  amenant  ainsi  la  gêne  de  h 
\  vision. 

Extirpation  de  la  glande  lacrymale.  —  Cette  opération  n’a  pas  été  seu- 
p  lement  pratiquée  pour  des  tumeurs  de  l’organe ,  mais  on  l’a  faite  encore 
kJ  dans  certains  cas  d’épiphora  rebelle  à  tous  les  autres  moyens.  Pour  la  pra¬ 
tiquer,  on  peut,  avec  Todd  et  O’  Beirne,  faire  une  incision  parallèle  au  re¬ 
bord  orbitaire,  allant  d’une  commissure  à  l’autre  ;  ou,  avec  Halpin,  inciser 
transversalement  sur  le  sourcil,  préalablement  rasé  et  abaissé  jusqu’au 
niveau  du  rebord  de  l’orbiteYi^ce  procédé  qui  ne  permet  l’extraction  que 
d’une  tumeur  très-petite,  a  l’avantage  de  laisser  une  cicatrice  qui  sera  ca¬ 
chée  plus  tard  par  le  sourcil.  Velpeau  procédait  différemment  :  il  débri¬ 
dait  sur  la  commissure  externe,  de  façon  à  pouvoir  renverser  facilement  la 
paupière,  et  arriver  sur  le  rebord  orbitaire  ;  il  attaquait  alors  la  tumeur 
par  la  conjonctive.  Ce  procédé  permet  l’extraction  de  tumeurs  volumi¬ 
neuses  ;  il  a  sur  celui  d’O’  Beirne  l’avantage  de  ne  pas  laisser  de  cicatrice 
palpébrale,  et  de  ne  pas  exposer  au  ptosis  permanent  de  la  paupière  supé¬ 
rieure,  par  la  section  du  muscle  releveur  ;  mais  la  cicatrice  qu’il  laisse  à 
la  tempe,  s’accompagnerait,  d’après  Desmarres,  du  déplacement  de  l’angle 
externe,  entraînant  avec  lui  une  certaine  difformité.  La  tumeur,  une  fois 
mise  à  nu  et  détachée  de  ses  adhérences  celluleuses,  on  tord  son  pédicule 
vasculaire,  ou  on  le  lie  pour  ne  pas  avoir  d’hémorrhagie. 

Les  suites  de  l’opération  sont  habituellement  heureuses  :  on  a  toutefois 


24  LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  points  et  conduits  l.  lésions. 
à  redouter  le  phlegmon  rétro-orbitaire  et  la  fonte  de  l’œil;  aussi  devra- t-on 
s’abstenir,  dans  le  but  de  les  prévenir,  de  faire  la  suture  des  lèvres  de  la 
plaie  qui  emprisonnerait  le  pus. 

JI.  ‘Voies  lacrymales.  —  A  l’exemple  de  Warlomont,  nous  étudie¬ 
rons  successivement  les  maladies  des  voies  lacrymales  :  dans  les  points 
et  les  conduits  lacrymaux,  le  sac  lacrymal  et  le  canal  nasal,  tout  en  fai¬ 
sant  remarquer  que  les  maladies  du  sac  coïncident  habituellement  avec 
celles  du  canal  ;  ce  qui  explique  pourquoi  certains  ophthalmologistes  les 
ont  décrites  sous  le  nom  d’affections  du  canal  lacrymo-nasal. 

A.  Points  et  conduits  i.acrtmaüx.  —  1“  Lésions  traumatiques.  —  Les 
points  et  les  conduits  lacrymaux  peuvent  être  atteints  dans  les  cas  de  brû¬ 
lure  siégeant  sur  les  paupières,  et  dans  les  cas  de  déchirure  de  ces  der¬ 
nières  par  un  instrument  tranchant  ou  contondant.  A  la  suite  de  la 
cicatrisation,  ils  peuvent  rester  oblitérés  et  donner  ainsi  lieu  à  un  lar¬ 
moiement  incoercible.  Mackenzie  rapporte  plusieurs  exemples  de  ces  lé¬ 
sions,  à  la  suite  desquelles  on  a  vu  tantôt  l’oblitération  se  produire,  tantôt 
la  perméabilité  persister  en  laissant  ainsi  les  larmes  s’écouler  librement. 
Dans  tous  les  cas,  le  pronostic  sera  d’autant  plus  grave  au  point  do 
vue  de  la  fonction,  que  la  lésion  sera  plus  irrégulière.  On  devra  faire 
un  affrontement  exact  des  lèvres  de  la  plaie  que  l’on  maintiendra  au 
moyen  de  la  suture  ou  de  bandelettes  agglutinatives.  Il  serait  peut-être 
utile,  dit  Mackenzie,  pour  obtenir  une  réunion  parfaite,  d’introduire  une 
soie  de  sanglier  par  le  point  lacrymal  dans  le  conduit  divisé  et  de  l’y 
maintenir  jusqu’à  ce  que  la  plaie  soit  cicatrisée. 

Il  peut  se  faire  qu’une  fistule  cutanée  soit  le  résultat  de  la  blessure  du 
conduit.  Dans  ce  cas,  Warlomont  conseille  d’essayer  d’en  obtenir  l’occlu¬ 
sion  en  cautérisant  légèrement  le  trajet  fistuleux  avec  un  stylet  chargé  de 
nitrate  d’argent  ou  chauffé  à  blanc;  mais  si  l’on  ne  réussissait  pas, 
il  faudrait  recourir  au  procédé  de  M.  Lecomte,  qui  ressemble  en  tout 
point  à  celui  de  M.  Déguisé  pour  les  fistules  du  canal  de  Sténon.  On  sub¬ 
stitue  à  la  fistule  cutanée  une  fistule  conjonctivale.  Pour  cela,  on  étreint 
dans  une  anse  de  fil  la  partie  de  la  conjonctive  qui  correspond  à  l’ou¬ 
verture  fistuleuse,  en  faisant  passer  les  depa  bouts  d’un  fil  de  dehors  en 
dedans.  Au  bout  de  quelques  jours,  la  moAification  des  tissus,  est  opé¬ 
rée.  Les  larmes  pouvant  alors  retourner  facilement  sur  la  conjonctivè,  on 
arrive  aisément,  par  des  cautérisations  successives,  à  faire  cicatriser 
l’orifice  cutané.  Une  observation  récente  de  Talko  démontre  que  des  ab¬ 
cès  peuvent  donner  naissance  à  la  fistule  des  conduits  lacrymaux. 

2“  Inflammations.  —  L’inflammation  des  points  et  des  conduits  lacry¬ 
maux  existe  rarement  isolée;  elle  accompagne  presque  constamment 
celle  du  sac  ou  dacryocystite,  dont  elle  est  souvent  un  symptôme.  Ses  si¬ 
gnes  sont  de  la  rougeur,  de  la  douleur  et  de  la  tuméfaction  de  l’orifice  et 
des  conduits.  On  voit  aussi  sortir  de  la  matière  purulente  qui  se  répand 
sur  la  conjonctive  et  l’irrite. 

A  l’état  chronique,  la  matière  purulente  peut  s’accumuler  dans  les  con¬ 
duits  et  les  distendre.  Dans  ces  cas,  nous  conseillons  d’ouvrir  ces  conduits 


LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  points  et  conddits  l.  oblitération.  25 
isolément  ou  même  avec  le  sac  et  de  les  cautériser  pour  arriver  à  une 
guérison  très-prompte. 

3“  Oblitération  des  points  et  des  conduits  lacrymaux.  —  Elle  est  par¬ 
fois  congénitale,  plus  souvent  acquise,  et  alors  les  causes  les  plus  or¬ 
dinaires  sont  :  la  cutisation  de  la  surface  conjonctivale  anormalement 
exposée  au  contact  de  l’air  dans  les  cas  d’eclropion,  et  surtout  les  blépha¬ 
rites  et  les  conjonctivites  chroniques,  les  plaies,  les  brûlures,  les  ulcé¬ 
rations,  ainsi  que  les  pustules  varioliques  développées  au  niveau  des 
tubercules  lacrymaux.  Dans  tous  ces  cas,  la  tuméfaction  qui  accompagne 
ces  lésions  s’étend  jusque  dans  les  conduits  et  les  oblitère  plus  ou  moins. 
Leur  action  se  manifeste  en  même  temps  sur  les  points  et  les  conduits 
lacrymaux.  On  a  observé  encore,  amenant  cette  oblitération,  des  corps 
étrangers,  des  polypes  (Desmarres  père),  des  kystes  sébacés  (Critchett, 
Bowman),  des  calculs  (Bugier,  de  Yilleneuve-sur-Lot)  et  même  des  cils. 

Dans  tous  ces  cas,  les  larmes  arrêtées  dans  leur  parcours  se  déversent 
sur  les  joues,  et  le  larmoiement  est  continuel. 

Il  y  a  deux  moyens  de  reconnaître  le  siège  du  rétrécissement  ou  de 
l’oblitération  complète  dans  les  conduits.  Ce  sont  :  l’injection  d’un  liquide 
avec  la  seringue  d’Anel,  et  le  cathétérisme  avec  les  stylets  régulièrenient 
calibrés  de  Bowman,  Voici  comment  on  pratique  ces  petites  opérations  : 
le  malade  étant  assis  sur  unj  chaise  et  bien  éclairé,  le  chirurgien  tient 
de  sa  main  droite  l’instrument,  tandis  que  du  pouce  de  la  main  gauche 
il  presse  sur  la  paupière  et  l’attire  en  bas  et  un  peu  en  dehors  s’il  s’agit 
de  l’inférieure,  en  haut  et  en  dehors  s’il  s’agit  de  la  supérieure,  de  ma¬ 
nière  à  détacher  de  la  surface  oculaire  le  tubercule  lacrymal,  qu’il  ren¬ 
verse.  Il  introduit  alors  avec  ménagement  la  canule  dans  le  point  lacry¬ 
mal,  qui  est  très-visible.  Pressant  ensuite  avec  le  pouce  sur  l’anneau  qui 
surmonte  la  tige  du  piston,  le  liquide  est  chassé  dans  les  voies  lacrymales. 
Le  chirurgien  se  placera  en  face  du  malade  quand  iL  devra  opérer  sur 
l’œil  droit,  derrière,  au  contraire,  s’il  opère  sur  l’œil  gauche.  Il  pourra 
ne  pas  se  déplacer,  s’il  se  sert  également  bien  des  deux  mains,  auquel 
cas  leur  rôle  sera  interverti.  Cette  petite  opération  devient  beaucoup  plus 
facile  si  l’on  incise  les  points  lacrymaux.  A  l’état  normal  des  voies  lacry¬ 
males,  le  liquide  injecté  parcourt  tout  leur  trajet  et  arrive  dans  le  méat 
inférieur  des  fosses  nasales;  mais,  quand  il  existe  des  oblitérations  sur 
leur  parcours,  il  se  comporte  tout  différemment.  L’oblitération  siége- 
t-elle  sur  le  conduit  correspondant  au  point  lacrymal  sur  lequel  on  opère, 
on  verra  ressortir  tout  le  liquide  à  côté  de  la  canule.  Siége-t-elle  plus  loin, 
sur  la  portion  commune  des  conduits,  il  sortira  par  l’autre  point  lacry¬ 
mal,  le  supérieur  si  l’on  opérait  sur  l’inférieur,  et  réciproquement.  Enfin, 
si  la  lésion  existait  à,  la  réunion  du  sac  et  du  canal  nasal,  on  verrait  le 
sac  se  distendre  progressivement  et  former  une  véritable  tumeur  lacry¬ 
male.  Les  injections  avec  la  seringue  d’Anel  et  le  cathétérisme  des  points 
lacrymaux  sont,  dit  Warlomont,  deux  moyens  d’exploration  qui  se  con¬ 
trôlent  mutuellement.  Il  peut  se  faire  que  les  injections  traversent  les 
canaux,  et  que  le  cathétérisme  soit  impossible,  et  réciproquement.  Des 


36  LACRYMALES  (patholooie  des  voies).  —  points  et  conddits  l.  oblitération. 
corps  étrangers  introduits  da#is  les  canaux,  des  valvules  plus  ou  moins 
développées,  peuvent  être  un  obstacle  au  passage  des  liquides,  tandis  que 
le  stylet,  plus  résistant,  les  chasse  devant  lui,  et  habituellement  même, 
quand  il  s’agit  de  corps  étrangers,  un  simple  cathétérisme  en  débarrasse 
le  malade.  En  outre,  la  sonde  précise  le  siège  de  la  lésion  par  la  résis¬ 
tance  qu’éprouve  la  main  quand  elle  butte  contre  l’obstacle.  Toutefois  il 
faut  avoir  soin,  pour  l’introduire,  de  faire  prendre  aux  conduits  une  di¬ 
rection  rectiligne.  Pour  cela,  après  avoir  frotté  lés  doigts  de  craie  pour 
empêcher  leur  glissement,  on  attire  la  paupière  en  bas  et  en  dehors  pour 
le  conduit  inférieur,  en  haut  et  en  dehors  pour  le  supérieur.  On  se  sert 
de  l’index  pour  le  premier  cas,  du  pouce  pour  le  second. 

Traitement.  —  Il  varie  suivant  l’étendue,  la  nature,  le  siège  de  l’obstruc¬ 
tion.  Si  le  point  lacrymal  n’est  recouvert  que  d’une  mince  membrane,  il  est 
facile  de  la  perforer  avec  une  épingle  ou  un  stylet  pointu,  comme  le  faisait 
Warthon  Jones;  s’il  est  simplement  rétréci,  on  se  servira  d’un  poinçon  ou 
de  stylets  de  plus  en  plus  gros.  Desmarres  et  Cusco  ont  inventé  des  dilata¬ 
teurs  des  points  et  des  conduits  lacrymaux  ;  mais  ces  organes  sont  très-élas¬ 
tiques  et  reviennent  très-vite  sur  eux-mêmes,  de  sorte  que  le  plus  souvent, 
dans  les  cas  de  rétrécissement,  on  est  obligé  d’en  pratiquer  l’incision 
avec  le  couteau  de  Weber.  Il  peut  se  faire  que,  dans  des  cas  rares, 
on  ne  trouve  point  le  point  lacrymal;  alors  Junken  conseille  d’exciser 
avec  des  ciseaux  courbes  les  parties  sur  lesquelles  on  soupçonne  son  siège, 
pour  chercher  ensuite  dans  la  plaie  l’ouverture  du  conduit  sectionné  et  y 
passer  un  fil  métallique  ;  mais  on  s’expose  à  couper  sur  l’oblitération  et  à 
ne  pas  avoir  d’orifice  béant  une  fois  cette  opération  faite;  aussi  préférons- 
nous,  à  l’exemple  de  Wecker  et  dans  le  but  d’obtenir  une  large  voie  pour 
l’élimination  des  larmes,  inciser  jusqu’à  la  caroncule  le  conduit  lacrymal 
sain  sans  toucher  à  celui  qui  est  oblitéré.  On  trouvera,  dans  le  Traité  pra¬ 
tique  des  maladies  de  l’œil,  de  Mackenzie,  une  observation  de  Streatfield 
dans  laquelle  la  perméabilité  du  conduit  inférieur  a  été  rétablie  en  y  péné¬ 
trant  par  le  supérieur.  Pour  cela,  après  avoir  fendu  le  point  lacrymal  su¬ 
périeur,  il  prit  une  sonde  de  Bowman,  n“  1,  en  recourba  la  portion  la" 
plus  mince  qu’il  introduisit  dans  ce  conduit  en  poussant  en  dedans  jus¬ 
qu’à  ce  qu’il  fût  parvenu  dans  le  sac  lacrymal.  Élevant  alors  le  manche 
de  l’instrument  jusqu’au  niveau  de  la  tempe,  il  essaya,  par  ce  mouvement 
d’élévation,  de  faire  pénétrer  la  pointe  par  l’orifice  interne  du  conduit 
inférieur,  ce  à  quoi  il  parvint  sans  trop  de  difficulté.  La  conjonctive  se 
tro.uvait  soulevée  par  la  pointe  du  stylet,  et  c’est  en  pressant  un  peu  sur 
elle,  en  même  temps  que  l’autre  extrémité  de  l’instrument  était  portée 
plus  près  de  la  base  du  nez,  que  la  pointe  métallique  sortit  par  l’orifice. 
Le  même  auteur  a  pratiqué  avec  succès  la  manœuvre  inverse,  c’est-à-dire 
qu’il  a  fait  pénétrer  le  stylet  par  le  point  inférieur  et  l’a  fait  sortir  par  le 
supérieur. 

Il  peut  se  faire  qu’on  n’arrive  pas  par  le  cathétérisme  à  franchir  le  ré¬ 
trécissement;  mais,  si  l’on  connaît  bien  son  siège,  il  est  facile  d’inciser  le 
conduit  jusqu’à  son  niveau  pour  se  donner  du  jour;  on  recherche  alors 


LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  poihts  et  conduits  l.  déviations.  27 
avec  soin  l’ouverture,  dans  laquelle  on  introduit  une  sonde  cannelée  pour 
continuer  la  section  jusqu’au  sac;  si  on  ne  trouve  pas  l’orifice,  on  peut, 
comme  le  fait  Bowman,  pénétrer  dans  les  conduits  oblitérés  en  passant 
par  le  sac  lacrymal  lui-même  ;  mais  ce  procédé  est  minutieux,  difficile  et 
a  le  grave  inconvénient  d’ouvrir  la  cavité  du  sac.  Enfin  l’oblitération  peut 
siéger  au  niveau  de  l’embouchure  du  conduit  dans  le  sac;  dans  ce  cas,  si  la 
coarctation  n’est  pas  étendue,  on  porte  jusqu’à  son  niveau  une  lancette  à 
canule,  on  tend  la  paroi  externe  du  sac  lacrymal,  et  l’on  fait  saillir  la  lance 
jusqu’alors  enfermée  dans  la  gaîne.  La  paroi  externe,  par  la  tension  qu’on 
lui  imprime,  vient,  pour  ainsi  dire,  au-devant  de  l’instrument  qui  la  per¬ 
fore;  ainsi  l’on  risque  moins  d’aller  jusque  sur  la  paroi  interne  et  sur 
l’os  unguis.  Il  est  bon  d’introduire  immédiatement  un  corps  étranger,  un 
fil  de  plomb  ou  une  bougie,  dans  cette  ouverture,  qui,  sans  cela,  ne  tar¬ 
derait  pas  à  se  cicatriser. 

Jusqu’ici  nous  ne  nous  sommes  occupé  que  de  la  thérapeutique  des 
rétrécissements  ou  oblitérations  à  étendue  limitée.  Quelle  devra  être  la 
conduite  du  chirurgien  lorsque  l’oblitération  des  conduits  sera  complète? 
Mackenzie  pense  qu’il  n’y  a  aucunjmoyen  de  remédier  à  cet  état  ;  on  peut, 
dit-il,  décrire  des  méthodes  pour  faire  des  points  et  des  conduits  lacry¬ 
maux  artificiels  ;  mais  c’est  une  autre  chose  de  faire  absorber  et  trans¬ 
mettre  les  laftnes  par  ces  points  et  ces  conduits  nouveaux.  Cette  opinion 
est  peut-être  un  peu  exagérée,  car  il  y  a  des  faits  publiés  où  l’écoulement 
des  larmes  a  été  obtenu  par  la  création  d’une  voie  artificielle.  Fouteau 
ne  fit  point  autre  chose,  mais  dans  un  but  différent,  en  pénétrant  dans  le 
sac  à  l’aide  d’une  lancette  enfoncée  à  travers  la  conjonctive,  entre  la  ca¬ 
roncule  et  la  paupière.  On  p*eut  encore,  pour  pratiquer  ce  conduit,  suivre 
le  procédé  dit  d’Antoine  Petit,  qui  consiste  à  enfoncer  dans  le  sac  une 
aiguille  cannelée  servant  à  guider  le  bistouri  (Bowman).  Le  trajet  une 
fois  pratiqué,  on  y  maintiendra  pendant  plusieurs  jours  une  bougie  dans 
le  but  d’empêcher  la  cicatrisation.  C’est  en  procédant  ainsi  que  Pagen- 
stecher  obtint  la  guérison  d’un  larmoiement  rebelle.  Un  cas  semblable  a 
été  observé  par  Bava,  professeur  à  l’université  de  Sassari. 

Le  docteur  Vaudier  rapporte  une  observation  dans  laquelle  on  voit 
qu’un  larmoiement  continuel,  résultat  de  l’oblitération  complète  des  con¬ 
duits,  fut  guéri  par  cette  méthode  de  l’ouverture  du  sac  en  avant  de  la  ca¬ 
roncule.  Le  cathétérisme  fut  pratiqué  durant  plusieurs  semaines  à  partir 
du  jour  de  l’opération.  Abadie  a  eu  aussi  des  succès  ;  néanmoins  la  mé¬ 
thode  n’est  pas  définitivement  entrée  dans  la  pratique. 

4"  Déviations  des  points  lacrymaux.  —  On  l’observe  dans  la  paralysie  fa¬ 
ciale,  lorsque  l’orbiculaire  est  pris.  Outre  que  dans  ce  cas  les  paupières  sont 
lâches,  que  l’inférieure  est  abaissée  et  renversée  en  dehors,  l^uscle  de  Bor¬ 
ner  n’agit  plus  pour  attirer  le  point  lacrymal  inférieur  dans  le  sac  lacrymal  ; 
aussi  les  larmes,  après  s’y  être  accumulées,  s’échappent-elles  par  goutte¬ 
lettes  franchissant  le  bord  libre  de  la  paupière.  Ce  renversement  du  point 
lacrymal  accompagne  toutes  les  variétés  d’ectropion  occupant  la  partie 
interne  des  paupières,  de  même  que  les  cicatrices  vicieuses  et  l’eczéma 


28  LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  sac  l.  lésions  traumatiqdes. 
amenant  après  eux  la  rétraction  de  la  paroi  ;  à  leur  tour  les  tumeurs 
orbitaires  qui  repoussent  la  paupière  en  avant,  sont  autant  de  causes  de 
renversement  des  points  lacrymaux.  Notons  encore  chez  les  vieillards  le 
renversement  dû  ;  au  relâchement  de  la  peau  et  à  l’infiltration  séreuse  que 
présente  souvent- le  tissu  cellulaire  de  la  paupière  inférieure  ou  à  l’hyper¬ 
trophie  du  tissu  cellulaire  qui  entoure  les  points  et  conduits  lacrymaux,  et 
qui  donne  à  la  paupière  une  épaisseur  si  grande  qu’au  premier  coup  d’œil 
il  semble  qu’une  tumeur  fibreuse  entoure  le  conduit.  Enfin  une  cause  en¬ 
core  d’éloignement  du  point  lacrymal,  c’est  la-blépharite  glandulo- ciliaire 
qui  augmente  considérablement  l’épaisseur  du  bord  libre  de  la  paupière. 

Traitement.  —  ün  grand  nombre  de  procédés  ont  été  imaginés  pour 
favoriser  l’écoulement  des  larmes  dans  ces  cas  de  renversement.  Haynes 
Wallon  cherchait  à  replacer  dans  sa  situation  normale  le  point  dévié.  Dans 
ce  but  il  excisait  une  partie  de  la  conjonctive,  afin  d’obtenir  la  formation 
d’un  tissu  de  cicatrice  qui,  par  sa  rétraction  continue,  attirât  vers  le  sac  le 
point  lacrymal.  Aujourd’hui  on  préfère  inciser  le  conduit  depuis  son  ori¬ 
fice  jusqu’à  la  caroncule,  on  multiplie  ainsi  l’ouverture  d’absorption,  et 
les  larmes  trouvent  dans  la  majorité  des  cas  une  issue  suffis^te.  Pour  cela 
Bowman  introduisait  une  sonde  cannelée  dans  le  conduit  qu’il  incisait  sur 
elle  avec  un  bistouri  étroit;  Giraud-Teulon,  associant  la  sonde»au  bistouri, 
fit  construire  son  petit  instrument  à  lame  cachée.  Plus  tard  op  se  servit  de 
simples  ciseaux  à  pointe  mousse,  et  aujourd'hui  l’on  ne  se  sert  plus  guère 
que  du  couteau  boutonné  de  Weber  à  lame  étroite  et  légèrement  concave. 
On  l’introduit  dans  le  conduit  à  inciser  après  avoir  fixé  la  paupière,  en 
l’attirant  un  peu  en  dehors.  On  a  toujours  le  soin  de  tourner  le  bord  con¬ 
cave  ou  tranchant  de  la  lame  du  côté  du  globe  oculaire,  afin  que  l’incision 
plonge  dans  le  sac  lacrymal.  Le  couteau  une  fois  introduit  à  une  profon¬ 
deur  proportionnelle  à  l’étendue  de  l’ouverture  que  l’on  veut  pratiquer, 
et  tenu  de  la  façon  indiquée,  on  relève  le  manche  en  haut  quand  on  opère 
sur  le  conduit  inférieur  ;  on  l’abaisse  au  contraire  s’il  s’agit  du  supérieur. 
Il  arrive  parfois  que  le  point  est  rétréci,  et  qu’on  ne  peut  pas  introduire  le 
couteau  :  dans  ce  cas  on  opère  la  dilatation  avec  un  poinçon  en  argent 
qu’on  pousse  dans  le  conduit,  en  le  faisant  tourner  sur  son  axe;  puis  l’on 
opère  aussitôt  après.  11  sera  bon  de  revoir  le  malade  afin  de  désunir  les 
lèvres  de  la  plaie  et  de  les  obliger  à  se  cicatriser  isolément.  Après  l’inci¬ 
sion,  Critchett  excise  d’un  coup  de  ciseau  la  lèvre  postérieure  de  la  plaie, 
pour  favoriser  l’entrée  des  larmes  dans  cfe  conduit,  et  rendre  leur  réunion 
plus  difficile. 

B.  Sac  lacrysial.  —  1°  Lésions  traumatiques.  —  Le  sac,  en  raison  de 
sa  situation  anatomique  est  assez  bien  protégé  contre  les  violences  exté¬ 
rieures,  aussi  «es  traumatismes  sont-ils  rares  ;  pourtant  un  instrument 
piquant  ou  tranchant,  se  dirigeant  du  côté  de  l’angle  interne  de  l’œil, 
peut  l’atteindre  par  sa  paroi  externe  et  l’ouvrir  ;  on  se  trouve  alors  en  face 
d’une  fistule  lacrymale  traumatique  qui  se  cicatrise  généralément  assez 
vite  quand  les  larmes  ne  trouvent  pas  d’obstable  dans  le  canal  nasal.  Pour¬ 
tant  Schmidt  cite  un  cas  où  la  plaie  du  sac  se  termina  par  une  fistule  ; 


LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  sac  l.  inflammations.  29 
aussi  faudra-t-il  dans  le  but  de  prévenir  cette  terminaison,  réunir  exacte¬ 
ment  les  lèvres  de  la  plaie,  et  mettre  quelques  points  de  suture  si  elle 
est  étendue.  En  même  temps,  on  d^vra  s’occuper  de  dilater  le  rétrécis¬ 
sement  du  canal,  s’il  existe.  Un  instrument  contondant  frappant  avec  vio¬ 
lence  sur  l’angle  interne  de  l’oeil,  peut  déchirer  le  sac  sans  entamer  la 
1  peau;  l’air  se  répand  dans  le  tissu  cellulaire  qu’il  distend,  et  le  doigt 
1  porté  sur  la  tuméfaction  sent  la  crépitation  emphysémateuse.  Il  suffit  dans 
Tces  cas  d’empêcher  le  malade  de  se  moucher  durant  une  huitaine  de 
J  jours,  temps  suffisant  pour  la  cicatrisation.  L’air  infiltré  ne  tarde  pas  à  se 
résorber,  et  les  parties  reviennent  sur  elles-mêmes. 

2°  Inflammations.  —  L’inflainmation  de  la  muqueuse  du  sac  peut  être 
très -vive ,  se  propager  aux  tissus  avoisinants  ,  et  s’accompagner  d’une 
réaction  fébrile  générale,  c’e^ce  qui  constitue  la  dacryocystite  aiguë.  Elle 
peut  être  au  contraire  modMÉj,  chronique,  indolore,  et  ne  se  manifester 
que  par  la  distension  du  sac,  ou  l’écoulement  de  pus  par  les  conduits,  on 
a  alors  ce  qu’on  appelle  vulgairement  la  tumeur  lacrymale  ou  dacryocys¬ 
tite  chronique,  catarrhe  ou  &Zennorr/iee  de.s  ophthalmologistes  modernes 
(Wecker).  Enfin  consécutivement  à  l’inflammation,  soit  aiguë,  soit  chro¬ 
nique,  il  'arrive  souve^  qu’il  l’établit  un  trajet  entre  le  sac  et  la  surface 
cutanée,  c’est  ce  qu’on  nomme  à  tort  fistule  lacrymale,  et  qu’on  devrait 
nommer  fistule  du  sac. 

a.  Dacryocystite  aiguë.  —  Étiologie.  —  Elle  se  développe  souvent  sur 
le  catarrhe  chronique  du  sac,  mais  les  causes  le  plus  souvent  invoquées 
par  les  malades  sont  :  Faction  du  froid  et  les  coups  violents  portés  sur  les 
parties  latérales  du  nez.  Mackenzie  l’a  vue  survenir  à  la  suite  de  longs 
pleurs  chez  des^  sujets  nullement  prédisposés  à  cette  maladie.  Beer  rap¬ 
porte  le  cas  d’un  enfant  de  quatre  ans,  chez  lequel  l’inflammation  se 
serait  produite  à  la  suite  du  séjour  d’un  corps  volumineux  dans  la  profon¬ 
deur  des  narines.  On  l’observe  aussi  à  la  suite  de  la  conjonctivite  ou  du 
coryza,  l’inflammation  se  propageant  par  continuité  de  tissu.  Un  simple 
obstacle  au  libre  cours  des  larmes^peut  même  en  devenir  la  cause  par  d’irri¬ 
tation  que  ces  dernières  produisent  sur  la’.muqueuse. 

Symptômes.  —  L’inflammation  partie  de  l’intérieur  du  sac  se  propage 
graduellement  dans  les  parties  qui  l’avoisinent,  et  bientôt  on  observe  au- 
dessous  du  tendon  de  l’orbiculaire  une  tumeur  du  vplume  d’une  grosse 
fève;  elle  est  dure,  circonscrite,  très-sensible  au  toucher.  Le  malade 
éprouve  une  sensation  de  chaleur  et  de  tension  au  niveau  du  grand  angle 
de  l’œil.  Au  début  de  la  phlegmasie,  la  narine  correspondante  se  trouve 
•plus  humectée  que  d’habitude  en  raison  de  la  quantité  considérable  de 
-larmes  qui  y  arrivent  par  irritation  réflexe.  Mais  dès  que  la  tuméfaction 
commence,  le  canal  nasal  comme  les  conduits  lacrymaux  s’oblitèrent  par 
compression,  et  dès  lors-  on  observe  du  larmoiement.;  fe  malade  accuse 
la  sécheresse  de  la  narine.  Par  propagation  inflammatoire  ou  par  vaso- 
motricité,  il  se  produit  de  la  rougeur  de  la  caroncule  et  de  la  conjonc¬ 
tive.  Les  orifices  supérieur  et  inférieur  du  sac  étant  oblitérés  par  la  tur 
méfaction  inflammatoire,  sa  cavité  se  remplit  d’un  mélange  de  mucus 


30  LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  sxc  l.  inflammations. 
et  de  pus.  On  assiste  alors  à  la  distension  progressive  du  sac  qui  se 
fait  uniquement  par  sa  paroi  externe,  l’interne  étant  doublée  par  un 
squelette  osseux.  Le  pus,  loin  de  s^vre  ainsi  la  voie  la  plus  courte  qui 
serait  d’aller  vers  les  fosses  nasales,  où  il  pourrait  devenir  nuisible  est  re¬ 
jeté  à  l’extérieur.  C’est  ce  qui  a  fait  dire  à  Hunter  qu’il  existe  une  pré¬ 
voyance  instinctive,  en  vertu  de  laquelle  les  substances  étrangères  et  mor¬ 
bides  sont  portées  vers  la  surface  cutanée,  pour  être  rejetées  hors  du  corps 
(Mackenzie).  Toutefois,  cette  marche  est  le  résultat  des  dispositions  ana¬ 
tomiques,  et  pour  le  cas  qui  nous  occupe,  la  déviation  des  produits  mor¬ 
bides  devient  une  cause  de  mal  pour  l’avenir,  car  les  conduits  lacrymaux 
et  le  canal  nasal  peuvent  rester  oblitérés  dans  une  certaine  étendue,  et  de¬ 
venir  ainsi  le  siège  d’un  obstacle  définitif  à  l’écoulement  normal  des  lar¬ 
mes.  Lorsque  la  tuméfaction  est  considérabl^^ue  la  fluctuation  est  mani¬ 
feste,  que  la  peau  se  trouve  amincie  paq[PPdistentioçi«*’exagérée  de  la 
poche,  il  est  bien  rare  qu’on  observe  la  désobstruction  des  conduits  et  la 
rétrocession  du  mal.  Dans  la  majorité  des  cas,  la  peau  jaunit  à  la  surface 
de  la  tumeur,  elle  se  mortifie  pour  donner  issue  à  la  collection  mucoso- 
purulente,  issue  suivie  dans  les  cas  heureux  de  la  perméabilité  des  conduits 
et  de  la  reprise  normale  de  l’écoulement  ^es  larmes.  Cette  marche  n’est 
pas  constante,  et  l’on  a  vu  dans  certains  cas,  où  %  tissu  cellulaire  sous- 
muqueux  avait  été  le  siège  d’une  inflammation  violente,  le  pus  fuser  à 
distance,  décoller  la  peau  et  produire  un  trajet  sinueux.  D’autres  fois  le 
sac  se  rompt  et  le  pus,  décollant  ses  parois  des  surfaces  osseuses,  descend 
ainsi  dans  les  fosses  nasales.  On  peut  alors  méconnaître  la  fistule,  et  croire 
à  la  résolution  du  phlegmon.  Dans  des  cas  très-rares,  enfin,  on  a  vu  l’os 
unguis  perforé  laisser  pénétrer  les  liquides  dans  les  cavités  nasales.  Le 
siège  de  l’ouverture  fistuleuse  est  donc  variable,  mais  celle  qu’on  observe 
presque  toujours,  a  son  siège  au-dessous  du  tendon  de  l’orbiculaire,  à  une 
distance  plus  ou  moins  éloignée  de  lui  :  au  moment  de  l’ouverture,  spon¬ 
tanée  où  provoquée,  il  s’échappe  de  la  matière  purulente,  puis  quelques 
jours  après,  par  suite  du  retrait  de  la  poche  sur  elle-même  et  de  l’affais¬ 
sement  de  la  muqueuse  tuméfiée,  la  perméabilité  des  conduits  peut  se  ré¬ 
tablir,  et  alors  on  voit  sourdre  au  début  un  mélange  de  muco-pus  et  de 
larmes,  et  plus  tard  des  gouttelettes  de  larmes  transparentes.  Si  les  voies 
lacrymales  perméables  dans  toute  leur  étendue,  permettent  au  liquide  sé¬ 
crété  une  circulation  facile,  on  voit  l’orifice  fistuleux  se  rétrécir  et  s’obli¬ 
térer  spontanément;  dans  le  cas  où  le  résultat  tarderait  à  se  faire 
attendre,  l’intervention  chirurgicale  agirait  avec  efficacité.  Le  rétrécisse¬ 
ment  du  canal  nasal  est  une  condition  éminemment  défavorable  à  la 
cicatrisation,  qui  cependant  quelquefois  se  fait  malgré  cela;  alors  on 
voit  le  sac  se  distendre  progressivement  à  mesure  que  les  larmes  s’y 
accumulent,  et  le  malade  en  pressant  sur  lui  le  vide  par  les  points 
lacrymaux. 

Diagnostic^  — Une  tumeur  extérieure  aux  voies  lacrymales,  un  furon¬ 
cle,  un  érysipèle  pourront  simuler  la  dacryocystite  aiguë  ;  il  faudra  s’aider; 
pour  établir  le  diagnostic  différentiel,  d’une  injection  dans  les  points  la- 


LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  sac-l.  inflamhatioks.  31 
crymaux  :  si  les  voies  sont  perméables,  ce  n’est  pas  de  la  muqueuse  du  sac 
qu’est  partie  l’inflammation. 

.  Pronostic.  —  On  peut  espérer  la  résolution  du  phlegmon  jusqu’au 
moment  de  la  formation  du  produit  mucoso-purulent  ;  mais  dès  que  la 
fluctuation  est  manifeste,  et  que  le>pus  est  collecté  en  certaine  quantité, 
il  faut  s’attendre  à  la  formation  de  la  fistule,  cette  dernière  étant  la  consé¬ 
quence  fatale  de  la  suppuration  du  sac.  En  outre,  si  l’inflammation  est 
très-étendue,  on  a  de  plus  à  craindre  une  oblitération  permanente  des 
.  conduits  lacrymaux  et  du  canal  et  la  persistance  du  trajet. 

J  Traitement.  —  Si  l’on  observé  le  malade  tout  à  fait  au  début  de  l’in¬ 
flammation,  on  pourrait  pratiquer  l’opération  de  Bowman,  et  introduire 
une  sonde,  de  manière  à  entretenir  la  perméabilité  des  voies  par  le  ca- 
thétirisme;  on  peut  avoir  ainsi  quelque  chance  de  conjurer  les  accidents 
plus  graves.  Si  le  pus  est  déjà  formé,  il  faut  lui  pratiquer  une  ouverture 
pour  l’empêcher  de  fuser  et  pour  apaiser  la  douleur  ;  on  se  sert  d’un 
bistouri  pointu  que  l’on  introduit  dans  le  sac  à  trois  millimètres  au- 
dessous  du  tendon  de  l’orbiculaire. 

Cette  opération  est  délicate,  car  elle  nécessite  une  connaissance  exacte 
des  dispositions  anatomiques  de  toute  la  région  de  l’angle  interne  de  l’œil 
faisant  corps  avec  le  sac.  Voici  comment  on  doit  procéder  :  avec  le  pouce 
de  la  main  gauche  appliqué  sur  la  commissure  externe,  on  opère  une 
légère  traction  de  manière  à  faire  saillir  le  tendon  de  l’orbiculaire,  puis  on 
porte  la  pointe  du  bistouri  droit  de  Petit  à  3  ou  4  millimètres  au-dessous 
de  ce  tendon.  On  fait  en  sorte  que  l’axe  de  l’instrument  soit  perpendicu¬ 
laire  à  la  surface  cutanée  et  que  le  bord,  tranchant  soit  dirigé  suivant  une 
ligne  qui  représente  la  perpendiculaire  abaissée  sur  la  base  d’un  triangle 
jsoscèle  dont  les  angles  seraient  représentés  par  la  commissure  externe,  la 
pointe  du  nez  et  le  tendon  de  l’orbiculaire,  ce  dernier  représentant  le  som¬ 
met  d^riangle.  Le  bistouri,  tenu  dans  cette  position,  s’enfoncera  dans  la 
cavité^uivant  la  direction  du  canal  de  dehors  en  dedans  et  d’avant  en 
arrière.  Tel  est  le  précepte  donné  par  Arlt.  Il  faut  toutefois  avoir  soin, 
lorsque  la  pointe  aura  pénétré  à  une  profondeur  de  4  millimètres,  de 
relever  jusqu’au  sourcil  le  manche  de  l’instrument,  afin  de  ne  pas  aller 
butter  contre  la  paroi  interne  du  sac.  En  l’enfonçant  encore  de  5  ou 
6  millimètres,  on  est  en  plein  dans  la  cavité  et  le  bistouri  se  maintient  de 
lui-même  en  arrière  du  rebord  de  l’apophyse  montante  du  maxillaire.  Si 
l’on  se  propose  d’obtenir  la  cicatrisation  de  la  plaie  en  rétablissant  le 
cours  normal  des  larmes,  il  faut  se  contenter,  comme  le  recommande 
Wecker,  de  faire  une  incision  de  6  millimètres  ;  si,  au  contraire,  en  rai¬ 
son  de  l’état  des  canaux,  on  veut  intervenir  pour  oblitérer  le  sac,  l’incision 
devra  être  doublée  ou  triplée;  pour  cela  on  retire  le  bistouri j  on  tourné 
le  tranchant  en  haut  et  l’on  incise  le  tendon  de  l’orbiculaire.  Il  faudra 
maintenir  la  plaie  béante,  la  bourrer  de  charpie,  et  renouveler  le  panse¬ 
ment  tous  les  jours.  Ce  n’est  qu’au  bout  d’une  semaine  qu’il  faudra  com-^ 
mencer  les  injections  irritantes  ;  plus  tôt  on  s’exposerait  à  enflammer  le 
tissu  cellulaire  sous-cutané  et  à  produire  un  phlegmon. 


32  LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  sac  l.  inflammations. 

Mais  il  peut  se  faire  qu’en  raison  d’un  état  des  voies  lacrymales,  tel 
qu’une  oblitération  complète  du  canal  nasal,  on  se  trouve  en  présence  de 
l’indication  de  déterminer  aussi  l’oblitération  du  sac  et  des  conduits 
pour  prévenir  l’établissement  d’une  fistule  persistante.  Il  faudra  alors, 
dans  le  choix  de  l’opération  à  pratiquer,  avoir  présente  à  l’esprit  la  con¬ 
naissance  des  faits  suivants  :  1“  toutes  les  fois  que  les  conduits  lacrymaux 
s’oblitèrent  de  manière  à  empêcher  l’arrivée  des  larmes  dans  le  sac,  celui-ci 
s’oblitère  lui-même  spontanément;  2“  lorsqu’une  inflammation  suppura¬ 
tive  a  transformé  la  muqueuse  du  sac  et  du  canal  en  un  tissu  cicatriciel, 
l’obstruction  en  est  la  conséquence  (Wecker).  Donc,  oblitérer  les  points 
ou  les  conduits  lacrymaux,  d’une  part;  enflammer  la  muqueuse  du  sac, 
d’autre  part  :  telles  sont  les  indications  à  remplir  pour  guérir  une  fistule 
par  la  suppression  complète  de  l’écoulement  des  larmes  dans  les  canaux. 
Quesnel,  Bûche  et  Serre  firent  déjà  des  tentatives  pour  oblitérer  les  conduits 
lacrymaux,  et  Velpeau  décrit  un  procédé  qui  consiste  à  tailler  un  lambeau 
dans  lequel  sc  trouve  compris  le  point  lacrymal  et  une  partie  du  con¬ 
duit  correspondant.  Les  procédés  employés  par  ces  chirurgiens  étaient 
défectueux  et  n’amenaient  que  de  rares  résultats;  il  y  a  quelques  an¬ 
nées,  de  Graefe  imagina  de  cathétériser  les  canaux  avec  des  stylets  d’Anel, 
trempés  pendant  quelques  minutes  dans  de  l’acide  nitrique,  pour  les 
charger  ainsi  d’une  légère  couche  de  nitrate  d’argent.  11  cautérisait  ainsi 
la  muqueuse,  déterminait  la  chute  de  l’épithélium,  et,  au  bout  de  quelques 
jours,  l’oblitération  était  produite  quand  la  cautéi’isation  avait  été  suffi¬ 
sante.  En  même  temps,  de  Graefe  cautérisait  aussi  avec  le  crayon  les  pa¬ 
rois  du  sac,  après  avoir  agrandi  l’ouverture  fistuleuse,  ou  après  avoir  pra¬ 
tiqué  lui-même  l’ouverture  du  sac,  quand  il  s’agissait  d’un  simple  rétré¬ 
cissement  du  canal  nasal.  Mais  cette  méthode  est  loin  d’être  parfaite,  car 
les  conduits  ne  s’oblitèrent  pas  toujours  malgré  la  cautérisation,  et  le 
canal,  sans  cesse  irrité  par  les  larmes,  ne  fait  point  de  tissu  de  cicatrice. 

On  a  employé  encore  une  foule  de  caustiques,  tels  que  le  chlorui^^  d’an¬ 
timoine  (Gosselin),  la  pâte  de  Canquoin,  l’acide  nitrique,  etc.;  ils  ont  tous 
l’inconvénient  de  ne  pas  assez  limiter  leur  action,  d’attaquer  parfois  les 
parois  o.sseuses  des  voies  lacrymales,  de  donner  lieu  à  des  phénomènes 
de  réaction  souvent  très-intenses  et  d’être  incertains  dans  leur  action.  Car, 
on  a  beau  remplir  le  sac  de  pâle  de  Canquoin,  s’il  reste  un  point  quel¬ 
conque  de  l’orifice  interne  des  conduits  non  touché,  on  est  sûr  qu’il  ne 
s’oblitérera  pas  et  que  les  larmes  arrivant  continuellement,  empêcheront 
la  cicatrisation  du  sac.  Les  deux  procédés  employés  de  préférence  par 
les  ophthalmologistes  modernes  sont  :  la  cautérisation  avec  le  fer  rouge 
et  l’application  de  la  galvano-caustique.  Toutefois,  comme  le  fer  rouge 
effraye  les  malades,  et  que  le  galvano-cautère  exige  dans  son  fonctionnement 
beaucoup  de  précautions,  on  se  sert  assez  souvent  du  nitrate  d’argent,  de  la 
teinture  d’iode  ou  de  tout  autre  caustique,  qu’on  introduit  dans  le  sac  au 
moyen  du  spéculum  destiné  à  préserver  de  leur  atteinte  les  lèvres  de  la 
plaie.  Le  spéculum  de  Delgado  à  valves  mobiles,  composé  à  la  fois  du  spé¬ 
culum  et  du  porte-caustique,  est  commode  pour  le  transport  des  solides; 


LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  sac  l.  inflammation.  53 

celui  de  Magne,  modifié  par  Manfredi,  convient  également  pour  les  caus¬ 
tiques  liquides  et  les  solides. 

Le  cautère  actuel,  ainsi  que  le  fil  de  platine  des  appareils  à  galvano- 
caustique,  jouissent  de  l’heureux  privilège  de  limiter  leur  action  au  point 
sur  lequel  on  les  applique  ;  aussi,  à  l’exemple  de  Wecker,  les  préférons- 
nous  à  tous  les  autres  caustiques  toutes  les  fois  qu’il  s’agit  de  cautérisation 
du  sac  lacrymal  en  particulier. 

1°  Cautérisation  par  le  fer  rouge.  —  On  fait  rougir  à  blanc  un  cautère 
ayant  la  forme  d’un  stylet  et  portant,  à  4  centimètres  de  son  extrémité  re¬ 
courbée,  un  renflement  sphérique  servant  à  emmagasiner  la  chaleur  des¬ 
tinée  à  empêcher  le  refroidissement  de  la  pointe.  On  introduit  parle  point 
lacrymal  inférieur  un  stylet  d’Anel  jusque  dans  le  sac,  afin  de  bien  se  ren¬ 
seigner  sur  le  siège  exact  de  l’ouverture  interne  des  conduits.  Puis  après 
avoir  fait  éloigner  les  lèvres  de  la  plaie  avec  des  écarteurs,  on  saisit  le  cau¬ 
tère  rougi  à  blanc  et  l’on  en  porte  rapidement  la  pointe  sur  l’orifice  des 
conduits,  on  la  promène  ensuite  dans  toute  l’étendue  du  sac  de  haut  en 
bas,  et  l’on  a  soin,  après  que  toute  la  muqueuse  a  été  touchée,  d’en  ap¬ 
pliquer  directement  la  pointe  au  niveau  de  la  réunion  du  sac  au  canal 
nasal.  Cette  manœuvre  exige  une  certaine  habileté,  car  il  faudra  faire  en 
sorte  de  ne  pas  cautériser  les  lèvres  de  la  plaie  et  de  ne  pas  appuyer  trop 
fort  du  côté  de  l’os  unguis,  de  façon  à  ne  pas  intéresser  le  périoste.  Pour 
Wecker,  le  point  le  plus  important  de  cette  opération,  c’est  la  cautérisa¬ 
tion  de  l’orifice  des  conduits.  Certains  chirurgiens,  à  l’exemple  de  Pagen- 
stecher,  pour  mieux  s’assurer  du  succès,  ouvrent  les  conduits  jusque  dans 
le  sac,  et  les  cautérisent  dans  toute  leur  étendue.  Wecker  pense  que  cette 
opération  peut  avoir  pour  résultat  la  déviation  du  grand  angle  de  l’œil  et 
qu’un  ou  deux  stylets  d’Anel,  introduits  dans  les  conduits,  sont  suscepti¬ 
bles  de  s’échauffer  assez  au  contact  du  cautère  pour  obtenir  un  résultat 
suffisant.- 

Cette  méthode  d’oblitération  est  l’une  des  plus  sûres  que  nous  possé¬ 
dions,  dit  Wecker,  mais  elle  ne  laisse  pas  d’offrir  quelques  inconvé¬ 
nients.  C’est  ainsi  que  quand  la  cautérisation  est  trop  profonde,  on  observe, 
par  suite  de  l’action  rétractile  du  tissu  de  cicatrice,  une  déformation  du 
grand  angle  de  l’œil,  et  que,  si  l’on  tombe  dans  l’excès  contraire,  ôn  s’ex¬ 
pose  à  ne  pas  obtenir  d’oblitération. 

Le  reproche  le  plus  grave  qu’on  puisse  lui  faire,  c’est  d’avoir  déterminé 
des  phlegmons  de  l’orbite,  accidents  d’ailleurs  qui  sont  survenus  avec  les 
autres  caustiques,  mais  ils  sont  si  rares  avec  le  cautère  actuel  que  nous 
ne  saurions  trop  recommander  une  méthode  aussi  puissante  de  guérison. 

Si  le  galvano-cautère  était  un  instrument  plus  commode  à  faire  fonc¬ 
tionner,  nous  n’hésiterions  pas  à  le  recommander  au  premier  chef,  car  il 
a  des  avantages  marqués  sur  le  fer  rouge.  Le  malade  n’est  nullement 
effrayé  par  les  apprêts  de  l’opération  et  l’on  peut  porter  le  rhéophore 
froid  dans  l’intérieur  de  la  plaie.  On  procède  ensuite  dans  le  manuel  opé¬ 
ratoire  exactement  comme  avec  le  fer  rouge.  Avec  cet  appareil,  on  peut 
facilement  déterminer  l’obstruction  simple  des  conduits  lacrymaux  :  pour 

NOUV.  MOT.  HÉD.  ET  CUIR.  XX.  —  3 


34  LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  sac  l.  ikflammatiok. 
cela  onfait  construire  deux  rhéophores  très-pointus  que  l’on  rapproche  jus¬ 
qu’au  contact,  et  que  l’on  introduit  dans  les  points  lacrymaux  à  une  pro¬ 
fondeur  de  quelques  millimètres,  comme  on  introduirait  un  stylet  d’Anel. 

b.  Dacryoeystite -chronique  (Blennorrhée  du  sac  lacrymal). — De  toutes 
les  affections  des  voies  lacrymales,  elle  est  de  beaucoup  la  plus  commune; 
on  l’observe  plus  souvent  chez  la  femme  que  chez  l’homme,  plus  souvent 
chez  l’enfant  que  chez  l’adulte,  plus  souvent  à  gauche  qu’à  droite. 

Étiologie.  —  Les  causes  de  cette  affection  sont  généralement  obscures, 
mais  certains  états  constitutionnels,  tels  que  la  scrofule  et  la  syphilis, 
paraissent  jouer  un  grand  rôle.  L’affection  débute  par  l’inflammation  de  la 
muqueuse  du  sac  qui  peut  d’ailleurs  être  causée  par  un  rétrécissement  con¬ 
génital  ou  accidentel  des  canaux.  Dans  tous  les  cas,  l’inflammation  une 
fois  produite  entraîne  à  sa  suite  des  rétrécissements  qui  entretiennent  in¬ 
définiment  la  maladie  ou  la  ramènent  à  la  moindre  occasion.  Le  catarrhe 
peut  être  le  résultat  de  l’extension  d’une  phlegmasie  pituitaire  ou  conjonc¬ 
tivale.  11  existe  surtout  une  affection  oculaire,  l’ophthalmie  granuleuse, 
dont  la  propagation  se  fait  fréquemment  dans  les  voies  lacrymales  ;  elle 
est  d’autant  plus  à  redouter  que  c’est  surtout  elle  qui  a  pour  conséquence 
ces  oblitérations  des  canaux  contre  lesquels  la  thérapeutique  n’a  malheu¬ 
reusement  que  fort  peu  de  puissance.  Disons  enfin  qu’une  compression  du 
canal  par  une  tumeur  extérieure  siégeant  dans  les  fosses  nasales,  le  pha¬ 
rynx,  le  sinus  maxillaire,  qu’une  fracture,  une  exostose,  peuvent  devenir 
par  compression  la  cause  de  la  blennorrhée  du  sac. 

Symptomatologie.  —  A  l’exemple  de  Mackenzie,  suivi  par  Warlomont, 
nous  diviserons  cette  maladie  en  cinq  périodes,  ce  qui  facilitera  considé¬ 
rablement  l’étude  des  symptômes. 

Première  période  :  Larmoiement.  —  Un  obstacle  existant  sur  le  trajet 
des  voies,  les  larmes  s’accumulent  dans  le  sac  et  se  déversent  par  goutte¬ 
lettes  sur  la  joue  où  elles  déterminent  vite  de  l’érythème.  Le  larmoiement 
peu  prononcé  dans  un  appartement  chaud  s” exagère  au  froid  et  à  l’humi¬ 
dité,  ainsi  qu’au  moment  où  l’œil  se  fatigue  sur  des  objets  de  petite  di¬ 
mension.  Le  malade,  avec  son  doigt  ou  son  mouchoir,  presse  sur  le  sac 
pour  faire  couler  les  larmes  dans  le  canal  ou  absorber  celles  qui  sont  en 
excès.  A  cette  période,  il  n’y  a  point  de  douleur,  mais  la  vue  est  voilée  par 
la  trop  grande  quantité  de  liquide  qui  mouille  sans  cesse  la  conjonctive. 
Si  l’on  compare  les  deux  yeux  avec  attention,  on  s’aperçoit  déjà  que  du 
côté  malade  le  sac  commence  à  se  distendre  et  que  les  conduits  lacrymaux 
et  la  caroncule  sont  enflammés. 

Deuxième  période  :  Blennorrhée.  —  On  observe  la  tuméfaction  du 
sac  et  une  légère  rougeur  à  sa  surface.  Le  malade  éprouve  des  douleurs 
spontanées  et  surtout  un  sentiment  de  gêne,  de  tension  du  côté  du  grand 
angle  de  l’œil.  Ces  douleurs  sont  provoquées  par  l’extension  du  mal. 
Quand  on  presse  sur  la  tumeur,  on  voit  sourdre  par  les  points  lacrymaux 
un  liquide  puriforme  qui  se  déverse  dans  le  lac  lacrymal  et  ne  tarde  pas 
à  irriter  la  conjonctive  et  à  l’enflammer  quand  la  conjonctivite  ne  précède 
pas  la  blennorrhée.  A  cette  période,  le  canal  nasal,  complètement  oblitéré 


LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  sac  l.  inelammatioh.  33 
par  le  gonflement  de  la  muqueuse,  ne  laissant  plus  passer  du  tout  les 
larmes,  le  malade  accuse  de  la  sécheresse  de  la  narine.  Il  est  à  remarquer 
que  la  sécrétion  est  plus  abondante  et  plus  épaisse  après  les  repas.  Elle 
augmente  aussi,  en  se  liquéfiant  dans  les  lieux  froids  et  humides,  pour  di¬ 
minuer  notablement  et  devenir  visqueuse  dans  une  atmosphère  chaude. 
Quant  arrive  l’été,  le  malade  se  croit  parfois  guéri,  tellement  le  travail  de 
sécrétion  se  ralentit;  mais,  aux  premiers  froids,  tous  les  symptômes  repa¬ 
raissent  et  il  peut  garder  ainsi  sa  maladie  pendant  plusieurs  années  avec 
des  alternatives  de  mieux  et  de  plus  mal. 

Troisième  période  :  Abcès.  — Peu  à  peu  et  sans  phénomènes  réaction¬ 
nels,  mais  favorisé  par  la  constitution  du  sujet,  du  pus  se  forme,  distend 
progressivement  le  sac,  qui  devient  fluctuant.  D’autres  fois,  il  y  a  des 
poussées  aiguës  pendant  lesquelles  la  peau  rougit  et  s’ulcère  rapidement 
pour  donner  lieu  à  l’écoulement  du  pus  ;  dans  les  deux  cas,  une  fois  la 
tumeur  abcédée,  on  voit  fréquemment  la  fistule  s’oblitérer  et  la  maladie 
revenir  à  la  période  de  larmoiement  ou  de  blennorrhée.  Toutefois,  le 
malade  reste  toujours  sous  le  coup  d’une  nouvelle  poussée,  et,  quand 
plusieurs  abcès  se  sont  ainsi  produits  à  des  intervalles  plus  ou  moins 
éloignés,  la  fistule  ne  se  ferme  plus,  c’est  la  quatrième  période  de 
Mackenzie. 

Quatrième  période  :  Fistule.  —  La  paroi  externe  du  sac  et  la  peau  sont 
perforés  pour  donner  issue  au  pus;  le  plus  souvent,  le  trajet  est  unique; 
mais  il  arrive  parfois  que  le  parallélisme  des  diverses  couches  étant  détruit, 
le  pus  décolle  la  peau  dans  des  directions  variées  et  va  se  faire  jour  par 
plusieurs  ouvertures.  Il  est  à  remarquer  que,  du  côté  du  sac,  l’ouverture 
est  généralement  uniqne,  tandis  que  du  côté  de  la  peau  la  particularité 
que  nous  signalons  ne  s’observe  que  chez  des  sujets  scrofuleux.  Quoi  qu’il 
en  soit,  la  fistule  laisse  écouler  pendant  quelque  temps  le  pus  qui  rem¬ 
plissait  le  sac,  et,  plus  tard,  lorsque  le  catarrhe  des  voies  s’est  amélioré, 
on  voit  sourdre  au  niveau  de  l’orifice  fistuleux  des  gouttelettes  de  larmes 
presque  tran.sparentes  qui,  sur  le  point  de  s’étaler  sur  la  surface  cutanée, 
rentrent  dans  le  conduit  à  chaque  clignement,  le  sac  se  trouvant  distendu 
parla  contraction  de  l’orbiculaire.  Au  contraire,  la  gouttelette  reparaît  et 
parfois  s’échappe  au  moment  où  l’œil  s’ouvre.  Il  est  bien  entendu  qu’il 
faut  que  les  conduits  soient  perméables  pour  observer  ce  symptôme.  Dans 
certains  cas,  l’orifice  de  la  fistule  peut  être  tellement  petit  qu’il  faut  avoir 
recours  pour  le  trouver  à  la  pression  sur  le  sac  qui  fait  sourdre  aussitôt 
une  gouttelette  de  liquide  ;  on  a  donné  à  cette  fistule  le  nom  de 
fistule  capillaire.  Le  catarrhe  du  sac  ne  s’améliorant  que  lentement,  le 
trajet  met  longtemps  à  revenir  sur  lui-même,  et,  lorsque  les  voies  sont 
radicalement  guéries,  la  fistule  sans  cesse  parcourue  par  les  larmes  ne 
peut  pas  s’oblitérer  complètement.  En  général,  dans  le  cas  de  fistule  ca¬ 
pillaire,  il  n’y  apas  de  lésion  osseuse  et  la  cinquième  période  de  Mackenzie 
n’existe  pas. 

Cinquième  période.  —  Lorsque  la  dacryocyslite  a  été  longtemps  négli¬ 
gée,  surtout  chez  les  scrofuleux  et  les  syphilitiques,  si  l’on  introduit,  dit 


36  LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  sac  l.  isPLAiiMATioiM. 
Mackenzie,  un  stylet  dans  le  canal  pour  constater  son  état,  l’instrument 
va  quelquefois  directement  sur  un  os  dénudé  et  raboteux,  et,  loin  d’être 
gêné  dans  le  canal  nasal,  on  peut  le  tourner  dans  tous  les ‘sens  en  raison 
du  vide  amené  par  la  destruction  des  parois  osseuses.  C’est  surtout  l’os 
unguis  et  le  cornet  inférieur  qui  sont  cariés  ;  mais  le  mal  peut  s’étendre  à 
l’ethmoïdeet  même  au  maxillaire  supérieur.  Mackenzie  pense  que  l’inflam¬ 
mation  partie  primitivement  de  la  muqueuse  s’est  propagée  au  périoste  et 
à  l’os.  Nous  croyons  plutôt  avec  Wecker,  que  ce  ne  sont  pas  les  affec¬ 
tions  des  voies  lacrymales  qui  entraînent  la  maladie  des  parois  osseuses, 
mais  que  ce  sont  les  os  eux-mêmes,  primitivement  atteints  dans  la  scrofule 
et  la  syphilis,  qui  ont  pour  phénomènes  concomitants  le  catarrhe  du  sac 
et  pour  conséquence  l’entretien  des  trajets  fistuleux. 

Pronostic.  —  Par  le  traitement  on  peut  beaucoup  améliorer  les  ma¬ 
lades,  mais  il  n’est  pas  aisé  d’obtenir  leur  guérison  définitive;  difficilement 
en  effet  on  arrive  à  rétablir  parfaitement  la  perméabilité  des  voies  natu¬ 
relles,  et  à  modifier  la  muqueuse  suffisamment  pour  pouvoir  dire  que  la 
cure  est  complète  ;  à  la  moindre  cause  occasionnelle,  on  voit  réapparaître 
tous  les  symptômes  d’obstruction.  Plus  la  maladie  s’est  accompagnée 
d’attaques  nouvelles  d’inflammation  aiguë,  moins  on  peut  espérer  de  la 
guérir  complètement.  Si  en  outre  la  fistule  s’établit,  le  malade  est  exposé 
à  une  oblitération  irrémédiable  du  canal,  et  à  une  altération  telle  de  la 
muqueuse,  qu’il  sera  impossible  de  la  ramener  à  son  état  normal.  Enfin 
si,  dans  le  courant  de  la  maladie,  on  n’a  pas  le  soin  de  vider  souvent  le 
sac,  sa  paroi  externe  se  distend,  perd  son  élasticité,  et  plus  tard,  quand  on 
le  vide,  il  reste  flasque,  incapable  de  revenir  sur  lui-même.  Dans  un  cas, 
Mackenzie  a  observé  la  dilatation  de,  la  pupille  du  côté  malade,  avec  une 
tendance  amaurotique  qui  se  dissipa  par  le  traitement  du  catarrhe.  L’acuité, 
de  la  vision  pour  l’œil  sain  n’avait  pas  diminué. 

Traitement.  —  Deux  indications  s’imposent  au  chirurgien  :  1°  modifier 
l’état  de  la  muqueuse  du  sac  ;  2°  rétablir  la  perméabilité  des  voies  lacry¬ 
males.  Nous  ne  nous  occuperons  ici  que  de  la  première  indication  toute 
médicale,  nous  réservant  d’exposer  avec  détails  la  partie  chirurgicale  du 
traitement,  c’est-à-dire  les  divers  procédés  qui  sont  mis  en  usage  pour  ré¬ 
tablir  l’écoulement  des  larmes,  dans  le  traitement  des  rétrécissements  du 
canal  nasal. 

Au  début  de  l’inflammation  du  sac,'  si  elle  ne  s’accompagne  pas  d’ail¬ 
leurs  du  rétrépissement  des  voies,  ou  pourra  obtenir  la  résolution  par 
l’application  d’un  traitement  antiphlogistique.  On  a  préconisé  dans  ce 
but  l’application  une  à  une  d’un  certain  nombre  de  sangsues  sur  le  sac  ou 
dans  la  narine  correspondante,  de  même  que  les  scarifications  de  la  mu¬ 
queuse  de  cette  dernière,  des  frictions  résolutives,  des  lotions  réfrigérantes 
et  des  fomentations  émollientes  ;  mais  il  faut  bien  le  dire,  ces  topiques  qui 
peuvent  réussir  quelquefois,  échouent  presque  toujours.  C’est  que  pour 
obtenir  la  guérison  du  catarrhe  du  sac,  il  faut  de  toute  nécessité  modifier 
l’état  morbide  de  la  muqueuse. 

Pour  cela,  on  a  imaginé  divers  expédients,  on  s’est  servi  de  collyres, 


LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  sac  l.  inflammation.  37 
de  poudres,  de  pommades,  qu’on  a  déposés  dans  le  grand  angle  de  l’œil 
pour  les  faire  absorber  par  les  points  lacrymaux  ;  ce  sont  encore  là  des 
moyens  bien  incertains,  car,  pour  que  l’absorption  se  fît,  il  faudrait  que 
le  canal  fût  toujours  libre,  et  que  la  pénétration  des  larmes  destinées 
à  transporter  le  médicament  ne  trouvât  pas  d’obstacle.  Dans  le  but  de 
favoriser  cette  introduction,  on  a  mis  des  stylets  dans  les  canaux  afin 
de  déterminer  un  phénomène  de  capillarité  qui  entraînât  le  liquide.  Les 
stylets  de  Libbrecht  (de  Gand)  sont  filiformes,  du  diamètre  de  la  sonde 
n°  1  de  Bowman,  et  d’une  longueur  de  4  centimètres  environ.  On  sait 
qu’une  bougie  filiforme  introduite  dans  un  rétrécissement  de  l’urèthre, 
laisse  passer  l’urine  à  côté  d’elle.  La  même  chose  se  passe  dans  les  con¬ 
duits  lacrymaux,  surtout  quand  les  stylets,  comme  ceux  de  Libbrecht  por¬ 
tent  trois  cannelures  qui  forment  autant  de  tubes  capillaires,  une  fois 
introduits  dans  les  conduits.  Ce  n’est  pas  d’ailleurs  d’une  autre  manière 
que  les  clous  de  Scarpa  modifiés  et  remis  en  honneur  par  Richet,  faisaient 
cesser  le  larmoiement. 

Les  injections  par  les  points  lacrymaux  sont  un  moyen  plus  puissant, 
car  elles  portent  directement  sur  la  muqueuse  du  sac  les  liquides  mo¬ 
dificateurs.  On  a  employé  pour  cela  les  solutions  à, divers  degrés  de  sul- 
fatede  zinc  ou  de  cuivre,  d’acétate  de  plomb,  de  tannin,  de  nitrate  d’ar¬ 
gent,  de  teinture  d’iode  et  même  de  la  potasse  caustique  ;  ces  substances 
sont  employées  à  la  dose  de  4  à  8  grammes  pour  200  grammes  d’eau 
(Mackenzie,  Warlomont).  Fano  emploie  la  teinture  d’iode  diluée  dans 
moitié  partie  d’eau  ;  on  en  injecte  quelques  gouttes  dans  le  sac.  Il  se¬ 
rait  dangereux  d’employer  la  teinture  pure;  loin  de  rétablir  la  perméabi¬ 
lité  du  conduit,  elle  achèverait  de  l’oblitérer.  On  pourra  se  servir  pour 
pratiquer  ces  injections  de  la  seringue  d’Anel,  et  plus  avant%eusement 
de  l’appareil  de  Fano,  qui  a  le  grand  avantage  de  pouvoir  pousser  une 
quantité  indéfinie  de  liqnide,  de  manière  à  absterger  le  sac  et  à  agir  sur 
sa  muqueuse.  Certains  ophthalmologistes  font  encore  ces  injections  avec 
des  sondes  de  Bowman,  perforées  depuis  le  n°  1  jusqu’au  n“  6  (Wecker), 
ou  de  sondes  plus  larges,  coniques  (Warlomont,  Sichel)  :  dans  ces  cas 
on  fait  précéder  l’opération  de  l’incision  des  points  lacrymaux.  Giraud-* 
Teulon  pratique  d’abord  le  cathétérisme  avec  les  sondes  de  Bowman, 
qu’il  laisse  pendant  vingt  minutes,  puis  il  pratique  l’injection  avec  une 
simple  canule  introduite  dans  le  sac.  Peu  importe  le  choix  de  ces  divers 
moyens;  la  chose  capitale,  c’est  que  la  muqueuse  soit  baignée  par  le 
liquide  modificateur.  Avant  de  pratiquer  l’injection,  il  faut  toujours  avoir 
le  soin  de  vider  la  cavité  par  la  pression,  et  dans  le  cas  où  l’on  injecte  un 
liquide  assez  irritant,  il  ne  sera  pas  indifférent  de  ménager  un  jet  d’eau 
pour  laver  la  muqueuse  oculo-palpébrale  qui,  sans  cela  deviendrait  le  siège 
d’une  conjonctivite  violente. 

Quelle  que  soit  la  solution  choisie,  il  est  nécessaire  de  répéter  l’injection 
une  fois  par  jour  au  moins.  On  n’obtient  de  véritable  résultat  que  dans  le 
cas  où  les  voies  lacrymales  sont  perméables  dans  toute  leur  étendue,  et 
que  le  liquide  injecté  pénètre  dans  les  fosses  nasales.  Enfin  Mackenzie, 


38  LACRYMALES  (pathologie  des  voies),  —  sac  l.  relâchement. 

Warlomont,  Wccker,  conseillent  aux  malades  de  se  moucher  souvent,  et 
de  faire  des  efforts  pour  aspirer  ce  qui  se  trouve  dans  le  nez,  apres  avoir 
fermé  la  bouche  et  les  narines.  Dans  ces  divers  actes,  l’air  des  cavités  na¬ 
sales  alternativement  comprimé  et  raréfié  par  le  jeu  des  parois  thoraciques, 
peut  agir  efficacement  sur  l’obstacle  qui  oblitère  le  canal.  On  leur  recom¬ 
mandera  en  outre  de  vider  souvent  la  tumeur  en  chassant  le  liquide  du 
côté  du  canal  nasal  et  non  du  côté  des  conduits  lacrymaux.  Une  observa¬ 
tion  du  docteur  Jacob  a  établi  qu’un  enfant  fut  guéri  d’un  larmoiement 
par  sa  nourrice  qui  lui  suçait  le  nez. 

On  voit  donc  quelle  est  la  conduite  à  tenir  dans  les  cas  de  catarriie  du 
sac  sans  fistule.  Mais  quand  la  cavité  sera  ouverte,  sera-t-on  autorisé  à  se 
servir  de  l’ouverture  pathologique  pour  introduire  dans  la  cavité  les  di¬ 
vers  agents  modificateurs.  Au  premier  abord,  la  pensée  vient  de  s’en 
abstenir,  puisqu’on  peut  aller  agir  sur  la  muqueuse  par  les  voies  natu¬ 
relles.  Cependant  il  existe  une  méthode  importante  de  traitement,  de¬ 
puis  longtemps  employée  en  Italie,  qui  consiste  à  porter  dans  le  sac  un 
caustique,  tel  que  le  nitrate  d’argent,  puis  à  recouvrir  d’amadou,  afin  -| 

d’empêcher  que  le  caustique,  en  se  liquéfiant  se  répande  au  dehors.  Une  J 

inflammation  aiguë  se  développe,  mais  dès  le  lendemain,  elle  commence  , 

à  diminuer,  et  au  bout  de  3  ou  4  jours  les  parties  tuméfiées  sont  affais-  | 

sées,  ont  repris  leur  coloration  normale,  et  la  plaie  ne  tarde  pas  à  se 
cicatriser  ;  il  est  quelquefois  nécessaire  de  faire  deux  ou  trois  applications  -  j 
du  caustique.  On  doit  à  cette  méthode  de  nombreux  succès;  ggssç^la 
regarde  comme  la  meilleure,  et  il  la  pratique  avec  du  chlorure  d^nti- 
moine  et  le  spéculum  de  Magne.  Les  caustiques  et  le  nitrate  d’argent  en 
particulier,  agissent  ici  comme  sur  la  conjonctive,  en  modifiant  la  mu¬ 
queuse  et  en  faisant  disparaître  l’inflammation  chronique.  On  peut  même 
porter  le  nitrate  d’argent  sur  le  rétrécissement  lui-même  au  moyen  d’un 
porte-caustique. 

Ajoutons  enfin  que  dans  tous  les  cas  de  dacryocystite  chronique,  l’at¬ 
tention  du  chirurgien  devra  être  appelée  du  côté  du  canal  nasal,  la  gué¬ 
rison  du  mal  ne  pouvant  être  obtenue  qu’après  avoir  restitué  à  ce  dernier 
^on  calibre  normal.  Il  est  à  peine  besoin  de  rappeler  que,  si  le  catarrhe  est 
survenu  sous  l’influence  d’un  état  constitutionnel ,  il  faut  instituer  un 
traitement  général  susceptible  de  combattre  cette  cause  morbigène. 

5"  Relâchement  du  sac  lacrymal.  —  Il  succède  habituellement  à  une 
dacryocystite  chronique  négligée,  dans  laquelle  les  parois  ont  été  forte¬ 
ment  distendues  par  le  liquide  puriforme.  La  guérison  de  la  dacryocystite 
semble  complète  ;  mais  le  plus  souvent  il  persiste  une  hypérémie  de  la 
muqueuse,  avec  l’état  de  flaccidité  de  la  paroi  externe  du  sac,  flaccidité 
telle  que,  comme  le  dit  Mackenzie,  le  tendon  de  l’orbiculaire  n’agit  pas 
plus  sur  elle  que  les  muscles  abdominaux  n’agissent  sur  les  viscères  après 
l’évacuation  d’une  ascite. 

Symptômes.  —  On  observe  dans  la  région  du  sac  une  petite  tumeur  de 
la  grosseur  d’une  fève,  indolore  et  cédant  à  la  pression  du  doigt.  Elle 
n’est  point  indurée,  et  la  peau  présente  à  sa  surface  la  coloration  nor- 


39 


LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  sac  l.  mucocèle. 
male.  En  pressant  sur  elle,  on  fait  sortir  un  liquide,  tantôt  transparent, 
tantôt  louche,  présentant  des  stries  blanchâtres,  quelquefois  enfin  il  est 
jaunâtre  et  opaque,  témoignage  évident  d’une  blennorrhée  concomitante. 
Ce  liipiide  s’échappe,  tantôt  par  les  points  lacrymaux,  tantôt  par  le  canal 
nasal,  suivant  la  direction  dans  laquelle  on  comprime.  Parfois  l’on  ne 
peut  le  faire  écouler  que  dans  le  canal  nasal,  en  raison  sans  doute  de 
l’existence  et  de  l’intégrité  de  la  valvule  de  Huschke.  Le  sac,  une  fois 
vide,  la  peau  reste  flasque  et  se  plisse  à  son  niveau,  si  le  relâchement  est 
simple  ;  mais  dans  le  cas  où  il  se  complique  de  blennorrhée,  la  muqueuse 
est  épaissie,  et  l’on  perçoit  un  peu  d’élasticité  après  la  sortie  du  liquide  ; 
toutefois  il  ne  tarde  pas  à  se  remplir  de  nouveau,  et  comme  il  est  im¬ 
puissant  à  se  vider  lui-même,  le  malade  a  l’habitude  de  presser  sur  lui 
plusieurs  fois  dans  la  journée.  Il  sera  bon  de  lui  recommander  de  le  vider 
toujours  par  le  canal  nasal,  afin  de  prévenir  son  obstruction. 

Diagnostic.  —  Les  symptômes  du  relâchement  du  sac  le  différencient 
d’une  façon  manifeste  de  la  mucocèle,  qui  constitue  une  tumeur  assez 
souvent  dure,  violacée  à  sa  surface,  et  ne  donnant  jamais  lieu  par  la  pres¬ 
sion  à  un  écoulement  de  mucus. 

Traitement.  —  Il  consiste  dans  l’emploi  isolé  ou  simultané  des  deux 
moyens  suivants  :  la  compression  du  sac  et  l’application  de  liquides  astrin¬ 
gents,  tant  à  sa  surface  externe  qu’à  son  intérieur.  La  compression,  appli¬ 
cable  seulement  dans  le  relâchement,  partout  nuisible  dans  les  autres 
affections  des  voies  lacrymales,  devra  être  constante  et  graduelle.  Pour 
cela  Mackenzie,  rejetant  les  appareils  mécaniques  de  Sharp  et  de  Petit, 
qui  se  dérangent  facilement,  leur  préfère  de  beaucoup  les  compresses  gra¬ 
duées,  maintenues  avec  des  tours  de  bande.  On  pourra  se  servir  avanta¬ 
geusement  du  compresseur  de  Bonnafont  (Warlomont).  Les  linges  desti¬ 
nés  à  faire  la  compression,  devront  être  mouillés  plusieurs  fois  par  jour 
d’une  solution  fortement  astringente,  faite  avec  de  l’alun,  du  tannin  ou 
tout  autre  astringent.  On  aura  soin  d’en  mettre  quelques  gouttes  dans  le 
lac  lacrymal,  afin  que,  absorbées  par  les  points  lacrymaux,  elles  agissent 
directement  à  l’intérieur  de  la  cavité.  Mackenzie  dit  ne  pas  avoir  obtenu 
toujours  un  excellent  résultat,  malgré  l’application  scrupuleuse  de  ces 
préceptes.  Il  a  vu  même  un  cas  où  la  compression  a  été  nuisible,  et  où 
il  a  obtenu  de  bons  effets  de  l’instillation  dans  le  sac  d’une  décoction 
d’écorce  de  chêne. 

4“  Mucocèle  du  sac.  —  Elle  est  le  résultat  de  l’obstruction  des  con¬ 
duits  lacrymaux  et  du  canal  nasal.  Le  sac  formant  une  cavité  sans  ou¬ 
verture,  la  muqueuse  continue  à  sécréter  sans  que  les  produits  puissent 
s’écouler  au  dehors  et  n’étant  plus  délayés  et  entraînés  par  les  larmes,  la 
résorption  ne  peut  en  être  faite  complètement;  par  suite  de  cette  accumu¬ 
lation  progressive  des  produits  sécrétés,  la  cavité  du  sac  s’agrandit  par 
distension  de  ses  parois,  et  la  mucocèle  est  constituée. 

Symptômes.  —  Au  niveau  du  sac  se  développe  lentement  et  graduel¬ 
lement  une  tumeur  oblongue,  souvent  bilobée,  qui  peut  acquérir  le  vo¬ 
lume  d’un  œuf  de  pigeon;  elle  est  quelquefois  si  dure,  qu’elle  jirésente  la 


40  LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  canal  nasal,  lésions  tradmat. 
consistance  d’une  pierre;  quelquefois  pourtant  elle  présente  de  la  mollesse 
et  de  l’élasticité  ;  mais  jamais  par  la  pression,  on  ne  peut  la  vider,  quelle 
que  soit  la  force  employée,  ce  qui  la  distingue  nettement  de  la  tumeur 
formée  par  le  relâchement  du  sac.  La  peau  qui  recouvre  la  mucocèle  est 
ordinairement  livide,  violacée,  ce  qui  a  déterminé  certains  auteurs  à  dé¬ 
crire  cette  tumeur  sous  le  nom  de  varice  du  sac  lacrymal.  Suivant  que  la 
matière  formant  la  mucocèle  est  liquide  ou  consistante,  on  peut  percevoir 
à  l’exploration  une  légère  fluctuation  ou  une  sensation  de  dureté  très-con¬ 
sidérable.  Au  début  la  mucocèle  s’accompagne  de  larmoiement  et  de  la 
sécheresse  de  la  narine.  Elle  donne  un  aspect  disgracieux  à  la  face,  par  la 
déformation  qu’elle  occasionne.  Lorsque  la  tumeur  est  volumineuse,  et  que 
la  peau  menace  de  se  sphacéler,  les  malades  éprouvent,  avec  des  phéno¬ 
mènes  généraux,  une  tension  désagréable  à  la  région  du  sac.  Le  malade 
ne  peut  ouvrir  les  paupières  qu’à  moitié,  l’inférieure  surtout  est  disten¬ 
due,  et  entraînée  en  dedans;  le  canal  nasal  est  déformé. 

Traitement.  —  L’obstruction  des  canaux  étant  la  cause  de  la  mucocèle, 
il  suffit  pour  guérir  la  maladie,  de  leur  rendre  leur  perméabilité.  Pour 
cela  on  incise  les  conduits  lacrymaux  jusqu’au  sac,  et  l’on  pratique  en¬ 
suite  le  cathétérisme  du  canal  lacrymo-nasal,  jusque  dans  les  cavités 
nasales.  Si  les  désordres  sont  trop  considérables,  il  sera  nécessaire  d’ou¬ 
vrir  le  sac  avec  un  bistouri.  On  pratiquera  l’ouverture  dans  la  direc¬ 
tion  de  la  tumeur,  en  ayant  soin  autant  que  possible  de  ne  pas  couper 
le  tendon  de  l’orbiculaire  et  les  conduits  lacrymaux.  L’incision  faite,  il 
s’échappe  une  partie  du  contenu,  s’il  est  liquide.  Pour  achever  de  nettoyer 
la  poche,  on  fera  des  lavages  dans  la  cavité.  Dans  le  cas  où  le  contenu  est 
tout  à  fait  solide,  on  l’extrait  avec  des  pinces.  On  met  un  peu  de  charpie 
entre  les  lèvres  de  la  plaie,  et  le  lendemain  on  explore  les  conduits. 
Après  s’être  assuré  de  la  cause  du  mal,  on  fait  le  traitement  qui  lui  con¬ 
vient.  Comme  dans  ces  cas-là,  on  triomphe  toujours  de  l’obstacle,  il  n’y 
a  pas  à  craindre  la  fistule  lacrymale.  Si  la  poche  est  volumineuse,  il  peut 
être  à  propos  de  mettre  à  nu  le  sac,  et  d’en  exciser  une  partie,  afin  de  ne 
pas  laisser  l’ouverture  se  cicatriser  avec  une  cavité  trop  considérable. 

5°  Polypes  du  sac  lacrymal.  —  Ils  sont  très-peu  connus  en  raison  de 
leur  rareté.  Ils  s’accompagnent  d’une  dacryocystite  à  poussées  successives 
et  ce  n’est  habituellement  qu’à  l’ouverture  du  sac  qu’on  les  diagnos¬ 
tique.  Pourtant,  dans  l’observation  rapportée  par  Mackenzie,  le  profes¬ 
seur  Walther  avait  soupçonné  le  polype.  La  tumeur  avait  la  grosseur 
d’une  petite  aveline,  elle  était  arrondie,  mobile,  dure,  et  la  compression 
du  sac  n’exerçait  sur  elle  aucune  influence.  A  l’ouverture,  une  grande 
quantité  de  mucus  puriforme,  s’écoula  mélangé  à  des  larmes,  et  la  petite 
tumeur  vint  se  présenter  à  l’ouverture.  Elle  fut  attirée  au  dehors  et 
excisée  avec  des  ciseaux.  On  rétablit  la  perméabilité  du  canal  nasal,  et  la 
malade  fut  radicalement  guérie  en  trois  mois. 

C.  Canal  nasal.  1“  Lésions  traumatiques.  —  Celles  des  parois  os¬ 
seuses  sont  rares  à  cause  de  la  situation  profonde  du  canal  ;  pourtant  un 
coup  violent  porté  sur  la  face,  un  projectile  arrivant  du  côté  du  grand 


LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  canal  nasal,  rétrécissement.  41 
angle  de  l’œil,  peut  fracturer  l’apophyse  montante  du  maxillaire  et  l’os 
unguis,  les  fragments  peuvent  proéminer  dans  le  conduit,  et  constituer 
actuellement  un  obstacle  mécaniqué  à  l’écoulement  des  larmes.  De  plus,  si 
la  muqueuse  est  blessée,  elle  peut,  en  se  cicatrisant,  oblitérer  à  jamais  le 
canal.  Dans  ces  cas  de  traumatisme,  il  sera  bon  défaire  pénétrer  un  stylet 
dans  tout  le  trajet,  afin  d’éloigner  les  fragments  et  de  les  remettre  à  leur 
place.  Quant  au  traumatisme  seul  de  la  muqueuse,  il  est  fréquent  comme 
résultat  d’un  cathétérisme  mal  pratiqué.  Dans  ces  cas,  la  cicatrisation, en¬ 
traîne  fréquemment  des  oblitérations  irrémédiables. 

2°  Rétrécissements  et  oblitérations.  —  Les  causes  multiples  qui  s’op¬ 
posent  lu  cours  des  larmes  dans  le  canal  lacrymo-nasal,  ont  été  rangées 
par  de  Wecker  sous  trois  chefs  principaux  : 

a.  Obstacles  siégeant  dans  l’intérieur  du  conduit.  —  Nous  ne  citerons 
que  pour  mémoire  les  divers  corps  étrangers  qu’on  a  trouvés  dans  les  voies 
lacrymales.  Les  dacryolithes,  assez  fréquents  dans  les  canaux  excréteurs 
de  la  glande  ainsi  que  dans  les  conduits  lacrymaux,  deviennent  extrême¬ 
ment  rares  dans  le  canal  lacrymo-nasal.  C’est  à  peine  si  l’on  en  trouve 
quelques  exemples  dans  les  travaux  spéciaux  :  Lachmund,  Leramier, 
Tuberville,  Krimer.  Quant  aux  rhinolithes  qui  ont  été  décrits  quelquefois, 
leur  existence  nous  paraît  très-hypothétique ,  et  nous  pensons  avec 
Wecker  qu’on  a  eu  affaire  à  des  corps  étrangers  introduits  par  le  nez 
dans  le  canal  nasal  ;  de  Graefe  rapporte  deux'  cas  dans  lesquels  une  hémor¬ 
rhagie  dans  le  canal  avait  amené  la  suspension  de  l’écoulement  des 
larmes.  Dans  le  premier,  il  s’agissait  d’une  dilatation  du  sac  qui  se  remplit 
spontanément  ;  en  pressant  sur  la  tumeur,  on  ne  fit  rien  sortir  par  les 
conduits  ;  mais  à  la  suite  du  cathétérisme  d’un  des  points  avec  la  sonde 
d’Anel,  le  sang  s’échappa  et  la  tumeur  s’affaissa.  Les  orifices  des  conduits 
comme  celui  du  canal  nasal  se  trouvaient  oblitérés  par  un  caillot.  Dans  le 
second,  en  ouvrant  une  tumeur  lacrymale,  il  trouva  une  masse  pultacée 
brunâtre  remplie  de  petits  cristaux  brillants  que  le  microscope  démontra 
être  de  la  cholestérine.  {Archiv  fur  Ophthalmologie,  B.  IB.) 

b.  Obstacles  siégeant  dans  la  paroi.  —  Ils  sont  constitués  par  une 
légère  inflammation  de  la  muqueuse  qui  la  tuméfie,  et  l’oblitération  se 
produit  alors  au  niveau  des  valvules,  en  raison  de  la  disposition  plissée  de 
la  membrane  à  ce  niveau  (Stilling).  Ce  même  auteur  rapprochant  la  pa¬ 
thogénie  des  rétrécissements  des  voies  lacrymales  de  celle  des  voies  uri¬ 
naires,  pense  que  dans  certains  cas  la  coarctation  est  due  à  la  disparition 
du  tissu  élastique  de  la  muqueuse,  remplacé  par  du  tissu  de  cicatrice. 
L’analogie  serait  complète  s’il  existait  au-dessous  de  la  muqueuse,  le  tissu 
caverneux  signalé  par  Maïer  (Kôlliker),  et  admis  par  Henle  et  Stilling, 
d’autant  plus  que  pour  Maïer,  le  rétrécissement  serait  le  résultat  d’une 
inflammation  lente  essentiellement  chronique. 

Ici  nous  rangerons  encore  les  affections  polypeuses  et  granuleuses,  ainsi 
que  la  carie,  la  nécrose  et  les  tumeurs  ostéoïdes  signalées  par  Sichel. 

Enfin,  les  lésions  traumatiques  du  squelette  du  canal  peuvent  amener 
des  rétrécissements  et  même  des  oblitérations  complètes.  Galezowski  en 


42  LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  canal  nasal,  eétrécissement. 
a  rapporté  5  cas  dans  le  Journal  d’ ophthalmologie  (avril  1871,  p.  182). 

c.  Enfin,  dans  ce  troisième  groupe,  où  les  causes  d’oblitération  siègent 
dans  une  région  voisine  de  celle  du  conduit,  nous  signalerons  le  gonfle¬ 
ment  de  la  muqueuse  de  Schneider  qui  s’irradie  de  proche  en  proche  dans 
l’intérieur  du  canal,  les  diverses  tumeurs  des  fosses  nasales  et  surtout 
les  polypes  qui  le  compriment,  enfin  les  tumeurs  et  les  hydropisies  du 
sinus  maxillaire  qui  agissent  sur  la  paroi  externe  des  fosses  nasales  et  sur 
le  canal  nasal.  J’ajoute  enfin  une  dernière  cause  sur  laquelle  Abadie  a  at¬ 
tiré  l’attention  dans  ces  derniers  temps  :  c’est  l’altération  des  canines  et 
des  petites  molaires  de  la  mâchoire  supérieure.  Dans  ces  cas,  l’ostéo-pé- 
riostite  alvéolo -dentaire  se  développant  lentement  se  propagerait  par  con¬ 
tinuité  de  tissu  jusqu’ aux  parois  osseuses  du  canal,  déterminerait  une  os¬ 
téite  condensante  ayant  pour  résultat  de  diminuer  le  calibre  ou  d’oblitérer 
complètement  le  conduit. 

Traitement.  —  Dès  que  le  larmoiement  se  manifeste,  il  faut  pratiquer  des 
injections  dans  les  voies  pour  savoir  si  elles  sont  oui'  ou  non  perméables. 
Dans  le  premier  cas,  le  liquide  parcourt  les  canaux  et  arrive  dans  les  fosses 
nasales,  ce  dont  le  malade  rend  très-bien  compte.  Dans  le  second,  au  con¬ 
traire,  il  revient  par  les  points  lacrymaux  et  se  répand  sur  la  conjonctive  : 
l’obstacle  existe,  et  c’est  au  moyen  du  cathétérisme  qüe  l’on  en  précise  le 
siège.  Cela  fait,  par  quels  moyens  arrive-t-on  à  rétablir  la  progression  des 
larmes  ou  à  supprimer  le  mal;  Ces  moyens  sont  nombreux  et  variés; 
à  l’exemple  de  Warlomont,  nous  les  rangerons  tous  dans  quatre  grandes 
divisions. 

1“  Rétablissement  de  la  voie  naturelle  ;  2“  création  d’nne  voie  artifi¬ 
cielle  à  travers  l’osunguis  ;  5®  oblitération  des  voies  d’écoulement;  4°  sup¬ 
pression  de  la  source  des  larmes  ou  de  la  glande  elle-même. 

1“  Rétablissement  de  la  voie  naturelle.  —  a)  Cathétérisme.  —  Le  cathé¬ 
térisme  et  les  injections  des  voies  furent  pratiqués  pour  la  première  fois 
au  commencement  du  dernier  siècle  (1713)  par  Anel,  chirurgien  français. 
Travers  et  Hays  vantent  beaucoup  cette  méthode  qui  leur  aurait  valu  de 
nombreux  succès.  Ils  se  servaient  de  sondes  très-fines  qu’ils  faisaient  pé¬ 
nétrer  par  les  points  lacrymaux  et  sortir  par  les  fosses  nasales  ;  mais,  en 
raison  de  la  faiblesse  de  leur  diamètre,  il  était  difficile  de  porter  la  dila¬ 
tation  à  un  degré  suffisant  pour  permettre  aux  larmes  un  écoulement  fa¬ 
cile.  Bowman,  en  incisant  les  points  lacrymaux,  a  ouvert  aux  sondes  une 
voie  plus  large  et  a  imprimé  un  grand  mouvement  à  la  thérapeutique  des 
affections  lacrymo-nasales. 

Procédé  de  Bowman.  —  Il  consiste  dans  l’incision  des  points  lacry¬ 
maux  pour  donner  un  libre  passage  aux  instruments  dilatateurs.  Nous 
avons  déjà  décrit  cette  petite  opération  qui  se  pratique  avec  le  couteau  de 
Weber.  (Voy.  Lacrymaux  [Points  et  conduits]  .)  Il  s’agit  maintenant  d’établir 
quel  est  le  point  qu’on  doit  inciser  en  supposant  qu’on  ait  le  choix.  Si 
nous  considérons  que  le  conduit  supérieur  se  trouve  presque  dans  la  di¬ 
rection  du  canal  lacrymo -nasal,  l’inférieur  tombant  au  contraire  sur  lui 
perpendiculairement,  et  que,  d’ailleurs,  ce  dernier  joue  un  rôle  plus  im- 


LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  canal  nasal,  riîtbécissement.  -ij 
portant  dans  l’absorption  des  larmes,  nous  sommes  amenés  à  le  respecter 
autant  que  possible  et  à  suivre  la  pratique  des  ophthalmologistes  français 
et  allemands  qui  incisent  le  point  supérieur.  D’ailleurs,  le  cathétérisme , 
par  le  point  inférieur  entraîne  quelquefois  après  lui  l’oblitération  des  con¬ 
duits  dans  le  sac  en  raison  de  la  destruction  de  l’épithélium  par  le  tirail- 
lement  et  le  frottement  des  sondes  (Wecker).  Les  sondes  ont  été  faites  avec 
diverses  substances.  Les  plus  usitées  sont  en  argent  (Bowman,  Weber), 
mais  on  en  a  fait  en  baleine,  en  caoutchouc,  en  plomb,  qui  sont  très- 
malléables,  en  laminaria  digitata  (Critchett)  qui  ont  la  propriété  de  se 
gonfler  et  de  prendre  l’empreinte  du  rétrécissement. 

Les  sondes  en  argent  de  Bowman  (fig.  5)  forment  une  série  de  6  nu¬ 
méros'  gradués,  le  premier  ayant  le  diamètre  d’un  crin  et  le  dernier 

. —O  ■  ■■— 

Fig.  3.  —  Sonde  de  Bowman. 

dépassant  un  millimètre  ;  il  sera  bon  de  n’eihployer  les  deux  premiers  nu¬ 
méros  que  pour  le  cathétérisme  des  conduits,  leur  finesse  exposant  tou- 
jours  le  chirurgien  à  faire  (fes  fausses  routes,  une  fois  arrivé  dans  le  canal 
nasal. 

Les  stylets  sont  très-malléables  et  on  les  courbe  comme -l’on  veut,  sui¬ 
vant  les  cas,  un  peu  plus  chez  les  personnes  qui  ont  le  rebord  orbitaire 
saillant  et  les  yeux  enfoncés,  beaucoup  moins  dans  le  cas  contraire.  Ceci 
fait,  voici  comment  on  procède  :  Le  malade,  assis  sur  une  chaise,  la  tête 
un  peu  renversée  et  appuyée  contre  une  muraille  ou  maintenue  solidement 
par  un  aide,  le  chirurgien  se  place  en  face  de  lui,  saisit  le  stylet  de  la 
main  qui  correspond  à  l’œil  qu’il  veut  opérer,  et,  le  tenant  comme  une 
plume  à  écrire,  il  le  porte  perpendiculairement  aux  lèvres  de  l’incision 
pratiquée  sur  le  conduit  supérieur.  En  même  temps  et  avec  le  pouce  de 
la  main  restée  libre,  il  opère  des  tractions  sur  le  conduit  de  manière  à  le 
mettre  dans  la  direction  du  canal  lacrymo-nasal.  Alors  ,  le  chirurgien 
maintenant  toujours  le  bec  du  stylet  contre  la  paroi  postérieure  du  con¬ 
duit  incisé,  relève  l’instrument  du  côté  du  sourcil  en  le  mettant  dans  la 
direction  du  sillon  naso-labial  correspondant  (Arlt),  ou  bien  dans  une  ligne 
qui,  «  passant  parle  milieu  du  tendon  direct  de  l’orbiculaire  et  par  l’in¬ 
tervalle  compris  entre  la  deuxième  incisive  supérieure  et  la  canine  corres¬ 
pondante,  irait  rejoindre  l’arcade  sourcilière  vers  la  tête  du  sourcil.  »  Dans 
cette  position,  la  sonde  est  exactement  dans  la  direction  du  canal,  on  n’a 
plus  qu’à  pousser  :  si  le  trajet  est  libre,  la  sonde  le  parcourt  dans  toute 
son  étendue  ;  s’il  y  a  un  rétrécissement,  on  tombe  sur  l’obstacle  ;  il  faut 
alors  procéder  avec  ménagement  et  essayer  de  le  franchir  sans  trop  de 
violence.  Comme  il  est  préférable  de  toujours  opérer  de  la  main  droite,  il 
faut,  pour  le  côté  droit,  se  placer  derrière  le  malade  et  suivre  ensuite  les 
mêmes  indications. 

Quand  on  est  obligé  d’opérer  sur  le  conduit  inférieur,  le  chirurgien, 
toujours  placé  en  face  du  malade,  tient  la  sonde  de  la  main  située  en  face 


44  LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  canal  nasal,  rétrécissement. 
de  l’œil  qu’il  opère,  de  la  droite  s’il  s’agit  de  l’œil  gauche  et  vice  versâ; 
de  l’autre  main,  il  tend  le  canal,  eu  attirant  l’angle  de  la  paupière  en  bas 
et  en  dehors  ;  alors  il  introduit  la  sonde  de  bas  en  haut  et  de  dehors  en 
dedans  dans  la  direction  du  cpnduit,  jusqu’à  ce  que  son  bec  soit  arrivé 
dans  le  sac  et  butte  contre  sa  paroi  interne.  Habituellement  l’instrument 
rencontre  un  obstacle  avant  d’avoir  pénétré  dans  le  sac  lui-même.  Cet 
obstacle,  il  le  rencontre  le  plus  souvent  au  niveau  du  point  de  jonction 
des  deux  conduits.  Dans  ce  cas,  on  sent  que  le  stylet  est  arrêté ,  il  faut 
continuer  l’opération  avec  ménagement,  attirer  le  conduit  sur  la  sonde, 
comme  on  le  fait  pour  l’urèthre,  et  l’on  sent  très-bien  à  la  progression  du 
stylet  le  moment  où  la  résistance  est  vaincue.  Si  l’on  ne  parvenait  point  à 
pénétrer  sans  violence,  il  ne  faudrait  pas  insister  sous  peine  de  faire  une 
fausse  route  ;  on  emploierait  alors  les  moyens  que  nous  avons  décrits  au 
sujet  de  l’oblitération  des  points  et  conduits  lacrymaux.  Dans  tous  les  cas, 
on  aura  la  certitude  qu’on  n’est  point  dans  le  canal  et  que  ce  n’est  pas 
contre  sa  paroi  interne  que  l’on  presse  lorsque,  au  moment  de  l’effort,  on 
verra  toute  la  paupière  se  déplacer  du  côté  du  grand  angle  de  l’œil.  Mais, 
si  une  fois  on  a  pénétré,  il  ne  reste  plus  qu’à  relever  la  sonde  et  la  mettre 
dans  la  direction  déjà  indiquée  pour  la  faire  pénétrer  dans  le  canal  la- 
crymo-nasal.  Le  plus  souvent  c’est  l’extrémité  supérieure  du  canal  nasal 
qui  est  rétrécie  ou  même  oblitérée,  et  il  faut  toujours  employer  une  cer¬ 
taine  force  pour  faire  passer  la  sonde;  à  cela  il  n’y  a  pas  de  danger  si  la 
direction  de  l’instrument  est  bonne  et  que  l’on  sente  une  résistance  élas¬ 
tique;  mais,  si  l’on  appuie  contre  une  surface  dure  et  résistante,  compa¬ 
rable  à  une  surface  osseuse,  il  y  a  menace  de  faire  fausse  route.  Dans  ce  cas, 
comme  le  conseille  Critchelt,  il  faut  retirer  un  peu  l’instrument,  en  chan¬ 
ger  la  direction  et  lui  imprimer  quelques  mouvements  de  rotation  jusqu’à 
ce  qu’on  éprouve  une  résistance  molle  cédant  facilement  à  une  pression 
modérée  ;  on  pousse  alors  et  on  pénètre  ainsi  dans  les  fosses  nasales.  On 
laisse  ainsi  la  sonde  en  place  pendant  15  ou  20  minutes.  En  même  temps, 
il  sera  bon  de  combattre  l’inflammation  et  les  lésions  du  sac  par  des  injec¬ 
tions.  C’est  en  associant  les  injections  au  cathétérisme  que  Wecker  pré¬ 
tend  avoir  obtenu  de  très-heureux  résultats.  Wecker  et  Prex  n’emploient 
jamais  que  les  n“®  2  et  4  de  Bowman,  le  premier  de  peur  de  provoquer 
une  vive  inflammation  du  canal  lacrymo-nasal  avec  rétrécissement  consé¬ 
cutif,  le  second  étant  de  plus  persuadé  que,  «  lorsque  le  cours  des  larmes 
est  entravé  par  suite  du  gonflement  de  la  muqueuse  ou  par  des  rétrécisse¬ 
ments,  il  s’agit  bien  moins  d’agir  en  comprimant  et  en  dilatant  que  de 
rétablir  une  continuité  dans  la  colonne  du  liquide  placée  entre  le  sac  la¬ 
crymal  et  l’embouchure  du  canal  nasal.  De  cette  manière,  je  pense,  dit-il, 
que  même  les  fines  sondes  d’Anel  suivies  d’injection  peuvent  être  ac¬ 
tives.  » 

Les  malades,  ainsi  traités,  sont  en  effet  améliorés  assez  rapidement,  le 
larmoiement  peut  cesser  presque  complètement  en  même  temps  que  l’in¬ 
flammation  du  sac  se  résout  ;  mais  la  récidive  est  fréquente  et  assez  souvent 
le  larmoiement  persiste.  C’est  qu’en  effet  le  calibre  du  canal  est  insuffisant 


LACRYMALES  (pathologie  des  voies* —  canal  nasal,  hétbécissement.  45 
quand  on  n’a  introduit  qu’une  sonde  n”  4,  ce  calibre  dépassant  même  beau¬ 
coup  le  n°  6  à  l’état  normît.  C’est  aussi  en  vue  de  cette  considération  et 
persuadé,  d’ailleurs,  que  les  rétrécissements  du  canal  nasal  comme  ceux 
de  l’urèthre  déforment  ce  conduit  et  le  rendent  sinueux,  ce  qui  favorise 
les  fausses  routes', 5jj«e  Weber  a  inventé  son  procédé  qui  est  un  perfection¬ 
nement  de  celui  de  Bowman. 

Procédé  de  Weber..  —  Weber  ne  se  contente  pas  de  l’incision  du  con¬ 
duit,  il  coupe  encore  le  ligament  palpébral  interne  ;  pour  cela,  après  avoir 
incisé  avec  son  c'outean  mousse  le  conduit  supérieur  jusqu’à  la  caroncule, 
il  plonge  l’instrument  dans  le  sac,  jusqu’à  ce  que  la  lame  ait  disparu  aux 
deux  tiers,  en  la  faisant  glisser  sur  la  paroi  postérieure  du  canal.  Puis,  le 
tranchant  toujours  tourné  en  avant,  il  fait  basculer  le  manche  de  l’instru¬ 
ment  de  haut  en  bas,  en  même  temps  qu’avec  le  pouce  de  la  main  restée 
libre  il  opère  des  tractions  sur  la  commissure  externe  afin  de  tendre  le 
ligament;  continuant  ainsi  à  abaisser  le  manche  du  couteau,  l’opérateur 
sent  bientôt  une  résistance  vaincue  ;  c’est  le  ligament  qui  a  été  sectionné. 
Une  large  voie  se  trouvant  ainsi  ouverte  pour  arriver  dans  le  canal  lacrymo- 
nasal,  Weber  introduit  tout  de  suite  une  sonde  élastique  semblable  à  celles 
qu’on  emploie  pour  l’urèthre.  Elles  sont  régulièrement  calibrées  et  la  plus 
petite  correspond  au  n“  5  de  Bowman.  11  se  sert  aussi  de  bougies  de  cire 


Fitt.  4.  —  Sonde  de  Weber. 


coniques  ayant  un  millimètre  et  demi  à  leur  petite  extrémité.  Le  grand 
avantage  des  sondes  de  W’eber,  c’est  celui  de  pouvoir  s’adapter  à  toutes  les 
sinuosités  du  canal.  Dans  les  cas  où  le  rétrécissement  est  trop  considé¬ 
rable  pour  être  franchi  par  la  plus  petite  de  ses  sondes  élastiques,  il  em¬ 
ploie  la  sonde  biconique  graduée  pour  forcer  l’obstacle  ;  cela  fait,  il  re¬ 
vient  tout  de  suite  à  ses  sondes  ordinaires.  Warlomont  emploie  aussi  les 
tiges  de  laminaria  digitata  qui,  par  leur  augmentation  de  volume,  com¬ 
priment  fortement  la  muqueuse  et  dilatent  le  rétrécissement.  Wecker  n’est 
pas  partisan  de  cette  dilatation  forcée  de  quelque  façon  qu’on  la  pratique; 
elle  produit,  dit-il,  de  l’irritation  et  l’atrophie  de  la  muqueuse.  Pourtant 
Sichel  l’a  employée  avec  succès,  et  s’il  y  a  renoncé  aujourd’hui,  c’est  parce 
que  la  méthode  de  Stilling,  beaucoup  plus  simple  et  plus  rapide,  les  rem¬ 
place  avantageusement. 

11  peut  se  faire  que,  malgré  toute  la  pression  qu’on  se  croit  autorisé  à 
exercer  sur  l’orifice  du  canal  avec  la  sonde  conique,  le  rétrécissement  ne 
soit  pas  franchi,  alors  on  saisit  la  lancette  à  canule  de  Bowman,  on  la 
porte  sur  l’obstacle  et  l’on  fait  saillir  la  lance  qui  perfore  le  bouchon  obtu¬ 
rateur.  On  fait  suivre  aussitôt  cette  opération  de  l’introduction  des  bougies 
dilatatrices,  dont  on  répète  l’emploi  à  des  intervalles  peu  éloignés  afin  d’em¬ 
pêcher  la  cicatrisation.  Il  sera  bon  de  répéter  le  cathétérisme  tous  les  deux, 
trois  ou  quatre  jours,  à  moins,  toutefois,  qu’il  se  manifeste  des  phéno- 


46  LACRYMALES  (pathologie  bes  vd^s). — canal  h  as  al.  kétrécissehekt. 
mènes  inflammatoires,  auquel  cas  il  faut  suspendre  la  dilatation  pour  em¬ 
ployer  lès  moyens  antiphlogistiques,  tels  que  sangsues  sur  le  sac  ou  dans 
la  narine  correspondante  et  fumigations  émollientes  par  le  nez.  Il  est 
rare  que,  au  début  de  la  dilatation,  on  ne  soit  pas  obligé  de  la  suspendre 
plusieurs  fois  de  suite  à  cause  des  phénomènes  inflÈimmatoires  qu’elle 
provoque;  mais  peu  à  peu  la  tolérance  s’établit,  et,  si  l’on  veut  alors 
courir  la  chance  d’une  guérison  .rapide,  après  que  la  perméabilité  du  canal 
a  été  préparée  au  moyen  d’une  sonde  rigide,  on  met  à  demeure  un  fort 
stylet  de  plomb  ou  l’un  des  gros  stylets  de  Williams,  qu’on  laisse  plusieurs 
heures,  plusieurs  jours  ou  même  plusieurs  semaines  si  l’irritation  qu’ils 
provoquent  n’est  pas  trop  considérable. 

Dans  certaines  circonstances,  on  est  obligé  d’avoir  recours  à  la  méthode 
de  Weber;  mais,  dans  la  majorité  des  cas,  on  réussira  avec' celle  de  Bow- 
man  par  la  simple  introduction  des  stylets  n“  3  ou  4.  On  évitera  ainsi  de 
sectionner  le  ligament  interne  de  l’orbiculaire.  Il  ne  faudra  point  négliger 
d’aider  le  cathétérisme  par  des  injections  modificatrices.  Dans  ce  but,  War- 
lomont  a  fait  construire  une  seringue  ressemblant  à  la  seringue  d’Anel, 
mais  à  laquelle  il  adapte  des  canules  ayant  les  divers  calibres  des  sondes  de 
Bowman.  C’est  avec  ces  canules  qu’il  pratique  d’abord  le  cathétérisme  et 
qu’il  lait  ensuite  l’injection  en  retirant  graduellement  la  canule,  afin  que 
tout  le  trajet  soit  bien  mouillé  par  le  liquide  injecté.  C’est  une  solution  de 
tannin,  de  nitrate  d’argent,  de  potasse,  de  chlorure  de  zinc,  d’acétate  de 
plomb,  de  sulfate  de  cuivre,  suivant  les  cas  que  l’on  observe. 

Nous  ne  citons  que  pour  mémoire  le  cathétérisme  inféro-supérieur  par 
la  méthode  de  Laforest,  perfectionnée  par  Gensoul  et  Serre  (d’Uzès),  com¬ 
plètement  tombée  dans  l’oubli,  malgré  les  modifications  heureuses  de  ce 
procédé  et  des  instruments  avec  lesquels  on  le  pratique,  apportées  par 
Béraud.  On  a  surtout  à  craindre,  dans  cette  opération,  les  déchirures  de 
la  muqueuse  qui  tapisse  le  canal. 

Je  ne  dirai  rien  de  la  dilatation  permanente  parla  canule  de  Dupuytren 
qui  n’est  plus  employée.  En  dehors  de  la  gêne  dont  elle  était  la  cause  et 
des  altérations  pathologiques  qu’elle  pouvait  entraîner  à  sa  suite,  elle  se 
bouchait  quelquefois,  et  son  but  n’était  pas  atteint.  Richet  a  essayé  de 
parer  à  ces  inconvénients.  Pour  cela,  il  se  sert  d’un  clou  dont  la  tête  est 
percée  à  jour  et  dont  la  tige,  qui  plonge  dans  le  canal  lacrymo-nasal,  a 
un  diamètre  moindre  que  lui,  de  sorte  que  la  tête  plongeant  dans  le  lac  en 
conserve  ses  dimensions  et  y  puise  sans  cesse  les  larmes  qui  descendent  en¬ 
suite  dans  les  fosses  nasales  en  glissant  entre  le  clou  et  les  parois  du  canal. 
Le  clou  entretient  ainsi  la  dilatation  permanente  du  conduit.  Cette  mé¬ 
thode  a  encore  besoin  d’être  expérimentée  avant  qu’on  puisse  se  prononcer 
sur  sa  valeur  réelle  ;  cependant,  aux  succès  de  son  auteur,  nous  pouvons 
ajouter  ceux  obtenus  par  Deneffe  en  Belgique.  Ce  que  l’on  peut  affirmer, 
c’est  que  le  larmoiement  cesse  quelques  heures  après  l’application  du  clou. 

Ün  autre  procédé  a  réussi  entre  les  mains  de  Galezowski,  qui  se  sert 
de  sondes  particulières  (fig.  5)  c’est  de  mettre  à  demeure  dans  le  canal 
lacrymo-nasal  une  sonde  de  cuivre  recouverte  d’une  chemise  de  plomb. 


^LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  canal  nasal,  rétrécissement.  47 
On  l’introduit  par  le  point  lacrymal  inférieur  après  l’avoir  incisé.  Ces 
sondes  sont  recourbées  à  leur  extrémité  de  manière  à  pouvoir  les  retirer 

O—- . 

Fie.  5.  —  Sonde  de  Galezowski. 

à  volonté.  On  les  laisse  en  place  plus  ou  moins  de  temps,  suivant  la  tolé¬ 
rance  du  malade  et  l’intensité  du  mal.  Au  bout  de  quelques  jours,  on 
observe  une  amélioration  considérable  du  catarrhe;  le  résultat  immédiat, 
c’est  la  cessation  du  larmoiement.  Les  malades,  avec  ce  mode  de  traite¬ 
ment,  peuvent  continuer  à  vaquer  à  leurs  occupations. 

b.  Cautérisation.  —  Comme  adjuvant  du  cathétérisme,  nous  devons 
dire  un  mot  de  la  cautérisation  au  nitrate  d’argent.  Il  y  a  certains  rétré¬ 
cissements  qui  se  reproduisent  avec  ténacité ,  et  que  la  dilatation  seule 
est  impuissante  à  vaincre.  Dans  ces  cas  on  peut  retirer  un  grand  avan¬ 
tage  de  la  cautérisation  avec,  du  nitrate  d’argent  solide.  Voici  comment 
procède  Warlomont.  Il  se  sert  pour  cela  d’un  porte-caustique  formé  d’une 
sonde  creuse  dans  laquelle  glisse  un  mandrin  portant  à  son  extrémité  une 
cuvette  remplie  de  nitrate  d’argent  fondu.  Le  mandrin  étant  caché,  il 
pratique  le  cathétérisme  du  canal  avec  l’instrument  ;  il  arrive  jusqu’au 
niveau  du  rétrécissement  où  il  est  arrêté  par  l’obstacle'.  Alors  en  pressant, 
sur  le  bout  supérieur  du  mandrin,  il  fait  saillir  son  extrémité  porte-caus¬ 
tique  qui  s’engage  dans  le  rétrécissement.  Il  imprime  rapidement  un  mou¬ 
vement  de  rotation  à  la  tige,  de  façon  à  ce  que  toute  la  circonférence  du 
point  stricturé,  soit  modifiée  par  le  caustique.  On  ne  retire  l’instrument 
qu’après  avoir  fait  rentrer  la  cuvette,  afin  de  ne  pas  cautériser  les  parties 
saines.  Dans  le  cas  où  le  rétrécissement  n’est  pas  très-serré,  et  où  l’on 
peut  être  exposé  à  le  franchir  avec  la  canule,  il  est  utile  de  prendre  son 
empreinte  avec  une  tige  de  laminaria,  et  de  marquer  sa  distance  sur  le 
porte-caustique  au  moyen  d’un  curseur.  La  canule  dans  laquelle  se  meut 
ici  le  mandrin,  peut  servir  à  l’introduction  d’un  trocart  pour  perforer 
l’oblitération  quand  elle  existe.  La  cautérisation  unie  à  la  dilatation, 
donne  de  très-bons  résultats. 

c.  Indsion  interne.  —  Procédé  de  Stilling  {de  Cassel).  —  Le  but  pour¬ 
suivi  par  Stilling  est  basé  sur  l’existence  défibrés  musculaires  dans  l’épais¬ 
seur  de  la  couche  caverneuse  sous-muqueuse  du  canal  nasal.  Ce  tissu  caver¬ 
neux,  en  effet,  aurait  été  reconnu  par  Henle,  mais  Sappey  n’en  parle  point. 
Stilling  fait  des  incisions  multiples  et  profondes,  de  façon  à  sectionner  le 
tissu  caverneux  qui  est  la  Cause  de  la  coarctation.  Le  résultat  est  sûr,  dit 
Stilling,  à  condition  de  ne  pas  introduire  de  bougie  dans  le  canal  après 
l’opération.  Il  faut  laisser  la  cicatrisation  se  faire  sans  obstacle,  si  l’on 
veut  qu’il  ne  se  forme  pas  de  tissu  rétractile.  La  présence  d’une  sonde  ir¬ 
riterait  les  surfaces  cruentées,  provoquerait  la  suppuration  et  «  la  forma¬ 
tion  de  tissu  cellulaire  jaune,  qui  bientôt  serait  soumis  à  la  rétraction 
cicatricielle  pour  rétablir  ainsi  la  stricturé  primitive.  »  Les  fibres  muscu¬ 
laires  coupées,  obéissant  à  leur  élasticité,  maintiennent  béantes  les  lèvres 


48  LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  canal  nasal,  rétrécissement. 
delà  section,  et  tendent  à  dilater  le  rétrécissement;  mais  le  tissu  de  cica¬ 
trice,  qu’il  se  produise  spontanément,  isolé  de  tout  contact,  pu  bien  qu’il 
se  produise,  le  canal  étant  dilaté  par  une  bougie,  sera  toujours  un  tissu 
rétractile,  comme  tous  les  tissus  de  cicatrice,  et  nous  avouons  ne  pas 
comprendre  la  différence  établie  par  Stilling.  D’ailleurs,  dans  les  cas  nom¬ 
breux  de  Siebel  fils,  Trélat,  Jaesche  (de  Moscou),  l’incision  du  rétrécisse¬ 
ment  multiple  ou  Unique  (Trélat)  a  été  toujours  suivie  du  cathétérisme, 
et  les  malades  sont  guéris  aussi  bien  que  ceux  de  Stilling,  ce  qui  semble 
bien  prouver  que,  dans  le  second  cas,  le  tissu  de  cicatrice  ne  diffère  pas 
de  celui  qui  se  produit  dans  le  premier.  Ce  qu’il  faut  noter,  c’est  que  quel 
que  soit  le  procédé  employé,  les  malades  guérissent  de  leur  larmoiement 
et  de  leur  tumeur  lacrymale.  Voici  comment  on  pratique  l’opération  :  on 
se  sert  d’un  couteau  à  lame  triangulaire,  longue  de  13  millimètres,  et 
dont  la  base  a  3  mill.  de  large,  et  le  sommet  3/4  de  millimètre.  Il  est  ar¬ 
rondi  et  tranchant,  et  construit  de  telle  façon  que,  lorsque  la  pointe  tou¬ 
che  le  plancher  des  fosses  nasales,  le  manche  se  trouve  au  niveau  de  l’ou¬ 
verture  du  canal  nasal.  On  peut,^à  l’exemple  de  Stilling,  introduire  une 
sonde  de  Bowman  jusque  sur  le  rétrécissement  pour  s’assurer  de  son 
siège;  mais  cette  exploration  est  inutile,  et  l’on  peut  d’emblée  introduire 
le  couteau.  L’incision  du  point  et  du  conduit  lacrymal  peut  être  faite  avec 
le  couteau  de  Stilling  lui-même,  ou  bien  avec  celui  à  pointe  mousse  de 
Weber,  comme  le  pratique  Sichel.  De  quelque  façon  qu’on  procède,  une 
fois  le  conduit  incisé,  on  plonge  dans  le  sac  le  couteau  de  Stilling,  le 
tranchant  en  avant,  et  on  l’enfonce  jusqu’au  manche.  On  est  sûr  alors  que 
la  pointe  arrive  jusqu’au  plancher  des  fosses  nasales,  et  que  tout  le  trajet 
est  parcouru  par  la  lame.  Passant  alors  derrière  le  malade,  si  l’on  n’y  était 
déjà,  on  retire  le  couteau  pour  l’enfoncer  de  nouveau  plusieurs  fois  de 
suite  dans  les  directions  différentes,  afin  de  couper  le  rétrécissement 
dans  plusieurs  endroits  jusqu’à  ce  que  le  couteau  puisse  pivoter  librement 
dans  le  canal.  Alors  on  retire  l’instrument.  On  n’a  jamais  à  craindre 
d’hémorrhagie,  il  se  produit  un  léger  écoulement  de  sang  qui  n’est  jamais 
nuisible.  On  n’a  jamais  observé  non  plus  d’inflammation  considérable.  Le 
passage  des  larmes  est  inoffensif.  Les  succès  obtenus  par  Stilling,  Warlo- 
mont,  Sichel,  Trélat,  etc.,  témoignent  de  l’efficacité  de  ce  procédé;  aussi 
faudrait-il  l’employer  toutes  les  fois  que  l’obstacle  au  cours  des  larmes  ne 
s’accompagnant  pas  de  lésions  osseuses  graves  du  conduit  lacrymo-nasal, 
on  n’aura  point  réussi  par  les  procédés  de  Bowman  et  de  Weber. 

2“  Création  d'une  voie  nouvelle  à  travers  Vos  unguis.  —  Cette  opéra¬ 
tion  n’est  pas  de  date  récente,  car  elle  remonte  à  Archigènes  et  à  Paul 
d’Égine;  Hunier,  plus  tard  et  plus  récemment  encore  Reybard ,  Demar- 
quay  et  Foltz,  l’ont  vaillamment  soutenue;  mais  elle  n’est  pas  entrée  dans 
la  pratique  comme  méthode  générale,  et  certains  ophthalmologistes,  sont 
loin  d’en  être  partisans.  Nous  devons  pourtant  la  signaler,  car  elle  peut 
devenir  utile,  dans  certains  cas  où  l’on  s’efforce  en  vain  de  rétablir  les 
voies  naturelles. 

L’appareil  de  Reybard  se  compose  d’une  vrille  sur  laquelle  se  meut. 


LACRYMALES  (pathologie  des  voies).  —  caaal  jîasal.  hltuéui.sseueaï.  49 
dans  un  mouvement  circulaire,  une  virole  à  bord  tranchant.  Pour  prati¬ 
quer  l’opération ,  Reybard  ouvre  le  sac ,  et  y  introduit  un  morceau 
d’éponge  préparéepour  le  dilater;  au  bout  de  vingt-quatre  heures,  il  retire 
l’éponge  et  trépane  l’os  unguis.  Pour  cela  il  appuie  le  sommet  de  la  vrille 
sur  la  paroi  interne  du  sac,  mise  à  découvert  dans  un  point  tel  que  l’in¬ 
strument  dirigé  de  haut  en  bas,  de  dehors  en  dedans  etd’avant  en  arrière, 
pénètre  directement  dans  le  méat  moyen  des  fosses  nasales.  Une  fois  le 
tire  bouchon  fixé  à  la  paroi  osseuse  du  sac  qu’on  lui  a  fait  perforer,  on 
imprime  un  mouvement  de  rotation  à  la  virole  tranchante  qui  constitue 
une  couronne  de  trépan,  faisant  l’office  d’emporte-pièce,  et  descendant  sur 
le  pas  de  vis.  La  paroi  osseuse  étant  ainsi  sectionnée,  on  imprime  à  la 
virole  un  mouvement  opposé  ;  on  retire  alors  l’instrument  avec  la  rondelle 
coupée  qui  est  formée  d’une  partie  de  l’os  unguis,  tapissée  d’un  côté  par 
la  muqueuse  du  sac,  et  de  l’autre  par  celle  des  fosses  nasales.  Cela  fait,  et 
pour  empêcher  l’oblitération  de  l’ouverture,  on  introduit  un  clou  de 
plomb  ou  de  caoutchouc  vulcanisé  qu’on  laisse  en  place  pendant  une 
quinzaine  de  jours. 

Foltz  (de  Lyon)  perfore  l’os  unguis  au  moyen  d’une  pince  emporte- 
pièce  semblable  à  celle  dont  se  servent  les  selliers.  L’une  des  branches  de 
la  pince  porte,  fixé  perpendiculairement  sur  elle,  l’emporte-pièce  dont  la 
couronne  a  4,  5  ou  6  millimètres  de  diamètre,  l’autre  branche  destinée  à 
être  introduite  dans  les  fosses  nasales,  et  à  recevoir  la  pression,  est  for¬ 
mée  d’une  plaque  de  maillechort,  de  manière  à  s’accommoder  autant  que 
possible  à  la  conformation  du  méat  moyen.  L'opération  se  compose  de 
trois  temps  ;  1"  Incision  du  sac  dans  une  longueur  de  10  à  12  millini.  au- 
dessous  du  tendon  de  l’orbiculaire  ;  2“  mise  en  place  de  l’instrument  ;  la 
branche  à  plaque  est  introduite  dans  le  méat  moyen,  tandis  que  l’autre, 
pénétrant  par  les  lèvres  de  la  plaie  faite  au  sac,  va  reposer  sur  la  paroi 
interne  de  ce  dernier  ;  il  faut  faire  en  sorte  de  ne  pas  tomber  trop  en  avant 
sur  l’apophyse  montante  du  maxillaire  ;  5"  enfin  le  dernier  temps  se 
compose  de  la  section  de  la  cloison  ;  pour  cela  on  serre  vigoureusement 
les  branches  de  l’instrument,  on  sent  aussitôt  le  craquement  produit  par 
la  section  des  parties  osseuses.  Alors,  tandis  qu’une  main  continue  à  tenir 
serrées  les  branches  de  l’instrument,  l’autre  imprime  un  mouvement  de 
rotation  à  la  vis  qui  règle  la  marche  de  l’emporte-pièce,  de  façon  à  ache¬ 
ver  radicalement  la  section  des  parties  molles.  Cela  fait,  on  retire  l’instru¬ 
ment,  et  l’emporte-pièce  est  garni  d'une  rondelle  osseuse,  tapissée  par  les 
deux  muqueuses.  On  se  contente  de  faire  un  pansement  simple.  Mais  Foltz 
ne  s’en  tient  pas  là,  il  fait  le  cathétérisme  de  cette  ouverture  artificielle 
au  moyen  de  sondes  de  maillechort  contournées  en  pas  de  vis  ou  en 
hélice,  à  l’une  de  leurs  extrémités,  dans  une  étendue  de  un  centimètre;  il 
en  faut  pour  les  deux  côtés.  Pour  pratiquer  le  cathétérisme,  on  prend 
cette  sonde  hélice,  et  on  l’introduit  le  long  de  la  paroi  externe  des 
fo.sses  nasales,  son  bec  tourné  -en  bas,  dans  la  direction  du  grand  angle 
de  l’œil,  jusqu’à  ce  qu’on  sente  le  cornet  moyen;  on  lui  imprime  alors 
un  mouvement  de  rotation  qui  porte  le  bec  au  dehors ,  de  manière 

SOÜV.  DICT.  MED.  ET  CHIli.  XX.  —  4 


50  LAGIIYMALES  (pathologie  des  voies).  —  canal  nasal,  kéirécissement. 
qu’il  pénètre  dans  l’orifice  artificiel.  Si  alors  on  .  porte  le  doigt  sur  la 
paroi  externe  du  sac,  on  peut  à  travers  sentir  l’extrémité  de  la  sonde. 
D’après  Foltz,un  cathétérisme  pratiqué  tous  les  trois  ou  quatre  jours  pen¬ 
dant  la  période  de  cicatrisation,  sera  suffisant  pour  empêcher  la  ferme¬ 
ture  de  l’orifice.  Il  pense  aussi  qu’au  moyen  d’une  sonde  creuse,  de  même 
forme,  on  peut  porter  les  liquides  modificateurs  dans  la  cavité  du  sac. 
Foltz  a  même  fait  construire  un  scarificateur  de  la  forme  des  sondes,  à 
lame  pointue  et  à  double  tranchant,  scarificateur  destiné  à  détruire  la 
fausse  membrane  qui,  dans  certaines  circonstances,  pourrait  oblitérer 
l’ouverture.  On  ne  s’en  sert  point  autrement  que  du  cathéter  plein  :  on  le 
porte  au  niveau  de  l’ouverture  à  pratiquer,  et  l’on  imprime  un  mouve¬ 
ment  de  rotation  à  la  vrille.  Fort  dans  son  résumé  de  pathologie  et  de 
clinique  chirurgicale,  dit  avoir  pratiqué  deux  fois  la  perforation  de  l’un- 
guis  avec  un  succès  complet.  Profitant  de  l’incision  pratiquée  sur  le  con¬ 
duit  inférieur,  il  porte  un  trocart  capillaire,  caché  dans  sa  canule,  jusque 
sur  la  paroi  interne  du  sac.  Puis  appuyant  fortement  la  canule  sur  cette 
paroi  osseuse,  il  pousse  le  trocart  et  imprime  a  sa  tige  un  mouvement  de 
rotation,  dans  le  but  de  faire  attaquer  l’os  par  ses  arêtes  tranchantes.  Il 
suffit  d’un  instant  pour  pratiquer  la  perforation,  et  pénétrer  dans  les 
fosses  nasales.  Il  a  fait  construire  un  trocart  armé  d’un  pas  de  vis,  de 
façon  à  se  mettre  à  l’abri  des  pressions  de  la  main  sur  le  trocart.  Il  est 
bon,  l’opération  une  fois  pratiquée,  de  faire  le  cathétérisme  pendant  plu¬ 
sieurs  jours  avec  une  sonde  en  gomme,  du  calibre  n°  6  de  Bowman. 

5“  Oblitération  des  voies  naturelles  d’excrétion  des  larmes.  —  Ces 
procédés  ont  été  décrits  dans  le  traitement  de  la  fistule  consécutive  à  la 
dacryocystite  aiguë  (p.  52). 

4”  Suppression  des  larmespar  l'extirpation  des  glandes  lacrymales.-^ 
Ce  procédé,  de  même  que  la  perforation  de  l’os  unguis,  doit  être  réservé 
pour  des  cas  tout  à  fait  exceptionnels,  car  il  expose  à  des  accidents  graves, 
tels  que  le  phlegmon  de  l’œil.  Il  a  été  pourtant  récemment  recommandé 
par  Laurence,  et  voici  comment  il  procède  dans  l’opération  :  il  pratique 
Une  incision  dans  toute  l’étendue  du  tiers  externe  de  la  paupière  et  au- 
dessous  et  parallèlement  au  rebord  orbitaire.  La  peau  et  le  ligament  fibreux 
qui  réunit  le  périoste  orbitaire  au  bord  supérieure  du  cartilage  tarse  une 
fois  divisés,  on  se  trouve  dans  la  cavité  de  l’orbite,  et  le  doigt  introduit  dans 
la  profondeur  de  la  plaie  trouve  un  corps  dur  qui  n’est  pas  autre  chose  qüè 
la  glande  lacrymale.  Laurence  recommande  de  ne  pas  pousser  trop  avant 
l’introduction  du  doigt,  sous  peine  de  luxer  la  glande  et  de  la  repousser  en 
arrière  dans  le  tissu  cellulaire  de  l’orbite,  d’où  il  serait  difficile  de  l’enle¬ 
ver  sans  pratiquer  une  grande  ouverture  dans  la  profondeur  de  la  cavité 
orbitaire.  Pour  si  peu  qu’on  ait  de  la  difficulté  pour  rencontrer  la  glande 
une  fois  la  première  incision  faite,  Z.  Laurence  conseille  de  débrider  la 
commissure  externe,  après  s’être  toutefois  assuré  de  la  position  de  l’artère 
temporale  afin  de  l’éviter.  Il  taille  ainsi  un  lambeau  à  sommet  externe 
qu’il  renverse  en  dedans^  de  manière  à  mettre  tout  à  fait  à  découvert  la 
cavité  correspondant  à  l’angle  supéro-externe  de  l’orbite.  La  glande  s’offre 


51 


LACRYMALES  (glande  et  voies).  —  bibliogbaphie-. 
alors  directement  à  la  vue,  il  la  saisit  avec  un  crochet  double  et  l’entraîne 
au  niveau  du  rebord  orbitaire,  tire  sur  elle  et  rompt  la  pédicule;  habi¬ 
tuellement  on  aperçoit  un  jet  de  sang  que  fournit  l’artère  lacrymale,  mais 
il  a  vu  toujours  cette  hémorrhagie  s’arrêter  sous  un  filet  d’eau  froide 
exprimé  d’une  éponge.  La  réunion  des  lèvres  de  la  plaie  ne  doit  être  faite 
qu’après  la  suspension  complète  de  l’hémorrhagie,  sous  peine  de  voir  le 
sang  s’infiltrer  dans  le  tissu  cellulaire  de  la  région  et  produire  un  gonfle¬ 
ment  considérable  de  la  paupière  supérieure,  comme  cela  est  arrivé  dans 
quelques  cas  de  Z.  Laurence.  La  réunion  sera  faite  au  moyen  de  sutures 
métalliques,  en  ayant  soin  de  bien  mettre  en  rapport  les  lèvres  de  la  plaie. 
Dans  le  plus  grand  nombre  des  cas  opérés  par  Z.  Laurence,  la  réunion  s’est 
faite  par  première  intention  et  la  guérison  a  été  complète.  L’opération  est 
assez  souvent  suivie  de  conjonctivite;  mais  l’accident  le  plus  redoutable, 
après  le  phlegmon  de  l’œil  qu’on  ne  peut  pas  prévoir,  c’est  la  chute  de  la' 
paupière  supérieure  qui  persiste  quand  elle  est  le  résultat  d’une  division 
partielle  de  son  muscle  élévateur  ;  heureusement  le  plus  souvent  elle  est 
d’origine  inflammatoire  et  disparaît  graduellement. 

On  a  de  la  peine  à  se  reconnaître  dans  les  moyens  thérapeutiques  variés 
dirigés  contre  les  affections  du  canal  lacrymo-nasal.  Pour  nous  résumer, 
et  dans  le  but  de  laisser  des  notions  précises  dans  l’esprit  du  lecteur,  voici 
en  quelques  mots  comment  on  doit  diriger  ce  traitement. 

On  procédera  toujours  du  simple  au  composé  :  S’agit-il  d’un  larmoie¬ 
ment  chronique  causé  par  un  rétrécissement  simple  du  canal  nasal?  on 
fera  tout  d’abord  le  cathétérisme  par  le  procédé  de  Bowman,  après  avoir 
incisé  le  conduit  supérieur  ;  on  passera  les  sondes  graduées  du  n“  2  au 
n"  6  ;  si  l’on  n’obtient  pas  d’amélioration,  ou  si  la  récidive  est  rapide, 
n’ayant  pas  pu  vaincre  la  constriction,  on  passera  à  la  méthode  de  Weber 
et,  en  dernier  lieu,  à  celle  de  Stilling.  S’agit-il  d’un  cas  de  blennorrhée, 
avec  modifications  profondes  du  sac,  il  faudra  l’ouvrir  ou  agrandir  l’ouver¬ 
ture  fistuleuse,  s’il  en  existe,  promener  ensuite  dans  son  intérieur  un 
caustique  modificateur  des  surfaces,  tel  que  du  nitrate  d’argent,  de  la 
teinture  d’iode,  du  beurre  d’antimoine,  en  ayant  bien  soin  toutefois  de  ne 
pas  toucher  aux  orifices,  si  les  canaux  sont  restés  perméables.  Une  fois 
l’eschare  éliminée,  on  introduit  un  stylet  de  plomb  dans  toute  l’étendue 
des  voies,  en  le  faisant  pénétrer  par  le  point  supérieur.  On  le  maintient 
pendant  toute  la  durée  de  la  cicatrisation.  Enfin,  si  le  canal  est  oblitéré  de 
façon  à  ne  pas  pouvoir  rétablir  sa  perméabilité,  on  cherchera  à  obtenir  la 
destruction  des  voies  par  la  cautérisation  du  sac  et  des  conduits. 

Quant  à  la  perforation  de  l’unguis  et  l’extirpation  de  la  glande,  ce  sont 
des  moyens  extrêmes  qui  viennent  après  tous  les  autres  et  auxquels  on  ne 
doit  avoir  recours  qü’en  désespoir  de  cause. 

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,  p.  71). 

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Halfyearly  Abstract  of  the  medical  sciences,  1858,  vol.  XXVII,  p.  292). 

Retbabd  (de  Lyon),  Nouveau  procédé  pour  guérir  la  fistule  lacrymale  [Bull,  de  V Acad,  de  méd., 
1852,  t.  XVII,  p.  442). 

Sichel  (I.),  D’une  espèce  non  encore  décrite  de  tumeur  lacrymale  [Gazette  des  hôpitaux,  1852, 
n°98. —  De  la  tumeur  et  de  la  fistule  lacrymales  in  Iconograph.  ophthalmologique .  Paris, 
1858,  p.  677  et  suiv.;  pl.  XVIII,  LXX). 

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1855;  t.  III,  p.  314,  1854;  t.  V,  p.  175,  315,1855).  —  Essai  sur  le  cathétérisme  du  canal 
nasal  [Arch.  d’ophthalm.  Paris,  1855,  t.  IV,  p.  113). 

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Dehabquaï,  Mémoire  sur  le  traitement  de  la  tumeur  et  delà  fistule  lacrymales,  par  la  trépanation 
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tion.  Philadelphia,  1854,  p.  912-922. 

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Abei.  Uber  den  Thrânenschlauch  [Ârchiv  fur  Ophtlialmologie.  Berlm,  1854,  Eand  I,  Abth.  2, 
s.  135). 

Gbaepe  (A.),  Konische  Sonden  und  Luftdoucbe  in  der  Behandlung  der  Thrânensackleiden  [Archis 
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Bonnafont)  Traitement  de  la  tumeur  lacrymale,  par  la  compression  directe  et  les  injections,  par 
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Arch.  d’ophthalm.  Paris,  1855,  t.  IV,  p.  106). 


LACTIQUE  (acide).  —  puopriétés.  55 

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[Gazelle  médicale  de .  Ujon,  i&ôO,  p.  82,  fig.  el  Annales  d'oculistique,  —  Observations 
■  pratiques  sur  le  traitement  des  tumeurs  et  fistules  lacrymales  par  la  perforation  de  la  gout- 
..  tière  lacrymale,  à  l'aide  d’un  emporte-pièce  [Ann.  d’ oculistique,  1863,  t,  LUI,  p.  136  et  258). 
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Gbaefe  (Alf.),  Verlauf  und  Heilung  einer  Thrânendrüsen  fistel  [Archiv  für  OpMhalm.  Berlin, 

'  1861,  BandVIH,  Abth.  1,  s.  279). 

CaiiCHETT  (G.),  On  the  Diseases  of  the  Lacrymal  Apparatus  [The  Lancet,  1863,  vol.  II,  p.  667; 

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Walion  (Haynes).  Diseases  of  the  Lacrymal  Duct  attended  by  stricture,  etc.  [Brifisk  medical 
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Bfor  (de  Tours),  Du  traitement  de  la  tumeur  et  de  la  fistule  lacrymale  par  oblitération  [Recuei  l 
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le  traitement  des  tumeurs  et  Gstules  lacrymales.  Lue  à  la  Soc.  de  médecine  de  Paris  [Gaz. 
des  hâp.,  1866,  p.  363). 

Wecker,  Traitement  de  la  tumeur  lacrymale  enflammée  [Ann.  d’ocul.,  1866,  t.  LVI,  p.  304). 
Lecomte,  Traitement  de  la  Bstule  des  conduits  [Recueil  de  mém.  de  méd.  et  de  chir.  milit., 

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SicHEL,  Tumeurs  ostéoïdes  du  canal  [France  médicale,  1868,  n"  41,  p.  292), 

Demeffe,  Emploi  du  clouà  tête  percée  à  jour  de  Richet  [Gaz.  des  hâp.,  1869), 

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.Talko,  Fistule  consécutive  à  un  abcès  d’un  conduit  lacrymal  [Ann.  d’ora/.,  1873,t.LXX,p.  248). 

Od.  Lankelokgue. 

LACTIQUE  (acide)  C®H“0“,H0.  —  Cet  acide  fut  découvert  par 
Scheele,  en  1780,  dans  le  lait  aigre.  Il  se  rencontre  dans  le  suc  fermenté 
dès  betteraves  et  de  plusieurs  racines,  dans  la  choucroûte,  la  jusée  des 
tanneurs,  les  farines  avariées,  le  vinaigre  de  bière,  la  colle  de  farine  altérée. 
L’origine  de  ce  corps  doit  être  recherchée  dans  les  transformations  que  le 
sucre,  la  lactose,  la  glucose,  la  gomme,  et  les  matières  amylacées,  éprou¬ 
vent  en  présence  des  matières  azotées  agissant  comme  ferments.  On  l’a 
trouvé  dans  le  cerveau,  la  rate,  le  foie,  le  thymus,  le  corps  thyroïde,  le 
pancréas,  dans  l’intestin  grêle  après  une  alimentation  végétale,  dans  le 
sang  pendant  certaines  affections  (pyoémie,  fièvres  puerpérales),  dans  les 
os  atteints  d’ostéomalacie,  dans  certaines  urines  pathologiques,  dans  le 
chyle  et  la  lymphe  des  herbivores.  On  a  constaté  la  présence  des  lactates 
dans  plusieurs  sécrétions,  dans  quelques  liquides  pathologiques,  celui  des 
liystes  séreux  entre  autres.  Les  tissus  animaux,  et  particulièrement  le 
tissu  musculaire,  renferment  un  liquide  isomérique,  l’acide  sarcolactique 
ou  paralactique.  Il  est  démontré  que,  contrairement  à  l’opinion  longtemps 
accréditée,  l’acide  lactique  n’existe  point  normalement  dans  le  suc  gas¬ 
trique. 

Propriétés.  —  Concentré  dans  le  vide,  au-dessus  de  l’acide  sulfurique,  il 


56  LACTIQUE  (acide).  —  fermentation.  —  préparation. 

se  présente  sous  la  forme  d’un  liquide  sirupeux,  d’un  jaune  ambré,  incris- 
tallisable,  que  l’on  n’a  pu  solidifier  par  un  froid  de — 20“  à  —  24°.  Inodore 
à  froid,  il  prend  par  la  chaleur  une  odeur  aigre  et  piquante.  Sa  saveur  est 
franche,  très-acide,  mais  elle  est  à  peine  sensible,  quand  on  l’étend  d’eau. 
Sa  densité  à  20°  est  de  1,243  (Berthelet).  Soumis  à  l’action  de  la  chaleur, 
il  commence  vers  100°  à  perdre  de  l’eau  ;  à  130°  il  se  transforme  peu  à 
peu  en  une  substance  amorphe,  jaunâtre,  soluble  dans  l’alcool  et  l’éther, 
insoluble  dans  l’eau;  c’est  l’acide  dilactique  ou  acide  lactique  anhydre 
A  250°,  il  laisse  dégager  un  peu  d’acide  carbonique,  d’o¬ 
xyde  de  carbone,  de  l’aldéhyde,  et  il  passe  à  la  distillation  un  produit 
qui  se  prend  souvent,  par  le  refroidissement,  en  une  masse  blanche 
cristalline,  c’est  la  lactide  C®ffO‘  =  C°H®0®  —  2HO,  improprement  nom¬ 
mée  acide  lactique  anhydre.  Exposé  au  contact  de  l’air,  il  en  attire  l’hu¬ 
midité.  Il  est  très-soluble  dans  l’eau  et  l’alcool ,  moins  soluble  dans 
l’éther.  Il  ne  trouble  pas  les  eaux  de  chaux,  de  baryte  et  de  stron- 
tiane,  chasse  à  l’ébullition  l’acide  acétique  des  acétates  ;  dissout  une 
quantité  considérable  de  phosphate  de  chaux  récemment  précipité. 
Chauffé  avec  l’acide  sulfurique  concentré,  il  donne  un  dégagement  d’oxyde 
de  carbone,  et  le  mélange  brunit.  Les  agents  oxydants  le  transforment  en 
acide  acétique,  formique,  oxalique.  Il  coagule  l’albumine,  même  à  faible 
dose;  son  action  coagulante  sur  le  lait  ne  s’exerce  que  quand  il  est  abon¬ 
dant,  aussi  le  lait  peut-il  devenir  notablement  acide  sans  se  troubler,  mais 
il  caille  ce  liquide,  si  l’on  fait  bouillir  le  mélange. 

Fermentation  tactique.  —  Préparation.  —  La  fermentation  lactique 
s’accomplit  sous  l’influence  d’un  ferment  particulier,  de  nature  végétale. 
D’après  Pasteur,  ce  ferment  (levûre  lactique)  est  formé  de  petits  globules 
ou  d’articles  très-courts,  isolés  ou  en  amas,  et  beaucoup  plus  petits  que 
ceux  de  la  levûre  de  bière.  Cette  levûre  ne  manifeste  son  action  sur  la 
glucose  ou  la  lactose,  qu’au  sein  d’un  milieu  neutre  ou  alcalin.  De  là  la 
nécessité  d’ajouter  de  la  craie  ou  du  bi-carbonate  de  soude  aux  liquides 
sucrés  qu’on  soumet  à  ce  genre  de  fermentation.  La  réaction  peut  s’ex¬ 
primer  par  la  formule  suivante 

Glucose  Acide  lactique. 

Voici  la  manière  de  réaliser  cette  fermentation.  On  abandonne  à  une 
température  de  30°  à  35°  un  mélange  "de  10  parties  de  glucose  dissoute 
dans  100  parties  d’eau,  1  partie  de  vieux  fromage  et  10  parties  de  craie 
pulvérisée.  Au  bout  de  huit  jours,  le  mélange  s’est  pris  en  une  masse  de 
lactate  de  chaux  que  l’on  exprime  aussi  fortement  que  possible,  et  qu’on 
fait  cristalliser  dans  l’eau  bouillante.  On  exprime  de  nouveau,  et  on  fait 
cristalliser  une  deuxième  fois.  On  dissout  alors  le  sel  dans  l’eau  bouillante, 
et  on  le  décompose  exactement  par  l’acide  sulfurique  étendu.  Le  précipité 
de  sulfate  de  chaux,  dont  on  a  aidé  la  formation  en  additionnant  la  masse 
du  quart  de  son  volume  d’alcool  ,  est  séparé  par  filtration,  et  soumis  à  la 
presse.  La  liqueur  acide  qui  s’écoule  est  distillée,  afin  d’en  retirer  l’al- 


LACTIQUE  (acide).  —  dsages  en  médecine.  —  lactates.  57 

cooi,  puis  concentrée  au  bain-marie.  On  peut  également,  après  avoir  sé¬ 
paré  par  filtration  le  sulfate  de  chaux,  saturer  la  liqueur  acide  et  bouil¬ 
lante  par  l’hydrocarbonate  de  zinc;  on  filtre  alors  et  on  laisse  refroidir.  Le 
lactate  de  zinc  qui  s’est  formé,  cristallise  ;  on  décompose  par  l’acide  suif- 
hydrique  gazeux  la  solution  de  ce  sel,  on  sépare  le  sulfure  de  zinc  par  fil¬ 
tration,  et  l’on  fait  concentrer  la  solution  acide  au  bain-marie  jusqu’en 
consistance  sirupeuse.  La  préparation  de  l’acide  lactique  est  d’ailleurs 
industrielle.  Dans  les  laboratoires,  on  peut  l’obtenir  par  plusieurs  autres 
procédés  que  nous  n’indiquerons  pas,  car,  s’ils  jettent  un  certain  jour  sur 
la  constitution  de  ce  corps,  ils  sont  sans  intérêt  au  point  de  vue  pratique. 

Formes  pharsiacedtiqoes.  —  Doses.  —  On  l’administre  sous  forme  ; 
1“  de  limonades  ainsi  composées  :  acide  lactique,  2  gram.;  sirop,  50  gr.; 
eau,  1000  gram.;  2"  de  pastilles  contenant  chacune  environ  15  centigr. 
d’acide. 

Usages  en  médecine.  —  Pendant  longtemps,  et  alors  qu’on  croyait  à  sa 
présence  normale  dans  le  suc  gastrique,  on  a  prescrit  cet  acide  dans  cer¬ 
taines  dyspepsies.  Il  a  cessé  d’être  employé  depuis  que  l’inexactitude  de 
cette  opinion  a  été  établie.  Son  emploi  dans  la  diathèse  calculeuse  phos- 
phatique  ne  paraît  pas  reposer  non  plus  sur  une  base  sérieuse.  Il  est  assez 
difficile  d’admettre  ,  en  effet,  qu’un  corps  qui  coagule  l’albumine,  puisse 
traverser  tout  l’organisme,  et  être  éliminé  par  le  rein,  sans  avoir  subi  de 
métamorphoses.  L’application  la  plus  heureuse  de  l’acide  lactique  est 
celle  qui  a  été  indiquée  par  Dusart  et;  R.  Blache.  Cet  acide  dissolvant  une 
grande  quantité  de  phosphate  basique  de  chaux  récemment  précipité, 
permet  l’administration  de  cette  substance  sous  une  forme  (lacto-phos- 
phate)  très-favorable  pour  l’assimilation.  Ces  expérimentateurs  sont  ainsi 
parvenus  à  abréger  le  temps  nécessaire  à  la  consolidation  des  fractures,  à 
déterminer  la  formation  d’un  cal  plus  volumineux.  Les  essais  tentés  dans 
le  rachitisme,  le  mal  de  Pott  sont  également  satisfaisants  ;  mais  nous  n’in¬ 
sisterons  point  sur  ces  résultats,  dans  lesquels  l’acide  lactique  n’a  pujouer 
que  le  rôle  d’adjuvant. 

Lactates.  —  L’acide  lactique  est  monobasique.  Tous  les  lactates  sont 
solubles  dans  l’eau  et  dans  l’alcool.  On  les  obtient,  soit  en  faisant  réagir 
l’acide  lactique  sur  les  oxydes  ou  les  carbonates,  soit  par  double  décom¬ 
position  du  lactate  de  chaux  et  des  sulfates  solubles.  Les  paralactates  se 
distinguent  des  lactates  de  même  base  par  une  quantité  d’eau  de  cristalli¬ 
sation  et  une  solubilité  différentes.  Les  principaux  lactates  usités  en  mé¬ 
decine  sont  les  suivants. 

r  Lactate  de  fer.  —  Lactate  ferreux  FeO,C®ffO®,5HO.  —  Pour  l’ob¬ 
tenir,  on  fait  deux  dissolutions  aqueuses,  contenant,  l’une  100  parties  de 
lactate  de  chaux,  la  deuxième  98  parties  de  sulfate  ferreux  cristallisé.  On 
mélange  les  deux  liquides,  et  on  ajoute  à  la  liqueur  le  quart  de  son  vo¬ 
lume  d’alcool  qui  favorise  la  séparation  du  sulfate  de  chaux,  on  filtre,  on 
exprime  le  dépôt,  on  concentre  la  solution  au  bain-marie,  puis  on  la  place 
dans  une  étuve.  Le  sel  se  dépose  sous  forme  de  croûtes  verdâtres  [Codex). 
Il  cristallise  en  prismes  aiguillés,  et  se  dissout  dans  48  parties  d’eau  froide 


5g 


LAIT.  —  PROpiiiÉiis. 


eH2  parties  d’eau  bouillante.  On  l’administre  à  la  dose  de  10  centigr.  à 
1  gr.  sous  forme  de  tablettes,  de  pastilles,  de  pilules,  de  dragées  ,'  de  si-. 
rops.  Il  est  la  base  des  dragées  de  Gélis  et  Conté.  Ses  usages  sont  les 
mêmes  que  ceux  des  autres  'ferrugineux  (anémie,  !  chlorose,  aménorrhée 
dysménorrhée).  Il  a  l’avantage  d’être  sans  saveur  atraraentaire,  de  ne  point 
exercer  d’action  irritante  sur  la  muqueuse  gastrique. 

.  2°  Lactate  de  fer  et  de  manganèse.  — -  On  le  prépare  en  décomposant 
un  mélange  de  sulfate  de  fer  et  de  sulfate  de  manganèse  par  le  lactate  de 
chaux.  Il  est  en  plaques  d’un  jaune  rougeâtre,  et  s’emploie  aux  mêmes 
doses  et  dans  les  mêmes  circonstances  que  le  lactate  de  fer. 

:  5“  Lactate  de  zinc.  —  On  l’obtient  en,  saturant  à  chaud  une  solution 
d’acide  lactique  par  de  l’hydrocarhonate  de  zinc  récemment  précipité,  fd- 
trant  la  liqueur  chaude,  concentrant  et  laissant  cristalliser.  Ce  sel  se  pré¬ 
sente  sous  la  forme  d’aiguilles  ou  de  lamelles  brillantes  disposées  autour 
d’un  centre  commun,  de  manière  à  former  des  houles.  Il  est  inodore, 
d’une  saveur  sucrée,  puis  styptique,  soluble  dans  58  parties  d’eau  froide 
et  6  parties  d’eau  bouillante,  insoluble  dans  l’alcool.  Dose,  10  centigr.  à 
1  gr.  en  pilules.  Il  a  été  prescrit,  sans  efficacité  constatée,  dans  le  traite¬ 
ment  de  l’épilepsie.  Il  est  moins  irritant,  moins  styptique  que  le  sulfate  de 
zinc,  et  peut,  comme  ce  dernier  sel,  s’employer  en  collyres,  en  injections 
astringentes. 

On  a  également  proposé  l’usage  des  lâctates  de  bismuth,  de  caféine,  de 
quinine,  de  potasse,  de  soude,  de  manganèse,  de  magnésie.  Le  lactate  de 
chaux,  dont  nous  avons  indiqué  la  préparation  est  inusité  en  médecine,  il 
sert  seulement  à  préparer  les  autres  lactates. 

Bocirqk-Chaburd  et  Frémy,  Recherches  sur  la  fermentation  lactique  [Ann.  de  chimie  et  de 
physique,  t.  III).  —  Sur  la  formation  de  l’acide  lactique  [Journ.  de  pkarm.,  t.  XXYI). 

Gélis  et  Conté,  Mémoire  sur  l’emploi  du  lactate  de  fer  [Journ.  de  pharm.,  t.  XXYI). 

Gobleï,  Sur  le  lactate  de  chaux  [Journ.  de  pharm.,  t.  YI). 

Peloüze,  Mémoire  sur  l’acide  lactique  [Ann.  de  chimie  et  de  physique,  t.  XIII). 

Petreqdin,  Emploi  thérapeutique  des  lactates  alcalins  dans  les  maladies  de  l’appareil  digestif 
[Gaz.  hebdom.,  t.  11). 

CoRTtsART,  Emploi  thérapeutique  des  lactates  alcalins  [Gaz.  hebdom.,  t.  IX). 

Dcsart,  De  l’emploi  du  sirop  au  lacto-phosphate  de  chaux.  Paris.  —  Recherches  expérimentales 
sur  le  rôle  physiologique  et  thérapeutique  du  phosphate  de  chaux,  2*  édition  {sans  date).  ' 

A.  Hérauo. 

;  I^A-CTUCARTOM.  Foi/.  Laitue. 
liAGOPHTHAXMBE.  Voy.  Paupières. 

^JLAIT.  — Le  lait,  sécrétion  des  glandes  mammaires  de  toutes  les  fe¬ 
melles  de  la  classe  des  mammifères,  est  un  produit  complexe,  composé 
d’éléments  variés,  et  qui  constitue,  comme  l’œuf,  le  type  des  aliments 
complets.  11  renferme,  en  effet,  tous  les  principes  nécessaires  à  la  nutri¬ 
tion,  à  l’entretien  des  fonctions,  au  développement  de  l’individu,  c’est-à- 
dire  principes  azotés,  principes  gras  et  autres  principes  carbonés,  et  enfin 
sels  qui  se  retrouvent  dans  l’économie. 

Propriétés.  —  Le  lait  est  un  liquide  blanc,  opalescent,  un  peu  jaunâtre 


LAIT,  —  PROPRIÉTÉS..  —  EXAMEN  MICROSCOPIQUE.  59 

lorsqu’il  est  vu  en  masse,  mais  légèrement  bleuâtre  et  translucide  sous 
une  faible  épaisseur  ;  sa  consistance  est  un  peu  sirupeuse. 

Son  odeur  est  particulière,  variable  avec  chaque  espèce  d’animal,  peu 
prononcée  à  froid,  màis  se  développant  en  général  par  la  chaleur,  dispa¬ 
raissant  en  partie  par  l’ébullition  ;  le  principe  odorant  peut  en  être  facile¬ 
ment  extrait  à  l’aide  du  sulfure  de  carbone.  Sa  saveur  est  douce,  sucrée  et 
un  peu  salée. 

Sa  densité  sans  distinction  de  provenance  est  variable,  comme  on  peut 
le  voir  par  le  tableau  suivant  : 


AÜTEORS 

DÉSIGNATION  DES  LAITS 
(Poids  de  1  litre  à  la  température  de  15") 

■ 

-- 

VACHE 

CHéVHE 

ANESSE 

BEEEtS 

CUIENNE 

rautE 

Filholet  Jollj.  .  . 

1028  à  1052 

.  1032 

1030 

102841032 

1029 

1037 

1040 

1044 

Brisson . 

1032 

1034 

1034 

1040 

Quevenne . 

1052 

102941034 

1032  41053 

Schnbler . 

10294  1034 

1020  â 1023 

1  * 

1028  à  1034, 

.  1034 

1034 

Lehmann . 

1030410341  .  » 

H 

Elle  est  en  moyenne  chez  la  femme  de  1 ,032,  et  comprise  chez  la  vache 
entre  1,029  et  1,033;  sur  103  échantillons  de  lait  de  vache,  Quevenne 
a  trouvé  : 

La  densité  maxitna  =  1.036,4 
La  densité  minima  =  1.028,8 
Soit  la  densité  moyenne  ='1.032,2 

Il  est  bon  de  remarquer  qu’elle  augmente  sensiblement  pour  une  tem¬ 
pérature  semblable,  quelques  heures  après  la  traite. 

Soumis  à  l’action  de  la  chaleur,  le  lait  ne  subit  pas  d’altération  sen¬ 
sible;  il  entre  en  ébullition  en  abandonnant  cependant  quelques  parties 
solides  qui  se  déposent  sur  les  parois  et  au  fond  du  vase  qui  le  renferme, 
tandis  que  sa  surface  se  recouvre  d’une  pellicule  insoluble,  portant  le 
nom  de  frangipatie,  qui  se  renouvelle  dèsrju’on  l’enlève.  Lorsqu’on  aban¬ 
donne  au  frais  le  lait  à  lui-même  pendant  vingt-quatre  heures,  il  se  sépare 
en  deux  couches.  La  première,  qui  se  forme  à  la  partie  supérieure,  porte 
le  nom  de  crème,  tandis  que  l’autre,  plus  dense,  constitue  ce  qu’on  ap¬ 
pelle  le  lait  écrémé.  ■  >  ■ 

Examen  microscoinque.  —  Lorsqu’on  examine  au  microscope  une 
goutte  de  lait  frais  et  normal  placée  entre  deux  lames  de  verre,  on  voit 
■qu’elle  est  composée  d’un  liquide  tenant  en  suspension  un  nombre  consi¬ 
dérable  de  globules  sphériques,  lisses,  diaphanes,  à  contour  net,  glissant 
facilement  les  uns  sur  les  autres,  et  ayant  un  diamètre  qui  varie  entre 
1/50  et  1/100  de  millimètre  et  même  au  delà.  Ces  globules  constituent  le 
beurre.  En  outre,  on  observe,  suivant  Quevenne,  de  très-fines  granula- 


LAIT.  —  PROPRIÉTÉS.  —  COMPOSITION. 


tiens,  d’un  aspect  particulier  et  indépendantes  des  globules  de  beurre, 
qui  forment  le  caséum  suspendu,  dont  nous  parlerons  plus  loin. 

Les  auteurs  ne  sont  pas  d’accord  sur  l’état  que  possède  le  beurre  dans 
le  lait.  La  matière  grasse,  divisée  en  globules  innombrables  dans  le  sérum, 
est-elle  munie  d’une  enveloppe  qui  empêche  ces  globules  de  se  réunir? 
Est-elle  libre  au  contraire,  et  simplement  divisée  dans  le  sérum  et  comme 
à  .l’état  d’émulsion  ? 

A  l’appui  de  la  première  opinion  soutenue  par  Hendle,  Simon,  Mandl, 
Dumas,  Mitscherlich,  Turpin,  etc.,  on  peut  dire  que  l’éther,  excellent, 
dissolvant  du  beurre,  ne  peut  enlever  au  lait,  par  simple  agitation,  tout 
le  beurre  qu’il  renferme,  qu’il  faut  faire  intervenir  un  corps,  tel  qu’un 
alcali  ou  un  acide  fort,  capable  de  dissoudre  l’enveloppe  supposée;  que,  de 
plus,  lorsqu’on  écrase  les  globules  entre  deux  lames  de  verre,  sous  le 
champ  du  microscope,  on  voit  une  matière  limpide,  le  beurre,  se  dégager 
des  débris,  signalés  par  Mandl,  des  pellicules  enveloppantes,  qui  se  plis¬ 
sent  et  forment  des  lignes  transversales  insolubles  dans  l’éther. 

Dumas  cherche  à’ prouver  d’une  manière  indirecte  l’existence  de  l’enve¬ 
loppe  en  analysant  le  résidu  fourni  par  le  lait,  débarrassé  par  le  filtre 
de  sa  partie  limpide  et  soluble.  Il  trouve,  outre  le  beurre  qui  reste  sur  le 
filtre,  bien  lavé  du  reste,  une  matière  caséeuse  qu’il  attribue,  peut-être  à 
tort,  à  l’enveloppe  des  globules  butyreux,  qui  peuvent  être  accompagnés 
de  caséine  insoluble. 

Donné  ne  se  prononce  pas  d’une  manière  bien  positive,  mais  il  dit  ce¬ 
pendant  que  «  plusieurs  considérations  lui  paraissent  favorables  à  l’idée 
d’une  organisation  des  globules  du  lait,  ou  du  moins  d’une  constitution 
régulière  dépendant  de  la  réunion  de  plusieurs  éléments  distincts.  » 

D’autre  part,  Quevenne,  Filhol  et  Jolly,  etc.,  ainsi  que  Ch.  Robin, 
n’admettent  pas  l’existence  de  cette  enveloppe.  Coulier  considère  les  glo¬ 
bules  de  beurre  comme  de  petites  sphères  de  graisse  solidifiée  ;  n’ayant 
jamais  pu  découvrir  leur  enveloppe  que  l’eau  iodée  devrait  colorer,  il  con¬ 
sidère  ces  globules  comme  recouverts  du  mucus  qui  enduit  les  conduits 
galactophores,  et  qui  forme  une  enveloppe  très-fine,  mais  non  organisée 
que  la  potass.e  dissout  avec  facilité. 

Composition.  —  Le  lait  a  généralement  une  réaction  alcaline,  quelque¬ 
fois  à  peu  près  neutre,  et,  dans  quelques  cas  particuliers,  mais  rares,  il 
rougit  le  papier  de  tournesol.  Quelques  auteurs  lui  ont  attribué  la  réac¬ 
tion  acide  comme  réaction  normale;  c’est  à  tort  et  probablement  parce 
qu’ils  n’opéraient  pas  sur  du  lait  très-récent,  lequel  subit  promptement 
un  commencement  de  fermentation  acide. 

Les  principaux  composés  que  renferme  le  lait  sont  :  le  beurre,  principe 
gras,  auquel  il  doit  son  aspect  spécial,  la  caséine,  substance  azotée,  et  des 
matières  albuminoïdes  analogues,  la  lactine  ou  sucre  de  lait,  des  sels  alca¬ 
lins  et  terreux  parmi  lesquels  domine  surtout  le  phosphate  de  chaux,  des 
traces  de  fer,  etc. 

Berzelius,  en  opérant  sur  le  lait  écrémé  d’une  part,  et  sur  la  crème  de 
l’autre,  avait  trouvé  dans  le  lait  les  corps  suivants  :  eau,  beurre,  caséum. 


LAIT. - COMPOSITION.  -  ANALYSE,  61 

sucre  de  lait ,  acide  lactique  et  lactates,  chlorure  de  potassium,  phos¬ 
phate  alcalin,  phosphate  de  chaux,  chaux  combinée  au  caséum,  ma¬ 
gnésie  et  traces  de  fer. 

Les  nombreux  travaux,  dont  le  lait  a  été  l’objet  depuis  l’époque  où 
parut  cette  analyse,  qui  a  longtemps  fait  autorité  dans  la  science,  ont 
permis  de  découvrir  dans  ce  produit  de  nouveaux  corps,  et  de  compléter 
l’analyse  de  Berzelius,  en  opérant,  ce  qui  semble  plus  rationnel,  sur  la 
totalité  du  liquide,  que  ce  chimiste  divisait  comme  nous  l’avons  vu  en  deux 
parties.  . 

Voici  l’énumération  des  substances  qui  entrent  dans  la  composition  du 
lait  : 

Eau.  , 

I  Margarine.  /  i  ’  • 

I  Butyrine. 

I  Caprine.  ' 
j  Caproïne. 

Matière  grasse.  .  /  Myristicine. 

)  Palmitine.  l 
■  I  Stéarine. 

I  Butine.  A 

\  Lécithine  ou  matière  grasse  phosphorée  (Gobley). 

Caséum  en  suspension  et  dissous.  ^ 

Matières  albuminoïdes. 

Matières  extractives  ou  osmazôme. 

Sucre  de  lait  ou  lactine. 

Phosphate  de  chaux.  _  ' 

—  de  magnésie. 

—  de  potasse. 

—  de  fer. 

—  de  manganèse. 

—  de  soude. 

Chlorure  de  potassium. 

—  de  sodium. 

Soude  libre  ou  combinée  avec  des  matières  organiques. 

Acide  lactique  ou  lactate  à  base  de  potasse  et  d’ammoniaque. 

Silicates. 

Fluorures. 

Iode. 

Créatine  (Commaille). 

Il  n’est  pas  souvent  nécessaire  de  connaître  la  proportion  exacte  de 
chacun  des  éléments  qui  entrent  dans  la  composition  du  lait,  aussi  faut-il 
se  borner  à  doser  les  plus  importants. 

Analyse.  —  Quand  on  doit  faire  une  analyse  de  lait,  de  même  que  lors¬ 
qu’il  s’agit  de  l’essai  de  ce  liquide,  la  première  précaution  à  prendre, 
avant  de  prélever  l’échantillon  qui  doit  être  examiné,  est  de  mélanger  par 
une  agitation  modérée  tout  le  liquide  dont  on  veut  connaître  la  composi¬ 
tion.  Il  est  de  plus  nécessaire  de  réunir  dans  un  seul  vase  tout  le  produit 
d’une  traite. 

On  prend  alors  20  grammes  de  lait  qu’on  met  dans  une  capsule  de 
porcelaine  de  50  centimètres  environ  (Boussingault  propose  l’emploi, 
un  peu  dispendieux  peut-être,  de  capsules  en  étain  que  l’on  coupe  en 


62 


LAIT.  -  COMPOSITION.  —  ANALYSE. 


petits  morceaux  à  la  fin  de  l’évaporation  pour  faciliter  le  traitement  par 
l’éther),  et  qu’on  évapore  au  bain-marie,  en  agitant  constamment  à  l’aide 
d’une  spatule  d’ivoire,  pour  éviter  d’une  part  la  coloration  du  produit  par 
l’élévation  de  la  température  à.  100°,  et  pour  empêcher,  d’autre  part,  la 
formation  de  pellicules  superficielles  qui  retarderaient  l’évaporation.  On 
rabat  soigneusement  avec  la  spatule  avant  la  fin  de  l’évaporation,  les  par¬ 
ties  solides  qui  peuvent  se  trouver  sur  les  parois  de  la  capsule,  et  l’on  des¬ 
sèche  complètement  le  résidu  ,  c’est.-à-dire  jusqu’à  ce  que  son  poids  pris 
de  demi-heure  en  demi-heure  ne  varie  plus.  .  ' 

On  laisse  refroidir  un  peu  la  capsule  et  on  la  pèse  ;  la  perte  de  poids, 
indique  la  quantité  d’eau  contenue  dans  le  lait.  On  traite  alors  directement 
dans  la  capsule  le  résidu  par  l’éther  pour  dissoudre  le  beurre  qu’il  con¬ 
tient;  ou  mieux,  on  retire  avec  soin  le  résidu  de  la  capsule,  on  le  pulvé¬ 
rise  et  on  le  met  dans  un  matras  à  fond  plat  de  1 50  centimètres  cubes 
environ  avec  50  grammes  d’éther  ;  on  laisse  macérer  pendant  vingt-quatre 
heures,  ou  on  chauffe  avec  précaution  le  matras  pendant  quelques  minutes, 
puis  on  filtre;  on  lave  la  capsule,  le  mortier,  et  le  résidu  avec  30  grammes 
d’éther,  puis  25  grammes,  puis  enfin  successivement  avec  deux  fois' 
10  grammes,  en  ayant  soin  de  bien  laver  avec  ce  véhicule  le  filtre  qui  sert 
à  retenir  les  parties  insolubles. 

On  fait  évaporer  l’éther,  que  l’on  peut  recueillir  par  distillation,  et  à  la 
fin  de  l’opération,  lorsque  tout  l’éther  semble  parti,  on  maintient  la  cap¬ 
sule  pendant  quelque  temps  à  100°.  Le  résidu  est  pesé  avec  la  capsule 
qui  a  servi  à  évaporer  les  liquides  éthérés,  il  constitue  le  beurre  dont  on 
connaît  ainsi  le  poids. 

Le  résidu  du  traitement  par  l’éther  renferme  la  caséine,  les  autres  prin¬ 
cipes  albuminoïdes  qui  existent  en  très-petite  quantité,  la  matière  extractive 
ou  osmazome,  et  les  sels  du  lait.  Pour  obtenir  le  poids  de  la  caséine, 
on  reprend  le  résidu  par  l’eau  distillée,  20  grammes  environ,  on  chauffe 
au  bain-marie  bouillant  pendant  quelques  instants,  et  on  ajoute  de  l’alcool 
trois  fois  et  demie  le  volume  du  liquide  aqueux.  On  verse  dans  un  vase  à 
précipité,  on  laisse  reposer  ;  puis  on  décante  la  liqueur  en  la  filtrant  au- 
dessus  d’une  capsule  de  porcelaine,  on  lave  à  plusieurs  reprises  le  vase  et 
le  filtre  contenant  toute  la  caséine  avec  de  l’alcool  à  70°  qui  ne  la  dissout 
pas.  On  laisse  égoutter  le  filtre,  on  le  retire  de  l’entonnoir,  on  l’essore 
entre  des  feuilles  de  papier  à  filtrer,  de  façon  à  pouvoir  en  détacher  tout 
le  précipité,  qu’on  met  dans  une  petite  capsule  de  verre  tarée,  et  qu’on 
dessèche  à  une  températnre  peu  élevée,  en  le  divisant  avec  soin  ;  ce  pré¬ 
cipité  constitue  la  caséine,  dont  on  obtient  le  poids  après  dessiccation 
complète. 

La  liqueur  alcoolique  qui  a  servi  dans  la  préparation  de  la  caséinej  con¬ 
tient  la  lactine  mélangée  aux  sels  et  à  une  petite  quantité  de  matières  or¬ 
ganiques  difficiles  à  isoler^  parmi  lesquelles  se  trouvé  Tosmazome;  Pour 
obtenir  la  lactine,  on  évapore  cette  liqueur,  de  façon  à  ce  qu’elle  ne  pèse 
plus  que  5  à  6  grammes,  et  on  la  transvase  dans  une  capsule  plus  petite; 
en  employant  de  l’alcool  à  70°  pour  laver  la  première.  On  évapore  de  noü- 


LAIT.  —  COMPOSIIION.  —  BELiRBE.  63 

veau  les  liqueurs  réunies  en  consistance  de  sirop  épais.  Elles  pèsent  envi¬ 
ron  à  2  gr.;  on  retire  du  feu,  et  on  abandonne  la  capsule  au  repos 
pendant  vingt-quatre  heures;  on  trouve  au  bout  de  ce  temps  l’extrait  soli- 
diflé  et  quelquefois  sec,  par  suite  de  ta  cristallisation  de  la  lactine,  dont 
on  peut  connaître  assez  approximativement  le  poids  par  la  calcination, 
qui  permet  d’obtenir  le  poids  des  matières  fixes  (on  peut  analyser  ulté¬ 
rieurement  celles-ci  par  les  procédés  indiqués  dans  les  traités  de  chimie)  ; 
nous  verrons  plus  loin  qu’on  peut  doser  directement  la  lactine  avec  une 
grande  approximation  à  l’aide  de  l’action  qu’elle  exerce  sur  la  lumière  po¬ 
larisée,  ou  sur  la  liqueur  cupro-potassique. 

Péligot,  dans  ses  essais  sur  l’influence  du  régime  sur  la  composition  du 
lait  d’ânesse,  a  employé  un  procédé  plus  rapide  et  plus  simple,  mais  aussi 
moins  rigoureux.  Il  consiste  à  traiter  directement  dans  la  capsule,  le  ré¬ 
sidu  de  l’évaporation  du  lait  par  un  mélange  d’alcool  et  d’éther,  à  dessé¬ 
cher  de  nouveau  le  résidu,  et  à  peser  la  capsule,  dont  la  perte  de  poids 
indique  la  quantité  de  beurre  ;  puis  à  traiter  ce  second  résidu  par  l’eau 
froide  qui  dissout  la  lactine,  les  sels  et  les  substances  extractives,  à  des¬ 
sécher  encore  le  résidu  pour  obtenir  le  poids  de  la  caséine,  et  par  diffé¬ 
rence.  le  poids  de  la  lactine  et  des  sels. 

Pour  faciliter  l’évaporation  du  lait,  Haidlen  recommande  d’ajouter  au 
lait  \ /5  de  son  poids  de  sulfate  de  chaux  hydraté  desséché  à  1 00°,  qui 
forme  avec  la  caséine  un  composé  insoluble,  et  permet  de  pulvériser  plus 
facilement  le  résidu,  mais  paraît  occasionner,  comme  le  fait  remarquer 
Adrian,  une  légère  perte  de  beurre. 

Beurre.  — ■  Nous  avons  vu  que  le  lait  devait  son  aspect  particulier  aux 
nombreux  globules  de  beurre  qu’il  tient  en  suspension,  lesquels  se  réunis¬ 
sent  en  grande  partie  dans  la  crème  contenant,  suivant  Jeanner,  372  par¬ 
ties  de  beurre  pour  1000,  et  que  l’on  obtient  par  leur  réunion  à  l’aide  du 
battage,  sous  la  forme  de  pains  volumineux,  connus  de  tout  le  monde. 
Le  battage  du  lait  se  fait  dans  un  instrument  qui  porte  le  nom  de  beurrier e 
baratte^  et  dont  la  forme  varie  suivant  les  pays. 

Au  sortir  de  la  baratte,  le  beurre  frais  n’est  pas  pur,  et  possède,  d’après 
Chevreul,  la  composition  suivante  : 


beurre  pur . .  .  83, 5â 

Lait  de  beurre . . . 16,23 


Par  suite  de  son  mode  de  préparation  ,  il  renferme  une  certaine  quantité 
de  caséine  ;  qui  s’altère  promptement 'au  contact  de  l’air,  et  facilite  le 
rancissement  des  corps  gras.  On  obvie  à  cet  inconvénient  en  le  .  fondant 
comme  il  est  indiqué  ci-dessous,  et  en  séparant  par  décantation  l’eau,  la 
caséine  et  les  corps  étrangers.  On  emploie  pour  lui  enlever  la  saveur  rance 
qu’il  peut  prendre,  l’eau  de  chaux  ou  l’hypochlorite  de  chaux  qui  n’offre 
aucun  inconvénient;  et  on  le  conserve  facilement  en  le  fondant  et  en  le 
mettant  dans  un  pot  bien  sec  avec  une  couche  de  sel  à  sa  surface,  ou  en 
l’additionnant,  après  l’avoir  bien  lavé,  de  5  à  8  parties  de  sel  marin  pour 
iüO  parties. 


64 


lait.  —  COMPOSITION.  —  BEURRE. 


Pour  le  préparer  pur,  on  fond  à  une  douce  température  et  au  bain- 
marie  le  beurre  ordinaire,  que  l’on  coule  dans  une  éprouvette  allongée, 
où  il  se  sépare  en  deux  couches  avant  de  se  solidifier  :  l’une  inférieure, 
qui  est  formée  par  le  lait  de  beurre,  l’autre  supérieure,  formée  de  beurre 
pur,  que  l’on  obtient  par  décantation,  et  que  l’on  purifie  encore  par  deux 
ou  trois  lavages  dans  l’eau  à  40°. 

Le  beurre  est  un  corps  solide,  de  consistance  moyennement  ferme,  d’un 
jaune  plus  ou  moins  prononcé,  suivant  l’espèce  qui  l’a  fourni,  d’une  sa¬ 
veur  et  d’une  odeur  particulières,  et  qui  varient  avec  chaque  espèce  d’ani¬ 
mal  et  sa  nourriture  ;  fusible  à  35°,  et  suivant  quelques  auteurs  à  une 
température  plus  élevée.  Il  est  composé,  suivant  Chevreul,  de  glycérine 
unie  aux  acides  stéarique,  margarique,  oléique,  butyrique,  cuprique,  ca- 
prilique,  caproïque.  C’est  en  le  traitant  par  la  potasse  que  l’on  obtient  les 
corps  ci-dessus,  parmi  lesquels  se  trouve  l’acide  butyrique,  dérivé  de  la 
butyrine  et  se  produisant  sous  l’influence  de  l’oxygène  de  l’air,  qui  per¬ 
met  de  le  caractériser,  car  il  communique  aux  beurres  rances  leur  odeur 
repoussante. 

La  quantité  de  beurre  contenue  dans  le  lait  est  variable,  et  dépend  de 
plusieurs  circonstances.  Yoici,  d’après  les  analyses  faites  par  de  nombreux 
auteurs,  une  moyenne  de  la  teneur  en  beurre  pour  100  parties  de  lait  de 
femme,  de  vache  et  d’autres  animaux. 


Femme . 4,50 

Vache . . 4,05 

Jument . 2,50 

Anesse . .  ....  T . d,55 

Brebis . 5,53 

Chèvre . 4,20 

Chienne . 9,72 

Truie.. . 3,95 


Pour  un  même  animal,  la  teneur  en  beurre  est  également  variable,  sui¬ 
vant  la  provenance  du  lait.  Voici,  d’après  Coulier,  les  chiffres  indiqués 
par  différents  auteurs  pour  le  lait  de  vache. 


sons  DES  AOTEDKS.  100  PARTIES. 

Boussing'ault  (moyenne  de  12  analyses) . . 4 

Quevenne  (moyenne  de  6  analyses) . 5,5 

Henri  et  Chevallier . 3,1 

Lecanu . • . 5.0 

Haidien. . 5 

Simon . 5,9 

Herberger . 3,8 

Poggiale . -4,3 

E.  Marchand  (moyenne  de  126  analyses) . 3,6 


C’est-à-dire  que  la  proportion  moyenne  de  beurre  contenue  dans  le  lait 
de  vache  est,  à  part  quelques  écarts  en  plus  ou  en  moins,  comprise  entre 
50  et  35  pour  1000  p. 

On  a  fait  souvent  l’observation  que  le  lait  de  la  fin  d’une  traite,  était 


LAIT.  —  COMPOSITIOK.  -  CASÉIKE.  G5 

plus  riche  en  beurre  que  celui  du  commencement,  et  que  dans  une  dis¬ 
tribution  en  ville  de  lait  d  anesse,  par  exemple,  le  premier  tiers  pouvait 
être  très-pauvre,  et  le  dernier  beaucoup  plus  chargé  de  principes  gras.  La 
plupart  des  auteurs  ont  attribué  cette  différence  à  la  position  des  ma¬ 
melles  chez  les  animaux  qui  facilite  par  leur  direction  verticale  la  sépa¬ 
ration  delà  crème  de  son  sérum  ;  mais  on  ne  peut,  pour  la  femme,  invo¬ 
quer  la  même  raison,  Coulier  pense  qu’il  serait  peut-être  bon  de  chercher 
l’explication  de  ce  fait  dans  la  nature  même  de  la  glande  et  de  ses  fonc¬ 
tions,  et  cite  un  passage  de  Milne  Edwards,  qui  donnerait  une  explication 
plus  satisfaisante.  «  Les  corps  gras  sécrétés  dans  les  ampoules  initiales  des 
conduits  lactifères  ne  se  mélangent,  suivant  ce  savant,  à  l’eau  plus  ou 
moins  chargée  de  matière  albuminoïde  et  de  sels  sécrétée  par  les  parois 
membraneuses  des  conduits  galactophores,  que  dans  cette  portion  ex¬ 
crétoire  de  la  glande  mammaire.  Aussi,  plus  la  sécrétion  fournie  par  les 
ampoules  et  chargée  de  beurre  traversera  rapidement  ces  conduits,  moins 
elle  sera  aqueuse.  »  Ne  pourrait-on  faire  intervenir  ainsi  un  état  particu¬ 
lier  d’engorgement  repoussant  le  premier  liquide  aux  dépens  du  second? 

Caséine.  —  Lorsqu’on  laisse  reposer  le  lait  fraîcliement  trait,  celui  de 
vache  par  exemple,  il  ne  tarde  pas  à  se  former  à  sa  partie  supérieure 
une  couche  plus  ou  moins  épaisse  de  crème,  composée  de  la  plus  grande 
partie  des  globules  butyreux  ;  puis,  après  un  temps  variable,  suivant  les 
conditions  atmosphériques,  la  partie  inférieure  ,  qui  constitue  le  lait 
écrémé,  se  prend  en  une  masse  comme  gélatineuse,  blanche,  se  sépa¬ 
rant  d’un  liquide  à  peu  près  limpide,  qui  est  le  petit  lait.  Cette  substance 
blanche,  plus  ou  moins  consistante,  est  produite  par  la  coagulation  d’un 
corps  de  nature  albuminoïde,  la  caséine,  entraînant  avec  elle,  dans  une 
sorte  de  réseau,  le  restant  des  globules  de  beurre.  Le  lait  a  subi  à  ce  mo¬ 
ment  un  commencement  d’altération;  d’alcalin  qu’il  était,  il  est  devenu 
acide,  et  c’est  à  la  présence  de  l’acide  formé  par  suite  d’une  sorte  de  fer¬ 
mentation  spontanée  qu’il  faut  attribuer  la  coagulation  de  la  caséine  so¬ 
luble. 

La  caséine  soluble  est  le  principe  albuminoïde  le  plus  abondant  du 
lait  de  femme,  de  vache,  de  chèvre,  de  brebis,  etc.;  mais  comme  nous 
le  verrons  plus  loin,  il  n’est  pas  le  seul,  car  on  peut  encore  extraire  du 
lait,  delà  caséine  insoluble,  de  l’albumine,  etc. 

Ce  n’est  pas  seulement  sous  l’influence  d’une  décomposition  spontanée 
du  lait  que  se  produit  la  coagulation  de  ce  principe;  les  acides,  l’alcool, 
certaines  plantes,  telles  que  la  fleur  d’artichaut,  la  grassette  (Pingidcula 
vulgaris)  assez  commune  en  France,  etc.,  etc.,  produisent  cette  même 
transformation,  principalement  à  la  température  de  30  à  50°,  et  perdent, 
du  moins  quelques-unes  de  ces  substances,  cette  propriété  à  100°.  Pour 
obtenir  le  même  résultat,  on  emploie  surtout  la  présure,  matière  or¬ 
ganique  provenant  de  la  membrane  interne  du  quatrième  estomac 
(caillette)  des  jeunes  veaux,  laquelle  possède  la  propriété  de  coaguler  trente 
mille  fois  son  poids  de  lait,  et  dans  un  espace  de  quelques  heures,  quelle 
que  soit  du  reste  sa  réaction,  comme  l’ont  prouvé  Parmentier  et  Deyeux, 

^  '  feuv.  DICT.  HÉD.  ET  CniR.  XX.  —  3 


LAIT.  —  coMroaiioN.  —  caséine. 


ainsi  que  Selmi  et  Heinlz,  qui  ont  constaté  qu’elle  pouvait  agir  également 
dans  un  milieu  alcalin.  Les  auteurs  ne  sont  pas.d’accord  sur  la  nature  du 
principe  actif  de  la  présure,  nommé  par  Reveil  chymosine,  et  que  Berthelot 
considère  comme  de  la  pepsine,  ainsi  que  Hardy,  tandis  que  Wurtz,  s’ap¬ 
puyant  sur  ce  caractère  de  la  pepsine  pure,  trouvée  par  Brûcke,  de  ne, pas 
coaguler  la  caséine,  attribue  son  action  à  l’acide  lactique. 

La  présure  est  obtenue  sous  la  forme  solide  ;  mais  on  peut  préparer 
également  une  présure  liquide ,  en  laissant  macérer  la  caillette  dans 
l’eau  légèrement  alcoolisée,  ou  dans  du  vinaigre,  ou  dans  du. petit  lait 
aigri. 

Lorsqu’on  fait  agir  la  présure  sur  du  lait  non  écrémé,  on  obtient  la  ca¬ 
séine  coagulée  et  entraînant  toute  la  miatière  grasse  :  c’est  ce  qui  con¬ 
stitue  le  fromage  blanc.  Pour  en  isoler  la  matière  grasse  et  obtenir  la  ca¬ 
séine  pure,  il  faut  dessécher  le  précipité  et  le  traiter  par  l’éther,  qui  dis¬ 
sout  le  beurre.  Mais  ce  procédé  est  défectueux  ;  si  l’on  veut  un  produit 
n’ayant  subi  aucune  altération,  il  est  préférable  d’ajouter  au  lait  un  excès 
de  sulfate  de  magnésie,  qui  jouit  de  la  propriété  de  précipiter  la  caséine, 
et  avec  elle  le  beurre.  On  traite  le  précipité  par  l’eau  faiblement  alcalini- 
séeà  l’aide  du  carbonate  de  soude;  celle-ci,  aune  douce  chaleur,  dissout  la 
caséine  et  n’attaque  pas  le  beurre,  qui  se  sépare  et  que  l’on  peut  enlever 
par  décantation  de  sa  dissolution  alcaline  ;  on  précipite  ensuite  la  caséine 
par  un  petit  excès  d’acide  sulfurique ,  on  lave  avec  soin  pour  la  débar¬ 
rasser  complètement  des  traces  d’acide  qu’elle  pourrait  retenir,  on  la 
sèche  et  on  la  traite  par  l’éther  pour  la  priver  des  dernières  traces  de 
matière  grasse. 

La  caséine,  en  solution  légèrement  alcaline,  telle  qu’elle  se  trouve  dans 
le  lait,  n’est  pas  coagulable  par  la  chaleur,  bien  que  la  surface  de  ce  li¬ 
quide  soumis  à  son  action  se  recouvre  d’une  pellicule  insoluble.  Il  faut 
attribuer  cette  formation  à  une  sorte  d’oxydation  due  à  l’action  de  l’air, 
puisqu’elle  n’a  plus  lieu  lorsque  le  lait  est  chauffé  dans  une  atmosphère 
d’hydrogène  ou  d’acide  carbonique. 

La  caséine  est  blanche,  solide,  amorphe,  trè.s-peu  soluble  dans  l’eau  qui 
la  gonfle,  mais  facilement  soluble  dans  ce  véhicule  en  présence  des  alcalis, 
des  carbonates  alcalins,  du  chlorure  de  sodium,  du  chlorhydrate  d’ammo¬ 
niaque,  de  l’azotate  de  potasse,  des  borates  et  des  phosphates  alcalins. 
Elle  est  insoluble  dans  l’alcool.  Elle  rougit  faiblement,  d’après  Pelouze  et 
Frémy,  la  teinture  bleue  de  tournesol. 

Tous  les  acides,  sauf  l’acide  phosphorique,  ont  la  propriété  de  précipiter 
en  blanc,  sans  paraître  s’y  combiner,  la  caséine  de  ses  dissolutions  ;  le 
précipité  est  soluble  dans  un  excès  d’acide.  Dans  l’acide  chlorhydrique 
concentré  la  caséine,  comme  les  autres  matières  albuminoïdeSj  forme  une 
solution  d’une  belle  couleur  violette. 

La  caséine  est  précipitée  de  ses  dissolutions  par  le  tannin,  les  sels  de 
chaux,  de  baryte,  et  la  plupart  des  sels  métalliques,  avec  lesquels  elle 
forme  des  composés  insolubles.  Cette  réaction  justifie  l’emploi  du  lait  dans 
les  empoisonnements  pdr  ces  composés. 


i 


LAlï.  —  COHI'OSITION. 


MATIÈRES  ALBUMINOÏDES. 


6,7 


Sous  l’influence  de  la  polasse  fondue,  de  la  putréfaction ,  la  caséine 
donne  des  corps  nouveaux  crislallisables  :  la  tyrosine  et  la  leucine. 

Les  différents  laits  ne  renferment  pas  la  même  proportion  de  ce  prin¬ 
cipe.  Il  importe  donc,  au  point  de  vue  de  l’alimentation,  et  pour  substi¬ 
tuer  surtout  chez  les  jeunes  enfants  un  lait  à  un  autre,  de  connaître  la 
proportion  de  caséine  qu’il  renferme  en  moyenne;  d’autant  plus  que  l’es¬ 
tomac  de  chaque  mammifère  ne  coagule  facilement  et  convenablement 
et  ne  digère  bien,  d’après  Simon,  Filhol  et  Jolly,  que  le  lait  de  son  espèce. 

Les  moyennes  d’un  grand  nombre  d’analyses  ont  donné  pour  la  caséine 
précipitée  du  lait  par  un  acide  ou  par  l’alcool,  les  résultats  suivants  : 

C4SÉIKE 


Femme . 1,9 

Vache .  3,6 

Chèvre.  . . 3,7 

Brebis . 6,1 

Anesse . ■ . .  .  .  1,7 

Jument .  2,7 

Truie  (albumine) . . 16 

Chienne.  .  . . 11,7 


C’est  donc,  le  lait  d’ânesse  qui,  par  sa  teneur  en  caséine,  se  rap¬ 
proche  le  plus  du  lait  de  femme  ;  nous  avons  vu  toutefois  plus  haut  que 
sa  richesse  en  beurre  était  bien  moins  grande. 

La  caséine  extraite  du  lait  des  différents  animaux  paraît  avoir  (Duma 
etCahours),  la  même  composition.  Elle  peut  être  considérée  comme  une 
combinaison  de  phosphore  et  de  soufre  avec  la  protéine  deMulder,  c’est-à- 
dire  qu’elle  renferme  de  plus  oxygène,  hydrogène,  carbone  et  azote.  Elle 
paraît  donc  avoir  une  grande  analogie  avec  l’albumine,  à  tel  point  que  quel¬ 
ques  chimistes  la  considèrent  comme  un  albuminate  de  soude  que  l’ori 
peut  obtenir  artificiellement  en  traitant  dans  certaines  conditions  le  blanc 
d’œuf  par  une  solution  concentrée  de  soude  caustique. 

L’ albuminate  de  soude  ainsi  obtenu  diffère  cependant  encore  de  la  ca¬ 
séine  par  quelques  caractères  chimiques  et  par  ses  propriétés  sur  la  lu¬ 
mière  polarisée. 

Pendant  longtemps,  les  chimistes  n’ont  pas  songé  à  extraire  du  lait 
d’autres  principes  que  ce  qu’ils  appelaient  caséum,  et  qu’ils  regardaient 
comme  un  principe  unique  représentant  à  lui  seul  toutes  les  matières  albu¬ 
minoïdes  du  lait.  Il  n’en  est  pas  ainsi  cependant,  car  on  est  parvenu  à 
isoler  de  ce  liquide,  outre  la  caserne  soluè/e  dont  nous  venons  de  parler,  la 
caséine  insoluble  (qui,  d’après  Quevenne,  paraît  abondante,  et  se  pré¬ 
sente  au  microscope  sous' la  forme  de  très-fines  granulations),  ï albumine 
elhlacto^protéine  découverte  par  Millon  et  Gommaille. 

Pour  démontrer  autrement  que  par  l’observation  microscopique  la  pré¬ 
sence  de  la  caséine  insoluble  dans  le  lait,  Quevenne  s’appuie  sur  les  expé¬ 
riences  suivantes.  Lorsqu’on  filtre  du  lait  récent  dont  on  a  pris  la  densitéj 
le  produit  filtré  est  moins  dense  ;  ce  qui  devrait  être  le  contraire,  si  le 
beürre  seul,  moins  dense  que  le  lait  écrémé,  était  retenu  sur  le  papier, 
sur  lequel  on  retrouve  aussi  beaucoup  de  caséine. 


68  LAIT.  —  composition.  —  lacti.ne. 

Pour  isoler  cette  caséine  insoluble,  on  étend  le  lait  de  quatre  fois  son 
volume -d’eau,  on  flltre,  et  le  résidu  retenu  par  le  filtre,  contient,  comme 
nous  l’avons  vu,  la  matière  grasse  et  cette  caséine.  On  l’épuise  par  l’eau, 
l’alcool,  l’éther  et  le  sulfure  de  carbone,  on  obtient  un  produit  blanc, 
farineux,  analogue  à  la  caséine  soluble  précipitée  et  desséchée. 

Pour  constater  la  présence  de  l’albumine,  on  traite  lelait  ci-dessus  étendu 
d’eau  et  filtré  par  la  présure  ou  un  acide  faible  qui,  aidé  d’une  température 
peu  élevée.  Coagule  la  caséine  ;  on  filtre  et  l’on  porte  à  l’ébullition,  ou 
on  traite  par  l’acide  nitrique  pour  précipiter  l’albumine,  qui  n’a  pas  été 
attaquée  par  la  présure  ni  par  l’acide  faible. 

Enfin,  dans  celte  dernière  liqueur  filtrée  et  débarrassée  d’albumine, 
on  précipite  la  laeto-protéine  de  Millon  et  Commaille,  par  l’azotate  acide 
de  mercure. 

Voici,  d’après  ces  auteurs,  la  teneur  en  laeto-protéine  de  100  p.  de  lait  ; 


Brebis . 0,‘i5 

Chèvre . . . 0,15 


Lorsqu’on  a  séparé  du  lait  le  beurre,  la  caséine  et  les  autres  matières 
albuminoïdes,  par  la  chaleur  et  les  acides,  ou  par  l’action  de  la  présure, 
et  qu’on  concentre  suffisamment  le  produit  limpide,  connu  sous  le  nom 
de  petit  lait,  on  obtient  un  corps  cristallisé,  blanc,  qui  est  la  lactine,  dé¬ 
couverte  en  1619  par  Bartholdi,  médecin  italien. 

La  lactine  ou  mieuK  lactose,  souvent  appelée  aussi  sucre  de  lait,  est  pré¬ 
parée  généralement  en  Suisse  avec  le  petit  lait  que  l’on  retire  de  la  fabri¬ 
cation  en  grand  des  fromages  et  qu’on  évapore  en  consistance  convenable 
pour  qu’il  cristallise. 

Le  sucre  de  lait  fourni  par  le  commerce  est  en  masse  ou  en  morceaux 
cylindriques  et  comme  stalactifor mes. 

La  lactine  cristallise  en  parallélipipèdes  terminés  par  des  sommets  à 
quatre  faces.  Elle  est  blanche,  transparente,  croque  sous  la  dent,  et  pré¬ 
sente  une  saveur  fraîche,  sucrée,  bien  moins  prononcée  cependant  que 
celle  du  sucre  de  canne. 

Elle  présente  la  composition  suivante  :  ou  mieux 

-t-ffO,  car,  à  120°,  elle  perd  un  équivalent  d’eau.  Elle  possède  donc  la 
formule  du  sucre  de  canne,  plus  les  éléments  d’une  molécule  d’eau. 

Sa  composition  centésimale  est 


Carbone-. . 40,46 

Hydrogène . 6,61 

Oxygène .  52,95 


100,00 

Sa  densité  =  1,534. 

Elle  est  peu  soluble  dans  l’eau;  il  faut  5  à  6  parties  d’eau  froide  pour 
la  dissoudre,  et  2,5  d’eau  bouillante. 


LAIT.  —  COMPOSITION. 


SELS. 


Elle  est  insoluble  dans  l’alcool,  l’éther,  plus  soluble  dans  les  liqueurs 
acides  ou  alcalines.  Les  oxydes  facilement  réductibles  la  transforment  en 
acide  formique.  Elle  empêche  la  précipitation  des  persels  de  fer  par  les 
alcalis.  Elle  réduit  la  liqueur  cupro-potassique,  propriété  qui  a  été  utilisée 
.  par  Poggiale,  comme  nous  le  verrons  plus  loin,  pour  la  doser  et  en  tirer 
des  indications  sur  la  valeur  d’un  lait. 

Le  sucre  de  lait  dévie  à  droite  le  plan  de  polarisation.  La  déviation  est 
plus  considérable  lorsque  la  solution  qui  le  contient  est  récente,  el  elle 
diminue  par  l’élévation  comme  par  l’abaissement  de  température  pour  se 
maintenir  à  59°, 3. 

Sous  l’influence  d’une  ébullition  prolongée  en  présence  de  l’eau,  et  plus 
rapidement  lorsque  l’eau  est  additionnée  d’acide  sulfurique,  le  sucre  de 
lait  se  dédouble  et  donne  naissance  à  deux  nouvelles  substances  sucrées 
qui,  traitées  par  l’amalgame  de  sodium,  donnent,  comme  l’a  reconnu 
G.  Boucliardat,  de  la  dulcite  et  de  la  mannite. 

Traité  par  l’acide  nitrique,  il  donne  de  l’acide  mucique,  et  finalement 
de  l’acide  oxalique. 

Le  sucre  de  lait,  en  présence  de  la  levûre  de  bière  et  même  spontané¬ 
ment  dans  le  lait,  suivant  Schill,  après  sa  transformation  sous  l’influence 
de  l’acide  lactique,  en  sucre  de  raisin,  peut  subir  la  fermentation  alcoo¬ 
lique,  mais  assez  lentement  et  sous  l’influence  d’une  température  de  33°  à 
60°.  C’est,  de  tous  les  sucres,  celui  qui  fermente  le  plus  difficilement.  Il 
•peut  encore,  en  présence  du  lait,  après  avoir  subi  là  fermentation  alcoo¬ 
lique,  absorber  de  l’oxygène  et  produire  de  l’aldéhyde  et  de  l’acide  acé¬ 
tique. 

La  propriété  que  possède  le  lait  de  subir  la  fermentation  alcoolique, 
grâce  à  la  lactose  qu’il  renferme,  est  utilisée  par  certains-  peuples  privés 
denos  boissons  ordinaires;  et,  sous  le  nom  de  koumiss,  chez  les  Kalmouks 
et  certaines  peuplades  de  l’Asie  centrale,  on  prépare,  avec  le  lait  de  ju¬ 
ment  peu  chargé  de  beurre,  une  boisson  fermentée  et  un  alcool  connu 
sous  le  nom  de  rack  ou  racky.  Depuis  quelques  années,  on  cherche  à  in¬ 
troduire  dans  la  thérapeutique  en  Angleterre,  en  France,  l’usage  de  ce 
koumiss,  et  quelques  essais  ont  été  tentés  avec  succès,  paraît-il,  en  em¬ 
ployant  le  lait  a  différents  degrés  de  fermentation. 

La  lactine  entre  en  proportion  moins  variable  que  le  beurre  et  la  ca¬ 
séine  dans  la  composition  du  lait  des  différents  animaux .  Voici  les  moyennes 
d’analyses  faites  par  différents  auteurs  : 

TENEÜE  EN  SUCRE 


ORIGINE  DD  LilT. 

Femme.  . 
Vache.  .  . 
Jument.  . 

Brebis  .  . 
Chèvre  .  . 
Chienne.  . 
Truie.  .  .  , 


tOO  MEFIES. 
5,3  à  4,60 
5,5 

5.5 
5,8 
4,2 
4,0 
3,0 

1.5 


Sels,  —  Le  lait  tenant  lieu  d’aliment  complet  devait  nécessairement 


70  LAIT.  —  coMPosiTiON.  —  sels,  etc, 

contenir  les  principes  nécessaires  au  développement  de  l’enfant.  Aussi, 
après  les  aliments  gras,  azotés  et  sucrés,  devait-on  y  retrouver  les  sub¬ 
stances  minérales  qui  aident,  avec  ces  principes  organiques,  à  constituer 
le  sang,  la  charpente  osseuse,  comme  le  fer,  la  chaux,  la  magnésie. 

Pour  trouver  et  doser  les  éléments  minéraux  du  lait,  il  faut  le  débarras-  . 
ser,  par  la  calcination,  de  ses  éléments  organiques,  de  façon  à  obtenir  des 
cendres  faciles  à  analyser  en  suivant  les  méthodes  ordinaires  de  la  chimie 
minérale. 

Voici  la  quantité  moyenne  des  cendres  laissées  par  100  parties  de  lait. 


IGINE  SD  LAIT.  CEKDKES  POOR  100  PARTIES. 

Femme . .  0,16  à  0,45 

Vache. . 0,50  à  0,90 

Chienne . . 1,2  à  1,5 

Anesse . 0,50 

Chèvre . 0,56 

Brebis . . . 0,70 

Jument . .  0,50 

Truie. . .  . . 1,1 


Cendres  composées  en  moyenne  pour  1000  parties  de  lait  des  substances 
suivantes  : 


Chlorure  de  sodiu^.  .  .  . 

Phosphate  de  chaux.  .  .  . 

—  de  soude.  ... 

—  de  magnésie  .  . 

—  de  fer . 

Carbonate  de  soude  .... 

Soude  (du  lactate) . 

Fluorure  de  calcium.  .  .  . 
Sulfate  et  silicate  de  potasse. 


»  ï>  0,34 

0,70  1,350  1,83 

2,50  1,X05  3,44 

0,40  0,225  » 

0,50  0,170  0,64 

0,01  0,032  0.07 

0,30  0,115 .  0,45 


0,458  0,81  1,35 

0.994  ■  3,41  0,41 

5,458  5,87  3,95 

0,657  0,87  0,27 

0,248  traces  traces 


0,791 


Soit  en  moyenne,  pour  1000 


parties  de  lait  de  femme  : 


Soude . 0,30 

Chlorure  de  potassium . . 0,70 

Phosphate  de  chaux . .  .  .  .  2,50 

—  de  soude . 0,40 

—  de  magnésie . 0,50 

—  de  fer . 0,01 


4,41 


et  pour  1000  parties  de  lait  de  vache  ; 


Soude . . 0,115 

Chlorure  de  potassium . .  1,350 

Phosphate  de  chaux . 1.805 

—  de  soude . 0,225 

—  de  magnésie . 0,170 

—  de  fer . 0,032 


3,697 

On  voit,  d’après  ces  analyses,  que  les  mêmes  éléments  minéraux  entrent 
à  peu  près  dans  toutes  les  sortes  de  lait,  mais  que  leurs  proportions  sont 


LAIT.  —  coMPOsi 


).  —  SELS,  ETC. 


assez  variables.  Ainsi  le  pliosphate  de  chaux,  principe  d’une  grande  im¬ 
portance,  est  plus  abondant  dans  le  lait  de  femme  que  dans  celui  de  vache 
qui,  à  son  tour,  renferme  plus  de  chlorure  de  potassium  que  le  premier. 

Pour  compléter  Tétude  des  différents  principes  qui  entrent  dans  la 
composition  du  lait  à  l’état  normal,  et  que  l’on  a  pu  en  extraire,  il  nous 
reste  à  dire  quelques  mots  des  gaz  qu’il  contient  et  qui  sont  l’oxygène, 
l’acide  carbonique  et  l’azote;  100  volumes  de  lait  renferment  3  volumes 
de  ces  gaz  mélangés,  suivant  Hoppe  Seyler,  dans  la  proportion  suivante  : 


Acide  carbonique . 55,15 

Azote . 40,56 

Oxygène .  4,29 


D’après  les  caractères  des  différents  laits  qui  ont  été  examinés  dans  les 
analyses  comparatives  précédentes,  on  voit  que  ce  liquide  varie  beaucoup 
de  composition  suivant  sa  provenance,  et  que,  lorsqu’il  s’agira  d’en  faire 
la  nourriture  exclusive  ou  partielle  d’un  enfant,  il  ne  sera  pas  indifférent 
de  s’adresser  à  telle  sorte  qui  contient  plus  de  beurre  que  le  lait  de  femme 
ou  à  telle  autre  qui  renferme  moins  de  sucre  de  lait.  Ainsi,  le  tableau 
comparatif  suivant  fait  connaître  la.  proportion  des  principaux  éléments 
qui  entrent  dans  la  composition  du  lait  de  femme  et  de  vache  pour  1000 


Sucre  de  lait  .... 

Chlorure  de  potassium 
Phosphate  dé  chaux. . 


FEMME.  VACHE. 

25  .  55 

46  52,5 

28,8  48,6 

0,70  1,30 

2,50  1,80 


Le  lait  d’ânesse  est  celui  qui,  par  sa  composition,  se  rapproche  le  plus 
de  celui  de  femme;  mais,  à  son  défaut,  il  faut  employer  pour  suppléer 
à  l’allaitement  naturel  de  l’enfant  celui  de  vache  coupé  d’une  certaine 
quantité  d’eau  (environ  1  à  2  parties  pour  3  de  lait)  ou  mieux  mélangé, 
comme  l’indique  Coulier,  d’eau,  de  sucre  de  lait,  en  suivant  les  formules 
ci-dessous  : 


Lait  de  vache  non  écrémé .  600 

Crème .  14 

Sucre  de  lait . . .  .  15 

Phosphate  de  chaux  précipité .  1,50 

Eau.  ...  . . 369,50 

1000,00 

OU  bien 

Lait  vendu  à  Paris  (et  écrémé) . 720 

Crème . 43 

Sucre  de  lait . 15 

Phosphate  de  chaux  précipité .  1,50 

Eau .  220,50 


1000,00 

M.  C.  Marchand,  dans  une  thèse  récente,  propose  simplement  délaisser 
reposer  pendant  quelques  heures  le  lait  non  bouilli  et  non  écrémé,  d’en 


LAIT.  -  COMPOSITION. 


COLOSTRUM. 


soutirer  un  quart  qu’il  remplace  par  le  même  volume  d’eau  contenant 
pour  un  litre  de  lait  55  gr.  de  sucre  ordinaire. 

Causes  diverses  qui  peuvent  faire  varier  la  composition  du  lait.  —  Co¬ 
lostrum. — Bien  que  variable  dans  sa  composition,  entre  certaines  limites 
toutefois,  le  lait  qui  a  été  étudié  jusqu’à  présent,  soit  qu’il  fût  de  femme, 
de  vache  ou  d’autres  animaux,  devait  être  considéré  comme  normal, 
c’est-à-dire  extrait  de  la  glande  mammaire  au  moment  où  ses  fonctions 
physiologiques  s’accomplissent  avec  la  régularité  qui  préside  dans  l’état 
de  santé  à  toutes  nos  fonctions,  c’est-à-dire  pris  chez  la  vache,  parexein- 
ple  lorsqu’elle  n’est  ni  à  la  veille  ni  au  lendemain  de  la  parturition,  qu’elle 
n’est  pas  malade,  que  sa  nourriture  se  compose  des  aliments  ordinaires, 
et  qu’on  n’y  mélange  aucune  substance  étrangère. 

De  nombreuses  causes  peuvent  modifier  cette  composition  que  l’on  ap¬ 
pelle  normale,  et,  parmi  les  plus  importantes,  il  faut  citer  la  parturition, 
au  moment  de  laquelle  le  lait  modifié  prend  le  nom  de  colostrum  chez  la 
femme  ou  de  mouUle  chez  la  vache. 


Si  l’on  examine  au  microscope  une  goutte  de  lait  normal  et  récent,  on 
voit  qu’elle  est  formée  de  nombreux  globules  isolés,  réguliers  (fig.  6), 


Fig.  6.  —  Globules  laîteus 


Fig.  7.  —  Lait  altéré  par  les 
éléments  du  colostrum. 


mais  d’un  diamètre  variable 
entre  et  milli¬ 

mètre  ou  moins,  et  de  nom¬ 
breuses  granulations  égale¬ 
ment  isolées  et  très-fines, 
nageant  comme  les  globules 
dans  un  liquide  transparent 


et  incolore.  Vient-on  à  exa¬ 


miner  au  contraire  une  goutte  de  colostrum  (fig.  7),  on  a  sous  les  yeux 
une  préparation  tout  à  fait  différente. 

En  effet,  au  lieu  de  globules  réguliers,  on  trouve,  comme  l’ont  obseivé 
Filhol  et  Jolly,  au  lendemain  de  l’accouchement,  sur  la  sécrétion  des  ma¬ 
melles  de  la  femme,  un  liquide  présentant  au  microscope  de,  nombreuses 
gouttelettes  huileuses,  puis  des  globules  plus  gros,  ayant  l’aspect  d’une 
framboise  {corps  granuleux  de  Donné) ,  puis  des  membranes  fines  et 
transparentes  qui  paraissent  être  des  cellules  d’épithélium,  et  d’autres  plus 
épaisses,  un  peu  jaunâtres,  qui  semblent  de  la  caséine  solidifiée,  enfin 
des  globules  analogues  à  ceux  du  lait,  mais  non  isolés  comme  ces  der¬ 


niers  et  réunis  au  contraire  par  une  matière  muqueuse  soluble  dans  l’acide 
acétique. 

Le  colostrum  est  un  liquide  un  peu  épais,  mucilagineux,  jaunâtre, 
filant  et  à  réaction  alcaline.  —  Sa  densité,  plus  élevée  que  celle  du  lait, 
est  comprise  entre  1040  et  1060. 

Abandonné  au  repos,  il  se  sépare,  comme  le  lait,  en  deux  couches  : 
l’une  inférieure,  composée  d’eau,  de  sels,  de  lactose,  de  caséine,  d’albu¬ 
mine  coagulable  par  la  chaleur,  permettant  de  distinguer  le  lait  du  colos¬ 
trum,  et  qui,  suivant  Clemm,  ne  disparaît  dans  le  lait  que  pour  être  rem¬ 
placée  par  la  caséine;  l’autre  couche  renfermant  des  globules  butyreux 


LAIT.  —  COMPOSITION.  —  COLOSTRUM. 


73 


divisés  à  l’aide  d’une  substance  visqueuse  renfermant  également  les  glo¬ 
bules  spéciaux  du  colostrum. 

Gautier  donne  dans  le  tableau  suivant,  dressé  d’après  différents  auteurs, 
la  composition  du  colostrum  chez  la  femme,  la  vache  et  la  chèvre. 


ANALYSES  DU  COLOSTRUM  RAPPORTÉES  A  100  PARTIES 


Le  colostrum  apparaît  quelque  temps  avant  l’accouchement  et  disparaît 
en  général  au  bout  de  quinze  jours, mais  le  lait  peut  ne  reprendre  son  état 
normal  que  plus  longtemps  après.  Il  importe  donc,  dans  le  choix  d’une 
nourrice,  de  s’assurer,  et  le  microscope  seul  permet  de  se  prononcer  avec 
certitude,  qu’elle  ne  se  trouve  plus  dans  la  période  colostrale,  cette  pé¬ 
riode  pouvant  se  prolonger  au  delà  des  limites  ordinaires,  quelquefois 
pendant  toute  la  durée  de  l’allaitement,  et  nuire  ainsi  au  nourrisson,  qui 
avec  une  semblable  nourriture  reste  souvent  chétif. 

Voici,  d’après  Donné,  le  résumé  des  analyses  d’un  lait  de  femme  à  par¬ 
tir  du  premier  jour  de  son  accouchement  jusqu’au  vingt-quatrième. 

1"  jour.  —  Colostrum  jaunâtre,  visqueux,  demi-transparent,  alcalin.  Globules  butyreux  dispro¬ 
portionnés  pour  la  grosseur.  Corps  granuleux  et  gouttes  oléagineuses. 

Traité  par  l’ammoniaque,  se  prend  tout  entier  en  masse  visqueuse  et  filante. 

5'  jour.  —  Pas  encore  de  fièvre  de  lait.  Sensiblement  mêmes  caractères.  Lait  jaunâtre.  Moins 
de  corps  granuleux. 

6'  jour.  —  Fièvre  de  lait  très-faible.  Lait  jaunâtre,  alcalin.  Globules  butyreux  plus  réguliers, 
plus  nombreux.  Les  corps  granuleux  deviennent  assez  rares. 

7'  jour.  —  Couleur  jaunâtre.  Consistance  toujours  assez  grande.  Masses  agglomérées  moins 
abondantes.  Corps  granuleux  rares. 

10*  jour.  —  Lait  plus  blanc,  moins  épais.  Encore  quelques  gros  globules  gras.  Les  autres  nom¬ 
breux,  réguliers,  de  .jfg  à  ^  de  millimètre.  Masses  agglomérées  et  corps  granu¬ 
leux  très-rares. 

15=  jour.  —  Lait  blanc,  devi  nant  encore  un  peu  visqueux  par  l’ammoniaque.  Très-rares  masses 
agglomérées  et  corps  granuleux. 

24*  jour.  —  Lait  blanc,  ne  contenant  que  des  globules  de  beurre.  Reste  limpide  avec  l’ammo¬ 
niaque. 


74 


LAIT,  —  COMPOSITION.  —  ALTÉRATIONS. 


Quelquefois,  chez  les  animaux,  la  période  colostrale  est  de  très-courte 
durée.  Donné  cite  une  observation  dans  laquelle  une  ânesse  à  la  veille 
de  mettre  bas  donnait  un  lait  ayant  l’aspect  d’une  sérosité  blanchâtre, 
contenant  de  rares  globules  et  ne  devenant  pas  visqueux  avec  l’ammo¬ 
niaque.  Aussitôt  après  le  part,  ce  lait  devient  séreux,  jaunâtre  et  renferme 
des  globules  agglomérés  qui  déjà  le  lendemain,  lorsque  le  petit  a  com¬ 
mencé  à  feter,  sont  plüs  nombreux  et  plus  isolés.  Au  bout  de  quinze  jours, 
le  lait  avait  repris  ses  qualités  normales. 

En>résumé,  de  1  à  15  jours,  d’après  Vernois  et  Becquerel,  le  lait  offre 
l^modifications  suivantes  : 

Diminution  partielle  de  la  densité;  —  diminution  constante  de  la  quan¬ 
tité  d’eau;  —  augmentation  constante  du  poids  des  matières  solides;  — • 
diminution  presque  constante  mais  faible  du  sucre;  —  augmentation  no¬ 
table  du  caséum  ;  —  augmentation  très-marquée  du  beurre  ;  —  augmen-  ‘ 
tation  des  sels.  •  ' 

Altérations  du  lait.  —  Causes  qui  influencent  cette  sécrétion.  —  La 
présence  du  colostrum  ne  constitue  pas  à  proprement  parler  une  altéra¬ 
tion  du  lait,  c’est  en  réalité  un  état  physiologique  utile  et  nécessaire  lors¬ 
qu’il  ne  se  prolonge  pas  au  delà  de  certaines  limites.  Mais  des  causes 
nombreuses  peuvent  modifier  la  composition  de  ce  liquide  essentielle¬ 
ment  variable. 

Certaines  substances  jouissent  de  la  propriété  d’altérer  l’odeur  et  la 
couleur  du  lait  de  femme  aussi  bien  que  de  celui  de  vache  et  des  autres 
animaux.  Parmi  les  premières,  on  peut  citer  l’ail,  l’anis,  certaines  cruci¬ 
fères  qui  communiquent  au  lait  leur  odeur  propre. 

Le  lait,  sous  l’influence  d’une  alimentation  spéciale,  peut  prendre  une 
teinte  bleue  ou  jaune  que  Fuchs  attribue  à  la  présence  d’infusoires,  le 
vibrio  cyanogenus  pour  le  bleu  et  le  vibrio  xanthogenus  pour  le  jaune.  . 
Cette  coloration  se  produit  quelquefois  lentement  et  favorise  le  développe-  l 
ment  de  moisissures  à  la  surface  du  liquide.  Le  lait  peut  devenir  rouge  ou  c 
rose  en  mélangeant  la  garance  aux  aliments;  dans  ce  cas,  le  beurre  et  les  - 
os  prennent  une  teinte  rosée,  si  l’usage  en  est  prolongé.  Quelquefois,  la 
couleur  sanguinolente  du  lait  chez  la  femme  a  pour  cause  la  suppression  ;  ' 
des  menstrues,  et,  chez  les  animaux,  de  grandes  fatigues  ou  une  traite  ; 
trop  prolongée. 

Les  recherches  importantes  de  Peligot,  de  Doyèré,  et  de  nombreux  au¬ 
teurs,  ont  fait  voir  que  la  nature  dés  aliments  pouvait  avoir  une  grande 
influence  sur  la  sécrétion  de  lait  et  sa  composition.  Ils  ont  constaté  de 
plus  la  nécessité  absolue  de  la  variété  dans  le  régime  pour  la  plupart  des 
animaux. 

Ils  ont  vu  que  la  pomme  de  terre  augmente  la  quantité  de  beurre  et  de 
lactose,  que  la  bière  augmente  la  quantité  de  lait  chez  la  femme  et  chez 
la  vache. 

La  betterave,  aliment  azoté  et  sucré,  produit  plus  de  lait  que  la  pomme 
de  terre. 

Une  alimentation  essentiellement  composée  de  viande  donne  lieu,  chez 


75 


LAIT.  -  L.VITS  MÉDICASIENTEÜ.X. 

la  chienne  et  la  truie,  à  la  production  presque  exclusive  d’albumine,  qui 
est  remplacée  par  la  caséine  lorsque  l’alimentation  se  compose  de  fécu¬ 
lents  et  de  corps  gras. 

En  ce  qui  concerne  la  femme,  et  exclusivement  au  point  de  vue  chi¬ 
mique,  Vernois  et  Becquerel  ont  vu  que  l’âge  d’une  nourrice  amenait  peu 
(le  variations  dans  la  composition  de  son  lait  qui,  cependant,  perd  une 
partie  de  ses  matières  solides,  tandis  que  la  proportion  d’eau  augmente 
légèrement. 

L’état  de  gestation  et  la  menstruation  amènent  peu  de  changement 
dans  la  composition  du  lait.  Cependant  le  beurre,  la  caséine  et  les  sels 
augmentent  très-sensiblement  en  proportion  et  peuvent  rendre  le  lait  plus 
difficile  à  digérer.  La  couleur  des  cheveux,  l’âge  du  lait,  le  régime  de  la 
nourrice  ont  également  une  certaine  influence  dont  Vernois  et  Becquerel 
ont  cherché  à  se  rendre  compte  dans  leur  travail  Sur  le  lait  de  la  femme, 
et  ils  ont  vu,  par  exemple,  que  chez  une  nourrice  soumise  â  un  régime 
mauvais  ou  à  une  nourriture  insuffisante,  les  principes  solides  du  lait  aug¬ 
mentaient,  principalement  le  beurre,  et  que  le  nourrisson  ne  tardait  pas  à 
dépérir  :  indications  qui  peuvent  être  d’une  grande  utilité  pour  étudier, 
d’après  sa  composition,  l’influence  du  lait  sur  la  santé  de  l’enfant  et  qui 
peuvent,  jusqu’à  un  certain  point,  expliquer  les  indispositions  qu’il 
éprouve  sans  causes  apparentes  lorsque  la  nourrice  produit,  comme  cela 
se  . passe  souvent  chez  la  vache,  une  quantité  de  beurre  et  de  caséine 
plus  élevée  que  la  moyenne. 

Telles  sont  les  principales  causes  naturelles  qui  peuvent  faire  varier  la 
composition  du  lait.  Il  en  est  d’autres  encore  qui  prennent  leur  origine 
dans  le  caractère,  les  dispositions  morales,  l’état  de  maladie  chronique  ou 
aiguë,  de  la  nourrice,  ainsi  que  dans  les  influences  étrangères,  telles  que 
la  chaleur,  le  froid,  la  fatigue,  le  repos,  etc.  Ces  causes  ne  sont  cependant 
pas  toujours  appréciables  sur  la  composition  du  lait,  dans  l’état  actuel  de 
nos  connaissances  chimiques.  Nous  ne  citerons  que  ce  fait,  noté  par  Combe, 
et  que  l’analyse  est  impuissante  à  constater,  d’un  lait  qui  devint  promp¬ 
tement  nuisible  et  même  délétère  à  ta  suite  d’une  frayeur,  d’une  colère 
de  la  mère.  Il  pourrait  en  être  de  même  d’un  lait  contenant  du  sang  ou 
du  pus,  ce  que  l’on  reconnaîtrait  facilement  au  microscope. 

Influence  des  médicaments  sur  le  lait.  —  Leur  passage  dans  le  lait.  — 
Laits  médicamenteux.  —  Certaines  substances  telles  que  la  gratiole,  l’eu¬ 
phorbe,  etc.,  etc.,  ont  la  propriété  de  communiquer  au  lait  certaines 
propriétés,  de  le  rendre  purgatif  et  quelquefois  même  toxique,  suivant 
leur  nature.  Nous  avons  déjà  vu  plus  haut  que  le  lait  pouvait  prendre  l’o¬ 
deur  ou  la  couleur  des  substances  qu’on  faisait  ingérer  aux  animaux.  Un 
grand  nombre  de  substances  ont  la  propriété  d’être  ainsi  éliminées  par  la 
glande  mammaire,  et  si  les  expériences  faites  à  ce  sujet  par  différents  chi¬ 
mistes  n’ont  pas  toujours  donné  des  résultats  concordants,,  il  n’en  reste 
pas  moins  établi  que  des  principes  comme  le  fer,  l’iode,  le  mercure,  peu¬ 
vent  être  éliminés  de  cette  façon.  On  doit,  d’après  Beaugrand,  à  des  au¬ 
teurs  allemands,  Barnier  et  Lewald,  des  expériences  assez  complètes  sur 


76  LAIT.  —  FORMES  PHARHACECTIQDES.  —  SDCCÉDANÉS. 

ces  questions  :  ils  ont  trouvé  que  V antimoine  et  surtout  ses  préparations 
solubles,  l’arsenic  qui,  à  doses  élevées,  paraît  s’accumuler  d’une  façon 
dangereuse  dans  l’économie,  le  bismuth,  le  borate  de  soude,  le  fer,  qui  se 
fixe  principalement  dans  la  caséine  et  augmente  la  quantité  du  lait,  le 
plomb,  lésine  et  probablement  le  cuivre,  pouvaient  être  ainsi  éliminés. 

Le  mercure  a  été  aussi  retrouvé  de  la  même  façon,  non  par  Harnier 
et  d’autres  qui  n’ont  obtenu  chez  les  animaux  que  des  résultats  néga¬ 
tifs,  mais  par  Personne,  Reveil.  On  sait,  du  reste,  que  les  nourrissons 
syphilitiques  peuvent  guérir  lorsqu’on  soumet  leur  nourrice  à  un  traite¬ 
ment  hydrargyrique.  L’iode,  l’iodure  de  potassium,  les  chlorures  alcalins, 
les  sels  alcalins  sont  éliminés  de  la  même  façon. 

On  cite  l’observation  de  nourrices  qui  absorbaient  de  l’alcool  et  dont  le 
lait  se  chargeait  d’un  assez  grande  quantité  de  ce  principe  pour  avoir  une 
action  marquée  sur  le  nourrisson.  (Charpentier,  etc.) 

Il  est  plus  difficile  de  retrouver  dans  les  mêmes  conditions  les  substances 
organiques  telles  que  le  sulfate  de  quinine  qui,  pris  à  hautes  doses,  com¬ 
munique  cependant,  dit-on,  au  lait  sa  saveur  amère. 

D’après  ces  faits,  il  était  naturel  de  chercher  à  rendre  le  lait  médica¬ 
menteux  par  l’ingestion  de  substances  actives  administrées  non  pas  seule¬ 
ment  aux  nourrices,  mais  surtout  aux  animaux,  aux  vaches  par  exempte. 
D’un  autre  côté,  nous  avons  vu  que,  sous  l’influence  de  certaines  sub¬ 
stances,  le  lait  pouvait  subir  des  modifications  profondes.  Il  faut  donc, 
lorsqu’on  les  administre,  surveiller  attentivement  la  santé  générale  des 
animaux,  et,  de  plus,  les  soumettre  à  un  excellent  régime.  C’est  ce  que  fit 
Labourdette  en  imaginant  ce  nouveau  moyen  thérapeutique  et  en  créant 
des  établissements  où  des  vaches  bonnes  laitières  reçoivent,  avec  leurs  ali¬ 
ments,  des  doses  convenables  d’arsenic,  de  fer,  de  mercure,  de  chlorure 
de  sodium,  etc.,  et  donnent  du  lait  chargé  de  ces  différents  principes. 
Bouyer  prépare  également  des  laits  médicamenteux  qui  sont  obtenus, 
d’après  le  rapport  de  Richelot,  d’une  façon  différente,  plus  exactement 
dosés  sans  doute,  mais  qui  diffèrent  des  véritables  laits  inédicamenteux 
et  sont  des  préparations  de  laboratoire  composées  de  lait  additionné,  d’a¬ 
près  une  méthode  propre  à  l’auteur,  de  solutions  d’iodure,  de  bi-iodure 
de  tri-iodure  et  de  phosphure  de  mercure,  de  fer,  d’arsenic,  etc.,  et  pré¬ 
sentées  sous  forme  de  sirop,  de  poudre  ou  de  chocolat. 

Usage  et  formes  pharmaceutiques;  succédanés.  —  Considéré  soit  comme 
aliment,  soit  comme  médicament,  le  lait  est  administré  ainsi  que  ses  dé¬ 
rivés  sous  des  formes  variées. 

L’hydrogala  constitue  une  boisson  rafraîchissante  composée  de  250 
parties  de  lait  et  de  750  d’eau. 

Le  zythogala,  mélange  de  lait  et  de  bière,  est  en  usage  dans  certains 
pays. 

La  crème  fraîche  sucrée  ou  vanillée,  ou  bien  encore  additionnée  d’un 
peu  de  rhum  ou  de  kirsch,  est  souvent  prescrite  en  Angleterre  aux  ma¬ 
lades  qui  ne  peuvent  prendre  l’huile  de  foie  de  morue. 

Le  sirop  de  lait  indiqué  par  Soubeiran  se  prépare  avec  :  lait  récent 


LAIT.  —  FORMES  PHARMACEÜTIQCES.  ' —  SDCCÉDAKÉS.  77 

(dont  on  a  retiré,  après  un  repos  de  six  heures,  la  crème  qui  ne  doit  pas 
entrer  dans  le  sirop),  4  parties,  sucre  blanc,  5  parties,  eau  distillée  de 
laurier-cerise,  quantité  suffisante  pour  aromatiser. 

Le  lait  sert  encore  à  préparer  des  gargarismes,  des  lavements  émollients, 
des  cataplasmes,  des  bains,  etc.  On  l’emploie  également  d’une  manière 
générale  pour  combattre  les  empoisonnements;  mais  il  convient  particuliè¬ 
rement  lorsqu’il  y  a  eu  ingestion  de  composés  métallicjues,  avec  lesquels  la 
caséine  forme,  en  général,  des  combinaisons  insolubles. 

C’est  plutôt  comme  aliment  que  l’on  emploie  la  caséine  et  les  diverses 
transformations  que  l’industrie  des  fromages  sait  lui  faire  subir. 

le  beurre  est  quelquefois  recommandé  additionné  de  chlorure  de  so¬ 
dium,  d’iodure  et  de  bromure  de  potas.sium,  comme  succédané  de  l’huile 
de  foie  de  morue. 

On  emploie  souvent  comme  boisson  rafraîchissante  le  petit  lait  obtenu 
par  la  coagulation  de  la  caséine  à  la  température  de  l’ébullition  et  par 
l’addition  d’une  solution  au  sixième  d’acide  tartrique,  ou  mieux  d’acide 
citrique.  En  Suisse  et  en  Allemagne,  on  prépare  un  petit  lait  gazeux,  en 
chargeant  d’acide  carbonique  le  sérum  du  lait  de  chèvre,  préparation  non 
alcoolique  qui  se  rapproche  un  peu  du  koumiss  dont  on  a. parlé  plus  haut. 

On  employait  autrefois  le  petit  lait  antiscorbutique,  nitré,  vineux,  etc. 
De  ces  préparations,  il  ne  reste  plus  que  le  petit  lait  antilaiteux  de  Weiss, 
composé  d’une  infusion  de  5  grammes  d’espèces  antilaiteuses  dans 
500  grammes  de  petit  lait  clarifié,  bouillant,  additionné  de  2  grammes  de 
sulfate  de  magnésie. 

Pour  suppléer  à  l’insuffisance  du  lait  chez  certaines  nourrices,  différents 
moyens  ont  été  proposés.  Le  plus  rationnel  consiste  dans  l’emploi  d’un 
bon  lait  de  vache,  légèrement  modifié  par  addition  d’eau,  de  sucre,  comme 
l’ont  proposé  Coulier,  C.  Marchand,  ou  même  simplement  coupé  d’eau 
pour  qu’il  soit  d’une  digestion  plus  facile,  et  qu’il  vaudrait  mieux  ad¬ 
ministrer  sans  le  soumettre,  comme  on  le  fait  généralement,  à  uhe  ébulli¬ 
tion  préalable,  avec  l’arome  qu’il  possède  au  moment  où  on  l’extrait  des 
mamelles,  et  à  la  température  originelle,  ainsi  que  le  recommande  Gen- 
drin  lorsqu’il  prescrit  le  lait  d’ânesse. 

Liebig,  avec  la  grande  autorité  qui  s’attachait  à  son  nom, -avait  voulu,  il  y 
a  quelques  années,  introduire  en  France  un  luit  artificiel  très-usité  déjà  en 
Allemagne  et  en  Angleterre.  Cette  préparation  assez-compliquée  fut  rejetée 
après  une  discussion  dont  elle  fut  l’objet  à  l’Académie,  et  dans  laquelle 
Guibourt,  Depaul,  Poggiale,  démontrèrent  qu’elle  ne  pouvait  convenir  aux 
enfants  qu’à  l’âge  où  une  autre  nourriture  que  le  lait  devait  entrer  dans 
leur  alimentation  et  non  lorsque  leur  estomac  ne  digère  bien  que  le  lait  de 
femme  ou  tout  au  plus  celui  d’un  animal  ayant  à  peu  près  la  même  com¬ 
position.  Il  résulte,  en  effet,  d’expériences  faites  par  Simon,  que  l’estomac 
d’un  animal  ne  digère  bien  et  rapidement  que  le  lait  d’un  animal  de  son 
espèce  :  expériences  vérifiées  par  Filhol  et  Jolly,  avec  du  lait  de  femme, 
de  vache,  mis  en  contact  avec  la  membrane  de  l’estomac  d’un  enfant, 
d'un  veau.  II  importe,  suivant  ces  auteurs,  que  le  lait  soit  bien  coagulé 


78 


LAIT.  -  COjNSERVATION. 


dans  l’estomac  afin  qu’il  ne  s’en  échappe  pas  trop  promptement  pour  pé¬ 
nétrer  dans  l’intestin,  et  qu’il  y  subisse  les  actions  qui  le  transforment  en 
albuminose  soluble,  endosmotique,  et  prête  à  entrer  dans  le  torrent  de  la 
circulation.  Suivant  leur  propre  expression,  l’enfant  boit  et  mange  en 
même  temps. 

Le  lait  artificiel  de  Liebig  se  prépare  avec  16  grammes  de  farine  de  blé, 
que  l’on  fait  bouillir  avec  160  grammes  de  bon  lait  de  vache;  quand  la 
bouillie  est  bien  homogène,  on  laisse  refroidir  à  35",  et  on  ajouiel6  grammes 
d’orge  germée  récemment  broyée,  délayée  dans  1 2  grammes  d’eau  tiède 
alcalinisée  par  18  p.  100  de  bicarbonate  de  potasse.  L’orge  germée  à  la 
température  de  30"  à  40°  agit  par  sa  diastase  sur  l’amidon  du  blé,  le 
transforme  et  change  la  consistance  du  produit  qu’on  porte  pendant  quel¬ 
ques  instants  à  l’ébullition,  puis  qu’on  passe  Sur  un  tamis  6n  avant  de  le 
faire  prendre  à  l’enfant. 

On  a  proposé  également  la  farine  lactée  de  Nestlé  qui  est,  d’après  l’au¬ 
teur,  un  mélange  desséché  dans  le  vide  de  lait  de  vache,  de  sucre  et  de 
croûte  de  pain,  ayant  à  peu  près  la  composition  du  lait  de  femme.  Ana¬ 
lysé  par  Poinsot,  il  a  fourni  1,66  pour  100  d’azote  et  des  matières  amy¬ 
lacées  insolubles. 

Conservation.  —  Lorsqu’on  abandonne  à  lui-même  du  lait  fraîche¬ 
ment  trait,  le  premier  phénomène  qu’il  présente  est  la  séparation  à 
l’état  de  crème  de  la  plus  grande  partie  du  beurre  qu’il  renferme.  Puis 
après  un  temps  variable,  suivant  la  température  ambiante  et  les  condi¬ 
tions  atmosphériques,  il  s’établit  dans  la  masse  une  fermentation  aux  dé¬ 
pens  de  sa  lacline,  qui  donne  naissance  aux  acides  lactique  et  acétique, 
et  plus  tard  à  l’acide  butyrique,  agissant  à  leur  tour  sur  la  caséine  soluble 
qu'ils  coagulent  en  s’emparant  de  l’alcali  qu’elle  renferme.  En  cet  état  le 
lait  ne  peut  plus  être  livré  à  la  consommation,  et  différents  moyens  ont  été 
proposés  pour  assurer  sa  conservation,  soit  pour  un  temps  limité  de  quel¬ 
ques  heures  à  quelques  jours,  soit  pour  un  temps  indéfini. 

Parmi  les  premiers,  il  faut  citer  celui  de  Gay -Lussac,  qui  ayant  remar¬ 
qué  que  l’ébullition  retardait  beaucoup  la  décomposition  du  lait,  pro¬ 
posa,  pour  le  conserver,  de  le  soumettre  à  une  ébullition  quotidienne;  par 
ce  moyen  on  n’^ssure  la  conservation  du  produit  qu’aux  dépens  de  sa  sa- 
veur 'et  de  son  prix  de  revient. 

Le  froid  retarde  également  la  fermentation  lactique,  qui  amène  la  coagU-| 
lation  de  la  caséine  ;  aussi  les  marchands  ont-ils  l’habitude  de  conserve^ 
leur  lait  dans  des  endroits  frais. 

Quelques-uns  appliquent  sans  scrupule  et  avec  double  profit  le  procédé 
proposé  par  Donné,  pour  conserver  le  lait  dans  un  mélange  réfrigérant; 
ils  y  mettent  de  ia  glatee  qui,  en  se  fondant,  augmente  son  volume.  Tel- 
lier  qui  veut  appliquer  sur  une  si  grande  échelle  le  froid  produit  par 
l’évaporation  de  l’éther  raéthylique  pour  la  conservation  des  viandes 
fraîches,  trouvera  peut-être  dans  la  conservation  économique  du  lait  un 
heureux  emploi  de  ses  procédés.  I 

La  nature  du  vase  qui  contient  le  lait,  peut  avoir  une  grande  influence, y 


LAIT.  - 


COKSERVAÏIOff. 


79 


sur  sa  conservation.  Ainsi  le  soufre  permet  au  lait  de  devenir  acide  sans  être 
coagulable  par  la  chaleur.  L’antimoine,  le  bismuth,  le  laiton,  le  cuivre,  le 
zinc,  le  fer,  bien  que  susceptibles  d’altérer  sa  saveur,  permettent  au  lait 
de  se  conserver  plus  longtemps.  Seul  le  fer,  par  les  composés  qu’il  peut 
former  en  saturant  les  acides  mis  en  liberté,  serait  exempt  d’inconvénient 
sérieux  :  il  est  préférable  d’employer  des  vases  en  fer  étamé  ou  en  cuivre 
bien  étamé  ou  des  vases  en  terre,  grès,  porcelaine  ou  verre. 

En  augmentant  l’alcalinité  naturelle  du  lait  à  l’aide  d'un  sel  alcalin,  on 
parvient  aisément  à  retarder  sa  décomposition  et  à  permettre  aux  mar¬ 
chands,  par  exemple,  l’écoulement  de  leur  produit  pour  la  consomma¬ 
tion  journalière.  Cette  idée  de  saturer  directement,  et  d’avance  le  lait 
appartient  à  Darcet  et  à  Petit,  qui  proposèrent  de  l’additionner  de  1  gr. 
de  bicarbonate  de  soude  pour  1000.  De  nouveaux  essais  ont  montré  qu’un 
demi-millième  suffisait  pour  obtenir  ce  même  résultat,  et  qu’à  cette  dose 
il  n’altérait  pas  sensiblement  la  saveur  du  lait,  du  café  au  lait  ou  du 
chocolat.  Dans  le  même  but  on  peut  employer  également  quelques  gouttes 
d’ammoniaque  qui  altèrent  moins  encore  la  saveur  du  produit. 

Bien  que  cette  addition  d’un  produit  alcalin  au  lait  constitue  une  sorte 
de  falsification,  elle  n’est  généralement  pas  considérée  comme  telle,  et 
elle  est  tolérée  par  l’administration,  parce  qu’elle  ne  porte  sur  aucun 
des  éléments  essentiels  du  lait,  le  beurre,  la  lactine,  l’eau,  et  que,  si 
elle  était  défendue,  une  ville  entière  à  cause  de  la  facile  décomposition 
en  certaines  saisons  pourrait  manquer  de  sa  distribution  quotidienne. 

Ces  différents  moyens  deviennent  insuffisants  lorsqu’il  faut  conserver.^ 
longtemps  le  lait  pour  assurer,  par  exemple,  l’approvisionnement  des  na¬ 
vires.  Depuis  Appert  qui  paraît  s’être  occupé  le  premier  et  avec  un  certain 
succès  de  ces  essais,  plusieurs  procédés  ont  été  proposés  pour  éloigner 
les  différentes  causes  d’altération  de  ce  précieux  produit,  soit  en  lui  con¬ 
servant  sa  consistance  et  son  volume,  soit  en  le  concentrant  sous  forme  de 
sirop  épais  ou  même  de  pâte  sèche. 

Appert  réduit  le  lait  à  la  moitié  de  son  volume,  et  l’additionne  d’une 
petite  quantité  de  jaunes  d’œuf,  le  met  en  bouteilles  soigneusement  bou¬ 
chées,  et  lui  applique,  en  le  soumettant  ainsi  renfermé  à  l’action  d’un 
bain-marie  d’eau  bouillante,  le  procédé  qui  donne  de  si  bons  résultats 
avec  les  sucs  de  fruits  et  les  conserves  alimentaires. 

Pour  éviter  la  séparation  de  la  crème,  qui  ne  tarde  pas  à  se  produire 
dans  le  liquide  ainsi  conservé,  et  légèrement  modifié  dans  sa  composition 
par  l’addition  du  jaune  d’œuf,  Mabru  propose  de  remplir  complètement, 
l’aide  de  dispositions  spéciales,  les  boîtes  métalliques  qui  contiennent  le 
lait  qu’il  se  propose  de  conserver,  et  qui  ne  communiquent  avec  l’exté¬ 
rieur  qu’à  l’aide  d’un  tube  de  plomb  qu’on  ferme  alors  qu’il  est  encore 
plein  de  lait  soumis  à  une  certaine  température,  en  le  comprimant  for¬ 
tement  et  en  le  coupant  ensuite.  Par  ce  procédé  on  évite  le  ballotement 
du  liquide,, ainsi  que  la  séparation  de  la  crème.  Il  faut  sans  doute  aussi 
soumettre  les  boîtes  ferihées,  comme  dans  le  procédé  d’Appert,  à  l’action 
d’un  bain-marie  à  100°. 


80  LAIT.  —  FALSIFICATIOSS. 

Bethel  propose  de  saturer  sous  pression  le  lait  bouilli  d’acide  carbo¬ 
nique  et  de  le  mettre  ainsi  en  bouteille.  Il  prévient  ainsi  la  séparation  de 
la  crème,  mais  le  lait  au  moment  de  l’emploi  devient  tellement  mous.seux, 
qu’il  ne  peut  être  versé  dans  un  verre.  Il  a  de  plus  l’inconvénient  comme 
dans  les  procédés  ci-dessus  de  conserver  son  volume  primitif. 

Les  habitants  de  Paris  ont  pu  apprécier  pendantle  siège  de  1870-1871, 
la  valeur  du  lait  concentré,  préparé  suivant  la  méthode  Martin  de  Lignac, 
qui  consiste  à  évaporer  le  lait  additionné  de  75  grammes  de  sucre  par  litre, 
en  consistance  de  miel,  à  enfermer  le  produit  dans  des  boîtes  defer-ddanc 
soudées  et  soumises,  pendant  quelques  minutes,  dans  un  bain-marie,  à  la 
température  de  l’eau  bouillante. 

Le  produit  obtenu  donne,  il  est  vrai  par  addition  d’eau,  un  lait  plus 
léger  que  le  lait  ordinaire,  et  dont  la  matière  grasse  a  perdu  un  peu  de  sa 
fraîcheur,  mais  dont  la  saveur,  un  peu  trop  sucrée  peut-être  n’est  pas 
désagréable.  Il  a  l’avantage  d’occuper  un  petit  volume  et  d’être  peu  coû¬ 
teux. 

Keller,  à  Vevey,  prépare  un  produit  analogue,  mais  plus  concentré  en 
desséchant  le  lait  additionné  de  sucre,  et  en  le  livrant  sous  forme  de 
tablettes  qn’il  faut  diviser  et  faire  bouillir  assez  longtemps  pour  les  dis-  ■ 
soudre. 

Grimaud  et  Calais  proposent  de  concentrer  le  lait  en  consistance  de 
pâte  sèche,  en  le  faisant  traverser  par  un  courant  rapide  et  prolongé  d’air 
froid;  mais,  si  le  produit  obtenu  est  bon,  il  exige  beaucoup  de  tempsl 
On  arriverait  plus  vite  au  même  résultat,  en  concentrant  le  lait  dans  le 
vide;  mais  il  paraît  que  les  premiers  essais  n’ont  pas  donné  de  produits 
satisfaisants. 

Enfin  Braconnot  avait  imaginé  un  procédé  assez  compliqué  du  reste,  et 
qui  ne  conservait  que  le  caséum  obtenu  par  coagulation,  puis  redissous 
dans  une  solution  alcaline  évaporée  avec  ou  sans  addition  de  sucre  à 
siccité. 

Pour  l’emploi  on  délayait  dans  l’eau  chaude  cette  poudre  qui  donnait 
un  produit  assez  agréable,  mais  représentant  un  lait  complètement  déna¬ 
turé. 

Falsifications.  —  Objet  d’une  grande  consommation  et  d’un  commerce 
important,  surtout  depuis  les  chemins  de  fer  qui  relient  les  petits  pays 
et  les  mettent  rapidement  en  communication  avec  les  grandes  villes,  le 
lait  de  vache  est  souvent  falsifié  soit  à  l’aide  du  jaune  d’œuf,  de  la  casso¬ 
nade,  du  caramel,  d’une  infusion  de  carottes  torréfiées,  d’alcoolé  de  pétales 
de  soucis,  de  sucre  de  canne,  de  glucose,  de  dextrine,  de  décoction  de 
riz,  de  blanc  d’œuf,  de  gélatine,  etc.  (et,  ce  qui  paraît  invraisemblable,  à 
l’aide  de  cervelles  d’animaux),  substances  indiquées  par  Jeannel  à  l’aiticlc' 
Falsifications,  soit  encore  par  suite  de  la  soustraction  delà  crème,  ou  de 
l’addition  d’une  certaine  quantité  d’eau,  car  il  passe  entre  plusieurs 
mains  avant  d’être  livré  au  consommateur.  Ainsi,  pour  être  consommé 
à  Paris,  il  peut  être  dénaturé  :  l“par  le  nourrisseur;  2°  par  le  ramasseur 
qui  réunit  le  lait  pour  le  porter  à  un  dépôt  central;  5“  par  le  directeur 


LAIT.  -  FALSIFICATIONS. 


de  ce  dépôt  ;  4°  par  le  récepteur  à  Paris  ;  5“  par  le  voiturier  qui  le  dis¬ 
tribue  en  ville;  6“  par  le  crémier  de  détail. 

Différents  moyens  rapides  et  pratiques  ont  été  proposés  pour  suppléer 
autant  que  possible  à  des  analyses  complètes,  afin  de  reconnaître  ces  fal¬ 
sifications,  et  d’éclairer  sur  la  valeur  du  lait  celui  qui  doit  le  vendre  ou 
l’autorité  qui  a  mission  de  veiller  aux  intérêts  du  consommateur. 

Le  lait  ayant  une  densité  à  peu  près  constante  et  qui  varie  seulement 
entre  des  limites  très-rapprochées,  il  était  naturel  de  s’adresser  à  ce  ca¬ 
ractère  pour  juger  de  sa  qualité.  L’instrument  le  plus  ancien,  imaginé  à 
cet  effet,  et  qui  est  encore  quelquefois  employé  est  le  galactomètre  con¬ 
struit  sur  les  indications  de  Cadet  (de  Vaux),  composé  d’une  partie  ren¬ 
flée  en  métal  blanc,  surmontée  d’une  tige  également  eu  métal,  et  qui 
porte  les  chiffres  1,2,5,  4,  correspondant  aux  indications  suivantes  : 

Lait  pur.  1/4  d'eau.  1/3  d'eau.  1/2  d'eau. 

12  3  4 

Cet  instrument  se  bossue,  se  dessoude,  laisse  pénétrer  dans  sa  partie 
renflée  le  liquide  qui  en  change  le  poids  et  en  fausse  les  indications. 

Chevallier  imagina  un  appareil  analogue,  mais  en  verre,  nommé  (jalac- 
tomèlre  centésimal,  parce  qu’il  marque  100°  dans  le  lait  pur,  110  dans  le 
lait  très-riche,  et  95  seulement  dans  le  lait  pauvre,  limite  au-dessous  d 
laquelle  on  ne  peut  descendre  sans  avoir  un  lait  additionné  d’eau. 

En  construisant  leur  Zaefodensimètre,  Bouchardat  et  Quevenne  firent  en 
sorte  de  donner  un  appareil  indiquant  la  densité  réelle  du  lait. 

Cet  instrument  se  compose  d’un  densimètre  ordinaire  en  verre,  com¬ 
posé  d’une  partie  renflée  surmontée  d’une  tige  graduée  spécialement  pour 
le  but  qu’il  doit  remplir,  mais  dont  on  doit  cependant  toujours  vérifier 
l’exactitude,  soit  à  Taide  d’un  appareil  étalon,  soit  à  l’aide  d’un  liquide  de 
densité  bien  connue. 

La  tige  porte  trois  graduations,  celle  du  milieu  indique  les  densités  par 
les  deux  derniers  chiffres  seulement,  comme  42-14  qui  expriment  les 
nombres  1042,  1014. 

A  droite  se  trouve  une  échelle  donnant  les  indications  pour  le  lait  non 
écrémé,  chaque  degré  marqué  au  delà  de  sa  densité  moyenne,  indiquant 
en  dixièmes  la  quantité  d’eau  ajoutée  au  lait.  Ainsi,  entre  50  et  27  se 
trouve  marqué  1/10  indiquant  que  le  lait  dont  la  densité  est  comprise 
entre  ces  deux  nombres  renferme  1/10  d’eau. 

De  même  pour  l’échelle  de  gauche,  qui  donne,  les  indications  pour  le 
lait  ecrdmd,  naturellement  plus  dense  que  le  premier. 

11  peut  arriver  qu’un  lait  soit  tout  à  la  fois  écrémé  et  additionné  d’eau, 
de  sorte  qu’il  conserve  sa  densité  première,  puisque  la  soustraction  de  la 
crème,  plus  légère  que  l'eau,  diminue  sa  densité  qu’augmente  l’addition 
de  l’eau.  Le  lactodensimètre  peut  donc  être  en  défaut,  et  il  est  indis¬ 
pensable,  pour  être  bien  fixé  sur  la  valeur  d’un  lait,  de  connaître  en  même 
temps  sa  richesse  en  matière  grasse. 

Pour  se  servir  de  cet  instrument,  on  mélange  bien  tout  le  lait  à  exa¬ 
miner,  on  en  remplit  complètement  une  éprouvette  à  pied,  on  laisse 

HOOT.  DICT.  HÉD.  ET  CHIE.  XX.  —  G 


82 


LAIT.  —  FALSIFICATIOKS. 


monter  la  mousse  que  l’on  chasse  en  soufflant  dessus,  on  plonge  le  lacto- 
densimètre  en  l’enfonçant  légèrement  au-dessus  de  son  point  d’affleure¬ 
ment,  pour  détruire  un  effet  de  capillarité  qui  modifierait  un  peu  les 
résultats.  Puis  on  fait  la  lecture. 

L’appareil  étant  gradué  pour  une  température  de  15“,  le  liquide  dans 
lequel  on  le  plonge,  devra  être  amené  à  cette  température,  à  moins  qu’à 
l’aide  du  tableau  composé  par  Bouchardat  et  Quevenne  pour  les  tempéra¬ 
tures  comprises  entre  en  0  et  30°,  on  ne  fasse  les  corrections  nécessaires. 

Le  lait  non  écrémé  doit  peser  entre  1030  et  1034,  le  lait  écrémé  entre 
1054  et  1037. 

Pour  connaître  la  richesse  en  matière  grasse  du  lait,  on  peut  doser 
la  quantité  de  crème  qu’il  donne.  Pour  cela  on  emploie  le  crémomètre 
qui  se  compose  d’une  éprouvette  à  pied  de  200°°  environ  et  de  20  à  25 
centim.  de  hauteur,  marquée  d’un  trait  circulaire  à  sa  partie  supérieure, 
et  divisée  à  partir  de  ce  trait  jusqu’au  bas  en  100  divisions  d’égal  volume. 

On  remplit  cette  éprouvette  du  lait  à  examiner,  et  toujours  bien  mé¬ 
langé,  jusqu’au  trait  marqué  0,  et  on  la  tient  pendant  15  à  20  heures  au 
frais,  c’est-à-dire  à  une  température  de  10  à  12°.  Pendant  ce  temps  la 
crème  se  sépare  et  gagne  la  partie  supérieure  du  liquide  où  elle  occupe  à 
partir  de  sa  surface,  c’est-à-dire  du  zéro,  un  certain  nombre  de  divisions 
qu’il  ne  reste  plus  qu’à  lire.  Avec  un  bon  lait  on  obtient  généralement 
10  à  16  divisions;  an-dessous  de  8,  on  peut  être  sûr  que  le  lait  a  été  écrémé. 

On  reproche  à  cet  instrument  de  ne  pas  donner  des  indications  assez 
rapides,  et  de  ne  pouvoir  servir  lorsque  le  lait  commence  à  se  coaguler; 
on  obvie  cependant  assez  facilement  à  ce  dernier  inconvénient  en  addi¬ 
tionnant  le  lait  d'une  petite  quantité  de  bicarbonate  de  soude.  11  est.  bon 
de  noter  aussi  que  l’ébullition  du  lait  retarde  le  départ  de  la  crème,  que 
l’on  facilite  d’autre  part  en  additionnant  le  lait  d’une  quantité  d’eau  dé- 


Fig.  6.  —  Lactoscope  de  Donné. 


approximativement  et  à  l’aide  d’une  simple  observation  la  richesse  d’un  lait 
en  matière  grasse  d’après  le  degré  d’opacité  plus  ou  moins  grande  que 
lui  donnent  les  globules  butyreux  plus  ou  moins  nombreux  qü’il  contient. 
Il  se  compose  de  deux  glaces  parallèles  fixées  dans  des  tubes  de  Cuivre 


LAIT.  — 


jSlFlCATl 


83 


concentriques,  disposés  en  forme  de  lorgnette,  se  vissant  l’un  dans  l’au¬ 
tre,  et  pouvant  s’éloigner  ou  se  rapprocher  de  façon  à  établir  le  contact 
des  glaces;  à  l’aide  du  pas-de-vis  qui  est  exactement  d’un  demi-milli¬ 
mètre,  et  d’un  cercle  gradué  que  porte  un  des  tubes,  on  peut  calculer 
exactement  l’écartement  des  glaces  d’après  le  nombre  de  tours  et  des 
fractions  de  tour  opérés  par  le  tube  qui  se  visse. 

On  introduit  le  lait  à  examiner  entre  les  deux  glaces,  à  l’aide  d’un  en¬ 
tonnoir  qui  surmonte  ces  deux  glaces  très-rapprocbées,  puis  on  se  met  dans 
un  endroit  obscur,  et  on  observe  à  travers  la  couche  de  lait  la  lumière 
d’une  bougie  placée  à  un  mètre  de  distance.  On  écarte  les  glaces  jusqu’à 
ce  qu’on  n’aperçoive  plus  la  lumière,  on  lit  l’écartement  des  glaces,  et 
d’après  le  chemin  parcouru  et  les  indications  du  cercle  divisé,  on  a  de 
suite  très-approximativcment  la  -richesse  en  beurre,  en  se  reportant  au 
tableau  suivant  dressé  par  Bouchardat  et  Quevenne,  indiquant  le  rapport 
■des  degrés  lactoscopiques  au  poids  du  beurre. 

du  lactœcopc 

25. 

26. 

21. 

28. 

29. 

30. 

On  comprend  facilement  que  les  glaces  devront  être  d’autant  plus  rap¬ 
prochées  que  le  lait  sera  plus  riche  en  beurre  :  un  lait  de  bonne  qualité,  qui 
doit  renfermer  de  30  à  35  grammes  de  beurre  par  litre,  devra  donc  mar¬ 
quer  de  35  à  30“  au  lactoscope. 

On  a  reconnu  qu’il  fallait,  pour  obtenir  des  indications  exactes,  que  le 
lait  fût  récent  afin  que  les  globules  n’aient  pas  eu  le  temps  de  se  réunir, 
et  qu’il  n’ait  pas  été  soumis  à  l’ébullition,  qui  modifie  très-sensiblement  les 
résultats.  Le  lactoscope  a  de  plus  l’inconvénient  d’être  influencé  par  toutes 
les  substances  insolubles  ou  peu  solubles  qui  peuvent  se  trouver  en  sus¬ 
pension  dans  le  lait,  ainsi  que  par  les  émulsions  artificielles. 

Si  l’on  veut  obtenir  et  doser  directement  le  beurre,  il  faut  employer  le 
procédé  de  Leconte,  qui  dissout  la  caséine  dans  l’acide  acétique  pur,  et 
met  ainsi  en  liberté  le  beurre  dont  on  mesure  le  volume  ;  ou  celui  plus 
généralement  employé  de  E.  Marchand  (de  Fécamp),  qui  est  basé  sur  la 
faible  solubilité  du  beurre  dans  un  mélange  d’alcool  et  d’éther,  et  sur 
l’inaction  dans  les  conditions  de  l’opération  de  petites  quantités  d’alcali 
sur  la  matière  grasse  du  lait. 

11  exige  un  appareil  nommé  lacto-butyromètre,  composé  d’un  tube  de 
verre  fermé  à  l’une  de  ses  extrémités,  long  de  25  à  30  centimètres  et  d’un 
diamètre  intérieur  de  10  à  11  millimètres.  A  partir  de  son  extrémité 
fermée,  le  tube  est  divisé  en  3  parties  de  10  centimètres  cubes  chacune, 
désignées  par  les  lettres  L  (lait),  E  (éther),  A  (alcool). 

Pour  se  servir  du  lacto-butyromètre,  on  introduit  le  lait  à  examiner 
exactement  jusqu’au  trait  L,  puis  on  ajoute  1  ou  2  gouttes  au  plus  d’une 


84 


LAIT.  -  FALSIFICATIONS. 

solution  de  soude  caustique  au  1/3  (lessive  des  savonniers) .  On  verse  alors 
de  l’élher  rectifié  jusqu’au  trait  marqué  E,  on  agite  bien  en  fermant  le 
tube  avec  le  doigt,  et  on  ajoute  de  l’alcool  à  86“  jusqu’en  A.  On  agite  en¬ 
core  avec  soin,  et  on  place  l’instrunuent  dans  un  bain-marie  à  40“  pour  per¬ 
mettre  aux  gouttelettes  de  beuri  e  de  se  réunir. 

Fluide  à  cette  température,  le  beurre  se  sépare  du  restant  du  liquide, 
et  vient  former  à  sa  partie  supérieure  une  coucbe  limpide,  légèrement 
jaunâtre,  dont  on  mesure  la  hauteur  à  l’aide  d’une  graduation  portée  sur 
le  verre  ;  ou  mieux,  dans  les  nouveaux  appareils  construits  par  Salleron, 
à  l’aide  d’un  curseur  en  cuivre  glissant  à  frottement  sur  le  tube,  et 
gradué  de  façon  que  l’on  doit  faire  allleurer  sa  première  division  marquée 
12,6  à  la  partie  supérieure  de  la  couche,  et  lire  la  division  correspon¬ 
dant  à  la  face  inférieure,  soit  35,  ce  qui  indique  immédiatement  que  le 
lait  renferme  35  gr.  de  beurre  par  litre.  Le  mélange  d’alcool  et  d’éther 
retenant  toujours  une  certaine  quantité  de  beurre  en  solution,  quantité 
que  Eug.  Marchand  évalue  à  12,6,  le  curseur  porte  sa  première  division, 
soit  son  zéro,  marquée  =12,6,  ce  qui  indique  qu’un  lait  marquant  seule¬ 
ment  une  division  correspondant  à  2  gr.  de  beurre,  renfermerait  en  réalité 
12,6-t-2,soit  14®“,6. 

Dans  le  cas  où  le  lait  ne  contiendrait  pas  12,6  de  beurre  par  litre,  le 
laclo-butyromètre  ne  donnerait  aucune  indication;  il  faudra,-  dans  ce  cas, 
employer,  comme  l’indique  Eug.  Marchand,  un  éther  contenant  une  quan¬ 
tité  déterminée  de  beurre  que  l’on  retrancherait  du  nombre  trouvé. 

Un  lait  de  bonne  qualité  renferme  de  30  à  35  gr.  de  beurre  par  litre; 
on  devra  donc  rejeter  tout  lait  qui  ne  marquerait  pas  30“  au  lacto- 
butyromètre. 

Dosage  de  la  lactine.  —  Prendre  la  densité  du  lait  et  doser  le  beurre 
qu’il  renferme,  sont  des  moyens  d’analyse  rapides  et  faciles  à  exécuter; 
mais  comme  on  l’a  vu,  cette  densité,  même  pour  un  lait  de  bonne  qualité 
est  assez  variable,  il  en  est  de  même  de  la  quantité  de  beurre.  Poggiale  a 
remarqué  que,  si  ces  deux  éléments  variaient  beaucoup,  il  n’en  était  pas 
tout  à  fait  de  même  de  la  lactine  dont  la  proportion  est  à  peu  près  con¬ 
stante,  et  a  indiqué  le  dosage  de  la  lactine  comme  moyen  de  reconnaître 
la  qualité  du  lait. 

Il  emploie  la  liqueur  de  Felhing  qui  est  réduite,  comme  on  l’a  vu,  par  la 
lactine,  ou  le  saccharimètre  déjà  proposé  par  Bouchardat  et  Quevenne, 
ainsi  que  par  Becquerel  et  Vernois,  qui  ont  modiQé  un  peu  l’appareil, 
et  dont  les  indications,  fournies  par  la  déviation  de  rayon  de  lumière  po¬ 
larisée,  permettent  d’apprécier  la  quantité  de  ce  principe. 

Le  procédé  avec  la  liqueur  de  Felhing  se  compose  :  1“  de  la  préparation 
de  la  liqueur  cupro-potassique  que  l’on  doit  titrer,  non  pas  avec  du  glu¬ 
cose,  mais  avec  la  lactine  ;  2“  de  la  préparation  du  petit  lait  ;  3“  de  l’essai 
du  petit  lait  ou  de  la  décoloration  d’un  volume  déterminé  de  la  liqueur 
d’épreuve. 

Suivant  cet  auteur,  il  faut  enlever  au  lait  sa  caséine  et  sa  matière  grasse  à 
l’aide  de  la  coagulation  à  50“  par  l’acide  acétique  ou  l’acide  sulfurique;  on 


LAIT.  —  BIBLIOGRAPHIE. 


65 


obtient  par  filtration  un  petit  lait  limpide  (environ  923  gr.  pour  1000  gr. 
de  lait),  et  qui  renferme  généralement  57  gr.  de  sucre  par  kilogramme. 

Pour  faire  le  même  dosage  avec  le  saccharimètre,  il  faut  obtenir  un 
petit  lait  plus  limpide  que  pour  l’essai  précédent  :  on  y  arrive  facilement  en 
traitant  le  petit  lait  ob'eiiu  comme  précédemment  par  quelques  gouttes 
d’acétate  de  plomb  liquide  (sous-acétate),  qui  déterminent  un  précipité 
assez  abondant  et  clarifient  ainsi  très-complètement  la  liqueur,  et  la  ren¬ 
dent  propre  à  l’observation  .«accharimétrique  qui  se  fait  dans  le  tube  de 
20  centimètres.  Avec  le  nombre  de  degrés  trouvés,  on  calcule  facilement  la 
201  90  Xn 

quantité  delactine  d’après  la  formule  suivante  x  = - - ,  ti  étant 

le  nombre  de  degrés  trouvé,  201,90  étant  la  quantité  de. sucre  de  lait  qui, 
dissoute  dans  l’eau  distillée  de  façon  a  obtenir  un  volume  de  1000“’,  pro¬ 
duit  une  déviation  de  100°. 

Un  lait  de  bonne  qualité  doit  fournir  un  sérum  marquant  de  26  à  29® 
au  saccharimètre,  c’est-à-dire  qu’il  doit  contenir  de  53  à  57  gr.  de  lac-, 
tine  par  litre  de  sérum,  et  trop  souvent  dans  le  commerce  par  suite  de 
l’addition  d’eau,  il  ne  marque  que  19  à  23®. 

Pour  éviter  la  préparation  du  petit  lait  que  Poggiale  recommande,  d’au¬ 
tres  auteurs  ont  employé  directement  le  lait  pur,  ou  mieux  étendu  d’ea 
qu’ils  ajoutaient  à  l’aide  d’une  burette  graduée  à  un  volume  déterminé  de 
liqueur  cupro-potassique,  jusqu’à  réduction  totale;  ainsi  opérait  Rosenthal, 
ainsi  que  Boussingault  et  Boudet. 

En  résumé,  le  lait  ne  doit  pas  être  examiné  seulement  au  point  de  vue 
de  la  quantité  d’un  de  ses  principes,  mais  bien  soumis  à  plusieurs  essais 
qui  donnent  alors  sur  sa  composition  des  renseignements  exacts. 

Il  faut  l’essayer  ;  1°  au  lactodensimètre  qui  indiquera  sa  densité,  la¬ 
quelle  devra  être  comprise  en  1030  eH^^; 

2°  Au  lactoscope  ou  au  lacto-butyromètre  qui  devront  indiquer  de 
50  à  35  gr.  de  beurre  par  litre. 

5“  Au  point  de  vue  de  la  lactine  par  la  liqueur  de  Felhing,  ou  le  saccha¬ 
rimètre,  et  voir  si  son  petit-lait  renferme  bien  de  50  à  57  gr.  de  sucre 
par  kilogramme  de  petit-lait. 

PinaENTiEE  et  Deîeox,  Précis  d'expériences  et  d’observations  sur  les  différentes  espèces  de  lait, 
considérées  dans  leurs  rapports  avec  la  chimie,  la  médecine  et  l’économie  rurale.  Paris,  an  VU 
(17^9).  , 

Gdéeaed  (Alph.),  Dict.  deméd.  en  50  vol.  Art.  Lait.  Paris,  dS’O,  t.  XVII. 

Do-ixÉ  (Al.),  Du  lait  et  en  particulier  celui  des  nourrices.  Paris,  -1837.  —  Communications 
diverses  à  l’Académie  des  sciences  [Comptes  rendus,  t.  V  à  XVII,  1837-43). 

DoxsÉ,  Mémoire  sur  la  sécrétion  du  lait  chez  les  femmes  enceintes  [Bull,  de  l'Âcad.  de  méd., 
1838-39,  t.  III,  p.  811). 

Chevaluee  et  O.  Heneï,  Mémoire  sur  le  lait,  sa  composition,  ses  modifications,  ses  altérations 
[Journal  de  chim.  méd.,  2=  série,  t.  V,  1839).  —  Recherches  chimiijucs  sur  le  lait  [Bull,  de 
l'Acad.  deméd.,  1838-39,  t.  III,  p.  351). 

Rater,  Composition  du  lait  pendant  l'épizootie  aphtheuse  [Bull,  de  l’Acad.  de  méd.,  1838-39, 
t.  III,  p.  351). 

Deveegie,  Sur  la  valeur  de  l’examen  microscopique  du  lait  dans  le  choix  à  faire  d  une  nourrice 
[Bull,  de  l'Acad.  de  méd,,  1841-42).—  Dubois  (d’Amiens),  Rapport  [Ibid.,  p.  197). 

De  Leks,  Rapport  sur  un  mémoire  de  Mandl,  De  la  structure  des  globules  du  lait  [Bull,  de 
l'Acad.  deméd.,  1841-42,  t.  VII,  p.  1157). 


86 


LAIT.  —  HÎGIÈSE  ET  DIÉTÉTIQÜE. 


Gadltieb  de  Claubkï,  Mémoire  sur  l’altération  du  lait  par  la  matière  cérébrale  {Bull,  de  l’Acad^ 
de  méd.,  1841-42,  t.  VII,  p.  2791.  —  Henry,  Rapport  [Ib.,  p.  418). 

PoGGiJEE,  Dosage  du  sucre  de  lait  par  la  méthode  des  volumes  (Comptes  rendus  de  l' Acad,  dés 
sciences,  avril  18i6,  mai  1849,  février  1855  et  1856.  —  Traité  d’analyse  chimique  par  la 
méthode  des  vol.  Paris,  1858). 

Chevaluer  (.4  ),  Observations  sur  la  vente  du  lait  [Annales  d’hygiène  publ.  et  de  méd.  légale. 
Paris,  1844,  t.  XXXI,  p.  453.  —  De  la  nécessité  de  publier  une  instruction  sur  les  moyens 
à  mettre  en  pratique  pour  connaître  si  du  lait  est  ou  non  allongé  d’eau  [Ann.  d’hyg.,  2'  série, 
1855,  t.  III,  p.  306.  —  Sur  le  commerce  du  lait  pour  l’alimentation  parisienne  [Ann.  d’hyg., 
2»  série,  1856,  t.  VI,  p.  358). 

Doïère,  Etude  sur  le  lait  au  point  do  vue  économique  et  physiologique  [Ann.  de  l’Institut  agr., 
Paris,  1852). 

Veenoxs  et  Becqüebel,  Du  lait  chez  la  femme  dans  l’état  de  santé  et  de  maladie  [Ann.  d’hyg. 
publ.  et  de  méd.  légale,  1853.  t.  XLIX  et  L).  — Analyse  du  lait  des  principaux  types  de  vaches, 
chèvres,  brebis  [Ann.  d’hygiène,  1 836,  et  tirage  à  part). 

Deschaups  (d’Avallon),  Nouvelle  falsification  du  lait  [Bull,  de  l'Acad.  de  méd.,  1856-57,  t.  XXII, 
p.  400). 

Maechakd  (Eug.),  Sur  un  nouveau  procédé  propre  à  déterminer  la  richesse  du  lait.  Rapport  par 
Bussy  (Bull,  de  l’Acad  de  méd.,  Paris,  1854,  t.  XIX,  p.  1101. 

JoiLY  et  Fichol,  Recherches  sur  le  lait,  mémoire  couronné.  1856,  in-A".  (Mém.  des  savants 
étrangers.  Académie  de  médecine  de  Belgique,  t.  III.  Bruxelles,  1856). 

Réveil  (Ü.),  Du  lait,  Thèse  pour  l’agrégation  à  la  Faculté  de  médecine.  Paris,  1856,  in-S”. 
Laboui  bette.  Lettre  concernant  les  moyens  d  obtenir  un  lait  médicamenteux  sans  nuire  à  la 
santé  des  animaux  [Comptes  rendus  de  l’Académie  des  sciences,  1856,  t.  XLIl,  p.  597.  — 
De  l’introduction  des  médicaments  dans  le  lait  par  a.ssimilcition  digestive.  Paris,  1838.  Rapport 
par  Bouley  [Bull,  de  l’Acad.  de  méd.,  1859,  t.  XXIV,  p.  746). 

Bodchaeoat  et  Ouévenne,  Instruction  pour  l’essai  et  l’analyse  du  lait  [Répertoire  de  pharmacie, 
juillet  et  août  1856).  —  Du  lait  [Mémoires  de  la  Société  d’ agriculture,  1856,  et  tirage  à 
part.  Paris,  1857). 

Martin  (Stanislas),  Question  légale  sur  le  lait,  falsifications  [Bull,  dethérap.,  1858,  t.LIV,  p.542). 
.Adrian,  Recherches  sur  le  lait  au  point  de  vue  de  sa  composition,  de  son  analyse,  etc.  Thèse 
de  l’Ecole  de  pharmacie.  Paris,  1859,  in-4“. 

Liebig,  Sur  la  préparation  d’un  lait  artificiel  offrant  un  aliment  approprié  aux  besoins  des  en¬ 
fants  [Comptes  rendus  de  l’Académie  des  sciences,  1867,  t.  LXIV,  p.  997). 

GniBOüHT,  Boudet,  Poggiale,  Observations  sur  un  lait  artiliciel  proposé  pour  la  nourriture  des 
enfants  nouveau-nés  Bull,  de  l’Acad.  de  méd.,  1867,  t.  XXXII,  p.  803,  827,  835). 

CoouER,  Dictionnaire  encyclopédique  des  sciences  médicales,  art.  Lait.  Paris,  1868. 
Gautier,  Dictionnaire  de  Wurtz.  Paris,  1872,  art.  Lait. 

Marchanu  (Charles),  Du  lait  et  de  l’allaitement.  Thèse  de  l’École  de  pharmacie.  Paris,  1874. 
SouBEmAN  (Léon),  Dictionnaire  des  falsifications  et  altérations  des  substances  alimentaires  et  mé¬ 
dicamenteuses.  Paris,  1874. 

H.  DüQUSSNEL, 

HYGIÈNE  ET  DIÉTÉTIQÜE 

Avant  de  passer  en  revue  les  propriétés  thérapeutiques  du  lait  et  son 
emploi  dans  les  différentes  maladies,  il  est  nécessaire  d’entrer  dans  quel¬ 
ques  détails  succincts  relativement  à  son  rôle  dans  l’alimentation,  et  à 
l’aclion  qu’il  exerce  sur  l’économie  à  l’état  physiologique.  Ces  données 
hygiéniques  et  pharmaco-dynamiques  une  fois  acquises,  nous  aborderons 
avec  plus  de  facilité  et  plus  de  fruit  l’étude  de  ses  propriétés  thérapeu¬ 
tiques.  Quant  à  ce  qui  concerne  l’usage  du  lait  chez  le  nouveau-né  et  le 
nourrisson,  cette  matière  a  déjà  été  traitée  par,  Paul  Lorain  à  l’article 
Allaitement,  et  nous  n’avons  plus  à  y  revenir. 

Le  simple  fait  que  le  lait  suffit  exclusivement  à  l’alimentation  et  à  la 
croissance  des  jeunes  mammifères,  prouve  qu’il  constitue  par  excellence 
çe  qu’on  appelle  un  aiment  complet.  C’est  ce  qu’établissent  également  les 


LAIT.  —  HYGIÈNE  ET  DIÉTÉTIQUE.  87 

chiffres  consignés  plus  haut,  et  qui  donnent  la  composition  chimique  de 
ce  liquide  :  eau,  matières  protéiques,  graisses,  hydro-carbures,  sels  miné¬ 
raux  s’y  trouvent  dans  des  proportions  convenables,  de  façon  à  former 
une  boisson  douce,  agréable  à  l’œil  et  au  goût,  toutes  qualités  qui  en  font 
un  agent  bromatologique  de  première  inportance.  Le  lait  employé  de  pré¬ 
férence  pour  l’alimentation  dans  nos  climats  est  le  lait  de  vache.  C’est 
de  lui  qu’il  sera  surtout  question  ici,  nous  réservant  de  revenir  plus  loin 
sur  les  propriétés  qui  caractérisent  les  autres  espèces  de  lait,  celui  de  la 
chèvre,  de  la  brebis,  de  l’ânesse,  de  la  jument,  etc. 

Le  lait  est  employé  dans  un  but  alimentaire  sous  des  formes  diverses  : 
on  l’utilise  immédiatement  après  la  traite,  ou  simplement  refroidi,  ou 
bouilli  préalablement,  ou  coagulé.  On  l’emploie  encore  privé  de  certaines 
de  ses  parties  constituantes,  sous  forme  de  lait  écrémé  ou  comme  petit- 
lait;  ou  bien  encore  mélangé  à  d’autres  liquides  (café,  thé).  L’art  culinaire 
lui  fait  encore  subir  d’autres  modifications  plus  compliquées  (potages  au 
lait,  bouillies  au  lait,  etc.)  ;  enfin  ses  parties  solides,  caséine  et  graisse, 
soumises  à  des  manipulations  diverses,  constituent  les  mets  désignés  sous 
le  nom  de  fromage  et  de  beurre.  Mais  ce  sont  là  des  détails  spéciaux  dans 
lesquels  nous  n’avons  pas  à  entrer,  et  nous  nous  bornerons  à  étudier  le 
rôle  hygiénique  et  alimentaire  du  lait  pur  ou  avec  les  légères  modifications 
qu’on  lui  fait  habituellement  subir. 

Envisagé  d’une  façon  générale,  le  lait  est  un  aliment  sain,  réparateur 
et  de  facile  digestion.  Les  poètes  qui  ont  chanté  l’âge  d’or,  se  sont  plu  à 
en  faire  le  mets  favori  de  l’homme  à  cette  époque  :  «  Lacté  mero  veteres 
mimemorantur  etherbis  (Ovide).  »  Aujourd’hui  encore,  il  n’est  pas  rare 
devoir  des  pâtres  de  montagne  se  nourrissant  exclusivement  de  lait  et  de 
pain  noir,  et  jouissant,  malgré  ce  régime  frugal,  d’une  santé  robuste. 
Néanmoins,  excellent  pour  les  organes  digestifs  délicats  et  en  quelque 
sorte  inexpérimentés  du  nourrisson,  le  lait  n’cst  pas  fait  pour  constituer 
le  régime  exclusif  de  l’homme  bien  portant,  qui  demande  des  aliments 
plus  subtantiels  et  plus  nutritifs.  Administré  seul  chez  des  sujets  habitués 
à  une  nourriture  plus  riche,  le  lait  ne  tarde  pas  à  amener  un  amaigrisse¬ 
ment  notable  par  véritable  autophagie  ;  de  là,  comme  nous  le  verrons  plus 
loin,  son  emploi  utile  dans  certains  cas  de  polysarcie.  Mais  sa  digestion 
et  son  assimilation  faciles,  son  état  liquide  qui  ne  nécessite  ni  mastication, 
ni  insalivation  préalables,  ni  aucune  des  opérations  mécaniques  qu’exigent 
les  aliments  solides,  le  rendent  éminemment  propre  à  l’alimentation  des 
personnes  valétudinaires,  des  malades  et  des  convalescents,  des  vieillards, 
de  tous  les  individus,  en  un  mot,  qui  par  leur  débilité  générale  ou  la 
fatigue  de  leurs  organes  digestifs  sont  sujets  à  des  digestions  laborieuses 
et  à  des  troubles  dyspeptiques.  Nous  verrons  que  toute  une  source  pré¬ 
cieuse  d’indications  'découle  de  cette  première  et  capitale  propriété  du 
lait. 

Cependant,  si  le  lait  de  bonne  qualité  est  facilement  supporté  par  la 
grande  majorité  des  sujets,  il  en  est  chez  lesquels  il  détermine  des  trou¬ 
bles  variés,  surtout  de  la  diarrhée,  ce  qui  force  tôt  ou  tard  à  abandonner 


LAIT.  -  HYGIÈNE  ET  DIÉTÉTIQDE. 


son  emploi.  Selon  la  juste  remarque  du  professeur  Fonssagrives,  l’estomac 
est  le  plus  individuel  de  nos  organes,  et  celui  dont  il  importe  le  plus  de 
consulter  les  idiosyncrasies.  Or  il  arrive  quoique  plus  rarement  qu’on  ne 
pense  de  rencontrer  des  estomacs  qui  se  révoltent  obstinément  contre 
l’usage  du  lait,  quelles  que  soient  les  précautions  auxquelles  on  a  recours 
pour  le  faire  tolérer. 

Le  lait,  quand  il  est  digéré  et  absorbé  convenablement,  loin  de  pro¬ 
duire  de  la  diarrhée,  occasionne  volontiers  un  certain  degré  de  constipa¬ 
tion,  et  ce  fait  s’explique  aisément  si  l’on  songe  qu’il  s’absorbe  presque 
en  totalité  et  sans  laisser  de  résidu  solide.  C’est  donc  une  erreur  et  un 
préjugé,  contre  lesquels  Jaccoud  s’est  élevé  avec  raison,  que  de  croire  que 
le  lait  détermine  de  la  diarrhée;  quand  il  le  fait,  ce  n’est  que  quand  il  est 
mal  supporté  et  quand  il  provoque  une  indigestion.  Toutes  les  fois  que  le 
lait  détermine  une  diarrhée  durable,  il  faut  renoncer  à  l’administrer  tant 
comme  moyen  diététique  que  comme  agent  thérapeutique. 

Tous  les  praticiens,  en  revanche,  s’accordent  à  attribuer  au  lait  une 
grande  activité  diurétique.  Le  lait  agit-il  comme  hydragogue,  simplement 
en  amenant  l’ingestion  d’abondantes  quantités  d’eau,  ou  sont-ce  les  sels 
ou  d’autres  principes  qui  entrent  dans  sa  composition  qui  sollicitent  direc- 
tement  la  sécrétion  rénale?  C’est  là  un  point  qu’il  est  difficile  de  trancher, 
mais  le  fait  subsiste  et  nous  aurons  à  insister  sur  sa  portée  théra¬ 
peutique. 

Il  est  utile  de  connaître  les  états  du  lait  qui  favorisent  le  plus  son  assi¬ 
milation  et  partant  son  action  sur  l’économie.  Le  meilleur  de  tous  est  le 
lait  de  traite,  pris  immédiatement  après  sa  sortie  des  mamelles  et  n’ayant 
pas  encore  eu  le  temps  de  subir  aucune  altération  ni  fermentation.  Si  le  lait 
n’est  pas  rapidement  utilisé  après  la  traite,  on  a  l’habitude,  pour  retarder 
la  fermentation  lactique  et  l’acescence  du  liquide,  de  le  soumettre  à  la 
cuisson.  11  ne  laisse  pas  que  de  perdre  ainsi  quelques-unes  de  ses  prô- 
priétés,  son  parfum  si  agréable,  et  une  certaine  quantité  d’albumine  qui 
ne  jouit  pas,  comme  la  caséine,  de  la  propriété  de  demeurer  dissoute 
malgré  l’élévation  de  température,  mais  se  coagule  et  forme  la  croûte  lé¬ 
gère  qui  nage  à  la  surface  du  lait  bouilli.  Ingéré  à  chaud,  le  lait  préalable¬ 
ment  bouilli  est  franchement  lourd  et  indigeste  ;  il  faut  donc  le  laisser 
refroidir  après  l’ébullition. 

Néanmoins  l’ébullition  peut  offrir  quelques  avantages  outre  celui  de 
permettre  plus  longtemps  la  conservation  du  lait  ;  c’est  celui  de  détruire 
les  germes  nuisibles  qu’il  peut  contenir.  Ce  n’est  pas  qu’il  faille  à  cet 
égard  avoir  des  craintes  exagérées  et  redouter  par  exemple  que  l’ingestion 
de  lait  provenant  de  vaches  tuberculeuses  ne  transmette  la  tuberculos,e  ; 
en  admettant  même  que  cette  affection  soit  une  dyscrasie  virulente,  ana¬ 
logue  à  la  syphilis,  on  sait  que  les  liquides  de  sécrétion  physiologique,  le 
lait  notamment,  ne  se  chargent  point  de  germes  morbides.  Cependant, 
tout  récemment,  Klebs  (de  Berne)  {Arch.,  f.  exp.  Path.  u.  Pharm.,  1873, 
1. 1,163-180), a  publié  des  expériences  d’après  lesquelles  le  lait  provenant 
de  vaches  tuberculeuses  engendrerait  la  tuberculose  chez  des  animaux 


LAIT.  —  HYGIÈNE  ET  DIÉTÉTIQÜE.  89 

de  différente  espèce  ;  bien  plus, 'le  virus  ne  serait  pas  détruit  par  la  cuis¬ 
son,  généralement  insuffisante,  à  laquelle  on  soumet  le  lait.  Ces  résultats 
sont  graves  et  inattendus  ;  ils  nécessitent,  avant  d’être  acceptés,  d’avoir 
subi  le  contrôle  de  nouvelles  recherches. 

Les  détails  dans  lesquels  nous  venons  d’entrer  concernent  particulière¬ 
ment  le  lait  de  vache  ;  mais  ils  s’appliquent  également  aux  autres  espèces 
de  lait.  Si  l’on  consulte  les  tableaux  de  la  composition  chimique  de  ces 
variétés  de  lait,  on  verra  que  les  laits  de  la  brebis  et  de  la  chèvre  se  rap¬ 
prochent  sensiblement  du  lait  de  vache  ;  ils  constituent  un  groupe  naturel 
caractérisé  par  la  prédominance  du  beurre,  de  la  caséine  et  des  sels.  Au 
contraire,  les  laits  de  jument  et  d’ânesse  sont  surtout  des  laits  sucrés, 
pauvres  en  graisse,  riches  en  lactose.  Nous  signalerons  plus  loin  les  indi¬ 
cations  spéciales  que  l’on  a  essayé  de  poser  pour  chacune  de  ces  variétés 
laitières,  mais  nous  sommes  entièrement  de  l’avis  de  Fonssagrives  qui 
regarde  le  choix  à  faire  entre  ces  espèces  de  lait  comme  étant,  dans  la 
plupart  des  cas,  surtout  une  question  d’approvisionnement  facile.  Le 
meilleur  lait  est  celui  que  l’on  se  procure  le  plus  aisément  à  l’état  de  pureté, 
et  celui  que  les  malades  boivent  et  tolèrent  le  mieux. 

Il  est  souvent  utile  d’aromatiser  le  lait  et  de  le  rendre  plus  sapide;  le 
lait  fourni  par  les  vaches  ou  les  chèvres  qui  vivent  dans  les  hauts  pâtu¬ 
rages  des  Alpes  doit  aux  herbes  aromatiques  que  recherchent  ces  ani¬ 
maux  le  goût  si  agréable  qui  le  caractérise.  On  peut  augmenter  sa  ri¬ 
chesse  en  hydrocarbures  par  l’addition  de  lactose  ou  de  sucre  de  canne  ; 
on  peut  encore  augmenter  sa  richesse  minérale  par  l’addition  directe  de 
sel  marin  ou  indirectement  en  faisant  absorber  aux  femelles  laitières  de 
grandes  quantités  de  ce  condiment  (régime  chloruro-lacté  d’Amédée 
Latour).  L’addition  d’alcalins  (bicarbonate  de  soude,  magnésie)  ou  d’eaux 
minérales  alcalines,  ou  bien  celle  d’eau  de  chaux  (Pécholier),  font  souvent 
mieux  supporter  le  lait  par  l’estomac.  D’autres  fois,  quoique  plus  rare¬ 
ment,  il  faut  recourir  aux  acides,  ou  bien  à  des  amers  en  petite  quantité, 
et  même  à  quelques  gouttes  de  rhum.  Il  appartient  au  tact  du  médecin  de 
multiplier  et  de  modifier  ces  moyens  adjuvants. 

Quant  aux  modifications  plus  profondes  que  l’on  fait  subir  au  lait  (petit- 
lait,  babeurre,  beurre,  koumyss,  etc.),  nous  aurons  à  y  revenir  quand 
nous  étudierons  le  traitement  de  la  phthisie  par  la  cure  lactée. 

En  résumé,  on  voit  que  ces  propriétés  du  lait  en  font  à  la  fois  un  agent 
diététique  et  thérapeutique  très-important.  C’est  pour  ainsi  dire  le  type  de 
ce  que  Baumes  appelle  un  aliment  médicamenteux.  C’est  un  aliment  com¬ 
plet;  il  se  digère  plus  vite  et  plus  facilement  qu’aucune  autre  substance 
végétale  ou  animale  ;  il  fait  passer  dans  la  circulation  un  chyle  qui  n’exige 
pas  une  active  élaboration  de  la  part  du  foie,  ni  un  grand  travail 
d’hématose.  Il  en  résulte  qu’il  élève  faiblement  la  température  du  corps, 
et  ne  stimule  ni  les  combustions  ni  la  circulation.  Reconstituant  dans 
certains  cas,  il  devient  dans  d’autres  manifestement  altérant  (Pécholier)  ; 
enfin,  il  jouit  d’un  grand  pouvoir  diurétique.  De  là  les  nombreuses  appli¬ 
cations  thérapeutiques  que  nous  allons  maintenant  étudier. 


90  fvAlT.  -  THÉBAPEDTIQDE. 

THÉRAPEDTIQDE. 

A.  Thérapeutique  générale  de  la  diète  lactée,  —  Hippocrate, 
dans  un  de  ses  aphorismes,  résume  sa  manière  de  voir  sur  l’emploi  du  lait  ;  il 
le  repousse,  en  général,  dans  les  affections  fébriles  et  le  recommande  dans 
les  maladies  chroniques.  Un  auteur  du  dix-septième  siècle,  R.  Restau¬ 
rant  a  consacré  un  volume  entier  au  commentaire  de  cet  aphorisme.  A 
l’exemple  du  père  de  la  médecine,  Galien,  Aétius,  Avicenne  et  la  plupart 
des  médecins  de  l’antiquité  et  du  moyen  âge  montraient  une  certaine  ti¬ 
midité  dans  l’emploi  du  lait  dans  les  maladies.  Ils  ignoraient  que  ce  liquide 
se  coagule  normalement  dans  l’estomac  et  regardaient  cette  coagulation 
comme  un  accident  redoutable.  Aussi,  comme  le  fait  observer  Pécholier, 
au  savant  mémoire  duquel  nous  empruntons  ces  détails  historiques,  Celse, 
Pline,  et  l’école  de  Salerne  prescrivaient-ils  surtout  l’usage  du  petit- 
lait.  Fréd.  Hoffmann  fut  un  des  premiers  à  s’élever  contre  ces  préjugés 
séculaires  ;  il  recommande  avec  un  véritable  enthousiasme,  tant  dans  ses 
propres  écrits  que  dans  ceux  de  ses  disciples,  l’usage  du  lait  pur  ou  coupé 
d’eau  minérale  ou  sous  forme  de  petit-lait.  A  partir  de  ce  moment  et  de  la 
publication  du  livre  de  Petit-Radel  (1786),  l’emploi  thérapeutique  du  lait 
est  entré  dans  une  voie  franchement  scientifique  et  a  été  l’objet  de  tra¬ 
vaux  nombreux,  dont  nous  aurons  occasion  de  citer  les  principaux  dans  le 
cours  de  ce  travail.  Dans  ces  derniers  temps  même,  la  vogue  et,  il  faut 
bien  le  dire,  la  spéculation  s’en  sont  mêlées,  surtout  en  Allemagne,  où  la 
littérature  médicale  est  encombrée  d’une  foule  d’observations  et  de  récits 
de  cures  lactées  où  la  réclame  tient  plus  de  place  que  la  science.  Il  est 
bon  de  signaler  ces  abus  qui,  du  reste,  ne  sauraient  compromettre  la 
galactothérapie  consciencieuse  et  scientifique. 

Nous  nous  efforcerons  d'éviter,  dans  cet  exposé,  d’énumérer  pêle-mêle 
et  au  hasard  les  diverses  maladies  dans  lesquelles  on  a  eu  recours  au  lait, 
et  les  résultats  qu’on  en  a  obtenus  ;  une  telle  méthode  serait  fatigante  et 
peu  instructive.  C’est  ici  que  les  détails  dans  lesquels  nous  sommes  entré 
plus  haut  trouveront  leur  application  ;  c’est  en  nous  appuyant  sur  la  no¬ 
tion  des  propriétés  physiologiques  et  pharmaco-dynamiques  du  lait  que 
nous  chercherons  à  fixer  ses  indications,  et  à  interpréter  son  efficacité 
dans  les  différentes  maladies. 

La  première,  nous  le  répétons,  et  la  plus  précieuse  des  propriétés  du 
lait,  est  d’être  à  la  fois  un  aliment  complet  et  de  facile  digestion.  C’est  un 
aliment  complet  :  de  là,  la  possibilité  d’en  faire  un  aliment  exclusif,  de  le 
donner  pendant  des  mois  et  des  années,  en  l’absence  de  toute  autre 
substance  alimentaire.  Avantage  inappréciable,  puisqu’il  permet  l’usage 
prolongé  et  ininterrompu  de  la  même  intervention  thérapeutique.  Il  en 
résulte  aussi  que  ce  qu’on  appelle  le  régime  lacté  constitue  à  la  fois  le 
plus  doux  et  le  moins  fatigant  des  régimes  exclusifs. 

Sydenham  définit  la  diète  lactée  :  Dieta  solo  lacté,  sive  cocto,  sive  crudo, 
exsulantibus  cæteris  omnibus,  nisi  quod  panis  aliquid  semel  forte  in  die 
adikiatur.  C’est  là  le  régime  lacté  dans  sa  sévérité  classique,  le  régime  pur. 


LAIT.  -  TlIÉRAPErjTIQUE.  ‘  91 

comme  l’appelle  Pécholier.  D’après  les  calculs  de  Schiff,  l’homme  adulte 
doit  absorber  quotidiennement,  au  minimum,  une  quantité  d’aliments 
dans  lesquels  entrent  en  poids  110  à  130  grammes  de  matières  albumi¬ 
noïdes,  80  gr.  de  graisse,  420  gr.  de  fécule ,  30  gr.  de  sels  et  2,800  gr. 
d’eau.  Or  4  litres  de  bon  lait  de  vache  renferment,  et  au  delà,  la  somme 
totale  d’aliments  nécessaires  à  l’adulte  pour  que  son  organisme  ne  soit 
pas  en  déficit.  On  voit  par  ces  chiffres  que  dans  la  diète  lactée  rigoureuse 
l’alimentation  du  sujet  est  assurée,  sans  luxe,  sans  doute,  mais  dans  des 
proportions  suffisantes.  Mais  pour  que  ce  but  soit  atteint,  il  faut  que  le 
lait  ingéré  soit  digéré  et  absorbé,  il  faut  que  l’aliment  soit  toléré.  Le  meil¬ 
leur  signe  à  cet  égard,  c’est  l’absence  de  diarrhée  ;  le  lait,  convenablement 
digéré,  constipe  plutôt  qu’il  ne  purge  (Trousseau,  Fonssagrives,  Jaccoud). 
Souvent  le  médecin  est  obligé  de  lutter  pour  obtenir  cette  tolérance  ;  il  y 
parvient  à  l’aide  d’un  certain  nombre  de  moyens  adjuvants  dont  nous 
avons  déjà  parlé  (choix  du  lait,  addition  de  substances  médicamenteuses, 
etc.),  ou  que  nous  mentionnerons  plus  loin  (exercice  méthodique,  séjour 
dans  les  montagnes,  etc.).  Quelquefois  tous  les  efforts  deviennent  inutiles 
et  se  heurtent  contre  l’idiosyncrasie  des  malades;  il  faut  alors  renoncer 
à  la  médication. 

Une  précaution  indispensable  consiste  à  n’administrer,  surtout  au  début 
du  traitement,  que  des  quantités  modérées  de  lait  à  la  fois,  un  demi-verre 
à  un  verre.  C’est  en  ingérant  d’un  coup  de  grandes  masses  qu’on  voit 
apparaître  la  diarrhée.  On  ne  saurait  trop  insister  sur  ces  menus  détails 
relatifs  au  mode  d’administration,  car  là  est  le  secret  du  succès.  Selon  la 
judicieuse  remarque  du  docteur  Karell,  le  médecin  doit  bien  se  garder  de 
dire  à  son  malade  :  «  Buvez  du  lait  quand  vous  voudrez,  et  autant  que 
vous  voudrez,  »  Disposant  d’une  semblable  latitude,  le  malade  ne  sera 
jamais  convaincu  de  faire  une  cure  sérieuse,  et  d’autre  part,  pour  éviter 
les  indigestions,  il  est  indispensable  d’administrer  le  lait  à  doses  modé¬ 
rées,  successives,  à  intervalles  réguliers.  C’est  pour  avoir  méconnu  ces 
règles  de  conduite  que  l’on  rencontre  tant  de  malades  qui  disent,  et 
que  leur  médecin  déclare  ne  pas  supporter  le  lait.  Si  l’on  interroge  ces 
malades,  on  s’assure,  dans  la  majorité  des  cas,  qu’ils  buvaient  le  lait  à 
grandes  doses,  irrégulièrement  et  sans  méthode.  En  se  conformant  au 
contraire  au  principe  énoncé  plus  haut,  enverra  que  le  nombre  des  sujets 
réfractaires  est  réellement  minime. 

Quand  le  but  thérapeutique  poursuivi  est  atteint  dans  une  mesure  plus 
ou  moins  complète,  on  peut  successivement  se  relâcher  de  la  rigueur  pre¬ 
mière  du  traitement,  permettre,  en  même  temps  que  le  lait,  l’usage  d’ali¬ 
ments  solides  légers,  mitiger  graduellement  le  régime,  et  ramener  ainsi 
sans  secousse  le  malade  à  son  alimentation  habituelle. 

B.  De  la  diète  lactée  dans  les  affections  du  tube  digestif.  — 
C’est  là,  de  toutes  les  indications  du  régime  lacté,  la  plus  directe  et  la  plus 
rationnelle.  La  grande  pierre  d’achoppement  des  maladies  du  système  di¬ 
gestif,  pour  peu  qu’elles  offrent  de  durée,  consiste  dans  la  nécessité  où  l’onse 
trouve  de  nourrir  les  malades.  Or  chaque  repas,  par  l’excitation  méca- 


92  ’  LAIT.  —  THÉRAPEDTIQDE. 

nique  de  la  muqueuse,  par  l’irritation  qu’il  provoque,  est  une  cause  régu¬ 
lière  de  recrudescence  de  la  phlegmasie  et  entraîne  la  durée  indéfinie  du 
mal.  C’est  là  le  cercle  vicieux  qui  éternise  la  plupart  des  gastrites  et  des 
dyspepsies.  Heureusement  que  nous  possédons  dans  l’usage  exclusif  ou 
presque  exclusif  du  lait  un  moyen,  on  peut  le  dire,  unique  qui  permet 
l’alimentation,  sans  exiger  de  la  part  des  premières  voies  aucun  effort  in¬ 
tense.  Aussi  n’en  est-on  plus  à  enregistrer  les  succès  de  cette  médication 
dans  la  gastrite  chronique,  les  diverses  dyspepsies,  les  gastro-entérites, 
les  entéro-colites,  les  dysenteries  rebelles,  les  diarrhées  chroniques,  etc. 
Ce  n’est  pas  qu’il  faille  faire  du  lait  la  panacée  des  affections  intestinales 
et  ériger  son  administration,  comme  font  certains,  en  règle  unique  et  in¬ 
flexible.  Quelques  formes  atoniques  de  dyspepsie,  la  dyspepsie  flatulente, 
les  gastralgies  ne  sont  guère  influencées  par  le  régime  lacté  ;  il  en  est  de 
même  des  troubles  de  la  digestion  liés  à  la  chlorose.  Mais  le  nombre  des 
indications  l’emporte  de  beaucoup  sur  celui  où  le  lait  est  inutile  ou 
nuisible. 

Lorsqu’un  enfant  est  sevré  prématurément  ou  nourri  d’aliments  gros¬ 
siers,  une  diarrhée  intense  et  rebelle  ne  tarde  pas  à  éclater,  suivie  d’un 
amaigrissement  rapide  [apepsie,  Parrot);  dans  ces  cas,  une  seule  indica¬ 
tion  existe,  mais  urgente,  c’est  de  remettre  l’enfant  à  la  diète  lactée  ;  on 
a  recours  à  une  nourrice,  si  l’enfant  consent  à  reprendre  le  sein,  à  l’usage 
du  lait  de  vache  dans  le  cas  contraire.  Le  régime  lacté  est  employé  avec 
un  égal  succès  dans  les  entérites  avec  diarrhée,  si  fréquentes  chez  les  en¬ 
fants  de  15  à  18  mois,  au  moment  de  l’apparition  des  canines  ou  des 
deuxièmes  molaires  (Pécholier). 

Chez  les  adultes,  le  régime  lacté  est  employé  avec  succès  dans  les  gas¬ 
trites  rebelles,  d’origine  alcoolique  ou  autre,  où  l’estomac  fatigué  et  sur¬ 
mené  est  incapable  de  sécréter  un  suc  assez  actif,  assez  riche  en  pepsine 
pour  digérer  les  aliments  solides.  Le  lait  pur  ou  écrémé,  dans  ce  cas, 
réussit  émerveille;  si  le  malade  est  tourmenté  d’aigreurs  et  de  renvois 
acides,  l’addition  d’eau  alcaline  ou  d’eau  de  chaux  est  avantageuse. 

On  trouve  dans  le  mémoire  de  Karell  et  dans  celui  de  Pécholier,  des 
observations  qui  montrent  l’efficacité  de  la  médication  lactée  dans  la  diar¬ 
rhée  chronique,  liée  à  l’entérite  ou  à  la  dysenterie  chronique.  Dans  quel¬ 
ques  cas,  Pécholier  s’est  bien  trouvé  de  l’administration  simultanée  du 
lait  et  de  la  viande  crue.  Clavel  (Th.  inaug.,  Paris,  1873),  qui  a  observé 
dans  les  pays  chauds,  conseille  le  lait,  pur  ou  mélangé  d  un  peu  d’eau  de 
chaux,  comme  étant  très-efficace  contre  l’anémie  et  l’affaiblissement  ex¬ 
trême  des  anciennes  dysenteries,  et  comme  favorisant  la  cicatrisation  des 
ulcérations  intestinales  souvent  si  rebelles  dans  cette  maladie. 

Si  le  lait  est  indiqué  dans  le  cas  où  la  muqueuse  stomacale  est  simple¬ 
ment  congestionnée  ou  enflammée,  à  fortiori  l’est  il  dans  les  ulcéra¬ 
tions  et  surtout  dans  Vulcère  rond  de  Vestomac.  Aussi  Cruveilhier  déjà 
recommandait-il  la  diète  lactée,  et  l'on  peut  dire  que  sans  le  secours  de 
cette  médication  l’ulcère  rond,  au  lieu  de  comporter  un  pronostic  géné¬ 
ralement  bénin,  serait  une  maladie  presque  constamment  mortelle.  Le 


93 


LAIT.  -  THÉRAPEUTIQUE. 

lait  est  doublement  utile  dans  ce  cas  ;  c’est  un  aliment  liquide,  et  qui  n’ex¬ 
pose  point  la  surface  dénudée  de  l’estomac  à  des  irritations  mécaniques  ;  en 
outre,  grâce  à  sa  réaction  légèrement  alcaline,  le  lait  frais  et  de  bonne 
qualité  remplit  encore  un  rôle  chimique  et  directement  médicamenteux  ; 
il  neutralise  en  partie  l’acidité  du  suc  gastrique  et  diminue  par  consé¬ 
quent  les  dangers  d’autopepsié  de  la  paroi  du  ventricule.  Le  lait,  en  effet, 
si  l’on  en  croit  les  expériences  de  Busch  et  de  Kühne,  séjourne  très-peu 
de  temps  dans  l’estomac  et  n’a  pas  le  temps  d’y  subir  la  fermentation 
lactique.  C’est  dans  ce  cas,  du  reste,  que  l’addition  d’un  peu  de  bicarbo¬ 
nate  de  soude  ou  d’eau  de  chaux  est  particulièrement  utile.  Le  professeur 
Cil.  Schützenberger  recommande  la  diète  lactée  et  l’administration  interne 
(lu  nitrate  d’argent,  mais  rien  ne  prouve  que  l’emploi  exclusif  de  la  pre¬ 
mière  de  ces  médications  ne  lui  eût  pas  donné  les  mêmes  succès. 

C’est  là  proprement  le  triomphe  de  la  médication  lactée,  et  il  n’est  pas 
de  médecin  qui  n’ait  pu  ainsi  assister  à  de  véritables  résurrections.  11  va  de 
soi  que  le  lait  trouve  son  emploi  dans  toutes  les  autres  affections  ulcé¬ 
reuses  du  tuhe  intestinal,  notamment  dans  les  gastrites  toxiques.  Jaccoud 
cite  un  cas  remarquable  d’empoisonnement  par  l’eau  de  javelle  suivi  d’une 
gasirite  violente  avec  hématémèse,  qui  guérit  radicalement  après  un  régime 
lacté  exclusif  (lait  glacé)  maintenu  pendant  cinq  semaines.  Dans  les  affec¬ 
tions  carcinomateuses  (le  l’estomac,  dans  le  rétrécissement  du  pylore,  le 
lait  rend  encore  des  services  signalés,  quoique  purement  palliatifs. 

C.  Du  régime  lacté  pendant  la  durée  et  dans  la  convales^ 
lence  des  üèvres  prolongées.  —  La  nécessité  de  nourrir  les  fiévreux 
fait  partie  des  vérités  devenues  banales  aujourd’hui;  mais  si  l’indication 
est  formelle,  elle  est  en  revanche  difficile  à  remplir.  On  sait,  en  effet,  qu’un 
des  premiers  résultats  de  la  fièvre  est  de  tarir  les  sécrétions  gastrique  et  de 
s’accompagner  d’un  état  franchement  catarrhal  des  premières  voies.  Les 
mêmes  motifs  qui  commandent  l’emploi  de  la  diète  lactée  dans  les  affections 
idiopathiques  des  voies  digestives  se  retrouvent  donc  ici.  Le  lait  est  l’aliment 
par  excellence  des  fébricitants  et  des  convalescents,  chez  lesquels  l’es¬ 
tomac  se  trouve  momentanément  dans  les  mêmes  conditions  de  débilité 
et  de  susceptibilité  qu’il  l’est  d’une  façon  habituelle  chez  le  nourrisson 
et  le  dyspeptique.  Le  lait  pur  ou  écrémé  peut  être  administré  sans  crainte 
pendant  tout  le  cours  d’une  fièvre  typho’ide,  d’une  variole  ou  d’une  scar¬ 
latine.  Tout  en  nourrissant  le  malade,  le  lait  offre  l’énorme  avantage  de 
ne  pas  activer  les  combustions  intimes,  déjà  si  intenses,  et  de  ne  pas 
exagérer  le  mouvement  fébrile.  L’usage  du  lait  continué  pendant  les  pre¬ 
miers  temps  de  la  convalescence  de  la  fièvre  typhoïde  met  à  l’abri  des 
écarts  et  des  excès  de  régime  si  dangereux  chez  des  sujets  dont  l’intestin 
est  encore  en  pleine  voie  de  cicatrisation.  Ici  encore,  on  le  voit,  comme 
dans  les  affections  primitives  du  tube  digestif,  si  le  lait  rend  de  signalés 
services,  ce  n’est  pas  à  titre  de  médicament  ni  surtout  de  médicament 
spécifique  ;  c’est  uniquement  comme  aliment  réparateur,  adoucissant  et 
facilement  digéré  qu’d  agit.  C’est  là  aussi  ce  qui  rend  son  emploi  si  pré¬ 
cieux  dans  les  divers  états  consomptifs  et  notamment  dans  la  phthisie  pul- 


94  LAIT.  -  THÉRiPEüTIQUE. 

monaire  ;  mais  ce  point  est  tellement  important  et  a  été  l’objet  de  travaux 
si  nombreux,  qu’il  nécessite  de  notre  part  une  étude  spéciale. 

D.  De  la  médication  lactée  dans  la  plithisie  pnlmonaire. 
—  Après  tous  les  détails  dans  lesquels  nous  sommes  entré  au  sujet  des 
propriétés  bromatologiques  du  lait,  il  est  facile  de  comprendre  que  les 
médecins  de  toutes  les  époques  aient  cherché  à  utiliser  cette  précieuse  res¬ 
source  pour  le  traitement  de  la  phthisie.  Hippocrate,  Arétée,  Alexandre  de 
Tralles,  Guy  Patin,  Cullen,  recommandent  le  lait  aux  poitrinaires.  Ils 
insistent  minutieusement  sur  le  choix  de  la  femelle  laitière,  sur  son  mode 
d’alimentation,  sur  les  quantités  de  lait  qu’il  convient  d’administrer.  Le 
lait  d'ânesse  passait  surtout  pour  être  efficace,  et  l’on  avait  même  re¬ 
cours  au  lait  de  femme.  Baumes,  cité  par  Fonssagrives,  rapporte  qu’un 
Anglais  «  arrivé  au  dernier  degré  delà  pulmonie,prit  successivement  deux 
nourrices  et  guérit  complètement  au  bout  de  quatre  mois  et  demi.  »  Il  est 
inutile  de  dire,  ajoute  l’éminent  hygiéniste  auqmd  nous  empruntons  ce 
fait,  que,  fût-il  d’une  utilité  incontestable,  un  pareil  traitement  est  impos¬ 
sible,  vu  le  dégoût  qu’jl  provoque  et  le  ridicule  qui  s’attache  invincible¬ 
ment  à  l’idée  d’un  allaitement  direct.  Du  reste,  à  partir  du  milieu  du 
siècle  dernier,  une  nouvelle  méthode  surgit,  qui  fit  taire  toutes  les  an¬ 
ciennes  disputes  ;  elle  consiste  dans  l’emploi  du  petit-lait. 

De  la  cure  du  petit-lait.  — Molkenkur.  —  On  sait  quelle  vive  impul¬ 
sion  fut  imprimée  à  la  galactothérapie  en  général  par  Fréd.  Hoffmann. 
Ce  fut  lui  qui,  le  premier,  jjoussa  à  la  préparation  en  grand  et  généralisa 
l’emploi  du  petit-lait.  Dès  1741,  on  trouvait  en  Suisse  des  établissements 
spéciaux  pour  la  cure  du  petit-lait,  que  Tissot  et  Tronchin  mirent  à  la 
mode,  vers  la  fin  du  dernier  siècle.  Ces  établissements  ne  tardèrent  pas  à 
se  multiplier  en  Allemagne,  où  l’on  en  compte  plus  de  trois  cents  actuel¬ 
lement.  Il  existe  toute  une  littérature  ayant  trait  à  la  Molkenkur,  et  si, 
dans  cette  foule  de  documents,  il  faut  largement  faire  la  part  de  la  spécu¬ 
lation  et  du  côté  industriel,  il  faut  reconnaître  aussi  qu’il  s’y  trouve  nom¬ 
bre  de  travaux  estimables  et  qui  méritent  l’attention  et  la  discussion. 
Il  suffit,  à  cet  égard,  de  citer  les  intéressantes  publications  de  Kræmer, 
Beneke,  Falk,  Lersch,  Carrière,  Helfft,  Thierry-Mieg.,  etc.  Les  adversaires 
ou  du  moins  les  critiques  n’ont  pas  fait  défaut  ;  citons  entre  autres  Aran 
et  Lebert.  Telle  qu’elle  se  présente  actuellement,  la  question  est  loin  d’être 
résolue,  mais  son  importance  nous  engage  à  entrer  à  ce  sujet  dans  quelques 
développements. 

Le  petit-lait  est  le  liquide  du  lait  privé  de  caséine,  de  beurre  et  quel¬ 
quefois  au.-si  d’albumine,  de  sorte  qu’il  ne  renferme  plus  que  les  sels  mi' 
néraux  et  le  sucre  de  lait;  il  s’obtient,  dans  les  établissements  spéciaux 
avec  du  lait  de  chèvre  que  l’on  fait  cailler  à  l’aide  de  la  présure,  en  le  por¬ 
tant  à  une  température  d’environ  40°.  Il  est  utile  de  ne  pas  dépasser  cette 
température,  pour  éviter  la  coagulation  de  l’albumine  que  contient  le  lait^ 
On  filtre  à  travers  un  linge,  et  on  obtient  un  liquide  verdâtre,  doux,  à  sa¬ 
veur  de  lait  de  chèvre.  Dans  la  plupart  des  établissements,  ,vu  la  difficulté 
d’avoir  de  grandes  quantités  de  lait  de  chèvrej  on  y  mêle,  sans  aucun  in- 


9o 


LAIT.  --  THÉRAPEUTIQUE. 

convénient  du  reste,  une  plus  ou  moins  forte  proportion  de  lait  de  vache. 

Voici  la  composition  chimique  des  différentes  espèces  de  petit-lait,  ana¬ 
lysées  à  Obersalzbrunn,  en  1859,  par  Valentiner  : 

Eau . •.  .  .  93.580 

Matières  albuminoïdes .  1.140 

Lactose.  .  . .  4.550 

Matières  grasses .  0.372 

Sels  et  substances  extractivgs  .  .  0..578 

100  100  100 

On  voit  par  ce  tableau  que  le  petit-lait  n’est  autre  chose  qu’une  solu¬ 
tion  de  sucre  de  lait,  renfermant  des  sels  et  de  très-faibles  quantités  d’al¬ 
bumine  et  de  matières  grasses.  Ses  propriétés  alimentaires  sont  nulles  ou 
e.vtrêmement  restreintes,  si  tant  est  qu’il  faille  en  tenir  compte.  Aussi  l’a- 
t-on  considéré  (Lersch)  comme  une  sorte  d’eau  minérale  d’origine  orga¬ 
nique,  mais  l’emportant  sur  ces  eaux  par  son  origine  même  qui  lui  com¬ 
muniquerait  une  activité  toute  spéciale  (Vlosisovicz).  Les  adversaires  du 
pelit-lait  se  sont  beaucoup  égayés  sur  cette  prétendue  activité,  un  peu 
mystique  en  effet  et  peu  propre  à  satisfaire  un  esprit  exact;  ils  insistent 
beaucoup  sur  la  pauvreté  nutritive  de  ce  breuvage,  et  l’objection  serait 
juste,  s’il  s’agissait  de  diète  et  non  de  cure  de  petit-lait.  Mais  la  vérité  est 
que  le  petit-lait  est  administré,  non  à  titre  d’aliment,  mais  à  titre  de  mé¬ 
dicament.  11  se  prend,  d’une  manière  fractionnée,  à  la  dose  de  500  à  1000 
grammes  par  jour,  chaud  ou  tiède;  les  premiers  verres  sont  bus  autant 
que  possible  à  jeun,  et  leur  ingestion  est  suivie  d’un  exercice  modéré.  Dans 
certaines  localités,  la  cure  du  petit-lait  est  combinée  à  celle  du  raisin, 
combinaison  heureuse,  si  l’on.s’en  rapporte  au  jugement  de  Carrière  et  de 
Herpin  (de  Metz).  Le  régime  usité  dans  la  plupart  des  stations  n’a  rien 
de  rigoureux,  et  consiste  en  une  alimentation  tonique  et  réparatrice. 

Quant  aux  effets  thérapeutiques  du  petit-lait,  il  en  est  qui  sont  incon¬ 
testables.  A  doses  fortes,  il  est  franchement  purgatif;  à  doses  modérées, 
légèrement  laxatif  ;  c’est  à  cette  dernière  dose  qu’il  est  habituellement 
administré.  11  favorise  donc  les  sécrétions  intestinales  et  agit  efficacement 
contre  ces  états  gastro-intestinaux,  si  fréquents  au  début  de  la  phthisie, 
que  l’on  a  décrits  sous  le  nom  de  pléthore  abdominale.  11  agit  dans  le  même 
sens  sur  la  muqueuse  bronchique,  dont  il  modifie  avantageusement  les 
sécrétions;  il  facilite  l’expectoration  en  la  fluidifiant  et  calme  ainsi  la  toux. 
Enfin,  il  jouit  des  mêmes  propriétés  diurétiques  que  le  lait  lui-même.  • 

Sans  donc  partager  les  idées  mystiques  d’un  certain  nombre  d’auteurs 
sur  l’action  de  ces  eaux  minérales  organiques  et  sur  les  modifications 
quelles  impriment  à  l’économie ,  nous  devons  enregistrer  leur  activité 
physiologique  et  leur  valeur  thérapeutique.  Il  est  certain  qu’un  grand 
nombre  de  phthisies  sont  notablement  améliorées ,  quelques  unes  mêmes 
enrayées  pour  un  temps  indéfini,  à  la  suite  d’une  cure  plus  ou  moins  pro¬ 
longée  de  petit-lait.  11  est  certain  aussi  que  le  séjour  dans  des  sites  admi¬ 
rablement  choisis,  la  douceur  du  climat,  l’exercice  à  l’air  pur,  l’altitudej 


93.264  91.960 
1.080  2.130 
5.100  5.070 
0.116  0.252 
0.410  0.588 


96  LAIT.  -  THÉRAPEUTIQUE. 

l’absence  de  préoccupations,  toutes  les  conditions  hygiéniques,  en  un  mot, 
que  l’on  trouve  habituellement  réunies  dans  ces  stations  privilégiées,  peu¬ 
vent  revendiquer  chacune  leur  part  dans  le  succès  obtenus  ;  mais  à  coup 
sûr,  par  ses  propriétés  laxatives,  fondantes,  adoucissantes  et  altérantes, 
le  petit-lait  ne  laisse  pas  que  d’exercer,  àlui'seul,  une  influence  favorable. 

Ce  qui  a  beaucoup  desservi  la  cause  du  petit-lait,  dans  l’esprit  des  méde¬ 
cins  habitués  à  la  précision  scientifique,  c’est  l’enthousiasme  de  la  plupart 
de  ceux  qui  l’ont  préconisé,  leur  facilité  à  enregistrer  des  succès  et  les 
théories  bizarres  qu’ils  mettent  en  avant  pour  les  expliquer.  Dans  un  article 
critique  remarquable,  le  judicieux  Aran  se  plaint  de  cet  abus  de  théories 
et  de  l’absence  de  faits  rigoureusement  observés.  «Les  auteurs,  dit-il, par¬ 
lent  bien  de  guérison  de  phthisie,  mais  à  quelle  forme,  à  quelle  période  de 
la  maladie  avaient-ils  affaire?  Ils  négligent  de  le  mentionner.  Il  semble, 
ajoute  Aran,  que  l’auscultation  et  la  percussion  n’existent  pas  pour  la  cure 
de  petit-lait,  et  que  nous  soyons  au  temps  de  Galien  ou  d’Arétée.  »  Apprécia¬ 
tion  trop  sévère  sans  doute,  mais  qui  en  vérité  ne  manque  pas  de  justesse. 

Les  auteurs  qui  ont  écrit  sur  la  matière  ne  sont  nullement  d’accord 
sur  les  indications  de  la  cure  du  petit-lait  dans  les  différentes  variétés  de 
la  phthisie.  Aussi,  et  c'est  encore  Aran  qui  relève  ces  dissidences,  tandis 
que  Carrière  la  recommande  de  préférence  «  dans  les  formes  qui  coexistent 
avec  le  lymphatisme  et  le  scrofulisrne,  »  Ilelfft  en  rejette  formellement 
l’emploi  dans  ces  mêmes  formes.  Les  uns  pensent  que  la  cure  n’est  utile 
qu’au  début  de  la  maladie,  d’autres  la  croient  indiquée  à  toutes  les  pé¬ 
riodes.  Tous  ces  reproches  sont  justes,  mais  ils  s’adressent  moins  à  la 
méthode  elle-même  qu’à  ceux  qui  ne  savent  pas  en  faire  un  usage  rationnel. 

Dans  un  mémoire  récent  {Ueber  Milch-  und  Molkenkuren),  Lebert  s’est 
prononcé  radicalement  contre  l’emploi  des  cures  de  petit-lait,  qu’il  pro¬ 
pose  de  remplacer  par  des  cures  de  lait  associées  à  une  bonne  alimentation; 
ses  arguments  sont,  pour  ainsi  dire,  purement  chimiques  et  reposent  sur¬ 
tout  sur  le  faible  pouvoir  nutritif  du  petit-lait.  Mais,  nous  le  répétons, 
c’est  par  ses  vertus  médicamenteuses  et  non  comme  nutriment  qu’agit 
surtout  le  petit-lait.  La  cure  du  petit-lait  et  la  cure  lactée,  telle  que  l’in¬ 
stitue  Lebert,  et  telle  qu’on  la  pratiquait  de  longtemps  avant  lui,  répon¬ 
dent  chacune  à  des  indications  spéciales  et,  selon  nous,  l’une  et  l’autre  doi¬ 
vent  être  maintenues  dans  la  thérapeutique  de  la  phthisie.  Certainement 
Aran  et  surtout  Lebert  (dont  les  idées  se  trouvent  reproduites  dans  la 
thèse  de  C.  P.  Simon,  du  Petit-lait  et  du  lait  dans  la  phthisie  pulmonaire, 
"Paris,  1870),  ont  été  trop  loin  dans  leur  réaction  contre  lacure  du  petit-lait. 

Dans  une  courte  mais  substantielle  réfutation  du  mémoire  d’Aran, 
Thierry-Mieg  expose  nettement  les  principales  indications  du  petit-lait. 
Il  est  utile  dans  la  forme  active,  hémoptoïque  de  la  phthisie  ;  il  est  for¬ 
mellement  contre-indiqué  dans  les  formes,  torpides,  passives  ou  colli- 
quatives.  Herard  et  Gornil  émettent  une  opinion  analogue  :  «  Autant, 
disent-ils,  la  médication  lactée,  tempérante  et  antiphlogistique,  nous  pa¬ 
raît  avantageuse  dans  les  cas  aigus  et  subaigus  chez  les  individus  nerveux, 
à  fibre  irritable,  hémoptoïques,  autant  elle  peut  avoir  d’inconvénients 


97 


LAIT.  —  TIIÉRAPEÜTIQOE. 
graves  lorsque  la  tuberculisation  présente  une  forme  apyrétique,  et  qu’elle 
s’observe  chezdes  malades  mous  et  lymphatiques,  qui  ont  avant  tout  besoin 
d’un  régime  substantiel  et  réparateur.  Les  purgations  répétées  que  pro¬ 
voque  souvent  le  petit-lait  ne  peuvent  avoir,  en  pareil  cas,  qu’un  effet 
fâcheux.  » 

C’est  avec  ces  sages  restrictions,  selon  nous,  que  la  cure  du  petit-lait  doit 
être  introduite  dans  le  traitement  de  la  phthisie  pulmonaire,  et  il  est  permis 
de  regretter  que  notre  pays,  si  riche  en  belles  montagnes  et  en  localités 
admirablement  appropriées,  en  soit  réduit  à  envier  les  stations  que  la 
Suisse,  l’Allemagne  et  le  Tyrol  possèdent  en  si  grand  nombre. 

Dans  les  formes  particulières  de  la  phthisie  où  la  cure  séro-lactée  ne 
convient  pas,  dans  les  périodes  avancées  du  mal,  quand  les  phénomènes 
colliquatifs  se  manifestent,  alors  encore  on  peut  recourir  au  lait  de  vache  ou 
de  chèvre,  pur  ou  coupé  d’eau  minérale.  Dans  ces  cas,  le  lait  entre  dans  le 
régime  des  maladies  à  titre  d’aliment  complet  et  facilement  digéré;  c’est 
assez  dire  qu’il  est  inutile  et  même  nuisible  de  le  donner  exclusivement, 
et  qu’il  faut  permettre  en  même  temps  une  alimentation  variée,  la  viande 
rôtie,  les  légumes  frais,  le  vin,  dans  la  mesure  où  ils  sont  tolérés.  Si,  dans 
les  affections  de  l’estomac  et  du  tube  digestif,  la  diète  lactée  exclusive  est 
souvent  de  rigueur  pour  permettre  l’alimentation  du  sujet  au  prix  du 
moindre  effort  possible  de  la  part  des  organes  digestifs,  d’autres  considé 
rations  condamnent  une  pareille  méthode  dans  la  phthisie.  Là,  l’estomac 
est  généralement  l’organe  qui  résiste  le  plus  longtemps  et  qui  demeure 
relativement  le  plus  valide;  c’est  lui,  à  tout  prendre,  qui  est  le  moins  à 
ménager,  et  c’est  en  sollicitant  son  activité  par  une  alimentation  géné¬ 
reuse,  quoique  habilement  choisie,  que  l’on  luttera  avec  le  plus  d’avan¬ 
tage  contre  les  progrès  de  la  consomption.  C’est  faute  d’avoir  fait  cette  dis¬ 
tinction  capitale,  et  pour  avoir  appliqué  avec  une  rigueur  égale  la  cure 
lactée  dans  les  affections  chroniques  de  l’intestin  et  dans  la  phthisie,  que 
bien  des  médecins  ont  eu  à  enregistrer  tant  de  mécomptes  à  la  suite  de 
l’emploi  du  lait  contre  cette  dernière  maladie. 

Cures  de  Koumyss  dans  la  phthisie.  —  Le  koumyss  est  une  boisson 
spiritueuse  obtenue  par  la  fermentation  alcoolique  du  lait  de  jument  ;  les 
nomades  des  steppes  méridionales  et  orientales  de  la  Russie  en  font  leur 
boisson  favorite.  Ceux  que  cette  question  intéresse  trouveront,  dans  le 
Traité  d’hygiène  alimentaire  de  Foiissagrives,  des  détails  curieux  sur  le 
mode  de  préparation  et  les  qualités  de  ce  breuvage.  Depuis  fort  long¬ 
temps,  en  Russie,  les  malades,  surtout  les  poitrinaires,  se  rendent  dans 
la  steppe  pour  suivre  ce  qu’ils  appellent  la  cure  du  koumyss,  et  qui  con¬ 
siste  à  en  absorber  de  2  à  8,  10  et  même  15  bouteilles  parjour  (Schnepp). 
Ces  cures,  jusque  dans  ces  derniers  temps,  étaient  purement  empiriques  et 
se  faisaient  en  dehors  de  toute  intervention  médicale;  mais  récemment  de 
véritables  stations  se  sont  établies,  tout  à  fait  dignes  d’être  comparées  aux 
stations  de  petit-lait  de  l’Europe  centrale  ;  citons  entre  autres  celle  qui 
existe  à  six  verstes  (kilom.)  de  Samara,  et  qui  est  placée  sous  la  direction 
du  docteur  Postnikoff.  Ces  cures  se  font  en  été,  et  rien  n’égale  la  beauté  et 


98 


LAIT.  -  THÉRAPEDTIQTJB. 


la  douceur  de  température  des  steppes  méridionales  à  cette  période  de 
Tannée.  Tous  les  observateurs  qui  ont  traité  de  la  cure  du  koumyss  sont 
unanimes  à  signaler  une  augmentation  notable  de  l’embonpoint  et  du 
poids  du  sujet,  ce  qui  est  le  meilleur  indice  de  l’influence  heureuse  qu’elle 
exerce  sur  la  nutrition.  Fonssagrives  pense  que  le  koumyss  détermine 
l’embonpoint  au  même  titre  que  la  bière,  avec  laquelle  il  offre  de  nom¬ 
breuses  analogies,  étant  comme  elle  riche  en  alcool,  en  acide  carbonique 
et  en  sucre.  Quoi  qu’il  en  soit  des  propriétés  physiologiques  du  koumyss, 
il  résulte  des  publications  d’Ucke  (de  Samara),  de  Bogoiawlewski,  de 
Schnepp,  que  Tusage  de  cette  boisson  exerce  une  influence  favorable  sur 
la  marche  des  affections  consomptives.  On  ne  saurait  donc  qu’applaudir 
aux  essais  qui  se  font  en  ce  moment  dans  les  hôpitaux  de  Paris  à  Taide 
du  lait  de  vache  ou  d’ânesse  fermenté,  préparation  fort  analogue  au  kou¬ 
myss;  malheureusement  ces  essais  sont  institués  depuis  trop  peu  de 
temps  pour  qu’on  ait  pu  en  publier  les  résultats. 

De  l’emploi  de  la  crème  de  lait  dans  la  phthisie.  — «  Thornbay,  dans 
le  Devonshire,  qui,  par  la  douceur  de  son  climat,  est  le  Nice  de  l’Angle¬ 
terre,  devient  le  rendez-vous  des  poitrinaires  qui  vont  y  chercher  les  in¬ 
fluences  bénignes  du  soleil,  et  savourer  les  crèmes  de  ses  vacheries  suc¬ 
culentes.  »  (Fonssagrives.)  L’auteur  auquel  nous  empruntons  ce  ren¬ 
seignement  a  employé  la  crème  dans  le  traitement  de  la  phthisie,  surtout 
chez  les  enfants  qui  ne  tolèrent  pas  l’huile  de  foie  de  morue.  Il  en  a  retiré 
de  bons  résultats.  «  Je  donne  d’habitude  cette  crème  étendue  dans  du 
café  noir,  en  poussant  les  doses  jusqu’à  une  limite  qui  n’est  tracée  que  par 
la  satiété  ou  l’intolérance  de  l’estomac.  Quelques  malades  en  prennent 
jusqu’à  8  cuillerées  à  bouche  (200  grammes)  sans  que  leur  appétit  en 
souffre.  Sans  exagérer  la  portée  de  ce  moyen,  on  peut  le  considérer  comme 
une  ressource  précieuse  dans  un  certain  nombre  de  cas.  »  (Fonssagrives, 
Thérapeutique  de  la  phthisie  pulmonaire,  p.  191.) 

E.  Du  lait  comme  médication  altérante.  —  Le  besoin  de 
mettre  un  certain  ordre  dans  cet  exposé  nous  oblige  à  recourir  à  ces  divi¬ 
sions  quelque  peu  artificielles.  Ainsi,  pour  ne  citer  qu’un  exemple,  il  est 
incontestable  que,  dans  la  phthisie  pulmonaire,  le  lait  ou  ses  dérivés  agis¬ 
sent  autant  à  titre  d’altérants  que  de  calmants  ou  de  reconstituants. 
Mais,  dans  l’étude  didactique  d’un  médicament,  on  s’efforce  toujours  de 
dégager  son  action  principale  dans  tel  ou  tel  cas  clinique.  Or  il  est  un 
certain  nombre  d’états  morbides  où  le  lait  paraît  surtout  intervenir  comme 
modificateur  général  de  la  nutrition,  comme  altérant  en  un  mot.  Ce  sont 
ces  états  que  nous  allons  rapidement  passer  en  revue. 

Obésité.  Pléthore.  Hypertrophie  du  cœur.  —  Comme  le  fait  remar¬ 
quer  Jaccoud,  si  le  lait  est  un  aliment  complet,  il  est  certain  néanmoins 
qu’administré  exclusivement  à  un  sujet  bien  portant  et  vigoureux,  il  con¬ 
stitue  une  alimentation  insuffisante.  Il  aura  donc  pour  résultat  de  favoriser 
la  désassimilation,  et  de  faire  maigrir  l’individu.  Delà  l’emploi  delà  diète 
lactée  comme  moyen  efficace  contre  la  polysarcie,  moyen  préconisé  et  étudié 
à  Taide  de  la  balance  par  Weir  Mitchell.  Antérieurement  déjà,  et  guidé 


99 


JjAIT.  —  thérapeutique. 
par  un  raisonnement  analogue ,  Pécholier  a  proposé  de  remplacer  par  la 
diète  lactée  la  méthode  brutale  de  Valsalva  et  d’Albertini,  dans  le  trai¬ 
tement  des  hypertrophies  essentielles  du  cœur  (sans  lésions  valvulaires) . 
Il  relate  dans  son  mémoire  une  seule  observation,  mais  qui  paraît  pro¬ 
bante.  Karell  cite  une  observation  intéressante  qu’il  emprunte  à  un 
de  ses  confrères  russes,  Inosemtzeff  :  il  s’agit  d’une  dame  atteinte  «  d’une 
obésité  énorme.  »  Tout  avait  échoué ,  quand  on  eut  l’idée  de  recourir  à 
la  cure  lactée  ;  la  cure  fut  couronnée  de  succès.  En  comparant  la  diète 
lactée  aux  autres  traitements  altérants,  à  l’hydrothérapie  ,  aux  bains  de 
mer,  aux  purgatifs  répétés,  Karell  attribue  à  la  première  à  la  fois  une 
innocuité  et  une  efficacité  plus  grandes. 

Goutte.  —  Sydenham  et  Cullen,  à  son  exemple,  recommandaient  dans 
la  goutte  la  diète  lactée  rigoureusement  observée.  Barthez  insiste  avec 
raison  sur  les  dangers  que  peut  présenter  chez  les  goutteux  la  transition 
brusque  d’une  régime  succulent  à  une  diète  aussi  sévère.  D’après  Garrod, 
«  le  régime  lacté  rend  de  grands  services  dans  plusieurs  cas,  surtout  chez 
les  individus  jeunes  et  forts;  chez  d’autres,  au  contraire,  il  a  complète¬ 
ment  échoué,  et  chez  les  vieillards,  il  pourrait  même  être  fort  nuisible.  » 

Récemment,  Jaccoud  recommande  vivement  (Leçons  de  clinique  médi¬ 
cale  faites  à  Lariboisière,  page  650),  l’emploi  du  lait  contre  la  lithiase 
rénale.  La  médication  lactée  aurait  non-seulement  pour  effet,  par  la  diu¬ 
rèse  abondante  qu’elle  détermine,  de  prévenir  les  phénomènes  d’obstruction 
et  d’inflammation  consécutive  des  canaux  excréteurs;  mais  en  modifiant  la 
nutrition,  et  par  la  spoliation  légère  qu’elle  détermine,  elle  supprimerait 
directement  la  gravelle  elle-même.  Il  est  vrai  que  l’auteur  ajoute  qu’en 
suspendant  le  régime  lacté,  même  après  l’avoir  longtemps  continué,  on 
voit  réapparaître  les  anciens  accidents  ;  ce  qui  prouve  bien  que  la  cure  n’a 
pas  modifiée  la  diathèse  urique,  mais  en  a  simplement  suspendu  ou  mas¬ 
qué  la  manifestation. 

On  a  aussi  préconisé  l’emploi  du  lait  dans  le  diabète  sucré,  mais  sans 
apporter  un  contingent  suffisant  de  faits  ,  ni  surtout  de  faits  bien  pro¬ 
bants.  Quant  à  l’action  curative  du  lait  dans  la  diathèse  cancéreuse,  nous 
croyons  inutile  d’y  insister  ici. 

F.  Du  lait  comme  mêdicatîoii  diurétique.  —  Déjà  vaguement 
indiqué  comme  utile  contre  l’hydropisie  par  Hippocrate,  le  lait  n’a  été 
méthodiquement  administré  et  étudié  comme  hydragogue  que  par  Chres- 
lien  (de  Montpellier)^  qui  publia  en  1831,  dans  les  Archives  de  médecine, 
un  travail  sur  «  l’utilité  du  lait  comme  remède  et  comme  aliment  dans 
l’hydropisie  ascite;  »  On  aj  et  avec  raison,  relevé  dans  ce  mémoire  un 
esprit  trop  empirique  et  un  dédain  absolu  du  diagnostic  (Dechambre). 
Néanmoins  les  faits  mentionnés  par  le  médecin  de  Montpellier  sont  inté¬ 
ressants  et  peut-être  d’autant  plus  frappants  qu’ils  ont  été  recueillis  sans 
aucun  parti  pris  théorique.  Serre  (d’Alais)  employa  avec  succès  la  diète 
lactée  êontre  l’anasarque,  en  y  associant,  d’une  façon  bizarre  et  quelque 
peu  puérile,  l’usage  de  l’oignon  cru.  Pécholier  et  Karell  ont  employé  la 
Cure  lactée  exclusive  avec  succès  dans  divers  cas  d’hydropisie.  En  1867, 


X  j.ôO  LAIT.  -  THÉRAPEUTIQUE. 

‘'V  Eeter  et  Ferrand  ont  publié  une  observation  intéressante  de  maladie  de 
.  Brigbt,  traitée  par  la  diète  lactée.  Enfin,  tout  récemment  Siredey  et  son 
élève  Cordter,  puis  Jaccoud,  dans  ses  leçons  cliniques,  ont  apporté  de 
données  relatives  à  ce  mode  de  traitement  dans  les  différentes 
fôpriîés  d’h,^dropisie.  A  l’étranger,  Schmidtlein,  Lessdorf,  Lebert,  Berg, 
.'"i.afc.'^iî^ent  fourni  un  contingent  de  faits  intéressants. 

...Xe-laît  réussit  excellemment  dans  les  hydropisies  dites  essentielles,  à 
frigore,  et  dans  l’anasarque  scarlatineuse.  Il  est  utile,  dans  ces  cas,  de 
débuter  par  le  régime  lacté  pur,  puis,  quand  l’amélioration  s’est  nette¬ 
ment  accusée,  de  passer  graduellement  au  régime  ordinaire,  en  continuant 
pendant  un  certain  temps  l’administration  du  lait,  conjointement  à  une 
alimentation  plus  solide  (régime  mixte) . 

Dans  les  hydropisies  d’origine  cardiaque ,  le  lait  est  indiqué,  à  titre 
d’hydragogue,  dans  presque  toutes  les  périodes  de  la  maladie,  si  ce  n’est 
aux  phases  ultimes,  alors  que  le  cœur  fléchit  et  qu’il  y  a  menace  d’asys- 
tolie.  Dans  ce  dernier  cas,  une  indication  suprême  prime  toutes  les  au¬ 
tres,  celle  de  stimuler  l’activité  cardiaque,  et  l’influence  débilitante  du  lait 
pourrait  alors  exercer  une  action  plutôt  fâcheuse  qu’utile. 

Dans  les  hydropisies  d’origine  rénale  (néphrites  aiguës  et  chroniques) 
le  lait  rend  également  de  signalés  services.  Dans  toutes  ces  affections,  le 
lait  est  souverainement  indiqué,  car  il  est  peut  être  le  seul  diurétique 
qui  ne  fatigue  ni  n’excite  la  glande  rénale.  Administré  à  temps  et  avec 
la  rigueur  voulue  dans  les  néphrites  aiguës,  il  empêche  le  passage  de 
la  phlegmasie  à  l’état  chronique  et  procure  le  plus  souvent  la  guérison. 
Dans  les  néphrites  invétérées.,  dégénératives,  son  action  ne  peut  être  assu¬ 
rément  que  palliative,  et  néanmoins  dans  ces  cas  encore  il  rend  de  si¬ 
gnalés  services,  en  favorisant  la  diurèse  et  en  prévenant  les  accidents  uré¬ 
miques.  Cependant,  chez  les  sujets  affaiblis  ou  supportant  mal  le  lait,  il 
est  sage  de  ne  pas  insister  sur  le  traitement,  sous  peine  de  voir  dépérir  le 
malade.  C’est  dans  ces  cas  que  Siredey  conseille  de  recourir  à  une  cure 
mixte,  que  l’on  peut  alors  prolonger  pour  ainsi  dire  à  volonté  et  qui  gé¬ 
néralement  réussit  à  faire  disparaître  l’anasarque.  Mais  ce  qui  prouve  bien 
que  la  médication  est  purement  symptomatique,  c’est  que  la  proportion 
d’albumine  contenue  dans  les  urines  ne  diminue  pas  sensiblement  (Sire¬ 
dey,  Cordier). 

Entre  les  mains  des  mêmes  médecins,  la  cure  lactée  a  donné  des  résul¬ 
tats  favorables  dans  le  traitement  des  épanchements  rebelles,  notamment 
des  épanchements  pleurétiques,  dont  elle  active  la  résorption  aussi  bien 
que  celle  de  la  sérosité  épanchée'  dans  les  mailles  du  tissu  conjonctif. 

G.  Du  lait  dans  les  empoisonnements.  —  Notre  but  n’est  pas 
ici  d’entrer  dans  des  détails  circonstanciés  relatifs  à  l’emploi  du  lait  dans 
les  diverses  intoxications  ;  ces  détails  se  trouvent  à  l’article  Empoisonne¬ 
ment,  ainsi  qu’à  chaque  article  spécial  de  toxicologie.  Qu’il  nous  suffise 
de  rappeler  que  le  lait  est  administré  d’une  façon  empirique  et  un  peu  au 
hasard,  dans  la  plupart  des  empoisonnements.  Quoique  le  lait  ne  serve 
réellement  de  contre-poison  que  dans  un  nombre  très-restreint  de  cas 


LAIT.  —  THÉnAPEtITIQüE.  dOl 

(empoisonnement  par  l’étain,  par  le  zinc),  il  est  utile  dans  beaucoup 
d’autres,  quoique  d’une  façon  purement  transitoire,  en  retardant,  paf  sa 
coagulation,  l’absorption  du  toxique  et  en  favorisant  les  vomissements 
(surtout  s’il  est  administré  chaud).  Cependant,  il  ne  faudrait  pas  s’exa¬ 
gérer  la  valeur  de  ce  moyen  purement  palliatif  et  négliger  de  recourir  aux 
antidotes  proprement  dits.  Dans  quelques  intoxications,  le  lait  est  même 
formellement  contre-indiqué.  Ainsi,  dans  l’empoisonnement  par  le  phos¬ 
phore,  l’absorption  du  poison  s’effectue  surtout,  comme  l’a  montré 
M.  Mialhe,  grâce  à  son  émulsion  dans  la  graisse  que  contiennent  les  ali¬ 
ments.  L’administration  du  lait,  dans  un  cas  d’empoisonnement  phos- 
phoré,  loin  de  procurer  du  soulagement,  ne  ferait  donc  qu’activer  l’absorp¬ 
tion  et  aggraver  encore  la  position  du  malade  (Rommelaere). 

H.  Laits  médicamenteux.  —  Il  est  naturel  que  de  tout  temps  on 
ait  cherché  à  utiliser  l’élimination  de  certaines  substances  toxiques  ou 
médicamenteuses  par  la  sécrétion  lactée.  Au  dire  de  Fonssagrives,  un  des 
successeurs  d’Esculape,  Mélampe  guérit  une  fille  atteinte  de  mélancolie,  en 
lui  faisant  prendre  du  lait  de  chèvre  nourri  avec  de  l’ellébore.  On  sait  que 
bon  nombre  d’huiles  essentielles  et  de  principes  odorants  se  retrouvent 
dans  le  lait  des  nourrices.  Péiigot  a  trouvé  dans  le  lait  d’une  ânesse 
alimentée  avec  des  carottes  pendant  un  mois,  une  matière  jaune  orangé, 
dégageant  l’odeur  caractéristique  de  cette  racine.  De  ces  observations  à 
l’idée  de  l’emploi  du  lait  médicamenteux,  il  n’y  avait  qu’un  pas.  Admi¬ 
nistrer  à  la  mère,  et  surtout  à  la  nourrice  d’un  enfant  malade,  des  médi¬ 
caments  destinés  à  modifier  l’état  du  nourrisson,  est  une  pratique  grave 
et  qui  engage  fortement  la  responsabilité  du  médecin.  Les  mêmes  consi¬ 
dérations  n’entrent  plus  en  jeu  quand  on  a  recours  à  du  lait  d’espèces  ani¬ 
males.  C’est  ce  dernier  point  de  la  question  que  nous  allons  étudier. 

Péiigot,  Chevallier,  0.  Henry,  Orfila,  Lewald  ont  étudié  expérimentale¬ 
ment  le  passage  de  différentes  substances  dans  le  lait  des  vaches  ou  des 
chèvresen  lactation.  On  y  retrouve,  en  proportion  plus  ou  moins  notable,  les 
métaux,  tels  que  le  fer,  le  plomb,  le  mercure,  l’iode  et  surtout  lesiodures. 
Un  mémoire  sur  ce  sujet  présenté  à  l’Académie  de  médecine’  par  Labour- 
dette,  a  été  l’objet  d’un  remarquable  rapport  de  H.  Bouley  (1859).  Voici  par 
quel  procédé  on  parvient  à  faire  accepter  et  supporter  le  médicament  aux 
femelles  laitières  :  «  On  forme  un  bol  composé  de  racines  fraîches,  de  son, 
de  quelques  blancs  d'œufs,  d’un  peu  de  cassonade  et  de  100  grammes  de 
chlorure  de  sodium,  dans  lequel  on  incorpore  50  centig.  à  4  ou  5  grammes 
du  médicament  à  expérimenter;  50  centig.  sont  le  maximum  quand  il 
s’agit  d’un  sel  mercuriel  actif.  Si  l’animalhe  prend  pas  ce  bol  volontiers, 
on  diminue  de  moitié  la  dose  du  médicament,  et  on  l’augmente  graduel¬ 
lement,  tous  les  8  jours  d’abord,  puis  tous  les  3  ou  4  jours,  enfin  tous  les 
5  jours  jusqu’à  ce  qu’on  soit  arrivé  à  20  grammes  environ,  s’il  s’agit 
d’iodure  de  potassium;  à  3  grammes  s’il  s’agit  de  protochlorure  de  mer¬ 
cure,  à  1  gramme  s’il  s’agit  de  bichlorure,  enfin  de  5  à  15  grammes  s’il 
■s’agit  de  la  liqueur  arsenicale  de  Fowler.  Rarement  on  arrive  à  cette 
dose  sans  que  les  animaux  aient  éprouvé  quelques  accidents  (diarrhée 


102 


LAIT.  -  BIBLIOGRAPHIE. 


inappétence,  teinte  ictérique,  albuminurie,  etc.).  Pour  y  remédier,  il  faut 
d’abord  suspendre  l’administration  du  bol  médicamenteux,  puis  combattre 
les  phénomènes  morbides.  On  ne  rend  le  médicament  que  quand  les  der¬ 
nières  traces  d'albumine  ont  disparu  des  urines.  Grâce  à  l’ensemble  de 
ces  moyens,  Labourdette  et  Duménil  sont  parvenus  à  faire  pénétrer  les 
médicaments  les  plus  actifs  dans  le  lait  des  animaux  en  proportion  suffi¬ 
sante  pour  l’approprier  aux  usages  thérapeutiques  (H.  Bouley).  » 

Gullerier,  Gibert,  Moreau  ont  grandement  mis  en  doute  l’efficacité 
thérapeutique  du  lait  ainsi  obtenu,  en  s’appuyant  surtout  sur  ce  fait  qu’il 
contenait  des  quantités  trop  faibles  du  médicament.  Les  choses  en  sont  là 
et  l’on  en  est  encore  à  chercher  la  solution  définitive  de  cet  important 
problème  de  thérapeutique. 

Bestaueant  (R.),  Hippoeratis  de natura lactis ejusque  usu  in curationibus  morborum. Orange,  lee?. 
Hoffmann  (Fréd.),  De  mirabili  lactis  asini  in  medendi  usu.  Halæ,  1725. 

Petit-Radel,  Essai  sur  le  lait  considéré  médicalement  sous  ses  différents  aspects.  Paris,  1786. 
Chrestien,  De  l'utilité  du  lait  administré  comme  remède  et  comme  aliment  dans  le  traitement 
de  l’bydropisie  ascite  [Arch.  gén.  de  méd.,  l'*  série,  t.  XXXII,  1851). 

CoLLiNEAD,  De  l’emploi  du  lait  rendu  médicamenteux  par  l’alimentation  (Bull,  de  l’Acad.  de 
Méd.,  1846-47,  t.  XII,  p.  641). 

Serbe  (d’Alais),  Sur  le  traitement  de  l’anasarque  par  la  diète  sèche  lactée  et  l’oignon  (Bull,  de 
thérap.,t  xiy.ms;. 

Ijatooe  (.4.),  Note  sur  le  traitement  de  la  phthisie  pulmonaire  (Union  méd.,  1856). 
ScmiTZENBERGEB  (Ch.),  Heureux  effets  de  la  diète  lactée  et  du  nitrate  d’argent  à  l’intérieur  dans 
l’ulcère  chronique  de  l’estomac  (Gaz.  méd.  de  Strasbourg,  1856). 

Labodrdette,  Moyens  d’obtenir  un  lait  médicamenteux  sans  nuire  à  la  santé  des  animaux  four¬ 
nissant  ce  lait.  (Comptes  rendus  de  l' Acad,  des  sciences,  1856,  t.  XLII,  p.  597.) 

Gdinier,  Des  indications  et  des  contre-indications  du  lait  dans  les  hydropisies  (Bull,  de  thérap., 
1857,  t.  LVI). 

Bodlet,  Rapport  sur  le  manuscrit  de  M.  Labourdette  :  «  de  l’introduction  des  médicaments  dans 
le  lait  par  assimilation  digestive  s  (Bull,  de  l’Acad.  de  méd.,  1858-59,  t.  XXIV,  et  discus. 
ibid.,  t.  XXV). 

Auphan,  De  la  diète  sèche  et  du  lait  dans  le  traitement  de  la  diarrhée  chronique  (Montp.  méd., 
1859,  t.  II). 

Carrière.  Des  cures  de  petit-lait  et  de  raisin  en  Allemagne  et  en  Suisse  dans  le  traitement  des 
maladies  chroniques.  Paris,  1860. 

Wade,  Clcère  simple  de  l’estomac,  son  traitement  spécialement  par  l’emploi  du  lait  (Brilish 
med.  Journ.  et  Bull,  de  thérap.,  1860,  t.  LVIII). 

Aran.  De  la  cure  du  petit-lait  (Bull,  de  thérap.,  t.  LIX,  1862). 

Thieerï-Mieg,  De  la  cure  du  petit-lait  et  de  ses  indications  dans  la  phthisie  pulmonaire  (Bull,  de 
thérap.,  t.  LXIV,  186.5). 

Schmidtlein,  Ueber  Milchkur  bel  Brightschera  Hydrops  (Berl.  Klin.  Woch.,  1864), 

Karell,  De  la  cure  de  lait,  mémoire  lu  à  la  Société  médicale  de  Saint-Pétersbourg,  (Arch.  gén, 
de  méd.,  60  série,  t.  VIII,  1866). 

Pécholier,  Indications  de  l’emploi  de  la  diète  lactée  dans  diverses  maladies  (Montpellier  mé¬ 
dical,  1866),  et  tirage  à  part. 

Riciielot  (G.),  Mémoire  sur  l’emploi  thérapeutique  des  laits  médicamenteux.  (Union  méd,,  1805). 
Sciinepp,  Traitement  efficace  par  le  galazyme  (koumyss)  des  affections  catarrhales,  de  la 
phthisie,  etc.  Paris,  1865. 

Fonssagrives,  Thér.ipeutique  de  la  phthisie  pulmonaire  basée  sur  les  indications,  Paris,  1866.— 
Hygiène  alimentaire  des  malades,  des  convalescents,  etc.  Paris,  1867.  —  Note  sur  le  remplace¬ 
ment  de  l’huile  de  foie  de  morue  par  la  crème  de  lait  (Bull,  de  thérap.,  t.  LXI). 

Ferrant),  Albuminurie.  Traitem.  par  la  diète  lactée.  Guérison  (Bull,  de  thérap.,  t.  LXXIII,  1867). 
Dfjdst,  Des  applications  thérapeutiques  du  lait.  Thèse  de  Paris,  1866. 

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103 


LAITUE.  -  LAITUE  CULTIVÉE.  -  LACTUCARIUM. 

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Bombelaebe.  Du  traitement  de  l’empoisonnement  par  le  phosphore  (Bull.  gén.  de  thêrap. 
Paris,  1872,  t.  LXXXII). 

JiœooD,  Leçons  de  clinique  médicale  faites  à  Lariboisière.  Paris,  1873. 

Clabei,  Traitement  de  la  dysenterie  chronique  des  pays  chauds  par  la  diète  lactée  (Thèse  de 
Paris,  1875,  et  Union  méd.,  1873,  n"  122. 

Dm,  De  l’emploi  du  koümyss  en  thérapeutique.  Note  sur  les  résultats  obtenus  dans  le  service 
de  Chauffard  (Bull,  de  thérap.,  juillet  1874). 

Voyez  les  articles  Ascite,  Estomac  (gastrite,  ulcère  simple,  cancer),  Étaim  (toxicologie). 

I.  Straus. 

LAITUE.  —  On  donne  le  nom  de  laitue  à  plusieurs  plantes  de  la  fa¬ 
mille  des  synanthérées-chicoracées.  Cette  appellation  fait  allusion  au  suc 
laiteux  qu’elles  contiennent.  Nous  examinerons  les  espèces  suivantes. 

1»  Laitue  cultivée.  Lactuca  saliva  L.  —  Dans  son  jeune  âge,  elle  se 
présente  sous  la  forme  d’une  large  touffe  de  feuilles  serrées  les  unes  contre 
les  autres,  et  formant  une  tête  arrondie,  c’est  la  laitue  pommée;  mais, 
lorsqu’on  la  laisse  croître,  elle  se  transforme  en  une  plante  de  6-12  déci¬ 
mètres,  qui  offre  alors  les  caractères  suivants  :  tige  dressée,  pleine, 
simple  inférieurement,  chargée  en  haut  de  rameaux  ascendants,  pani- 
culés.  Feuilles  alternes  ou  éparses,  semi-amplexicaules,  ovales,  allongées, 
tantôt  entières,  tantôt  plus  ou  moins  roncinées  et  pinnatifides.  Fleurs 
jaunes,  en  capitules,  formant  un  large  corymhe  terminal  à  l’extrémité  des 
rameaux.  Involucreunpeu  conique,  renflé  à  sa  partie  inférieure.  Réceptacle 
plan,  glabre,  ponctué,  portant  12-15  demi-fleurons.  Calice  adhérent.  Co¬ 
rolle  ligulée,  à  languettes  linéaires,  tronquées  et  denticulées  au  sommet. 
Étamines  5,  filets  libres  et  courts,  anthères  soudées  entre  elles.  Ovaire  in¬ 
fère,  uniloculaire,  uniovulé.  Style  bifide.  Fruit  (akène)  d’un  brun  gris⬠
tre,  oblong,  couronné  par  une  aigrette  stipitée,  blanchâtre.  Par  la  culture, 
elle  fournit  de  nombreuses  variétés.  On  emploie  en  médecine  la  plante 
montée  en  tige  ;  le  suc  qu’elle  donne  à  cette  époque  est  connu  sous  le 
nom  de  lactucarium  ou  opium  de  laitue. 

Lactucarium.  —  Si  l’on  pratique  des  incisions  transversales  sur  les  tiges 
de  la  laitue  montée,  on  divise  les  vaisseaux  laticifères  de  l’écorce,  et 
ceux-ci  laissent  écouler  un  suc  blanc,  laiteux,  se  colorant  à  mesure  qu’il 
s’épaissit  au  contact  de  l’air,  c’est  la  tliridace  (François)  ou  lactucarium 
des  Anglais.  Il  se  présente  dans  le  commerce  français  sous  la  forme  de 
pains  orbiculaires  aplatis  ,  de  3-6  décimètres  de  diamètre,  et  du  poids  de 
10  à  30  grammes.  Il  possède  une  odeur  nauséabonde,  un  peu  hircine,  une 
saveur  amère,  une  couleur  brune,  terne,  et  se  recouvre  au  bout  de  quel¬ 
que  temps  d’une  efflorescence  de  mannite.  Il  contient  un  principe  amer 


104  LAITUE.  —  ACTION  physiologique.  —  usages.  —  laitue  vireuse. 
[laclucine),  de  la  mannite,  de  l’asparagine,  de  l’albumine,  de  la  résine,  de 
la  cire,  un  acide  indéterminé  et  quelques  sels.  La  lactucine  est  incristalli- 
sable,  neutre,  soluble  dans  l’eau  et  l’alcool,  insoluble  dans  l’éther,  rédui¬ 
sant  le  réactif  cupro-potassique.  On  a  également  signalé  dans  le  lactuca¬ 
rium,  une  huile  essentielle  qui  communique  à  ce  produit  son  odeur 
vireuse.  La  laitue  vireuse  (L.  virosa  L.)  et  la  laitue  gigantesque  (L.  altis- 
sïma  Bieb.)  fournissent  également  du  lactucarium;  c’est  cette  dernière 
espèce  qui  donne  le  lactucarium  d’Aubergier.  La  difficulté  que  l’on  éprouve 
à  obtenir  ce  produit  en  assez  grande  quantité  par  la  méthode  des  inci¬ 
sions,  fait  qu’on  lui  substitue  souvent  le  suc  préparé  avec  les  parties  cor¬ 
ticales  de  la  tige  que  l’on  a  soumises  à  l’expression,  et  évaporé  au  bain- 
marie.  C’est  à  cette  préparation  qu’il  convient  de  réserver  le  nom  de 
thridace.  Elle  corislitue  d’ailleurs  un  médicament  inerte  avec  lequel  on 
prépare  pourtant  un  sirop. 

Formes  pharmaceutiques.  —  Doses.  —  Le  lactucarium  s’emploie  sous  les 
formes  suivantes  :  1“  extrait  alcoolique,  20  à  30  centig.;  2“  sirop,  30  à 
60  gr.;  il  est  complètement  inerte,  vu  la  petite  quantité  de  lactucarium 
qu’il  contient;  3°  sirop  de  lactucarium  opiacé,  30  à  60  gr.;  ce  n’est  qu’un 
sirop  d’opium  faible.  L’eau  distillée  de  laitue,  préparée  avec  la  tige  privée 
des  feuilles  inférieures,  présente  l’odeur  vireuse  propre  à  la  plante,  elle 
est  narcotique,  surtout  chez  les  enfants  et  s’administre  à  la  dose  de 
420  gr.;  elle  est  le  véhicule  des  potions  calmantes  ou  narcotiques.  L’huile 
des  graines  est  réputée  antiaphrodisiaque.  Ces  graines  faisaient  partie  des 
quatre  semences  froides  mineures.  Les  feuilles  de  laitue  associées  au  cer¬ 
feuil  et  à  la  poirée  entrent  dans  la  composition  du  bouillon  aux  herbes. 

Action  physiologique. — La  laitue  a  passé  pendant  longtemps  pour  avoir 
la  faculté  de  ramener  le  sommeil,  d’émousser  les  désirs  vénériens, 
d’exercer  une  action  anodine,  c’est  à-dire  légèrement  anesthésique.  Elle 
n’est  point  encore  complètement  déchue  de  cette  réputation,  bien  que, 
depuis  l’introduction  du  lactucarium  en  médecine,  toute  l’attention  se  soit 
portée  sur  ce  produit  dans  lequel  on  pouvait  s’attendre  à  voir  réunies 
toutes  les  propriétés  de  la  plante.  Le  lactucarium  est  surtout  hypnotique, 
ses  effets  se  manifestent  principalement  chez  les  femmes,  les  enfants,  les 
individus  prédisposés  au  sommeil,  ou  que  les  préparations  d’opium  im¬ 
pressionnent  fortement.  Il  agit  indirectement  en  calmant  l’éréthisme  ner¬ 
veux  qui  entretient  l’insomnie,  et  possède  l’avantage  de  ne  pas  déterminer 
les  douleurs  de  tête,  le  bourdonnement  d’oreilles,  l’injection  de  la  face,  le 
malaise,  l’élévation  et  la  dureté  du  pouls,  la  constipation,  phénomènes 
que  l’on  constate  souvent  sous  l’influence  de  l’usage  prolongé  de  l’opium. 

Usages  en  médecine.  —  Le  lactucarium  est  employé  pour  combattre 
l’insomnie,  dont  s’accompagne  la  convalescence  des  longues  maladies,  les 
palpitations  du  cœur  sans  altérations  anatomiques,  les  névralgies  intesti¬ 
nales.  Dans  les  bronchites  légères,  la  grippe,  il  calme  les  accidents  ner¬ 
veux.  On  l’a  également  conseillé  dans  le  rhumatisme,  l’hypochondrie,  la 
spermatorrhée,  le  priapisme  symptomatique  de  la  blennorrhagie;  ce  serait, 
d’après  Rau,  un  moyen  efficace  de  diminuer  l’irritation  de  la  conjonctive. 


LA  MALOU.  -  ÉTABLISSEMENTS. 


105 


Ajoutons,  qu’il  est  bien  difficile  de  se  prononcer  d’une  manière  certaine  sur 
l’efficacité  du  lactucarium,  car  ce  produit  est  souvent  mélangé  d’opium. 

2°  Laitue  vireüse.  —  Elle  est  bisannuelle,  et  se  distingue  de  la  laitue 
cultivée  par  ses  fleurs  en  panicule  pyramidale  étalée,  ses  akènes  d’un 
pourpre  noir,  glabres  au  sommet,  ses  feuilles  oblongues  dentelées,  non 
lobées,  aiguillonnées  sur  le  bord,  et  surtout  sur  la  nervure  médiane.  Mal¬ 
gré  son  épithète  de  viveuse,  elle  n’est  point  toxique.  La  composition  de 
son  suc  se  rapproche  de  celle  du  suc  de  la  laitue  cultivée  ;  elle  paraît  avoir 
des  propriétés  analogues,  de  plus  on  lui  attribue  une  action  laxative,  diuré¬ 
tique  et  sudorifique.  Le  lactucarium  qu’elle  fournit,  paraît  plus  actif  que 
celui  donné  par  la  laitue  cultivée,  peut-être  parce  que  les  propriétés  de 
cette  préparation  résident  dans  le  principe  volatil  que  la  lailue  viveuse 
contient  en  plus  grande  quantité.  On  prescrit  surtout  l'extrait  de  feuilles 
sous  forme  pilulaire,  à  la  dose  de  20  centig.  à  1  gr.  On  l’associe  souvent  à 
lascilleet  à  la  digitale  dans  les  bydropisies,  les  obstructions  viscérales. 

La  laitue  sauvage  ou  scariole  (L.  scariolaL.  etL.  sylvestris  Lam.)  a  les 
mêmes  propriétés  que  la  laitue  viveuse. 

Fusçois,  De  la  thridace  ou  extrait  de  laitue  [Arck.  gén.  de  mèd.,  1825). 

Rac,  Sur  l’emploi  de  la  ihridace  dans  les  ophthalmies  (Gaz.  méd.  de  Paris,  1838). 

Boiilut,  Recherches  sur  le  lactucarium  par  H.  Aubergier,  rapport  lu  le  50  novembre  1841 
[Bull,  de  l'Acad.  de  méd.  1841 ,  t.  II,  p.  259) . 

AvBEaGiER  (H.),  Note  sur  le  lactucarium,  la  manière  de  l’obtenir  et  ses  propriétés  médicales 
{Bull,  de  thérap.  Paris.  1842,  t.  XXIII,  p.  363).  —  Préparations  de  lactucarium  (Mém.  de 
i’iced.  de  merf.,  t.  XIX,  p.  77). 

Chevaluer  (A.),  Note  sur  la  récolte  du  lactucarium  et  sur  celle  du  suc  de  pavot  pour  l’obtention 
de  l’opium  (Bull,  de  l'Acad.  de  méd.  1851,  t.  XVI,  p.  11921. 

Boüchardat,  Piapport  sur  l’emploi  de  l’opium  indigène  (Bull,  de  l’Acad.  de  méd.  1853, 
t.  XVIII,  p.  450).  —  SoüBEiBAN,  Observations  sur  ce  rapport. 

Deschahps,  Remarques  sur  le  sirop  de  lactucarium  (Btill.  de  Ihérap.  1853,  t.  XLV,  p.  25). 
Marohe,  Ob.servations  sur  les  propriétés  médicales  du  lactucarium  (Bull,  de  thérap.  1856, 
t.  bl,  p.  512). 

Reveil,  Formulaire  raisonné  des  médicaments  nouveaux.  Paris,  1864.  HéRADD. 

LA  MALOU.  —  (Eaux minérales,  ferrugineuses  acidulés,  thermales), 
altitude,  180  à  250  mètres. 

Le  vallon  de  La  Malou  (arrondissement  de  Béziers,  Hérault),  comprend 
un  grand  nombre  de  sources  provenant  toutes  des  marnes  irisées.  Le  climat 
est  celui  du  Bas-Languedoc  :  le  vent  de  la  mer  s’y  fait  souvent  sentir,  et  les 
jours  de  pluie  froide  et  de  giboulée,  fréquents  au  mois  d’avril ,  ne  sont  pas 
très-rares  en  mai.  Pour  Dupré  (de  Montpellier),  auquel  nous  avons  em¬ 
prunté  ces  détails,  les  mois  de  juillet,  août  et  septembre,  constituent  la 
saison  thermale  et  sont  généralement  très-beaux ,  malgré  des  variations 
profondes  de  température  qui  exigent  de  grandes  précautions  hygiéniques 
de  la  part  des  baigneurs.  En  1851 ,  on  a  disposé  des  appariements  pour  la 
cure  d’hiver,  dans  l’établissement  de  La  Malou-le-Bas  ;  depuis  longtemps 
déjà,  les  gens  du  pays  atteints  de  rhumatismes,  même  à  l’état  aigu,  se 
faisaient  transporter  aux  bains  de  La  Malou,  en  toute  saison. 

Établissements.  —  Les  établissements,  au  nombre  de  trois,  sont  par 
ordre  d’ancienneté  ;  La  Malou-le-Bas,  La  Maloa-du-Centre  et  La  Malou- 
k-Haut. 


106 


LA  MALOU.  —  ÉTABLISSEMENTS. 


a.  La  Malod-le-Bas  ou  I’Ancien,  a  été  l’objet,  de  1861  à  1863,  sous- 
l’babile  direction  de  J.  François,  de  travaux  importants  qui  ont  amené  la 
découverte  d’une  nouvelle  source,  et  augmenté  le  débit  des  anciennes; 
en  même  temps,  de  nombreuses  améliorations  étaient  apportées  à  l’instal¬ 
lation  balnéaire,  de  nouvelles  piscines  étaient  construites.  A  La  Malou-le- 
Bas,  appartiennent  les  sources  suivantes  : 

1“  Source  ancienne  ou  source  des  bains  (jusqu’en  1840,  elle  servait 
seule  à  la  préparation  des  bains)  ou  grande  source.  Par  suite  de  l’impossi¬ 
bilité  d’arriver  au  griffon  de  cette  source,  qui  se  trouve  dans  une  ancienne 
galerie  de  mines,  l’analyse  a  été  pratiquée  sur  de  l’eau  recueillie  dans  les 
piscines,  où  elle  était  à  la  température  de  34°, 5  centig.  Voici  la  composi¬ 
tion  hypothétique  assignée  par  A.  Moitessier  (1863)  à  un  litre  de  cette  eau  : 
bicarbonate  de  soude,  0®'’,6948  ;  bicarbonate  de  potasse,  0®’’,2168  ;  bicar¬ 
bonates  de  lithine,  de  cæsium  et  de  rubidium,  traces;  bicarbonate  de 
chaux,  bicarbonate  de  magnésie,  0^^,2766;  bicarbonates  de 

strontiane  et  de  baryte,  traces  ;  bicarbonate  de  fer,  0®%0102;  bicarbonate 
de  manganèse,  traces  ;  chlorure  de  sodium,  0*‘',0262  ;  sulfate  de  chaux,, 
0*'’,0374:  phosphate  de  soude,  0®’’,0075;  arséniate  de  soude,  0®%0004; 
borate  de  soude  et-  sulfate  de  cuivre,  traces;  silice,  0®“',0460  ;  acides  cré- 
nique  et  apocrénique,  traces;  gaz  :  acide  carbonique  libre,  395“,  oxy¬ 
gène,  2“,  azote,  14“,7. 

Un  sédiment  ocracé  abondant,  composé  en  grande  partie  d’oxyde  de 
fer,  se  dépose  dans  les  piscines,  et  il  se  forme  dans  les  tuyaux  de  conduite 
des  concrétions  très-dures,  presque  exclusivement  constituées  par  des  car¬ 
bonates  calcaires.  Ces  sédiments  et  ces  concrétions  sont  remarquables  par 
la  quantité  d’oxyde  de  cuivre  qu’ils  renferment  ;  ils  contiennent  aussi  du 
cobalt  et  du  nickel. 

2“  La  nouvelle  source  présente  une  grande  analogie  de  composition  avec 
l’ancienne  :  la  somme  des  principes  minéralisateurs  y  est  un  peu  plus 
forte.  Toutes  deux  jaillissent  de  l’üsclade,  la  nouvelle,  par  une  série  de 
petits  griffons,  qui  se  réunissent  en  trois  groupes  principaux,  dont  les 
températures  sont  40°, 3  ;  39°  et  47°.  Une  rigole  commune,  à  laquelle  ils 
aboutissent,  marque  au  thermomètre  41°  ;  arrivée  à  l’établissement  ther¬ 
mal,  l’eau  a  perdu  trois  degrés. 

3°  La  petite  source  ou  source  stoline,  buvette  de  l’établissement,  filet 
du  griffon  principal,  est  consacrée  à  l’usage  interne. 

4°  La  source  Cardinal,  usitée  quelquefois  à  l’intérieur. 

5°  La  source  de  la  Roche-Rouge,  découverte"en  1864,  peu  abondante, 
employée  seulement  en  boisson . 

L’établissement  de  La  Malou-le-Bas,  partagé  en  deux  moitiés  complète¬ 
ment  distinctes,  pour  la  séparation  des  sexes,  comprend  six  piscines,  dont, 
deux  de  natation,  quatre  cabinets  de  bains,  deux  de  douches  et  des  bains 
de  vapeur  sèche. 

b.  La  Maloü-du-Gentre  ou  de  Capus,  située  à  400  mètres  au  nord  et  au-, 
dessus  de  La  Malou-le-Bas,  comprend  trois  sources  principales  : 

1“  La  buvette  ou  source  de  Capus  (22°  à  23  centigr.),  une  des  plus  fré- 


107 


LA  MALOU.  —  PROPRIÉTÉS  médicales. 
quentées  de  la  station,  est  remarquable  par  sa  richesse  considérable  en 
carbonate  de  fer  (0®', 0780),  qui  se  dépose  rapidement  à  cause  de  la  petite 
quantité  d’acide  carbonique  (176")  dont  il  est  accompagné; 

2°  La  source  des  bains  de  Cnpus  (26°  à  27°  centigrades)  offre  une 
composition  analogue  à  celles  des  sources  qui  alimentent  les  établisse¬ 
ments  balnéaires  de  La  M  ilou-le-Bas  et  de  La  Malou-le-Haut.  Elle  contient 
595“, 50  d’acide  carbonique  libre  et  0®‘',0180  de  bicarbonate  de  fer  par 
litre.  L’eau  est  chauffée  artiBciellemeut,  pour  les  usages  externes ,  au 
moyen  d’une  chaudière  à  vapeur  bien  installée.  A  l’établissement  qui  porte 
les  noms  de  bains-  de  Villecelle,  bains  de  Capus,  bains  de  La  Malou-du- 
Gentre,  il  y  a  deux  piscines  publiques,  contenant  chacune  quinze  per¬ 
sonnes,  trois  petites  piscines,  dites  de  famille,  où  deux  à  quatre  per¬ 
sonnes  peuvent  se  baigner  à  la  fois,  des  cabinets  de  douches  et  des  bains 
de  vapeurs  thérébentinées. 

5“  La  buvette  Bourges  renferme  une  proportion  considérable  d’acide 
carbonique,  690°°.  Moitessier,  dont  les  études  chimiques  sur  les  eaux  de 
La  Malou  ont  été  largement  mises  à  contribution  dans  cet  articlje,  a  appelé 
l’attention  sur  les  quantités  considérables  d’acides  crénique  et  apocré- 
niqne  contenus  dans  les  dépôts  ocracés  de  cette  source,  tandis  que  ceux 
de  la  source  Capus,  plus  riches  en  éléments  ferrugineux,  n’en  renferment 
que  des  traces, 

c.  La  Maloü-le-Haüt,  à  1  kilomètre  au  nord  de  Capus,  est  desservi  par 
plusieurs  sources  fort  intéressantes  :  nous  nous  occuperons  seulement  de 
quatre  d'entre  elles. 

1“  L’ancienne  source  ou  source  tempérée,  accuse  comme  température 
50  à  51°centigr.  :  dans  les  piscines,  l’eau  n’a  plus  que  29°  centigr. 

2°  La  nouvelle  source  (1858)  ou  source  chaude,  marque  au  thermo¬ 
mètre  centigrade  31°,5  à  32°,  lorsqu’elle  est  arrivée  dans  les  piscines.  Les 
gaz,  en  quantité  considérable,  au  point  de  produire  un  bouillonnement 
tumultueux  à  l’émergence,  sont  presque  entièrement  formés  d’acide  car¬ 
bonique. 

5°  Le  Petit-Vichy,  autrefois  source'  de  la  Veyrasse  (20°  centig.)  très- 
gazeuse,  peu  ferrugineuse,  est  souvent  usitée  comme  eau  de  table. 

4°  La  sou?'ce  de  la  Mine  (22  à  23°  centig.),  peu  gazeuse,  contient  près 
de  5  centigrammes  de  bicarbonate  de  fer  par  litre. 

L’établissement  balnéaire  {bains  de  La  Malou-le-Haut,  bain  Audibert) 
est  alimenté  par  l’ancienne  et  par  la  nouvelle  source,  qui  s’y  rendent 
séparément,  sans  avoir  subi  aucune  opération  pour  augmenter  ou  abais¬ 
ser  leurs  températures,  de  sorte  que  les  bains  se  prennent  à  deux  tempéra¬ 
tures  différentes,  correspondant  à  la  température  native  de  chaque  source. 

Indiquons  enfin  la  source  de  la  Vernière,  dans  la  vallée  de  l’Orb,  en 
dehors  du  vallon  de  la  Malou.  D’une  saveur  fraîche  (16° ,9  centig.)  et  pi¬ 
quante,  légèrement  styptique,  elle  fournit  à  l’analyse  1®'',1702  de  bicar¬ 
bonate  de  soude  et  450°°  d’acide  carbonique  par  litre.  Digestive  et  très- 
diurétique,  elle  avait  autrefois  des  propriétés  purgatives  aujourd’hui 
disparues,  sans  doute  par  un  mélange  avec  l’eau  de  l’Orb, 


108  LA  MAiOU.  —  THÉRAPEUTIQUE. 

Propriétés  médicales.  Les  observations  recueillies  dans  les  trois  éta¬ 
blissements  thermaux  de  La  Malou,  montrent  les  mêmes  effets  physiolo¬ 
giques  et  thérapeutiques  ;  l’intensité  seule  varie.  La  description,  donnée 
par  Dupré  (1842),  des  phénomènes  produits  par  l’immersion  dans  les 
piscines  de  La  Malou-l’Ancien,  peut  s’appliquer  également  aux  deux  autres 
établissements  qui  ont  été  créés  depuis. 

En  entrant  dans  le  bain,  on  éprouve  un  picotement  à  la  peau,  prompte¬ 
ment  suivi  d’un  bien-être  général.  Ce  phénomène,  très-sensible  à  la  pre¬ 
mière  immersion,  diminue  à  mesure  que  le  nombre  des  bains  augmente, 
et  finit  même  par  ne  plus  se  produire.  Il  est  d’autant  plus  marqué  qu’il 
se  dégage  une  plus  grande  quantité  d’acide  carbonique  de  la  source  ; 
ainsi,  à  l’établissement  du  Capus,  il  y  a  une  sorte  de  crispation  de  la 
peau,  surtout  aux  organes  génitaux.  La  circulation  est  d’abord  accélé¬ 
rée,  puis  ralentie  :  cette  dernière  action  a  même  seule  lieu  au  bout  d’un 
certain  nombre  de  bains  et  persiste  pendant  toute  la  journée.  La  respi¬ 
ration  est  souvent  un  peu  gênée,  à  cause  de  la  présence  de  l’acide  car¬ 
bonique  dans  l’atmosphère  et  autrefois,  avant  la  création  du  bassin  d’at¬ 
tente,  à  La  Malou-!e-Bas,  par  les  temps  d’orage,  le  dégagement  d’acide 
carbonique  était  quelquefois  assez  fort  pour  rendre  impossible  le  séjour 
dans  les  piscines.  Ces  effets  ont  été  constatés  d’abord  à  La  Malou-l’Ancien 
par  Dupré,  qui  a  remarqué  leur  concordance  avec  les  observations  de  Mar- 
card  à  Pyrmont. 

Thérapeutique.  —  En  tête  des  maladies  combattues  avantageusement  à 
La  Malou,  se  placent  le  rhumatisme  chronique  et  ses  manifestations  sur 
les  organes  internes,  estomac,  intestins,  poumons,  sur  le  cœur  lui-même, 
comme  le  prouvent  les  écrits  de  Dupré  (observ.  V  et  VI)  et  de  Privât.  Cet 
•auteur,  dans  un  relevé  (1858)  de  1,664  cas  de  rhumatismes,  a  constaté 
122  fois  la  complication  d’endocardite,  et,  sur  205  personnes  atteintes  de 
rhumatisme  noueux,  observés  également  à  La  Malou,  il  a  trouvé  32  cas 
d’affections  cardiaques. 

Ces  eaux  sont  très-réputées  dans  le  traitement  de  l’ataxie  locomotrice 
progressive  et  des  paralysies,  notamment  des  paraplégies,  pour  lesquelles 
Privât  a  dressé  une  sorte  d’écbelle  de  curabilité.  Au  dernier  degré,  c’est- 
à-dire  à  l’écbelon  le  plus  bas,  figurent  les  paraplégies  par  épuisement, 
par  excès  ;  viennent  ensuite  les  paraplégies  traumatiques,  puis  les  paraplé¬ 
gies  dites  nerveuses,  les  paraplégies  congestives  et  enfin,  au  degré  le  plus 
élevé,  la  paraplégie  par  chloro-anémie. 

Celle-ci  et  les  troubles  menstruels  qui  l’accompagnent  si  souvent, 
l’aménorrhée,  la  dysménorrhée,  etc.,  retirent  de  l’usage  bien  entendu 
des  sources  de  La  Malou  et  des  gaz  qui  s’en  dégagent,  sinon  la  guérison, 
au  moins  un  grand  amendement.  Nommons, encore  la  leucorrhée,  la 
blennorrhée,  la  métrite  chronique  avec  tendance  à  l’éréthisme  nerveux, 
les  névroses,  l’hystérie,  la  chorée  :  malgré  l’autorité  de  Lallemand,  de 
Chrestien,de  Montpellier,  et  les  observations  (XIII  et  XIV)  de  Dupré,  nous 
n’oserions  pas  ajouter  l’épilepsie.  Terminons  cette  longue  énumération 
par  les  névralgies,  notamment  la  sciatique,  la  gastralgie,  la  dyspepsie,  non 


109 


LA  MALOU.  —  BIBLIOGEA.PHIE. 
ilatulente,  avec  anémie,  l’entéralgie,  la  diarrhée  chronique  causée  par 
l’atonie  de  la  muqueuse  intestinale.  Quant  à  la  scrofule,  malgré  les  heu¬ 
reux  résultats  obtenus  dans  la  coxalgie  scrofuleuse,  et  consignés  dans  les 
mémoires  de  l’Académie  de  médecine,  malgré  les  bons  effets  toniques 
anti-scrofuleux.relatés  par  Boissier  (obs.  III  et  IV)  chez  les  jeunes  sujets, 
surtout  chez  les  filles  à  l’époque  de  la  puberté ,  nous  ne  saurions,  à 
l’exemple  de  Decazis,  conseiller  les  eaux  de  La  Malou  dans  les  engorge¬ 
ments  glandulaires  du  système  lymphatique. 

Lorsqu’il  existe  des  symptômes  de  tuberculisation,  les  sources  delà  Ver¬ 
nière  et  de  la  Veyrasse  auraient,  selon  Lombard,  une  grande  valeur  pour 
retarder  le  terme  fatal  de  la  maladie.  C’est  une  assertion  dont  nous  lais¬ 
sons  toute  la  responsabilité  à  son  auteur. 

Nous  résumerons  ainsi  les  indications  de  La  Malou  : 

Dans  tous  les  cas  où  une  médication  sédative,  tonique  et  reconstituante 
est  recherchée,  les  malades  trouvent  à  ces  thermes  d’excellentes  condi¬ 
tions  balnéothérapiques  dans  des  piscines  à  eau  courante,  alimentées  par 
des  sources  ferrugineuses  dont  les  températures  natives  sont  précisément 
celles  des  bains  tempérés. 

Sans  entrer  dans  des  détails  sur  l’appropriation  de  telle  ou  telle  source 
à  tel  état  morbide,  sur  le  nombre  des  verres  à  ingérer,  la  durée  des 
bains,  etc.,  appréciations  d’ailleurs  variables  journellement  selon  les 
effets  observés  chez  chaque  malade  par  le  médecin  des  eaux,  nous  insis¬ 
terons  encore  une  fois  sur  la  richesse  remarquable  du  vallon  de  La 
Malou  en  sources  de  thermalités  différentes,  renfermant  du  fer,  de  l’acide 
carbonique  et  des  sels  alcalins  en  proportions  différentes,  «  offrant  ainsi 
au  médecin  une  plus  grande  variété  de  moyens  à  approprier  à  cette 
variété  d’indications  que  présentent  les  maladies  les  plus  analogues  et 
que  l’habileté  du  praticien  consiste  à  bien  saisir  »  (A.  Saint-Pierre). 

BoomET,  Gros  et  Jalabebt,  Description  des  bains  de  La  Malou;  Masars  de  Gazelles,  observations 
sur  les  effets  des  eaux  de  la  Malou,  dans  la  rétention  d’uriiie,  in  Dictioiin.  minéral,  et 
hydrol.  de  la  France,  par  Buehoz.  Paris,  1772,  t.  I  et  II. 

Snsi-PiEERE  (A.),  Essai  sur  l’analjse  des  eaux  minérales  en  général  et  sur  celle  des  eaux  miné¬ 
rales  du  département  de  l’Hérault,  en  particulier.  Thèse  de  Montpellier,  1809. 

Decazis,  Des  eaux  de  La  Malou  et  de  leur  influence  salutaire.  Castres,  1836. 

Dupré  (G.),  Observations  sur  l’action  générale  des  eaux  minérales  de  La  Malou  et  sur  leur  utilité 
dans  quelijues  cas  pathologiques  spéciaux.  Tarbes,  1842. 

Loubard  (L.),  Notice  sur  les'  eaux  des  diverses  sources  de  La  Malou  et  des  environs  [Gazette 
médicale  de  Montpellier,  1851,  p.  71). 

Boissier  (Alfred),  Étude  sur  le  vallon  thermal  de  La  Malou  et  sur  les  bains  de  la  Malou-le- 
Haut,  en  particulier.  Thèse  de  Montpellier,  1855. 

Bosset  (Lucien),  Notice  sur  les  eaux  minérales  et  thermales  de  La  Malou-du-Centre,  suivies  de 
considérations  thérapeutiques.  Béziers,  1858. 

Privai  (J.  L.),  Notice  statistique  et  médicale  sur  La  Malou-les-Bains,  suivie  de  l’application  des 
eaux  de  La  Malou-P Ancien,  au  traitement  du  rhumatisme,  de  la  névropathie,  etc.  Paris,  1858. 
—  Essai  sur  le  rhumatisme  noueux  et  son  traitement  par  les  eaux  de  La  Malou-1’ Ancien.  (Extr. 
ia  Bulletin  thérapeutique,  avril,  1806). 

Mohessier  (A.).  Étude  chimique  des  eaux  minérales  de  La  Malou.  [Mémoires  de  l’Académie  des 
sciences  et  lettres  de  Montpellier,  1861).  —  Nouvelle  analyse  des  eaux  minérales  de  La 
Malou-l'Ancien  [Montpellier  médical,  t.  XI,  1863).  —  Nouvelles  recherches  sur  les  eaux 
minérales  de  La  Malou  (Montpellier  médical,  t.  XV.  1865).  —  Et  Diacox,  Recherches  sur 
quelques  eaux  minérales  à  l’aide  du  spectroscope  [Montpellier  médical,  t.  VIII,  1862). 


110 


LANCETTE. 


Rapports  annuels  présentés  à  l’Académie  de  médecine,  par’  la  commission  des  eaux  minérales. 

Voy.  rapport  pour  les  années  1851  et  1852,  p.  86  et  110;  pour  l’année  1865,  p.  46;  pour 

l’année  1864,  p.  61  ;  pour  l’année  1866,  p.  2^  g  YeRJON 

liAJVCETTE  {lanceola,  ail.  lanzette,  angl.  lancet,  it.  lancetta,  esp. 
lanceta).  —  Cet  instrument,  de  forme  lancéolaire,  est  spécialement  destiné 
à  la  pratique  de  la  saignée.  On  s’en  sert  aussi  pour  faire  à  la  peau  ou  sur 
les  muqueuses  des  mouchetures,  des  ponctions  ou  des  incisions  légères 
et  superficielles,  pour  la  vaccination  et  pour  les  inoculations  virulentes. 
Malgré  le  discrédit  actuel  de  la  saignée,  la  lancette  est  un  des  instruments 
les  plus  usités  dans  la  petite  chirurgie. 

La  lancette  se  compose  d’une  lame  et  d’une  châsse.  La  lame  est  plate, 
longue  de  3  centimètres  environ.  Vers  le  milieu  de  sa  longueur,  ses  deux 
bords  deviennent  tranchants  et  se  rapprochent  en  s’inclinant  également 
vers  l'axe  de  la  lame  pour  former  la  pointe.  Celle-ci,  duc  à  la  rencontre  de 
deux  tranchants,  présente  les  meilleures  conditions  possibles  de  pénétra¬ 
tion.  La  partie  opposée  à  la  pointe  porte  le  ncm  de  talon;  elle  est  dépolie 
à  la  lime  afin  de  ne  pas  glisser  entre  les  doigts  qui  la  tiennent,  car  c’est 
par  le  talon  qu’on  saisit  l’in.strument  pour  le  faire  pénétrer  dans  les  tissus. 

La  châsse  est  formée  de  deux  petites  plaques  de  corne,  d’écaille  ou  de 
nacre,  réunies  au  talon  de  la  lame  par  un  rivet.  Elle  dépasse  dans  tous 
les  sens,  surtout  vers  la  pointe,  la  lame  qu’elle  doit  protéger  lorsque  la 
lancette  est  fermée  ou  lorsqu’on  la  nettoie. 

La  lancette  la  plus  effilée  porte  le  nom  de  lancette  à  langue  de  serpent,  E 
(fig.  9).  La  moins  effilée  est  dite  lancette  à  grain  d’orge,  G.  La  lancette  à 

â 


Fig.  7.  —  Lancettes. 

grain  d’avoine  est  intermédiaire  aux  deux  précédentes,  D,  B.  On  a  donné 
aussi  aux  lancettes  des  tranchants  droits,  F,  ou  en  forme  de  flamme,  C,  1. 
Citons  enfin  pour  mémoire  la  lancette  à  abcès,  abandonnée  de  nos  jours. 

La  lancette  est  l’instrument  le  plus  difficile  à  bien  repasser.  11  faut  être 
un  excellent  coutelier  pour  lui  donner  la  pénétration  qu’on  est  en  droit 
d’attendre  d’elle.  Les  lancettes  anglaises,  justement  réputées,  conservent 
plus  longtemps  que  les  nôtres  leur  pointe  et  leurs  tranchants  ;  par  contre, 
elles  sont  plus  cassantes. 

Nous  ne  décrirons  pas  la  manière  d’ouvrir  et  de  fermer  la  lancette.  11 
ne  s’agit,  en  effet,  que  de  faire  glisser  successivement  l’une  sur  l'autre  la 


LANGUE.  -  AMATOMIE  :  DESCMI'TIOS. 


111 


lame  et  les  deux  valves  de  la  châsse,  jusqu’à  ce  qu’elles  soient  dans  la 
position  respective  qu’elles  doivent  garder.  La  manière  de  laver  et  d’es¬ 
suyer  la  lancette  lorsqu’elle  a  servi  mérite,  par  contre,  de  nous  arrêter  un 
instant.  Elle  doit  être,  en  effet,  absolument  et  rigoureusement  propre, 
afin  de  ne  pas  inoculer  de  matière  septique  dans  la  petite  plaie  qu’elle 
produit.  D’un  autre  côté,  faute  de  savoir  bien  s’y  prendre  pour  la  net¬ 
toyer,  on  peut  l’émousser  ou  casser  sa  pointe.  On  couche  la  lame  sur 
une  des  plaques  de  la  châsse  et  on  l’essuie  avec  un  linge  fin  humecté  d’eau 
qu’on  promène  du  talon  vers  la  pointe;  on  la  sèche  bien  avec  un  linge 
sec  qu’on  passe  ensuite  sur  la  plaque  qui  est  libre.  La  lame  est  alors 
changée  de  plaque  et  on  recommence  la  même  opération  sur  sa  seconde 
face  et  sur  la  plaque  de  la  châsse  sur  laquelle  on  l’avait  appliquée  d’abord. 
Une  reste  plus  qu’à  fermer  l’instrument. 

C’est  à  l’article  Saigîsée  que  doit  être  indiqué  le  choix  de  la  forme  de 
lancette  qu’il  convient  de  faire,  suivant  les  cas,  ainsi  que  la  manière  de 
tenir  et  de  manier  la  lancette. 

Ch.  Sarazin. 

LAJVGIJE  (ail.  zunge,  angl.  tongue,ita[.  lingua). 

ANATOMIE. 

Desicription.  —  Située  dans  la  cavité  buccale,  à  l’entrée  des  voies 
digestives,  la  langue  forme  avec  la  face  supérieure  de  la  région  sus-hyoï¬ 
dienne  le  plancher  de  la  bouche.  Cet  organe,  qui  jouit  d’une  sensibilité 
exquise,  d’une  grande  mobilité,  et  qui  joue  un  grand  rôle  dans  la  percep¬ 
tion  des  saveurs,  présente  la  forme  d’un  ovale ,  dont  la  grosse  extrémité 
est  en  arrière.  Son  extrémité  antérieure,  aplatie,  libre,  porte  le  nom  de 
•jointe;  cette  pointe  est  extrêmement  mobile,  et  c’est  grâce  à  cette  mobilité 
que  la  langue  et  les  tumeurs  qu’elle  présente  souvent,  peuvent  être  attirées 
au  dehors;  la  hase  est  tournée  en  arrière  et  fixée  au  maxillaire  inférieur  et 
àl’os  hyoïde  par  quelques  lamelles  fibreuses  et  par  des  fibres  musculaires. 

Elle  remplit  à  peu  près  la  cavité  buccale  ;  son  volume,  du  reste,  peut 
varier  dans  des  limites  assez  étendues  chez  les  différents  individus.  Étroite 
et  mince  en  avant,  elle  s’épaissit  et  s’élargit  notablement  en  arrière  au 
niveau  de  l’épiglotte;  elle  s’amincit  au  niveau  de  l’os  hyoïde. 

Les  mensurations  pratiquées  par  Sappey  sur  un  grand  nombre  de 
sujets,  nous  ont  appris  qu’elle  mesurait  chez  l’adulte  de  9  à  12  centi¬ 
mètres  de  la  pointe  à  la  base,  et  de  5  à  6  d’un  bord  à  l’autre. 

La  direction  à  l’état  de  repos,  alors  que  les  mâchoires  sont  rapprochées, 
peut  être  facilement  étudiée  sur  une  coupe  verticale  médiane  jie  la  face. 
Horizontale  dans  sa  partie  antérieure,  elle  forme  un  plan  incliné  et  se  re¬ 
courbe  brusquement  de  haut  en  bas  et  d’avant  en  arrière,  pour  devenir 
verticale  un  peu  avant  son  insertion  à  l’os  hyoïde.  Lorsque  ladangue  est 
attirée  au  dehors,  sa  direction  se  trouve  notablement  modifiée.  L’os 
hyoïde  étant  soulevé,  la  portion  verticale  devient  horizontale,  et  tout 
l’organe  prend  une  direction  oblique  de  haut  en  bas  et  d’avant  en  arrière. 

Pour  la  facilité  de  la  description^  nous  distinguerons  à  la  langue 


LANGUE.  —  ANATOMIE  :  description. 


H2 

une  face  supérieure,  une  face  inférieure,  deux  bords,  l’un  droit  et  l’autre 
gauche,  une  base  et  un  sommet. 

La  face  supérieure  ou  dorsale  de  la  langue,  libre  dans  toute  son  éten¬ 
due,  convexe,  est  immédiatement  appliquée  dans  sa  partie  horizontale  à  la 
voûte  palatine  et  au  voile  du  palais.  Dans  sa  portion  verticale,  elle  répond 
au  sommet  de  la  luette,  qui  en  est  ordinairement  séparé  de  8  à  1 0  milli¬ 
mètres.  Plus  bas  elle  répond  à  l’épiglotte  qui  lui  est  unie  au  moyen  de  trois 
replis,  un  médian,  deux  latéraux,  les  replis  glosso-épiglottiques.  On  trouve 
sur  cette  face  un  sillon  médian  qui  divise  la  langue  en  deux  moitiés  exac¬ 
tement  symétriques.  Ce  sillon  ne  se  continue  pas  jusqu’à  la  base,  il  se  ter¬ 
mine  à  l’union  des  deux  tiers  antérieurs  avec  le  tiers  postérieur,  par  une 
dépression  connue  sous  le  nom  de  foramen  cæcum  ou  trou  borgne  (Mor- 
gagni),  lacune  de  la  langue  (Chaussier).  De  chaque  côté  et  se  dirigeant 
obliquement  en  dehors,  de  façon  à  former  un  V  ouvert  en  avant,  dont  le 
foramen  cæcum  occupe  le  sommet,  se  voient  des  papilles  qui  rentrent  la 
plupart  dans  la  classe  des  papilles  caliciformes.  La  partie  qui  sè  trouve  en 
avant  du  V  lingual  est  légèrement  tomenteuse.  La  portion  postérieure  qui 
ne  comprend  qu’un  tiers,  de  la  face  dorsale  est  inégale,  creusée  de  sil¬ 
lons,  avec  des  saillies  qui  présentent  pour  la  plupart  des  orifices  que  l’on 
peut  distinguer  facilement. 

La  face  inférieure  est  beaucoup  moins  considérable  que  la  face  supé¬ 
rieure  ;  elle  n’est  libre  que  dans  son  tiers  antérieur  ;  c’est  par  les  deux 
tiers  postérieurs  de  celte  face  qu’arrivent  à  la  langue  les  muscles  qui  la 
fixent  à  l’os  hyoïde  et  au  maxillaire  inférieur.  Cette  face  inférieure  repose 
sur  la  muqueuse  du  plancher  de  la  houche,  qui  la  sépare  des  glandes  sub¬ 
linguales  en  avant,  des  glandes  sous-maxillaires  en  arrière,  et  plus  pro¬ 
fondément  du  muscle  stylo-byoïdien.  Elle  forme  avec  le  plancher  de  la 
bouche  une  gouttière  parabolique  à  concavité  postérieure.  La  paroi  supé¬ 
rieure  ou  linguale  est  unie  à  la  paroi  intérieure  ou  cervicale  par  un  repli 
muqueux  vertical,  libre  par  son  bord  antérieur  et  ses  faces  latérales, 
qu’on  nomme /irem  ou  filet  delà  langue.  Ce  frein  peut  être  assez  développé 
pour  gêner  le  fonctionnement  de  la  langue,  et  le  chirurgien  est  obligé 
d’y  remédier  par  une  opération.  A  l'état  normal,  le  frein  se  continue  en 
avant  avec  un  sillon  longitudinal,  beaucoup  plus  prononcé  que  celui  qui 
se  trouve  à  la  face  supérieure.  Diê  chaque  côté  du  frein  se  voit  une  ligne 
légèrement  bleuâtre,  saillante,  qui  correspond  aux  veines  ranines,  sur  les¬ 
quelles  les  anciens  pratiquaient  la  phlébotomie. 

Un  peu  plus  près  de  la  ligne  médiane,  se  trouve  un  tubercule  perforé, 
par  lequel  on  peut  voir  sortir  la  salive  par  jet  ;  c’est  au  sommet  de  ce  tu¬ 
bercule  que  vient  s’ouvrir  le  canal  de  Wharton.  Plus  en  dehors,  la  saillie 
antéro-postérieure  des  muscles  linguaux,  et,  sur  cette  saillie,  de  très- 
petits  replis  semi-lunaires  irréguliers,  que  Béclard  comparait  à  des  franges'. 
Un  certain  nombre  d’anatomistes  les  ont  considérés  comme  les  débris  de 
l’adhérence  qui  fixe  la  langue  au  plancher  de  la  bouche  dans  les  premiers 
temps  de  la  vie  intra-utérine  ;  ils  sont  plutôt  formés  par  un  éraillement 
de  la  muqueuse. 


LANGUE.  —  ANATOMIE  :  sthuctore.  H5 

Les  bords  de  la  langue  deviennent  plus  minces,  à  mesure  que  l’on 
s'approche  du  sommet  ;  ils  sont  libres  et  arrondis,  et  se  continuent  avec 
les  piliers  antérieurs,  la  muqueuse  amygdalienne  et  la  muqueuse  du  pha¬ 
rynx.  La  portion  libre  de  ces  bords  s’applique  aux  gencives,  à  la  con¬ 
cavité  de  l’os  maxillaire  inférieur,  aux  arcades  dentaires.  Dans  certains 
cas  de  tuméfaction  de  la  langue,  ces  bords  prennent  l’empreinte  des 
dents  sur  lesquelles  ils  peuvent  rester  longtemps  appliqués. 

La  pointe  de  la  langue  se  trouve  en  rapport  avec  la  face  postérieure  des 
incisives  supérieures  ;  elle  répond  à  cette  partie  de  la  muqueuse  gingi¬ 
vale  qui  entoure  lé  collet  des  incisives  supérieures.  Sa  forme,  sa  direc- 
lion,  ses  dimensions  peuvent  considérablement  varier  pendant  l’état  de 
contraction.  Sur  la  partie  médiane,  on  voit  le  sillon  de  la  face  inférieure 
se  continuer  avec  celui  de  la  face  supérieure.  Chez  certains  animaux  ver¬ 
tébrés,  et  particulièrement  chez  les  ophidiens,  cette  pointe  est  bifide. 

La  base  de  la  langue  se  fixe  à  l’os  hyoïde.  C’est  sur  la  base  apparente  et 
à  la  partie  la  plus  postérieure  de  la  face  dorsale  que  se  voient  l’épiglotte 
elles  replis  épiglottiques.  La  base  réelle,  elliptique,  se  continue  avec  la  ' 
membrane  hyo-glossienne  qui  la  fixe  à  l’os  hyoïde. 

Structure.  —  La  langue  est  un  organe  essentiellement  musculaire  re¬ 
couvert  d’un  étui  muqueux.  L’étude  de  cet  organe  comprend  :  1°  l’étude 
de  sa  muqueuse,  de  ses  papilles,  de  ses  glandes  ;  2“  de  son  squelette  ; 

5"  de  ses  muscles  ;  4°  de  ses  vaisseaux  et  nerfs. 

Muqueuse.  —  Cette  muqueuse  se  continue  avec  le  reste  de  la  muqueuse 
buccale,  et  en  certains  points  elle  en.  diffère  peu.  Dans  la  portion,  en 
effet,  qui  recouvre  la  face  dorsale,  comprise  entre  le  sommet  en  arrière  du 
V  lingual  et  ta  face  inférieure  de  la  langue,  elle  est  mince,  pourvue  d’une 
couche  de  tissu  sous-muqueux,  et  recouverte  de  petites  papilles  hémi¬ 
sphériques. 

La  muqueuse  devient  au  contraire  très-adhérente  et  très-dense  dans  toute 
la  partie  comprise  entre  le  sommet  du  V  lingual  et  la  pointe  de  la  langue. 
La  muqueuse  linguale  se  compose  essentiellement  d’un  épithélium  et 
d’un  derme  ou  chorion. 

l’épithélium  appartient  à  la  classe  de  l’épithélium  pavimenleux  stratifié, 
et  diffère  peu  de  celui  de  la  cavité  buccale.  Son  épaisseur  varie  suivant 
les  différents  points  où  on  l’eXamine,  et  vers  le  milieu  de  la  face  dorsale, 
il  atteint  un  demi-millimètre  d’épaisseur.  Malpighi,  qui  «tudia  le  pre¬ 
mier,  en  d665,  les  papilles  linguales  et  la  muqueuse  linguale,  décrit  à  cet 
épithélium  une  couche  cornée  et  un  corps  muqueux  ;  des  recherches  mo¬ 
dernes  ont  démontré  que  la  couche  cornée  n’existe  pas  dans  l’épithélium 
lingual. 

On  doit  considérer  la  cqyche  épithéliale  de  la^langue  comme  une  conti¬ 
nuation  du  corps  muqueux  de  l’épiderme. 

On  peut  distinguer  dans  cet  épithélium  plusieurs  couches.  Dans  les 
couches  profondes  qui  reposent  immédiatement  sur  le  chorion  muqueux, 
on  trouve  des  lits  de  petites  cellules  molles,  arrondies,  quelquefois 
allongées  de  0"’‘“,006  à  O^’jOlS  de  diamètre  (Kôlliker,  Frey);  les  noyaux 


114 


lANGUË.  —  aSatomië  ;  strbctüre.  moqueuse. 

vésiculeux  ont  0'‘‘“,005  de  diamètre,  et  des  granulations  pigmentaires 
les  entourent  souvent.  Examinées  à  l’aide  de  forts  grossissements,  elles 
présentent  à  leur  surface  de  petites  saillies  épineuses,  qui  s’engrènent 
avec  les  saillies  des  cellules  voisines,  comme  deux  brosses  serrées  l’une 
contre  l’autre  (Scliultze);  les  cellules  situées  le  plus  profondément  ont 
une  forme  allongée  et  une  direction  perpendiculaire  au  derme  de  la  mu-  ' 
queuse. 

A  mesure  que  l’on  s’éloigne  du  chorion  muqueux,  cet  épithélium  se 
moditie;  les  cellules,  en  effet,  s’agrandi.«sent,  elles  sont  aplaties,  minces, 
écailleuses,  unies,  de  0'““,022  à  0““,067  de  diamètre  ;  les  noyaux  sont 
plus  ovoïdes,  homogènes,  de  0“‘“,01,  à  0‘“'“,012  de  diamètre.  Ces  cellules 
sont  souvent  infiltrées  de  granulations  graisseuses  ;  la  plupart  ont  perdu  leur 
mollesse  primitive,  et  présentent  en  certains  points  l’aspect  corné.  Cette 
apparence,  nous  l’avons  dit,  avait-trompé  Malpighi.  Les  lamelles  que  l’on 
rencontre,  en  effet,  ne  sont  nullement  assimilables  aux  lamelles  superfi¬ 
cielles  de  l’épiderme  cutané;  les  cellules  qui  les  composent  présentent 
constamment  un  noyau  rapetissé,  mais  visible;  le  nucléole  disparaît  sou¬ 
vent. 

Cet  épithélium  pavimenteux  est  constamment  en  voie  de  destruction  et 
de  régénération;  les  cellules  superficielles  sont  constamment  entraînées, 
et  viennent  former  un  des  éléments  du  mucus  ;  les  couches  profondes  sont 
en  voie  de  prolifération  active ,  ce  qui  est  indiqué  par  l’existence  dans 
ces  couches  de  cellules  épithéliales  à  plusieurs  noyaux. 

Cet  épithélium  peut  ne  pas  être  entraîné,  s’accumuler  et  constituer  un 
enduit  pultacé  qui  joue  un  rôle  important  en  séméiologie  ;  s’il  est  entraîné 
avec  rapidité,  sous  l’influence  de  frottements,  par  exemple,  la  muqueuse 
présente  une  coloration  rosée.  Un  caractère  important  de  cet  épithélium, 
c’est  qu’il  est  doué  d’une  perméabilité  très-grande  pour  les  liquides;  nous 
verrons  bientôt  les  modifications  qu’il  subit  au  niveau  des  papilles. 

Le  chorion  ou  derme  muqueux  varie  d’épaisseur  dans  les  différents 
points  ;  il  est  surtout  plus  épais  sur  la  ligne  ihédiane,  dans  la  partie  coin* 
prise  entre  le  foramen  cæcum  et  la  pointe  de  la  langue,  il  s’amincit  laté¬ 
ralement  pour  s’épaissir  encore  sur  les  bords  de  la  langue,  il  est  formé 
par  des  faisceaux  entre-croisés  de  tissu  conjonctif,  il  est  très-riche  en  fibres 
élastiques,  en  vaisseaux  et  en  nerfs.  Au  niveau  du  tissu  muqueux,  au 
iveau  des  villosités,  des  papilles,  le  caractère  fibreux  du  tissu  disparaît 
t  l’on  aperçoit  comme  dans  le  derme  une  couche  transparente.  En  ce 
point  les  fibres  forment  une  trame  tellement  serrée  qu’elles  ne  laissent 
plus  aucun  espace  entre  elles  [basement  membrane  (ToJd  et  Bowman), 
membrane  intermédiaire  (Henle)] . 

Contigu  à  répithélium|par  sa  face  profonde^ il  repôse  sur  le  tissu  soüs- 
muqueux.  Ce  tissu  sous^nuqueux  n’existe  pas  dans  la  portion  gustative, 
c’est-à-dire  dans  les  deux  tiers  antérieurs  de  la  face  dorsale  et  des  bords  de 
la  langue  ;  en  ce  point  il  est  remplacé  par  une  couche  de  tissu  conjonctif 
compacte,  qui  n’est  que  la  partie  inférieure  de  la  muqueuse,  elle-même. 
Plusieurs  anatomistes  ont  voulu  faire  de  cette  couche  fibreuse,  blanchâtre 


115 


Langue.  —  anatomie  ;  structdre.  moquedse. 
et  assez  épaisse  dans  laquelle  viennent  s’insérer  les  muscles  sous-jacents, 
une  membrane  distincte.  Zaglas  a  proposé  de  donner  à  cette  cguciie  le 
nom  de  faseia  lingiiæ. 

En  arrière  du  trou  borgne  le  derme  se  transforme  en  tissu  lymphoïde 
qui  entouré  les  glandes  folliculeuses.  " 

Vers  la  base  de  la  langue,  le  tissu  sous-muqueux  est  facile  à  isoler.  Au 
niveau  de  l’épiglotte  il  devient  très-lâche  ;  il  se  laisse  traverser  par  les  trois 
■cordons  de  tissu  jaune  élastique  qui  constituent  la  charpente  des  trois 
replis  glosso-épiglottiques. 

Sur  la  face  inférieure  et  en  allant  vers  le  plancher  de  la  bouche,  le  tissu 
muqueux  présente  une  texture  de  plus  en  plus  délicate  ;  c’est  dans  ce 
tissu  et  de  chaque  côté  du  frein,  au  point  où  la  face  inférieure  se  confond 
avec  le  plancher  de  la  bouche,  que,  d’après  Fleichmann  (1841),  se  trouve 
une  bourse  séreuse.  La  plupart  des  anatomistes  qui  l’ont  recherchée  n’ont 
pu  la  retrouver. 

Sur  les  bords  delà  langue  et  dans  les  deux  tiers  antérieurs,  le  derme 
adhère  aux  fibres  musculaires  sous-jacentes;  en  arrière,  la  muqueuse 
forme  des  plis  verticaux;  tes  plis  postérieurs  sont  les  plus  développés. 

Si  l’on  examine  attentivement  la  surface  de  la  muqueuse,  on  voit  quelle 
est  hérissée  de  petites  saillies  ou  papilles,  dont  un  très-grand  nombre  se 
trouvent  sur  la  face  dorsale  de  cet  organe,  près  du  foramen  cæcum.  La 
face  inférieure  n’est  „pas  cependant  complètement  dépourvue  de  papilles  ; 
en  ce  point  et  dans  le  tiers  postérieur  de  l’organe  on  rencontre  des  pa¬ 
pilles  vasculaires  analogues  à  celles  du  derme  cutané. 

Nous  distinguerons,  avec  la  plupart  des  auteurs,  trois  variétés  de 
papilles  :  1°  les  papilles  filiformes  ou  coniques;  2"  les  papilles  fongiformes 
ou  mûriformes ;  5“  les  papilles  caliciformes. 

Les  papilles  filiformes  sont  les  plus  nombreuses  ;  saillantes,  elles  sont 
formées  par  une  base  conique,  surmontée  à  son  sommet  d’un  certain 
nombre  de  papilles  minces  et  effilées  en  forme  de  pinceau.  D’après  Kôlli- 
ker,  leur  longueur  varie  de  0“'",75  à  5  millim.,  leur  largeur  de  0'"‘“,2  à 
ü'“'“,5;  la  forme  conique  n’est  pas  constante.  Kôlliker  et  Henle,  qui  ont  étu¬ 
dié  avec  grand  soin  les  variétés  qu’elles  présentent,  ont  trouvé  des  papilles 
pyramidales,  prismatiques,  cylindriques,  etc.  Leur  extrémité  libre  se  trouve 
recouverte  par  une  série  de  petites  élevures  qui  ne  sont  que  des  papilles 
simples  de  û““,02  à.0'“'“,03  de  hauteur.  La  couche  épithéliale  présente  au 
niveau  de  ces  papilles  une  disposition  particulière,  qui  a  été  surtout  bien 
indiquée  par  Todd  et  Bow'man.  L’épithélium,  en  effet,  s’épaissit,  et  il  forme 
au-dessus  de  ces  papilles  de  longs  et  fins  prolongements  filiformes,  qui  se 
bifurquent  quelquefois.  Ces  prolongements,  formant  une  espèce  de  pin¬ 
ceau  libre,  peuvent  acquérir  une  longueur  del‘“'“,^5  à  2  millimètres.  Les 
prolongements  situés  à  la  périphérie  de  la  papille  sont  beaucoup  moins 
longs  que  ceux  qui  en  occupent  le  centre.  L’ensemble  figure  alors  par¬ 
faitement  une  corolle  de  fleur;  aussi  Sappey  appelle-t-il  ces  papilles  corol- 
liformes.  11  est  fréquent  de  voir  les  prolongements  épithéliaux,  que  nous 
venons  de  décrire,  recouverts  dd  cryptogame  Leptbthrixbuccalis  (Leuvvcn- 


LANGUE.  —  ANATOMIE  :  structure,  glandes. 


d  IG 

hoeck,  Ch.  Robin),  qui  a  été  décrit  et  figuré.à  l’article  Bouche,  t.  V,p.421. 

Chaque  papille  conique  renferme  une  anse  capillaire,  une  petite  artère 
et  une  veine;  nous  ne  connaissons  pas  encore  le  mode  de  terminaison  des  ^ 
nerfs  dans  ces  papilles. 

Les  papilles  coniques  sont'  surtout  développées  vers  la  partie  ihoyenne 
de  la  face  dorsale  de  la  langue  ;  moins  développées  vers  la  pointe,  et  au 
niveau  des  bords,  elles  sont  souvent  disposées  en  rangées  et  enveloppées 
par  une  gaine  épithéliale  commune. 

Les  papilles  fongiformes  sont  surtout  développées  à  la  pointe  et  sur  la 
face  dorsale  de  l’organe  ;  elles  sont  situées  entre  les  papilles  filiformes, 
dont  elles  se  distinguent  nettement.  Elles  sont  en  forme  de  massue  ou  de 
champignon,  la  partie  supérieure  étant  arrondie  et  élargie,  la  base  étroite 
et  rétrécie.  Leur  volume  est  beaucoup  plus  considérable  que  celui  des 
papilles  filiformes  et  leur  longueur  varie  de  0““,7  à  0““,8,  leür  largeur  de 
0"'“,8  à  1  millimètre.  De  nombreuses  petites  papilles  coniques,  sont  situées 
à  leur  surface  et  cachées  par  le  revêtement  épithélial  fort  mineq.  Elles 
présentent  donc  l’aspect  d’une  mru’e  ou  d’une  framboise,  d’où  le  nom  de' 
papilles  mûriformes  qui  leur  a  été  donné  par  quelques  anatomistes. 

Les  anses  vasculaires  sont  ici  en  très-grand  nombre.  ' 

Les  papilles  caliciformes  {papillæ  vallatæ,  seu  circumvallatæ)  sont  très- 
volumineuses  ;  ce  sont  elles  qui  forment  le  V  dont  la  pointe  est  située  vers 
la  base  de  la  langue.  Situées  à  la  face  dorsale,  elles  se  composent  d’une 
grosse  papille  fongiforme.  Ces  différentes  papilles  sont  entourées  d’un 
bourrelet  circulaire  formé  par  la  muqueuse,  qu'on  nomme  calice.  La 
papille  centrales  1  millimètre  à  1“‘",5  de  hauteur,  elle  est  couverte  d’un 
nombre  considérable  dé  petites  papilles  coniques  qui  sont  tapissées  par 
une  couche  épithéliale  uniforme.  La  structure  de  ces  papilles,  dont  les 
différentes  variétés  sont  formées  par  l’accumulation  ou  par  l’aggloméra¬ 
tion  de  papilles  simples,  est  assez  facile  à  démontrer.  Elles  se  composent, 
en  elfet,  des  mêmes  éléments  du  derme  muqueux,  c’est-à-dire  d’un  tissu 
conjonctif  riche  en  fibres  élastiques.  L’anneau  muqueux  des  papilles  calL.' 
eiformes  ne  renferme  pas  de  tissu  élastique. 

La  papille  qui  est  située  à  la  pointe  du  V  lingual  s’élève  d’une  dépres¬ 
sion  profonde,  d’où  le  nom  de  foramen  cæcum  qu’on  lui  a  donné. 

Les  nerfs  de  ces  papilles,  qui  paraissent  surtout  destinées  à  jouer  le 
rôle  le  plus  important  dans  la  gustation,  viennent  du  trijumeau  et  du 
glosso-pharyngien.  Le  rameau  lingual  du  trijumeau,  qui  communique 
avec  la  corde  du  tympan,  se  distribue  aux  papilles  de  la  partie  antérieure 
de  la  langue  ;  les  papilles  caliciformes,  dans  la  partie  postérieure  de  la 
face  dorsale,  reçoivent  des  filets  du  glosso-pharyngien.  Le  mode  de  ter¬ 
minaison  de  ces  nerfs  dans  les  papilles  n’est  guère  connu.  La  plupart  des 
histologistes  décrivent  d’élégants  plexus  d’où  s’élèvent  les  tubes  primitifs 
destinés  aux  papilles  isolées.  D'après  Remak,  les  filets  nerveux  des  papilles 
formeraient  des  plexus  pourvus  de  cellules  ganglionnaires. 

Glakdes  de  la  l.akgue.^ —  On  observe  différentes  variétés  de  glandes 
dans  la  muqueuse  linguale  :  1“  sur  la  face  linguale  on  rencontre  des 


LANGUE.  —  ANATOMIE  :  structure,  foeucules. 


HT 

glandes  en  grappe  dans  toute  la  portion  non  papillaire.  Les  glandes  en 
grappe  sont  sous-muqueuses,  un  certain  nombre  sont  situées  entre  les 
interstices  musculaires.  Elles  forment  une  couche  très-épaisse,  mais 
s’étendent  un  peu  en  avant  des  papilles  caliciformes.  Cette  couche  est 
située  au-dessous  des  follicules  clos  et  des  papilles  caliciformes.  Les  con¬ 
duits  excréteurs  de  ces  glandes  viennent  s’ouvrir  au  fond  des  follicules 
muqueux  (E.  H.  Weber).  Au  niveau  du  V  lingual,  les  conduits  excréteurs 
ont  un  orifice  distinct  entre  les  papilles  caliciformes. 

Les  glandes  inlermusculaires  forment  une  double  rangée  latérale , 
s’étendant  du  V  lingual  à  la  pointe.  Les  bords  de  la  langue  sont  longés 
par  des  glandules  qui  semblent  faire  suite  à  la  glande  sublinguale,  et  qui 
sont  situées  à  la  face  externe  ou  sur  le  bord  inférieur  du  muscle  stylo- 
glosse.  Leurs  conduits  excréteurs  s’aperçoivent  assez  facilement  sur  les 
bords  de  la  langue. 

Dans  l’épaisseur  du  stylo-glosse  et  du  lingual  inférieur,  se  trouvent 
deux  masses  glandulaires,  l’une  droite,  l’autre  gauche,  décrites  par 
Weber,  que  l’on  peut  appeler  glandes  de  Weber.  Leur  conduit  excréteur 
aboutit  à  la  face  inférieure  de  la  langue. 

A  la  face  inférieure  de  la  pointe  de  la  langue,  au-dessous  des  fibres 
transversales,  au-dessus  du  fascia  des  muscles  lingual  inférieur  et  stylo- 
glosse,  on  observe  deux  autres  glandes  en  grappe  d’uu  certain  volume, 
longues  de  15  à  20  millimètres,  larges  de  7  à  8  et  hautes  de  5  à  6  ;  leurs 
conduits  excréteurs,  au  nombre  de  5  à  6 ,  débouchent  sur  les  côtés  du 
frein  de  la  langue. 

La  découverte  de  ces  glandes  est  due  à  Blandin.  Niihn  a  seulement  étu¬ 
dié  les  canaux  excréteur.s. 

Follicules.  — Dans  le:  quart  postérieur  de  la  langue,  et  depuis  l’épi¬ 
glotte,  le  tissu  de  la  muqueuse  commence  à  se  transformer  en  tissu  lym¬ 
phoïde.  Cette  découverte  a  été  faite,  en  1850  par  Kcilliker,  Billroth.  Ce 
tissu  s’étend  dans  l’espace  situé  entre  l’épiglotte,  l’amygdale  et  les  papilles 
caliciformes.  C’est  là  que  se  trouvent  les  follicules. 

Les  follicules  de  la  langue  se  trouvent  tantôt  isolés,  tantôt  réunis  par 
groupes.  Situés  au  dessus  des  glandes  en  grappe  dans  le  tissu  muqueux, 
au-dessous  de  la  muqueuse  qu’ils  soulèvent  en  lui  donnant  un  aspect 
bosselé,  ils  sont  arrondis,  du  volume  d’une  lentille. 

La  muqueuse  linguale  se  déprime  au  niveau  de  ces  follicules  en  for¬ 
mant  des  cavités  infundibuliformes  plus  ou  moins  profondes,  qui  peuvent 
atteindre  2  millimètres  d’étendue.  Les  parois  sont  formées  par  le  tissu  de 
la  muqueuse  avec  son  épithélium  pavimenteux  et  ses  papilles.  Cette  am¬ 
poule  est  entourée  d’une  épaisse  couche  de  tissu  conjonctif  réticulé,  dans 
laquelle  on  trouve  des  cellules  lymphatiques  et  des  follicules  ronds  ou 
ovalaires  de  O™”, 2  à  0““,5.  La  charpente  de  ces  follicules  est  lâche,  à 
larges  mailles.  L’épaisseur  de  cette  couche  varie  de  1/2  à  1  millimètre  au- 
dessous  de  la  muqueuse.  Les  limites  sont  généralement  assez  nettes  et  for¬ 
mées  par  une  membrane  fibreuse,  dépendante  du  tissu  conjonctif.  Un 
grand  nombre  de  glandes  en  grappes  se  voient  au-dessous  des  follicules 


H8  J.ANGÜE.  —  ANATOMIE  :  strdctdre.  musclés. 

muqueux  et  viennent  s’ouvrir  dans  la  couche  de  ces  follicules.  Ces  fol¬ 
licules  s’ouvrent  directement  et  sans  présenter  de  conduits  excréteurs  Sur 
la  muqueuse,  par  un  orifice  qui  mesure  quelquefois  de  1  à  2  millimètres. 

Les  follicules  sont  vasculaires,  on  y  observe  un  réseau  sanguin  à  direc¬ 
tion  rayonnante  formé  par  des  capillaires  très-minces.  Celte  direction  est 
très-nette  sur  les  sections  transversales.  Ce  réseau  ressemble  à  celui  que 
l’on  rencontre  dans  les  follicules  de  Peyer.  Autour  des  follicules,  les  lym¬ 
phatiques  forment  des  anneaux  ou  des  réseaux  annulaires  composés  de 
canaux  assez  étroits. 

Squelette  de  la  langue.  —  Le  squelette  de  la  langue  est  osseux  et 
fibreux.  Il  est  formé  par  l’os  hyoïde  et  par  deux  membranes  fibreuses  qui 
prennent  naissance  sur  cet  os  :  Isl  membrane  hyo-glossienne  et  le  fibro- 
cartilage  médian  ou  septum  médian,  cartilage  de  Blandin. 

hâ  membrane  hyo-glossienne,  dont  nous  devons  la  description  à  Blandin, 
naît  de  la  lèvre  postérieure  du  corps  de  l’hyoïde  ;  elle  se  perd  dans  la  base 
de  la  langue  ;  en  haut  et  en  avant  elle  recouvre  la  terminaison  du  génio- 
glosse  ;  supérieurement  cette  membrane  répond  à  la  muqueuse  linguale. 

Le  septum  médian  est  une  lamelle  blanc  jaunâtre,  verticale,  placée  de 
champ  entre  les  muscles  génio-glosses.  Il  commence  à  l’os  hyoïde  par 
une  extrémité  enferme  de  languette  étroite;  il  existe  à  peine  dans  le  tiers 
antérieur  de  la  langue.  Les  faces  latérales  reçoivent  des  insertions  mus¬ 
culaires  ;  son  bord  supérieur  convexe  est  séparé  de  la  muqueuse  dorsale 
de  la  langue  par  un  intervalle  de  5  à  4  millimètres;  son  bord  inférieur 
concave  est  recouvert  en  partie  par  les  fibres  du  génio-glosse  qui  s’entre¬ 
croisent  au-dessous  de  lui.  Son  épaisseur  est,  chezl’homme,  de0““,27  en 
arrière;  il  s’épaissit  considérablement  en  avant.  §a  structure  ne  rappelle 
pas  celle  du  fibro-cartilage,  ainsique  l’a  prétendu  Blandin;  il  est,  en  effet, 
composé  de  tissu  fibreux,  de  faisceaux  de  tissu  conjonctif  entrelacés  ana¬ 
logue!?  à  ceux  des  ligaments  et  des  tendons. 

Muscles  de  la  langue.  —  La  masse  charnue  de  la  langue  était  c'onsi- 
dérée  par  les  anciens  anatomistes  comme  un  composé  formé  par  des 
fibres  musculaires  entre-croisées,  que  l’on  ne  pouvait  parvenir  à  séparer. 
Malpighi  (1665),  Verheyen,  Sténon,  Albinus,  Isenflamm  (1792),  Bidloo, 
.Masse,  Duille,  Baur,  essayèrent  de  suivre  et  de  décrire  les  différents  fais¬ 
ceaux  musculaires.  Gerdy  (1823)  et  Blandin  ont  décrit  d’une  façon  très- 
exacte  les  muscles  de  la  langue  ;  ils  ont,  mieux  que  leurs  prédécesseurs, 
suivi  ces  muscles  dans  toute  leur  étendue. 

C’est  d’après  la  description  de  ces  auteurs  que  nous  allons  exposer  la 
disposition  des  muscles  linguaux. 

Ces  muscles  sont  au  nombre  de  quinze,  sept  pairs  et  un  impair,  dis¬ 
posés  symétriquernent  à  droite  et  à  gauche  de  la  lame  fibreuse  médiane, 
recouverts  à  la  partie  supérieure  par  une  couche  musculaire  qui  leur  est 
commune.  Nous  pouvons  les  classer  avec  Sappey,  de  la  manière  suivante  : 
trois  proviennent  des  os  voisins  ;  le  stylo-glosse,  Vhyo-glosse  et  le  génior 
glosse;  trois  naissent  des  organes  voisins  :  le  pharyngo  glosse,  le  palato- 
glosseet  Vamygdalo-glosse.  Le  septième  tire  son  origine  à  la  fois  de  ces 


119 


LANGUE,  — ^  anatomie  :  strdctdhe.  muscli 
os  et  de  ces  organes,  c’est  le  lingual  mférieur.  Le  huitième,  ou  muscle 
commun  aux  deux  groupes,  émane  de  la  petite  corne  de  l’os  hyoïde  et  du 
prolongement  médian  de  l’épiglotte  on  le  nomme  lingual  supérieur. 

1“  Le  slglo-glossef{inusmlus  retractor  linguæ),  situé  sur  les  bords  de  la 
langue,  large  à  sa  partie  moyenne,  effilé  à  ses  extrémités  est  le  plus  long 
des  muscles  de  la  langue.  11  s’insère  supérieurement  au  tiers  inférieur  et 
externe  de  l’apophyse  styloïde  du  temporal  ;  il  reçoit  quelques  libres  du 
ligament  stylo-maxillaire.  Ainsi  formé,  il  se  porte  en  bas  en  avant  et  en 
dedans,  en  s’aplatissant  et  en  s’élargissant.  Au  niveau  du  pilier  antérieur 
du  voile  du  palais,  et  sur  les  côtés  du  tiers  postérieur  de  la  langue,  il  se 
divise  en  trois  faisceaux;  un  moyen,  l'autre  inférieur,  le  troisième  supé¬ 
rieur.  Le  faisceau  moyen  longe  les  parties  latérales  de  la  langue,  et  s’avance 
jusqu’à  la  pointe,  en  formant  une  arcade,  dont  la  concavité  regarde  en 
haut  et  en  avant.  Le  faisceau  inférieur  passe  entre  les  deux  côtés  de  l’hyo-^ 
glosse,  pour  se  continuer  par  ses  fibres  les  plus  élevées  avec  les  fibres 
correspondantes  du  lingual  inférieur,  et  par  les  autres  plus  nombreuses 
avec  celles  du  génio-glosse. 

Le  faisceau  supérieur  s’engage  sous  les  fibres  du  palato-glosse  avec  le 
cérato-glosse,  auquel  il  s’unit,  puis  il  se  dirige  en  dedans  et  en  avant,  en 
s’épanouissant  de  telle  sorte  que  ses  fibres  postérieures  sont  transver¬ 
sales,  ses  fibres  antérieures  presque  longitudinales,  les  intermédiaires 
obliques  en  avant  et  en  dedans. 

Ce  muscle  répond  en  dehors  à  la  glande  parotide,  au  ptérygoïdien  in¬ 
terne,  à  la  glande  sublinguale,  au  nerf  lingual  et  à  la  muqueuse  de  la 
langue;  en  dedans  au  ligament  stylo-hyoïdien,  au  constricteur  supérieur 
dn  pharynx  et  à  l’hyo-glosse. 

Meckel  a  trouvé  une  fois  ce  muscle  double  des  deux  côtés. 

Il  est  innervé  par  le  rameau  lingual  du  facial. 

Action.  —  Il  élève  le  bord  de  la  langue,  et  tire  la  totalité  de  l’organe 
de  son  côté. 

2°  L’hyo-glosse  {museulits  depressor  linguæ,  s.  hyo-glossus,  s.  basio- 
ceratû-chondro-glossus) ,  occupe  la  partie  inférieure  et  latérale  de  la  langue. 

Il  est  large,  assez  mince  et  présente  une  forme  assez  régulièrement  qua¬ 
drilatère.  On  peut  lui  considérer  deux  faisceaux. 

L’un  naît  de  la  grande  corne  de  l’os  hyoïde,  et  a  reçu  le  nom  de  cérato- 
glosse-,  l’autre  du  corps  ou  de  la  base  de  cet  os,  et  de  la  partie  voisine  de 
la  grande  corné,  et  a  reçu  le  nom  de  basio-glossè.  A  l’exemple  d’Albinus, 
nous  décrivons  un  troisième  faisceau  qui  se  rattache  à  l’hyo-glosse,  lé— ■ 
chondro-glosse.  Verheyen.  et  Haller  avaient  décrit  ce  faisceau  comme  un 
muscle  distinct. 

Le  cérato-glosse  s’insère  inférieurement  aux  deux  tiers  postérieurs  de 
la  lèvre  externe  de  la  grande  corne  de  l’os  hyoïde;  il  se  porte  verticale¬ 
ment  en  haut,  s’engage  sous  le  siylo-glosse,  et  en  s’unissant  au  faisceau 
supérieur  de  ce  muscle  devient  horizontal.  Il  s’épanouit  alors  dans  l’épais¬ 
seur  do  la  langue,  et  vient  s’insérer  à  la  ligne  fibreuse  médiane.  Les  fibres 
terminales  postérieures  se  portent  transversalement  eu  dedans,  les  autres 


1"20  langue.  —  ANATOMIE  :  STRDCTORE.  MUSCLES., 

d’autant  plus  obliquement  en  dedans  et  en  avant  qu’elles  sont  plus  anté¬ 
rieures. 

En  dehors,  le  cérato-glosse  répond  au  tendon  médian  du  digas¬ 
trique,  au  muscle  stylo-hyoïdien,  à  la  glande  sous-maxillaire,  aux  nerfs 
hypoglosse  et  lingual,  puis  au  stylo  glosse  qui  le  croise  à  angle  droit;  en 
dedans  à  l’artère  linguale,  au  constricteur  moyen  du  pharynx,  au  liga¬ 
ment  stylo-hyoïdien,  au  muscle  stylo-hyoïdien  profond,  au  pharyngo- 
glosse  et  au  génio-glosse. 

On  trouve  souvent  un  faisceau  grêle  et  arrondi,  qui  naît  du  sommet  de 
la  grande  corne,  et  monte  obliquement  sur  la  face  externe  pour  se  porter 
ensuite  vers  la  pointe  de  la  langue.  Il  peut  venir,  soit  directement  du 
constricteur  moyen  du  pharynx,  soit  d’une  insertion  fibreuse  qui  l’unit  au 
bord  supérieur  de  ce  muscle.  Sappey  appelle  ce  faisceau  cérato-glosse  ac¬ 
cessoire. 

Le  basio-glosse,  moins  large  et  plus  épais  que  le  cérato-glosse,  est  obli¬ 
que  en  haut  et  en  avant  ;  il  s’insère  au  hord  supérieur  et  externe  de  l’os 
hyoïde  et  au  quart  antérieur  de  la  grande  corne.  Ses  fibres  s’engagent 
entre  le  faisceau  inférieur  et  le  faisceau  moyen  du  stylo-glosse,  passent 
au-dessous  de  ce  dernier  faisceau,  et  se  joignent  au  faisceau  supérieur; 
elles  s’épanouissent  alors  dans  l’épaisseur  de  la  langue,  pour  aller  s’atta¬ 
cher  à  la  lame  fibreuse  médiane. 

Le  basio-glosse  est  en  rapport  par  sa  face  externe  avec  la  glande  sous- 
maxillaire,  le  nerf  hypoglosse,  le  nerf  lingual,  la  portion  moyenne  du 
stylo-glosse  ;  par  sa  face  interne  avec  la  petite  corne  de  l’os  hyoïde,  avec 
l’artère  linguale,  que  l’on  aperçoit  souvent  dans  l’interstice  celluleux  qui 
le  sépare  du  faisceau  précédent  (cérato-glosse);  il  est  aussi  en  rapport 
avec  le  génio-glosse  et  l’origine  du  lingual  inférieur. 

Le  chondro-glosse  part  de  la  petite  corne  de  l’os  hyoïde  ;  il  est  séparé  à 
son  origine  du  cérato-glosse  et  du  basio-glosse  par  l’artère  linguale  et  le 
muscle  pharyngo-glosse.  Le  chondro-glosse  est  conslitué  par  des  fibres 
très- peu  nombreuses,  s’entremêlant  à  celles  du  génio-glosse,  en  se  cou¬ 
pant  à  angle  droit,  et  qui  vont  se  joindre  au  lingual  inférieur  par  des 
fibres  qui  rampent  sous  la  muqueuse  de  la  face  dorsale  de  la  langue,  et 
vont  concourir  à  la  formation  du  lingual  supérieur. 

S’appuyant  sur  ce  qu’aucune  des  fibres  ne  contribue  à  former  l’hyo- 
glosse,  Sappey  n’admet  pas  ce  muscle. 

Action.  ■ —  Les  muscles  hyo-glosses  rapprochent  la  langue  de  l’os 
hyoïde  et  la  compriment  transversalement. 

3®  Le  muscle  génio-glosse  {miiscidus  expulsor,  attraliens  linguæ,  s. 
genio-glossus),  occupe  la  partie  médiane  de  la  langue  et  est  très-volumi¬ 
neux.  ' 

11  a  une  forme  rayonnée;  son  sommet,  dirigé  en  bas-et  en  avant,  s’in¬ 
sère  à  l’apophyse  géni-supérieurc  de  la  mâchoire  ;  sa  base  qui  répond  à 
la  partie  médiane  de  la  langue,  dont  elle  mesure  toute  la  longueur,  est 
tournée  en  haut  et  en  arrière. 

Les  fibres  musculaires  qui  le  composent,  affectent  des  directions  düfé- 


121 


liANGUE.  -  ANATOMIE  :  STRUCTURE.  MUSCLES. 

rentes  :  les  jilus  inférieures  sc  portent  en  bas  et  en  arrière  ,  et  viennent 
s’insérer  à  la  partie  médiane  du  bord  supérieur  de  l’os  hyoïde.  Les  plus 
élevées  décrivent  une  courbe  à  concavité  antérieure,  pour  se  rendre  dans 
la  pointe  de  la  langue  ;  les  moyennes,  plus  nombreuses,  pénètrent  perpen¬ 
diculairement  dans  l’épaisseur  de  la  langue,  et  s’étalent  en  éventail 
dans  toute  la  partie  comprise  entre  la  membrane  byo-glossienne  et  la 
pointe. 

Les  fibres  terminales  du  génio-glosse peuvent  être  divisées,  avec  Sappey, 
en  fibres  internes  et  fibres  externes. 

Les  fibres  les  plus  internes  passent  au-dessous  du  cartilage  de  Blandin, 
et  s’entrercroisent  avec  les  fibres  correspondantes  du  côté  opposé. 

Les  fibres  les  plus  externes  viennent  s’insérer,  les  inférieures,  ainsi 
que  nous  l’avons  dit,  à  l’os  hyoïde,  d'autres  se  continuent  avec  le  pba- 
ryngo-glosse.  C’est  la  réunion  de  ces  fibres  musculaires  que  Virchow  a 
décrite  sous  le  nom  de  muscle  génio-pharyngien.  D’autres  fibres  se  conti¬ 
nuent  avec  le  faisceau  inférieur  du  stylo-glosse.  Les  autres,  nombreuses, 
d’une  couleur  pâle  et  jaunâtre,  vont  se  fixer  à  la  muqueuse  de  la  face 
dorsale  de  la  langue. 

Les  génio-glosses  correspondent  en  dehors  à  la  glande  sublinguale,  au 
conduit  .excréteur  de  la -glande  sous-maxillaire,  au  nerf  hypoglosse,  au 
genio-byoïdien,  à  l’hyo<^glosse,  au  stylo-glosse  et  au  lingual  inférieur.  Par 
leur  face  interne,  les  deux  muscles  s’appliquent  l’un  à  l’autre,  ils  sont 
cependant  séparés  par  du  tissu  conjonctif,  dans  lequel  rampent  des  troncs 
lymphatiques.  Le  bord  supérieur  est  recouvert  par  la  muqueuse  de  la 
face  dorsale  de  la  langue  ;  leur  bord  inférieur  repose  sur  les  muscles 
génio-hyoïdien,  dont  ils  sont  nettement  séparés. 

Action.  —  Les  fibres  hyoïdiennes  tirent  en  avant  l’os  hyoïde  ;  les  fibres 
antérieures  portent  la  langue  en  arrière  et  la  font  rentrer  dans  la  cavité 
buccale.  Lorsque  les  deux  muscles  se  contractent  la  langue  est  abaissée  et 
comprimée  dans  le  sens  transversal. 

ÿV amygtlalo  glosse  est  un  petit  faisceau  musculaire  décrit  par  groca. 
Situé  immédiatement  sous  la  muqueuse,  il  forme  entre  le  bord  de  la 
langue  et  le  bord  inférieur  de  l’amygdale,  un  plan  mince,  large  de  un 
centimètre  et  demi  environ. 

11  est  formé  par  des  fibres  transversales  qui  s’engagent  sous  l’amygdale 
et  viennent  s’insérer  à  la  face  externe,  sur  l’aponévrose  pharyngienne.  Il 
est  vertical  dans  la  première’  moitié  de  son  trajet,  horizontal  dans  la  se¬ 
conde,  et  semble  se  continuer  sur  la  ligne  médiane  avec  le  muscle  du  côté 
opposé. 

Il  répond  en  dehors  au  pharyngo-glosse,  dont  il  est  bien  distinct  par  la 
direction  complètement  transversale  de  ses  fibres.  En  dedans,  l’amygdalo- 
glosse  est  en  rapport,  dans  sa  portion  verticale,  avec  la  muqueuse  de  l'ex¬ 
cavation  amygdalienne  et  l’amygdale,  dans  sa  portion  horizontale  avec  le 
muscle  lingual  superficiel. 

Action.  —  Il  soulève  la  base  de  la  langue  et  rétrécit  la  partie  corres¬ 
pondante  du  pharynx. 


122 


LANGUE.  —  ANATOMIE  :  strocturë.  mdscles. 

5°  Le  palato-glosse  ou  glosso-staphylin  naît  de  la  partie  postérieure  et 
inférieure  du  voile  du  palais,  s’engage  dans  l’épaisseur  des  piliers  anté¬ 
rieurs  du  voile  du  palais  qu’il  contribue  en  grande  partie  à  former;  il  dé¬ 
crit  une  courbe  à  concavité  interne,  et  se  perd  sur  les  bords  de  la  langue 
dans  le  lingual  supérieur  et  les  fibres  les  plus  élevées  du  pbaryngo- 
glosse. 

6“  Le  pharyngo-glosse  (glosso-pharyngien,  faisceau  lingual  du  constric¬ 
teur)  est  formé  par  des  fibres  émanées  du  constricteur  supérieur.  Situé 
d’abord  entre  l’amygdalo-glosse  et  le  stylo-glosse,  au  niveau  du  bord  pos¬ 
térieur  de  l’hyo-glosse,  quelques  fibres  se  placent  entre  le  palato-glosse 
et  le  stylo-glosse. 

Les  autres  fibres  s’engagent  sous  le  cerato-glosse  et  se  continuent,  les 
inférieures  avec  les  fibres  correspondantes  du  génio-glosse,  les  supérieures 
avec  le  lingual  inférieur. 

7°  Le  lingual  inférieur  {lingual  de  Douglas),  est  situé  sur  la  face  infé¬ 
rieure  delà  langue,  entrele  génio-glosse  et  le  basio-glosse;  il  aune  direction 
ascendante,  et  se  porte  d’arrière  en  avant;  il  est  composé  en  grande  par¬ 
tie  par  des  fibres  dont  les  inférieures  proviennent  du  sommet  de  la  petite 
corné  de  l’os  hyoïde,  elles  cheminent  pendant  un  certain  temps  au-dessous 
des  fibres  du  génio-glosse,  et  deviennent  libres  pour  se  jeter  dans  le  lin¬ 
gual  ;  les  moyennes  émanent  du  pharyngo-glosse  ;  les  supérieures  pro¬ 
viennent  du  faisceau  inférieur  du  stylo-glosse. 

Action.  —  Il  rétracte  la  pointe  de  la  langue  et  la  porte  en  haut. 

8“  Le  lingual  supérieur  est  immédiatement  appliqué  sous  la  muqueuse 
de  la  face  de  la  langue  ;  on  lui  distingue  trois  portions,  une  médiane.et 
deux  latérales. 

La  portion  médiane,  muscle  glosso-épiglottique  de  quelques  auteurs, 
naîtdu  prolongement  moyen  de  l’épiglotte,  par  des  fibres  qui  divergent,  et 
après  un  court  trajet  se  confondent  avec  les  fibres  voisines  de  chaque 
côté.  Les  parties  latérales  naissent  des  petites  cornes  de  l’os  hyoïde.  Les 
fibres  les  plus  internes  s’unissent  avec  les  fibres  de  la  portion  médiane; 
les  plus  internes  s’unissent  au  palato-glosse  et  au  stylo-glosse.  Il  résulte 
de  celte  disposition  que  le  lingual  supérieur,  les  deux  palato-glosses  et  la 
longue  portion  du  stylo-glosse,  forment  un  véritable  muscle  peaucier,  qui 
embrasse  la  langue,  en  prenant  la  forme  d’un  couvercle  conoïde  à  con¬ 
cavité  inférieure. 

En  résumé,  la  masse  charnue  de  la  langue  possède  des  fibres  muscu¬ 
laires  qui  se  ramifient  et  s’anastomosent  fréquemment  entre  elles  et  dont 
la  direction  peut  être  longitudinale,  verticale  ou  transversale. 

Le  lingual  supérieur,  le  pharyngo-glosse,  le  lingual  inférieur,  le  palato- 
glosse,  et  le  stylo-glosse,  ainsi  que  quelques  fibres  du  basio-glosse  et  du 
génio-glosse,  se  font  remarquer  par  leurs  fibres  longitudinales. 

Les  fibres  verticales  que  l’on  n’observe  que  sur  les  deux  tiers  postérieurs 
de  la  langue  proviennent  des  génio-glosse.  Le  cérato-glosse,  une  partie  du 
basio-glosse  qui  s’infléchissent  sur  les  bords  de  la  langue,  pour  gagner  le 
septum  médian  en  se  portant  en  dedans  ;  le  faisceau  supérieur  du  stylo- 


8.  —  Vaisseaux  et  nerfs  de  la  langue. 

B,  Kerf  lingual.  —  C,  Nerf  grand  hypoglosse, 
linguale.  —  E,  Carotide  externe. 


Glande  sous-maxillaire. 


D,  Artère 


jjANGUE.  ' —  ANATOMIE  :  strüctübe.  vaisseaux. 


glosse,  qui  s’infléchit  de  la  même  façon,  Y amygdalo-ylosse  dans  sa  partie 
horizontale  constituent  les  fibres  transversales. 

Ges  différentes  fibres  qui  prennent  naissance  en  dehors  de  l’organe, 
ont  été  af  gelées  extrinsèques ,  par  opposition  aux  fibres  dites  intrinsèques, 
qui  d’après  certains  anatomistes  naîtraient  dans  l’épaisseur  même  de  la 
langue,  ce  qu’aucune  dissection  n’a  jamais  encore  pu  démontrer.  Elles 
doivent  être  étudiées  sur  des  coupes  verticales  antéro-postérieures  et 
verticales. 

Les  muscles  de  la  langue  sont  innervés  ^r  l’hypoglosse  à  l’exception 
du  stylo-glosse  et  du  glosso4tapbylin,  inn^^s  par  le  rameau  lingual  du 
facial,  et  du  pharyngo-glosse,  innervé  par  le  plexus  pharyngien;  Guorin 
a  considéré  la  corde  du  tympap~^mme  un  nerf  moteur  destiné  au  muscle 
lingual  supérieur.  . 

Vaisseaux.  —  La  langue  reçoit  de  nombreux  vaisseauXMrtériels  qui  lui 
viennent  de  la  linguale,  de  la  p^atine’îinférieure  et  de  là  pharyngienne 
inférieure.  "t 


Très-volumineuse,  V artère  linguale  naît  de  la  partie  antérieure  de  la 
carotide  externe,  entre  la  thyro'idienne  inférieure  et  la  faciale,  quelque¬ 
fois  d’un  tronc  commun.  Cette  artère  se  porte  d’abord  un  peu  oblique¬ 
ment  en  haut,  en  avant  et  en  dedans^  vers  l’extrémité  .postérieure  de  l’os 
hyo'ide.  Elle  change  de  direction,  se 'dévie  alors  légèrement  pour  atteindre 
la  face  inferieure  de  la  langue,  puis  se  dirige  d’arrière  en  avant  jusqu’à  la 
pointe  de  l’organe,  où  elle  s’anastomose  avec  celle  du  côté  opposé.  Pro¬ 
fondément  placée  à  son  origine  sous  les  muscles  digastrique  et  stylo- 


)24  LANGUE,  —  anatomie  :  structure,  v.msse.aüx  lymphatiques. 
hyoïdien  et  sous  le  nerf  grandr  hypoglosse,  elle  se  trouve,  au  niveau  de  l’os 
hyoïde,  entre  le  muscle  hyo-glosse  et  le  constricteu^moyen  du  pharynx. 
Sous  la  langue,  son  trajet'est  flexueux  ;  elle  répond  en  dedans  au  génio- 
glosse,  en  dehors  au  lingual  inférieur,  en  bas  à  la  muqueuse  ;  elle  est 
accompagnée  par  le  nerf  lingual. Tes  branches  collatérales  sont  :  1"  un 
rameau  sus-hyoïdien  ;  2“  V artère  dorsale  de  la  langue,  qui  naît  au  niveau 
de  la  grande  corne  de  l’os  hyoïde  et  se  porté  verticalement  en  haut  sur 
les  parties  latérales  de  lalan^e,  en  se  ramifiant  sous  la  muqueuse;  elle 
fournit  quelques  rameaux  à^piglotte,  aux  amygdales,  aux  piliers  anté¬ 
rieurs  du  voile  du  palais  ;  ^Vartère  sublin'^ale  qui  vient  souvent  de  la 
sous-mentale,  branche  de  la  faciale.  Elle  se  porte  d’arrière  en  avant  en 
décrivant  des  flexuosités  parallèlement  a^’jçonduit  de  Wharton,  entre  les 
muscles  mylo-hyoïdien  et  génio-gftsse;  elle  longe,  comme  le  conduit  sa- 
livaire,  la  face  jinférieure  de  la  glande  sublinguale  et  se  divise  en  deux 
branches  :  l’uné  qui  s’anastomosd^ar  a^de  au-dessous  du  frein  avec  celle 
du  côté  opposé,  artère  du  /’rm,jfâ*utre  plus  petite,  ascendante,  se  porte 
sur  les  côtés  de  la  symphyse  i^.menWn  et  fournit  aux  trous  incisifs. 

Après  avoir  donné  la  sub]j^uale,'' T  artère  de  la  langue  prend  le  nom 
àeranme  et  fournit  des  rameaux  supérieurs,  inférieui's,  internes  et  exter¬ 
nes  aux  muscles  et  à  la  muqueuse.  Les  capillaires  des  faisceaux  primitifs 
des  muscles  ne  diffèrent  pas  de  ceux  décrits  dans  le  tissu  des  autres 
muscles.  Les  artères  s’anastomosent  dans  le  derme  de  la  muqueuse,  et  se 
terminent  dans  les  papilles  en  donnant  une  anse  capillaire  aux  papilles 
hémisphériques,  un  petit  réseau  aux  papilles  corolliformes,  un  réseau  très- 
considérable  aux  papilles  fongiformes  et  caliciformes. 

Les  urnes  forment  deux  plans  :  un  plan  formé  par  la  réunion  des 
veines  provenant  des  muscles  profonds  et  qui  accompagnent  les  rameaux 
de  l’artère  linguale.  Les  veines  de  la  muqueuse  ont  été  bien  décrites  par 
Sapppy,  qui  les  divise  entrois  groupes  ;  un  groupe  supérieur  procède  des 
veinules  dé  la  face  dorsale,  ses  radicules  se  dirigent  d’avant  en  arrière, 
de  dehors  en  dedans,  et  se  réunissent  en  6  à  8  troncs  qui  s’anastomosent 
au  niveau  de  l’épiglotte  pour  donner  naissance  à  une  ou  deux  grosses 
veines  qui  se  portent  transversalement  en  dehors.  Les  deux  groupes  laté¬ 
raux  tirent  leur  origine  des  bords  et  de  la  face  inférieure  de  la  langue  ; 
ces  veines  viennent  se  rendre  dans  les  ranines.  Les  veines  ranines,  situées 
dans  le  sillon  du  muscle  génio-glosse  et  de  l’hyo-glosse,  montent  paral¬ 
lèlement  au  nerf  grand  hypoglosse  et  viennent  se  jeter  dans  la  faciale 
ou  dans  les  veines  dorsales  de  la  langue,  rarement  dans  la  jugulaire 
interne. 

Vaisseaux  lymphatiques.  —  Ces  vaisseaux,  bien  décrits  par  Teichmann 
et  Sappey,  sont  très-nombreux  et  forment  un  réseau  à  mailles  très- 
serrées  en  avant  du  V  lingual  ;  ce  réseau  est  plus  superficiel  que  le  réseau 
veineux.  Vers  le  trou  borgne,  les  vaisseaux  augmentent  de  volume  et  leurs 
anastomoses  en  réseau  sont  plus  rares.  Les  ganglions  dans  lesquels  ils  se 
jettent  se  divisent  en  trois  groupes  ;  les  uns,  situés  sur  la  partie  latérale  du 
cou,  au  devant  de  la  jugulaire  interne,  reçoivent  les  lymphatiques  de  la 


LANGUE.^ — l'HïsioEOGiE.  I‘i5 

portion  postérieure  et  des  bords  de  la  langue  ;  les  autres  occupent  le  voi¬ 
sinage  de  la  glande'sous-nraxillaire  et  reçoivent  les  lymphatiques  de  la  face 
dorsale.  Enfin  les  troncs  antérieurs,  après  avoir  plongé  dans  l’épaisseur 
du  tissu  musculaire,  apparaissent  soifs  la  face  inférieure  et  vont  se  rendre 
aux  ganglions  situés  sur  les  côtés  du  corps  thyroïde. 

C’est  dans  ces  régions  que  devront  porter  nos  explorations  dans  les  cas 
de  cancer  lingual. 

Nerfs  DE  LA  LANGUE.  —  Sept  branches  nerveuses  se  distribuent  à  la 
langue.  Ces  branches,  symétriquement  placées,  sont  :  1“  le  grand  hypo¬ 
glosse;  le  lingual  du  maxillaire  inférieur;  3°  la  portion  linguale  du 
ijlosso-pharyngien,  qui  se  divise  en  deux  branches  :  l’une  interne,  se  dis¬ 
tribue  à  la  muqueuse  de  la  base  de  la  langue  et  aux  papilles  caliciformes  ; 
l'autre,  externe,  se  prolonge  en  avant  sur  le  bord  de  la  langue  ;  4“  la  corde 
iu  tympan.  Cette  corde  du  tympan  fait  partie  du  lingual  au  delà  du  gan¬ 
glion  sous-maxillaire.  Chez  l’homme,  il  nous  a  été  impossible  de  l’en 
séparer  au  delà  de  ce  renflement  ;  il  n’en  est  pas  de  même  chez  le  cheval, 
le  mouton,  le  porc  :  chez  ces  animaux,  en  effet,  nous  avons  pu  isoler 
cetto  corde  du  tympan  du  lingual  et  nous  avons  constaté  qu’elle  se  perd 
dans  la  muqueuse  de  la  face  dorsale  ;  5“  rameau  lingual  du  facial.  Hirscli- 
feld  désigne  sous  ce  nom  un  nerf  qui  s’anastomo.se  autour  et  dans  l’épais¬ 
seur  du  muscle  stylo-pharyngien  ;  il  se  distribue  dans  les  fibres  mmsculaircs 
sous-jacentes  à  la  muqueuse  de  la  base  de  la  langue;  6°_le  laryngé  supé¬ 
rieur,  après  avoir  traversé  la  membrane  hyo-hyoïdienne,  fournit  un  ou 
plusieurs  rameaux  qui  s’insinuent  sous  -la  muqueuse  de  la  base  de  la 
langue;  7“  des  filets  nerveux  du  sympathique  émanent  du  plexus  inter¬ 
carotidien  et  entourent  l’artère  linguale,  qu’ils  accompagnent.  Nous  avons 
indiqué  plus  haut  le  mode  de  terminaison  de  ces  nerfs  dans  les  papilles. 

développement  de  la  langue.  —  La  langue  naît  par  un  bourgeon  qui  se 
montre  sur  la  ligne  médiane  du  plancher  de  la  bouche,  au-dessous  du 
maxillaire  inférieur,  et  qui  s’allonge  peu  à  peu.  Au  dire  de  Cruveilhier,  la 
langue  s’aperçoit  dès  la  septième  semaine  de  la  vie  embryonnaire;  à  neuf 
semaines  elle  est  grosse,  ronde,  et  fait  une  saillie  très-appréciable  au 
dehors.  D’après  Bischolf,  les  papilles  se  distinguent  dès  le  quatrième 
mois.  A  aucune  époque  de  son  développement  la  langue  n’offre  de  bifidité  ; 
elle  est  toujours  produite  par  un  bourgeon  unique. 

PHYSIOLOGIE. 

La  langue  prend  part  à  l’accomplissement  d’un  grand  nombre  d’actes 
physiologiques;  c’est  ainsi  qu’elle  sert  dans  la  succion,  la  mastication, 
la  gustation,  ia  déglutition,  l’expuition,  et  la  phonation  voy.  art.  Masti¬ 
cation,  Déglutition,  Voix,  et  surtout  l’excellent  article  Goût,  de  Mathias 
Durai.  Nous  résumerons  rapidement  ce  que  nous  connaissons  sur  le  rôle 
fonctionnel  de  la  langue'. 

Ce  sont  surtout  les  muscles  dont  elle  est  composée  qui  font  de  la  langue 
im  organe  masticateur.  Elle  peut,  en  effet,  être  portée  dans  toutes  les 
directions,  elle  peut  pousser  l’aliment  emtre  les  arcades  dentaires  etl’em- 


126  LANGUE.  —  physiologiè. 

pêcher  de  s’échapper  de  la  cavité  buccale.  Elle  est  attirée  en  avant  par 

l’hyo-glosse  et  le  génio-glosse  ;  en  haut  et  en  arrière,  par  le  stylo-glosse. 

Les  mouvements  peuvent  être  bilatéraux  ou  ne  se  produire  que  d’un  seul 

côté. 

Les  changements  de  forme  que  la  langue  peut  prendre  au  moment  de  la 
déglutition,  sont  dus  principalement  aux  contractions  des  muscles  lin¬ 
guaux  longitudinaux  et  trans verses.  La  contraction  simultanée  de  ces 
fibres  la  rend  plus  dure  et  l’élargit  ;  lorsque  les  fibres  longitudinales  se 
contractent,  elle  se  raccourcit  et  s’élargit;  la  contraction  isolée  des  fibres 
transversales  l’allonge.  Si  les  fibres  transversales  supérieures  se  contrac¬ 
tent  seules,  la  face  dorsale  de  la  langue  s’excave  ;  si  ce  senties  inférieures, 
elle  se  voûte. 

Lorsque  les  fibres  longitudinales  supérieures  se  contractent  seules,  la 
pointe  de  la  langue  s’élève  ;  elle  s’abaisse  au  contraire  par  l’action  des 
fibres  longitudinales  inférieures. 

Dans  la  succion,  l’action  de  teter,  de  boire,  la  langue  se  place  entre 
les  deux  mâchoires,  empêche  l’accès  de  l’air  dans  la  cavité  palatine  et 
nasale  et  joue  le  rôle  d’un  piston  mobile  destiné  à  faire  le  vide. 

Dans  le  premier  temps  delà  déglutition,  la  langue  aide  puissamment 
les  aliments  triturés  et  imbibés-  de  salive  à  passer  de  la  bouche  dans  le 
pharynx.  Après  avoir  rassemblé  les  matières  alimentaires  de  façon  à  en 
former  un  bol,  elle  s’excave  pour  le  recevoir  sur  la  face  dorsale,  elle  replie 
alors  la  pointe  en  haut  et  se  met  en  contact  avec  les  incisives  supérieures, 
près  de  la  voûte  palatine  ;  elle  recourbe  ses  parties  latérales  et  les  appli¬ 
que  contre  les  arcades  dentaires.  La  langue  ainsi  élargie,  abaissée  sur  la 
ligne  médiane,  relevée  sur  les  parties  latérales,  forme  les  parois  latérales 
et  inférieures  d’un  canal  daris  lequel  est  reçu  le  bol  alimentaire.  Pressé 
par  la  langue  qui  se  tuméfie,  le  bol  alimentaire  est  poussé  par  une  sorte 
de  succion  vers  l’isthme  du  gosier. 

Sous  l’action  des  muscles  stylo-glosse,  la  base  de  la  langue,  en  s’élargis¬ 
sant,  s’élevant  en  arrière,  s’adosse  au  voile  du  palais  à  la  partie  supé¬ 
rieure  du  pharynx.  Elle  forme  ainsi,  au  moment  du  second  temps  de  la 
déglutition,  un  des  principaux  obstacles  au  passage  des  aliments  dans  les 
orifices  postérieurs  des  fosses  nasales.  Albinus,  Heuermann,  Haller,  et 
surtout  Sandifort  ont  admirablement  décrit  le'  rôle  de  la  langue  dans  les 
divers  temps  de  la  déglutition. 

Dans  le  langage  parlé,  la  langue  sert  à  la  prononciation  de  certaines 
consonnes  et  surtout  des  d,  t,  /,  n,  c,  s,.x,  z,  des  sons  g,  j,  gue,  c,  ch, 
ng,  k,  q,  et  de  la  voyelle  i. 

Gerdy,  Segoud,  Gentelet  de  Lyon,  Brücke,  ont  cherché  à  connaître 
les  parties  mises  en  jeu  et  les  différentes  situations  de.  la  langue  dans  la 
prononciation  des  voyelles.  Quelques  résultats  indiscutables  nous  sont 
acquis  sur  cette  question.  Nous  savons,  en  effet,  que  le  d  et  le  f  sont  dus  à 
l’application  de  la  langue  contre  les  incisives  et  la  voûte  du  palais.  Pourla 
prononciation  du  d  la  langue  s’appuie  très-peu  fortement  contre  la  voûte 
palatine  ;  l  se  produit  lorsque,  la  langue  étant  appliquée  contre  le  palais, 


127 


LANGUE.  —  tHYSIOLOGIE. 
l’air  frolte  latéralement  les  molaires.  Pour  l’n,  la  langue  se  trouve  dans  la 
même  situation,  mais  le  courant  d’air  est,  dans  ce  dernier  cas,  chassé  par 
le  nez.  Pour  l’s,  la  langue  ne  s’applique  pas  complètement  contre  la  voûte 
du  palais,  elle  laisse  toujours  un  petit  espace  par  lequel  l’air  peut  passer. 
Dans  la  prononciation  du  le  et  du  g,  la  partie  postérieure  de  la  langue 
appuie  plus  ou  moins  énergiquement  contre  le  palais. 

Bien  que  la  langue  soit  très-utile  pour  la  prononciation  de  certains 
sons,  son  intégrité  absolue  n’est  pas  indispensable.  Verdier,  un  des  pre¬ 
miers,  contrairement  à  l’opinion  de  Sénac,  a  prétendu  que  «  toutes  les 
fonctions  attribuées  à  la  langue  pouvaient  se  faire  sans  le  secours  de  cet 
organe.  »  , 

Les  observations  de  Paré,  de  Roland,  deBelefaat,  de  Jussieu,  deBonamy, 
de  Louis,  démontrent  que  des  sujets  privés  congénitalement  ou  par  une 
opération  d’une  grande  partie,  ou  même  de  la  totalité  de  la  langue,  ont 
pu  continuer  à  parler  d’une  façon  très-intelligible. 

La  langue  constitue  l’organe  essentiel  du  goût,  mais  elle  n’en  est  pas 
l’organe  exclusif  ainsi  que  l’admettaient  Boërbaave,  Leeuwenhoeck,  et  ainsi 
que  le  soutiennent  encore  aujourd’hui  Bidder  et  Wagner.  La  plupart  des 
auteurs  pensent  cependant  que  la  partie  supérieure  de  la  face  antérieui’e 
du  voile  du  palais,  la  partie  inférieure  du  pilier  antérieur,  la  face  posté¬ 
rieure  du  voile  et  le  pharynx  peuvent  aussi  éprouver  des  sensations  gus¬ 
tatives. 

Les  différentes  parties  de  la  langue  né  sont  pas  toutes  douées  de  la 
même  sensibilité  gustative,  et  les  recherches  de  Vernière,  Horn,  Cazalis, 
Guyot,  Admyrault,  Schirmer,.  Longet,  nous  ont  renseigné  sur  la  topogra¬ 
phie  du  sens  du  goût  chez  l’homme.  La  base  de  la  langue  perçoit  surtout 
lessaveurs  amères,  les  bords  et  la  pointe  perçoivent  les  saveurs  salées  et 
acides.  En  outre  de  cette  sensibilité  gustative,  la  langue  possède,  comme 
un  grand  nombre  d’autres  organes,  la  sensibilité  tactile,  très-développée 
sur  les  bords  et  sur  la  pointe. 

Rappelons  que  ces  différentes  sensibilités  sont  surtout  mises  en  jeu 
lorsque  les  substances  sapides  sont  finement  divisées,  dissoutes,  lorsque 
la  langue  pressée  contre  la  voûte  palatine  les  écrase  et  les  met  en  rapport 
intime  avec  les  papilles  linguales.  C’est  dans  les  papilles  linguales  que 
nous  avons  décrites  dans  la  partie  anatomique  de  notre  sujet,  que  se 
ramifient  les  nerfs  qui  reçoivent  l’impression  gustative  et  qui  doivent  la 
transmettre  à  l’encéphale.  Or  quels  sont  les  nerfs  qui  vont  présider  aux 
actes  de  gustation,  de  sensibilité  générale  et  de  mouvement? 

Peu  de  nerfs  ont  une  histoire  aussi  compliquée,  et  nous  nous  bornerons  à 
citer  les  résultats  qui  nous  paraissent  le  plus  acceptables  dans  l’état  actuel 
de  la  science.  Les  vivisections,  l’anatornie  normale  et  pathologique  prou¬ 
vent,  d’une  façon  incontestable,  que  le  nerf  grand  hypoglosse  est  un  nerf 
moteur.  Le  rameau  que  le  nerf  laryngé  supérieur  donne  à  la  base  de  la 
langue  est  un  nerf  de  sensibilité  générale. 

La  sensibilité  spéciale  est-elle  due  exclusivement  au  linguaR  au  glosso- 
pliaryngien  ou  à  ces  deux  nerfs?  La  corde  du  tympan  est-elle  un  nerf  de 


LANGUE.  —  piiïsioLOGiE. 


sensibilité  spéciale?  Toutes  ces  différentes  opinions  ont  trouvé  des  défen¬ 
seurs.  Panizza  a  soutenu,  en  ed'et,  que  le  glosso-pharyngien  présidait  seul 
à  la  sensibilité  gustative  (1854).  Magendie  prétendait,  au  contraire,  que  le 
lingual  était  exclusivement  un  nerf  de  sensibilité’  spéciale.  La  plupart  des 
physiologistes  actuels  (Longet,  Schiff)  admettent  que  le  glosso-pharyngien 
et  le  lingual  se  partagent  la  sensibilité  spéciale.  Celte  opinion  nous  semble 
la  vraie. 

Pour  certains  physiologistes,  la  sensibilité  gusiative  du  lingual  n’est 
qu’une  sensibilité  d’emprunt  lui  venant  de  la  corde  du  tympan  (Lussana, 
Schiff) . 

Le  rôle  de  la  corde  du  tympan  dans  la  gustation  ne  nous  est  guère 
connu.  Quelques  notions  certaines  nous  sont  cependant  acquises.  Les  der¬ 
nières  recherches  de  Vulpian  et  de  Prévost  (1872)  prouvent  que  la  corde 
du  tympan  ne  s’arrête  pas  entièrement  dans  le  ganglion  sous-maxillàire; 
quelques  filets  vont  au  delà,  jusque  vers  la  langue,  en  accompagnant  le 
lingual.  Ce  résultat  était  facile  à  prévoir,  car  nos  dissections  sur  certains 
animaux  (porc,  mouton)  nous  avaient  démontré  depuis  longtemps  que  la 
corde  du  tympan  ne  se  termine  pas  dans  le  ganglion  sous- maxillaire;  elle 
se  continue  sous  la  muqueuse  de  la  lace  dorsale.  Il  est  en  outre  parfaite¬ 
ment  établi  que  les  lésions  de  la  corde  du  tympan  (Lussana,  Inzani,  Schiff) 
amènent  la  perte  de  la  sensibilité  gustative  dans  les  deux  tiers  antérieurs 
de  la  moitié  correspondante  de  la  langue. 

Pour  Claude  Bernard  (1845),  la  corde  du  tympan  donne  à  la  langue 
des  filets  dont  le  rôle  est  probablement  moteur;  ils  serviraient  à  pro¬ 
duire  dans  les  papilles  linguales  une  certaine  adaptation  (contraction, 
érection),  éminemment  propre  à  favoriser  les  impressions  gustatives. 
D’après  cela,  la  corde  du  tympan  remplirait  un  rôle  secondaire  d’adap¬ 
tation  relativement  aux  fonctions  du  goût. 

Cl.  Bernard  ajoutait  :  «  Des  dissections  répétées  et  de  nouvelles  expé¬ 
riences  me  portent  à  penser  que  la  corde  du  tympan  s’unit  avec  le  grand 
sympathique  en  divers  points  de  son  trajet  ;  cela  pourrait  peut-être  porter 
à  penser  que  la  corde  du  tympan  agit  aussi  sur  les  vaisseaux  de  la  langue.  » 

Celte  dernière  assertion  vient  d’être  confirmée  par  les  expériences  de 
Vulpian. 

Vulpian  démontre  (Académie  des  sciences,  5  janvier  1875)  d’ahord 
qu’après  la  section  du  grand  hypoglosse,  le  nerf  lingual  ne  présente  ses 
nouvelles  propriétés  motrices  que  si  la  corde  du  tympan  est  intacte, 
a  L’excitabilité  motrice  acquise  par  le  nerf  lingual,  dit  Vulpian,  après  la 
section  du  nerf  hypoglosse  du  côté  correspondant,  réside  non  dans  les 
fibres  propres  du  nerf  lingual,  mais  dans  les  fibres  anastomotiques  qu’il 
reçoit  de  la  corde  du  tympan  ;  les  fibres  de  la  corde  du  tympan  qui  accom¬ 
pagnent  le  nerf  lingual  dans  sa  distribution  à  la  langue  se  rendent,  en 
partie  du  moins,  aux  faisceaux  musculaires  de  cet  organe.  » 

D’après  de  nouvelles  expériences  de  Vulpian  (1875),  l’excitation  delà 
corde  du  tympan  produirait,  en  outre,  dans  la  moitié  correspondante  de  la 
langue  des  phénomènes  identiques  à  ceux  qui  se  passent  dans  la  glande 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE.  129 

sous-maxillaire  du  côté  correspondant,  c’est-à-dire  une  hypérémie.  La 
corde  du  tympan  est  donc  à  la  fois  un  nerf  moteur  et  vaso-moteur.  «  Il 
est  possible,  dit  Vulpian,  que  l’abolition  de  l’influence  de  la  corde  du 
tympan  sur  les  vaisseaux  de  la  langue  contribue  aux  modifications  du  goût 
que  l’on  observe  dans  certains  cas  de  paralysie  du  facial.  » 

Lussana  et  Schiff  dépossèdent  le  lingual  de  ses  propriétés  gustatives, 
et  ces  auteurs  prétendent  qu’il  les  emprunte  aux  fibres  qui  lui  sont  four¬ 
nies  par  la  corde  du  tympan.  Pour  Lu.ssana,  les  fibres  gustatives  de  la  corde 
du  tympan  sont  représentées  par  le  nerf  intermédiaire  de  Wrisberg. 
Lussana  s’appuyait,  dans  ses  conclusions,  sur  ce  que  les  lésions  intra-crâ- 
uiennes  du  facial  produisent  toujours  une  perte  de  la  sensibilité  gus¬ 
tative. 

Schiff,  au  contraire,  se  basant  sur  des  faits  dus  à  Davtiûe,  Gueneau 
de  Mussy,  Roux,  qui  semblaient  prouver  que  les  lésions  centrales  du 
facial  ne  portaient  aucune  atteinte  au  sens  du  goût,  en  arrivait  à  cette 
conclusion  que  la  corde  du  tympan  représente  des  fibres  d’emprunt  don¬ 
nées  au  facial  par  le  trijumeau. 

«  Le  lingual,  branche  du  maxillaire  inférieur,  emprunte  sa  sensibilité 
gustative  au  maxillaire  supérieur  par  des  rameaux  nerveux  qui,  pendant 
une  certaine  partie  de  leur  trajet,  s’accolent  au  facial  dans  l’aqueduc  de 
Fallope.  » 

En  résumé,  pour  certains  auteurs,  la  corde  du  tympan  ne  servirait  à 
lagustation  que  d’une  façon  accessoire,  soit  comme  nerf  moteur,  en  ame¬ 
nant  peut-être  une  érection,  une  adaptation  des  papilles,  soit  comme  nerf 
vaso-moteur,  en  amenant  une  dilatation  des  vaisseaux  qui  rendrait  la  per¬ 
ception  des  saveurs  plus  facile;  pour  d’autres,  le  nerf  lingual  ne  serait  pas 
un  nerf  de  sensibilité  spéciale,  il  le  deviendrait  cependant  grâce  à  la  corde 
du  tympan,  qui,  par  ses  fibres  propres  ou  par  les  fibres  anastomotiques 
qu’elle  reçoit,  serait  un  véritable  nerf  dégustation. 

PATHOLOGIE 

Les  maladies  de  la  langue  sont  aussi  nombreuses  que  variées. 

Nous  adopterons,  dans  l’exposé  qui  va  suivre,  la  classification  suivante  : 

I.  les  vices  de  conformation  :  a,  absence;  b,  bifidité;  c,  prolapsus 
chronique  ;  d,  adhérences  inférieures,  supérieures,  latérales. 

II.  Les  inflammations  ;  a,  glossile  superficielle  aiguë  ou  chronique  et 
ses  variétés  ;  b,  glossite  profonde,  aiguë  ou  chronique,  limitée  ou  géné¬ 
ralisée,  et  ses  variétés . 

III.  Les  abcès  de  la  langue. 

IV.  La  gangrène, 
les  plaies. 

VI.  Les  brûlures. 

VII.  La  pustule  maligne. 

VIII.  les  ulcères.. 

IX.  Les  corps  étrangers. 

X.  Les  tumeurs.  —  a,  vasculaires  :  1«  anévrysmes  faux  primitifs  ou 


iSO  LANGUE.  —  pathologie  :  vices  de  coeforüation. 

diffus;  2“  anévrysmes  circonscrits;  5°  tumeurs  érectiles;  b,  kystes  (com¬ 
prenant  les  k.  hydatiques;  c,  lipomes;  d,  fibromes;  e,  cancers. 

XI.  Les  affections  diathésiques  ;  a,  syphilitiques  ;  b,  tubereuleuses. 

I.  Vices  de  conformation. —  On  peut  les  diviser  en  congénitaux  et  acciden¬ 
tels.  Ce  sont  ;  V  absence,  la  bifidité,  le  prolapsus  chronique,  les  adhérences 
supérieures,  inférieures  et  latérales  [ankyloglosse  de  quelques  auteurs). 

1°  Absence.  —  Elle  peut  être  congénitale,  ou  résulter  d’un  trauma¬ 
tisme  accidentel  ou  chirurgical. 

L’absence  de  la  langue  qui  se  montre  à  la  naissance,  n’est  jamais  totale 
et  porte  sur  la  partie  libre  de  l’organe  ;  la  base  reste  à  l’état  de  mamelon, 
plus  ou  moins  volumineux,  simple  ou  double,  mobile,  et  présentant,  au 
dire  de  quelques  auteurs  (Louis,  de  Jussieu),  les  mouvements  et  les  qua¬ 
lités  sensorielles  spéciales  à  la  langue.  La  parole  serait  même  possible, 
ainsi  que  l’acte  de  la  succion  et  de  la  déglutition. 

L’absence  de  la  langue  peut  ne  porter  que  sur  une  de  ses  moitiés  laté¬ 
rales,  ainsi  que  semblerait  le  prouver  l’observation  de  Chollet,  où  la  moi¬ 
tié  de  la  langue  n’était  représentée  que  par  l’adossement  de  la  muqueuse 
linguale  à  elle-même,  sans  tissu  musculaire  intermédiaire. 

L’absence  de  la  langue  a  souvent  une  cause  accidentelle  ;  elle  résulte, 
soit  d’une  glossite  ayant  abouti  à  la  gangrène,  soit  d’une  ablation  plus 
ou  moins  étendue  par  morsure,  par  instrument  tranchant,  ou  parle  pro¬ 
grès  d’ulcérations  de  nature  diverse. 

Cette  perte  de  substance,  quand  elle  n’est  pas  trop  étendue,  n’offre  pas 
de  grands  ineonvénients  ;  l’art  chirurgical  n’y  peut  d’ailleurs  guère  remé¬ 
dier. 

L’histoire  du  malade  d'Ambroise  Paré  est  trop  connue ,  pour  que  nous 
croyions  utile  de  la  rappeler  ici.  Disons  que,  le  cas  échéant,  on  serait  auto¬ 
risé  à  faire  quelques  tentatives  de  prothèse,  un  peu  moins  grossières  que 
celle  indiquée  par  le  père  de  la  chirurgie  française. 

2“  Bifidité.  — Cet  état,  naturel  chez  quelques  animaux  (reptiles  divers, 
dromadaire,  phoque,  certains  oiseaux),  est  assez  rare  chez  l’homme,  et 
quand  il  est  congénital ,  il  coïncide  d’ordinaire  avec  d’autres  difformités. 
Pigné  a  décrit  une  langue  bifide,  chez  un  monstre  non  viable,  muni  de 
quatre  membres  abdominaux.  On  doit  à  Parise  (de  Lille)  l’histoire  d’une 
anomalie  semblable  chez  un  enfant  qui  vécut  quinze  jours,  et  qui  pré¬ 
sentait  en  outre  une  bifidité  du  maxillaire  inférieur. 

Quant  à  la  bifidité  accidentelle,  elle  peut  être  produite  par  un  instru¬ 
ment  tranchant  quelconque.  L’ablation  en  V  de  la  partie  antérieure  de  la 
langue  comme  la  faisait  Boyer  et,  à  son  exemple  ,  divers  chirurgiens  mo¬ 
dernes,  guérit  facilement  par  l’application  de  points  de  suture. 

5“  Prolapsus  chronique.  —  Celte  affection,  ou  mieux  ce  vice  de  con¬ 
formation,  ne  doit  pas  être  confondue  avec  l’hypertrophie  linguale  consé¬ 
cutive  à  une  glossite,  et  dont  nous  parlerons  à  l’article  Inflammations  de 
LA  LANGUE. 

Le  prolapsus  chronique,  dont  nous  allons  faire  l’hisfoire  succincte,  ap¬ 
paraît  dans  les  premières  années  qui  suivent  la  naissance,  ce  qui  lui  a 


ÏjANGÜE.  —  PATHOi^(ÏIE  ;  VICES  DE  CONFORMATIOK.  151 

valu  le  qualificatif  de  congénital,- qn^  ont  adopté  quelques  auteurs;  il  est 
essentiellement  caractérisé  par  le  développement  plus  ou  moins  considé¬ 
rable,  souvent  énorme,  de  la  langûe,  plus  particulièrement  dans  sa  portion 
libre  qui  vient  faire  hernie  err  quelque  sorte  entre  les  arcades  dentaires, 
difformité  dégoûtante,  entraînant  à  sa  suite  toute  une  série  d’inconvé¬ 
nients  et  même  de  dangers  que  nous  ferons  ultérieurement  connaître. 

Les  auteurs  qui  se  sont  occupés  de  cette  infirmité,  lui  ont  imposé  les 
dénominations  les  plus  variées,  et  qui,  toutes,  cherchent  à  peindre  l’as¬ 
pect  particulier  de  l’organe  atteint;  tels  sont  les  noms  de  lingua  vitulina, 
fropenclula,  glossoptose,  prolongement  hypertrophique,  prolapsus ,  chute 
de  la  langue,  étranglement  chronique,  etc. 

Le  prolapsus  chronique  de  la  langue  est  assez  rare,  bien  que  l’on  en 
trouve  dans  la  science  un  certain  nombre  d’exemples.  Galien  connaissait  les 
maeroglossies .  Après  lui,  nombre  d’écrivains  les  mentionnent  dans  leurs 
écrits  :  citons  Gaspard  Peucer,  Marcel  Donat,  |Th.  Bartholin,  Percy,  Pierre 
Fine  (de  Genève),  Mirault  (d’Angers),  Delpech,  Lassus,  Maisonneuve,  Fair- 
lie-Clarke,  Gayraud.  Ce  dernier  auteur  a  publié  sur  ce  point  un  travail 
fort  bien  fait,  auquel  nous  ferons  de  nombreux  emprunts.- 

On  ignore  quelles  sont  exactétaent  les  causes  réelles  du  prolapsus  chro¬ 
nique  de  la  langue.  Il  est  rare  qu’il  soit  constaté  dès  la  naissance.  Ce¬ 
pendant  Gaspard  Peucer  dit  avoir  vu  naître  des  enfants  avec  la  langue 
pendante  sur  le  menton.  On  ne  le  voit  guère  à  cet  état  que  chez  les 
monstres;  on  a  accusé  un  excès  de  longueur  de.  la  langue,  une  surélé¬ 
vation  anormale  du  larynx  sous  l’influence  des  contractions  des  fibres 
postérieures  des  muscles  génio-glosse,  la  paralysie  des  mmscles  qui  fixent 
la  langue  dans  sa  position  normale.  Quelques  auteurs  ont  mentionné 
comme  causes  accidentelles  :  les  convulsions,  les  attaques  épileptiformes, 
la  coqueluche,  l’habitude  de  teter  la  langue,  de  la  tenir  entre  les  gencives, 
habitudes  vicieuses  assez  communes  chez  les  jeunes  enfants,  l’exercice 
exagéré  de  la  succion  provoqué  par  un  mamelon  difficile  à  saisir. 

Les  symptômes  de  la  macroglossie  sont  obscurs  au  début,  et  passent 
d’ordinaire  inaperçus.  On  a  noté  cependant  dans  quelques  cas  une  cer¬ 
taine  difficulté  dans  l’exercice  de  la  succion,  fait  que  l’on  rapportait  alors 
plus  volontiers  à  un  degré  plus  ou  moins  prononcé  d’ankyloglosse  qu’à  sa 
cause  réelle. 

On  mentionne  dans  les  auteurs  comme  signes  précurseurs,  l’état  semi- 
béant  de  la  bouche,  la  difficulté  de  retenir  la  salive,  l’épaisseur  plus 
grande  de  la  langue. 

Ce  n’est  que  vers  l’âge  de  deux  ou  trois  ans,  quelquefois  même  plus 
tard,  que  la  langue,  jusque-là  toujours  contenue  dans  la  cavité  buccale, 
commence  à  faire  saillie  au  dehors,  et  augmentede  volume  d’une  façon  très- 
rapide  (fig.  11);  le  malade  ne  peut  plus  rapprocher  les  mâchoires,  la  salive 
s’écoule  de  la  bouche  en  plus  ou  moins  grande  abondance,  toutes  les  fonc¬ 
tions  dans  lesquelles  la  langue  intervient  s’exécutent  mal  ;  la  portion  pro- 
labée  de  l’organe  présente  l’aspect  d’une  tumeur  plus  ou  moins  volumi¬ 
neuse,  violacée,  recouverte  d’une  couche  de  mucus  concrété,  diversement 


132  LANGUE.  —  pathologie  :  vices  de  couformatioîs. 

colorée  ;  la  consistance  en  est  tantôt  mollasse,  tantôt  plus  ou  moins  dure; 
les  dents  forment  un  sillon  sur  les  deux  faces  de  la  langue  qu’elles  étran¬ 
glent  en  quelque  sorte. 

Le  malade  ne  mâche  qu’avec  ses  grosses  molaires  qui  poussent  d’ordi¬ 
naire  d’une  façon  exagérée,  en  raison  de  l’absence  du  soutien  que  les 
dents  des  deux  mâchoires  s’offrent  normalement  entre  elles.  Souvent  la 
mastication  des  aliments  ne  peut  se  faire  qu’au  prix  de  douleurs  intolé¬ 
rables  et  de  morsures  profondes  sur  la  langue  hypertrophiée.  La  confec¬ 
tion  du  bol  alimentaire  n’est  réalisée  que  très-lentement,  et  sa  déglutition 
ne  s’opère  qu’avec  l’aide  des  doigts;  aussi  les  malheureux  malades  se  con- 


Fig.  9.  —  Prolapsus  chronique  de  la  langue  (Maurasd,  Journal  de  médecine 
,  de  Vandermonde,  1761). 

damnent-ils  d’eux-mêmes  à  la  diète  liquide  pour  échapper  à  toutes  ces 
souffrances. 

L’articulation  des  sons  est  fort  embarrassée,  souvent  même  incomplète 
ou  impossible. 

La  propulsion  de  la  langue  en  avant  est  telle,  que  les  dents  de  la  m⬠
choire  inférieure  s’éversent,  deviennent  presque  horizontales;  l’axe  du 
maxillaire  change' aussi  de  direction,  sa  surface  antérieure  devient  infé¬ 
rieure,  presque  horizontale,  et  la  face  inférieure  de  la  tumeur  repose  sur 
la  face  postérieure  du  maxillaire  comme  sur  une  sorte  de  plateau  concave. 
La  lèvre  inférieure  elle-même  s’épaissit  et  retombe  vers  le  menton  à  la 
façon  d’un  tablier. 

Pendant  un  certain  temps,  la  tumeur  linguale  fait  d’incessants  progrès, 
puis  reste  stationnaire.  Elle  offre  alors  l’aspect  d’une  tumeur  cylindroïde 
pyriforme  ou  plus  rarement  étalée.  Les  figures  \i  et  12  représentent 
un  jeune  enfant  atteint  de  macroglossie  congénitale,  observé  au  siècle 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  vices  de  conformation. 


133 


dernier  par  Maurand,  chirurgien  à  Martigues,  en  Provence.  Le  sujet  est  vu 
de  face  et  de  profil  ;  la  langue  a  une  épaisseur  de  deux  pouces  et  sort  de 
la  houche  d’une  longueur  d’environ  quatre  doigts,  avec  la  même  épaisseur 
àcpielques  lignes  près  jus¬ 
qu’au  bout.  A  l’endroi£  où 
elle  commence  à  sortir  de 
la  bouche,  elle  a  sa  plus 
grande  épaisseur,  et  les 
mamelons  nerveux  sont 
farcis  d’un  limon  noirâtre 
et  épais  qui  ressemble  à 
une  croûte,  d’où  découle 
continuellement  une  salive 
gluante  et  abondante.  Les 
dents  incisives  et  canines 
des  deux  mâchoires  sont 
tombées;  la  mâchoire  in¬ 
férieure  s’est  recourbée 
dans  son  milieu  ;  les  dents 
molaires  des  deux  m⬠
choires  s’entre-touchent  et 
servent  à  la  mastication.  Fiu.  10.  —  Le  même  sujet  vu  de  profil  (Madkasd,  Journal 
l’enfant,  à  force  d’exer-  medecme  de  Vandermonde,  1761). 

cice,  était  arrivé  à  manger  convenablement  sans  se  blesser  et  parlait 
de  façon  assez  distincte.  On  s’était  aperçu  du  développement  exagéré  de 
la  langue  dès  la  naissance  de  l’enfant,  qui  tétait  difficilement.  L’auteur  de 
cette  curieuse  observation  ne  dit  pas  quelle  opération  il  entreprit  pour 
remédier  à  ce  vice  de  conformation. 

La  langue  pend  plus  ou  moins  hors  de  la  bouche,  en  donnant  à  la  phy¬ 
sionomie  un  aspect  hideux  et  repoussant.  Cette  tumeur,  que  l’on  a  com¬ 
parée  à  une  langue  de  veau  récemment  coupée,  est  lisse  ou  bosselée,  cou¬ 
verte  parfois  de  saillies  papillaires  considérables,  limitant  dessillons  plus 
ou  moins  profonds  ;  sa  face  inférieure  présente  des  varicosités  veineuses; 
un  sillon  souvent  ulcéré,  circulaire,  existe  au  niveau  des  arcades  dentaires  ; 
la  surface  de  cette  tumeur  est  sèche,  rugueuse,  brunâtre  ou  noirâtre  ; 
faction  de  l'air  froid  de  l’hiver  donne  à  la  portion  prolabée  de  la  langue 
un  aspect  inflammatoire. 

Les  dents  de  la  mâchoire  inférieure  qui  forment,  comme  nous  l’avons 
dit  plus  haut,  une  sorte  de  gouttière  à  la  tumeur,  sont  ébranlées  et  recou¬ 
vertes  d’une  épaisse  couche  de  tartre. 

Si  l’on  explore  l’intérieur  de  la  bouche,  on  constate  que  les  piliers  an¬ 
térieurs  du  voile  du  palais  et  les  amygdales  sont  entraînés  en  avant,  l’os 
hyo'ide  et  le  larynx  sont  également  surélevés. 

La  salive  s’écoule  d’une  façon  incessante,  souvent  accompagnée  d’une 
sanie  purulente,  produite  dans  le  sillon  créé  par  l’empreinte  des  dents. 
Le  frein  se  loge  entre  les  incisives  médianes  écartées. 


154  LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  vices  de  conforhatios. 

Quant  à  la  portion  de  la  langue  restée  dans  la  bouche,  elle  paraît  cou- 
server  sa  conformation  normale. 

Toutes  ces  conditions  réunies,  jointes  à  la  difficulté  de  l’alimentation  et 
à  l’épuisement  qu’entraîne  la  perte  incessante  de  la  salive,  altèrent  pro? 
fondément  la  santé  des  malheureux  que  frappe  cette  infirmité.  La  soif  est 
ardente,  ils  respirent  mal,  et  sont  d’ordinaire  dans  un  état  d’émaciation 
qui  fait  peine  à  voir. 

L’affection  parvenue  à  un  certain  degré,  reste  stationnaire;  mais  on  n’a 
jamais  signalé  qu’elle  ait  une  tendance  spontanée  vers  la  guérison. 

Le  diagnostic  de  cette  hypertrophie  de  la  langue  n’offre  aucune  diffir 
culté;  l’histoire  de  l’évolution  de  la  maladie  éclairera  amplement  le  chirur¬ 
gien  ;  la  macroglossie  congénitale  ou  chronique  ne  peut  évidemment  être 
confondue  avec  la  glossite  aiguë,  non  plus  qu’avec  le  gonflement  de  la 
langue  symptomatique  d’une  stomatite  mercurielle  ou  du  développement 
dans  la  profondeur  de  l'organe  d’une  tumeur  quelconque. 

L’art  doit  forcément  intervenir  pour  obtenir  la  guérison  de  celte  infir¬ 
mité;  mais  avant  d’aborder  le  traitement,  disons  quelques  mots  des  con- 
naissances  anatomo-pathologiques  que  nous  possédons  sur  ce  sujet. 

L’hypertrophie  paraît  porter  sur  tous  les  éléments  constituants  de  la 
langue,  mais  plus  particulièrement  sur  l’élément  musculaire.  Weber  (de 
Bonn)  a  signalé  la  formation  de  nouveaux  faisceaux  musculaires  striés  à 
l’état  de  tissu  musculaire  embryonnaire. 

Virchow  a  publié  deux  observations  de  macroglossie  ;  il  décrit  le  tissu 
qu’il  a  rencontré  sous  le  nom  de  tumeur  lymphatique  caverneuse.  Billroth 
accepte  la  manière  de  voir  de  Virchow,  et  décrit  une  forme  de  ’macro- 
glossie  congénitale  lymphatique  caverneuse  ;  il  admet  aussi  une  forme 
fibreuse. 

Pour  la  plupart  des  chirurgiens,  la  macroglossie. est  constituée  par  une 
liypertrophie  générale,  portant  surtout  sur  le  tissu  musculaire  (Bouisson, 
Sédillot,  Paget,  etc.) 

Maas  a  publié  aussi  (1869)  quelques  observations  dans  lesquelles  il 
signale  une  dilatation  énorme  des  vaisseaux  lymphatiques  et  sanguins. 

Traitement.  —  On  a  proposé  de  nombreux  moyens  pour  remédier  au 
prolapsus  chronique  de  la  langue;  nous  mentionnerons  sans  nous  y  arrêter 
les  émissions  sanguines  locales,  les  topiques  émollients,  astringents,  irri¬ 
tants,  les  purgatifs  drastiques,  les  vomitifs,  etc.,  tous  moyens  qui  peuvent 
trouver  une  application  heureuse  dans  certains  cas  de  glossite,  mais  qui 
sont  absolument  insuffisants,  inefficaces,  quelquefois  même  nuisibles, 
dangereux,  quand  on  les  applique  à  la  difformité  qui  nous  occupe. 

A  un  degré  encore  peu  avancé,  on  a  opposé  à  la  saillie  de  la  langue  la 
malaxation,  pour  réduire  le  volume  et  permettre  la  rétropulsion  de  l’or¬ 
gane  prolabé  ;  cette  pratique  a  donné  quelques  succès.  Mais  il  faut  avoir 
soin,  après  la  rentrée  de  la  langue  obtenue,  de  maintenir  la  bouche  fermée 
à  l’aide  d’une  fronde. 

Cette  rétropulsion  proposée  et  exécutée  par  Leblanc  (d’Orléans),  en 
1772,  répétée  avec  succès  par  quelques  chirurgiens,  expose,  dans  certains 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  ;  VICES  DE  CONFORMATION.  155 

cas  à  des  dangers  d’asphyxie,  ce  qu’il  ne  faut  pas  oublier,  et  ce  qui  impose 
au  chirurgien  de  surveiller  très-attentivement  et  de  très-près  le  malade. 

La  compression  exercée  sur  la  tumeur  linguale  à  l’aide  d’un  bandage 
roulé  méthodiquement  appliqué  a ,  dit-on ,  donné  un  résultat  heureux 
entre  les  mains  de  Freleau  (de  Nantes). 

Si  l’on  consulte  le  tableau  statistique  dans  lequel  Fairlie  Clarke  (1873) 
a  résumé  la  plupart  des  cas  de  macroglossie  publiés  jusqu’à  ce  jour,  on 
trouve  que  la  compression  a  réussi  dans  quelques  cas. 

Déjà  Pibrac  avait  conseillé  d’appliquer  à  la  macroglossie  son  sac  con¬ 
tentif,  destiné  à  remédier  aux  plaies  de  la  langue. 

Tous  ces  procédés  sont  d’un  emploi  difficile,  et  n’ont  pas  réussi  entre 
les  mains  de  chirurgiens  exercés ,  comme  Delpech.  Certains  auteurs, 
Boyer,  Lassus,  ont  proposé  un  traitement  prophylactique  du  prolapsus  chro¬ 
nique  de  la  langue  ;  mais  on  conçoit,  d’après  ce  que  nous  avons  dit  du 
mode  de  développement  de  cette  maladie,  combien  il  doit  être  difficile 
d’employer  à  temps  les  moyens  indiqués  par  ces  médecins,  et  qui  consis¬ 
tent  à  donner  à  l’enfant,  chez  qui  l’on  soupçonne  la  macroglossie,  une 
nourrice  à  long  mamelon  et  à  lait  abondant,  pour  diminuer  les  efforts  de 
succion  d’une  part,  et  contraindre  la  langue  à  se  porter  en  arrière  afin  de 
modérer  l’afflux  du  lait  ;  à  défaut  d’une  nourrice  offrant  les  qualités  re¬ 
quises,  Lassus,  conseille  l’alimentation  à  l’aide  de  la  cuiller  ou  d’un  bibe¬ 
ron  pourvu  d’un  long  embout. 

Mais  il  est  des  cas  où  la  vie  du  sujet  est  réellement  mise  en  danger 
par  le  développement  excessif  de  la  langue  et  toutes  les  conséquences 
qu’entraîne  un  tel  état,  et  où  il  est  du  devoir  de  la  chirurgie  d’intervenir 
d’une  façon  radicale. 

L’ablation  de  la  partie  hypertrophiée  est  alors  la  meilleure  et  l’unique 
ressource. 

Cette  opération  peut  se  pratiquer  de  différentes  manières  que  nous  nous 
contenterons  d’énumérer  succinctement  ici,  renvoyant  pour  les  détails  du 
manuel  opératoire,  au  paragraphe  où  nous  traitons  de  l’ablation  totale  ou 
partielle  de  la  langue,  motivée  par  des  tumeurs  de  mauvaise  nature. 

L’opération,  dans  le  cas  qui  nous  occupe,  peut  porter  au  niveau  même 
de  l’empreinte  des  dents  ;  elle  nous  paraît  alors  insuffisante,  et  nous 
sommes  d’avis  de  la  faire  porter  au  delà  de  l’arcade  dentaire.  Cette  opé¬ 
ration  s’exécute,  soit  avec  l’instrument  tranchant,  soit  avec  la  ligature 
lente,  ce  qui  expose  à  divers  accidents,  soit  mieux  encore  avec  l’écraseur 
linéaire.  ■ 

Best  une  autre  méthode  d’amputation  delà  langue  hypertrophiée, con¬ 
seillée  par  Boyer,  mise  en  usage  par  plusieurs  chirurgiens  contemporains, 
et  à  laquelle  nous  donnons  sans  hésiter  la  préférence  ;  elle  consiste  à 
abattre  la  tumeur  linguale  en  la  circonscrivant  entre  les  deux  branches 
d’un  V  à  pointe  dirigée  vers  la  base  ;  l’opération  est  très-rapidement  faite 
avec  des  ciseaux,  on  lie  les  vaisseaux  qui  donnent,  puis  on  réunit  les  deux 
branches  du  V  par  des  points  de  suture  enchevillée.  Les  résultats  de 
cette  opération  sont  très-satisfaisants.  Quant  aux  altérations  de  ,voisi- 


136  LANGUE.  —  pathologie  :  vices  de  confoematiok. 

nage  que  détermine  le  prolapsus  chronique,  il  convient  d’y  remédier. 
A  cet  effet,  on  débarrasse  les  dents  du  maxillaire  inférieur  de  la  couche 
de  tartre  qui  les  encroûte,  on  les  redresse,  et  si  la  chose  est  nécessaire,  on 
les  arrache  ;  on  corrige  le  renversement  du  maxillaire  inférieur,  en  fai¬ 
sant  pendant  longtemps  porter  une  fronde  convenable.  Pour  le  renver¬ 
sement  de  la  lèvre  inférieure,  on  peut  attendre  avant  que  d’entreprendre 
une  opération  radicale,  dont  la  nature  fait  quelquefois  tous  les  frais.  Si  la 
difformité  persiste,  on  y  remédie  efficacement,  soit  en  enlevant  une 
ellipse  de  muqueuse,  et  en  faisant  la  suture,  soit  en  enlevant  un  V  hori¬ 
zontal  de  tissu  à  chaque  commissure,  et  en  pratiquant  ensuite  la  suture, 
soit,  mieux  encore,  en  enlevant  un  triangle  vertical  à  sommet  dirigé  vers 
le  menton,  triangle  comprenant  toute  l’épaisseur  de  la  lèvre,  et  en  fer¬ 
mant  ensuite  l’hiatus  ainsi  formé  à  l’aide  d’une  suture  entortillée. 

4°  Ankyloglosse.  —  Ce-vice  de  conformation  peut  être  congénital  ou 
acquis.  Il  consiste  essentiellement  dans  l’adhérence  plus  ou  moins  éten¬ 
due,  plus  ou  moins  complète,  de  la  langue  à  l’un  des  points  de  la  paroi 
buccale. 

S’il  est  médian  inférieur  et  congénital,  il  constitue  une  variété  d’ ankylo¬ 
glosse  connue  sous  le  nom  vulgaire  de  filet.  Si  le  filet  est  considérable¬ 
ment  augmenté,  au  point  de  paraître  former  une  véritable  tumeur  sublin¬ 
guale,  on  le  qualifie  de  soubrelangue. 

Les  autres  variétés  d’ankyloglosse  sont  désignées,  selon  le  siège  de 
l’adhérence,  par  les  noms  d’a.  latéral  ou  gingival,  qui  peut  être  partiel, 
c’est-à-dire  gauche  ou  droit,  ou  total,  et  d’a.  supérieur.  Cette  dernière 
variété  est  très-rare,  et  ne  se  rencontre  que  chez  le  nouveau-né. 

a.  Filet  ou  ankyloglosse  médian  inférieur .  —  Le  filet  consiste  dans  le 
développement  anormal  du  repli  muqueux  qui  se  trouve  situé  sur  la  face 
inférieure  de  la  portion  médiane  et  libre  de  la  langue,  et  qu’on  appelle 
aussi  frein  de  la  langue. 

Cette  disposition  anatomique  gêne  tous  les  mouvements  de  la  langue) 
et  plus  particulièrement  la  succion.  Chez  l’adulte,  quand  elle  existe,  elle 
entrave  le  jeu  de  l’organe  dans  l’acte  de  la  parole  et  dans  la  mastication. 

On  croyait  autrefois  que  tous  les  enfants  avaient  le  filet  en  naissant,  et 
l’on  établissait  comme  une  règle  générale,  la  nécessité  de  le  couper. 
On  est  bien  revenu  de  cette  manière  de  voir,  et  l’opération  du  filet  est 
devenue  aujourd’hui  relativement  rare. 

Il  est  facile  de  s’assurer  de  l’existence  de  ce  vice  de  conformation  :  on 
fixe  solidement  la  tête  du  nouveau -né  placé  entre  les  genoux  d’un  aide, 
la  face  tournée  vers  la  lumière  ;  on  contraint  l’enfant  à  ouvrir  la  bouche 
en  lui  pinçant  les  narines  ;  on  saisit  alors  la  pointe  de  la  langue  avec  deux 
doigts,  en  ayant  soin  d’employer  une  petite  compresse  pour  éviter  que 
l’organe  ne  s’échappe,  et  on  l’attire  en  haut  et  en  dehors  ;  on  juge  alors 
du  degré  de  développement  du  filet  et  de  l’opportunité  qu’il  y  a  de  le 
sectionner.  L’indication  est  la  suivante  :  il  ne  faut  opérer  que  quand  le 
filet  est  trop  long  d’avant  en  arrière,  et  trop  court  de  haut  en  bas.  Dans 
quelques  pays,  notamment  en  Italie,  les  matrones  laissent  croître  tout 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  vices  de  conformation.  137 

spécialement  un  ongle  de  l’un  des  doigts  de  leur  main  pour  pratiquer 
cette  section.  Cette  manière  de  faire  n’a  pas  cours  chez  nous.  On  peut 
opérer  la  section  du  filet  tout  simplement  à  l’aide  de  ciseaux  mousses,  la 
langue  étant  tenue  comme  nous  l’avons  dit  plus  haut.  Mais  ce  mode  de 
procédé  expose  quelquefois  à  l’hémorrhagie  par  la  section  intempestive 
des  vaisseaux  ranins.  Pour  parer  autant  que  possible  à  cet  inconvénient, 
on  est  dans  l’usage  de  recourir  à  la  plaque  fendue  que  J.  L.  Petit  a  fait 
ajouter  dans  ce  but  à  la  sonde  cannelée  des  trousses.  On  engage  le  frein 
de  la  langue  dans  la  fente  de  la  plaque,  dont  les  deux  ailes  latérales  ser¬ 
vent  à  soulever  la  pointe  de  l’organe,  et  à  protéger  les  artères  et  veines 
ranines.  On  opère  d’un  coup  de  ciseaux,  qu’il  faut  faire  porter  aussi  près 
que  possible  du  plancher  buccal,  sans  toutefois  lui  donner  trop  d’étendue 
d’avant  en  arrière.  On  évite  ainsi  sûrement  l’hémorrhagie.  Si  le  résultat 
obtenu  paraissait  insuffisant,  on  opérerait  un  décollement  plus  étendu  à 
l’aide  du  doigt. 

11  n’y  a  aucun  pansement  à  faire,  le  lait  dont  se  nourrit  l’enfant  forme 
le  meilleur  topique  émollient  que  l’on  puisse  employer,  et  les  mouve¬ 
ments  de  la  langue  dans  l’acte  de  la  succion  suffisent  pour  empêcher  la 
réunion  de  se  faire,  et  l’ankyloglosse  de  se  reproduire.  Il  est  bon  de  sur¬ 
veiller  l’enfant  pendant  les  deux  premiers  jours  ;  en  effet,  sans  qu’aucun 
vaisseau  important  soit  lésé,  il  peut  se  produire  une  hémorrhagie  assez  sé¬ 
rieuse,  par  le  fait  même  de  la  succion  qu’exerce  l’enfant  sur  la  plaie. 

Si  l’hémorrhagie  prenait  des  proportions  graves,  il  faudrait  appliquer 
sur  la  plaie  le  crayon  de  nitrate  d’argent,  ou  encore  des  rondelles  d’ama¬ 
dou  imprégnées  au  besoin  d’une  liqueur  hémostatique  (perchlorure  de 
fer,  persulfate  de  fer,  eau  de  Pagliari),  et  exercer  simultanément  une 
certaine  compression  à  l’aide  d’un  doigt,  et  cela  pendant  plusieurs 
heures,  s’il  était  nécessaire.  Si  l’hémorrhagie  est  due  à  l’ouverture  d’un 
vaisseau  de  quelque  importance,  il  ne  faut  pas  hésiter  à  porter  sur 
forifice  un  bouton  de  feu;  le  moyen  est  prompt,  efficace  et  sans 
danger. 

On  a  signalé  depuis  J.  L.  Petit  un  accident  consécutif  à  la  section  du 
Blet;  ce  serait  le  renversement  de  la  langue  en  arrière,  accident  qui 
entraînerait  l’asphyxie  de  l’enfant.  J.-L.  Petit  qui  rapporte  trois  obser¬ 
vations  de  ce  genre,  dit  avoir  vu  la  mort  survenir  dans  un  cas  par  suf¬ 
focation.  On  a  contesté  la  réalité  du  fait.  Quoi  qu’il  en  soit,  si  ce  renverse¬ 
ment  venait  à  se  produire,  il  faudrait  sans  retard  aucun  -aller  reprendre 
la  langue  dans  le  fond  de  la  gorge  à  l’aide  des  doigts,  ou  mieux  d’une 
pince  de  Museux,  et  en  empêcher  la  reproduction,  en  donnant  à  l’en¬ 
fant  une  nourrice  pourvue  d’un  très-long  mamelon. 

Soubrelangue.  —  On  désigne  sous  ce  nom  une  variété  du  filet  dans  la¬ 
quelle  celui-ci,  au  lieu  de  représenter  un  simple  repli  muqueux,  est 
hypertrophié  et. prend  l’aspect  d’uh^  véritable  tumeur.  Levret,  qui  a  vu 
plusieurs  cas  de  ce  genre,  attribue  à  la  soubrelangue  une  gravité  extrême, 
opinion  que  les  faits  de  Faure  et  de  Maurain,  aussi  bien  que  le  cas  de 
Fabrice  (de  Hilden)  ne  permettent  pas  de  soutenir. 


•138 


LANGUE,  —  PATHOLOGIE  :  vices,  de  cokformation. 

La  soubrelangue  est  justiciable  des  mêmes  procédés  opératoires  que  le 
filet  ;  dans  certains  cas,  quelques  mouchetures  faites  à  la  lancette  ont 
suffi;  si  l’on  se  décide  à  faire  la  section  de  la  tumeur,  il  faudra  prendre 
de  grandes  précautions  pour  éviter  rhémorrhagie. 

Ankyloglosse  inférieur.  —  La  portion  libre  de  la  langue  peut  contracter 
des  adhérences  congénitales  avec  le  plancher  de  la  bouche  de  chaque  côté 
du  frein.  L’immobilité  de  l’organe  est  alors  presque  complète,  et  l’enfant 
ne  peut  absolument  pas  teter  ;  en  outre,  l’ingurgitation  du  liquide  alimen- 
■  taire  à  l’aide  de  la  cuiller,  l’expose  à  des'  accès  de  suffocation  par  le  pas¬ 
sage  des  aliments  dans  le  larynx  et  la  trachée.  Une  observation  de  malfor¬ 
mation  de  ce  genre  a  été  rapportée  par  Sernin  (de  Narbonne)  ;  le  sujet  qui 
en  était  atteint,  dépérissait  à  vue  d’œil.  Sernin  détruisit  toutes  les  adhé¬ 
rences  à  l’aide  de  quelques  coups  de  ciseaux,  en  soulevant  successivement 
et  de  plus  en  plus  la  langue  à  mesure  qu’il  la  libérait.  L’enfant  perdit  peu 
de  sang,  il  put  prendre  le  sein,  et  récupérer  bientôt  toute  sa  vigueur.  . 

L’ankyloglosse  inférieur  peut  être  accidentel.  Sédillot  rapporte  un  cas 
de  ce  genre  dans  son  Traité  de  médecine  opératoire.  Voici  succinctement 
le  fait;  Un  homme,  ayant  voulu  se  suicider  eu  se  tirant  un  coup  de  pis¬ 
tolet  sous  le  menton,  en  fut  quitte  pour  d’horribles  mutilations  de  la 
face,  entre  autres  pour  une  fracture  du  maxillaire  inférieur.  La  langue 
labourée  par  le  projectile,  et  n’ayant  plus  d’attaches  antérieures,  se  gonfla 
énormément,  et  vint  se  tasser  vers  l’isthme  du  gosier,  en  menaçant  d’as¬ 
phyxier  le  malheureux  ;  on  remédia  à  cet  accident  en  attirant  la  langue 
et  en  la  fixant  en  bas  dans  la  plaie  sous-mentonnière,  où  elle  contracta 
des  adhérences.  Le  blessé,  une  fois  guéri,  était  hideux  à  voir  avec  cette 
horrible  difformité,  et  voulait  de  nouveau  attenter  à  ses  jours.  Sédillot 
le  vit,  l’opéra  et  le  guérit  :  il  dégagea  la  langue  de  ses  adhérences,  et  la 
réintégra  dans  la  cavité  buccale.  La  plaie  du  cou  fut  fermée  avec  quelques 
points  de  suture.  La  langue  reprit  la  totalité  de  ses  fonctions. 

Ankyloglosse  latéral.  —  Ce  vice  de  conformation  est  d’ordinaire  ac¬ 
quis.  Les  adhérences  ont  lieu,  soit  avec  les  gencives,  soit  avec  la  mu¬ 
queuse  de  la  joue  ;  elles  se  produisent  à  la  suite  de  gingivo-glossite  mer¬ 
curielle,  du  scorbut,  du  noma. 

On  a  cité  des  cas  d’ankylo-glosse  latéral  congénital.  Cette  malformation 
quelle  qu’en  soit  la  cause,  est  facile  à  reconnaître  et  à  traiter.  On  soulève, 
les  adhérences  sur  une  sonde  cannelée,  et  on  les  coupe  d’un  coup  de  ci¬ 
seaux  boutonnés.  Quand  les  brides  sont  longues,  il  est  nécessaire  de  les 
exciser, 

Ankyloglosse  supérieur.  —  Variété  très-rare,  décrite  pour  la  première 
fois  par  Lapie.  «  Il  vient  au  monde,  dit-il,  des  enfants  qui,  sans  avoir  le 
filet,  ni  la  langue  trop  courte,  ne  peuvent  teter,  et  sont  en  danger  de 
périr  faute  de  nourriture;  il  faut  examiner  alors  s’ils  n’ont  pas  la  langue 
trop  fortement  appliquée,  et  comme  gffiée  au  palais  ;  en  ce  cas  il  faut  l’en 
détacher  et  l’abaisser  avec  une  spatule.  »  Par  ce  moyen,  Lapie  dit  avoir 
sauvé  la  vie  à  deux  enfants  qui  jusqu’à  ce  moment  n'avaient  pu  prendre 
le  sein.  Levret  affirme  l’exactitude  des  observations  de  Lapie. 


LANGUE.  - 


PATHOLOOIE  :  INFLAMMATION. 


139 

IL  Lnflammatioh.  —  L’inflammation  de  la  langue  est  désignée,  dans  le 
langage  médical,  sous  le  nom  de  glossite. 

Èistorique  et  synonymie.  —  Cette  affection  a  été  reconnue  et  décrite 
dans  ses  principales  variétés  par  les  plus  anciens  auteurs,  ainsi  qu’en  té¬ 
moignent  les  écrits  d’Hippocrate,  de  Galien,  d’Arétée,  d’Aetius,  d’Avi¬ 
cenne,  de  Paré,  de  Forestus,  de  Sclienk,  de  Sauvages,  de  Vogel,  van  Swie- 
ten,  Louis,  De  la  Malle,  Lassus,  Franck,  etc. 

Les  auteurs  modernes  ont  donné  à  l’inflammation  de  la  langue  des 
noms  variés  et  en  rapport  avec  les  symptômes  qu’ils  observaient  aux  di¬ 
verses  périodes  de  la  maladie. 

C’est  ainsi  qu’on  l’a  tour  à  tour  appelée  :  paraglossa,  glosso-megista, 
mflatio,  tumoret  abcessus  linguæ,  gonflement,  abcès, phlegmon  gangréneux. 

La  similitude  qu’a  paru  offrir  la  glossite  provoquée  par  la  piqûre  d’in¬ 
sectes,  la  morsure  d’animaux  venimeux  ou  encore  le  contact  de  certaines 
substances  âcres  et.  irritantes  (venin  du  crapaud,  feuilles  de  Daphné  Me- 
%emm,  etc.,  etc.),  avec  l’anthrax  charbonneux  a  motivé,  dans  ces  cas 
particuliers,  l’appellation  ie  glossanthrax,  sous  laquelle  on  l’a  désignée. 

Causes.  —  Les  causes  de  la  glossite  sont  multiples,  et  nous  ne  pouvons 
avoir  la  prétention  de  les  énumérer  toutes.  Cela  serait  d’ailleurs  aussi  fas¬ 
tidieux  qu’inutile.  Rappelons  cependant  que  l’inflammation  de  la  langue 
se  voit  quelquefois  dans  le  cours  des  fièvres  éruptives  et  des  pyrexies  graves, 
ou  encore  à  la  suite  des  blessures  variées  dont  cet  organe  peut  être  atteint; 
ainsi,  par  exemple,  on  a  vu  la  glossite  se  développer  à  la  suite  d’accès 
épileptiques  où  il  y  avait  eu  morsure  de  la  langue.  Elle  est  aussi  par¬ 
fois  consécutive  aux  brûlures,  et  ce  fait  se  rencontre  chez  les  enfants  : 
J.  Franck  en  rapporte  un  exemple  dû  à  l’introduction  dans  la  bouche 
d’une  poire  cuite  brûlante.  Maisonneuve  a  vu  l'inflammation  de  la  langue 
succéder  à  un  coup  de  feu;  quelques  auteurs  ont  décrit  une  glossite  a  frigore 
(Poilroux,  Enright).  L’emploi  de  certains  caustiques  dans  le  traitement  de 
quelques  affections  de  la  langue  a  aussi  été  l’occasion  d’une  glossite.  On 
connaît  le  cas  de  Dupuytren,  rapporté  par  van  de  Kere,  et  qui  fut  pro¬ 
voqué  par  une  cautérisation  au  sulfate  de  cuivre.  ^ 

Nous  avons  cité  plus  haut  la  possibilité  d’un  tel  accident  à  la  suite  de 
la  piqûre  d’insectes,  de  morsures  de  vipères,  d’introduction  dans  la  bouche 
de  substances  âcres  et  irritantes,  comme  les  feuilles  de  garou,  le  tabac  ou 
encore  l’ammoniaque  employée  trop  copieusenient  pour  combattre  l’i¬ 
vresse,  etc. 

Il  est  une  cause  bien  connue  de  glossite,  c’est  celle  due  à  l’intoxication 
mercurielle.  Certains  auteurs  ont  voulu  faire  une  place  à  part  dans  le  cadre 
nosologique  à  cette  glossite  spéciale;  mais  nous  n’en  voyons  pas  la  néces¬ 
sité,  et  nous  croyons  qu’il  nous  suffira  d’en  relater  les  principaux  signes 
en  traitant  du  diagnostic. 

Au  point  de  vue  de  la  marche  et  de  la  durée  de  l’affection,  les  auteurs 
distinguent  une  glossite  aiguë  et  une  glossite  chronique,  et  ces  deux  va¬ 
riétés  peuvent  à  leur  tour  être  superficielles  ou  profondes. 

1°  Glossite  aiguë.  —  a.  Glossite  superficielle.  —  Quelques  nosographes 


140  LANGUE.  —  pathologie  :  inflammation. 

modernes  ont  décrit  jusqu’à  quatre  variétés  de  la  glossite  aiguë  super¬ 
ficielle. 

Mais  ces  formes  sont  souvent  confondues,  et  ce  n’est  que  la  prédomi¬ 
nance  de  la  lésion  inflammatoire  dans  telle  ou  telle  partie  des  différents 
éléments  anatomiques  dont  se  compose  la  langue,  qui  pourra  justifier 
l’appellation  de  glossite  papillaire,  folliculaire,  disséquante,  mais  non 
motiver  une  description  spéciale. 

Quand  la  langue  s’enflamme,  l’épithélium  qui  la  recouvre  normalement 
augmente  considérablement  d’épaisseur;  l’organe  est  chaud,  tendu,  dou¬ 
loureux,  surtout  pendant  les  mouvements  de  déglutition  et  l’acte  de  la 
parole.  Si  l’on  vient  à  enlever  cette  couche  épithéliale  par  le  raclage,  ou 
si  elle  tombe  spontanément,  on  voit  le  derme  muqueux  rouge  vif,  les  pa¬ 
pilles  érigées;  le  contact  des  aliments,  des  liquides,  voire  de  l’air  seul, 
fait  naître  une  sensation  de  chaleur,  de  brûlure  insupportable. 

La  soifn’est  pas  très-vive,  mais  les  malades  éprouvent  le  besoin  de  s’hu¬ 
mecter  fréquemment  la  bouche  avec  des  liquides  froids. 

Parfois  la  couche  épithéliale  se  sèche,  se  fendille,  devient  sonore  comme 
du  bois,  et  prend  une  teinte  plus  ou  moins  foncée,  en  rapport  avec  la  cou¬ 
leur  des  boissons  ingérées. 

Le  professeur  Küss  décrivait,  dans  sa  clinique,  une  variété  particulière 
de  la  glossite  superficielle,  dans  laquelle  l’épithélium  lingual,  loin  de  s’hy- 
pertrophier  et  de  s’amasser  en  couches  multiples  stratifiées,  s’atrophiait 
au  contraire,  n’arrivait  pas  à  maturité  et  laissait  en  permanence  le  derme 
lingual  dépourvu  de  son  vernis  protecteur;  la  langue  est  alors  rouge, 
lisse,  luisante,  très-douloureuse;  les  malades  refusent  tous  les  aliments, 
et  la  mort  peut  être  la  conséquence  de  cet  état. 

Dans  certains  cas,  c’est  l’appareil  papillaire  de  la  langue  qui  semble  le 
plus  atteint  par  la  phlogose.  Mais  nous  ne  croyons  pas  que  cette  forme 
particulière  se  voie  isolément.  Elle  siège,  quand  elle  existe,  dans  les  parties 
de  la  langue  les  plus  abondantes  en  papilles.  Requin  croyait  avoir  remar¬ 
qué  l’existence  de  cette  forme  de  glossite  tout  spécialement  chez  les 
femmes  hystériques  ou  nerveuses ,  et  Grisolle  partage  cette  opinion. 
Bouisson  y  voit  une  manifestation  du  mauvais  état  des  voies  digestives. 

Toulmouche  attribuait  cette  variété,  qu’il  disait  être  commune  chez  les 
fileuses  de  chanvre,  à  l’habitude  où  sont  celles-ci  de  mouiller  à  chaque 
instant  leurs  doigts  avec  la  salive  et  de  porter  ainsi  à  la  surface  de  la 
langue  une  substance  âcre  qui  ne  tarde  pas  à  provoquer  l’inflammation. 

L’inflammation  ne  se  boi’ne  pas  toujours  aux  éléments  anatomiques  les 
plus  superficiels,  et  elle  pénètre  assez  fréquemment  jusque  dans  l’appareil 
glandulaire  dont  la  langue  est  assez  abondamment  pourvue,  surtout  vers 
sa  base.  C’est  là  l^variété  qualifiée  de  glossite  folliculaire  parles  auteurs. 
Nous  répéterons  à  son  sujet  ce  que  nous  avons  déjà  dit  plus  haut,  que  cette 
glossite  n’est  jamais  isolée. 

Nous  ne  dirons  rien  ici  de  la  glossite  disséquante,  qu’avec  la  plupart 
des  auteurs  nous  rattachons  à  la  glossite  chronique. 

Le  traitement  de  cette  affection  est  plus  médical  que  chirurgical  et  con- 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  ;  INFLAMMATION. 


141 


sisle  en  bains  locaux,  froids  ou  chauds,  émollients,  calmants,  détersifs. 
On  se  trouvera  bien,  dans  les  formes  où  l’épithélium  s’épaissit  et  se  des¬ 
sèche,  de  collutoires  à  base  de  glycérine  anglaise,  dans  laquelle  on  incor¬ 
pore  des  substances  variées  telles  que  l’extrait  de  monésia,  de  ratanhia, 
le  borax,  etc. 

Le  raclage  modéré  de  l’enduit  lingual  soulage  aussi  les  malades.  Si  la 
tension  de  l’organe  est  forte,  si  l’on  peut  craindre  que  la  glossite  de  super¬ 
ficielle  devienne  profonde,  s’il  y  a  de  la  fièvre,  si  le  pouls  est  tendu,  il 
convient  d'avoir  recours  aux  émissions  sanguines  locales  ou  générales,  aux 
vomitifs,  aux  purgatifs.  De  toutes  les  émissions  sanguines,  la  meilleure, 
la  plus  prompte  dans  ses  effets,  la  plus  efficace,  consiste  dans  la  scarifica¬ 
tion  superficielle  de  la  langue  faite  à  l’aide  du  bistouri,  comme  nous  l’in¬ 
diquerons  plus  loin  pour  le  traitement  de  la  glossite  parenchymateuse. 

b.  Glossite  profonde  ou  parenchymateuse.  —  Cette  forme  de  l’inflam¬ 
mation  de  la  langue  succède  quelquefois  à  la  précédente,  et  quelquefois 
aussi  surgit  d’emblée.  Nous  en  avons  déjà  fait  connaître  les  causes  les  plus 
fréquentes;  elle  débute  d’ordinaire  brusquement  par  une  douleur  vive, 
continue,  exacerbante,  bientôt  suivie  d’un  gonflement  rapide  de  l’organe, 
que  l’inflammation  peut  atteindre  en  totalité  ou  en  partie.  La  tuméfaction 
devient  souyent  énorme  ;  non-seulement  les  dents  s’impriment  à  la  surface 
de  ses  bords,  mais  l’organe  prend  un  développement  tellement  considérable 
qu’il  fait  issue  entre  les  arcades  dentaires  ;  la  déglutition  devient  absolu¬ 
ment  impossible,  et  la  gêne  de  la  respiration  va  sans  cesse  croissant, 
dernier  phénomène  qui  est  surtout  dû  au  mouvement  d’élévation  de  l’os 
hyoïde  et  du  larynx  en  haut  et  en  avant  ;  cet  état  se  complique  parfois 
d’œdème  de  la  glotte. 

Les  malades  atteints  de  glossite  profonde  ont  un  aspect  tout  particulier  .; 
la  face  est  congestionnée,  violacée,  les  traits  sont  contractés  et  la  physio¬ 
nomie  exprime  une  vive  anxiété,  la  langue  fait  saillie  hors  de  la  bouche 
sous  la  forme  d’une  tumeur  mollasse,  desséchée,  violacée  ;  il  y  a  de  la  con¬ 
gestion  cérébrale  et  de  l’assoupissement  ;  le  pouls  est  fort  et  fréquent,  la 
respiration  est  difficile,  anxieuse,  la  peau  chaude  et  sèche.  Il  n’y  a  guère 
d’écoulement  abondant  de  la  salive  que  dans  la  glossite  mercurielle.  Tous 
ces  phénomènes  se  retrouvent  à  un  moindre  degré  dans  la  glossite  paren¬ 
chymateuse  partielle. 

Si  l’art  n’intervient  pas  énergiquement  et  vite,  la-scène  se  termine  par 
la  formation  d’un  abcès  ou  encore  par  la  gangrène  de  l’organe  et  souvent 
même  par  la  mort. 

Les  lésions  anatomiques  consistent  en  une  injection  violente  du  paren¬ 
chyme  lingual  avec  infiltration  de  sérosité  plus  ou  moins  abondante  ;  les 
fibres  musculaires  ne  paraissent  être  atteintes  que  par  la  compression 
qu’exerce  sur  elles  letissu  cellulaire  inter-musculaire  violemment  tuméfié. 
Forster  a  cependant  mentionné  le  ramollissement  des  fibres  musculaires. 
Nous  ne  l’avons  observé  personnellement  qu’une  seule  fois. 

Cette  affection  qui  paraissait  autrefois  être  assez  fréquente,  si  l’on  en 
■juge  par  les  écrits  des  anciens  auteurs,  est  rare  aujourd’hui.  Sa  marche 


142  LANGUE.  — ■  pathologie  ;  iselammatioK. 

est  rapide,  et  elle  atteint  son  apogée  en  deux  ou  trois  jours,  quelquefois 
même  en  trente  ou  quarante  heures. 

L’art  est  tout-puissant  pour  enrayer  la  marche  de  cette  maladie  ;  il 
faut,  dès  le  début,  recourir  aux  émissions  sanguines  locales  faites  de  pré¬ 
férence  avec  le  bistouri.  L’incision  doit  se  faire  sur  la  partie  supérieure  de 
l’organe,  de  la  base  à  la  pointe  et  parallèlement  à  l’axe  de  la  langue  ;  il 
ne  faut  pas  craindre  de  faire  deux  ou  trois  incisions  pareilles  et  assez 
profondes  ;  un  dégorgement  abondant  se  produit  par  cette  voie,  et  le  gon¬ 
flement  tombe  rapidement.  On  complétera  la  cure  par  l’usage  des  moyens 
que  nous  avons  indiqués  à  propos  de  la  glossite  superficielle. 

Dans  les  formes  moins  intenses  de  glossite  profonde,  on  peut  se  conten¬ 
ter  d’une  application  de  sangsues  aux  angles  des  mâchoires,  de  ventouses 
scarifiées  à  la  nuque,  de  vomitifs,  de  purgatifs,  ou  même  de  recourir,  si 
la  congestion  cérébrale  est  menaçante,  à  l’emploi  de  la  ventouse  Junod. 
On  préférera  l’incision  toutes  les  fois  qu’il  y  aura  protrusion  de  la  langue. 

Si  la  suffocation  était  imminente  on  n’hésiterait  pas  à  pratiquer  la 
trachéotomie,  —  ce  que  nous  avons  fait  dans  un  cas  de  glossite  trauma¬ 
tique. 

2°  Glossite  chronique.  —  a.  Glossite  chronique  superficielle.  — 
A  cette  variété  se  rattache  la  glossite  disséquante  de  Wunderlich.  Cette 
affection  ressemble,  à  s’y  méprendre,  à  la  glossite  papillaire,  dont  elle 
diffère  seulement  par  la  profondeur  des  sillons  dont  se  couvre  alors  la 
surface  de  la  langue.  Ce  sont  là  de  véritables  fissures  dont  le  fond  s’ul¬ 
cère  souvent;  les  parcelles  alimentaires  s’accumulent  dans  ces  sillons,  s'y 
altèrent  en  entretenant  une  vive  irritation. 

La  figure  43  représente  un  cas  fort  curieux  de  glossite  disséquante 
existant  depuis  longues  années  chez  un  vieillard,  et  provoquant  des  dou¬ 
leurs  tellement  intolérables  que  nous  dûmes  amputer  toute  la  moitié  an¬ 
térieure  de  la  langue,  opération  qui  réussit  parfaitement  et  dont  notre 
malade  guérit  rapidement.  Nous  ferons  remarquer  que,  de  prime  abord, 
cette  maladie  pouvait  être  prise  pour  un  épithélioma  papillaire;  mais  l'an¬ 
cienneté  du  mal,  l’absence  d’adénopathies,  même  après  les  traitements 
multipliés  et  irritants  auxquels  on  avait  eu  recours  depuis  plusieurs  années, 
tout  militait  en  faveur  de  notre  opinion  qu’il  s’agissait  d’une  glossite  dissé¬ 
quante.  L’examen  de  la  pièce  après  l’opération  confirma  de  tous  points  ce 
diagnostic. 

C’est  une  maladie  très-rebelle  dont  la  guérison  reste  souvent  incom¬ 
plète,  la  surface  de  la  langue  conservant  presque  toujours  consécutive¬ 
ment  un  aspect  plus  ou  moins  mamelonné. 

Le  diagnostic  de  cette  maladie  n’offre  pas  de  difficulté  ;  tout  au  plus 
pourrait-on  la  confondre  avec  une  affection  d’origine  syphilitique.  Mais  en 
présence  des  effets  obtenus  par  le  traitement  spécifique  l’erreur  ne  saurait- 
être  de  longue  durée.  Certains  épithéliomas  papillaires  pourraient  égale¬ 
ment  être  difficiles  à  différencier  de  la  glossite  disséquante  ;  dans  un  cas 
douteux  l’examen  microscopique  d’un  fragment  de  végétation  lèverait 
tous  les  doutes. 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  ;  inflammatios .  145 

Le  traitement  consiste  en'collutoires  à  base  de  glycérine  et  en  applica¬ 
tions  astringentes  ou  même  caustiques,  faites  avec  beaucoup  de  discré¬ 
tion.  Il  convient  que  le  malade  prenne  de  grands  soins  de  propreté  après 
chaque  repas,  pour  éviter  l’accumulation  des  parcelles  alimentaires  dans 
les  sillons  fissuraires. 

11  faut,  dans  certains  cas,  où  les  mamelons  qui  recouvrent  la  surface  de 


Glossite  disséquante 


la  langue  sont  tres-developpes  et  donnent  à  celle-ci  un  aspect  comme  ea- 
pilonné  (Dechambre),  il  faut,  disons-nous,  procéder  à  une  sorte  de  tonte 
partielle  des  éléments  les  plus  saillants,  soit  à  l’aide  des  ciseaux,  soit  encore 
avec  la  ligature. 

Nous  avons  eu  l’occasion  de  traiter  une  glossite  papillaire,  de  la  variété 
décrite  par  Wunderlich  sous  le  nom  de  disséquante,  par  des  applications 
bi-liebdomadaires  d’acide  chromique  (1  d’eau  pour  1  d’acide),  et  nous 
avons  obtenu  les  meilleurs  résultats. 


LANGUE.  ■ —  PATHOLOGIE  :  abcès. 


14  i 

b.  Glossite  chronique  profonde.  —  Elle  est  assez  commune,  et  le  plus 
souvent  partielle,  c’est-à-dire  qu’elle  n’occupe  qu’un  point  limité  du  tissu 
lingual.  Cependant  la  glossite  chronique  profonde  peut  être  générale  et 
consécutive  à  une  glossite  parenchymateuse  aiguë.  Dans  ces  derniers  cas 
l’organe  s’indure,  perd  de  sa  mobilité,  se  rétracte  dans  le  fond  de  la  bouche 
et  perd  de  sa  sensibilité  générale  et  spéciale.  Mais  c’est  là  un  fait  rare. 

Les  glossites  profondes  partielles  sont  représentées  par  un  noyau  induré, 
plus  ou  moins  volumineux,  occupant  d’ordinaire  les  bords  de  la  langue  et 
rappelant  quelque  peu  par  sa  consistance  l’induration  chancreuse.  la 
surface  de  ce  noyau  inflammatoire  est  assez  fréquemment  exulcérée,  ce 
qui  s’explique  aisément  quand  on  sait  que  cette  variété  de  glossite  a  pour 
cause  habituelle  un  traumatisme  permanent  en  quelque  sorte,  dû  à  la 
présence  d’un  fragment  de  dent  qui  frotte  continuellement  et  irrite  sans 
cesse  les  bords  de  la  langue. 

Les  phénomènes  accnsés  par  les  malades  sont  une  sensibilité  exagérée 
au  contact  des  aliments  et  des  condiments  âcres,  de  la  douleur  et  surtout 
de  la  gêne  dans  tous  les  mouvements  de  la  langue. 

L’exploration  soigneuse  de  l’appareil  dentaire  permet  presque  toujours 
de  découvrir  la  cause  de  cette  lésion  qui  ne  laisse  pas  que  d’inquiéter  les 
malades,  et  d’y  remédier  immédiatement  par  la  section,  le  limage  ou 
l’extraction  de  la  dent  provocatrice. 

Cependant  on  a  pu  confondre  cette  induration,  surtout  quand  elle  est 
exulcérée,  avec  des  .accidents  spécifiques  ;  d’autres  fois  encore  une  telle 
lésion  a  été  prise  pour  un  cancroïde  auquel  on  a  proposé  d’opposer  une 
opération  chirurgicale.  Le  diagnostic  peut  être  difficile  ;  mais  en  procé¬ 
dant  méthodiquement,  comme  nous  venons  de  le  dire,  l’homme  de  l’art 
pourra  toujours  s’éclairer  et  ne  recourir  à  l’instrument  tranchant  qu’après 
avoir  éliminé  la  cause  mécanique  probable  de  l’affection,  ou  après  avoir 
soumis,  avec  une  grande  prudence,  le  sujet  à  un  traitement  antisyphi¬ 
litique. 

Nous  avons  mentionné  la  forme  en  quelque  sorte  atrophique  de  la  glos¬ 
site  parenchymateuse  profonde.  On  peut  en  rencontrer  une  variété  hyper¬ 
trophique,  mais  elle  nous  paraît  devoir  être  rare  et  se  rattacher  le  plus 
ordinairement  à  la  macroglossie  congénitale. 

Il  est  à  noter  que,  dans  la  maladie  qui  nous  occupe,  les  fibres  muscu¬ 
laires  de  la  langue  sont  atrophiées  par  la  compression  qu’exercent  sur 
elles  les  éléments  conjonctifs  hyperplasiés  de  cet  organe. 

111.  Abcès.  —  C’est  un  accident  rare,  d’ordinaire  consécutif  à  une  glos¬ 
site  parenchymateuse.  La  langue  étant  e.xclusivement  un  organe  muscu¬ 
laire  peu  riche  en  tissu  cellulaire,  cette  rareté  s’explique  facilement. 

On  trouve  trop  peu  d’exemples  de  cette  maladie  dans  les  auteurs  pour 
pouvoir  en  tracer  une  histoire  complète.  Maisonneuve,  dans  sa  thèse, 
déclare  n’en  avoir  jamais  vu.  Il  est  à  notre  connaissance  que  Blandin  ou¬ 
vrit  un  de  ces  abcès  qu’il  prit  d’abord  pour  un  kyste.  Un  de  nos  élèves. 
Cousin,  en  ouvrit  un  chez  un  militaire  où  on  l’avait  également  pris 
pour  un  kyste. 


145 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  gangrène. 

Peut-être  existe-l-il  des  abcès  froids  et  métastatiques  de  la  langue; 
mais  nous  n’en  avons  pas  trouvé  d’exemples  bien  probants  dans  les 
observations  nombreuses  que  nous  avons  dépouillées  pour  établir  notre 
travail. 

On  peut  soupçonner  la  présence  du  pus  dans  l’épaisseur  du  parenchyme 
lingual  quand,  dans  le  cours  d’une  glossite  aiguë  profonde,  on  voit  les 
accidents,  dont  se  plaignent  les  malades,  s’accroître  loin  de  diminuer  sous 
l’influence  du  traitement.  Le  patient  accuse  des  douleurs  lancinantes,  la 
tuméfaction  paraît  se  circonscrire  et  l’on  perçoit  bientôt,  tantôt  une  fluc¬ 
tuation  obscure,  profonde,  tantôt  une  fluctuation  franche  avec  amincis¬ 
sement  du  tégument  lingual  qui  prend  une  teinte  violacée,  et  se  rompt 
parfois  pour  donner  issue  à  une  certaine  quantité  de  pus  fétide  et  assez 
mal  lié. 

Le  diagnostic  différentiel  des  abcès  de  la  langue  est  assez  difficile,  et  si 
l’on  n’a  pas  de  renseignements  précis  sur  l’évolution  de  la  maladie,  ou  si 
encore  l’abcès  s’est  produit  lentement  sans  réaction  bien  appréciable,  on 
peut  confondre  cet  accident  avec  un  kyste  simple,  un  fibrome  enkysté 
ou  même  une  gomme. 

Une  ponction  exploratrice  qui  pourra,  s’il  est  nécessaire,  devenir  cura¬ 
tive,  lèvera  tous  les  doutes  à  cet  égard . 

Si  l’on  a  réellement  affaire  à  un  abcès,  il  ne  faut  pas  craindre  de  fendre 
largement  la  poche  et  d’y  faire  un  pansement  détersif  et  excitant. 

Les  détails  précédents  ne  sauraient  s’appliquer  aux  abcès  phlegmo- 
neux,  qui  siègent  surtout  vers  la  base  delà  langue  et  dont  quelques  exem¬ 
ples  sont  signalés  dans  les  auteurs.  Eux  aussi  sont  consécutifs  à  la  glos- 
siteTirofonde,  et  leur  développement  est  indiqué  par  l’état  de  souffrance 
plus  accentué  du  patient,  la  douleur  qui  devient  gravalive.  La  langue 
augmente  de  volume,  surtout  vers  la  base,  des  frissons  se  déclarent,  le 
toucher  permet  de  constater  un  empâtement  douloureux,  la  tumeur  con¬ 
serve  l’empreinte  du  doigt,  mais  il  est  rare  que  la  fluctuation  y  soit 
manifeste. 

Le  diagnostic  de  cette  affection  n’est  pas  difficile  quand  on  est  renseigné 
sur  sa  marche.  L’incision  profonde  faite  de  bonne  heure  est  le  meilleur 
remède  à  lui  appliquer.  On  la  fait  suivre  de  bains  locaux  émollients  et  dé¬ 
tersifs. 

lY.  Gangrène.  —  Elle  est  rarement  primitive  et  succède  presque  tou¬ 
jours  à  une  glossite  profonde. 

Tantôt  elle  paraît  être  une  conséquence  naturelle  de  l’intumescence 
énorme  de  l’organe,  qui,  de  violacé  et  douloureux  qu’il  était,  devient 
brunâtre,  insensible  et  froid.  Tantôt  elle  naît  à  la  suite  d’une  glossite 
profonde,  ulcéreuse  en  apparence,  parfaitement  localisée  ;  une  odeur  ca¬ 
ractéristique  s’échappe  de  cette  masse  mortifiée,  qui  tombe  parfois  tout 
d’une  pièce  dans  un  effort  d’expuition  ;  on  voit  d’abord  se  développer  un 
petit  bouton  à  base  dure,  rouge,  enflammée,  douloureuse,  qui  fait  de 
rapides  progrès  et  conduit  à  la  gangrène  partielle  ou  totale  de  la  langue. 

Le  diagnostic  de  la  gangrène  de  la  langue  ne  saurait  offrir  aucune  diffi- 


14:0  LANGUE.  -  tATHOLOGiE  :  PLAIES. 

culté  ;  la  marche  de  l’affection  et  surtout  la  couleur  et  l’odeur  guideront 
le  chirurgien. 

L’une  des  conséquences  les  plus  importantes  à  connaître  de  la  gan¬ 
grène  de  la  langue,  ne  consiste  pas  tant  dans  la  perte  plus  ou  moins  com¬ 
plète  de  l’organe,  qu’elle  peut  entraîner,  que  dans  l’infection  de  l’éco¬ 
nomie  produite  par  la  présence  dans  les  voies  digestives  de  l’ichor 
putride  que  les  malades  avalent  avec  leur  salive. 

Il  importe  donc  d’intervenir  au  plus  vite  et  d’éviter,  soit  le  dévelop¬ 
pement  ultérieur  de  la  gangrène,  par  un  traitement  énergique  de  la  glos- 
site  ;  soit,  quand  la  mortification  se  déclare,  l’intoxication  putride,  par 
l’ablation  ou  la  scarification  profonde  des  parties  sphacélées.  On  y  joindra 
l’usage  de  gargarismes  et  de  collutoires  antiseptiques  et  désinfectants  à 
l’acide  phénique,  à  l’acide  thymique,  au  permanganate  de  potasse. 

Il  faut  tout  particulièrement  s’occuper  d’alimenter  et  de  soutenir  les 
malades,  en  évitant  qu’ils  ingèrent  avec  leurs  aliments  de  la  sanie  pu 
tride.  On  atteindra  ce  but  en  les  nourrissant  à  l’aide  de  la  sonde  œsopha 
gienne  introduite  par  le  nez,  et  aussi  avec  de^  lavements  alimentaires. 

Disons  en  passant,  par  anticipation  que  les  cliniciens  ont,  pour  la  plupart 
renoncé,  dans  l’ablation  des  tumeurs  de  la  langue,  au  procédé  de  la  liga¬ 
ture  lente,  non  pas  tant  en  vue  de  soustraire  les  malades  aux  vives  et  into¬ 
lérables  souffrances  qui  sont  les  compagnes  obligées  de  ce  mode  opéra¬ 
toire,  que  pour  les  faire  échapper  à  la  septicémie  dont  ils  ne  tardent 
pas  à  devenir  victimes  quand  la  tumeur  vient  à  se  sphacéler, 

V.  Plaies.  —  Protégée  de  toutes  parts  par  les  parois  osseuses  qui  for¬ 
ment  la  cavité  buccale,  profondément  enclavée  dans  l’arc  du  maxillaire 
inférieur,  la  langue  est  rarernent  atteinte  par  les  instruments  piquants, 
coupants  ou  contondants.  Mais  les  plaies  par  armes  à  feu  se  voient 
assez  souvent  en  temps  de  guerre  ou  à  la  suite  de  tentatives  de -suicide. 
Quant  aux  plaies  contuses,  elles  sont  surtout  produites  par  les  dents,  soit 
dans  l’acte  de  la  mastication-,  Soit  encore  dans  les  chutes  sur  le  menton, 
les  attaques  d’épilepsie,  les  crises  tétaniques,  quand  par  hasard  cet 
organe  se  trouve  accidentellement  engagé  entre  les  arcades  dentaires. 

■  Plaies  par  instruments  piquants.  —  Ëlles  sont  produites  d’ordinaire 
par  les  pointes  d’une  fourchette,  l’extrémité  acérée  d’un  couteau,  une 
épingle,  une  arête  de  poisson,  rarement  par  une  épée.  Nous  avons  vu 
une  piqûre  profonde  de  la  langue  produite  par  un  crochet  à  ouvrage  en 
acier.  Brasdor  rapporte  qu’une  femme,  en  tombant,  s’enfonça  dans  la 
langue  une  aiguille  à  tricoter  qu’elle  tenait  à  la  main  ;  une  hémorrhagie 
assez  abondante  s’ensuivit,  qui  nécessita  l’emploi  du  cautère  actuel  pour 
être  maîtrisée. 

Mais  ce  n’est  pas  là  le  cas  habituel.  Ces  blessures  sont  sans  gravité, 
l’hémorrhagie  s’arrête  facilement  par  l’emploi  dè  la  glace,  des  astrin¬ 
gents,  eic.,  et  la  plaie  guérit  promptement  sous  l’influence  du  repos. 

Plaies  2)ar  instruments  tranchants.  — Elles  ne  sont  pas  fréquentes  pour 
les  raisons  que  nous  avons  dites  plus  haut.  Cependant  nous  avons  eu  deux 
fois  l’occasion  de  voir  des  plaies  superficielles  de  ce  genre  produites  chez 


LANGUE.  — ^  Pathologie  :  plaies.  14Î 

des  personnes  qui  avaient  la  mauvaise  habitude  de  porter  les  aliments  à 
la  bouche  avec  leur  couteau.  Cet  accident,  sauf  la  douleur  vive  qu’il 
produit  et  la  légère  hémorrhagie  qui  l’accompagne,  est  sans  importance 
aucune.  Les  enfants  se  coupent  quelquefois  la  langue  en  portant  à  la  bou¬ 
che  des  feuilles  de  la  famille  des  Joncées,  des  Graminées  et  des  Cypéra- 
cées  et  en  les  tirant  ensuite  brusquement.  Ces  sortes  de  coupures  donnent 
souvent  lieu  à  une  hémorrhagie  abondante. 

Les  plaies  produites  par  les  dents  se  rencontrent  bien  plus  souvent; 
tantôt  il  n’y  a  qu’une  simple  contusion  ;  tantôt,  au  contraire,  le  resser¬ 
rement  des  inâchoires  se  fait  avec  une  telle  énergie  que  le  tissu  même  de 
la  langue  est  plus  ou  moins  profondément  entamé  ;  parfois  même  la  divi¬ 
sion  peut  être  complète  ou  presque  complète. 

Cet  accident  peut  être  provoqué  pendant  la  mastication  ;  il  offre  alors 
peu  de  gravité  et,  sauf  la  douleur  et  la  gêne  qu’il  entraîne  pendant  quel¬ 
ques  jours,  il  guérit  facilement.  Il  peut  être  le  résultat  d’un  coup  porté 
sur  le  menton  ou  d’une  chute  sur  le  maxillaire  inférieur,  la  langue  étant 
engagée  entre  les  dents. 

La  plaie  dans  ces  cas  est  profonde  et  peut,  bien  qu’elle  soit  contuse, 
s’accompagner  d’une  hémorrhagie  qu’il  n’est  pas  toujours  aisé  d’arrêter, 
tes  morsures  de  la  langue  pendant  les  attaques  d’épilepsie  sont  assez 
communes  ;  la  contraction  spasmodique  des  masséters  peut  même  aller 
jusqu’à  produire  une  division  complète.  ' 

Bouisson  rapporte  avoir  vu  un  malheureux  tétanique,  pris  d’une  crise 
au  moment  où  il  montrait  sa  langue,  se  blesser  cruellement.  11  faut,  chez 
les  épileptiques  sujets  à  cet  accident,  ndaintenir  les  mâchoires  écartées 
dès  le  début  de  la  crise,  à  l’aide  d’un  levier,  d’une  spatule,  et  introduire, 
si  faire  se  peut,  un  coin  de  bois  entre  les  arcades  dentaires.  S’il  y  a  hé¬ 
morrhagie,  il  faut  tenter  de  l’arrêter  par  l’application  du  froid,  du  per- 
chlorurede  fer,  aidée,  au  besoin,  de  la  compression  des  carotides;  si  ces 
moyens  ne  suffisent  pas,  on  pratique  la  ligature  soit  à  la  pince,  soit  au 
moyen  du  tenaculum.  Parfois  il  suffit  de  comprimer  entre  les  doigts  toute 
l’épaisseur  de  la  langue  pendant  un  temps  suffisant  pour  arrêter  la  perte 
de  sang.  Ce  soin  peut  être  confié  au  blessé.  En  dernier  ressort,  on  aurait 
recours  au  cautère  actuel  et  même,  s’il  le  fallait,  à  la  ligature  de  la  lin¬ 
guale.  L’hémorrhagie  maîtrisée,  on  peut,  si  la  plaie  est  profonde,  faire 
quelques  points  de  suture  enchevillée,  pour  assurer  une  réunion  plus 
prompte  et  plus  exacte.  Si  la  section  porte  sur  les  deux  faces  de  la  langue, 
on  fera  la  suture  des  deux  côtés. 

La  division  à  peu  près  complète  de  la  langue  n’est  pas  un  accident 
irrémédiable.  Bérenger  Feraud  a  publié,  en  1870,  dans  la  Gazette  des 
Hôpitaux,  un  certain  nombre  d’observations  démontrant  d’une  façon 
péremptoire  la  possibilité  de  la  réunion  dans  les  cas  de  division  presque 
complète  de  la  langue.  La  grande  vascularité  de  son  tissu  autorisé  à  tenter 
la  réunion  du  morceau,  ne  tînt-il  plus  que  par  quelques  filaments.  Dans 
un  cas.de  ce  genre,  Gant  a  obtenu  en  peu  de  jours  une  réunion  complète. 
Il  faut  préférer  pour  celte  suture  les  fils  métalliques  aux  fils  organiques. 


148  LANGUE.  —  pathologie  :  brüloees. 

La  glossite  consécutive  n’est  jamais  bien  intense,  et  doit  être  prévenue 
ou  traitée,  si  elle  survient,  par  le  repos  complet  et  des  lavages  fréquents, 
émollients,  détersifs,  etc.  Les  fils  peuvent  être  enlevés  au  bout  de  quatre 
ou  cinq  jours. 

Ces  sortes  de  plaies  étant  éminemment  contuses,  on  ne  peut  espérer 
d’éviter  la  suppuration  ;  les  cicatrices  peuvent  être  irrégulières.  Néan¬ 
moins  la  plupart  des  fonctions  de  la  langue  se  conservent  avec  une  inté¬ 
grité  fort  satisfaisante.  Signalons,  en  terminant,  la  possibilité  de  la  division 
de  la  langue  par  morsure,  chez  de  très-jeunes  enfants.  Témoin  le  cas  de 
Wilkes  (Union  mécUc.  iSQO),  survenue  chez  un  enfant  de 4  mois;  et  celui 
de  Branca,  chez  un  enfant  de  15  mois.  Chez  fous  deux  la  suture  donna  un 
bon  résultat. 

Plaies  par  instruments  contondants,  plaies  par  armes  à  feu.  —  Les 
plaies  de  la  langue  par  coups  de  feu  sont  contuses  au  premier  chef;  leur 
fréquence  relative  en  temps  de  guerre  et  dans  les  tentatives  de  suicide  par 
armes  à  feu  donne  à  leur  étude  un  certain  intérêt. 

Tantôt  une  balle,  traversant  les  joues,  creuse  à  la  surface  de  la  langue 
un  sillon  plus  ou  moins  profond,  tantôt  le  projectile  traverse  la  langue 
d’outre  en  outre  en  séton.  De  ces  deux  variétés  de  lésions,  la  dernière  est 
la  moins  grave,  quel  que  soit  le  siège  qu’elle  occupe;  par  contrôles  sillons, 
s’ils  sont  profonds,  entraînent  consécutivement  de  sérieux  inconvénients, 
car  l’élimination  de  l’eschare  est  suivie  d’une  cicatrisation  souvent  vicieuse 
et  qui  gêne  nltérieurement  l’exercice  de  la  parole  et  de  la  plupart  des 
mouvements  de  la  langue.  Les  dents  peuvent  être  brisées  par  le  projectile, 
entraînées  parlai,  et  venir  augmenter  l’étendue  et  la  gravité  de  la  lésion. 
Il  en  est  de  même  des  fragments  d’os  détachés  de  la  mâchoire.  Ces  diffé¬ 
rents  corps  étrangers  peuvent  s’enfoncer  dans  l’épaisseur  du  tissu  lingual 
et  y  séjourner  plus  ou  moins  longtemps  (voy.  Corps  étrangers).  Il  arrive 
souvent  que,  dans  les  tentatives  de  suicide,  les  délabrements  produits  sur 
la  langue  sont  considérables.  La  règle  en  pareille  circonstance  est  d’ar¬ 
rêter  l’hémorrhagie  par  les  moyens  que  nous  avons  déjà  indiqués;  on 
régularise  la  plaie  autant  que  possible  en  retranchant  ou  en  suturant,  si 
faire  se  peut,  les  lambeaux  flottants,  et  on  extrait  les  corps  étrangers.  Un 
gonflement  considérable  suit  ces  sortes  de  lésions.  La  suppuration  est 
abondante,  et  la  cicatrisation  trop  souvent  irrégulière  ;  il  convient  défaire 
des  lavages  fréquents  de  la  bouche  avec  des  liquides  détersifs  et  désinfec¬ 
tants,  pour  éviter  que  les  malheureux  mutilés  ne  s’empoisonnent  par  la 
déglutition  des  produits  fournis  par  la  plaie. 

Disons  en  terminant  que,  à  la  suite  des  blessures  de  la  langue,  quand 
on  a  opéré  la  réunion  des  lambeaux,  l’organe  peut  récupérer  non-seulement 
l’intégrité  de  ses  mouvements,  mais  encore  ses  aptitudes  sensorielles.  Une 
observation  de  Fairlie  Clarke  est  absolument  démonstrative  à  cet  égard. 

VI.  Brclukes.  —  Les  brûlures  de  la  langue  sont  rarement  isolées,  et 
coïncident  presque  toujours  avec  des  brûlures  des  surfaces  muqueuses 
avoisinantes  (face  interne  des  lèvres  et  des  joues,  muqueuse  pbaryngo- 
aryngée  et  bronchique).  Elles  se  rencontrent  plus  particulièrement  chez 


LANGUE.  —  PATHOLOI’, lE  :  postule  maligne.  149 

les  enfants  qui,  par  ignorance  ou  par  oubli,  introduisent  dans  leur  bouche 
des  corps  chauds  ;  nous  avons  cité  dans  cet  article  un  cas  de  glossite  pro> 
voqué  par  l’ingurgitation  d’une  poire  cuite  bouillante,  citons  encore  les 
brûlures  qui  résultent  de  l’aspiration  d’eau  bouillante  par  le  bec  d’une  bouil¬ 
loire  ou  d’une  théière,  accident  assez  commun  en  Angleterre,  au  dire  de 
Bevan  (de  Dublin)  ;  la  douleur  provoquée  par  un  tel  accident  est  des  plus 
vives,  et  la  victime,  le  plus  souvent  un  enfant,  rejette  le  liquide  brûlant 
et  pousse  des  cris  déchirants  ;  quand  le  contact  n’a  pas  été  trop  prolongé, 
l’épithéliuin  lingual  est  simplement  soulevé;  parfois  il  se  forme  de  véri¬ 
tables  phlyctènes,  aussi  bien  à  la  surface  de  la  langue  que  sur  la  face  in¬ 
terne  des  joues  et  des  lèvres  ;  partout  où  l’épithélium  n’est  pas  soulevé, 
on  constate  une  vive  turgescence  de  la  muqueuse  qui  est  rouge,  hypé- 
réffiiée,  boursouflée;  quand  la  brûlure  est  profonde,  on  voit  de  grands 
lambeaux  d’épithélium  complètement  détachés,  enroulés  sur  eux-mêmes, 
formant  des  masses  blanchâtres  peu  consistantes  ;  le  derme  muqueux  mis 
à  nu  est  tuméfié,  résistant  au  doigt  ;  parfois  même  il  est  comme  mortifié 
et  se  détache  sous  l’influence  du  moindre  frottement. 

Quand  les  brûlures  de  la  langue  sont  superficielles  ,  elles  offrent  peu 
de  gravité,  et  tout  se  borne  à  une  douleur  passagère ,  à  de  la  difficulté  de 
prendre  et  d’avaler  les  aliments,  et  à  un  certain  degré  d’hypérémie  de 
l'organe  ou  même  d’inflammation  {voy.  Glossite),  dont  l’art  triomphe 
assez  facilement. 

Malheureusement  les  brûlures  de  la  langue  sont  souvent  accompagnées 
de  brûlure  des  muqueuses  du  pharynx  et  du  larynx,  et  deviennent  ainsi 
la  source  d’accidents  d’une  gravité  extrême,  dont  la  mort  est  presque  tou¬ 
jours  la  conséquence.- 

Le  médecin  ne  doit  donc  jamais  oublier  que  toute  brûlure  de  la  langue 
mi  peu  étendue  est  d’un  pronostic  grave. 

Le  traitement,  dans  les  cas  simples,  consiste  en  gargarismes  froids. 

Yll.  Postule  maligne.  —  Cette  affection,  très- rare  à  la  langue,  a  été 
décrite  sous  le  nom  de  glossantlirax,  par  Breschet  et  Finot.  Les  anciens 
auteurs  Duhamel,  Chavarrieu  d’Audebert,  FéHx  Plater  l’ont  désigné  sous 
le  nom'd’rmfbraa;  ou  charbon  malin  de  la  langue,  dénomination  adoptée 
par  Maisonneuve,  dans  sa  remarquable  thèse  de  concours. 

La  pustule  maligne  se  développe  presque  toujours,  à  la  langue,  sous  l’in- 
lluonce  d’une  inoculation  directe  ;  on  l’a  surtout  rencontrée  chez  les  bou¬ 
cliers  et  chez  les  équarisseurs,  qui  ont  la  funeste  habitude  de  placer  entre 
leurs  dents,  le  couteau  dont  ils  font  usage  pour  dépouiller  ou  pour  dépecer 
la  bêle.  Tel  est  le  cas  du  garçon  boucher  observé  par  Duhamel.  Au  dire  de 
Chavarrieu  d’Audebert,  deux  hommes  furent  atteints  de  charbon  malin 
de  la  langue,  pour  avoir  fait  usage  d’une  cuiller  d’argent  qui  avait  servi 
à  racler  la  langue  d’animaux  atteints  du  charbon. 

L’incubation  du  mal  dure  environ  vingt-quatre  heures  :  au  bout  de  ce 
temps,  la  langue  devient  le  siège  de  douleurs  très-vives,  et  augmente  rapi¬ 
dement  de  volume  ;  à  ces  phénomènes  locaux  viennent  se  joindre  bientôt 
toute  une  série  de  symptômes  généraux  qui  indiquent  quelle  est  la  gravité 


150  LANGUE.  —  pathologie  ;  dlcèees. 

du  mal.  Le  malade  est  pris  de  défaillances,  qui  vont  jusqu’à  la  syncope, 
une  fièvre  vive  s’allume,  le  pouls  est  fréquent,  petit,  serré  ;  la  peau  est 
sèche,  d’une  chaleur  mordicante  ;  la  soif  est  vive;  au  point  où  l’inoculation 
a  eu  lieu,  se  produit  une  sorte  de  tuméfaction  dure,  couverte  de  vésicules 
remplies  d’une  sérosité  noirâtre  ou  roussâtre  ;  chacune-dc  ces'  vésicules 
repose  sur  un  point  surélevé,  d’un  rouge  vif,  très-sensible  au  toucher; 
quand  les  vésicules  se  rompent,  on  trouve  à  leur  place  une  petite  plaque 
livide,  noirâtre,  d’aspect  gangréneux. 

L’affection  abandonnée  à  .elle-même,  a  une  marche  ascendante  très- 
rapide,  presque  foudroyante,  et  l’on  a  vu  la  mort  survenir  en  moins  de 
vingt-quatre  heures. 

Le  mal  aussitôt  reconnu,  le  chirurgien  doit  agir  avec  une  promptitude 
et  une  énergie  proportionnées  à  l’imminence  du  péril.  11  doit  sur-le-champ 
pratiquer  une  cautérisation  profonde  au  fer  rouge,  et  si  la  glossite  conco¬ 
mitante  est  intense  et  le  gonflement  de  la  langue  considérable,  y  joindre 
des  scarifications  profondes  de  tout  l’organe. 

On  donnera  au  malade  des  boissons  froides  et  de  la  glace  ;  quelques 
auteurs  conseillent  d’employer  simultanément  les  vomitifs  et  les  purga¬ 
tifs.  Mais  c’est  par  le  traitement  chirurgical  qu’il  faut  débuter  sans  hésita¬ 
tion  aucune. 

VIII.-  ÜLCÈriEs.  —  Nous  serons  très-bref  sur  ce  sujet,  nous  réservant 
de  traiter  des  ulcères  syphilitiques,  tuberculeux,  cachectiques,  cancé¬ 
reux,  etc.,  de  la  langue,  en  nous  occupant  de  la  syphilis,  de  la  tuberculose, 
du  cancer  de  cet  organe. 

Nous  ne  parlerons  donc  ici  que  de  ce  que  les  anciens  ont  appelé  les 
n\cèves  chroniques  locaux  de  la  langue.  Celse,  en  traitant  des  ulcères  de  la 
langue, entend  surtout  parler  delà  variété  dont  nous  nous  occuperons  ici. 
Avant  lui,  Hippocrate  (Prédictions,  liv.  II,  trad.  de  Littré,  p.  33)  en  avait 
parlé  en  ces  termes  ;  «  Chez  ceux  qui  ont  une  ulcération  de  longue  durée 
sur  le  côté  de  la  langue,  il  faut  examiner  si,  de  ce  même  côté,  quelqu’une 
des  dents  n’a  pas  une  pointe.  » 

Nous  en  avons  déjà  dit  ''quelques  mots  à  propos  de  la  glossite  chro¬ 
nique  ;  ce  qui  caractérise  surtout  ce  genre  de  lésion,  c’est  sa  cause  con¬ 
stamment  mécanique  et  son  siège  sur  les  points  de  la  langue,  qui  sont  en 
rapport  direct  et  permanent  avec  les  dents;  les  ulcères  chroniques  locaux 
sont  en  effet  toujours  provoqués  par  le  frottement  des  bords  de  la  langue 
sur  quelque  dent  anguleuse,  sur  quelque  saillie  de  chicot. 

Ils  consistent  essentiellement  en  une  surface  exulcérée,  peu  profonde,  à 
bords  sinueux,  à  fond  finement  granuleux,  quelquefois  dissimulé  par  une 
sorte  de  couenne  mince,  adhérente,  ou  de  dépôt  pultacé  blanc  jaunâtre, 
à  l’aspect  aphtheux,  ressemblant  même  parfois  à  une  plaque  muqueuse  ou  à 
un  ulcus  elevatum.  Cette  exulcération  repose  toujours  sur  un  fond  induré, 
noyau  résistant  d’étendue  et  d’épaisseur  variables,  de  consistance  élastique 
ou  chondroïde  qui  peut  en  imposer  pour  une  induration  chancreuse.  Les 
mouvements  de  la  langue  provoquent  de  la  douleur  par  les  frottements 
réitérés  qui  ont  lieu  sur  l’agent  provocateur  de  la  lésion  (dent  cariée. 


LANGUE. 


PATHOLOGIE 


?S  ÉTEANGERS, 


151 


chicot,  armature  d’une  pièce  de  prothèse),  et  aussi  par  le  contact  des 
aliments  plus  ou  moins  épicés,  des  liqueurs  fortes,  de  la  fumée  de  tabac, 
de  la  chique,  etc. 

Le  diagnostic  d’une  telle  lésion  est  très-important;  il  n’est  pas  toujours 
facile  de  distinguer  l’ulcère  chronique  de  la  langue,  tel  que  nous  venons 
de  le  décrire,  d’avec  certaines  affections  syphilitiques,  cancéreuses,  tuber-» 
culeuses,  etc. 

Toute  description  serait  insuffisante  pour  porter  la  conviction  dans  l’es¬ 
prit  du  chirurgien  :  il  doit  en  tout  état  de  cause  examiner  soigneusement 
l’élat  des  dents,  faire  arracher  celles  qui  sont  cariées,  ou  au  moins  émous¬ 
ser  au  moyen  de  la  tenaille  incisive,  de  la  lime,  les  pointes  blessantes, 
faire  simultanément  cesser  l’usage  de  la  pipe,  de  la  chique  et  des  aliments 
ou  condiments  irritants.  La  guérison  survient  promptement  s’il  ne  s’agit 
que  d’un  ulcère  chronique  local.  Dans  le  cas  contraire,  il  y  a  lieu  de  son¬ 
ger  à  une  affection  d’une  autre  nature  et  à  recourir  par  conséquent  à  un 
traitement  radical  que  nous  exposerons  ultérieurement, 

11  est  à  noter  que  ces  sortes  d’ulcères  ne  s’accompagnent  jamais  d’adé¬ 
nite  symptomatique.  La  cause  enlevée,  on  traitera  l’ulcère  par  quelques 
cautérisations  légères  et  quelques  bains  de  bouche  émollients  et  détersifs. 

IX.  Corps  étrangers.  —  Il  arrive  parfois  qu’à  la  suite  de  coup  de  feu 
toutôu  partie  du  projectile  reste  enclavé  dans  l’épaisseur  de  la  langue  ;  on 
a  TU  également  des  fragments  d’os  provenant  du  bris  de  l’un  ou  l’autre  des 
maxillaires,  des  dents  entières,  pénétrer  dans  le  tissu  lingual  et  y  séjour¬ 
ner  plus  ou  moins  longtemps  ;  d’ordinaire,  ces  corps  étrangers  sont  ex¬ 
traits  séance  tenante  ou  sont  éliminés  par  la  suppuration;  d’autres  fois, 
ils  restent  au  sein  des  tissus,  s’y  enkystent,  et  leur  présence  méconnue 
peut  donner  lieu  à  de  singulières  erreurs  de  diagnostic. 

La  présence  d’une  tumeur  généralement  assez  bien  circonscrite,  les 
renseignements  fournis  par  le  malade,  l’exploration  avec  un  stylet,  s’il 
existe,  ce  qui  est  le  cas  le  plus  ordinaire,  un  pertuis  qu’il  convient  tou¬ 
jours  de  rechërcher  (il  est  mentionné  dans  toutes  les  observations  de 
corps  étranger  de  la  langue),  suffiront  pour  éclairer  le  chirurgien.  Il  est 
des  circonstances  où  la  présence  d’un  ulcère  sur  la  tumeur,  ou  l’existence 
de  fongosités  développées  sur  l’orifice  d’entrée  du  corps  étranger,  rendent 
le  diagnostic  fort  embarrassant.  Une  exploration  avec  une  aiguille  à  acu¬ 
puncture  permettra  alors  de  lever  tous  les  doules. 

On  connaît  l’histoire  de  la  balle  extraite  de  la  langue,  par  Boyer,  quatre 
ans  après  la  ble.ssure. 

Velpeau  eut  dans  sa  pratique  un  cas  analogue.  J’ai  eu  l’occasion  d’ex¬ 
traire  un  tuyau  de  pipe  inclus  depuis  plusieurs  mois. 

Herbert  (de  Tillières,’Eure)  a  communiqué  à  la  Société  de  chirurgie 
l’observation  d’un  homme  qui  l’avait  consulté  pour  un  gonflement  consi¬ 
dérable  de  Ja  langue,  surmonté  d’une  ulcération  grisâtre  d’aspect  cancé¬ 
reux,  et  chez  qui  une  exploration  attentive,  aidée  des  renseignements 
fournis  par  le  malade,  fit  découvrir  la’ présence  d’un  corps  étranger  qui 
fut  extrait;  c’était  la  moitié  de  la  couronne  de  la  première  grosse  mg- 


152  LANGUE.  —  pathologie  :  tümeurs  vasculaires. 

laire.  Cet  homme  s’était,  en  effet,  fait  arracher  une  dent  onze  mois  au¬ 
paravant  par  un  dentiste  forain;  il  avait  éprouvé  sur-le-champ  une  vive 
douleur,  et  c’était  depuis  cette  époque  que  la  langue  était  devenue  malade. 

Bouisson  a  eu  l’occasion  de  rencontrer,  dans  une  tumeur  de  la  langue 
qu’il  se  disposait  à  enlever,  une  dent  molaire  à  racines  multiples  et  diver- 
gente's  dont  une  était  cassée;  le  malade  avait  été  blessé  quinze  mois  au¬ 
paravant,  en  Crimée,  par  un  projectile  qui  avait  traversé  la  bouche  en 
fracturant  l’arcade  alvéolaire. 

L’extraction  des  corps  étrangers  de  la  langue  est  généralement  suivie 
d’une  guérison  prompte. 

Corps  étrangers  parasitaires.  —  Au  nombre  des  corps  étrangers  qui 
peuvent  se  trouver  inclus  dans  l’intimité  du  tissu  lingual,  il  convient  de 
citer  les  parasites  qui  s’y  rencontrent,  il  est  vrai,  assez  rarement. 

Tels  sont  les  trichines,  les  vers  vésiculaires  le  dragonneau  ou  fdaire 
de  Médine. 

Dans  la  trichinose  (voy.  ce  mot),  la  présence  des  trichines  est  constante 
dans  la  langue,  où  des  vers  se  montrent  en  telle  quantité,  qu’ils  finissent 
par  en  gêner  les  mouvements,  au  point  de  rendre  la  parole  et  la  dégluti¬ 
tion  presque  impossibles. 

Nous  ne  dirons  rien  ici  des  vers  vésiculaires  qui  peuvent  se  trouver 
dans  la  langue;  nous  renvoyons  pour  leur  étude  au  paragraphe 
hydatiques. 

Reste  le  dragonneau,  dont  la  présence  dans  la  langue  est  attestée  par 
quelques  observations,  fort  rares,  et  dont  la  plus  connue  est  celle  due 
à  Clot-Bey  ;  ce  médecin  eut  l’occasion  de  traiter,  en  1825,  à  l’iiôpital 
d’Abou-Zabel,  un  jeune  homme  d’une  quinzaine  d’années,  qui  portait  un 
ver  de  Médine  sous  la  langue,  près  du  frein,  où  il  manifestait  sa  présence 
par  une  petite  tumeur  fluctuante,  qui  fut  ouverte,  et  d’où  l’on  put  extraire 
le  dragonneau  par  enroulement. 

Une  observation  analogue  a  été  recueillie  à  l’hôpital  de  Corée,  par  le 
docteur  Cezilly.  Cette  affection  n’a  jamais  été  observée  dans  nos  climats 
que  sur  des  personnes  revenant  des  pays  tropicaux,  où  le  ver  de  Médine 
est  en  quelque  sorte  endémique. 

X.  Tumeurs.  —  a.  T.  vasculaires.  —  Elles  comprennent  trois  catégo¬ 
ries  bien  distinctes  :  les  tumeurs  érectiles;  V anévrysme  faux  primitif  oa 
diffus;  l'anévrysme  circonscrit. 

Ces  deux  dernières  variétés  sont  fort  rares.  Les  tumeurs  érectiles,  bien 
qu’encore  peu  communes,  se  rencontrent  cependant  plus  fréquemment; 
il  en  existe  dans  la  science  un  certain  nombre  d’exemples  ;  nous  com¬ 
mencerons  donc  par  leur  étude,  en  raison  même  de  l’intérêt  qu’elles 
offrent  au  praticien. 

1“  Tumeurs  érectiles.  —  Ces  sortes  de  tumeurs  se  rencontrent  à  la 
langue,  comme  en  d’autres  points  de  la  muqueuse  buccale  ou  des  tégu¬ 
ments,  sous  deux  formes  principales,  dont  nous  emprunterons  la  descrip¬ 
tion  anatomique  à  Billroth  :  la  télangiectasie  et  la  tumeur  sanguine  caver¬ 
neuse. 


153 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  tusieürs  vasculaires. 

Télangiectasie.  ^ —  Celte  variété  des  tumeurs  érectiles  correspond  à 
celle  que  Maisonneuve  a  décrite  dans  sa  thèse  sous  le  nom  de  tumeur  érec¬ 
tile  artérielle.  Elle  est  le  plus  souvent  congénitale;  mais  son  petit  volume, 
le  peu  de  gêne  quelle  apporte  dans  les  fonctions  de  la  langue,  font  qu’elle 
passe  souvent  inaperçue  jusqu’au  jour  où  elle  attire  l’attention  par  les  ac¬ 
cidents  qu’elle  provoque. 

Elle  est  anatomiquement  constituée  par  des  capillaires  et  de  petits  vais¬ 
seaux  dilatés  et  très-flexueux.  Elle  a  la  forme  d’une  tache  plus  ou  moins  sail¬ 
lante  à  la  surface  de  l’organe  atteint,  tache  qui  offre  une  couleur  variant 
du  rouge  de  la  fraise  ou  de  la  framboise,  au  rouge  bleuâtre.  Cette  tache 
peut  rester  longtemps  stationnaire  pour  prendre  tout  à  coup  un  dévelop¬ 
pement  considérable.  En  général,  ce  néoplasme  ne  dépasse  pas  le  tissu 
conjonctif  sous-muqueux  (Billrotb).  Il  se  réduit  par  une  pression  continue 
et  s’efface  alors  complètement  ;  il  est  des-  cas  cependant  où  cette  dispari¬ 
tion  ne  peut  être  parfaite  en  raison  du  développement  exubérant  qu’ont 
pris  les  tissus  conjonctif  et  graisseux  inter- vasculaires. 

Les  lélangiectasies  s’étendent  plutôt  en  surface  qu’en  profondeur;  le 
palper  permet  d’y  ressentir  quelquefois  un  certain  frémissement  et  même 
des  pulsations  isochrones  aux  mouvements  du  cœur  la  compression  les 
fait  pâlir,  les  cris,  les  efforts  les  rendent  plus  volumineuses  et  plus 
rouges;  la  moindre  piqûre,  la  plus  légère  excoriation  y  provoquent  une 
hémorrhagie  difficile  à  arrêter  ;  le  sang  qui  s’en  écoule  alors  est  vermeil. 
Maisonneuve  signale  la  tendance  que  paraissent  avoir  les  tumeurs  érec¬ 
tiles  artérielles  à  dégénérer  en  cancers  sous  l’influence  des  irritations 
répétées. 

Tumeurs  caverneuses  {tumeurs  érectiles  veineuses  de  Maisonneuve). 
—  Elles  sont  quelquefois  congénitales  ;  j’ai  vu  récemment  une  dame 
âgée  qui  était  née  avec  une  tumeur  érectile  de  la  langue  ;  cette  tumeur  n’a 
jamais  acquis  un  volume  considérable.  C’est  surtout  dans  l’enfance,  l’âge 
adulte  ou  même  la  vieillesse|(Maisonneuve),  qu’on  les  voit  se  développer, 
leur  texture  rappelle  beaucoup  celle  des  corps  caverneux  du  pénis  ;  elles 
sont  essentiellement  constituées,  d’après  Billroth,  par  un  tissu  réticulé, 
blanc,  dense  et  résistant,  circonscrivant  des  vacuoles  qui  ne  renferment 
d’ordinaire  que  du  sang,  mais  parfois  des  concrétions  dites  phlébolithes. 
La  paroi  des  vacuoles  est  tapissée  par  des  cellules  fusiformes  (endothélium 
des  veines).  Ce  tissu  caverneux  est  parfois  parfaitement  limité  par  une 
espèce  de  kyste.  Cette  ectasie  veineuse  peut  se  développer  au  centre  d’un 
fibrome  ou  d’un  lipome  ;  mais  c’est  surtout  dans  le  tissu  sous-muqueux 
qu’elle  se  développe,  et  rarement  elle  envahit  les  éléments  profonds  de  la 
langue. 

Ces  sortes  de  tumeurs  érectiles  s’étendent  plus  en  surface  qu’en  profon¬ 
deur,  et  la  muqueuse  qui  les  revêt  est  même  adhérente,  transparente, 
d’une  teinte  bleuâtre  très-prononcée;  le  palper  n’y  décèle  pas  de  frémis¬ 
sements,  ni  de  pulsations,  et  la  compression  les  efface  plus  vile  et  plus 
complètement  que  les  lélangiectasies  ;  les  efforts  de  toute  nature  en'pro- 
voquent  la  distension  et  l’augmentation  de  volume  ;  souvent  elles  sont 


154  LANGUE.  —  pathologie  :  tumedes  vascdlaiees. 

entourées  à  la  base  d’un  réseau  noueux  de  veines  variqueuses  ;  leurs  bles¬ 
sures  donnent  lieu  à  des  hémorrhagies  moins  redoutables  que  celles  des 
télangiectasies. 

On  ne  sait  que  peu  de  chose  sur  les  causes  qui  provoquent  le  dévelop¬ 
pement  de  ces  diverses  tumeurs  érectiles;  on  a  noté  cependant  l’hérédité. 
On  a  remarqué  la  présence  simultanée  de  tumeurs  analogues  développées 
en  d’autres  points  du  corps,  quand  il  en  existait  à  la  langue. 

Leur  siège  sur  cet  organe  n’a  non  plus  rien  de  précis  et  de  régulier. 
La  tumeur  artérielle  occupe  d’ordinaire  la  muqueuse  ou  les  papilles  ;  la 
tumeur  veineuse  naît  dans  les  parties  profondes  ou  dans  le  tissu  cellulaire 
sous-muqueux.  Tantôt  elles  se  développent  d’emblée  et  occupent  la  pointe, 
les  bords  ou  le  milieu  de  l’organe;  d’autres  fois  elles  n’atteignent  celui-ei 
que  par  l’extension  que  prend  l’une  d’elles,  originaire  d’un  point  quel¬ 
conque  de  la  muqueuse  buccale. 

Les  tumeurs  érectiles  linguales  ne  sont  pas  difficiles  à  reconnaître; 
elles  sont  tout  particulièrement  caractérisées  par  leur  coloration  remar¬ 
quable,  leur  indolence,  leur  augmentation  de  volume  sous  l’influence  de 
l’expiration  avec  effort.  Leur  consistance  molle,  semi-fluctuante,  pourrait 
les  faire  prendre  pour  des  kystes,  des  cancers,  des  tumeurs  syphilitiques 
pour  certains  lipomes  ou  même  pour  des  fibromes  de  médiocre  consis¬ 
tance,  des  tumeurs  fibreuses,  des  hypertrophies  partielles,  voire  des  gre- 
nouillettes,  mais  le  fait  de  leur  effacement  plus  ou  moins  complet,  mais 
toujours  très-remarquable  par  la  compression  ,  permettra  d’écarter  toute 
erreur  de  diagnostic;  au  pis  aller,  on  aurait  recours  à  une  ponction  explo¬ 
ratrice. 

Il  faut  bien  savoir  que  les  personnes  atteintes  du  mal  ne  s’en  doutent 
pas  toujours,  et  que  souvent  c’est  le  hasard  qui  seul  éveille  l’attention  de 
l’homme  de  l’art  sur  ce  point. 

Les  observations  de  Briquet,  Maisonneuve,  Chassaignac,  Guersant, 
Foucher,  celle  de  Bernard  Holt  (Wesminster  Hospital),  du  docteur  John¬ 
son  (Saint-George’s  Hospital) ,  de  Bouisson  (Dictionnaire  des  Sciences  mé¬ 
dicales),  viennent  à  l’appui  de  ce  que  nous  venons  de  dire,  et  l’on  consul¬ 
tera  avec  fruit  les  travaux  de  ces  différents  auteurs  sur  ce  sujet. 

Nombre  de  moyens  ont  été  indiqués  pour  remédier  aux  tumeurs  érec¬ 
tiles  de  la  langue,  les  arrêter  dans  leur  période  d’extension,  et  surtout  les. 
détruire  à  tout  jamais. 

Certains  d’entre  eux  ne  sont  guère  applicables  aux  tumeurs  érectiles 
ayant  leur  siège  sur  la  langue,  bien  que  leur  efficacité  soit  démontrée 
contre  des  tumeurs  érectiles  situées  sur  divers  points  du  tégument  externe. 
Citons  pour  mémoire  la  vaccination,  l’inoculation  de  la  pourriture  d’hô¬ 
pital,  la  cautérisation  potentielle,  la  transfixion  avec  des  épingles  laissées 
à  demeure,  l’incision,  moyen  essentiellement  dangereux  et  irrationnel,  les 
injections  irritantes,  les  injections  coagulantes. 

Lallemand  a  employé  avec  succès  la  cautérisation  actuelle  pratiquée  au 
moyen  d’aiguilles  rougies  au  feu  et  enfoncées  dans  la  tumeur. 

On  a  tenté  la  ligature  des  troncs  artériels  ou  des  branches  vasculaires 


155 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  tumeurs  vasculaires, 
qu’oH'  supposait  donner  naissance  à  la  tumeur  ;  mais  cette  manière  de 
procéder  est  datigereuse  et  d’une  exécution  difficile. 

On  a  encore  conseillé  l’extirpation  de  la  tumeur,  quand  celle-ci  est  bien 
limitée  et  qu’on  estime  que  l’hémorrhagie  sera  facile  à  éviter. 

On  a  aussi  employé  la  cautérisation  au  fer  rouge,  le  broiement.  Mais 
dé  tous  les  procédés,  le  meilleur  est  sans  contredit  l’extirpation  par  la 
ligature  lente  ou  la  ligature  extemporanée,  soit  que  l’on  ait  recours  à 
la  méthode  de  Rigal,  ou  ligature  avec  morcellement,  soit  que  l’on  se 
serve  de  la  chaîne  de  l’écraseur  ou  du  serre-nœud. 

Citons  pour  mémoire,  et  pour  être  aussi  complet  que  possible,  le  cas 
célèbre  de  Bro’svn,(1835)  dans  lequel  ce  médecin  guérit  radicalement  une 
jeune  fille  de  dix-huit  ans  d’une  tumeur  érectile  de  la  langue  en  provo¬ 
quant  une  stomatite  hydrargyrique  intense. 

Les  tumeurs  érectiles’^de  la  langue  peuvent  guérir  spontanément  (Paul 
Dubois).  L’illustre  accoucheur  a  cité  un  certain  nombre  de  cas  de  guérison 
de  ce  genre. 

2“  Anévrysme  faux  primitif,  ou  diffus.  —  C’est  une  affection  rare  de 
la  langue,  bien  décrite  par  Maisonneuve,  qui  eut  l’occasion  d’en  observer 
un  cas  remarquable. 

Si  la  plaie  qui  donne  naissance  à  l’anévrysme,  a  été  faite  par  un  instru¬ 
ment  tranchant,  et  que  l’action  vulnérante  ait  été  profonde ,  la  tumeur  se 
développe  instantanément;  elle  se  produit,  au  contraire,  plus  lentement 
quand  la  blessure  est  causée  par  une  arme  à  feu  (Bouisson,Maisonneuve) . 

Cette  sorte  d’anévrysme  est  caractérisée  par  l’existence  d’une  tumeur 
vague,  non  circonscrite,  indolente,  fluctuante  (Maisonneuve)  ou  non 
fluctuante  (Bouisson)  ne  présentant  presque  jamais  de  battements,  et 
donnant  au  palper  la  sensation  d’un  léger  frémissement  ;  au  moment  où 
la  tumeur  se  forme,  il  y  a  toujours  un  écoulement  sanguin  plus  ou  moins 
abondant  au  dehors.  Cette  hémorrhagie  peut  être  intermittente,  et  com¬ 
promettre  la  vie  par  son  abondance  ou  la  fréquence  de  ses  répétitions. 

En  outre,  les  fonctions  de  la  langue  sont  compromises,  et  la  tuméfac¬ 
tion  de  cet  organe  peut  aller  jusqu’à  apporter  une  gêne  grave  à  la  respira¬ 
tion. 

11  arrive  aussi  que  l’inflammation  s’empare  de  l’anévrysme,  et  donne 
naissance  à  une  glossite  qu’il  peut  être  difficile  de  maîtriser.  S’il  se  pro¬ 
duit  un  abcès,  la  suppuration  peut  être  tellement  abondante,  quelle 
achève  d’épuiser  le  malade  déjà  affaibli  par  des  hémorrhagies  continues. 

Parfois,  mais  rarement,  le  vaisseau  divisé  s’oblitère,  et  la  plaie  se  ci¬ 
catrise  sans  présenter  d’autres  phénomènes  que  ceux  que  nous  avons  dé¬ 
crits  en  parlant  des  plaies  de  la  langue. 

Le  traitement  consiste  à  arrêter  l’hémorrhagie,  et  à  remédier  aux  acci- 
denls  s’ils  surgissent  ;  l’hémostase  peut  être  obtenue  par  différents 
moyens  :  la  compression,  la  cautérisation,  la  ligature. 

La  compression  est  un  procédé  infidèle,  d’une  application  difficile,  et 
qui  ne  convient  que  quand  la  division  de  l’artère  est  complète.  Elle  a 
échoué  dans  le  cas'  cité  par  Maisonneuve,  bien  que  cet  ^habile  chirurgien 


156  LANGUE.  —  pathologie  :  tdmedrs  vascülaiees. 

l’eût  pratiquée  d’une  façon  fort  ingénieuse,  et  qui  mérite  d’être  connue 

pour  être  employée,  le  cas  échéant. 

Un  jeune  homme  s’était  tiré  un  coup  de  pistolet  sous  le  menton.  La 
balle  avait  traversé  la  langue  à  la  base,  en  divisant  l’une  des  branches  de  ■ 
l’artère  linguale.  L’hémorrhagie,  d’abord  abondante,  s’arrêta  bientôt; 
mais  elle  reparaissait  menaçante  à  de  fréquents  intervalles.  Maisonneuve 
tenta  d’appliquer  la  compression  de  la  manière  suivante.  «  A  l’aide  d’un 
stylet  aiguillé,  je  passai,  dit-il,  dans  toute  la  longueur  du  trajet  de  la 
plaie,  un  fil  double  dont  les  chefs  sortaient,  l’un  par  l’orifice  supérieur, 
l’autre  par  l’orifice  inférieur  ;  au  chef  supérieur,  j’attachai  un  petit  tampon 
de  charpie  bien  serrée,  puis,  tirant  sur  le  chef  inférieur,  j’amenai  le  tam¬ 
pon  à  l’orifice  supérieur  de  la  plaie  qu’il  bouchait  exactement.  Prenant 
ensuite  un  autre  tampon  plus  volumineux,  je  le  plaçai  sous  le  menton,  à 
l’orifice  inférieur  de  la  plaie,  et  là,  l’étreignant  avec  les  deux  fils,  je  le 
serrai  fortement,  de  manière  à  le  rapprocher  du  tampon  supérieur,  repro¬ 
duisant  ainsi  pour  un  cas  exceptionnel,  le  tamponnement  tel  qu’on  le  pra¬ 
tique  aux  fosses  nasales.  » 

Malheureusement  ce  moyen  fut  insuffisant,  et  il  fallut  avoir  recours  à  la 
ligature  de  l’artère  divisée  dans  la  plaie.  Cette  ligature  n’est  pas  toujours 
d’une  exécution  facile.  11  ne  faut  pas  cependant  hésiter  à  l’employer,  à 
faciliter  la  recherche  du  vaisseau  divisé  en  agrandissant  la  plaie  avec  le 
bistouri,  et  en  la  débarrassant  de  tous  les  caillots  qu’elle  pourrait  contenir. 

En  pareil  cas,  il  vaudrait  mieux  faire  la  ligature  à  l’aide  d’un  tena- 
culum,  comme  je  l’ai  fait  souvent,  qu’à  l’aide  de  la  pince. 

Pasturel  de  Saint-Alban  a  réussi  à  arrêter  une  hémorrhagie  de  ce  genre, 
en  faisant  la  compression  médiate  à  l’aide  d’un  fil  métallique  double  in¬ 
troduit  d’outre  en  outre  dans  la  langue,  et  serré  ensuite  de  chaque  côté 
de  l’organe. 

’Ce  procédé  expose  à  la  section  des  tissus  linguaux  par  ulcération  au 
niveau  du  fil;  mais  cet  accident  peut  être  en  partie  évité,  en  employant  le 
procédé  de  Colomb  que  nous  indiquerons  plus  loin  en  traitant  de  l’ané¬ 
vrysme  circonscrit. 

Si  la  compression  et  la  ligature  médiate  ne  réussissent  pas,  il  ne  faut 
pas  hésiter  à  employer  le  fer  rouge.  Boyer  rapporte  que  ce  moyen  réussit 
à  Brasdor. 

Reste  enfin,  comme  ressource  ultime,  la  ligature  du  tronc  même  delà 
linguale  par  l’un  des  procédés  que  nous  ferons  connaître  à  l’article  Méde¬ 
cine  opératoire,  ou  encore,  comme  on  l’a  conseillé,  la  ligature  de  la  ca¬ 
rotide  externe. 

L’hémorrhagie  arrêtée,  le  chirurgien  fera  tous  scs  efforts  pour  entraver 
le  développement  d’une  glossite,  contre  laquelle  il  emploiera  une  médica¬ 
tion  énergiquement  antiphlogistique  {voy.  Glossite). 

3°  Anévrysme  circonscrit.  —  Qu’il  soit  la  conséquence  d’une  blessure 
de  l’artère,  ou  qu’il  naisse  spontanément,  cet  anévrysme  ne  se  rencontra 
que  très-rarement. 

L’une  des  observations  les  plus  Tcmarquables  de  ce  genre  de  tumeurs 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  kystes.  . 


Vol 

est  celle  citée  par  tous  les  auteurs ,  et  due  à  Colomb  {Œuvres  médico- 
èirurgkales).  Elle  existait  chez  un  jeune  séminariste,  et  siégeait  au  centre 
de  la  partie  moyenne  et  supérieure  de  la  langue  ;  elle  était  molle,  cir¬ 
conscrite,  grosse  comme  une  noisette,  et  présentait  des  pulsations  et  des 
frémissements;  son  volume  augmentait  notablement  quand  le  malade 
parlait  ou  faisait  un  effort. 

Celte  description  comprend  évidemment  toute  la  symptomatologie  de 
l’anévrysme  de  la  langue. 

Observons  cependant,  quant  au  siège  qu’occupent  ces  tumeurs,  qu’elles 
doivent  être  plus  fréquentes  à  la  face  inférieure  de  la  langue,  où  rampent 
les  vaisseaux  ranins. 

Peut-êtrepourrait-on  confondre  un  anévrysme  de  la  langue  avec  certaines 
lélangiectasies  ;  mais  on  se  rappellera  que  celles-ci  sont  toujours  congéni¬ 
tales,  que  la  muqueuse  participe  à  la  maladie,  que  la  couleur  en  est  d’un 
rouge  vif;  la  muqueuse  au  contraire,  dans  l’anévrysme  circonscrit,  con¬ 
serve  à  peu  de  chose  près  sa  coloration,  elle  recouvre  la  tumeur,  mais  ne 
fait  pas  corps  avec  elle. 

L’anévrysme  circonscrit  de  la  langue  n’est  pas  une  maladie  grave  ;  ce¬ 
pendant  on  conçoit  que  le  développement  qu’il  peut  prendre  à  la  longue, 
et  les  dangers  d’une  hémorrhagie  par  rupture  spontanée  ou  par  blessure, 
aient  engagé  les  chirurgiens  à  intervenir  de  bonne  heure. 

C’est  par  la  ligature  médiate  qu’il  convient  de  traiter  ces  sortes  de 
tumeurs  vasculaires,  et  le  procédé  adopté  par  Colomb,  doit  être  imité. 
Voici  comment  on  l’exécute.  La  langue  est  tirée  au  dehors  et  maintenue 
par  un  aide  ;  l’artère  est  embrassée  par  une  aiguille  courbe,  garnie  d’un 
double  fil  ciré;  on  la  passe  dans  l’épaisseur  de  la  langue  à  deux  lignes  en¬ 
viron  au-dessus  de  l’anévrysme.  Une  seconde  ligature  est  appliquée  de 
même  au-dessous  de  la  tumeur;  on  place  dans  l’anse  de  ces  deux  ligatures 
un  morceau  d’amadou,  et  l’on  serre  convenablement.  Cela  fait,  la  tumeur 
est  ouverte  et  vidée  (Colomb). 

L’opération  réussit  parfaitement  entre  les  mains  de  Colomb  ;  la  réaction 
inflammatoire  fut  modérée,  et  le  malade  guérit  en  peu  de  jours. 

b.  Kystes.  —  On  distingue  trois  et  même  quatre  variétés  de  kystes  de  la 
langue.  Ce  sont  ;  les  kystes  pileux,  les  kystes  séreux,  les  kystes  muqueux, 
les  kystes  hydatiques,  et  on  pourrait  encore  y  joindre  les  kystes  héma¬ 
tiques,  cités  par  Maisonneuve  d’après  Velpeau,  et  dont  l’histoire  patho¬ 
logique  n’a  pas  encore  été  faite. 

1°  Kystes  pileux.  —  Paraissent  être  très-rares.  Bouisson  en  cite  un 
cas  relevé  dans  les  observations  d’Amatus  Lusitanus.  La  rareté  même  de 
ces  sortes  de  kystes  nous  empêche  d’en  tracer  ici  l’histoire. 

2°  Kystes  séreux.  —  Ce  sont  les  plus  communs;  ils  siègent  partout  à 
la  langue,  maison  les  rencontre  le  plus  souvent  à  la  base  et  à  la  face  infé¬ 
rieure  de  cet  organe.  , 

L’anatomie  pathologique  de  ces  tumeurs  extrêmement  bénignes,  semble 
indiquer  qu’elles  se  développent  dans  des  cavités  préexistantes,  dont  elles 
constituent  une  sorte  d’hydropisie.  Leur  contenu  est  liquide  comme  de 


158 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  kystes. 


l’eau,  clair,  transparent.  L’examen  microscopique  y  décèle  l’existence  de  cel¬ 
lules  rondes,  pâles,  assez  peu  abondantes  et  de  granulations  moléculaires 
(Billroth).  Le  sac  qui  limite  ces  collections  liquides,  est  tapissé  par  une 
mince  couche  épithéliale,  véritable  membrane  sécrétante,  qualifiée  par  cer¬ 
tains  auteurs  d’épithélium  du  tissu  conjonctif  (Biüroth)  (épithélium  faux 
de  Thiersch,  endothélium  de  His).  Les  parois  de.  ces  sacs  sont  plus  ou 
moins  épaisses  suivant  l’âge  de  leur  développement  et  la  profondeur  s 
laquelle  ils  siègent  dans  la  langue. 

Ces  kystes  constituent  des  tumeurs  plus  ou  moins  saillantes  sous  la 
muqueuse,  de  forme  arrondie,  de  consistance  molle  et  franchement  fluc¬ 
tuante.  La  grosseur  en  est  variable  ;  rarement  cependant  atteignent-elles  un 
volume  capable  de  gêner  la  totalité  des  fonctions.de  la  langue,  sauf  chez 
les  enfants,  ainsi  que  le  prouve  le  cas  cité  par  P.  Dubois,  et  où  l’enfant 
atteint  de  kyste  séreux  sublingual  ne  pouvait  exercer  Pacte  de  la  succion. 

5°  Kystes  muqueux.  —  Ces  tumeurs,  aussi  bénignes  que  les  précé¬ 
dentes,  ont  un  autre  siège  anatomique,  et  paraissent  se  développer  exclu¬ 
sivement  dans  les  éléments  glandulaires  dont  la  langue  est  pourvue  ;  les 
parois  en  sont  plus  épaisses,  le  contenu  plus  consistant,  pouvant  même 
devenir  comme  de  la  gelée. 

La  paroi  interne  du  sac  est  tapissée,  quand  elle  est  lisse,  par  plusieurs 
couches  d’épithélium  ;  mais  cette  couche  n’existe  pas  nécessairement 
quand  la  paroi  interne  est  rugueuse  (Billroth).  Quand  au  contenu,  il  ren¬ 
ferme  toujours  en  assez  grande  abondance  des  cellules  assez  volumineuses, 
rondes,  pâles,  des  granulations  graisseuses,  quelques  éléments  morpho¬ 
logiques  du  sang  et  des  cristaux  de  cholestérine  (Billroth,  Bouisson). 

Les  parois  des  kystes  muqueux  sont  plus  épaisses  que  celles  des  kystes 
séreux;  la  fluctuation  y  est  aussi  moins  évidente;  elles  offrent  à  peu  de 
chose  près  le  même  aspect,  et  donnent  naissance  aux  mêmes  symptômes. 
Aussi  n’esLil  pas  toujours  facile  de  les  diagnostiquer  à  priori. 

Quand  la  fluctuation  n’y  est  pas  très-évidente,  on  peut  les  confondre 
avec  certaines  tumeurs  enkystées  :  kystes  fibreux,  nodus  syphilitiques, 
épithéliomas  enkystés,  etc.  Une  ponction  exploratrice  est  souvent  néces¬ 
saire  pour  éclairer  le  chirurgien  et  le  guider  dans  le  parti  thérapeutique 
qu’il  convient  [de  prendre. 

Il  convient  aussi  de  distinguer  les  kystes  séreux  et  muqueux  de  la  gre- 
nouillette  proprement  dite.  Celle-ci  n’est  pas  une  affection  de  la  langue, 
mais  bien  du  plancher  de  la  bouche,  et  bien  qu’elle  ait  une  origine  ana¬ 
logue,  et  qu’elle  relève  d’une  même  thérapeutique,  il  importe  de  ne  pas 
confondre  entre  elles  ces  diverses  tumeurs  kystiques. 

4°  Kystes  hydatiques.  —  Il  peut  se  développer  des  hydatides  dans  la 
langue  comme  dans  tous  les  autres  organes.  Billroth  rapporte  avoir  vu 
extirper  des  vessies  d’échinocoques  à  la  langue.  Cette  affection  est  d’un 
diagnostic  difficile,  et  presque  toujours  on  la  confond  avec  un  kyste  séreux 
en  raison  de  sa  forme,  de  son  volume,  de  sa  consistance  et  de  la  fluctuation 
qu’on  y  perçoit  facilement.  Il  est  difficile  d’y  percevoir  la  sen.sation  de  colli¬ 
sion.  L’erreur  n’a  pas  grande  importance,  et  peut  être  évitée  par  la  ponction 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  LIPOMES.  159 

exploratrice  et  l’examen  microscopique  du  liquide  dans  lequel  on  trouve 
des  crochets. 

On  a  quelquefois  confondu  ces  différents  kystes  avec  des  abcès  en¬ 
kystés.  Mais  la  marche  de  la  maladie ,  l’indolence  de  la  tumeur  per¬ 
mettront  dé  se  faire  une  opinion  assez  exacte.  L’erreur  serait  d’ailleurs 
de  peu  d’importance,  le  traitement  de  ces  sortes  de  tumeurs  étant  le 
même  pour  toutes.  Ce. que  nous  allons  dire  du  traitement  s’appliquera 
donc  à  tous  les  kystes  indistinctement;  ce  traitement  est  simple  et  facile. 
Si  la  tumeur  est  petite,  à  parois  minces,  la  seule  ponction  peut  suffire. 
Quand  les  parois  sont  épaisses,  il  convient  de  préférer  l’incision  et  d’y 
joindre  l’excision  d’une  partie  de  la  paroi.  Cette  opération  se  pratique 
ainsi  ;  on  embroche  la  tumeur  dans  sa  partie  la  plus  saillante  avec  un  fil 
métallique  ou  autre,  ou  mieux  avec  un  tenaculum  et,  à  l'aide  d’une  paire 
de  ciseaux  courbes,  on  abat  une  portion  elliptique  de  sa  paroi.  Cela  fait, 
on  bourre  la  cavité  avec  de  la  charpie,  après  l’avoir  cautérisée  au  nitrate 
d’argent,  à  l’acide  chromique,  au  chlorure  de  zinc. 

Quelques  auteurs  ont  proposé  la  ponction  suivie  d’une  injection  iodée 
comme  on  fait  pour  l’hydrocèle.  D’autres  ont  proposé  une  extirpation 
complète  des  kystes  ;  la  chose  est  difficile  et  dangereuse  en  raison  de  la 
présence  de  vaisseaux  et  de  nerfs  importants  dans  le  voisinage.  L’excision 
d’une  portion  de  la  paroi,  suivie  de  cautérisations  répétées  suffit  dans  la 
généralité  des.  cas. 

Citons,  pour  être  complet,  les  quelques  exemples  de  guérisons  obtenues 
à  l’aide  du  séton  filiforme.  Mais  cette  méthode  offre  divers  inconvénients  ; 
elle  est  longue,  douloureuse,  et  ne  dispense  pas  toujours  de  recourir  à  une 
opération  plus  radicale. 

c.  Liposies.  —  Les  tumeurs  graisseuses  ou  lipomes  de  la  langue  sont 
rares. 

Maisonneuve  leur  consacre  dans  sa  thèse  un  chapitre  fort  écourté  et 
n’en  cite  pas  d^observation. 

L’un 'des  faits  de  ce  genre  les  plus  connus  est  celui  publié  par  Bastien, 
et  recueilli  dans  le  service  de  St.  Laugier  en  1854. 

Follin  a  communiqué  à  la  Société  de  chirurgie,  en  1866,  une  observa¬ 
tion  très-intéressante  de  lipome  de  la  langue  inséré  par  un  large  pédicule 
sur  la  partie  latérale  gauche  de  l’organe.  Le  professeur  Bouisson  (de  Mont¬ 
pellier)  a  vu  et  opéré  un  lipome  lingual,  en  1867,  chez  un  adolescent  de 
quinze- ans. 

Déjà,  en  1863,  Mason  avait  fait  connaître  dans  la  Lancette  anglaisé  un 
cas  de  tumeur  graisseuse  de  la  langue,  observé  à  King’s  College  Hospital  j 
et  qu’on  peut  à  bon  droit  rapporter  au  genre  lipome. 

Bien  que  les  faits  connus  soient  peu  nombreux,  nous  croyons  qu’il  est 
possible  de  tracer  les  caractères  de  ces  sortes  de  tumeurs. 

Elles  sont  d’ordinaire  indolentes,  de  forme  sphéroïdale,  sessiles  ou  lar¬ 
gement  pédiculées.  Maisonneuve  a  dit  qu’elles  siégeaient  de  préférence 
en  arrière  et  en  bas,  où  le  tissu  cellulo-graisseux  de  la  langue  est  plus 
abondant  qu’en  avant  et  en  haut  ;  mais  la  lecture  des  observations  con- 


160  .  LANGUE.  . —  pathologie  :  lipomes. 

nues  ne  confirme  pas  celte  opinion.  En  effet,  dans  le  cas  de  Laugier,  la 
tumeur  existait  sur  la  partie  antérieure  et  latérale  droite  de  la  langue; 
dans  le  cas  de  Follin,  on  la  voyait  sur  la  partie  latérale  gauche;  le  pro¬ 
fesseur  Bouisson  l’a  vue  sur  la  pointe  de  la  langue;  Mason  en  signale 
l’existence  sur  la  région  dorsale. 

Les  lipomes  peuvent  être  multiples  (cas  de  Mason).  On  les  rencontre  à 
tous  les  âges;  ils  peuvent  être  d’origine  congénitale;  on  ne  sait  rien  sur 
la  cause  qui  peut  en  provoquer  le  développement. 

La  muqueuse  qui  les  recouvre  conserve  sa  coloration  normale  ;  dans  un 
cas,  elle  était  grisâtre  (Bouisson). 

Leur  consistance  est  molle,  caractéristique,  lipomateiise.  On  y  con¬ 
state,  par  une  exploration  attentive,  une  sorte  de  fluctuation  qui  les  fait 
parfois  prendre  pour  des  kystes.  La  pression  ne  permet  pas  d’en  effacer  le 
volume,  ce  qui  permet  de  les  distinguer  nettement  des  tumeurs  érectiles. 
Cependant  la  lobulisation  des  lipomes  linguaux  peut  être  confondue  avec 
les  caillots  qui  se  rencontrent  àssez  souvent  au  centre  des  tumeurs  érec¬ 
tiles  veineuses  de  la  langue.  Breschet  a  signalé  la  possibilité  de  l’erreur, 

La  marche  de  la  maladie  est  lente  et  d’ordinaire  sans  gravité.  Le  sys¬ 
tème  ganglionnaire  ressortissant  à  la  langue  n’est  jamais  pris. 

Cependant  ces  tumeurs  peuvent  s’ulcérer  sur  les  points  les  plus  sail¬ 
lants,  ce  qui  rend  le  diagnostic  embarrassant  ;  elles  acquièrent  aussi 
quelquefois  un  volume  qui  gêne  les  fonctions  de  la  langue. 

On  écartera  l’idée  d’une  affection  maligne  en  tenant  compte  de  la  marche 
de  l’affection  et  du  défaut  d’infection  générale. 

Ces  tumeurs  peuvent  aussi  s’enflammer  et  s’abcéder;  Maisonneuve 
signale  la  possibilité  d’une  telle  terminaison.  Elles  sont  susceptibles  éga¬ 
lement,  d’après  le  même  auteur,  de  devenir  le  point  de  départ  d’une  af¬ 
fection  cancéreuse.  Mais  il  faut  reconnaître  que  ce  doivent  être  là  des 
faits  exceptionnels.  Nous  n’en  avons,  pour  notre  part,  jamais  vu  d’exemple 
ni  relevé  aucun  dans  les  nombreux  documents  que  nous  avons  consultés 
pour  la  rédaction  de  cet  article. 

Nous  croyons  en  avoir  dit  assez  pour  permettre  au  praticien  de  recon¬ 
naître  les  lipomes  linguaux,  et  de  ne  pas  les  confondre  avec  les  tumeurs 
kystiques,  cancéreuses,  syphilitiques  ou  tuberculeuses. 

D’ailleurs  l’étude  que  nous  ferons  plus  loin  de  ces  diverses  variétés  de 
productions  héléromorphes  dans  la  langue  achèvera,  croyons-nous,  de 
jeter  la  lumière  sur  le  diagnostic. 

Les  lipomes  de  la  langue  ne  guérissent  jamais  spontanément,  non  plus 
que  sous  l’influence  d’une  médication  interne.  Ils  sont  toujours  justiciables 
d’une  intervention  chirurgicale. 

S’ils  sont  pédiculés,  on  aura  recours  à  la  ligature  lente  ou  extempo¬ 
ranée.  S’ils  sont  sessiles,  c’est  à  l’instrument  tranchant  ou  au  galvano- 
cautère  qu’il  convient  de  s’adresser.  Sauf  les  complications  intercurrentes 
qui  peuvent  survenir  à  la  suite  de  toutes  les  opérations  dont  la  langue  est 
le  siège,  l’ablation  des  tumeurs  de  cette  nature  est  sans  gravité  immé¬ 
diate.  On  n’a  jamais,  que  nous  sachions  du  moins,  observé  de  récidive. 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  ;  fibromes.  161 

d.  Fibromes.  —  Les  fibromes  de  la  langue  sont  relativement  rares,  bien 
qu’on  les  rencontre  encore  plus  fréquemment  que  les  lipomes. 

Maisonneuve,  dans  sa  thèse  de  concours  pour  le  professorat,  en  parle, 
d'après  Velpeau,  mais  d’une  manière  générale,  et  sans  rien  dire  qui  soit 
plus  particulièrement  applicable  à  la  langue. 

La  texture  de  ces  tumeurs  a  élé  donnée  par  Billroth,  et  sa  description 
s’applique  surtout  aux  fibromes  denses  (fibroïdes  dermoïdes).  Ce  sont, 
dit  ce  pathologiste,  des  productions  caractérisées  par  un  tissu  conjonctif 
Irès-densc,  bien  feutré,  et  parsemé  d’un  grand  nombre  de  noyaux.  Sou¬ 
vent  aussi  elles  sont  principalement  composées  de  cellules  fusiformes  très- 
serrées  les  unes  contre  les  autres.  Leur  consistance  est  dure,  leur  forme 
ronde,  leur  surface  de  section  est  d’un  blanc  pur  ou  d’un  rouge  pâle; 
elle  présente  également  une  stratification  très-régulière,  et  une  disposition 
concentrique  des  fibres  autour  de  centres  très-distincts,  ce  qui  lient  à  ce 
que  le  tissu  fibreux  se  forme  autour  des  nerfs  et  des  vaisseaux. 

Les  fibromes  peuvent  se  rencontrer  dans  différents  points  de  la  langue. 
A.  Richard  a  décrit  un  fibrome  lingual  sur  le  bord  droit  de  l’organe,  à 
tro’s  centimètres  à  peu  près  de  la  pointe.  On  doit  à  Notta  (de  Lisieux) 
l’observation  d’un  fibroïde  implanté  sur  le  milieu  de  la  portion  libre. 
Erichsen  a  vu  une  tumeur  fibreuse  développée,  en  avant  et  à  gauche, 
sur  la  face  inférieure  de  la  langue. 

Ces  sortes  de  tumeurs  sont,  à  la  langue,  plus  souvent  simples  que  mul¬ 
tiples.  Elles  sont  tantôt  sessiles,  tantôt  pédiculées,  superficielles  ou  pro¬ 
fondes, 'enkystées  ou  diffuses  ;  leur  forme  est  généralement  assez  réguliè¬ 
rement  sphéroidalc  avec  quelques  bosselures  ;  le  plus  souvent  indolentes, 
elles  ont  une  consistance  variable,  dure,  élastique,  parfois  assez  molle 
pour  donner  naissance  à  une  sensation  de_  fluctuation  quand  on  les 
palpe.  Elles  inquiètent  les  malades  surtout  par  leur  volume  sans  cesse 
croissant,  et  par  la  gêne  qu’elles  apportent  à  la  mastication  et  à  la  déglu¬ 
tition. 

Arrivées  à  un  certain  degré  de  développement,  elles  restent  station¬ 
naires,  mais  peuvent  aussi,  sous  l’incitation  d'irritations  incessantes,  ou  se 
développer  démesurément,  ou  s’ulcérer  à  la  surface,  ou  encore  devenir  le 
point  de  départ  de  productions  malignes.  Elles  ne  s’accompagnent  jamais, 
quand  elles  sont  à  l’état  simple,  do  retentissement  ganglionnaire. 

Fairlie  Clarke,  chirurgien  de  Charing  Cross  Hospital,  à  Londres,  a  cité 
quelques  observations  remarquables  de  fibromes  de  la  langue,  observa¬ 
tions  empruntées  a  la  pratique  des  chirurgiens  anglais  et  américains.  Il 
mentionne  leur  apparence  parfois  polypeuse,  qui  peut  donner  lieu  à  des 
accidents  de  suffocation  par  suite  de  leur  chute  sur  l’épiglotte,  ainsi  que 
Pooley  en  a  vu  un  exemple. 

Le  réseau  vasculaire  de  ces  tumeurs  offre  une  disposition  spéciale,  en 
quelque  sorte  caractéristique,  et  qui  explique  les  hémorrhagies  abon¬ 
dantes  auxquelles  la  plus  légère  atteinte  peut  donner  naissance. 

Le  diagnostic  différentiel  des  fibroïdes  linguaux  offre  parfois  quelques 
difficultés.  On  peut  les  confondre  avec  des  tumeurs  syphilitiques,  des 


162 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  cakcee. 


cancers.  Cependant  les  renseignements  fournis  par  le  malade,  la  consis* 
tance  de  la  tumeur,  sa  pédiculisation  et,  si  elle  est  intérstitielle,  sa  forme 
arrondie,  sa  consistance,  dure,  élastique,  sa  limitation  d’ordinaire  par¬ 
faite,  l’état  d’intégrité  de  la  santé  générale,  l’absence  d’adénite  sous- 
ihaxillaire,  serviront  à  baser  un  jugement  exact. 

Si  l’on  soupçonne  la  syphilis,  un  traitement  approprié  donnera  bien 
vite  par  ses  résultats  la  solution  du  problème.  Avant  donc  de  recourir  à 
une  opération  radicale,  il  convient  d’employer  les  mercuriaux,  l’iodure 
de  potassium,  les  préparations  d’or. 

L’épithélioma  enkysté  peut  en  imposer  pour  un  fibrome;  mais  ces  deuï 
affections  sont  justiciables  des  mêmes  moyens  chirurgicaux ,  et  l’erreur 
du  chirurgien  est  sans  importance  au  point  de  vue  du  traitement, 

Le  fibrome  ulcéré  pourrait  être  pris  pour  un  squirrhe  ulcéré  de  la  lan* 
gue  ;  mais  quand  on  songe  que  nombre  de  chirurgiens  contestent  l’exis¬ 
tence  du  squirrhe  à  la  langue,  on  peut  presque  d’emblée  écarter  cette 
cause  d’erreur.  Le  seul  traitement  du  fibrome  est  l’extirpation  pratiquée 
par  l’un  des  procédés  que  nous  décrirons  en  traitant  du  cancer  de  la 
langue. 

En  thèse  générale,  le  fibrome  de  la  langue  est  une  tumeur  bénigne 
qui,  bien  enlevée,  ne  récidive  pas  et  ne  donne  lieu  à  aucune  infection 
organique. 

e.  Cancer.  —  De  toutes  les  affections  dont  la  langue  peut  être  atteinte, 
le  cancer  est  sans  contredit  la  plus  fréquente  et  la  plus  grave. 

Les  auteurs  les  plus  estimés  qui  ont  écrit  sur  cet  intéressant  sujet  ont, 
jusque  dans  ces  derniers  temps,  décrit  pour  la  langue  les  variétés  classi¬ 
ques  du  cancer  ;  squirrhe,  encéphaloide,  mélanose,  cancro'ide.  Maisonneuve 
a  consacré  à  chacune  de  ces  formes  une  description  particulière  et  assez 
étendue.  Les  auteurs  du  Compendium  ont  également  admis  les  diffé¬ 
rentes  variétés  de  Cancer  pour  la  langue,  comme  pour  les  autres  or¬ 
ganes  ;  et  le  professeur  Bouisson,  écartant  le  cancer  mélanique  comme 
très-rare  à  la  langue,  décrit  pour  cet  organe  le  squirrhe,  V encéphaloide  et 
V  épithélioma. 

Cependant ,  nombre  de  chirurgiens  français  et  étrangers  contestent 
aujourd’hui  l’existence,  à  la  langue,  d’aucune  autre  variété  de  cancer  pri¬ 
mitif  que  le  cancer  épithélial,  sous  doux  formes,  principales.  Yépithé-, 
lioma  papillaire  et  Yépiihélioma  interstitiel,  qui  répond  au  cancroïde  der¬ 
mique  cutané.  Ces  mêmes  auteurs,  sans  nier  qu*il  y  ait  possibilité  de 
rencontrer  dans  la  langue  les  autres  variétés  de  carcinome,  croient  que 
sa  présence  dans  le  tissu  de  cet  organe  est  toujours  le  résultat  de  l’exten¬ 
sion  d’une  tumeur  de  ce  genre  développée  au  voisinage,  et  que  jamais 
elle  ne  débute  par  la  langue  elle-même. 

A  côté  des  chirurgiens  qui  n’admettent  pour  la  langue  que  l’épithélioma, 
et  de  ceux  qui  y  reconnaissent  l’existence  de  toutes  les  variétés  du  cancef, 
ont  surgi  des  cliniciens  qui ,  comme  Clarke,  ont  émis  une  opiilion  mixte, 
déclarant  que  le  carcinome  se  voit  à  la  langue,  mais  avec  une  fréquence 
bien  moindre  que  l’épithélioma. 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  cancer. 


163 


De  part  et  d’autre,  on  a  invoqué  à  l’appui  des  opinions  émises  des  argu¬ 
ments  cliniques  et  histologiques. 

Pour  notre  part,  nous  déclarons  que  nous  n’avons  jamais  rencontré 
dans  notre  pratique  d’autre  cancer  de  la  langue  que  le  cancer  épithélial. 

Toutes  les  tumeurs  de  cet  organe  que  nous  avons  enlevées,  ont  été 
l’objet  d’une  minutieuse  étude  clinique  et  histologique,  et  toujours  le  mi¬ 
croscope  nous  a  donné  raison.  Notre  manière  de  voir  sur  cette  matière,  a 
été  soutenue  avec  talent  par  Théophile  Anger.  Nous  nous  contenterons 
de  rappeler  ici  l’opinion  des  auteurs  les  plus  compétents,  en  ce  qui  'touche 
la  question  que  nous  traitons.  Paget,  Hutchinson,  Hannover  avaient,  il  y 
a  déjà  longues  années,  contesté  l’existence  du  carcinome  lingual  primitif. 
Ces  habiles  chirurgiens  invoquaient  surtout  les  faits  fournis  par  la  clinique. 
C’est  en  Allemagne  que  cette  manière  de  voir  fut  défendue,  d’après  des 
données  histologiques  précises,  par  des  hommes  comme  Fœrster,Thierscb, 
Ilillroth,  0.  Weber. 

Le  premier  de  ces  savants,  Fœrster,  a  cependant  admis,  comme  Lebert, 
Broca,  Walshe,  Schuh,  etc.,  l’existence  du  squirrhe  et  de  l’cncéphaloïde 
lingual,  mais  en  reconnaissant  leur  extrême  rareté. 

Comme  nous  ne  voulons,  et  ne  devons  décrire  que  ce  que  nous  avons 
,vu,  nous  bornerons  notre  étude  à  l’exposé  de  l’histoire  de  V éplthélioma 
lingual  dans  les  formes  désignées  sous  les  noms  à' épithélioma  papillaire 
et  à'épitliélmna  interstitiel. 

Que  si  l’on  nous  oppose  les  observations,  à  juste  titre  célèbres  de  Vel¬ 
peau,  de  Roux,  de  Maisonneuve,  de  Dielfenbach,  de  Morel-Lavallée,  etc., 
nous  répondrons  qu’à  l’époque  où  observaient  ces  chirurgiens  éminents, 
l’exameh  histologique  n’était  pas  ou  était  très-grossièrement  fait,  et  que 
les  signes  cliniques  guidaient  seuls  le  chirurgien  ;  que  si,  plus  récem¬ 
ment,  des  honjmes  de  la  valeur  de  Lebert,  Broca,  Forster,  etc.,  ont  admis 
l’existence  du  carcinome  de  la  langue,  en  se  basant  sur  un  examen  histo¬ 
logique  soigneux,  il  est  plus  que  probable,  selon  nous,  qu’ils  ont  eu 
affaire  à  des  cancers  ayant  envahi  la  langue  secondairement. 

En  ce  qui  concerne  le  cas,  souvent  cité  de  Morel-Lavallée,  desquirrhede 
lalangue,nous  dirons  que  l’examen  histologique  n’en  ayant  jamais  été  fait, 
rien  ne  prouve  qu’il  ne  s’agissait  pas  là  d’une  variété  non  décrite  à  l’épo- 
que  où  fut  prise  cette  observation ,  et  bien  étudiée  par  Bjllroth  ensuite, 
d’épithélioma  cicatriciel  atrophique. 

11  est  vrai  que  les  chirurgiens  qui  admettent  l’existence  du  carcinome 
lingual,  ont  argué  de  la  coexistence  de  carcinomes  vrais  dans  d’autres  or¬ 
ganes  (estomac,  foie),  chez  des  sujets  porteurs  de  tumeurs  linguales  ma¬ 
lignes.  Mais  nous  croyons  qu’il  y  avait  là  un  simple  rapport  de  coïncidence, 
et  que  l’existence  de  l’épithélioma  en  un  point  quelconque  de  l’organisme, 
n’exclut  pas  la  possibilité  du  développement  d’une  tumeur  encéphaloide, 
colloïde,  mélanique  ou  squirrheuse,  en  un  autre  point  de  l’économie. 

Nous  admettons  qu’il  existe  à  la  langue  deux  variétés  principales  de  cancer 
épithélial  :  une  variété  papillaire  et  une  variété  interstitielle.  Avec  Robin 
etThiersch,  nous  ne  croyons  pas  à  l’existence  de  la  variété  folliculaire: 


•164 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  ;  CA^CER. 


Ces.  savants  histologistes  ont  en  effet  démontré  que  les  glandes  de  la  lan¬ 
gue,  loin  de  prendre  part  à  l’évolution  hypergénélique  des  éléments  épi¬ 
théliaux,  étaient  au  contraire  atrophiées  par  les  éléments  anatomiques  de 
nouvelle  formation. 

Données  histologiques.  —  1°  ÉpithéLioma  papillaire. —  Il  a  pour  point 
de,  départ  une,  simple  hypertrophie  papillaire,  une  verrue,  un  nævus,  une 
plaque  de  psoriasis  buccal  ;  mais  la  tumeur  maligne  n’est  constituée  qu’à 
dater  du  moment  où  de  nouvelles  cellules  se  développent  dans  le  corps 
papillaire.  La  distinction  entre  ces  deux  termes  est  fort  importante  au 
point  de  vue  du  pronostic. 

Dans  rhypertropÿie  papillaire  simple,  la  forme  des  cellules  est  con¬ 
servée,  et  il  est  aisé  de  constater  une  limite  nettement  tranchée  entre  la 
substance  fondamentale  et  le  revêtement  épithélial ,  caractères  qui  ne  se 
rencontrent  plus  dans  l’épilhélioraa  papillaire,  où  la  forme  des  papilles 
est  altérée  et  où  la  substance  fondamentale  est  étouffée,  détruite  ou 
tout  au  moins  atrophiée  par  la  pullulation  épithéliale.  Ces  sortes  de  tu- 
meufs  se  présentent  sous  forme  de  plaques  ou  de  tubercules  saillants, 
reposant  sur  un  fond  induré. 

La  forme  en  plaque  est  la  plus  commune,  et  siège  de  préférence  sur  la 
pointe  et  sur  les  bords  do  la  langue;  elle  est  plus  souvent  unilatérale.  \ 
mesure  que  les  papilles  se  développent,  elles  se  compriment  et  se  défor¬ 
ment,  laissant  entre  elles  des, scissures  ou  sillons  d’autant  plus  profonds 
qu’elles  sont  elles-mêmes  plus  surélevées  au-dessus  de  la  muqueuse  lin¬ 
guale.  Elles  sont  recouvertes  d’uiî-  épithélium  jaunâtre,  comme  corné, 
très- adhérent. 

Plus  tard,  cet  épithélium  se  détache,  laissant  souvent  le  derme  mu¬ 
queux  à  nu.  C’est  ainsi  que  naissent  les  ulcérations  fissuraires  d’abord, 
puis  bientôt  étalées,  à  bords  durs,  irréguliers,  déchiquetés^  et  relevés  ;■  le 
fond  aussi  est  dur,  constitué  par  un  tissu  blanchâtre  ou  grisâtre,  à  tex¬ 
ture  grenue. -Si  l’on  vient  à  comprimer  latéralement  le  noyau  de  l’in¬ 
duration,  on  en  exprime  des  filanients  de  couleur  jaunâtre  [vermiothes  de 
Virchow),  d’aspect  vermiforme  constitués  par  de  grosses  cellules  polyé¬ 
driques. 

2“  Épithélîoma  interstitiel.  —  Thiersch  décrit  cette  variété  de  cancer 
de  la  langue  comme  débutant  au  fond  des  sillons  interpapillaires,  et  non 
plus  sur  les  papilles  elles-mêmes.  Là  se  produit  une  végétation  épithé¬ 
liale  très-active  qui  ne  tarde  pas  à  s’avancer  au  loin  dans  les  interstices 
des  faisceaux  et  des  fibres  musculaires,  en  suivant  dp-préférence  les  rami¬ 
fications  profondes  des  vaisseaux.  Ces  derniers  subissent  à  la  longue  les 
mêmes  alt.érations  que  les  fibres  musculaires.  Leur  gaine  est  envahie  et 
dissociée  par  les  jeunes  cellules  qui  pénètrent,  même  dans  la  Ipmièrc 
des  vaisseaux  (T.  Anger)  lymphatiques  ou  sanguins.  Leur  présence-dans 
les  premiers  explique  l’inîection  ganglionnaire  (Virchow).  La  destruc¬ 
tion  des  parois  des  seconds  explique  les  hémorrhagies  si  fréquentes,  et 
parfois  si  graves  qui  se  manifestent  à  un  certain  mornent  de  l’évolution 
du  mal..  .  .  ^ 


165 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  caxcer. 

Données  cliniques.  —  Au  point  de  vue  pratique,  il  suffit  de  distin¬ 
guer  le  cancer  de  la  langue  en  superficiel  et  profond.  Le  premier,  ordi¬ 
nairement  papiU'aire,  se  présente  sous  forme  de  végétations  sessiles  ou 
pédiculées,  rappelant  parfois  l’aspect  des  crêtes  de  coq  ;  il  siège  le  plus  ^ 
souvent  sur  la  face  dorsale  et  antérieure  de  la  langue  ;  on  l’a  vu  près  du 
frein  (Roux,  de  Brignolles),.et  près  aussi  de  l’épiglotte  (Velpeau).  Ces 
végétations  reposent  toujours  sur  un  fond  induré.  A  une  certaine  période 
de  leur  évolution,  elles  s’ulcèrent  par  suite  de  la  chute  de  l’épithélium  qui 
les  revêt  et  offrent  alors  l’aspect  de  tumeurs  multiples,  de  volume  variable, 
d’apparence  mliriforme,  à  teinte  rosée,  saignant  au  moindre  contact.  ‘Il 
arrive  parfois  que  les  végétations  les  plus  excentriques  prennent  un  déve¬ 
loppement  énorme ,  et  présentent,  tantôt  l’apparence  verruqueuse,  tantôt 
l’aspect  vésiculeux  (Arnôtt,  Th.  Anger).  Arrivé  à  ce  degré,  le  papillome 
lingual  peut-être  confondu  cliniquement  avec  l’épithéliome  interstitiel. 

Celui-ci  se  rencontre  de  préférence  sur  les  bords  de  la  langue,  et  nous 
avons  insisté,  avec  le  professeur  Verneuil,  sur  ce  fait  remarquable  qu’il 
débute  souvent  dans  le  sillon  amygdalc-glosse,  d’où  il  envahit  rapidement 
tout  l’appareil  staphylin,  et  devient  d’autant  plus  grave,  qu’il  est  souvent 
alors  au-dessus  des  ressources  de  l’art. 

L’épithéliome  interstitiel  se  montre  dans  le  principe  sous  la  forme 
d’une  tumeur  assez  mal  limitée,  de  consistance  ferme,  élastique,  que  nom¬ 
bre  d’auteurs  ont  qualifiée  de  squirrheuse.  Ç^tte  tumeur  s’ulcère  quelque¬ 
fois  d’emblée,  d’autres  fois  à  la  longue/jGés  ulcérations  sont  tantôt  fon¬ 
gueuses,  bourgeonnantes,  à  bords  iriÆuliers,  déchiquetés,  saignant  au 
moindre  contact,  reposant  sur  un  fond  dur,  sécrétant  une  sanie  ichoreuse 
fétide;  tantôt  rongeantes,  donnant  lieu  alors  à  une  véritable  perte  de  sub¬ 
stance  du  tissu  lingual,  avec  un  fond  sanieux,  grisâtre,  des  bords  durs,  suré¬ 
levés,  souvent  taillés  à  pic;  ici  encore  la  sécrétion  est  fétide,  et  d’autant 
plus  abondante,  qu’elle  est  mêlée  d’une  proportion  considérable  de  salive. 

11  est  rare  que  la  lésion  franchisse  la  cloison  fibreuse  médiane  de  la 
langue,  elle  étend  surtout  ses  ramifications  en  profondeur  Vers  la  base  ou 
vers  la  pointe  de  l’organe. 

Souvent  l’évolution  du  mal  s’accompagne  d’hémorrhagies  plus  ou 
moins  abondantes  et  plus  ou  moins  faciles  à  maîtriser,  suivant  l’impor¬ 
tance  du  vaisseau  lésé.  Ces  perles  de  sang,  jointes  à  l’intoxication  des 
malheureux  malades,  qui  ingurgitent  sans  cesse  une  salive  putride,  minent 
rapidement  l’organisme.  Des  douleurs  lancinantes ,  presque  continues, 
s'irradiant  de  préférence  vers  l’oreille,  accompagnent  aussi  le  développe¬ 
ment  du  cancer. 

Enfin  les  ganglions  lymphatiques  se  prennent  à  une  période  variable  de 
l’évolution  du  mal,  mais  rarement  de  bonne  heuje,  presque  toujours  dans 
les  dernières  périodes  de  la  maladie,  surtout  si  la  tumeur  n’a  pas  été  ir¬ 
ritée  par  un  traitement  quelconque.  Il  est  à  noter,  en  effet,  que  la  moindre 
tentative  de  traitement-non  radical  hâte,  précipitel’infection  ganglionnaire. 

C’est  toujours  dii  côté  correspondant  à  la  tumeur  que  l’on  rencontre 
l'adénite  symptomatique  ;  cependant  il  pept  arriver  que  les  ganglions  du 


16(5 


I.ANGÜR.  —  PATHOIiOGIE  ;  cancer, 
côté  opposé,  se  prennent  également.  Non-seulement  les  ganglions  sous- 
maxillaires  sont  intéressés,  mais  aussi  les  ganglions  carotidiens. 

L’évolution  de  cette  adénite  spéciale  varie  suivant  les  cas.  Tantôt  tout  se 
borne  à  une  induration  avec  augmentation  de  volume  très-lente,  la  glande 
restant  mobile  et  libre  de  toute  adhérence  ;  tantôt  toutes  les  glandes  se 
prennent  en  masse,  et  forment  une  tumeur  plus  ou  moins  volumineuse, 
dure,  adhérente  à  la  mâchoire,  au  plancher  de  la  bouche  et  à  la  peau, 


Fin.  12. —  Acienite  symptomatique  d’un  épithélioma  lingual,  embrassant  l’arc  du  maxillaire 
et  toute  la  région  sus-hyoïdienne.  La  tuméfaction  domine  du  côté  atteint  A. 

embrassant  l’arc  du  maxillaire,  et  comprenant  toute  la  région  sus-hyoï¬ 
dienne,  comme  l’indique  la  figure  ci-dessus  (fig.  12).  D’autres  fois  encore 
les  ganglions  se  développent  isolément  ou  en  masse,  et  ne  tardent  pas  à  se 
ramollir  ;  la  peau  qui  les  revêt  rougit  ;  des  douleurs  souvent  très-vives  se 
déclarent;  la  tumeur  s’abcède,  et  l’on  sent  une.  véritable  fluctuation  au 
centre  ou  sur  différents  points  des  ganglions  hypertrophiés. 

Bientôt  la  peau  se  rompt  pour  donner  issue  à  un  liquide  purulent  gru¬ 
meleux,  mal  lié.  Il  reste  alors  une  cavité  cralériforme,  à  fond  irrégulier,  et 
qui  devient  le  siège  d’un  processus  ulcératif  qui  ne  s’arrête  plus  désormais. 
11  existe  enfin  une  variété  de Tgmglüite^  bien  décrite  par  Th.  Anger,  qui  se 
développe  parfois  brusquement  au  cours  d’un  cancer  de  la  langue,  et  est 
caractérisée  par  la  prise  en  masse  des  ganglions  carotidiens  avec  gonfle¬ 
ment  œdémateux  considérable  des  téguments  du  cou.  La  peau  conserve  sa 
coloration  blanche,  l’empâtement  n’a  pas  de  limites  précises;  cet  état  œdé¬ 
mateux  peut  s’étendre  à  la  base  de  la  langue  jusqu’aux  replis  ary-épiglot- 
tiques,  en  donnant  lieu  à  des  accès  de  suffocation  (fig.  13).  Il  n’y  a  de  fluc¬ 
tuation  nulle  part;  l’incision  reste  presque  sèche.  La  mort  est  la  prompte 
conséquente  d’un  tel  état.  On  trouve  à  l’autopsie,  autour  des  ganglions,  une 
infiltration  purulente  disséminée  dans  les  mailles  du  tissu  cellulaire. 


LANGUE.  —  PATHoiiOGiE  ;  canceu.  167 

Quant  auï  troubles  fonctionnels  dont  la  langue  est  le  siège,  ils  varient 
avec  le  degré  d’évolution  du  mal  ;  à  peine  sensibles  au  début,  ils  s’accrois¬ 
sent  à  la  longue,  et  contribuent  pour  une  bonne  part  au  développement  du 
triste  état  moral  dont  tous  les  cancéreux  nous  offrent  le  spectacle. 

Au  début,  simple  gène  et  jtarfois  un  peu  de  douleur  dans  l’exercice  de 
la  parole  et  de  la  déglutition.  Plus  tard  la  gêne  devient  telle,  que  le  ma- 


muUiple 


lade  ne  peut  plus  parler  et  encore  moins  déglutir.  La  langue  est  exposée 
à  de  douloureuses  morsures  dans  toutes  les  tentatives  de  mastication, 
morsures  qui  peuvent  être  une  source  d’hémorrhagies  graves,  ou  d’irrita¬ 
tion  et  de  développement  précoce  de  la  tumeur. 

Le  contact  des  aliments  devient  horriblement  douloureux  ;  le  volume  de 
la  langue  augmentant,  le  patient  ne  peut  plus  fermer  les  mâchoires  et  la 
salive  s’écoule  en  abondance  au  dehors,  autre  source  d’épuisement  pour 
ces  malheureux.  Il  en  est  qu’on  ne  peut  nourrir  qu’à  l’aide  d’une  sonde 
œsophagienne. 

Marche,  durée.  —  Lamarche  du  cancer  de  la  langue  est  assez  lente.  La 
maladie,  abandonnée  à  elle-même,  amène  la  mqrt  dans  une  période  de 
14  mois.  Celte  durée  peut  être  singulièrement  abrégée,  si  on  attaque  le 
mal  sans  parvenir  à  l’enlever  en  totalité.  Nous  avons  dit  qu’ alors  l’adéno¬ 
pathie  se  produit  avec  une  grande  violence,  ce  qui  hâte  l’issue  fatale.  La 
gravité  de  cette  affection  a  été  proclamée  de  tout  temps  par  les  chirur¬ 
giens.  Velpeau  regardait  le  cancer  de  la  langue  comme  aussi  dangereux, 
sinon  plus  dangereux  que  le  cancer  de  l’œil.  La  plupart  des  opérations 
dirigées  contre  le  cancer  de  la  langue,  ont  pu  donner  momentanément 


168 


JjANGÜE.  —  PATHOLOGIE  :  CAKCER. 


des  résultats  satisfaisants  ;  mais  dans  la  grande  majorité  des  cas,  des  réci¬ 
dives  sont  survenues  plus  ou  moins  vite,  et  ont  fini  par  emporter  les  ma¬ 
lades.  Th.  Anger  a  étudié  avec  soin  cette  question  des  récidives  du  cancer 
lingual,  et  bien  que  les  faits  qu’il  a  pu  étudier  à  ce  point  de  vue,  ne 
soient  pas  très-nombreu.v,  les  résultats  auxquels  il  est  arrivé  concordent 
trop  bien  avec  l’opinion  des  chirurgiens  sur  ce  point,  pour  qu’on  ne  puisse 
pas  les  considérer  comme  étant  l’expression  de  la  vérité.  D’après  les  re¬ 
cherches  de  ce  chirurgien,  la  durée  moyenne  de  la  vie  chez  les  sujets  non 
opérés  serait  de  14  mois,  juste  le  chiffre  auquel  est  arrivé  Lebert. 

Après  l’opération,  la  durée  moyenne  de  la  vie  a  été  de  deux  ans.  Donc 
les  malades  opérés  dans  de  bonnes  conditions,  ont  des  chances  pour  ga¬ 
gner  dix  mois  d’existence. 

Une  statistique  publiée  par  Otto  Just  tendrait  à  prouver  que  la  récidive 
du  cancer  n’aurait  lieu  que  dans  la  proportion  de  25  pour  100.  Nous 
nous  associons  au  doute  émis  par  Th.  Anger  sur  la  réalité  de  ces  chiffres 
fabuleux. 

Quant  au  siège  de  la  récidive,  il  est  à  noter  qu’il  n’a  pas  toujours  lieu 
sur  place,  et  qu’elle  peut  se  faire,  soit  sur  un  autre  point  de  la  langue, 
soit  dans  les  ganglions.  Nous  ne  pouvons  indiquer  de  règle  à  cet  égard. 

Il  est  à  remarquer  que  le  cancer  récidivé  évolue  avec  une  désespérante 
activité,  et  que  sa  malignité  semble  accrue  par  le  fait  même  du  trauma¬ 
tisme  qu’a  subi  l’organe. 

Étiologie.  —  Avant  d’en  venir  au  diagnostic  du  cancer  lingual,  disons 
quelques  mots  de  son  étiologie  ;  ce  sera  là  un  prélude  utile  à  l’étude  de 
la  distinction  de  l’épithéüoma  de  la  langue  d’avec  les  autres  affections 
qui  peuvent  avoir  avec  lui  quelques  points  de  ressemblance.  D’ailleurs  la 
connaissance  des  causes  probables  de  l’affection  peut  éclairer  le  chirurgien 
dans  maintes  occasions. 

La  fréquence  des  affections  épithéliales  aux  orifices  des  grandes  cavités 
muqueuses  est  chose  connue.  La  face  présente  à  ce  point  de  vue  une  apti¬ 
tude  toute  particulière,  et  la  bouche  est  de  toutes  les  cavités  muqueuses 
de  la  face,  celle  où  i’épithéliorna  se  rencontre  le  plus  souvent. 

Paget  dit  qu’en  Angleterre  le  cancer  de  la  langue  est  aussi  fréquent 
que  celui  des  lèvres.  Au  point  de  vue  du  sexe,  il  est  beaucoup  plus  fré¬ 
quent  chez  l’homme  que  chez  la  femme.  Ainsi,  d’après  Otto  Just,  sur  72 
observations,  il  y  avait  49  cas  chez  l’homme,  et  20  chez  la  femme  ;  dans  les 
17  cas  cités  par  Follin,  16  appartenaient  à  l’homme,  et  1  seulement  à  la 
femme.  Sur  184  observations,  citées  par  Th.  Anger,  il  y  en  avait  154 
hommes  et  20  fe.mmes. 

Ce  fait  est  important  à  noter,  et  il  a  son  explication  rationnelle  dans 
cette  circonstance  que  la  femme  a  bien  moins  l’occasion  que  l’homme 
d’exercer  de  vives  irritations  sur  sa  muqueuse  buccale,  puisqu’elle  ne 
l’ait  pas  usage  dans  les  mêmes  proportions  que  l’homme  de  la  pipe,  delà 
chique;  des  liqueurs  fortes,  etc.  Nous  croyons  volontiers  qu’il  faut  attacher 
une  grande  importance  à  l’àgc  du  sujet  atteint,  dans  le  diagnostic  diffé¬ 
rentiel  du  cancer  de  la  langue  ;  mais  nous  ne  pensons  pas  qu’il  faille  lui 


,  LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  cancer.  169 

attribuer  toute  l’importance  que  lui  accorde  Th.  Anger,  dont  nous  repro¬ 
duirons  ci-après  les  conclusions. 

Le  cancer  de  la  langue  est  rare  avant  40  ans.  (Rappelons  que  Billroth  a 
vu  un  cas  de  cancer  lingual  chez  un  homme  de  18  ans.) 

On  ne  l’observe  guère  que  de  40  à  70  ans. 

C’est  entre  50  et  70  ans  qu’il  est  le  plus  fréquent. 

lien  est  du  cancer  de  la  langue  comme  de  tous.les  cancers  des  autres 
organes;  l’hérédité  peut  avoir  sa  bonne  part  dans  sa  production,  et  Tin- 
iluenceen  est  signalée  dans  nombre ji’observations. 

Certaines  habitudes,  telles  que  celle  de  la  pipe  courte  chez  les  fumeurs, 
prédisposent  au  développement  de  l’épithélioma  lingual.  On  a  aussi  noté 
l’influence  qu’offre  l’affection  décrite  dans  ces  dernières  années  sous  le 
nom  àe  psoriasis  lingual,  à  dégénérer  en  cancer. 

Diagnostic.  —  Une  thérapeutique  efficace  ne  peut  être  basée  que  sur  un 
diagnostic  exact,  et  cette  proposition  trouve  surtout  son  application  en  ce 
qui  concerne  les  affections  de  la  langue,  qui  peuvent  ressembler  au  cancer. 

On  a  pu  confondre  le  cancer  lingual  avec  l’ulcère  chronique  local,  af¬ 
fection  provoquée,  nous  l’avons  déjà  dit,  par  une  cause  toute  mécanique  : 
l’aspect  grisâtre  de  ces  ulcérations,  le  fond  dur  sur  lequel  elles  reposent, 
peuvent  en  imposer  à  première  vue;  mais  l’ablation  de  l’agent  provoca¬ 
teur,  et  quelques  soins  locaux  très-simples,  amènent  une  prompte  guéri¬ 
son;  tel  n’est  pas  le  cas,  on  le  sait,  de  l’ulcère  épithélial. 

Ce  que  nous  avons  dit  dans  les  paragraphes  qui  précèdent  suffit,  croyons- 
nous,  pour  éclairer  le  lecteur  et  le  mettre  en  garde  contre  la  confusion 
qu’il  pourrait  être  tenté  de  faire  entre  Fépithéliome  lingual  et  les  tumeurs 
inflammatoires  ou  autres  qui  se  rencontrent  à  la  langue. 

Les  plaques  laiteuses  des  fumeurs,  le  psoriasis  buccal,  peuvent  être  con¬ 
fondus  avec  un  épithéliome  papillaire  au  début  ;  mais  dans  ce  dernier,  le 
derme  muqueux  est  toujours  le  siège  d’une  induration  plus  ou  moins 
étendue,  ce  qui  n’a  pas  lieu  dans  la  plaque  des  fumeurs ,  non  plus  que 
dans  le  psoriasis. 

L’épithéliome,  interstitiel  au  début,  peut  être  pris  pour  un  kyste,  un 
lipome,  un  fibrome,  une  gomme. 

Pour  les  kystes  ou  les  lipomes,  l’erreur  ne  saurait  être  de  longue  durée  : 
la  flucluation  des  uns,  la  sensation  lipomateuse  des  autres  ne  ressemblent 
en  rien  à  la  consistance  dure,  et  mal  circonscrite  de  l’épithéliome  inter¬ 
stitiel. 

On  peut  se  tromper  en  ce  qui  concerne  le  fibrome  enkysté.  Mais  le  trai¬ 
tement  de  ces  deux  affections  étant  le  même,  l’erreur  n’a  pas  d’importance. 

Les  tubercules  syphilitiques  sont  d’ordinaire  multiples,  et  se  présentent 
sous  forme  de  petites  tumeurs  dures  plus  ou  moins  saillantes,  grosses 
corame  un  poison  une  noisette,  disséminées  un  peu  partout  dans  la  langue 
qui  prend  alors  l’aspect  d’un  suc  rembourré  de  noisettes. 

Ces  tumeurs  sont  le -siège  de  fissures  Caractéristiques,  signalées  par 
Saison,  et  sur  lesquelles  F.  Glarke  a  récemment  beaucoup  insisté.  Ce  sont 
des  sillons  à  bords  durs,  saillants,  irréguliers,  constitués  par  des  pa- 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  casceh. 


170 

pilles  hypertrophiées  et  érigées  :  elles  sont  pathognomoniques,  en  quelque 
sorte  des  tumeurs  et  des  ulcérations  d’origine  syphilitique;  aussi  con¬ 
vient-il  de  les  rechercher  dans  tous  les  cas  avec  le  plus  grand  soin. 

La  gomme  de  la  langue  se  présente  à  son  début  comme  un  petite  tu-  ‘ 
meur  dure,  arrondie,  qui  ne  tarde  pas  à  se  ramollir  à  son  centre,  ce  qui  la 
distingue  nettement  de  l’épithélioma  interstitiel  commençant.  Quand  elle 
s’est  ouverte  et  ulcérée,  la  confusion  est  possible;  mais  elle  pourra  être 
évitée  en  recherchant  dans  les  antécédents  du  malade  s’iln’a  pas  eu  au¬ 
trefois  des  accidents  syphilitiques,  et  surtout  en  tenant  compte  des  fis¬ 
sures  mentionnées  plus  haut.  Boyer  insistait  beaucoup  sur  ce  fait  que  les 
affections  syphilitiques  de  la  langue  siégentde  préférence  sur  la  partie  mé¬ 
diane  de  la  hase  et  le  cancer  vers  les  bords  et  à  la  pointe.  Cette  manière 
de  voir,  soutenue  par  Maisonneuve,  n’a  pas  toute  la  valeur  que  ces  deux 
auteurs  lui  attribuent.  Il  est  bon  cependant  d’en  tenir  compte. 

En  ce  qui  concerne  l’adénopathie  qui  accompagne  les  affections  de  la 
langue,  rappelons  que  dans  le  cancer  elle  est  le  plus  souvent  tardive,  et 
qu’elle  est  au  contraire  précoce  dans  les  affections  syphilitiques  primitives 
et  secondaires  (Ricord).  Elle  manque  dans  l’ulcère  chronique  local.  Elle 
peut  manquer  dans  l’ulcère  tuberculeux,  et  aussi  dans  les  alfections  syphi¬ 
litiques  tertiaires.  Mais  il  faut  se  souvenir  que  la  moindre  irritation  sur 
les  tumeurs  malignes  la  provoque  rapidement. 

On  s’est  attaché  à  bien  distinguer  l’ulcère  tuberculeux  de  l’épithéiioma 
lingual.  La  chose  n’est  pas  toujours  aisée.  Cependant  le  semis  de  points 
jaunâtres  indiqués  par  Trélat,  la  coexistence  de  tubercules  pulmonaires 
la  marche  particulière  de  la  maladie,  permettront  souvent  de  porter  un 
jugement  exact. 

S’il  y  a  doute  dans  l’esprit  du  chirurgien  ,  il  peut,  il  doit  essayer  d’un 
traitement  interne,  surtout  s’il  soupçonne  la  syphilis  ;  mais  il  ne  doit  pas 
oublier  que  les  mercuriaux  hâtent  l’évolution  du  cancer,  s’il  existe,  et  qu’il 
convient  de  conduire  la  inédication  hydrargyrique  avec  une  extrême  pru¬ 
dence,  si  même  il  n’aime  mieux  recourir  exclusivement  à  l’usage  des  pré¬ 
parations  iodurées. 

Traitement.  —  Le  traitement  du  cancer  de  la  langue  confirmé  est  pal¬ 
liatif  ou  radical.  Dans  le  premier,  on  se  propose  pour  but  de  prolonger 
autant  que  possible  l’existence  du  malade,  de  le  soustraire  aux  souffrances 
inouïes  dont  s’accompagne  cette  affreuse  maladie,  et  de  parer  à  la  septi¬ 
cémie  dont  il  est  menacé,  ainsi  qu’à  l’inanition. 

Les  préparations  calmantes,  opium,  chloral,  etc.,  sont  avantageuse¬ 
ment  mises  en  usage.  On  y  joint  des  injections  fréquentes  dans  la  bou¬ 
che  avec  des  liquides  détersifs  et  désinfectants  ;  on  alimente  autant  que 
possible  le  malade;  au  besoin,  on  a  recours  à  la  sonde  œsophagienne  ou 
aux  lavements  alimentaires.  On  peut  parfois  entraver  la  marche  fuir,! emeut 
ascendante  du  cancer  par  la  ligature  de  la  linguale  ,  et  nous  l’avons  faite 
deux  fois  avec  de  bons  résultats.  Elle  a  aussi  cet  avantage  de  remédier  à  la 
suffocation  que  provoque  l’exagération  de  volume  que  présente  souvent  la' 
langue. 


171 


IjANGÜE.  —  PATHOr.OGIE  :  tumeugs  syphieitiques. 

Quand  l’affection  est  encore  à  son  début,  il  faut  recourir  à  l’éradication 
du  mal  et  amputer,  s’il  est  nécessaire,  la  langue  tout  entière  (voy.  Médecine 
ofératoire,  p.  180).  Plus  tôt  l’opération  sera  faite,  et  plus  le  malade 
aura  de  chance  d’échapper  à  une  récidive  ;  si  les  ganglions  ne  sont  pas 
pris,  le  résultat  peut  être  durable.  Cependant  on  les  a  vus  se  prendre  peu 
de  temps  après  une  opération  faite  dans  les  conditions  les  plus  favorables. 
S’il  n’y  a  pas  simultanément  de  récidive  locale,  et  si  les  glandes  prises 
sont  peu  volumineuses,  mobiles,  on  peut  tenter  de  les  extirper. 

Peut-être  pourrait-on  tenter  de  les  faire  s’abcéder  en  injectant  dans  l’in- 
timitéde  leur  tissu,  quelques  gouttes  d’une  solution  au  cinquième  de  chlo¬ 
rure  de  zinc,  ainsi  queLuton  paraît  l’avoir  fait  avec  succès  dans  quelques 
cas  d’adénopathies  axillaires  symptomatiques  du  cancer  du  sein.  Une  telle 
tentative,  étant  connue  la  gravité  extrême  de  l'accident  dont  nous  nous 
occupons,  n’aurait  à  nos  yeux  rien  dé  blâmable,  dût  le  succès  ne  pas  ré¬ 
pondre  à  cette  tentative  hardie. 

Quant  au  malade  opéré,  il  faut  le  soumettre  à  un  régime  convenable, 
lui  faire  prendre  des  préparations  arsenicales  ou  iodurées,  et  lui  interdire 
l’usage  de  tous  les  agents  qui  pourraient  provoquer  une  irritation  locale, 
comme  la  pipe,  la  chique,  les  mets  épicés,  les  liqueurs  fortes. 

XI.  Affectioiss  diathésiqdes.  —  a.  Tumeurs  syphilitiques.  —  Ces  tumeurs 
de  la  langue  sont  ou  secondaires  ou  tertiaires. 

Le  type  de  la  tumeur  secondaire  est  la  plaque  muqueuse  linguale.  Aux 
accidents  tertiaires  se  rattachent  le  tubercule  et  la  gomme. 

Plaques  muqueuses.  —  Nous  n’avons  point  ici  à  faire  une  monographie 
complète  de  la  plaque  muqueuse,  mais  simplement  à  faire  connaître  les 
principaux  caractères  qu’affecte  cette  lésion  quand  elle  a  pour  siège  la 
langue. 

Disons  de  suite  qu’elle  n’a  pas  toujours  l’aspect  d’une  tumeur,  et  qu’elle 
est  quelquefois  représentée  par  une  simple  tache  érythémateuse,  lisse,  de 
leinle  variée,  rose  ou  plus  souvent  opaline,  recouverte  d’une  muqueuse 
lisse  et  entourée  de  papilles  plus  ou  moins  érigées,  qui  la  font  paraître 
elle-même  comme  déprimée. 

•Assez  souvent  elle  se  produit  sous  la  forme  d’une  plaque  plus  ou  moins 
saillante,  un  peu  convexe  à  sa  surface,  ce  qui  lui  a  valu  de  la  part  de  quel¬ 
ques  auteurs  le  nom  de  tubercule  fiat,  de  pustule  plate.  Ces  plaques,  plus  ou 
moins  nombreuses,  ont  une  forme  assez  nettement  arrondie  ou  elliptique, 
siégeant  tantôt  sur  le  dos,  tantôt  sur  les  bords  ou  à  la  face  inférieure  de  la 
langue,  mais  affectant  de  préférence  pour  siège. le  point  de  l’organe  où 
porte  une  irritation  habituelle,  telle  que  celle  provoquée  par  un  chicot,  le 
tuyau  déjà  pipe,  la  chique,  etc. 

Souvent  leur  surface,  d’aspect  opalin,  est  sillonnée  par  des  espèces  de 
fissures  ou  crevasses,  dont  nous  avons  déjà  parlé. 

Ces  sillons  sont  quelquefois  simplement  dus  à  Taccollement  de  deux  ou 
.plusieurs  plaques  voisines.  Nous  avons  déjà  dit  que  ces  plaques  peuvent 
s’exulcérer. 

Quant  à  leur  origine,  elle  est  variable  ;  tantôt  elles  constituent  un 


172  LANGUE.  —  patholokie  :  tumeurs  syphilitiques. 

simple  accident  secondaire,  consécutif  à  un  chancre  infectant  ayant  siégé 
sur  un  point  quelconque  du  corps  ;  d’autres  fois  elles  sont  consécutives  à 
un  chancre  de  la  langue  (transformation  in  situ  de  Ricord)  ;  parfois  même 
elles  peuvent  être  l’accident  initial  (  pseudo-chancre  induré  d’Auzias- 
Turenne). 

Le  diagnostic  de  ces  plaques  est  d’ordinaire  facile.  On  tiendra  grand 
compte  de  la  présence  d’accidents  analogues  sur  d’autres  points  de  la 
muqueuse  buccale,  et  ano-génitale,  et  aussi  des  éruptions  dont  la  peau 
peut  être  le  siège.  Nous  avons  déjà  dit  comment,  en  cas  de  doute,  on  peut 
distinguer  une  plaque  exulcérée  d’un  épithélioma. 

Tumeurs  tertiaires.  —  Tubercules  syphilitiques.  —  Ce  sont  de  petites 
tumeurs  d’un  volume  qui  dépasse  rarement  celui  d’une  petite  noisette,  et 
qu’on  rencontre,  soit  à  l’état  isolé,  soit  plus  souvent  en  plus  ou  moins 
grand  nombre.  Leur  couleur  est  rouge  ou  même  violacée,  leur  forme  ar¬ 
rondie,  leur  consistance  dure  ;  eiles  sont  enchâssées  profondément  dans  les 
muqueuses  ou  elles  font  saillie  à  la  surface  ;  selon  leur  nombre,  leur  volume, 
leur  disposition  respective,  elles  modifient  plus  ou  moins  profondément  la 
forme,  le  volume,  les  fonctions  de  la  langue.  Quand  la  poussée  est  très- 
confluente,  la  langue  devient  très-volumineuse,  bosselée,  et  rappelle  alors 
la  forme  d’un  sac  rembourré  de  noisettes. 

Quand  les  tubercules  siègent  à  la  base  de  la  langue,  ils  peuvent  être 
confondus  avec  les  grosses  papilles  ;  leur  évolution  est  d’ordinaire  assez 
lente  ;  ils  peuvent  disparaître  par  résolution  sans  laisser  de  traces  ;  d’autres 
fois  ils  “laissent  à  leur  place  une  dépression,  sorte  de  cicatrisation  sous- 
muqueuse  très-appréciable  à  la  vue  et  au  toucher.  Nous  avons  déjà  dit 
qu’ils  pouvaient  donner  naissance  à  des  ulcères  qu’il  ne  faut  confondre, 
ni  avec  le  chancre  primitif,  ni  avec  le  cancroïde  ulcéré. 

Nous  ne  disons  rien  du  diagnostic  qui  nous  paraît  facile,  étant  connus 
les  commémoratifs,  le  mode  d’évolution  de  la  maladie,  la  symptoma¬ 
tologie  qui  précède,  et  l’efficacité  du  traitement  antisyphilitique. 

Gommes.  —  Les  gommes  de  la  langue  se  développent  dans  l’épaisseur 
même  du  parenchyme  de  cet  organe.  Elles  présentent  tous  les  caractères 
des  tumeurs  gommeuses  du  tissu  musculaire  (Bazin) .  Elles  sont  produites 
par  une  lymphe  plastique  grisâtre,  s’accompagnant  d’hypertrophie  (Bouis- 
son).  Elles  résultent,  d’après  Virchow,  de  la  prolifération  du  tissu  con¬ 
jonctif  interstitiel,  et  présentent  les  métamorphoses  graisseuses  et  ca¬ 
séeuses  des  couches  de  nouvelle  formation.  Elles  se  rencontrent  surtout 
vers  la  base  de  la  langue,  fait  déjà  signalé  avec  une  grande  sagacité  par 
Boyer. 

La  gomme  débute  par  une  petite  tumeur  dure,  adhérente^  la  mu¬ 
queuse,  de  forme  sphérique,  presque  indolente  ,  à  évolution  très-lente; 
elle  peut  à  la  longue  acquérir  le  volume  d’une  noix,  ou  même  d’un  petit 
œuf;  alors  elle  adhère  à  tous  les  tissus  circonvoisins,  dans  lesquels  elle  est 
enchâssée  ;  elle  perd  de  sa  consistance  au  centre.  Bientôt  on  y  distingue, 
une  sorte  de  fluctuation  (gomme  ramollie).  Si  l’affection  n’est  pas.cntravée 
dans  sa  marche  par  un  traitement  approprié,  la  muqueuse  qui  recouvre  la 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  ulcèaes  vénériens  et  syphilitiques.  173 
lumour  devient  de  plus  en  plus  mince,  prend  une  teinte  violacée,  livide, 
cl  se  perfore  pour  donner  issue  à  un  pus  ichoreux,  d’aspect  caractéris¬ 
tique  (gomme  ulcérée).  Nous  avons  déjà  signalé  cette  terminaison  de  la 
gomme,  ut  décrit  l’ulcération  particulière  qui  en  résulte, 

La  gomme  au  début  peut  être  confondue  avec  les  tubercules  sypbili- 
liques  de  la  langue,  avec  les  fibromes,  les  kystes,  les  cancers  enkystés; 
ramollie,  elle  simule  le  lipome  ;  ulcérée,  elle  peut  être  prise  pour  un 
cancer. 

Boyer  attachait  une  grande  importance  au  siège  que  la  gomme  occupe 
(le  préférence  à  la  langue,  et  qui  est  la  base.  Mais  ce  signe,  pas  plus  que 
l’indolence  ou  la  lenteur  de  l’évolution,  ne  suffit;  le  chirurgien  devra 
interroger  soigneusement  le  malade  sur  ses  antécédents,  voir  s’il  n’existe 
point  ailleurs  quelque  accident  syphilitique  ;  il  s’assurera  de  la  présence 
de  l’adénopathie  sous-maxillaire,  et  aura  recours  surtout  au  traitement 
spécifique. 

Végétations.  —  Ces  sortes  d’excroissances  sont-assez  graves  à  la  langue  : 
elles  sont  ramifiées,  sessiles  ou  pédiculées;  elles  sont,' selon  leur  forme, 
désignées  sous  les  noms  pittoresques  de  verrues,  poireaux,  crêtes  de  coq, 
framboises,  mûres,  choux-lleurs  ;  leur  siège  de  prédilection  serait  la  base 
de  la  langue  (Maisonneuve),  et  elles  seraient  alors  fréquemment  confon¬ 
dues  avec  les  papilles  volumineuses  qui  existent  en  ce  point.  Lagneau, 
Bazin  ont  cilé  des  cas  de  végétations  linguales. 

Elles  naissent  ordinairement  sur  un  point  où  se  trouvait  primitivement 
un  chancre  ou  une  plaque  muqueuse. 

On  ne  confondra  pas  les  végétations  avec  un  chancre  induré,  pas  plus 
qu’avec  une  plaque  muqueuse,  à  moins  que  cette  dernière  ne  devienne 
légélanlc. 

Il  convient  de  les  exciser  et  de  cautériser  aussitôt  les  surfaces  de  sec¬ 
tion. 

b.  Ulcères  vénérieks  et  svPHiLiTiQüEs.  —  Nous  avons,  dans  un  précé¬ 
dent  paragraphe,  étudié  les  ulcères  simples  de  la  langue.  Nous  allons  nous 
occuper  ici  des  ulcères  vénériens  et  syphilitiques. 

Nous  ne  ferons  que  rappeler,  au  sujet  des  premiers,  l’opinion  des  au¬ 
teurs  qui  déclarent  que  le  chancre  simple  céphalique  est  très-rare  ou 
même  n’existe  pas.  ' 

La  langue,  moins  que  le  reste  de  la  tête  et  de  la  face,  ne  doit  point  faire 
exception  à  cette  règle;  nous  n’avons  d’ailleurs  trouvé  aucune  mention  do 
celte  sorte  de  lésions  dans  les  auteurs  que  nous  avons  consultés  ;  nous 
n’insisterons  donc  pas  sur  ce  sujet. 

Ulcères  syphilitiques.  —  On  peut  rencontrer  à  la  langue  :  des  ulcères 
syphilitiques  primitifs,  des  ulcères  secondaires  et  des  ulcères  tertiaires. 
11  importe  de  savoir  bien  distinguer  ces  diverses  variétés  de  lésions  spé¬ 
cifiques  ,  dont  quelques-unes  peuvent  donner  le  change  au  chirurgien  et 
être  prises  pour  des  cancers. 

Le  chancre  primitif  lingual  sans  être  rare,  n’est  cependant  pas  très- 
fréquent.  On  le  rencontre  plus  souvent  chez  l’homme  que  clic/,  la  femme. 


174  LANGUE.  —  pathologie  :  ulcères  vénériens  et  syphilitiques. 
ce  que  démontre  la  statistique  suivante  :  sur  28  chancres  buccaux  observés 
chez  la  femme,  il  y  avait  deux  chancres  linguaux  ;  sur  59  chancres  buc¬ 
caux  observés  chez  l’homme,  huit  fois  la  lésion  siégeait  à  la  langue.  L’ex¬ 
plication  de  ce  fait  se  conçoit  aisément,  et  nous  ne  croyons  pas  utile 
d’insister  plus  longuement  sur  ce  sujet. 

D’une  façon  généra'e,  ils  sont  aux  autres  chancres  dans  la  proportion  de 
6  sur  824  cas. 

La  plupart  de  ces  chancres,  pour  ne  pas  dire  tous  ces  chancres,  ont 
pour  cause  une  inoculation  directe  de  la  matière  sécrétée  par  des  accidents 
secondaires,  car  il  est  plus  que  douteux  que  jamais  des  rapports  puissent 
avoir  eu  lieu  sur  un  point  quelconque  de  l’organisme  affecté  de  chancre 
primitif. 

Disons  cependaiit  que  la  contagion  de  ce  chancre  peut  avoir  lieu  d’une 
façon  médiate  par  les  différents  objets  que  l’on  porte  à  la  bouche  (pipe, 
cuiller,  fourchette,  canne  de  verrier). 

Ces  ulcérations  présentent  tous  les  caractères  assignés  par  les  auteurs 
au  chancre  infectant  des  autres  régions  ;  quelquefois  ces  attributs  sont 
exagérés  ;  d’ordinaire  solitaires,  on  les  rencontre  à  la  pointe  de  l’organeet 
sur  les  côtés  de  la  portion  libre,  plus  souvent  qu’à  la  base  et  à  la  face  inté¬ 
rieure.  Chez  les  enfants  le  filet  paraît  être  le  lieu  d’élection. 

La  dimension  de  ces  ulcérations  est  variable,  et  peut  aller  de  quelques 
millimètres  à  1  et  même  2-5  centimètres  ;  elles  sont  toujours  fortement 
indurées,  et  présentent  comme  un  noyau  plus  ou  moins  profondément  en¬ 
châssé  dans  l’intimité  des  tissus  linguaux,  tout  en  faisant  assez  fortement 
saillie  à  la  surface  de  la  muqueuse.  On  peut  les  prendre  pour  le  type  de 
VulcvLS  elevatiim.  Elles  sont  d’ordinaire  peu  douloureuses  et  ne  gênent  pas 
beaucoup  les  fonctions  de  l’organe.  L’adénite  concomitante  est  précoce; 
c’est  là  un  point  important  à  retenir  pour  le  diagnostic,  car,  dans  le  can- 
croïde  lingual,  les  ganglions  se  prennent  toujours  tardivement  ;  ce  senties 
ganglions  les  plus  voisins  de  l’angle  de  la  mâchoire  qui  sont  pris.  Cette 
adénite  est  constante,  mais  il  est  à  noter  qu’elle  est  plus  difficile  à  con¬ 
stater  chez  l’enfant  que  chez  l’adulte  ;  on  a  remarqué  que  les  chancres  lin¬ 
guaux  avaient  une  grande  tendance  à  se  transformer,  in  situ,  en  plaques 
muqueuses,  et  cela  surtout  chez  les  femmes  et  les  enfants. 

En  admettant  que  le  chancre  lingual  simple  existe,  il  serait  difficile  de 
le  confondre  avec  l’ulcère  syphilitique  primitif  ;  son  aspect,  la  configu¬ 
ration  de  ses  bords,  l’absence  d’induration  spécifique,  la  nature  de  la 
sécrétion,  son  mode  d’évolution,  rendraient  sans  nul  doute  le  diagnostic 
aisé. 

L’ulcère  chronique  local  simple  pouvait  être  pris  pour  un  chancre  lin¬ 
gual  syphilitique;  mais  l’absence  d’adénite  symptomatique,  la  présence 
de  dents  cariées,  de  chicots,  l’aspect  plus  irrégulier  de  l’ulcération ,  la 
consistance  tout  autre  de  l’induration  aideraient  au  diagnostic  ;  le  limage 
des  pointes  dentaires  vulnérantes,  l’extraction  des  chicots,  amènent  la  gué¬ 
rison  prompte  de  cet  ulcère  qui  n’est  pas  non  plus  suivi  d’accidents  secon¬ 
daires  ;  les  ulcérations  sco'butiques  et  mercurielles  de  la  langue,  coïnci- 


LANGUE.  —  PAt'ii'OLôGiE  ;  ülcères  vénériens  et  sïphiumques.  175 
dent  avéc  d’autres  lésions  caractéristiques  qui  mettent  suffisamment  en 
garde  contre  l’erreur. 

La  plaque  des  fumeurs  et  les  aphthes  n’ont  qu’une  ressemblance  éloignée 
avec  l’ulcère  syphilitique. 

On  a  pris  souvent  le  chancre  lingual  syphilitique  pour  un  cancroïde,  et 
on  l’a'traité  en  conséquence  par  l’ablation  ;  les  accidents  secondaires  sont 
venus  plus  tard  révéler  l’erreur  qui  eût  pu  être  évitée  par  une  étude  atten¬ 
tive  de  la  marche  de  l’affection,  l’aj^ence  de  douleurs  lancinantes,  le  bon 
état  de  la  santé,  l’âge  du  sujet,  Ua^ëa8«é»  de  l’adénite  précoce  et  surlouUy» 
l’influence  d’un  traitement  spécifique.  On  a  pris  inversement  des  can- 
croïdes  pour  des  chancres  ;  mais  l’inefficacité  du  traitement  mercuriel  et 
ioduré,  son  influence  nuisible  même,  ne  tardent  pas  à  éclairer  le  chirur¬ 
gien,  qui,  dans  les  cas  douteux,  ne  doit  jamais  hésiter  à  faire  une  tentative 
de  traitement  de  ce  genre  avant  que  d’en  venir  à  une  opération  radicale. 

Ulcérations  syphilitiques  secondaires.  —  Nous  n’avons  pas  à  décrire 
ici  tous  les  accidents  secondaires  dont  la  langue  peut  être  le  siège  ;  nous  ne 
voulons  signaler  qu’une  forme  particulière  d’ulcères  qui  se  rencontrent 
assez  fréquemment  sur  la  langue  à  la  deuxième  période  de  l’évolution  de 
l’affection.  On  les  voit  plus  particulièrement  sur  le  dos  de  la  langue,  où 
ils  paraissent  diviser  les  plaques  muqueuses  qui  siègent  sur  ce  point  en 
plusieurs  segments.  Ges  fissures  dont  les  hords  sont  accolés,  présentent  . 
au  fond  du  sillon  qu’elles  forment  une  surface  ulcérée,  recouverte  d’une 
légère  couche  opaline,  rappelant  tout  à  fait  l’aspect  de  la  plaque  mu¬ 
queuse  buccale.  Quelquefois  ces  mêmes  sillons  ulcérés  se  rencontrent 
entre  deux  plaques  muqueuses  voisines. 

Les  plaques  muqueuses  elles-mêmes  peuvent  se  dépouiller  de  leur  épi¬ 
derme,  et  se  présenter  ^ous  l’aspect  de  surfaces  érodées;  dans  certains  cas 
même,  sous  f  influence  d’un  traumatisme  adjuvant,  tel  qu’une  saillie  den- 
taire,le  tuyau  de  la  pipe,  cette  exulcération  prend  l’aspect,  l’étendue  d’une 
ulcération  véritable  pouvant  en  imposer  pour  un  chancre  primitif  ;  mais 
la  marche  de  l’affection,  la  cause  occasionnelle,  facile  à  découvrir,  la  con¬ 
comitance  de  plaques  muqueuses  intactes  au  voisinage,  seront  des  indices 
suffisants  pour  éviter  toute  méprise. 

Ulcères  syphilitiques  tertiaires.  —  Ceux-ci  sont  d’ordinaire  consé¬ 
cutifs  à  des  tubercules  ou  à  des  gommes,  et  ne  sont  plus  de  simples  exco¬ 
riations  comme  celles  qui  se  produisent  parfois  à  la  surfaee  des  plaques 
muqueuses,  mais  bien  des  ulcérations  profondes,  à  sécrétion  sanieuse,  à 
tendances  rongeantes,  serpigineuses,  perforant  parfois  même  l’organe 
d’üutraen  outre  dans  sa  partie  libre.  On  distingue  les  ulcères  dus  aux  tu¬ 
bercules  de  ceux  qui  succèdent  aux  gommes,  à  l’exagération  même  de  ces 
divers  caractères  chez  ces  derniers. 

Ces  ulcère.s,  quand  ils  ont  atteint  un  certain  développement,  donnent, 
en  guérissant  sous  f  influence  d’un  traitement  convenable,  naissance  à  dés 
cicatrices  plus  ou  moins  vicieuses  qui  souvent  compromettent  les  fonctioils 
(le  la  langue,  et  lui  imposent  des  déformations  plus  ou  moins  accentuées. 

On  A  souvent  pris  ces  ulcérations  pour  dés  câneers  ulcérés  ;  cette  erreur 


176  LANGUE.  —  pathologie  :  dlcères  tuberculeux. 

a  surtout  été  commiEC  peuples  perles  de  substance  consécutives  à  des 

gommes. 

Les  renseignements  fournis  par  le  malade,  l’évolution  de  la  maladie,  la 
présence  de  l’adénite  symptomatique,  l’efficacité  du  traitement  antisyplii- 
litique,  permettront  au  chirurgien  de  juger  en  dernier  ressort  de  la  nature 
de  la  lésion. 

Les  exemples  de  guérison  par  un  traitement  rationnel,  ne  sont  pas 
rares  et  se  sont  produits  même  dans  des  cas  désespérés. 

C’est  à  la  période  tertiaire  de  la  syphilis  que  l’on  voit  aussi  apparaître 
sur  les  tumeurs  dont  la  langue  est  Te  siège,  ou  au  voisinage  de  ces  tumeurs 
ou  des  ulcérations  auxquelles  elles  donnent  naissance,  des  fissures  dont  la 
connaissance  importe  beaucoup  au  diagnostic. 

Ce  sont  des  sillons  fîssuraires  profonds,  à  bords  durs,  saillants,  formés 
par  des  papilles  hypertrophiées.  Ils  siègent,  nous  le  répétons,  soit  sur 
les  tumeurs  mêmes,  soit  autour  d’elles  ou  autour  des  ulcérations  consécu¬ 
tives. 

Leur  présence  permet  à  coup  sûr,  dans  les  cas  douteux,  d’écarter  le  can¬ 
cer  et  de  conclure  à  la  syphilis. 

Le  docteur  Saison,  et  plus  récemment  le  docteur  Fairlie  Clarke,  de 
Charing  Cross  Hospital,  en  ont  bien  établi  la  valeur  diagnostique. 

Nous  ne  croyons  pas  devoir  entrer  ici  dans  les  détails  relatifs  au  traite¬ 
ment  de  ces  diverses  affections  syphilitiques  ,  dont  la  langue  peut  être  le 
siège,  nous  renvoyons  pour  cela  le  lecteur  à  l’article  Syphilis. 

c.  Ulcères  tuberculeux.  —  Celte  affection,  intéressante  à  plus  d’un  litre, 
n’a  été  bien  étudiée  que  dans  ces  derniers  temps.  Quelques  auteurs  en 
ont  bien  fait  mention  dans  leurs  écrits  sous  le  nom  de  phthisie  buccale 
(Beaumès,  Frank,  Bayle),  mais  ils  ne  se  sont  point  attachés  à  discerner 
les  ulcèFes  tuberculeux  proprement  dits  des  autres  lésions  ulcéreuses, 
dont  la  langue  peut  être  le  siège.  Disons  cependant  que  Ricord,  dans  ses 
leçons,  s’était  efforcé  d’indiquer  les  caractères  qui  différencient  l’ulcère 
tuberculeux  de  Fulcère  syphilitique. 

Maisonneuve  a  mentionné  les  tubercules  de  la  langue  et  les  ulcérations 
au.xquelles  ils  peuvent  donner  naissance  ;  il  y  voit  une  manifestation  de  la 
scrofule  qu’il  croit  excessivement  rare  et  d’un  diagnostic  relativement 
facile.  Il  signale  entre  autres  symptômes  l’engorgement  ganglionnaire 
concomitant  ;  or,  nous  verrons  que  dans  l’ulcère  tuberculeux,  l’adénite 
symptomatique  est  relativement  rare,  ou  tout  au  moins  tardive  et  peu 
marquée.  La  description  donnée  par  ce  chirurgien  ne  répond  donc  pas 
au  véritable  ulcère  tuberculeux.  Alfred  Fournier,  Gubler  et  Gosselin  ont 
signalé  l’ulcère  tuberculeux  dans  leurs  leçons  cliniques. 

En  1865,  Julliard  a  étudié  les  ulcérations  de  la  bouche  et  du  pharynx 
dans  la  phthisie  pulmonaire,  et  son  travail  a  été  longuement  analysé  à 
l’article  Bouche,  t.  V,  p.  415. 

En  1 869,  U.  Trélat,  chirurgien  de  la  Pitié,  lut  à  l’Académie  de  médecine, 
un  mémoire  important  sur  celte  question  ;  le  premier,  on  peut  le  dire,  il 
fit  une  étude  méthodique  de  cette  affection,  et  la  description  qu’il  en  a 


LANGUE.  —  PATHOLOGIE  :  ülcèkbs  tgberculeux. 


177 


donnée,  ainsi  que  les  caractères  diagnostiques  sont  devenus  classiques. 
Le  mémoire  deTrélat  a  attiré  l'attention  des  praticiens,  et  a  inspiré  diffé¬ 
rents  travaux  sur  cette  question.  Citons  la  thèse  de  Bourcheix,  l’ex¬ 
cellent  mémoire  de  Féréol,  la  thèse  de  Pouzergues.  Il  ne  paraît  pas  que 
ces  travaux  se  soient  répandus  à  l’étranger;  car  F.  Clarke,  chirurgien  de 
Charing  .Cross,  à  Londres,  mentionne  à  peine  l’ulcère  tuberculeux  de  la 
langue,  et  encore  la  description  écourtée  qu’il  en  donne,  se  rapproche- 
t-elle  bien  plus  du  tubercule  lingual  des  anciens  que  de  l’ulcère  tubercu¬ 
leux,  tel  que  l’ont  décrit  les  médecins  que  nous  venons  de  nommer. 

C’est  au  travail  de  Trélat  que  nous  empruntons  la  description  de  l’ul¬ 
cère  tuberculeux  lingual,  les  auteurs  qui  l’ont  suivi  ayant  peu  ajouté  aux 
caractères  assignés  à  cette  lésion  par  ce  chirurgien. 

L’ulcère  tuberculeux  de  la  langue  se  rencontre  d’ordinaire  chez  des  in¬ 
dividus  atteints  de  phthisie  pulmonaire ,  et  souvent  même  de  phthisie 
laiymgée. 

On  le  rencontre  sur  tous  les  points  de  la  langue,  mais  plus  particulière¬ 
ment  sur  la  face  supérieure,  d'où  il  peut  s’étendre  et  envahir  les  bords 
et  même  la  face  inférieure  ;  il  arrive  parfois  qu’une  lésion  analogue  existe 
simultanément  sur  le  voile  du  palais,  les  joues,  les  piliers,  les  amygdales 
et  même  sur  la  paroi  pharyngienne. 

L’ulcère  lingual  est  unique,  excepté  au  début  où  l’on  peut  apercevoir 
plusieurs  ulcérations  qui  ne  tardent  pas  à  se  rejoindre  et  à  se  confondre. 
Il  est  indolent  ou  peu  douloureux,  mais  il  finit  par  gêner  notablement  les 
fonctions  de  l’organe;  le  retentissement  ganglionnaire  est  peu  marqué, 
souvent  même  absent  ;  la  salivation  est  abondante. 

La  perle  do  substance  est  superficielle,  sans  anfractuosités,  sans  végé¬ 
tations,  à  fond  rosé,  grisâtre,  gris  jaunâtre,  à  bords  vifs,  rouges,  de 
forme  arrondie  au  début,  et  plus  tard  irrégulière  :  quand  l’ulcère  est  an¬ 
cien  et  étendu,  il  repose  sur  un  fond  induré  qui  peut  faire  songer  à  une 
tumeur  de  mauvaise  nature;  tout  autour  de  la  lésion,  on  aperçoit  un  semis 
de  petits  points  jaunâtres  dis.séminés  su^ia  muqueuse,  qui  est  elle-même 
rouge,  points  jaunâtres  que  Trélat  considère  comme  caractéristiques  de 
l’ulcération  tuberculeuse.  / 

Voici  quel  est  le  mode  d’évolution'de  l’affection.  On  voit  apparaître  sur 
la  langue  de  petites  plaques  saill^mtes,  rondes,  larges  de  1  à  4  milli¬ 
mètres,  d’une  couleur  jaunâtre  rappelant  celle  du  pus.  Ce  sont  des  granu¬ 
lations  tuberculeuses,  autour  desquelles  la  muqueuse  est  rouge  et  tumé¬ 
fiée;  peu  à  peu  l’épithélium  qui  récouvre  ces  taches  se  détruit;  la  matière 
jaunâtre  est  en  partie  éliminée  e^'il  reste  un  ulcère;  bientôt  plusieurs  de 
cesulcères  se  réunissent  pour  former  une  perte  de  substance  qui  va  sans 
cesse  grandissant,  sans  perdre  ;aucun  des  caractères  typiques  qu’offre 
l’ulcération  initiale.  Si  le  malade/ qui  présente  cette  lésion  n’est  pas  mani¬ 
festement  phthisique,  ce  qui  arrive  assez  souvent,  et  qu’on  l’ausculte 
attentivement,  on  découvre  chezuui  la  tuberculose  au  début. 

L’ulcère  tuberculeux  de  la  langue  peut  être  confondu  avec  l’ulcère  ca¬ 
chectique  des  phthisiques,  mais  cé  dernier  ne  se  produit  que  chez  les  indi- 
Nouv.  mer.  siÉu,  et  cuir.  XX.  -  12 


478 


Langue.  —  pathologie  ;  rhomatishe. 


vidus  arrivés  déjà  à  une  période  avancée  de  l’affection  pulmonaire.  En 
outre,  on  n’y  reconnaît  aucun  des  caractères  que  nous  avons  donnés 
comme  appartenant  en  propre  à  l’ulcère  tuberculeux,  et  surtout  on  voit 
manquer  le  semis  de  points  jaunes  sur  lequel  Trélat  a  tant  insisté. 

Pour  les  ulcérations  syphilitiques,  à  quelque  période  que  ce  soit,  on 
les  distinguera  aisément  en  s’aidant  des  anamnestiques,  du  mode,  d’évolu¬ 
tion  de  l’affection,  de  la  concomitance  d’autres  accidents  sur  différentes 
régions  du  corps,  de  la  précocité  et  de  l’intensité  des  adénopathies,  de 
l’absence  de  tubercules  aux  poumons  (bien  qu’un  sujet  syphilitique  puisse 
parfaitement  être  phthisique),  de  l’absence  de  points  jaunâtres  satellites 
habituels  de  l’ulcère  tuberculeux,  et  enfin  de  l’efficacité  du  traitement 
spécifique. 

Quant  à  la  distinction  du  cancroïde  et  de  l’ulcère  tuberculeux,  elle  peut 
être  fort  difficile.  Dans  le  cancroïdc  comme  dans  le  tubercule,  l’adéno¬ 
pathie  est  tardive,  ou  peut  môme  manquer  ;  mais  dans  le  cancroïde,  il  y  a 
presque  toujours  des  douleurs  lancinantes,  l’ulcère  offre  des  excavations, 
des  végétations  dures,  saillantes.  Nous  devons  avouer  cependant  que  dans 
certains  cas  le  diagnostic  peut-être  d’une  grande  difficulté. 

Le  chirurgien  doit  être  prévenu  de  la  possibilité  d’une  erreur,  et  faire 
tout  son  possible  pour  l’éviter. 

L’ulcère  tuberculeux  de  la  langue  a  une  évolution  chronique,  inces¬ 
sante  et  guérit  rarement,  pour  ne  pas  dire  jamais,  en  dépit  de  tous  les 
efforts  de  la  thérapeutique  la  plus  rationnelle  et  la  plus  énergique. 

Nous  ne  connaissons  qu’un  cas  de  guérison,  c’est  celui  obtenu  par  Ver- 
neuil  à  l’aide  de  l’acide  chromique;  mais  le  malade  n’a  pas  tardé  à  suc¬ 
comber  aux  accidents  pulmonaires. 

On  a  opposé  à  cette  lésion  les  applications  de  chlorate  de  potasse,  la 
cautérisation  au  nitrate  d’argent,  à  la  teinture  d’iode,  au  fer  rouge  (Trélat), 
mais  sans  grand  succès.  Il  convient,  bien  entendu,  d’associer  au  traitement 
local  au  traitement  généraret_qnergiquement  modificateur. 

Pour  tracer  un  cadre  complet  'd,e  la  pathologie  de  la  langue,  il  resterait 
à  parler  de  la  nigritie,  du  rhumatisme  et  de  la  névralgie,  des  perversions 
et  de  l’abolition  du  goût,  du  bégaiement.  Nous  nous  bornerons  ici  au  rhu¬ 
matisme  et  à  la  névralgie,  renvoyant  pour  les  perversions  et  l’abolition 
du  goût  à  l’article  Goût,  t.  IV,  p.  546;  pour  le  bégaiement  à  l’article 
spécial  que  nous  lui  avons  consacré  t.^  XV,  p.  716.  Il  sera  question  de  la 
nigritie  dans  la  séméiologie  de  la  langiie,  de  même  que  des  fausses  mem¬ 
branes,  des  aphthes,  du  muguet,  etc.,  'affections  qui  n’appartiennent  pas 
en  propre  à  la  langue  et  dont  plusieurs  du  reste  sont  l’objet  d’articles 
particuliers, 

Rudmatisme.  —  La  structure  essentiellement  musculaire  de  la  langue 
l’expose  aux  atteintes  du  rhumatisme.  Cependant  cet  accident  est  fort 
rare;  bien  que  Morgagni  ait  paru  souplçonner  la  possibilité  du  rhuma¬ 
tisme  lingual,  c’est  en  réalité  à  Chomel  ,que  la  science  médicale  est  rede¬ 
vable  de  la  première  observation  bien  authentique  de  cette  maladie.  Il  la 
rapporte  ainsi  :  L  ^ 


LANGUE.  —  MÉDECINE  OPÉRATOIRE. 


179 


«  tine femme  de  52  ans  était  atteinte  de  rhumatisme  articulaire  que  l’on 
traitait  par  les  saignées  et  les  boissons  nitrées;  tout  à  coup  les  douleurs 
gagnèrent  l’articulation  temporo-maxillaire  et  deux  jours  après  se  fixèrent 
sur  la  langue  et  furent  caractérisées  par  une  douleur  vive,  siégeant  au- 
dessous  de  la  langue  et  gagnant  le  pharynx.  Cette  douleur  était  exaspérée 
toutes  les  fois  que  la  malade  remuait  la  langue  pour  parler  ou  pour  dé¬ 
glutir.  Il  n’existait  aucune  tuméfaction  de  l’organe,  non  plus  qu’aucune 
lésion  apparente  comme  aphthes,  ulcères,  boutons,  qui  pût  expliquer  un 
tel  phénomène.  Cet  accident  ne  dura  que  vingt-quatre  heures.  » 

Névralgie.  —  Il  existe  une  névralgie  de  la  langue  qui  peut  se  montrer 
ou  concurremment  avec  une  névralgie  trifaciale. 

La  névralgie  simple  de  la  langue  n’est  pas  fréquente  ;  elle  est  caracté¬ 
risée  par  une  douleur  vive,  n’occupant  le  plus  ordinairement  qu’un  côté  de 
l’organe  et  siégeant  plus  souvent  à  gauche  qu’à  droite.  Cette  douleur  se 
manifeste  surtout  dans  l’acte  de  la  parole  ou  pendant  la  mastication;  elle 
s’étend  souvent  suivant  une  ligne  allant  de  la  dernière  grosse  molaire  à  la 
pointe  de  la  langue,  c’est-à-dire  suivant  le  trajet  du  nerf  facial  ;  la  pression 
exercée  avec  le  doigt  dans  le  sillon  gingivo-lingual,  au  point  même  où  le 
nerf  lingual  est  superficiellement  placé  sous  la  muqueuse,  provoque  ou 
exaspère  la  douleur.  On  ne  remarque  aucune  lésion  appréciable  à  la  sur¬ 
face  de  la  langue. 

Cette  névralgie  est  fort  rebelle  à  tous  les  traitements  médicaux;  on  lui 
a  opposé  avec  succès  la  section  et  même  la  résection  du  nerf  lingual 
{my.  Médecine  opératoire,  p.  189).  Nous  avons  réussi  une  fois  à  guérir 
radicalement  une  affection  de  ce  genre  à  l’aide  d’une  injection  morphinée 
pratiquée  dans  l’épaisseur  même  de  la  langue.  Nous  ferons  remarquer  à 
ce  propos  que  bien  que  la  dose  injectée  par  nous  fût  minime,  le  malade, 
qui  était  un  homme  vigoureux,  ressentit  immédiatement  des  accidents 
d’intoxication  morphinique.  Citons  pour  mémoire  l’emploi  des  bains 
buccaux  narcotiques  et  émollients ,  l’usage  de  l’opium  et  de  la  ciguë  à 
l’intérieur,  les  applications  locales  d’oxyde  de  zinc,  de  camphre,  de  mor¬ 
phine,  etc.  Disons  aussi  que  la  faradisation  de  la  corde  du  tympan  a  paru 
donner  quelques  succès. 

MÉDECINE  opératoire. 

Nous  n’avons  pas  voulu  surcharger  de  détails  de  médecine  opératoire 
et  de  la  description  de  nombreux  procédés  ce  que  nous  avons  dit,  au  cours 
de  cet  article,  touchant  le  traitement  des  maladies  chirurgicales  de  la 
langue.  En  exceptant  la  section  du  filet,  exposée  en  son  lieu,  nous  avons 
cru  qu’il  serait  plus  utile  de  faire  des  opérations  qui  se  pratiquent  .sur  cet 
organe,  sur  ses  vaisseaux  et  sur  ses  nerfs,  un  chapitre  à  part  complet,  et 
que  nous  éviterions  ainsi  de  fastidieuses  redites. 

Les  opérations  que  nécessitent  les  maladies  dont  la  langue  peut  être  le 
siège,  portent  sur  l’organe  lui-même,  sur  les  vaisseaux  qui  le  nourrissent 
ou  sur  les  nerfs  qui  l’animent. 

Nous  avons  donc  à  étudier  successivement  l’ablation  de  la  langue,  par- 


180  LANGUE.  —  médecihe  opératoire. 

tielle  ou  totale,  la  saignée  des  ranines,  la  ligature  de  l’artère  linguale,  la 

section  du  nerf  lingual. 

I.  Opérations  qui  se  pratiquent  sur  la  langue.  —  Elles  se 
pratiquent  à  l’aide  de  l’instrument  tranchant ,  de  la  ligature,  lente  ou  ex¬ 
temporanée,  des  caustiques,  de  la  galvano-caustique  thermique;  elles 
portent  sur  une  partie  ou  sur  la  totalité  de  la  langue  et  s’exécutent,  sui¬ 
vant  les  cas,  avec  ou  sans  opérations  préliminaires  destinées  à  faciliter 
l’accès  du  mal  à  la  main  du  chirurgien. 

A.  Ablation  par  instrument  tranchant.  —  Elle  est  surtout  réservéé  pour 
les  cas  où  il  s’agit  de  n! enlever  qu’une  partie  de  la  langue  et  plus  particu¬ 
lièrement  sa  partie  libre  ou  l’un  de  ses  bords.  Les  auteurs  ont  décrit  plu¬ 
sieurs  procédés  que  nous  classerons  comme  il  suit. 

a.  Excision  simple.  —  Si  la  tumeur  qu’il  s’agit  d’enlever  est  de  peu 
d’étendue,  nettement  circonscrite,  et  siège  sur  la  pointe  ou  sur  les  bords 
de  la  langue,  on  la  saisit  à  l’aide  d’une  pince  à  érignes,  on  l’attire  au  de¬ 
hors,  et  on  l’enlève  d’un  coup  de  ciseaux,  en  ayant  bien  soin  que  la  sec¬ 
tion  porte  sur  les  tissus  sains. 

Cette  opération  est  des  plus  simples  ;  l’hémorrhagie  qui  l’accompagne 
ou  la  suit  est  d’ordinaire  sans  importance,  et  s’arrête  facilement  par 
la  compression  directe,  les  hémostatiques,  ou,  s’il  est  besoin,  la  liga¬ 
ture. 

b.  Procédé  de  Louis.  —  Quand  le  mal  siégeait  sur  la  portion  an¬ 
térieure,  libre,  de  la  langue,  Louis  attirait  l’organe  au  dehors  à  l’aide 
d’une  érigne  et  faisait  une  section  transversale  en  arrière  du  tissu 
malade. 

c.  Procédé  de  Boyer.  —  Dans  les  cas  analogues,  Boyer  comprenait  la 
tumeur  entre  deux  sections  faites  à  l’aide  de  ciseaux,  et  dirigées  oblique¬ 
ment  des  bords  antérieurs  de  la  langue  vers  la  ligne  médiane,  de  manière 
à  comprendre  la  tumeur  entre  les  deux  branches  d’un  V  à  sinus  antérieur 
et  à  pointe  dirigée  en  arrière,  sur  l’axe  même  de  la  langue.  11  réunissait 
aussitôt  après  les  lèvres  de  l’incision,  à  l’aide  de  la  suture  entrecoupée, 
ou  mieux  enchevillée  ;  l’hémorrhagie  s’arrêtait  de  suite,  et  la  cicatrisation 
ne  tardait  pas  à  suivre. 

B.  Ablation  par  ligature  lente  ou  progressive.  —  11  existe  plusieurs  pro¬ 
cédés  de  ligature  progressive  des  tumeurs  de  la  langue;  nous  allons  les 
faire  succinctement  connaître,  bien  qu’ils  soient  tous  abandonnés  aujour¬ 
d’hui,  en  raison  des  nombreux  inconvénients  qu’ils  offrent,  entre  autres 
la  lenteur  de  leur  action,  la  douleur  extrême  qu’ils  provoquent,  et  par¬ 
dessus  tout  les  dangers  inévitables  d’intoxication  putride  auxquels  ils 
exposent  les  malheureux  opérés. 

Les  seuls  avantages  de  la  ligature  lente  sont  de  ne  pas  exposer  à  l’hé¬ 
morrhagie.  Mais  aujourd’hui  l’écrasement  linéaire  ou  ligature  extempo¬ 
ranée  remplit  tout  aussi  bien  cette  indication  ,  et  présente  une  exécution 
incomparablement  plus  rapide  ;  il  est  presque  exclusivement  adopté  par 
tous  les  chirurgiens  modernes,  depuis  que  son  habile  inventeur.  Chassai- 
gnac,  l’a  fait  entrer  dans  la  pratique. 


LANGUE.  —  MÉDECINE  OPÉRATOIRE.  181 

La  ligature  progressive  s’exécute,  soit  directement  par  la  bouche,  soit 
parla. région  sus-hyoïdienne. 

1“  Méthode  buccale.  —  a.  Procédé  de  May  or.  —  La  tête  du  malade 
étant  fixée  par  un  aide,  et  la  langue  attirée  au  dehors,  on  la  lend  sur  la 
ligne  médiane  d’un  coup  de  bistouri,  et  l’on  étreint  la  portion  malade  à 
l'aide  d’un  fil  qu’on  serre  sur  un  tourniquet. 

b.  Procédé  de  Récamier.  —  On  circonscrit  la  tumeur  dans  une  série  de 
ligatures  introduites  successivement  avec  une  aiguille  à  travers  l’épaisseur 
de  l’organe,  en  ayant  soin  de  n’agir  que  sur  les  tissus  sains  ;  on  serre 
ensuite  isolément  chacune  des  anses  du  fil. 

c.  Procédé  de  Blandin  ou  à  anses  excentriques.  —  S’applique  comme 
celui  de  Récamier;  n’a  donné  à  son  auteur  lui-même  que  de  déplorables 
résultats. 

d.  Procédé  de  Maingault.,  —  Proposé  pour  l’ablation  totale  de  la 
laugue,  ce  procédé  s’exécute  comme  celui  de  Mayor,  moins  l’incision  lon¬ 
gitudinale  de  l’organe.  Un  fil  double  est  passé  suivant  la  ligne  médiane 
de  la  langue,  de  la  face  inférieure  à  la  supérieure,  et  l’on  étrangle  sépa¬ 
rément  chacune  des  deux  moitiés  de  la  langue. 

2°  Méthode  sus-hyoïdienne.  —  Procédé  de  J.  Cloquet.  —  Il  com¬ 
porte  un  temps  préliminaire,  qui  consiste  dans  l’incision  médiane  du 
cou,  à  la  région  sous-mentonnière,  incision  de  trois  centimètres  d’é¬ 
tendue,  se  dirigeant  de  la  symphyse  du  maxillaire  inférieur  au  milieu 
du  corps  de  l’os  hyoïde  ;  on  traverse  la  peau,  le  tissu  cellulaire,  Tinter- 
valle  des  ventres  antérieurs  des  digastriques,  et  le  raphé  du  mylo-hyoïdien. 
Cela  fait,  on  porte  dans  la  plaie  une  aiguille  courbe  à  manche  fenestré  près 
de  sa  pointe.  La  langue  est  ainsi  traversée  dans  sa  partie  la  plus  re¬ 
culée. 

L’opérateur  abaisse  alors  le  manche  de  l’aiguille,  de  manière  à  ramener 
la  pointe  entre  les  arcades  dentaires.  Deux  ligatures  sont  passées  dans  le 
chas  de  l’aiguille,  qu’on  retire  par  la  voie  qu’elle  a  déjà  parcourue,  et 
qui  entraîne  avec  elle  les  fils,  dont  deux  chels  sont  dans  la  bouche,  et 
deux  chefs  viennent  pendre  au  devant  du  cou.  Gela  fait,  on  plonge  de 
nouveau  l’aiguille  dans  la  plaie  sous-mentonnière,  en  lui  imprimant  une 
direction  telle  que  sa  pointe  vienne  faire  issue  au  devant  du  frein  de  la 
langue;  on  engage  alors  les  deux  chefs  buccaux  du  fil  dans  le  chas  de 
l'aiguille  que  l’on  ramène  ainsi  dans  la  plaie  du  cou. 

On  fend  ensuite  l’extrémité  de  la  langue  suivant  son  axe,  et  l’on  engage 
l’une  des  anses  du  fil  dans  cette  plaie;  la  seconde  anse  est  rejetée  sur  le 
plancher  de  la  bouche.  La  constriction  se  fait  par  la  région  sus-hyoïdienne. 
Ce  procédé  a  été  l’objet  de  quelques  modifications. 

Modification  de  Mirault  {d’Angers).'  —  Incision  médiane  sus-hyoï¬ 
dienne,  traction  de  la  langue  hors  de  la  bouche  ;  l’aiguille  plongée  dans 
la  plaie,  traverse  l’organe  à  sa  base,  sort  dans  la  bouche,  puis  est  replongée, 
par  la  bouche  même,  sur  les  bords  de  la  langue  pour  ressortir  par  la  plaie 
du  cou.  On  exerce  la  constriction  à  l’aide  d’un  serre-nœud  de  Levret  ou  de 
heaault. 


182 


LANGUE.  —  HIÎDECIKE  OPÉRATOIRE. 


Modification  de  Vidal.  —  On  plonge  dans  l’incision  sus-hyoïdienne 
une  aiguille  droite  à  chas  près  de  la  pointe,  munie d’nn  fil  simple;  onia 
fait  sortir  par  la  région  dorsale  de  la  langue;  avec  une  pince,  on  attire 
hors  de  la  bouche  un  des  chefs  du  fil  ;  l’aiguille  est  retirée  jusque  sous  la 
langue,  puis  on  la  pousse  de  nouveau  en  haut,  de  manière  à  la  faire  sortir 
sur  le  bord  de  la  langue  en  avant  du  pilier  antérieur  du  voile  du  palais. 
On  tire  le  chef  du  fil  avec  une  pince,  on  enlève  l’aiguille,  et  l’on  étrangle  la 
moitié  de  la  langue  à  l’aide  d’un  serre-nœud. 

Tous  ces  procédés,  ainsi  que  les  diverses  modifications  dont  ils  ont 
été  l’objet,  sont  aujourd’hui  abandonnés,  comme  nous  l’avons  déjà  dit. 
Pour  la  ligature  extemporanée  ou  écrasement  linéaire,  Chassaignàc  a  fait 
connaître  deux  modes  d’application  de  la  chaîne  de  l’écraseur,  selon  qu’il 
s’agit  d’enlever  la  totalité  ou  seulement  une  moitié  latérale  de  la  langue. 
Nous  en  emprunterons  la  description  à  l’excellent  travail  de  Th.  Anger. 

G.  Ablation  par  la  ligature  extemporanée.  —  a.  Ablation,  par  écrase¬ 
ment,  de  la  totalité  de  la  langue.  —  Pour  pratiquer  cette  opération,  il  faut 
se  servir  de  deux  écraseurs,  dont  l’un  attaquera  les  insertions  postérieures 
de  l’organe,  et  l’autre  les  insertions  inférieures. 

On  commencera  par  traverser  la  peau  de  la  région  sus-hyoïdienne  avec 
une  aiguille  armée  d’un  fil  au  bout  duquel  est  attachée  la  chaîne  de  l’écra¬ 
seur.  On  enfonce  cette  aiguille  de  bas  en  haut,  et  on  la  fait  sortir  dans 
l’intérieur  de  la  bouche,  sur  les  bords  de  la  langue;  dégagez  alors  le  fil  de 
l’aiguille  ;  le  fil  retiré,  et  engagé  de  nouveau  dans  le  chas  de  l’aiguille, 
conduire  la  pointe  de  celle-ci  de  l’autre  côté  du  plancher  buccal,  lui  faire 
parcourir  un  trajet  inverse,  c’est-à-dire  l’enfoncer  de  haut  en  bas  pour  la 
faire  ressortir  dans  la  région  sus-hyoïdienne. 

Par  cette  manœuvre,  la  chaîne  embrasse  dans  l’intérieur  de  la  bouche 
le  dos  de  la  langue,  sur  laquelle  on  pourra  exercer  la  constriction.  Passer 
ensuite  la  chaîne  du  second  écraseur  comme  il  a  été  dit,  mais  horizon¬ 
talement;  on  pratique  ainsi  deux  incisions,  l’une  verticale,  l’autre  hori¬ 
zontale. 

Ix)rsque  la  tumeur  est  peu  prolongée  en  arrière,  et  qu’il  est  possible  de 
placer  la  chaîne  horizontale  en  même  temps  que  la  verticale,  on  pourra 
faire  agir  les  deux  écraseurs  simultanément. 

b.  Ablation,  par  écrasement,  d’une  moitié  latérale  de  la  langue.  — 
Pour  exécuter  cette  opération,  il  faut  appliquer  trois  chaînes  :  une  mé¬ 
diane  antéro-postérieure,  une  horizontale,  et  une  transversale,  verticale  en 
arrière  du  mal  ;  on  les  introduit  également  par  la  région  sus-hyoïdienne 
ou  par  la  bouche,  selon  les  cas. 

D.  Ablation  de  la  langue  par  les  caustiques.  —  a.  Ablation  par  le  fer 
rouge.  —  Se  pratiquait  autrefois  avec  un  cautère  cultellaire. 

On  n’emploie  plus  aujourd’hui  le  fer  rouge  que  pour  réprimer  les 
hémorrhagies. 

b.  Ablation  par  le  galvano-cautère  thermique.  —  Elle  se  pratique,  soit 
à  l’aide  de  couteaux  thermiques,  soit  à  l’aide  de  l’anse  de  platine.  L’appli¬ 
cation  du  couteau  thermique  à  l’éradication  des  tumeurs  de  la  langue, 


183 


LANGUE.  --  MÉDECINE  OPÉRATOIRE, 
se  fait  comme  avec  le  bistouri,  en  observant  les  règles  tracées  pour 
l’emploi  de  la  galvanocauslique.  Il  est  bon,  indispensable  même,  quand  on 
veut  user  de  ce  moyen,  de  procéder  à  l’une  des  opérations  préliminaires 
que  nous  indiquerons  plus  loin,  et  qui  ont  pour  but  d’ouvrir  largement 
la  voie  au  chirurgien. 

Quant  à  l’anse  galvanique,  on  l’applique  comme  la  chaîne  d’écraseur.  Il 
ne  faut  pas  oublier  que  le  galvano-cautère  ne  met  pas  aussi  souvent  que 
l’ont  prétendu  les  auteurs  qui  l’ont  le  plus  préconisé,  à  l’abri  de  l’hémor¬ 
rhagie.  Cependant  on  obtient  de  beaux  succès  avec  l’anse  coupante  à  la 
condition  de  ne  l’employer,  ainsi  que  l’a  conseillé  Bœckel,  qu’après  avoir 
étreint  préalablement  les  parties  à  enlever,  par  un  fort  cordonnet  de  soie. 
On  assure  ainsi  plus  parfaitement  l’hémostase. 

Il  faut  aussi  avoir  soin  de  prendre  le  fil  de  platine  assez  gros  pour  qu’il 
ne  se  rompe  pas  au  cours  de  l’opération,  ainsi  que  cela  est  arrivé  à  quel¬ 
ques  chirurgiens.  Dans  quatre  opérations  pratiquées  sur  la  langue  par  ce 
moyen,  Bœckel  a  obtenu  trois  succès. 

c.  Ablation  de  la  langue  par  les  caustiques  chimiques.  —  Cette  mé¬ 
thode,  préconisée  par  Girouard,  consiste  à  cerner  la  tumeur  linguale  par 
le  caustique  de  Canquoin.  Maisonneuve  l’a  plusieurs  fois  appliquée  avec 
succès.  A  cet  effet,  la  langue  étant  tirée  hors  de  la  bouche.  On  en¬ 
fonce  tout  autour  de  la  tumeur  une  série  de  flèches  caustiques,  dont 
on  larde  également  le  centre  de  la  tumeur.  On  les  coupe  ensuite  au  ras 
de  la  muqueuse,  et  on  les  maintient  en  place  à  l’aide  d’un  tampon  de 
charpie. 

E.  Des  opérations  préliminaires  destinées  a  faciliter  l’ablation  de  la 
UKGDE.  —  Tous  les  chirurgiens  ont  compris  la  nécessité  d’ouvrir  une 
large  voie  aux  instruments  quand  il  s’agissait  d’extirper  les  tumeurs  sié¬ 
geant  sur  la  base  de  la  langue.  Les  procédés  d’ablation  restent  les  mêmes, 
mais  on  prélude  à  leur  application  par  les  opérations  préliminaires  que 
nous  allons  décrire,  et  que  l’on  peut  ranger  sous  quatre  chefs  principaux 
ou  méthodes  connues  sous  les  noms  des  chirurgiens  qui,  les  premiers,  les 
ontmises  en  usage. 

Ce  sont  ;  a.  la  méthode  de  Jæger,  avec  incision  transversale  d’une 
ou  des  deux  joues  ;  b.  la  méthode  de  Roux  et  Sédillot,  avec  section  du 
maxillaire  inférieure  ;  c.  la  méthode  de  Regnoli  ou  à  lambeaux  sus-hyoï¬ 
diens  ;  d.  la  méthode  de  Billroth  et  Bœckel,  avec  résection  temporaine  du 
maxillaire  inférieur. 

Nous  ne  voulons  donner  ici  que  la  description  des  temps  préliminaires, 
le  temps  d’exécution  restant  tel  que  nous  l’avons  indiqué  dans  Ta  pre¬ 
mière  partie  de  ce  paragraphe. 

a.  Méthode  de  Jæger.  —  Imaginée  par  son  auteur  en  1832,  suivie  de¬ 
puis  par  Maisonneuve,  1859,  parRizzoli,  1861, et  adoptée  par  nous  d’une 
façon  courante  dans  notre  pratique,  elle  consiste  essentiellement  à  prolon¬ 
ger  la  commissure  des  lèvres  jusqu’au  bord  des  masséters  en  incisant  la 
joue  ou  les  joues,  selon  que  l’on  a  à  enlever  partie  ou  tout  de  la  langue.  On 
a  ainsi  un  véritable  bec  de  grenouille  qui  favorise  considérablement  l’ac- 


184  LANGUE.  —  uédecihe  opératoire. 


tion  des  instruments,  bistouri,  ciseaux,  écraseur,  galvano-cautère,  ainsi 
que  la  ligature  des  vaisseaux  qui  donnent,  ou  l’intervention  des  hémosta¬ 
tiques.  On  maintient  l’écartement  des  mâchoires  au  moyen  de  coins  de 


Fig.  16.  —  Ablation  partielle  de  la  langue,  procédé  de  Jæger.  —  La  langue  est  fendue  suirant 
son  axe  avec  quelques  coups  de  ciseaux,  et  il  ne  reste  plus  qu’à  jeter  une  chaîne  d’écraseur 
transversalement  sur  la  base  de  la  partie  à  abattre. 


Lois  ou  de  liège,  ou  même  au  moyen  de  notre  écarteur  métallique.  Les 
Anglais  emploient  plus  volontiers  le  mors  écarteur  de  Syme  (fig.  t6). 

La  tumeur  enlevée,  on  réunit  la  plaie  des  joues  au  moyen  de  points  de 
suture. 

b.  Méthode  de  Roux  et  de  Sédillot.  —  Elle  fut  inventée  par  Roux, 
en  1836,  et  consiste  dans  l’incision  verticale  de ‘la  lèvre  inférieure  et  la 
section  du  maxillaire  inférieur  au  niveau  de  la  symphyse. 

Les  deux  branches  de  l’os  sont  ensuite  écartées,  et  il  est  facile  d’enlever 
la  totalité  de  la  langue  par  l’écrasement  ou  par  tout  autre  moyen.  On 
réunit  ensuite  les  deux  fragments  osseux  par  un  fil  métallique  jeté  sur  les 
incisives  voisines  de  la  section  ou  par  la  suture  osseuse  ;  puis  on  suture  les 
lèvres.  On  laisse,  à  l’extrémité  inférieure  ou  hyoïdienne  de  l’incision,  un 
pertuis  pour  l’écoulement  de  la  salive  et  des  produits  sécrétés  par  la 
plaie. 

Mais  la  réunion  du  maxillaire  se  fait  mal,  même  avec  les  sutures.  Sé¬ 
dillot  a  imaginé  une  modification  de  ce  procédé  destinée  à  assurer  l’immo- 
hilité  des  fragments  de  la  mâchoire  inférieure.  Il  opère  comme  Roux, mais 
il  fait  la  section  de  la  mâchoire  par  deux  traits  obliques,  qui  se  rejoignent 
sur  le  milieu  du  corps  de  l’os  ,  de  cette  façon,  les  fragments  s’engrènent 
naturellement  l’un  dans  l’autre,  et  le  moindre  point  d’appui  suffît  pour  en 
maintenir  l’immobilité. 

Après  Sédillo',  Huguier,  Nélaton,  Richet,  Maisonneuve,  Goyrand,  Riz- 


185 


LANGUE.  —  MÉDECINE  OPÉDATOIRE. 

zoli,  Tillaux,  ont  eu  recours  avec  succès  à  ce  procédé,  auquel  ils  n'ont  fait 
subir  que  de  légères  modifications. 

Il  laut  bien  savoir  que  la  consolidation  des  deux  fragments  du  maxillaire 
est  toujours  lente  à  se  faire,  ce  qui  tient  tout  à  la  fois  aux  mouvements  de 
glissement  de  deux  fragments  l’un  sur  l’autre ,  mouvements  que  la  con¬ 
tention  la  plus  rigoureuse  ne  parvient  pas  à  entraver  complètement,  et 
aussi  à  la  nécrose  des  surfaces  de  section  de  l’os. 

c.  Méthode  de  Regnoli,  ou  à  lambeaux  sus -hyoïdiens.  —  A  été  exécutée 
par  le  chirurgien  de  Pise,  en  1838;  elle  consiste  à  faire  une  incision  ver¬ 
ticale  de  la  symphyse  mentonnière  au  corps  de  l’os  hyo'ide,  puis  une  inci¬ 
sion  transversale  d’un  angle  à  l’autre  de  la  mâchoire. 

On  obtient  ainsi  deux  lambeaux  triangulaires  que  l’on  rabat  sur  le  cou. 
On  plonge  alors  un  bistouri  dans  la  plaie ,  en  rasant  la  face  concave  du 
maxillaire,  et  l’on  détache  à  droite  et  à  gauche  toutes  les  insertions  mus¬ 
culaires  et  muqueuses  qui  se  font  sur  cette  partie  de  l’os.  Cela  fait,  on 
attire  la  langue  en  bas  dans  la  plaie,  et  l’on  procède  à  son  ablation.  Cette 
opération  s’accompagne  de  dégâts  énormes ,  et  n’est  pas  entrée  d’une 
façon  définitive  dans  la  pratique.  Elle  a  cependant  parfaitement  réussi  à 
son  auteur  et  à  Giamattei,  chirurgien  de  l’hôpital  de  Lucques. 

Czerny  a  modifié  la  méthode  de  Regnoli  en  ne  faisant  qu’un  lambeau 
triangulaire,  et  en  liant  séance  tenante  l’artère  linguale.  Ce  procédé  a  été 
adopté  par  Billroth  dans  dix  opérations,  et  en  dernier  lieu  le  docteur 
Menzel  l’a  employé  deux  fois,  mais  il  ne  paraît  pas  avoir  été  accepté  par 
los  chirurgiens  français. 

d.  Méthode  de  Billroth  (1861)  et  de  Bœckel  (1863).  —  Elle  consiste, 
quand  il  s’agit  d’une  ablation  partielle  de  la  langue  devant  porter  sur  la 
profondeur  de  cet  organe^  à  pratiquer  une  résection  temporaire  du  maxil¬ 
laire  inférieur  que  l’on  fait  porter  sur  sa  portion  médiane  (Billroth  1861) 
ou  latérale  (Bœckel,  1863). 

Procédé  de  Billroth  (1861)  ;  résection  temporaire  médiane.  —  Inci¬ 
sion  horizontale  à  trois  centimètres  au-dessous  du  bord  libre  de  la  lèvre 
inférieure,  et  s’étendant  à  droite  et  à  gauche  jusqu’au  niveau  des  bords 
libres  des  masséters,  ou  mieux  jusqu’au  niveau  des  artères  faciales. 

Des  deux  extrémités  de  cette  incision  horizontale,  faire  tomber  deux 
incisions  verticales  dépassant  de  deux  centimètres  le  bord  inférieur  de  la 
mâchoire,  en  ayant  soin  d’aller  jusqu’à  l’os;  celui-ci  mis  à  nu  au  niveau  des 
(leux  sections,  pratiquer  à  droite  et  à  gauche,  à  sept  ou  huit  millimètres 
d’intervalle,  (leux  trous  allant  d’une  table  à  l’autre.  Passer  une  scie  à  chaîne 
sur  la  face  interne  du  maxillaire,  et  faire  de  chaque  côté  les  sections  de 
l’os  entre  les  deux  trous.  Détacher  les  insertions  musculaires  et  muqueuses 
qui  se  font  à  la  face  concave  du  maxillaire.  On  a  ainsi  un  lambeau  qui 
comprend  tout  le  fer  à  cheval  du  maxillaire  inférieur,  et  que  l’on  rabat 
sur  le  cou.  La  langue  enlevée,  on  relève  le  lambeau,  et  on  réunit  les  frag¬ 
ments  du  maxillaire  par  une  suture  métallique  passée  dans  les  trous  forés 
à  l’avance.  Il  est  bien  entendu  que  les  dents  ont  été  arrachées  au  niveau 
du  trait  de  scie.  Des  points  de  suture  réunissent  les  plaies  superficielles. 


LANGUE.  —  HÉDECISE  OPÉRATOIRE. 


Procédé  de  Bæckel  ;  résection  temporaire  latérale.  —  La  lèvre  infé¬ 
rieure  est  divisée  au-dessous  de  son  bord  libre,  et  au  niveau  de  la  dent 
canine,  jusqu’au  bord  inférieur  du  maxillaire.  Une  incision  horizontale  est 
ensuite  faite  de  l’extrémité  supérieure  de  la  première  jusqu’à  l’angle 
de  la  mâchoire.  A  ce  niveau,  une  troisième  incision  est  dirigée  verticale¬ 
ment  en  bas.  Les  parties  molles  sont  détachées  de  la  face  interne  du  maxil¬ 
laire.  La  canine  et  l’avant-dernière  molaire  sont  arrachées  ;  l’os  est  ensuite 
sectionné  avec  la  scie  à  chaîne,  et  rabattu  sur  le  cou  avec  le  lambeau  qua¬ 
drilatère  ainsi  formé.  La  tumeur  linguale  enlevée,  le  lambeau  est  relevé, 
les  os  et  les  parties  molles  solidement  suturés. 

On  ne  peut  se  dissimuler  que  ces  deux  opérations  ne  soient  fart 
graves,  et  nous  leur  préférerions,  le  cas  échéant,  l'opération  de  Sédillot, 
combinée  ou  non  avec  l’opération  de  Jæger.  Des  deux  opérés  de  Billroth, 
un  est  mort  ;  l’opéré  de  Bæckel  a  succombé  également. 

IL  Opérations  qui  se  pratiquent  sur  les  vaisseaux.  — 
a.  Saigîiée  des  rakines.  —  Cette  petite  opération,  aujourd’hui  abandon¬ 
née,  a  joui  autrefois  d’une  grande  vogue,  et  nos  pères  y  avaient  souvent  re¬ 
cours  sur  la  foi  d’Hippocrate,  deRhazès,  d’Avicenne,  de  Paul  d’Égine,  etc. 

On  l’a  vantée  de  nouveau  dans  ces  derniers  temps,  dans  le  traitement 
des  angines  graves  (Gonzalès  Arajo,  Mestivier,  Aran). 

Les  veines  ranines,  placées  immédiatement  sous  la  muqueuse  qui  revêt 
la  face  inférieure  de  la  langue,  sont  faciles  à  apercevoir  en  soulevant  l’or¬ 
gane  et  en  l’attirant  légèrement  en  haut  et  en  avant.  Leur  saignée  s’exécute 
comme  il  suit  :  le  malade  ouvre  fortement  la  bouche  et  les  mâchoires  sont, 
au  besoin,  maintenues  écartées  à  l’aide  d’un  coin  de  bois  ;  la  pointe  de  la 
langue,  saisie  entre  le  pouce  et  l’index  de  la  main  gauche  garnis  d’un 
linge  pour  éviter  qu’elle  ne  s’échappe,  est  attirée  fortement  en  haut  et  en 
dehors  ;  puis  à  l’aide  d’une  lancette,  l’opérateur  incise  les  veines  en  ayant 
soin  de  faire  agir  l’instrument  soit  en  travers,  soit  en  long,  comme  le 
préférait  Aran.  On  favorise  l’écoulement  du  sang  en  faisant  incliner  légè¬ 
rement  la  tête  du  patient  en  avant  et  lui  recommandant  de  se  gargariser 
avec  de  l’eau  tiède. 

On  peut  ainsi  obtenir  50  à  60  grammes  de  sang. 

L’écoulement  est  arrêté  à  l’aide  de  gargarismes  froids  et  astringents, 
avec  alun,  cachou,  ratanhia,  etc. 

b.  Ligature  des  artères  li.nguales.  —  Cette  opération  se  pratique  dans 
des  buts  différents  qui  sont  :  soit  d’amener  l’atrophie  d’une  tumeur  de  la 
langue,  bénigne  ou  maligne,  c’est  la  ligature  palliative  ;  soit  de  prévenir 
l’hémorrhagie  au  cours  d’une  opération  sur  la  langue,  c’est  la  ligature 
préventive,  et  elle  pourrait,  à  ce  titre  être  rangée  dans  la  catégorie  des 
opérations  préliminaires  que  nous  venons  d’étudier  ;  soit  enfin  de  remé¬ 
dier  à  l’insuffisance  des  moyens  hémostatiques  employés  à  la  suite  d’une 
ablation  partielle  ou  totale  de  la  langue. 

Nous  renvoyons  le  lecteur  désireux  d’approfondir  l’historique  de  celle 
intéressante  question  de  médecine  opératoire,  au  travail  spécial  que  nous 
avons  publié.  Nous  nous  bornerons  à  rappeler  que  la  ligature  de  la  lin- 


LANGUE.  —  MÉDECIME  OPÉRATOIRE.  187 

guale  a  été  préconisée  par  Béclard ,  et  plus  tard  par  les  élèves  de  cet 
éminent  physiologiste. 

Nous  avons  eu  plusieurs  fois  l’occasion  de  faire  la  ligature  de  la  lin¬ 
guale  sur  le  vivant  pour  différents  motifs,  et  nous  avons  reconnu  que  le 
meilleur  procédé  à  employer  pour  cette  opération,  est  celui  qui  porte  dans 
la  science  le  nom  de  Blandin,  et  que  nous  décrirons  comme  il  suit. 

Le  malade  étant  convenablement  placé,  il  faut  : 

1°  Bien  reconnaître  la  position  de  l’os  hyoïde  ;  'cela  fait,  on  pratique 
parallèlement  à  l’os  une  incision  qui  s’étend  du  bord  antérieur  ^u  muscle 
slerno-cléido-mastoïdien  jusqu’au  près  de  la  ligne  médiane  du  cou  ;  celte 
première  incision  n’intéresse  que  la  peau  ;  on  coupe  ensuite  le  muscle 
peaucier,  et  si  pendant  ces  deux  incisions  une  petite  artériole  était  ouverte, 
il  faudrait  la  tordre  immédiatement. 

Les  deux  incisions  permettent  de  découvrir  la  partie  la  plus  superficielle 
de  la  glande  soas-maxillaire.  Si  le  cou  est  long,  il  ne  faut  point  toucher  à 
cette  glande;  mais  si  le  cou  est  court,  ou  si  la  glande  est  grosse, Al  faut  la 
soulever  après  avoir  fait  une  incision  qui  ouvre  sa  gaîne,  ce  qui  permet  de 
découvrir  le  ventre  du  digastrique,  et  le  nerf  grand  hypoglosse  ;  on  y  ar» 
rive  avec  facilité  si  on  a  pris  la  double  précaution  d’éviter  toute  perte  de 
sang,  et  de  faire  écarter  par  un  aide  intelligent,  avec  des  crochets  mousses, 
les  tissus  voisins  ; 

2“  Ce  premier  temps  de  l’opération  étant  accompli,  avec  le  doigt  on  sent 
toute  la  grande  corne  de  l’os  hyoïde;  or  cette  corne  forme  le  côté  inférieur 


Fig.  17.  —  Ligature  de  l’artère  linguale,  procédé  de  Blandin. 


d’un  petit  triangle,  dont  le  supérieur  est  constitué  par  le  tendon  du  digas¬ 
trique,  et  dont  la  base  se  dirige  du  côté  de  la  carotide  (fig.  17). 

C’est  dans  ce  triangle,  tout  près  de  la  grande  corne  de  l’os  hyoïde,  que 


188 


LANGUE.  —  51ÉDEC1NË  OPÉRATOIRE. 


l’on  sent  les  battements  de  la  linguale.  Quand  ceux-ci  ont  été  reconnus,  il 
importe  également  de  bien  constater  que  l’on  est  sur  le  muscle  hyo- 
glosse,  ce  que  l’on  reconnaît  facilement  à  la  direction  de  ses  fibres  ;  une 
certaine  portion  de  celles-ci  sont  saisies  avec  une  pince  à  la  partie  moyenne 
de  la  grande  corne,  à  un  ou  deux  millimètres  au-dessus  de  cet  os,  et  inci¬ 
sées  avec  précaution  à  l’aide  du  bistouri. 

Cela  fait,  avec  une  sonde  cannelée,  on  soulève  de  nouvelles  fibres  que 
l’on  incise  ;  il  est  très-rare  que  l’on  ne  découvre  point  l’artère  à  ce  mo¬ 
ment. 

On  la  prend  alors  délicatement  avec  une  aiguille  de  Cooper  ou  de  Des¬ 
champs  ;  on  s’assure  bien  de  ces  battements  quand  elle  est  dans  l’anse  du 
fil  que  l’on  a  passé  autour  d’elle,  et  on  la  lie. 

Les  deux  fils  sont  portés  dans  l’angle  de  la  plaie,  et  coupés  au  niveau  de 
celle-ci  ;  on  réunit  enfin  les  deux  lèvres  par  quelques  points  de  suture. 

Les  suites  de  celle  opération  sont  des  plus  simples.  Nous  l’avons  prati¬ 
quée  un  grand  nombre  de  fois  sans  accident,  ni  pendant  ni  après  l’opé¬ 
ration.  Les  malades  accusent  seulement  pendant  quehjues  jours  un  peu  de 
dysphagie,  ce  qui  tient  à  l’inflammation  légère  de  la  muqueuse  pharyn¬ 
gienne,  au  contact  de  laquelle  est  appliquée  la  ligature.  Ce  voisinage  ex¬ 
plique  le  soin  qu’il  faut  apporter  à  la  ligature  de  la  linguale. 

Une  circonstance  anatomique  favorable  à  la  ligature  de  cette  artère, 
c’est  la  constance  de  ses  rapports  ;  nous  avons  autrefois  fait  à  ce  point 
de  vue  des  recherches,  et  rarement  nous  avons  trouvé  des  anomalies  pou¬ 
vant  arrêter  la  main  du  chirurgien. 

Miraull  (d’Angers)  a  recherché  sur  38  sujets  les  rapports  de  la  linguale, 
et  il  a  observé  que  trois  fois  elle  naissait  au-dessous  de  l’os  hyoïde,  14  fois 
au-dessus,  et  21  fois  au  niveau  de  cet  os  ;  mais  quel  que  soit  son  lieu  d’ori¬ 
gine,  elle  reprend  sa  position  normale  au-dessous  du  muscle  hyo-glosse. 

Nous  croyons  utile  de  reproduire  ici  le  tableau  suivant,  extrait  de  notre 
mémoire  sur  la  ligature  de  l'artère  linguale,  et  dans  lequel  nous  avons 
résumé  d’une  façon  pratique  les  diverses  observations  connues  dans  la 
science  louchant  ce  point  délicat  de  médecine  opératoire. 


Ligature  de  la  linguale  employée  comme 

moyen  thérapeutique . . 

Comme  moyen  thérapeutique  et  adjuvant 

de  l’opération . 

Comme  adjuvant  de  l’opération . 

Comme  hémostatique . . 


Cancer . | 

Tumeur  érecti'e.  .1 
Cancer . j 


Cancer . | 

Nævus . .( 

Cancer . ! 

Plaie . I 


Desiaiiqoat. 

Moore. 

Mikaclt. 

Flaobert. 

Sèdjllot. 
Deccise  fils. 

Maiso.nsedve. 


Des  faits  recueillis  dans  notre  pratique, il  résulte  d’une  manière  incon¬ 
testable  que  la  ligature  des  linguales  peut  amener  dans  une  langue  alfecléc 
de  cancer  une  diminution  assez  notable  de  la  tumeur,  et  rendre  plus  faciles 
les  fonctions  qui  sont  sous  Indépendance  de  cet  organe.  Ils  démontrent  aussi 
l’influence  considérable  qu’ont  ces  artères  sur  la  nutrition;  ils  expliquent 


LANGUE.  —  MÉDECINE  OPÉRATOIRE.  189 

le  succès  qu’oblint  Liston,  en  1838,  en  liant  les  deux  artères  de  la  lan¬ 
gue  pour  obtenir  l’atrophie  d’une  tumeur  érectile  qui  y  siégeait. 

Le  cas  peut  être  rapproché  des  heureux  résultats  obtenus,  depuis  le 
commencement  de  ce  siècle,  par  la  ligature  de  la  carotide  primitive  comme 
moyen  curatif  des  tumeurs  vasculaires  de  l’orbite.  La  ligature  de  la  linguale 
n'a  pas  dans  la  pratique  l’importance  qu’elle  devrait  avoir,  et  elle  est 
appelée,  suivant  nous,  à  jouer  un  grand  rôle  dans  la  thérapeutique  des 
maladies  de  la  langue.  En  effet,  quand  elle  a  été  liée  pour  combattre  une 
hémorrhagie,  celle-ci  a  été  arrêtée.  A-t-elle  été  liée  pour  prévenir  une 
hémorrhagie,  le  chirurgien  s’est  loué  d’avoir  eu  recours  à  cette  opération 
préventive.  A-t-on  voulu  atrophier  une  tumeur  érectile,  ou  rendre  la  vie 
supportable  aux  malheureux  affectés  de  cancer,  en  diminuant  l’organe 
malade?  toujours  la  ligature  de  la  linguale  a  répondu  à  l’attente  du 
chirurgien. 

111.  Opérations  qui  se  pratiquent  sur  les  nerfs  de  la 
langue.  —  Section  du  kerf  likgual.  —  On  a  conseillé  de  recourir  à  la 
section  du  nerf  lingual  pour  remédier  aux  douleurs  intolérables  qui  accom¬ 
pagnent  certaines  tumeurs  ulcérées  de  la  langue.  Cette  opération,  proposée 
et  exécutée  pour  la  première  fois  par  Hilton,  chirurgien  anglais,  en  1850, 
a  pris,  depuis  quelques  années,  rang  dans  la  pratique  des  chirurgiens  en 
renom.  Le  docteurMoore,  chirurgien  de  l’hôpital  de  Middlesex,  l’a  exécutée 
(jualre  fois  en  1864.  Le  docteur  Collin  l’a  faite  en  1865.  Depuis,  Roser 
(de  Marbourg) ,  Linhart  (de  Wurzbourg),  le  docteur  Michel  (de  la  faculté 
de  Strasbourg-Nancy! ,  le  docteur  Lohrl  (de  Tübingen) ,  le  professeur 
Bœckel  (de  Strasbourg),  Vanzetti  (de  Padoue),  ont  exécuté  cette  opéra¬ 
tion,  et  ont  tous  proposé  différents  procédés  pour  la  réaliser.  Nous  allons 
faire  connaître  succinctement  le  manuel  opératoire  de  ces  différents  chi¬ 
rurgien. 

Procédé  de  Hilton.  —  Le  malade  est  couché  sur  le  dos,  en  face  du  jour, 
la  langue  est  tirée  en  avant  et  de  côté  par  un  aide  ;  la  muqueuse  est  cou¬ 
pée  vis-à-vis  des  dents  molaires,  au  niveau  du  muscle  hyo-glosse  et  en 
travers  du  bord  supérieur  de  la  glande  sublinguale. 

Procédé  de  Collin.  —  La  bouche  étant  largement  ouverte,  le  chirurgien 
fait,  à  un  centimètre  de  la  dernière  grosse  molaire,  une  incision  de  trois 
centimètres  allant  jusqu’à  l’os,  et  dirigée  dans  le  sens  de  l’angle  de  la  m⬠
choire,  incision  située  à  deux  centimètres  ah-dessous  du  niveau  de  la  dent 
Je  sagesse;  le  nerf  est  sectionné  forcément  dans  l’incision. 

Procédé  de  Moore.  —  Même  opération  que  celle  de  Collin,  seulement 
Icchirurgien  de  Middiessx’s  hospital  y  joint  la  ligature  de  l’artère  linguale. 

Procédé  de  Roser.  —  Le  chirurgien  de  Marbourg  divise  toute  l’épais¬ 
seur  de  la  joue  pour  atteindre  le  lingual. 

Procédé  de  Linhart.  —  Arrive  à  la  racine  du  nerf  par  la  trépanation 
delà  branche  montante  de  la  mâchoire. 

Procédé  da  professeur  Michel.  —  Il  consiste  à  atteindre  le  nerf  par 
l’intérieur  de  la  bouche,  par  une  section  analogue  à  celle  de  Collin,  et,  le 
nerf  mis  à  nu,  à  'pn  réséquer  une  portion. 


Procédé  de  Lorhl  et  de  Luschkc 
sion  le  long  du  bord  inférieur  du 
Procédé  de  Bœckel  (fig.  18).  ^ 
étant  maintenue  ouverte  à  l’aide  j 


la  langue  par  une 
est  chloroformé^  la  bo 

iinecarteurna  Wu 


18.  • 

o-C'ion  du  nerf  lingual. 

“'"i  -  le,™'  O»  v™.  .p. 

,  .v.„s  indiqué  déjà.  d,ï:!:Hr„i3rs»ié:e  fùr: 

et  f'pee  uue  portion.  Ce  procédé  col  l’analogue  de  ceU 


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Bœceel  (Eug.),  Résection  temporaire  du  maxillaire  inférieur.  Extirpation  d’un  cancer  du  plan¬ 
cher  de  la  bouche  (Gaa.  Hebdoni.,  1863,  p.  303.) 


XX.  —  13 


194f  LANGUE.  — ^  séméiologie. 

SïME  (J),  Excision  of  the  longue  (the  Lancei.  London,  1865,  vol.  I,  p.  115.) 

Capmas  (Jon.),  Des  opérations  préliminaires  destinées  à  faciliter  l’extirpation  des  tumeurs  delà 
langue  et  du  plancher  de  la  bouche,  thèse  de  doctorat.  Paris.  1866,  n”  217. 

Deuarquaï,  Mémoire  sur  la  ligature  des  artères  de  la  langue  [Bulletin  de  C Académie  de  mé¬ 
decine,  186‘J-67,  t.  XXXII,  p.  1150,  et  Arch.  gén.  de  med.,  1868,  t.  I,  p.  129). 

Demarquay. 


SÉ.MÉIOLOGIE. 

La  langue  est  un  organe  très-complexe,  dans  la  structure  duquel  entrent, 
comme  on  l’a  vu  page  113,  des  appareils  multiples  et  variés  qui  peuvent 
être  affectés  d’états  morbides  fort  divers  dont  la  connaissance  importe  au 
plus  haut  point  au  pathologiste,  soit  pour  arriver  à  établir  le  diagnostic 
d’une  maladie  circonscrite  à  l’organe  du  goût,  soit,  plus  souvent  encore, 
pour  reconnaître  une  des  nombreuses  affections  internes  qui  exercent  à 
distance  une  modification  anatomique  ou  fonctionnelle  sur  une  de  ses  par¬ 
ties  constituantes. 

Si  nos  connaissances  en  physiologie  et  en  pathologie  ne  laissaient  rien 
à  désirer,  l'étude  séméiologique  de  la  langue  serait  singulièrement  facilitée 
par  une  classification  des  signes,  qui  aurait  pour  base  la  division  physio¬ 
logique  des  grandes  fonctions  :  on  étudierait  successivement  les  signes 
fournis  par  les  modifications  de  la  circulation,  de  la  calorification,  de 
l’innervation,  des  sécrétions  et  de  la  nutrition.  Mais  dans  l’état  actuel  de 
la  science,  une  pareille  méthode  n’est  pas  praticable;  les  grandes  fonctions 
ne  sont  pas  enfermées  dans  des  limites  rigoureuses,  elles  s’influencent 
réciproquement,  et  il  serait  d’autant  plus  difficile  de  classer  avec  préci¬ 
sion  les  divers  'troubles  apportés  par  la  maladie,  que  celle-ci  affecte  rare¬ 
ment  une  fonction  isolément  et  qu’il  existe  souvent  des  lésions  complexes 
portant  tout  à  la  fois  sur  la  circulation,  l’innervation,  les  sécrétions  et  la 
nutrition.  D’autre  part,  il  existe  des  particularités  de  formes,  des  colora¬ 
tions  extrinsèques,  des  productions  parasitaires,  dont  on  ne  peut  négliger 
l'étude.  Ajoutons  enfin  qu’il  est  indispensable  pour  le  praticien  d’établir 
des  rapprochements  entre  les  diverses  lésions  qui  se  ressemblent  par  leurs 
caractères  extérieurs  :  forme,  couleur,  consistance,  siège  apparent,  alors 
même  qu’elles  auraient  pour  point  de  départ  des  appareils  différents.  C’est 
ainsi  que  j’étudierai  dans  le  même  chapitre  les  divers  enduits  de  la  mu¬ 
queuse  linguale,  bien  que  certains  d’entre  eux  résultent  simplement  d’une 
prolifération  de  l’épithélium,  tandis  que  d’autres  sont  constitués  par  des 
organismes  inférieurs  venus  du  dehors. 

Je  suis  donc  conduit  par  la  nécessité  à  adopter  une  division  artificielle 
que  je  m’efforcerai  de  rapprocher,  autant  que  possible,  des  données  physiot 
logiques.  Cet  article  comprendra  douze  paragraphes  :  dans  le  premier, 
j’examinerai  quelles  sont  les  circonstances  pathologiques  dans  lesquelles 
la  langue  conserve  ses  caractères  physiologiques,  ce  serait  en  effet  une 
erreur  de  croire  que  cet  organe  subit  des  changements  dans  toutes  les 
maladies  ;  les  onze  paragraphes  suivants  seront  consacrés  à  l’étude  des  si¬ 
gnes  que  peuvent  fournir  les  modifications  déformé  et  de  volume, de colo- 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE.  195 

ration, des  sécrétions,  les  enduits,  les  éruptions,  les  solutions  de  continuité, 
les  hémorrhagies,  la  température,  les  altérations  de  la  sensibilité  et  du 
mouvement. 

I.  Signes  négatifs  tirés  de  l’inspection  de  la  langue.  — Avant  d’aborder 
l’examen  des  signes  fournis  par  la  langue,  il  est  nécessaire  d’établir  : 
d’une  part  que,  dans  un  assez  grand  nombre  de  maladies,  elle  conserve  un 
état  absolument  physiologique;  de  l’autre,  qu’elle  peut  présenter  certaines 
altérations  de  forme,  de  couleur  et  d’enduits,  qui  sont  compatibles  avec 
la  santé  la  plus  parfaite ,  et  qui  doivent  être  considérées  comme  physio¬ 
logiques  chez  quelques  individus. 

Dans  l’état  de  santé,  la  langue  offre  généralement  une  couleur  rosée, 
une  surface  unie  en  apparence,  mais  en  réalité  parsemée  d’une  foule  de 
petites  saillies  de  forme  et  de  volume  variables,  qui  constituent  les  pa¬ 
pilles  linguales;  elle  est  humide  dans  toute  son  étendue,  libre  dans  ses 
mouvements,  pendant  lesquels  elle  affecte  des  formes  diverses  que  l’on, 
peut  ramener  à  deux  principales  :  la  forme  aplatie  dans  laquelle  la  langue 
est  large,  étalée,  et  la  forme  en  pointe  dans  laquelle  elle  est  projetée  hors 
des  arcades  dentaires  sous  forme  d’un  cône  quadrangulaire  à  angles  ar¬ 
rondis.  Ces  caractères  normaux  sont  conservés  dans  la  plupart  des  mala¬ 
dies  chroniques,  et  quelquefois  même  dans  les  maladies  aiguës  ;  ce  phé¬ 
nomène  insignifiant  dans  le  premier  cas,  est  généralement  un  signe  favo¬ 
rable  dans  le  second  :  c’est  ainsi  que  l’état  naturel  de  la  langue  a  souvent 
servi  à  porter  un  pronostic  favorable  dans  quelques  pneumonies  d’appa¬ 
rence  sérieuse. 

On  voit  même  certaines  affections  gastro-intestinales,  comme  les  gas¬ 
tralgies  et  entéralgies,  le  cancer  de  l’estomac,  ne  déterminer  parfois  aucune 
modification  dans  l’aspect  de  la  langue. 

D’une  manière  générale  la  langue  reste  naturelle  dans  les  maladies  et 
dans  les  traumatismes  apyrétiques,  dans  les  névralgies,  les  dermatoses, 
la  pleurésie,  le  simple  rhume  et  dans  l’ictère  simple,  ainsi  que  l’a  fait  re¬ 
marquer  Gubler. 

Chez  quelques  personnes,  la  langue  offre  des  caractères  que  l’on  devrait 
rattacher  à  un  état  morbide,  si  une  observation  attentive  ne  démontrait 
qu’il  s’agit  d’une  simple  déviation’ du  type  physiologique,  et  que  cette 
apparence  maladive  concorde  avec  la  santé  la  plus  parfaite.  Dans  les  cas 
dont  je  parle,  la  langue  est  volumineuse,  elle  remplit  presque  complète¬ 
ment  la  cavité  buccale  ;  elle  est  hérissée  de  papilles  très-saillantes,  très- 
développées;  de  distance  en  distance,  et  sans  aucune  disposition  régulière, 
des  sillons  profonds  divisent  la  muqueuse  en  segments  inégaux  ;  sa  cou¬ 
leur,  d’un  gris  sale,  est  due  à  des  couches  épithéliales  plus  épaisses,  for¬ 
mant  un  léger  enduit.  Toutes  les  fonctions  de  l’organe  s’accomplissent 
parfaitement;  mais  si  l’on  n’était  prévenu,  on  croirait  à  l’existence  d’un 
embarras  gastrique  des  plus  accusés.  J’observe  en  ce  moment  deux  sujets 
présentant  ces  particularités,  je  les  ai  suivis  pendant  plusieurs  années,  leur 
santé  a  été  le  plus  souvent  parfaite  et  ils  ne  sont  affectés  notamment  d’au¬ 
cun  trouble  dyspeptique.  Cette  variété  de  conformation  me  paraît  être  une 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE. 


simple  exagération  des  caractères  normaux:  il  y  a  une  légère  hypertrophie 
générale  de  la  langue,  mais  surtout  de  la  muqueuse  et  de  se's  papilles  et 
hypergenèse  des  couches  épithéliales. 

If.  SiGKES  TIRÉS  DE  LA  FORME  ET  DU  VOLUME  DE  LA  LANGUE.  —  La  lailgue  pré¬ 
sente  chez  l’homme  malade  des  variations  de  forme  qui  dépendent  de  deux 
ordres  de  conditions  :  en  premier  lieu,  de  la  sécheresse  ou  de  l’humidité 
de  sa  surface  et  de  la  consistance  des  enduits  qui  la  tapissent  ;  en  second 
lieu,  du  mode  de  contraction  musculaire.  La  langue  humide  est  en  même 
temps  large  ;  la  langue  sèche,  au  contraire,  s’étale  moins  par  le  fait  de  la 
rétraction  de  son  enveloppe  épithéliale,  en  même  temps  elle  tend  à  devenir 
concave  du  côté  de  sa  surface  supérieure.  Gubler  attribue  cette  variation 
de  forme  à  l’inégale  épaisseur  de  la  couche  épithéliale  en  dessous  et  en 
dessus  de  la  langue  :  en  dessous,  la  couche  épithéliale  est  mince  et  réduite 
à  deux  bandelettes  latérales,  en  dessus  elle  est  épaisse  et  recouvre  toute  la 
largeur  de  l’organe;  il  en  résulte  que  lorsque  la  langue  est  sèche, elle  de 
vient  concave,  la  couche  épithéliale  supérieure  se  rétractant  davantage.  C2. 
double  phénomène  est  plus  prononcé  quand  le  dos  de  la  langue  est  recou¬ 
vert  d’un  enduit  sec  et  épais. 

Selon  le  même  observateur,  la  langue  se  rétrécit  dans  la  fièvre  par  le 
spasme  des  fibres  musculaires  transversales,  tandis  qu’elle  reste  large  et 
plate  dans  l’apyrexie  avec  embarras  gastrique  et  état  saburral  des  pre¬ 
mières  voies. 

Toutes  les  modifications  de  la  contractilité  musculaire  apportent  des 
changements  dans  la  forme  de  la  langue  :  dans  l’hémiplégie,  par  exemple, 
cet  organe  est  plat  et  comme  étalé  dans  sa  moitié  correspondant^au  côté 
paralysé.  Nous  reviendrons  du  reste  sur  ce  sujet,  en  étudiant  les  altéra¬ 
tions  du  mouvement. 

Le  volume  de  la  langue  est  sujet  à  de  grandes  variations.  On  observe 
une  tuméfaction  souvent  considérable  et  très-rapide  dans  la  glossite  paren¬ 
chymateuse  primitive  ou  consécutive  à  des  traumatismes,  à  des  morsures 
ou  à  des  piqûres  d’animaux  venimeux  (voy.  Pathologie,  Glossite),  une 
simple  congestion  non  inflammatoire  suffit  pour  produire  une  intumes¬ 
cence  notable.  C’est  ce  que  l’on  voit  à  la  suite  des  accès  d’épilepsie  et 
d’éclampsie,  de  la  strangulation  directe,  d’une  compression  prolongée  du 
cou,  comme  celle  qui  a  lieu  chez  les  militaires  qui  portent  un  col  trop 
serré  (Stoll);  Dechambre  signale,  d’après  Hayes,  un  cas  d’intumescence 
périodique  de  la  langue  qu’il  est  difficile  de  ne  pas  attribuer  à  une  conges¬ 
tion.  Les  maladies  du  cœur  et  des  poumons  qui  apportent  une  grande 
gêne  dans  la  circulation,  déterminent  aussi  la  congestion  et  l’augmentation 
de  volume;  il  en  est  de  même  des  angines  inflammatoires  et  de  toutes  les 
stomatites  qui  s’étendent  à  la  langue  :  stomatites  mercurielle,  ulcéro- 
membraneuse.  Dans  l’embarras  gastrique,  il  arrive  assez  souvent  que  la 
langue  se  tuméfie  assez  pour  présenter  sur  ses  bords  l’impression  des 
dents.  Gubler  attribue  cette  augmentation  de  volume,  soit  à  un  œdème 
interstitiel,  soit  à  un  certain  degré  de  relâchement  des  parois  vasculaires. 
Les  personnes  dyspeptiques  ou  prédisposées  à  la  dyspepsie,  ont  souvent  la 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE.  197 

langue  épaisse,  large,  recouverte  de  papilles  turgescentes,  et  tapissée  par 
un  léger  enduit  grisâtre. 

La  langue  peut  être  le  siège  d’une  hypertrophie  ou  d’une  atrophie  gé¬ 
nérale  ou  partielle.  Il  existe  une  hypertrophie  primitive  avec  prolapsus  qui 
peut  être  portée  au  point  de  nécessiter  l’amputation  de  l’organe  ;  on  a  si¬ 
gnalé  chez  les  crétins  une  hypertrophie  habituelle  de  la  langue. 

Dans  l'atrophie  musculaire  progressive,  il  n’est  pas  très-rare  de  voir  la 
langue  participer  au  processus  atrophique.  Gubler  a  vu  un  cas  d’atrophie 
consécutive  à  une  angine  couenneuse  et  gangréneuse  :  «  La  langue  était 
amincie  et  excavée  par  places,  et  le  sujet  blésait  et  parlait  comme  s’il 
avait  eu  constamment  un  caillou  dans  la  bouche.  — 

III.  Signes  tirés  des  colorations  diverses  de  la  langue.  —  La  coloration 
normale  de  la  langue  peut  être  modifiée  par  des  conditions  assez  diverses 
que  nous  pouvons  ranger  sous  quatre  chefs  :  1°  colorations  dues  aux  en¬ 
duits  ;  2“  colorations  dues  aux  variations  de  la  circulation  sanguine  ; 
5“  coloration  noire,  spéciale  et  nigntie  de  la  langue,  dont  la  nature  est 
encore  discutée  ;  4°  colorations  accidentelles  causées  par  des  matières 
tinctoriales  venues  du  dehors  ou  par  des  caustiques. 

1°  Les  colorations  dues  aux  enduits,  seront  étudiées  dans  un  paragraphe 
spécial,  je  n’en  parlerai  pas  ici. 

•2°  Les  colorations  qui  sont  sous  la  dépendance  d’une  modification  de  la 
circulation  sanguine  varient  depuis  la  coloration  violacée  de  la  cyanose 
jusqu’à  la  pâleur  de  l’anémie  par  hémorrhagie. 

La  teinte  cyanique  de  la  langue  existe  dans  toutes  les  maladies  qui  met¬ 
tent  un  obstacle  sérieux  à  la  circulàtion  régulière  du  sang,  et  dans  celles 
qui  entravent  l’hématose  ;  citons  les  affections  organiques  du  cœur,  la 
persistance  du  trou  deBotal,  le  choléra,  la  fièvre  intermittente  algide,  et 
tous  les  états  pathologiques  qui  peuvent  déterminer  l'asphyxie  ;  croup, 
grands  épanchements,  bronchite  capillaire,  ascite  excessive,  etc. 

La  rougeur  générale  de  la  langue  tient  à  l’hypérémie  de  la  muqueuse  ; 
on  observe  ce  «ymptôme  d’une  manière  remarquable  :  dans  la  scarlatine 
pendant  la  période  d’éruption  et  pendant  la  desquamation ,  alors  que 
l’épithélium  se  détache  ;  dans  toutes  les  fièvres  à  type  inflammatoire,  fièvre 
synoque,  stade  de  chaleur  de  la  fièvre  intermittente,  piériode  prodromique 
de  la  variole,  début  de  certaines  fièvres  typhoïdes;  dans  quelques  grippes, 
où  il  se  produit  à  la  fin  du  second  septénaire,  il  se  fait  alors  une  véri¬ 
table  desquamation  de  la  langue,  et,  d’une  manière  générale,  dans  toute 
phlogose  atteignant  primitivement  ou  consécutivement  la  muqueuse  lin¬ 
guale. 

La  rougeur  de  la  langue  se  montre  également  dans  les  affections  gastro- 
intestinales  de  nature  inflammatoire,  sans  être  cependant  le  symptôme 
obligé  de  ces  affections,  ainsi  que  le  voulait  Broussais.  Pour  ce  patholo¬ 
giste,  toute  rougeur  de  la  langue  annonçait  une  irritation  gastrique  ;  cette 
assertion  n’a  paSjbesoin  d’être  réfutée  aujourd’hui  :  dès  1824,  Rcignière 
démontrait  que  la  rougeur  de  la  langue  existe  dans  les  états  pathologiques 
les  plus  différents;  il  résulte  aussi  des  relevés  statistiques^faits  par  Louis, 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE. 


que  ce  symptôme  était  aussi  fréquent  chez  les  phthisiques  et  les  sujets 
atteints  de  fièvre  typhoïde  dont  l’estomac  restait  sain,  que  chez  ceux 
atteints  d’une  lésion  grave  de  ce  viscère.  li  ne  faut  pas  cependant  exagérer 
et  dénier  toute  valeur  à  la  rougeur  de  la  langue  comme  signe  des  phleg- 
masies  gastro-intestinales  ;  les  faits  permettent  d’établir  qu’elle  coïncide  en 
général  avec  les  troubles  digestifs  qui  accompagnent  un  grand  nombre 
de  pyrexies  et  de  phlegmasies,  et  qu’elle  est  habituelle  dans  les  gastrites 
aiguës. 

Je  signalerai  enfin  la  coloration  rouge  uniforme  de  la  langue  qui  survient 
par  le  fait  d’une  abstinence  trop  prolongée,  que  celle-ci  résulte  des  pres¬ 
criptions  trop  sévères  du  médecin,  ou  qu’elle  soit  consécutive  à  une  pri¬ 
vation  volontaire  ou  forcée  d’aliments. 

La  pâleur  et  la  décoloration  de  la  langue  sont  le  résultat  obligé  de  toute 
anémie,  de  toute  cachexie  ;  aussi  les  observe-t-on  dans  la  chlorose,  à  la 
suite  de  toutes  les  grandes  hémorrhagies,  et  pendant  la  période  ultime 
de  toutes  les  maladies  qui  altèrent  profondément  la  nutrition  géné¬ 
rale. 

Lorsque  le  sang  est  chargé  d’une  matière  colorante  qu’il  a  puisée  au 
sein  de  l’organisme,  comme  la  matière  hémaphéique  et  la  biliphéine  dans 
les  ictères  hémaphéique  etbiliphéique,  ou  d’une  quantité  anormale  de  pig¬ 
ment,  comme  dans  la  maladie  d’Addison  et  les  mélano  dermies  de  la 
tuberculose  ou  de  l’impaludisme,  la  muqueuse  linguale  participe  souvent 
à  la  coloration  générale  du  tégument  externe;  elle  jaunit  ou  elle  brunit 
selon  la  nature  du  produit  contenu  dans  le  sang,  et  on  a  signalé  la  colora¬ 
tion  jaunâtre  de  la  face  inférieure  de  la  langue  et  du  frein  comme  un  des 
signes  les  plus  précoces  de  l’ictère. 

5“  Coloration  noire  spéciale  et  nigritie  de  la  langue.  —  Je  réunis,  dans 
ce  paragraphe,  les  colorations  noires  de  la  langue,  décrites  par  Gubler  et 
Maurice  Raynaud,  et  attribuées  par  ce  dernier  à  la  présence  d’un  parasite 
végétal,  et  la  coloration  dont  Bertrand  de  Saint-Germain  a  donné  une  des¬ 
cription  sous  le  nom  de  nigritie.  ■  •  ' 

Les  deux  premiers  auteurs  ont  observé,  sur  la  face  dorsale  de  la  langue 
de  quelques  malades  et  de  quelques  vieillards,  un  enduit  noir  ayant  ma¬ 
nifestement  son  siège  dans  la  couche  d’épithélium  qui  est  alors  très- 
épaisse,  et  qui  forme  autour  des  papilles  de  longues  gaines  couchées  en 
sens  différents,  à  peu  près  comme  l’herbe  versée.  La  couleur  noire  est 
plus  profonde  au  milieu  de  la  langue  et  s’atténue  vers  les  bords  et  à  la 
,  pointe  :  il  est  impossible  de  la  détacher  sans  enlever  les  coiffes  épithéliales, 
et  l’opération  est  difficile  à  exécuter. 

La  coloration  est  le  plus  souvent  diffuse,  parfoi^elle  forme  seulement 
des  taches  arrondies  ou  irrégulières;  elle  présente  rarément  la  circonscrip¬ 
tion  nette  des  taches  pigmentaires  proprement  dites.  Sa  durée  est  très- 
variable  ;  de  quelques  semaines  à  quelques  mois.  Dans  un  cas,  elle  a  duré 
une  année  entière  et  ne  s’est  atténuée  que  lorsque  les  symptômes  abdomi¬ 
naux  d’une  affection  grave  des  voies  digestives,  dans  le  cours  de  laquelle 
elle  était  survenue,  se  sont  eux-mêmes  améliorés. 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE.  199 

Cette  description,  que  j’emprunte  presque  textuellement  à  l’article  sur 
la  séméiologie  de  la  bouche  publié  par  Gubler,  concorde  d’une  manière 
remarquable  avec  celle  donnée  postérieurement  par  Raynaud;  mais,  tandis 
que  Gubler,  soupçonnant  l’existence  d’un  parasite,  l’avait  cherché  en  vain, 
Raynaud  plus  heureux  a  découvert,  dans  la  matière  noire,  outre  des  vi¬ 
brions,  des  bactéries  et  des  filaments  de  l’algue  buccale,  la  présence  de 
spores  libres  ou  adhérentes  aux  cellules  épithéliales.  Ces  spores,  tantôt 
accumulées  en  nombre  considérable,  tantôt  groupées  en  petits  amas  irré¬ 
guliers  ou  moniliformes,  se  rapprochent  de  celles  du  trichophyton  de  la 
teigne  tonsurante,  de  la  mentagre  et  de  l’herpès  circiné.  On  ignore  encore 
à  quelle  espèce  cette  production  végétale  doit  être  rapportée,  et  il  est  né¬ 
cessaire  d’attendre  de  nouvelles  observations  avant  d’en  affirmer  la  pré¬ 
sence  constante  et  l’influence  prépondérante  dans  la  genèse  de  la  colora¬ 
tion  que  nous  venons  de  décrire. 

Bertrand  de  Saint-Germain  a  décrit,  sous  le  nom  de  nigrilie,  une  affec¬ 
tion  caractérisée  par  une  coloration  noire  analogue  à  celle  qui  appartient 
normalement  à  la  langue  des  perroquets  et  à  celle  de  la  girafe.  11  l’a  ren¬ 
contrée  chez  quatre  sujets.  Elle  est  survenue  au  milieu  de  la  santé  et  a 
débuté  par  une  tache  noire  occupant  la  face  supérieure  de  la  langue  vers 
la  partie  moyenne.  Cette  tache,  après  s’être  étendue  pendant  quelques 
jours,  demeure  stationnaire  pendant  une  dizaine  de  jours,  puis  s’efface  de 
la  circonférence  au  centre  dans  l’espace  de  40  à  60  jours.  Elle  résiste  au 
lavage  et  acquiert  la  couleur  noir  d’ébène,  quand  elle  est  arrivée  à  son 
entier  développement. 

L’auteur  considère  cette  coloration  comme  formée  par  une  sécrétion 
de  pigment,  mais  il  ne  fournit  à  l’appui  de  cette  opinion  aucune  preuve 
anatomique.  Antérieurement,  Eulenburg  avait  observé  un  cas  de  nigritie, 
où  l’examen  microscopique  lui  démontra  que  la  coloration  noire  était 
due  à  des  corpuscules  pigmentaires  entourant  les  cellules  épithéliales.  , 

4°  Les  matières  tinctoriales  venues  du  dehors  peuvent  donner  à  la 
langue  les  colorations  les  plus  diverses  :  les  encres,  le  vin  rouge,  les  ’ 
mûres,  le  cassis,  les  baies  de  myrtille,  certaines  variétés  de  cerises,  don¬ 
nent  une  couleur  violacée  plus  ou  moins  noirâtre  ;  le  tabac,  l’extrait  de 
réglisse,  les  noix  fraîches,  les  pruneaux,  donnent  une  couleur  brune;  le 
chocolat,  la  couleur  brun  rougeâtre  qui  lui  est  particulière  ;  le  safran,  le 
laudanum,  la  rhubarbe,  colorent  en  jaune;  le  quinquina  rouge,  la  rata- 
nhia,  la  framboise,  la  cerise,  communiquent  diverses  nuances  de  rouge. 
Nous  n’avons  pas  à  nous  arrêter  sur  ces  colorations  diverses  :  il  suffit  de 
de  les  signaler. 

Rappelons  enfin  les  colorations  produites  par  l’action  des  caustiques  : 
l’acide  sulfurique  colore  en  noir  ;  l’acide  nitrique  en  jaune  ou  en  noir, 
suivant  que  l’eschare  est  très-superficielle  ou  profonde,  comprenant  alors 
toute  l’épaisseur  du  derme.  L’action  de  l’acide  chromique  est  la  même. 
L’eschare  du  nitrate  acide  de  mercure  est  rougeâtre;  celle  de  la  potasse 
caustique  grise  et  gélatiniforme  ;  celle  du  nitrate  d’argent  blanche  ou 
gris-perle. 


200 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE. 


rV.  Signes  tirés  des  modifications  des  sécrétions  de  la  lancde.  — Lés 
glandes  de  la  langue  sécrètent  un  mucus  assez  abondant  qui,  en  se  mélan¬ 
geant  avec  le  produit  de  sécrétion  des  glandes  salivaires,  constitue  un 
liquide  mixte  par  lequel  la  langue  est  incessamment  humectée.  Ce  liquide 
peut  présenter  des  modifications  dans  ses  caractères  chimiques  et  dans 
sa  quantité. 

1"  Modifications  des  caractères  chimiques  des  liquides  de  la  langue. 
—  Il  est  probable  que,  sous  l’influence  des  maladies,  les  liquides  de  la 
bouche  subissent  des  modifications  dans  leur  composition  chimique;  mais 
cette  étude  n’a  pas  été  faite  :  nous  nous  occuperons  seulement  ici  du  phé¬ 
nomène  de  Vacescence,  si  bien  étudié  par  Gubler. 

Pendant  longtemps,  les  pathologistes  ont  admis  que  le  mucus  lingual 
était  normalement  acide,  tandis  que  la  salive  jouissait  de  propriétés  alca¬ 
lines  très-prononcées.  Gubler  a  démontré  que  cette  acidité  n’était  pas  phy¬ 
siologique,  qu’elle  ne  survenait  que  d’une  manière  a'ccidentelle,  même 
chez  les  sujets  bien  portants,  et  que  tous  les  liquides  de  la  bouche  étaient 
alcalins  à  l’état  normal. 

L’acidité  des  liquides  de  la  langue  ne  se  produit  que  consécutivement 
à  leur  sécrétion,  par  le  fait  d’une  véritable  fermentation  acide  développée 
aux  dépens  des  sécrétions  normales  et  surtout  des  matières  ingérées  à 
titre  d’aliments  et  de  boissons.  Les  substances  amylacées  ou  sucrées,  les 
fécules,  les  gommes,  le  sucre  de  canne,  la  glycose,  se  transformant  en 
acide  acétique,  ou  plutôt  en  acide  lactique,  puisqu’il  y  a  toujours  une 
certaine  proportion  d’un  corps  gras  en  présence.  Le  vin,  les  boissons  fer¬ 
mentées,  les  alcooliques  subissent  la  fermentation  acétique.  Les  matières 
grasses  donnent  lieu  à  des  produits  âcres  et  volatils. 

Toutes  ces  fermentations  acides  peuvent  survenir  chez  l’homme  sain 
d’une  manière  transitoire  ;  il  n’est  pas  rare  de  constater  le  matin  à  jeun, 
ou  quand  on  a  parlé  beaucoup,  une  réaction  acide  de  la  surface  de  la 
langue,  que  l'ingestion  dé  quelques  aliments  fait  bientôt  disparaître.  Mais 
c’est  principalement  dans  l’état  de  maladie,  et  surtout  dans  les  affections 
des  voies  digestives  et  les  cachexies,  que  se  développe  l’acidité  du  liquide 
lingual.  Par  suite  d’un  afflux  moins  abondant  de  salive,  de  la  diète,  de 
l’ingestion  fréquente  des  boissons  sucrées,  de  la  manière  de  respirer  (res¬ 
piration  par  la  bouche  entr’ouverte) ,  toutes  les  conditions  favorables  à  la 
fermentation  acide  se  trouvent  réunies.  Cette  modification  chimique  se 
constate  par  la  réaction  que  donne  le  papier  de  tournesol  et  par  divers 
symptômes  objectifs'  ou  subjectifs.  La  muqueuse  est  rouge,  plus  ou  moins 
sèche  et  chargée  de  débris  de  la  couche  épithéliale  en  desquamation  ;  la 
bouche  est  pâteuse,  mauvaise,  aigre  ;  les  boissons  et  les  aliments,  en  gé¬ 
néral,  mais  surtout  les  boissons  sucrées,  prennent  un  goût  aigre  qui  les 
fait  repousser  par  le  malade. 

L’acescence  de  tous  les  liquides  buccaux  est  éminemment  favorable,  à 
la  végétation  de  la  mucédinée  du  muguet  ;  elle  n’est  pas  cependant  indis¬ 
pensable  à  la  production  de  ce  parasite;  pour  Gubler,  qui  a  étudié  cette 
question  avec  le  plus  grand  soin,  la  seule  condition  indispensable  au  déve- 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE.  201 

ioppement  de  Voïdium  albicans  est  «  la  présence  constante  d’un  milieu  et 
plus  spécialement  d’une  couche  épithéliale  chargée  ou  imprégnée  de 
substances  sucrées  ou  amylacées,  directement  ou  secondairement  fermen¬ 
tescibles  et  conséquemment  acidifiables.  » 

L’acidilé  serait  un  phénomène  consécutif,  mais  une  fois  formée  elle 
favoriserait  la  prospérité  de  la  végétation  cryptogamique. 

Cet  auteur  serait  porté  à  croire  que  la  fermentation  acide  aurait  tou¬ 
jours  lieu  sous  l’influence  des  spores  de  mycodermes  apportées  dans  la 
bouche  par  l’air  atmosphérique.  L’acescence  de  la  bouche  dénoterait  donc 
habituellement  l’existence  de  spores  répandues  dans  le  mucus,  et  sa  per¬ 
manence  ferait  prévoir  la  formation  prochaine  de  touffes  à’oidium  alhï- 
mns. 

2°  Modifications  de  la  quantité  des  liquides  de  la  langue.  —  Humidité 
et  sécheresse  de  cet  organe.  —  La  sécrétion  des  glandes  de  la  langue 
augmente  dans  h'Sialorrhée  ou  ptyalisme;  mais  cette  hypersécrétion  ne  joue 
qu’un  rôle  secondaire  dans  la  production  de  ce  phénomène  morbide,  et  se 
trouve. dominée  par  l’afflux  exagéré  de  la  salive  proprement  dite;  nous 
n’avons  pas  à  en  faire  une  étude  spéciale,  et  nous  renvoyons  à  l’article 
Bouche,  où  la  sialorrhée  a  été  décrite  par  Fernet. 

La  langue  peut  perdre  son  humidité  naturelle  sous  l’influence  de  causes 
diverses;  sans  être  malades,  quelques  personnes  ont  habituellement  une 
sécheresse  assez  grande  de  la  muqueuse  linguale.  Dans  les  cas  d’oblitération 
temporaire  des  fosses  nasales  par  une  cause  quelconque,  mucus,  sang,  po¬ 
lype,  ou  lorsque  les  sujets  ont  contracté  l’habitude  de  respirer  par  la 
bouche,  le  courant  d’air  qui  traverse  cette  cavité  dessèche  la  langue. 
Certains  médicaments,  la  belladone,  la  jusquiame,  et  leurs  alcaloïdes, 
l’atropine  et  l'hyoscyamine,  l’opium,  les  purgatifs  et  souvent  aussi  les  to¬ 
niques  donnés  avec  excès,  ou  en  dehors  du  moment  opportun,  diminuent 
les  sécrétions  linguales  ;  l'usage  prolongé  de  la  parole,  les  émotions  mo¬ 
rales,  l’abstinence  conduisent  au  même  résultat. 

La  diminution  de  l’humidité  rend  la  langue  collante  au  doigt,  en  même 
temps  quelle  gêne  les  mouvements  en  faisant  adhérer  momentanément 
la  langue  aux  lèvres  et  à  la  voûte  palatine.  A  un  degré  plus  avancé  de  sé¬ 
cheresse,  elle  devient  poisseuse,  et  enfin  tout  à  fait  sèche,  rugueuse  ou 
râpeuse.  En  même  temps,  elle  change  de  couleur  suivant  la  nature  de  l’en¬ 
duit  qui  la  recouvre  ;  elle  jaunit  ou  brunit  généralement  comme  le  fait 
l’épithélium  pur;  elle  prend  une  teinte  noirâtre  si  l’enduit  est  sangui¬ 
nolent. 

La  sécheresse  débute  par  le  milieu  de  la  face  dorsale,  puis  elle  s’étend 
graduellement  des  deux  côtés  et  vers  la  pointe,  de  telle  manière  que  la 
partie  desséchée  représente  un  triangle  à  base  antérieure  et  arrondie. 
Pendant  un  certain  temps,  il  reste  sur  les  parties  latérales  une  bordure 
plus  ou  moins  large,  encore  souple  et  humide. 

Assez  souvent,  surtout  dans  les  cas  de  délire  loquace,  les  parties  latérales 
de  la  langue  sont  chargées  d’un  liquide  mixte  très-spumeux,  en  couche 
plus  épaisse  au  voisinage  de  la  région  desséchée.  (Gubler.) 


202 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE, 


Lorsque  la  sécheresse  est  très-grande,  les  mouvements  sont  très-diffi¬ 
ciles,  et  l’articulation  des  sons  impossible. 

Les  maladies  dans  lesquelles  la  langue  se  dessèche  sont  assez  nom¬ 
breuses;  on  observe  fréquemment  ce  symptôme  dans  les  affections  des 
vieillards  ;  quelquefois  même,  il  existe  chez  eux  sans  que  l’on  puisse  dé¬ 
couvrir  aucune  maladie  interne.  Tout  état  fébrile  intense  et  d’une  certaine 
durée  peut  également  le  déterminer;  on  le  rencontre  encore  dans  toutes 
les  maladies  des  organes  thoraciques  ou  du  tube  digestif,  qui  apportent 
do  la  gêne  dans  la  respiration  et  forcent  les  malades  à  respirer  plus  vite  et 
plus  largement  que  dans  l’état  naturel.  La  fièvre  apporte  dans  l’innwva- 
tion  du  grand  sympathique  des  modifications  qui  diminuent  l’activité  sé¬ 
crétoire  des  glandes  linguales;  d’autre  part,  le  passage  plus  fréquent  et 
plus  rapide  de  l’air  dans  la  cavité  buccale,  donne  lieu  à  une  évaporation 
plus  intense,  d’où  résulte  le  dessèchement  de  la  muqueuse  ;  toutes  les  py¬ 
rexies,  la  pneumonie,  le  météorisme  et  l’ascite  excessive  nous  fournissent 
des  exemples  de  ces  deux  ordres  de  causes. 

V.  Signes  tirés  des  ekddits.  —  Des  enduits  de  compositions  diverses 
peuvent  se  former  sur  la  surface  de  la  langue.  Les  uns  sont  constitués  par 
l’accumulation  de  produits  normalement  formés  ou  sécrétés,  épithélium 
et  mucus,  auxquels  viennent  s’ajouter  souvent  les  poussières  atmosphéri¬ 
ques,  des  parcelles  alimentaires,  du  sang  ou  la  matière  colorante  delà  bile; 
les  antres  sont  constitués  par  des  exsudais  fibrineux  consécutifs  aux  diverses 
affections  inflammatoires  de  la  bouche;  d’autres  enfin  sont  le  résultat  de 
la  végétation  d’un  parasite  végétal.  Ces  considérations  nous  amènent  à 
diviser  ces  enduits  en  trois  groupes  :  1“  enduits  muqueux  et  épithéliaux, 
pouvant  devenir  bilieux  ou  sanguinolents  ;  2°  enduits  pseudo-membra¬ 
neux;  3“  enduits  parasitaires. 

1“  Enduits  muqueux,  accessoirement  bilieux  ou  sanguinolents.  — 
Comme  tous  les  épithéliums  stratifiés,  l’épithélium  lingual  est  soumis  à 
une  mue  continuelle  ;  ses  couches  superficielles,  devenues  caduques,  se 
détachent  sous  l’influence  des  frottements  qui  résultent  des  divers  mouve¬ 
ments  de  la  langue;  mais,  en  quelques  heures,  les  cellules  détruites  sont 
remplacées,  et,  si  de  nouveaux  frottements  ne  viennent  les  enlever  à  leur 
tour,  comme  pendant  l’abstinence  et  le  silence  qu’occasionne  si  souvent 
la  maladie,  l’épaisseur  de  l’épithélium  augmente;  d’autre  part,  il  ne  nous 
paraît  pas  douteux  que,  dans  bon  nombre  de  maladies,  et  notamment  dans 
les  maladies  catarrhales,  la  formation  de  l’épithélium  ne  soit  activée;. si, 
à  ces  conditions  d’hypergenèse  épithéliale  et  de  repos  complet  de  la  lan¬ 
gue,  vient  s’ajouter  la  diminution  de  la  sécrétion  buccale,  et,  par  suite, 
la  sécheresse  de  la  langue,  toutes  les  circonstances  favorables  à  la  forma¬ 
tion  du  dépôt  se  trouvent  réunies  ;  alors,  le  mucus  qui  humecte  la  mu¬ 
queuse  linguale  devient  de  plus  en  plus  opaque,  il  se  concrète  en  formant 
des  stratifications  plus  ou  moins  régulières  et  épaisses.  A  mesure  qu’il  sé¬ 
journe  au  contact  de  l’air,  cet  enduit  se  charge  de  poussières  atmosphé¬ 
riques  et  devient  grisâtre  ;  il  augmente  par  l’adjonction  de  parcelles  ali¬ 
mentaires  et  de  matières  tinctoriales  provenant  des  boissons,  et  se  fonce 


LANGUE.  —  séméiologie.  203 

en  couleur  d’autant  plus  qu’il  devient  plus  sec  ;  le  résidu  de  la  salive  des¬ 
séchée  entre  aussi  pour  une  faible  part  dans  sa  composition.  Ainsi  se 
trouve  constitué  un  dépôt,  dont  la  couleur  varie  depuis  le  blanc  grisâtre 
jusqu’au  brun  foncé,  à  qui  l’on  doit  réserver  le  nom  enduit  muqueux. 

^S’il  vient  s’ajouter  à  cet  enduit  une  certaine  quantité  de  matière  colo¬ 
rante  de  la  bile,  soit  par  le  fait  d’un  ictère  et  de  la  coloration  générale 
des  tissus,  soit  par  suite  de  vomissements  bilieux,  sa  coloration  devient 
jaune,  et  on  a  V enduit  bilieux. 

Les  enduits  muqueux  et  bilieux,  tels  que  nous  venons  de  les  définir, 
constituent  les  saburres,  qui  ont  joué  un  si  grand  rôle  dans  la  médecine  . 
du  siècle  dernier,  et  que  les  pathologistes  d’alors  considéraient  comme  une 
matière  morbifique  spéciale  dont  l’élimination  se  faisait  sous  les  efforts 
de  L’organisme.  Denis  (de  Commercy),  qui  a  fait  l’analyse  de  l’enduit  sa- 
burral,  a  trouvé  dans  15  grammes  de  résidu  sec  :  phosphate  de  chaux, 
5,2;  carbonate  de  chaux,  1,5;  mucus  altéré,  7,5;  perte,  1,0. 

L’enduit  muqueux  peut  être  unifjormément  répandu  sur  toute  la  surface 
de  l’organe;  il  est  plus  épais  à  la  base,  au  devant  du  trou  borgne  de  Mor- 
gagni  et  sur  la  partie  moyenne  de  la  langue.  Dans  certains  cas,  les  papilles 
turgescentes  se  montrent  sous  forme  de  petites  granulations  d’un  rouge 
vif  qut  percent  la  couche  blanchâtre. 

L’enduit  muqueux  est  un  des  signes  habituels  des  maladies  catarrhales, 
principalement  des  catarrhes  de  la  muqueuse  digestive.  Il  ne  man(|ue 
presque  jamais  dans  le  catarrhe  stomacal  ou  embarras  gastrique,  qu’il  soit 
d’ailleurs  simple  ou  fébrile,  primitif  ou  consécutif  à  une  autre  maladie, 
comme  le  diabète,  le  mal  de  Bright,  certaines  intoxications  paludéennes, 
la  grippe,  la  pneumonie,  etc.  On  l’observe  fréquemment  chez  beaucoup 
de  dyspeptiques ,  surtout  quand  la  dyspepsie  dépend  d’une  gastrite 
chronique. 

Un  assez  bon  signe  différentiel  de  la  gastrite  chronique  ulcéreuse  et  du 
carcinome  stomacal  est  la  présence  dans  la  première  maladie  d’un  enduit 
muqueux  qui  manque  le  plus  souvent  dans  la  seconde,  à  moins  qu'il  ne 
soit  survenu  des  phlegmasies  consécutives  et  de  la  fièvre.  D’une  manière 
générale,  les  sujets  qui  ont  été  soumis  à  une  abstinence  assez  prolongée, 
presque  tous  les  fébricitants,  pour  peu  que  la  fièvre  ait  quelque  durée,  et 
surtout  ceux  qui  sont  au  début  d’une  fièvre  typho'ide,  présentent  un  enduit 
blanchâtre  de  la  langue,  prédominant  à  la  partie  moyenne.  Une  langue 
nette  pendant  les  premiers  jours  d’une  fièyre  à  type  continu,  doit  toujours 
faire  mettre  en  doute  l’existence  de  la  fièvre  typho'ide. 

V enduit  bilieux  de  la  langue  est  un  des  signes  les  plus  caractéristiques 
de  ce  complexus  symptomatique  assez  mal  déterminé,  mais  admis  cepen¬ 
dant  par  tous  les  médecins  sous  le  nom  à’ état  bilieux;  on  le  rencontre, 
par  suite,  dans  toutes  les  conditions  pathologiques  où  l’état  bilieux  se  pro¬ 
duit;  nous  n’avons  pas  à  en  faire  ici  la  description;  nous  rappellerons 
seulement  que  l’état  bilieux  peut  être  primitif  et  constituer  à  lui  seul  la 
maladie,  mais  que  le  plus  souvent  il  s’ajoute  à  d’autres  affections  et  vient 
les  compliquer;  citons  la  fièvre  synoque,  la  fièvre  typho  de,  la  pneumonie, 


204 


LANGUE.  -  SÉMÉIOLOGIE. 

la  dysenterie,  les  fièvres  paludéennes,  l’érysipèle,,  les  fièvres  rémittentes 
de  nos  pays  ou  des  pays  chauds.  Il  est  certaines  constitutions  médicales 
qui  prennent  le  caractère  bilieux  et  pendant  lesquelles,  en  même  temps 
que  les  fièvres  bilieuses  sont  fréquentes,  presque  toutes  les  maladies  se 
compliquent  d’état  bilieux;  je  renvoie  le  lecteur  à  la  description  magistrale 
faite  par  Stoll  de  la  constitution  médicale  bilieuse  des  années  1775  et 
1776. 

Les  enduits  sanguinolents  résultent  de  l’imbibition  des  enduits  mu¬ 
queux  par  la  matière  colorante  du  sang.  Ils  sont  généralement  accompa¬ 
gnés  d’un  grand  état  de  sécheresse  de  la  langue,  qui  prend  alors  une  cou¬ 
leur  noirâtre  et  la  dénomination  de  langue  rôtie.  Le  sang  provient  de 
gerçures,  de  fissures  plus  ou  moins  profondes  qui  se  forment  dans  le 
derme  lingual;  il  suinte  en  petite  quantité,  se  mêle  au  mucus,  se  dessèche 
avec  lui,  et  l’ensemble  forme  une  masse  noirâtre  qui,  sur  la  langue,  les 
dents  et  les  lèvres,  constitue  les  fuliginosités.  En  même  temps  le  volume 
de  la  langue  est  diminué,  elle  est  petite,  contractée,  et  ne  se  meut  qu’avec 
peine  dans  la  bouche. 

C’est  dans  le  cours  des  maladies  adynamiques  et  hémorrhagiques  qu’on 
voit  paraître  les  enduits  sanguinolents.  Il  faut  placer  en  tête  la  fièvre  lyru- 
phoïde  ataxique  et  adynamique  où  ils  se  montrent  généralement  dans  le 
courant  du  second  septénaire.  Les  fièvres  éruptives  hémorrhagiques,  les 
fièvres  intermittentes  pernicieuses,  les  fièvres  rémittentes  paludéennes,  la 
fièvre  jaune  pendant  la  troisième  période,  le  typhus,  la  peste,  le  scorbut, 
les  angines  gangréneuses,  la  morve,  la  pneumonie  des  vieillards,  s’accom¬ 
pagnent  de  ce  symptôme  qui  indique  toujours  un  état  général  fort  grave. 
On  l'observe  encore  dans  les  suppurations  profondes  et  étendues,  dans  la 
la  fièvre  puerpérale,  les  gangrènes,  en  un  mot  dans  toutes  les  maladies 
qui  peuvent  prendre  le  caractère  typhoïde. 

2“  Enduits  pseudo-membraneux.  —  Les  pseudo-membranes  sont  très- 
rares  dans  les  maladies  de  la  langue;  autant  elles  sont  communes  sur  les 
autres  points  de  la  muqueuse  buccale,  autant  elles  sont  exceptionnelles 
sur  la  muqueuse  linguale. 

Jetons  un  rapide  coup  d’œil  sur  les  diverses-affectionsquipeuventdonner 
lieu  à  la  formation  d’un  exsudât  fibrineux. 

La  maladie  exsudative  par  excellence,  la  diphthérie,  n’envahit  presque 
jamais  la  langue,  dans  les  cas  très-exceptionnels  où  on  a  rencontré  une  de 
ses  manifestations  sur  cet  organe,  elle  en  occupait  la  base  ou  les  bords, 
La  diphthérie  linguale  est  toujours  secondaire,  elle  ne  présente  aucun 
caractère  particulier,  et  résulte  de  l’extension  des  fausses  membranes  que 
tapissent  les  surfaces  voisines  dans  la  dipbthérie  buccale  ou  pharyngée. 

Cette  réflexion  s’applique  également  aux  manifestations  linguales  de  la 
stomatite  ulcéro-membraneuse ;  Bergeron  a  rencontré  les  ulcérations  qui 
caractérisent  cette  maladie  sur  la  face  supérieure  et  les  bords  de  la  langue; 
elles  se  présentent  alors  sous  une  forme  allongée,  presque  linéaire  ;  eljes 
sont  peu  profondes  et  recouvertes  d’un  produit  peu  consistant,  pultacé, 
d’un  jaune  pâle,  ressemblant  fort  peu  à  une  fausse  membrane,  mais  se 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE.  203 

rapprochant  bien  plutôt  de  la  sanie  purulente  qui  recouvre  les  ulcérations 
gingivales. 

Hardy  et  Béhier  décrivent  sous  le  litre  de  stomatite  couenneuse  ou 
pultacee,  une  variété  de  stomatite  qui  peut  être  primitive ,  mais  qui  ré¬ 
sulte  le  plus  souvent  de  l’extension  à  la  bouche  de  l’inflammation  particu¬ 
lière  qui  caractérise  l’angine  scarlatineuse.  Dans  celte  affection,  la  face 
supérieure  de  la  langue  est  tapissée  par  une  couche  blanche ,  molle , 
caséeuse,  assez  épaisse,  constituant  une  espèce  de  pseudo -membrane. 
Cette  couche  blanche  reste  adhérente  pendant  un  temps  variable  de  deux 
à  quinze  jours,  puis  elle  se  détache  ordinairement  tout  d’une  pièce,  et 
laisse  à  nu  une  surface  d’un  rouge  vif,  parsemée  de  papilles  turgescentes. 
Il  arrive  parfois  que  de  nouvelles  plaques  se  reproduisent  avant  que  la 
guérison  soit  complète. 

U érysipèle,  l’herpès  respectent  presque  toujours  la  langue;  il  en  est  de 
même  de  la  diphthérite  syphilitique  secondaire,  décrite  par  A.  Martin,  de 
\i  stomatite  slibiée.  lüous  n’avons  donc  pas  à  étudier  les  pseudo-mem¬ 
branes  qui  se  forment  dans  ces  maladies  ;  nous  renvoyons  à  l’article 
Bouche,  où  l’on  trouvera  décrites  leurs  manifestations  buccales. 

On  observe  encore  des  fausses  membranes  sur  la  muqueuse  linguale 
dans  les  stomatites  aphtheuse  et  mercurielle  ;  mais  ici  la  fausse  membrane 
SC  développe  sur  des  ulcérations  que  nous  étudierons  plus  loin.  Ces  exsu¬ 
dais  présentent  tous  les  mêmes  caractères  ;  ce  sont  des  plaques  d’un  blanc 
grisâtre,  très-adhérentes  à  la  muqueuse,  dans  laquelles  elles  semblent  en¬ 
châssées. 

Nous  signalerons  enfin  les  pellicules  fibrineuses  qui  se  forment  sur  les 
Mûres  delà  langue  et  la  mince  couche  exsudative  que  Gubler  a  signalée 
dans  l’état  lichénoïde  de  cet  organe. 

5'  Enduits  parasitaires.  —  Nous  avons  déjà  indiqué  quel  rôle  parais¬ 
sait  jouer  une  sorte  de  trichophyton,  découvert  par  Kaynaud,  dans  la  for¬ 
mation  d’une  coloration  noirâtre  spéciale  de  la  face  dorsale  de  la  langue. 

Dans  les  enduits  fuligineux  et  dans  les  concrétions  membraneuses  qui 
prennent  naissance  sur  la  muqueuse  linguale,  le  microscope  fait  découvrir 
fréquemment  deux  parasites  végétaux,  le  cryptococcus  cerevisiæ  et  le  lepto- 
Ihrix.buccalis  ;  mais  ces  parasites  ne  forment  jamais  de  dépôts  visibles  à 
l’oeil  nu.  Fernct  en  a  donné  une  bonne  description  dans  un  précédent 
article  {voy.  Bouche)  . 

La  mucédinée  du  muguet  est  le  seul  parasite  végétal  qui  puisse  former 
sur  la  muqueuse  linguale  de  larges  enduits  ;  en  décrivant  les  modifications 
des  réactions  chimiques  du  liquide  lingual,  je  me  suis  déjà  assez  longue¬ 
ment  étendu  sur  les  conditions  qui  favorisaient  le  développement  de 
l’Oklium  albicans.  Ce  n’est  pas  ici  le  lieu  de  faire  une  description  du 
muguet  {voy.  Mdguet),  je  rappelle  seulement  que  ce  parasite  se  rencontre 
très-fréquemment  sur  la  langue,  principalement  sur  ses  bords  et  sa  face 
dorsale,  où  il  forme  des  plaques  blanches,  crémeuses  qui,  en  s’étendant  de 
proche  en  proche,  peuvent  arriver  à  recouvrir  la  muqueuse  linguale  dans 
toute  son  étendue. 


206  Langue.  —  séméiologie. 

VI.  SiGKES  TIRÉS  DES  ÉRUPTiOKs.  —  La  muqueuse  linguale  peut  être  le  siège 
du  plus  grand  nombre  des  éruptions  cutanées  ;  toutes  les  fièvres  exanthé¬ 
matiques  ont  leurs  manifestations  linguales;  il  en  est  de  même  de  la  plu¬ 
part  des  dermatoses.  Nous  ferons  observer  seulement  que,  sur  la  langue 
comme  sur  les  autres  muqueuses,  les  éruptions  subissent  le  plus  souvent 
des  modifications  rapides;  la  minceur  de  l’épithélium,  son  renouvellement 
incessant  et  sa  macération  dans  les  liquides  buccaux  s’opposent  à  une  for¬ 
mation  durable  des  vésicules,  des  bulles  et  des  pustules  ;  ces  lésions  élé¬ 
mentaires  sont  éphémères,  et  elles  sont  promptement  remplacées  par  des 
ulcérations  superficielles  plus  ou  moins  larges.  Ces  caractères  de  l’épithé¬ 
lium  rendent  également  très-difficile  la  formation  de  squames  épaisses,  et 
s’opposent  absolument  à  la  production  de  croûtes  de  rupia  ou  d’ecthyma. 
D’autre  part  les  affections  exanthématiques  qui  consistent  essentiellement 
dans  une  congestion  diffuse  ou  circonscrite  de  la  peau,  comme  la  rougeole,  h 
scarlatine,  les  éfythimes,  la  roséole,  etc.,  ne  peuvent  avoir  sur  la  muqueuse 
linguale  une  netteté  aussi  grande  que  sur  la  peau,  et  même  que  sur  les 
autres  muqueuses,  la  rougeur  pathologique  se  trouvant  atténuée  par  la 
coloration  rouge  naturelle  ou  masquée  par  des  enduits.  Ajoutons  enfin 
avec  Gubler,  que  les  colorations  pigmentaires,  si  fréquentes  dans  le  cours 
des  dermatoses  chroniques,  manquent  constamment  sur  la  muqueuse  de 
la  langue  qui  est  dépourvue  de  pigment  normal. 

Dans  les  fièvres  éruptives  et  les  exanthèmes  fébriles,  l’éruption  a  lieu 
sur  la  langue  comme  sur  les  autres  points  de  la  muqueuse  buccale,  mais 
l’éruption  est  en  général  beaucoup  moins  apparente  et  moins  abondante. 
Les  pustules  delà  variole  sont  très-disséminées,  affectent  surtout  les  bords 
de  l’organe  et  leur  production  est  loin  d’être  constante.  L’éruption  rubéo¬ 
lique  se  distingue  à  peine,  tandis  que  sur  la  voûte  palatine  elle  constitue, 
par  sa  précocité  et  ses  caractères  bien  nets,  ûh  bon  signe  diagnostique. 
Tous  les  auteurs  répètent  qu’au  début  de  la  scarlatine,  la  langue  est  le 
siège  d’une  rougeur  vive,  parfois  pointillée.  Cette  remarque  est  exacte 
dans  la  généralité  des  cas,  parce  que  l’éruption  suivant  de  près  l’apparition 
de  la  fièvre,  aucun  enduit  n’a  pu  se  former;  mais  chez  quelques  malades, 
soit  par  le  fait  d’une  dyspepsie  ancienne,  soit  par  le  fait  d’une  proliféra¬ 
tion  épithéliale  plus  active,  la  langue  est  recouverte  d’un  enduit  muqueuï 
qui  masque  l’éruption  scarlatineuse,' ou  ne  la  laisse  paraître  que  sur  les 
bords.  Vers  le  troisième  ou  le  quatrième  jour  de  la  maladie,  la  desqua¬ 
mation  de  la  muqueuse  s’opère,  et  l’on  voit  alors  la  langue  luisante  et 
d’un  rouge  vif.  Dans  quelqués  cas  très-rares,  l’érysipèle  peut  envahir  la 
langue  ;  il  n’est  jamais  primitif  et  résulte  toujours  de  l’extension  d’uae 
inflammation  érysipélateuse  des  parties  voisines.  On  observe  un  gonfle¬ 
ment  médiocre,  une  coloration  rouge  foncé,  lie  de  vin,  très-différente  de 
la  coloration  rouge-foncé  de  la  scarlatine. 

Les  aphthes  se  développent  fréquemment  sur  les  bords  et  la  pointe  de  la 
langue  ;  parfois  on  parvient  à  saisir  la  vésicule  du  début,  mais  le  plus  sou¬ 
vent  on  ne  voit  que  l’ulcération  c[ui  lui  succède.  •  .  - 

Les  ulcérations  apbtheuses  des  bords  de  la  langue,  sont  paiticulièremeiil 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE.  207 

douloureuses  et  longues  à  guérir.  Celles  de  la  pointe  au  contraire  sont  petites, 
peu  sensibles,  et  se  cicatrisent  en  deux  à  trois  jours.  Nous  n’avons  pas  à 
discuter  ici  la  pathogénie  des  aphthes  (voy.  Aphthes,  t.  III,  p.  18)  ;  nous 
rappellerons  seulement  que  Worms  les  considère  comme  l’acné  des  mu¬ 
queuses,  que  Lailler  (cité  par  Gubler)  les -rapporte  tout  à  la  fois  à  l’acné  et 
à  l’eclhyma,  et  que  Gubler  leur  assigne  une  origine  encore  plus  multiple, 
elles  fait  dépendre  également  de  l’eczéma,  de  l’impétigo,  et  surtout  de 
l’herpès  fébrile.  Il  est  manifeste  que  dans  un  certain  nombre  de  fièvres 
ùfrijore  une  éruption  herpétique,  constituée  par  quelques  vésicules  dissé¬ 
minées,  se  produit  sur  la  langue,  soit  isolément,  soit  concurremment  avec 
d’autres  plaques  d’herpès  siégeant  sur  les  lèvres  ou  sur  divers  points  de  la 
muqueuse  buccale. 

Mais  alors  même  que  l’on  considérerait  certains  aphthes  comme  des  ma¬ 
nifestations  eczémateuses,  il  n’en  est  pas  moins  vrai  que  Yeczéma  de  la 
langue  affecte  le  plus  souvent  une  autre  forme  :  la  miuqueuse  linguale  pré¬ 
sente  des  plaques  d’un  rouge  vif,  excoriées,  en  même  temps  que  très- 
sensibles.  Le  est  très-rare  :  il  est  tout  à  fait  exceptionnel  d’ob¬ 

server  la  bulle  qui  le  caractérise,  on  constate’seulement  la  présence  d’une  ’ 
ulcération  arrondie,  d’assez  grande  dimension  et  trèsrsensible.  . 

Parmi  les  affections  squameuses,  nous  signalerons  la  lésion  décrite  sous 
le  nom  de  plaques  grises  des  fwneurs  et  le  psoriasis  buccal.  , 

Les  plaques  des  fumeurs  consistent  dans  une  induration  circonscrite 
du  derme  muqueux  avec  épaississement  de  l’épithélium  ;  il  en  résulte  des 
plaques  grises,  parcheminées,  fendillées  par  places  ;  elles  siègent  sur  les 
bords  et  la  pointe  de  la  langue.  Souvent,  il  arrive  que  l’épithérium  épaissi 
se  détache  par  lambeaux,  et  laisse  au-dessous  de  lui  une  ulcération  super- 
flcielle  à  contours  irréguliers. 

La  muqueuse  linguale  est  le  siège  de  prédilection  du  psoriasis  buccal. 
Cette  affection  a  été  bien  décrite  par  Debove.  Oh  observe  des  taches  d’abord 
opalines  et  transparentes,  puis  opaques  et  d’un  blanc  argenté  par  suite  de 
l'épaississement  de  la  couche  épidermique.  A  la  loupe,  on  reconnaît  que  les 
papilles  sont  volumineuses,  et  que  souvent  plusieurs  d’entre  elles  sont 
confondues  et  englobées  par  une  même  masse  épithéliale.  Tantôt  le  pso¬ 
riasis  affecte  la  forme  franchement  «ummulaire,  et  se  trouve  formé  par  un 
plus  (pu  moinsgrand  nombre  de  taches  arrondies,  de  5  à  6  millimètres  de 
diamètre,  situées  sur  la  face  dorsale  de  la  langue;  tantôt  il  existé  un  seule 
plaque  médiane,  résultant  de  la  fusion  des  taches,  et  s’étendant  du  V  lin¬ 
gual  à  l’union  du  tiers,  antérieur  delalaiï^e;  dans  une  troisième  forme 
enfin,  la  maladie  occupe  toute  la  face  dorsale  de  la  langue,  de  la  base  à  la 
pointe  et  d’un  bord  à  Tautre.  Dans  quelques  psoriasis,  la  surface  affectée 
est  lisse,  mais  le  plus  souvent  elle  est  parsemée  de  sillons,  de  fissures,  les 
unes  superficielles,  les  autres  larges  et  profondes,  au  fond  desquelles  la 
muqueuse  est  ulcérée  et  saignante, 

Dans  quelques  cas,  la  chute  partielle  de  l’épithélium  amène  la  formation 
d’ulcères  souvent  arrondis,  qui  ne  tardent  pas  à  se  recouvrir  de  nouvelles 
couches  épithéliales.  Ajoutons  que,  dans  cette  affection,  on  constate  parla 


208 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE. 


.palpation  une  augmentation  de  consislance  de  la  langue,  qui  dépend  en 
partie  de  l’épaississement  de  l’épiderme,  mais  qui  est  due  surtout  à  une 
néolormation  de  tissu  fibreux  dans  la  muqueuse  et  les  parties  sous-jacentes. 
Pour  plus  de  détails,  nous  renvoyons  à  l’article  Psoriasis. 

Samuel  Plumbe  etFairlie  Clarke  décrivent  sous  le  nom  d’ichthyose  delà, 
langue,  une  affection  squameuse  qui  ne  paraît  être,  d’après  la  description 
qu’il  en  donne,  qu’un  psoriasis  arrivé  au  plus  haut  degré.  Un  fait  remar¬ 
quable  à  noter  est  que  souvent  ces  psoriasis  delà  langue  dégénèrent  à  la 
longue,  même  après  plusieurs  années,  en  cancers  épithéliaux. 

11  faut  rapprocher  de  ces  dermatoses  squameuses  «  les  plaques  grises, 
laiteuses,  dites  plaques  muqueuses  de  la  syphilis  constitutionnelle  qu’on 
voit  naître  dans  la  période  secondaire,  co’incider  quelquefois  plus  tard  avec 
des  accidents  tertiaires,  et  persister  même  pendant  de  longues  années,  avec 
une  opiniâtreté  désespérante,  après  la  disparition  de  toutes  les  autres  ma¬ 
nifestations  syphilitiques  »  (Gubler).  Ces  plaques  sont  un  mélange  d’exco¬ 
riations  et  de  taches  blanches  ou  grisâtres,  constituées  par  une  accumula¬ 
tion  d’épithélium  ;  elles  siègent  sur  la  langue  et  sur  d’autres  points  de  la 
muqueuse.  Elles  résistent  au  chlorate  dépotasse  et  à  l’iodure  de  potassium, 
et  disparaissent  sous  l’influence  d’un  traitement  mercuriel.  Ricord  et  Küss- 
maul  ont  émis  l’opinion  que  ces  plaques  laiteuses  de  la  bouche  n’étaient 
pas  toujours  d’origine  syphilitique,  et  que  souvent  elles  devaient  être  at¬ 
tribuées  au  mercurialisme. 

Ces  plaques  grises  décrites  par  Gubler,  ne  me  paraissent  pas  pouvoir  être 
confondues  avec  les  plaques  muqueuses  ordinaires  de  la  langue.  Celles-ci 
sont  constituées  le  plus  souvent  par  des  papules  légèrement  saillantes, 
ovales,  à  bords  réguliers,  d’une  coloration  reuge  foncé,  tranchant  sur  la 
couleur  rosée  de  la  muqueuse  ;  souvent  ces  plaques  sont  recouvertes  d’un 
exsudât  opalin  ;  quelquefois  elles  sont  constituées  par  de  simples  taches 
érythémateuses,  lisses,  entourées  de  la  muqueuse  normale  dont  les  papilles 
saillantes  font  paraître  la  plaque  érythémateuse  déprimée.  Sur  les  bords 
de  la  langue,  surtout  lorsqu’il  existe  une  glossite  légère,  les  plaques  mu¬ 
queuses  sont  festonnées,  et  portent  l’impression  des  dents. 

Dans  quelques  cas  exceptionnels,  le  lupus  peut  affecter  la  langue.  Il  n’est 
pas  très-rare  que  cet  organe  soit  envahi  par  la  lèpre  tuberculeuse.  Ces 
alfections  ne  présentent  sur  cet  organe  aucune  particularité. 

Des  dermatoses  de  la  langue,  je  rapprocherai  l’état  anormal  décrit  par 
Gubler  sous  le  nom  d'état  lichénoïde  de  la  langue.  Cette  affection  est  ca¬ 
ractérisée  par  des  surfaces  rouges,  ordinairement  arrondies,  dépourvues 
d’épilhélium,  ou  n’en  offrant  qu’une  couche  mince.  Ces  surfaces  sont  limi¬ 
tées  par  une  bordure  d’un  blanc  jaunâtre.  Cette  disposition  annulaire 
rappelle  celle  de  certaines  formes  d’affections  cutanées  dites  annulaires  ou 
centrifuges,  comme  l’érythème,  l’herpès,  le  psoriasis. L’évolution  se  fait  du 
reste  de  même  dans  les  deux  cas  :  on  observe  d’abord  une  tache  circulaire 
blanchâtre,  qui  s’agrandit  progressivement  par  une  marche  centrifuge; 
le  centre  du  cercle  se  dépouille  peu  à  peu  de  son  épithélium  et  de  la  ma¬ 
tière  blanche  exsudée,  tandis  que  celle-ci  s’accumule  à  la  circonférence  où 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE. 


209 


elle  forme  une  bordure  en  relief.  Cette  maladie  ne  semble  pas  pouvoir 
être  rattachée  à  la  diathèse  herpétique.  On  l’a  observée  principalement 
chez  des  personnes  dyspeptiques,  dont  la  langue  était  habituellement 
rouge,  hérissée  de  papilles  volumineuses  et  parsemée  de  sillons  plus  ou 
moins  profonds.  Elle  paraît  être  héréditaire,  on  voit  des  familles  entières 
qui  en  sont  affectées.  Gubler  ne  se  prononce  pas  sur  la  nature  de  cet  état 
morbide;  malgré  les  résultats  négatifs  de  ses  recherches  ,  il  se  demande 
s’il  ne  faut  pas  l’expliquer  par  la  présence  d’un  parasite  spécial. 

Vil.  SiGKES  TIRÉS  DES  SOLUTIONS  DE  CONTINmTÉ  DE  L.V  LANGUE.  —  LeS  Solu- 
tions  de  continuité  de  la  langue  sont  accidentelles  et  traumatiques  ou 
spontanées;  dans  ce  dernier  cas  elles  constituent  les  ulcérations  et  les 
ulcères  (voy.  Langue,  Pathologie,  Ulcères,  p.  176). 

Parmi  les  solutions  de  continuité  dues  à  un  traumatisme,  je  rappellerai 
les  plaies  contuses  qui  résultent  des  morsures  que  se  font  les  épileptiques 
pendant  l’accès  ;  ces  morsures  siègent  particulièrement  sur  les  bords  vers 
la  partie  moyenne  de  l’organe  ;  leur  présence  constitue  un  signe  rétro¬ 
spectif  excellent,  et  permet  d’affirmer  l’existence  des  convulsions  épilep- 
'  tiques.,  .* 

Je  rapprocherai ,,^es  solutions  de  continuité  traumatiques,  les  ulcéra- 
'■Mhs  du  bord-  de  la  langue  causées  par  l’irritation  que  provoquent  des 
àkots  irrégulièrs  et  anguleux,  et  celles  que  l’on  constate  sur  les  côtés 
du  frein  chez  les  enfants  atteints  de  coqueluche.  Ces  dernières,  sur  les¬ 
quelles  Charles  a  de  nouveau  appelé  l’attention,  résultent  du  frottement 
de  la  langue  sur  les  arcades  dentaires,  lorsque  cet  organe  est  projeté  avec 
force  hors  de  la  bouche  pendant  les  quintes  de  coqueluche;  elles  man¬ 
quent  chez  les  enfants  qui  n’ont  pas  de  dents.  Leur  développement  est  en 
rapport  avec  le  nombre  et  l’intensité  des  quintes,  et  elles  correspondent 
exactement  aux  incisives  médianes  inférieures.  Ces  ulcérations  ne  se  trou¬ 
vent  que  dans  la  moitié  des  cas  ;  elles  siègent  sur  les  côtés  du  frein  ;  elles 
sont  transversales,  ovalaires,  et  ont  un  diamètre  de  quelques  millimètres. 
Elles  sont  recouvertes  par  une  matière  grisâtre,  leurs  bords  sont  irré¬ 
guliers.  Elles  débutent  tantôt  par  une  simple  déchirure,  tantôt  par  une 
granulation  épithéliale,  tantôt  par  une  petite  vésicule  à  laquelle  succéde¬ 
rait  une  ulcération. 

Nous  avons  déjà  signalé  les  ulcérations  des  plaques  grises  des  fumeurs, 
des  aphÿieSu,  de  la ^tnm,ntit.e  idr.érn-m,emhrnneij.se^  de  -la  stomatite  mercu- 
rielle,  du  psoriasis,  de  la  lèpre,  du  lupus,  de  l’état  lichénoîde  de  la  langue  ; 
il  nous  resterait  à  décrire  les  plus  importantes  des  ulcérations  spontanées  : 
ulcérations  syphilitiques,  cancéreuses  et  tuberculeuses  ;  mais  ce  sujet  vient 
d’être  traité  dans  la  partie  chirurgicale,  et  nous  ne  pouvons  qu’y  ren¬ 
voyer  le  lecteur  fpoy.  Langue,  Path.  chir.) . 

L’elude  des’signes  fournis  par  les  tumeurs  de  la  langue  est  également 
du  ressort  de  la  chirurgie.  Noua  en  dirons  autant  de  ceux  fournis  par  les 
hémorrhagies  ;  quelques  particularités  doivent  cependant  nous  arrêter. 

VIII.  Signes  tirés  des  hémorrhagies  de  la  langue.  —  Les  hémorrhagies 
de  la  langue,  indépendantes  d’un  traumatisme  ou  d’un  ulcère,  sont  exces- 

SOÏV.  mci.  HÉD.  ET  CHIE.  XX.  —  14 


210 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE, 


sivement  rares.  Dans  les  maladies  hémorrhagiques  par  excellence,  dans 
la  variole  hémorrhagique,  dans  la  maladie  de  Werlhof,  dans  l’hémophilie, 
le  sang  ne  provient  presque  jamais  de  la  langue  ;  on  a  signalé  seulement 
des  pétéchies  et  des  taches  ecchymotiques  sur  la  face  inférieure  de  cet 
organe  dans  ces  diverses  maladies.  Andral  (cité  par  Gubler)  parlait,  dans 
son  Cours  de  pathologie  générale,  d’une  hémorrhagie  de  la  langue  sup¬ 
plémentaire  des  règles.  Des  faits  analogues  ont  été  cités  par  d’anciens 
auteurs;  il  ne  faut  pas  moins  les  considérer  comme  tout  à  fait  excep¬ 
tionnels.  Dans  le  paragraphe  consacré  aux  enduits  sanguinolents,  nous 
avons  dit  que  les  fissures  qui  se  forment  par  suite  du  dessèchement  de  la 
langue,  fournissent  une  petite  quantité  de  sang;  mais  ce  n’est  là  qu’un 
épiphénomène  sans  importance  sur  lequel  nous  n’avons  pas  à  revenir. 
Ce  sont  les  gencives,  la  voûte  palatine  et  le  pharynx  qui  fournissent  le 
sang  dans  la  plupart  des  stomatorrhagies. 

IX.  SiGKEs  TIRÉS  DE  LA  TEMPÉEATOBE  DE  LA  LANGUE.  —  La  température  de  la 
langue  est  identique  à  celle  de  la  bouche,  elle  est  d’environ  37°, 2  ;  elle 
s’élève  comme  fa  température  générale  du  corps  dans  les  fièvres  et  les 
phlegmasies  ;  et  augmente  également  dans  les  affections  inflammatoires 
qui  affectent  l’organe  du  goût.  Elle  s’abaisse  dans  toutes  les  maladies  qui., 
entravent  l’hématose  (maladies  du  cœur  et  du  poumon),  et  dans  toutes’ 
celles  qui  sont  accompagnées  d’algidité  (typhus  famélique,  choléra,  fièvres 
algides).  Le  refroidissement  de  la  langue,  qüe  l’on  peut  facilement  con¬ 
stater  à  la  main,  est  un  des  signes  caractéristiques  de  la  période  algide 
confirmée  du  choléra  indien. 

X.  Signes  tirés  des  modifications  de  la  sensibilité  de  la  langue.  —  La 
langue  présente  plusieurs  ordres  de  sensibilité.  Elle  est  le  siège  d’une 
sensibilité  spéciale,  la  sensibilité  gustative,  et  de  tous  les  modes  de  sen¬ 
sibilité  générale  :  sensibilités  tactile,  douloureuse,  au  chatouillement,  à  la 
température. 

Ces  sensibilités  diverses  peuvent  être  simultanément  ou  isolément 
anéanties,  diminuées,  exaltées  ou  perverties,  selon  que  les  portions  du 
système  nerveux,  qui  y  président,  ont  été  le  siège  de  lésions  grossières  ou 
inappréciables  à  nos  moyens  d’investigation.  Nous  diviserons  ce  para¬ 
graphe  en  deux  parties  :  A.  Modifications  de  la  sensibilité  spéciale  ou  gusta¬ 
tive;  B.  Modifications  de  la  sensibilité  générale. 

A.  Modifications  de  la  sensibilité  gustative.  —  Avant  d’examiner  quelles 
sont  les  maladies  qui  modifient  le  sens  du  goût,  jetons  un  rapide  coup 
d’œil  sur  les  conditions  physiologiques  de  la  gustation,  nous  arriverons 
ainsi  à  faire  un  exposé  plus  clair  et  mieux  ordonné. 

Il  résulte  des  recherches  des  physiologistes  que  les  parties  de  la  bouche 
réellement  douées  de  la  sensibilité  gustative  sont  la  langue,  les  piliers  anté¬ 
rieurs  et  la  face  antérieure  du  voile  du  palais;  mais  ces  surfaces  ne  possèdent 
pas  toutes  également  cette  propriété.  La  partie  postérieure  de  la  langue 
vient  au  premier  rang,  elle  est  avec  le  voile  du  palais  le  lieu  de  per¬ 
ception  des  saveurs  amères  ;  la  partie  médiane  antérieure  de  la  langue 
naraît  insensible  aux  saveurs;  les  bords  et  la  pointe,  au  contraire,  sont 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE.  211 

sensibles  et  sont  surtout  impressionnés  par  les  substances  salées  et 
acides. 

Pour  que  les  corps  sapides  soient  appréciés,  il  est  nécessaire  qu’ils 
soient  dissous  ;  il  faut  donc  que  la  langue  soit  largement  humectée  par  un 
liquide  qui  est  principalement  fourni  par  les  glandes  sous-maxillaires.  Il 
résulte  de  ceci  que  la  sécheresse  de  la  langue  apportera  un  obstacle  no¬ 
table  à-la  gustation. 

D’autre  part,  la  perception  la  plus  intense  des  saveurs  ne  se  produit  que 
lorsque  les  particules  sapides  sont  mises  en  contact  intime  avec  les  pa¬ 
pilles  linguales  par  suite  de  mouvements  combinés  des  lèvres,  des  joues 
et  de  la  langue,  qui  appliquent  avec  force  ces  particules  contre  la  voûte 
palatine  ;  cette  circonstance  explique  en  partie  les  anomalies  du  goût  que 
l’on -observe  dans  les  paralysies  motrices  des  parties  constituantes  de  la 
bouche,  et  notamment  de  la  langue. 

Les  nerfs  qui  président  à  la  gnslation  sont  le  glosso-pharyngien,  et  le 
lingual  par  l’intermédiaire  de  la  corde  du  tympan.  Les  impressions  gusta¬ 
tives  sont  perçues  par  les  extrémités  terminales  de  ces  nerfs,  qui  pénè¬ 
trent  dans  les  papilles  caliciformes,  fusiformes  et  hémisphériques  de  la 
langue,  en  formant  des  organes  terminaux  spéciaux,  placés  très-superfi¬ 
ciellement,  et  peut  être  en  rapport  direct  avec  l’épithélium.  Cette  disposi¬ 
tion  permet  aux  substances  sapides  dissoutes  de  venir  par  imbibition  en 
contact  des  éléments  sensitifs  ;  mais  pour  que  ce  contact  puisse  se  produire, 
il  faut  que  la  surface  de  la  muqueuse  linguale  ne  soit  pas  recouverte  d’un 
enduit  épais  formé  par  des  cellules  épithéliales  accumulées,  du  mucus  des¬ 
séché,  du  sang  ou  d’autres  produits.  Il  s’ensuit  que  tous  les  états  morbides 
qui  provoqueront  la  formation  des  enduits  de  la  langue,  détermineront 
des  modifications  du  goût. 

Des  papilles  linguales,  les  impressions  gustatives  remontent  vers  l’en¬ 
céphale,  en  suivant  les  trajets  compliqués  du  glosso-pharyngien  et  de  la 
corde  du  tympan  {voy.  Nebfs  Glosso-Pharykgiex  et  Teuümeau)  .  Les  fibres 
d'origine  du  glosso-pharyngien  émanent  du  noyau  inlra-bulbaire  qui  leur 
est  affecté  ;  celles  de  la  corde  du  tympan  proviennent  très-prohablement 
du  noyau  du  trijumeau,  mais  cette  origine  est  encore  discutée  ;  si  les  re¬ 
cherches  de  Schiff  et  de  Lussana  semblent  démontrer  que  la  corde  du 
tj-mpan  représente  des  fibres  d’emprunt  données  au  facial  par  le  triju¬ 
meau,  ce  point  d’anatomie  n’est  pas  à  l’abri  de  toute  contestation.  Quoi 
qu’il  en  soit,  les  impressions  gustatives  arrivées  aux  noyaux  bulbaires,  se 
rendent  comme  toutes  les  autres  impressions  sensitives  à  la  substance 
grise  des  hémisphères,  en  traversant  comme  elles  une  séries  de  centres, 
dont  la  détermination  n’est  pas  encore  faite  d’une  manière  précise.  Tandis 
que  Vulpian  considère,  en  effet,  la  protubérance  annulaire  comme  le  siège 
sensations  brutes,  T^amii  lesquelles  doit  être  rangée  la  perception  des 
saveurs,  Luys  ne  serait  pas  éloigné  de  faire  résider  le  sens  du  goût  dans 
le  centre  médian  des  couches  optiques.  De  ces  centres,  les  sensations  gus¬ 
tatives  vont  se  rendre  dans  la  substance  grise  corticale  des  circonvolutions 
cérébrales;  c’est  là  qu’elles  s’emmagasinent  et  se  transforment. 


212 


LANGUE.  -  SÉMÉIOLOGIE. 


De  cet  exposé  de  physiologie,  il  résulte  que  la  sensibilité  gustative 
pourra  être  modifiée,  non-seulement  dans  les  maladies  de  la  langue,  mais 
encore  dans  celles  qui  affecteront  les  nerfs  de  la  gustation  dans  leur  trajet 
intra  ou  extra -crânien,  ou  les  diverses  portions  du  système  nerveux  central 
(noyaux  bulbaires,  protubérance,  circonvolutions  cérébrales),  en  con¬ 
nexion  directe  ou  indirecte  avec  eux. 

Ces  modifications  de  la  sensibilité  spéciale  de  la  langue,  peuvent  con¬ 
sister  :  1°  dans  la  diminution  ou  la  perle  totale  du  sens  du  goût,  ageustie 
(Romberg)  ou  ageusie  (Spring)  ;  2°  dans  une  hyperesthésie  gustative  ou 
hypergeusie  ;  5“  dans  une  perversion  du  goût,  ou  parageusie  ou  allotrio- 
geustie. 

h’ageusie  complète  ou  incomplète  s’observe  dans  toutes  les  affections 
qui  produisent  l’altération  de  l’épithélium,  la  formation  des  enduits,  la 
sécheresse  ou  la  parésie  de  la  langue.  Citons  :  les  stomatites  et  glossites 
de  toute  nature,  les  fièvres,  les  affections  gastro-intestinales,  etc. 

Elle  est  constante  dans  les  lésions  du  nerf  glosso-pharyngien ;  elle 
est  fréquente  dans  celles  du  facial  et  du  trijumeau,  qui  compromettent 
l’intégrité  des  fonctions  de  la  corde  du  tympan;  on  a  signalé  la  perte 
du  goût  dans  l’otite  interne  et  dans  les  affections  de  la  portion  intra¬ 
crânienne  du  trijumeau  avant  sa  division  en  trois  branches.  Les  altérations 
de  la  portion  centrale  du  facial  ne  paraissent  exercer  aucune  action  sur  le 
goût  ;  celles  de  la  portion  extra-crânienne  n’influencent  ce  sens  que  d’une 
manière  accessoire,  en  supprimant  les  mouvements  des  muscles  des  joues 
et  des  lèvres. 

Les  maladies  organiques  de  l'encéphale  n’occasionnent  l’ageustie  que 
d’une  manière  très-exceptionnelle  et  en  rapport  avec  le  siège  de  la  lésion  ; 
telles  senties  hémorrhagies,  les  ramollissements,  les  tumeurs,  l’hydrocé¬ 
phalie  chronique;  dans  ces  cas,  l’altération  du  goût  est  fréquemment  uni¬ 
latérale  et  bornée  au  côté  paralysé. 

Si  l’on  ne  tient  pas  compte  des  affections  locales  de  la  bouche,  les  étals 
morbides  qui  abolissent  le  plus  souvent  la  faculté  gustative  sont  :  l’hys¬ 
térie,  l’hypochondrie,  la  manie  et  la  mélancolie.  Certaines  Tiystériques 
conservent  dans  toute  son  intégrité  la  sensibilité  tactile  de  la  langue  et 
sont  incapables  de  distinguer  les  substances  acides,  salines,  amères  et 
sucrées. 

Les  maladies  chroniques  des  organes  digestifs  et  l’extrême  vieillesse 
sont  parfois  les  causes  déterminantes  de  l’ageustie.  Ajoutons  qu’elle  peut 
être  congénitale,  et  que  quelques  médicaments  pris  à  l’intérieur  diminuent 
la  sensibilité  gustative  de  la  partie  antérieure  de  la  langue  ;  citons  l’aconi- 
tine  (Gubler),  la  belladone,  l’opium. 

Tous  les  médecins  praticiens  savent  qu’on  peut,  à  l’aide  de  certaines 
applications  topiques,  produire  pne  ageustie  assez  complète  pour  masquer 
le  goût  des  médicaments  les  plus  dés’agréables,  comme  l’huile  de  morue; 
on  obtient  ce  résultat  avec  les  liqueurs  fortes  et  l’alcool  en  nature,  mais 
surtout  avec  les  essences  de  menthe,  de  cannelle,  de  gingembre  ou  de 
pyrèthre.  Ces  substances  ne  nous  semblent  pas  agir  seulement  sur. les  pa- 


213 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE, 
pilles  gustatives,  elles  émoussent  également  la  sensibilité  tactile  et  algésir 
que  de  la  langue,  leur  action  n’a  donc  rien  de  spécial. 

L’altération  et  ta  perversion  du  goût  désignées  par  les  noms  de  para- 
gmie  et  à’allotriogeustie  sont  les  modifications  gustatives  le  plus  souvent 
observées.  Les  maladies  de  la  bouche,  de  l’estomac  et  du  foie,  par  les  qua¬ 
lités  abnormes  qu’elles  donnent  aux  liquides  buccaux  et  par  la  formation 
des  enduits,  viennent  au  premier  rang  des  conditions  pathogénésiques  de 
la  parageusie;  elles  provoquent  principalement  les  goûts  fade,  amer  ou 
acide.  Le  goût  fade  et  pâteux  dépend  des  enduits  muqueux;  on  le  rencon¬ 
tre  dans  les  affections  catarrhales  des  voies  digestives  et  au  début  de  la 
plupart  des  maladies  fébriles.  Le  jeûne  et  la  transpiration  le  provoquent 
d’une  manière  constante  et  en  quelque  sorte  physiologique.  Chez  beaucoup 
depersonnes  la  bouche  est  pâteuse  le  matin,  surtout  après  un  écart  de  régime 
ou  une nuitsans  sommeil.  Le  goût  amer  n’est  le  plus  souvent  qu’une  sen¬ 
sation  subjective,  indépendante  de  l’action  des  principes  de  la  bile;  parfois 
cependant  la  bile  s’écoule  dans  l’estomac,  remonte  dans  la  bouche  par 
régurgitation  ou  par  une  sorte  de  diffusion,  et  donne  lieu  à  une  saveur 
amère  très-prononcée.  Ce  phénomène  morbide  figure  parmi  les  symptômes 
du  catarrhe  gastro-intestinal,  de  l’état  bilieux  primitif  ou  surajouté  à  d’au¬ 
tres  affections,  et  de  quelques  affections  cérébrales.  L’élimination  par  les 
glandes  salivaires  de  certaines  substances,  telles  que  le  sulfate  de  quinine, 
la  coloquinte,  la. strychnine,  donne  lieu  à  une  saveur  amère  très-accusée. 
Le  goût  acide  dépend  d’une  altération  des  sécrétions  de  la  bouche,  qui  de¬ 
viennent  acides  ;  nous  avons  déjà  parlé  du  mode  de  production  de  ce  phé¬ 
nomène.  On  constate  .«a  présence  dans  certaines  stomatites,  dans  la  plu¬ 
part  des  affections  gastro-intestinales,  notamment  dans  la  dyspepsie  acide 
des  adultes,  et  dans  l’entérite  [catarrhale  des  jeunes  enfants,  dans  le  dia- 
bè,te.8ucré,  dans  la  dyscrasie  goutteuse,  et  dans  les  divers  états  cachecti¬ 
ques  si  favorables  à  la  production  de  l’acescence. 

On  a  encore  observé  quelques  autres  modes  de  perversion  du  goût  :  les 
malades  affectés  de  glycosurie  ou  d’intoxication  saturnine,  accusent  un 
ÿoût  douceâtre  ou  sucré,  que  l’on  peut  aussi  rencontrer  chez  quelques 
phthisiques  quand  les  crachats- sont  purulents  et  abondants,  dans  la  dys-' 
pepsie,  le  scorbut,  l’hystérie  et  l’hypochondrie,  et  comme  phénomène 
précurseur  dans  l’hémoptysie  et  l’hématémèse. 

Le  goût  est  souvent  salé  dans  les  maladies  de  l’appareil  respiratoire, 
principalement  à  la  fin  des  catarrhes  bronchiques,  et  à  la  période  de  réso¬ 
lution  delà  pneumonie. 

Les  ulcérations  de  la  bouche  et  du  pharynx,  la  carie  des  dents,  cer- 
laines  sécrétions  morbides  de  la  bouche,  des  amygdales  et  des  fosses  na¬ 
sales,  le  développement  de  gaz  fétides  dans  l’estomac,  produisent  le  goût 
fétide. 

Signalons  le  goût  âcre  et  rance,  lié  à  la  présence  longtemps  prolongés 
des  enduits  de  la  langue,  èt  le  goût  alcalin  qui  résulterait,  selon  Wright, 
d’une  augmentation  de  l’alcalinité  naturelle  de  la  salive  produite,  soit 
par  l’ingestion  des  sels  sodiques  et  ammoniacaux,  soit  par  les  névralgies 


214 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE. 


du  trijumeau  et  les  attaques  de  manie,  d’hystérie  et  d’épilepsie  (Spring). 

De  ces  perversions  gustatives,  nous  devons  rapprocher  les  dépravations 
du  goût  que  l’on  observe  chez  les  hystériques,  les  chlorotiques,  chez  les 
femmes  pendant  la  grossesse  ou  au  moment  de  l’âge  critique.  Ces  dépra¬ 
vations,  décrites  sous  les  noms  de  pica  et  de  malacia,  sont  caractérisées 
par  l’éloignement  pour  les  aliments  ordinaires,  et  par  un  besoin  de  man¬ 
ger  diverses  substances  non  nutritives  et  qui  répugnent  plus  ou  moins 
dans  l’état  de  santé,  telles  que  l’encre,  la  craie,  le  charbon,  le  vinaigre 
pur,  etc. 

Les  aliénés  sont  fréquemment  atteints  à’ïïlusions  complètes  au  sujet  des 
impressions  gustatives  ou  de  véritables  hallucinations  du  goût.  Les  uns 
trouvent  aux  substances  alimentaires  ou  aux  médicaments  des  saveurs 
complètement  inexactes,  prétendent  qu’on  mêle  à  leur  nourriture  des  sub¬ 
stances  toxiques,  ou  boivent  avec  délices  des  solutions  de  sulfate  de  qui¬ 
nine,  de  bromure  de  potassium  ;  les  autres  accusent  avec  persistance 
(hallucinations)  une  saveur  amère,  sucrée  ou  acide,  sans  que  rien,  ni 
dans  les  aliments,  ni  dans  l’état  des  liquides  buccaux,  puisse  expliquer 
l’origine  périphérique  de  cette  sensation ,  qui  a  pris  naissance  spontané¬ 
ment  dans  les  centres  nerveux. 

L’exaltation  morbide  du  goût  ou  hypergeusie  est  un  phénomène  rare  ; 
elle  est  le  plus  souvent  confondue  avec  l’hyperesthésie  tactile  et  doulou¬ 
reuse  de  la  langue.  Elle  est  tantôt  passagère  et  liée  à  une  irritation  de  la 
muqueuse  linguale,  tantôt  permanente  et  sous  la  dépendance  d’une  per¬ 
turbation  du  système  nerveux  central  ;  on  l’a  constatée  dans  la  grossesse, 
l’hypochondrie,  l’hystérie  et  les  états  extatiques,  catalepsie,  somnambu¬ 
lisme,  etc. 

B.  Modifications  de  la  sensibilité  générale.  —  Les  pathologistes  n’ont 
pas  encore  fait  une  étude  spéciale  des  modifications  qui  peuvent  survenir 
dans  les  divers  modes  de  sensibilité  générale  de  la  langue  ;  ils  se  sont 
bornés  à  présenter  quelques  considérations  sur  l’anesthésie  et  l’hyper¬ 
esthésie  de  cet  organe,  envisagées  d’une  manière  générale. 

L’anesthésie  de  la  langue  est  presque  toujours  unilatérale  et  compli¬ 
quée  d’accidents  paralytiques;  elle  coïncide,  tantôt  avec  l’abolition  du 
goût,  tantôt  avec  la  conservation  de  ce  sens.  Elle  est  souvent  causée  par 
d’hystérie  ;  elle  occupe  alors,  dans  l’immense  majorité  des  cas,  le  côté 
gauche  et  se  combine  avec  l’ageusie.  Dans  d’autres  circonstances,  elle  est 
sous  la  dépendance  d’une  lésion  du  trijumeau  (compression  par  une  tu¬ 
meur,  traumatisme),  ou  d’une  maladie  cérébrale  à  foyer  (hémorrhagie, 
ramollissement  ou  tumeur) . 

L hyperesthésie  linguale  ou  glossalgie,  comprend  tout  aussi  bien  la  dou¬ 
leur  réelle  de  la  langue  ,  que  la  simple  exagération  de  la  sensibilité.  Elle 
se  présente  sous  forme  de  picotement,  de  brûlure  ou  d’élancements  cou- 
stituant  de  véritables  accès  névralgiques.  Elle  est  tantôt  étalée  en  surface, 
tantôt  elle  suit  le  trajet  des  rameaux  nerveux. 

Nous  ne  ferons  que  mentionner  la  glossalgie  organopathique  liée  au 
traumatisme,  aux  inflammations,  aux  ulcérations  et  spécialement  aux 


LANGUE.  —  SÉMÉIOLOGIE.  215 

ulcères  cancéreux.  C’est  surtout  dans  l’hystérie  et  dans  les  névralgies  de  la 
cinquième  paire  qu’on  a  noté  l’hyperesthésie  de  la  langue;  il  existe  même 
des  cas  de  névralgie  exclusivement  localisée  dans  cet  organe.  La  douleur 
occupe  le  plus  souvent  une  seule  moitié,  mais  elle  peut  envahir  tout  l’or¬ 
gane,  surtout  quand  elle  affecte  la  forme  de  brûlure  ou  de  picotement.  Il 
m’a  été  donné  de  suivre  pendant  une  année  un  fait  de  ce  genre  chez  une 
dame  âgée  de  72  ans,  qui  ne  présentait  aucune  lésion  appréciable  de  la 
langue.  La  douleur  comparable  à  celle,  produite  par  une  brûlure,  occupait 
les  trois  quarts  antérieurs  de  la  muqueuse  linguale  ;  elle  paraissait  su¬ 
perficielle  et  ne  s’irradiait  sur  aucun  autre,  point  de  la  bouche. 

Spring  admet  que  la  glossalgie  peut  être  symptomatique  de  certaines 
affections  gastriques  et  hépatiques  d’origine  goutteuse  ou  rhumatismale, 
de  quelques  maladies  des  organes  génitaux  externes  de  la  femme,  et  d’une 
affection  inflammatoire  du  cerveau . 

XI.  Signes  tirés  des  modifications  de  la  motricité.  —  La  langue  pos¬ 
sède  deux  sortes  de  mouvements  indépendantes  l’une  de  l’autre  :  1“  les 
mouvements  masticatoires  (Spring)  nécessaires  à  la  mastication ,  à  la 
d^lutition,  au  toucher  et  à  la  gustation  ;  2“  les  mouvements  phonétiques 
qui  se  lient  à  l’exercice  de  la  parole. 

Chacun  de  ces  mouvements  peut  être  troublé  à  l’exclusion  de  l’autre; 
leur  abolition  simultanée  n’est  observée  que  dans  les  grandes  lésions  céré¬ 
brales.  Nous  étudierons  successivement  les  troubles  qu’ils  peuvent  pré¬ 
senter. 

A.  Les  modifications  qui  portent  sur  les  mouvements  masticatoires  sont 
la  titubation ,  le  tremblement,  l’ataxie,  la  contracture,  les  convulsions 
cloniques  et  la  paralysie. 

La  tüvbation  et  le  tremblement,  qui  ne  sont  que  deux  formes  d’un 
même  état  morbide,  se  rencontrent  dans  la  paralysie  générale,  dans  tous 
Icsétats  adynamiques,  dans  l’alcoolisme,  le  saturnisme,  le  mercurialisme  ; 
dans  les  phlegmasies  cérébrales;  dans  les  grandes  affections  spasmodiques, 
éclampsie,  hystérie  ;  dans. la  paralysie  agitante,  et  enfin  dans  le  tremble¬ 
ment  général  passager  ou  durable  qui  succède  parfois  à  la  peur,  à  la 
colère  et  à  toutes  les  fortes  émotions. 

A  côté  du  tremblement  général  de  la  langue,  nous  devons  ranger  les 
mtractions  fibrillaires  ou  tremblements  flbrillaires  qui  affectent  certains 
faisceaux  musculaires,  et  qui  constituent  un  symptôme  de  l’atrophie  mus¬ 
culaire  progressive  et  de  la  paralysie  générale. 

l'ataxie  proprement  dite,  ou  incoordination  motrice,  est  sous  la  dépen¬ 
dance  des  affections  de  l’encéphale,  elle  n’est  pas  très-rare  chez  les  hémi¬ 
plégiques. 

La  contracture  existe  dans  l’inflammation  des  muscles,  des  nerfs  et 
des  centres  cérébro-spinaux  ;  c’est  ainsi  qu’elle  se  montre  dans  l’encépha¬ 
lite  secondaire  qui  se  produit  autour  des  foyers  hémorrhagiques  et  nécro- 
hiotiques,  dans  l’hémorrhagie  méningée,  etc.- 

Les  convulsions  cloniques  ont  été  observées  dans  les  convulsions  géné¬ 
rales  de  l’hystérie  et  de  l’épilepsie,  dans  les  fermes  graves  de  la  chorée. 


216  LANGUE.  —  séméiologie. 

dans  la  névralgie  de  la  langue  et  dans  la  rage.  Romberg  les  a  rencontrées 
dans  un  cas  de  méningite  de  la  base  chez  un  enfant. 

La  paralysie  des  mouvements  masticatoires  a  été  décrite  sous  le  nom 
de  ylossoplégie.  Il  est  rare  que  la  paralysie  soit  totale  et  bilatérale  ;  le  plus 
souvent  elle  est  bornée  à  un  seul  côté,  il  existe  alors  une  hémiplégie  de  k 
langue.  L’abolition  des  mouvements  est  rarement  complète,  elle  consiste 
d’ordinaire  dans  une  dilficulté  plus  ou  moins  grande  de  mouvoir  l’organe. 
Dans  la  glossoplégie  totale  complète,  la  langue  est  inerte,  immobile,  pen¬ 
dant  les  mouvements  de  mastication,  elle  s’engage  facilement  efttre  les 
dents;  la  déglutition  est  très-difficile;  le  malade  est  obligé  de  refouler 
avec  le  doigt  le  bol  alimentaire  jusque  dans  le  pharynx,  pour  qu’elle 
puisse  s’opérer;  la  gustation  est  défectueuse,  et  la  salive  s’accumule  dans 
la  bouche.  C’est  à  une  période  déjà  avancée  de  la  paralysie  labio-glqs%. 
laryngée  ou  paralysie  bulbaire  progressive  que  l’on  voit  se  produire  la 
glossoplégie  complète.  Elle  survient  également  dans  la  paralysie  générale, 
mais  à  un  moindre  degré. 

Lorsqu’il  existe  seulement  une  hémiplégie  de  la  langue,  la  propulsion 
de  l’organe  se  fait  encore,  mais  on  observe  la  déviation  vers  le  côté  para¬ 
lysé.  Cette  anomalie  apparente  est  due  à  la  prédominance  d’action  du 
génio-glosse  du  côté  sain  (Lallemand),  dont  les  fibres  obliques  poussent  la 
pointe  de  la  langue  du  côté  paralysé.  Dans  quelques  cas,  la  déviation  de 
la  pointe  de  la  langue  a  lieu  du  côté  sain;  cela  tient  à  ce  que  les  fibres 
longitudinales  intrinsèques  se  raccourcissant  davantage  dans  la  moitié 
saine  de  l’organe,  celui-ci  s’incurve  nécessairement  dans  ce  sens.  La  dévia¬ 
tion  est  alors  le  résultat  d’un  mouvement  partiel  de  la  langue,  et  non  d’un 
déplacement  en  totalité. 

Ce  sont  les  affections  cérébrales  à  foyer,  et  notamment  l’héinorrh^e 
cérébrale,  qui  sont  la  cause  la  plus  fréquente  de  l’hémiplégie  linguale; Elle 
est  encore  due  à  la  compression  de  l’hypoglosse  par  une  tumeur,  ou  à  une 
section  de  ce  nerf  dans  une  opération  chirurgicale. 

Oii  a  enfin  noté  une  glossoplégie  partielle  limitée  aux  muscles  réfrac¬ 
teurs  ou,  le  plus  souvent,  aux  muscles  propulseurs  (génioglosse,  génio- 
hyoïdien,  mylo-hyoïdien).  Les  mouvements  de  la  langue  dans  l’intérieur 
de  la  bouche  sont  embarrassés,  et  dans  les  cas  légers,  la  propulsion  en 
avant  ne  se  fait  qu’avec  lenteur,  à  la  suite  de  tentatives  répétées. 

B.  Les  modifications  qui  portent  sur  les  mouvements  phonétiques  com¬ 
prennent  lé  bredouillement,  une  forme  du  bégaiement  et  la  laloplégié. 

Le  bredouillement  dénote  un  défaut  de  flexibilité  de  la  langue,  qui  fait 
que  les  sons  s’embrouillent.  Il  existe  physiologiquement  dans  le  jeune 
âge.  Comme  état  morbide,  on  l’observe  au  début  de  la  paralysie  géné¬ 
rale,  à  la  suite  des  fièvres  graves,  dans  l’ivresse,  les  intoxications  métal¬ 
liques  ;  on  l’a  signalé  en  outre  dans  les  lésions  superficielles  des  lobes 
frontaux,  du  cerveau,  dans  l’idiotie  et  l’imbécillité. 

Il  existe  une  forme  du  bégaiement  dans  laquelle  l’obstacle  siège  dans  les 
muscles  de  la  langue,  et  consiste  dans  une  paralysie  légère  ou  dans  des 
contractions  spasmodiques.  Cette  forme  se  reconnaît  par  la  permanence 


LANGUE.  —  BIBLIOGRAPHIE.  217 

avec  laquelle  le  bégaiement  survient  lorsque  le  malade  veut  prononcer  une 
catégorie  de  lettres  toujours  la  même. 

Dans  les  diverses  paralysies  des  mouvements  phonétiques  les  mouve¬ 
ments  nécessaires  à  l’articulation,  à  la  prononciation  des  mots,  sont  seuls  at¬ 
teints;  tous  les  mouvements  dits  masticatoires  restent  parfaitement  libres. 

La  laloplégie  (Spring)  est  le  type  des  paralysies  phonétiques,  le  malade 
ne  peut  prononcer  les  mots,  bien  qu’il  ait  conservé  tous  les  mouvements 
ordinaires  de  la  langue,  et  qu’il  puisse  communiquer  sa  pensée  par  l’écri¬ 
ture  et  par  des  gestes  expressifs  ;  c’est  en  cela  qu’elle  diffère  de  l’aphasie, 
ou  suppression  de  l’acte  cérébral  de  la  parole.  Chaque  fois  que  le  patient 
fait  on  effort  pour  parler,  la  langue  reste  immobile,  ou  est  saisie  d’un 
tremblement.  Le  plus  souvent  la  laloplégie  est  compliquée  de  paralysie 
des  lèvres,  assez  marquée  pour  empêcher  non-seulement  de  prononcer  les 
consonnes  labiales,  mais  encore  de  sucer,  de  boire  et  de  baiser.  C’est  un 
caractère  qui,  dans  les  cas  douteux,  aide  beaucoup  au  diagnostic  de  la 
laloplégie  (Spring). 

Cet  accident  morbide  a  été  noté  dans  les  maladies  du  bulbe  rachidien, 
•notamment  dans  la  paralysie  labio-glosso-laryngée  ;  elle  est  aussi  un  symp¬ 
tôme  initial  de  la  paralysie  générale  progressive.  Elle  peut  aussi  dépendre 
d’une  lésion  cérébrale,  mais  alors  elle  coexiste  souvent  avec  l’aphasie. 

L’alcoolisme  aigu,  les  intoxications  par  certains  narcotiques  (belladone, 
stramoine,  nicotine,  ciguë,  aconit,  vératrine,  champignons  vénéneux),  le 
saturnisme  (Tanquerel  des  Planches),  les  émotions  violentes,  les  grandes 
névroses ,  hystérie,  épilepsie ,  chorée,  peuvent  déterminer  la  laloplégie. 

Spring  rapporte  un  exemple  remarquable  de  laloplégie  sympathique 
survenue  chez  une  hystérique  atteinte  d’une  affection  utérine  ;  il  signale 
encore  parmi  lés  causes  de  cet  état  morbide,  la  présence  des  vers  dans  le 
tube  digestif  et  la  tympanite  stomacale  ou  intestinale. 

Heissièee,  L’état  de  la  langue  est-il  l’indice  fidèle  de  celui  de  l’estomac  ou  de  l’intestin.  Thèse 
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EAR'ïlVX  (ail.  larynx,  Kehlkopf,  aag\.  larynx).  ’j 

..^anatomie 

Le  larynx,  organe  essentiel  de  la  phonation,  est  une  boîte  cartilagi-  ( 
neuse  située  immédiatement  au  devant  de  la  colonne  vertébrale,  au  ni¬ 
veau  des  corps  des  quatrième  et  cinquième  vertèbres  cervicales.  Il  est 
plongé  dans  une  atmosplmre  celluleuse  à  larges  mailles,  dépourvue  de 
graisse,  et  formée  par  les  aponévroses  profonde  et  moyenne  du  cou;  grâce 
à  cette  disposition,  il  est  doué  d’une  mobilité  très-grande,  qui  fait  va¬ 
rier  ses  rapports  avec  les  organes  voisins  à  tout  instant.  Il  répond  en 
arrière  au  pharynx,  en  avant  au  corps  thyroïde  et  aux  muscles  sous-, 
hyoïdiens;  placé  au-dessous  de  l’os  hyoïde,  il  se  continue  en  bas  avec  la 
trachée.  Sur  les  côtés  il  est  en  rapport  avec  l’artère  carotide  primitive  et 
la  veine  jugulaire  interne,  qui  par  leur  adossement  forment  une  gout¬ 
tière  fui  loge  le  pneumogastrique.  Plus  profondément,  il  est  côtoyé  parle 
tronc  du  sympathique. 

Les  parties  constituantes  du  larynx  sont  ; 

I.  Une  boîte  cartilagineuse,  formée  de  cinq  cartilages  rattachés  les 
uns  aux  autres  par  des  ligaments  ; 

IL  Des  muscles  ; 

III.  Une  muqueuse  tapissant  sa  cavité  ; 

IV.  Des  vaisseaux  et  des  nerfs. 

I.  Cartilages  et  ligaments  du  larynx.  —  Des  cinq  cartilages  dularjn.x, 
trois  sont  impairs  :  l’épiglotte,  le  thyroïde,  le  cricoïde  ;  deux  sont  pairs  : 
les  cartilages  aryténoïdes. 

Le  cartilage  ericoide  (■/.p'y.oç,  anneau)  est  le  plus  important,  en  tant  que  ^ 
servant  de  support  aux  autres  pièces  qui  forment  la  charpente  du  larynx.  I 

La  partie  antérieure,  ou  arc,  est  en  rapport  avec  le  cartilage  thyroïde; 
la  partie  postérieure,  ou  chaton,  est  située  sur  un  plan  plus  élevé  que 
l’arc  ;  elle  supporte  les  deux  cartilages  aryténoïdes. 


LARYNX.  —  ANATOMIE.  219 

La  face  externe  et  le  bord  supérieur  présentent  une  série  de  dépres¬ 
sions  et  de  saillies  donnant  insertion  à  des  muscles  et  à  des  ligaments. 

La  face  interne,  lisse,  est  recouverte  par  la  muqueuse. 

Le  bord  inférieur  se  continue  avec  le  premier  anneau  de  la  trachée,  au 
moyen  de  la  membrane  crico-trache'ale. 

Le  cartilage  thyroide  (ôupsoç,  bouclier)  est  une  lame  quadrilatère,  repliée 
sur  elle-même  au  niveau  de  la  ligne  médiane,  où  elle  forme  une  saillie 
appelée  pomme  d’Adam.  Il  présente  de  chaque  côté  deux  prolongements  : 
les  intérieurs,  ou  petites  cornes,  s’articulent  avec  le  cartilage  précédent; 
les  supérieurs,  ou  grandes  cornes,  se  rattachent  aux  grandes  cornes  dp 
l’os  hyoïde,  au  moyen  d’un  ligament  qui  n’est  qu’un  épaississement  de  la 
membrane  qui  unit  le  bord  supérieur  du  cartilage  thyroïde  à  l’os  hyoïde 
{membrane  thyro-hyoïdienne) . 

La  face  externe  de  ce  cartilage  sert  de  point  d’insertion  à  différents 
muscles. 

La  face  interne  forme  la  paroi  externe  de  la  gouttière  laryngo-pha- 
ryngée. 

Les  cartilages  aryténoïdes  (âpu-casva,  entonnoir)  sont  des  prismes 
triangulaires,  dont  le  sommet  est  surmonté  de  deux  petits  cartilages  re¬ 
courbés  en  crochet,  les  cartilages  de  Santorini  et  de  Wrisberg.  Ils  jouis¬ 
sent  de  mouvements  étendus,  grâce  à  leur  articulation  avec  le  cricoïde;  les 
mouvements  leur  sont  communiqués  par  différents  muscles  qui  s’insèrent 
les  uns  à  l’angle  postérieur  [apophyse musculaire),  les  autres  à  l’angle  anté¬ 
rieur  [apophyse  vocale)  de  chaque  cartilage. 

L’angle  antérieur  donne,  en  outre,  insertion  à  un  ligament  qui  unit  le 
cartilage  aryténoïde  au  cartilage  thyroïde.  Il  s’insère  par  ses  faisceaux 
moyens  sur  l’échancrure  moyenne  du  cricoïde  et  sur  le  bord  inférieur 
duthyroïde  [membrane  crico-thyroïdienne);  puis  ses  parties  latérales  s’in¬ 
curvent  en  cledans,  deviennent  libres,  et,  à  partir  de  ce  niveau,  portent  le 
nom  de  ligaments  thyro-aryténoidiens  inférieurs  ou  cordes  vocales  infé¬ 
rieures.  La  fente  comprise  entre  ces  cordes  porte  le  nom  de  glotte  inter- 
ligmnenteuse;  elle  se  continue  en  arrière  avec  la  glotte  intercartilagineuse, 
qui  correspond  à  l’espace  compris  entre  le  bord  interne  des  cartilages 
aryténoïdes. 

Au-dessus,  des  cordes  vocales  inférieures,  encore  appelées  vraies  cordes 
vocales,  se  trouvent  les  cordes  vocales  supérieures,  fausses  cordes  vocales 
ou  ligaments  thyro-aryténoïdiens  supérieurs. 

Enfin,  plus  haut  encore,  on  rencontre  les  ligaments  aryténo-épiglot- 
figues,  qui  relient  les  cartilages  aryténoïdes  aux  bords  latéraux  de  l’épi- 
glotte. 

Celle-ci  est  une  lame  fibro-cartilagineuse  triangulaire,  située  sur  la 
ligne  médiane,  en  avant  de  l’orifice  supérieur  du  larynx,  qu’elle  ferme 
pendant  les  mouvements  de  déglutition.  Son  sommet,  dirigé  en  bas,  est 
fixé  à  l’angle  rentrant  du  cartilage  thyroïde  au  moyen  d’un  ligament 
particulier,  le  ligament  thyro-épiglottique. 

La  face  antériei|re  est  masquée  dans  sa  moitié  inférieure  par  la  base 


/ 


220 


LARYNX.  -  ANATOMIE. 


de  ia  langue  et  l’os  hyoïde;  sa  face  postérieure,  libre  dans  toute  son  éten- 
due,  est  pourvue  d’une  saillie  médiane  verticale  ou  bourrelet. 

%  L’épiglotte  est  en  outre  rattachée  : 

A  l’os  hyoïde  par  la  membrane  htjo-épûjloUique;  à  la  langue  par  les 
replis  glosso-épiglottiques ;  au  pharynx  par  lesreplis  pharyngo-épiglottiques. 

Structure  des  cartilages  du  larynx.  —  Les  cartilages  thyroïde,  cricoïde 
et  les  aryténoïdes  sont  formés^  de  cartilage  hyalin,  ouvrai,  c’est-à-dire 
.de  cartilage  où  la  substance  fondamentale  est  amorphe.  Ces  cartilages  ont 
une  grande  tendance  à  l’ossification;  elle  se  fait  d’ordinaire  à  une  période 
peu  avancée,  entre  trente  et  quarante  ans. 

L’épiglotte,  les  cartilages  deWrisberg,  de  Santorini,  et  l’apophyse  vo¬ 
cale  des  cartilages  aryténoïdes  sont  constitués  par  du  fibro-carlilage  vrai, 
c’est-à-dire  du  cartilage  où  la  substance  fondamentale  est  formée  de  fibres 
élastiques  étroitement  unies  les  unes  aux  autres  et  où  l’élément  cellulaire 
est  uniquement  représenté  par  les  cellules  cartilagineuses. 

Tous  ces  cartilages  sont  enveloppés  d’un  périchondre. 

IL  Muscles  du  larynx.  —  Nous  ne  décrirons  ici  que  les  muscles  intrin¬ 
sèques  du  larynx,  c’est-à-dire  ceux  qui  meuvent  directement  les  diffé¬ 
rentes  pièces  du  larynx  et  ont,  par  conséquent,  un  rôle  important  à  jouer 
dans  les  phénomènes  de  la  phonation.  Les  autres  muscles  qui  s’insèrent 
au  larynx  sont  décrits  aux  articles  Cou,  Pharynx,  etc. 

Au  point  de  vue  de  leur  situation,  on  peut  les  diviser  en  deux  groupes; 
en  effet,  les  uns  sont  placés  en  dehors  des  cartilages,  les  autres  en  dedans, 
c’est-à-dire  dans  là  cavité  même  du  [larynx.  Ils  sont  tous  pairs,  sauf  le 
muscle  ary-aryténoïdien. 

Muscle  crico-tkyroïdien.  —  Il  s’insère  sur  les  parties  latérales  du  carti¬ 
lage  cricoïde,  en  dehors  de  la  ligne  médiane,  puis  se  dirige  en  forme 
d’éventail  vers  le  cartilage  thyroïde.  Les  insertions  se  font  sur  les  deux 
tiers  du  bord  inférieur  de  ce  cartilage  et  empiètent  sur  sa  face  interne. 

Muscle  crico-aryténoulien  postérieur.  —  Les  fibres  de  ce  muscle  s’in¬ 
sèrent  dans  toute  la  fossette  de  la  partie  postérieure  du  chaton  du  carti¬ 
lage  cricoïde,  puis  convergent  vers  l’apophyse  musculaire  de  l’aryténoïdè, 
où  elles  se  fixent. 

Muscle  aryténoïdien  postérieur  {ary-aryténoidien) . —  Ce  muscle  uni¬ 
que,  remplit  la  concavité  de  la  face  postérieure  des  cartilages  aryté¬ 
noïdes  ,  et  s’étend  transversalement  d’un  cartilage  à  l’autre  [aryténol- 
dien  transverse).  Les  fibres  superficielles  sont  constituées  pà'r  des  faisceaux 
obli(|ues,  s’entre-croisant  sur  la  ligne  médiane  et  allant  de  la  base  d’un 
cartilage  au  sommet  du  cartilage  du  côté  opposé  {aryténoïdien  oblique). 
Ces  faisceaux  sont  quelquefois  si  développés,  qu’ils  dépassent  ce  sommet, 
suivent  les  replis  aryténo-épiglottiques  et  arrivent  ainsi  jusqu’aux  bords 
de  l’épiglotte. 

Les  muscles  qui  occupent  l’intérieur  du  larynx  sonpié' crico-aryténoï- 
dieu  latéral  et  le  thyro-aryténoïdien.  Ils  sont  le  plus  servent  confondus,  et 
ne  deviennent  visibles  qu’après  l’enlèvement  de  la  laméj  correspondante  du 
cartil^lge  thyroïde. 


LARYNX.  —  AHATOMIE.  221 

Muscle  crieo-aryléno'idien  latéral.  —  Ce  muscle  triangulaire  s’insère 
en  bas  sur  l’échancrure  latérale  du  bord  supérieur  du  cartilage  cricoïde, 
puis  se  dirige  en  haut  et  en  arrière  et  va  à  l’angle  antérieur  et  externe  du 
carlilage  aryténoïde. 

Muscle  thyro-aryténo'idien.  —  Il  est  situé  au-dessus  du  précédent  et 
s’insère  à  l’angle  rentrant  du  cartilage  thyroïde,  puis  se  dirige  en  arrière, 
en  doublant  la  corde  vocale  inférieure,  et^se  fixe  à  l’angle  antérieur  du 
cartilage  aryténoïde  au-dessus  du  muscle  précédent. 

111.  CoKFORMATION  IKTÉRIEUBE  DU  LARYNX  ET  MUQUEUSE  DU  LARYNX. 

A.  Conformation.  —  L’intérieur  du  larynx  se  présente  sous  la  forme  d’une 
cavité  divisée  en  deux  par  une  fente  comprise  entre  les  cordes  vocales 
inférieures,  qu’on  nomme  la  glotte.  La  partie  située  au-dessus  de  la 
glotte  porte  le  nom  de  cavité  sus-glottique;  la  partie  située  au-dessous 
de  la  glotte  est  la  cavité  sous-glottique. 

a.  Cavité  sus-glottique.  —  Cette  cavité  s’étend  de  l’orifice  supérieur  du 
larynx  à  h  glotte;  elle  est  elle-même  divisée  en  deux  cavités  secondaires 
par  la  fente  formée  par  les  deux  cordes  vocales  supérieures  ;  la  cavité 
supérieure  porte  le  nom  de  vestibule  du  larynx,  l’inférieure  celui  de  por¬ 
tion  interventriculaire. 

Vorifice  supérieur  du  larynx,  variable  quant  à  sa  forme  sur  le  vi¬ 
vant,  .est  triangulaire  sur  le  cadavre.  Ses  limites  sont  :  en  avant,  l’épi¬ 
glotte  ;  latéralement,  les  replis  aryténo-épiglottiques;  en  arrière,  une 
échancrure  comprise  entre  Igs  deux  cartilages  de  Santorini  et  qui  se  pro¬ 
longe  en  bas  jusqu’à  la  base' des  cartilages  aryténoïdes. 

le  vestibule  îiï'Tarÿnx'Tst  la  partie  située  entre  l’orifice  supérieur  et 
les  cordes  vocales  supérieures  ;  il  ne  présente  aucune  particularité  digne 
d’étre  notée. 

h-portion  interventriculaire  est  comprise  entre  les  cordes  vocales  su¬ 
périeures  elles  inférieures  :  elle  présente  un  prolongement  en  cul-de-sac, 
mtricule  du  larynx  ou  de  Morgagni,  qui  remonte  plus  ou  moins  haut  en 
dehors  de  la  corde  vocale  supérieure  ;  à  sa  partie  antérieure  ce  prolonge¬ 
ment  présente  une  portion  verticale  qui  peut  arriver  jusqu’à  la  base  delà 
langue. 

La  partie  antérieure  de  la  cavité  sus-glottique  est  formée  parla  face  pos¬ 
térieure' de  l’épiglotte.  Cette  face  présente  à  sa  partie  inférieure  un  bour¬ 
relet  épais  qui  recouvré  l’insertion  des  cordes  vocales. 

.  La  partie  postérieure  de  la  cavité  sus-glottique  est  constituée  par 
l’échancrure  inter-aryténoïdienne, 

b.  Glotte.  —  La  glotte  est  la  partie  la  plus  importante  du  larynx, 
puisque  c’est  elle  qui  préside  à  la  phonation.  C’est  une  fente  limitée  en 
avant  par  les  cordes  vocales  inférieures  {glotte  ligamenteuse  ou  vocale),  en 
arrière  par  la  face  interne  des  cartilages  aryténoïdes  {glotte  cartilagineuse 
m  respiratoire). 

Les  cordes  vocales  inférieures,  séparées  à  leur  insertion  postérieure,  se 
rapprochent  «n  avant,  tandis  que  les  cordes  vocales  supérieures  sont 
antéro-postérieures  et  parallèles-  par  conséquent  plus  éloignées  de  la 


222 


LARYNX.  —  amatohie. 


ligne  médiane  que.  les  premières.  Cette  disposition  fait  qu’au  laryngo¬ 
scope  on  voit  les  quatre  cordes  vocales  simultanément. 

La  glotte  est  constituée,  ainsi  qu’il  résulte  de  tout  ce  qui  précède,  par 
les  muscles  thyro-aryténoïdiens,  par  les  ligaments  thyro-aryténoïdiens  in¬ 
férieurs  ou  cordes  vocales  inférieures,  et  la  muqueuse  que  nous  allons 
décrire  dans  un  instant. 

]:  Elle  présente  une  face  supérieure  ou  externe,  en  rapport  avec  le  muscle 

<  tliyro-aryténoïdien,  une  face  inférieure  ou  interne,  tapissée  par  la  mu- 

■  queuse,  et  un  bord  mousse  légèrement  concave. 

Sa  forme  est  susceptible  de  varier  suivant  les  divers  mouvements  res-  . 
i  C\  piratoires  ;  c’est  ainsi  que  de  triangulaire  elle  peut  devenir  elliptique, 
4osangique,  linéaire.  Nous  étudierons  de  plus  près  les  différentes  modifi- 
■  cations  de  forme  qu’elle  peut  présenter  à  l’article  Larvngoscohe  (t.  XK, 
p.  230). 

c.  Cavité  sous-glottique.  —  Cette  cavité,  située  au-dessous  de  la  glotte, 
se  continue  directement  avec  la  cavité  de  la  trachée. 

*  B.  Muqueuse  du  larynx.  —  La  muqueuse  tapisse  les  différentes  par- 
!  -  \fHies  de  la  cavité  du  larynx  que  nous  venons  d’étudier.  Lisse,  d’un  rose 
1  pâle,  elle  est  rattachée  à  la  membrane  élastique  sous-jacente  par  un 

tissu  cellulaire  lamelleux.  Elle  n’est  pas  uniforme  partout,  mais  offre  des 
i  [tarticularités  intéressantes,  suivant  les  diverses  régions  où  on  l’étudie  ■ 

i  C’est  ainsi  que,  d’après  Coyne,  elle  présente  au  niveau  de  la  base  de  l’épi¬ 

glotte  un  certain  nombre  de  dépressions  assez  profondes,  au  fond  desquelles 
viennent  s’ouvrir  les  canaux  excréteurs  de  grosses  glandes  ;  les  saillies  qui 
séparent  ces  dépressions  ne  sont  que  des  replis  muqueux,  et  nullement 
des  formations  papillaires,  comme  le  veut  Luschka.  Coyne  signale  en  outre 
des  faits  intéressants  et  nouveaux  par  rapport  à  sa  structure  ;  nous  em¬ 
pruntons  à  son  remarquable  travail  la  plupart  des  détails  qui  vont  suivre,  ' 

Tous  les  auteurs  considèrent  la  muqueuse  du  larynx  comme  constituée 
a.  par  un  derme,  b.  par  un  revêtement  épithélial.  „ï.-  " 

^  a.  Le  derme  est  lui-même  formé  :  1“  par  une  membrane  limitante  sous- 

jacente  à  l’épithélium  ;  2“  par  une  couche  réticulée,  contenant  un  grand 
nombre  de  corpuscules  lymphatiques  et  se  rapprochant  par  là  de  la  mu¬ 
queuse  de  l’intestin  grêle.  Cette  disposition  indiquée  pour  la  première  fois 
par  Coyne  n’est  pas  partout  la  même  :  c’est  ainsi  que  ces  corpuscules 
lymphatiques,  véritables  follicules  clos,  sont  exclusivemen^tocalisés  dans 
la  portion  de  la  muqueuse  qui  revêt  lé  ventricule  (fig.  dÔ). 

Ces  corps  sont-ils  effectivement  de  véritables  follicules  clos  «  Lors¬ 
que  je  les  rencontrai  pour  la  première  fois,  dit  Ceyne,  je  les  avais 
i  considérés  commode  simples  amas  de  leucocytes;  mais  leur  présence 

!■  constante  endos  endroits  déterminés,  toujours- les  mêmes,  ainsi  que  la 

netteté  de  leur  structure,  ont  modifié  mon  opinion  première  sur  leurna- 
turo.  Les  rencontrant  d’ailleurs  sur  dés  larynx  sains,  recueillis  sur  des  su-  i 
î  :  jets  qui  avaient  succombé  à  des  maladies  ne  portant  pas  sur  l’appareil 

respiratoire,  je  n^avais  aucune  raisoq  de  les  considérer  comme  des  for- 
niations  pathologiques,  »  ainsi  que  le  veqt  Virchow,  qui  n’a  vu  et  décrit 


LARYNX.  —  ANATOMIE. 


223 


des  lymphomes  de  la  muqueuse  laryngée,  que  dans  le  cours  de  la  leu¬ 
cémie'. 

Sur  le  bord  libre  de  la  corde  vocale  inférieure,  les  follicules  clos  sont 
remplacés  par  des  papilles,  dont  la  présence  dans  le  larynx,  mentionnée 


4,  Glandes  en  grappe  du  centre  de  la  corde  vocale  suplrleuré.  —  S,  Follicules  clos  de  la  couche 
superficielle  de  la  muqueuse  du  ventricule.  —  3,  Région  papillaire  de  la  corde  vocale  infé¬ 
rieure.  —  i,  Ligament  fibro-élastique  de  celte  même  corde  vocale.  —  3,  Muscle  thyro-aryté- 
noxdien,  —  6,  Groupe  glandulaire  de  la  face  supérieure  de  la  corde  vocale  inférieure.  — 
7,  Deuxième  groupe  de  glandes  de  la  région  sous-papillaire;  ab,  Bord  litre  de  la  corde  vor- 
cale  supérieure  présentant  une  modification  de. l’épithélium  (Coïne), 

pour  la  première  fois  par  Coyne,  est  à  peine  indiquée  par  Kôlliker.  Ces 
papilles,  certainement  vasculaires  et  probablement  nerveuses,  sont  com¬ 
parables  en  tous  points  à  la  couche  muqueuse  de  Malpighi.  L’épithélium  au 
•niveau  des  papilles  est  formé,  d’après  Coyne,  de  deux  couches  :  «  1“  La 


224 


LARYNX.  —  AHATOMIE. 
superficielle  constituée  par  des  cellules  aplaties  est  analogue  à  la  lame 
cornée  de  l’épiderme  cutané  ;  la  profonde  présente  d’abord  une  série  de 
cellules  cylindriques,  tapissant  la  surface  libre  des  papilles  dermiques, 
puis  au-dessus  se  trouvent  des  cellules  polygonales  à  noyaux  volumineux 
et  à  bords  crénelés.  Au-dessous  et  formant  le  revêtement  des  papilles,  se 
trouve  une  membrane  d’apparence  anhiste,  qui  représente  la  membrane 
limitante... 

«  Ces  papilles  sont  bien  plus  développées  dans  la  moitié  antérieure  delà 
corde  vocale,  ce  qui  est  en  relation  avec  le  point  de  départ  habituel  des 
papillomes,  qui  partent  constamment  des  cordes  vocales  inférieures  et  plus 
particulièrement  de  leur  moitié  antérieure.  » 

2°  La  couche  profonde,  couche  glandulaire,  plus  épaisse,  est  dissémi¬ 
née  au  milieu  d’un  tissu  conjonctif  souvent  infiltré  de  graisse. 

Ces  glandes  qui  appartiennent  à  la  classe  des  glandes  en  grappe,  sont 
très-développées  dans  le  centre  de  la  corde  vocale  supérieure.  Le  bord 
libre  de  la  corde  vocale  inférieure  en  est  complètement  dépourvu.  Mais 
immédiatement  au-dessus  du  point  où  apparaissent  les  papilles,  et  immé¬ 
diatement  au-dessous  de  cette  région,  existent  deux  orifices  de  canaux 
excréteurs,  dirigés  de  façon  à  déverser  leur  produit  sur  la  région  papillaire. 
L’intégrité  de  la  fonction  de  cette  région  est  donc  assurée,  grâce  au  mucus 
protecteur  qui  la  recouvre. 

b.  L’épithélium  des  cordes  vocales  inférieures  a  été  décrit  plus  haut  à 
propos  de  la  région  papillaire  ;  l’épithélium  du  bord  libre  des  cordes  vo¬ 
cales  supérieures  est  également  stratifié,  mais  les  cellules  y  sont  moins 
nombreuses  que  sur  les  inférieures. 

Dans  les  autres  régions,  on  retrouve  un  épithélium  stratifié,  mais 
la  couche  la  plus  superficielle,  au  lieu  d’être  formée  de  cellules  pavi- 
menteuses,  est  représentée  par  des  cellules  très-allongées  en  forme 
de  cône,  dont  la  base  offre  un  bourrelet  transparent,  muni  de  cils  vibra- 
tiles. 

IV.  Vaisseaux  et  nerfs  du  larynx.  —  A.  Les  artères  qui  alimentent  le 
larynx  sont  fournies  par  la  thyroïdienne  supérieure,  branche  de  la  carotide 
externe.  Cette  artère,  en  se  dégageant  du  tronc  de  la  carotide,  forme  un  S 
sur  les  parties  latérales  du  larynx.  C’est  au  niveau  du  premier  coude  que 
se  dégage  : 

a.  La  laryngée  supérieure.  Elle  se  dirige  en  avant  et  en  dedans,  passe 
sous  le  muscle  thyro-hyoïdien,  et  fournit  :  1°  Une  petite  branche  pour 
la  membrane  thyro-hyoïdienne  ;  2“  une  branche  plus  importante  qui  tra¬ 
verse  cette  membrane  (quelquefois  elle  traverse  un  trou  situé  sur  les 
parties  latérales  du  cartilage  thyroïde)  et  alimente  les  muscles  et  la  mu¬ 
queuse  ;  5"  V artère  laryngée  postérieure,  qui  chemine  sous  la  muqueuse 
du  pharynx  et  fournit  à  la  muqueuse,  aux  muscles  crico-aryténoïdien  pos¬ 
térieur  et  ary-aryténoïdien. 

b.  La  laryngée  inférieure  naît  de  la  thyroïdienne  au  moment  où  celle- 
ci  pénètre  dans  le  corps  thyroïde  ;  elle  se  place  sur  la  membrane  crico- 
thyroïdienne,  s’anastomose  avec  celle  du  côté  opposé  et  fournit  des  ramus- 


LARYNX.  —  AMATOMIE.  225 

cules  qui  perforent  la  membrane,  et  se  distribuent  dans  l’intérieur  du 
larynx. 

B.  Veines  et  lymphatiques.  —  Les  veines  suivent  le  trajet  des  artères, 
et  se  jettent  dans  la  jugulaire  intei*ne.  Les  lymphatiques,  surtout  déve¬ 
loppés  au  niveau  des  replis  ary-épiglottiques,  se  jettent  dans  deux  ou  trois 
troncs  principaux  situés  de  chaque  côté  du  larynx,  et  aboutissent  finale¬ 
ment  aux  deux  ganglions  placés  sur  les  parties  latérales  de  l’organe. 

C.  Les  nerfs  du  larynx  sont  :  d°  Le  laryngé  supérieur.  Ce  nerf  naît  du 
côté  interne  du  plexus  gangliforme  du  pneumogastrique,  se  porte  en  bas 
eten  dedans,  en  passant  entre  le  pharynx  et  la  carotide  interne  (le  laryngé 
supérieur  est  le  seul  rameau  du  nerf  vague  passant  derrière  la  carotide); 
il  décrit  ensuite  une  courbe  à  concavité  antérieure,  et  arrive  à  la  grande 
corne  de  l’os  hyoïde.  Un  peu  avant  ce  point,  il  se  divise  en  deux  branches  : 

a.  L’une,  nerf  laryngé  externe,  continue  le  trajet  primitif  du  nerf,  en 
longeant  le  constricteur  inférieur  du  pharynx,  auquel  il  abandonne  quel- 
cpies  filets,  et  se  termine  dans  le  muscle  crieo-thyroïdieu. 

b.  L’autre,  nerf  laryngé  supérieur  proprement  dit,  traverse  la  mem¬ 
brane  thyr^yoïdienne,  en  accompagnant  l’artère  du  même  nom,  et  arrive 
sous  la  muqueuse  de  la  gouttière  laivngo-pharyngée  ;  là  il  fournit  deà 
rameaux  ascendants  pour  la^i^queusaR  l’épiglotte,  des  rameaux  trans- 
Tcrsaux  pour  les  replis  ary-épiglottiques,  et  des  rameaux  descendants 
pour  l’ouverture  supérieure  du  larpx.  Parmi  ces  derniers,  l’un  descend 
sur  la  face  postérieure  du  muscle  dHco-aryténoïdien  postérieur  et  s’anas¬ 
tomose  à  ce  niveau  avec  une  branche  du  nerf  laryngé  inférieur,  en  for¬ 
mant  Y  anastomose  de  Galién. 

2“  Le  layngé  inféiieur  ou  branche  de  terminaison  du  nerf  récurrent. 

11  s’applique  dans  la  gouttière  formée^par  l’œsophage  et  la  trachée,  passe 
sous  le  bord  inférieur  du  constricteur  inférieur  du  pharynx,  puis  innerve 
tous  les  muscles,  sauf  le  crico-thyroïdien.  11  fournit  en  outre  un  rameau 
anastomotique  avec  le  laryngé  supérieur  (Anast.  de  Galien). 

Développemekt  du  lartnx.  — Le  larynx  se  forme  aux  dépens  de  la  partie  •  y- 
supérieure  du  pédicule  qui  rattache  les  poumons  au  pharynx;  il  est  visi¬ 
ble  à  la  sixième  semaine.  Il  se  présente  à  l’quverture  pharyngienne  sous 
'  l’aspect  de  deux  petites  crêtes,  qui  formeront  plus  tard  les  cartilages  ary¬ 
ténoïdes.  En  avant  de  la  fente  que  ces  crêtes  interceptent,  on  voit  une 
saillie  transversale,  dépendante  du  troisième  arc  pharyngien,  et  destinée 
à  former  l’épiglotte.  Le  larynx  devient  cartilagineux  de  la  huitième  à  la 
neuvième  sernaine  ;  vers  le  quatrième  mois,  les  cordes  vocales  et  les  ven¬ 
tricules  du  larynx  sont  déjà  formés. 

A  la  naissance,  les  cartilages  aryténoïdes-  sont  rudimentaires,  et  les 
cordes  vocales  ne  mesurent  que  0“,00I  de  loi}gueur  ;  le  développement  de  - 
1  l’organe  est  lent  dans  les  premières  années  dë  la  vie;  ce  n’est  qu’à  l’âge 
de  la  puberté  qu’il  devient  plus  marqué,  qt  qu’il  acquiert  les  dimensions  et 
les  qualités  que  nous  avons  indiquées  au  chapitre  précédent  ;  à  vingt-cinq 
'  ans,  le  larynx  a  atteint  son  complet  développement. 

DiFFÉREMCES  DU  LARYNX,  SUIVANT  LES  SEXES,  SUIVANT  LES  INDIVIDUS.  PflÉ- 
itOOT.  mcT.  iiÉo.  ET  cnm.  XX.  —  15  . 


LARYNX.  —  ANATOMIE. 


NOMÈNEs  DE  LA  MUE.  —  Le  larynx  de  l’homme  est  plus  développé  que  celui 
de  la  femme,  et  cela  en  dehors  de  toute  considération  de  taille. 

Les  mensurations  de  Sappey  donnent  les  moyennes  suivantes  : 


Diamètre  vertical .  0“,044  0“,036 

Diamètre  transversal . .  0’“,043  0",041 

Diamètre  antéro-postérieur .  O^.OSG  0“,026 

Le  larynx  de  l’homme  se  distingue  de  celui  de  la  femme,  non-seulement 
par  sa  dimension,  mais  aussi  par  sa  forme  et  son  épaisseur  :  tandis  que 
chez  l'homme  le  larynx  est  plus  anguleux,  chez  la  femme  il  est  plus  ar¬ 
rondi  ;  cela  est  surtout  bien  visible  au  niveau  de  la  pomme  d’Adam,  qui  est 
à  peine  marquée  chez  la  femme.  L’épaisseur  des  cartilages  est  aussi  plus 
considérable  chez  le  premier,  et  l’ ossification  se  fait  plus  promptement 
chez  lui  que  chez  la  femme. 

Au  point  de  vue  des  différences  individuelles,  on  peut  dire  que  plus  la 
voix  est  basse,  plus  le  larynx  est  développé,  et  que  plus  elle  est  élevée, 
moins  il  est  développé  ;  c’est  ainsi  que  le  larynx  du  ténor  se  reproche  du 
larynx  féminin. 

Quant  au  larynx  de  l’enfant,  ^i^e  rappjojhe,  pour  la  résistance  de  ses 
parties  cartilaginenses,  des  anneaux  de  la'  trachée.  Ses  muscles  sont  ru¬ 
dimentaires,  et  sa  muqueuse  d’une  coloration  assez  pâle.  Pendant  les  pre¬ 
mières  années  de  la  vie,  il  varie  peu  dans  ses  dimensions  ;  il  présente  de 
même  peu  de  différence  suivant  les  sujets,  à  cette  époque;  ce  n’est  qu’à 
l’âge  de  la  puberté  qu’il  subit  des  modifieations  (|ui  permettent  de  le  diffé¬ 
rencier  chez  l’homme  et-  chez  la  femme.  Ces  modifications,  auxquelles  on 
a  donné  le  nom  de  mue,  ont  été  étudiées  récemment  par  E.  Fournié.  Elles 
portent,  d’après  cet  auteur  :  a.  sur|les  cordes  vocales;  b.  sur  les  agents 
moteurs  des  cordes  vocales. 

Liées  au  développement  rapide  des  organes  sexuels,  elles  se  traduisent 
chez  la  femme  par  des  douleurs  de  gorge,  et  peuvent  aller  jusqu’à  des 
extinctions  de  voix  occasionnées  par  l’exagération  du  travail  physiologique 
qui  s’effectue  dans  le  larynx,'  ou  même  le  diapason  de  la  voix  s’abaisse 
d’une  ou  de  deux  notes.  Dans  d’autres  cas,  cette  transformation  s’accom¬ 
plit  d’une  manièreinappréciable. 

Chez  l’homme,  les  phénomènes  sont  beaucoup  plus  marqués.  C’est  ainsi 
que  le  timbre  de  la  voix  change  de  caractère  :  le  diapason  baissé  sensible¬ 
ment  ;  la  voix  devient  rauque,  inégale  ;  quelquefois  même  il  y  a  aphonie 
complète. 

Quant  aux  modifications  anatomiques,  on  observe  du  côté  des  cordes  vo¬ 
cales  une  augmentation  en  longueur,  en  largeur  et  en  épaisseur.  En  même 
temps  les  bords  des  cordes  vocales  prennent,  d’après  E.  Fournié,  plus  de 
consistance.  «  Ces  modifications  s’opèrent  par  une  augmentation  dans  la 
vitalité  des  tissus,  en  revêtant  souvent  les  caractères  d’une  inflammation 
très-intense.  Dans  ce  cas,  la  perte  de  la  voix  est  complète.  Cette  inflam¬ 
mation  imprime  aux  parties  qui  en  sont  le  siège  des  propriétés  non- 


m--  LARYNX.  —  PHYSIOLOGIE.  227 

Telles,  résultant  de  la  diminution  de  l’élasticité  de  la  membrane,  et 
cette  diminution  contribue  à  faire  grandir  le  diapason  de  la  voix  d’une 
octave.  » 

Du  côté  des  agents  moteurs  des  cordes  vocales,  on  constate  un  accrois¬ 
sement  inégal  et  subit  des  cartilages  et  des  muscles,  des  contractions  iné¬ 
gales  et  insuffisantes  de  ces  derniers,  qui  ont  pour  effet  de  donner  à  la 
glotte  différents  aspects  incompatibles  avec  la  production  des  sons.  C’est 
ainsi  que  très-souvent  on  voit  le  bord  supérieur  du  cricoïde  se  développer 
outre  mesure,  et  empêcher  le  rapprochement  des  cartilages  aryténoïdes, 
et  par  suite  celui  des  cordes  vocales  en  arrière. 

Ces  phénomènes  de  la  mue  durent  habituellement  ce  que  dure  la  mue; 
mais  parfois  certaines  causes,  parmi  lesquelles  il  faut  ranger  l’hérédité, 
les  inflammations  diathésiques,  les  exercices  du  chant  peuvent  altérer  la 
voix  indéfiniment,  et  créer  ainsi  des  troubles  pathologiques  persistants. 

Les  moyens  propres  à  détruire  ces  influences  nocives  consistent  à  favo¬ 
riser  le  développement  de  l’organe  de  la  voix  par  un  traitement  général  et 
local,  tel  que  gymnastique  respiratoire  et  vocale,  application  de  courants 
continus  sur  le  larynx,  etc. 

PHYSIOLO^E. 

Le  larynx,  en  tant  que  servant  à  la  phonation  ,  est  un  des  organes  les 
plus  importants  de  la  vie  de  relation.  C’est  là  son  rôle  principal,  celui  qui 
prime  tous  les  autres  :  aussi  bien  voyons-nous,  en  pathologie,  toutes  les 
maladies  du  larynx  retentir  sur  cette  fonction,  en  altérer  l’intégrité,  en 
modifier  l’intensité,  le  timbre,  etc. 

Mais  telle  n’est  pas  Tunique  fonction  du  larynx  :  il  concourt  encore 
d’une  manière  active  à  divers  phénomènes  de  la  respiration  et  de  la  dé¬ 
glutition;  c’est  de  ces  dernières  que  nous  parlerons  ici,  la  phonation  de¬ 
vant  être  traitée  ailleurs.  (Voy.  Voix.) 

Les  différentes  fonctions  dévolues  au  larynx  sont  toutes  mécaniques, 
et  sont  par  conséquent  sous  la  dépendance  du  système  musculaire.  La 
plupart  d’entre  elles,  quoique  soumises  à  l’empire  de  la  volonté,  s’exécu¬ 
tent  d’une  manière  inconsciente;  d’autres  ont  besoin,  pour  acquérir  le 
degré  de  perfection  voulu,  d’un  exercice  longtemps  soutenu  :  la  voix  et 
tous  les  phénomènes  qui  s’y  rattachent,  le  chant,  par  exemple,  rentrent 
dans  cette  catégorie,  Nous  avons  donc  à  étudier  le  rôle  des  agents  moteurs 
dularymx  au  triple  point  de  vue  de  la  déglutition,  de  la  respiration  et  de 
la  phonation.  Pendant  ces  trois  grands  phénomènes,  le  larynx  éprouve 
des  mouvements  variés  :  tantôt  il  se  meut  dans  sa  totalité,  sans  changer 
les  rapports  de  ses  parties  constituantes;  tantôt  ses  mouvements  d'en- 
mlle  se  combinent  à  des  mouvements  farlieù,  qui  font  varier  les  rap¬ 
ports  des  différentes  pièces  qui  le  composent  ;  tantôt  enfin  il  exécute  des 
mouvements  partiels-,  sans  participation  de  mouvements  généraux.  En 
résumé,  le  larynx  exécute  des  mouvements  généraux  et  des  mouvements 
partiels,  qui  se  combinent  souvent  entre  eux  dans  les  trois  actes  dont  nous 
venons  de  parler. 


228 


LARYNX.  -  PHYSIOLOGIE. 


Les  premiers  s’exécutent  grâce  aux  muscles  extrinsèques,  et  s’accom^ 
plissent  pendant  la  déglutition.  Le  pharynx,  subissant  à  ce  moment  un 
mouvement  d’ascension,  entraîne  avec  lui  le  larynx  qui  lui  est  intimement 
uni.  Ce  mouvement  d’ascension  du  larynx  a  pour  but  d’interrompre  mo¬ 
mentanément  la  communication  entre  le  pharynx  et  les  voies  respiratoires, 
et  d’empêcher  ainsi  les  aliments  de  pénétrer  dans  leur  intérieur. 

L’interruption  de  ces  deux  voies  s’opère  au  moyen  de  Vepiglotte.  Cet 
opercule  excessivement  mobile  plie  sous  le  poids  du  bol  alimentaire  et 
ferme  l’orifice  supérieur  du  larynx  au  moment  de  son  passage  ;  l’occlu¬ 
sion  est  rendue  plus  complète  encore  par  le  mouvement  d’ascension  du 
larynx,  qui,  venant  butter  contre  la  base  de  la  langue,  assure  le  renverse¬ 
ment  de  l’épiglotte. 

Outre  ce  mouvement  d’ensemble,  certaines  parties  du  larynx  subissent 
pendant  la  déglutition  des  mouvements  partiels  ;  ceux-ci  ont  pour  but  de 
fermer  la  glotte,  et  d’opposer  ainsi  une  barrière  de  plus  aux  aliments  qui 
auraient  pu  s’introduire  dans  la  cavité  du  larynx,  et  qui  n’auraient  pas  été 
rejetés  au  dehors  par  la  toux.  Cette  occlusion  de  la  glotte  pendant  la  déglu¬ 
tition,  signalée  pour  la  première  fois  par  Magendie,  n’est,  comme  le  dit 
Math.  Duval,  «  qu’une  occlusion  de  précaution,  et  il  ne  faudrait  pas  croire 
que,  dans  la  dégluiition  normale,  les  substances  dégluties  viennent  jus¬ 
qu’au  contact  des  lèvres  de  la  glotte.  »  L’occlusion  de  la  fente  glottique 
pendant  la  déglutition  s’opère,  comme  l’a  démontré  Longet,  par  la  con¬ 
traction  des  muscles  constricteur  inférieur  du  pharynx  et  crico-thyroïdien. 
Le  premier  agit  en  aplatissant  le  cartilage  thyroïde  ;  le  deuxième  fait  bas¬ 
culer  le  cartilage  en  avant  et  en  bas,  il  tend  par  conséquent  les  cordes 
vocales,  et  comme  celles-ci  décrivent  une  courbe  à  concavité  interne,  elles 
se  rapprochent  et  ferment  la  glotte. 

Remarquons,  en  passant,  que  les  deux  muscles  en  question,  bien 
qu’étant  constricteurs  de  la  glotte,  ne  sont  pas  innervés  par  le  nerf  qui 
se  rend  aux  autres  constricteurs.  Il  doit  donc  en  résulter  une  différence  au 
point  de  vue  physiologique.  En  effet,  les  vivisections  ont  prouvé  que  ces 
deux  muscles  sont  surtout  destinés  à  fermer  la  glotte  pendant  la  déglu¬ 
tition,  tandis  que  les  autres  constricteurs  agissent  plus  particulièrement 
dans  l’acte  de  la  respiration. 

Pendant  cette  importante  fonction,  le  larynx  éprouve  également  des 
mouvements  généraux  et  partiels.  Les  premiers  sont  peu  sensibles  dans  la 
respiration  tranquille  et  ordinaire  ;  le  larynx  exécute  des  mouvements 
d’ascension  et  de  descente  si  légers  qu’ils  passent  inaperçus.  Il  n’en  est 
pas  de  même  dans  la  respiration  gênée,  ou  dans  la  respiration  énergique 
qui  précède  la  toux,  l’effort  ;  on  voit  alors  le  larynx  s’abaisser  pendant 
l’inspiration,  d’une  quantité  plus  ou  moins  notable,  pour  reprendre  sa 
place  pendant  l’expiration. 

Les  mouvements  partiels  qu’exécute  le  larynx  pendant  la  respiration 
sont  de  beaucoup  les  plus  importants,  pnisqu’üs  contribuent  d’une  ma¬ 
nière  active  aux  divers  temps  dont  elle  se  compose.  Pour  que  ces  deux 
temps  s’exécutent  régulièrement,  il  faut  que  la  glotte  s’élargisse  et  se 


LARYNX.  —  PHYSIOLOGIE. 


1229 


rétrécisse  tour  à  tour  ;  ces  phénomènes  de  dilatation  et  de  rétrécissement 
de  la  fente  glottique  sont  directement  sous  la  dépendance  du  système 
musculaire;  aussi  est-ce  ici  le  lieu  d’étudier  l’action  des  muscles  que  nous 
avons  décrits  précédemment. 

Les  vivisections  et  l’examen  laryngoscopique  ont  démontré  que  la  glotte 
s'élargit  dans  l’inspiration,  et  qu’elle  se  rétrécit  dans  l’expiration. 

Quels  sont  les  muscles  qui  produisent  la  dilatation  de  la  glotte,  et  par 
quel  mécanisme  celte  dilatation  se  produit-elle? 

Remarquons  d’abord  que  chaque  cartilage  aryténoïde,  grâce  à  son  arti¬ 
culation  avec  le  chaton  du  cricoïde,  peut  tourner  autour  de  son  axe  ver¬ 
tical  :  il  en  résulte  que  l’apophyse  vocale  est  portée  soit  en  dedans,  soit 
en  dehors  ;  ce  mouvement  de  rotation  du  cartilage  aryténoïde  a  pour 
résultat  d’éloigner  ou  de  rapprocher  les  cordes  vocales  inférieures  qui 
prennent  insertion  sur  l’angle  antérieur. 

Or  le  muscle  crico-aryténoïdien  postérieur,  en  tirant  l’apophyse  mus- 
-'..cu!airfi.en  dedans,  porte  l’apophyse  vocale  en  dehors.  Il  sépare  les  cordes 
vocales,  et  par  conséquent  donne  à  la  fente  glottique  l’aspect  losangiqus; 
ce  muscle  est  donc  dilatateur  de  la  glotte,  et  lui  seul  est  capable  de  pro¬ 
duire  cette  action,  c’est  donc  un  muscle  essentiellement  respirateur.  Tous 
les  autres  muscles  rétrécissent  la  fente  glottique,  et  sont  plus  spécialement 
phonateurs. 

Ce  sont  en  premier  lieu  les  muscles  crico-aryténoïdiens  latéraux,  qui, 
en  rapprochant  les  apophyses  vocales  en  dedans,  rapprochent  les  cordes 
vocales  et  rétrécissent  la  partie  ligamenteuse  de  la  glotte.  La  partie  carti¬ 
lagineuse  de  la  glotte,  peut  à  son  tour  être  réduite  à  l’état  de  simple  fente 
par  la  contraction  des  muscles  ary-aryténoidiens,  qui  rapprochent  directe¬ 
ment  les  deux  cartilages  aryténoïdes,  en  les  faisant  glisser  de  dehors  en 
dedans. 

Le  muscle  phonateur  par  excellence  est  le  thyro-aryténoïdien,  qui,  placé 
dans  l’épaisseur  même  des  ièvres  de  la  glotte,  tend  d’ahord  à  rapprocher 
les  deux  apophyses  vocales;  mais  son  action  principale  consiste  surtout  à 
imprimer  aux  cordes  vocales  divers  dagrés  de  tension,  en  transformant  en 
ligne  droite  la  courbe  que  décrit  leur  borîHihre  ;  il  jcrue  ainsi  un  grand 
rôle  dans  la  production  des  sons  (voy.  Phonation). 

.  Le  rétrécissement  dé  la  glotte  comporte  plusieurs  degrés  :  ainsi,  tandis 
qne  dans  l’expiration  simple  il  est  au  minimum,  dans  le  temps  qui  pré¬ 
cède  l’expiration  forcée  il  atteint  son  maximum,  c’est-à-dire  que  tous 
les  muscles  constricteurs  de  la  glotte  se  contractent  simultanément  et 
ferment  complètement  l’orifice.  Ce  phénomène  s’observe  surtout  dans 
l’effort  :  l’air  se  trouvant  alors  fortement  comprimé  au  dedans  du  thorax, 
celui-ci  forme  un  solide  point  d’appui  aux  muscles  qui  doivent  être  le 
siégp'de  la  manifestation  de  l’effort. 

Comme  conséquence  à  déduire  de  ce  phénomène,  il  résulte  une  diffé¬ 
rence  entre  le  courant  d’air  de  l’expiration  simple  et  celui  de  l’expiration 
forcée.  En  effet,  dans  le  deuxième  cas,  l’air  comprimé  dans  le  thorax  a  de 
la  tendance  à  s’échapper  avec  une  vitesse  considérable  dès  que  la  glotte 


230 


LARYNX.  -  LARYKGOSCOPIE. 


s’entr’ouvre  :  il  entraîne  au  dehors  tout  ce  qui  se  trouvé  sur  son  pas¬ 
sage,  et  balaye  l’arbre  aérien  des  mucosités  qui  peuvent  y  être  accu¬ 
mulées.  Au  niveau  du  larynx,  l’expulsion  des  mucosités  devient  volon¬ 
taire,  parce  que  ce  n’est  qu’à  ce  moment  qu’elles  sont  senties,  et  qu’elles 
donnent  lieu  à  des  réflexes  énergiques,  qui  sont  accompagnées  d’un 
phénomène  constant,  la  toux  {voy.  Toux). 

LARVKGOSCOPIE. 

La  laryngoscopie  est  l’opération  qui  a  pour  but  l’examen  de  la  cavité 
du  larynx  sur  le  vivant.  Cet  examen  se  fait  au  moyen  d’un  petit  miroir 
destiné  à  recevoir,  soit  directement,  soit  indirectement,  au  moyen  de 
verres  condensateurs,  lés  rayons  d’une  source  lumineuse  quelconque. 

Nous  aurons  donc  à  passer  en  revue  ;  d°le  petit  miroir  ou  laryngoscope 
proprement  dit;  2°  les  différentes  sources  lumineuses  (lumière  directe  et 
lumière  réfléchie)  ;  5°  les  différents  systèmes  de  verres  condensateurs 
destinés  à  augmenter  l’intensité  de  la  source  lumineuse. 

Mais  avant  de  décrire  le  laryngoscope  tel  qu’il  est  employé  de  nos  jours, 
nous  donnerons  un  aperçu  historique,  qui  fera  mieux  ressortir  les  diffé¬ 
rentes  phases  qui  ont  présidé  à  son  introduction  dans  la  praticfue  médi¬ 
cale,  et  les  perfectionnements  successifs  dont  il  a  été  l’objet  depuis  ces 
quinze  dernières  années. 

Les  premières  tentatives  faites  dans  le  but  d’explorer  la  cavité  du  larynx, 
ne  datent  en  réalité  que  du  commencement  du  siècle. 

Si,  pour  mémoire,  nous  icitons  Bozzini  (1807),  . qui  eut  plutôt  en  vue 
l’exploration  des  arrière-narines,  c’est  pour  rappeler  qu’il  a  été  le  pre¬ 
mier  à  se  servir  de  miroirs  pour  éclairer  les  cavités  du  corps.  ‘ 

A  Cagnard  de  Latour  (1825)  revient  l’honneur  d’avoir  entrevu  la 
possibilité  d’apercevoir  l’épiglotte  et  même  la  glotte  au  moyen  d’un  petit 
miroir  introduit  au  fond  de  la  gorge. 

Senn,  en  1827,  avait  fait  construire  un  petit  miroir  pour  voir  la  partie 
supérieure  du  larynx  et  de  la  glotte,  après  une  opération  de  trachéotomie 
(obs.  présenté  à  l’Académie  des  sciences);  mais  il  dut  renoncer  à  son  em¬ 
ploi  à  cause  de  la  petitesse  de  l’instrument.  ■ 

Le  18  mars  4829,  B.  Babington  préseni^^ali^Société  huntérienne 
un  miroir  enchâssé  dans  un  anneau  d’argent  muni  d’une  longue  tige,  et 
lui  donnait  le  nom  de  glottiscope.  Cependant,  la  façon  dont  il  s’en  ser¬ 
vait,  ne  lui  permettait  pas  de  voir  la  glotte  :  en  effet,  il  appliquait  son 
instrument  contre  le  palais  et  non  au  fond  de  la  gorge,  en  même  temps  il 
abaissait  la  langue  avec  une  spatule,  et  ne  voyait  évidemmemt  que  le  bas 
de  la  langue  et  l’épiglotte. 

Bennati  (1832)  «  avait  fait  construire  par  un  fabricant  d’instruments, 
Selligue,  qui  était  atteint  de  phthisie  laryngée,  un  spéculum  formé  de 
deux  tubes  ;  l’un  d’eux  servait  à  porter  la  lumière  jusqu’à  la  glotte,  et 
l’autre  à  transmettre  à  l’œil  l’image  de  la  glotte  réfléchie  sur  le  miroir 
placé  à  l’extrémité  gutturale  de  l’instrument  »  (Morell-Mackenzie). 

Trousseau  et  Belloc  (1857)  se  servaient  d’uit  instrument  analogue  à 


LARYNX.  —  LARYNGOSCOPIE. 


231 


celui  de  Selligue  ;  mais  voici  ce  qu’en  disaient  les  auteurs  eux-rnêmes 
dans  un  mémoire  couronné  par  l’Académie  de  médecine  :  «  Cet  instrument, 
dont  il  ne  faut  pas  s’exagérer  l’utilité,  est  d’une  application  très-difficile, 
et  il  n’est  guère  plus  d’un  malade  sur  dix  qui  puisse  en  supporter  l’in- 
troduction.  En  effet,  il  est  d’un  volume  tel,  qu’il  remplit  l’espace  co]%„ 
pris  entre  le  bord  libre  du  voile  du  palais  et  la  face  supérieure  derla 
langue.  »  On  voit  les  inconvénients  qui  en  résultaient.  «  11  est  une  autre 
difficulté,  c’est  la  présence  de  l’épiglotte..  Cet  opercule  a  une  grande 
largeur,  et  il  recouvre  si  exactement  la  partie  supérieure  du  larynx,  qu’il 
empêche  totalement  que  la  représentation  de  cet  organe  puisse  être  ré¬ 
pétée  dans  le  miroir,  et  de  plus,  la  lumière  projetée  par  l’instrument 
tombe  directement  et  nécessairement  sur  la  face  linguale  de  l’épiglotte, 
et  l’ombre  de  celle-ci  couvre  précisément  le  larynx,  et  le  dérobe  complè¬ 
tement  à  la  vue.  C’est  donc  à  tort  que  Bennati  prétendait  voir  la  glotte  avec 
le  spéculum  de  Selligue  ;  il  ne  voyait,  en  général  que  la  partie  supérieure 
de  l’épiglotte,  très-rarement  l’ouverture  supérieure  du  larynx,  et  cela 
seulement  quand  le  redressement  accidentel  de  l’épiglotte  le  permettait.  » 

Baumes  (183,8)  présente  à  la  Société  médicale  de  Lyon  un  miroir  «  au 
moyen  duquel  on  peut  reconnaître  facilement  les  inflammations,  ulcéra¬ 
tions,  que  l’on  ne  pouvait  que  soupçonner  à  l’extrémité  postérieure  des 
fosses  nasales,  au  larynx  et  dans  quelques  parties  du  pharynx  »  ;  mais  ce 
chirurgien  n’indique  pas  la  façon  dont  il  s’en  est  servi  ;  aussi  son  instru¬ 
ment  fpt  vite  oublié, 

Liston  (1840)  décrit  un  miroir  analogue  à  celui  des  dentistes,  qui  per- 
metdevoir  l’image  de  la  cavité  du  larynx.  Ce  procédé,  joint  au  toucher 
distal;  le  mit  en  état  de  diagnostiquer  l’œdème  de  la  glotte. 

Quant  aux  cordes  vocales,  il  est  clair  que  Liston  ne  les  a  jamais  vues 
avec  son  miroir,  ;  et  qu’il  ne  parle  que  des -ligaments  ary-épiglottiques. 
Quoi  qu’il  en  soit,  en  établissant  la  position  du  miroir  laryngien  dans  le 
tond  de  la, gorge,  Liston  peut  être  considéré  comme  ayant  posé  le  premier 
principe  de  la  méthode  laryngoscopique  ;  voici,  en  effet  ce  qu’il  dit  ;  «  Le 
miroir,  préalablement  chauffé  dans  l’eau  chaude,  est  introduit,  la  face 
réfléchissante  tournée  en  bas,  et  très-profondément  dans  la  gorge.  » 

Ehrmann  (1842),  à  propos  du  diagnostic  des  polypes,  dit  :  «  11  me 
reste  à  parler  d’un  signe  qui  seul  est  certain,  c’est  la  vue  du  polype,  soit 
qu’il  ail  été  rejeté  en  partie  ou  en  totalité,  soit  que  l’on  parvienne  dans  un 
accès  de  suffocation  à  découvrir,  à  l’aide  d’un  petit  miroir,  pareil  à  ceux 
dont  se  servent  les  dentistes,  une  de  ses  parties  engagée  dans  la  glotte.  » 

Warden  (1844)  se  servit  d’un  prisme  de  flint-glass,  au  moyen  duquel 
8  il  vit,  chez  une  dame  atteinte  d’une  inflammation  chronique  du  pharynx, 
l’épiglotte  épaissie  et  enflammée  ;  ce  ne  fut  que  lorsque  la  malade  fit  des 
efforts  répétés  pour  avaler,  que  les  cartilages  aryténoïdes  se  dégagèrent 
de  leur  revêtement,  et  que,  poussés  en  haut,  ils  donnèrent  leur  image 
sur  la  surface  réfléchissante  du  miroir.  Une  puissante  lampe  d’Argand, 
à  laquelle  était  fixé  un  large  prisme,  lançait  toute  sa  clarté  dans  le 
pharynx. 


232  LARYNX.  —  larysgoscopie. 

Avery,  de  Londres  (1844),  au  lieu  de  se  servir  du  prisme  de  Warden, 
employait  un  spéculum  et  un  réflecteur. 

Garcia  (1854),  professeur  de  chant  à  Londres,  fut  le  premier  qui  son¬ 
gea  à  examiner  son  propre  larynx  pendant  le  chant;  il  se  servait  à  cet 
effet  d’un  petit  miroir  fixé  à  une  longue  tige  qu’il  introduisait  dans  la 
partie  supérieure  du  pharynx.  Il  faisait  arriver  les  rayons  du  soleil  direc¬ 
tement  sur  le  miroir  lorsqu’il  expérimentait  sur  une  tierce  personne.  Lors¬ 
qu’au  contraire  il  expérimentait  sur  son  propre  larynx,  il  se  servait  d’un 
réflecteur  qui  recevait  les  rayons  solaires,  et  les  projetait  sur  le  petit  mi¬ 
roir  placé  contre  la  luette.  Garcia,  en  fondant  ainsi  l’autolaryngoscopie, 
donna  de  précieuses  indications  sur  les  fonctions  des  cordes  vocales  pen¬ 
dant  l’inspiration  et  l’expiration. 

Ludw.  Tûrck,  de  Vienne  (1857),  appliqua  le  miroir  laryngien  sur  divers 
malades  de  son  service;  mais  comme  il  se  servait  des  rayons  solaires 
directs,  il  fut  obligé  d’interrompre  ses  expériences  dès  l’automne.  Il 
n’accorda  que  peu  d’importance  à  ses  recherches,  au  point  de  vue  pratique, 
puisque  dans  une  communication  faite  au  congrès  des  médecins  de  Vienne, 
il  déclara  qu’il  était  loin  d’avoir  des  espérances  exagérées  sur  l’emploi 
du  miroir  laryngien  en  médecine  pratique. 

Czermak,  de  Pesth  (1858),  reprit  les  expériences  de  Tûrck,  mais  rem¬ 
plaça  la  lumière  solaii'e  par  un'éçlairage  artificiel,  dont  il  augmenta  i’in- 
tensité  au  moyen  d’un  réflecteur,  consistant  en  une  feuille  de  papier 
hlanc  pliée  en  gouttière  à  trois  faces  planes,  et  appliquée  contre  le  verre 
de  lampe,  de  manière  à  ne  laisser  la  lumière  que  d’un  seul  côté.  Dès  lors 
la  laryngoscopie  était  créée,  une  nouvelle  méthode  d’expérimentation 
surgissait,  et  entre  ses  mains  habiles,  le  laryngoscope  devint  un  instru¬ 
ment  précieux  pour  le  diagnostic  médical. 

A  partir  de  cette  époque,  lés  auteurs  se  sont  plus  particulièrement  atta¬ 
chés  à  créer  des  appareils  de  concentration  ;  nous  verrons,  en  parlant  de 
ces  appareils,  les  modifications  que  leur  ont  fait  subir  des  laryngoscopistes 
distingués,  parmi  le.'quels  nous  citerons  Mandl ,  Moura-Bourouillou, 
Krishaber,  Fauvel,  etc.,  en  France;  Lewin,  Bruns,  Stoerck,  Tûrck,  en 
Allemagne;  Morell-Mackenzie,  Duncan-Gibb,  etc.,  en  Angleterre. 

Description  de  l’instrumentation.  —  A.  Miroir  laryngien.  —  Il  se  com¬ 
pose  :  a,  d’une  surface  plane  réfléchissante,  ou  miroir  proprement  dit; 
b,  d’une  tige;  c,  d’un  manche. 

Le  miroir  peut  être  d’acier  ou  de  verre  étamé,  argenté  ou  platiné. 

Les  miroirs  étamés  ont  sur  les  miroirs  métalliques  l’avantage  de  mieux 
éclairer,  en  vertu  de  leur  pouvoir  réflecteur  plus  considérable  et  de  leur 
pouvoir  absorbant  moindre.  Leur  surface  ne  s’altère  pas  comme  celle  des 
miroirs  d’acier,  au  contact  des  substances  médicinales  qu’on  emploie  pour 
cautériser  le  larynx. 

Par  contre,  par  nn  usage  prolongé,  les  miroirs  de  verre  perdent  leur 
étamage,  et  finissent  au  bout  d’un  certain  temps  par  être  complètement 
hors  d’usage.  Cet  inconvénient  est  minime,  car  le  miroir  peut  être  facile¬ 
ment  remplacé. 


LARYNX. - LARYNGOSCOPIE  ;  INSTRUMENTATION.  233 

La  forme  du  miroir  varie,  elle  est  ovale  ou  elliptique,  ronde,  oblongue, 
quadrangulaire  à  angles  arrondis.  C’est  cette  dernière  forme  qui  est  le 
plus  en  usage,  elle  donne  en  effet  le  plus  grand  champ  de  vision  ;  la  forme 
ronde,  qui  peut  être  utilisée  dans  certains  cas,  donne  le  champ  de  vision 
le  plus  restreint. 

La  dimension  varie  suivant  les  formes  ;  on  trouve  ordinairement  trois 
dimensions  dans  les  boîtes  à  laryngoscope.  Les  miroirs  oblongs  dont  se 
sert  Bruns,  de  Tûbingen,  mesurent  : 


Le  petit .  Itj””  25”“  ' 

Le  moyen .  20““  50"“ 

Le  grand . 25"“  35"“ 


Les  miroirs  quadrangulaires  ont  un  diamètre  de  10,  20  ou  30  milli¬ 
mètres. 

Le  miroir  de  verre,  quelle  que  soit  sa  forme  ou  sa  dimension,  est  bien 
exactement  fixé  dans  un  cadre  de  maillechort  de  même  forme  et  de  même 
dimension  (fig.  20).  Il  est  important  que  la  sertissure  soit  aussi  exacte  que 
possible,  afin  d’empêcher  l’infiltration  de  l’eau  ou 
d’autres  liquides  qui  nuiraient  à  l’étamage. 

La  tige  est  métallique,  droite,  longue  de  15  à  20 
centimètres  ;  son  épaisseur,  qui  est  de  2  ou  3  milli¬ 
mètres,  tout  en  assurant  sa  solidité,  permet  cepen¬ 
dant  de  faire  varier  la  courbure  dans  certains  cas. 

Elle  est  soudée  au  cadre  métallique,  sous  un  angle 
(angle  d’ouverture)  de  120  à  125  degrés  (Türck)  ; 
la  soudure  s’effectue  à  l’un  des  angles  dans  les  mi¬ 
roirs  carrés  ;  dans  un  point  quelconque  de  la  cir¬ 
conférence  dans  les  miroirs  longs;  à  la  partie  posté¬ 
rieure  des  miroirs  oblongs,  de  manière  à  faire  un 
angle  droit  avec  le  milieu  du  grand  diamètre.  L’extré¬ 
mité  libre  de  la  tige  se  continue  avec  un  manche  de 
bois.  Tantôt  celui-ci  est  plein,  et  la  lige  invariable¬ 
ment  fixée  sur  lui  ;  d’autres  fois,  au  contraire,  le 
manche  est  creux,  et  la  tige  peut  à  volonté  être 
allongée  ou  raccourcie,  suivant  les  dimensions  de  la 
cavité  pharynge-buccale,  au  moyen  d’une  vis.  Celte 
dernière  disposition  est  presque  uniquement  usitée 
de  nos  jours. 

Règle  générale,  le  miroir  est  maintenu  en  position 
par  la  main  de  l’opérateur.  Cependant,  dans  des  cas 
où  il  est  désirable  d’avoir  les  mains  libres,  soit  pour 
la  démonstration,  soit  pour  certaines  opérations,  on  20.— Un  jeu  de  trois 

peut  faire  usage  d’un  fixateur.  Disons  cependant  que  m'roïvs  carres. 

Bruns,  qui,  le  premier,  a  fait  construire  un  appareil  de  ce  genre,  l’a 
bientôt  abandonné.  En  effet,  il  ne  peut  être  supporté  au  delà  d’un  cer¬ 
tain  temps,  chaque  mouvement  du  malade  amène  un  déplacement  de 


234  LARYNX.  —  larïngoscopie  ;  iNsiRnHEUTATioN. 

l’instrument,  la  saÜTe  salit  bien  vite  le  miroir  ;  toutes  ces  causes  néces¬ 
sitent  l’enlèvement  de  l’appareil,  exigent  des  manoeuvres  longues  et  font 
perdre  un  temps  précieux. 

Avant  de  passer  à  l’étude  de  l’éclairage,  mentionnons  encore  le  miroir 
laryngien  prismatique  de  Morell-Mackenzie  ;  l’usage  en  est  peu  répandu  et 
l’auteur  ne  l’a  employé  que  dans  le  but  d’examiner  son  propre  larynx  ; 
mais  il  est  le  premier  à  en  reconnaître  les  inconvénients, 

B.  Eclairage.  —  L’image  du  larynx  ne  devient  visible  qu'à  la  condition 
que  l’organe  soit  bien  éclairé  par  une  source  lumineuse  naturelle  ou 
artificielle  ;  il  peut  l’être  directement  (éclairage  direct),  ou  indirectement, 
c’est-à-dire  par  réflexion  (éclairage  par  réflexion) .  Un  moyen  d’augmenter 
l’intensité  de  la  source  lumineuse,  que  celle-ci  soit  directe  ou  indirecte, 
réside  dans  l’emploi  des  appareils  de  concentration. 

a.  1°  Sources  lummeuses  naturelles.  —  La  lumière  diffuse  du  jour  ne 
donne  que  des  images  fort  imparfaites  et  peu  distinctes  ;  même  en  concen¬ 
trant  la  lumière  avec  des  miroirs  concaves,  on  n’ofitient  que  des  résultats 
fort  peu  satisfaisants.  La  source  lumineuse  naturelle  la  plus  intense  est 
fournie  par  les  rayons  du  soleil  ;  elle  permet  de  voir  la  cavité  du  larynx 
avec  une  netteté  et  une  précision  parfaites,  et  laisse  aux  parties  leur  co¬ 
loration  naturelle.  Malheureusement,  son  emploi  est  limité,  et  l’on  con¬ 
çoit  qu’on  ne  puisse  s’en  servir  en  tous  lieux  et  à  tout  instant  ;  de  plus,  le 
soleil  se  déplaçant  constamment,  l’observateur  est  obligé  de  changer  sans 
cesse  de  position  pour  le  suivre  ou  d’avoir  recours  à  un  héliostat,  inséré 
dans  le  trou  du  volet  qui  laisse  arriver  les  rayons  solaires.  Enfin  la  cha¬ 
leur  de  ces  derniers  ne  laisse  pas  que  d’être  pénible  quand  il  s’agit  d’un 
examen  prolongé.  Aussi  a-t-on  songé  à  remplacer  les  rayons  du  soleil  par 
une  source  lumineuse  qu’on  puisse  se  procurer  facilement  selon  les  be¬ 
soins  du  moment. 

2°  Sources  lumineuses  artificielles.  —  La  lumière  artificielle  la  plus 
simple  est  celle  qu’on  peut  trouver  partout.  Une  lampe  à  huile  ordinaire 
suffit  dans  la  plupart  des  cas  à  tous  les  besoins;  on  peut  ja  remplacer 
par  toute  autre  lampe,  voire  même  par  la  flamme  d’une  bougie,  si  l’on 
n’a  pas  d’autre  moyen  d’éclairage  à  sa  disposition. 

Quant  aux  autres  sources  lumineuses,  telles  que  la  lumière  de  Drum- 
mond,  la  lampe  au  magnésium,  etc.,  elles  sont  plus  coûteuses,  deman¬ 
dent  une  installation  particulière,  et  ne  donnent  pas  de  résultats  beau¬ 
coup  plus  satisfaisants. 

Lorsqu’on  fait  usage  de  l’éclairage  direct,  l’unique  instrument  dont  on 
ait  besoin  est  le  miroir  laryngien  ;  c’est  sur  lui  qu’on  reçoit  directement 
les  rayons  lumineux.  Tandis  que  pour  la  lumière  artificielle  c’est  chose 
facile,  pour  la  lumière  solaire  c’est  une  condition  qui  n’est  réalisable  que 
lorsque  le  soleil  est  près  de  l’horizon,  c’est-à-dire  le  matin  et  le  soir.  On 
conçoit  qu’en  se  servant  de  l’éclairage  direct  l’image  du  larynx  ne  de¬ 
vienne  bien  visible  que  lorsque  la  source  lumineuse  est  très-intense.  Or 
cette  dernière  condition  n’est  pas  facile  à  réaliser  partout  ;  aussi  a-t-on 
songé  à  faire  usage  de  la  lumière  réfléchie,  qui,  en  condensant  les  rayons 


LARYNX.  -  LARYNGOSCOPIE  :  IHSTRÜMENTATION.  235 

lumineux  surune  petitesurfaee,  les  rend  par  cela  même  plus  intenses.  Nous 
allons  décrire  les  différents  appareils  inventés  pour  réfléchir  la  lumière. 


CRAmERé 


Fis.  21,  —  Miroir  réflecteur  Fis.  22.  —  Type  porte-miroir  de  Charrière.  —  A,  Miroir 
buccal.  vu  de  profil,  et  E,  de  face.  —  B,  Tige.  —  C,  Gouttière,  — 

D,  Vis.  —  F,  Tige  ployée, 

i.  Appareik  de  réflexion.  —  Czermak  est  le  premier  qui  ait  eu  l’idée  de 
réfléchir  la  lumière.  Il  substitua  . 
bientôt  à  son  appareil  primitif  (voy. 

Eistorique)  le  miroir  concave  de 
Ruete,  usité  dans  l’ophthalmosco- 
pie.  Les  grands  miroirs  concaves 
employés  par  Stoerck  ne  se  répan-  I 
dirent  pas  dans  la  pratique  à  caure  Æ\ 
de  leur  prix  élevé.  Nous  ne  ferons  | 
que  mentionner  rapidement  les  di-  W  ' 
vers  miroirs  inventés  depuis,  mais  l|||® 
peu  usités.  C’est  d’abord  le  miroir  l|f 
réflecteur  buccal  de  Czermak,  fixé  V 
sur  un  manche  de  bois  que  l’on  ^ 
tient  entre  les  dents  (fig.  21)  ;  pnis  11 
le  bandeau  frontal  du  même,  mo-  | 

difié  par  Charrière  (fig.  22);  enfin  1 

les  lunettes  de’Semeleder  et  de  Du-  1 
play.  Ces  différents  appareils  sont  1 
portés  par  l’observateur  même. 

D’autres  appareils  sont  fix^s  sur 
an  support  on  sur  la  lampe  même. 

Sans  compter  qu’ils  sont  générale¬ 
ment  d’un  prix  plus  élevé,  d’une  in¬ 
stallation  et  d’un  maniement  plus 

compliqués,  il  faut  noter  encore 

^  ,  Fis.  5 

Mandl.  —  A,  Lampe.  —  BCD,  Abat-jour  qui  enveloi 
D,  Lentille  plan-concave.  —  F,  Anneau  brisé  auquel 
supporte  le  miroir  de  réflexion  E. 


Appareil  d’éclairage  du  docteur 
flamme.  —  C,  Miroir  concave.  — 
;é  un  bras  composé  de  tubes  et  qui 


236  LARYNX.  —  larykgoscopie  :  instrumentation. 

que,  par  les  mouvements  que  peut  faire  le  malade,  les  points  éclairés 

tombent  en  dehors  du  foyer.  L’observateur  est  donc  obligé  de  remettre 

les  choses  en  bon  ordre  pour  bien  voir  et  perd  ainsi  un  temps  précieux. 

Türck,  Tobold,  Mandl  (fig.  23j,  ont  fait  construire  des  appareils  de  ce 

genre. 

c.  Appareils  de  concentration.  —  Tûrck  a  le  premier  concentré  la 
lumière  pour  en  augmenter  l’intensité,  au  moyen  d’une  boule  de  verre 
analogue  à  la  boule  des  cordonniers.  Cet  appareil  n’est  plus  guère  em¬ 
ployé.  Il  a  été  avantageusement  remplacé  par  les  lentilles  plan-convexes 
et  biconvexes  qui  ont  la  propriété  de  faire  converger  les  rayons  lumi¬ 
neux  qui  les.  traversent.  En  même  temps  que  Mandl  11860)  faisait 
construire  ses  appareils  d’éclairage  (grand  et  petit  modèles),  Moura  in¬ 
ventait  son  pharyngoscope  ;  presque  à  la  même  époque,  Fauvel  et 
Krishaber  (fig.  24)  imaginèrent  chacun  un  laryngoscope  analogue  à 


celui  de  Moura.  Ce  dernier  est  le  plus  répandu;  c’est  donc  lui  que  nous 
prendrons  pour  type  de  notre  description.  Le  pharyngoscope  de  Moura 
(fig.  25),  ainsi  nommé  à  cause  de  sa  destination  première,  se  com¬ 
pose  : 

1“  D’un  miroir  soit  à  surfaces  planes,  soit  plan-concave  ou  plan- 
convexe.  Sa  forine,  ordinairement  elliptique,  est  variable.  Ses  dimen¬ 
sions,  comprises  entre  9  et  20  centimètres,  sont  également  illimitées.  Ce 
miroir  est  ordinairement  percé  d’un  trou  de  4  à  7  millimètres  sur  un 
point' de  sa  surface,  et  dépourvu,  de  tain  ou  d’argent  à  son  extrémité  infé¬ 
rieure  ou  sur  tout  autre  point.  La  monture  de  ce  miroir  (métal,  bois, 
ivoire)  présente  une  forme  et  des  dimensions  appropriées. 

2°  D’une  lentille  biconvexe  ou  plan-convexe  dont  la  distance  focale  est 


237 


LARYNX.  —  LARïtiGoscopiB  :  instrdhentation. 
comprise  entre  5  et  15  centimètres  et  le  diamètre  entre  40  à  70  milli¬ 
mètres.  Cette  lentille,  pleine  ou  creuse,  est  lixée  sur  la  monture,  au  mi¬ 
roir  lui-même,  ou  sur  une  tige  qui  permet  de  l’isoler  et  de  s’en  servir 
sans  le  miroir. 

5"  D’un  porte-loupe  ou  porte-pharyngoscope.  Ce  petit  appareil  se  com¬ 
pose  d’un  collier  de  cuivre  et  d’une  tige 
ai'ticulée,  c’est-à-dire  à  deux  branches 
mobiles  l’une  sur  l’autre.  Le  collier  est 
en  forme  de  pinces  courbes  ;  il  est  main¬ 
tenu  solidement  autour  de  la  galerie  de 
la  lampe,  au  moyen  de  deux  ressorts. 

La  convexité  du  collier  est  munie, 
d’un  côté,  à' un  porte-écran  dans  lequel 
on  met  un  morceau  de  papier  ou  de 
carton  étamé  ;  celui-ci  est  destiné  à  pré¬ 
server  les  yeux  du  médecin  et  à  concen¬ 
trer  en  même  temps  la  lumière  sur  la 
lentille.  De  l’autre  côté,  cette  convexité 
porte  une  pièce  dans  laquelle  est  reçue 
la  branche  verticale  de  la  tige  articu¬ 
lée:  une  vis  permet  d’élever  ou  d’abais¬ 
ser  la  tige  à  volonté.  La  branche  verti¬ 
cale  est  unie  par  une  charnière  à  la 
branche  horizontale,  qui  est  introduite 
à  frottement  dur  ou  gras  dans  un  tube 
d’acier  pourvu  d’une  mortaise  à  vis. 

C'est  dans  cette  mortaise  que  l’on  fixe 
la  lentille.  Ce  mécanisme  permet  de 
faire  mouvoir  la  lentille  dans  tous  les 
sens,  de  l’éloigner  ou  de  la  rapprocher 
de  la  lampe,  de  porter  l’image  de  la  flamme  à  des  distances  très-varia¬ 
bles,  enfin  d’employer  à  son  gré  des  rayons  lenticulaires  convergents, 
fmllèles  ou  divergents. 

Les  diverses  parties  qui  composent  le  laryngoscope  de  Moura  se  dé¬ 
montent  aisément,  de  façon  à  pouvoir  être  contenues  dans  une  boîte.  Le 
maniement  de  l’instrument  est  facile,  et  il  a  le  grand  avantage  d’être  à  la 
portée  de  tout  le  monde,  à  cause  de  son  petit  volume  et  de  son  prix  peu 
élevé.  11  diffère  par  là  des. instruments  dits  de  cabinet,  qu’on  ne  peut  dé¬ 
monter  et  transporter  en  tous  lieux,. comme  le  laryngoscope  dont  se  sert 
Bruns  (de  Tübingen),  par  exemple,  que  nous  nous  dispenserons  de  dé¬ 
crire  dans  cet  article. 

C.  Maniement.  —  Les  instruments  connus ,  comment  s’en  sert-on  ? 
Quelles  sont  les  règles  à  suivre  pour  l’examen  . du  malade?  Ces  questions 
vont  nous  occuper  maintenant.  Disons  toutefois  que  les  procédés  varient 
suivant  que  l’on  se  sert  de  la  lumière  directe  ou  de  la  lumière  réfléchie. 
Comme  c’est  cette  dernière,  combinée  à  la  lumière  concentrée,  qui  est 


238  LARYNX.  —  laryugoscopie  :  instrumehtation. 

généralement  employée  de  nos  jours,  nous  décrirons  en  détail  la  manière 
de  s’en  servir. 

Position  du  malade  et  du  médecin.  — Le  malade  peut  être  examiné  de¬ 
bout  ou  assis.  Une  chaise  ordinaire  suffit  parfaitement  lorsque  le  malade 
est  tranquille  et  peu  impressionnable;  cependant,  dans  la  plupart  des  cas, 
au  moment  de  l’introduction  du  miroir  laryngoscopique,  il  fait  un  mou¬ 
vement  instinctif  de  recul  qui  déplace  les  rayons  lumineux  et  masque 
ainsi  l’image  du  larynx.  Pour  obvier  à  cet  inconvénient,  qui  devient  une 
difficulté  réelle  lorsqu’on  pratique  des  opérations  intra-laryngées,  on  a 
songé  à  immobiliser  la  tête  du  malade,  en  la  faisant  appuyer  contre  un 
coussin  ou  en  la  faisant  maintenir  par  un  aide.  On  a  construit  égale¬ 
ment  une  chaise  portant  un  support  analogue  à  celui  des  photographes. 
Le  malade  est-il  examiné  debout,  on  lui  fait  appuyer  la  tête  contre  le 
mur. 

Position  de  la  tête. —  Elle  doit  être  légèrement  fléchie  en  arrière,  de 
telle  façon  que  le  bord  inférieur  des  incisives  supérieures  soit  au  même 
niveau  que  l’insertion  du  voile  du  palais  à  la  voûte  palatine.  En  même 
temps,  la  face  est  dirigée  en  avant,  légèrement  inclinée  à  droite;  de 
cette  manière,  les  rayons  lumineux  tombent  directement  sur  le  miroir 
laryngien,  en  suivant  l’axe  de  la  cavité  buccale. 

Le  malade  doit  ouvrir  la  bouche  largement  et  fortement  tirer  la  langue, 
que  l’observateur  attire  sur  la  lèvre  inférieure' au  moyen  d’une  com¬ 
presse.  Ce  procédé,  dû  à  Stoerck,  a  l’avantage  d’entraîner  l’épiglotte  en 
avant,  et  de  mettre  à  découvert  le  vestibule  glottique.  Le  dos  et  la  base 
de  la  langue  devront  être  déprimés  ou  légèrement  excavés  transversale¬ 
ment  pour  ne  pas  gêner  l’examen.  Divers  instruments  ont  été  proposés 
par  les  chirurgiens  pour  obtenir  l’aplatissement  de- la  langue;  mais  ils 
compliquent  inutilement  les  manœuvres,  et  sout  plutôt  un  embarras 
qu’un  avantage  En  exerçant  le  malade  à  examiner  le  fond  de  sa  gorge, 
et  en  lui  faisant  faire  de  profondes  inspirations,  on  arrive  généralement 
très-vite  à  pouvoir  pratiquer  l’examen  d’une  manière  satisfaisante. 

Les  inspirations  profondes,  en  soulevant  le  voile  du  palais  et  en  écar¬ 
tant  les  piliers,  ont  l’immense  avantage  de  faciliter  l’introduction  du  mi¬ 
roir.  Pendant  l’examen  on  est  souvent  obligé  de  faire  émettre  au  malade 
certaines  voyelles.  En  effet ,  il  arrive  souvent  qu’après  l’application  du 
miroir  il  cesse  de  respirer  ;  la  glotte  se  ferme  et  se  cache  derrière  l’épi¬ 
glotte  et  empêche  l’examen  d’être  complet.  11  suffit  alors  de'faire  émettre 
le  son  ae,  pour  qu’aussitôt  la  glotte  se  contracte  et  redevienne  visible. 

Suivant  la  position  du  malade,  le  médecin  sera  lui-même  debout  ou 
assis;  de  toute  manière,  il  se  place  devant  le  sujet  qu’il  veut  examiner,  de 
façon  à  embrasser  du  regard  toute  l’étendue  de  la  cavité  buccale,  et  à  voir 
distinctement  l’image  du  larynx  réfléchie  sur  le  miroir.  On  ne  peut  donner 
à  cet  égard  aucun  point  de  repère,  aucune  indication  bien  précise  ;  c’est 
à  l’observateur  à  régler  la  distance  de  sa  tête  par  rapport  à  celle  du  sujet 
qu’il  examine.  • 

Lorsqu’il  s’agit  d’un  simple  examen,  l’observateur  tient  le  miroir  d’une 


LARYNX.  —  LARYNGOscopiE  :  instrumentation.  239 

main,  de  l’autre  il  fixe  la  langue,  comme  il  a  été  dit  précédemment  ; 
lorsqu’il  se  propose  de  pratiquer  une  opération,  il  abandonne  le  soin  de 
fixer  la  langue  à  son  malade,  et  opère  de  la  main  qui  est  restée  libre. 

Axant  de  passer  à  l’examen  du  malade,  l’observateur  dispose  convena¬ 
blement  l’appareil  à  éclairage,  de  façon  à  faire  pénétrer  directement  les 
rayons  jusqu’à  la  partie  postérieure  de  la  cavité  buccale,  et  à  bien  éclairer 
le  miroir.  La  lampe  doit  être  située  un  peu  à  droite  du  malade  et  à  gauche 
de  l’observateur,  entre  les  bras  de  ce  dernier.  Généralement,  elle  est 
placée  munie  de  son  appareil  de  concentration  sur  une  petite  table  étroite, 
carrée  (Fauvel),  ou  ronde  (Krishaber),  sur  laquelle  on  pose  en  outre  un 
bol  rempli  d’eau  chaude,  la  boîte  et  les  différents  appareils  laryngosco- 
piques. 

Les  choses  ainsi  disposées,  le  médecin  plonge  le  miroir  laryngien  dans 
le  bol  d’eau  chaude,  l’essuie  rapidement  et  l’applique  sur  sa  main  ou  sa 
joue,  pour  constater  sa  température  qui  ne  doit  pas  excéder  celle  du 
corps. 

L’immersion  dans  l’eau  chaude,  qui  ne  doit  pas  dépasser  quelques  se¬ 
condes,  a  pour  but  d’empêcher  le  miroir  de  se  ternir  par  l’haleine  ;  elle 
est  bien  préférable  au  procédé  qui  consiste  à  le  chauffer  au-dessus  de  la 
flamme  de  la  lampe,  parce  que  l’eau  maintient  le  miroir  dans  un  état 
propreté  constant  et  n’altère  pas  aussi  rapidement  son  étamage. 

Ces  précautions  prises,  le  laryngoscope  est  saisi  de  la  main  droite 
comme  une  plume  à  écrire  et  introduit,  la  glace  tournée  en  bas,  jusqu’au 
dessous  de  la  luette.  Ce  premier  temps  doit  s’exécuter  avec  rapidité  et 
précision  ;  on  évitera  avec  soin  de  toucher  le  dos  de  la  langue  pour  ne  pas 
salir  le  miroir;  faute  de  quoi  on  serait  obligé  de  le  retirer  de  la  bouche,  • 
de  le  laver  et  de  le  réchauffer.  On  évitera  de  même  la  voûte  et  le  voile  du 
palais,  en  restant  dans  l’axe  de  la  cavité  buccale,  pour  ne  pas  provoquer 
des  mouvements  réflexes  intempestifs. 

Difficultés  de  l’examen  laryngoscopique.  —  Certaines  affections  des  lè¬ 
vres,  de  la  muqueuse  buccale,  de  la  mâchoire,  constituent  quelquefois  un 
obstacle  à  l’examen  laryngoscopique  et  empêchent  l’écartement  conve¬ 
nable  des  maxillaires  et  l’ouverture  large  de  l’orifice  buccal.  Nous  range- 
gerons  dans  cette  catégorie  l’ankylose  de  la  mâchoire  inférieure,  les  ulcé¬ 
rations  et  les  tumeurs  siégeant  sur  les  lèvres  et  les  joues,  principalement  au 
voisinage  des  commissures,  enfin  certaines  paralysies  de  ces  parties.  Avant 
depratiquer  l’examen  du  larynx,  il  faudra  chercher,  dans  ce  cas,  à  écarter 
ces  complications  autant  que  possible,  —  Des  obstacles  plus  sérieux  et 
en  tout  cas  beaucoup  plus  fréquents  proviennent  de  la  langue.  Déjà,  par 
son  volume  et  l’épaisseur  exagérée  de  sa  base,  elle  peut  devenir  gênante  ; 
elle  l’est  plus  encore  par  les  contractions  désordonnées  qui  surviennent 
chez  des  malades  pusillanimes  dès  qu’un  instrument  s’approche  de  leur 
bouche.  Il  en  est  chez  lesquels  la  langue  est  comme  contracturée,  et  plus 
on  fait  de  tractions  pour  l’attirer  au  dehors,  plus  elle  se  rejette  avec  fofce 
vers  le  fond  du  gosier  et  forme  en  même  temps  un  dos  d’âne  qui  touche 
presque  au  palais.  Avec  la  violence  on  n’arrive  à  rien,  et  les  spatules 


240 


LARYNX.  —  LARYÜGOSCOPIK  :  instrümehtation. 


qu’on  a  préconisées  pour  abaisser  la  langue  ou  les  pinces  pour  la  saisjr 
et  l’attirer  au  dehors  sont  plus  nuisibles  qu’utiles.  Il  suffit  de  rassurer  le 
malade  par  quelques  bonnes  paroles  et  de  l’engager  à  faire  des  inspira¬ 
tions  profondes  pour  pouvoir  introduire  commodément  le  miroir.  Si  cela 
ne  suffit  pas,  le  médecin  fera  lui-même  des  inspirations  profondes  pour 
engager  le  patient  à  l  imiter.  Les  chanteurs  sont  toujours  les  sujets  les 
plus  faciles  à  examiner,  parce  qu'ils  sont  habitués  à  respirer  la  bouche 
largement  ouverte  et  qu’ils  sont  maîtres  de  leur  gosier. 

Le  voile  du  palais  peut  être  le  siège  d’ulcérations,  le  plus  souvent  spé¬ 
cifiques,  qui,  par  leur  extrême  sensibilité,  ne  permettent  pas  le  contact  du 
miroir  ;  d’autres  fois  il  est  rétréci  par  d’anciennes  cicatrices,  ou  bien  il  est 
normalement  trop  court.  Le  miroir  glisse  alors  facilement  derrière  lui.  Pour 
obvier  à  cet  inconvénient,  on  fera  bien  de  se  servir  du  grand  laryngoscope 
et  de  prendre  point  d’appui  avec  le  manche  dans  les  commissures  des  lè¬ 
vres,  comme  le  veutMandl. 

La  luette,  outre  les  ulcérations  qui  peuvent  siéger  sur  elle,  devient  en¬ 
core  gênante  par  ses  dimensions.  Chez  certaines 
personnes,  elle  dépasse  le  bord  inférieur  du 
miroir,  et  son  image,  en  s’y  réfléchissant,  se 
confond  avec  celle  de  la  glotte.  La  bifidité  de 
la  luette  (üg.  26)  rend  également  l’examen  plus 
difficile.  On  obvie  à  ces  inconvénients  en  se  ser- 
Fig.  26.  --  Luette , hypertro-  vant  d’un  miroir,  à  forme  allongée,  ou,  au  be- 
phiee  et  bifide.  ^jg  ggt  g^  pgyjg 

à  sa  face  dorsale  une  petite  cuvette  destinée  à  loger  la  luette  (fîg.  27)-.  ^ 

Enfin,  certains  auteurs  ont  même  proposé  la  résection  de  la  luette, 
mais  nous  estimons  qu’on  pourra  le  plus  souvent  se  dispenser  de  cette 
opération  en  usant  des  précau¬ 
tions  indiquées. 

Les  amygdales  hypertrophiées 
restreignent  singulièrement  le 
champ  de  l’investigation.  On  se 
Fig.  27.  —  Lary-n-  Fig.  28.  —  Épiglotte  en-  Sert,  dans  ces  cas,- de  miroirs  de 
goscoperond,  Kude  roulée.sous  forme  de  fer  à  petites  dimensions  .OU  déformé 
■  •  oblongue.  L’excision  des  amyg¬ 

dales  pourra  être  faite  pour  faciliter  le  passage  des  instruments,  lorsque 
des  opérations  devront  être  pratiquées  dans  l’intérieur  du  larynx. 

Une  tumeur,  un  abcès  de  la  paroi  postérieure  du  pharynx,  rendent 
l’examen  laryngien  presque  impossible  dans  le  premier  cas,  au  moins; 
dans  le  second  cas,  l’ouverture  de  l’abcès  rétablira  la  configuration  nor¬ 
male.  .  ’.jp. 

L’épiglotte  gêne  souvent  par  sa  forme  et  sa  position.  Ainsi,  en  se 
pliant  en  deux,  elle  affecte  la  forme  d’un  fer  à  cheval  et  intercepte  les 
rayons  lumineux  d  une  façon  plus  ou  moins  complète  (fig.  28).  D’autres 
fois,  lorsque  les  ligaments  glosso-épiglottiques  sont  développés  outre  me¬ 
sure,  son  bord  libre  tend  à  s’abaisser  en  arrière,  et  à  fermer  l’entrée 


LARYNX.  -  LARÏNGOSCOPIB  :  INSTRUSIENTATtON.  241 

de  la  cavité  du  larynx.  Enfin  le  tubercule  épiglottique,  situé  à  la  partie 
inférieure  de  sa  face  postérieure,  peut,  lorsqu’il  est  très-développé,  proé- 
miner  dans  l’intérieur  du  larynx  et  masquer  la  partie  antérieure  des 
cordes  vocales. 

Les  moyens  de  remédier  à  ces  anomalies  de  forme  et  de  position  con¬ 
sistent,  avant  tout,  à  diriger  l’attention  du  côté  de  la  respiration  du 
malade.  Souvent,  en  faisant  simplement  exécuter  au  malade  des  inspira¬ 
tions  profondes,  on  arrive  à  corriger  la  forme  en  fer  à  cheval  de  l’épi¬ 
glotte.  En  lui  faisant  émettre  des  sons  en  voix  de  fausset,  l’épiglotte  se 
soulève  momentanément,  et  permet  l’inspection  rapide  du  larynx. 

On  peut  encore  soulever  le  larynx  et  l’os  hyoïde  par  une  pression 
exercée  sur  la  pomme  d’Adam  (Tûrck) . 

Lorsque  ces  moyens  échouent,  on  a  recours  à  différents  instruments 
pour  opérer  le  redressement  de  l’épiglotte. 

Le  plus  simple  est  la  sonde  laryngienne  que  nous  décrirons  plus  loin 
{voy.  p.  294).  On  l’applique  sur  le  bord  libre  de  l’épiglotte,  la  concavité 
tournée  en  avant.  En  exerçant  de  légères  tractions  dirigées  de  bas  en  haut, 
on  arrive  à  découvrir  l’entrée  du  larynx.  Une  première  manoeuvre  ne 
réussit  pas  toujours  à  cause  des  réflexes  qu’elle  provoque  :  souvent  ce 
n’est  qu’au  bout  de  quelques  jours  ,  et  après  de  nombreux  exercices 
qu’on  arrive  à  diminuer  la  sensibilité  de  l’organe. 

Bruns  s’est  servi  avec  succès,  dans  un  cas  d’extraction  de  polype 
fibreux  où  l’épiglotte  était  courbée  horizontalement  sur  l’orifice  du 
larynx,  d’une  spatule  qu’il  appliqua  sur  la  face  postérieure  de  l’épiglotte. 
11  reconnaît  que' cet  instrument,  en  multipliant  les  points  de  contact  avec 
l’épiglotte,  provoque  des  réflexes  plus  intenses  que  la  sonde  :  aussi  a-t-il 
fait  construire  une  pince  au  moyen  de  laquelle  il  transperce  l’épiglotte 
pour  l’attirer  au  dehors.  Le  percement  seul  est  douloureux,  et  une 
fois  l’instrument  appliqué,  il  ne  cause  plus  la  moindre  douleur  et 
est  parfaitement  supporté,  même  par  les  personnes  très-impression¬ 
nables. 

Morell-Mackenzie  emploie  une  pincette  épiglottique  qui  fixe  l’épiglotte 
entre  deux  mors,  dont  l’antérieur  est  mobile,  grâce  à  un  ressort 
(fig.  29).  ■ 

Tûrck  propose  de  relever  et  de  maintenir  l’épiglotte  au  moyen  d’une 
aiguille  armée  d’un  fil  dont  on  transperce  l’organe. 

Une  extrême  sensibilité  de  l’arrière-gorge  constitue  chez  certains  sujets 
une  difficulté  allant  jusqu’à  l’intolérance.  Elle  provoque  des  mouvements 
réflexes,  qui  yont  jusqu’au  vomissement,  ou  cause  au  moins  une  aug¬ 
mentation  de  sécrétion  des  glandes  muqueuses  ternissant  rapidement 
le  miroir  de  façon  à  interrompre  l’examen.  Celte  sensibilité  augmente 
après  les  repas,  d’où  la  nécessité  de  pratiquer  l’examen  à  jeun  autant 
que  possible. 

Les  affections  inflammatoires  chroniques  de  l’arrière-gorge  prédispo¬ 
sent  également  à  une  réflectivité  plus  grande.  Le  meilleur  moyen  d’établir 
la  tolérance  est  l’habitude,  et  par  là  nous  entendons  les  applications 


réitérées  des  instruments  laryngoscopiques,  auxquelles  le  malade  peut 
s’exercer  lui-même;  vient  ensuite  toute  une  série  de  médicaments  des¬ 
tinés  à  enrayer  la  sensibilité  de  la  région  en  ques¬ 
tion  ;  le  tannin,  le  chloroforme,  le  bromure  de  potas¬ 
sium,  etc.;  tous  ces  médicaments  sont  pour  le  moins 
inefficaces  ;  certains  d’entre  eux  sont  même  plus  nui¬ 
sibles  qu’utiles,  par  les  douleurs  qu’ils  occasionnent. 

Quant  à  l’anesthésie  complète  par  le  chloroforme 
ou  l’éther,  elle  doit  être  rejetée  à  priori,  la  partici¬ 
pation  .du  malade  à  l’examen  laryngoscopique  étant 
beaucoup  trop  importante  pour  permettre  d’avoir  re¬ 
cours  à  ce  moyen. 

Une  respiration  irrégulière  peut  empêcher  ou  gêner 
l’exploration.  Tantôt,  en  effet,  les  malades  suspendent 
leur  respiration,  dans  la  crainte  d’entraver  l’examen; 
tantôt,  craignant  d’étouffer,  ils  font  des  mouvements 
désordonnés,  précipitent  l'inspiration,  et  rendent  ainsi 
l’application  du  miroir  impossible.  Le  médecin  doit 
donc  s’appliquer  avec  grand  soin  à  régulariser  le 
rhythme  de  la  respiration  ;  pour  cela  il  devra  rassu¬ 
rer  son  malade,  lui  faire  faire  de  profondes  inspira¬ 
tions,  puis  introduire  le  miroir,  et  sans  chercher  à 
oir,  lui  faire  émettre  la  diphthongue  ae.  L’exercice 


Autolarykgosoopie.  —  'Garcia  est  le  fondateur  de  l’autolaryngoscopie  ; 
nous  avons  appris  à  connaiUre,  en  traitant  de  l’historique,  les  instruments 
dont  il  se  servait.  Les  instnuments  dont  on  fait  usage  de  nos  jours  ne  dif- 
’  èrent  guère  de  ceux  emplcryés  par  l’inventeur.  Tous  les  miroirs,  appareils 


Fig.  29.  —  Pincette  épi- 
glottique.  —  a  et  b. 
Lames.  —  S,  Ressort. 


LARYNX.  —  Lakïugoscopie  :  théorie  optiqde. 


de  réflexion  et  de  concentration,  que  nous  avons  décrits  précédemment, 
peuvent  être  utilisés.  Les  différents  procédés  d’éclairage  se  prêtent  éga¬ 
lement  à  l’autolaryngoscopie.  Garcia  se  servait  de  la  lumière  solaire 
réfléchie  (fig.  50),  lorsqu’il  examinait  son  propre  larynx;  de  la  lumière 


à  la  lumière  artificielle  réfléchie.  (D’après  Czebmak.) 


solaire  directe,  lorsqu’il  pratiquait  l’examen  laryngien  sur  une  autre  per- 

Aujourd’hui  on  remplace  la  lumière  solaire  par  la  lumière  artificielle 
(fig.  31),  pour  les  raisons  que  nous  avons  indiquées  plus  haut.  On  procède 
d’ailleurs  à  cet  examen  d’après  les  règles  que  nous  avons  formulées  à  pro¬ 
pos  de  la  laryngoscopie.  On  fera  bien  de  s’exercer  sur  soi-même  avant 
de  vpuloir  examiner  des  malades.  C’est  le  meilleur  moyen  d’acquérir  de 
la  dextérité  et  de  l’adresse  dans  le  maniement  des  divers  instruments 
employés  dans  les  opérations  ihtra-laryngiennés. 

l’âutolaryngoscopie  est  en  outre  de  la  plus  haute  importance  dans 
l’élude  des  phénomènes  physiologiques  de  la  phonation  ;  elle  est  presque 
indispensable  aux  démonstrations  laryngoscopiques  et  à  l’enseigne¬ 
ment. 

Théorie  optique.  —  Le  principe  de  physique  sur  lequel  est  basé  la 
laryngoscopie  repose  sur  cette  loi  d’optique  :  què  lorsqu’un  rayon  lumi¬ 
neux  tombe  sur  une  surface  plane,  l’angle  de  réflexion  est  égal  à  l’angle 
d’incidence,  et  qu’il  est  situé  avec  le  rayon  incident  dans  un  même  plan 
perpendiculaire  à  la  surface  réfléchissante. 

L’image  A'B'G'D'  se  forme  en  abaissant  des  perpendiculaires  GM  de 
l’objet  ABGD  à  la  surface  du  miroir-plan  M,  et  en  les  prolongeant  d’une 


24  i  LARYNX.’ —  larykgoscopie  :  théorie  optique. 

quantité  égale  à  elles-mêmes;  l’image  se  trouve  de  cette  manière  placée 
sur  le  prolongement  des  rayons  incidents.  Or,  l’œil  voyant  toujours  les 
objets  dans  la  direction  des  rayons  lumineux  qu’il  perçoit  (fig.  32),  aper- 


Fig.  52.  —  Réflexion  des  miroirs  plans.  —  M,  Miroir.  —  ABGD,  objet  (glotte).  —  A'B'G'D', 
image.  —  M,  Perpendiculaire  de  l’objet. 

cevra  une  image  virtuelle  derrière  le  miroir,  de  même  grandeur  que 
l’objet,-  et  à  une  distance  égale  du  miroir  et  de  l’objet. 

Cette  image  est  symétrique  de  l’objet  et  non  renversée,  c’est-à-dire  que 
tous  les  points  latéraux  conservent  leurs  distances,  par  rapport  au  plan 
médian  du  miroir,  à  la  condition  que  ce  plan  coïncide  avec  celui  de  l’objet. 
Ainsi  l’épiglotte  A,  qui  est  réellement  la  partie  la  plus  élevée  dans  le 
larynx,  apparaît  à  la  partie  supérieur  du  miroir,  tandis  que  les  cartilages 
aryténoïdes  se  voient  à  la  partie  inférieure. 

Si  la  glace  est  inclinée  de  45° ,  l’image  paraît  renversée  dans  la  direc¬ 
tion  antéro-postérieure  ;  la  partie  la  plus  rapprochée  de  l’œil,  la  commis¬ 
sure  antérieure  des  cordes  vocales  ac  (fig.  33),  devient  la  plus  éloignée  dans 
l’image  et  en  même  temps  la  plus  élevée;  et  la  commissure  interary- 
ténoïdienne  yic,  la  plus  éloignée  de  l’observateur,  devient  la  plus  rappro¬ 
chée  dans  l’image. 

Les  relations  latérales  de  l’image  sont  les  mêmes  que  dans  l’objet  réel;  le 
côté  droit  r  se  reproduit  aussi  à  la  droite  de*l’image,  et  à  la  gauche 
de  l’observateur  et  du  miroir;  et  le  côté  gauche  à  la  gauche  de  l’image, 
et  à  la  droite  du  miroir  et  de  l’observateur.  ,  ■ 

Images  laryngoscopiqües.  —  Le  miroir  laryngien,  introduit  de  telle  façon 
que  sa  face  réfléchissante  forme  un  plan  déclive  de  haut  en  bas  et  d’avant 
en  arrière,  permet,  suivant  les  diverses  inclinaisons  qu’on  lui  donne,' 
d’apercevoir  les  parties  du  larynx  comprises  entre  la  base  de  la  langue, 
les  premiers  anneaux  de  la  trachée  et  les  faces  latérales  internes  du  carti¬ 
lage  thyroïde. 

Lorsque  le  miroir  est  peu  incliné,  on  aperçoit  à  sa  pîrtie  supérieure 
l’image  de  la  base  de  la  langue  avec  ses  papilles  et  ses  replis  glosso- 
épiglottiques  et  pharyngo-épiglottiques  (fig.  34),  un  peu  plus  bas  la  face 


LARYNX.  —  LARTNGOSCOPIE  ;  IMAGES  LARÏNGOSCOPIQDES.  245 

antérieure  de  l’épiglotte  et  les  fossettes  limitées  par  les  replis  glosso- 
épiglottiques. 


Fie.  33.  —  Relation  des  parties  du  larynx  (B)  avec  le  miroir  laryngien.  —  ac.  Commissure 
antérieure  des  cordes  vocales.  —  pc.  Commissure  postérieure  des  cordes  vocales.  —  r, 
Corde  vocale  droite.  — l,  Corde  vocale  gauche,  où  se  trouve  une  excroissance. 


Tient-on  à  abaisser  le  manche  du  laryngoscope  de  façon  à  donner  au 
miroir  une  position  un  peu  plus  verticale,  la  face  antérieure  de  l’épiglotte 


disparaît  peu  à  peu;  à  un  moment 
donné,  on  ne  voit  que  son  bord  libre, 
puis  sa  face  postérieure  devient  de  plus 
en  plus  visible. 

L’aspect  que  présente  l’épiglotte 
varie  beaucoup  suivant  les  individus, 
et  suivant  qu’elle  est  abaissée  ou  rele¬ 
vée.  Tantôt  on  voit  une  partie  de  sa 
surface  supérieure,  son  bord  libre  et 
une  faible  partie  de  sa  surface  posté¬ 
rieure  ;  tantôt  cette  dernière  seule  est 
bien  visible  et  avec  elle  ^on  bourrelet. 


IG.  34.  —  Image  laryngoscopique.  — 
I,  Langue.  —  e,  Épiglotte.  —  g.  Gouttières 
pharyngo-laryngées.  —  ph,  pharynx. 

Sa  coloration  «st  d’un  rose  pâle 


246  LARYNX.  — laryngoscopie  ;  images  laryngoscopiqües. 
sur  la  face  antérieure;  sa  face  postérieure  est  au  contraire  plus  foncée. 
Elle  présente  vers  le  milieu  de  son  bord  libre  une  échancrure  qui  la  fait 
ressembler  à  une  feuille. 

La  partie  inférieure  du  miroir  fait  voir  la  paroi  postérieure  du  pharynx. 
De  chaque  côté  on  aperçoit  l’image  de  la  gouttière  laryngo-pharyngienne, 
importante  à  signaler,  puisque  des  corps  étrangers  peuvent  s’y  loger,  etc. 
En  baissant  davantage  le  manche  de  l’instrument,  on  voit  se  dessiner  entre 
le  bord  supérieur  de  l’épiglotte  et  la  paroi  postérieure  du  pharynx ,  le 
sommet  des  cartilages  aryténoïdes  (fig.  35),  le  repli  qui  les  unit,  les  replis 
aryténo-épiglottiques. 

En  donnant  au  miroir  une  position  encore  plus  verticale,  on  aperçoit 
les  replis  ary-épiglottiques  dans  toute  leur  étendue  ;  les  cartilages  de 


Wrisberg  à  la  partie  postérieure  des  cordes  vocales  supérieures  (6g.  36), 
en  dedans  de  ces  dernières  la  partie  postérieure  des  cordes  vocales  infé¬ 
rieures.  On  les  reconnaît  à  leur  coloration  blanche,  qui  tranche  sur  les 
tissus  voisins,  et  aux  mouvements  qu’elles  exécutent  en  même  temps  que 
les  cartilages  aryténoïdes  pendant  la  phonation. 

En6n,  en  appliquant  la  partie  inférieure  du  laryngoscope  contre  la  . 
paroi  postérieure  du  pharynx,  on  voit  l’oriâce  glottique  au  milieu  du 


miroir  ;  en  dehors  de  lui  et  de  chaque 
côté,  les  cordesvocales  supérieures  dans 
toute  leur  étendue;  entre  ces  deux 
cordes  supérieures  et  les  inférieures, 
l’entrée  des  ventricules  du  larynx; 
en  dehors  des  cordes  vocales  supé¬ 
rieures,  les  replis  ary-épiglottiques 
(6g.  57)  ;  à  la  partie  inférieure  de  l’in¬ 
strument,  les  cartilages  aryténoïdes  au 
milieu,  ceux  de  Wrisberg  et  de  Santo- 
rini  sur  les  parois  latérales. 

L’aspect  que  présente  la  glotte 


IG.  37.  —  Image  don: 
goscope.  —  or,  Orific 
repli  inférieur.  —  rs, 
ar.  Cartilage  aryténoï 
ary-épiglottique.  —  b, 
glotte.  (Beaums  et  Bou 


varie  pendant  les  différents  temps  de  la  respiration,  comme  le  montrent 


les  6gures  ci-dessus. 


Au  dessous  de  la  glotte,  on  peut  quelquefois  distinguer  le  cricoïde,  les 
premiers  anneaux. de  la  trachée  et  même  son  éperon.  Dans  quelques  cas 


LARYNX.  —  PATHOliOGIE  MÉDICALE  :  TROUBLES  DE  LA  CIRCULATION.  247, 
très-rares,  un  rayon  de  lumière  peut  être  projetée  jusque  dans  la  bronche 
droite. 

Les  opérations  qui  se  pratiquent  sur  le  larynx  à  l’aide  du  laryngoscope, 
seront  décrites  avec  les  différentes  maladies  qui  les  réclament. 

PATHOLOGIE  MÉDICALE. 

Nous  étudierons  successivement  :  1“  les  troubles  de  la  circulation; 
2“  les  inflammations  comprenant  :  les  laryngites  aiguës,  les  laryngites 
chroniques  et  les  laryngites  constitutionnelles,  avec  leurs  complications  ; 
5“  les  névroses. 

1.  Troubles  de  lacircnlution. — A.  AisÉmE. — lElle  s’observe  dans 
la  chlorose,  la  tuberculose,  et  en  général  dans  toutes  les  affections  qui  s’ac¬ 
compagnent  d’un  état  anémique  marqué.  Elle  peut  être  primitive  et  bornée 
à  la  muqueuse  laryngée  sans  participation  des  autres  muqueuses,  et  sans 
troubles  locaux  ou  généraux  bien  accentués.  Plus  fréquente  chez  la  femme 
que  chez  l’homme,  elle  occasionne  des  phénomènes  de  sensibilité  ré¬ 
flexe,  consistant  en  quintes  de  toux,  qui  sont  le  premier  degré  de  la  toux 
nerveuse. 

L’étiologie  de  cette  anémie  partielle  est  obscure  :  elle  paraît  résider 
dans  des  troubles  survenus  dans  la  nutrition  des  rameaux  nerveux  qui 
animent  la  muqueuse  du  larynx  ;  mais  le  fait  est  loin  d’être  prouvé. 

B.  L’Hypéeémie  du  larynx  est  de  peu  d’importance.  Elle  précède  et  ac¬ 
compagne  les  différentes  inflammations  de  l’organe,  et  reconnaît  pour 
origine  les  mêmes  causes  que  celles  qui  donnent  naissance  à  ces  dernières. 

C.  Suffusions  sanguines.  —  Ecchymoses.  —  Hémorrhagies.  —  Ces 
lésions  ne  sont  qu’un^ilegré  plus  élevé  de  l’hypérémie  simple.  Il  arrive 
souvent,  dans  des  cas  très-intenses  de  laryngite  aiguë,  que  de  petites  apo¬ 
plexies  (ecchymoses)  se  forment  dans  le  tissu  de  la  muqueuse,  et  alors 
cette  membrane  peut  présenter,  même  après  la  mort,  une  rougeur  uni¬ 
forme  ou  des.  taches  rougeâtres  (Niemeyer). 

Le  siège  de  ces  altérations  est  plus  particulièrement  le  bord  libre  de 
l’épiglotte  et  des  cordes  vocales. 

Les  symptômes  qu’elles  occasionnent,  sont  ;  une  sensation  de  sécheresse 
au  niveau  des  parties  intéressées,  une  toux  accompagnée  d’une  expectora¬ 
tion  peu  abondante,  et  striée  de  sang  dans  certains  cas  (Tobold). 

Le  traitement  consiste  à  toucher  les  parties  avec  une  solution  concentrée 
d’alun. 

D.  Arrêt  de  la  circulation.  —  Embolies  capillaires.  —  Feltz  cite 
l'observation  d’un  homme  atteint  d’infection  purulente  et  à  l’autopsie  du¬ 
quel  on  trouva,  outre  des  infarctus  multiples,  un  abcès  péricartilagineux 
du  larynx,  avec  nécrose  du  sommet  du  cartilage  aryténoïde,  suite  de  l’obli¬ 
tération  d’une  des  branches  de  la  thyroïdienne  inférieure. 

«  La  dissection  de  l’artère  thyroïdienne  inférieure,  et  surtout  de  sa 
branche  laryngée  qui  remonte  derrière  le  cartilage  thyroïde  ,  la  montre 
oblitérée  par  un  bouchon  panaché,  friable  sur  certains  points,  coloré  en. 
rougesur  certains  autres. 


548  LARYNX.  —  pathologie  médicale  :  inflammations. 

«  L’examen  attentif  de  ce  caillot  met  en  évidence  que  certaines  parties 
sont  anciennes,  et  que  les  portions  rouges  sont  do  toute  nouvelle  forma¬ 
tion. .L’apparence  histologique  des  points  décolorés  et  déjà  desséchés,  ne 
laisse  pas  de  doute  sur  leur  ressemblance  avec  les  thrombus  trouvés  dans 
certaines  veines  pulmonaires  autour  des  infarctus.  Il  est  infiniment  pro¬ 
bable,  je  dirai  même  certain,  que  les  parcelles  friables  du  contenu  du 
ramuscule  laryngé  sont  des  produits  transportés,  autour  desquels  des 
coagulations  récentes  se  sont  formées. 

«  Si  nous  avions  affaire  à  de  la  thrombose  simple,  nous  aurions  trouvé  le 
dépôt  intra-vasculaire  avec  une  structure  partout  identique,  et  non  com¬ 
posé  de  fragments  ramollis,  cassants,  séparés  les  uns  des  autres  par  de 
petits  blocs  frais,  cruoriques.  » 

Feltz  pense  que  les  nécroses  cartilagineuses  du  larynx  que  l’on  observe 
quelquefois  dans  le  cours  delà  fièvre  typhoïde  et  des  maladies  infectieuses, 
en  général,  ne  peuvent  être  mises  sur  le  compte  de  l’altération  du  sang. 
«  A  des  faits  pathologiques  circonscrits,  à  des  foyers  de  suppuration  isolés, 
à  des  altérations  très-limitées,  il  faut  des  causes  locales  pour  satisfaire  l’es¬ 
prit.  L’altération  primitive  du  sang  ne  suffit  pas,  autrement  ces  suppura¬ 
tions,  ces  dégénérescences  deviendraient  également  générales.  Je  crois 
que  dans  ces  cas,  des  recherches  minutieuses  feraient  trouver  des  causes 
locales  mécaniques  peut-être  à  ces  lésions  limitées.  »  Ces  causes  locales 
résident,  d’après  Feltz,  dans  les  embolies  capillaires,  lesquelles  représen¬ 
tent  des  lésions  morphologiques  dépendantes  de  la  modification  générale 
primitive  du  liquide  nourricier. 

II.  Inflammations.  —  Dans  un  premier  chapitre  nous  étudierons  les 
inflammations  de  la  muqueuse  et  du  tissu  sous-muqueux  avec  ses  consé¬ 
quences. 

Les  inflammations  des  cartilages  et  des  articulations  feront  l’objet  d’un 
deuxième  chapitre. 

I.  Inflammations  de  la  muqueuse  et  du  tissu  sous-muqueux.  —  Nous  divi¬ 
serons  les  laryngites  en  trois  classes  :  A.  Les  laryngites  aiguës,  dans  les¬ 
quelles  nous  ferons  rentrer  la  laryngite  catarrhale  simple,  la  laryngite 
striduleuse,  la  laryngite  intense,  V épiglottite,  etc.,  et  les  laryngites  sym¬ 
ptomatiques  des  fièvres  éruptives.  La  laryngite  croupale  ou  pseudo- 
membraneuse  et  la  laryngite  diphthéritique  qu’on  pourrait  ranger  ici,  ont 
été  décrites  précédemment  {voy.  Croup,  t.  X,  p.  515;  Diphthérie;  t.  XI, 
p.  587);  •  ■ 

B.  Les  laryngites  chroniques  comprenant  la  laryngite  chronique  secon¬ 
daire,  succédant  à  la  laryngite  aiguë,  la  laryngite  chronique  primitive 
ou  glanduleuse  et  la  laryngite  hypertrophique; 

C.  Les  laryngites  constitutionnelles,  tuberculeuse  et  syphilitique,  les¬ 
quelles  peuvent  revêtir  le  caractère  aigu  ou  chronique;  nous  y  rattache¬ 
rons  la  laryngite  de  la  fièvre  typhoïde. 

La  iaryngite  œdémateuse  et  V abcès  du  larynx,  conséquences  fréquentes 
des  diverses  formes  de  laryngites  que  nous  avons  admises,  seront  traités 
dans  un  paragraphe  spécial. 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE  :  INFLAMMATIONS.  249» 

A.  Laryngites  aigüës  :  —  a.  Laryngite  catarrhale  aiguë.  —  Laryngite 
stridiileuse.  —  Laryngite  intense.  —  Vétiologie  de  cette  affection  réside 
avant  tout  dans  les  diverses  influences  atmosphériques,  telles  que  ;  varia-  . 
tiens  brusques  de  température,  vent  du  nord,  changements  de  saisons. 
L’exposition  du  corps  et  particulièrement  du  cou  à  un  air  froid  et  humide, 
fimpression  du  froid  aux  pieds,  l’ingestion  d’eau  froide  le  corps  étant  en  ' 
transpiration,  prédisposent  également  au  catarrhe  laryngien.  L’inspiration 
dépoussiérés,  de  vapeurs  irritantes,  .d’un  air  froid,  les  fatigues  vocales 
exagérées,  telles  que  le  chant,  les  cris,  le  commandement,  l’abus  des  spiri¬ 
tueux,  sont  autant  d’influences  mécaniques  qui  favorisent  le  développement 
de  la  laryngite.  Elle  peut  enfin  reconnaître  pour  origine  une  inflamma¬ 
tion  voisine,  comme  la  pharyngite,  le  catarrhe  nasal,  l’érysipèle  de  la 
face  ou  une  lésion  préexistante. du  larynx  (polypes,  ulcérations). 

Les  symptômes  fondamentaux  de  la  laryngite  catarrhale,  et  en  général 
de  toutes  les  lésions  de  la  muqueuse  laryngée  sont  :  la  toux,  V altération 
ie  la  voix  et  la  dyspnée. 

La  toux  est  variable,  généralement  sèche  st  sifflante  ;  elle  peut  dev.enir 
plus  grave  par  l’épaisissement  des  cordes  vocales,  et  enrouée  par  l’inégalité 
de  leur  surface.  Souvent  la  toux  rauque  peut  devenir  aboyante,  lorsqu’un 
grand  effort  d’expiration  pousse  les  cordes  vocales  en  haut  et  les  bornhe 
de  manière  à  les  tendre  davantage  ;  ou  bien  elle  prend  subitement  le  tim¬ 
bre  de  la  voix  de  tête,  quand  les  cordes  vocales  se  touchentpendant  la  toux. 

L’expectoration,  presque  nulle  au  début,  se  compose  de  crachats  glai¬ 
reux  [sputum  crudum  des  anciens),  contenant  des  cellules  épithéliales,  des 
couches  superficielles  ;  plus  tard  l’expectoration  devient  plus  épaisse,  jau¬ 
nâtre  ;  les  cellules  s’y  trouvent  en  plus  grande  quantité,  et  se  rapprochent 
des  corpuscules  purulents  (crachats  muco-purulents,  sputum  coetum  des 
anciens). 

L’altération  de  la  voix  résulte,  ainsi  que  l’a  fort  bien  démontré  Jac¬ 
coud  ;  de  l’épaississement  des  cordes  vocales,  lequel,  à  tension  égale, 
abaisse  la  tonalité,  et  donne  à  la  voix  un  timbre  grave  ;  du  défaut  d’har¬ 
monie  entre  les  vibrations  bilatérales  des  deux  cordes,  d’où  la  production 
de  tons  discordants  dans  l’émission  du  même  son  ;  de  la  présence  d’exsu- 
dats  muqueux  sur  les  rubans  vocaux,  d’où  l’âpreté  et  la  variété  du  tim¬ 
bre;  du  trouble  de  contractilité  des  muscles  tenseurs  de  la  glotte,,  d’où 
l’abaissement  du  ton  ou  l’aphonie,  si  la  tension  est  insuffisante  eu  égard 
au  volume  accru  des  cordes;  d’où  l’élévation  du  ton,  si  la  tension  est  exa¬ 
gérée  ;  d’où  enfin  le  caractère  bitonal  de  la  voix,  qui  passe  brusquement 
d’une  tonalité  à  une  autre,  si  la  tension  est  ralentie,  ou  si  les  tensions  bi¬ 
latérales  ne  sont  plus  égales  ou  isochrones. 

La  dyspnée  résulte  de  la  diminution  de  la  fente  glottique  ;  d’une  intensité 
médiocre  chez  l’adulte,  elle  peut  aller  chez  l’enfant,  jusqu’au  spasme.  Ce 
spasme,  comme  tous  les  phénomènes  convulsifs,  est  favorisé  par  cette  mo¬ 
dalité  de  l’innervation  que  Jaccoud  a  signalée  sous  le  nom  de  convulsibilité. 
Certains  auteurs  ont  voulu  faire  de  ce  symptôme  une  entité  morbide  dis¬ 
tincte  de  la  laryngite  catarrhale  et  lui  ont  donné  les  noms  de  laryngite 


.250 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE  :^iJNFL.AMMATIONS. 

spasmodique,  laryngite  striduleuse  ou  faux  croup.  C’est  à  tort,  et  avec  Jac-  | 
coud  et  d’autres,  nous  pensons  que  la  kryngite  striduleuse  ne  doit  être 
considérée  que  comme  une  laryngite  orâinairé  spéciale  à  la  première  enfance 
et  devant  ses  caractères  à  l’âge  d^s  malades. 

Ces  symptômes  locaux  s’accompagnent  de  troubles  généraux  peu  sen¬ 
sibles  ;  une  courbature  légère,  dé  la  céphalalgie,  de  l’anorexie  sont  des 
manifestations  que  l’on  observe  dans  certains  cas.  L’affection  débute  ordi¬ 
nairement  par  une  sensation  de  chatouillement  au  larynx  ;  lorsque  le  pha¬ 
rynx  a  été  primitivement  enflammé  ,  les  malades  se  plaignent  de  séche¬ 
resse  de  l’arrière-gorge  ;  la  déglutition  devient  pénible  lorsque  l’épiglotte 
participe  à  l’inflammation. 

L’anatomie  pathologique,  qu’on  peut  faire  du  vivant  du  malade  au 
moyen  du  larymgoscope,  montre  la  muqueuse  du  larynx  vivement  injectée; 
quelquefois  elle  est  légèrement  infiltrée,  et  présente  dans  certains  cas  de 
petites  ulcérations.  Après  la  mort,  il  n’en  est  plus  tout  à  fait  ainsi;  la 
muqueuse  ne  présente  plus  le  même  degré  de  rougeur.  Cette  particularité 
dépend  de  la  richesse  de  cette  muqueuse  en  fibres  élastiques  qui,  disten¬ 
dues  pendant  la  vie  par  l’afflux  sanguin,  se  contractent  après  la  mort  et 
chassent  le  sang  des  capillaires.  Les  cordes  vocales  sont  moins  mobiles; 
elles,  présentent  une  coloration  rosée  ;  les  ventricules  de  Morgagni, 
par  suite  de  gonflement  des  cordes  vocales,  paraissent  diminués  de  vo¬ 
lume. 

Lorsque  le  tissu  sous-muqueux  est  plus  enflammé  que  de  coutume,  la 
laryngite  revêt  un  caractère  plus  sérieux,  qui  lui  a  fait  donner  le  nom  de 
laryngite  intense,  laryngite  parenchymateuse  aiguë  (Mandl).  Les  lésions 
anatomiques  y  sont  plus  profondes,  et  les  symptômes  plus  accentués. C’est 
ainsi  que  la  laryngite  parenchymateuse  débute  souvent  par  un  frisson  et 
des  phénomènes  fébriles  intenses.  Le  malade  accuse  une  vive  douleur  au 
larynx,  qui  augmente  par  la  déglutition  et  la  phonation.  La  voix,  rauque 
dès  le  début,  devient  aphone  en  peu  de  temps;  l’expectoration  muco-puru- 
lente  est  souvent  striée  de  sang.  La  dyspnée  est  intense  à  cause  du  rétré¬ 
cissement  plus  considérable  delà  glotte,  lequel  est  dû  au  boursouflement 
des  cordes  vocales  et  à  la  paralysie  des  muscles. 

Chez  les  enfants  cette  forme  de  laryngite  ne  diffère  de  celle  des  adultes 
que  par  les  accès  de  suffocation.  Chaque  inspiration  est  accompagnée  d’un 
sifflement  prolongé  à  timbre  sec,  dû  à  la  sténose  de  la  glotte  (laryngiU 
striduleuse)  ;  la  toux  est  rauque,  éclatante.  L’agitation  est  extrême,  la 
température  élevée  ;  la  face  est  turgescente  et  cyanosée  ;  le  petit  malade 
est  en  proie  à  une  anxiété  extrême.  L’accès  se  termine  brusquement,  rare¬ 
ment  il  se  prolonge  au  delà  d’une  heure  ;  il  peut  être  unique  ou  se  répéter 
plusieurs  fois  dans  la  journée. 

Cette  forme,  de  même  que  la  précédente,  peut  se  terminer  par  la  mort 
si  l’on  n’intervient  pas  à  temps. 

La  durée  de  la  laryngite  est  en  moyenne  de  huit  jours  ;  dans  les  formes 
graves,  elle  atteint  souvent  deux  et  trois  septénaires,  et  peut  alors  passera 
l’état  chronique. 


LARYNX.  -  PATHOLOGIE  MÉDICALE  :  INFLAMMATIONS.  551 

diagnostic  de  cette  affection  est  facile;  tout  au  plus  l’a-t-on  quelque¬ 
fois  confondue  chez  les  enfants  avec  le  croup.  On  se  rappellera  que,  dans 
cette  forme  particulière  de  laryngite,  les  accès  vont  en  augmentant,  que  la 
tous  et  la  vois  sont  sourdes  et  éteintes,  tandis  que  dans  la  laryngite  stri- 
duleuseles  accès  vont  plutôt  en  diminuant,  et  que  la  toux  et  la  voix  sont 
rauques  et  éclatantes.  Le  début  et  en  général  la  marche  de  la  maladie 
pourront  également  fournir  des  renseignements  utiles  pour  poser  le  dia¬ 
gnostic. 

Nous  n’insisterons  pas  sur  le  traitement  de  la  laryngite,  qui  est  connu 
de  tout  le  monde;  mais  nous  tenons  à  dire  que,  dans  les  cas  graves,  on 
devra  ne  pas  hésiter  à  pratiquer  la  trachéotomie,  dès  que  des  accès  de  suf¬ 
focation  mettront  la  vie  en  danger,  et  ne  pas  se  laisser  détourner  de  ce  de¬ 
voir  par  la  bénignité  ordinaire  de  la  maladie. 

b.  Inflammations  isolées  de  certaines  parties  du  larynx.  —  L’épiglotté, 
les  ligaments  ary-épiglottiques,  les  cordes  vocales  supérieures,  les  ven¬ 
tricules,  les.  cordes  inférieures,  la  paroi  postérieure  du  larynx,  les  carti¬ 
lages  aryténoïdes,  peuvent  être  enflammés  isolément.  Mais,  comme  le  plus 
souvent  l’inflammation  de  ces  parties  est  consécutive,  et  qu’elle  s'accom¬ 
pagne  dans  la  plupart  des  cas  d’ulcérations,  nous  n’en  parlerons  que 
lorsque  nous  aurons  traité  des  laryngites  chroniques  et  ulcéreuses. 

c.  Laryngites  symptomatiques.  —  On  les  observe  surtout  dans  les 
lièvres  éruptives  et  les  exanthèmes  aigus,  plus  rarement  dans  la  fièvre 
typhoïde  et  certaines  maladies  générales,  où  elles .  revêtent  une  forme 
particulière  que  nous  décrirons  avec  les  laryngites  ulcéreuses.  , 

La  dénomination  de  secondaires  qu’on  leur  donne  souvent'ne'  nous  pa¬ 
raît  pas  exacte,  car  .il  est  des  cas  où  comme  dans  la  rougeole,  l’érysipèle, 
la  laryngite  précède  quelquefois  l’éruption,  et  disparaît  sitôt  que  celle-ci  a 
fait  son  apparition. 

Dans  les  autres  fièvres  éruptives, elle  est  bien  réellement  secondaire,  en 
ce  sens  qu’elle  nese  manifeste  jamais  avant  l’éruption.  Dans  la  scarlatine, 
la  laryngite  catarrhale  est  excessivement  rare  ;  elle  revêt  presque  toujours 
d’emblée  le  caractère  diphthéritique,  et  présente"  alors  une  gravité  qui 
varie  d’une  épidémie  à  l’autre  {voy.  Diphthérie,  t.  XI,  p.  587). 

Dans  la  variole,  la  laryngite  se  présente  sous  une  forme  particulière; 
elle  emprunte  ses  caractères  anatomiques  à  l’ensemble  de  la  maladie,  et 
constitue  plutôt  une  éruption  pustuleuse  laryngée,  qu’une  laryngite  pro¬ 
prement  dite.  Les  pustules,  une  fois  crevées,  laissent  à  leur  suite  des 
uktes  superficiels,  qui  guérissent  facilement.  Lorsque  les  pustules  de¬ 
viennent  confluentes,  elles  peuvent  amener  la  nécrose  d’un  cartilage.  Un 
symptôme  qui  manque  rarement  lorsque  l’éruption  est  intense  est  l’œdème 
de  la  glotte.  Nous  y  reviendrons  plus  loin. 

11  arrive  souvent,  en  temps  d’épidémie,  qu’on  observe  à  la  suite  de  la 
variole  des  laryngites  diphthériques,  qui  présentent  un  caractère  de  mali- 
gnité  tout  particulier. 

Le  traitement  de  la  laryngite  varioleuse  consiste  à  cautériser  le  laryn®  l 
avec  une  solution  de  nitrate  d’argent  ou  de  chlorate  de  potasse,  sans  quJ*^ 


252  LARYNX.  —  patholohie  médicale  :  inflammations. 

Ton  puisse  affirmer  que  la  durée  de  la  maladie  locale  soit  abrégée  par  ce  | 
moyen . 

Laryngite  morUlleuse.  —  Cette  variété  récemment  étudiée  par  Coyne, 
mérite  une  description  spéciale.  La  laryngite  accompagne  toujours  l’ap¬ 
parition  de  l’éruption  morbilleuse,  ou  la  précède  d’un  si  court  espace  de 
temps  qu’on  se  trompe  rarement  sur  la  valeur  de  cette  complication,  au 
point  de  vue  du  diagnostic,  surtout  en  temps  d’épidémie. 

Dans  les  périodes  d’accroissement  et  d’état  de  l’épidémie  morbilleuse, 
les  complications  laryngées  semblent  être  plus  fréquentes  et  plus  graves, 
d’après  la  statistique  de  Coyne,  tirée  de  l’bospice  des  Enfants-Assistés,  Il 
est  à  supposer  que  c’est  la  gravité  même  de  la  rougeole  (^ui  cause  l’inten¬ 
sité  plus  grande  des  lésions  anatomiques,  et  leur  extension  à  des  parties 
qui  sont  assez  souvent  respectées. 

Coyne  admet  trois  sortes  de  complications  laryngées  ;  a.  Une  laryngite 
érythémateuse  rendue  grave  par  l’exubérance  de  l’inflammation  ;  b.  Une 
laryngite  diphthéritique  {voy.  Diphthérie,  t.  XI,  p.  587);  c.  Une  laryn¬ 
gite  ulcéreuse. 

La  laryngite  érythémateuse  du  début  de  la  rougeole  se  reconnaît  aux 
caractères  de  la  toux  et  de  la  voix.  La  toux  est  sonore,  sèche,  très-fréquente, 
et  revient  par  quintes  ;  elle  simule  à  s’y  méprendre  la  touxférine  des  hys¬ 
tériques  ;  lorsque  le  catarrhe  tend  à  diminuer,  la  toux  devient  plus  grasse 
et  s’accompagne  de  rhonchus  bronchiques.  L’expectoration,  visqueuse  au 
début,  devient  muco-purulente  dans  la  suite.  La  voix  est  discordante;  la 
dyspnée  est  continue,  et  elle  croit  progressivement  ;  elle  peut  revêtir  chez 
les  enfants,  les  caractères  de  la  laryngite  striduleuse.  Ces  signes  fonction¬ 
nels  s’accompagnent  d’une  fièvre  intense  qui  diminue  lorsque  l’éruption 
est  complète.  Lorsque  la  fièvre  persiste  alors  que  l’éruption  est  sortie,  on 
peut  craindre  le  développement  d’une  complication  de  forme  plus  tardive. 

Cette  première  variété  est  caractérisée  anatomiquement  par  un  gonfle¬ 
ment  des  glandes  à  mucus,  une  exsudation  de  leucocytes  dans  les  couches 
superficielles  du  derme  muqueux,  qui  peut  être  prise  pour  des  abcès,  et 
une  irritation  du  revêtement  épithélial  amenant  un  gonflement  du  proto- 
plasma  de  ces  cellules. 

La  forme  érythémateuse  peut  passer  à  la  forme  diphthéritique  après  une 
période  de  calme  de  quelques  jours,  comme  le  prouvent  deux  observations 
de  Coyne.  Les  enfants  semblent  entrer  en  pleine  convalescence,  l’éruption 
disparaît,  la  voix  redevient  normale,  la  toux  est  nulle;  puis,  deux  ou  trois 
jours  plus  tard,  il  y  a  aggravation  subite  des  symptômes  laryngés  ;  la  toux 
prend  un  caractère  croupal,  la  dyspnée  devient  très-intense,  et  la  mort 
n’arrive  que  trop  soutent  dans  ces  cas.  Anatomiquement,  ces  symptômes  i 
correspondent  à  un  processus  irritatif  qui  agit  avec  une  intensité  excep-  | 
tionnelle  sur  le  revêtement  épithélial,  et  donne  lieu  à  la  production  de  ' 
fausses  membranes. 

Enfin  le  catarrhe  laryngien  du  début  peut  se  terminer  par  ulcération, 
r '^e  mécanisme  suivant  lequel  se  forment  les  ulcères  est  analogue  à  celui  qui 
‘  préside  à  l’ulcération  des  plaques  de  Peyer  dans  la  fièvre  typhoïde.  Coyne 


255  • 


LARYNX.  -  PATHOLOGIE  MÉDICALE  :  INFLAMMATIONS. 

a  en  effet  découvert  dans  la  muqueuse  du  larynx  des  follicules  clos  [voy, 
Imn^  [Ânatomie,  t.  XX,  p.  218)],  et  il  a  vu  que  ces  organes  lymphoïdes 
semblent  d'abord  s’hypertropliier,  puis  étouffer  les  vaisseaux  qui  les  nour¬ 
rissent  et  déterminer  ainsi  leur  propre  mortification,  en  donnant  naissance 
à  des  ulcérations  irrégulières,  anfractueuses,  qui  siègent  toujours  sur  le. 
bord  libre  de  la  corde  vocale  inférieure.  D’autres  fois  les  ulcères  résultent 
de  la  fonte,  de  la  suppuration  des  glandes  muqueuses.  Ils  siègent  dans  ce 
cas  sur  la  corde  vocale  supérieure  et  le  long  du  cartilage  aryténoïde. 

B.  Labykgiteschhootques.  —  a.  Laryngite  catarrhale  chronique.  —  Elle 
succède  le'plus  souvent  à  la  forme  aiguë,  et  peut  par  conséquent  être  ap¬ 
pelée  laryngite  chronique  secondaire;  toutes  les  influences- qui  président 
au  développement  de  la  laryngite  aiguë  se  retrouvent  ici.  Ainsi  l’impres¬ 
sion  du  froid  humide,  l’inspiration  de  vapeurs  ou  de  poussières  irri¬ 
tantes,  l’abus  du  tabac  à  fumer,  occasionnent  cette  maladie. 

De  même  que  la  laryngite  aiguë,  elle  revêt  deux  formes  :  la  laryngite 
superficielle  et  h  laryngite  parenchymateuse.  Les  lésions  anatomiques  sont 
presque  identiques  à  celles  de  la  forme  aiguë,  mais  avec  des  caractères 
moins  tranchés. 

11  en  est  de  même  des  symptômes  ;  la  douleur  et  la  toux  ont  presque 
entièrement  disparu.  Par  contre,  la  voix  reste  altérée  d’une  façon  pres¬ 
que  constante  ;  elle  est  creuse  et  enrouée.  Ce  symptôme  est  dans  bien  des 
casleseulqui  indique  l’existence  d’un  catarrhe  laryngien  chronique.  Une 
aggravation  légère,,  une  excitation  intercurrente  de  la  muqueuse,  épaissit 
les  cordes  vocales  au  point  de  rendre  les  malades  aphones. 

lu  marche  et  la  durée  sont  indéterminées;  la  terminaison  par  guérison 
est  exceptionnelle,  le  plus  souvent  la  tuméfaction  de  la  muqueuse  ou  du 
tissu  sous-muqueux  persiste  indéfiniment,  et  se  termine  par  un  épaissis- 
ment  permanent  {voy.  p.  256,  Laryngite  hypertrophique  ou  plastique). 

Le  laryngoscope  permet  d’établir  le  diagnostic,  et  de  différencier  la  la¬ 
ryngite  chronique  d’autres  affections  produisant  les  mêmes  symptômes. 
Dans  certains  cas,  ce  moyen  ne  suffit  pas,  et  il  faut  alors  avoir  recours  à 
l’étiologie,  au  début,  à  la  marche  de  la  maladie.  Quant  à  distinguer  les 
deux  formes  de  laryngite  chronique,  ce  n’est  pas  toujours  chose  facile, 
même  pour  l’œil  le  mieux  exercé. 

Le  traitement  est  général  ou  local;  ce  dernier  convient  tout  particulière¬ 
ment  dans  la  forme  superficielle.  11  consiste  à  badigeonner  le  larynx  avec  des 
solutions  astringentes  ou  légèrement  caustiques,  telles  que  l’alun,  l’iode, 
le  nitrate  d’argent  ;  ou  bien  à  faire  des  inhalations  avec  des  liquides  pul¬ 
vérisés  (tannin,  alun,  nitrate  d’argent).  Il  est  bien  entendu  qu’avant  tout 
il  faut  soustraire  le  malade  aux  influences  nuisibles  qui  ont  provoqué  le 
mal,  et  prescrire  le  repos  complet  de  l’organe. 

Le  traitement  interne  (foie  de  soufre,  poudre  de  Plummer)  qu’on  em¬ 
ployait  aulrefois,  est  remplacé  de  nos  jours  par  l’emploi  d’eaux  minérales 
qui  trouvent  surtout  leur  usage  dans  la  forme  parenchymateuse.  Le  traite¬ 
ment  général  est  interne  ou  externe,  suivant  qu’on  emploie  les  eaux  en 
boisson  ou  sous  forme  de  bains  ou  de  douches.  Les  eaux  sulfureuses  dont 


'254  LARYNX.  —  pathologie  médicale  :  inplammatioks. 

on  fait  le  plus  souvent  usage  sont,  en  France,  les  Eaux-Bonnes,  Bagnères-  | 
de-Luchon,  les  Eaux-Cliaudes,  Cauterets,  Saint-Honoré,  Enghien;  en  Suisse, 
Schinznach  ;  en  Autriche,  Baden,  près  Vienne,  Lemdorf  ;  en  Prusse,  Aix- 
la-Chapelle.  ■ 

L’hibernation  enfin  joue  un  grand  rôle  dans  le  traitement  des  affections 
laryngées  chroniques.  Dans  le  choix  de  la  localité,  ce  n’est  pas  la 
moyenne  de  la  température  qui  doit  préoccuper  le  médecin,  mais  sa  con. 
stance  et  l’absence  de  variations  brusques  et  fréquentes. 

C’est  ainsi  qu’en  France  on  choisira  de  préférence  Villefranche  et  Men¬ 
ton;  Cannes  et  Nice  ont  un  climat  plus  venteux.  A  Pau  les  vents  sont 
moins  rigoureux,  mais  les  variations  de  température  sont  nombreuses  et 
brusques.  Alger  l’emporte  sur  toutes  ces  stations;  pendant  l’hiver  et  le 
printemps,  dit  Mitchell,  le  climat  d’Alger  le  dispute  à  Madère;  avec  la 
même  chaleur  et  la  même  constance  de  température,  il  est  plus  sec  et 
moins  énervant. 

De  nos  jours,  l’hibernation  dans  les  pays  froids  a  été  essayée,  et  on 
envoie  maintenant  des  malades  dans  les  régions  alpestres.  Davos,  dans 
les  Grisons,  situé  à  1,562  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  est  un 
endroit  très-recherché  et  très-fréquenté. 

b.  Laryngite  glanduleuse.  —  Décrite  par  un  certain  nombre  d’auteurs 
sous  le  nom  de  laryngite  granuleuse,  elle  diffère  des  laryngites  chroni¬ 
ques  que  nous  venons  d’étudier  en  ce  qu’elle  ne  dérive  pas  d’une  laryn¬ 
gite  aiguë.  Elle  est  chronique  d’emblée  et  à  ce  titre  mérite  bien  le  nom  de 
laryngite  chronique  primitive,  qu’on  lui  a  donné  quelquefois. 

Très-fréquente  chez  les  chanteurs,  les  orateurs  et  chez  toutes  les  per¬ 
sonnes  qui  font  un  usage  immodéré  de  la  voix,  elle  siège  de  préférence 
sur  la  muqueuse  des  cartilages  aryténoïdes  et  de  la  base  de  l’épiglotte, 
laquelle  est  très-riche  en  glandules.  Cette  localisation  de  la  maladie  sur 
un  point  déterminé  du  larynx  se  rattache  au  mode  de  respiration  pendant 
l’émission  du  son.  Si  les  chanteurs  en  sont  plus  'souvent  atteints,  cela 
tient  à  ce  que  les  conditions  physiologiques  des  organes  qui  concourent  à 
la  phonation  sont  loin  d’être  les  mêmes  dans  le  chant  et  dans  la  conversa¬ 
tion  ordinaire.  Krishaber  a  décrit  de  main  de  maître  le  mécanisme  de 
production  de  la  laryngite  glanduleuse. 

«  Dans  la  conversation,  dit-il,  il  y  a  des  répits  plus  ou  moins  longs,  pen¬ 
dant  lesquels  la  muqueuse  est  ramenée  à  ses  conditions  normales,  et  d’ail¬ 
leurs  il  est  toujours  possible  à  celui  qui  parle  d’abréger  ses  phrases  et 
de  les.  couper  suivant  les  besoins  de  sa  respiration,  tandis  qu’il  n’en  est 
pas  ainsi  pour  celui  qui  prononce  un  discours  ou  qui  chante.  Le  chanteur 
inspire  nécessairement  par  la  bouche  ;  le  chant  exige  la  prise  d’une 
forte  quantité  d’air  à  la  fois;  l’air  extérieur  est  aspiré  avec  avidité, 

.il  n’a  pas  le  temps  de  passer  par  les  fosses  nasales  et  leurs  sinus  :  il  n’est 
donc  ni  échauffé  ni  humecté  et  arrive  tel  qu’il  est,  sec,  froid  et  impur,  dans 
le  pharynx  et  le  larynx.  Pour  peu  que  l’exercice  vocal  se  prolonge,  la  mu¬ 
queuse  se  dessèche,  les  glandules  qu’elle  contient  sont  fortement  sollicitées 
à  la  sécrétion,  irritées  à  la  longue;  il  s’y  produit  d’abord  de  l’hypérémie, 


LARYNX.  -  PATHOLOGIE  MÉDICALE  ;  INFLAMMATIONS.  255 

puis  une  hypertrophie.  Une  cause  toute  mécanique  intervient  encore  pour 
exagérer  leur  sécrétion  ;  cette  cause  n’est  autre  que  les  mouvements  pro¬ 
pres  et  multiples  du  larynx,  mouvements  pendant  lesquels  la  muqueuse  se 
trouve  comprimée,  allongée,  mise  en  vibration,  en  un  mot  influencée  par 
le  mécanisme  même  de  la  fonction. 

Or  la  partie  la  plus  active,  la  plus  mobile,  dans  le  phénomène  de  la 
phonation  est  là  région  aryténoïdienne,  puisque  ce  sont  les  deux  cartilages 
aryténoïdes  qui  mettent  les  cordes  vocales  en  action  ;  c’est  précisément 
cette  région  aussi  qui  contient,  dans  l’épaisseur  de  sa  muqueuse,  le  plus 
grand  nombre  de  glandes.  » 

La  laryngite  glanduleuse,  telle  que  nous  venons  de  la  décrire  en  peu  de 
mots,  ne  débute  pas  toujours  par  le  larynx;  elle  peut  être  précédée,  chez 
les  fumeurs  par  exemple,  d’une  pharyngite  de  même  nature  (voy.  Pha- 
bîkgite). 

Les  lésions  anatomiques  que  l’on  constate  au  laryngoscope  sont,  outre 
une  turgescence  des  glandules  signalée  plus  haut,  une  métamorphose  par¬ 
ticulière  de  la  muqueuse,  que  Fôrster  décrit  sous  le  nom  de  métamorphose 
émolde.  La  muqueuse  se  revêt  de  végétations  papilliformes  et  l’épithé¬ 
lium  devient  pavimenteux,  ce  qui  lui  donne  un  aspect  grenu,  inégal,  et 
rugueux.  Lorsque  la  cause  qui  a  donné  naissance  à  l’affection  per¬ 
siste,  on  observe  un  processus  morbide  qui  aboutit  à  l’ulcération. 
Celle-ci  présente  un  aspect  circulaire,  d’autres  fois  plus  ou  moins  irrégu¬ 
lier;  sa  profondeur  est  assez  considérable  et  la  disposition  infundibuli- 
forme  fréquente. 

Parmi  les  symptômes,  le  plus  essentiel  est  celui  qui  porte  sur  la  voix . 
«Avant  même  que  les  cordes  vocales  soient  atteintes,  la  voix  se  trouve  al¬ 
térée.  On  sait,  en  effet,  que  les  aryténoïdes,  en  se  rapprochant  pendant  la 
phonation,  plissent  la  muqueuse  inter-aryténoïdienne  qui  doit  être  mince 
comme  elle  l’est  à  l’état  normal  pour  permettre  le  rapprochement  des 
cartilages;  mais  l’hypertrophie -glandulaire  épaissit  cette  muqueuse;  les 
aryténoïdes  sont  alors  entravés  <ïans  leur  jeu,  les  cordes  vocales  infé  • 
rieures  ne  se  rapprochent  pas  suffisamment,  et  c’est  ainsi  que  se  produit 
le  premier  indice  d’une  voix  compromise  :  la  perte  des  notes  élevées.  Peu 
àpeules  autres  parties  de  la  muqueuse  laryngée  se  trouvent  altérées  dans 
leur  nutrition,  et,  lorsque  les  cordes  vocales  elles-mêmes  participent  à 
l’inflammation,  la  voix  devient  rauque,  ou  au  moins  perd  complètement  ses 
vibrations  sonores  et  harmonieuses.  » 

Lorsque  le  vestibule  du  larynx  et  l’épiglotte  sont  envahis,  un  nouveau 
symptôme  s’ajoute,  c’est  la  difficulté  dans  la  déglutition.  Celle-ci  devient 
d’autant  plus  pénible  que  le  pharynx  participe  plus  ou  moins  à  l’inflam¬ 
mation.  Les  malades  accusent  alors  une  sensation  de  corps  étranger  qui 
rappelle  celle  de  la  boule  hystérique,  ou  une  sécheresse  excessive  dans 
l’arrière-gorge,  avec  un  besoin  incessant  d’avaler  à  vide. 

Les  symptômes  que  l’on  observe  dans  les  autres  laryngites,  tels  que 
toux,  expectoration,  douleur,  font  presque  entièrement  défaut  dans  la  va- 
liélé  qui  nous  occupe. 


256  LARYNX.  —  pathologie  médicale  :  inflammations. 

Le  diagnostic  basé  sur  les  antécédents  et  sur  l’examen  direct  du  larym 
ne  permettra  pas  de  confondre  la  laryngite  glanduleuse  avec  une  autre 
affection  du  larynx. 

Le  pronostic,  grave  au  point  de  vue  de  l’altération  de  la  voix  qui  per¬ 
siste  le  plus  souvent,  ne  compromet  pas  la  vie  directement. 

Le  traitement  local  convient  particulièrement  ici  ;  nous  en  avons  parlé 
au  paragraphe  précédent  et  nous  n’y  reviendrons  pas.  Mais  avant  tout,  on 
conseillera  une  hygiène  sévère  et  le  repos  de  l’organe. 

c.  Laryngite  plastique  {laryngite  hypertrophique,  sclérose).  — Toute 
laryngite  chronique, 'spécifique  ou  non,  peut  se  terminer  par  un  épaississe¬ 
ment  et  une  induration  du  tissu  sous-muqueux.  Mais  c’est  particulière¬ 
ment  à  la  suite  de  la  laryngite  parenchymateuse  chronique  qu’on  observe 
cette  transformation.  Aussi  nous  pensons  que  c’est  bien  ici  le  lieu  d’étu¬ 
dier  cette  affection.  L’épaississement,,  qui  prend  quelquefois  l’aspect  d’une 
masse  fibro-lardacée  (Rokitansky),  est  dû  soit  à  un  exsudât  (pseudo-plas¬ 
tique)  qui  n’a  pas  été  résorbé,  soit  à  l’hypertrophie  du  tissu  connectif, 
d’où  résulte  la  sclérose  (Mandl). 

Les  symptômes  sont  ceux  de  la  laryngite  parenchymateuse,  mais  plus 
accentués  ;  l’inspiration  et  l’expiration  deviennent  sifflantes,  et  comme  la 
glotte  par  suite  de  ces  modifications  est  rigide  et  immobile,  une  aphonie 
complète  en  résulte. 

Lorsque  l’hypertrophie  est  diffuse  et  générale,  la  respiration  peut  être 
notablement  entravée,  au  point  de  compromettre  l’existence,  à  plus  forle 
raison  lorsque  les  deux  cordes  vocales  ont  contracté  des  adhérences  entre 
elles.  La  trachéotomie  seule  est  alors  capable  de  sauver  le  malade  [wj. 
Larynx  (Rétrécissements)].  Dans  les  cas  où  l’hypertrophie  est  limitée,  ce 
sont  les  cautérisations  qui  réussissent  le  mieux  à  faire  résorber  Texsudat. 

C.  Laryngites  constitutionnelles.  —  Les  laryngites  constitutionnelles, 
dont  nous  faisons  ici  une  classe  à  part ,  se  distinguent  des  autres  formes 
de  laryngites  par  un  certain  nombre  de  caractères  qui  leur  sont  propres, 
et  qu’on  ne  retrouve  que  rarement  dans  les  formes  décrites  plus  haut. 
Liées  à  l’évolution  de  la  maladie  générale  qui  leur  a  donné  naissance,  et 
dont  elles  ne  sont  pour  ainsi  dire  qu’un  symptôme,  qu’une  manifestation 
le  plus  souvent  secondaire,  elles  peuvent,  en  vertu  d’un  état  diathésique 
antérieur,  ouvrir  la  scène,  se  montrer  comme  symptôme  initial,  et  de¬ 
vancer  toute  lésion  appréciable  d’un  autre  organe.  Bien  que  cette  opinion 
ne  soit  pas  admise  par  tous  les  auteurs,  nous  pensons  qu’elle  est  cepen¬ 
dant  conforme  à  la  vérité  en  ce  qui  concerne  la  phthisie  laryngée,  comme 
nous  essayerons  de  le  démontrer  plus  loin.  - 

Quoi  qu’il  en  soit,  elles  ne  restent  jamais  isolées,  et  soit  qu’elles  précè¬ 
dent  la  maladie  générale,  soit  qu’elles  en  soient  la  conséquence,  elles  s’ac¬ 
compagnent  toujours  de  troubles  divers  qui  retentissent  sur  les  organes 
les  plus  variés.  Elles  sont  aiguës  ou  chroniques.  Les  symptômes  locaux, les 
troubles  fonctionnels  qu’ elles  engendrent  sont  à  peu  de  chose  près  les 
mêmes  que  dans  les  laryngites  ordinaires,  mais  avec  des  caractères  plus 
accentués.  Les  lésions  sont  également  plus  profondes,  la  forme  chro- 


LARYNX. —  PA-HOLOGIE  MÉDICALE  :  INFLAMMATIOMS.  257 

nique  étant  plus  fréquente  que  la  forme  aiguë  qui  marque  ordinairement 
le  début  de  l’affection. 

Elles  ont  une  grande  tendance  à  Vulcération ,  et  c’est  là  ce  qui  leur 
donne  leur  physionomie  particulière,  si  bien  que  quelques  auteurs  ont  voulu 
les  désigner  sous  le  nom  de  laryngites  ulcéreuses.  Cette  dénomination  ne 
nous  semble  pas  très-bien  appropriée,  car  toute  laryngite  peut  devenir  ulcé¬ 
reuse.  Ainsi,  les  laryngites  varioleuses,  glanduleuses,  se  terminent  presque 
invariablement  de  cette  façon,  et  devraient  par  conséquent  être  rangées 
dans  cette  classe.  Ce  qui  est  certain,  c’est  que  l’ulcération  imprime  à  la 
maladie  un  degré  de  malignité  tout  spécial,  qui  rembrunit  singulière¬ 
ment  le  pronostic,  tant  au  point  de  vue  des  troubles  fonctionnels  immé¬ 
diats,  qu’au  point  de  vue  des  lésions  persistantes  qu’elle  peut  entraîner 
à  sa  suite.  Parmi  celles-ci,  les  plus  fréquentes  sont  les  rétrécissements  ci¬ 
catriciels  ou  membraneux  {voy.  Réirécissements) ,  qu’on  observe  surtout 
comme  conséquence  des  ulcères  syphilitiques  invétérés. 

D'autres  lésions  plus  graves  encore  peuvent  être  engendrées  par  l’ulcé¬ 
ration;  lorsque  celle-ci  gagne  en  profondeur,  il  n’est  pas  rare  de  voir  le 
férichondre  et  le  cartilage  lui-même  participer  à  l’inflammation,  s’ulcérer 
et  devenir  le  point  de  départ  de  nécroses  plus  ou  moins  étendues,  entraî¬ 
nant  à  leur  suite  des  rétrécissements  permanents,  bien  autrement  sérieux 
que  ceux  qui  résultent  d’une  simple  membrane,  d’une  bride  cicatri¬ 
cielle. 

Un  autre  symptôme  plus  redoutable  que  les  précédents  au  point  de  vue 
de  la  vie,  est  V œdème  de  la  glotte,  qui  peut  survenir  brusquement  dès  que 
la  période  ulcéreuse  est  établie,  et  emporter  les  malades  en  fort  peu  de 
temps.  L’ulcération  est  donc  le  point  de  départ  de  tous  les  accidents  graves 
qui  surgissent  dans  le  cours  des  laryngites  constitutionnelles  ;  nous  étu¬ 
dierons  ses  deux  formes  principales,  à  savoir  la  laryngite  tuberculeuse  et 
,  la  laryngite  syphilitique.  Quant  aux  autres  maladies  constitutionnelles,, 
telles  que  la  morve,  le  lupus,  la  lèpre,  la  scrofulose,  qui  toutes  montrent 
une  grande  tendance  à  l’ulcération  dans  leurs  manifestations  laryngées,' 
elles  présentent  en  petit  les  différents  symptômes  que  l’on  observe  dans 
les  deux  espèces  principales. 

Nous  annexerons  à  ce  chapitre  un  paragraphe  spécial  pour  les  inflam¬ 
mations  de  certaines  parties  isolées  du  larynx,  qui  revêtent  souvent  le  ca¬ 
ractère  ulcéreux;  et  nous  terminerons  en  donnant  l’histoire  du  lai'yngo^ 
Ijjlàus,  qui  se  rapproche  par  ses  caractères  et  sa  marche  des  laryngites 
constitutionnelles.  Nous  serons  amenés  ainsi  à  parler  de  h  périchondrite 
laryngienne  et  de  ses  conséquences,  les  abcès,  la  nécrose. 

a.  Phthisie  laryngée.  —  Les  travaux  des  histologistes  modernes  ont 
prouvéqu’il  existe  bien  réellement  deux  formes  de  phthisie  laryngée.  Ces 
deux  formes, 'essentiellement  différentes  au  point  de  vue  anatomique,  ne  le 
sont  pas  moins  au  point  de  vue  clinique.  Ainsi,  tandis  que  l’une  est  pri- 
wilive,  et  peut  sè  manifester  avant  toute  lésion  appréciable  des  poumons, 
l’autre  est  consécutive,  et  n’apparaît  que  comme  symptôme  de  la  lésion 
primordiale  de  la  tuberculose.  A  la  première  forme  nous  donnerons  le  nom 

KOOy.DICT.JlÉD.ETCniB.  XX.  —17 


258  LAUYiNX.  —  pathologie  médicale  :  inflammations. 

de  laryiKjite  tuberculeuse  ou  tuberculose  laryngée,  et  nous  appellerons  la 
deuxième  laryngite  des  tuberculeux. 

Anatomiquement,  la  tuberculose  laryngée  est  caractérisée  parla  présence, 
sur  la  muqueuse  du  larynx,  de  petits  grains  isolés  qui  offrent  la  structure 
da  tubercule  vrai,  et  qui  sont  développés  dans  le  tissu  connectif  sous-jacent 
à  l’épithélium.  Ces  granulations  miliaires  sont  grises,  elles  contiennent 
des  noyaux  clairs,  avec  ou  sans  nucléoles,  libres  ou  entourés  d’une  faible 
couche  de  protoplasma.  Elles  peuvent  subir  diverses  métamorphoses, telles 
que  la  dégénérescence  graisseuse  ou  caséeuse,  suivie  de  ramollissement  et 
d'ulcération.  D’autres  fois  le  tubercule,  après  avoir  subi  la  première  phase 
de  cette  évolution,  au  lieu  de  passer  à  l’ulcération,  se  dessèche  par  suite 
de  la  résorption  de  ses  parties  liquides,  et  se  crélifie. 

La  présence  des  tubercules  dans  la  cavité  du  larynx  favorise  le  dévelop¬ 
pement  d’une  inflammation  plus  ou  moins  étendue  de  la  muqueuse;  celle- 
ci  est  rouge,  hypérémiée,  et  présente  en  un  mot  les  lésions  qu’on  observe 
dans  la  laryngite  aiguë.  La  pblegmasie,  étant  entretenue  parles  tubercules, 
acquiert  peu  à  peu  des  caractères  d’une  intensité  très-grande  ;  l’épithéliuni 
disparaît  et  laisse  à  sa  place  des  érosions,  qui  ne  tardent  pas  à  devenir 
confluentes  :  bientôt  l’affection  gagne  en  profondeur,  et  c’est  de  cette 
façon  que  se  produisent  les  ulcérations,  qui,  limitées  d’abord  au  tissu 
sous-muqueux,  finissent  par  atteindre  le  périchondre  et  le  cartilage  lui- 
même,  et  par  amener  la  nécrose  de  ce  dernier. 

Dans  certains,  cas  très-aigus,  on  a  vu  des  foyers  purulents  se  frayer  une 
voie  au  dehors,  après  avoir  perforé  un  cartilage  ou  la  membrane  qui 
unit  deux  cartilages  voisins  et  occasionner  des  fistules,  ou  atteindre  les 
vertèbres,  ou  bien  enfin  établir  une  communiction  avec  l’œsophage,  avec 
le  tissu  cellulaire  péri-laryngé,  et  déterminer  des  tumeurs  décrites  autre¬ 
fois  sous  le  nom  de  tumeurs  gazeuses  du  cou  {voy.  Larynx,  Pathologie 
chirurg.,  fistules,  p.  287). 

Dans  la  laryngite  des  tuberculeux,  les  mêmes  lésions  s’observent  dans 
les  périodes  qui  suivent  l’évolution  primitive;  mais  c’est  au  début  que 
les  caractères  anatoiniques  présentent  des  différences  marquées.  Tandis 
que  dans  la  tuberculose  laryngée  les  tubercules  sont  isolés,  dans  la  laryn¬ 
gite  des  tuberculeux  ils  sont  confluents;  jamais  dans  cette^  deuxième 
forme  ils  ne  se  montrent  primitivement;  ils  sont  toujours  précédés  de 
troubles  du  côté  des  poumons  et  de  la  muqueuse  laryngée,  c’est-à-dire 
que  la  laryngite  constitue  toujours  la  lésion  primordiale,  et  que  le  tuber¬ 
cule  ou  mieux  l’infiltration  tuberculeuse  n’en  est  que  la  conséquence. 

Niemeyer  et  l’école  allemande,  se  basant  sur  l’anatomie  pathologique, 
ont  désigné  la  première  de  ces  formes  sous  le  nom  de  tuberculose  miliaire, 
ils  réservent  le  nom  de  tuberculose  par  infiltrdtion  à  la  deuxième.  Ces  dé¬ 
nominations  peuvent  donner  lieu  à  des  confusions  ;  la  nomenclature 
que  nous  adoptons  avec  la  plupart  des  auteurs  français  fait  mieux  res-' 
sortir  les  caractères  cliniques  qui  ne  sont  pas  sans  avoir  leur  importance. 
C’est  ainsi  que  le  mot  de  tuberculose  laryngée  fait  bien  pressentir,  ce  nous 
semble,  qu’il  s’agit  là  d’une  affection  générale  primitivement  bornée  au 


LARYNX.  -  PATHOLOGIE  MÉDICALE  ; 


259' 


larynx,  tandis  que  la  dénomination  de  laryngite  des  tuberculeux  indi¬ 
que  clairement  que  la  maladie  du  larynx  est  venue  se  greffer  sur  une  ma- 
Jadie  diatliésique  antécédente. 

Le  rapport  pathogénique  entre  la  tuberculose  pulmonaire  et  le  catarrhe 
laryngé  des  tuberculeux  n’est  pas  encore  bien  élucidé.  Certains  auteurs 
(Louis)  ont  attribué  une  grande  influence  au  passage  des  crachats  dans 
la  production  de  la  laryngite  secondaire.  Mais  le  fait  que  l’affection 
ne  se  montre  jamais  lorsque  le  poumon  n’est  pas  le  siège  d’une  tubercu¬ 
lose,  contredit  cette  opinion  :  la  sécrétion  des  cavernes  bronchiques  est 
souvent  plus  décomposée,  plus  âcre,  plus  irritante  que  celle  des  cavernes 
tuberculeuses,  et  cependant  la  laryngite  avec  ses  caractères  de  malignité 
ne  se  retrouve  pas  dans  la  bronchectasie,  ni  dans  la  gangrène  pulmonaire. 

Il  faut  donc  admettre  que  les  mêmes  causes  inconnues  qui  produisent 
la  tuberculose  pulmonaire,  produisent  également  la  laryngite  que  l’on  ren¬ 
contre  chez  les  tuberculeux. 

Maintenant  que  nous  avons  faitressortir  les  différences  qui  existent  entre 
ces  deux  formes  de  laryngites,  nous  nous  servirons  indistinctement  des 
diverses  dénominations  qu’on  leur  a  données. 

Le  sidÿg  des  altérations  qu’on  rencontre  dans  la  phthisie  laryngée  est 
variable.  Cependant  la  muqueuse  inter-aryténoïdienne  et  toute  la  région 
aryténoïdienne  sont  particulièrement  prédisposées  à  devenir  malades  ;  les 
glandes  qui  occupent  cette  partie,  semblent  jouer  un  certain  rôle  dans  la 
prédilection  des  tubercules  pour,  cet  endroit.  Souvent  les  ulcères  occu¬ 
pent  la  face  inférieure  de  l’épiglotte  ;  la  paroi  postérieure  et  les  cordes 
vocales  sont  aussi  fréquemment  atteintes. 

Dans  quelques  cas  rares,  celle-ci  subissent  des  pertes  de  substance  assez 
considérables;  leur  tissu  élastique,  offrant  une  certaine  résistance,  se 
désagrégé  dans  le  sens  des  fibres  longitudinales,  et  ainsi  se  produisent  des 
ulcérations  longitudinales. 

Dans  les  autres  régions,  la  forme  et  les  dimensions  de  l’ulcère  varient  : 
il  peut  être  rond,  puis,  par  un  nouveau  dépôt  de  petites  tumeurs  dans  le 
voisinage  et  par  suite  de  la  fusion  de  plusieurs  -tàêères,  il  se  forme  une 
perte  de  substance  irrégulière,  à  bords  festonnés  {ulcère  tuberculeux  secon- 
dûire  de  Rokitansky) .  L’ulcération  entraîne  à  sa  suite  diverses  complica¬ 
tions  qui  résultent,  les  unes  de  l’infiltration  de.ses  bords,  laquelle  s’étend 
parfois  à  la  muqueuse  subjacente  et  constitue  ainsi,  lorsqu’elle  siég^fé^ 
niveau  des  cordes  vocales  inférieures,  Vædème  sous-glottique  oqtisyphili- 
œdème  de  la  glotte  (Fauvel)  ;  les  autres  de  Vatroplüe  de  la  cot  pas  dire 
laquelle  se  manifeste  par  une  mobilité  amoindrie  de  ce  repli/  papillaires 
t-  Les  symptômes  fondamëntaux  sont  ceux  de  toutes  les  laçfc  la  diathèse 
ques,  c’est-à-dire  en  première  ligne  Vdllératioü  de  Isl 
enrouée,  rauque,  éteintë.  Les  lésions  initiales  de  la  m>ares  que  les  formes 
faitement  compte  de  ces  modifications,  et  pas  n’eshéifés  saillantes  grisâ- 
àla présence  des  ulcères  pour  les  expliquer.  Cpjjebu  de  chènevis,  plus  re¬ 
fait  de  progrès  et  plus  elle  s’approche  des  cdercule,  peut  subir  diverses 
ment  devient  persistant  et  opiniâtre.  Si  l’ulcy4  quelquefois  en  graisse; 


4 

?G0  LARYNX.  —  pathologie  médicale  ;  ikflammatiors. 

postérieures  des  cordes,  elles  ne  peuvent  plus  vibrer,  et  la  voix  devient 
complètement  aphone. 

La  toux  et  V expectoration,  nulles  au  début,  ne  deviennent  fréquentes» 
que  lorsque  les  poumons  se  prennent. 

La  dysphagie  peut  être  excessive,  et  mettre  le  malade  dans  l’impossibilité 
absolue  d’avaler,  non-seulementdes  aliments  solides,  mais  aussi  des  liquides. 
A  ces  symptômes  locaux  s’ajoutent  ceux  de  la  tuberculose  pulmonaire  (voy. 
Tuberculose  pulmonaire).  Ce  sont  eux  qui  règlent  la  marche  de  l’affection, 
et  qui  permettent  d’étahlir  te  diagnostic.  Celui-ci  est  en  général  facile, 
l’affection  ne  pouvant  guère  être  confondue  qu’avec  la  laryngite  syphi¬ 
litique  ;  les  antécédents  et  le  traitement  lèvent  tous  les  doutes.  . 

Le  pronostic  est  très- défavorable  dans  la  grande  majorité  des  cas  :  la 
mort  survient  au  milieu  des  symptômes  de  consomption  qui  accompa¬ 
gnent  la  phthisie.  Tohold  cite  cependant  deux  cas  de  tuberculose  pulmo¬ 
naire  avec  phthisie  laryngée,  bien  et  dûment  constatés  par  l’auscultation 
et  l’examen  laryngoscopique,  qui  eurent  non-seulement  une  période  de 
calme  temporaire,  mais  une  issue  favorable.  Ces  cas  sont  évidemment  des 
exceptions  :  le  plus  souvent  la  maladie,  après  être  restée  stationnaire  pen¬ 
dant  un  temps  plus  ou  moins  long,  reprend  un  nouvel  essor  et  emporte 
les  malades  au  bout  d’un  temps  variable. 

D’autres  fois,  sans  que  les  lésions  pulmonaires  soient  bien  avancées,  la 
.mort  peut  survenir  très-rapidement,  soit  qu’il  se  produise  un  œdème  de 
la  glotte,  ou  une  paralysie  de  ses  muscles.  Ces  complications  sont  le  ré¬ 
sultat  du  processus  ulcératif. 

Le  traitement  de  la  phthisie  laryngée  est  général  ou  local.  Nous  ne 
nous  occuperons  ici  que  du  traitement  local,  le  traitement  général  com¬ 
portant  les  mêmes  indicatioiîs  que  celles  de  la  phthisie  pulmonaire. 

Tl  comprend  deux  ordres  de  moyens  :  les  révulsifs  cutanés  (teinture 
d’iode,  emplâtres  vésicants,  etc.)  et  les  applications  topiques.  Nous  avons 
parlé  de  ces  dernières  au  chapitre  des  laryngites  chroniques,  et  nous  di¬ 
rons  que  les  moyens  les  plus  usitées  sont  la  pulvérisation  de  substances 
médicamenteuses  au  moyen  des  différents  pulvérisateurs,  l’insufflation 
de  poudres  astringentes,  et  enfin  la  cautérisation  à  l’aide  d’une  éponge 
chargée  d’une  solution  de  nitrate  d’argent,  de  teinture  d’iode,  etc.  Les 
pulvérisations,  les  inhalations  et  les  insufflations  suffisent  dans  les  formes 
'Tr«..ulcéreuses.  La  cautérisation  est  seule  utile,  et  quelquefois  même  iié- 
que  la^wns  les  cas  d’ulcérations  profondes.  Cependant  elle  ne  doit  pas 
cule  ou  Ui-énergique ,  car  elle  peut  entraîner  le  boursouflement  et 
Niemeyê^ 

ont  désigné  Ikue  dans  les  ulcérations  douloureuses,  un  glyeérolé  de  bro- 
ils  réservent  le^gm,  Mandl  un  glyeérolé  phéniqué  au  centième, 
nominations  peuvklcs  scarifications  locales  pourront  devenir  très-utiles, 
que  nous  adoptons  àrir  avant  de  songer  à  pratiquer  la  trachéotomie.  Ce 
sortir  les  caractères  cliîlxtrémes  qu’on  sera  autorisé  à  y  recourir;  la  tu- 
C’est  ainsi  que  le'mot  de  tuqu’elle  n’est  pas  trop  avancée,  ne  saurait  être 
semble,  qu’il  s’agit  là  d’uriyerture  de  la  trachée,  et  il  serait  cruel  de  re- 

.  f 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  médicale  :  inflammations.  261 

fuser  ce  palliatif  à  un  malade,  dont  les  souffrances  seront  diminuées  par 
l’opération. 

f  b.  Syphilis  du  larynx.  —  De  même' que  la  tuberculose,  la  syphilis  pro¬ 
duit  dans  le  larynx  des  lésions  diverses  et  variées.  Se  manifestant  au  dé¬ 
but  par  un  catarrhe  simple  qui  ne  diffère  en  rien  du  catarrhe  ordinaire, 
la  syphilis  peut  revêtir  la  forme  d’un  catarrhe  chronique  particulièrement 
malin,  en  ce  sens  que  l’hypertrophie  et  la  transformation  calleuse  en  sont 
souvent  la  conséquence. 

Ala  période  secondaire  de  la  syphilis,  les  accidents  laryngés  représentent 
exactement  ceux  de  la  peau  et  des  surfaces  rnuqueuses,  c’est-à-dire  qu’on 
observe  des  plaques  avec  ou  sans  ulcération,  des  végétations ’de  diverses 
formes,  des  érosions  superficielles.  Ce  n’est  qu’à  la  période  dite  tertiaire 
que celle.s-ci  gagnent  en  étendue  et  en  profondeur;  elles  présentent  des 
bords  renversés,  des  contours  irrégulièrement  dentelés,  un  fond  lardacé. 
Leur  siège  de  prédilection  est  le  plus  souvent  l’épiglotte,  et  particulière¬ 
ment  les  bords  de  cet  opercule  membraneux;  elles  ont  presque  toujours 
leur  point  de  départ  dans  la  muqueuse  du  pharynx,  et  se  propagent  de 
là  au  larynx  en  débutant  par  l’épiglotte,  pour  s’étendre  ensuite  sur  les 
cartilages  aryténoïdes  et  les  cordes  vocales. 

L’ulcère  syphilitique,  plus  que  tout  autre  ulcère,  a  une  tendance  très- 
marquée  à  s’étendre  en  profondeur,  et  à  détruire  successivement  et  en  un 
temps  relativement  très-court  les  tissus  sous-jacents  à  l’épithélium  et  à 
la  muqueuse.  C’est  particulièrement, l’ulcère  syphilitique  qui  engendre  la 
périchondrite,  la  carie  et  la  nécrose  des  cartilages  avec  toutes  leurs  con¬ 
séquence,  l’œdème,  les  abcès,  les  rétrécissements  (voy.  Larynx,  périchon- 
inte,  rétrécissements). 

A  côté  de  ces  lésions  qui  ont  pour  caractère  principal  d’être  destruc¬ 
tives,  on  en  observe  d’autres  qui  résultent  plutôt  d’une  exagération  de  tra¬ 
vail,  d’une  hypertrophie  des  éléments  constituants  de  la  muqueuse  et  du 
tissu  sous-muqueux.  Ce  sont  : 

V  végétations  mamelonnées,  papillaires,  qui  prennent  ordinaire¬ 
ment  naissance  au  pourtour  des  ulcères  primitifs,  et  qui  ne  paraissent 
pas  être  autre  chose  que  des  bourgeons  charnus  excessivement  déve¬ 
loppés; 

■ÿ  Des  condylomes,  présentant  l’aspect  d’excroissances  polypiformes. 
Certains  autjeurs  ont  prétendu  que  ces  productions  n’étaient  pas  de  nature 
syphilitique;  mais  leur  disparition  à  la  suite  d’un  traitement  antisyphili¬ 
tique  met  hors  de  doute  leur  caractère  spécifique,  ce  qui  ne  veut  pas  dire 
que  chez  un  syphilitique  on  ne  puisse  observer  des  tumeurs  papillaires 
d’origine  toute  différente  et  n’ayant  rien  de  commun  avec  la  diathèse 
enjeu. 

5“  Des  syphilomes  ou  gommes.  —  Elles  sont  plus  rares  que  les  formes 
précédentes  et  sont  constituées  par  de  petites  nodosités  saillantes  gris⬠
tres  ou  jaunâtres,  du  volume  d’un  grain  de  millet  ou  de  chènevis,  plus  ra¬ 
rement  d’un  pois.  La  gomme,  comme  le  tubercule,  peut  subir  diverses 
métamorphoses;  ses  éléments  se  transforment  quelquefois  en  graisse; 


262  LARYNX.  —  pathologie  médicale  :  inflammations. 

puis,  sous  l’influence  du  traitement,  la  gomme  disparaît  par  résorption 

ou  subit  la  dégénérescence  caséeuse. 

Les  symptômes  de  la  laryngite  syphilitique  ne  se  distinguent  en  rien  atf 
début  de  ceux  de  la  laryngite  simple.  Aucun  caractère  particulier  ne  permet 
d’établir  la  spécificité  de  l’affection;  lorsque,  après  un  certain  temps,  elle 
augmente  d’intensité,  que  la  voix  devient  rauque  et  finit  par  s’éteindre 
complètement,  on  est  en  droit  de  soupçonner  un  travail  profond,  une  ul¬ 
cération  ou  toute  autre  lésion  des  cordes  vocales.  Avant  l’introduction  du 
laryngoscope,  un  diagnostic  rigoureux  ne  pouvait  être  établi,  le  tout  se 
borpnt  à  des  hypothèses  et  A  des  suppositions  plus  ou  moins  probables. 
Aujourd’hui  les  lésions  locales  sont  reconnues  avec  la  plus  grande  fa¬ 
cilité;  mais  il  est  impossible  de  dire,  en  se  fondant  sur  le  laryngoscope 
seul,  si  l’on  a'  affaire  à  une  ulcération  syphilitique,  tuberculeuse  ou  de 
toute  autre  nature.  Les  antécédents,  les  lésions  concomitantes  permettent 
seuls  d’établir  avec  précision  la  nature  de  l’affection.  Certains  auteurs, 
(Türck,  Sommerbrodt) ,  en  se  basant  sur  l’absence  totale  de  douleurs, 
même  dans  les  cas  d’ulcérations  très-étendues,  ont  reconnu  le  caractère 
du  mal  en  l’absence  d’autres  signes,  et  le  traitement  antisyphilitique,  en 
faisant  disparaître  les  accidents,  est  venu  confirmer  de  la  façon  la  plus 
éclatante  la  justesse  de  leur  opinion. 

S’il  est  vrai  que  dans  certains  cas  les  ulcérations  laryngées  de  la  sy¬ 
philis  sont  complètement  indolores,  il  n’est  pas  moins  avéré  que  dans 
d’autres  cas,  lorsqu’elles  siègent  sur  l’épiglotte,  les  cartilages  aryténoïdes 
ou  les  cartilages  accessoires,  les  douleurs  sont  intolérables  (Kohn).  Elles 
se  manifestent  alors  surtout  dans  l’acte  de  la  déglutition;  mais,  à  part 
cela,  il  est  remarquable  de  voir  combien  peu  cette  lonction  est  entravée 
par  la  destruction  partielle  ou  totale  de  l’épiglotte. 

Les  signes  tirés  de  la  toux  et  de  l’expectoration  sont  de  peu  de  valeur; 
ceux  tirés  de  la  respiration  n’acquièrent  de  l’importance  que  dans  les  cas 
où  des  complications  surgissent  (œdème,  abcès). 

Dans  la  période  tertiaire,  lorsque  des  gommes,  des  végétations,  des 
brides  cicatricielles  ou  membraneuses  rétrécissent  la  lumière  glottique, 
la  dyspnée  atteint  son  maximum  d’intensité.  La  respiration  est  alors  ca¬ 
ractérisée  par  une  inspiration  bruyante  qui  varie  depuis  un  sifflement 
léger  jusqu’au  cri  rauque,  strident  et  prolongé  qu’on  appelle  le  coriidÿi 
(voy.  Patli.  chirurg.,  Rétrécissements). 

Le  pronostic,  favorable  dans  les  cas  légers,  est  grave  dans  la  syphilis 
invétérée.  Au  point  de  vue  de  la  phonation,  la  voix  peut  être  fortement 
altérée,  abolie  même  pour  toujours,  lorsque  l’ulcération  a  détruit  les  cordes 
vocales. 

Pour  ce  qui  est  de  l’existence  du  malade,  il  pourra  vivre  de  longues 
années  avec  ces  lésions  ;  mais,  lorsque  des  accidents  graves  auront  néces¬ 
sité  la  trachéotomie,  il  sera  obligé  le  plus  souvent  de  garder  la  canule 
jusqu’à  la  fin  de  ses  jours  (Türck,  Tobold,  etc.);  ce  n’èst  qu’a  ce  prb 
qu’il  jouira  pendant  un  temps  variable  d’un  bien-être  relatif. 

Le  traitement  de  la  syphilis  du  larynx  est,  comme  celui  de  la  phthisie 


263 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE .  :  INFLAMUATIOKS. 
laryngée,  général  et  local.  Le  premier  prime  le  second,  et  il  consistera  en 
un  traitement  antisyphilitique  énergique.  Nous  n’avons  pas  à  discuter  ici 
les  différentes  méthodes  employées  et  nous  renvoyons  le  lecteur  à  l’article 
Syphilis.  Néanmoins  le  traitement  local  ne  doit  pas  être  négligé;  dans 
les  formes  rebelles  et  invétérées,  il  constitue  un  puissant  adjuvant.  Les 
moyens  dont  on  dispose  sont  les  mêmes  que  dans  toute  laryngite  chro¬ 
nique;  les  cautérisations  au  nitrate  d’argent  en  solution  concentrée,  les 
badigeonnages  de  teinture  d’iode,  rendront  d’excellents  services  dans  les 
ulcérations  profondes. 

Les  accidents  de.  suffocation  doivent  être  surveillés  attentivement.  Ils 
réclament,  du  reste,  les  mêmes  interventions  opératoires  que  les  autres 
formes  de  laryngite.  -n 

c.  Inflammations  de  certaines  parties  isolées  du  larynx.  —  Plus  haut 
nous  avons  indiqué  les  motifs  qui  nous  ont  déterminé  à  grouper  à  part 
les  affections  inflammatoires  et  ulcéreuses  de  certaines  parties  isolées  du 
larynx.  C’est  surtout  parce  que  ces  inflammations  revêtent  d’ordinaire  la 
forme  chronique,  et  qu’elles  s’observent  plus  particulièrement  dans  les 
maladies  générales  et  constitutionnelles.  Sans  entrer  dans  des  considé¬ 
rations  étendues,  nous  insisterons  seulement  sur  quelques  caractères  spé¬ 
ciaux,  propres  à  chaque  région  en  particulier. 

Épiglotte.  —  L’inflammation  de  l’épiglotte  (épiglottite)  est  aiguë  ou 
chronique,  et  siège  de  préférence  à  la  face  postérieure  de  l’opercule;  ce  fait 
trouve  sa  raison  d’être  dans  les  rapports  qu’affecte  la  -muqueuse  avec  les 
tissus  sous-jacents  ;  tandis  qu’elle  est  intimement  unie  à  la  face  antérieure 
de  ce  cartilage,  elle  est  séparée  de  sa  face  postérieure  par  un  tissu  cellu¬ 
laire  lâche,  très-disposé  à  s’enflammer.  L’épiglottite  reconnaît  pour  ori¬ 
gine,  outre  les  maladies  générales  qui  peuvent  lui  donner  naissance,  l’abus 
d’aliments  excitants,  de  spiritueux,  l’usage  de  boissons  trop  chaudes,  etc., 
et  provoque  la  sensation  d’un  corps  étranger  implanté  dans  l’arrière- 
gorge.  La  douleur  est  en  général  assez  intense,  surtout  pendant  la  déglu¬ 
tition. 

A  l’examen  laryngoscopique,  l’épiglotte  présente  quelquefois  la  forme 
d’un  fer  à  cheval  ;  nous  avons  vu  que  cette  déformation  créait  parfois  de 
sérieuses  difficultés  pour  l'examen  de  la  cavité  du  larynx,  et  nous  avons 
indiqué  les  moyens  qui  permettent  d’en  triompher  (voy.  Laryngoscopie, 
p.240).' 

D’autres  fois  l'épiglotte  est  repliée  sur  elle-même.  Tobold  admet  avec 
raison  que  la  rétraction  des  ligaments  ary-épiglottiques  par  suite  d’inflam¬ 
mation  ou  d’infiltration,  amène  cet  enroulement  du  cartilage. 

L’ulcération  est  une  lésion  que  l’on  observe  souvent  :  elle  siège  de  pré¬ 
férence  près  du  bourrelet  et  sur  les  bords  de  l’opercule.  Ces  parties  sont 
également  le  lieu  de  prédilection  des  abcès  primitifs  que  l’on  rencontre 
quelquefois,  indépendamment  de  toute  lésion  des  cartilages  (voy.  Larynx, 
Mcà). 

Cordes  vocales  supérieures.  —  L’inflammation  de  ces  parties  se  ren¬ 
contre  chez  les  personnes  qui  ont  l’habitude  d’avaler  la  fumée  de  tabac 


264  LARYNX.  —  pathologie  médicale  :  inflammations. 

et  se  révèle  à  l’examen  laryngoscopique  par  un  épaisissement  des  replis 
en  question,  qui  peuvent  être  amenés  en  eontact,  au  point  de  se  toucher 
et  de  masquer  presque  entièrement  les  ventricules  de  Morgagni  et  les  cor¬ 
des  vocales  inférieures. 

Les  symptômes  qu’elle  occasionne  portent  sur  la  voix,  dont  les  vibrations 
sont  pour  ainsi  dire  enrayées  et  quelquefois  totalement  anéanties. 

Dans  certains  cas  les  cordes  vocales  supérieures  entrent  elles-mêmes  en 
vibration,  et  produisent  alors  un  son  rauque  chevrotant,  caractéristique. 

L’hypertrophie  de  l’une  ou  des  deux  cordes  peut  persister  indéfiniment. 

Le  seul  traitement  efficace  consiste  à  diminuer  leur  volume  en  amenant 
une  rétraction  cicatricielle  ;  on  emploiera  à  cet  effet  les  cautérisations  au 
nitrate  d’argent  et  au  besoin  avec  le  galvano-cautère. 

Des  pertes  de  substance  et  des  ulcérations  de  nature  diverse  s’observent 
également  sur  les  replis  thyro-aryténoïdiens  supérieurs,  dans  le  cours  des 
maladies  constitutionnelles. 

Cordes  vocales  inférieures.  —  L’inflammation  simple  s’observe  le  plus 
souvent  chez  les  chanteurs,  les  prédicateurs,  en  un  mot  chez  les  per¬ 
sonnes  qui  font  un  usage  immodérée  de  la  parole.  Elle  peut  se  montrer 
sur  les  deux  cordes  à  la  fois,  ou  ne  se  manifester  que  sur  l’une  d’elles; 
souvent  même  une  partie  très-restreinte  d’une  seule  corde  est  enflammée, 
et  elle  tranche  alors  par  sa  couleur  rouge,  vive,  sur  la  coloration  blan¬ 
châtre  normale  des  parties  non  affectées. 

Les  symptômes  ordinaires  sont  l’enrouement  de  la  voix,  un  son  che¬ 
vrotant  particulier  dans  l’émission  des  notes  hautes,  un  sentiment  de 
chatouillement  dans  la  région  du  cou. 

L’ulcération  s’observe  quelquefois  isolément  sur  une  seule  corde  dans 
le  cours  de  la  tuberculose  laryngée. 

Gerhardt  a  décrit  une  affection  fort  rare,  qui  n’a  été  notée  que  par  un 
petit  nombre  d’observateurs.  Nous  voulons  parler  de  l’inflammation  hyper- 
trophique  des  cordes  vocales  inférieures. 

Elle  est  caractérisée  par  le  gonflement  et  l’induration  du  tissu  cellulaire 
qui  double  lés  cordes  vocales  ;  ses  symptômes  sont  ceux  de  la  sténose 
laryngée,  mais  moins  accentués. 

Dans  le  fait  de  Gerhardt,  l’examen  laryngoscopique  montra,  à  la  partie 
inférieure  et  interne  des  cordes,  une  saillie  allongée  d’un  rouge  pâle,  assez 
volumineuse  pour  rétrécir  considérablement  l’orifice  glottique.  L’immi¬ 
nence  de  la  suffocation  nécessita  la  trachéotomie.  La  canule  put  être  en¬ 
levée  au  bout  de  cinq  heures,  mais  des  scarifications  durent  être  prati¬ 
quées  en  grand  nombre  pour  réduire  le  volume  du  repli. 

Morell-Mackenzie  cite  un  cas  analogue. 

Paroi  postérieure.  —  Cette  région,  très-riche  en  glandes  en  grappe, 
exposée  en  outre  à  une  mobilité  excessive,  est  très-sujette  à  s’enflammer 
et  à  s’ulcérer.  Les  symptômes  qui  en  sont  la  conséquence  portent  avant 
tout  et  naturellement  sur  la  voix,  dont  elles  altèrent  le  timbre  et  la 
clarté.  Rarement  l’inflammation  se  borne  à  la  paroi  postérieure  seule; 
le  plus  souvent  elle  se  propage  à  la  muqueuse  des  cartilages  aryténoïdes. 


LARYNX.  -  PATHOLOGIE  MÉDICALE  :  INFLAMMATIONS., 


265 


Cartilages  aryténoïdes.  —  L’inflammation  des  cartilages  aryténoïdes 
{aryténoïdite)  est  de  toutes  les  affections  isolées  du  larynx  celle  qui  s’ob¬ 
serve  peut-être  le  plus  fréquemment.  La  grande  mobilité  dont  ces  par¬ 
ties  sont  douées  rend  compte  de  la  fréquence  de  l’aryténoïdite,  surtout 
chez  les  chanteurs,  etc. 

L’inflammation  se  borne  rarement  à  la  muqueuse  ;  le  plus  souvent  elle 
envahit  le  tissu  sous-muqueux,  et  c’est  ce  qui  explique  l’aspect  mame¬ 
lonné  et  arrondi  que  présentent  les  cartilages  à  l’examen  laryngosco- 
pique. 

Les  malades,  outre  le  sentiment  d’un  corps  étranger  dans  l’arrière- 
gorge,  ont  la  voix  voilée  pendant  la  phonation,  et,  chose  curieuse,  claire 
pendantle  chant  (Tobold). 

Les  ulcérations  sont  fréquentes  dans  la  tuberculose,  la  syphilis,  etc. 

Vankylose  de  l’un  ou  de  l’autre  cartilage  sur  la  surface  articulaire 
du  cricoïde  s’observe  quelquefois  à  la  suite  de  métamorphoses  probable¬ 
ment  analogues  à  celles  qui  produisent  ailleurs  l’induration,  la  sclérosa 
(Mandl). 

La  corde  vocale  correspondante  reste  alors  également  immobile.  11 
arrive  parfois,  pendant  la  phonation,  que  l’aryténoïde  mobile  se  presse 
derrière  ou  au  devant  de  l’aryténoïde  ankylosé,  mouvement  qui  a  pour 
effetde  faire  dévier  l’ouverture  glotlique.  La  voix  est  rauque,  grave;  mais 
au  moindre  effort  la  tonalité  change  et  les  malades  parlent  avec  la  voix  de 
tête  (Mandl),  puisque  les  cartilages  sont  subitement  rapprochés,  et  que 
l’orifice  intercartilagineux  se  trouve  notablement  rétréci,  sinon  complète¬ 
ment  fermé. 

d.  Laryngite  de  la  fièvre  typhdicle  (laryngo-tygûtis) .  —  La  laryngite 
de  la  fièvre  typhoïde  ne  diffère  en  rien,  au  début,  des  laryngites  ordi¬ 
naires.  Ce  qu’elle  a  de  spécial,  c’est  sa  tendance  à  persister  un  temps  plus 
ou  moins  long,  à  devenir  chronique  et  à  revêtir  alors  la  forme  ulcéreuse. 
L’ulcère  du  larynx  qu’on  considérait  autrefois  comme  résultant  d’un  pro¬ 
cessus  analogue  à  celui  qui  préside  au  développement  de  l’ulcération  des 
glandes  de  Peyer  (Rokitansky),  est  regardé  aujourd’hui  comme  une  af¬ 
fection  diphthéritique  (Virchow).  D’autres  auteurs  (Mandl)  l’attribuent  aux 
métamorphoses  régressives  de  lymphomes  des  glandes  muqueuses  qui 
tapissent  la  cavité  du  larynx.  Ces  ulcérations  siègent  de  préférence  aux 
endroits  qui  sont  soumis  à  des  pressions  et  à  des  frottements,  comme  la 
paroi  postérieure,  la  face  interne  des  cordes  vocales  et  des  cartilages 
aryténoïdes,  les  bords  de  l’épiglotte;  en  cela  elles  montrent  de  l’analogie 
avec  les  phénomènes  qui  se  passent  du  côté  de  la  peau  dans  le  décu¬ 
bitus. 

Quelquefois  ces  ulcérations  restent  superficielles  ;  d’autres  fois  elles 
gagnent  en  profondeur,  entament  le  périchondre  et  le  cartilage,  et 
donnent  lieu  à  la  périchondrite,  à  la  nécrose  et  à  la  sténose  consécutive. 
(Voy.  Larynx,  Rétrécissements,  Périchondrite,  Nécrose.) 

L’œdème  de  la  glotte  est  une  complication  que  .l’on  observe  dans  cer¬ 
tains  cas. 


266 


LARYNX.  —  PATHOLoerE  médicale  ;  inflammations. 


Les  symptômes  sont,  au  début,  ceux  de  toutes  les  laryngites  ;  plus 
tard  lorsque  le  travail  ulcératif  a  envahi  une  portion  plus  ou  moins  consi¬ 
dérable  du  larynx,  ils  varient  selon  le  siège  de  l’ulcère.  Lorsque  ce  der¬ 
nier  s’est  développé  ailleurs  que  sur  les  cordes  vocales,  les  symptômes 
peuvent  être  presque  nuis  :  la  douleur  est  peu  considérable,  ou  du  moins 
les  malades,  lorsqu’ils  sont  plongés  dans  un  état  de  somnolence,  ne  s’en 
laignent  pas.  Il  en  résulte  que  l’affection  est  fort  souvent  méconnue 
pendant  la  vie  et  ne  se  révèle  qu’à  l’autopsie.  Dans  d’autres  cas, la  pression 
.  sur  les  parties  latérales  de  l’organe  éveille  une  vive  douleur. 

Lorsque  l’ulcère  siège  sur  les  cordes  vocales,  qu’il  y  a  en  même  temps 
boursouflement  et  œdème  de  ces  parties,  la  voix  s’altère,  devient  enrouée  et 
finit  par  s’éteindre  complètement  ;  bientôt  on  voit  survenir  des  accès  de 
toux  violents,  ou  une  toux  rauque,  aphone.  La  respiration  s’embarrasse 
petit  à  petit;  le  sifflement  fait  place  au  cornage  l’asphyxie  fait  de  rapides 
progrès  et  la  trachéotomie  peut  seule  sauver  les  malades  à  cette  pé¬ 
riode. 

Quant  au  traitement,  il  n’a  rien  de  spécial  ;  le  plus  souvent  les  malades 
ne  sont  pas  en  état  de  projeter  la  langue.au  dehors,  et  toute  cautérisation, 
tout  traitement  local  est  impossible.. 

II.  Inflammation  des  cartilages  et  des  articulations.  —  Pérkhondrite. 
—  Chondrite.  —  Nécrose.  —  Abcès.  —  Arthrite.  —  Nous  réunissons 
dans  un  même  chapitre  ces  diverses  affections  qui  ne  sont,  dans  la  ma¬ 
jorité  des  cas,  qu’une  conséquence  l’une  de  l’autre. 

La  périchondrite  laryngée  s’observe  le  plus  souvent  dans  le  cours  de  la 
fièvre  typhoïde  et  dans  les  périodes  avancées' de  la  syphilis,  de  la  tuber¬ 
culose,  consécutivement  aux  ulcérations  de  la  muqueuse.  D’autres  fois  la 
maladie  est  primitive,  sans  être  précédée  d’une  affection  de  la  muqueuse; 
elle  reconnaît  alors  pour  cause  le  refroidissement  et  a  été  appelée  par  un 
certain  nombre  d’auteurs  phthisie  laryngée  rhumatismale. 

Quoi  qu’il  en  soit,  les  lésions  anatomiques  sont  les  mêmes  dans  les  deux 
formes. 

Décrites  pour  la  première  fois  par  Albers,  elle  débutent  ordinairement 
par  l’enveloppe  cartilagineuse  du  cricoïde,  pour  s’étendre  de  là  aux  autres 
cartilages  qui  s’enflamment  successivement.  Bientôt  un  exsudât  se  dépose 
entre  le  périchondre  et  le  cartilage  :  une  véritable  poche  purulente  se 
forme  en  cet  endroit  et  le  pus  qui  la  remplit,  finit  par  altérer  ce  dernier. 
Les  articulations  elles-mêmes  se  prennent  ;  les  ligaments  macérés  par  le 
pus  ne  maintiennent  plus  les  différentes  pièces  en  contact;  elles  se  dis¬ 
joignent,  s’altèrent  et  se  nécrosent  sur  une  étendue  plus  ou  moins  con¬ 
sidérable. 

Le  périchondre  s’ulcère  alors  rapidement  ;  le  pus  fuse  dans  le  tissu  sous- 
muqueux  et  perfore  finalement  la  muqueuse.  L’abcès  se  vide  et  son  contenu 
est  expectoré  avec  des  parcelles  de  cartilage  nécrosées.  Dans  les  cas  moins 
favorables,  le  pus  s’écoule  dans  les  bronches  et  occasionne  des  accès  de 
suffocation  quelquefois  mortels  ;  enfin,  au  lieu  de  fuser  vers  l’intérieur 
du  larynx,  il  peut  s&>  frayer  une  voie  du  côté  du  pharynx,  de  l’œsophage, 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE  :  INFLAMMATIONS. 


267 


du  tissu  cellulaire  du  cou,  et  donner  lieu  à  des  fistules  qui  donnent  issue 
auï  séquestres.  Ces  fistules,  une  fois  le  travail  d’élimination  accompli, 
peuvent  s’oblitérer  par  la  formation  d’un  tissu  calleux,  et  la  guérison  se 
fait  alors  tout  naturellement.  Lorsque  des  portions  considérables  de  car¬ 
tilage  sont  atteintes  de  nécrose.,  il  en  résulte  les  formes  les  plus  graves  de 
rétrécissement  (voy.  Rétrécissements). 

Il  est  à  remarquer  que  le  cartilage  s’enflamme  rarement  isolément  ; 
la  chondrite  en  tant  que  lésion  primitive  n’existe  même  pas  d’après  un 
certain  nombre  d’observateurs.  Cependant  Albers  admet  une  forme  de 
chondrite  primitive,  débutant  par  l’ossification  du  cartilage;  celle-ci  se 
fait,  d’après  Cornil,  de  la  même  façon  que  dans  les  cartilages  épiphysaires, 
c’est-à-dire  que  les  capsules  cartilagineuses  se  remplissent  de  médullo- 
celles,  qu’autour  de  ces  capsules  la  substance  fondamentale  du  cartilage 
s’infiltre  de  sels  calcaires  et  englobe  les  médullocelles  voisines  qui  de¬ 
viennent  les  ostéoplastes.  Cette  chondrite  entraîne  bientôt  la  périchondrite, 
dont  les  conséquences  sont  analogues  à  celles  que  nous  avons  déerites 
plus  haut.  <• 

Si  le  pus  tend  d’ordinaire  à  se  frayer  une  voie  au  dehors  en  perforant  le 
périchondre  et  la  muqueuse,  il  est  cependant  des  cas,  fort  rares  il  est  vrai, 
où  la  muqueuse  reste  intacte. 

La  collection  purulente  amassée  entre  le  périchondre  et  le  cartilage 
t’enhyste,  et  il  se  forme  un  abcès  qui  fait  saillie  dans  l’intérieur  du 
larynx,  où  il  détermine  un  rétrécissement  mortel  de  la  glotte,  comme  dans 
l’observation  rapportée  par  Türck  :  «  Un  homme  âgé  de  54  ans,  était 
enroué  depuis  huit  à  dix  jours  ;  la  respiration  était  gênée  et  la  pression 
sur  le  larynx  douloureuse.  L’examen  laryngoscopique  fit  voir  que  le  bord 
interne  de  la  corde  vocale  inférieure  gauche,  légèrement  arrondi,  était 
refoulé  en  dedans  de  manière  à  faire  une  saillie  considérable  dépassant 
la  ligne  médiane,  et  que  la  corde  vocale,  qui  avait  d’ailleurs  conservé  sa 
couleur  normale  et  son  aspect  brillant,  était  complètement  immobilisée 
dans  cette  situation.  Le  cartilage  de  Santorini  et  l’aryténoïde  du  même 
côté  avaient  également  perdu  tous  leurs  mouvements,  et  leur  revêtement 
muqueux  était  un  peu  tuméfié. 

«  Le  malade  mourut  dans  la  nuit  qui  suivit  notre  examen. 

«  L’autopsie  fit  voir  sur  le  côté  gauche  du  cricoïde  un  abcès  du  volume 
d’une  noisette,  rempli  de  pus  épais  et  verdâtre.  Il  avait  creusé  au-dessous 
delà  corde  vocale  inférieure  gauche,  dont  le  bord  interne  était  arrondi 
par  suite  de  la  distension  qu'elle  avait  éprouvée,  et  qui  faisait  vers  la 
glotte  une  saillie  assez  considérable  pour  donner  à  cette  ouverture  la  forme 
d’une  fente  antéro-postérieure . 

«  La  moitié  gauche  du  cricoïde  était  en  partie  dépouillée  de  son  péri- 
chondre,  et  à  sa  face  postérieure  on  voyait  une  tache  rugueuse  au 
niveau  de  laquelle  le  cartilage  était  le  siège  d’une  infiltration  tubercu¬ 
leuse.  » 

Dans  ce  cas,  la  mort  est  survenue  brusquement,  à  la  suite  d’un  spasme 
probable  de  la  glotte;  elle  peut  être  due  à  un  accès  dftsuffocation,  qui  se 


268  LARYNX.  —  pathologie  médicale  ;  i.nflammatioks. 

déclare  au  moment  où’  l’on  s’y  attend  le  moins  ;  le  plus  souvent,  elle 
résulte  d’un  œdème  de  la  glotte.  Mais  la  maladie,  pour  être  grave,  ne  suit 
pas  toujours  une  marche  aussi  rapide  et  sa  terminaison  n’est  pas  toujours 
aussi  fatale.  Hérard  cite  un  certain  nombre  d’observations  où  il  y  eut 
expectoration  de  séquestres  osseux  et  guérison  spontanée,  sans  qu’on  eût 
dû  recourir  à  la  trachéotomie. 

Ces  cas  sont  exceptionnels,  et  il  n’est  pas  permis  de  se  baser  sur  eux 
pour  tracer  la  ligne  de  conduite  à  suivre  :  la  dyspnée  doit  servir  de 
guide  ;  dès  quelle  atteint  une  certaine  intensité,  dès  que  l'asphyxie  com¬ 
mence,  on  est  en  droit,  nous  dirons  même,  on  est  en  demeure  de  prati¬ 
quer  l’ouverture  de  la  trachée. 

Si  la  trachéotomie  ne  sauve  pas  toujours  les  malades,  elle  les  arrache 
du  moins  à  une  mort  immédiate,  et  leur  permet  de  vivre  pendant  un 
temps  plus  ou  moins  long.  Dans  l’observation  de  Colin,  le  malade  est  mort 
le  vingt-cinquième  jour  :  mais  hâtons-nous  de  dire  qu’il  aurait  proba¬ 
blement  guéri  ou  du  moins  vécu  plus  longtemps  encore,  quoique  les 
lésions  laryngées  fussent  assez  avancées,  si  une  maladie  intercurrente,  une 
péricardite,  n’était  survenue. 

Dans  l’observation  de  Sédillot,  la  trachéotomie  a  permis  au  malade  de 
vivre  quarante-quatre  jours,  bien  qu’il  fût  émacié,  affaibli  et  atteint  de 
nombreuses  escarrhes. 

Sestier  considère  l’opération  comme  un  simple  palliatif  ;  sur  quatorze 
cas  de  laryngite  nécrosique  aiguë  il  n’y  a  pas  eu  une  guérison,  d’après  cet 
auteur.  Quoi  qu’il  en  soit  de  ces  résultats  défavorables,  l’indication  de  la 
trachéotomie  est  formelle  dans  les  cas  où  l’asphyxie  est  imminente,  tout 
aussi  formelle  que  dans  le  croup,  et  le  chirurgien  qui  hésiterait  à  la  pra¬ 
tiquer  commettrait  une  faute  grave. 

Les  symptômes  ressortent  clairement  de  tout  ce  qui  vient  dlêtre  dit.  Le 
diagnostic  ne  pourrai  être  établi  d’une  façon  certaine  que  dans  le  cas  où 
un  abcès  secondaire  se  sera  développé  au  pourtour  des  cartilages  thyroïde 
ou  cricoïde  et  que  le  stylet  rencontrera  des  portions  de  cartilage  rugueuses 
et  mobiles. 

L’expectoration  de  crachats  fétides,  mêlés  de  fragments  nécrosés  pourra 
également  mettre  sur  la  voie. 

L’examen  laryngoscopique  présente  quelque  difficulté  au  début  de 
l’affection  pour  un  œil  peu  exercé,  et  il  n’est  presque  pas  possible  de  la 
distinguer  de  l’inflammation  du  tissu  sous-muqueux.  Avant  la  formation 
de  l’abcès  consécutif,  la  muqueuse  et  le  tissu  sous-muqueux  présentent 
des  saillies  plus  ou  moins  prononcées,  d’un  rouge  sale.  Lorsque  le  carti¬ 
lage  aryténoïde  est  affecté,  sa  mobilité  est  entravée  et  la  corde  vocale  cor¬ 
respondante  est  gênée  dans  son  action. 

Une  fois  l’abcès  formé,  l’introduction  du  miroir  peutMevenir  impos¬ 
sible,  à  cause  des  symptômes  d’asphyxie  qui  ne  tardent  pas  à  se  mani¬ 
fester  :  dans  certains  cas  on  peut  apercevoir  une  saillie  considérable,  re¬ 
couverte  de  muqueuse,  qui  peut  en  imposer  pour  un  polype  ;  mais  la 
marche  de  l’affecti|^  permet  alors  de  reconnaître  la  maladie.  Dans  le 


LARYNY.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE  :  INFLAMMATIONS.  269 

cas  où  l’abcès  s’est  fait  jour-,  on  aperçoit  quelquefois  au  fond  le  cartilage 
nécrosé  qu’on  reconnaît  à  sa  couleur  grisâtre. 

La  nature  de  l’affection  ne  peut  être  déterminée  qu’à  l’aide  des  commé¬ 
moratifs. 

Le  pronostic  est  généralement  grave  si  l’on  tient  compte  de  la  maladie 
générale  qui  a  donné  naissance  à  la  périchondrite.  L’affection  en  elle- 
même  est  très-sérieuse,  attendu  qu’elle  entraîne  à  sa  suite  des  difformités, 
des  rétrécissements  de  l’organe,  le  plus  souvent  permanents,  qui  nécessi¬ 
tent  la  trachéotomie  et  mettent  les  malades  dans  la  nécessité  de  garder  la 
canule  leur  vie  durant,  dans  la  grande  majorité  des  cas. 

Le  traitement  général  varie  selon  la  nature  de  la  maladie  ;  le  traitement 
local  consiste  à  évacuer  le  pus  de  bonne  heure,  au  moyen  d’un  bistouri 
caché  ou  du  scarificateur  de  Mandl  ;  l’opération  est-elle  impossible  à  réa¬ 
liser  à  cause  du  gonflement  des  parties  voisines,  on  n’afl’autre  ressource 
en  cas  d’asphyxie  que  la  trachéotomie. 

Les  cautérisations  peuvent  être  très-utiles  avant  comme  après  l’ouver¬ 
ture  de  l’abcès  ;  elles  peuvent,  dans  le  premier  cas,  calmer  l’inflammation, 
et  empêcher  l’oedème  de  se  produire.  Elles  servent,  dans  le  deuxième  cas, 
à  nettoyer  l’ulcère  qui  résulte  de  la  perforation  de  l’abcès  et  à  l’entretenir 
dans  fétat  de  propreté  voulu. 

Akès  primitif.  —  Nous  ne  nous  sommes  occupés  jusqu’à  présent  que 
de  l’abcès  consécutif  à  l’inflammation  du  périchondre.  C’est  qu’il  est 
de  beaucoup  le  plus  important  et  le  plus  fréquent.  L’abcès  primitif  est 
eicessivement  rare.  Siégeant  de  préférence  au  niveau  du  bourrelet  de  l’épi¬ 
glotte  (noy.  Lautnx,  Épiglottite),  des  replis  inter-aryténoïdiens,  des  ven¬ 
tricules  de  Morgagni,  il  détermine  quelquefois  l’inflammation  des  glandes 
muqueuses,  ou  de  la  muqueuse  elle-même,  et  peut  s’observer  dans  toutes 
les  formes  de  laryngite.  • 

Les  symptômes  sont  une  sensation  de  chatouillement  au  niveau  du 
larynx  avec  dysphagie,  une  altération  de  la  voix  pouvant  aller  jusqu’à 
l’aphonie  dans  les  cas  graves,  et  une  dyspnée  plus  ou  moins  intense.  Ces 
signes  ne  suffisent  pas  pour  établir  le  diagnostic,  car  ils  se  retrouvent 
dans  d’autres  maladies  du  larynx.  Le  laryngoscope  peut  seul  renseigner 
sur  la  nature  du  mal. 

L’affection  se  termine  quelquefois  brusquement  par  l’ouverture  spon¬ 
tanée  du  foyer;  sa  durée  est  en  moyenne  de  8  à  10  jours. 

Le  pronostic  est  favorable,  même  en  cas  de  suffocation,  car  on  a  gé^ 
néralement  le  temps  d’intervenir. 

L’ouverture  de  l’abcès  au  moyen  du  scarificateur  de  Mandl  trouve  ici 
encore  son  emploi  ;  rarement  on  est  dans  le  cas  de  pratiquer  la  trachéo- 
lomie,  à  moins  d’être  appelé  in  extremis. 

Arthrite.  —  L’inflammation  des  articulations  du  larynx  est  une  affec¬ 
tion  qui  n’a  été  décrite  que  par  un  nombre  fort  restreint  d’observateurs. 
Avant  Desbrousses.  (1861),  il  n’en  est  fait  mention  dans  aucun  auteur, 
bien  n’explique  pourtant  la  raison  de  ce  fait  ;  car  bien  des  médecins 
ont  eu  l’occasion  de  voir  dans  leur  pratique  des  personnes  rhumatisantes 


270  LARYNX.  —  pathologie  médicale  :  inflammations. 

devenir  tout  à  coup  aphones  et  accuser  de  vives  douleurs  à  la  région  la¬ 
ryngée.  Il  faut  admettre  que  dans  ces  cas  on  n’a  pas  reconnu  la  nature 
de  la  maladie,  ou  que,  l’ayant  soupçonnée,  on  n’a  pas  eu  occasion  de  véri¬ 
fier  la  justesse  d’un  diagnostic  plus  ou  moins  probable. 

Desbrousses  relate  l’histoire  d’une  malade,  observée  à  la  clinique  du 
professeur  Schützenberger,  atteinte  d’un  rhumatisme  articulaire  aigu,  avec 
localisation  dans  les  articulations  laryngiennes.  Ce  fait  rare  est  trop  inté¬ 
ressant  pour  que  nous  le  passions  sous  silence. 

Il  s’agit  d’une  jeune  fille  de  24  ans  qui  présenta,  dans  le  cours  d’un 
rhumatisme  articulaire  aigu,  une  aphonie  complète,  avec  dypsnée  et  me¬ 
nace  d’asphyxie.  L’aphonie  fut  regardée  comme  rhumatismale,  car  on  ne 
découvrit  dans  l’arrière-bouche  et  le  pharynx  aucune  lésion  capable  de 
l’expliquer. 

Vers  le  8®  jour,  la  douleur  au  larynx  rendit  le  sommeil  impossible; le 
12”  jour  la  malade  fut  prise  d’un  accès  de  suffocation  ;  la  respiration  très- 
fréquente  faisait  entendre  une  espèce  de  sifflement  à  l’expiration;  l’in¬ 
spiration  était  libre  et  écartait  l’idée  d’une  obstruction  du  larynx.  La  jeune 
fille  se  plaignait  beaucoup  de  la  gorge,  la  douleur  l’empêchait  de  tousser 
et  d’expectorer.  Ces  symptômes  persistèrent  jusque  vers  le  16”  jour;  à 
partir  de  cette  époque,  ils  allèrent  en  diminuant.  Le  23”  jour,  l’aphonie 
avait  presque  entièrement  disparu,  il  n’y  avait  plus  de  douleur  dans  le 
larynx,  et  l’expectoration  était  libre.  Le  25”  jour,  la  malade,  qui  étaiten 
outre  atteinte  d’une  pneumonie  et  d’une  péricardite,  succomba,  proba¬ 
blement  par  suite  d’une  asphyxie  lente. 

L’ajitopsie  révéla,  du  côté  du  larynx,  les  cartilages  aryténo’ides  mis  à  nu, 
sans  nécrose  toutefois  ;  dans  l’articulation  du  cartilage  gauche  un  liquiJe 
séreux,  rougeâtre,  qui  prouve  l’existence  d’une  arthrite  laryngienne  rhu¬ 
matismale. 

«  Il  est  probable,  dit  l’auteur,  que  si  cette  malade  était  morte  huit  ou 
dix  jours  plus  tôt,  nous  aurions  trouvé  des  lésions  beaucoup  plus  intéres¬ 
santes  dans  le  larynx;  car  nous  savons  que,  dans  les  derniers  temps, les 
douleurs  laryngiennes  avaient  presque  entièrement  disparu ,  ainsi  que 
l’aphonie;  il  s’est  alors  probablement  fait  un  retour  vers  l’état  normal, 
comme  on  l’a  observé  pour  les  autres  articulations.  » 

Libermann  eut  à  traiter  d’une  blennorrhagie  un  soldat  de  26  ans,  qui 
antérieurement  avait  eu  plusieurs  atteintes  de  rhumatismes.  Quinze  jour» 
après  le  début  de  l’affection  uréthrale,  l’écoulement  disparut;  mais  il  tut 
templacé  par  des  douleurs  dans  l’épaule  et  le  genou,  qui  ne  persistèrent 
que  pendant  trois  jours,  et  furent  suivies  de  vives  douleurs  dans  la  région 
du  larynx  ;  la  voix  s’altéra  vite,  et  bientôt  une  aphonie  complète  s’établit. 
La  pression  sur  le  côté  gauche  du  cartilage  thyroïde  devint  très-doulou¬ 
reuse. 

Le  laryngoscope  révéla  un  gonflement  de  toute  la  région  aryténoïdiennt 
gauche,  bien  marqué  au  voisinage  des  articulations,  où  la  sonde  percevait 
de  la  fluctuation.  Le  cartilage  aryténoïde  gauche  et  la  corde  vocale  tor- 
respondante  étaient  immobiles. 


271 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE  :  INFLAMMATIONS. 

Le  malade  fut  soumis  à  un  traitement  local,  consistant  en  badigeon¬ 
nages  de  teinture  d’iode  et  d’opium  à  parties  égales,  et  fut  guéri  au  bout 
de  six  semaines. 

111.  Laryngite  oedémateuse  {infiltration  laryngée;  œdème  de  la  glotte). 
— L’alfection  qui  porte  ce  nom  est  caractérisée  par  l’infiltration  du  tissu 
cellulaire  sous-muqueux  de  la  cavité  du  larynx.  Le  nom  à’ œdème  de  la 
flotte  (Bayle),  sous  lequel  onia  désigne  le  plus  habituellement,  quel  qu’en 
soit  le  siège,  a  tellement  prévalu  dans  le  langage  scientifique,  qu’il  serait 
difficile  de  faire  admettre  aujourd’hui  une  autre  dénomination;  mais  elle 
est  évidemment  vicieuse,  car  l’oedème  de  la  glotte  véritable  ou  œdème 
sous-glottique  est  excessivement  rare,  et  ne  s’observe  que  dans  la  phthisie 
et  la  syphilis  laryngées,  tandis  que  l’infiltration  laryngée  ou  œdème  du 
larynx  est  une  affectien  ou  mieux  un  symptôme  que  l’on  n’observe  que 
trop  souvent  dans  le  cours  des  différentes  maladies  de  l’organe  vocal. 
Cette  infiltration  venant  si  souvent  compliquer  les  affections  les  plus  di¬ 
verses  du  larynx,  n’a  rien  qui  doive  surprendre  :  elle  est  la  conséquence 
naturelle  de  l’augmentation  de  la  pression  latérale  qui  se  fait  dans  les  ca¬ 
pillaires  avoisinants  les  points  enflammés  par  suite  de  la  stase  sanguine 
{aième  collatéral  de  Yirchow),  et  ne  diffère  en  rien  de  l’œdème  du  pré¬ 
puce  qui  vient  compliquer  un  chancre  du  frein.  Il  est  de  toute  évidence 
quelle  se  développera  de  préférence  aux  endroits  où  la  muqueuse  est  unie 
aux  cartilages  sous-jacents  par  un  tissu  cellulaire  lâche,  et  c’est  ce  qui 
explique  sa  fréquence  au  niveau  du  sommet  de  l’épiglotte,  de  la  paroi  pos¬ 
térieure,  et  surtout  des  ligaments  ary-épiglottiques. 

Les  maladies  du  larynx  qui  se  compliquent  le  plus  volontiers  d’œdème, 
sont  avant  tout  les  laryngites  parenchymateuses  aiguës  ou  chroniques,  les 
laryngites  ulcéreuses  syphilitique  ou  tuberculeuse,  la  laryngite  nécro- 
sique;  sur  27  cas  de  laryngite  nécrosique,  Obédénare  l’a  noté  23  fois  ; 
les  brûlures  donnent  presque  toujours  lieu  à  l’œdème  ;  la  périchondrite 
lui  donne  souvent  naissance  ;  les  corps  étrangers  l’ont  quelquefois  pro¬ 
voqué. 

D’autres  fois  la  laryngite  oedémateuse  est  engendrée  par  une  affection 
d’un  organe  voisin.  La  pharyngite  simple,  la  pharyngite  pseudo-membra¬ 
neuse,  gangréneuse,  les  abcès  des  amygdales,  l’œsophagite,  la  glossite, 
ont  souvent  été  le  point  de  départ  de  celte  redoutable  complication. 

Diverses  lésions  siégeant  dans  les  tissus  voisins  du  larynx  Font  occa¬ 
sionnée.  Tels  sont  les.phlegmons  du  cou,  les  brûlures  de  la  face  et  du  cou, 
les  plaies  du  cou,  l’érysipèle  de  la  face,  et  en  général  toutes  les  tumeurs 
inflammatoires  profondes  du  Cou  et  de  la  face,  telles  que  parotites,  tu¬ 
meurs  cancéreuses,  goitres,  etc. 

Disons  enfin,  pour  terminer,  que  l’œdème  de  la  glotte  est  survenu 
dans  le  cours  de  maladies  autres  que  celles  du  pharynx  et  des  tissus  voi¬ 
sins.  Obédénare  en  donne  une  statistique  très-complète.  Ce  sont  la  broncho- 
trachéite,  la  grippe,  la  pneumonie,  la  pleurésie,  la  gangrène  pulmonaire, 
l'anévrysme  de  la  crosse  de  l’aorte,  certaines  maladies  organiques  du 
cœur,  la  maladie  de  Bright,  la  scarlatine.  Relativement  à  ces  deux  der- 


272  LA.RYNX.  —  tathologie  médicale  :  iselammations. 

nières  affections,  Fauvel  a  établi  que  l’œdème  laryngé  est  quelquefois  la 

première  manifestation  de  la  maladie. 

'Trousseau  cite  des  cas  d’œdème  de  la  glotte  survenus  brusquement  à 
la  suite  de  l’impression  du  froid,  en  même  temps  qu’une  pharyngite 
aiguë;  mais  en  présence  des  faits  rapportés  par  Fauvel,  on  se  demandesi 
l’œdème  glottique  n’a  pas  été  la  manifestation  première  d’une  maladie 
générale. 

Certains  auteurs  se  basant  sur  la  nature  du  liquide  infiltré,  ont  admis 
deux  formes  d’œdème  de  la  glotte  :  dans  certains  cas,  en  effet,  il  est  analogue 
au  liquide  hydropique,  tandis  que  dans  d’autres  il  est  séro-purulent,  et 
résulte  d’une  inflammation  préalable  du  tissu  sous-muqueux  {laryngite 
sous-muqueuse  de  Cruveilhier). 

Cette  distinction,  tout  anatomique,  ne  mérite  pas  d’être  conservée  au 
point  de  vue  clinique,  et  l’analogie  des  symptômes  permet  le  rapproche¬ 
ment  de  ces  deux  ordres  de  faits. 

Ce  que  nous  voudrions  encore  faire  ressortir  ici,  c’est  que  la  nature  du 
liquide  pas  plus  que  son  siège  ne  militent  donc  en  faveur  du  nom  qu’on 
a  donné  à  l’affection  qui  nous  occupe. 

L’infiltration  séreuse,  développée  aux  endroits  cités  plus  haut,  a  pour 
effet  de  tuméfier  la  muqueuse.  Celle-ci  devient  translucide,  elle  prend  une 
■  consistance  pâteuse  ;  sa  couleur  blanc  jaunâtre  ou  blanc  rougeâtre  varie 
suivant  la  nature  du  liquide  infiltré  ;  quand  il  s’échappe  par  une  incision, 
son  écoulement  entraîne  l’affaissement  de  la  muqueuse.  L’œdème  est 
unilatéral  ou  bilatéral;  il  acquiert  souvent  un.  degré  considérable,  et  obli¬ 
tère  alors  plus  ou  moins  la  cavité  du  larynx.  Lorsqu’il  siège  sur  les  replis 
ary-épiglottiques;  il  peut  avoir  pour  effet  d’empêcher  complètement  l’ar¬ 
rivée  de  l’air,  et  entraîner  par  là  des  accès  de  suffocation. 

L’épiglotte  est  quelquefois  gonflée  au  point  de  faire  saillie  au-dessus  de 
la  base  de  la  langue  ;  d’autres  fois  elle  retombe  en  arrière,  et  masque 
alors  plus  ou  moins  l’orifice  supérieur  du  larynx.  Elle  donne  aux  malades 
la  sensation  d’un  corps  étranger  introduit  dans  l’arrière-gorge,  et  peut 
occasionner  des  difficultés  dans  l’acte  dé  la  déglutition.  Quelquefois  on 
voit  partir  de  sa  base  deux  grosses  tumeurs  flasques  qui  se  dirigent  en 
arrière  vers  les  cartilages  aryténoïdes;  ces  tumeurs  peuvent  atteindre  le 
volume  d’un  œuf  de  pigeon.  La  tuméfaction  de  la  muqueuse  aryténoï- 
dienne  existe  rarement  seule  ;  le  plus  souvent  elle  est  due  à  l’extension 
de  l’œdème  des  replis  ary-épiglottiques.  Elle  immobilise  ces  cartilages, 
et  peut  complètement  effacer  les  gouttières  pharyngo-laryngées. 

L’infiltration  des  cordes  vocales  supérieures  est  plus  rare  ;  lorsqu’elle 
existe,  elle  modifie  la  voix  en  entravant  les  vibrations  des  lèvres  infé¬ 
rieures.  Celles-ci  peuvent  être  affectées  à  leur  tour;  dans  ce  cas  seul,  il  y 
a  véritable  œdème  de  la  glotte.  Il  en  résulte  une  sténose,  qui  rend  l’in¬ 
spiration  et  l’expiration  également  pénibles;  c’est  ce  dernier  signe,  la 
difficulté  dans  l’expiration,  qui  permet  de  reconnaître  s’il  s’agit  d’un 
œdème  de  la  glotte  véritable  ou  d’un  œdème  des  replis  supérieurs,  où 
l’expiration  n’est  pas  nolablemcnt  entravée. 


LARYNX.  -  PATHOLOGIE  MÉDICALE  :  IMPLAMMATIOMS.  275 

les  parties  situées  sous  la  glotte  sont  plus  rarement  infiltrées;  par 
contre,  le  pharynx  et  le  voile  du  palais  sont  souvent  le  siège  d’un  œdème 
considérable. 

Les  symptômes-  propres  à  l’œdème  sont  toujours  précédés  de  ceux  de  la 
maladie  dont  l’œdème  constitue  la  terminaison  ;  de  sorte  que,  dans  un  cer¬ 
tain  nombre  d’atfections,  on  devra  toujours  s’attendre  à  voir  survenir  d’un 
moment  à  l’autre^eette  complication.  Nous  avons  énuméré  plus  haut  la 
liste  des  maladies  qui  sont  susceptibles  d’engendrer  l’œdème  de  la 
glotte. 

Les  symptômes  qui  marquent  le  début  de  l’affection,  sont  ordinaire¬ 
ment  ceux  de  la  laryngosténose.  Le  maladd  éprouve  de  la  difficulté  à  res¬ 
pirer;  puis  la  dyspnée  augmenté  et  se  manifeste  par  une  inspiration 
bruyante,  striduleuse,  suivie  d’une  expiration  relativement  facile.  La  voix, 
rauque  lorsque  l’œdème  occupe  les  parties  supérieures  du  larynx,  passe 
à  l’aphonie  lorsque  l’infiltration  descend.  Les  troubles  respiratoires  aug¬ 
mentent  rapidement  dans  les  cas  où  l’œdème  reconnaît  pour  cause  une  ’ 
laryngite  aiguë,  une  brûlure,  ou  lorsqu’il  coïncide  avec  le  gonflement  des 
extrémités  dans  la  variole,  avec  l’anasarque  dans  la  scarlatine.  La  mort 
peut  être  foudroyante  dans  ces  cas.. 

L’œdème  de  la  glotte  qui  complique  les  laryngites  chroniques  et  consti¬ 
tutionnelles  est  plus  lent  à  se  produire  :  la  dyspnée  s’établit  graduelle-' 
ment,  les  accès  de  suffocation  peuvent  être  séparés  par  un  intervalle  de 
plusieurs  jours,  et  la  mort  n’arrive  que  par  suite  du  rapprochement  des 
accès. 

Le  diagnostic  repose  sur  l’inspection  de  la  gorge,  l’exploration  digitale 
et  l’examen  laryngoscopique.  Cette  dernière  méthode  d’investigation  n’est 
pas  toujours  facile  à  appliquer  ;  elle  exige,  de  la  part  du  médecin,  de  la  dex-  * 
térité,  de  la  légéreté  et  de  la  promptitude  dans  l’application  du  miroir, 
surtout  dans  les  cas  où  le  pharynx  est  infiltré.  Dans  les  cas  graves,  l’épi¬ 
glotte,  les  ligaments  ary-épiglottiques  et  les  cartilages  aryténoïdes  se. 
présentent  sous  la  forme  de  tumeurs  arrondies  et  infiltrées,  masquant 
complètement  les  ventricules  et  les  cordes  vocales. 

L’aspect  qu’offrent  ces  différentes  parties,  rappelle  celui  d’un  prépuce 
œdématié.  Les  mouvements  des  aryténoïdes  sont  totalement  abolis  ;  tout 
au  plus  voit-on  ces  cartilages  s’écarter  un  tant  soit  peu  pendant  l’expira- 
lion.  Lorsque  les  cordes  vocales  sont  œdématiées,  elles  paraissent  recou¬ 
vertes  d’un  enduit  gris  sale;  leurs  mouvements  sont  également  entravés. 

Dans  les  formes  ulcéreuses,  l’œdème  présente  un  cachet  spécial.  On 
constate  des  élevures  irrégulières  et  festonnées,  circonscrivant  des  ulcéra¬ 
tions  sécrétant  un  liquide  sanieux  ou  séro-ichoreux. 

Ces  différents  caractères,  joints  à  ceux  tirés  de  l’étiologie,  de  lam.arche 
eide  la  durée  de  la  maladie,  permettent  de  la  différencier  d’autres  affec¬ 
tions  qui  ont  avec  elle  de  grandes.analogies.  C’est  ainsi  que  l’abcès  rétro- 
pharyngien,  qui  a  été  confondu  avec  l’œdème  de  la  glotte,  s’en  distingue 
par  l’absence  d’accès  et  la  régularité  plus  grande  dans  la  respiration. 

•L’œdème  simule  à  s’y  méprendre  le  croup  ;  mais  si  l’on  songe  que  cette 

Konv.  mci.  iiÉu.  et  chie.  XX.  —  '18 


274 


LARYNX.  —  pathologie  îiedlcale  :  inflammations. 


dernièrè  affection  atteint  de  préférence  les  enfants,  que  l’œdème  appar¬ 
tient  presque  exclusivement  à  l’âge  adulte,  on  évitera  la  confusion. 

Le  pronostic  est  en  rapport  avec  la  maladie  déterminante;  il  est  le  plus 
souvent  favorable  dans  les  laryngites  aiguës,  moins  rassurant  dans  l’albu¬ 
minurie  et  les  laryngites  ulcéreuses,  tout  à  fait  défavorable  dans  la  péri- 
chondrite  et  la  nécrose  des  cartilages. 

Le  traitement  varie  suivant  la  cause  de  l’œdème.  Lorsqu’il  est  le  ré¬ 
sultat  d’une  inflammation  franche,  les  antiphlogistiques,  saignées,  ven¬ 
touses  scarifiées,  vésicatoires,  glace, 
réussissent  quelquefois  très-bien; 
nous  n’en  dirons  pas  autant  des 
cautérisations  qui  peuvent  être  plus 
nuisibles  qu’utiles,  en  favorisant  le 
développement  de  l’œdème.  Si  elles 
sont  dangereuses  dans  les  formes 
franchement  inflammatoires,  elles 
sont  d’une  efficacité  incontestable 
dans  les  laryngites  ulcéreuses,  surtout 
comme  traiment  préventif. 

Lorsque  ces  moyens  échouent,  on 
peut  avoir  recours  à  la  scarification. 
Lisfranc  la  pratiquait  à  l’aide  d’un 
bistouri  à  lame  étroite,  garni  de  linge 
jusqu’à  3  ou  4  millimètres  de  son 
extrémité.  Legroux  déchirait  les  re¬ 
plis  aryténo-épiglotliques  avec  l’ongle 
de  l’index,  taillé  en  pointe.  Mandl  a 
fait  construire  un  instrument  mul¬ 
tiple  qui  peut  servir  aux  opérations 
les  plus  diverses  (cautérisation,  ponc¬ 
tion  d’un  abcès,  etc.);  il  a  été  le 
premier  à  remplacer  le  curseur  à 
frottement  par  le  mécanisme’  de  la 
pédale  à  bascule  (fig.  38). 

Lorsque  l’instrument  doit  servir 
de  scarificateur,  on  visse  .sur  le  bout 
renflé  de  la  tige  une  lame  étroite  (F) 
i>  rince  HUI  puiie  le  crayon  —  u  rince  Contenue  dans  une  gaine  aplatie  (E). 
couverte  par  la  virole.  -L  c,  le  'crayon  Si  les  scarifications  amènent  une 
"*'ldaie  rabaissement  de  la  amélioration  passagère ,  elles  sont 

rarement  couronnés  d’un  succès 
co^pét;  le  plus  souvent  on  est  obligé  d’y  avoir  recours  un  certain  nom- 
i^re  de  fois.  Quelquefois  elles  deviennent  inutiles,  voire  même  dangereuses, 
surtout  dans  les  formes  ulcéreuses,  parce  qu’elles  peuvent  devenir  le  point 
de  départ  d’ulcérations  nouvelles  (Fauvel). 

Dans  les  cas  graves,  lorsque  la  suffocation  est  imminente,  la  trachéotomie 


LARYNX.  -  PATHOLOGIE  MÉDICALE  :  NÉVROSES.  275 

constitue  l’unique  moyen  de  conjurer  le  péril.  Tous  les  auteurs  partagent 
cet  avis;  mais  ils  diffèrent  sur  la  question  de  savoir  à  quel  moment  il  faut 
opérer.  Obédénare  dit  qu’il  ne  faut  pas  attendre  que  l’asphyxie  arrive, 
parce  que  l’individu  peut  succomber  malgréha  trachéotomie,  du  moment 
que  les  centres  nerveux  auront  subi  les  fâcheux  résultats  d’une  hématose 
incomplète,  du  moment  que  Torganisme  aura  été  plongé  dans  la  stupeur 
et  dans  un  profond  affaisseriîénti  Cependant  il  ne  faut  pas  hésiter  à  opérer 
même  quand  Tindividù' est  dans  la  période  asphyxique,  car  on  peut  en¬ 
core,  dans  bien  des  cas,  le  rappelée  à  la  vie. 

Bien  que  la  trachéotomie  semble  contre-indiquée  chez  les  individus 
atteints  d’une'  maladie  incurable  (lésions  pulmonaires  avancées,  can¬ 
cer,  etc.),  nous  ne  pensons  pas  qu’il  soit  permis  de  refuser  au  malade 
une  opération  qui  peut  le'faire  vivre  encore  quelques  jours.  Sans  vouloir 
mettre  ici  en  parallèle  la  thoracentèse  et  la  trachéotomie,  nous  ne  pouvons 
nous  empêcher  de  faire  remarquer  qu’on  pratique  la  première  de  ces 
opérations  sur  des  sujets  que  l’on  sait  phthisiques,  bien  qu’on  n’ait  pas 
la  prétention  de  guérir  la  maladie  qui  a  occasionné  l’épanchement;  pour¬ 
quoi  alors  voudrait-on  s’abstenir  de  pratiquer  la  trachéotomie  chez  des 
sujets  qui  rentrent  dans  cette  catégorie  ? 

Les  résultats  statistiques  donnés  par  la  trachéotomie  dans  l’œdème  sont 
des  plus  encourageants.  Sur  17  cas  d’œdème  dans  lesquels  on  n’a  pas 
opéré,  Bayledonne  un  seul  cas  de  guérison  ;  Valleix,  6  guérisons  sur  51  cas. 
.4insi,  ne  pas  opérer,  c’est  vouer  le  malade  à  une  mort  presque  certaine. 

D’autre  part,  on  a  noté  54  guérisons  sur  75  opérations;  Sestier  compte 
20  guérisons  sur  50  opérations.  Obédénare  arrive  aux  résultats  suivants  ; 
«Sur  51  opérations  pratiquées  sur  des  sujets  affectés  d’œdème  de  la  glotte 
ordinaire,  il  y  a  eu  29  guérisons  et  22  insuccès.  Pour  les  22  cas  d’in¬ 
succès,  il  s’est  passé,  entre  l’époque  de  l'opération  et  l’époque  de  la  mort, 
quinze  jours  en  moyenne  :  le  maximum  a  été  de  trente  et  un  jours,  le  mi^ 
nimum  de  quatre  jours.  Les  malades  ont  succombé  à  diverses  maladies  ; 
parmi  celles-ci  on  a  noté  surtout  la  bronchite,  la  pleurésie,  le  phlegmon 
suppuré  du  cou  et  l’érysipèle. 

«  Sur  24  opérations  pratiquées  sur  des  sujets  affectés  d’œdème  de  la 
glotte  consécutif  à  une  laryngite  nécrosique,  il  y  a  eu  13  cas  de  guérison 
et  H  cas  d’insuccès.  Parmi  les  cas  de  guérisons,  4  fois  les  malades  ont  dû 
sortir  de  l’hôpital  avec  la  canule.  » 

En  réunissant  les  différents  cas,  on  obtient  42  guérisons  sur  75  opéra¬ 
tions,  ou  56  p.  100. 

III.  Névroses.  —  On  appelle  ainsi  les  maladies  qui  résultent  des  trou¬ 
bles  des  fonctions  de  relation.  Elles  se  présentent  sous  forme  d’altérations 
delà  sensibilité  où  de  io  motilité.  Lorsqu’elles  dépendent  d'une  altération 
fonctionnelle,' sans  altération  organique  appréciable,  elles  portent  le  nom 
ienévrosês  essentielles  ;  elles  sont  symptomatiques  lorsqu' elles  résultent 
d’une  altération  organique  locale  ou  éloignée. 

A.  Troubles  de  l.v  sensibilité.  —  La  sensibilité  peut  être  diminuée 
(anesthésie),  augmentée  (hyperesthésie),  ou  pervertie  (paresthésie). 


276 


LARYNX.  —  PATilOLOGlE  MÉDIC.ME  :  KÉVROSES. 

а.  L’anesthésie  ne  s’observe  jamais  comme  maladie  isolée  ;  elle  est  sym¬ 
ptomatique  d’une  affection  générale  ou  locale.  C’est  ainsi  que,  chez  les  phthi¬ 
siques,  la  muqueuse  laryngée  perd  quelquefois  toute  sensibilité  au  point  de 
permettre  aux  aliments  de  franchir  le  larynx  sans  occasionner  le  moindre 
réflexe;  que  des  ulcérations  tuberculeuses,  diphthéritiques,  ou  autres, 
peuvent  dans  certains  cas  exister  sans  provoquer  la  moindre  douleur. 
L’abolition  de  la  perception  de  la  douleur,  porte  le  nom  ü analgésie,  tandis 
que  la  perte  de  la  sensation  tactile  constitue  l’anesthésie  proprement  dite. 

б.  Dans  la  paresthésie,  les  malades  se  plaignent  de  sensations  anor¬ 
males  dans  le  larynx;  tantôt  c’est  un  cheveu,  une  arête  de  poisson,  une 
parcelle  d’aliment  qu’ils  prétendent  sentir,  bien  que  le  laryngoscope  dé¬ 
montre  l’absence  complète  de  corps  étranger.  Dans  ces  cas,  l’affection  est 
essentielle,  et  résulte  de  l’impression  laissée  par  le  passage  réel  d’un 
de  ces  corps  quelque  temps  auparavant;  d’autres  fois  elle  est  syinptoma- 
tique  d’une  affection  générale,  qui  est  le  plus  souvent  l’hystérie. 

c.  L’hijperesthésie  est  rarement  essentielle  ;  ordinairement  symptoma¬ 
tique  d’une  affection  laryngée  ou  autre,  elle  se  manifeste  par  des  phéno¬ 
mènes  réflexes  variables  qui  sont  dus  à  l’excitation  maladive  des  fibres 
sensitives  de  l’organe. 

Bien  souvent  la  maladie  première  ne  peut  être  déterminée,  et  l’anémie 
seule  rend  alors  compte  des  différents  symptômes  que  l’on  observe 
(voy.  Larykx,  Pathologie  médicale;  troubles  de  la  circulation). 

Parmi  ceux-ci,  le  plus  important  est  sans  contredit  la  toux  nervem, 
bien  différente  de  la  toux  férine  des  hystériques.  Elle  débute  par  des  pa- 
roxy.-mes  d’une  intensité  remarquable,  auxquels  succèdent  des  intervalles 
de  calme,  variables  quant  à  la  durée  ;  rare  chez  les  jeunes  filles,  elle  est 
plus  fréquente  chez  les  femmes  d’un  certain  âge,  et  tout  à  fait  excep¬ 
tionnelle  chez  les  hommes. 

Le  traitement  le  plus  efficace  à  opposer  à  la  toux  nerveuse  réside  dans 
l’emploi  du  courant  constant  et  des  cautérisations  astringentes.  Les  ma¬ 
lades  très-impressionnables  se  trouveront  bien  d’un  changement  d’air,  de 
l’hibernation. 

B.  Troubles  de  la  motilité.  — ■  De  même  que  la  sensibilité,  là  motilité 
peut  être  troublée  dans  l’action  des  différents  muscles  respirateurs  ou 
phonateurs.  Ceux-ci  peuvent  être  animés  de  mouvements  exagérés,  to¬ 
niques  ou  cloniques,  allant  jusqu’au  spasme,  et  produisant  les  diverses 
modifications  de  la  respiration,  telles  que  l’effort,  la  toux,  l’oppression,  et 
de  la  phonation  comme  le  rire,  le  hoquet,  le  sanglot,  etc.  {hyperkinésk). 

La  contractilité  musculaire  peut  être  plus  ou  moins  abolie  (akinésie), 
et  conduire  à  la  faiblesse  de  la  voix  et  à  la  paralysie  de  certains  muscles. 

La  perversion  de  la  contractilité  musculaire  [par akinésie),  qui  se  mani¬ 
feste  sous  forme  de  convulsions  cloniques  pendant  l’expiration,  a  pour 
résultat  des  troubles  de  la  parole,  telles  que  le  bredouillement,  le  bégaye- 
ment,  etc.  (voy.  ces  articles). 

Nous  ne  décrirons  ici  que  les  deux  formes  extrêmes,  à  savoir  le  spasme 
dé  la  glotte  et  les  diverses  paralysies. 


LARYNX.  —  PATHOI.OGIE  MÉDICALE  !  JNÉVIÎOSES.  277 

fl.  Spasme  de  la  glotte  (laryngisiTle  striduleux,  asthme  aigu  de  Millar, 
asthme  thymique).  ^  Sous  ces  différentes  dénominations,  on  entend  le 
spasme  de  la  glotte  indépendant,  de  tout  état  morbide  préalable.  Plus 
haut  nous  avons  vu  qu’une  foule  de  maladies  pouvaient  amener  l’occlu¬ 
sion  de  la  glotte  (rétrécissements  inflammatoires,  etc.);  mais  alors  elle 
ne  constitue  qu’un  symptôme  de  l’affection  principale;  ce  n’est  pas  de  cette 
forme  que  nous  nous  occupons  ici,  où  nous  n’avons  en  vue  que  le  spasme 
essentiel. 

L’affection  dépend  d’une  excitation  des  nerfs  qui  président  à  la  contrac¬ 
tion  des  muscles  de  la  glotte,  c’est-à-dire  plus  particulièrement  des  mus¬ 
cles  ary-aryténoïdiens,  crico  et  tbyro-aryténo’idiens.  .Le  nerf  vague  et  le 
récurrent  peuvent  être  primitivement  malades,  qu’ils  soient  comprimés 
sur  leur  trajet,  ou  que  leur  origine  encéphalique  soit  irritée. 

Dans  d’autres  cas.  L’excitation  de  ces  nerfs  semble  être  un  phénomène 
réflexe  dû  à  l’irritation  d’autres  nerfs  ;  cette  hypothèse  doit  être  admise 
dans  tous  les  cas  où  l’autopsie  ne  révèle  aucune  lésion  appréciable  capable 
d’expliquer  le  spasme.  Un  fait  qui  milite  en  faveur  de  cette  opinion  est 
qu’il  est  fréquent  chez  les  enfants  à  l’époque  de  la  première  dentition. 
Chez  les  adultes,  il  ne  s’observe  guère  que  chez  les  hystériques.  Une  ali¬ 
mentation  insuffisante,  un  air  vicié,  des  conditions  hygiéniques  mau¬ 
vaises,  semblent  exercer  une  influence  manifeste  sur  son  développenient. 
L'hérédité,  les  diathèses  jouent  également  un  grand  rôle  dans  sa  produc¬ 
tion  (Romberg). 

Les  causes  occasionnelles  sont  souvent  la  peur,  la  colère,  en  un  mot  les 
impressions  psychiques. 

Kopp  considérait  l’augmentation  de  volume  du  thymus,  des  ganglions 
cervicaux  et  bronchiques,  comme  la  cause  organique  de  tous  les  spasmes  do 
la  glotte;  mais  cette  hypertrophie  glandulaire  manque  souvent.  La  mol¬ 
lesse  de  l’occiput  que  l’on  rencontre  dans  le  rachitisme,  le  provoque  fré¬ 
quemment,  d’après  Elsâsser  et  Lederer  ;  ces  auteurs  ont  noté,  sur  9(i  cas 
de  spasme,  92  cas' de  rachitisme  du  crâne  (crâniotabes) . 

L’hypérémie  du  cerveau  ou  de.  la  moelle  allongée,  l’hydrocéphale  ont 
été  invoqués  tour  à  tour;  mais  leur  existence  n’est  pas  constante  dans 
l’asthme  laryngien. 

L’affection  débute  quelquefois  par  un  accès  de  suffocation  qui  peut  en¬ 
traîner  la  mort  au  bout  de  fort  peu  de  temps.  D’autres  fois  elle  est  pré¬ 
cédée  de  prodromes,  qui  consistent  en  cris,  soupirs,  gêne  de  la  respira- 
lion.Le  faciès  des  enfants  qui  en  sont  atteints,  exprime  une  vive  anxiété  ; 
ils  se  débattent,  s’agitent  ;  bientôt  leur  face  devient  turgescente,  les  veines 
se  gonflent,  le  visage  se  cyanose,  le  pouls  s’accélère,  la  peau  se  couvre  d’une 
sueur  froide  ;  pour  peu  .que  la  fermeture  de  la  glotte  se  prolonge  au  delà 
d’un  certain  temps,  ils  s’affaissent  et  succombent. 

L’accès  ne  se' termine  pas  toujours  d’une  façon  aussi  tragique;  lorsqu’il 
a  duré  quelques  minutes,  la  glotte  s’entr’ouvre,  et  l’air  s’y  précipite  avec 
un  bruit  sifflant,  caractéristique.  Aussitôt  la  face  se  décongestionne,  le 
pouls  redevient  plus  ample,  l’enfant  renaît  en  un  mot  ;  un  sommeil  pro- 


278  LARYNX.  —  r.^THOLOGiE  médicale  :  eévroses. 

fond  ne  tarde  pas  à  s’emparer  de  luf,  et  lorsqu’il  se  réveille,  il  semble 
n’avoir  jamais  été  malade.  Malheureusement,  il  n’en  est  pas  chaque  fois 
quitte  à  si  bon  marché  ;  l’accès,  rarement  unique,  est  bientôt  suivi  d’un 
deuxième  accès,  puis  d’un  troisième,  etc.  L’intervalle  qui  existe  entre 
chaque  atteinte,  n’a  rien  de  constant  :  on  a  noté  jusqu’à  50  accès  en 
24  heures. 

Dans  bien  des  cas,  la  contracture  n’est  pas  bornée  aux  fibres  motrices 
du  nerf  vague  :  des  contractions  toniques  ou  cloniques  se  manifestent 
dans  d’autres  régions,  et  alternent  avec  celles  de  la  glotte  ;  chez  certains 
malades  on  voit  survenir  des  convulsions  générales,  pendant  lesquelles  ils 
peuvent  succomber. 

Du  côté  de  la  phonation,  on  n’observe  aucun  trouble  particulier,  at¬ 
tendu  que  les  cordes  vocales  sont  intactes,  et  qu’elles  n’ont  pas  subi  la 
moindre  altération.  La  toux  fait  également  complètement  défaut,  parce 
que  la  muqueuse  est  saine. 

La  durée  de  la  maladie  est  variable  :  elle  est  de  quelques  minutes,  d’un 
jour,  comme  elle  peut  être  de  plusieurs  mois  ;  souvent  après  un  répit  de 
quelques  semaines,  elle  reprend  un  nouvel  essor,  et  dure  alors  un  temps 
indéterminé. 

Le  spasme  des  adultes  est  généralement  moins  intense  ;  il  est  constitué 
par  une  inspiration  sifflante,  suivie  d’une  expiration  bruyante  et  vibrante. 

Les  maladies  que  l’on  a  quelquefois  confondues  avec  le  spasme  glol- 
tique,  sont  le  croup  et  la  laryngite  striduleuse.  Mais  il  est  facile  de  distin¬ 
guer  ces  différentes  affections  :  on  se  rappellera  que  le  croup  ne  débute 
pas  aussi  brusquement,  qu’il  est  accompagné  de  phénomènes  fébriles  et  de 
paroxysmes  de  toux  bien  caractéristiques.  La  laryngite  striduleuse  est  tou¬ 
jours  précédée  d’un  catarrhe  laryngien  ;  l’accès  est  plus  long,  la  toux  est 
sonore  et  retentissante  ;  enfin  elle  offre  moins  de  gravité  que  le  spasme. 

Traitement.  — Pendant  l’accès,  on  relèvera  les  enfants,  ou  les  asper¬ 
gera  d’eau  froide  ;  puis  on  pourra  leur  appliquer  des  sinapismes  sur  la 
poitrine,  les  soumettre  à  un  courant  d’air  frais,  et  leur  administrer  des 
lavements  antispasmodiques. 

On  arrive  quelquefois  à  faire  cesser  le  spasme  en  introduisant  le  doigt 
dans  l’arrière-gorge  pour  provoquer  des  mouvements  de  déglutition.  La 
chloroformisation  a  été  préconisée  par  un  certain  nombre  d’auteurs, mais 
elle  doit  être  employée  avec  la  plus  grande  circonspection. 

Les  médicaments  antispasmodiques  et  antihystériques  ont  été  vantés 
tour  à  tour.  Le  musc  à  la  dose  de  0®'’,12  à  0®',25,  toutes  les  deux  heures, 
a  été  fréquemment  employé;  l’asa-fœtida,  l’oxyde  de  zinc,  et  récemment 
le  bromure  de  potassium  sont  les  remèdes  dont  on  fait  le  plus  souvent 
usage;  mais  leur  efficacité  est  loin  d’être  prouvée. 

La  prophylaxie  comprend  les  moyens  qui  peuvent  empêcher  le  retour 
des  accès  ;  c’est  ainsi  que  l’on  évitera  les  émotions  morales  vives,  l’irrita¬ 
tion  des  voies  respiratoires  ;  que  l’on  substituera  au  sevrage,  s’il  en  est 
temps  encore,  l’allaitement  maternel  ;  que  l’on  soumettra  l’enfant  à  une 
bonne  hygiène.  Dans  ce  but,  on  écartera  toutes  les  anomalies  de  la  di- 


LARYNX.  —  pathologie  médicale  :  hévboses.  279 

gestion  :  la  constipation,  la  diathèse  vermineuse,  l’entérite,  etc.,  seront 
traités  par  les  moyens  appropriés  ;  on  fera  également  bien  de  favoriser  la 
dentition  par  la  scarification  des  gencives. 

En  cas  de  péril  imminent,  le  tubage  de  la  glotte  et  la  trachéotomie  sont 
indiqués,  mais  ces  moyens  sont  plus  théoriques  que  pratiques,  en  raison 
de  l’instantanéité  foudroyante  des  accès. 

Enfln  l’application  du  courant  constant  a  été  proposé  dans  ces  derniers 
temps,  dans  les  cas  de  spasme  essentiel  ;  les  beaux  succès  que  l’on  en  a 
obtenus,  ne  peuvent  qu’encourager  les  médecins  à  persévérer  dans  cette 

Crampe  professionnelle.  —  Gerhardt  rapporte  l’histoire  d’un  flûtiste 
qui  ne  pouvait  plus  jouer  de  son  instrument,  sans  qu’immédiatement  il 
se  produisît  dans  sa  gorge  un  bruit  continu  d’une  certaine  intensité. 
On  put  constater  qu'à  ce  moment  les  cartilages  thyroïde  et  cricoïde  se 
rapprochaient,  et  qu’on  sentait  nettement,  dans  l’intervalle  qui  les  sépare, 
les  vibrations  laryngées.  Le  bras  qui  tenait  la  flûte  était  en  même  temps 
le  siège  de  mouvements  involontaires.  Ces  accidents  paraissaient  avoir  été 
provoqués  par  un  usage  immodéré  de  l’instrument  ;  ils  cédèrent  à  un  Irai- 
tement  par  le  bromure  et  au  repos. 

L’auteur  croit  qu’il  se  produisait  là  un  trouble  de  la  motilité  analogue  à 
celui  qu’entraîne  parfois  l’exercice  de  certaines  professions.  Le  malade 
semblait  d’ailleurs  prédisposé  aux  affections  de  cette  nature,  car  il  avait  eu 
autrefois  la  crampe  des  écrivains. 

b.  Paralysies.  —  Les  paralysies  portent  sur  l’un  ou  l’autre  des  nerfs  la¬ 
ryngés,  qui,  comme  on  sait,  règlent  le  jeu  des  muscles  du  larynx  ;  tous  les 
deux  proviennent  du  nerf  vague,  mais  au  laryngé  supérieur  s’accole  une 
branche  motrice  émanant  du  spinal,  de  sorte  qu’en  définitive  nous  aurons 
àétudier  la  paralysie  du  récurrent  et  celle  du  spinal.  Toutes  deux  ont  pour 
résultat  l’aphonie,  ainsi  que  l’ont  démontré  les  expériences  de  Cl.  Bernard 
sur  la  section  de  ces  nerfs.  Mais,  tandis  qu’ après  l’ablation  des  spinaux 
il  y  a  paralysie  des  crico-thyroïdiens,  qui  sont  les  tenseurs  des  cordes  vo¬ 
cales,  et  par  suite  dilatation  persistante  de  la  glotte,  impossibilité  du  rap¬ 
prochement  des  lèvres  vocales,  et  conservation  de  la  respiration,  après  la 
section  des  récurrents  il  y  a  paralysie  de  tous  les  muscles  intrinsèques  du 
larynx,  sauf  des  crico-thyroïdiens  ;  lès  symptômes  .qu’on  observe  sont 
l’occlusion  et  l’immobilité  persistante  de  la  glotte,  avec  impossibilité 
d'écartement  des  lèvres  vocales,  qui  s’accolent  mécaniquement  dans  l’in¬ 
spiration  sous  la  prèssion  de  l’air  extérieur,,  et  sont  soulevées  par  l’air 
expiré.  Il  en  résulte  une  gêne  de  la  respiration,  analogue  à  celle  que  pro¬ 
duit  l’oedème  de  la  glotte  (Mandl).  Au  point  de  vue  des  troubles  fonc¬ 
tionnels,  on  peut  donc  admettre  deux  formes  de  paralysies,  celles  qui 
portent  plus  spécialement  sur  la  phonation  {paralysies  phoniques  des  con¬ 
stricteurs  de  la  glotte) ,  et  celles  qui  entravent  en  même  temps  la  respiration 
(paralysies  respiratoires) . 

Par  rapport  au  siège  et  à  l’étendue,  on  distingue  les  paralysies  uni¬ 
latérale  et  bilatérale,  lesquelles  peuvent  être  chacune  totale  ou  partielle. 


LARYNX.  —  PATHOI.OGIE  MÉDICALE  :  NÉVROSES. 


Les  causes  qui  leur  donnent  naissance  sont  nombreuses  et  variées  ;  sans 
parler  des  troubles  de  motilité  occasionnés  par  certaines  maladies  locales 
du  larynx,  les  paralysies  qui  reconnaissent  une  origine  plus  ou  moins 
éloignée  sont  encore  complexes.  Elles  se  divisent  en  deux  classes,  suivant 
qu’elles  sont  essentielles,  ou  qu’elles  dépendent  d’une  maladie  autre  dont 
elles  ne  sont  alors  qu’un  symptôme  (paralysies  symptomatiques). 

Dans  les  premières,  nous  rangerons  celles  qui  sont  dues  au  refroidisse¬ 
ment  (paralysies  rhumatismales)  ;  leur  point  de  départ  semble  résider 
dans  les  ramifications  nombreuses  des  nerfs  de  la  muqueuse,  qui  devien¬ 
nent  le  siège  d’altérations  trophiques.  , 

La  paralysie  hystérique  rentre  également  dans  cette  catégorie  :  mais  ici, 
comme  dans  l’hystérie  en  général,  l’utérus  est  ordinairement  primitive¬ 
ment  atteint,  et  ses  lésions  retentissent  sur  l’organisme  entier,  en  produi¬ 
sant  des  phénomènes  sympathiques  de  tout  genre. 

Les  plaies  pénétrantes,  les  coups  de  feu  entraînent  la  paralysie,  en  ame¬ 
nant  une  interruption  dans  la  conductibilité  du  nerf.  Celle-ci  peut  être  due 
à  des  causes  moins  directes,,  et  de  cette  façon  naissent  les  paralysm 
symptomatiques. 

Une  tumeur  quelconque  comprimant  un  tronc  nerveux  peut  en  ame¬ 
ner  la  paralysie  :  les  sarcomes,  les  ganglions  cervicaux,  ont  été  notés. 
L’anévrysme  de  la  crosse  de  l’aorte  a  déterminé  dans  un  certain  nombre 
de  cas  la  paralysie  du  récurrent  gauche  ;  de  même  les  anévrysmes  du 
tronc  brachio-céphalique  et  de  la  sous-clavière  droite  ont  donné  lieu  à  des 
paralysies  du  récurrent  droit. 

Certaines  lésions  du  sommet  du  poumon,  de  l’œsophage,  de  la  trachée, 
peuvent  paralyser  le  nerf. 

Souvent  la  paralysie  est  le  résultat  d’une  affection  plus  ou  moins  éloi¬ 
gnée,  d’une  lésion  centrale  (extravasat,  tumeur  cérébrale,  anévrysme  de 
l’artère  basilaire,  ramollissement  du  cerveau) . 

Enfin  elle  reconnaît  pour  cause  une  maladie  générale  :  le  typhus,  la 
diphthérie,  la  chlorose,  les  intoxications  saturnine,  arsenicale,  etc. 

Les  paralysies,  de  quelque  nature  qu’elles  soient,  ont  un  début  variable: 
tantôt  elles  surviennent  brusquement,  sous  l’influence  d’une  cause  morale, 
comme  dans  l’hystérie  ;  pendant  que  l’individu  parle,  il  devient  subite¬ 
ment  aphone;  elles  disparaissent  tout  aussi  rapidement.  Quelquefois  elles 
reviennent  à  intervalles  réguliers  ,  sans  phénomènes  fébriles  concomi¬ 
tants.  D’autres  fois,  elles  débutent  d’une  façon  insidieuse  -  le  malade  se 
fatigue  en  parlant,  il  ne  peut  soutenir  une  conversation  prolongée,  sa 
voix  s’éteint  peu  à  peu,  et  après  un  temps  plus  ou  moins  long,  il  devient 
complètement  aphone.  Du  côté  de  la  respiration,  on  observe  également 
des  troubles  variables,  en  rapport  avec  le  siège  et  l’étendue  de  la  para¬ 
lysie.  Nous  allons  étudier  de'plus  près  les  symptômes  que  présente  chaque 
forme  en  particulier. 

Paralysie  du  spinal.  — Elle  porte  sur  les  muscles  crico-thyroïdiens  et 
se  manifeste  au  laryngoscope  par  le  défaut  de  tension  des  cordes  vocales, 
c’est-à-dire  par  la  dilatation  persistante  de  la  glotte  et  l’impossibilité  du 


LARYNX.  -  PATHOLOGIE  MÉDICALE  :  KÉVIiOSES.  281 

rapprochement  de  ses  lèvres.  Le  plus  souvent  elle  atteint  les  deux  muscles 
à  la  fois,  rarement  elle  est  unilatérale.  Elle  est  ordinairement  essentielle, 
et  constitue  alors  l’aphonie  nerveuse  proprement  dite.  On  l’observe  dans 
Fhysfèrie,  l’anémie,  la  chlorose,  comme  maladie. primitive.  Elle  peut  être 
symptomatique  d’une  maladie  générale;  l’épilepsie,  l’intoxication  satur¬ 
nine  l’ont  quelquefois  déterminée. 

Parphjsie  du  récurrent.  —  Elle  porte  sur  les  muscles  intrinsèques 
du  lajjmx,  à  l’exception  des  crico-thyroïdiens.  Elle  est  générale  ou  par¬ 
tielle,  unilatérale  ou  bilatérale.  Parmi  les  causes  qui  la  provoquent,  on 
•note  surtout  la  conjpression  exercée  par  une  tumeur  quelconque  ;  dans  ce 
cas  la  paralysie  est  ordinairement  unilatérale  ;  Ziemssen  a  cependant  ob¬ 
servé. la  paralysie  bilatérale  du  récurrent  à  la  suite  d’une  compression 
exercêepar  un  anévrysme  de  l’aorte,  du  tronc  brachio-céplialique  et  de  la 
sous-clavière  droite.  Dans  un  autre  cas,  la  paralysie  bilatérale  a  été  notée 
comme  conséquence  d’un  cancer  de  l’œsophage.  La  diphthérite  entraîne 
ordinairement  des  troubles  des  deux  côtés  {voy.  Diphthémte,  t.  XI,  p.  587). 

Quant  à  la  paralysie  essentielle  du  récurrent,  elle  est  beaucoup  plus  rare. 

Ziemssen  {loc.  cit.  obs.  IX)  rapporte  une  observation  de  paralysie  in¬ 
complète  du  muscle  aryténoïdien  transverse,  due  à  une  affection  hysté¬ 
rique  :  elle  était  caractérisée  par.  une  juxtaposition  incomplète  des  carti¬ 
lages  aryténoïdes  pendant  la  phonation.  En  dehors  de  l’hystérie,  elle  peut 
s’observer  à  la  suite  d’un  refroidissement,  ou  d’efforts  exagérés  pendant 
léchant,  la  déclamation. 

Paralysie  des  muscles  dilatateurs.  —  Dans  la  paralysie  unilatérale 
des  crico-aryténoïdiens  postérieurs,  l’aspect  de  la  glotte  diffère  peu  pen¬ 
dant  l’inspiration  et  l’expiration  :  les  constricteurs  n’ayant'plus  d’antago¬ 
nistes,  exécutent  des  mouvements  très-limités,  et  ont  peu  de  tendance  à 
se  rapprocher.  La  voix  est  enrouée,  quelquefois  aigue  (voix  de  tête)  si  pen¬ 
dant  la  phonation  la  glotte  intercartilagineuse  se  ferme. 

La  paralysie  bilatérale  présente  un  écartement  des  cordes  vocales  peu 
marqué,  tandis  que  l’occlusion  de  la  glotte  s’opère  facilement.  La  voix  est 
quelquefois  aphone  et  la  dyspnée  plus  ou  moins  intense,  selon  l’étendue 
delà  paralysie.  Lorsque  celle-ci  est  complète,  il  en  résulte  un  bruit  de 
cornage  qui  peut  en  imposer  pour  un  rétrécissement  (voir  p.  290);  le 
laryngoscope  et  les  antécédents  permettent  d'établir  le  diagnostic. 

Paralysie  phonique  des  constricteurs.  —  Les  muscles  qui  sont  para¬ 
lysés  dans  la  phonation,  sont  aussi  ceux  qui  obturent  l’orifice  glottique 
dans  la  toux,  l’effort,  la  déglutition,  de  sorte  que  ces  différentes  fonctions 
sont  plus  ou  moins  entravées  dans  la  paralysie  des  constricteurs.  D’une 
façon  générale,  on  remarque  que  les  cordes  vocales  sont  animées  de  vibra¬ 
tions  peu  sensibles,  et  que  la  glotte  esi  toujours  entr’ouverte. 

La  paralysie  unilatérale  est  caractérisée  par  l’écartement  des  lèvres  vo¬ 
cales,  c’est-à-dire  par  la  déviation  en  dehors  de  la  partie  affectée,  l’impos¬ 
sibilité  pour  la  corde  paralysée  de  se  mettre  en  contact  avec  la  corde 
vocale  opposée.*  La  voix  est  faible  et  peu  soutenue,  la  respiration  et  la 
déglutition  sont  gênées. 


282  LARYNX.  —  pathologie  médicale  :  hévro5es. 

La  paralysie  bilatérale  amène  la  déviation  en  dehors  des  deux  lèvres 
vocales.  Elle  se  rapproche  par  là  de  la  paralysie  des  crico-thyroïdiens, 
mais  s’en  distingue  par  l’immobilité  des  cartilages  aryténoïdes,  qui  peu- 
vent  fonctionner  lorsque  les  tenseurs  des  cordes  sont  affectés.  f 

L’aspect  de  la  glotte  varie  suivant  les  groupes  de  muscles  atteints  ; 
c’est  ainsi  qu’elle  est  complètement  entr’ouverte ,  lorsque  la  paralysie 
porte  sur  tous  les  constricteurs  à  la  fois.  Lorsque  les  crico-aryté^ïfliens 
latéraux  et  les  thyro-aryténoïdiens  ne  fonctionnent  plus,  la  parti^  liga- 
menteuse  de  la  glotte  seule  est  béante,  tandis  qu’il  y  a  occlusidffue  la 
partie  intercartilagineuse.  Enfin,  dans  les  cas  où  les  ary-aryténoïdiens. 
sont  seuls  altérés  dans  leurs  fonctions,  la  glotte  intercartilagineuse  s’ouvre, 
tandis  que  la  glotte  ligamenteuse  peut  se  fermer.  ''' 

Paralysie  des  constricteurs  et  des  dilatateurs.  —  Lorsqué  la’ para¬ 
lysie  est  unilatérale  et  totale,  la  corde  vocale  et  le  cartil^e  arÿfenoïde  sont 
complètement  immobiles.  La  première  ne  présente  pas  trace  de  tension; 
les  vibrations  qu’on  perçoit  à  la  palpation  externe  du  larynx  cfo  côté  sain, 
font  entièrement  défaut  du  côté  paralysé. -G’*e'st  sw-cç  signe  qu^on  se  gui¬ 
dait  avant  l’introduction  du  laryngoscope  pour  diagnostiquer  h  paralysie 
des  cordes  vocales. 

Pendant  la  phonation,  qui  se  traduit  par  une  paresse  de  la  parole,  les 
cordes  vocales  au  lieu  d’être  parallèles  sont  comme  enclavées  l’une  dans 
l’autre.  Ce  phénomène  tient  à  l’exagération  de  mouvements  de  la  corde 
saine. 

On  observe  quelquefois  à  l’état  normal  un  chevauchement  des  cartilages 
aryténoïdes  ;  il  faudra  se  garder  de_^confondre  cette  anomalie  de  forme 
avec  une  paralysie  ;  le  meilleur  moyen  d’arriver  à  une  conclusion  exacte, 
consistera  à  faire  respirer  le  malade  ;  on  se  convaincra  alors  aisément  que 
les  deux  cartilages  sont  également  mobiles. 

Dans  la  paralysie  bilatérale;  les  cordes  vocales  présentent  le  même  as¬ 
pect  que  sur  le  cadavre,  leurexcursion  est  réduite  au  minimum. 

Le  pronostic  des  paralysies  est  des  plus  graves  lorsqu’elles  reconnaissent 
pour  origine  une  maladie  du  cerveau  ou  de  la  moelle.  Il  n’est  guère  plus 
favorable  lorsqu’un  anévrysme  ou  une  tumeur  autre  comprime  un  des 
nerfs  laryngés.  Les  paralysies  rhumatismales  et  diphthéritiques  entraînent 
souvent  l’atrophie  musculaire,  et  ne  sont  par  conséquent  pas  moins  à  re¬ 
douter.  Les  moins  défavorables  sont  sans  contredit  celles  qui  sont  dues  à 
une  maladie  générale,  comme  la  scrofulose,  la  chlorose  ;  les  paralysies 
hystériques  sont  également  celles  dont  on  pourra  entreprendre  le  traite¬ 
ment  avec  le  plus  de  chance  de  succès. 

Traitement.  —  D’après  ce  qui  vient  d’être  dit,  il  est  aisé  de  voir  que  les 
moyens  thérapeutiques  varient  suivant  l’origine  de  la  paralysie.  Lorsque 
celle-ci  se  rencontre  chez  les  chlorotiques,  on  se  trouvera  bien  de  l’emploi 
des  ferrugineux  et  des  reconstituants  ;  les  préparations  iodées  seront  sur¬ 
tout  efficaces  chez  les  sujets  scrofuleux  atteints  de  ganglions  cervicaux. 

Dans  les  paralysies  hystériques,  l’application  de  l’électricité  sous  forme 
de  courant  induit  ou  de  courant  constant  a  donné  de  très-beaux  résul- 


LARYNX.  —  r.VTH  ologie  médicale  :  névroses.  283 

tats.  On  peut  se  servir  à  cet  effet  de  l’appareil  de  Duchenne  ou  de  l’ex¬ 
citateur  de  Mackenzie  (fig.  59). 

Dans  quelques  cas,  une  seule  application  de  l’électricité  suffit  pour  pro¬ 
duire  une  guérison  durable;  dans  d’autres,  plusieurs  séances  peuvent  de¬ 


venir  nécessaires.  Mackenzie  recommande  d’introduire  son  instrument 
danslelarynx  trois  ou  quatre  fois  par  séance,  et  de  le  tenir  en  place  cha¬ 
que  fois  quelques  secondes. 

Malgré  toute  la  dextérité  du  chirurgien,  cette  méthode  ne  peut  être 
employée  que  rarement  ;  la  plupart  des  malades  ne  supportent,  en  effet,  le 
contact  de  l’excitateur  que  pendant  un  temps  trop  court.  Aussi  l’a-t  on 
remplacée  par  la  faradisation  à  l’extérieur,  en  réservant  l’excitation  di¬ 
recte  pour  les  cas  extrêmes. 


284  LARYNX.  —  pathologie  chirürgicalb  :  plaies. 

Quant  au  mode  d’action  du  courant,  il  est  difficile  d’établir  s’il  agit  di¬ 
rectement,  ou  si  c’est  en  impressionnant  le  malade,  d’une  façon  quelque¬ 
fois  vraiment  miraculeuse.  Sous  ce  rapport,  il  est  à  noter  que  certaines 
aphonies  nerveuses  ont  disparu  comme  par  enchantement,  sous  l’influence 
de  vives  émotions;  dans  cette  catégorie  rentrent  les  cas  d’aphonie  guéris 
parles  charlatans,  les  somnambules,  et  ceux  qui  se  sont  dissipés  par  la 
simple  application  du  miroir  laryngien  (Turck). 

PATHOLOGIE  CHIRURGICALE 

La  pathologie  chirurgicale  du  larynx  comprend  l’étude  des  :  1°  plaies; 
2°  fistules  ;  0°  brûlures  ;  4“  fractures  ;  5°  rétrécissements  ;  6°  corps  étran¬ 
gers;  7“  polypes  et  néoplasmes;  8“  tumeurs.  —  Nous  terminerons  par 
un  court  chapitre  sur  l’extirpation  du  larynx. 

I.  Plaies.  —  Les  plaies  du  larynx  décrites  pour  la  première  fois  isolé¬ 
ment  par  P.  Horteloup,  se  divisent  en  :  plaies  chirurgicales,  plaies  acci¬ 
dentelles  et  p)laies  par  rupture. 

Nous  n’étudierons  ici  que  les  deux  premières  espèces  de  plaies,  c’est- 
à-diré  celles  qui  sont  faites  de  dehors  en  dedans.  Nous  ne  pensons  pas  que 
le  nom  de  plaie  puisse  s’appliquer  aux  ruptures  du  larynx,  qui  se  produi¬ 
sent  de  dedans  en  dehors,  et  qui  sont  occasionnées  par  la  toux,  les  cris, 
l’effort,  etc. 

Ces  lésions,  décrites  autrefois  sous  le  nom  de  tumeurs  gazeuzes  du  cou, 
parce  qu’elles  s’accompagnent  d’emphysème,  sont  beaucoup  trop  rares 
pour  que  nous  nous  y  arrêtionsl  Quant  aux  plaies  produites  de  dedans  en 
dehors  par  un  traumatisme,  aucun  auteur  n’en  a  signalé  l’existence  jus¬ 
qu’à  ce  jour. 

Étiologie.  —  Mécanisme  et  siège.  —  Parmi  les  plaies  chirurgicales, 
nous  rangerons  celles  qui  sont  faites  à  l’aide  du  bistouri  dans  un  but 
thérapeutique;  les  plaies  accidentelles  sont  souvent  le  résultat  de  tenta¬ 
tives  de  suicide  ou  d’homicide,  quelquefois  le  fait  d’une  blessure  par 
instrument  tranchant  ou  d’une  chute  sur  une  arête  aiguë,  un  corps  dur,, 
une  pique  de  fer  (Legouest). 

Ces  dernières,  c’est-à-dire  les  piqûres,  sont  infiniment  plus  rares  que 
les  autres.  Celles  causées  par  un  instrument  tranchant  se  divisent  en  plaies 
longitudinales  et  plaies  transversales.  Les  premières  se  voient  surtout  après 
les  incisions  chirurgicales  ;  les  secondes  principalement  dans  le  suicide, 
l’homicide.  Elles  siègent  le  plus  habituellement  sur  la  membrane  criço- 
thyroïdienne,  d’après  Horteloup.  Sur  un  relevé  de  36  cas,  cet  auteur  a 
noté  13  fois  la  blessure  de  cette  membrane;  12  fois  celle  de  la  membrane 
thyro-hyoïdienne ;  10  fois  celle  du  cartilage  thyroïde;  1  fois  celle  de  la 
membrane  crico-trachéale. 

Anatomie  pathologique.  —  Souvent  la  plaie  est  nette;  d’autres  fois,  elle  est 
irrégulière,  ses  bords  sont  alors  couturés  et  déchiquetés;  elle  se  complique 
dans  un  grand  nombre  de  cas  de  blessure  de  la  trachée  et  de  l’œsophage.. 
Dans  les  plaies  par  balle,  la  lésion  de  ces  deux  organes  est  chose  fréquente. 

La  forme  de  la  plaie  varie  suivant  l’instrument  employé,  suivant  la 
direction  et  la  force  qu’on  lui  a  imprimé  ;  elle  peut  être  large  ou  petite. 


LARYNX.  -  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE  :  PLAIES.  285 

profonde  ou  superficielle,  atteindre  la  colonne  vertébrale  ou  n’entamèr  que 
le  péi'ichondre,.  Dans  d’autres  cas,  elle  n’atteint  que  le  cartilage  et  s’arrête 
à  la  muqueuse  {plaies  non  pénétrantes).  Souvent  des  blessures  larges 
guérissent  mieux  que  des  plaies  plus  restreintes,  car  dans  le  premier  cas 
l’air,  le  sang,  le  pus  s’écoulent  mieux. 

Du  côté  des  vaisseaux,  on  ne  constate  que  rarement  la  lésion  d’artères 
importantes,  comme  les  carotides  ;  elles  fuient  d’ordinaire  sous  le  couteau 
de  l’homme  qui  veut  sesuicider;  dans  l’homicide,  la  blessure  de  ces  troncs 
est  plus  fréquente.  Les  veines  sont  toujours  intéressées;  la  section  du 
nerf  récurrent  s’observe  quelquefois. 

Symptômes.  —  Ils  varient  suivant  que  la  plaie  est  large  ou  petite.  Sans 
parler  ici  des  symptômes  ordinaires  des  plaies,  qui  se  rencontrent  dans 
les  deux  catégories  que  nous  venons  d’établir,  existe  des  symptômes 
fonctionnels,  portant  sur  la  voix  et  la  respiratiori,  qui  méritent  au  plus 
haut  point  de  fixer  l’attention. 

A.  Plaie  large.  —  Dès  que  la  plaie  est  faite,  l’air  s’échappe  en  bouil¬ 
lonnant;  pendant  l’inspiration,  il  se  précipite  dans  le  larynx  avec  un  bruit 
d’aspiration  particulier. 

Lorsque  la  plaie  est  longitudinale  et  considérable,  ses  lèvres  sont  re¬ 
foulées  en  dehors  pendant  l’expiration,  et  attirées  en  dedans  pendant 
l’inspiration.  Lorsque  la  section  est  transversale  et  qu’elle  porte  sur  tout 
le  calibre  de  l’organè,  on  voit  se  produire  un  mouvement  d’abaissement 
très-marqué  du  bout  inférieur  pendant  l’inspiration.  Ce  phénomène, 
lorsqu’on  n’y  obvie  pas  promptement  en  introduisant  une  canule  dans  le 
bout  inférieur,  peut  rapidement  amener  l’asphyxie.  Ce  symptôme  redou- 
lahle  est  en  outre  occasionné  par  le  sang  qui  coule  dans  la  trachée  ou 
qui  y  est  aspiré.  Des  lambeaux  du  larynx  détachés,  l’épiglotte,  les  carti¬ 
lages  aryténoïdes  (Ch.  Bell)  peuvent  tomber  sur  la  glotte  et  amener  une 
asphyxie  promptement  mortelle. 

Du  côté  delà  voix,  on  observe  des  modifications  en  rapport  avec  l’éten- 
dueetle  siège  du  traumatisme.  C’est  ainsi  que,  dans  les  sections  complètes, 
elle  est  totalement  abolie  ;  dans  les  sections  chirurgicales,  la  voix  est  éga¬ 
lement  abolie;  mais  après  la  guérison,  elle  revient  d’ordinaire;  d’autres 
fois,  elle  reste  rauque.  Lorsque  la  section  porte  au-dessus  de  la  glotte,  il 
se  produit,  d’après  Panas,  au  niveau  de?  cordes  vocales  un  bruit  éclatant, 
comparable  au  souffle  fêlé  et  affaibli  d’une  anche  de  hautbois. 

Lorsque  les  deux  nerfs  récurrents  sont  sectionnés  en  même  temps  que 
le  larynx,  il  y  a  abolition  totale  et  définitive  de  la  voix. 

B.  Dans  les  Plaies  petites,  l’air  et  le  sang  s’écoulant  moins  bien,  il  en 
résulte  deux  symptômes  nouveaux  à  étudier,  qui  sont  l’emphysème  et  l’hé- 
monhagie  interne.  L’emphysème  est  le  signe  pathognomonique  des  plaies 
petites;  dans  les  plaies  de  dedans  en  dehors,  il  est  le  seul  signe  capable 
de  mettre  sur  la  voie;  quelquefois  en  s’infiltrant  sous  la  muqueuse  du 
larynx,  l’air  amène  l’asphyxie  (Sarazin)  eh  très-peu  de  temps.  L’hémor¬ 
rhagie,  lorsqu’elle  est  abondante,  entraîne  aussi  cette  redoutable  compli- 


286 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  CHIRDRGICALE  :  PLAIES. 


cation  ;  d’autres  fois  elle  donne  lieu  à  des  collections  sanguines,  qui  peu¬ 
vent  se  résorber  ou  passer  à  suppuration  et  former  des  abcès,  des  fu¬ 
sées  purulentes  le  long  de  la  trachée. 

Les  plaies  du  larynx  suivent  ordinairement  la  marche  des  plaies  sim¬ 
ples  ;  cependant,  dans  certains  cas,  l’inflammâtion  et  le  gonflement  con¬ 
sécutif  deviennent  assez  intenses  pour  amener  l’asphyxie  ;  ils  sont  souvent 
entretenus  dans  ces  cas  par  la  présence  d’un  morceau  de  cartilage  en  voie 
de  nécrose  (Hévin).  D’autres  fois,  un  bourgeonnement  trop  considérable  de 
la  plaie  rétrécit  lecalibre  du  larynx  au  point  d’asphyxier  également  le.blessé. 

Enfin,  les  plaies  de  grande  étendue  peuvent  amener  une  complication 
que  nous  étudierons  dans  un  paragraphe  spécial,  nous  avons  nommé  les 
rétrécissements. 

Terminaison.  —  Quant  aux  modes  de  terminaison  des  plaies  du  larynx, 
il  résulte  d’après  l’analyse  des  symptômes,  que  la  mort  peut  être  occasion¬ 
née  par  les  différents  mécanismes,  qui  produisent  l’asphyxie  et  en  première 
ligne  par  l’hémorrhagie  et  par  l’emphysème. 

Lorsqu’on  a  paré  à  ces  complications,  la  guérison  s’effectue  la  plupart 
du  temps  ;  sa  durée  est  en  moyenne  de  54  jours  pour  les  grandes  plaies, 
d’après  Ilorteloup,  et  de  5  jours  pour  les  petites. 

Une  plaie  qui,  malgré  un  traitement  régulier  et  méthodique,  ne  se 
ferme  pas,  constitue  une  infirmité  désignée  sous  le  nom  de  fistule  (Voyez 
plus  bas). 

Pronostic. —  Le  pronostic  des  plaies  laryngiennes  chirurgicales  est  des 
plus  favorables,  d’après  Planchon.  Cet  auteur,  sur  un  relevé  de  29  opéra¬ 
tions  de  laryngotomie,  ne  note  que  deux  cas  de  morts.  Il  n’en  est  pas  tout 
à  fait  de  même  des  plaies  accidentelles,  llotlehup,  sur  88  grandes  plaies, 
compte  65  guérisons  et  21  décès,  c’est-à-dire  23,8  p.  100  de  morts;  sur 
21  petites  plaies,  10  guérisons  et  11  décès,  soit  52,3  p.  100  de  morts. 

Traitement.  —  Le  traitement  consiste  surtout  à  prévenir  les  accidents. 
Avant  tout,  il  s’agit  d’arrêter  l’hémorrhagie  en  comprimant  ou  liant  les 
vaisseaux  qui  donnent  dans  la  plaie  et,  si  du  sang  a  coulé  dans  la  trachée, 
de  le  retirer  par  aspiration  au  moyen  d’une  sonde  molle.  En  cas  de  me¬ 
nace  d’asphyxie  par  suite  d’emphysème  ou  de  gonflement  intradaryngé, 
on  pratiquera  la  trachéotomie  sans  aucun  retard.  Si  la  trachée  est  com¬ 
plètement  détachée  du  larynx,  il  sera  prudent  de  placer  une  canule  dans 
le  bout  inférieur,  au  moins  pendant  les  premiers  jours  et  jusqu’au  déve¬ 
loppement  des  granulations. 

Certains  auteurs  ont  préconisé  la  suture  des  parties  molles  divisées; 
mais  c’est  une  pratique  dangereuse,  propre  seulement  à  favoriser  les  inGl- 
trations  de  pus,  de  sang  et  d’air,  comme  Verneuil  et  Demarquay  l’ont  très- 
bien  relevé  dans  une  discussion  à  la  Société  de  chirurgie.  La  suture  isolée 
^es  cartilages,  sans  réunion  de  la  peau,  recommandée  par  quelques  chh 
rurgiens,  est  plus  admissible.  Si  elle  réussit,  elle  raccourcit  beaucoup  la 
durée  de  la  guérison,  mais  elle  exigera  toujours  une  surveillance  exacte 
du  blessé,  de  peur  d’asphyxie. 

Il  s’agit  d’ailleurs  de  distinguer  entre  les  plaies  longitudinales  et  les 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE  :  FIbTÜLES.  287 

transversales;  ces  dernières  sont  toujours  suivies  d’une  rétraction  consi¬ 
dérable  des  bords  delà  plaie,  dont  la  rétrocession  ne  pourrait  se  faire  qu’au 
prix  d’une  forte  tension  ;  aussi  fera-t-on  bien  de  ne  les  rapprocher  que 
parla  position,  en  maintenant  la  tête  fléchie  sur  la  poitrine.  Dans  les  plaies 
longitudinales,  la  réunion  se  fait  quelquefois  très-facilement  avec  de  sim¬ 
ples  bandelettes  de  diachylon,  et  elle  est  alors  admissible. 

La  plus  grande  difficulté  du  traitement  résulte  de  la  blessure  concomi¬ 
tante  de  l’œsophage;  une  grande  partie  des  liquides  avalés  par  le  malade 
s’échappent  par  la  plaie,  et  il  devient  nécessaire  de  le  nourrir  avec  la  sonde 
œsophagienne  pendant  les  six  ou  huit  premiers  jours  au  moins. 

IL  Fistules.  —  Elles  se  produisent  lorsque  la  destruction  des  parties 
intéressées  est  très-étendue,  de  façon  à  ce  que  les  bords  de  la  peau  se  sou¬ 
dent  à  la  muqueuse  plutôt  que  de  se  réunir  entre  eux. 

Elles  réclament  Voblitération  à  condition  que  la  partie  supérieure  du 
canal  soit  libre.  On  peut  l’obtenir  par  deux  procédés  différents,  la  cauté¬ 
risation  ou  l’ autoplastie. 

La  première  méthode  rend  d’excellents  services  dans  les  fistules  de  pe¬ 
tites  dimensions  ;  quant  à  l’autoplastie,  elle  s’exécute  de  différentes  ma¬ 
nières. 

Larrey  pratiquait  l’avivement  simple  des  bords  de  la  fistule  et  réunis¬ 
sait  au  moyen  de  la  suture  entrecoupée  ou  enchevillée. 

L’autoplastie  de  Velpeau  se  compose  de  trois  temps  :  dissection  du 
lambeau,  avivement  de  la  fistule  et  fixation  du  lambeau.  Ce  dernier 
temps,  le  plus  délicat,  consiste  à  replier  le  lambeau  sur  lui-même  et  à 
le  refouler  dans  la  fistule,  où  on  le  maintient  par  une  longue  aiguille,  qui 
traverse  en  même  temps  les  lèvres  de  la  plaie.  Ce  procédé  n’est  pas  bien  sûr. 

L.  Le  Fort  employa  dans  un  cas  le  procédé  suivant  :  «  Il  enleva  d’a¬ 
bord  la  couche  la  plus  superficielle  de  la  muqueuse  de  nouvelle  for¬ 
mation  qui  tapissait  l’entonnoir  fistuleux;  puis  deux  incisions  courbes 
furent  faites  au-dessous  et  au-dessus  des  bords  de  la  fistule,  mais  de  ma¬ 
nière  à  n’intéresser  que  les  couches  les  plus  superficielles  du  derme,  sans 
l’entamer  dans  toute  sa  profondeur  ;  avec  les  mêmes  précautions,  il  en¬ 
leva  les  lambeaux  semi-elliptiques  compris  entre  l’incision  et  les  bords  de 
la  fistule,  et  eut  ainsi  un  avivement  elliptique  tout  autour  de  l’oritice, 
11  attira  ensuite  la  peau  en  bas  et  la  mit  en  contact  avec  le  bord  inférieur 
de  la  plaie  en  ayant  soin  de  la  refouler  dans  l’entonnoir  fistuleux,  cette 
dernière  précaution  étant  indispensable  pour  éviter  le  cul-de-sac  dans 
lequel  aurait  pu  s’accumuler  du  mucus  bronchique.  Pour  y  parvenir,  le 
fil  inférieur  entra  à  deux  millimètres  du  bord  de  la  plaie,  ressortit  le  plus 
près  possible  du  cartilage,  mais  il  ne  rentra  dans  le  lambeau  supérieur 
qu’à  une  certaine  distance  du  bord  de  l’entonnoir.  En  serrant  les  fils, 
une  partie  de  la  surface  du  derme,  mis  à  nu,  est  repoussée  dans  la  fistule 
également  avivée  et  la  remplit.  » 

L.  Le  Fort  enleva  les  fils  le  sixième  jour  ;  celui  du  milieu  avait  cédé  et  il 
persista  une  petite  fislulette,  dont  quelques  cautérisations  au  nitrate  d’ar¬ 
gent  triomphèrent  facilement.  . 


288  LARYNX.  —  pathologie  chirupæicale  :  brülores.  fractüres. 

Nélaton  emploie  le  même  procédé  que  pour  les  fistules  uréthrales.  11 
taille  sur  un  des  côtés  de  la  fistule  un  lambeau  auloplastique  en  forme  de 
pont,  en  conservant  deux  pédicules  curvilignes,  l’un  au-dessus,  l’autre 
au-dessous  de  la  fi.stule.  II  avive  ensuite  la  peau  de  l’autre  côté  de  la  fis¬ 
tule  ;  puis  il  fait  glisser  le  lambeau  autoplastique  sur  cette  surface  avivée 
et  réunit.  Grâce  aux  deux  pédicules  qui  ne  subissent  pas  de  torsion,  le 
glissement  est  facile  et  la  gangrène  impossible. 

III.  Brûlures.  —  Les  brûlures  du  larynx  ne  font  l’objet  d’aucun  cha¬ 
pitre  spécial  dans  les  divers  traités  de  pathologie.  Certains  journaux  anglais 
et  hollandais  seuls  relatent  quelques  faits  intéressants  ayant  trait  à  cette 
lésion.  Cela  tient  à  l’habitude  de  nos  voisins  d’avoir  en  permanence  dans 
la  cheminée  des  bouilloires  pour  faire  du  thé.  Des  enfants  s’en  emparent 
et  la  portent  à  leurs  lèvres  pour  boire.  Ils  s’échaudent  alors  la  bouche, 
le  pharynx  et  la  partie  supérieure  du  larynx  ;  ordinairement  il  se  produit 
au  bout  d’un  certain  nombre  d’heures  un  œdème  aigu  de  ta  glotte  qui 
nécessite  la  trachéotomie.  Nous  ne  pensons  pas  qu’il  faille  tarder  trop 
longtemps  pour  la  pratiquer,  car,  d’après  les  observations,  l’obstruction 
de  la  glotte  a  emporté  un  certain  nombre  de  ihalades  dans  l’espace  de  peu 
de  temps.  L’opération  est,  du  reste,  très-bien  supportée,  et  ses  consé¬ 
quences  minimes,  puisque  dans  la  plupart  des  cas  on  a  pu  retirer  la 
canule  après  deux  ou  trois  jours. 

IV.  Fractures.  —  L’histoire  des  fractures  du  larynx  est  loin  d’être 
complète;  c’est  à  peine  si  l’on  en  trouve  quelques  observations  dissémi¬ 
nées  dans  les  différents  auteurs.  Celles  qui  datent  du  commencement  du 
siècle,  sont  la  plupart  incomplètes  et  ne  donnent  qu’une  idée  fort  vague 
du  traumatisme. 

Ce  n’est  que  dans  ces  dernières  années  que  les  fractures  du  larynx  sont 
devenues  le  sujet  de  recherches  importantes.  Nous  devons  à  Cavasse  la 
monographie  la  plus  complète  sur  la  question  qui  nous  occupe.  Elle  est 
basée  sur  une  dizaine  d’observations,  dont  quatre  inédites,  et  sur  des 
expériences  pratiquées  par  l’auteur  sur  le  cadavre. 

Gurlt  rapporte  42  observations  de  fractures  du  larynx. 

Hénoque  a  réuni  52  cas  très-détaillés  de  fractures ,  qu’il  a  étudiées  au 
triple  point  de  vue  de  leur  cause,  de  leur  gravité  et  de  leur  traitement. 
Enfin  il  existe  encore  un  certain  nombre  d’observations,  plus  récentes. 

En  fait  à’ étiologie,  il  est  maintenant  reconnu  qu’aucun  âge  n’est  à  l’abri 
de  cet  accident.  Bien  que  certains  auteurs  (Morgagni,  Marjolin)  émet¬ 
tent  des  doutes  sur  la  possibilité  des  fractures  du  larynx  chez  les  sujets 
jeunes,  dont  le  larynx  n’est  pas  ossifié,  il  est  aujourd’hui  bien  établi, 
d’après  les  observations  et  les  expériences  des  différents  chirurgiens 
nommés  plus  haut,  que  la  fracture  peut  atteindre  les  cartilages  du  larynx 
à  tout  âge  et  avant  l’époque  de  V ossification,  mais  que  cette  dernière 
constitue  une  cause  prédisposante  très-puissante. 

Les  causes  occasionnelles  résultent  toujours  d’une  violence  extérieure. 
Mais  ici  les  auteurs  diffèrent  d’opinions.  Tandis  que  les  uns  (Pemberlon, 
Wilson,  Krishaber)  n’admettent  que  les  fracturés  par  cause  directe  [coaÿs, 


LARYNX.  -  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE  :  FRACTURES.  289 

pression  des _doigts,  coups  de  feu,  strangulation,  pendaison),  et  rejettent 
absolument  les  fractures  par  cause  indirecte  (chute  sur  un  corps  dur),  les 
autres  (Laugier,  Monteggia,  Gavasse,  Béchade)  citent  des  cas  de  fracture 
par  cause  indirecte.  Les  premiers  n’ont  jamais  pu  produire  de  fracture  en 
précipitant  le  corps  de  telle  façon  que  le  larynx  portât  contre  l’angle 
d’une  table.  Ils  se  basent  là-dessus  pour  conclure  à  l’impossibilité  de  la 
fracture  par  ce  mécanisme.  Ils  ne  considèrent  pas  que  les  conditions  ne 
sont  pas  identiques  syr  le  cadavre  et  sur  le  vivant.  Chez  ce  dernier,  en 
effet,  lors  d’une  chute,  tous  les  muscles  se  contractent;  l’individu,  au 
moment  de  tomber,  fait  des  efforts  pour  se  retenir  ;  il  s’ensuit  que  toute 
la  boîte  cartilagineuse  du  larynx  est  à  ce  moment  fortement  tendue  et 
invariablement  fixée;  elle  peut  être  comparée  à  une  barre  rigide,  et  aura 
par  conséquent  moins  de  tendance  à  se  déplacer,  et  plus  de  tendance  à  se 
fracturer.  Sur  le  cadavre,  au  contraire,  les  muscles  étant  relâchés,  le  la¬ 
rynx  se  déplacera  avec  la  plus  grande  facilité,  et  échappera  ainsi  à  la 
cause  fracturante. 

Quant  au  mécanisme  suivant  lequel  la  fracture  se  produit,  il  faut  di.s- 
linguer  deux  cas  : 

f  Tantôt  la  courbure  du  cartilage  thyroïde  tend  à  être  effacée,  et  le 
cricoïde  est  aplati  d’avant  en  arrière  contre  la  colonne  vertébrale  ; 

2°  Tantôt,  au  contraire,  la  courbure  du  thyroïde  est  exagérée,  et  le  cri¬ 
coïde  est  aplati  latéralement. 

Le  premier  effet  est  produit  par  les  violences  extérieures,  telles  qu’un 
cboc,un  coup, une  chute  sur  un  corps  dur,  la  pendaison,  etc.  Le  deuxième 
est  le  résultat  de  la  pression  des  doigts. 

Le  cartilage  le  plus  fréquemment  fracturé  est,  d’après  les  52  cas  rap¬ 
portés  par  Hénoque,  le  thyroïde  seul  (23  fois);  viennent  ensuite  ;  le  cri¬ 
coïde  (7),  les  deux  cartilages  ensemble  (7j  ;  dans  les  autres  cas,  il  y  a  eu 
fracture  multiple  de  l’os  hyoïde,  des  anneaux  de  la  trachée  et  des  cartilages 
du  larynx.  Le  siège  le  plus  habituel  de  la  fracture  pour  le  thyroïde  est  la 
ligne  médiane  ou  un  point  voisin  de  cette  ligne;  les  grandes  cornes  sont 
souvent  fracturées,  et  ce  fait  trouve  son  explication  dans  le  choc  de  ces 
parties  contre  la  colonne  vertébrale. 

La  fracture  peut  être  simple  ou  multiple  sur  le  même  cartilage. 

SïiiPTÔ-MEs;  DIAGNOSTIC.  —  Les  symptômes  varient  suivant  que  la  frac¬ 
ture  est  simple  ou  compliquée. 

Ainsi,  tandis  que  dans  le  premier  cas  ils  sont  souvent  nuis  ou  à  peine 
appréciables,  dans  le  second,  ils  peuvent  être  d’une  gravité  extrême, puis¬ 
que  l’on  cite  des  cas  de  mort  subite  survenus  peu  après  l’accident. 

l' asphyxie  est,  de  tous  les  symptômes  fonctionnels,  celui  qui  est  le  plus 
à  redouter;  c’est  elle  quia  occasionnée  la  mort  dans  les  observations  rap¬ 
portées  par  les  auteurs,  soit  brusquement,  soit  lentement. 

Les  lésions  qui  amènent  ces  troubles  funestes  sont  :  un  épanchement 
de  sang  dans  les  ventricules,  dans  le  tissu  cellulaire  sous-muqueux  qui 
avoisine  la  glotte,  ou  dans  l’un  des  replis  situés  au-dessus  d’elle  (Stokes); 
l’œdème  de  la  glotte  ;  le  déplacement  d’un  cartilage  ou  d’un  fragment  de 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  CHIRDRGICALE  :  FRACTDRES. 


cartilage.  Cette  dernière  influence  peut  amener  la  mort  par  deux  méca¬ 
nismes  différents  :  ou  bien  les  lèvres  de  la  glotte,  privées  de  l’un  de  leurs 
points  d’appui,  s’affaissent  et  obturent  l’orifice  glottique,  ou  bien  le  car¬ 
tilage  lui-même,  déplacé  dans  un  mouvement  brusque,  tombe  entre  les 
lèvres  de  la  glotte  et  intercepte  le  passage  de  l’air,  comme  dans  l’obser¬ 
vation  rapportée  par  Fredet  (de  Clermont-Ferrand). 

Du  côté  de  la  voix,  on  constate  des  troubles  qui  vont  depuis  une  simple 
altération  du  timbre  jusqu’à  l’aphonie  la  plus  complète. 

On  conçoit  que  ces  variations  dépendent  de  l’intensité  du  choc,  du  siège 
de  la  lésion  et  des  complications  qui  peuvent  surgir.  Parmi-  ces  dernières, 
outre  l’hémoptysie,  la  toux,  la  dysphagie  (obs.  III  de  Cavasse) ,  il  faut  noter 
l’emphysème  qui  se  produit  quelquefois  (obs.  I  de  Cavasse).  Décrit  parles 
anciens  sous  le  nom  de  tumeurs  aériennes  du  cou,  il  résulte  d’une  déchi¬ 
rure  de  la  muqueuse;  il  siège  toujours  dans  la  profondeur  et  non  dans  le 
tissu  cellulaire  sous-cutané. 

Les  signes  physiques  sont  les  changements  de  forme  et  de  volume  du 
cou,  les  ecchymoses,  la  mobilité  anormale  et  la  crépitation.  Cette  dernière 
difficile  à  constater  manque  souvent.  On  n’a  donc,  en  réalité,  comme  signe 
positif  de  diagnostic,  que  la  mobilité  anormale,  attendu  qu’une  simple 
contusion  occasionne  quelquefois  du  gonflement  et  des  ecchymoses,  et  que 
/emphysème  du  cou  peut  se  rencontrer  sans  qu’il  y  ait  fracture  du  larynx, 
Le  laryngoscope  permettra  dans  certains  cas  de  reconnaître  la  lésion. 

Traitement.  —  Le  traitement  dépend  de  la  nature  des  symptômes,  de  la 
forme  de  la  fracture,  de  la  gravité  des  accidents.  C’est  contre  ces  derniers, 
et  particulièrement  contre  l’asphyxie,  que  le  chirurgien  aura  à  lutter  en 
pratiquant  la  trachéotomie. 

Mais  à  quel  moment  convient-il  d’intervenir?  Si  l’on  tient  compte  des 
cas  où  l’on  a  temporisé  (Laugier,  in  thèse  de  Cavasse,  Fredet)  et  où  il 
y  a  eu  mort  subite,  on  en  tire  la  conclusion  qu’il  faut  opérer  dès  que 
l’on  soupçonne  des  lésions  graves  dans  l’intérieur  du  larynx,  dès  qu’il  j 
a  imminence  d’asphyxie,  sans  attendre  qu’elle  ait  atteint  son  maximum 
d’intensité;  de  plus,  si  l’on  considère  les  difficultés  considérables  qu’a 
eu  à  surmonter  le  chirurgien  (Maisonneuve,  thèse  de  Cavasse)  dans 
une  opération  tardive,  on  aura  un  argument  de  plus  plaidant  en  faveur 
de  l’opération  préventive.  Mais  d’autre  part,  à  la  lecture  de  l’observa¬ 
tion  III  de  Cavasse,  et  de  celle  de  Fayrer,  on  acquiert  la  certitude  que 
des  cas  fort  graves  qui,  au  premier  abord,  semblaient  réclamer  la  tra¬ 
chéotomie,  peuvent  guérir  sans  intervention.  Il  est  donc  très-difficile 
d’établir  une  ligne  de  conduite  bien  tracée  ;  c’est  au  tact  du  chirurgien 
d’apprécier  le  moment  auquel  il  convient  d’opérer. 

Dans  les  cas  moins  graves,  on  emploie  les  antiphlogistiques,  le  froid, 
puis  on  essaye  de  ramener  le  larynx  à  sa  forme  primitive,  de  le  mainte¬ 
nir  en  place  par  des  bandages  appropriés,  et  mieux  encore  par  une  légère 
flexion  de  la  tête  sur  la  poitrine. 

V.  Rétrécissements.  — Les  rétrécissements  du  larynx  sont  de  deux 
ordres  ;  les  uns  proviennent  de  l’extérieur  et  sont  occasionnés  par  une  tu- 


LARYNX.  -  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE  :  RËTRÉCISSEMEKTS.  291 

meur  qui  siège  sur  un  organe  voisin  et  qui  comprime  le  larynx.  Nous 
n’avons  pas  à  nous  en  occuper  ici.  Les  autres  sont  ceux  qui  procèdent  de 
l’intérieur  même  du  larynx.  Parmi  ces  derniers,  les  uns  sont  purement 
temporaires,  les  autres  sont  plus  ou  moins  permanents.  Toutes  ces  al¬ 
térations  ont  été  décrites  sous  le  nom  de  laryngosténose. 

Tûrck,  se  basant  sur  le  siège  des  rétrécissements,  les  a  divisés  en  rétré¬ 
cissements  sus-glottiques,  glottiques,  sous-glottiques.  Cette  distinction, 
qui  peut  avoir  son  importance  au  point  de  vue  anatomique,  est  peu  utile  au 
point  de  vue  pratique.  Les  symptômes  sont  à  peu  de  chose  près  les  mêmes 
dans  les  trois  catégories,  et  le  traitement  varie  peu  d’une  classe  à  l’autre. 

SîjiPTÔMEs.  —  C’est  ainsi  que,  dans  tout  rétrécissement  grave,  on  observe 
des  troubles  du  côté  de  la  respiration  :  caractérisée  au  début  par  un  siffle¬ 
ment  bien  perceptible  pendant  l’inspiration,  elle  s’embarrasse  de  plus  en 
plus;  le  malade  est  eu  proie  à  une  dyspnée  plus  ou  moins  considérable 
qui  peut  aller  jusqu’à  l’orthopnée  ;  la  respiration  striduleuse  du  début  est 
remplacée  par  un  véritable  cornage.  La  face  devient  vultueuse,  cyano¬ 
sée,  tous  les  symptômes  de  l’asphyxie  se  manifestent  et  la  trachéotomie 
devient,  dans  bien  des  cas,  l’unique  planche  de  salut.  En  même  temps 
on  remarque,  du  côté  de  la  phonation,  des  modifications  en  rapport  avec 
le  degré  du  rétrécissement  :  la  voix  s’altère  peu  à  peu  et  finit  par  devenir 
coinplétement  impossible.  Mais  ces  deux  phénomènes  ne  suivent  pas  tou¬ 
jours  une  marche  parallèle  dans  tous  les  rétrécissements;  on  a  vu,  ainsi 
que  Czerraak  l’a  bien  démontré  pour  ce  qui  concerne  les  polypes,  que 
des  tumeurs  volumineuses  du  larynx,  tout  en  entravant  la  respiration, 
n’altéraient  pas  nécessairement  la  voix.  Krishaber,  en  relevant  ce  fait,  ad¬ 
met  avec  Czermak  qu’un  polype,  qui  a  rét^ci  la  cavité  du  larynx  et  altéré 
au  début  la  voix,  peut  rendre  à  la  voix,  à  mesure  qu’il  grandit,  son  timbre 
et  sa  netteté.  Il  explique,  avec  Czermak,  ce  fait  paradoxal  de  la  façon  sui¬ 
vante  :«  Lorsque  la  tumeur  se  développe  sur  les  bords  des  cordes  vocales, 
dit-il,  elle  empêche  leur  rapprochement  au  commencement  ;  mais,  à  me¬ 
sure  que  la  tumeur  se  développe,  et  surtout  quand  elle  est  pédiculée, 
l’entrave  mécanique  diminue,  parce  que  la  tumeur  se  déplace,  et  la  voix 
redevient  plus  claire.  » 

Vahiétés.  —  Les  rétrécissements  que  nous  appellerons  temporaires,  nés 
d’une  inflammation  de  la  muqueuse  laryngienne,  ne  constituent  ordinai¬ 
rement  qu’un  gonflement  plus  ou  moins  passager,  un  oedème  de  la  glotte. 

Dépassant  rarement  certaines  limites,  ils  s’accompagnent  de  symptômes 
peu  alarmants  dans  la  majorité  des  cas;  ils  cèdent,  en  général,  à  un  trai¬ 
tement  bien  institué  et  ne  réclament  presque  jamais  l’intervention  chi¬ 
rurgicale.  D’autres  fois,  ils  peuvent  persister  un  temps  plus  ou  moins  long 
et  revêtir  un  caractère  chronique.  Ils  s’observent  : 

1“  Dans. les  inflammations  catarrhales  aiguës  ou  chroniques  de  la  mu¬ 
queuse  du  larynx.  Ils  résultent  alors,  soit  de  la  tuméfaction  des  cordes 
vocales  ou  de  la  muqueuse  de  la  paroi  postérieure  du  larynx,  soit  de  la 
paralysie  des  muscles  dilatateurs  de  la  glotte  et  du  spasme  de  ses  muscles 
constricteurs.  Les  rétrécissements  dépendant  d’une  inflammation  croupale 


292  LARYNX.  —  pathologie  chihurgicale  ;  rétrécissemehts. 
ou  diphlhérique  sont  plus  graves  que  les  précédents  ;  les  fausses  mem¬ 
branes  rétrécissent  le  champ  de  la  glotte  et  nécessitent  ordinairement  la 
trachéotomie  {voy.  Croup,  Trachéotomie).  Il  en  est  de  même  de  ceux 
'qui  sont  occasionnés  par  un  œdème  de  la  glotte  [voy.  Larynx  (Œdème 
de  la  glotte,  ’ili)]-, 

2"  Dans  les  ulcérations  des  cordes  vocales,  de  quelque  nature  qu’elles 
soient,  syphilitiques,  diphthéritiques  ou  tuberculeuse.s.  Dans  cette  classe 
rentrent  tout  spécialement  les  rétrécissements  que  l’on  observe  chez  les 
phthisiques;  ils  proviennent  d’une  inflammation  chronique  de  la  mu¬ 
queuse  qui  accompagne  les  ulcérations  et  finit  parfois  par  aboutir  à  la 
dégénérescence  calleuse  (Rokitansky); 

5“  Dans  la  périchondrite  laryngée  [rot/.  LAR¥Nx{Pmc/iojidnté,  p.  266)]. 
Ils  réclament  le  plus  souvent  la  trachéotomie,  quelle  que  soit  la  source  de 
l’affection  cartilagineuse. 

Les  rétrécissements  permanents  ne  dérivent  plus  d’une  inflammation 
simple,  mais  de  la  formation  d’un  tissu  nouveau  qui  diminue  le  calibre 
du  larynx.  Ce  sont  ou  des  néoplasmes,  comme  les  polypes  (voy.  ce  para¬ 
graphe)  qui  naissent  d’un  point  restreint  de  la  paroi  et  proéminent  dans 
la  cavité,  ou  des  carcinomes  qui  infiltrent  la  paroi  et  la  transforment  en 
tumeur,  ou  enfin  des  brides  cicatricielles  d’origine  syphylitiques,  diph¬ 
théritiques  ou  traumatiques  (coups  de  feu),  qui  soudent  les  parois  oppo¬ 
sées  et  déforment  ou  oblitèrent  plus  ou  moins  complètement  le  larynx. 

Toutes  ces  variétés  de  rétrécissements  causent  une  dyspnée  parfois 
très-intense'  et  toujours  permanente,  et  réclament  pour  leur  guérison  une 
intervention  chirurgicale. 

Les  laryngosténoses  cicatrmelles  constituent  les  rétrécissements  pro¬ 
prement  dits,  et  dans  la  grande  majorité  des  cas  ils  sont  d’origine  syphi¬ 
litique.  Ils  peuvent  siéger  sur  tous  les  points  de  Fappareil  du  larynx  ou 
même  de  la  trachée,  et  s’accompagnent  souvent  de  destruction  des  carti¬ 
lages  ;  d’où  une  coarctation  irrémédiable  qui  n’admet  plus  qu’un  traite¬ 
ment  palliatif. 

L.  Êlsberg  (de  New-York)  a  cependant  signalé  une  forme  plus  rare  et 
plus  accessible  à  nos  moyens  thérapeutiques,  consistant  en  une  occlusion 
membraneuse  de  la  glotte  chez  les  syphilitiques.  Sur  270  cas  de  syphilis 
du  larynx,  il  a  relevé  six  fois  ce  rétrécissement  membraneux.  Trois  fois 
la  cloison  cicatricielle  entre  les  cordes  vocales  fût  divisée  avec  le  galvano- 
cautère,  et  les  fonctions  se  rétablirent  plus  ou  moins  complètement. 

Elsberg  remarque  que  la  membrane  cicatricielle,  conséquence  de  l’ul¬ 
cération  spécifique,  débute  le  plus  souvent  par  la  partie  antérieure, des 
cordes  vocales,  l’air  passant  par  la  partie  postérieure;  quelquefois, 
lorsque  la  membrane  est  très-développée,  elle  est  percée  en  son  milieu 
d’un  trou  qui  donne  passage  à  l’air.  Sa  formation  est  assez  lente,  ce  qui 
rend  le  pronostic  relativement  favorable  au  point  de  vue  de  la  vie;  dans 
les  cas  même  où  elle  est  très-développée,  elle  n’entraîne  pas  la  mort. 

Les  adhérences  des  cordes  vocales  à  la  suite  de  diphthérie,  quoique  n’é¬ 
tant  pas  excessivement  fréquentes,  sont  plus  connues  de  tout  le  monde, 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  CHIRDKGICALE  :  RÉTRÉCISSEMENTS.  295 

Elles  présentent  les  symptômes  communs  à  tous  les  rétrécissements,  et 
nécessitent  les  mêmes  opérations  que  la  plupart  d’entre  eux. 

Un  autre  genre  de  rétrécissement,  d’une  nature  fort  obscure,  a  été  vu 
quatre  fois  par  Burow.  Le  larynx  était  normal  dans  ces  quatre  cas;  mais, 
au-dessous  des  cordes  vocales  inférieures,  existaient  deux  bourrelets  sy¬ 
métriques  proéminant  assez  pour  réduire  presque  à  néant  la  fente  glot- 
tique.  Ces  tumeurs  adhéraient  à  la  face  inférieure  des  cordes  vocales  et 
étaient  très-évidemment  le  résultat  d’un  travail  inflammatoire.  La  tra¬ 
chéotomie,  nécessitée  par  la  dyspnée,  amena  la  disparition  des  phéno¬ 
mènes  morbides. 

•  Tûrek  rapporte  également  le  fait  d’un  apprenti  cordonnier,  chez  le^ 
quel  l’examen  laryngoscopique  fit  voir,  un  peu  au-dessous  de  la  glotte, 
une  coarctation  annulaire  dont  l’ouverture  n’avait  que  le  diamètre  d’une 
plume  d’oie;  mais  ce  rétrécissement  sous-glottique  était  probablement 
d’origine  syphilitique. 

Diagnostic.  —  Quant  au  diagnostic,  la  dyspnée  et  le  cornage  indiquent 
déjà  de  loin  qu’un  malade  est  affecté  de  laryngosténose  ;  mais  il  s’agit  en¬ 
suite  de  reconnaître  quelle  est  la  nature  et  le  siège  de  l’obstacle.  Ce  der¬ 
nier  point  était. quelquefois  difficile  à  élucider  avant  l’invention  du  laryn¬ 
goscope,  car  les  rétrécissements  de  la  trachée  donnent  lieu  presque  aux 
mêmes  symptômes  que  ceux  du  larynx  ;  aussi  est-il  arrivé  plus  d’une  fois 
qu’on  a  pratiqué  la  trachéotomie  sans  soulagement  pour  le  malade,  parce 
que  la  coarctation  ne  siégeait  pas  dans  le  larynx,  mais  plus  bas,  dans  la 
trachée.  Le  laryngoscope  nous  préserve  de  ces  erreurs  pénibles,  puisqu’il 
nous  indique  formellement  si  le  larynx  est  libre  ou  non  ;  encore  faudra- 
t-il  bien  s’assurer  qu’à  défaut  d’obstacle  mécanique,  il  n’est  pas  le  siège 
d’une  lésion  fonctionnelle,  comme  une  paralysie  de  la  glotte,  capable 
d’expliquer  la  dyspnée  et  l’aphonie.  Ce  point  écarté,  on  tâchera  de  pro¬ 
jeter  les  rayons  lumineux  jusque  dans  la  trachée  pour  rechercher  l’obsta¬ 
cle  plus  bas.  Dans  le  cas  de  destruction  étendue  des  cartilages,  la  palpa¬ 
tion  extérieure  pourra  également  faire  reconnaître  le  siège  de  la  coarc¬ 
tation. 

Sa  nature  nous  est  aussi  révélée  le  plus  souvent  par  le  laryngoscope; 
c’est  ainsi  qu’un  polype,  un  œdème  de  la  glotte  se  diagnostiquent  à  pre¬ 
mière  vue.  Cependant  un  carcinome  diffus  et  entouré  d’une  zone  de  gon¬ 
flement  peut  en  imposer  quelque  temps  pour  un  simple  œdème  chro¬ 
nique,  jusqu’au  moment  où  il  s’ulcère  vers  l’intérieur  du  larynx,  ou 
lorsqu’il  perce  les  cartilages  et  vient  à  former  tumeur  sous  la  peau.  Aussi 
faut-il  toujours  palper  avec  soin  la  face  extérieure  du  larynx  pour  se  ren¬ 
dre  compte  des  déformations  qui  peuvent  y  exister  :  un  gonflement  dou¬ 
loureux,  limité  par  un  bord  dur,  fera  songer  à  .une  périchondrite;  une 
tuméfaction  indolente  et  diffuse,  à  un  carcinome. 

Une  autre  source  de  diagnostic  assez  importante  résullœde  ia  marche 
même  de  la  maladie  et  des  affections  concomitantes.  Tous  les  rétrécisse¬ 
ments  temporaires  se  développent  vite,  dans  l’espace  de  quelques  jours 
ou  même  de  quelques  heures,  tandis  que  les  autres  mettent  des  mois  et 


294f  LARYNX.  —  pathologie  chirurgicale  :  rétrécissements. 
des  années  à  provoquer  une  extinction  de  voix  ou  une  dyspnée  inquié¬ 
tante.  La  laryngosténose  survenant  dans  le  cours  d’une  scarlatine'  ou 
d’une  rougeole  sera  suspecte,  avant  tout  examen,  d’être  causée  par  des 
fausses  membranes  ;  dans  le  cours  d’une  phthisie,  on  supposera  des  ul¬ 
cérations  tuberculeuses  et  de  l’œdème.  La  périchondrite  survient  surtout 
pendant  la  fièvre  typhoïde;  enfin  les  rétrécissements  syphilitiques  se  pro¬ 
noncent  pendant  la  période  secondaire  ou  tertiaire  de  la  vérole,  alors 
qu’un  traitement  spécifique  tardif  a  causé  la  cicatrisation  des  ulcères  dé¬ 
veloppés  dans  le  larynx.  C’est  au  point  que  certains  auteurs,  craignant 
moins  l’ulcère  que  la  rétraction  cicatricielle,  ont  formellement  conseillé 
de  renoncer  à  tout  traitement  spécifique  quand  on  avait  reconnu  une  ul¬ 
cération  un  peu  profonde  dans  le  larynx. 

Traitement.  —  Le  traitement,  d’après  tout  ce  qui  vient  d’être  dit,  doit 
répondre  à  deux  indications,  dont  la  première,  purement  vitale,  consiste  à 
pratiquer  la  trachéotomie  dès  que  des  symptômes  graves  de  laryngoténose 
se  manifestent.  Dans  bien  des  cas,  on  ne  peut  remplir  que  cette  seule  indi¬ 
cation,  et,  malgré  toutes  les  tentatives  entreprises  dans  le  but  de  guérir  le 
rétrécissement,  les  essais  restent  infructueux,  c’est-à-dire  que  le  malade  est 
obligé  de  garder  la  canule  durant  toute  sa  vie.  Ces  rétrécissements  graves 
s’observent  ordinairemejit  à  la  suite  de  périchondrite  laryngée,  ou  encore 
d’ulcérations  syphilitiques  ou  diphthéritiques.  —  Dans  certains  cas  de  suf¬ 
focation  produits  par  un  œdème  chronique  du  larynx,  la  gêne  de  la  circu¬ 
lation,  causée  par  cet  état,  contribue  encore  à  l’entretenir  et  à  l’augmen¬ 
ter.  La  trachéotomie  rompt  alors  le  cercle  vicieux  et  ne  constitue  plus 
seulement  un  traitement  palliatif,  mais  aussi  curatif. 

Lorsque  les  troubles  de  la  respiration  n’oiit  pas  une  intensité  qui  peut 
faire  craindre  pour  les  jours  du  malade,  et  que  le  laryngoscope'a  fait  re¬ 
connaître  un  rétrécissement,  il  faut  pratiquer  le  cathétérisme  du  larynx. 
Dans  certains  cas,  c’est  l’unique  moyen  de  diagnostiquer  les  rétrécisse¬ 
ments,  lorsque  ceux-ci  siègent  au-dessous  de  la  glotte.  Outre  que  le  cathé¬ 
térisme  est  très-utile  pour  confirmer  le  diagnostic,  il  permet  de  juger  avec 
plus  de  certitude  du  degré  du  rétrécissement;  il  règle  la  forme,  le  choix, 
de  l’instrument  qui  servira  dans  une  opération  subséquente  ;  il  réalise 
pour  le  malade  et  le  médecin  des  avantages  incontestables,  en  habituant 
celui-là  au  contact  des  instruments,  et  en  permettant  à  celui-ci  d’opérer 
plus  sûrement,  une  fois  que  la  sensibilité  des  parties  intéressées  est 
émoussée  et  que  la  peur  du  malade  est  vaincue. 

On  se  sert  à  cet  effet  de  sondes  laryngiennes  en  argent  ou  en  étain.  Elles 
sont  généralement  coudées  à  angle  droit,  mais  il  peut  être  utile  de  faire 
varier  leur  courbure  ;  ainsi,  lorsqu’on  se  propose  d’explorer  la  partie  an¬ 
térieure  du  larynx,  il  est  bon  de  leur  faire  dépasser  l’angle  droit;  veut- 
on,  au  contraire,  sonder  la  partie  postérieure,  on  leur  donne  une  ouverture 
plus  grande,  c’est-à-dire  n’atteignant  pas  l’angle  droit. 

Les  précautions  à  prendre  dans  l’introduction  de  la  sonde  sont  de  la 
porter  rapidement  à  travers  la  cavité  buccale,  et  de  rester  exactement 
dans  l’axe  de  la  cavité  laryngienne,  une  fois  qu’elle  a  franchi  l’orifice  su- 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE  :  CORPS  ÉTRANGERS.  295 
périeur  du  larynx.  Il  va  de  soi  que  l’instrument  doit  être  retiré  dès  qu’il 
provoque  la  toux  ou  d’autres  réflexes. 

Le  cathétérisme  du  larynx  peut  s’exécuter  de  bas  en  haut,  lorsque  la 
trachéotomie  a  été  pratiquée  préalablement.  Dans  ce  cas,  on  peut  s’ai¬ 
der  de  l’anesthésie,  comme  nous  avons  eu  l’occasion  de  le  faire  chez  un 
enfant  atteint  de  rétrécissement,  causée  par  la  diphthérite. 

Le  rétrécissement  bien  reconnu,  il  s’agit  de  le  vaincre.  Il  est  rare 
qu’on  arrive  à  le  dilater  d’une  façon  permanente  par  le  seul  emploi  des 
bougies;  le  plus  souvent,  on  est  obligé  de  recourir  à  l’instrument  tran¬ 
chant  pour  détruire  les  adhérences,  ou  sectionner  les  brides  cicatri¬ 
cielles.  Ce  n’est,  la  plupart  du  temps,  qu’après  une  opération  sanglante 
que  la  dilatation  progressive  au  moyen  des  bougies  est  possible.  La  sec¬ 
tion  des  brides,  des  membranes,  s’exécute  au  moyen  du  galvano-cautère 
(Elsberg),  ou  encore  au  moyen  d’un  bistouri  boutonné.  L’opération  peut, 
du  reste,  se  faire  en  une  ou  en  plusieurs  séances,  soit  par  la  bouche,  soit 
par  une  ouverture  préalable  de  la  trachée. 

Langenbeck  s’est  servi,  dans  un  cas,  d’un  ténotome  courbe  pour  inciser 
la  cicatrice. 

Enfin,  Eysell(de  Halle)  a  réussi,  dans  ces  derniers  temps  à  sectionner 
une  adhérence  des  cordes  vocales  en  agissant  non  plus  par  les  voies  natu¬ 
relles,  mais  par  l’extérieur  et  sans  laryngotomie  préalable.  C’était  chez 
un  homme  qui  avait  tenté  de  se  suicider  ;  il  porta  un  ténotome  étroit 
dans  la  cicatrice  extérieure  et  guida  la  marche  de  l’instrument  au  moyen 
du  laryngoscope. 

Quoi  qu’il  en  soit,  il  faut,  après  avoir  sectionné  le  rétrécissement,  pra- 
tiquer-le  cathétérisme  du  larynx  pour  maintenir  dilatées  les  parties  ré¬ 
cemment  incisées  et  empêcher  leur  adhésion  grâce  à  la  cicatrisation  isolée 
de  chacun  des  bords  de  la  plaie. 

Les  instruments  dont  on  se  sert  le  plus  fréquemment  pour  la  dilatation 
sont  des  bougies  en  gomme,  dont  on  augmente  graduellement  le  calibre; 
on  peut  aussi  faire  usage  de  pinces  à  polype,  d’éponges  préparées,  de  ca¬ 
nules  spéciales,  comme  dans  l’observation  de  Le  Fort.  La  description  de 
cet  instrument  a  été  donnée  par  Horteloup. 

Disons  enfin,  pour  terminer  l’histoire  des  rétrécissements,  que  Dolbeau 
et  Le  Fort  ont  pratiqué  la  laryngotomie  pour  pouvoir  dilater  les  points  ré¬ 
trécis  (Horteloup) . 

Mais  il  ne  faut  pas  compter  beaucoup  plus  sur  l’effet  durable  de  la  di¬ 
latation,  ou  même  de  l’incision,  dans  les  cicatrices  laryngées  que  dans 
celles  de  l’urèthre.  Les  seuls  cas  où  elle  ait  chance  de  produire  une  gué¬ 
rison  définitive  sont  ceux  de  cicatrices  membraneuses. 

TI.  C!opps  étrangers.  — Nous  ne  nous  occuperons,  dans  ce  chapitre, 
quedes  corps  étrangers  dont  le  séjour  dans  les  voies  aériennes  occasionne  des 
dangers  immédiats,  et  nécessite  par  conséquent  l’intervention  chirurgicale. 

Dans  un  autre  paragraphe,  nous  avons  parlé  des  corps  étrangers  li¬ 
quides,  sang  ou  pus,  qui  peuvent  s’introduire  dans  le  larynx  :  nous  n’y 
reviendrons  donc  pas  ici.  Quant  aux  autres  substances  liquides  qui  pénè- 


396  LARYNX.  —  pathologie  chirdrgicale  :  corps  étrangers. 
trent  quelquefois  dans  le  tube  laryngo-trachéal,  elles  ne  réclament  les 
secours  de  l’art  que  dans  le  cas  où  elles  produisent  un  spasme  de  la  glotte 
[voy.  Larynx  {Spasme  de  la  glotte,  p.  277)]. 

L’étude  des  corps  étrangers  gazeux,  de  quelque  nature  qu’ils  soient, 
rentre  dans  le  domaine  de  la  pathologie  interne.  - 

Corps  étrangers  soudes  ;  mécanisme  de  leur  introduction  ;  lésions.  — 
Nous  n’avons,  en  fin  de  compte,  à  traiter  ici  que  des  corps  étrangers  so¬ 
lides,  offrant  une  certaine  densité.  Ces  corps  viennent  du  dehors  ou  de 
l’organisme  lui-même.  Ce  sont ,  d’après  leur  ordre  de  fréquence  :  des 
haricots,  des  noyaux  de  prune  et  de  cerise,  des  petits  pois,  des  boutons, 
des  pièces  de  monnaie,  des  arêtes  de  poissons,  des  épis  de  graminées, 
des  épingles,  des  cailloux,  etc.;  des  dents  naturelles  ou  artificielles,  des 
parcelles  d’aliments,  des  fragments  d’os  nécrosés  provenant  des  narines, 
du  larynx,  du  corps  des  vertèbres;  des  lombrics,  des  sangsues,  etc.,  etc, 
Le  mécanisme,  suivant  lequel  ces  différents  corps  s’introduisent  dans 
les  voies  aériennes,  varie  selon  qu’ils  proviennent  de  l’extérieur  ou  de 
l’intérieur.  Dans  le  chapitre  qui  traite  de  la  physiologie,  on  a  vu  que  l’en¬ 
trée  des  voies  aériennes  est  protégée  par  l’élévation  du  larynx,  l’abaisse¬ 
ment  de  l’épiglotte  et  la  constriction  de  la  glotte  ;  pour  qu’un  corps  étran¬ 
ger  y  pénètre,  il  faut,  d’après  Bertholle,  la  cessation  de  ces  trois  phéno- 
mènés,  «  c’est-à-dire  que  le  larynx  s’abaisse,  que  l’épiglotte  se  relève,  et 
que  la  glotte  s’ouvre.  »  Or  c’est  précisément  ce  qui  se  produit  dès  qu’une 
inspiration  a  lieu.  Si  donc  un  corps  se  trouve  dans  l’arrière-bouche,  au 
moment  d’une  forte  inspiration,  pendant  an  éclat  de  rire,  un  bâillement, 
il  sera  entraîné  vers  le  larynx  par  la  force  inspiratrice. 

Lorsqu’un  corps  étranger,  un  ver,  par  exemple,  pénètre  de  l’intérieur 
du  corps  dans  la  cavité  du  larynx,  c’est  en  remontant  le  long  des  parois 
de  l’œsophage,  et  en  passant  directement  de  ce  conduit  dans  l’ouverture 
du  larynx;  ou  bien  encore  une  sangsue  appliquée  à  l’entrée  des  fosses  na¬ 
sales,  pourra  se  perdre,  cheminer  jusqu’aux  environs  du  pharynx,  puis 
tomber  dans  le  larynx,  si  une  violente  inspiration  l’y  attire. 

Abstraction  faite  de  l’état  physiologique,  certaines  causes  patholo¬ 
giques,  favorisent  la  chute  des  corps  étrangers  dans  les  voies  aériennes: 
telles  sont  les  paralysies  du  larynx  et  de  l’épiglotte,  de  quelque  nature 
qu’elles  soient,  les  ulcérations  syphilitiques  de  l’épiglotte. 

Enfin,  il  est  des  corps  étrangers  qui  passent  dans  les  voies  aériennes, 
après  avoir  perforé  l’œsophage  où  ils  étaient  primitivement  retenus,  ou 
qui  y  pénètrent  par  l'intermédiaire  du  poumon;  d’autres  enfin  sontintro. 
duits  par  une  plaie  ou  une  perforation. 

Les  symptômes  fonctionnels  et  subjectifs,  les  troubles  auxquels  les 
corps  étrangers  donnent  lieu,  sont  des  plus  variables  ;  dans  certains  cas, 
le  passage  d’une  bouchée  de  pain  dans  le  larynx,  a  suffi  pour  occasionner  la 
mort  instantanément;  d’autres  fois  un  haricot  a  pu  germer  dans  la  cavité 
laryngienne  sans  causer  de  troubles  bien  notables.  Yital  a  publié  l’obser¬ 
vation  d’une  sangsue  vivante  qui  séjourna  quarante-six  jours  dans  la  tra¬ 
chée  d’un  soldat,  et  qui  put  être  retirée  vivante  par  la  trachéotomie.  Des 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE  t  CORPS  ÉTRANGERS.  297 
fragments  d’os  considérables  ont  pu  rester  en  place  dans  lelarynx  pendant 
des  mois  sans  amener  la  mort  du  malade.  En  général,  les  symptômes  dé¬ 
pendent  de  la  nature  du  corps  étranger,  de  son  siège,  de  son  séjour  plus 
ou  moins  prolongé  dans  le  larynx,  de  sa  forme,  de  ses  dimensions,  des 
lésions  qu’il  peut  occasionner,  et  enfin  de  circonstances  qu’il  n’est  pas 
toujours  facile  d’établir  d’avance. 

Quelques  mots  sur  ces  lésions  ne  nous  paraissent  donc  pas  hors  de 
propos.  Elles  dépendent  avant  tout  du  siège  du  corps  étranger,  et  se  dis¬ 
tinguent  en  lésions  locales,  c’est-à-dire  se  produisant  sur  place,  et  en  lé¬ 
sions  e/oiÿjiees. 

Comme  les  symptômes  qu’elles  engendrent,  elles  varient  suivant  les 
facteurs  énumérés  plus  haut.  C’est  ainsi  que  tantôt  on  observe  de  sim¬ 
ples  hyperémies,  d’autres  fois  des  excoriations  plus  ou  moins  profondes  de 
la  muqueuse,  pouvant  se  transformer  en  ulcérations,  en  ahcès;  quel¬ 
ques  auteurs  ont  même  voulu  faire  jouer  aux  corps  étrangers  introduits 
dans  le  larynx  un  rôle  dans  la  production  et  le  développement  de  la 
phthisie  laryngée  ;  mais  il  n’existe  aucun  fait  bien  concluant  qui  prouve 
qu’il  en  soit  réellement  ainsi. 

D’autres  fois  le  corps  étranger.ne  fait  que  passer  à  travers  le  larynx,  et 
vient  tomber  dans  la  trachée  ou  dans  l’une  des  Jaronchese  If. p'eut  alors,  pmr 
un  séjour  prolongé  dans  ces  organes,  y  développer  dés  inflammations  con¬ 
sécutives  graves,  telles  que  pneumonie,  abcès  dupoum^  gapgrène  pul¬ 
monaire,  pleurésie,  •on^ieh-'up^laryngo-trsitîiéite^setiao-memft’aneuse,  ■. 
comme  dans  une  observation  du  docteur  Limousin. 

Enfin  le  corps  étranger,  après  é^oir  séjourné  plus  ou  moins  longtemps 
dans  l’arbre  aérien,  peut  être  rejeté  par  la  bouche,  ou  éliminé  par  un 
ahcès  des  parois  thoraciques,  ainsi  que  nous  le  montrerons  plus  loin. 

Symptômes.  —  Le  symptôme  initial  qui  dénote  l’introduction  d’un  corps 
étranger  dans  les  voies  aériennes,  est  la  toux  convulsive;  il  ne  manque 
presque  jamais,  à  moins  que  le  corps  n’ait  franchi  très-rapidement  le  la- 
rp,  pour  tomber  dans  la  trachée. 

Lorsque  le  corps  est  de  petite  dimension,  il  peut  être  expulsé  par  un 
violent  effort  de  toux  ;  lorsqu’il  est  volumineux,  il  détermine  une  suffoca¬ 
tion,  quelquefois  la  mort  par  occlusion  mécanique  de  la  glotte. 

Les  corps  liquides  sont  généralement  expulsés  par  la  toux  ;  cependant 
de  grandes  quantités  de  liquide,  comme  le  pus  d’un  abcès,  des  matières 
vomies,  peuvent,  en  pénétrant  dans  le  larynx,  occasionner  la  mort  par 
suffocation. 

Très-souvent  on  observe  des  accès  intermittents  de  suffocation;  ils  se 
produisent  lorsqu’un  corps  étranger,  tombé  dans  la  trachée,  est  chassé  vers 
le  larynx  pendant  l’expiration.  Le  calme  qui  suit  l’accès  correspond, 
d’après  la  plupart  des  auteurs,  au  moment  où  le  corps  reprend  sa  place 
primitive  pendant  l’inspiration.  D’après  Desault  et  Louis,  ce  calme  est  dû 
au  passage  et  au  séjour  du  corps  étranger  dans  les  ventricules.  A.  Bérard 
et  Bertholle  n’admettent  pas  cette  manière  de  voir,  et  se  rangent  à  la  pre¬ 
mière  opinion.  «  Comment  la  sensibilité  excessive  de  la  glotte,  qu’une 


298  LARYNX.  —  pathologie  chirurgicale  :  corps  étrangers, 
simple  goutte  d’eau  irrite,  permettrait-elle  le  séjour  d’un  corps  solide  dans 
les  ventricules  sans  entrer  dans  un  spasme  permanent?  »  «  D’ailleurs,  dit 
Bertholle,  le  moindre  effort  de  toux  ne  devrait-il  pas  à  tout  moment  ra¬ 
mener  le  corps  au  contact  des  cordes  vocales?  et  comment  s’expliquer 
l’intermittence,  quelquefois  si  longue,  des  accès  asphyxiques?  » 

Il  est  du  reste  une  autre  raison,  tirée  de:  l’anatomie  normale,  qui 
rend  compte  de  l’impossibilité  d’un  séjour  prolongé  d’un  corps  étranger 
dans  les  ventricules  ;  en  effet,  «  la  cavité  du  ventricule  n’est  pas  close 
(Bertholle),  et  si  le  corps  n’était  retenu  par  les  aspérités  de  sa  surface  à 
la  muqueuse,  il  devrait  nécessairement  être  expulsé.  De  plus,  les  dimen¬ 
sions  du  ventricule  excluent  tout  corps  présentant  un  diamètre  de  plus 
de  6  millimètres  ;  car  son  diamètre  transversal  lùaximum  est  de  6  à  7  mil¬ 
limètre,  et  son  plus  grand  diamètre  vertical  de  4  à  6  millimètres;  du  reste, 
la  tension  des  cordes  doit  encore  diminuer  la  cavité.  »  A  moins  que  le 
corps  ne  présente  des  aspérités  ou  des  pointes,  il  ne  pourra  donc  s’im¬ 
planter  dans  la  muqueuse.  Cette  implantation  du  corps  étranger  dans  la 
muqueuse  est  un  fait  grave,  car  les  accidents  de  suffocation  n’offrent  pour 
ainsi  dire  pas  de  relâche  dans  ces  conditions  ;  et  pour  peu  que  le  corps 
soit  d’un  certain  volume,  la  mort  survient  si  l’on  ne  pratique  à  temps  la 
tisichéotomies-.V^,  ^  f 

Un  symptôme.^qui  accompagne  fréquemment  les  accès  intermittents  de 
.•suffocation. est  V^physème  du  triangle  sus-;.claviculaire.  Use  produit  sur- 
Hout  lor^uS-fes^quiatei  de;,t^x  soçt  Mquerii^eB,  etrqsplte,  d’après  Louis, 
'de  ce  que  l’air  qui  ne  peut  s’échapper  lrüfê9‘ent,^ftae  dans  les  poumons 
dont  il  rompt  quelques  cellules,  et  s’iBsinuê  dans  le  tissu  interlobulaire, 
pour  passer  de  là  danslemédiastin  et  s’étendre  jusqu’aux  téguments  du  cou. 

Louis  a  noté  un  point  doulottfeux  siégeant  invariablement  au-dessous 
de  la  glotte,  au  niveau  du  e'â'rtilage  crico'ide.  Ce  signe  est  peu  constant, 
le  point  douloureux  variant  lorsque  le  corps  chemine  ;  il  n’est  fixe  que 
lorsque  le  corps  lui-même  est  implanté  dans  la  muqueuse  par  une  aspérité. 

Le  symptôme  pathognomonique  d’un  corps  étranger  introduit  dans  les 
voies  aériennes  est  le  bruit  de  grelot  (bruit  de  choc,  de  clapotement,  de 
soupape),  constaté  pour  la  première  fois  par  Boyer,  Dupuytren,  puis 
Guersant.  Ce  bruit  qu’on  perçoit,  en  auscultant  le  cou,  résulte  du  mouve¬ 
ment  de  va-et-vient  du  corps  étranger  ;  il  ne  se  retrouve  dans  aucune  autre 
maladie  du  larynx,  si  ce  n’est  dans  quelques  croups  avec  fausses  mem¬ 
branes  flottantes.  Malheureusement,  il  n’est  pas.  constant,  et  il  ne  faudrait 
pas,  en  son  absence,  conclure  à  la  non-existence  d’un  corps  étranger  dans 
les  voies  aériennes. 

L’auscultation  du  poumon  ne  donne  des  renseignements  utiles  que 
lorsque  le  corps  étranger  obstrue  l’une  des  bronches.  On  constate  du  côté 
intéressé  une  faiblesse  du  murmure  vésiculaire,  et  une  respiration  supplé¬ 
mentaire  du  côté  opposé  [uoî/ ."Bronches  (Corps  étrangers,  t.  V,  p.  645)]. 

Diagnostic.  —  Le  diagnostic  se  base  avant  tout  sur  les  commémoratifs. 
Le  plus  souvent  l’enfant  (puisque  c’est  surtout  à  cet  âge  que  l’affection  sc 
présente)  ou  les  personnes  qui  l’entourent,  pourront  donner  des  renseigne- 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  CHIRÜRGICALE  :  CORPS  ÉTRANGERS.  299 
ments  sur  le  moment  de  l’accident,  sur  la  nature,  les  dimensions  du  corps 
introduit  ;  mais  il  n’en  est  pas  toujours  ainsi  et,  dans  bien  des  cas,  les  com¬ 
mémoratifs  font  absolument  défaut.  Il  faut  alors  avoir  recours  aux  signes 
que  nous  avons  énumérés  plus  haut,  pour  poser  le  diagnostic.  Malheureu¬ 
sement,  la  plupart  d’entre  eux  sont  de  peu  de  valeur;  la  toux  convulsive, 
lorsqu’elle  est  continue,  peut  seule  militer  en  faveur  de  l’introduction  d’un 
corps  étranger  dans  le  larynx  ;  mais  pour  établir  avec  certitude  sa  pré¬ 
sence,  et  pour  découvrir  son  siège,  il  est  indispensable  de  pratiquer  la 
larjngoscopie. 

Lorsque  le  laryngoscope  ne  démontre  pas  son  existence,  que  des  al¬ 
ternatives  de  suffocation  et  de  calme  se  manifestent,  qu’il  existe  des 
symptômes  concomitants  du  côté  de  la  poitrine,  on  peut  supposer,  avec 
quelque  vraisemblance,  que  le  corps  n’a  fait  que  traverser  le  larynx  et 
qu’il  siège  plus  bas.  Le  miroir  nous  dit  également  si  des  corps  étrangers 
de  l’œsophage  compriment  le  larynx  en  simulant  des  corps  introduits 
dans  cet  organe.  L’exploration  digitale,  le  cathétérisme  de  l’œsophage 
viennent  confirmer  ce  diagnostic. 

Les  polypes  du  larynx  qu’on  a  souvent  confondus  avec  les  corps  étran¬ 
gers,  se  reconnaissent  aussi  au.  moyen  du  miroir.  Il  en  est  de  même  de 
l’œdème  de  la  glotte.  Dans  ce  dernier  cas,  il  faut  en  outre  se  rappeler 
que  l’affection  débute  généralement  avec  lenteur  ;  que  l’inspiration  est 
pénible,  et  que  l’expiration  se  fait  aisément,  tandis  que  le  contraire  a 
lieu  pour  les  corps  étrangers.  Le  spasme  de  la  glotte,  maladie  spéciale  à 
la  première  enfance,  est  une  affection  beaucoup  trop  rare  pour  entrer  en 
ligne  de  compte  ici. 

Le  spasme  rabique  et  la  laryngite  striduleuse  présentent  tous  deux, 
une  certaine  analogie  avec  le  spasme  qui  accompagne  la  présence  d’un 
corps  étranger  dans  les  voies  aériennes.  L’auscultation  du  poumon,  en 
montrant  que  l’air  pénètre  également  des  deux  côtés,  peut  rendre  d’excel¬ 
lents  services.  Le  diagnostic  se  fonde  en  outre,  dans  le  premier  cas,  sur 
laphysionomie  du  malade,  sur  son  état  d’agitation,  l’exaltation  de  ses  sens. 

Un  corps  étranger  s’accompagnant  de  fausses  membranes  a  été  pris 
une  fois  pour  un  croup  (Limousin) .' 

Dans  la  majorité  des  cas  cependant,  la  confusion  ri’a  pas  eu  lieu  ;  la 
touï  rauque ,  caractéristique ,  la  marche  de  la  maladie  en  général  ont 
permis  d’établir  le  diagnostic. 

Pronostic.  —  Le  pronostic  doit  être  considéré  comme  grave,  l’asphyxie 
pouvant  survenir,  et  amener  la  mort  avant  qu’on  ait  eu  le  temps  d’interve¬ 
nir.  11  dépend,  ainsi  qu’il  a  été  dit  précédemment,  delà  forme,  du  volume, 
du  siège  du  corps,  étranger.  Lorsque  celui-ci  est  rejeté,  le  pronostic  devient 
plus  favorable,  quoique  pas  d’une  manière  absolue  •,»car  il'peut,  après  un 
séjour  prolongé  dans  le  larynx,  avoir  entraîné  des  lésions  Consécutives 
graves,  qui  persistent  après  le  rejet  et  se  terminent  souvent  d’une  ma¬ 
nière  fatale.  C’est  ainsi  que,  d’après  Aronssohn,  102  malades  donnèrent 
aï  guérisons  et  47  morts  après  le  rejet  du  corps  étranger.  Bertholle  arrive 
sensiblement  aux  mêmes  résultats.  Sur  81  malades,  il  compte  42  gué- 


300  LARYNX.  —  pathologie  chirurgicale  :  corps  étrangers. 

risons  et  54  morts  ;  c’est-à-dire  un  peu  plus  de  la  moitié  de  guérisons 
dans  les  deux  statistiques. 

Terminaisons.  —  Il  y  en  a  donc  deux  possibles  :  par  guérison  et  par  mort. 

La  première  peut  être  spontanée  ou  artificielle.  La  guérison  spontanée 
se  produit  de  trois  manières  différentes,  d’après  Bertholle  : 

1“  Le  corps  est  expulsé  en  entier  ;  2“  il  se  fragmente  en  plusieurs  mor¬ 
ceaux,  qui  sont  rejetés  successivement;  5"  il  se  dissout  dans  les  bronches. 

Dans  la  majorité  des  cas,  V  expulsion  se  fait  parla  bouche,  immédiate¬ 
ment  ou  après  des  mois  et  des  années,  comme  dans  l’observation  de  Sue, 
où  le  malade  rendit  un  os  de  pigeon  après  dix-sept  ans  ;  dans  un  certain 
nombre  d’observations,  elle  se  fit  par  un  abcès  des  parois  thoraciques 
(Bertholle,  obs.  XXXIX),  ou  par  un  abcès  des  lombes,  comme  dans  l’ob¬ 
servation  de  Gaétan  Stanski. 

La  fragmentation  se  produit  lorsque  le  corps,  un  haricot  par  e.xemplc, 
est  désagrégé  par  l’humidité  des  bronches. 

D’après  Nélaton  et  Roux,  les  corps  les  plus  dangereux  sont  précisément 
ceux  qui  gonflent  par  l’humidité  des  bronches  ;  ces  auteurs  prétendent 
qu’un  tel  corps  ne  peut  séjourner  plus  de  quatre  jours  dans  les  voies 
aériennes  sans  amener  la  mort.  Mais  il  existe  des  faits  assez  nombreux 
qui  prouvent  le  contraire  ;  on  cite  le  cas  d’un  haricot  germé  qui  fut  re¬ 
jeté  après  deux  mois  de  séjour. 

La  dissolution  ne  s’observe  que  rarement,  lorsque  le  corps  étranger  est 
une  pilule,  par  exemple;  mais  le  malade  peut  mourir  avant  que  la  disso¬ 
lution  soit  complète. 

Les  guérisons  par  les  moyens  artificiels  sont  nombreux  ;  nous  en  par¬ 
lerons  à  propos  du  traitement. 

La  mort  peut  être  amenée  par  la  suffocation  ;  dans  la  moitié  des  cas, 
elle  se  produit  par  ce  mécanisme,  et  arrive  ordinairement  dès  les  premiers 
jours. 

Lorsque  le  corps  séjourne  plus  longtemps,  il  amène  la  mort  par  sup¬ 
puration  et  gangrène  pulmonaire.  Cependant,  même  dans  ces  cas  graves, 
la  guérison  peut  s’observer  lorsque  le  rejet  du  corps  étranger  a  eu  lieu,  et 
que  le  malade  n’est  pas  sous  l’influence  de  la  diathèse  tuberculeuse.  Sur 
29  cas  de  suppuration  du  poumon,  Bertholle  note  15  guérisons  et  14  morts. 

Traitement.  —  Les  moyens  médicaux,  tels  que  les  vomitifs,  sont  presque 
entièrement  abandonnés  de  nos  jours,  et,  dans  tous  les  cas,  peu  recom¬ 
mandables,  à  cause  des  accidents  quelquefois  mortels  qu’ils  ont  entraînés. 

Le  traitement"  chirurgical  seul  nous  occupera  ;  lui  seul  est  souverain, 
et  les  chiffres  parlent  assez  haut  pour  prouver  son  efficacité,  attendu 
que  sur  quatre  opérés,  on  compte  trois  guérisons  (Aronssohn).  Il  consiste 
avant  tout  à  pratiquer  la  trachéotomie,  pour  mettre  les  jours  du  malade 
en  sûreté.  Tous  les  auteurs's’accordent  à  dire  qu’il  faut  opérer  de  bonne 
heure  ;  que  le  calme  qui  succède  à  la  pénétration  du  corps  étranger,  ne 
doit  pas  en  imposer  au  chirurgien  et  lui  faire  rejeter  l’opération,  car  il 
n’est  la  plupart  du  temps  qu’illusoire  et  de  courte  durée.  Fût-il  même  de 
longue  durée,  il  y  a  danger  à  différer  l’opération,  car  les  inflammations 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE  :  CORPS  ÉTRANGERS.  301 
consécutives  n’emportent  que  trop  souvent  les  malades.  Plus  l’introduc¬ 
tion  du  corps  étranger  est  récente,  plus  il  y  a  urgence  ;  les  résultats  sont  du 
reste  très-favorables  à  l'opération,  d’après  Aronssohn  et  Bertholle;  bien 
plus  favorables  que  dans  les  cas  de  croup,  où,  d’après  Millard,  sur  5 
opérés,  on  n’obtient,  en  moyenne,  qu’une  guérison;  dans  le  croup,  ce 
n’est  pas  l’opération  qui  tue,  mais  bien  la  maladie  qui  la  nécessite. 

Généralement  après  l’opération,  on  ne  suture  pas  la  plaie;  pour  ne  pas 
voir  l’emphysème  se  produire  ;  la  réunion  s’opère  facilement,  la  plupart 
du  temps.  Bérard  cite  un  cas  où  l’air  ne  passait  plus  à  travers  la  , plaie 
dès  le  quatrième  jour  ;  mais  il  est  loin  d’en  être  toujours  ainsi. 

Tout  ceci  suppose  que  le  corps  a  été  rejeté  par  la  plaie  au  moment  de 
l’opération,  ou  peu  de  temps  après.  C’est,  en  effet,  le  résultat  que  l’on 
obtient  le  plus  habituellement  à  la  suite  de  la  trachéotomie;  malheureuse¬ 
ment  il  n’en  est  pas  toujours  ainsi,  et  il  est  des  cas  où  le  corps  ne  sort 
pas.  Quelle  conduite  doit-on  tenir  en  pareille  occurrence?  Il  faut,  avant 
tout,  s’abstenir  d’irriter  les  organes  par  l’emploi  d’instruments,  tels  que 
pinces,  crochets,  etc. ,  mais  laisser  la  plaie  béante ,  et  attendre  que  le 
corps  sorte  dans  un  accès  de  toux. 

Pour  maintenir  la  plaie  béante,  on  peut  fixer  sur  chacun  de  ses  bords 
une  épingle  que  l’on  recourbe  en  crochet,  ou  faire  usage  d’une  pince  dila¬ 
tatrice  ou  d’un  anneau  en  argent,  comme  le  veut  Tobold.  Boyer  employait 
comme  moyen  adjuvant  les  sternutatoires  ;  d’autres  chirurgiens  (Pelletan, 
Brodie)  suspendaient  leurs  malades,  ou  donnaient  à  la  tête  et  au  tronc  une 
position  inclinée  ;  mais  ce  procédé  ne  réussit  que  lorsque  le  corps  jouit 
d’une  certaine  densité. 

Dans  tous  les  cas  la  canule  doit  être  proscrite,  puisqu’elle  gêne  la 
sortie  du  corps,  et  qu’elle  peut  causer  l’asphyxie  comme  dans  le  fait  rap¬ 
porté  par  Michon.  Lorsque  le  corps  étranger  est  situé  au-dessus  de  la 
plaie  trachéale,  il  faut  le  reconnaître  au  moyen  d’un  stylet,  et  tâcher  de 
lepousser  dans  la  bouche,  ou  de  l’extraire  par  la  plaie.  Lorsque  ces  pro¬ 
cédés  ne  réussissent  pas,  on  pratique  la  laryngotomie  après  trachéotomie 
préalable;  les  deux  opérations  peuvent  se  faire  en  une  ou  en  deux 
séances.  Mieux  vaut  opérer  en  une  fois  ;  car,  alors  même  que  la  tra¬ 
chéotomie  aura  été  faite,  le  malade  pourra  mourir  d’asphyxie,  comme  dans 
l'observation  rapportée  par  Sédillot. 

Il  est  enfin  des  cas  où,  malgré  l’emploi  des  divers  moyens  que  nous 
venons  d’énumérer,  le  corps  du  délit  ne  sort  pas  ;  la  plaie  trachéale  peut 
même  se  cicatriser,  et  le  corps  n’être  expulsé  qu’ après  cicatrisation  com¬ 
plète  (Houston) . 

Quoi  qu’il  en  soit  des  résultats  brillants  de  la  trachéotomie  dans  les  cas 
de  corps  étranger  introduit  dans  les  voies  respiratoires,  on  pourra  se  dis¬ 
penser  de  la  pratiquer  dans  certaines  circonstances.  Il  arrive,  en  effet, 
que  le  corps  étranger  siège  sur  l’épiglotte,  il  faut  alors  introduire  rapi¬ 
dement  le  doigt  dans  l’arrière-gorge  pour  tâcher  de  l’extraire. 

D’autres  fois,  lorsque  les  symptômes  n’éclatent  pas  immédiatement 
après  l’introduction  du  corps,  on  peut  avoir  recours  au  laryngoscope,  et 


502  LARYNX.  —  pathologie  chirurgicale  :  polypes  et  néoplasmes. 
se  servir  alors  d’instruments  divers  pour  l’extraire.  Tobold  recommande 
une  pince  analogue  à  la  pince  œsophagienne,  mais  avec  une  courbure  plus 
grande  ;  il  s’est  servi  avec  succès,  dans  un  cas,  d’une  sonde  laryngienne 
recourbée  en  crochet  pour  extraire  un  fragment  d’os  engagé  dans  le  la¬ 
rynx.  On  peut  également  se  servir  avec  avantage  d’une  pince  à  polype, 
d’une  guillotine  ou  d’un  polypotorne. 

VII.  Polypes  et  néoplasuaes.  —  Les  observations  de  polypes  du 
larynx,  fort  rares  autrefois,  sont  venues  se  multiplier  dans  ces  dernières 
années,  grâce  à  l’emploi  d’une  nouvelle  méthode  d’investigation,  de  la 
laryngoscopie.  Les  premières  observations  sont  rapportées  parLieutaud; 
la  maladie  ne  fut  reconnue  qu’après  la  mort.  L’auteur  décrit  la  tumeur 
comme  un  corps  d’aspect  polypeux  et  ramifié  (corpus  quoddam  polypo- 
süm  et  racemosum) ,  fixé  au  larynx  par  des  racines  multiples,  et  ne  peut 
s’empêcher  de  lui  attribuer  les  symptômes  d’asthme  qu’il  avait  observés 
du  vivant  du  malade. 

En  1801,  Desault  reconnaît  que  ces  tumeurs,  poussées  avec  trop  de 
force  entre  les  bords  de  la  glotte,  font  périr  le  malade  de  suffocation,  si 
l’inspiration  ou  un  effort  de  sa  part  ne  les  dégage  promptement.  11 
en  conclut  qu’il  faut  pratiquer  la  bronchotomie  pour  les  extirper  ou 
les  lier,  car  il  est  rare  que  ces  excroissances  puissent  être  saisies  par  la 
bouche. 

•Andral  décrit  des  tumeurs  polypeuses  trouvées  à  l’autopsie  d’uir  phthi¬ 
sique. 

Dupuytren  signale  un  cas  de  mort  subite  chez  un  individu  atteint  d’une 
maladie  des  .  voies  urinaires  et  d’un  asthme  suffocant.  A  l’autopsie,  il 
trouva  un  véritable  polype  s’étendant  des  parties  latérales  de  l’épiglotle 
aux  cartilages  aryténoïdes.  «Ce  cas  rare  est  d’un  haut  intérêt,  dit-il;  les 
accidents  de  suffocation  qui  surviennent  tout  à  coup,  sans  lésion  appré¬ 
ciable  du  poumon,  demandent  à  être  examinés  au  doigt  et  à  l’œil.  Nul 
doute  que  l’on  eût  pu  acquérir  la  certitude  de  l’existence  de  ce  polype 
pendant  la  vie,  et  qu’il  eût  été  facile  de  l’enlever.  C’est  un  enseignement 
pour  l’avenir  ;  aussi  faisons-nous  connaître  ce  fait  avec  la  confiance  qu’il 
ne  sera  pas  perdu  pour  les  praticiens.  » 

En  1844,  C.-H.  Ehrmann  (de  Strasbourg)  reconnut,  le  premier  en 
France,  l’existence  d’un  polype  sur  le  vivant,  grâce  à  l’expuition  de  quel¬ 
ques  parcelles  de  la  tumeur.  11  pratiqua  la  laryngotomie  et  l’opération  fut 
couronnée  de  succès.  Cette  entreprise  hardie  n’eut  pas  d’imitateurs  pen¬ 
dant  les  années  qui  suivirent.  Les  moyens  de  diagnostic  étaient  trop  incer¬ 
tains  pour  autoriser  les  chirurgiens  à  pratiquer  une  opération  telle  que 
la  laryngotomie,  dans  le  but  d’extraire  un  corps  dont  on  ne  pouvait  guère 
que  soupçonner  la  présence  dans  le  larynx. 

Aussi  ce  ne  fut  qu’une  douzaine  d’années  plus  tard,  lorsque  le  laryn¬ 
goscope  eut  été  inventé,  que  la  maladie  devint,  sinon  plus  fréquente,  3u 
moins  plus  palpable..  Grâce  aux  nombreux  travaux  publiés  tant  en  France 
qu’à  l’étranger,  grâce  aux  infatigables  recherches  des  laryngoscopistes 
modernes,  parmi  lesquels  nous  citerons  Mandl,  Krishaber,  Fournie,  Ver 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE  :  POLYPES  ET  nioPLASllES.  305 
neml,  Trélat,  Guyon,  Peter,  etc.,  Morell-Mackenzie,  Voltolini,  Bruns,  To- 
bold,Reichel,  Türck,  Stôrck,  les  polypes  du  larynx  occupent  aujourd’hui 
une  large  place  dans  le  cadre  nosologique. 

Nous  tracerons  rapidement  les  caractères  généraux  des  polypes  pour 
nous  arrêter  plus  spécialement  à  l’anatomie  pathologique  et  au  traitement. 

Étiologie.  —  Relativement  à  leur  étiologie,  on  ne  peut  rien  dire  de 
précis. D’après  la  plupart  des  auteurs,  il  y  a  une  prépondérance  marquée  du 
sftre mascu/m, non-seulement  chez  les  adultes, mais  aussi  chez  les  enfants; 
la  moitié  des  casse  rapportent  à  ces  derniers  (Kohler,  Lebert),  et  Duncan- 
Gibb  a  même,  le  premier,  signalé  l’existence  des  polypes  congénitaux  du 
larpx.  Sur  44  cas  de  polypes  chez  les  enfants,  on  trouve  10  cas  de  po¬ 
lypes  congénitaux. 

Vhérédité,  certaines  diathèses,  la  phthisie,  la  syphilis,  n’exercent  que 
peu  d'influence  sur  les  polypes  du  larynx. 

Certaines  “professions  ont  été  invoquées  pour  expliquer  la  formation  des 
polypes. 

Le  refroidissement  peut,  comme  dans  toutes  les  maladies  des  mu¬ 
queuses,  jouer  un  rôle  pathogénique  réel. 

Les  fèvres  éruptives,  rougeole,  scarlatine,  la  coqueluche  ont  été  signalées 
un  certain  nombre  de  fois  comme  étant  le  point  de  départ  des  polypes. 

Les  irritations  mécaniques  de  la  muqueuse  du  larynx,  de  quelque  na¬ 
ture  qu’elles  soient,  et  les  inflammations  ulcératives  sont  les  seules  causes 
déterminantes  dont  on  s’explique  facilement  le  mode  d’action.  L’obser¬ 
vation  de  Le-win  est  concluante  à  cet  égard.  11  s’agit  d’un  homme  qui  avait 
:  avalé  et  conservé  une  arête  de  poisson  dans  le  larynx  pendant  quelque 
-temps.  Au  bout  de  trois  semaines,  un  polype  considérable  se  développa 
Jins  les  ventricules  de  Morgagni.  ■ 

SïîiPTÔMES. — Les  symptômes  auxquels  les  polypes  donnent  lieu  se  divisent 
en  symptômes  fonctionnels  ét  physiques.  Les  premiers  ont  été  décrits  su¬ 
périeurement  par  notre  éminent  professeur  Ehrmann,  il  y  a  quinze  ans. 
Nous  n’avons  rien  à  ajouter  à  la  description  qu’il  en  donne  :  «  Ces  tumeurs, 
dit-il,  quelle  que  soit  leur  composition  ou  leur  structure,  entraînent  toujours, 
selon  le  degré  de  leur  développement  et  d’après  le  siège  qu’elles  occu¬ 
pent,  des  accidents  plus  ou  moins  graves,  qui  varient  depuis  la  simple  al¬ 
tération  de  la  voix  jusqu’à  l’asphyxie  la  plus  complète.  Venrouement  et 
l’aphonie  sont  les  symptômes  que  l’on  rencontre  presque  constamment. 
Ces  conditions  peuvent  exister  depuis  un  temps  très-long,  et  alors  elles 
ont  naturellement  plus  de  valeur  que  lorsqu’elles  sont  récentes.  L’altéra¬ 
tion  de  la  phonation  tient  le  plus  souvent  au  changement  survenu  d’a¬ 
bord  à  la  muqueuse  des  cordes  vocales,  et  l’abolition  complète  de  la  voix 
dénote  une  affection  plus  avancée  de  l’un  ou  bien  des  deux  bords  de  la  glotte. 
La  te,  ce  symptôme  concomitant  ordinaire,  ne  peut  cependant  avoir  de 
valeur  diagnostique  pour  les  polypes,  lorsqu’il  existe  en  même  temps  une 
maladie  du  poumon.  Quelquefois,  elle  a  présenté  un  caractère  particulier 
(]ue  l’on  peut  comparer  à  celui  de  la  toux  croupale.  La  sensation  d’un 
cktacle  dans  le  larynx  pendant  les  efforts  d’expectoration  ou  pendant  la 


304  LARYNX.  ^  pathologie  chirurgicale  :  polypes  et  néoplasmes. 
déglutition  d’alimeats  solides,  est  assez  caractéristique,  mais  elle  n’a  lieu 
communément  qu’à  une  époque  avancée  de  la  maladie.  La  dyspnée,  au 
contraire,  est  un  symptôme  constant  ;  elle  peut  commencer  insensible¬ 
ment  et  augmenter  peu  à  peu,  ou  bien  apparaître  tout  d’un  coup,  accom¬ 
pagnée  de  ce  sentiment  pénible  qui  fait  croire  au  malade  qu’il  va  étouffer. 

«  Ces  accès  de  suffocation  se  présentent  néanmoins  d’une  manière  très- 
variée;  ils  commencent  parfois  sans  signes  précurseurs;  la  dyspnée  alors 
se  change  subitement  en  orthopnée,  la  respiration  devient  haletante, 
sifflantf; .  les  yeux  s’injectent;  la  face  se  tuméfie  et  quelquefois  une 
asphyxie  complète  et  brusque  met  fin  à  cette  scène  alarmante.  D’autres 
fois,  les  attaques  se  répètent  bien  avec  le  même  mode  d’invasion,  mais 
sans  amener  la  mort  ;  c’est  dans  ce  cas  que  l’on  peut  soupçonner  quelque 
mobilité  du  polype  permettant  un  déplacement  momentané.  Les  remèdes 
employés  pour  calmer  ces  sortes  d’accès  ne  sont  jamais  suivis  d’effet,  et 
lorsque  l’obstacle  à  la  respiration  ne  cède  point,  que  l’asphyxie  fait  des 
progrès,  il  ne  reste  plus  qu’à  pratiquer  la  trachéotomie.  » 

Parmi  les  signes  physiques  capables  de  mettre  sur  la  voie,  le  seul  cer¬ 
tain,  du  temps  d’Ehrmann,  était  ï'expuition  de  quelques  parcelles  du 
polype  ;  «  ce  signe  s’est  rencontré  chez  le  malade  qui  fait  le  sujet  de  l’ob¬ 
servation  XXXIX  ;  c’est  lui  qui  m’a  surtout  déterminé  à  pratiquer  l’opé¬ 
ration.  » 

Aujourd’hui  le  meilleur  moyen  d’arriver  à  la  certitude  consiste  à  recon¬ 
naître  le  polype  au  moyen  du  laryngoscope.  Cette  méthode  d’investiga¬ 
tion,  facilement  applicable  chez  l’adulte,  ne  l’est  pas  toujours  chez  l’en¬ 
fant.  L’examen  laryngoscopique  est  parfois  très-difficile  chez  les  enfants; 
mais,  avec  de  la  patience  et  de  la  douceur,  on  arrive  à  surmonter  les 
obstacles  et  à  leur  faire  supporter  le  miroir  avec  assez  d’aisance. 

D’autres  signes  peuvent  encore  être  fournis  par  l’exploration  digitale, 
lorsque  la  tumeur  est  volumineuse  et  quelle  siège  au  niveau  de  l’épiglotte. 
Enfin,  les  différents  bruits  de  soupape,  de  drapeau,  de  cornage  qa’oii 
perçoit  en  auscultant  le  larynx,  sont  autant  de  signes  qu’on  peut  rappor¬ 
ter  à  la  présence  d’un  polype. 

Marche,  Diagnostic,  Pronostic.  —  La  marche  et  le  diagnostic  de  l’affec¬ 
tion  ressortent  clairement  des  notions  que  nous  venons  de  tracer. 

Quant  au  pronostic,  il  est  .variable  :  tantôt  un  polype  de  petite  dimen¬ 
sion  peut  siéger  indéfiniment  dans  le  larynx,  sans  amener  des  troubles 
notables  ;  d’autres  fois  il  y  a  rejet  d’une  partie  ou  de  la  tumeur  entière; 
quelquefois  elle  peut  tomber  dans  la  trachée  et  occasionner  des  morts 
subites. 

La  gravité  dépend  au.ssi  des  complications  qui  l’accompagnent  et  qui 
peuvent  dépendre  d’un  catarrhe  laryngé,  trachéal,  bronchique,  d’un  em¬ 
physème  pulmonaire  ou  d’une  hypertrophie  cardiaque. 

Anatomie  pathologique.  — ,  Les  tumeurs  du  larynx  se  divisent  en  fu¬ 
meurs  papillaires,  glandulaires,  muqueuses  et  mixtes.  Elles  siè¬ 

gent  par  ordre  de  fréquence  : 

a.  Sur  les  cordes  vocales  (bord  supérieur),  près  du  bord  libre  rare- 


LARYNX,  -  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE  :  POLYPES  ET  KBOPLASMES,  305 

ment  près  du  bord  inférieur  ;  elles  occupent  la  moitié  antérieure  des 
cordes,  l’angle  de  jonction  des  deux  cordes. 

b.  Dans  les  ventricules  latéraux,  sans  qu’on  puisse  dire  si  c’est  de  la 
paroi  supérieure  ou  inférieure  qu’elles  naissent,  ni  de  quelle  partie  consti¬ 
tuante  du  ventricule  (muqueuse  ou  glandes)  elles  tirent  leur  origine. 

c.  Rarement  sur  le  bord  libre  des  ventricules  et  sur  les  ligaments  ary- 
épigloltiques. 

d.  Sur  la  paroi  postérieure  du  larynx;  sur  le  bord  supérieur  des  carti¬ 
lages  aryténoïdes  ;  sur  le  bord  inférieur  des  cricoïdes. 

Structure.  —  La  plupart  des  tumeurs  du  larynx  appartiennent  à  la 
classe  des  tumeurs  formées  de  tissu  conjonctif;  ces  tumeurs,  développées 
dans  des  cavités  ou  des  canaux  recouverts  d’une  muqueuse,  portent  le 
mm  de  polypes.  D’après  leur  plus  ou  moins  de  consistance  on  les  nomme 
polype.i  muqueux  ou  fibreux. 

Polypes  fibreux.  '■ —  Le  tissu  fondamental  est  constitué  par  des  faisceaux 
de  fibres  connectives  irrégulièrement  disposées.  Ces  faisceaux  sont  tantôt 
séparés  par  un  liquide  abondant  qui  fait  qu’à  l’incision  la  tumeur  s’af¬ 
faisse,  et  tantôt  intimement  unis  entre  eux  et  présentant  alors  une  dureté 
plus  grande. 

Des  vaisseaux  et  des  gîandules  en  quantité  variable  entrent  encore  dans 
la  constitution  des  polypes  fibreux. 

Un  épithélium  pavimenteux  et  stratifié  recouvre  la  surface  libre. 

L’origine  se  trouve  dans  le  tissu  cellulaire  sous-muqueux,  qui  s’hyper- 
plasie  à  mesure  que  le  polype  grandit;  il  soulève  la  muqueuse  et  reste 
ainsi  constamment  coiffé  par  cette  membrane.  Des  hypertrophies  simples, 
des  granulations  de  la  muqueuse  peuvent  aussi  donner  naissance  aux 
polypes. 

Au  début,  ces  polypes  se  présentent  comme  de  petites  élevures  ;  puis, 
au  fur  et  à  mesure  qu’ils  grandissent,  ils  revêtent  une  forme  globuleuse  ; 
d’autres  fois  ils  s’allongent  en  poire,  et  peuvent  alors  se  pédiculiser  plus 
ou  moins.  La  surface  reste  lisse,  d’autres  fois  elle  s’ulcère  par  le  contact 
des  instruments  de  chirurgie'  ou  par  l’action  de  l’air.  La  plupart  des  tu¬ 
meurs  qu’on  examine  atteignent  la  grandeur  d’un  grain  de  chènevis,  d’un 
haricot,  d’un  œuf  de  pigeon,  et  oblitèrent  alors  complètement  la  lumière 
dularynx. 

Règle  générale,  on  ne  trouve  qu’une  tumeur,  très-exceptionnellement 
deux  ou  plusieurs,  qui  peuvent  être  situées  l’une  près  de  l’autre  ou  être 
complètement  séparées.  Les  polypes  que  nous  venons  de  décrire,  sont  les 
tumeurs  de  beaucoup  les  plus  fréquentes. 

Tumeurs  papillaires,  papillomes.  —  Après  eux  viennent  les  tumeurs 
papillaires  confondues  quelquefois  avec  les  précédentes. 

A  la  première  période  de  leur  évolution,  elles  se  présentent  sous  la 
forme  de  petites  élevures,  filiformes,  terminées  en  pointe  ou  en  renfle¬ 
ment,  isolées  ou  réunies  en  masse.  D’autres  lois,  on  ne  constate  qu’une 
simple  élévation  de  la  muqueuse,  les  modifications  décrites  plus  haut  ne 
se  dessinant  alors  que  plus  tard. 


XX.  —  20 


306  LARYiNX.  —  pathologie  chirurgicale  :  polypes  et  héoplasmes. 

^Le  mode  d'accroissement  varie  beaucoup  ;  tandis  que  dans  certains  cas 

C<4st  excessivement  rapide,  dans  d’autres  il  est  très-lent,  et  la  tumeur 
n’acquiert  les  caractères  qui  lui  sont  propres  qu’après  des  années. 

Lorsqu’elle  a  atteint  tout  son  développement,  elle  présente  un  aspect 
mamelonné,  ressemblant  tantôt  à  une  grappe  de  raisin,  à  une  mûre,  à  ua 
choufleur. 

La  coloration  est  grisâtre;  lorsque  la  tumeur  est  ricbe  en  vaisseaux,  elle 
est  rougeâtre,  d’une  consistance  médiocre,  puisqu’elle  peut  être  écrasée 
entre  les  doigts.  D’autre  fois  la  tumeur  affecte  la  forme  villeuse,  c’est-à- 
dire  qu’elle  est  constituée  par  un  faisceau  de  fils  réunis,  formant  gerbe. 

Le  tissu  fondamental  est  constitué  par  un  mince  réseau  de  fibrilles 
enchevêtrées  irrégulièrement,  et  dans  lesquelles  rampent  les  capillaires. 

Les  mailles  qui  forment  ce  réseau  sont  remplies  de  cellules  épithéliales 
très-abondantes,  dont  les  plus  grandes,  pavimenteuses,  occupent  les  cou¬ 
ches  superficielles;  les  plus  petites,  cylindriques  ou  sphériques,  munies 
d’un  noyau  très-apparent,  occupent  les  couches  profondes. 

Le  peu  de  cohésion  que  présentent  ces  tumeurs,  explique  comment  des 
parcelles  peuvent  être  expulsées  par  les  efforts  de  la  toux. 

V origine  des  papillomes,  au  lieu  d’être  unique  comme  celle  des  fibro¬ 
mes  est  multiple,  c’est-à-dire,  qu’au  lieu  de  naître  en  un  seul  point,  elles 
naissent  en  plusieurs  simultanément,  et,  en  grandissant,  finissent  par 
oblitérer  complètement  la  cavité  du  larynx. 

Cancer.  —  Aux  formes  que  nous  venons  de  décrire,  et  qui  sont  de 
beaucoup  les  plus  fréquentes,  nous  rattacherons  le  cancer  du  larynx. 

Il  débute  dans  le  tissu  sous-muqueux  par  de  petites  nodosités  arrondies 
qui  soulèvent  la  muqueuse.  Ces  nodosités  deviennent  confluentes,  et  finis¬ 
sent  par  former  une  masse  unique,  à  surface.inégale  et  bosselée,  recouverte 
d’une  muqueuse  rouge  foncé.  Bientôt  celle-ci  s’ulcère,  et  alors  la  tumeur 
ressemble  aux  cancroïdes  des  autres  parties  du  corps.  Pour  les  distinguer 
des  papillomes,  il  n’y  a  que  l’examen  microscopique. 

Polypes  muqueux  {tumeurs'kystiques,  tumeurs  colloïdes,  myxomes).— 
Us  dérivent,  selon  toutes  probabilités,  d’une  hypertrophie  des  glandes 
muqueuses  avec  dégénérescence  colloïde  du  contenu. 

Lipomes. — Ils  prennent  naissance  dans  le  tissu  cellulaire  sous-muqueux, 
et  se  présentent  sous  la  forme  d’une  tumeur,  arrondie,  sessile  ou  pédi- 
culée. 

Leur  développement  se  fait  de  la  façon. suivante  ;  les  cellules  plasma¬ 
tiques  se  remplissent  de  graisse,  gonflent,  et  deviennent  cellules  adi¬ 
peuses,  qui  finissent  par  se  réunir,  et  forment  alors  une  seule  loge  rem¬ 
plie  de  granulations  graisseuses.  Si  le  tissu  cellulaire  l’emporte  sur  les 
cellules  adipeuses,  la  tumeur  prend,  d’après  Virchow,  le  nom  de  lipom 
fibreux.  Si  la  quantité  de  mucus  l’emporte,  on  peut  observer  la  transfor¬ 
mation  en  kyste  colloïde.  La  croissance  des  lipomes  est  lente  ;  elle  se  fait 
par  dépôt  de  graisse  et  de  cellules  graisseuses,  ou  par  multiplication  suc¬ 
cessive  de  ces  éléments. 

Adénomes.  —  Les  polypes  glandulaires  ou  adénomes,  sont  des  tumeurs 


LARYNX.  -  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE  :  POLYPES  ET  NÉOPLASMES.  307 

constituées  essentiellement  par  une  hypertrophie  des  glandules  de  la  mu¬ 
queuse,  et  confondues  avec  les  polypes  muqueux  décrits  plus  haut  (Bruns). 

Ces  trois  dernières  formes  constituent  des  tumeurs  distinctes  ;  le  plus 
souvent  elles  ne.  sont  que  des  transformations  des  polypes  vrais,  fibreux  ou 
-papillaires,  et  ne  méritent  pas  une  description  spéciale. 

Diagnostic  différektiel.  —  Les  fibromes  ou  polypes  fibreux,  sont  le  plus 
souvent  uniformes;  leur  couleur  est  rouge  clair,  bleuâtre  lorsque  les  vais¬ 
seaux  sont  plus  abondants,  quelquefois  blanchâtre  lorsqu’ils  dégénèrent 
en  tumeurs  graisseuses.  La  plupart  sont  pédiculés,  d’autres  fois  sessiles, 
à  surface  lisse,  à  croissance  lente;  la  récidive  n’a  pas  été  observée  encore, 
d’après  Tobold  ;  la  section  donne  peu  de  sang.  Les  papillomes  d’aspect 
bosselé,  sont  plus  compactes;  ils  présentent  d’autres  fois  des  filaments, 
des  villosités  uniques  ou  réunies  en  gerbe,  offrant  des  ramifications  nom¬ 
breuses  et  variées,  de  couleur  blanchâtre,  grisâtre.  Leur  développe¬ 
ment  sur  la  face  postérieure  de  l’épiglotte  rend  l’inspection  au  laryn¬ 
goscope  difficile.  Le  cancer  épithélial  ou  médullaire  est  plus  diffus  ; 
il  est  sessile  ou  à  pédicule  très-large,  et  s’observe  plus  rarement  que  les 
deux  ppécédents.  Au  début,  il  ne  peut  être  diagnostiqué,  car  il  est  consti¬ 
tué  par  une  simple  élevure  de  la  muqueuse;  ce  n’est  que  lorsqu’il  a  plus 
de  développement  qu’on  peut  le  reconnaître  à  sa  surface  inégale,  rouge 
foncé  ou  gris  sale.  Le  cancer  se  développe  surtout  sur  les  ligaments 
ary-épiglottiques,  rarement  sur  les  cordes  vocales.  Il  s’ulcère  ordinaire¬ 
ment,  et  alors  entame  le  tissu  sous-fnuqueux  jet  puis  le  cartilage.  Son 
extension  est  rapide  et  se  fait  par  prolifération  des  cellules  plasmatiques 
environnantes.  Son  siège  de  prédilection  est  le  ligament  ary-épiglotte  et 
l’épiglotte  ;  il  s’observe  quelquefois  consécutivement  à  un  néoplasme  de 
l’œsophage.  Les  troubles  fonctionnels  sont  plus  marqués  jque  dans  les 
tumeurs  bénignes. 

Les  kystes  collâides  {polypes  muqueux)  sont  rares.  Sur  800  maladies 
du  larynx,  on  n’a  noté  qu’un  seul  kyste.  Leur  grandeur  est  celle  d’un 
grain  de  raisin;  l’snveloppe  formée  par  la  muqueuse  est  lâche;  la  colo¬ 
ration  pâle  ;  quelquefois  ils  se  présentent  comme  une  simple  dilatation 
de  la  muqueuse.  Ils  peuvent  empêcher,  lorsqu’ils  siègent  sur  les  cordes 
vocales,  les  parois  de  celle-ci  de  se  rapprocher,  et  produisent  alors  un  son 
chevrotant  tout  particulier.  Le.  contenu  du  kyste  est  visqueux,  et  s’écoule 
par  les  plus  faibles  piqûres. 

Traitement.  —  il  réside  tout  entier  dans  l’intervention  chirurgicale - 
celle-ci  s’opère  par  deux  procédés  différents,  suivant  qu’on  agit  par  les 
voies  naturelles,  c’est-à-dire  par  la  bouche,  ou  par  les  voies  artificielles, 
en  créant  une  ouverture  artificielle  au  larynx  (laryngotomie). 

le  choix  de  la  méthode  dépend,  d’une  manière  générale,  du  siège,  du 
volume,  et  du  mode  d’insertion  de  la  tumeur  ,à  enlever.  Souvent  on  est 
obligé  d’avoir  recours  simultanément  aux  deux  méthodes,  et  même  de  les 
faire  précéder  toutes  deux  d’une  opération  préliminaire,  de  la  trachéotomie. 

Les  indications  de  la  laryngotomie  comportent  :  a.  Les  cas  où  malgré 
la  trachéotomie  préalable,  on  n’arrive  pas  à  extraire  la  tumeur  par  les 


SOS  LÂRYjNX.  -  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE  I  POLÏPES  ET  MÉOPLASMES. 

voies  naturelles  ;  b.  les  cas  où  la  masse  polypeuse  a  complètement  obli¬ 
téré  la  cavité  du  larynx,  et  où,  par  conséquent^  les  points  d’insertion  ne 
peuvent  être  déterminés,  et  ceux  où  le  polype  siège  dans  le  ventricule 
(Krisliaber). 

Rarement  la  laryngotomie  a  été  pratiquée  sans  trachéotomie  préalable; 
Kœberlé  et  Krishaber  sont  les  seuls  chirurgiens  qui  aient  osé  faire  la  la¬ 
ryngotomie  sans  ouvrir  la  trachée.  Les  avantages  de  la  laryngo-trachéoto¬ 
mie  sont  immenses,  tant  pour  l’opéré  que  pour  l’opérateur.  En  permet¬ 
tant  à  celui-là  de  respirer  librement  en  empêchant  le  sang  de  couler  dans 
là  trachée,  ils  mettent  celui-ci  à  même  d’opérer  tuto  et  jucunde 
(Ehrmann).  L’opération  peut  du  reste  se  faire  en  une  seule  ou  en  plu¬ 
sieurs  séances;  c’est-à-dire  qu’on  commence  par  la  trachéotomie, "pour 
remettre  la  laryngotomie  à  un  intervalle  qui  varie  de  deux  jours  à  plu¬ 
sieurs  semaines. 

Nous  n’avons  pas  à  décrire  ici  les  différents  procédés  de  laryngotomie; 
nous  renvoyons  le  lecteur  à  l’article  Larvngotoîue  et  Trachéotoihe. 

Quoi  qu’il  en  soit  on  devra,  avant  de  songer  à  pratiquer  cette  opéra¬ 
tion,  tenter  de  détruire  la  tumeur  par  les  voies  naturelles.  Plusieurs  pro¬ 
cédés  se  trouvent  en  présence  :  la  cautérisation,  la  ponction,  l’excision, 
l’arrachement,  l’écrasement  linéaire,  la  galvanocaustîe. 

La  destruction  de  la  tumeur  par  cautérisation  exige  un  temps  fort  long, 
et  n’est  employée  que  lorsque  le  patient  est  pusillanime  et  redoute  de  se 
soumettre  à  une  opération  qui  peut  être  longue  et  douloureuse.  Quelque¬ 
fois  elle  sert  de  phase  préliminaire  aux  opérations  sanglantes  pour  émous¬ 
ser  la  sensibilité,  pour  calmer  des  états  inflammatoires,  ou  encore  pour 
détruire  des  restes  de  tumeur. 

Les  caustiques  employés  sont  solides  ou  liquides  :  parmi  les  substances 
solides,  nous  citerons  le  nitrate  d’argent  et  l’acide  chromique.  On  intro¬ 
duit  ces  substances  dans  le  larynx  au  moyen  d’un  porte-crayon  caché  ou 
découvert.  Les  caustiques  liquides  sont  introduits  au  moyen. d’une  éponge 
fine  ou  d’un  pinceau,  fixé  à  un  mandrin  recourbé,  lequel  s’adapte  lui- 
même  à  une  tige  de  bois  (porte-éponge).  L'éponge  est  préférable  an  pin¬ 
ceau,  parce  qu’on  peut  la  charger  d’une  quantité  plus  considérable  de 
liquide  et  diminuer  ainsi  le  nombre  des  cautérisations.  D’après  l’expé- 
•v.rience  de  la  pli^rt  des  laryngologistes,  les  parties  saines  touchées  par 
l’éponge  ne  so^rmllement  influencées  par  ces  cautérisations  prolongées; 
dans  ^certains  cas'rcppeiidant  elles  font  naître  une  douleur  cuisante  qui 
persiste  pendant  quelque  temps;  aussi  fera-t-on  bien  de  prévenir  le  ma¬ 
lade  avant  l’opération,  afin  qn’il  ne  perde  pas  confiance  et  qu’il  ne  se  lasse 
pas  d'un  traitement  qu’on  sera  obligé  de  réitérer  à  différentes  reprises. 

La  ponction  n’est  applicable  qu’aux  kystes  muqueux  ;  elle  s’exécute  à 
l’aide  d’un  couteau  lancéolaire  analogue  à  celui  qui  sert  pour  la  cataracte; 
la  lame  en  est  découverte  ou  cachée. 

V excision,  pour  laquelle  on  se  servait  autrefois  de  bistouris  concaves 
ou  de  ciseaux  mousses  recourbés,  se  pratique  le  plus  habituellement  de 
nos  jours  à  l’aide  de  poîypolômes  ou  de  guillotines. 


LARYNX.  -  PATHOLOGIE  CHIKDRGICALE  :  POLYPES  ET  ’HÉOPLASMES.  309 


Le  mécanisme  de  ces  instruments  varie  :  les  uns  fonctionnent  comme 
des  ciseaux  (Trélat),  les  autres  au  moyen  de  ressorts  (Matthieu),  ou  encore 
par  traction  (Leiter). 

Dans  les  cas  heureux,  la  tumeur  est  enlevée  d’une  pièce  et  en  une  seule 


séance;  quelquefois  on  est  obligé  d’avoir  recours  à  plusieurs  séances,  lors¬ 
qu’on  n’a  pu  réussir  à  enlever  la  masse  d’un  coup  ;  d’autres  fois  on  se 
borne  à  faire  de  simples  incisions  dans  le  polype,  pour  entraver  sa  nutri¬ 
tion  et  en  amener  ainsi  la  mortification. 

Le  procédé  par  arrachement  et  par  écrasement  diffère  des  précédents 
en  ce  qu’au  lieu  d’instruments  tranchants,  on  fait  usage  d’instruments 
mousses.  Le  plus  répandu  est  sans  contredit  la  pince  laryngée,  analogdë  à 
la  pince  œsophagienne,  mais  à  courbure  plus  forte.  On  se  sert  aussi  de 
pinces  oui  fonctionnent  comme  des  ciseaux,  et  de  pinces  contenues  dans  une 


310  LARYNX. 


PATHOLOGIE  CHIROKGICALE  :  POLÏPES  ET  KÉOPLASÎ 


gaîne  qu’on  fait  saillir  par  une  pédale  à  bascule,  par  traction  ou  par  pression,  i 
Les  serre-nœud  qu’on  emploie  pour  étreindre  un  polype  sont  ana-  p 


logues  à  ceux  qui  servent  dans  la  galva-j  l 
nocaustie  thermique, 

La  galvanocaustie  est  peut-être  de 
tous  les  procédés  le  plus  difficile  dans  I 
son  application.  L’extrême  sensibilité 
du  larynx,  le  danger  d’entamer  les  par-;i 
tics  saines,  font  qu’il  ne  doit  être  em¬ 
ployé  que  par  des  mains  habiles,  accou¬ 
tumées  de  longue  date  aux  opérations 
intra-laryngiennes.  Elle  trouve  son  in¬ 
dication  dans  l’ablation  des  tumeurs 
volumineuses  qui  siègent  dans  la  partie 
supérieure  du  larynx;  elle  est  contre- 
indiquée  dans  les  tumeurs  siégeant  sur 
les  cordes  vocales,  sur  les  replis  ary-  r. 
épiglottiques,  à  cause  des  ulcérations  y 
consécutives  qui  pourraient  résulter  du  L 
contact  prolongé  des  différents  instru-  i 
ments.  Æ 

Cette  méthode,  lorsqu’elle  est  bien 
employée,  est  cependant  très-avanta¬ 
geuse.  Elle  met  à  l’abri  de  l’hémorrhagie 


et  fait  moins  craindre  les  récidives  que 
tout  autre  procédé  ;  de  plus,  la  tumeur 
enlevée  fait  corps  avec  l’instrument,  lui 
adhère  bien  intimement  et  ne  risque  pas 
de  tomber  dans  la  trachée. 

Fournié,  Voltolini,  Schnitzler,  font 
presque  uniquement  usage  du  serre-  . 
nœud  galvanocaustique.  Bruns,  de  Tü-  * 
bingue,  emploie  successivement  dans  le  r 
même  cas  les  différents  procédés  dé-  L 
crits.  ■;  - 

Si  la  galvanocaustie  présente  des  avan¬ 
tages,  elle  n’offre  pas  moins  d’inconvé¬ 
nients.  A  notre  avis,  ces  derniers  sont 


même  loin  d’être  compensés  par  les  premiers,  «  Si  l’on  considère  d’une  .  l 
part,  dit  E.  Bœckel,  que  l’ablation  de  ces  polypes  est  rarement  accompa-  1 
gnée  d’une  hémorrhagie  notable,  et  d’autre  part  que  le  poids  des  réo- 
phores  gêne  considérablement  dans  une  opération  déjà  très-délicate  par 
elle-même,  on  réservera  l’anse  galvanocaustique  pour  les  tumeurs  très- 
volumineuses  de  l’espace  sus-glottique.  Leiter,  le  fabricant  de  Vienne,  a 
d’ailleurs  fourni  un  serre-nœud  galvanocaustique  pour  le  larynx,  d’une 
construction  fort  ingénieuse.  »  ' 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE  I  POLYPES  ET  NÉOPLASMES.  311 

Pour  nous  résumer,  au  point  de  vue  du  traitement,  nous  dirons  que 
le  choix  des  instruments  est  subordonné  au  siège,  au  volume  et  à  la  forme 
delà  tumeur,  ainsi  qu’à  l’habitude  particulière  de  chaque  opérateur. 

Si  le  polype  est  pédiculé,  tous  les  instruments  indistinctement  pourront 
servir;  pourvu  qu’on  arrive  à  étreindre  le  pédicule,  l’extirpation  sera 
aisée.  Elle  n’offrira  pas  plus  de  dilficullés,  lorsqu’on  emploiera  la  pince 
laryngienne  ou  un  polypotome  quelconque.  Si,  au  contraire,  la  tumeur 
est  sessile  et  à  base  diffuse,  il  vaudra  mieux  se  servir  de  la  pince  ou  d’un 
poly|iolome.  Avec  la  pince,  on  peut  avoir  l’espoir  d’enlever  des  portions 
de  tumeur  plus  considérables  qu’avec  tout  autre  instrument  ;  on  ne  ris¬ 
quera  pas  de  laisser  tomber  des  parcelles  de  la  tumeur  dans  la  trachée, 
comme  avec  la  rugine  ou  les  couteaux,  qui  sont  aujourd’hui  pour  ainsi 
dire  bannis  de  la  pratique.  Quelques  cautérisations  complémentaires  assu¬ 
reront  le  succès. 

Enfin,  selon  le  siège  du  polype,  on  fera  usage  de  l’un  ou  l’autre,  des 
instruments  décrits.  S’il  occupe  le  milieu  de  l’une  ou  l’autre  corde  vocale, 
rien  ne  sera  plus  facile  que  de  l’enlever  au  moyen  de  la  guillotine  ;  mais 
s’il  est  fixé  dans  l’angle  antérieur  des  cordes  vocales,  on  ne  pourra  le 
saisir,  ni  au  moyen  de  la  guillotine,  ni  au  moyen  du  serre -nœud,  et  le 
meilleur  procédé  consistera  à  l’enlever  à  l’aide  d’une  pince  s’ouvrant  de 
haut  en  bas  d’après  l.e  modèle  de  Leiter. 

Quoi  qu’il  en  soit,  tout  instrument  laryngien  doit  satisfaire  aux  deux 
conditions  suivantes  :  être  à  la  fois  mince  et  solide;  un  instrument  qui  ne 
possède  pas  ces  qualités  est  peu  maniable  et  doit,  par  conséquent,  être 
rejeté. 

L’extrémité  que  l’opérateur  tient  en  main  doit  être  munie  de  deux  ou 
trois  anneaux,  dans  lesquels  on  passe  les  doigts,  et  qui  permettent  de  bien 
fixer  l’instrument.  Le  chirurgien  le  saisit  comme  une  plume  à  écrire  entre 
le  pouce  et  le  médias  ;  l’index  reste  libre,  et  sert  à  faire  jouer  les  diffé¬ 
rents  ressorts  qui  sont  destinés  à  projeter  une  lame  cachée,  à  attirer  une 
anse,  à  ramener  la  lunette  d’une  guillotine. 

Pour  procéder  à  une  opération,  le  chirurgien  introduit  le  miroir  de  la 
main  gauche,  et  le  tient  invariablement  fixé  contre  la  commissure  des 
lèvres;  puis  il  pénètre  dans  la  cavité  du  lai’ynx  au  moyen  de  la  sonde 
exploratrice  tenue  de  la  main  droite,  en  ayant  soin  de  ne  pas  toucher  les 
parties  que  l’instrument  franchit.  Arrivé  dans  le  larynx,  il  en  explore  les 
différents  endroits,  et  répète  ces  tentatives  à  plusieurs  reprises  pour  habi¬ 
tuer  le  malade  au  contact  des  instruments  et  pour  émousser  petit  à  petit 
la  sensibilité  de  l’organe. 

Une  fois  ces  résultats  acquis,  on  peut  agir  sans  crainte. 

Les  opérations  qui  se  pratiquent  sur  le  larynx  par  les  voies  naturelles, 
sont  sans  contredit  les  plus  délicates  de  la  chirurgie.  Plus  que  pour  toute 
autre  opération,  on  est  en  droit  d’exiger  du  chirurgien  une  main  sûre, 
légère  et  exercée  ;  bien  que  possédant  ces  qualités,  il  arrivera  au  plus  ha¬ 
bile  de  ne  pouvoir  mener  à  bonne  fin  une  opération  tentée  par  les  voies 
naturelles,  et  force  lui  sera  de  recourir  aux  voies  artificielles.  Une  foule 


312 


LARYNX.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE  :  TUMEURS. 


de  circonstances  peuvent  occasionner  ces  déboires  :  la  forme,  les  dimen¬ 
sions,  le  point  d’implantation  d’un  polype,  la  forme  particulière  de  l’épi¬ 
glotte,  mais  surtout  et  avant  tout  le  tempérament,  la  pusillanimité  du 
malade,  l’excessive  sensibilité  de  l’arrière-gorge  et  de  la  muqueuse  la¬ 
ryngée,  qui  sont  autant  d’entraves  à  la  réussite  d’une  opération  intra- 
laryngée. 

Les  qualités  requises  pour  pratiquer  une  opération  dans  la  cavité  du 
larynx,  sont  avant  tout  une  dextérité  très-grande  à  manier  le  miroir  laryn¬ 
gien  de  la  main  gauche.  De  plus,  l’opérateur  doit  avoir  une  connaissance 
exacte  de  la  cavité  à  explorer,  pour  pouvoir  porter  l’instrument  avec  pré¬ 
cision  et  rapidité  dans  son  intérieur,  et  l’éloigner  tout  aussi  rapidement 
sans  léser  les  organes  voisins. 

Il  est  de  la  plus  haute  importance  d’opérer  rapidement,  car  on  a  tout  au 
plus  quelques  secondes  pour  agir  ;  si  les  premiers  essais  échouent,  le  mé¬ 
decin  devra  faire  preuve  d’une  grande  patience,  faire  de  nouvelles  tenta¬ 
tives,  et  ranimer  le  courage  de  son  malade  par  des  paroles  bienveillantes. 

De  son  côté,  le  malade  doit  faciliter  la  tâche  de  l’opérateur  par  sa  ferme 
volonté,  et  par  l’intention  bien  arrêtée  de  se  soumettre  avec  patience  et 
résignation  aux  différentes  manœuvres  que  le  chirurgien  jugera  néces¬ 
saires.  C’est  ainsi  qu’il  s’appliquera  à  maintenir  la  tête  immobile,  à  bien 
ouvrir  la  bouche,  à  projeter  la  langue  au  dehors,  à  supporter  le  miroir  le 
plus  longtemps  possible,  etc.  Plus  haut,  nous  avons  insisté  sur  ces  détails 
et  nous  avons  dit  que  l’habitude  seule  parvenait  à  triompher  de  ces  diffi¬ 
cultés  ;  aussi  nous  bannissons  entièrement  l’emploi  de  différents  anesthé¬ 
siques  locaux,  qui  sont  la  plupart  du  temps  inefficaces. 

Une  dernière  question  se  pose  ici  :  Faut-il  faire  usage  du  chlorofmmi  , 
dans  les  opérations  du  larynx?  La  plupart  des  auteurs  sont  d’accord  pour 
répondre  négativement.  Il  est  une  raison  qui,  à  elle  seule,  contre-indique 
d’une  manière  formelle  la  chloroformisation.  C’est  un  laryngospasme pou¬ 
vant  devenir  mortel  par  le  contact  prolongé  des  instruments,  et  prove¬ 
nant  de  ce  que  l’action  paralysante  du  chloroforme  ne  s’étend  pas  aux 
muscles  du  voile  du  palais,  ni  à  ceux  du  larynx.  La  trachéotomie  préalable 
permetîrait  seule  d’avoir  recours  au  chloroforme. 

YIII.  Tumeurs  osseuses  et  curtilagineuses. —  Outre  les  polypes 
et  le  cancer  du  larynx,  on  rencontre  quelquefois  dans  cet  organe  des  tu-  . 
meurs  qui  paraissent  avoir  leur  point  de  départ  dans  les  cartilages  ossifiés. 

Les  observations  ne  sont,  ni  assez  nombreuses  ni  assez  détaillées  pour 
qu’on  puisse  en  faire  l’histoire  ;  souvent  même  les  tumeurs  n’ont  été  con¬ 
statées  qu’à  l’autopsie. 

Travers  (1818),  le  premier,  parle  d’une  femme  de  cinquante  ans,  at¬ 
teinte  de  dysphagie,  qui  mourut  subitement,  et  à  l’autopsie  de  laquelle 
on  trouva  une  augmentation  de  volume  considérable  des  cartilages  thy¬ 
roïde  et  cricoïde  ossifiés. 

Froriep  a  constaté,  à  l’autopsie  d’un  individu,  deux  tumeurs  osseusesdu 
larynx  qui  en  obstruaient  complètement  la  cavité.  Elles  provenaient  des 
cartilages  ossifiés. 


LARYNX.  -  PATHOL.  CHIRORGICALE  :  EXTIRPATION  DO  LARYNX.  313 

-  Virchow  décrit  une  ecchondrose  à  la  paroi  antérieure  de  la  moitié  pos¬ 
térieure  du  cricoïde. 

Tûrck  a  constaté  au  laryngoscope  une  tumeur  volumineuse  située  au- 
dessous  de  la  corde  vocale  gauche,  et  à  l’autopsie  une  hypertrophie  du 
cricoïde  avec  ossification,  nécrose  et  collection  purulente.  Dans  un 
autre  cas,  il  décrit  une  tumeur  de  la  grosseur  d’une  noisette,  dont  il  n’a 
pu  déterminer  la  nature,  et  qu’il  désigne  sous  le  nom  à'enchondrome  (?). 

Incrustations  sur  la  lèvre  vocale.  - —  Le  docteur  Mandl  a  décrit  une 
affection  inconnue  avant  lui .  Il  s’agit  d’une  dame  de  soixante-quatorze 
ans,  qui,  sujette,  depuis  trois  ans  à  des  enrouements  fréquents,  fut 
prise,  vers  le  mois  de  décembre  1873  ,  d’une  extinction  de  voix  des 
mieux  caractérisées.  L’examen  laryngoscopique  révéla  les  détails  suivants  : 
«  Sur  la  lèvre  vocale  gauche  existait  une  production  blanchâtre,  sous 
formé  de  deux  nodosités  d’une  blancheur  éclatante.  L’antérieure,  faisant 
saillie  dans  l’ouverture  glottique,  était  presque  triangulaire  ;  la  postérieure 
était  plus  arrondie  et  réunie  à  la  première  par  une  membrane  rugueuse, 
blanchâtre  et,  dans  quelques  points,  rosée  par  transparence.  Cette  pro¬ 
duction  occupait  à  peu  près  la  moitié  de  la  lèvre  vocale,  vers  son  milieu, 
de  sorte  que  le  quart  antérieur  et  le  postérieur  de  la  lèvre  restaient  libres, 
la  couleur  blanche  éclatante  suggérait  l’idée  de  concrétions  calcaires  dé¬ 
posées  sur  la  corde  vocale.  » 

La  malade  fut  soumise  à  un  certain  nombre  de  cautérisations  avec  le  ni¬ 
trate  d’argent  ;  dans  une  séance,  Mandl  ressentit  distinctement  le  choc  dur 
du  porte-caustique  contre  la  tumeur  de  la  corde  vocale. 

Ces  cautérisations,  n’ayant  donné  aucun  résultat,  on  voulut  tenter  la  dis¬ 
solution  de  l’incrustation  par  l’acide  chlorhydrique  en  fumigations  ;  plus 
tard  on  remplaça  cet  acide  par  l’acide  acétique  et  l’acide  chromique  appli¬ 
qués  localement  à  l’aide  d’une  éponge. 

Toutes  ces  tentatives  furentinfructueuses.  L’habile  laryngologiste  se  dé¬ 
cida  alors  à  pratiquer  l’arrachement  des  nodules  au  moyen  d’une  pince  à 
polypes,  à  mors  trois  fois  plus  longs  que  dans  les  pinces  ordinaires  de 
Mathieu.  Il  arriva  au  bout  de  deux  séances  à  retirer  un  lambeau  de  mem¬ 
brane,  et  avec  lui  le  grand  nodule  antérieur,  et  trois  des  petits  nodules 
postérieurs.  La  voix  revint  pour  ainsi  dire  instantanément,  et  s’est  main¬ 
tenue  depuis,  sauf  une  légère  altération  dans  le  timbre. 

Le  nodule  enlevé  présentait  la  dureté  du  cartilage  ;  coupé  en  travers,  il 
offrait  une  certaine  résistance;  examiné  au  microscope,  on  le  trouva  com¬ 
posé  de  fibres  enchevêtrées  et  de  granules  moléculaires. 

Mandl  pense  que  la  production  pathologique  en  question  est  une  exsuda¬ 
tion  pseudo-plastique,  résultat  de  laryngites  précédentes,  et  ayant  subi 
une  métamorphose  régressive  par  le  dépôt  de  sels  calcaires. 

IX.  Extirpation  du  larynx.  — -  Lorsqu’en  1870,  Czerny  lut  au  con¬ 
grès  chirurgical  alle.mand  un  travail  sur  l’extirpation  totale  du  larynx  chez 
lechien,  et  qu’il  conclut  en  disant  que  l’opération  pourrait  être  tentée  sans 
trop  de  dangers  chez  l’homme,  la  plupart  des  assistants  émirent  des  doutes 
sur  la  possibilité  d’une  pareille  entreprise  ;  c’est  cependant  eii  se  fondant 


314  LARYNX.  —  pathol.  chirurgicale  ;  extirpation  du  larynx. 
sur  les  expériences  de  Czerny,  que  Billroth  vient  de  pratiquer  cette  pé¬ 
rilleuse  opération  avec  un  succès  complet. 

Comme  c’est  la  première  opération  de  ce  genre  qui  ait  été  faite  sur  le 
vivant,  nous  ne  pouvons  la  passer  sous  silence. 

Il  s’agit  d’un  professeur  de  trente-six  ans,  affecté  depuis  trois  ans  d’une 
tuiqeur  laryngienne  de  nature  cancéreuse  ;  il  avait  été  soumis  à  diffé¬ 
rents  traitements  depuis  le  début  dé  son  affection.  Billroth  avait  déjà  pra¬ 
tiqué  l’extirpation  d’une  partie  de  -la  tumeur,  et  il  se  proposait  de  faire 
une  seconde  fois  la  trachéo-laryngolomie  et  d’opérer  le  grattage  du  larynx. 

Celui-ci  une  fois  ouvert,  on  s’aperçut  que  le  périchondre  et  la  partie 
supérieure  du  'arynx  étaient  envahis  par  le  néoplasme.  L’extirpation  com¬ 
plète  de  l’organe  devenait  la  seule  planche  de  salut  à  offrir  au  malade.  On 
le  laissa  se  réveiller,  puis  après  lui  avoir  exposé  sa  situation  et  obtenu 
son  assentiment,  on  le  cbloroformisa  à  nouveau  pour  procéder  à  l’ablation. 
Nous  ne  décrirons  pas  les  différentes  phases  de  cette  laborieuse  entre¬ 
prise  ;  on  en  trouve  la  traduction  dans  le  n°  34  de  la  Gazette  hebdoma¬ 
daire  de  médecine  et  de  chirurgie.  Disons  toutefois  que  l’opération  ter¬ 
minée,  on  fixa  la  trachée,  armée  d’une  canule,  à  la  peau  du  cou  au  moyen 
de  points  de  suture.  Le  pharynx  fut  réuni  transversalement  par  trois 
points  de  suture  qui  mettaient  en  contact  les  surfaces  de  section  delà 
paroi  pharyngienne  ;  on  pouvait  espérer  ainsi  d’éviter  toute  issue  des  ali¬ 
ments  par  la  blessure. 

Au  bout  de  trois  jours,  la  plaie  s’était  déjà  rétrécie.  Les  pansements 
consistèrent  en  lavages  répétés.  La  suppuration  fut  franche  et  peu  abon¬ 
dante.  Cependant  il  restait,  à  la  partie  supérieure,  un  orifice  large  de  deux 
doigts  qui  communiquait  avec  le  pharynx  ;  mais  le  malade  put  assez  vite 
se  passer  de  sonde  œsophagienne,  et  portant  fortement  la  langue  en  ar¬ 
rière,  déglutir  facilement  les  liquides  et  les  solides. 

La  guérison  était  assurée,  et  l’on  put  songer  dès  lors  à  rendre  au  ma¬ 
lade  l’usage  de  la  parole  au  moyen  d’un  larynx  artificiel.  L’appareil  que 
Billroth  fit  construire,  se  compose  de  trois  pièces  séparées  :1“  une  canule 
trachéale  (a)  ;  2“  une  canule  pharyngée  (b)  ;  3"  une  canule  phonatoire  (c). 
On  introduit  d’abord  la  canule  trachéale,  et  on  la  fixe  comme  d’ordinaire, 
au  moyen  d’un  ruban  passé  autour  du  cou  ;  puis,  par  cette  canule,  on  fait 
passer  la  canule  pharyngée  et  on  la  fixe  à  la  canule  trachéale  au  moyen 
d’un  anneau  mobile  (d). 

Grâce  à  cette  disposition,  l’ouverture  du  cou  étant  fermée,  le  courant 
inspirateur  et  expirateur  traversent  la  canule  trachéale  pour  passer  par 
l’ouverture  (ej  dans  l’arrière-bouche.  Dans  la  canule  pharyngée,  on  adapte 
la  canule  phonatoire,  laquelle  présente  deux  ouvertures,  et  porte,  dans 
un  châssis  (/“),  la  languette  résonnante  {g),  qui  est  mise  en  vibration  par 
l’air  expiré;  mais  il  faut  que  le  courant  ait  une  certaine  intensité  pour 
faire  vibrer  la  languette. 

L’appareil  est,  en  outre,  pourvu  d’un  appendice  (h)  destiné  à  remplacer 
l’épiglotte,  et  à  empêcher  l’entrée  des  aliments  dans  les  voies  respiratoires. 
Cette  épiglotte  artificielle  est  maintenue  béante  au  moyen  d’un  ressort  (i). 


URYNX. 


—  bibliographie. 


315 

Pendant  la  déglutition,  le  ressort  s’abaisse  par  le  jeu  des  mâchoires  et  par 
le  poids  de  la  langue.  Il  peut,  du  reste,  s’adapter  à  la  canule  phonatoire 
ou  à  la  canule  pharyngée. 


1,  Cannle  trachéale.  —  b,  Canule  pharyngée.  —  c,  Canule  phonatoire.  —  d,  Anneau  mobile 
servant  à  fixer  la  canule  b  à  la  canule  a.  —  e.  Ouverture  faisant  communiquer  la  canule  a 
avec  la  canule  b.  —  f.  Châssis  dans  lequel  est  fixée  g,  la  languette  résonnante.  —  h.  Épiglotte 
artificielle,  maintenue  béante  au  moyen  du  ressort  (i).  —  kk',  Respirateur  fixé  sur  l’anneau 
mobile  de  la  canule  pharyngée. 

Ce  larynx  artificiel  est  en  caoutchouc  durci  ;  la  languette  seule  est  en 
argent. Le  malade  peut,  grâce  à  cet  ingénieux  appareil  prothétique,  émettre 
une  voix  assez  élevée  pour  se  faire  comprendre  d’un  bout  d'une  salle  à 
l’autre;  la  voix  seule  est  monotone,  et  la  prononciation  exige  de  grands 
etlorts. 

I.  -  ANATOMIE,  PHYSIOLOGIE,  LAKYNGOSCOPIE. 

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I 


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Eug.  Bœckel  et  Jules  Bœckel. 

LAUDANUM.  Voy.  Opium. 

liAURIER-CERISE.  Cerasus  lauro-cerasus.  Lois.  Prunus  lauro- 
cerasus  L.  Rosacées-Amygdalées. 


LAURIER-CERISE.  —  composition  chimiqüe.  —  formes  pharmaceutiques.  323 

DESCRipno.N.  —  Arbrisseau  toujours  vert,  de  5  à  8  mètres  de  hauteur. 
Tronc  rameux,  noirâtre;  branches  étalées,  d’un  brun  cendré.  Feuilles 
alternes,  presque  sessiles,  ovales,  lancéolées,  pointues,  denticulées  sur 
les  bords,  épaisses,  coriaces,  glabres,  luisantes  en  dessus.  Fleurs  blan¬ 
ches,  d’une  odeur  analogue  à  celle  des  amandes  amères,  en  longues 
grappes  axillaires.  Calice  infère,  urcéolé,  à  5  divisions  profondes.  Corolle 
à  5  pétales  insérés  sur  le  calice.  Étamines  nombreuses  présentant  la  même 
insertion.  1  ovaire  bilobé,  1  style  exsert,  stigmate  simple.  Le  fruit  est  une 
drupe  ovale,  pointue,  pourvue  d’un  sillon  longitudinal  peu  prononcé  qui 
la  divise  en  2  parties,  glabre,  peu  charnue,  noirâtre  à  la  maturité.  Le 
noyau  est  presque  globuleux,  très-lisse. 

Composition  chimique.  —  Principe  actif.  —  Cet  arbre,  originaire  des 
bords  de  la  mer  Noire,  fournit  à  la  médecine  ses  feuilles  que  l’on  doit  ré¬ 
colter  de  mai  en  septembre,  en  ayant  soin  de  choisir  le  moment  de  la  fib- 
raison,  et  surtout  celui  qui  précède  la  fructification.  Elles  exhalent,  quand 
on  les  froisse,  l’odeur  d’amandes  amères  ;  distillées  avec  l’eau,  elles  don¬ 
nent  de  l’acide  cyanhydrique,  une  essence  C“H'’Ô%  entièrement  analogue 
àl’hydrure  de  benzoïle  ou  essence  d’amandes  amères,  et  de  la  glucose. 
Ces  corps  résultent  de  la  réaction  de  la  synaptase  sur  l’amygdaline,  prin¬ 
cipes  que  contient  leur  parenchyme.  Par  la  dessiccation ,  ces  feuilles 
perdent  une  partie  de  leurs  propriétés  ;  néanmoins,  elles  peuvent  encore, 
sous  l’influence  de  l’eau,  donner  naissance  aux  produits  que  nous  venons 
d’indiquer. 

Formes  pharmaceutiques.  —  Doses.  —  1»  Poudre  de  feuilles,  20  à  40 
centigr.;  2°  infusion,  une  feuille  fraîche  dans  200  gram.  d’eau  bouil¬ 
lante;  3°  eau  distillée,  15  à  20  grammes  dans  une  potion  calmante,  à 
prendre  par  cuillerées  ;  4“  cérat  de  laurier-cerise,  avec  eau  de  laurier- 
cerise,  3;  huile  d’amandes  douces,  4;  cire  blanche,!  (Roux  deBrignolles). 
L’huile  essentielle  est  fortement  toxique  et  presque  inusitée,  3  à  4  gouttes 
en 24  heures;  on  l’additionne  souvent  d’huile  d’olive  pour  la  rendre  plus 
maniable.  Elle  entre  dans  la  pommade  de  James,  formée  d’essence  de  lau¬ 
rier-cerise  1,  axonge  8.  De  toutes  les  préparations  de  laurier-cerise,  la  plus 
usitée  est  l’eau  distillée.  Les  effets  de  cette  préparation  ont  été  pourtant 
fortement  controversés.  Pour  les  uns,  ce  serait  un  violent  poison,  capable 
de  donner  la  mort  à  un  animal  de  forte  taille  à  la  dose  de  4  grammes, 
tandis  que  pour  d’autres,  au  contraire,  on  pourrait  la  prescrire  impuné¬ 
ment  jusqu’à  300  et  350  grammes.  Ces  résultats  si  opposés,  s’expliquent 
aisément,  comme  l’a  fait  remarquer  Trousseau,  si  l’on  remarque  que  sou¬ 
vent  des  pharmaciens  peu  soigneux,  n’enlèvent  pas  l’huile  essentielle  qui 
surnage  l’eau  distillée,  et  que,  d’autre  part,  cette  eau  est  souvent  tout  à 
fait  affaiblie.  Il  faut  espérer  que  le  discrédit  qui,  à  la  suite  de  ces  varia¬ 
tions,  a  frappe  l’eau  distillée  de  laurier-cerise  disparaîtra,  aujourd’hui  que 
les  praticiens  sont  en  possession  d’une  eau  distillée  qui,  préparée  d’après 
les  indications  du  Codex,  présente  toujours  une  composition  identique 
(voy.  Cïanogêne.  Essai  des  médicaments  cyaniques),  et  pouvant  conserver 
pendant  de  longues  années  une  quantité  invariable^d’acide^  cyanhydrique. 


324  LAVANDE.  —  caractères  dü  genre. 

Action  physiologique.  —  Les  effets  physiologiques  du  laurier-cerise  ont 
été  déjà  étudiés  avec  les  médicaments  cyaniques  (voy.  Cyanogène)  ;  nous 
rappellerons  qu’à  dose  médicamenteuse,  il  détermine  des  lourdeurs  de 
tête,  des  vertiges,  un  état  de  torpeur  des  facultés  intellectuelles,  de  la  fai¬ 
blesse  musculaire  ;  qu’à  dose  plus  considérable,  il  occasionne  des  effets 
sédatifs  encore  plus  marqués,  des  troubles  digestifs;  qu’ enfin,  à  dose 
excessive,  il  produit  des  troubles  cérébraux,  de  la  gêne  respiratoire,  la 
résolution  musculaire  ou  des  mouvements  convulsifs,  des  phénomènes 
asphyxiques  précédant  le  refroidissement  et  la  mort. 

Usages  en  médecine.  —  C’est  un  antispasmodique,  un  anesthésique,  qui 
calme  le  spasme  nerveux  ou  musculaire.  De  là  dérive  son  emploi  dans  les 
crampes  d’estomac,  les  vomissements  incoercibles,  la  toux  nerveuse,  l’an¬ 
gine  de  poitrine,  l’asthme,  la  coqueluche,  la  bronchite,  la  pneumonie,  les 
palpitations  du  cœur.  A  l’extérieur,  c’est  un  topique  calmant  qui,  sous 
forme  de  cérat  et  de  cataplasmes,  peut  servir  à  panser  les  brûlures,  les 
plaies  anciennes  et  douloureuses,  les  cancers  ulcérés  et  à  apaiser  la  dou¬ 
leur.  On  se  sert  des  feuilles  pour  donner  un  goût  agréable  au  lait,  aux 
crèmes  ;  il  ne  faut  point  oublier,  dans  ce  cas,  que  l’on  emploie  une 
substance  toxique,  et  que  l’on  fait  naître  un  danger  du  moment  où  l’on 
se  sert  de  plus  de  deîix  feuilles  pour  aromatiser  un  litre  de  lait. 

Gobley.  Expériences  pour  servir  à  l’histoire  des  feuilles  de  laurier-cerise  [Journ.  de  pharm., 
5'  série,  t.  XV). 

C.4KOS  DU  ViLL.4KDs,  Note  sur  les  lions  effets  de  l’emploi  du  laurier-cerise  dans  quelques  mala¬ 
dies  [Bull,  de  TMrapeut.,  1852,  t.  III,  p.  202,  t.  YI,  p.  77). 

Roux  (de  Brignolles),  De  l’eau  de  laurier-cerise  considérée  comme  agent  thérapeutique  [Bull, 
de  thérap-,  1832,  t.  IIl,  p.  197).  , 

Frakcbiki  (Eugenio),  Bons  effets  des  applications  d’eau  de  laurier-cerise  dans  le  traitement  des 
brûlures  [Bull,  de  thérap.  Paris,  1859,  t.  LVII,  p.  330). 

A.  HéRAL’D. 

LiAVAJXBE  (de  lavare,  laver,  plusieurs  espèces  étant  usitées  chez 
les  anciens  pour  parfumer  les  bains) .  —  Famille  des  Labiées-Ocymoïdées, 
did’ynamie  gymnospermie. 

Caractères  du  genre  .  —  Les  lavandes  forment  un  petit  groupe  naturel, 
se  distinguant  des  autres  labiées  par  les  caractères  suivants  :  Tige  vivace, 
souvent  ligneuse  à  la  base.  Feuilles  opposées,  étroites,  entières,  plus  ou 
moins  découpées.  Fleurs  disposées  en  faux  épis  terminaux;  portées  par  un 
axe  long,  grêle,  dressé,  nu  ;  souvent  accompagnées  de  bractéoles,  et  en 
plus  de  bractées,  à  l’aisselle  desquelles  ces  fleurs  se  développent  en  petits 
glomérules.  Calice  tubuleux,  à  5  dents  courtes,  dont  la  supérieure  pré¬ 
sente  au  sommet  une  petite  bractée  arrondie.  Corolle  bilabiée,  à  tube  plus 
long  que  le  calice,  à  gorge  dilatée;  la  lèvre  supérieure  est  bilobée,  la  lèvre 
inférieure  trilobée;  tous  les  lobes  sont  presque  égaux.  Étamines  4,  didy- 
names,  fertiles,  incluses,  les  plus  longues  fléchies  sur  la  lèvre  inférieure 
de  la  corolle.  Filets  glabres,  anthères  ovées,  réniformes,  à  loges  confluentes 
en  une  seule.  Ovaire  à  4  loges,  entouré  d’un  disque  concave.  Style  gyno- 
basique,  aplati,  bifide.  Le  fruit  est  formé  de  4  achaines  oblongs,  lisses, 
arrondis  au  sommet,  entourés  par  le  calice  persistant. 


325 


LAVANDE.  —  LAVANDE  officinale. 

Trois  espèces  de  Lavande  sont  usitées  en  médecine. 

1°  Lavande  officinale.  Lavandula  vera  De  G.  L.  latifolia  AVilld.  La¬ 
vande  femelle.  Lavande  à  longues  feuilles.  —  Tige  ligneuse  à  la  base,  à 
rameaux  étalés;  feuilles  étroites,  linéaires,  lancéolées.  Fleurs  bleues,  pe¬ 
tites,  en  épis  interrompus  ;  bractées  dbovales,  pubescentes,  terminées  au 
somrâet  par  une  longue  pointe,  bractéoles  petites.  Elle  croît  spontanément 
dans  tout  le  midi  de  la  France,  en  Italie,  en  Espagne,  en  Suisse.  Elle  est 
cultivée  en  grand,  en  Angleterre,  pour  la  préparation  de  l’essence.  On 
emploie  les  sommités  fleuries,  cueillies  avànt  le  complet  épanouissement 
delà  fleur.  Elles  contiennent  de  la  résine,  du  tannin,  un  principe  amer, 
du  ligneux  et  mae  huile  essentielle.  Cette  essence  est  jaune,  fluide,  âcre, 
aromatique,  d’odeur  persistante,  soluble  en  toute  proportion  dans  l’al¬ 
cool  à  85°;  elle  contient  un  camphre  analogue  par  sa  composition  chi¬ 
mique  au  camphre  des  Laurinées.  Les  préparations  de  Lavande  officinale 
usitées,  sont  :  1°  l’infusion  pp.  4  à  8  gr.  ;  1000;  2“  eau  distillée,  50  à 
100 gr.;  3“  teinture  alcoolique,  1  à  4  gr.  en  potion;  4"  huile  essentielle, 
5àl0 gouttes  en  potion.  On  prépare  avec  les  sommités,  des  cataplasmes, 
des  sachets  révulsifs  qu’on  applique  sur  les  engorgements  atoniques,  des 
litières,  des  coussins  sur  lesquels  on  fait  coucher  les  enfants  scrofuleux 
pour  les  fortifier,  des  bains  aromatiques  stimulants.  L’alcoolat  {eau-de-vie 
de  Lavande)  et  le  vinaigre  sont  surtout  usités  comme  cosmétiques.  Elle 
entre  dans  la  préparation  du  baume  tranquille,,  du  baume  nerval,  du 
vinaigre  antiseptique  et  de  l’eau  de  Cologne. 

Dsages  médicaux.  —  La  Lavande  réunit  les  principes  aromatiques  et  les 
principes  amers  propres  aux  Labiées  ;  par  suite,  elle  est  à  la  fois  stimu¬ 
lante,  antispasmodique  et  tonique.  Ses  propriétés  sont  incontestables, 
assez  énergiques  même  pour  que  les  préparations  de  cette  plante,  admi¬ 
nistrées  à  l’intérieur  à  doses  élevées,  aient  pu  produire  quelques  acci¬ 
dents  toxiques.  Néanmoins  on  l’emploie  rarement  à  l’intérieur;  cela  tient 
probablement  à  son  odeur  forte,  pénétrante,  à  sa  saveur  très-prononcée. 
Son  action  stimulante  lui  a  valu,  suivant  les  organes  vers  lesquels  la  sti¬ 
mulation  est  dirigée,  les  appellations  de  nervine,  de  céphalique,  de  stoma¬ 
chique.  Elle  est  nervine,  en  ce  sens  qu’elle  peut  agir  sur  les  débilités,  les 
atonies  des  nerfs,  et  surtout  des  nerfs  encéphalo-rachidiens  ;  c’est  surtout 
dans  la  paralysie  des  mouvements  volontaires  et  des  organes  des  sens  que 
son  action  est  utilisée  :  ainsi,  la  teinture  est  employée  en  gargarisme 
contre  la  paralysie  de  la  langue,  le  bégayement  ;  mélangée  avec  l’ammo¬ 
niaque,  enfriction,  sur  la  région  sourcilière,  dans  l’amaurose.  Elle  est  cé 
phalique,  car  par  son  odeur  forte,  aromatique,  elle  peut  stimuler  rapi¬ 
dement  le  cerveau,  de  là  son  emploi  dans  la  céphalalgie,  le  vertige.  Elle 
est  stomachique,  car  elle  réveille  l’atonie  de  l’estomac,  facilite  l’évacuation 
des  gaz;  de  là  son  usage  dans  certaines  dyspepsies  flatulentes. 

Son  action  antispasmodique  la  fait  employer  dans  l’hystérie,  les  spasmes, 
les  vapeurs.  Comme  tonique  amer,  elle  peut  remplir  plusieurs  indica¬ 
tions;  c’est  ainsi  qu’on  la  ■prescrit  dans  les  affections  scrofuleuses  et  chlo¬ 
rotiques,  dans  la  leucorrhée,  la  gonorrhée,  la  bronchorrhée.  On  doit  s’ab- 


326 


LAVEMENT. 


stenir  d’administrer  les  préparations  de  Lavande  toutes  les  fois  qu’il  y  a 
de  la  chaleur  à  la  peau,  de  la  une  disposition  aux  congestions  céré¬ 

brales,  d,e  l’inflammation  à  Tes^wac.  A  l’extérieur,  elle  trouve  plusieurs 
applications.  La  poudre  est  empoyée  comme  sternutatoire;  l’essence  en 
applications  topiques  contre  la  tcigfîe,  en  frictions  et  mélangée  avec  fhuile 
de  mille[^rtHis  et  de  camomille  dans  les  rhumatismes,  la  paralysie.  L’eau- 
de-vie  deWvande  est  un  bon  vulnéraire.  L’eau  distillée,  additionnée  d’al¬ 
cool,  a  été  prescrite  en  lotions  pour  opérer  la  résolution  de  l’acné  et  de  la 
couperose.  Enfin,  l’essence  a  été  indiquée  pour  chasser  les  poux.  L’éco- 
nouiie  domestique  utilise  son  odeur  forte,  pénétrante,  pour  placer  les  vête¬ 
ments  à  l’abri  de  l’attaque  deà  mites,  des  teignes  et  autr*  parasites. 

2°  Lavande  Spic.  Lavanclula  sp^a  De  G.  Aspic.  Lavande  mâle.  —  Ce 
n’est  probablement  qu’une  variété  de  la  précédente.  Sa  taille  est  plus 
élevée,  ses  feuilles  sontiplus  blanches,  plus  rapprochées  les  unes  des 
autres;  ses  inflorescences  plus  courtes,  plus  serrées.  Elle  croît  à  peu  près 
dans  les  mêmes  régions.  L’huile  xjui  en  est  retirée  (huile  d’aspic  ou  de 
spic)  a  une  odeur  plus  forte  et  moins  désagréable  que  celle  de  la  Lavande 
officinale.  Cette  plante  possède  à  un  degré  plus  élevé  peut-être  les  pro¬ 
priétés  de  la  précédente,  et  a  les  mêmes  applications  médicales. 

5“  Lavande  Stœchas.  L.  Stæchas  L.  —  C’est  un  petit  sous-arbrisseâu 
de  3  à  4  décimètres  de  hauteur,  à  feuilles  oblongues,  lancéolées,  blan¬ 
châtres,  touffues.  Les  fleurs  petites,  d’un  violet  pourpre,  forment  un  épi 
serré,  ovale  ou  oblong,  surmonté  d’une  touffe  de  feuilles  florales,  viola¬ 
cées;  son  cdeur  est  forte  et  térébenlhinée,  sa  saveur  chaude,  âcre,  amère. 
Elle  croît  en  abondance  dans  la  région  méditerranéenne,  et  surtout  aux 


îles  Stœchades  (ou  d’Hyères)  en  Provence,  localité  d’où  elle  tire  sonnpm.  - 
C’est  un  bon  antispasmodique;  on  administre  les  fleurs  à  la  dos,é^4à 
8  grammes  en  infusions  théiformes  dans  les  vomissements  neryetli.  On  a 
également  recommandé  le  stœchas  contre  les  affections  chrorliqués  des 
organes  respiratoires,  l’asthme  humide,  les  catarrhes  muquéûx,  les  en¬ 
gorgements  pulmonaires,  la  dyspnée.  - 


liAVEMENT.  —  Le  lavement  (du  latin  lavare,  tkW;  baignérj  appelé  j  ^ 
aussi  clystère  de  -/.auÇü),  je  lave;  enema  de  verser,  in^ec,  en-  j 

foncer)  consiste  dans  l’introduction,  par  . la  voie  recto-colique,  dlutillinuide  ^ 
susceptible  de  lemplir  un  but  hygiénique  ou  thérapeutique,  et  iploi 
reriiOïite  jusqu’aux  premiers  temjis  de  rëfé  médicale,  il  en  est  fait  nen- 
tion  dans  les  livres  d’Hippocrate,  de  Galien,  de  Celse,  etc.;  les  méd  cins 
arabes  y  avaient  souvent  recours  ;  Avicenne  en  a  exposé  avec  éoii  les 
indications  et  les  contre-indications^.  L’usage  des  lavements  fut  eom  nup 
pendant  le  moyen  âgej  et  leur  prcsciiplion  devint^^Mj^ll^mjgpt  nédi-  . 
cale;  au  dix-septième  et  au  dix-huitième  sièclefTmelf  anusap  mi  les  pres- 
erivit  dans  presque  toutes  les  maladies,'  et  ils  passèrent  dans  les  habitudes 


LAA/EMENT".  action  physiologiqde.’  527 

hygiéniques  journalières.  Actueilement,  moins  employés  que  jadis,  ils 
constituent  uii  moyen  curatjf  effic^è  dans  un  grand  nombre  de  cas,  et 
sont  soumis  comme  tous  les  mqjjjeaments  à  des  règles  scientifiques. 

t^Les  lavements  sont  très-variés  :  les  ùijts  ayant  le  plus  communément 
l’eau  pour  véhicule,  sont,  dits.  d'iutres  préparés  avec  divers  agents 

thérapeutiques,  sônt  appelés  médicamenteux  ;  enjinil  en  est  qui  contien¬ 
nent  des  substances  alibiles  et  sont  noriimée  nutritifs. 

Action  physiologique.  —  Quand  un  lavement  est  introduit  dans 
l’intestin,  il  détermine  deux  act^successifs  ;  un  effet  local,  un  effet  d’ab- 
\mÿiion. 

1°  Effets  locaux.  —  Le  liquide  en’ rapport  avec  la  muqueuse  intesti¬ 
nale,  agit  par  contact,  par  sa  température  et  par  son  pouvoir  diluant  ; 
en  premier  lieu  il  excite  les  contractions  de  la  musculeuse,  et  il  serait 
immédiatement  rendu,  si  la  volonté  n’agissàit  pas  pour  les  modérer; 
quand  la  quantité  du  liquide  esf*peu  abondante,  ce  besoin  d’expulsion 
;  j  n’est  pas  très-marqué,'  aussi  conserve-t-on  plus  facilement  les  petits  lave¬ 
ments.  ■  ■  . 

I  La  chaleur  du  liquide  a  aussi  son  action  |péciale  :  à  la  température  du 
I  corps,  il  n’agit  que  par  contact  ;  à  uqe-;  température  plus  basse  ou  plus 
j  élevée,  les  contractions  intestinales  sobi^xcit^es,  avec  plus  d’énergie  si 
i  l’eau  est  froüe  ;  â  la  longue  elles  finissent  par^’ émousser  quand  on  fait  un 
.  trop  fréqueiiu  usdge  des  lavements  chauds.  || 

-  le  liquide  N^e^icohtrant  les  matières  apcu^ulées  dans  l’S  du  côlon,  le 
côlon  transverse,  1^  délaye  et;  favorise  leur  évacuation. 

2°  Effets  d’absorption.  — i  Le  ’gros  intestin  possède  un  pouvoir  absor¬ 
bant  quelquefoi|- ÿussi  énergij^ue  que  cdui  de  l’estomac;  mais  il  varie  sui¬ 
vant  les  substances  employées,  ainsi  çwe  l’ont  démontré  les  expériences 
de.W.  .Sayory,  Demarquay,'  Briquet.  Les  conditions  de  maladies,  d’âge, 
de  sexe,  ont  une  influencé  très-manuestè  ;  d’après  Briquet,  l’état  fébrile 
4t  favorable  à  l’absorption'  ijntestinale  ;  felle  ést  moins  active  dans  la  fièvre 
.«mhoide,  faible  ^ns  le  diabète  ;  dans*  certaines  maladies  névrosiques, 
/  l’hystérie,  par  e|emple,  efle  est  pr’^que  nulle  pendant  l’état  de  pa- 
r|xysme.  ,4^,  ’ 

'I L’absorption  dâns  le  groidntestin  varie  suivant  les  médicaments;  ainsi 
ô  le  curare,  intrqcl,lit  chez  quelques  animaux  par  la  voie  biicco-gastrique,  ne 
\  donne  lieu  à  auéim  accident,  tandis  qqe  porté  dans  le  rectum,  il  amène 
rapidement  desj|)hénomènefe  d’intoxication;  les  effets  de  l’opium,  de  la 
îbelladone,  de  la  strychnin^  en  solution,  sont  plus  énergiques,  quand  ces 
médicaments  sont' donnés  e|i  lavemef^;  l’absorption  de  la  strychnine  en 
poudre  est  plus  rapide  daps  l’estomlic  que  dans  l’intestin  ("VV.  Savory). 
nemarquay  a  constaté  que<d’absorptio/i  de  l’iddure  de  potassium  est  plus 
active ^iftlpVros  intestin  que  dans  f  estomac;  il  en  est  de  môme  du  chloral 
hydral|y  ^ 

L’àlMrptionl  intestinale  est  plus.  marquée  dans  l’enfance  et  l’adoles¬ 
cence;  elle  dinîinde  dans  l’âge  adufte;  elle  est  moins  active  chez  la  femme 
et  chez  le  vœillard.  Ces  résultats  ont  été  déduits  des  expériences  faites  par 


328 


LAVEMENT.  —  l,  simples. 


Briquet  avec  les  alcaloïdes  du  quinquina  et  les  médicaments  analogues  ; 
cet  auteur  a  constaté  que  quand  on  donne  des  lavements  composés  avec 
des  sels-solubles  de  quinine  à  une  dose  supérieure  à  un  gramme,  ils  sont 
difficilement  gardés;  leur  absorption  est  plus  active  lorsqu’on  emploie 
des  doses  inférieures. 

Action  tbêrapentiqne.  —  Lavements  simples.  —  L’action  exercée 
par  les  lavements  varie  suivant  leur  composition  ;  ceux  qui  sont  préparés 
I  avec  de  l’eau  ordinaire,  ont  pour  but  de  favoriser  l’expulsion  des  matières 
i  fécales  accumulées  ;  ils  constituent  un  moyen  hygiénique  d’un  emploi 
populaire;  dans  quelques  circonstances,  ils  sont  de  véritables  agents  thé- 
i  rapeutiques  ;  ils  agissent  alors  par  là  (juantité  et  par  la  température  de 
[l’eau. 

Eisenmann,  Rare,  Piorry,  Bonati,  Ch.  Isnard  (de  Marseille),  op.t  re¬ 
commandé  dans  quelques,  maladies  les  grands  lavements  avec  de  l’eau 
commune  à  diverse  température. 

Eisenmann  emploie  de  grands  lavements  chauds  (5  litres  à  37°)  dans 
certaines  maladies  inflammatoires  ;  il  fut  conduit  à  les  préconiser,  après 
les  avoir  expérimentés  sur  lui-même,  et  avoir  obtenu  la  guérison  d’une 
.  périhépatite  dont  il  souffrait  depuis  longtemps  et  plusieurs  fois  récidivée;( 

I  il  les  a  prescrit  avec  succès  dans  la  péritonite,  la  néphrite,  l’entérocolite,  i 
I  le  choléra.  Eisenmann  recommande  expressément  de  donner  deux  injec¬ 
tions  :  la  première  est  ordinairement  rendue  en  expulsant  les  matières  con¬ 
tenues  dans  l’intestin,  la  seconde  est  alors  conservée  et  calme  rapidement 
les  douleurs;  un  médecin  russe,  Guttiërt,  a  souvent  eu  redours  aux  copieux 
lavements  d’eau  chaude,  et  presque  toujours  avec^es  résultats  satisfaisants. 

Les  lavements  d’eau  chaude  ont  été  recomttan^  par  Rare  (de  Cal¬ 
cutta)  contre  la  dysenterie;  il  les  administré  /  jj^idé  d’un  long  tube  en 
caoutchouc  qu’il  introduit  aupi  profondément  qu’il  |e  peut  ;  la  quant^é 
d’eau  injectée  varie.  En  généijy,  R  faut  arrêter  l’opérltibn  quand  les 
lades  éprouvent  une  douleur  Ténsive ,  et  que  l’abdon^n  devient  proémi¬ 
nent;  ces  lav'eménts  qui  etaienit  répétés  plusieurs  foil  par  jour,  n’ont  pas 
donné  de  bons-  effets.  Eisennmârm  croit  qu’ils  n’ont  p|is  réussi,  parce  que 
Rare  n’empléyait  pas  l’injectioà  évacuatrice-.  l)j  V 

j  Piorry  a  recommandé  les ^îjjectiôns  copieuses  daiisia  fièvre  typhoïde, 
lorsque  par  la  percussion  il  reconnaissait  la  présènep  de  rnatières  fécales  I 
I  accumulées  ;  dans  ce  cas  il  fait  pratiquer  des  irri^atîlnis,  qui  doivent  être 
continuées  jusqu’à  ce  que  l’eau  s’échappe  èlaiTe’  et  sins  odeur;  il  est  par¬ 
fois  nécessairede  lesréitérerdans  le  même  jour  ;  d’aarès  Piorry,  elles  amè¬ 
neraient  une  guérison  plus  rapide,  et  la  convalescence  serait  plus  courte. 

Les  grands  lavements  ont  été  proposées  par  plusieurs  médecins  contre 
les  occlusions  intestinales  :  en  1803,  Strambio  l&s  avait  ènnployés  sans 
succès  contre  deux  cas  de  vôlvulus  ;  en  1834,  Bonati  eut  recours  dans  la 
même  maladie  à  des  injections  abondantes  et  forcées,  et  en  obtint  la  gué¬ 
rison;  Ghomel  a  réussi  dans  deux  cas  d’étranglement  interne  ;  Lhommée 
(de  Saint-Dié)  a  combattu  heureusement  par  ce  moyen,  une  invagination 
intestinale;  en  1867,  Chi  Isnard  (de  Marseille),  a  publié  deux  faits  d’oc- 


clusion  intestinale  guérie  par  les  injections  forcées  ;  il  s’est  servi  d’un  in¬ 
strument  à  jet  continu,  et  a  constaté  qu’elles  étaient  exemptes  de  danger 
quand  elles  étaient  faites  avec  précaution. 

Pour  apprécier  d’une  manière  convenable  les  effets  des  injections  for¬ 
cées  et  copieuses,  il  importe  de  savoir  jusqu’à  quel  point  de  l’intestin  elles 
peuvent  arriver. 

La  pénétration  des  liquides  dans  l’intestin  a  été  diversement  limitée 
par  les  auteurs  ;  alors  que  les  uns  croyaient  qu’ils  ne  dépassaient  pas  l’S 
iliaque,  et  ne  parvenaient  qu’exceptionnellement  dans  le  côlon  transverse, 
d’autres  soutenaient  qu’ils  pouvaient  remplir  tout  le  gros  intestin,  que  la 
valvule  iléo-cœcale  n’était  pas  une  barrière  insurmontable,  et  que  des  in¬ 
jections  copieuses,  forcées,  étaient  susceptibles  de  la  franchir.  Cette  ma¬ 
nière  de  voir  avait  été  adoptée  par  Galien,  et  a  été  soutenue  par  plusieurs 
médecins;  nous  devons  dire  que  l’opinion  contraire  a  eu  de  très-nom- 
breu-v  défenseurs,  et  qu’il  en  est  même  de  nos  jours  qui  nient  d’une  ma¬ 
nière  absolue  que  la  valvule  de  Bauhin  puisse  céder.  Néanmoins  des  expé¬ 
riences  récentes  pratiquées  sur  le  cadavre,  des  faits  pathologiques  recueillis 
parBonati,  TrahuOiîChrtlsnard,  etc.,  semblent  démontrer  que  dans  quel¬ 
ques  circonstanç'gsâés  liq.uides  peuvent  passer  du  cæcum  dans  l’iléon.  «  La 
double  valvule  ilêq-èæcaïe,  dit  Cruveilhier,  ne  saurait  permettre,  dans  les 
cas  ordinaires,  le  passage  des  matières  du  gros  intestin  dans  l’intes'tin 
grêle.  Cependant,  il  résiste  d’une  foule  d’expériences  que  j’ai  faites  à  cet 
égard,  que  l’eau  injeet®  du  gros  intestin  vers  la  valvule,  que  l’air  insuflé 
dans  la  rhême-  dirèeüon  triomphent  le  plus  souvent,  mais  avec  plus  ,  ou 
moins  de  facilité,  siavaut  les  sujets,  de  la  résistance  opposée  par  la  val¬ 
vule.  Le  reflux  du  iros  intestin  dans  l’intestin  grêle,  ne  serait  possible 
pour  les  gaz  e^iour  les  liquides  ;  il  ne  saurait  l’être  pour  les  matièr  es 
^(ÿipnt  un  certain  degré  de  consistance.  Le  retour  des  matières  fécales  est 
lkp?\mpossible.  »  Béraud  adopte  les  mêmes  conclusions.  Nous  basant 
sur  çæ  faits  et  sur  les  expéplnces  récentes,  nous  établirons  que  le  reflux 
des  lftuides  du  gros  iiitestîti 'dans  l’intestin  grêle  n’est  pas  con.'tant  sur 
lousKs  individus  ;  nul'  chez  le^^uns,  il  v  arie  chez  les  autres,  mais  sa  pos- 
sibaté,  et  même  sa  fréquence| reposent  sur  un  ensemble  de  preuves 
physiologiques ,  anatomiques  et  cliniques ,  aujourd’hui  incontestables 
(Ch.  Isnard).  ^  '  •  . 

(}uand  on  aura  recours  contre  les  occlusions  intestinales  aux  lavements 
copieux,  on  devra  les  pratiquer  avec  le  plus  grand  soin,  et  suivre  attenti-' 
vement  les  changements  qu’ils  déterminent  dans  la  cavité  abdominale. .ta 
quantité  d’eau  doit  être  assez  considérable  :  Chomel  injecta,  coup  sur 
coup,  cinq  lavements  composés  chacun  de.  deux  litres  d’eau;  cette  quan¬ 
tité  est  nécessaire  pour  remonter  suffisamment  dans  le  tube  digestif  et^ 
lutter  contre  l’obstacle  ;  mais  il  imp'ijirte  de  régler. l’injection  de  manière  à 
ne  pas  trop  distendre  l’intestin,  à  laisser  libre  les  mouvements  du  dia- 
,  phragrae  ;  et  surveiller  avec  attention  l’état  de  la  respiration  et  de  la  cir¬ 
culation.  *  t 

La  position  devra  varier  suivant  li  siège  reconnu  de  l’occlusion  ou  de 


550  LAVEJfENT.  —  t.  médicamenteux  simples,  émollients,  irritants.’^ 
l’étranglement  ;  s’il  existe  dans  le  côlon  descendant  ou  dans  le  côlon  trans¬ 
verse,  le  malade  sera  étendu  sur  le  dos,  le  bassin  élevé  ;  s’il  est  dans  le 
côlon  ascendant  ou  dans  l’intestin  grêle,  il  sera  couché  sur  le  côté  droit, 
le  bassin  abaissé;  il  est  très-important  d’avoir  recours  aux  lavements 
copieux  dès  le  début  des  accidents. 

yM.  Lavements  médicamenteux.  —  Ces  lavements  préparés  avec  une  seule 
substance,  sont  dits  médicamenteux  simples;  quand  ils  en  contiennent  plu¬ 
sieurs,  on  les  nomme  médicamenteux  composés. 

Lavements  médicamenteux  simples.  —  Quand  l’état  morbide  des  voies 
supérieures,  la  répugnance  des  malades,  leur  âge,  etc.,  contre-indiquent 
l’administration  des  médicaments,  ou  lorsque  leur  action  doit  plus  spécia- 
ment  s’exercer  sur  l’intestin,  l’emploi  des  lavements  constitue  une  res¬ 
source  importante  ;  les  substances  qui  les  composent,  ont  deux  actions 
distinctes,  premièrement  elles  modifient  localement  la  surface  intestinale, 
_  secondement,  elles  exercent  sur  l’organisme  une  action  spéciale  après 
avoir  été  absorbées. 

Presque  tous  les  médicaments  solubles  de  la  matière  médicale  peuvent 
être  injectés  par  la  voie  recto-colique  ;  les  modalités  lliérapeutiqucs  qu’ils 
développent.^âi«?ent  .de  base  à  la  classification  des  lavements  :  ainsi  nous 
étudierd!fs*fuccessivement  les  lavements  émollients,  irritants,  purgatifs, 
â^ingents,  sédatif^,  toniques,  anthelminBSqj^."  ; 

ia.  Lavements  émollients.  —  Préparés  avec/c^s  substances  gommeuses, 
ifiucilagineuses,  l’amidoii,  la  gélatine,  ou  çnênqe  avec  de  l’eau  tiède,ces 
lavements  sont  prescrits  contre  les  maladies  inflammatoires  de  l’intestin. 
Leur  action  est  semblable  à  celle  qu’exercent  l^s  tisanes  et  les  boissons 
ordinaires  sur  les  voies  supérieures,  et  les  baiEfs  sur  la  peau  ;  pour  que 
leurs  effets  se  manifestent,  il  importe  que  leur  qbsorption  soit  complète; 
aussi  faut-il  n’employer  qu’une  petite  quantité  de  liquides. 

b.  Lavements  irritants.  —  Les  substances  quifeomposent  ces  lavements, 
agissent  de  plusieurs  manières  :  elles  modifierâ  les  surfaces,  et  détermi¬ 
nent  une  révulsion  plus  ou  moins  activé  sur  lajpartie  inférieure  du  tube 
digestif.  Les  lavements  modificateurs  sont  :  les  lavements  iodés-recom- 
mandés  contée  la  dysenterie  chroi^ue-par  Eiiper,  Çbapuis,  Deliouxde 
Savignae,/et  employés  une  fois-avec  succès  par  Imhauser  dans  un  casd’bé- 
patite  aiguë  ;  lès*4aveinents  avec  l’azotate  d’argent;  à  la  dose  de  5  à 
1 0  centigrammes  pour  250  grammes  d’eau  distillée,  ont  été  préconisés 
par  Troussea^contre  la  diarrhée  des  enfants  à  lamamelle/'à  la  dose  de  15 
à  20  centigrammes,  on  les  a  employés  contre  la  dysenterie  chronique; 
Guerard  y  a  eu  recours,  avec  succès,  dans  un  cas  d’éntérite..pie^o-mem- 
braneuse. 

Considérés  comme  agents  de  la  médication  révulsive,  les  lavements 
sont  composés  avec  des  substances  irritantes  ou  purgatives,  ils  ne  rem¬ 
plissent  le  plus  souvent  que  des.Judications  restreintes,  car  on  ne  peut 
impunément  porter  sur  la  muqueuse  inte.stinale,^  une  irritation  aussi 
violente  et  aussi  durable  que  ,celld  que  l’on  ^établit  sur  la  surface  cu¬ 
tanée.  ■  ■ 


LAVEMENT.  —  l.  hédicamekteïïx  purgatifs,  astringents,  sédatifs.  331 
'  c.  Lavements  purgatifs.  —  Ces  lavements  ont  deux  modes  d’action  qui 
leplussouvent  se  réunissent  ;  ils  sont  révulsifs  et  évacuants. 

Les  divers  purgatifs  connus  peuvent  servir  à  leur  préparation  ;  les  plus 
usités  sont  :  le  miel  ordinaire,  le  mellite  .dfijaercuriale,les  hupes  d’olive, 
de  ricin,  le  séné,  la  pulpe  de  casse,  de  tamarin,  le  savon,  les  sels  neutres 
purgatifs,  etc.  Aran  a  prescrit  avec  succès  de  petits  lavements  avec  l’aloès 
contre  le  catarrhe  utérin,  et  à  la  suite  de  nombreux  essais,  il  a  reconnu 
que  cette  substance  était  la  seule  que  l’on  pût  donner  d’une  manière  con¬ 
tinue  sans  provoquer  des  douleurs. 

^  d.  Lavements  astringents.  —  On  a  recours  à  ces  lavements,  quand  il  i 
est  nécessaire  de  modifier  la  vitalité  de  la  muqueuse  intestinale  et  de  di-  ! 
minuer  l’activité  des  organes  sécréteurs.  Les  substances  riches  en  tannin,  j 
telles  que  les  écorces  de  chênéj  de  grenade,!^  feuilles  d’olivier,  la  racine | 
deratanhia,  lecachoü,  etc.,  lés  sels  de  plomb,  sont  ordinairement  employés 
contre  la  dysenterie  é|  la  “diarçhéc  chroniques,  les  hémorrhagies  intes- 
I  finales,  etc.  Bretonneau  et  Trousseau  ont  prescrit  avec  succès  des  lave- 
I  ments  de  ralanhia  contre  les  Usures  anales  ;  Miquel  d’Amboise  les  a  re- 
j  commandés  contre  l’engorgement  chronique  delà  prostate;  il  les  additionne 
j  de  quelques  gouttes  de  laudpium,—  ’  .  / 

!  Les  lavements  plombiquè  ontété^préconisÿ  contre  la  dysenterie  aiguë 
I  par  Barthez  et  Boudin  ;  iM  employaiéût  lé  sous-acétate  sous  forme  d'eau 
blanche,  aux  doses  de  100  gouttes  d’extraitme  Saturne  pour  un  lavement 
,  (Barthez)  et  mêrre  à  celle  de  10  à  60  ^>'ammes  dans  les  vingt-quatre 
heures,  répartis  dans  plusieurs  quarts  dç lavement  (Boudin).  Ces  injec¬ 
tions  ont  souvent  donné  de  bons  résultats;,  et  on  n’a  pas  eu  à  noter  des 
;  accidents  toxiques.  Les  lavements  avec  le|  sels  de  plomb  ont  été  recom- 

■1  mandés  par  Devergie  contre  la  diarrhée  dés  phthisiques  ;  il  les  faisait  pré¬ 

parer  de  la  manière  suivante  :  on  dissout  séparémeqt  dans  de  l’eau  un 
'  gramme  d’^tgfe  de  plomb  et  5'  centigrammes  de  carbonate  de  plomb  ; 
j  les  deux  sobUi^ns.^oîit  mêlées  à  250  grammes  de  décoction  de  graines  de 
j  lin,  eton  ajoute  5  gduttes  de  laudandm  de  Rousseau.  >• 

I  .  Bouchut  a  prescr^avec  succè^cpti|réj^a  diarrhée  catarrhale  des  enfants, 
des  lavements  av^  10  à  20  grammes  de  sous-borate  de  soude  dans 

■  125  grammes  d’aSu;  ils  déterminent  u|e  légère  astringence,  et  neutrali- 
sent  l’acidité  d^ liquides  par  leurs  prowiétés  alcalines. 

X  e.  Lavemems  sédatifs.  — :  Ces  lavpmeMs  qui  ont  pour  effets  de  calmer, 

(  d’apaiser  l'^çilajlon  générale  ou  les  douleurs  locales,  sont  nombreux  et 
,  diversement  éonppos;és  ;/ies  uns  ^ssent  par  leur  basse  température,  et 
peuvent  êtré  nomîtics^àthérmiq^,  les  autres  développent  leurs  actions 
par  les  agents  qui  les -con]|30s^t  ;  ceux-ci,  absorbés,  déterminent  des  phé- 
j  nomènes  généraux  appro[|rié&!à  leur  modalité. 

I  Les  lavements  préparé!  a,‘|êe  l’eau  froide  ont  été  recommandés  contre 
la  plupart  des  maladies/ébJilesj  j’en  ai  obtenu  de  très-bons  effets  dans  le 
j  traitement  du  typhus  ^idmmîque  et  de  la  fièvre  typhoïde  ;  ils  ont  été 

■  I  utiles  contre  l’entérojn’hai'iiè,  le  flux  hémorriioïdal  exagéré,  les  hémor- 
I  rhagies  intestinales^  la  i|èvre  jaune,  etc.,  et  contre  la  constipation,  suite 


332 


LAVEMENT.  —  l.  médicamenteux  sédatifs. 


de  l’atonie  de  l’intestin.  Dans  ces  derniers  temps,  on  les  a  proposés,  comme 
des  agents  susceptibles  d’abaisser  notablement  la  chaleur  fébrile  ;  ils  fonl 
partie  de  la  méthode  que  Brand  a  instituée,  en  1858,  pour  le  Iraitemenl 
de  la  fièvre  typhoïde,  méthode,  du  reste,  déjà  appliquée  en  France,  en  1844, 
par  Récamier,  en  1846  par  Jacques  (de  Lure),  en  1849  par  Wanner,  et 
en  1852  par  Leroy  (de  Béthune).  Tout  récemment  (février  1874),  Foltz 
(de  Lyon)  a  fait  sur  lui-même  des  expériences,  desquelles  il  résulte  quedes 
lavements  d’eau  froide  à  8°  abattaient  le  pouls  et  la  température;  qu’à  la 
suite  de  six  lavements  d’eau  à  8“,  le  pouls  tombait  de  80  à  52  pulsations, 
et  la  température  de  37°, 3  à  35°, 3.  Ce  traitement  a  été  employé  parLuton 
(de  Reims),  dans  sa  méthode  qu’il  nomme  diète  hydrique,  et  qu’il  ap¬ 
plique  surtout  à  la  fièvre  typhoïde.  Huchard  a  traité  une  péritonite  aiguë 
par  l’usage  des  boissons  glacées,  des  lavements  glacés  delà  contenance 
d’un  à  deux  litres,  et  par  l’application  de  la  glace  sur  l’abdomen. 

Pour  calmer  les  phénomènes  douloureux  ayant  leur  siège  dans  le  tube 
digestif  et  dans  les  organes  voisins,  on  emploie  assez  communément  des 
lavements  préparés  avec  diverses  substances  narcotiques  Ou  stupéfiantes; 
ils  sont  indiqués  contre  les.diarrhées,  les  coliques  hépatique,  néphrétique, 
utérine,  les  maladies  de  la  matrice  et.aie. la  vessie.  Bennett  a  employéam 
succès  les  lavements  opiacés  contre  le  mal  de  mer.  Ces  lavements  sont 
préparés  avec  le  laudanum,  quelquefois  avec  la  décoction  de  têtes  de 
pavot  ;  mais  il  faut  n’y  avoir  recours  que  le  moins  souvent  possible,  car 
leur  teneur  en  opium  est  très-variable,  au  point  qu’ils  peuvent  être  infi- 

I  dèles  ou  dangereux.  Les  lavements  de  belladone  (infusion ,'  teinture, 
extrait),  ont  été  recommandés  contre  les  douleurs  utérines,  la  dysmé¬ 
norrhée,  le  spasmè  du  col  de  la  matrice  pendant  l’accouchement  ;  Mal¬ 
herbe  les  prescrit  contre  la  colique  (le  plomb,  on  les  a  préconisés  contre 
l’ileus,  laîhernie  étranglée,  etc.  Les  lavements  de  fumée  ou  d’infusion  de 
feuilles  de), tabac ,çnt  été  aussi  recommandés  contre  cés  qtats  morbides; 
très-çmpl(^é,^,én  Aiigleterre,  où  Sydenham  les  avait  préconisés.  Ils  sont  pen 
usités  éiî'France;  %s  accidents  toxiques  qui  ont  souvent  sui\i  leur  emploi, 
expliquent  le  peu  de.  confiance  qu’on  leur  a  accordé;  néannMins  ils  ont  été, 
employés  parfois  av^  succès.  Ilerard  a  traité  heureuseme^  en  1869, deux 
cas  d’occlusion  intestfe^lc  avec  des  lavements  d’eau  de^ltz  et  d’infusion 
de  tabac;  les  lavements  avfe&tla  fumée  de  tabac  sont  recommandés  pour 
combattre  l’asphyxie  par  submersion. 

,  Parmi  les  lavements  sédatifs,  nous  rangeons  ceux' qui  sont  préparés 
,  avec  les  substances  (iites  antispasmodiques  :  telles  que  la  valériane,  l’asa 
fœtida,  que  l’on  emploie  contre  d iverL phénomènes  nerveux  et  surtout 
hystériques  ;  la  laitue,  le  tilleul,  qui  cannent  les  coliques  et  l’éréthisme 
neryeux  ;  le  castoréum  recommandé  contrà  l’amenorrhée  et  les  coliques 
utérines;  le  camphre,  contre  la  dysurie,  lesMialadies  urinaires,  les  pneu- 
matoses  intestinales;  l’éther,  le  chloroformé  j^ontre  les  coliques  sèches  et 
surtout  contre  les  coliques  sèches  endémlljüeæ,  les  coliques  hépatique  et 
néphrétique.  Les  infusions  d’anis,  de  badiane,ft  de  fenouil,  de  carvi,  etc., 
données  par  la  voie  recto-colique,  sont  très-ut)  )les  contre  diverses  mala- 


LAVEMENT.  —  l.  médicamenteüx  toniques,  anthelmistiqoes.  333' 
dies  nerveuses  de  l’intestin,  et  surtout  contre  les  coliques  flatulentes. 

/.  Lavements  toniques.  —  L’action  incomplète  exercée  par  les  toniques 
donnés  par  la  voie  bucco-gastrique,  a  fait  adopter  dans  certaines  circon¬ 
stances  la  voie  rectale.  Les  amers,  le  quinquina,,  divers  mélanges  alcoo¬ 
liques  avaient||té  préconisés  :  Hoffman,  le  premier,  eut  recours  aux  lave- 
1  mentsde  vin,  plus  tard  Cazin  les  recommanda  contre  les  diarrhées  chro- 
uiques.’Néanrnoins,  ils  étaient  très-rarement  employés,  lorsque,  en  1854, 
je  fus  conduit  à  y  avoir  recours  pendant  l’épidémie  de  choléra  qui  sévissait 
alorsà  Toulon  ,  et  j’en  obtins  de  bons  effets  contre  les  flûx’diarrhéiques  de 
la  cholérine,  et  de  la  convalescence  du  choléra  ;  l’année  suivante,  pendant 
l’épidémie  de  typhus  du  bagne,  j’employai  fréquemment  des  lavements 
vineux,  qui  me  rendirent  de  signalés  services.  Depuis  lors,  je  les  prescris 
journellement  contre  toutes  les  convalescences  lentes  et  pénibles  des  ma¬ 
ladies  graves,  les  diarrhées  colliquatives  et  surtout  celles  des  derniers 
temps  de  la  phthisie  pulmonaire,  l’anémie  simple  où  paludéenne,  la  chlo¬ 
rose,  les  leucorrhées  rebelles.  Peu  après  le  commencement  de  mes  essais 
sur  les  lavements  de  vin,  Aran  (1855)  publiait  un  travail  intéressant,  où 
il  exposait  les  résultats  satisfaisants  qu’il  en  avait  obtenus,  contre  les  états 
morbides  que  je  viens  de  nommer,  et  surtout  contre  la  chlorose  et  la  gas¬ 
tralgie,  car  souvent  dans'ces  maladies,  le  vin  n’est  pas  toléré  par  l’estomac 
et  occasionne  une  sensation  de  brûlure  insupportable;  et  enfin  contre  la 
dyspepsie  caractérisée  par  des  vomissements  réitérés  de  substances  ali¬ 
mentaires. 

'  Depuis  nos  travaux,,  les  lavements  vineux  sont  devenus  des  moyens  cu- 
^  ratifs  d’un  emploi  journalier  ;  quand  j’y  ai  recours,  je  prescris  un  ou  deux 
lavements  par  jour  composés  avec  150  à  200  grammes  de  vin  rouge  de 
Provence,  à  la  température  ambiante,  ou  légèrement  tiède  ;  avant  de  les 
;  injecter,  il  est  important  de  vider  l’intestin  par  un  lavement  d’eau  tiède. 

■  Dès  que' les  injections  vineuses  ont  été  pratiquées  ,  les  malades  éprou- 

'  vent  un  sentiment  de  chaleur  dans  l’abdomen  :  peu  après  la  langue  s’hu- 
I  mecfe,  la  soif  est  njoins  vive,  Aa  face  se  colore,  les  yeux  sont  brillants,  les 
pupilles  dilatées,  Ta  pouls  s’élève,  la  peau  est  plus  humide  ;  chez  les  fem- 
f  mes  on  observe  souvent  de  la  pesanteur  de  tête  ,  de  la  tendance  au  som- 
'  meil,  et  quelquefois  un  peu  d’ébriété.  Il  a  été  reconnu  que  l’action  du  vin 
estpius  rapide  etplus  développée  quand  il  est  introduit  dans  l’intestin  que 
.  lorsqu’il  est  porté  dans  l’estomac;  elle  est  aussi  très-marquée ''çhez  les 
;  individus  qui  rie  sont  pas  habitués  aux  boissons  alcooliques,  aussi  don- 
I  nent-ils'des  rés'uUats'plus  satisfaisants  chez  lés  femmes  et  chez  les  enfants. 

'  Quelquefois  le  vin  pur  Vest  pas  toléré  par  l’intestin  :  il  donne  lieu  à 
I  une  cuisson  pénible  dans  lévi:;ectum,  à  des  coliques  et  quelquefois,  mais 
rarement,  à  de  la'  diarrhée  ;  alop  il  faut  ajouter  aux  lavements  un  tiers  ou 
un  quart  d’eau,  ou,  cornme  le  pit  Ilerpain,  les  additionner  avec  du  sirop 
simple  à  la  dose  de  50  gramimis  pour  100  grammes  de  vin. 

'  >  J.  Lavements  anthelminthiqfes.  —  Ces  lavements  conaposés  avec  la  spi- 
{  gélie,lamousse  de  Corse, le  senjien  contra,  l’absinthe,  la  tanaisie,  l’ail,  etc., 
j  sont  d’un  emploi  journalier  fxmtre  les  parasites  de  l’intestin.  Cœlius 


534  LAVEMENT.  —  l.  médicamenteux  composés,  —  l,  nutritifs. 
Aurelianus  a  conseillé  les  lavements  arsenicaux  pour  détruire  les  vers  in- 
tèslinaux;  ils  sont  surtout  efficaces  contre  les  oxyures  vermiculaires.  Trous¬ 
seau  prescrivait  contre  ces  helminthes,  une  injection  avec  200  grammes 
d’eau  et  1  à  5  centigrammes  d’arséniate  de  soude  ou  d’arsénite  de  po¬ 
tasse  ;  ce  liquide  très-irritant  est  rapidement  expulsé,  ma^il  a  le  temps 
d’agir  sur  les  oxyures  qui  vivent  aux  parties  inférieures  du  rectum  ;  il  faut 
réitérer  ces  injections  pendant  deux  à  trois  jours  pour  arriver  à  un  ÿésultat 
définitif.  On  a  aussi  proposé  contre  ces  parasites  des  lavements  avec  10  à 
20  centigrammes  de  calomel  dans  120  grammes  d’une  solution  de  gomme 
adragante,  ils  sont  moins  efficaces  que  ceux  qui  contiennent  de  l’arsenic; 
le  bi-iodure  et  le  bichlorure  de  mercure  à  la  dose  de  5  centigrammes  ont 
une  action  très-énergique. 

B.  Lavements  médicamenteux  composés.  —  Les  lavements  sont  souvent 
préparés  avec  plusieurs  substances,  dont  les  effets  s’associent  et  se  renfor¬ 
cent  mutuellement.  Plusieurs  d’entre  eux  ont  conservé  leur  vieille  répu¬ 
tation,  et  sont  encore  usités  sous  leurs  noms  particuliers  ;  nous  citerons 
le  lavement  anodin  des  peintres,  le  lavement  purgatif  des  peintres  qui 
font  partie  du  traitement  de  la  Charité  contre  la  colique  saturnine  ;  divers 
lavements  vermifuges,  les  lavements  antiblennorrhagiques  composés  avec 
le  copahu  et  le  cubèbe  qui  développent  avec  plus  d’énergie  leurs  pro¬ 
priétés  curatives  par  la  voie  recto-colique  que  par  la  voie  supérieure  (Yel- 
peau)  ;  le  lavement  de  Yan  Swieten,  contre  la  diarrhée  colliquative  des 
phthisiques,  composé  avec  la  térébenthine,  la  thériaque  et  le  lait,  etc. 

Lavements  nutritifs.  —  Employés  dès  les  premiers  temps  de  la  méde¬ 
cine,  ces  lavements  oubliés  pendant  de  longues  années,  ont  été  recom¬ 
mandés  de  nouveau,  à  une  époque  relativement  récente  par  les  médecins 
italiens  et  espagnols. 

Ces  lavements  sont  utiles  toutes  les  fois  que  des  maladies  des  voies 
/><VYsupérieures  mettent  obstacle  à  l’intrp(feç|ion  des  -médicafs«its  ;  ou  y 
!  a  recours  dans  les  maladies  di^pharynxi’^e  l’œsophage,,  dè  l’estomac, 
contre  les  vomissements  incoercïhfes,  et  ctfez  les  aliénés  qui  refusent  toute 
\spèce  de  nourriture;  on  les  prépare  avfc/du  bouillon,  du  lait,  du  vin,  des 
décoctions  de  pain,  des  émulsions  dei'àimes  d’œuf. 

/  Œbeke  a  recommandé,  pour  les  aiiénls  qui  refusent  de  manger,  des  la¬ 
vements  préparés  avec  de  la  viande  pilé©,  macérée  pendant  une  heure  dans 
8  onces  d’eau  distillée,  additionnée  de  2  gouttes  d’acide  chlorhydrique  et 
de  1  gramme  de  sel  de  cuisine;  on  passe  au  tamis,  on  fait  macérer  de 
nouveau  dans  4  onces  d’eau  distillée,  on  filtre  ;  .on  réunit  les  deux  liquides, 
et  on  y  ajoute  2  grammes  de  pepsine  et  10  gouttes  d’acide  chlorhydrique; 
on  soumet  le  tout  à  .une  température  de  30  à  32“  R.  pendant  six 
heures.  Le  produit  obtenu,  que  Œbeke  noni^ne  peptone,  est  injecté  dans  le 
rectum  à  la  dose  de  trois  cuillères  à  soupà;  trois  heures  après  on  donne 
un  petit  lavement  avec  trois  cuillerées  de  vin  de  Porto  ;  on  renouvelle  ces 
injections  plusieurs  fois  dans  le  même  jour  ;  Œbeke  dit  en  avoir  obtenu 
des  résultats  très-satisfaisants.  ; 

Le  pouvoir  digestif  du  gros  intestin  a  qté  nié  par  plusieurs  physiolo- 


555 


LAVEMENT.  —  pharmacologie,  administration  et  doses. 
gistes;  d’autres  et  parmi  eux  Tiedmann,  Gmelin,  Vilidet,  Béclard,  ont 
admis  la  possibitité  d’une  digestion  cæcale,  lorsque  le  suc  iutestinal  non 
utilisé  par  une  digestion  préalable,  peut  affluer  dans  cette  partie  de  l’in¬ 
testin. 

Les  lavemqjts  nutritifs  doivent  être  administrés  à  la  température  du 
corps,  pour  assurer  leur  conservation  et  leur  absorption  ;  avant  d’y  avoir 
recoui’s,  il  est  nécessaire  de  pratiquer  une  injection  aqueuse  évacuatrice, 

PHiRîjACbLOGŒ.  —  Les  lavements  ayant  presque  toujours  l’eau  pour 
véhicule,  sont  préparés  de  diverses  manières  suivant  le  degré  de  solubilité 
des  substances  qui  en  font  la  base.  Un  simple  mélange  suffit  quand  elles 
sedissolvent  facilement  dans  le  liqujde  (azotate  d’argent,  chlorure  de  so¬ 
dium,  sels  neutres,  miel  ordinaire, ’mellite  de  mercuriale,  gélatine,  glycé¬ 
rine,  laudanum,  etc)  ;  l’infusion  est  nécessaire  pour  la  mousse  de  Corse, 
le  tilleul,  la  camomille;  la  décoction  sera  employée  pour  le  séné,  la  graine 
de  lin,  la  pulpe  de  casse,  le  savon,  etc.  L’amidon  doit  être  délayé  dans  de 
l’eau  froide,  et  mêlé  au  liquide  du  lavement  ;  quand  on  prescrit  de  hautes 
doses  d’amidon,  il  faut,  d’après  Tanchon,  le  faire  bouillir  avant  de  l’in¬ 
jecter.  Le  blanc  d’œuf  qui  est  souvent  employé  pour  composer  les  lave¬ 
ments,  doit  être  écrasé  d’abord  dans  de  l’eau  froide,  et  quand  il  est  suffi¬ 
samment  dilué,  ori  le  mêle  au  liquide  chaud.  Ceux  qui  sont  composés  avec 
les  gommes-résines,  les  huiles  essentielles,  tels  que  le  baume  de  copahu, 
l’asafoetida,  la  térébenthine,  le  camphre,  etc.,  sont  émulsionnés  avec  un 
jaune  d’œuf;  les  lavements  au  chloroforme  sont  additionnés  d’alcool.  Du 
reste  le  mode  de  préparation  est  susceptible  de  varier  suivant  la  composi¬ 
tion  des  substances  prescrites. 

Moïess  d’administration  et  doses.  —  Un  grand  nombre  d’instruments 
ont  été  employés  pour  pratiquer  les  injections  intestinales  :  un  simple  tube 
auquel  on  adoptait  une  vessie,  a  été  le  premier  moyen  mis  en  usage  ;  plus 
tard  les  ^iAgqés,  furent  généralement  adoptées,  et  sont  encore  actuelle¬ 
ment  d’ufâe|nplo|  journalier.  Faites  le  plus  communément  avec  divers 
1  niétaux,et  OTrtôia  âvec  de  l’étain,  elles  doivent  être  confectionnées  avec 
del’ivoire,  du.vffre,  quand  elles  devront  servir  à  administrer  des  lave- 
ments  avec  le  mtrate  d’argent,  la  teinture  d’iode,  etc.;  les  seringues  à 
grande  capacité!  pouvant 'contenir  jusqu’à  1,500  grammes  d’eau,  telles 
i  qne  celles  des  vétérinaires,  de  Read,  sont  utiles  quand  il  faut  introduire 
me  grande  quantité  de  liquide.  Dans  ces  derniers  temps,  on  a  inventé 
divers  instruments  déstinés  à  rendre  plus  facile  les  injections  intestinales  ; 

Inous  citerons  les  clysoirs,  les  clyso-pompes,  les  hydroclyses  et  surtout 
l’irrigateurÉguisier  qui  est  aujourd’hui  d’un  emploi  général, 
les  lavements  sont  divisés  en  entiers,  demi,  tiers  et  quarts  ;  les  entiers 
(  eoDliennent  500  grammes  de  liquide  ;  les  fractions  sont  surtout  employées 
^  quand  il  estjjécê^saire  de  les  faire  conserver  en  totalité.  Chez  les  enfants, 

I  on  doit  prescrire 'de  betits  lavements,  car  leur  canal  intestinal  se  laisse 
i  ücilement dilater.,auk  dépens  de  la  contractilité.  Quand  l’introduction  de 
j  la  canule  est  difficile  parjsuite  d’un  obstacle  quelconque  existant  à  l’ouver- 
.  tuie  anale,  comme  hémorrho'ides,  rétrécissements,  etc.,  il  faut  d’abord 


LAVEY.  -  EFFETS  PHYSIOLOGIQUES. 


356 

faire  pénétrer  une  sonde  flexible  en  gomme  élastique  jusqu’aux  limites  du 
rectum,  et  placer  ensuite  sur  son  embout  la  canule  de  l’instrument. 

Sensé.  Du  parti  que  l’on  peut  tirer  de  l’administration  des  clystères  nutritifs  pendant  le  traite¬ 
ment  des  affections  de  l’estomac  (Bull,  de  thér.,  1840,  t.  IX,  p.  305). 

Bonati  (A.),  Histoire  d’un  volvulus  grave  conduit  à  guérison  par  des  t^pens  mécaniques 
(Annali  Dniversali  de  medicina,  Milan,  septembre  1864). 

Lhomuée,  Emploi  des  lavements  forcés,  dans  un  cas  d’invagination  (Gazette  des  hôpitaux, 
février  1855). 

Abas,  De  l’emploi  des  lavements  de  vin  dans  le  traitement  de  la  chlorose,  de  la  dyspepsié,.de 
la  phthisie  pulmonaire  et  dans  la  convalescence  des  fièvres  graves  (Bull,  de  thérap., 
t.  XLVIII,  1835). 

Beiqdet,  Étude  des  variations  que  subit  l’absorption  des  médicaments  suivant  la  nature  des 
maladies,  suivant  l’âge  et  suivant  le  sexe  des  malades  (Bulletin  de  l’Âcad,  de  méd.,  t.  XXH, 
décembre  1856,  p.  237,  et  septembre  1857,  p.  1273). 

Eisenmann,  Du  traitement  de  quelques  inflammations  abdominales  par  l’emploi  des  grands  lave¬ 
ments  d’eau  chaude  (Bull,  de  thérap.,  t.  LV,  1838). 

Savobt  (W.),  Sur  la  rapidité  relative  de  l’absorption  par  l’estomac  et  par  le  rectum  (The  Lancet 
février  1864). 

IsNARD  (Ch.),  Des  injections  forcées  dans  l’occlusion  intestinale  (Union  médicale  de  la  Provence, 
1866). 

CoLsoN,  De  la  méthode  intestinale,  Paris,  1867. 

Oeeeke,  Traitement  du  refus  de  manger  chez  les  aliénés  (Annales  de  la  Société  de  médecine. 
de  Gand,  juin  1870).  ■ 

A.  Barralliee  (de  Toulon), 

liAVElf  (Suisse,  canton  de  Vaud).  —  Eau  saline,  sulfatée  et  chlo¬ 
rurée  sodique,  légèrement  sulfureuse,  thermale.  —  Altitude  :  375  mètres. 

Les  bains  de  Lavey  sont  situés  au  pied  de  la  montagne  de  Mordes,  à 
peu  de  distance  de  Saint-Maurice,  sur  le  bord  du  Rhône,  dans  le  lit  duquel 
la  source  fut  découverte,  en  1831,  par  Ravy. 

Sa  température  est  de  50°  centigr.  au  fond  du  puits,  de  48°  à  la  bu¬ 
vette,  et  de  40°  seulement  aux  bains.  Cette  eau  est  incolore  et  limpide; 
son  odeur  et  sa  saveur  sont  faiblement  sulfureuses.  «  On  trouve,  sur 
son  passage,  quelques  filaments  blancs  de  sulfuraire.  »  Fontan, 

L’analyse  de  S.  Baup  a  montré  que  la  source  chaude  de  Lavey  renferme 
lés  principes  suivants  :  chlorure  de  potassium,  0®'’,0034;  chlorure  de  so¬ 
dium,  O^'jSfiSS  ;  chlorure  de  lithium,  0®'',0056;  chlorure  de  calcium, 
O^^OOIS;  chlorure  de  magnésium,  0®°,0045;  sulfate  de  soude, 0^,7055; 
sulfate  de  magnésie,  O^^OOfiB;  sulfate  de  chaux,  0®'’,0907  ;  sulfate  de 
strontiane,  0®'’,0023  ;  carbonate  de  chaux,  O^^O'TSO  ;  carbonate  de  ma¬ 
gnésie,  0®'’,0018;  silice,  0®'',0566.  Total  :  1®'’,3128.  Bromure,  iodure, 
fluorure  de  calcium,  phosphate  de  chaux,  oxydes  de  fer  et  de  manganèse, 
matière  extractive,  traces  ou  quantités  indéterminées.  Gaz  :  . acide  suif- 
hydrique,  5°°,51  ;  acide  carbonique,  4'°Î94;  azote,  27°°, 80.  (Eau,  1  litre.) 
Une  source  froide  (20°  centigr. y.^offreda  même  minéralisation. 

Effets  physiologiques.  —  Les  doses  a.ûxqdMlcs  est  administrée  l’eau 
thermale  à  l’intérieur,  rendent  assez  difficile  l’appysciation  de  ses  effets  ; 
l’ingestion  d’un  à  quatre  et  même  cinq  verres  d’uçc  eau  quelconque,  ré¬ 
pétée  deux  ou  trois  fois  dans  la  journée,  n@  peufcinahquer  d’exercer  une 
action  diurétique,  et  il  y  a  lieu  d’être  su^pris'qèe,  dans  ces  conditions, 
au  début  de  la  cure,  la  purgation  soit  l’exception  et  la  constipation  la 


LAVEY.  -  EFFETS  PHïSIOLOGIQDES.  -  THÉElAPErjTIQUB .  557 

règle.  Cette  constipation  cesse  ordinairement  toute  seule  au  bout  de  quel¬ 
ques  jours. 

La  durée,  généralement  longue,  des  bains  et  leur  température  élevée 
expliquent  leur  action  excitante  et  la  production  de  la  poussée.  Loin  de  la 
rechercher,  Cossy  la  regarde  comme  une  complication ,  à  cause  de  la 
I  fièvre  et  des  accidents  inflammatoires  qui  l’accompagnent  assez  souvent. 

La  poussée  est  plus  fréquente  depuis  que  Lebert,  réalisant  le  conseil 
donné  auparavant  par  Fontan,  a  introduit  la  pratique  d’ajouter  à  l’eau  de 
Lavey,  les  eaux-mères  des  salines  de  Bex. 

Ces  eaux  mères  sont  très-riches  en  chlorure  de  magnésium.  Voici 
d’ailleurs  leur  composition,  d’après  Pyrame  Morin,  de  Genève  :  (Eau, 

1  litre),  chlorure  de  magnésium,  142®',80;  chlorure  de  calcium,  40®', 59; 
chlorure  de  potassium,  58®',62  ;  chlorure  de  sodium,  35®',92  ;  bromure 
de  magnésium,  0®',65;  iodure  de  magnésium,  0®',08;  sulfate  de  soude, 
35®',49;  silice,  0®',15  ;  alutnine,  0®',o9  ;  carbonate  de  chaux  et  fer,  traces; 

I  matière  organique,  quantité  Indéterminée.  Total  :  292®',49. 

1  Lebert  a  fait,  sur  l’usage  interne  des  eaux  mères,  des  observations  très- 
-  intéressantes,  dont  il  résulte  :  1°  que  les  eaux  mères,  mélangées  à  l’eau 
commune,  sont  mal  supportées  par  l’estomac;  2“  que,  mêlées  à  l’eau  ■ 
thermale  de  Lavey,  elles  sont  mieux  tolérées  ;  3“  qu’à  la  dose  d’une  à 
■  deux  cuillerées  à  café,  elles  suffisent  pour  entretenir  la  liberté  du  ventre; 

4“ qu’à  la  dose  de  quatre  à  six  cuillerées  à  café,  elles  sont  purgatives. 
Telle  était  la  dose  moyenne  prescrite  le  matin,  à  jeiin',  paucet  auteur,  qui 
;  a  insisté  sur  les  avantages  d’une  purgation  suivie,  dans  le  traiteraient  d^ 
maladies  chroniques,  lorsqu’il  n’existe  pas  de  contre-indication.  Ajoutons 
que  l’on  obtient  les  effets  de  la  médication  altérante  par  l’usage,  long¬ 
temps  continué,  de  deux  cuillerées  à  café  d’eaux  mères  daiïs  un  verre 
d’eau  de  Lavey. 

Théeapeuïiqde.  —  Besencenet,  Lebert  et  Cossy  ont  trouvé  les  eaux  de 
Lavey  éminemment  salutaires  dans  les  différentes  formes  du  rhumatisme 
chronique.  Mais  c’est  dans  la  diathèse  scrofuleuse  et  ses  manifestations 
sur  le  système  lyniphatique,  la  peau,  les  muqueuses,  les  os,  qu’elles  don¬ 
nent  les  résultats  les  plus  remarquables,  grâce  à  l’addition  des  eaux  mères 
de  Bex,  à  la  dose  de  6  à  20  kilogrammes  par  bain.  On  attache  une  grande 
importance  au  traitement  local  et  on  emploie  beaucoup  les  compresses 
imbibées  d’eau  thermale,  pure  ou  mélangée  d’eau  mère,  appliquées  sur 
les  engorgements  ganglionnaires,  les  plaies  et  les  ulcérations.  Les  fomen¬ 
tations  déterminent  ordinairement  une  poussée  locale,  qui  persiste  aussi 
longtemps  que  l’on  pratique  des  fomentations.  Celles-ci  ont  réellement  une 
action  résolutive,  détersive  et  cicatrisante.  Cossy  a  publié  l’observation 
d’une  tumeur  considérable  de  l’ovaire  gauche,  rebelle  depuis  deux  an¬ 
nées  à  tous  les  traitements,  et  qui  disparut  presque  complètement  après 
deux  cures,  faites  dans' le  même  été,  à  Lavey  :  la  première  de  54  jours, 
la  seconde,  à  deux  mois  d’intervalle,  de  21  jours.  Lebert  et  Cossy  ont 
,  cité  plusieurs  cas  de  guérison  de  psoriasis,  entre  autres  un  de  psoriasis 
invétéré  des  lèvres,  un  de  psoriasis  palmaria  ancien,  un  de  psoriasis  dif- 
I  «Otv.  Diex.  MKD.*ET  OHIR  XX.  —  22 


338 


LENTIGO. 


fusa.  Les  comptes  rendus  des  eaux  de  Lavey,  par  ces  médecins,  rapportent 
aussi  des  guérisons  d^eczémas,  de  lichens  chroniques,  même  de  lupus, 
d’ulcères  scrofuleux,  d’ophthalmies  scrofuleuses,  etc. 

Il  est  juste  de  faire  observer  que  Cossy  n’a  recours  au  mélange  avecles 
eaux, mères  que  lorsqu’il  reconnaît  les  indices  d’une  affection  slrumeuse. 
Ainsi,  dans  une  statistique  de  treize  cas  de  dermatoses,  nous  trouvons 
quatre  malades  seulement  ayant  pris,  dans  la  dernière  moitié  de  la  cure, 
des  bains  avec  addition  d’eau  mère.  En  1847,  il  ne  la  prescrivit  qu’à  la 
moitié  environ  des  malades  envoyés  à  l’hôpital  thermal  pour  des  affec¬ 
tions  scrofuleuses. 

Lavey  a  encore  été  préconisé  contre  la  dyspepsie,  la  diarrhée  chronique, 
les  maladies  nerveuses,  etc. 

Pour  expliquer  les  succès  obtenus,  ou  du  moins  pour  justifier  l’indica¬ 
tion  de  cette  station  dans  des  maladies  que  l’on  observe  rarement  rassem¬ 
blées  dans  un  même  établissement,  parce  qu’elles  sont  tributaires  de 
sources  différentes,  il  faut  se  rappeler  qu’en  «  parlant  de  Lavey,  on  en¬ 
tend  non-seulement  l’eau  thermale,  mais  aussi  les  eaux-mères  des  salines 
de  Bex  et  les  eaux  du  Rhône.  »  (Lebert.)  Ainsi  se  trouvent  réunies  trois 
médications  :  sulfureuse  faible,  chlorurée  sodique  et  hydrothérapique. 
Isolées  ou  combinées,  mais  toujours  maniées  avec  habileté  dans  un  éta¬ 
blissement  bien  installé  et  sainement  placé,  elles  présentent  une  variété  de 
ressources  dont  le  prix  n’échappera  à  personne. 

Besehcexet  (G.),  Notice  sur  les  eaux  thermales  de  Lavey.  Lausanne,  1 836. 

Lebert  (Hermann),  Comptes  rendus  des  eaux  de  Lavey  pendant  les  saisons  1838,  1839,  1840  et 
1841.  Lausanne,  1839, 1840,  1841  et  1842. 

Cossy  (31.  J.),  Bulletin  clinique  del’hôpital  des  bains  de  Lavey,  (saison  de  1847),  Lausanne,  1848- 
Fost-in  (J.  A.),  Recherches  sur  les  eaux  minérales  des  Pyrénées,  de  l’Allemagne,  de  la 
Belgique,  delà  Suisse,  etc.,  2»  édit.  Paris,  1853. 

Annales  de  la  Société  d’hydrologie  médicale  de  Paris,  1855-1866,  t.  II,  VI  et  XIII. 
Mékièbe  (P.),  Eaux  minérales  salées,  naturelles  et  artificielles  :  Salins,  Bex,  Lavey,  etc.  (Gaa. 
méd.  de  Paris,  année  1859). 

Meyer-Ahbess,  Die  heilquellen  und  Kurorte  der  Schweiz.  Zurich,  1867. 

E.  Vebjon. 

liAXATIF.  Voy.  Purgatif. 

LAZARET.  Voy.  Sanitaire  (Régïvie.) 

EEXTIGO.  —  On  désigne  sous  le  nom  de  lentigo  des  taches  pig¬ 
mentaires,  d’une  forme  arrondie ,  d’une  petite  dimension  et  d’une  cou¬ 
leur  d’un  gris  jaunâtre  ;  vulgairement  on  les  appelle  taches  de  rousseur. 
L’existence  de  ces  taches  à  été  indiquée  par  les  plus  anciens  auteurs  ;  les 
dermatologistes  modernes  ont  cherché  à  les  faire  rentrer  dans  leurs  clas¬ 
sifications  :  c’est  ainsi  que  Willan  et  Bateman,  qui  ont  eu  d’ailleurs  le 
tort  de  confondre  le  lentigo  et  les  éphélides,  placent  le  lentigo  dans  leur 
ordre  des  affections  maculeuses  de  la  peau,  tandis  qu’Alihert,  l’indiquant 
sous  le  nom  àe  panne  lenticulaire,  le  place  dans  le  groupe  des  dermatoses, 
dyschromateuses.  Tout  le  monde  est  à  peu  près  d’accord  aujourd’hu 
pour  ne  pas  voir  dans  le  lentigo  une  maladie  réelle,  mais  pour  le  placer 
parmi  les  difformités  de  la  peau. 


LENTIGO.  539 

Les  taches  delentigo  sont  ordinairement  petites,  régulièrement  arron¬ 
dies,  d’une  teinte  grise  ou  jaune;  quelques-unes  sont  quelquefois  plus  fon¬ 
cées,  et  peuvent  aller  jusqu’à  la  coloration  noire  {lentigines  nigræ)  ;  elles  ne 
présentent  aucune  saillie.  Le  plus  ordinairement  elles  sont  disséminées 
dans  une  région  et  parfaitement  distinctes  les  unes  des  autres  ;  quelque¬ 
fois  cependant  elles  sont  plus  nombreuses,  plus  rapprochées,  et  elles  s’ag- 
minerit  de  manière  à  se  confondre.  Ces  taches  peuvent  se  rencontrer  sur 
toutes  les  parties  du  corps,  mais  elles  sont  surtout  apparentes  sur  les 
parties  découvertes,  au  visage,  à  la  face  dorsale  des  mains,  au  cou;  cepen¬ 
dant  il  en  existe  aussi  fréquemment  à  la  poitrine  et  aux  jambes.  L’exposi¬ 
tion  au  soleil  paraît  en  augmenter  la  coloration,  car  les  taches  de  rous¬ 
seur  sont  bien  plus  marquées  pendant  l’été,  sur  la  figure  et  sur  les  mains  ; 
chez  certaines  personnes  elles  ne  se  montrent  même  que  pendant  la 
saison  chaude,  et  elles  disparaissent  complètement  pendant  l’hiver. 

Le  lentigo  n’est  accompagné  d’aucune  espèce  de  sensation  morbide. 
Boerhaave  et  Lorry  disent  que  les  individus  atteints  de  lentigo  exhalent 
nne  odeur  fade  et  désagréaWe,  surtout  lorsqu’ils  ont  chaud.  Lorry  sur-, 
tout  insiste  sur  cette  odeur  spéciale  de  la  sueur,  qu’il  compare  à  l’odeur 
du  bouc  ;  il  avance  même  qu’il  a  vu  des  femmes  tomber  en  syncope,  en 
se  trouvant  exposées  à  cette  odeur.  Mais  il  y  a  là  une  simple  coïnci¬ 
dence  :  cette  mauvaise  odeur,  étrangère  au  lentigo,  se  rencontre  chez  les 
individus  à  poils  roux,  chez  lesquels,  en  effet,  la  sueur  est  très-odorante, 
et  chez  lesquels  aussi  on  rencontre  fréquemment  des  taches  de  rousseur. 

Le  lentigo  est  bien  rarement  congénital  ;  il  apparaît  ordinairement 
pour  la  première  fois  dans  les  premières  années  de  la  vie  ;  chez  quelques 
individus,  il  ne  se  rencontre  qu’au  moment  de  la  puberté  ;  une  fois  déve¬ 
loppé,  il  persiste  habituellement,  en  présentant  des  alternatives  d’inten¬ 
sité  en  rapport  avec  les  saisons  ;  dans  quelques  cas  rares,  les  taches  dis¬ 
paraissent  complètement  vers  le  milieu  de  l’âge  adulte. 

Le  lentigo  est  facile  à  reconnaître,  et  on  peut  le  distinguer  très-facile¬ 
ment  des  autres  taches  cutanées  ;  sa  forme  arrondie,  ses  petites  dimen¬ 
sions,  empêcheront  de  le  confondre  avec  les  éphélides,  constituées  par 
des  taches  larges  et  irrégulières,  et  on  a  de  la  peine  à  comprendre 
que  Willan  et  Bateman  aient  appliqué  le  même  nom  à  ces  deux  altéra¬ 
tions  différentes  du  pigment  de  la  peau.  Il  est  quelquefois  plus  difficile 
de  différencier  les  taches  du  lentigo  des  macules  qui  succèdent  à  quel¬ 
ques  éruptions  syphilitiques,  et  surtout  des  taches  de  purpura  arri¬ 
vées  à  la  coloration  rouillée  ;  toutefois,  dans  les  macules  syphilitiques, 
la  coloration  est  ordinairement  plus  foncée,  les  taches  ont  été  précédées 
d’une  autre  lésion  cutanée,  elles  n’ont  pas  toujours  existé,  et  elles  ne 
se  montrent  pas  dans  les  mêmes  lieux  d’élection  que  les  taches  de  rous¬ 
seur.  Quant  aux  macules  du  purpura  qui  ont  déjà  quelques  jours  de 
durée,  leur  couleur  rouillée  ressemble  assez  aux  taches  de  rousseur,  mais 
leur  dimension  est  habituellement  un  peu  plus  grande  ;  elles  se  distin¬ 
guent  par  leur  apparition  rapide,  et  par  leurs  diverses  nuances  de  colora¬ 
tion,  qui  varient  successivement  et  en  quelques  jours  du  rouge  vif  au  gris 


340 


LÈPRE. 


clair,  et  surtout  par  le  mélange  habituel  de  taches,  dont  les  diverses  cou¬ 
leurs  attestent  une  époque  de  développement  différente. 

Le  lenligo  est  constitué  par  des  dépôts  de  pigment  accumulé,  de  ma¬ 
nière  à  produire  des  taches  arrondies.  Cette  distribution  inégale  de  la 
matière  colorante  de  la  peau  se  rencontre  presque  exclusivement  chez  les 
sujets  lymphatiques,  à  peau  blanche,  et  principalement  chez  les  individus 
roux;  c’est  chez  ces  derniers  que  les  taches  de  lentigo  sont  le  plus  nom¬ 
breuses  et  le  plus  apparentes.  Comme  je  l’ai  déjà  dit,  c’est  ordinairement 
dans  la  première  enfance  qu’a  lieu  la  première  apparition  des  taches,  la¬ 
quelle  apparition  se  fait  ordinairement  sans  aucun  phénomène  particulier 
et  concomitant  ;  néanmoins  Gordon  a  décrit  un  lentigo  critique  qui  sur¬ 
viendrait  après  une  fièvre,  et  qui,  d’après  cet  auteur,  serait  le  résultat 
d’une  sorte  de  dépuration  morbide  (Alibert) .  J’ai  eu  occasion  de  voir  cette 
année  un  cas  de  lentigo  très-intense  qui  était  survenu  rapidement  en  quel¬ 
ques  jours,  chez  une  jeune  fille  de  dix-huit  ans,  après  une  maladie  fébrile 
indéterminée,  ayant  duré  quinze  jours  :  dans  cette  observation  qui  se  rap¬ 
proche  évidemment  des  cas  cités  par  Gordon,  les  taches  étaient  nombreuses; 
la  plupart  avaient  la  dimension  et  la  coloration  grise  des  taches  du  len¬ 
tigo  ordinaire,  mais  quelques-unes,  situées  principalement  au  cou,  au 
tronc  et  à  la  partie  supérieure  des  cuisses,  c’est-à-dire  dans  les  parties 
habituellement  couvertes  par  les  vêtements',  avaient  la  grandeur  d’une 
pièce  de  cinquante  centimes,  et  présentaient  une  coloration  d’un  gris  foncé, 
presque  noire. 

On  ne  connaît  contre  le  lentigo  aucun  moyen  de  traitement  efficace  ;  on 
a  bien  conseillé  les  lotions  avec  une  solution  de  sublimé,  les  applications 
de  teinture  d’iode  ou  d’huile  de  cade  pure,  les  onctions  avec  quelques  pom¬ 
mades  corrosives,  telles  que  la  pommade  épispastique,  la  pommade  oxy¬ 
génée  à  base  d’acide  nitrique;  un  industriel  vend  une  eau  antépliélique 
empruntée  à  mon  formulaire  habituel,  et  qui  contient  principalement  du 
sublimé  ;  mais  toutes  ces  lotions  et  ces  frictions,  qui  ont  pour  résultat 
d’excorier  la  peau  en  enlevant  l’épiderme,  n’ont  aucune  efficacité  ;  si  avec 
quelques  liquides  ou  .quelques  pommades  irritantes,  on  voit  quelquefois  les 
taches  de  lentigo  s’effacer  pendant  quelques  jours,  elles  ne  tardent  pas  à  repa¬ 
raître  lorsque  la  peau  revient  à  son  état  normal.  Il  n’existe  donc,  jusqu’à 
présent  aucun  moyen  curatif  à  opposer  au  lentigo  ;  la  seule  chose  qu’on 
doit  conseiller  aux  femmes  atteintes  de  cette  difformité  cutanée,  et  qui 
veulent  conserver  leur  beauté  dans  son  intégrité,  c’est  de  s’exposer  le 
moins  possible  au  grand  air  et  au  soleil,  et,  principalement  pendant  la  sai¬ 
son  du  printemps  et  de  l’été,  de  garantir  leur  teint  et  leurs  mains  au 
moyen  de  chapeaux  à  larges  bords,  de  voiles  épais  et  de  gants  très-mon¬ 
tants. 

Alfred  Hardy. 

liÈPRE.  —  Le  mot  lèpre,  employé  par  les  anciens  pour  désigner  des 
maladies  graves,  assez  mal  déterminées,  mais  principalement  caractérisées 
par  des  lésions  cutanées  profondes,  s’applique  aujourd’hui  à  deux  mala- 


LÈPRE.  — -  DÉFIHITION.  -  HISTORIQUE.  341 

dies  bien  distinctes  :  l’une  est  l’Éléphantiasis  des  Grecs,  l’autre  l’Éléphan- 
tiasis  des  Arabes.  Ces  affections,  présentant  de  grandes  différences  dans 
leur  nature  et  leur  expression,  doivent  être  décrites  séparément  ;  nous  ne 
nous  occuperons  ici  que  de  l’Éléphantiasis  des  Grecs,  celui  des  Arabes 
ayant  déjà  été  décrit  (voy.  article  Eléphantiasis,  t.  XII,  p.  563). 

Déflnitîon.  —  V éléphantiasis  des  Grecs  est  une  maladie  générale,  c  a- 
ractérisée  principalement  par  une  altération  de  coloration  de  l'enveloppe 
cutanée,  par  une  éruption  tuberculeuse  de  la  peau  et  des  muqueuses,  par 
des  symptômes  observés  du  côté  du  système  nerveux,  et  même  par  des 
lésions  organiques  variées,  sans  phénomènes  accusant  une  altération  pro¬ 
fonde  de  la  nutrition. 

Ce  nom  d’éléphantiasis  parait  avoir  été  donné,  par  Arétée,  à  la  maladie 
qui  va  nous  occuper,  dans  le  premier  siècle  de  l’ère  chrétienne.  On  doit 
rattacher  à  cette  affection  les  maladies  désignées  sous  les  noms  de  Lèpre 
ies  Hébreux,  de  Leuce  des  Grecs,  de  Lèpre  dés  Croisades,  de  Léontiasis, 
k  Spedalskhed  de  Norwége.  Il  faut,  au  contraire,  séparer  de  la  lèpre, 
comme  des  affections  qui  en  sont  complètement  distinctes,  la  lèpre  des 
Grecs,  décrite  par  Bateman  sous  la  dénomination  de  lèpre  vulgaire,  la¬ 
quelle  n’est  qu’une  variété  du  psoriasis,  l’éléphantiasis  des  Arabes,  maladie 
locale  de  la  peau  et  du  tissu  cellulaire  sous- cutané,  et  enfin  la  Radesyge 
de  Norwége,  qui  ne  paraît  être  qu’une  syphilide. 

Historique.  —  La  lèpre  est  une  des  maladies  les  plus  anciennement 
connues  et  décrites;  car  on  en  trouve  des  relations  dans  l’histoire  du 
peuple  juif  et  dans  les  livres  de  Moïse,  qui  sont  les  écrits  les  plus  anciens 
que  l’on  connaisse.  Elle  a  parcouru  la  surface  de  la  ferre,  en  suivant  les 
grands  mouvements  des  peuples,  et  rien  n’est  plus  curieux  que  le  spectacle 
de  ses  vicissitudes  dans  les  pays  qu’elle  a  tour  à  tour  visités. 

Est-ce  en  Égypte  qu’elle  a  pris  naissance?  Ou  bien  n’a-t-elle  apparu 
chez  le  peuple  juif  qu’après  son  arrivée  dans  l’Arabie  où  elle  existait  déjà? 
C’est  là  une  question  fort  discutée  et  encore  assez  obscure.  D’après  Lucrèce, 
c’est  en  Egypte  qu’elle  se  serait  montrée  d’abord, 

Est  Elephas  morbus,  qui  propter  flumina  Sili  ' 

Gignitur  Ægjpto  in  medio,  neque  præterea  usquam. 

elles  Hébreux  n’auraient  fait  que  la  transporter  avec  eux  dans  leurs  péré¬ 
grinations.  Il  est  certain  que  le  voisinage  d’un  grand  fleuve,  dans  un  pays 
Irès-cliaud,  et  la  présence  des  marécages  qu’y  déterminent  ses  nombreuses 
divisions  ont  plutôt  pu  favoriser  le  développement  de  la  lèpre  que  les  pre¬ 
mières  contrées  arides  de  l’Arabie  parcourues  par  les  Hébreux.  Mais  une 
autre  raison  meilleure  à  cette  manière  de  voir  est  qu’on  n’a  pas  encore 
trouvé  de  trace  de  lèpre  dans  l’Arabie  avant  l’arrivée  des  Israélites.  Quoi 
qu’il  en  soit  sur  ce  point,  on  trouve,  dans  les  écrits  de  Moïse,  une  très- 
remarquable  description  de  la  maladie  ;  il  parle  des  taches,  de  leur  colora¬ 
tion,  de  leur  apparition  et  de  leur  propagation  :  «  elles  sont  d’une  grande 
blancheur,  enfoncées  dans  la  peau.  »  Il  signale  aussi  la  décoloration  des 


342  LÈPRE.  —  HisTOKiQüE. 

poils,  les  ulcères,  etc.  :  «  Lorsque,  sur  la  peau,  il  y  aura  une  couleur  blanche» 
et  que  l’aspect  des  cheveux  aura  changé,  et  que  la  chair  vive  aura 
paru,  la  lèpre  sera  jugée  très-ancienne,  et  enracinée  dans  la  peau.  » 

Les  écrits  de  Susrutas  et  d’Archigène,  indiquent  qù’elle  régnait  en  Perse 
600  ans  avant  Père  chrétienne,  et  dans  l’Inde  vers  la  même  époque. 

Hippocrate  ne  paraît  pas  _avoir  connu  Péléphantiasis  des  Grecs  :  le  mal 
de  Phénicie,  qu’il  décrit  et  dans  lequel  Galien  veut  reconnaître  la  lèpre, 
n’y  ressemble  point,  et  pourtant  l’illustre  médecin  grec  vivait  encore 
quand  le  terrible  fléau  a  fait  invasion  en  Grèce. 

Gelse,  a-t-on  supposé,  a  voulu  désigner  la  lèpre  sous  le  nom  de  vitiligo; 
les  taches  blanches,  la  décoloration  des  poils  ont  paru  à  des  commenta¬ 
teurs  un  ensemble  de  caractères  suffisants. 

Enfin,  on  a  voulu  aussi  reconnaître  la  même  maladie  dans  celle  qu’ Aris¬ 
tote  avait  décrite  sous  le  nom  de  satyria. 

Telles  sont  les  données  qui  permettent  de  supposer  que  les  Grecs  ont 
connu  la  lèpre  avant  les  Romains.  Ceux-ci  la  décrivirent,  à  l’époque  du 
retour  de  Pompée  de  l’Asie  Mineure,  comme  l’entité  morbide  appelée 
éléphantiasis  par  les  Grées.  Arétée,  dans  son  langage  imagé  et  poétique, 
nous  en  a  laissé  une  admirable  description,  dans  le  courant  du  premier 
siècle  de  Père  chrétienne. 

La  maladie  ne  paraît  pas  avoir  pris  une  trop  grande  extension  pendant 
le  premier  siècle,  mais  les  écrits  de  Marcus  Empiricus  témoignent  assez 
qu’elle  avait  été  étudiée  pendant  les  deuxième  et  troisième  siècles.  A  cette 
époque,  elle  se  vulgarise  en  Europe  ;  Galien  en  parie  en  plusieurs  pas¬ 
sages,  Aétius  et  Paul  d’Égine  en  font  souvent  mention.  On  la  voit  bientôt 
s’étendre  en  Lombardie  et  en  Espagne,  probablement  à  la  suite  du  trans¬ 
port  des  troupes  romaines. 

La  lèpre  commençait  à  décroître  en  Occident  quand,  au  moyen  âge,  les 
grands  mouvements  de  peuples,  appelés  croisades,  vinrent  en  favoriser  la 
réapparition.  Elle  se  réveilla  avec  une  fureur  inouïe,  et  l’on  accusa  les 
croisés  d’avoir  importé  en  Europe  une  si  terrible  affection.  Ce  reproche 
est  mal  fondé,  puisque  la  lèpre  avait  déjà  paru  en  Occident.  On  ne  saurait 
nier  cependant  que  les  changements  survenus  dans  la  vie  des  croisés,  les 
fatigues  et  les  privations  qu’ils  ont  supportées,  l’ahsence  absolue  déréglés 
hygiéniques  dans  les  pays  chauds,  n’aient  été  pour  beaucoup  dans  le  dé¬ 
veloppement  de  la  maladie,  et  par  snite,  dans  son  extension.  De  plus,  ces 
grandes  et  lointaines  expéditions  ont  dû  singulièrement  propager  le  mal, 
en  multipliant  les  relations  entre  l’Orient  et  l’Occident,  et  en  apportant  à 
la  maladie  des  éléments  sans  cesse  renouvelés.  Au  dixième  siècle,  le  nom¬ 
bre  des  lépreux  était  si  considérable,  qu’en  bien  des  endroits  on' dut 
fonder,  sous  le  nom  de  léproseries,  des  maisons  de  traitement  ou  de  re¬ 
fuge  pour  les  malheureux  atteints  de  la  lèpre.  Toutefois,  il  est  bon  de 
faire  remarquer  qu’à  cette  époque  l’insuffisance  du  diagnostic  et  les  pré¬ 
jugés  habituels  avaient  aussi  peuplé  les  léproseries  de  scrofuleux,  de  ma¬ 
lades  atteints  d’ulcères  simples,  d’eczémas  graves  ,  et  même  de  psoriasis. 

Au  quinzième  siècle,  la  lèpre  commença  à  décroître  en  Europe,  pen- 


LÈPRE.  -  LÉSIONS  ANiLTOMIQÜES  ET  PHYSIOLOGIE  PATHOLOGIQUE.  ^43 

dant  qu’elle  se  montrait  au  Nouveau-Monde,  où  on  la  retrouve  encore 
aujourd’hui  à  l’état  endémique.  A  la  même  époque,  apparaissait  la  syphi¬ 
lis,  que  beaucoup  d’auteurs  n’ont  d’abord  voulu  considérer  que  comme 
une  transformation  de  la  lèpre.  L’étude  comparative  des  deux  affections 
permit  bientôt  de  faire  la  part  de  chacune  ;  mais  il  semble  que  l'invasion 
du  fléau  syphilitique  ait  comme  chassé  vers  les  rives  de  l’Orient  le  fléau 
lépreux.  La  lèpre,  en  abandonnant  l’Europe,  resta  toujours  assez  com¬ 
mune  dans  les  parties  septentrionales  de  notre  continent  (Norwège, 
Islande,  Danemark)  ;  elle  se  concentra  aussi,  pour  ainsi  dire,  dans  des 
pays  essentiellement  différents  au  point  de  vue  climatérique,  tels 
que  la  Grèce,  les  îles  Ioniennes  et  quelques  parties  de  la  Turquie  d’Eu¬ 
rope. 

La  grande  épidémie  du  moyen  âge  nous  a  dotés  de  travaux  impor¬ 
tants  sur  le  sujet  qui  nous  occupe.  Pour  ne  citer  que  les  noms  les  plus 
éclatants,  indiquons  ceux  de  Gordon,  Arnaud  de  Villeneuve,  Guy  de 
Chauliac,  Ambroise  Paré,  Fernel,  etc.  Mais,  après  cette  période,  toute  l’at¬ 
tention  se  porte  sur  la  syphilis,  et  il  y  a  une  longue  lacune  dans  l’his¬ 
toire  de  la  lèpre.  Peu  à  peu  celle-ci  diminue  successivement  dans  les 
pays  d’Europe.  Au  dix-huitième  siècle,  on  n’en  observe  guère  que  des 
exemples  isolés.  Dès  lors  l’intérêt  se  porte  sur  l’étude  de  la  lèpre  dans 
un  autre  hémisphère,  et  les  beaux  travaux  de  Schilling  viennent  jeter  la 
lumière  sur  la  marche  de  la  maladie  dans  les  Indes  et  les  Guyanes.  Nous 
ne  saurions  oublier  de  mentionner  les  recherches  d’Heberden,  de  Brault 
et  Valentin,  de  Bajon  et  Bergeron,  d’Ainslie,  de  Gibert,  plus  près  de 
nous,  le  grand  traité  de  la  Spedalskhed  de  Norwége,  de  Danielssen  et 
Bœck,  et  enfin  les  mémoires  des  médecins  militaires  et  de  hardis  voya¬ 
geurs  sur  la  lèpre  des  pays  chauds  et  des  pays  froids. 

Aujourd’hui  la  lèpre  occupe  encore  un  grand  nombre  des  rives  du  lit¬ 
toral  à  la  surface  de  la  terre  ;  mais,  en  général,  à  l’heure  qu’il  est,  elle 
règne  plutôt  d’une  façon  endémique.  Nous  y  reviendrons  un  peu  plus  loin, 
en  parlant  de  sa  distribution  géographique. 

Lésions  anatomiques  et  physiologie  pathologique.  —  Les 
lésions  rencontrées  dans  la  lèpre  sont  très-nombreuses  et  très-variées; 
elles  affectent  un  grand  nombre  de  tissus  et  d’organes.  Nous  les  examine¬ 
rons  dans  les  divers  appareils,  indépendamment  de  leur  mode  et  de  leur 
époque  d’apparition. 

1°  Peau.  —  C’est  par  des  altérations  de  la  peau  et  du  tissu  cellulaire 
sous-cutané  que  la  lèpre  débute  d’ordinaire,  et,  pendant  toute  la  du¬ 
rée  de  la  maladie,  le  tégument  externe  présente  des  modifications  im¬ 
portantes  de  coloration  et  d’aspect.  On  constate  presque  constamment 
à  la  peau  des  changements  de  couleur,  des  éruptions  diverses,  mais 
surtout  des  tubercules,  des  ulcérations  et  une  infiltration  œdémateuse 
du  tissu  cellulaire  sous-cutané.  Mais  ces  lésions  sont  appréciables  pen¬ 
dant  la  vie;  nous  les  détaillerons  donc  dans  le  chapitre  consacré  à 
la  description  des  symptômes,  et,  pour  éviter  une  répétition  inutile, 
nous  ne  devons  indiquer  ici  que  les  résultats  de  l’examen  microsco- 


344  LÈPRE.  —  LÉSIONS  anatomiques  et  physiologie  pathologique. 
pique,  tels  qu’on  les  trouve  dans  les  travaux  de  Virchow  et  les  recherches 
très-remarquables  de  Malassez  et  Lamblin. 

Considérée  d’une  façon  générale  au  microscope,  la  lèpre,  dit  le  profes¬ 
seur  Ch.  Robin  dans  son  cours  (1874),  «  est  due  à  la  multiplication  exa¬ 
gérée  des  cÿoblastions.  Elle  consiste  en  la  production  de  masses  plus  ou 
moins  volumineuses,  pouvant  acquérir  le  volume  d’une  amande  ou  d’une 
noix,  et  apparaissant  surtout  dans  le  derme  et  la  muqueuse  linguale.  Si 
on  examine  la  composition  de  ce  tissu ,  on  voit  que  ce  sont  les  noyaux 
qui  se  sont  multipliés  ;  ils  ont  déterminé  l’atrophie  des  fibres  élastiques 
du  derme,  l’atrophie  des  capillaires.  Alors  commencent  les  phénomènes 
de  mortification,  c’est-à-dire  la  chute  de  l’épiderme  d’abord,  puis  ensuite 
celle  des  noyaux  cellulaires.  Mais  la  matière  amorphe  interposée  aux  cyto- 
blastions  est  toujours  en  très-petite  quantité  ;  déplus,  elle  est  grisâtre. 
Plus  des  neuf  dixièmes  des  noyaux  restent  à  l’état  sphérique,  et  n’arrivent 
pas  à  l’état  ovoïde,  qu’ils  présentent  dans  le  tissu  cellulaire  normal.  La 
multiplication  des  noyaux  se  fait  bien  encore,  mais  le  développement  in¬ 
dividuel  de  ces  noyaux  n’a  plus  lieu.  Enfin,  on  ne  constate  pas  dans  les 
noyaux  la  formation  de  granules  jaunes.  » 

Les  lésions  de  la  peau,  au  microscope,  sont  les  suivantes  :  l’épiderme, 
quand  il  existe  encore,  est  aminci  ;  ses  cellules,  fortement  réfringentes 
et  devenues  granuleuses,  se  présentent  comme  dissociées.  La  couche  mu¬ 
queuse  de  Malpighi  est  peu  altérée;  çà  et  là  quelques  prolongements  inter¬ 
papillaires  pénètrent  plus  profondément  dans  l’épaisseur  du  derme,  dont 
les  altérations  sont  beaucoup  plus  prononcées.  Le  tissu  fondamental  du 
derme  a  perdu  ses  fibres  élastiques,  et  ses  faisceaux  de  tissu  conjonctif, 
raréfiés,  se  perdent  au  milieu  d’un  tissu  de  nouvelle  formation,  composé 
de  cellules  embryonnaires  arrondies,  fusiformes  ou'  étoilées,  disposées 
volontiers  en  cercles  autour  des  vaisseaux,  et  noyées  elles-mêmes  dans 
une  substance  brillante  et  grenue.  Ranvier  a  signalé,  dans  l’épaisseur  du 
derme,  l’existence  de  grandes  cellules  mères  qui,  par  dédoublements  suc¬ 
cessifs,  donneraient  lieu  à  cette  énorme  prolification  de  cellules  embryon¬ 
naires.  Les  fibres  musculaires  de  la  peau  ont  paru  saines  :  leur  volume, 
leurs  stries  sont  normaux,  et  leur  périmysium  ne  semble  point  épaissi. 

Lorsqu’on  vient  à  pratiquer  une  coupe  sur  un  tubercule,  voici  les  par¬ 
ticularités  que  révèle  l’étude  micrographique  ;  Il  n’exise  plus  d’épiderme, 
et  le  corps  muqueux  lui-même,  aminci  çà  et  là,  est  détruit  par  places. 
Le  tissu  nouveau  qui  se  forme  dans  le  derme  s’enfonce  par  poussées,  et, 
sous  formes  de  pieux  ou  de  colonnes,  s’irradiant  au  milieu  des  éléments 
adipeux  :  entre  ces  grosses  colonnes ,  on  aperçoit  de  petites  masses 
grêles  de  tissu  conjonctif  à  cellules  étoilées. 

Les  vaisseaux  de  la  peau  jouent  un  grand  rôle  dans  la  production  des 
tubercules.  Au  début,  fluxion,  hypérémie,  d’où  la  production  détachés 
roses,  rouges,  etc.  Plus  tard,  compression  de  ces  vaisseaux  par  le  nouveau 
tissu,  atrophie  de  la  peau  et  sécheresse  consécutive,  phénomène  dont 
nous  parlerons  à  propos  de  l’altération  des  glandes.  L’hypérémie  primi¬ 
tive  de  la  peau  avait  déjà  été  en  partie  décrite  par  Cazenave  et  Schedel, 


LÈPRE.  -  LÉSIONS  ANATOMIQUES  ET  PHYSIOLOGIE  PATHOLOGIQUE.  345 

et,  depuis  lors,  tous  les  auteurs  ont,  plus  ou  moins,  insisté  sur, ce  fait. 
Mais,  en  outre,  les  vaisseaux  eux-mêmes  sont  altéi’és  dans  leurs  parois  : 
les  reines  sont  dilatées,  épaissies  ;  en  même  temps,  elles  sont  le  siège  de 
dilatations  Variqueuses  ;  en  certains  points  même,  on  trouve  dans  les  tis¬ 
sus  ambiants  des  extravasations  sanguines.  Dans  les  parties  du  corps  qui 
sont  le  siège  d’une  circulation  capillaire  très-active,  telles  que  la  face,  les 
oreilles,  les  parties  génitales,  etc.,  les  taches  roses  ou  rouges  du  début  se 
montrent  facilement,  et  c’est  aussi  sur  ces  points  que  l’on  voit  en  premier 
lieu  apparaître  les  tubercules. 

Lorsque  arrive,  au  contraire,  la  période  de  multiplication  des  cellules 
embryonnaires,  la  cavité  des  vaisseaux  de  la  peau  se  trouve  rétrécie, 
puis  oblitérée.  Danielssen  et  Bœck  ont  démontré,  par  leurs  injections, 
que  le  réseau  capillaire  est  brisé  et  que  ses  communications  sont  in- 
(errompues  avec  les  parties  voisines;  d’où  l’atrophie  des  éléments  des 
tubercules,  leur  dégénérescence  granulo-graisseuse,  et  bientôt  leur  fonte 
purulente.  Ces  deux  ordres  de  phénomènes  se  trouvent  évidemment  causés 
par  une  influence  nerveuse  ;  mais  nous  réservons  pour  plus  tard  l’étude 
des  lésions  des  nerfs  cutanés  ;  elle  viendra  ci-après,  quand  nous  décrirons 
les  altérations  du  système  nerveux,  et  c’est  là  que  nous  devrons  exposer 
les  considérations  de  physiologie  pathologique  auxquelles  ces  lésions  peu¬ 
vent  donner  lieu. 

La  résistance  et  l’épaisseur  de  la  peau  varient  avec  la  période  de  la 
maladie.  La  peau  devient,  au  début,  dure,  résistante  au  toucher,  difficile 
à  plisser  ;  ce  caractère  peut  se  présenter  aux  environs  des  tubercules,  ou 
en  dehors  de  ceux-ci  ;  aux  environs  de  ces  tumeurs,  la  peau  est  notable¬ 
ment  épaissie  et  peut  acquérir  une  épaisseur  de  1  et  demi  à  3  centimètres. 
Après  la  fonte  du  tubercule,  au  contraire,  la  peau  presque  tout  entière  a 
disparu  ;  il  s’est  formé  une  cicatrice  inodulaire  enfoncée,  adhérente  aux 
tissus  sous-jacents,  et  d’autant  plus  prononcée  que  l’ulcération  a  été  elle- 
même  plus  étendue  et  plus  profonde. 

Les  glandes  cutanées  sont  aussi  le  siège  de  modifications  importantes. 
Les  glandes  sudoripares  ne  sont  pas  attaquées  dès  le  début  de  la  ma¬ 
ladie,  en  raison  même  de  leur  situation  profonde  dans  l’épaisseur  de  la 
peau  ;  leur  canal  excréteur  est  d’abord  détruit  au  voisinage  de  la  surface 
extérieure  de  la  peau,  et  ce  n’est  que  plus  tard  que  le  glomérule  sécré¬ 
teur  est  envahi  et  atrophié  à  son  tour.  C’est  alors  que,  l’organe  étant  dé¬ 
truit,  la  fonction  cesse;  la  peau  devient  sèche;  l’épiderme  est  épais, 
rugueux,  fendillé,  il  se  détache  par  petites  écailles.  Les  glandes  sébacées 
ont,  au  contraire,  dès  le  début,  une  activité  fonctionnelle  plus  grande 
qui  donne  lieu,  aux  parties  où, elles  siégentde  préférence  (nez,  joues,  etc.), 
à  de  l’acné  sébacée  fluente,  ou  à  de  l’acné  concrète.  L’orifice  des  con¬ 
duits  sébacés  est  élargi,  saillant,  et  la  saillie  que  forment  ces  ouvertures 
donne  parfois  à  la  surface  cutanée  l’aspect  d’une  peau  d’orange  ;  de  ces 
orifices  on  peut  faire  sortir  quelquefois,  par  expression,  des  cylindres 
plus  ou  moins  volumineux  de  matière  sébacée ,  jaunâtre  et  solidifiée. 
Mais,  avec  les  progrès  de  la  maladie,  ces  glandes  elles-mêmes  se  trouvent 


346  LÈPRE.  —  LÉSIONS  anatomiques  et  physiologie  pathologique. 
atrophiées,  et  leur  produit  d’excrétion  se  trouve  également  supprimé. 

Les  poils  sont  d’abord  décolorés  ;  c’est  principalement  sur  les  taches  et 
les  tubercules  que  se  produit  ce  phénomène  ;  puis,  par  suite  de  la  destruc¬ 
tion  des  follicules  sébacés  dont  la  sécrétion  vient  à  manquer,'  ils  devien¬ 
nent  secs,  rugueux,  cassants,  renflés  par  places,  et  finissent  par  disparaître 
complètement,  mais  à  une  période  avancée  de  la  maladie  ;  à  ce  moment, 
les  follicules  pileux  sont  eux-mêmes  envahis,  comprimés,  ratatinés,  puis 
détruits.  Les  fibres  musculaires  annexées  aux  bulbes  pileux  disparaissent, 
en  sorte  que  le  phénomène  connu  sous  le  nom  de  chair  de  poule  n’existe 
plus. 

Les  ongles  eux-mêmes  se  détruisent  du  centre  vers  les  bords  :  c’est 
sous  l’influence  de  l’apparition  d’un  tubercule  qui  supprime  les  papilles, 
et  absorbe  la  substance  unguéale.  Lorsque  lé  tubercule  porte  sur  la  ma¬ 
trice,  l’ongle  sécrété  est  plus  épais  et  opaque.  Mais,  d’autres  fois,  la 
maladie  débute  par  unonyxis,  surtout  aux  extrémités  inférieures,  et  alors, 
les  matrices  ayant  été  détruites,  les  ongles  ne  repoussent  plus. 

Lorsque  l’on  pratique  une  coupe,  portant  sur  l’extrémité  d’un  doigt  et 
intéressant  par  conséquent  un  ongle,  on  peut  observer  les  particularités 
suivantes  :  l’ongle  est  mince  et  brillant  sur  les  bords,  mais  il  devient  grenu 
en  se  rapprochant  du  centre,  où  il  manque;  sur  le  pourtour  de  l’ulcéra¬ 
tion  centrale,  il  est  écailleux,  et  ses  lamelles  se  dissocient;  il  est  décollé 
des  papilles  par  un  amas  de  cellules  embryonnaires  qui  égalise  les  saillies 
de  la  couche  papillaire;  sur  les  bords  de  l’ongle,  le  tissu  tuberculeux  s’en¬ 
fonce  dans  l’épaisseur  du  tissu  conjonctif  du  derme  à  la  façon  de  pieux 
ou  de  colonnes,  ainsi  que  nous  l’avons  signalé  plus  haut. 

L’examen  de  la  peau  des  extrémités  des  doigts,  presque  toujours  ma¬ 
lades  chez  les  lépreux,  ne  laisse  plus  apercevoir  de  corpuscules  de  Meiss- 
ner,  ni  rien  qui  y  ressemble  (Lamblin). 

Le  tissu  cellulaire  sous-cutané  est  épaissi  et  engorgé  par  places,  mais 
sans  que  ces  engorgements  répondent  nécessairement  à  la  présence  de 
tubercules.  Rarement  ces  foyers  se  ramollissent  ;  ils  sont  formés  par  l’ac¬ 
cumulation  des  éléments  que  nous  avons  déjà  décrits  à  propos  de  l’histo¬ 
logie  pathologique  de  la  peau.  Ils  peuvent  être  circonscrits,  delà  grosseur 
d’une  amande  ou  d’une  petite  noix,  ou  bien  ils  s'étendent  en  nappe  sur 
une  certaine  largeur.  Quand  il  arrive  qu’un  tubercule  ulcéré  se  cicatrise, 
on  ne  trouve  parfois  plus  de  tissu  cellulaire  sous-cutané  :  celui-ci  a  disparu 
dans  le  processus  ulcératif  des  parties,  et  la  cicatrice  de  la  peau  se  fait  sur 
des  couches  beaucoup  plus  profondes.  Les  vaisseaux  du  tissu  cellulaire 
sous-cutané  sont  aussi  malades  ;  leurs  parois  sont  épaissies,  sans  que  leur 
calibre  en  soit  sensiblement  augmenté.  Des  veines,  telles  que  la  céphali¬ 
que,  la  saphène,  etc. ,  acquièrent  le  volume  du  petit  doigt,  grâce  à  l’ac¬ 
cumulation  des  éléments  embryonnaires  qui  les  environnent  ;  lorsqu’elles 
sortent  du  tissu  de  nouvelle  formation,  elles  reprennent  bien  vite  leur 
aspect  normal. 

2“  Système  musculaire.  —  Tandis  que  Danielssen  et  Bœck  prétendent  que 
la  texture  des  muscles  n’est  pas  altérée  ;  Lamblin,  au  contraire,  affirme 


LÈPRE.  -  LÉSIOHS  ANATOMIQUES  ET  PHÏSIOLOGIE  PATHOLOGIQUE.  547 

que  l’oii  rencontre  des  lésions  microscopiques,  et  A.  Ollivier  n’hésite  pas  à 
les  attribuer  à  une  lésion  nerveuse  primitive  ;  c’est  là  un  point  que  nous 
examinerons  ci-après,  avec  l’étude  anatomique  du  système  nerveux.  Les 
fibres  musculaires  que  Danielssen  et  Bœck  veulent  ne  voir  qu’amaigries, 
atrophiées,  privées  des  éléments  adipeux  interposés  entre  elles,  subis¬ 
sent,  d’après  Ollivier  et  Lamblin,  la  dégénérescence  graisseuse.  «  La  fibre 
musculaire  a  disparu  pour  faire  place  à  une  couche  gélatineuse,  amorphe, 
transparente,  au  milieu  de  laquelle  on  a  peine  à  en  apercevoir  les  der¬ 
niers  vestiges.  »  (Bazin.)  Si  la  lèpre  débute  dans  l’enfance,  l’atrophie  gé¬ 
nérale  qu’elle  entraîne  avec  elle  empêche  le  développement  du  sujet  dont 
les  membres  ne  s’accroissent  pas  ;  ici  les  muscles  se  comportent  comme 
à  la  suite  de  la  paralysie  spinale  infantile  ;  mais  elle  porte  sur  l’ensemble 
del’économie.  Lorsque  le  malade  est  un  adulte,  la  sensibilité  d’abord, 
pais  la  motilité  disparaissent  dans  les  muscles,  à  la  main  en  premier  lieu, 
puis  aux  bras.  Les  masses  musculaires  s’amoindrissent,  se  rétractent,  les 
leadonspeu  à  peu  font  saillie  sous  la  peau.  Surviennent  alors  des  contrac¬ 
tures  avec  flexion  exagérée,  et  des  déformations  principalement  aux  mains 
figurant  des  sortes  de  griffes.  On  voit  alors  se  produire  les  mêmes  lésions 
que  dans  l’atrophie  musculaire  progressive.  Les  muscles  perdent  aussi 
leur  contractilité  électrique.  Toutefois,  ces  phénomènes  peuvent  affecter 
un  certain  groupe  de  muscles,  en  laissant  indemnes  des  muscles  très- 
voisins. 

5“  Système  osseox.  —  Les  os  mêmes  et  le  périoste  ont  été  trouvés  at¬ 
teints,  dans  certains  cas  graves  de  lèpre. 

La  périostite  peut  succéder  à  une  ulcération  débutant  par  la  peau,  ou 
elle  peut  naître  primitivement.  Elle  peut  entraîner  avec  elle  de  l’ostéite  ; 
le  périoste  se  décolle,  l’os  se  mortifiej  et  il  y  a  élimination  d’un  séquestre, 
les  lésions  microscopiques  seraient,  dans  le  tissu  spongieux,  celles  de 
l’ostéite  raréfiante.  D’abord  limitées  aux  phalanges  des  pieds  et  des  mains, 
où  elles  produisent  des  déformations  sur  lesquelles  nous  aurons  à  reve¬ 
nir,  ces  altérations  du  système  osseux  peuvent  s’étendre  à  tout  un  membre 
dont  la  partie  osseuse  s’éliminera  tout  entière  ;  c’est  ainsi  que  Danielssen 
etBœck  ont  vu  des  malades  perdre  un  pied,  une  main,  avec  ou  sans  con¬ 
servation  des  parties  molles.  Nous  devons  ajouter  que  c’est  principalement 
dans  la  forme  anesthésique  que  l’on  observe  des  désordres  aussi  considé¬ 
rables. 

4“  Appareils  de  la  digestion,  de  la  respiration,  de  la  circdlation,  et 
ippAnER  génito-urinaire.  —  Ici  nous  allons  passer  en  revue  l’histoire  pa¬ 
thologique  d’un  certain  nombre  de  muqueuses  et  de  certains  parenchy¬ 
mes.  Les  lésions  des  muqueuses  sont  les  mêmes  que  celles  de  la  peau,  mais 
un  peu  plus  tardives  ;  mêmes  tractus  de  cellules  embryonnaires,  mêmes 
tubercules,  mêmes  ulcérations. 

La  muqueuse  digestive,  sur  les  altérations  de  laquelle  Virchow  émet 
des  doutes,  nous  paraît,  au  contraire,  une  de  celles  qui  s’affectent  le  plus 
communément. 

Dans  la  bouche,  on  aperçoit  d’abord  des  taches  d’un  rouge  pâle,  ou  des 


348  LÈPRE.  —  LESIONS  anatomiques  et  physiologie  pathologiqde. 
tubercules  plats,  mous,  très-disposés  à  l’ulcération  sur  les  joues,  le  voile 
du  palais,  la  luette  et  les  amygdales.  Parfois  le  processus  ulcératif  détruit 
tout  ou  partie  de  ces  organes,  et  même  les  os  qui  leur  servent  de  soutien, 
en  sorte  qu’il  s’établit  des  perforations,  des  adhérences  et  des  cicatrices 
vicieuses. 

Nous  n’avons  point  trouvé  mention  dans  les  auteurs  de  lésions  des 
glandes  salivaires  ;  mais  en  dehors  des  observations  qui  existent,  il  ne  nous 
paraît  pas  impossible  que  ces  glandes  puissent  éprouver  des  modifications 
importantes  sous  l’influence  de  tubercules  venant  de  la  peau,  ou  par 
suite  de  l’envahissement  de  leur  tissu  par  les  produits  de  nouvelle  forma¬ 
tion.  Danielssen  et  Bœck  se  bornent  à  signaler,  dans  certains  cas,  une 
salivation  spontanée  exagérée. 

La  muqueuse  de  l’estomac  est  amincie,  ramollie  (Danielssen  et  Bœck). 
Quant  à  la  muqueuse  intestinale,  elle  est  parsemée,  çà  et  là,  d’ulcères 
larges,  arrondis,  creusant  en  profondeur  jusqu’à  la  couche  péritonéale; 
ils  ont  des  bords  élevés,  durs,  et  leur  fond  égale  en  surface  leur  ouverture. 
C’est  dans  l’épaisseur  de  la  tunique  musculaire  de  l’intestin  qu’apparais¬ 
sent  d’abord  les  éléments  embryonnaires  de  nouvelle  formation  ;  bientôt 
ils  entraînent  la  mortification  des  vaisseaux,  puis  celle  des  parties  voi¬ 
sines  de  la  muqueuse,  et  c’est  ainsi  que  l’ulcération  se  forme.  Ces  lésions 
se  montrent  parfois  sur  les  glandes  de  Peyer,  et  peuvent  donner  lieu  à  des 
perforations  intestinales.  Quand  la  maladie  a  régné  depuis  longtemps  à 
la  peau,  et  que  celle-ci  a  été  plus  ou  m.oins  modifiée  dans  sa  structure,  on 
trouve  à  l’autopsie,  à  la  surface  externe  de  l’estomac  et  des  intestins,  de 
petites  masses  tuberculeuses  de  diverses  grandeurs,  ayant  souvent  entraîné 
l’adhérence  de  plusieurs  anses  intestinales  ensemble. 

Le  foie  est  souvent  parsemé  de  tubercules  jaunâtres,  soit  semés  à  sa 
surface,  soit  plongés  à  l’intérieur  de  l’organe,  an  milieu  de  cavernes  lo¬ 
gées  dans  le  tissu  sain  ;  la  muqueuse  de  la  vésicule  biliaire  est  aussi  par¬ 
fois  semée  de  petits  tubercules.  Gà  et  là,  à  la  surface  du  foie,  on  a  noté 
des  traces  de  péritonite.  Les  cellules  hépatiques  ont  subi  la  dégénéres¬ 
cence  graisseuse,  et  il  y  a  un  certain  degré  de  cirrhose  hépatique,  par  suite 
de  l’accumulation  des  éléments  anormaux  autour  des  vaisseaux  d’un  cer¬ 
tain  calibre. 

La  rate  est  hypertrophiée,  quelquefois  ramollie  et  diffluente,  parsemée 
de  tubercules  à  sa  surface  et  dans  son  épaisseur.  On  a  noté  une  augmen¬ 
tation  des  glomérules  de  Malpighi. 

Le  pancréas  n’a  jamais  paru  affecté  en  aucune  façon. 

Du  côté  àe  V appareil  de  la  respiration^  on  note  des  désordres  delà  plus 
extrême  gravité,  et  qui  sont  susceptibles  d’entraîner  la  mort  du  malade. 

L’épiglotte  se  gonfle,  se  couvre  de  tubercules,  s’ulcère,  et  même  parfois 
elle  tombe  en  totalité.  Les  replis  aryténo-épiglottiques  sont  souvent  le 
siège  d’une  infiltration  œdémateuse  pouvant  aller  jusqu’à  constituer  la  lé¬ 
sion  principale  de  V œdème  de  la  glotte. 

Dès  le  début  de  la  maladie,  des  taches  ou  des  tubercules  apparaissent 
dans  l’intérieur  du  larynx  ;  ainsi  se  trouvent  détruits  les  ligaments  thyro- 


LÈPRE.  —  LÉSIONS  ANATOSIIQDES  ET  PHYSIOLOGIE  PATHOLOGIQUE.  349 
arylénoïdiens  supérieurs  et  les  cordes  vocales;  les  cartilages  du  larynx, 
et  spécialement  les  cartilages  aryténoïdes,  sont  pris.  Par  suite  des  ulcé¬ 
rations,  l’orifice  supérieur  des  voies  respiratoires  se  trouve  parfois  ré¬ 
tréci,  au  niveau  de  l’épiglotte  détruit  ou  imparfaitement  cicatrisé,  au 
point  de  n’admettre  plus  qu’un  tuyau  de  plume,  et,  comme  les  ventricules 
du  larynx  sont  remplis  assez  souvent  de  matière  tuberculeuse,  il  se  pro¬ 
duit  dans  la  respiration  une  gêne  extrême,  qui  peut  aller  jusqu’à  l’as¬ 
phyxie. 

Danielssen  et  Bœck  insistent  sur  l’extension  des  taches  et  des  tubercules 
à  la  trachée  et  aux  bronches,  et  ils  ont  vu  sur  ces  organes  se  produire  des 
rétrécissèmenfs  bien  manifestes.  Là,  comme  à  la  peau,  le  processus  pa¬ 
thologique  débute  dans  l’épaisseur  du  derme,  et  ce  n’est  que  consécuti¬ 
vement  qu’il  s’étend  aux  glandes.  Nous  voyons  ainsi  réduite  à  néant  l’hy¬ 
pothèse  des  auteurs  qui  veulent  que  le  produit  tuberculeux  de  la  lèpre  soit 
le  résultat  d’une  hyperplasie  dans  un  follicule  muqueux. 

Les  poumons  sont  habituellement  exempts  des  manifestations  de  la 
lèpre;  on  a  trouvé  cependant,  dans  quelques  autopsies,  un  certain  degré 
d’inûltration  tuberculeuse,  ou  de  petits  tubercules  crus  ou  en  voie  de  ra¬ 
mollissement  (Danielssen  et  Bœck)  ;  mais  c’est  là  un  cas  exceptionnel, 
bien  qu’on  ait  pu  observer  aussi  de  petites  cavernes  dispersées  dans  le 
parenchyme  pulmonaire,  et  des  cicatrices  appartenant  sans  doute  à  d’an¬ 
ciens  tubercules  guéris.  Nous  avons  eu  occasion  d’observer  un  cas  dans 
lequel  les  poumons  étaient  farcis  de  tubercules  gris  et  de  petites  cavernes 
très-nombreuses  et  disséminées  dans  les  diverses  parties  des  poumons.  Ces 
lésions  avaient  été  pour  beaucoup  dans  la  terminaison  fatale  de  la  maladie. 

Ua.f’^areil  circulatoire,  peu  affecté  dans  son  centre,  semble  l’être  da- 
rantage  à  ses  extrémités,  et  surtout  à  ses  terminaisons  capillaires;  on 
note  aussi  des  changements  dans  la  composition  chimique  et  les  éléments 
figurés  du  sang. 

Le  cœur  est  ordinairement  sain  ;  quelques  plaques  laiteuses  parfois  à 
îa  surface  ;  rarement  dégénérescence  graisseuse  de  ses  fibres  musculaires  ; 
ses  orifices  et  ses  cavités  sont  sains  ;  l’influence  lépreuse  ne  paraît  pas 
s’exercer  en  ce  point,  non  plus  que  sur  les  gros  vaisseaux,  tant  artères  que 
reines,  sauf  dans  les  points  où  ils  traversent  des  produits  pathologiques, 
et  où  ils  sont  noyés  dans  une  gangue  lardacée  qui  les  maintient  béants, 
sansaugmenter  la  largeur  de  leur  calibre.  Mais,  ainsi  que  nous  l’avons  vu 
en  parlant  de  la  peau,  les  capillaires  sont  les  parties  le  plus  vite  envahies  : 
iatations  variqueuses,  extravasations  sanguines,  engorgement  ef  épais¬ 
sissement  des  parois,  accumulation,  en  certains  points,  d’amas  de  cellules 
embryonnaires,  compression,  puis  oblitération  de  leur  calibre,  tel  est  le 
processus  morbifique  que  subissent  les  capillaires,  processus  qui  explique 
la  mortification  de  la  peau  et  du  tissu  cellulaire,  la  suppression  des  sé¬ 
crétions  sudoripare  et  sébacée,  le  dessèchement  et  la  chute  des  poils. 

Les  premières  recherches  sur  les  altérations  du  sang  dans  la  lèpre  ne' 
remontent  pas  au  delà  de  Danielssen  et  Bœck  ;  ces  auteurs  y  ont  vu,  au 
microscope,  de  nombreux  globules  de  graisse,  et  une  déformation  plus  ou 


350  LÈPRE.  —  LÉSIONS  anatomiques  et  physiologie  pathologique. 
moins  grande  des  globules  du  sang  ;  ils  ont  noté,  en  outre,  que  le  sang  est 
plus  noir,  moins  fluide  qu’à  l’état  normal,  que  le  sérum  est  verdâtre  et 
sirupeux,  et  que  les  divers  éléments  chimiques  qui  entrent  dans  sa  com¬ 
position  ont  varié  dans  leurs  proportions  respectives.  Depuis  lors,  on  a 
parlé  d’une  diminution  du  sérum,  d’une  augmentation  des  albuminates 
et  de  la  fibrine.  Une  analyse  récente  de  Boutmy  indique  une  augmenta¬ 
tion  énorme  de  la  quantité  de  la  graisse  (5,064  p.  1000)  et  de  l’hématine 
(11,428  p.  1000).  Ces  accumulations  sont,  sans  nul  doute,  dues  à  la 
suppression  des  sécrétions  normales  de  la  peau  ;  certains  auteurs  veulent 
que,  lors  de  la  naissance  des  tubercules,  le  sang  redevienne  normal; 
mais  c’est  là  un  point  qui  reste  encore  à  éclaircir. 

Nous  n’avons  rien  trouvé  dans  les  auteurs  sur  les  modifications  dusÿs- 
tème  lymphatique  que  peut  causer  la  lèpre  tuberculeuse,  et  c’est  en  cela 
que  l’éléphantiasis  des  Grecs  s’éloigne  de  l’éléphantiasis  des  Arabes.  Tou¬ 
tefois,  les  ganglions  lymphatiques,  à  une  période  avancée  de  la  maladie, 
s’hypertrophient  et  se  ramollissent.  Larrey  est  le  premier  qui  ait  signalé 
l’engorgement  et  l’hypertrophie  des  ganglions  mésentériques.  Notons 
aussi,  en  passant,  que  les  ganglions  du  cou  et  de  l’aine,  du  coude  ou  de  la 
région  sous-maxillaire  peuvent  augmenter  de  volume  au  point  de  former, 
en  ces  régions,  de  véritables  tumeurs,  atteignant  quelquefois  la  taille  d’un 
œuf  de  poule.  Voici  la  description  qu’en  donne  Virchow  (t.  II,  p.  520)  : 
«  Les  ganglions  lymphatiques  avaient  augmenté  cinq  ou  six  fois  de  vo¬ 
lume.  Ils  formaient  des  corps  ronds,  aplatis  ou  ovales,  assez  uniformes, 
un  peu  rugueux  à  la  surface,  de  peu  de  consistance,  un  peu  flasques  et 
d’une  couleur  pâle,  transparente,  d’un  gris  jaune  clair.  Çà  et  là  seulement 
se  trouvaient  des  parties  rougeâtres,  et  au  bord  convexe,  des  points  opa¬ 
ques,  d’un  jaune  blanchâtre,  et  des  réseaux  qui,  à  la  loupe,  se  présentaient 
comme  des  taches  réticulées.  Des  vaisseaux  lymphatiques  très-dilatés  et 
épaissis,  d’un  gris  blanchâtre,  rugueux  par  places,  se  rendaient  aux  gan¬ 
glions.  A  la  coupe,  on  remarquait  plusieurs  parties  qui  rappelaient  la 
structure  des  capsules  surrénales  ;  la  partie  corticale  notamment  avait  un 
aspect  tout  aussi  trouble,  d’un  jaune  blanc,  graisseux,  mais  en  même 
temps  humide,  nulle  part  sec  et  caséeux,  mais  flasque.  A  la  loupe,  ces 
endroits  consistaient  en  taches  folliculaires,  qui  se  réunissaient  vers  la  pé¬ 
riphérie  en  foyers  ayant  un  aspect  homogène,  de  1/2  à  1  centimètre  de 
diamètre.  Le  reste  de  la  substance  était  fortement  développé,  humide, 
transparent,  d’un  gris  jaune  ou  d’un  jaune  brunâtre;  à  l’air  la  couleur 
devenait  plus  foncée.  A  la  loupe,  on  voyait  des  taches  fines,  jaunâtres, 
troubles,  dans  une  masse  d’un  gris  pâle,  et  transparente.  Le  microscope 
y  montrait  en  somme  une  hyperplasie  ;  dans  les  points  jaunes,  il  y  avait 
une  prolifération,  avec  de  grandes  cellules  en  partie  graisseuses  et  dégé¬ 
nérées.  Le  hile  était  agrandi,  la  substance  médullaire  était  bien  délimitée 
et  à  l’état  normal.  » 

Dans  le  système  génito-urinaire,  nous  verrons  d’abord  la  partie  urinaire 
(reins,’ uretères,  vessie)  commune  aux  deux  sexes,  puis  nous  considére¬ 
rons  le  système  génital  chez  l’homme  et  chez  la  femme.. 


LÈPRE.  -  LÉSIONS  ANATOMIQUES  ET  PHYSIOLOGIE  PATHOLOGIQUE.  351 

Les  reins  et  les  capsules  surrénales  sont  des  organes  presque  toujours 
altérés  à  une  période  un  peu  avancée  de  la  maladie.  Les  reins,  d’abord 
hypérémiés,  ne  tardent  point  à  se  laisser  envahir  par  les  éléments  de 
formation  nouvelle  qui  s’accumulent  dans  tous  les  organes.  Parfois  la 
capsule  propre  est  soulevée  par  des  tubercules  qui  font  saillie  au-dessous 
d’elle,  ou  bien  ces  mêmes  tubercules,  après  avoir  ulcéré  la  capsule,  adhè¬ 
rent  si  intimement  à  celle-ci  sur  leurs  bords  qu’on  ne  peut  j’en  séparer 
sans  enlever  avec  elle  des  débris  du  parenchyme  rénal.  Enfin  la  surface 
entière  du  rein  peut  être  convertie  en  une  masse  lardacée  da<couleur  jaune 
blanc,  qui  ne  laisse  plus  distinguer  les  diverses  couches  élémentaires  de 
l’organe.  Néphrite  chronique ,  néphrite  interstitielle ,  néphrite  albumi¬ 
neuse,  si  bien  représentée  par  Rayer  dans  son  atlas,  telles  sont  les  lésions 
microscopiques  que  l’on  observe  dans  ces  cas.  Il  n’est  point  étonnant 
iju’alors  l’urine,  examinée  au  microscope,  offre  des  débris  épithéliaux 
ainsi  que  des  tuhuli,  et  que  l’analyse  chimique  y  démontre  la  présence 
d’une  quantité  d’albumine  parfois  très-considérable  ;  on  sait  d’ailleurs 
que  ce  dernier  phénomène  se  produit  toutes  les  fois  que  la  circulation  ca¬ 
pillaire  a  subi  une  influence  quelconque.  Quant  aux  autres  modifications 
à  noter  dans  l’urine,  à  part  les  changements  de  coloration  et  d’odeur 
(odor  hircims)  indiqués  par  les  auteurs  anciens,  nous  avons  encore  à 
mentionner  une  diminution  notable  dans  la  quantité  d’urine  rendue  dans 
les  vingt-quatre  heures,  phénomène  dû,  comme  tous  les  autres  du  même 
genre,  aux  modifications  profondes  qu’éprouve  la  fonction  sécrétoire  de 
l’organe. 

Les  calices,  les  bassinets  et  les  uretères  peuvent  se  trouver  remplis 
d’une  plus  ou  moins  grande  quantité  de  matière  tuberculeuse  ;  mais  leurs 
parois  ne  paraissent  pas  être  affectées  par  des  tubercules. 

11  n’en  est  pas  de  même  de  la  vessie,  dont  la  couche  moyenne  semble 
prédisposée  à  la  formation  de  noyaux  tuberculeux.  On  trouve  également 
de  ces  tumeurs  disséminées  çà  et  là  à  la  surface  externe  de  cet  organe, 
plus  spécialement  à  la  région  que  recouvre  le  péritoine,  et  dans  le  tissu 
cellulaire  sous-péritonéal  ;  ce  sont  de  petites  masses  dures,  d’un  aspect 
jaunâtre  ou  lardacé  à  la  coupe,  et  qui  sont  formées,  comme  toujours,  par 
une  grande  agglomération  de  cellules  embryonnaires.  Enfin  n’oublions 
pas  que  la  surface  interne  de  la  vessie,  tapissée  par  une  muqueuse,  peut 
être  affectée  des  taches  et  des  ulcérations  que  nous  avons  vues  jusqu’ici 
apparaître  sur  les  muqueuses  d’une  façon  générale. 

Chez  l’homme,  l’appareil  génital  est  sujet,  du  côté  de  la  peau  des 
bourses  et  de  la  verge,  à  l’apparition  de  nombreux  tubercules,  en  raison 
même  de  la  laxité  de  l’enveloppe  tégumentaire  et  du  nombre  de  ses 
glandes.  C’est,  avec  la  face,  le  nez,  les  oreilles,  un  des  organes  le  plus 
rite  attaqués.  La  tunique  vaginale  du  testicule  peut  se  trouver  épaissie 
etindurée,  ainsi  que  l’albuginée  (Virchow). 

Le  testicule  est  aussi  plus  ou  moins  compromis  d’habitude.  «  Le  testi¬ 
cule  était  petit,  dur,  et  présentait  comme  des  rétractions  cicatricielles.  A 
la  coupe,  la  substance  de  cet  organe  se  trouvait  fortement  colorée  en 


352  LÈPRE.  —  LÉSIONS  anatomiques  et  physiologie  pathologique. 
gris  brun.  De  ces  rétractions  cicatricielles  partaient  des  faisceaùx  tendi¬ 
neux,  renfermant  de  petits  foyers  dont  le  contenu  était  jaune  et  mou.  Ce 
contenu  se  composait  de  cellules  rondes  de  différentes  grosseurs,  qui  res¬ 
semblaient  assez  à  celles  des  tubercules  extérieurs.  C’étaient  pour  la  plu¬ 
part  des  cellules  à  noyau  unique,  granulées,  les  unes  pâles  et  petites, 
comme  des  corpuscules  lymphatiques  ;  les  autres,  plus  grandes,  renfer¬ 
mant  un  plus  grand  nombre  de  granulations,  avec  de  nombreuses  vacuoles 
de  la  grandeur  de  gros  corpuscules  muqueux.  Quelques-unes  cependant 
atteignaient  la  grandeur  de  cellules  ovariques,  et  présentaient  le  caractère 
de  vraies  cellules  gigantesques,  de  sorte  que  quelques-unes,  avec  leurs 
grandes  vacuoles,  ressemblaient  presque  à  des  infusoires,  et  me  rappe¬ 
lèrent  les  idées  de  quelques  élèves  de  Linné,  qui  voulaient  ramener  lalèpre 
à  des  entozoaires.  » 

Enfin  Kobner  a  vu,  chez  un  lépreux,  sur  la  queue  de  l’épididyme,  une 
masse  caséeuse,  mais  sans  y  attacher  d’autre  importance. 

Nous  ne  connaissons  point  de  lésion  du  côté  du  canal  de  l’urèthre,  du 
hulbe,  des  glandes,  ni  du  cordon.  Danielssen  et  Bœck  indiquent  un  cer¬ 
tain  degré  dé  dilatation  des  vésicules  séminales. 

Chez  la  femme,  les  parties  génitales  externes  sont,  comme  chez  l’homme, 
le  siège  de  nombreux  tubercules  ;  le  mont  de  Vénus,  les  grandes  et  les 
petites  lèvres,  plus  ou  moins  affectés,  ont  pu  faire  croire  à  de  certains  au¬ 
teurs  à  la  contagion  directe  de  la  lèpre  par  le  rapprochement  sexuel. 

L’utérus  est  lui-même  fréquemment  affecté  de  ces  tumeurs,  qui  sont 
alors  intra-utérines,  sous-péritonéales  ou  inter-musculaires. 

«  Non-seulement  les  surfaces  externes  de  l’ovaire,  ainsi  que  de  la  ma¬ 
trice,  sont  garnies  des  tubercules  mentionnés  ;  mais  encore  à  la  surface 
interne  de  la  matrice  se  présente  une  infiltration  inégale  de  matière  tuber- 
leuse  qui  s’étend  dans  la  substance  même,  et  l’on  rencontre  aussi  dans  les 
trompes  de  Fallope  un  dépôt  de  cette  nature  en  forme  de  rosaire  (Da¬ 
nielssen  et  Bœck,  p.  226).  » 

Pour  les  altérations  histologiques  de  l’ovaire,  elles  sont,  sauf  la  diffé¬ 
rence  des  tissus,  à  peu  près  les  mêmes  que  celles  qui  se  présentent  dans 
le  testicule.  Les  follicules  de  de  Graaf  ont  disparu,  en  sorte  que  la  fécon¬ 
dation  devient  impossible. 

5“  Organes  des  sens.  —  Nous  allons  compléter,  dans  ce  chapitre,  l’é¬ 
tude  des  membranes  muqueuses  que  nous  n’avons  fait  qu’effleurer  jus¬ 
qu’ici. 

Les  organes  de  la  vision  sont  toujours  plus  ou  moins  malades,  parfois 
même  détruits  en  totalité.  Ces  lésions  ont  attiré  l’attention  de  tous  les 
observateurs,  nous  y  reviendrons  en  parlant  des  symptômes  ;  mais  nous 
signalerons  particulièrement  sur  ce  point  les  recherches  de  deux  médecins 
norwégiens,  les  docteurs  Bull  et  Hansen  (Christiania,  1873).  Les  paupières 
sont  gonflées,  épaissies  ;  leur  bord  libre  est  parfois  le  siège  d’indurations 
tuberculeuses  à  la  suite  desquelles  les  cils  tombent;  le  muscle  orbiculaire 
perd  ses  mouvements  en  totalité  ou  en  partie  ;  la  peau,  qui  recouvre  les  pau¬ 
pières  est  dure,  rigide,  sans  élasticité,  en  sorte  que,(si  la  maladie  vient  à  en- 


LÈPRE.  -  LÉSIONS  ANATOMIQUES  ET  PHÏSIOLOelE  PATHOLOGIQUE.  353 

vahir  la  conjonctive,  il  se  produit  bien  vile  un  ectropion,  assez  semblable, 
comme  on  le  voit,  aux  ectropions  causés  par  une  cicatrice  vicieuse  de  la  peau 
des  parties  voisines.  L’ouverture  palpébrale  est  plus  ou  moins  déformée  : 
d’ordinaire  elle  tend  à  prendre  une  forme  moins  allongée,  presque  circulaire, 
en  supprimant  une  partie  du  champ  oculaire  au  moyen  d'adhérences  con¬ 
tractées  avec  la  sclérotique.  Par  suite,  les  points  lacrymaux  sont  plus  ou 
moins  affectés  :  tantôt  ils  sont  détruits,  tantôt  ils  sont  seulement  éloignés 
du  globe  oculaire.  Dans  les  deux  cas,  le  passage  des  larmes  n’a  plus  lieu 
parle  canal  lacrymo-nasal  ;  de  là,  accumulation  des  larmes  dans  le  sillon 
inférieur  de  la  conjonctive,  où  il  faut  les  essuyer  avec  soin,  sans  quoi  elles 
coulent  sur  la  joue  et  y  déterminent  un  érythème  bien  connu.  D’autres 
fois,  le  trouble  porte  sur  la  glande  lacrymale  et  en  altère  la  sécrétion,  qui 
est  parfois  alors  supprimée  ;  il  en  résulte  des  conséquences  très-graves; 
l’œil,  n’étant  pas  suffisamment  humidifié,  se  dessèche  peu  à  peu  des 
couches  superficielles  vers  les  couches  profondes,  et  l’on  peut  constater, 
au  bout  de  peu  de  temps,  la  perte  complète  de  l’organe.  Dans  les  deux 
éventualités  que  je  viens  d’indiquer  :  suppression  du  cours  des  larmes 
par  les  voies  lacrymo-nasales,  ou  suppression  de  la  sécrétion  lacrymale,  le 
malade  éprouve  toujours  un  sentiment  de  sécheresse  du  côté  de  la  mu¬ 
queuse  des  fosses  nasales,  et  cette  altération  de  la  muqueuse  de  Schneider 
entraîne  forcément  avec  elle  des  troubles  du  côté  du  sens  de  l’odorat; 
nous  y  reviendrons. 

La  sclérotique  est  bypérémiée  dans  les  premiers  temps  de  la  maladie. 
Celle  hypérémie  peut  être  générale  ou  partielle.  Dans  le  premier  cas, 
quand  la  fluxion  est  très-étendue,  on  voit  autour  de  la  cornée  un  bourre¬ 
let  rougeâtre,  saillant,  au  fond  duquel  apparaît  la  membrane  transparente, 
jusqu’alors  intacte;  il  y  a  donc  un  chémosis  plus  ou  moins  développé. 
D'autres  fois,  en  cas  d’hypérémie  partielle,  on  voit  çà  et  là  des  traînées 
de  vaisseaux  dont  l’origine  peut  être  due  à  la  présence  d’une  ulcération 
ou  d’un  tubercule.  Enfin,  des  vaisseaux  peuvent  s’avancer  jusqu’au  bord 
externe  de  la  cornée,  et  y  donner  lieu,  soit  à  de  la  kératite  vasculaire, 
soit  même  à  un  pannus. 

Danielssen  et  Bœck  font  dériver  les  affections  du  globe  oculaire  lui- 
même  de  la  naissance  et  du  développement  de  tubercules  lépreux.  Mais 
ils  peuvent  exister  indépendamment  des  tubercules,  ainsi  que  cela  résulte 
des  observations  de  Bull  et  Hansen. 

La  sclérotique’ peut  être  envahie,  dans  sa  totalité,  par  une  coloration 
d’un  blanc  sale  ;  en  un  point  voisin  de  la  cornée,  apparaît  une  tache  d’un 
gris  jaunâtre,  et  elle  tend  à  s’accroître;  elle  entraîne,  sur  la  sclérotique 
voisine,  la  formation  d’un  lacis  vasculaire  ;  peu  à  peu  elle  fait  saillie  au- 
dessus  des  deux  membranes  voisines,  en  s’étendant  sur  la  cornée,  où  elle 
prend  une  couleur  sombre.  Déjà,  à  cette  période,  la  tache  est  indurée  et 
a  l’aspect  d’un  tubercule,  elle  envahit  graduellement  la  cornée  dans  toute 
son  épaisseur  et  sur  sa  surface  entière  ;  elle  est  brunâtre,  dure  au  tou¬ 
cher.  Mais  bientôt  elle  pénètre  dans  la  chambre  antérieure  et  va  contrac¬ 
ter  des  adhérences  avec  l’iris  qu’elle  déforme.  Alors  le  tubercule  se  ra 

HOIT.  MCI.  MED.  ET  CHIE.  XX.  —  23 


PHYSIOLOGIE  PATHOLOGIQUE. 


534  LÈPRE.  —  LÉSIONS  anatomiques  et 
mollit  et  donne  naissance  à  une  matière  d’un  blanc  jaunâtre  qui  enYahit 
la  chambre  antérieure  tout  entière  ;  la  cornée  est  repoussée  en  avant  et 
forme  une  saillie  que  les  paupières  ne  parviennent  pas  toujours  à  re¬ 
couvrir. 

La  cornée  est  parfois  le  siège  d’un  dépôt  plus  ou  moins  opaque,  qui 
persiste  ou  qui  disparaît  avec  le  temps.  Lorsqu’on  examine  au  microscope 
ces  dépôts  disséminés  çà  et  là,  parfois  sous  la  forme  de  kératites  ponctuées, 
situées  à  des  divers  degrés  de  profondeur  de  la  cornée,  on  aperçoit  au- 
dessous  de  l’épithélium  cornéen,  d’après  Bull  et  Hansen,  des  cellules  ar¬ 
rondies,  de  la  taille  d’un  globule  blanc  du  sang,  ou  moins  encore,  d’une 
coloration  brunâtre  ou  jaune  ;  ce  sont  des  éléments  opaques  ou  finement 
granulés ,  dont  l’accumulation  se  fait  principalement  le  long  des  vais¬ 
seaux.  En  général,  cette  forme  de  kératite  s’accompagne  d’iritis. 

Mais  il  peut  arriver  que  la  tache  sclérotico-cornéale  ne  suive  pas  tout  le 
développement  que  nous  avons  indiqué  ;  elle  reste  stationnaire  à  l’état  de 
tache  et  ne  s’étend  pas  en  profondeur  dans  le  globe  oculaire.  Alors,  au 
bout  d’un  certain  temps,  en  un  point  quelconque  de  l’iris,  apparaît  une 
tache  qui  se  développe  comme  un  tubercule  et  remplit  exactement  de  la 
même  matière  tuberculeuse  la  chambre  antérieure  ;  à  la  loupe,  on  aper¬ 
çoit  des  filaments  exsudatifs  qui  partent  de  l’uvée  et  s’étendent  jusqu’à  la 
capsule  cristallinienne.  Puis  le  tubercule  envahit  la  chambre  antérieure, 
sous  la  forme  d’un  gros  pois  qui  fait  saillie  au-dessous  de  la  corqée.  Mais 
il  est  rare  que  ce  tubercule  se  ramollisse  et  donne  lieu  à  un  hypopion, 
susceptible  de  détruire  l’œil. 

L’iritis  primitive  est  peu  commune  ;  mais  elle  se  présente  plus  souvent 
dans  la  forme  tuberculeuse  que  dans  la  forme  anesthésique.  Les  milieux 
de  l’œil  deviennent  opaques  avec  les  progrès  de  la  maladie,  et  la  rétine 
s’affecte  enfin,  mais  après  des  lésions  secondaires  graves  de  l’iris. 

Quant  à  des  recherches  ophthalmologiques,  elles  restent  encore  à  tenter. 
Lamblin  n’a  encore  noté,  à  ce  sujet,  qu’un  peu  de  congestion  de  la  papille 
normale,  et  une  légère  dépigmentation  dé  la  choroïde.  Les  recherches 
de  Bull  et  de  Hansen  n’ont  fait  connaître  rien  de  plus  à  ce  sujet;  il  faut 
avouer,  du  reste,  que  les  lésions  du  fond  de  l’œil  n’apparaissent  que  très- 
tardivement,  c’est-à-dire  quand  la  moitié  antérieure  du  globe  oculaire  est 
si  malade  et  si  déformée  qu’il  est  fort  difficile  d’éclairer  et  d’apercevoir 
la  papille  et  les  régions  circonvoisines. 

La  muqueuse  de  Schneider  est  également  le  siège  de  tubercules  et  d’ul¬ 
cérations.  Ces  lésions  peuvent  se  montrer  sur  les  parois  latérales  et  alors 
intéresser  les  cornets  et  les  os  du  nez,  ou  sur  la  paroi  médiane,  l’ulcérer 
et  la  détruire;  en  ce  cas,  le  nez  s’affaisse  et  disparaît.  Lorsque  c’est  sur  la 
paroi  inférieure  qu’elles  apparaissent,  on  les  voit  ulcérer  le  plancher  des 
fosses  nasales,  la  voûte  osseuse  du  palais,  et  faire  largement  communiquer 
les  premières  voies  respiratoires  et  digestives.  En  même  temps,  ces  ulcères 
lépreux  sécrètent  une  sanie  âcre  et  d’une  odeur  très-désagréable.  D’autres 
fois,  ces  produits  de  sécrétion  se  concrètenten  croûtes  jaunâtres,  épaisses, 
sèches,  pouvant  acquérir  une  grande  consistance,  et  dont  l’accumulation. 


LÈPRE.  -  LÉSIONS  ANATOMIQDES  ET  PHYSIOLOGIE  PATHOLOGIQUE.  Ô55 

jointe  à  un  certain  degré  de  rétrécissement  des  organes,  peut  aller  jusqu’à 
obstruer  entièrement  te  passage  de  l’air  par  les  voies  ordinaires. 

la  langue  porte  des  tubercules  dont  le  développement  est  exactement 
semblable  à  celui  des  tubercules  de  la  peau,  mais  ils  s’ulcèrent  plus  facile¬ 
ment,  en  raison  de  leur  revêtement  épithélial  plus  délicat  et  du  passage 
incessant  des  aliments.  Par  places,  on  aperçoit  des  surfaces  arrondies  pri¬ 
vées  de  papilles  et  laissant  s’énucléer  des  petits  amas  de  matière  tubercu¬ 
leuse,  à  la  place  desquels  il  reste  de  petits  enfoncements  anfractueux.  Au 
microscope,  même  disposition  qu’à  la  peau,  tractus  de  cellules  embryon¬ 
naires  ayant  presque  effacé  et  détruit  le  tissu  conjonctif.  Les  fibres  de  la 
langue  éprouvent  une  dégénérescence  granulo-graisseuse.  On  comprend 
qu’avec  ces  phénomènes,  le  goût  soit  plus  ou  moins  altéré  et  que  la  pro¬ 
nonciation  des  mots  devienne  un  peu  plus  difficile.  Comme  nous  l’avons 
déjà  dit,  les  lésions  de  la  base  de  la  langue  s’étendent  presque  invariable¬ 
ment  à  l’épiglotte  et  au  larynx.  «  Le  laryngoscope,  entre  les  mains  de 
Moura-Bourouillou,  et  l’examen  microscopique  ont  fait  constater  sur  le 
larynx  des  lésions  en  tout  semblables  à  celles  de  la  peau.  Ce  sont  d’abord 
des  changements  de  coloration  faciles  à  apercevoir  sur  les  cordes  vocales 
qui,  normales,  ont  une  coloration  si  caractéristique.  A  ces  taches  succèdent 
des  tubercules  ou  granulations  tuberculeuses  qui  peuvent  ressembler, 
à  une  certaine  époque  de  leur  évolution,  à  des  papilles  syphilitiques,  mais 
en  diffèrent  par  leur  vascularisation  plus  grande.  Quelquefois,  elles  pren¬ 
nent  le  caractère  d’une  infiltration  grisâtre  déformant  les  cordes  vocales  » 
(Lamblin) . 

L’oreille  est  plus  ou  moins  déformée;  son  lobule  s’atrophie  et  la  conque 
prend  une  forme  arrondie.  Le  pavillon  est  parsemé  le  plus  souvent  de  tu¬ 
bercules  durs  ;  c’est,  on  le  sait,  une  des  premières  régions  envahies,  = 
en  raison  de  sa  grande  vascularité  et  des  nombreux  follicules  sébacés 
qu’elle  renferme  dans  son  épaisseur.  L’ouïe  peut,  d’après  l’opinion  de  Mon- 
tagnana,  souffrir  par  la  raison  que  parfois,  dans  le  méat  interne  de  l’o¬ 
reille,  il  se  trouve  de  petites  pustules. 

Enfin,  à  propos  du  tact,  rappelons  qu’en  parlant  de  l’histologie  patho¬ 
logique  de  la  peau,  nous  avons  indiqué,  d’après  les  recherches  de  Lam¬ 
blin,  la  disparition  des  corpuscules  de  Meissner,  ce  qui  impliquerait  né¬ 
cessairement  un  affaiblissement,  sinon  une  suppression  des  sensations 
tactiles. 

6“  Séreuses.  —  Les  séreuses  articulaires  deviennent  assez  rapidement 
malades,  spécialement  dans  la  forme  qu’on  a  appelée  lèpre  mutilante;  les 
orteils,  les  doigts  des  mains,  parfois  même  des  membres  entiers  sont  sé¬ 
parés  du  reste  du  corps,  et  cette  séparation  se  lait  au  niveau  des  surfaces 
articulaires.  Hjaltelin  est- le  seul  auteur  qui  ait  essayé,  bien  incomplète¬ 
ment  encore,  il  est  vrai,  d’exposer  le  procédé  morbide  qui  préside  à  cette 
disjonction.  «  Il  s’élève,  dit-il,  à  la  face  interne  des  doigts  et  des  orteils, 
surtout  près  des  articulations,  des  crevasses  (rhagades)  profondes,  trans¬ 
versales,  à  bords  durs  et  couenneux;  ces  ulcères  percent  enfin  les  liga¬ 
ments  aux  bords,  tant  capsulaires  que  latéraux,  d’où  résulte  la  chute  des 


356  LÈPRE.  —  LÉSIONS  anatomiqües  et  physiologie  pathologiqoe. 
articulations  Èune  après  l’autre,  jusqu’à  ce  que  tous  les  orteils  et  les 
doigts  aient  définitivement  subi  le  même  sort,  ce  qui  a  coutume  d’arriver 
sans  la  moindre  hémorrhagie.  »  On  voit  que  la  lumière  est  loin  d’être 
faite  sur  cette  question. 

Parmi  les  grandes  séreuses  viscérales,  le  péricarde  s’est  montré  recou¬ 
vert  çà  et  là  de  taches,  épaissi  et  induré  ;  parfois  aussi,  par  suite  d’adhé¬ 
rences,  la  cavité  de  la  séreuse  a  été  plus  ou  moins  effacée.  Dans  un  cas 
soumis  à  notre  observation,  la  mort  a  été  le  résultat  d’une  péricardite,  et, 
à  l’autopsie,  nous  avons  trouvé  les  deux  surfaces  du  péricarde  parsemées 
de  fausses  membranes  épaisses  et  la  cavité  péricardique  remplie  d’un  li¬ 
quide  séro-sanguin.  La  forme  hémorrhagique  de  la  maladie  était  d’ail¬ 
leurs  suffisamment  expliquée  par  l’état  de  faiblesse  extrême  du  malade  au 
moment  où  se  développa  l’inflammation  séreuse. 

La  plèvre  est  plus  souvent  affectée  que  le  poumon  qu’elle  recouvre; 
d’après  Danielssen  et  Bœck,  les  pleurésies  lépreuses  ne  sont  pas  rares.  Là, 
on  rencontre  la  maladie  à  diverses  périodes  de  son  développement;  sur  la 
plèvre  diaphragmatique,  je  suppose,  ce  sont  de  simples  taches,  tandis 
que  la  plèvre  pulmonaire  est  épaissie,  séparée  par  des  tubercules  du  tissu 
pulmonaire  sous-jacent,  ou  adhérente  à  la  plèvre  costale  ;  celle-ci  offre 
même  des  tubercules  et  des  ulcères  superficiels  capables  de  prendre  une 
extension  extraordinaire.  Entre  les  feuillets  de  la  séreuse,  il  peut  se  faire 
un  épanchement  si  abondant  que  la  cavité  s’en  trouve  effacée  ;  on  y  ren¬ 
contre  un  grand  nombre  de  granulations  tuberculeuses, et  Tonne  saurait, 
sans  l’aide  du  bistouri,  détacher  Tune  de  l’autre  les  deux  moitiés  de  la 
séreuse. 

Le  péritoine  lui-même  se  trouve  envahi  en  totalité  ou  en  partie.  De 
place  en  place,  entre  les  anses  intestinales,  au-dessous  de  la  couche  sous- 
péritonéale  ,  il  se  fait  un  amas  de  matière  tuberculeuse,  et  ce  fait  donne 
lieu  à  des  adhérences  multiples.  Comme  nous  l’avons  indiqué  déjà  plus 
haut,  les  ganglions  mésentériques  sont  engorgés  et  dénaturés.  Les  épi¬ 
ploons  ontété  trouvés,  par  Danielssen  et  Bœck,  convertis  en  une  massed’un 
jaune  blanc,  dure  et  granuleuse. 

Les  autres  séreuses  ont  été  déjà  étudiées  au  point  de  vue  patholo¬ 
gique  en  même  temps  que  les  organes  qu’elles  enveloppent. 

7°  Système  nerveux.  —  Jusqu’ici  les  auteurs  s’accordent  à  dire  que 
les  centres  nerveux,  cerveau,  protubérance,  bulbe,  n’avaient  encore  pré¬ 
senté  aucune  lésion  connue.  De  nouvelles  recherches  sont  nécessaires 
dans  ce  but,  puisque  Danielssen  et  Bœck  ne  signalent  aucune  autre  alté¬ 
ration  que  l’épaississement  des  membranes  protectrices  de  l’encéphale 
et  la  présence  d’un  épanchement  séreux  dans  les  ventricules. 

Il  n’en  est  plus  de  même,  si  nous  considérons  la  moelle  :  là  nous 
trouvons  signalée  dans  l’arachnoïde  une  plus  grande  quantité  'de  séro¬ 
sité  qu’à  l’ordinaire  (Rayer),  en  même  temps  qu’une  légère  injection  de 
la  pie-mère  (Hjaltelin).  L’épanchement  séreux  de  la  cavité  arachnoïdienne 
fait  adhérer  fortement  entre  elles  l’arachnoïde  et  la  pie-mère  ;  il  est  cir¬ 
conscrit,  borné  à  la  région  cervicale  ou  à  la  région  lombaire,  moins  souvent 


LÈPRE.  —  LÉSIONS  ANATOMIQUES  ET  PHYSIOLOGIE  PATHOLOGIQUE.  357 
à  la  région  dorsale,  et  siège  principalement  à  la  partie  postérieure  de  la 
moelle,  où  il  influe  parfois  sur  les  racines  postérieures  des  nerfs  spinaux. 
Les  veines  de  la  surface  postérieure  delà  moelle  sont  gorgées  de  sang,  et, 
peu  à  peu,  avec  les  progrès  de  la  maladie,  il  se  fait  aussi  une  exsudation 
séreuse  entre  la  dure-mère  et  l’arachnoïde  ;  le  feuillet  de  cette  dernière 
accolé  à  la  pie-mère  peut  devenir  lui-même  assez  épais  pour  ressembler  à 
la  membrane  fibreuse.  La  substance  médullaire  est  aussi  profondément 
modifiée  :  elle  est  endurcie,  sclérosée  aux  points  où  siégeait  l’exsudation 
albumineuse  :  la  moelle  crépite  sous  le  couteau,  et  elle  a  comme  une  con- 
sislance  cartilagineuse;  la  substance  grise  est  devenue  d’une  couleur  jau¬ 
nâtre.  Il  y  aurait,  d’après  les  médecins  suédois,  une  raréfaction  des  cel¬ 
lules  ganglionnaires  de  la  substance  grise,  et  une  varicosité  des  filets 
nerveux  primitifs,  surtout  dans  les  points  sclérosés. 

L’exsudation  environnant  certaines  branches  postérieures  des  nerfs,  les 
plexus  axillaire  et  ischiatique  et  de  gros  nerfs  sont  parfois  atrophiés,  mais 
seulement  dans  leur  portion  située  à  l’intérieur  du  canal  vertébral. 

Les  nerfs  crâniens,  à  leur  origine,  sont  parfois  plongés  dans  cette 
espèce  de  gangue  que  nous  venons  de  signaler  autour  de  la  moelle  :  ce 
sont  principalement  les  cinquième,  sixième,  septièm.e  et  huitième  paires 
de  nerfs.  Le  ganglion  de  Gasser  a  particulièrement  attiré  l’attention  des 
observateurs  ;  on  y  observe,  comme  à  la  moelle,  une  exsudation  séro- 
albuinineuse  épaisse  et  opaque,  ayant  collé  ensemble  les  filets  nerveux  du 
ganglion. 

Les  nerfs  de  la  peau  ont  subi  une  atteinte  profonde;  on  y  observe  les 
lésions  histologiques  de  la  périnévrite  chronique.  Virchow  indique  que, 
dans  ce  cas,  on  aperçoit  une  prolifération  de  tissu  nouveau  qui  siège  dans 
l’intervalle  des  tubes  nerveux,  et  également  dans  le  névrilème,  ou  gaine 
des  nerfs,  qui  est  fort  épaissi;  les  vaisseaux  y  sont  également  dilatés  et 
épaissis.  .4  l’œil  nu,  la  tuméfaction  des  nerfs  peut  former  des  renflements, 
et  des  étranglements  par  places,  ou’  des  sortes  de  chapelets.  Les  mêmes 
lésions  s’observent  également  sur  les  nerfs  de  tissu  cellulaire  sous-cutané, 
ceux  des  organes  et  des  viscères.  Mais,  au  lieu  d’une  périnévrite  chro¬ 
nique,  on  peut  rencontrer  aussi  parfois,  au  microscope,  les  lésions  de  la 
sclérose,  et  à  l’œil  nu,  l’atrophie  et  l’endurcissement  des  nerfs. 

L’étude  des  altérations  du  grand  sympathique  est  peu  avancée  :  nous 
nous  bornerons  à  dire  que  Danielssen  et  Bœck  ont  trouvé  le  ganglion 
cœliaque  malade,  converti  en  une  masse  homogène,  ne  laissant  plus  trace 
de  sa  structure  et  de  sa  continuation  avec  les  nerfs  splanchniques. 

Ces  lésions  du  système  nerveux  sont  bien  insuffisantes -pour  expliquer 
des  symptômes  et  des  altérations  de  nutrition  qui  sont  évidemment  sous  la 
dépendance  du  trouble  des  fonctions  nerveuses  ;  il  est  évident  qu’il  doit  y 
avoir  des  altérations,  surtout  dans  la  partie  des  centres  nervéux  chargée 
des  fonctions  trophiques,  et  il  est  probable  que  le  moment  n’est  pas  éloi¬ 
gné  où  des  recherches  anatomo-pathologiques  plus  exactes  et  plus  minu- 
lieusesviendront  combler  cette  lacune  dans  l’histoire  de  l’éléphantiasis. 

.Maintenant  que  nous  avons  étudié  avec  soin  les  lésions  multiples  eau- 


358 


LÈPRE.  —  CAUSES. 


sées  par  la  lèpre,  voyons  si  nous  pourrions  tirer  quelques  conclusions  au 
point  de  vue  de  la  physiologie  pathologique. 

Ici  l’expérimentation  vient  nous  apportée  son  concours.  Les  beaux  tra¬ 
vaux  de  Charcot  sur  les  lésions  traumatiques  des  nerfs  nous  ont  fait  voir 
qu’à  la  suite  de  tiraillements,  déchirures,  brûlures,  etc.,  d’un  nerf  cu¬ 
tané,  on  voit  apparaître,  à  la  surface  de  la  peau  innervée  par  ce  fdet  ner¬ 
veux,  des  vésicules  ou  des  bulles  (eczéma  et  zona),  ou  bien  des  éruptions 
pemphigoïdes  ;  le  caractère  de  ces  éruptions  est  d’être  brusques,  et  de  se 
montrer  à  l’endroit  même  innervé  par  le  nerf.  Puis  vient  une  induration; 
de  la  peau  et  du  tissu  cellulaire  sous-cutané,  à  la  suite  de  taches  sur  l’en¬ 
veloppe  cutanée.  Enfin  la  peau  s’épaissit;  elle  devient  lisse,  pâle  et  comme 
anémique  {glossy-sUn  des  chirurgiens  anglais). 

Or  qu’est-ce  que  nous  observons  dans  la  lèpre  ?  A  la  peau  des  taches 
anesthésiques,  l’atrophie  des  nerfs,  et  par  suite  l’apparition  de  vésicules 
ou  de  bulles  qui  laissent  des  ulcérations  éminemment  difficiles  à  cicatriser. 
Sous  l’influence  de  cette  altération  des  nerfs,  dilatation  des  vaisseaux,  en¬ 
gorgement,  puis  atrophie,  c’est-à-dire  d’abord  congestion,  puis  cessation 
de  fonctions  des  glandes,  suppression  de  la  sueur,  de  la  sécrétion  sébacée, 
décoloration,  puis  chute  des  poils,  des  ongles. 

La  lésion  gagne  la  moelle  épinière,  et  de  là  revient  sur  les  gros  nerfs 
des  muscles  qui  s’atrophient,  et  des  organes  qui,  comme  le  foie,  se  con¬ 
gestionnent  d’abord,  pour  finir  aussi  par  s’atrophier. 

.  Nous  n’avons  pas  une  expérience  personnelle  assez  étendue  pour  affir¬ 
mer,  avec  Danielssen  et  Bœck,  qu’il  y  a  une  sclérose  des  cordons  posté¬ 
rieurs  de  la  moelle,  mais  nous  inclinons  à  embrasser  cette  manière  de 
voir;  une  seule  autopsie  que  nous  avons  pu  faire  avec  soin,  nous  a  révélé, 
en  ce  lieu,  la  présence  d’une  sclérose  bien  manifeste. 

En  somme,  tantôt  sous  une  influence  venue  du  dehors,  tantôt  et  le  plus 
souvent_pâr-«uite  d’une  lésion  primitive  des  centres  nerveux,  certains  îlots 
cutanés  -«ê  trouvent  anesthésiés ,  et  leurs  filets  nerveux  deviennent  ma¬ 
lades  ;  Ée's  lésions  nerveuses  centrales  s’accroissent  et  entraînent  des  alté¬ 
rations  cutanées  plus  profondes.  Il  va  sans  dire  que  c’est  par  l’intermé¬ 
diaire  des  vaisseaux  sanguins,  tour  à  tour  paralysés  (hypérémie)  ou  atro¬ 
phiés  (compression)  que  s’exerçent  ces  influences  morbides  nerveuses. 

Causes.  —  L’étiologie  de  la  lèpre  a  été  depuis  bien  longtemps,  et  sera 
pendant  bien  des  années  encore  l’objet  des  désaccords  les  plus  complets 
entre  les  divers  auteurs  qui  l’ont  étudiée.  Son  mode  d’apparition  à  la  sur¬ 
face  du  globe,  ses  relations  avec  des  maladies  éteintes  aujourd’hui,  ou 
avec  des  ênti^s.  morbides  nouvelles  aux  époques  reculées  où  elle  s’est 
montrée  dan^ertains  pays,  sa  transmission,  l’influence  des  climats  et  du 
régime  onL Enlevé  des  discussions  qui  durent  encore  aujourd’hui.  Envi¬ 
sagée  par  ès’divers  auteurs  dans  les  contrées  les  plus  opposées,  elle  n’a 
guère  fourni  des  renseignements  généraux  centralisés  qu’entre  les  mains 
de  Danielssen  et  de  Bœck  et  des  auteurs  venus  après  eux.  Encore  les  ren¬ 
seignements  que  l’on  trouve  sur  ces  diverses  questions  sont-ils  parfois 
contradictoires,  et  exposés  le  plus  souvent  sous  la  forme  du  doute. 


LÈPRE.  -  CADSES.. 


559 


Les  causes  de  la  spédalskhed  sont  internes  ou  externes. 

Les  causes  internes  comportent  l’examen  des  questions  suivantes  :  l’hé¬ 
rédité,  le  développement  spontané,  la  contagion,  l’âge  et  le  sexe. 

C’est  un  fait  avéré  maintenant  que  l’hérédité  joue  un  rôle  prépondérant 
dans  le  développement  de  la  lèpre.  La  plupart  des  auteurs  ont  admis  cette 
proposition  ;  certains  autres,  néanmoins,  ne  sont  disposés  à  lui  attribuer 
qu’une  influence  très-secondaire  ;  de  ce  nombre  sont  Haase,  Cazenave 
etSchedel.  Mais,  si  la  doctrine  de  l’hérédité  est  à  l’ordre  du  jour,  tous  ne 
la  comprennent  pas  de  la  même  façon  :  les  uns  l’admettent  directe,  trans¬ 
mise  des  parents  aux  enfants  ;  d’autres  l’admettent  plus  ou  moins  éloi¬ 
gnée,  sautant  une  ou  deux  générations,  c’est-à-dire  transmise  des  grands 
parents  aux  petits-enfants  ou  aux  arrière-petits  enfants;  d’autres  enfin 
n’admettent  que  la  transmission  collatérale,  c’est-à-dire  la  lèpre  sautant 
irrégulièrement  plusieurs  générations,  et  se  montrant  sur  plusieurs  mem¬ 
bres  d’une  même  famille,  mais  rarement  en  suivant  la  ligne  directe.  Da- 
nielssen  et  Bœck  reconnaissent,  dans  une  très-forte  proportion,  l’influence 
héréditaire  :  sur  147  lépreux  tuberculeux,  127  avaient  eu  des  parents 
atteints  delà  même  maladie,  et  sur  68  anesthésiques,  58  étaient  dans  le 
même  cas.  Tels  sont  les  résultats  de  la  statistique  de  l’hôpital  Saint- 
Georges,  à  Bergen.  Adams  rapporte  des  faits  identiques,  d’après  les  re¬ 
levés  de  l’hôpital  de  Funchal,  à  Madère.  Enfin,  on  aurait  cru  remar¬ 
quer,  dans  l’hérédité,  la  fréquence  et  la  gravité  plus  grande  de  la  lèpre 
dans  les  seconde  et  quatrième  générations  que  dans  les  première  et  troi¬ 
sième. 

11  est  donc  constant  que  l’hérédité  joue  un  rôle  important  dans  l’étio¬ 
logie  de  la  lèpre,  et  nous  ne  saurions,  quant  à  nous,  aller  à  l’encontre 
de  cette  proposition  qu’il  nous  est  impossible  de  contrôler. 

Le  développement  spontané  de  la  maladie  est  toutefois  un  fait  acquis 
maintenant.  Dans  nos  climats,  il  est  assez  rare,  mais  non  pas  absolument 
exceptionnel  ;  car  nous  en  trouvons  un  fait  rapporté  dans  le  travail  de 
Lamblin;  en  outre,  Danielssen  et  Bœck  en  ont  rapporté  des  exemples 
irrélragables.  Toutefois,  comme  le  fait  fort  bien  remarquer  le  docteur 
Brassac,  les  faits  de  lèpre  spontanée,  chez  des  individus  de  notre  pays, 
ont  été  le  plus  souvent  ceux  de  sujets  ayant  contracté  la  maladie  dans  des 
contrées  où  celle-ci  est  endémique,  et  l’ayant  rapportée  avec  eux  à  leur 
retour  en  France  ;  dans  la  même  catégorie,  il  faut  ranger  les  malades  ayant 
habité  dans  des  pays  étrangers,  et  atteints  de  la  lèpre  après  un  séjour  plus 
ou  moins  prolongé  dans  nos  climats. 

La  contagion  est  encore  l’objet  de  discussions  beaucoup  plus  grandes 
que  l’hérédité  :  les  uns  l’admettent,  d’autres  la  repoussent;  certains  se 
tiennent  dans  un  juste  milieu,  mais  ils  ne  la  nient  pas  absolument. 

Les  prescriptions  si  sévères  de  la  loi  de  Moïse,  et  l'établissement 'de 
léproseries  dans  un  grand  nombre  d’États  paraît  assez  favorable  aux  par¬ 
tisans  de  la  contagion.  De  nos  jours,  le  champion  le  plus  éclatant  de  cette 
doctrine  est  sans  contredit  Schilling,  qui  l’admet  complètement,  puis¬ 
qu’il  prétend  qu’un  lépreux,  atteint  seulement  détachés,  peut  contaminer 


360  LÈPRE.  —  CADSES. 

tous  ceux  qui  vivent  avec  lui,  alors  même  qu’il  n’en  est  encore  qu’à  la  pé¬ 
riode  d’invasion. 

Cette  transmission  se  ferait,  d’après  les  différents  auteurs,  par  diverses 
voies.'  Les  uns  pensent  que  l’air  peut  être  un  véhicule  (Arnaldus,  Schilling) 
aussi  bien  que  l’haleine  et  les  sécrétions  des  ulcères.  D’autres  croient  que 
c’est  par  les  vêtetnents  ou  par  la  cohabitation  (Richter)  que  la  lèpre  se 
transmet;  un  mari  lépreux  infecterait  sa  femme  et  réciproquement.  Un 
enfant  lépreux  contaminerait  sa  nourrice  ;  mais,  dans  ce  cas,  la  récipro¬ 
cité  n’aurait  pas  lieu.  Cette  idée  de  la  contagion  est  surtout  une  idée 
ancienne. 

Les  modernes,  au  contraire,  paraissent  disposés  à  la  combattre.  Le 
fait  qui  sert  de  base  à  cette  argumentation  est  précisément  celui  que  rap¬ 
portent  les  auteurs  de  l’autre  opinion  pour  étayer  leur  dire;  il  est  fré¬ 
quent  de  trouver,  dans  le  mariage,  un  des  deux  époux  lépreux,  sans  que 
l’autre  le  devienne,  ou  des  enfants  d’un  même  lit,  dont  les  uns  deviennent 
lépreux  et  non  les  autres.  A  cette  opinion  se  rattachent  Rayer,  dont  l’an 
des  élèves  avait  revêtu  les  vêtements  d’un  lépreux  sans  en  éprouver  le 
moindre  mal,  etGodart,  Razin  et  Rrassac.  Enfin,  notons  aussi  que  ce  sont 
les  idées  de  Danielsscn  et  Rœck,  si  compétents  en  la  matière  :  «  Parmi  la 
foule  de  spédalsques,  »  disent-ils,  «  que  nous  avons  observés  par  cen¬ 
taines,  et  que  nous  avons  journellement  fréquentés,  il  n’existe  pas  un 
seul  exemple  que  le  mal  se  soit  étendu  par  contagion.  Nous  connaissons 
beaucoup  de  mariés  dont  l’un  a  été  spédalsque,  qui  ont  vécu  nombre  d’an¬ 
nées  ensemble,  et  conjugalement,  sans  que  l’autre  ait  été  attaqué  de  la  ma¬ 
ladie...  C’est  aussi  un  grand  bonheur  pour  notre  pays  que  la  spédalskhed 
n’y  soit  pas  contagieuse  ;  car  s’il  en  eût  été  autrement,  elle  eût  immolé  un 
bien  plus  grand  nombre  de  victimes  (p.  341).  » 

Nous  sommes  mal  placés  en  France  pour  apprécier  cette  question  delà 
contagion;  tout  ce  que  nous  pouvons  dire,  c’est  qu’aucun  auteur  contem¬ 
porain  n’a  rapporté  d’exemple  de  contagion  de  lèpre  effectuée  dans  les 
pays  où  la  lèpre  n’existe  pas;  on  peut  donc  considérer  les  lépreux  qui 
sont  venus  en  France,  comme  n’étant  pas  susceptibles  de  transmettre  la 
maladie  aux  personnes  avec  lesquelles  ils  se  trouvent  en  contact  et  en 
communication. 

L’dge  paraît  une  circonstance  très-secondaire  dans  l’étiologie  de  lalèpre; 
généralement  néanmoins  c’est  principalement  chez  les  adultes  qu’on  l’a 
observée.  Quoique  moins  fréquente  dans  le  bas  âge,  elle  peut  exister  ce¬ 
pendant,  et  il  est  possible  que  la  coutume,  à  Alep,  de  retirer  leurs  enfants 
aux  spédalsques  ait  pu,  jusqu’à  un  certain  point,  diminuer  le  nombre  des 
lépreux  futurs  (Niebuhr).  On  prétend  avoir  découvert  que  l’époque  delà 
puberté  est  un  âge  critique.  Mais  nous  avons  besoin  de  nouveaux  faits  pour 
nous  fixer  dans  ce  cas. 

L’influence  du  sexe  a  une  certaine  importance  :  d’une  façon  générale, 
sur  huit  lépreux  on  rencontre  cinq  hommes  et  trois  femmes  ;  celles-ci  y 
seraient  donc  moins  prédisposées,  ainsi  que  la  chose  ressort,  du  reste, 
des  recherches  d’Aétius,d’Archigène  et  des  médecins  du  moyen  âge. Quant 


LÈPRE.  —  CAÜSES. 


361 


à  la  raison  donnée  autrefois  de  cette  immunité  pour  la  femme,  elle  est  au 
moins  singulière;  elle  résiderait,  d’après  les  auteurs,  dans  la  consistance 
et  la  compacité  du  tissu  utérin  qui  s’opposeraient  à  l’accès  de  l’élément 
contagieux. 

Une  erreur, .dont  on  est  fort  heureusement  depuis  longtemps  revenu, 
consistait  à  admettre  que  les  eunuques  n’ont  jamais  la  lèpre.  De  là  cette 
pratique  barbare  de  castrer  les  jeunes  gens,  pour  les  préserver  de  ce  fléau, 
dans  les  contrées  où  il  est  endémique. 

Les  muses  externes  peuvent  tenir  au  climat  et  aux  conditions  d’habi¬ 
tation,  au  rtefee,  aux  affections  morales  et  à  des  violences  extérieures. 

Les  c/imats ‘exercent  une  action  très-importante  sur  la  naissance  de  la 
lèpre  et  sur  son  développement.  Pour  dire  en  un  mot  ce  qui  a  trait  à  ce 
"sujet,  les  températu|^^ie^rêihes  favorisent  beaucoup  le  début  de  l’affec¬ 
tion;  une  grande  chaleur  et.  un  froiçLèxcessif,  peut  être  en  altérant  les  sé¬ 
crétions  cutanées,  et  par  suite  la  stiùéture  de  la  peau,  sont  les  agents  de 
cette  influence.  Divers  auteurs  ont  voulu  que  la  lèpre  des  pays  chauds  fût 
susceptible  d’un  développement  plus  grave  et  plus  rapide  que  celle  des 
pays  froids  ;  mais  les  travaux  de  Dànielssen  et  Bœck  sont  là  pour  établir  le 
peu  de  solidité  de  cette  proposition. 

L’existence  d’une  chaleur  humide,  l’habitation  au  bord  de  la  mer  ou 
des  grands  cours  d’eau,  les  variations  soudaines  de  température,  l’habi¬ 
tation  dans  des  huttes  ou  des  cabanes  mal  exposées,  mal  closes,  l’omission 
des  règles  de  la  plus  élémentaire  hygiène  sont  autant  de  causes  à  adjoindre 
afinfluence  des  climats.  Il  est  important,  selon  nous,  de  faire  remarquer 
ici  que  c’est  surtout  pour  n’avoir  pas  obéi  aux  prescriptions  hygiéniques, 
différentes  dans  les  pays  chauds  de  celles  de  nos  contrées,  que  les  Euro¬ 
péens  s’exposent  à  contracter  dans  leurs  voyages  la  lèpre  qu’ils  rapportent 
en  France,  et  qui  s’est  développée  alors  bien  évidemment  en  dehors  de 
toute  influence  héréditaire.  Nous  reviendrons  d’ailleurs  sur  ces  questions 
de  climatologie  en  traitant  de  la  distribution  géographique  de  la  lèpre. 

Le  régime  alimentaire  est  aussi  assez  important  à  considérer.  On  a 
beaucoup  accusé  l’usage  du  poisson,  salé,  gâté,  ou  même  frais  ;  il  est  in¬ 
contestable  que  chez  les  pêcheurs  qui  vivent  aux  bords  de  la  mer,  expo¬ 
sés  aux  intempéries  des  saisons,  mal  vêtns,  assez  mal  nourris,  le  régime 
exclusivement  ichthyophagique  peut  être  nuisible  ;  mais  il  n’y  a  pas  que 
cette  nourriture  qui  puisse  favoriser  le  développement  de  la  spédalskhed. 
Les  aliments  gras,  la  chair  de  porc,  les  graisses  sont  essentiellement  nui¬ 
sibles  dans  les  pays  chauds,  et  nul  doute  que  ce  soit  sous  l’influence  de 
principes  hygiéniques  que  Mo’ise  en  a  autrefois  défendu  l’usage  à  son 
peuple.  Larrey  rapporte  également  qu’en  Orient  une  alimentation  com¬ 
posée  d’aliments  gras  est  regardée  comme  une  cause  prédisposante  de  la 
lèpre. 

Enfin  l’usage  de  l’eau-de-vie,  surtout  de  qualité  inférieure,  peut  exercer 
une  action  dans  le  même  sens. 

,  On  a  voulu  aussi  prétendre  que  la  lèpre  est  une  maladie  de  la  classe 
pauvre  et  qu’elle  n’attaque  point  les  individus  riches.  C’est  là  une  grande 


362  LÈPRE.  —  CADSES. 

erreur  ;  en  effet,  Danielssen  et  Bœck  indiquent  que  les  plus  grandes  fa¬ 
milles  de  leur  pays  ont  été  affectées  dans  leurs  ascendants,  et  que  plu¬ 
sieurs  rois  de  Norwége  et  d’Angleterre  n’ont  pas  échappé  à  cette  affreuse 
maladie.  .4  Paris,  nous  voyons  venir  un  assez  grand  nombre  d’individus 
riches  atteints  de  lèpre,  et  qui  ont  quitté  leur  pays  dans  l’espérance  de 
trouver  la  guérison  par  le  changement  de  climat. 

Les  affections  morales  ont  été  signalées  au  nombre  des  causes  de  la 
lèpre.  C’est  ainsi  que  l’explosion  d’une  violente  colère  peut,  d’après 
Fuchs,  entraîner  la  naissance  de  la  spédalskhed.  Toutefois,  il  nous  semble 
qu’on  a  beaucoup  abusé,  en  général,  dans  l’étiologie  des  maladies,  de 
l’influence  du  moral  sur  le  physique.  Peut-être  pourrait-on  se  hasarder  à 
mettre  un  peu  en  doute  l’action  de  cette  cause,  ou  même  faire  observer 
que  si  la  lèpre  est  ainsi  apparue  brusquement  par  des  taches  chez  des  gens  ’ 
si  violemment  émus,  c’était  parfois  la  manifestation  subite  d’un  état  la¬ 
tent  héréditaire  ou  acquis.  C’est  une  supposition  que  l’on  peut  faire,  mal¬ 
gré  l’exemple  tiré  de  l’histoire  juive,  où  le  roi  Osias,  voulant  un  Jour  usur¬ 
per,  au  temple,  les  fonctions  sacerdotales,  se  vit  chasser  par  les  prêtres, 
et  devint  spédalsque  à  la  suite  de  la  vive  colère  qui  le  saisit  après  cet  inci¬ 
dent. 

Les  violences  extérieures  nous  semblent  un  fait  du  même  ordre  que  le 
précédent.  «  Gislesen  est  le  seul  auteur  qui,  autant  que  nous  le  sachions, 
ait  cru  la  spédalskhed  susceptible  de  naître  par  l’effet  d’une  violence  ex¬ 
térieure,  et  il  en  cite  deux  cas,  propres,  à  son  avis,  à  servir  de  preuve.  » 
(Danielssen  et  Bœck,  p.  99). 

La  présence  des  acares  ne  saurait  être  pour  nous  une  cause  détermi¬ 
nante  de  la  lèpre.  Malgré  l’autorité  de  Danielssen  et  de  Bœck,  nous  ne 
saurions  envisager  la  question  sous  le  même  point  de  vue  que  ces  auteurs, 
et  nous  voyons  que  Bazin  fait  également,  dans  son  livre,  de  grandes  ré¬ 
serves  à  ce  sujet.  Nous  avons  donné,  du  reste,  en  étudiant  l’anatomie  pa¬ 
thologique,  les  raisons  qui  nous  font  nous  écarter  des  idées  des  médecins 
suédois. 

Indépendamment  des  causes  que  nous  venons  de  mentionner,  la  lèpre 
a  été  autrefois  considérée  comme  un  envoi  direct  de  la  Divinité,  soit  chez 
les  Juifs,  comme  une  punition  d’une  trangression  de  la  loi,  soit  sous  la 
nouvelle  alliance,  comme  une  marque  particulière  de  la  faveur  divine. C’est 
ainsi  que  l’on  supposait  une  sainteté  particulière  aux  femmes  atteintes  de 
lèpre  dans  leur  jeune  âge  ;  car  la  croyance  populaire  voulait  qu’elles  ne 
fussent  affectées  que  pour  garder  plus  sûrement  la  chasteté.  On  révérait, 
on  honorait  ces  êtres  atteints  d’une  maladie  dégoûtante  ;  on  allait  jusqu’à 
leur  baiser  les  mains  pour  paraître  aussi  saints  qu’eux.  Quelque  absurde 
que  pût  être  une  telle  croyance,  on  peut  admettre  qu’elle  a  eu  quelques 
résultats  utiles,  si  l’on  pense  qu’elle  n’a  pas  été  étrangère  aux  soins  dont 
on  a  entouré  les  lépreux  au  moyen  âge,  à  la  création  d’asiles  pour  les  re¬ 
cueillir  et  même  à  la  fondation  d’un  ordre  religieux  exclusivement  destiné 
à  les  secourir,  ordre  dont  le  grand  maître  devait  être  et  a  été  plusieurs 
fois  un  lépreux. 


363 


LÈPRE.  —  DISTRIBUTION  GÉOGRAPHIQUE. 

Distribution  géographique.  —  Après  l’étude  des  causes,  qui  nous 
a  fourni  des  indications  générales  sur  les  régions  que  la  maladie  occupe 
dans  tel  ou  tel  pays,  nous  allons  essayer  de  retracer  sa  distribution  géo¬ 
graphique  actuelle  en  Afrique,  en  Asie,  en  Europe  et  en  Amérique,  c’est- 
à-dire  en  suivant  ce  que  l’on  croit  être  l’ordre  d’envahissement  de  la  ma¬ 
ladie. 

Dans  l’Égypte,  qui  a  été  considérée  comme  le  berceau  du  fléau,  la  lèpre 
existe  encore  à  l’état  endémique  dans  le  bassin  du  Nil,  sur  les  côtes  de  la 
Méditerranée  et  de  la  mer  Rouge. 

En  .4byssinie,  on  la  rencontre  assez  souvent,  puisqu’elle  affecte  les  ha¬ 
bitants  des  montagnes  eux-mêmes  ;  mais  on  n’a  pas  de  renseignements 
sur  son  existence  en  Nubie. 

Brocchi  assure  qu’elle  serait  inconnue  dans  le  Sennaar;  mais  elle  est 
fréqnente  dans  le  Darfür  et  le  Soudan,  et  on  l’observe  à  l’état  endémique 
sur  la  côte  septentrionale  de  l’Afrique. 

En  Algérie,  elle  a  été  étudiée  par  les  médecins  militaires  français,  et 
Beaudouin  a  cru  remarquer  qu’elle  était  moins  fréquente  dans  les  pays  de 
dattes  que  dans  les  autres  contrées. 

Au  Maroc,  les  auteurs  anglais  la  mentionnent.  Hoest,  Lamprière  et 
Jackson  en  parlent  aussi. 

Dans  la  Sénégambie,  elle  serait  plus  rare  sur  les  côtes,  à  Corée,  à  Saint- 
Louis,  que  dans  l’intérieur  des  terres,  où  on  rencontre,  d’après  Thévenot, 
des  ondulations  fréquentes  de  terrain  et  des  marécages. 

Sur  les  côtes  occidentales  de  l’Afrique,  on  observe  la  lèpre  depuis  la 
Sierra-Leone  jusqu’aux  côtes  du  Congo  ;  mais  elle  disparaît  dans  le  pays  de 
Dahomé  et  le  Fellah  pour  se  montrer  de  nouveau  dans  la  colonie  du  Cap, 
où  existent  actuellement  encore  deux  léproseries. 

Elle  est  endémique  aussi  à  Madagascar,  à  Maurice,  à  Bourbon,  dans  le 
Mozambique,  à  Sainte-Hélène,  aux  Açores.  Enfin  elle  est  assez  répandue 
dans  Elle  de  Madère,  et  Funchal,  capitale  de  cette  île,  possède  encore  une 
léproserie. 

En  Asie,  on  rencontre  encore  la  lèpre  en  Arabie,  en  Syrie,  en  Pales¬ 
tine,  et  même,  d’après  Prunner,  sur  les  points  les  plus  élevés  du  Liban. 

Dans  la  Perse,  elle  est  très-répandue,  surtout  au  nord-ouest  de  Téhéran, 
dans  le  district  ^e  Chamsé  et  les  villes  de  Sendscham  et  Kaswin  ;  les  lé¬ 
preux  y  habitent  par  colonies,  en  dehors  des  villes  et  dans  un  grand  état 
de  misère. 

Dans  le  Bokhara,  Burnes  décrit  la  maladie  comme  fréquente  sous  les 
noms  de  mukkow  et  de  kolee. 

L’Inde  renferme  encore  une  grande  quantité  de  lépreux;  ils  sont  moins 
nombreux  dans  le  Dekkan,  mais  on  en  voit  beaucoup  sur  les  côtes  orien¬ 
tales.  L’hôpital  des  lépreux  de  Madras  en  a  admis  212  en  1851  et  1852, 
et, d’après  Morehead,  celui  de  Bombay  en  aurait  reçu  391 ,  de  1848  à  1853 
inclusivement. 

Dansl’île  de  Ceylan,  c’est  sur  les  côtes  qu’on  la  rencontre  le  plus  ;  il  y 
a  une  léproserie  à  dix  lieues  de  Columbo. 


364 


LÈPRE.  -  DISTRIBDTION  GÉOGRAPHIQDE. 

Dans  la  presqu’île  de  Malacca,  elle  est  fort  répandue  dans  le  bas  peuple, 
pour  lequel,  du  reste,  existe  un  hôpital. 

A  Java,  à  Sumatra  et  dans  l’archipel  indien,  elle  est  fréquente  ;  mais 
elle  est  rare  à  Amboine. 

D’après  les  récits  des  ' voyageurs,  l’Australie  ne  paraît  pas  épargnée  par 
la  lèpre. 

Une  relation  toute  récente  indique  qu’elle  règne  épidémiquement  aux 
îles  Sandwich  depuis  1868,  et  signale, les  mesures  d’exception  qu’a  dû 
prendre,  à  l’égard  des  lépreux,  le  roi  d’ilondlulu,  en  les  isolant  et  les 
faisant  soigner  dans  une  île  voisine.  On  trouve  aussi,  dans  ce  document, 
une  statistique  des  décès.  [Journal  officiel  de  la  République  française, 
juin  1874,  p.  4107.) 

La  spédalskhed  est  si  commune  en  Chine  que,  d’après  Lockhardt,  IVil- 
son,  Hobson  et  autres,  on  y  trouve  des  léproseries  remplies  de  malades, 
comme  en  Angleterre,  avant  lé  quinzième  siècle. 

Le  Kamtchatka  renfermerait,  dit-on,  un  assez  grand  nombre  de  lé¬ 
preux  ;  mais,  à  ce  propos,  Hirsch  se  demande  si  l’on  ne  confond  pas  la 
lèpre  avec  la  syphilis  dans  ses  périodes  secondaire  et  tertiaire. 

En  Europe,  c’est  dans  le  sud-est  et  le  nord  que  l’on  rencontre  encore 
quelques  cas  de  lèpre,  presque  tous  endémiques. 

Dans  les  îles  grecques,  on  en  voit  dans  quelques  villages  d’Eubée  et 
d’Andros.  Parmi  les  îles  turques,  Ténédos,  Patmos,  Samoset  surtout  Can¬ 
die  ;  dans  cette  dernière,  d’après  Smart,  sur  neuf  cantons  peuplés  de 
250,000  habitants,  il  y  aurait  neuf  villages  de  lépreux,  avec  628  malades 
connus  ;  il  convient  d’ajouter  à  ce  chilfre  celui  de  300  autres,  dont  la 
maladie,  encore  au  début,  est  soigneusement  dissimulée  par  les  parents 
des  intéressés. 

La  lèpre  est  endémique  dans  les  îles  Ioniennes,  particulièrement  àCé- 
phalonie.  Danielssen  et  Bœck  la  signalent  également  dans  i’île  de  Malte. 

En  Grèce,  l’Église  et  l’État  sont  d’accord  pour  faire  de  la  lèpre  un  cas 
de  séparation.  Elle  subsiste  encore  dans  le  Péloponèse,  où,  d’après  Bi¬ 
gler,  on  en  aurait  noté  162  cas  en  1840,  et  350  en  1851. 

La  Turquie  paraît  aussi  avoir  ses  lépreux  ;  on  en  voit  assez  fréquemment 
à  Constantinople,  mais  Rigler  prétend  qu’ils  viennent  de  l’Asie  Mineure. 

En  Italie,  la  maladie  était  autrefois  très-répandue  à  CoAiacchio,  près  de 
Ferrare;  aujourd’hui  elle  est  réduite  à  une  douzaine  de  cas.  Elle  serait  plus 
fréquente  le  long  des  côtes  du  golfe  de  Gênes,  d’après  Valentin,  Fodéré, 
Fuchs,  Trompeo,  Bœck  et  Baumès.  On  en  rencontrerait  encore  des  cas 
isolés  à  Chiari  et  dans  la  petite  ville  de  Varazze,  près  de  Gênes.  Enfin  elle 
serait  plus  répandue  à  Monaco,  à  Pigna,  à  Castelfranco,  à  la  Turbie,  petit 
village  situé  entre  Nice  et  Menton,  à  San  Remo,  où  un  riche  habitant  du 
pays  a  laissé  récemment  une  somme  assez  considérable  pour  faire  bâtir 
une  léproserie  qui  fonctionne  depuis  plusieurs  années.  Fodéré  admet  que 
les  lépreux  de  ces  pays  sont  des  descendants  des  Maures,  chassés  du  midi 
de  la  France,  qui,  ne  communiquant  pas  avec  leurs  voisins  à  cause  de  leur 
maladie,  auraient  transmis  et  conservé  la  lèpre  en  se  marianUentre  eux. 


S65 


LÈPRE.  -  DISTRIBDTIOM  GÉOGRAPHIQDE. 

Da  reste,  la  lèpre  ne  règne  que  sur  le  littoral,  et  le  lépreux  de  la  cité 
d’Aoste,  de  Xavier  de  Maistre,  n’est  qu’un  roman. 

En  France,  on  retrouve  encore  quelques  rares  lépreux  dans  le  delta 
marécageux  des  embouchures  du  Rhône  :  à  Martigues,  à  Vitrolles,  àBerre, 
à  Rognac  et  autres  endroits  près  de  Marseille.  On  en  a  aussi  trouvé  des 
cas  dans  les  environs  de  Toulon,  au  moins  dans  le  premier  quart  de  notre 
siècle.  Il  résulte  des  travaux  deFuchs,  de  Danielssen  et  Bœck  que  la  lèpre 
a  perdu,  en  ces  contrées,  tout  caractère  épidémique.  Il  est  à  remarquer 
aussi  que,  très-répandue  en  Auvergne  à  la  fin  du  siècle  dernier,  elle  a  dû 
disparaître  absolument,  car  on  n’enTait  plus  mention. 

Nous  avons  peu  de  renseignements  sur  l’état  de  la  lèpre  en  Espagne  ; 
dans  tous  les  cas,  elle  y  est  aussi  peu  fréquente  que  dans  les  autres,  con¬ 
trées  de  l’Europe.  D’après  Jimenez  y  Lorite  etMontilla  y  Puerto,  lamala- 
die  était  endémique  en  Andalousie  à  la  fin  du  dix-huitième  siècle.  Casai 
nous  en  dit  autant  de  l’Asturie,  où  Thiéry  aurait  rencontré  vingt  léprose¬ 
ries,  et  ce  dernier  prétend  que  la’*Galice  est  affectée  de  la  même  façon. 
Parmi  les  provinces  d’Espagne,  cel^ps  où  l’on  rencontre  actuellement  la 
lèpre  à  l’état  endémique  seraient,  suiyant  Fuchs,  Grasset  y  Nadal,  Soares 
etBorrow,  la  Catalogne,  l’Andalousie,  la  Galice,  l’Asturie  et  le  royaume 
de  Grenade.  Toutefois,  on  n’a  de  renseignements  précis  que  pour  la  Cata¬ 
logne,  où  Grasset  y  Nadal  a  rencontré  beaucoup  de  lépreux  dans  les  villes 
de  Reus,  Rindoms,  Yillaseca,  Morfroig,  Cumbrils  et  autres,  jusqu’à  la 
rive  gauche  du  Francoli,  puis  au  delà  de  Tarragone  dans  les  montagnes  de 
Prades,  J,. 

Bans  le  Portugal,  on  cite  comâie  centre  du  développement  de  la  lèpre 
ledistrict  montagneux  de  Lafoès,  qui,  d’après  Baptiste,  renfermerait  dans 
ses  471  communes  3,000  lépreux"^  chiffre  évidemment  exagéré,  et  que 
d'Almeida  a  réduit  à  500.  La  maladie  est  endémique  dans  les  provinces 
deBeira  it  d’Algarves,  ainsi  qu’à  Lisbonne,  où,  en  1820,Gomez  a  trouvé 
40  malades  dans  la  léproserie  Samt-Lazare.  D’après  Trogher,  la  lèpre  se¬ 
rait  aujourd’hui  plus  fréquente  Eortugal,  où  on  la  désigne  sous  son 
nom  brésilien  de  mor/’ea. 

En  Suède,  d’après  IIuss  et  Berg;  lalèpre,  très-répandue  au  commence- 
lent  de  ce  siècle,  a  aujourd’hui"  presque  entièrement  disparu.  Comme 
lessiéges  principaux  de  la  maladiev  on  cite  encore  des  endroits  isolés  dans 
les  provinces  d’.Ângermanland,  Medelpad,  Ilelsingland,  Upland  et  Bohus- 
làn.Dans  le  district  d’Angermanland,  on  rencontrait  des  lépreux  dans  les 
villages  situés  au  confluent  des^eux  bras  de  l’Angermanelf.  De  1820  à 
1840,11  y  avait,  à  la  léproserie  ne  Hernôsand,  29  malades,  sans  compter 
les  cas  répandus  dans  le  pays  ;  ce  nombre  ne  s’est  pas  accru  depuis.  Dans 
laprovince  de  Medelpad,  à  Njarunda,  à  l’embouchure  du  Ljungan,  la  ma¬ 
ladie  ne  se  rencontre  plus  que  dans  le  rapport  d’un  cas  sur  400  habitants, 
la  maladie  est  encore  très-répandue  dans  la  province  de  Ilelsingland, 
surtout  le  long  des  rives  souvent  submergées  du  Ljusna,  et  pourtant  il  y 
aeu  une  certaine  diminution  dans  ces  dernières  années.  On  l’observe  en¬ 
core,  dans  le  district  de  Jerfsoë,  dans  tous  les.  villages,  sauf  Loos  et  Hog- 


366  LÈPRE.  -  DISTRIBDTION  GÉOGRAPHIQUE. 

dahl,  mais  par  cas  isolés.  Il  en  est  de  même  pour  les  provinces  de  üpland 
et  Bohuslân,  où  la  maladie  a  perdu  le  caractère  endémique  qu’elle  possé¬ 
dait  encore. 

Dans  la  Norwége,  la  lèpre  est  endémique,  sous  le  nom  de  spédalskhed, 
le  long  des  côtes,  depuis  Stavanger  jusqu’en  Finmark.  De  1848  à  1858, 
elle  s’est  même  montrée  à  l’intérieur  du  pays.  Une  statistique,  dressée 
en  1 846  pour  les  contrées  spécialement  atteintes,  a  donné  les  résultats 
suivants  : 

Département  nord  du  chapitre  de  Dront^tâm 

Bailliage  Finmari . . 

Déparlement  sud  du  chapitre  de  Dronthéim. 

Bailliage  Stavanger . . 

Bailliage  NordUud.  . . 

Département  sud  du  chapitre  de  Bergen.»  . 

Département  nord  du  chapitre  de  Bergep. 

D’ailleurs  ces  chiffres  ne  donrient.pas  une  idée  bien  nette  de  la  répar¬ 
tition  de  la  maladie  dans  les  contiçei isolées  du  pays;  en  effet,  dans  les 
districts  les  plus  éloignés  de  la  côt^  on  ne  rencontre  que  peu  ou  point  de 
lépreux.  Peur  ne  prendre  qu’un  e^ètîi|)le,  la  paroisse  d’Askerold  (cha¬ 
pitre  de  Bergen)  ne  comptait  que,  4S  iepreux  sur  environ  4,000  habitants, 
non  compris,  iF  est  vrai,  .ceup  qui--a'saient  été  admis  à  l’hôpital  Saint- 
Georges.  En  1846,  lè  chiffre  büicielldlînent  connu  des  spédalsques,  pour 
la  Norwége,  était  de  1,122...  Au jauiü-i hui,  d’après  une  communication 
faite  ji  Albert  Robin  par  ,1e  dcicïeuk  C^anlow,  chirurgien  de  l’hôpital  de 
Christiania,  la  maladie  tend.-à,  dimi^er  peu  à  peu  sous  l’influence  des 
mesures  énérgiques  prises  par  Je  gouyi^nement. 

Tandis  que  la  lèpre  a  disparu  dans  Ids  îles  Shetland  et  Feroë,  depuis  la 
fin  du  dix-huitième  siècle,- elle  rè^d^ujours  en  Islande,  quoique  à  un 
degré  moindre,  d’après  les  assertions  .-de  Thorstensen,  de  Hjaltelin  et  de 
Schleisner.  En  1768,  on  y  comptaif^^O  lépreux;  en  1838,  seulement 
128,  et  en  1848,  il  n’en  restait  plu^qul  66.  Nous  devons  faire  remarquer 
que  l’épndémie  de  rougeole  de  1847.5é’ÿavait  enlevé  un  grand  nombre. 

Dans  la  Russie,  la  lèpre«esLtrès-rfp*idue  au  sud-est,  depuis  la  Crimée, 
le  long  de  la  mer  d’Azoff  et ‘du  Cauçasé®  jusqu’à  Astrakan.  Elle  sévit  sur¬ 
tout  parmi  les  Cosaques  du  Don  et  ’q^ux'de  l’Oural.  On  a  voulu  voir  dans 
l’invasioiLde  cette  maladie •ÙAerimporJag’fion  venue  de  la  Perse  ;  mais  d’a¬ 
près  Krelael,  elle  existe  dàn^  le.pays  d^uis  le  quinzième  siècle,  et  elle 
n’en  a  jamais  disparu.  Eliëèes,t  inçpnnwe  dans  le  centre;  mais,  dans  le 
nord,  elle  s’observe  encore  eh  Finlande,  en  Courlande  et  en  Esthonie. 

Enfin,  dans  les  -aütres  pn-ys  de  (Angleterre,  Danemark,  Alle¬ 

magne,  Pays-Bas,  Suisse),  og  peut  en  .noter  encore,  dans  le  siècle  où  nous 
vivons,  quelques  cas  raçês,  très-isolfej,  et  sans  doute  d’origine  étrangère. 

Sur  le  continent  américain,  nous  trouvons  la  lèpre  très-répandue  au 
Mexique,  dans  une  partie  l’Amérique  centrale,  au  Brésil  et  dans  la 
plupart  des  île&  de. l’archipel  âes  Antilles. 

Au  Mexique,  la  maladie,  très-anciennement  connue,  a  probablemen 
été  importée  par  les  nègres.  Elle  se  rencontre,  d’après  Blacquière  et  New- 


1  Iepreux  sur  l.boO  habitants. 
1  _  1.393  _ 

1  —  968  — 

1  _  871  — 

1  _  582  — 

1  _  580  — 

1  _  272  — 


567 


LÈPRE.  -  DISTRIBDTION  GÉOGRAPHIQDE. 

ton,  dans  un  grand  nombre  de  localités,  et  c’est  surtout  sur  les  Indiens 
qu’elle  règne  endémiquement.  Ce  n’est  pas  seulement  sur  le  littoral  qu’on 
la  rencontre,  mais  aussi  dans  des  stations  situées  à  plus  de  1,000  pieds 
au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  suivant  la  remarque  qu’en  fait  Simpson, 
d’après  les  communications  que  Cheyne  lui  a  faites. 

Aux  Antilles,  la  maladie,  connue  sous  le  nom  de  cocubra,  appartient 
presque  exclusivement  aux  nègres  et  aux  races  de  couleur,  sans  que  les 
individus  de  la  race  blanche  en  soient  exempts.  Elle  est  et  a  toujours  été 
très-inégalement  répandue  dans  les  différentes  îles.  C’est  ainsi  qu’elle  est 
fréquente  à  la  Guadeloupe,  d’après  Peyssonnel,  aux  Barbades,  d’après 
lllary,  à  Cuba,  à  la  Jamaïque,  suivant  Hunter  et  Fiddes.  Au  contraire, 
elle  est  rare  à  Saint-Barthélemy,  d’après  Leurent,  et  on  n’en  observerait 
que  des  cas  isolés  à  la  Martinique,  à  Porto-Rico,  à  Sainte-Lucie,  d’après 
Savaresy,  Thomas  de  Cordoue  et  Levacher.  Ce  dernier  n’en  a  pas  vu  un 
seul  exemple,  à  Sainte-Lucie,  dans  un  espace  de  quatre  ans. 

Elle  est  à  peu  près  inconnue  dans  les  États  de  Nicaragua,  même  le  long 
des  côtes. 

Par  contre,  elleabonde  dans  les  anciennes  colonies  espagnoles  de  l’Amé¬ 
rique  du  Sud,  la  Nouvelle-Grenade,  le  Vénézuela  et  l’Équateur.  Déjà 
mioas  avait  signalé  une  énorme  quantité  de  lépreux  à  Carthagène  et  dans 
les  environs.  Restrepo  parle  de  la  lèpre  comme  endémique  à  Bogota, 
Trenja,  Casanare,  Socorra,  Pamplona  et  autres  localités.  Après  lui,  Éche- 
verria,  lépreux  lui-même,  a  décrit  les  cas  de  lèpre  qu’il  a  observés  à  la 
léproserie  de  Quito. 

Dans  les  Guyanes,les  travaux  de  Schilling,  de  Nissœus,  deDazille,  de 
Bajon  et  autres,  au  siècle  dernier,  confirmés  par  les  recherches  plus  ré¬ 
centes  de  Hasselaar,  Bergeron,  Noyer  et  Hancock,  nous  ont  appris  l’en¬ 
démicité  de  la  maladie,  qui  est  connue  sous  les  noms  de  mal  rouge,  cocobé, 
kasie;  ils  s’accordent  à  en  attribuer  l’importation  aux  nègres.  Noyer 
prétend  qu’il  y  a  toujours  une  moyenne  de  soixante  lépreux  à  la  lépro¬ 
serie  de  la  petite  île  de  la  Mère  ;  ce  nombre,  d’après  les  malades  eux- 
mêmes,  serait  très-inférieur  à  celui  des  sujets  lépreux  habitant  à  Cayenne, 
En  1855,  on  écrivait  de  Surinam  que  la  lèpre  avait  pris,  dans  les  der¬ 
niers  temps,  une  si  grande  extension,  que  son  extirpation  paraissait  tout 
à  fait  impossible. 

An  Brésil,  la  maladie  est  répandue  plus  qu’en  aucun  autre  pays  du 
monde,  suivant  l’opinion  de  Sigaud,  Rendu,  Lallemand,  Duridas,  Tschudi 
etautres.  Elle  y  est  connue  sous  le  nom'  de  morfea  :  elle  est  endémique  , 
dans  tout  le  pays,  à  l’exception  des  deux  provinces  du  Rio-Grande  et  de 
Maranhào,  complètement  épargnées  d’après.  Rendu  et  Plagge.  Elle  règne 
surtout  dans  les  provinces  marécageuses  de  Malto  Grosso,  de  Minas-Geraes 
etdeSan-Paulo.  Elle  est  si  fréquente  en  ces  lieux  que,  sur  les  limites 
desprovinces  de  Minas-Geraes  et  de  San-Paul'o,  Tschudi  prétend  qu’il  n’est 
pas  une  famille  qui  ne  soit  affectée  de  la  lèpre.  Malgré  cela,  il  n’y  a  que 
trois  léproseries  au  Brésil,  aux  environs  des  trois  villes  de  Rio-Janeiro, 
Bahia  et  Fernambouc. 


368 


LÈPRE.  ~  SYMPTÔMES. 

Dans  les  états  du  Rio  de  la  Plata,  la  maladie,  peu  connue  d’après  Bru¬ 
nei,  ne  serait  endémique  que  dans  les  provinces  du  Parana  et  de  l’Uru¬ 
guay. 

On  n’en  fait  aucune  mention  au  Chili  ni. au  Pérou,  et  pourtant  on  voit 
encore  des  Chiliens  et  des  Péruviens  lépreux  venir  à  Paris,  de  temps  à 
autre,  demander  la  guérison  de  leur  maladie  à  notre  climat  ou  à  nos 
lumières  scientifiques. 

Dans  l’Amérique  du  Nord,  elle  est  peu  répandue.  Blaschke  l’aurait 
rencontrée  aux  îles  Unimak  et  Pawlowskaja,  du  groupe  des  Aléoutiennes. 

On  l’observerait  aussi  dans  le  nord  du  New-Brunswick,  dans  la  province 
appelée  Acadie;  c’est  là  du  moins  l’opinion  de  Skene,  Boyle  et  Alexandre. 

Au  Canada  et  aux  États-Unis,  la  lèpre  serait  complètement  inconnue. 

Symptômes.  —  Nous  allons  essayer  de  donner  une  idée  générale  de 
la  lèpre,  comme  entité  morbide,  puis  nous  reviendrons  sur  les  caractères 
et  les  modifications  qu’éprouvent  les  deux  grandes  formes  admises  par  les 
auteurs,  la  lèpre  tuberculeuse,  forme  commune,  et  la  lèpre  anesthésique, 
forme  maligne. 

Les  efforts  des  auteurs  modernes  se  sont  concentrés  sur  une  sorte  de  syn¬ 
thèse  de  la  lèpre,  synthèse  qui  consiste  à  en  réunir  tous  les  symptômes  dans 
un  certain  nombre  de  stades  ou  périodes.  Bien  que,  à  l’exemple  de  Da- 
nielssenetBœck,  nous  pensions  qu’une  pareille  manière  de  faire  puisse  jeter 
une  certaine  confusion,  en  faisant  reparaître,  dans  une  période,  un  signe 
déjà  décrit  à  la  période  précédente,  nous  reviendrons,  en  traitant  de  la 
marche  de  la  maladie,  sur  cette  division  en  stades,  aujourd’hui  générale¬ 
ment  admise  par  les  auteurs,  et  dont  la  meilleure  était  sans  contredit  celle 
qu’avait  imaginée  Fuchs  (prodromes,  éruption,  déformation,  ulcération). 

Y  a-t-il  ou  non  des  prodromes  dans  la  lèpre?  Danielssen  et  Bœck,  en 
admettent,  l’existence  ;  Bazin  la  nie.  Cependant,  il  confesse  que  certains 
troubles  digestifs,  des  frissons,  des  douleurs  vagues  peuvent  affecter  les 
lépreux  pendant  un  temps  plus  ou  moins  long  avant  l’apparition  de  la  ma¬ 
ladie. 

Mais,  en  dehors  de  ces  troubles  variés,  de  la  fièvre,  du  gonflement  des 
glandes,  delà  lassitude  et  de  la  somnolence,  c’est  dans  les  signes  prodro¬ 
miques  que  les  médecins  suédois  font  rentrer  l'étude  de  divers  exan¬ 
thèmes,  il  est  vrai  d’après  l’autorité  des  médecins  de  l’antiquité,  et  en  fai¬ 
sant  ressortir  que  ce  sont  plutôt  des  symptômes  réels  que  des  signes 
précurseurs.  Ces  exanthèmes  seraient  les  suivants  1°  :  des  macules,  de  ni¬ 
veau  avec  la  peau,  ou  élevées  au-dessus  d’elle,  ou  déprimées  au-dessous,  et 
variant  de  couleur  du  brun,  du  rouge  et  du  blanc  au  bleu  et  au  noir; 
parmi  les  modernes,  Schilling  admet  aussi  des  taches  prodromiques  rouges 
et  blanches, indolentes  toutes  deux  ;  2“  des  élévations  acuminées, analogues 
à  de  l'acné  ;  3“  des  impétigo,  avec  croûtes  et  squammes,  accompagnées  de 
démangeaisons  vives.  On  accordait  autrefois  une  grande  influence  à  ces 
éruptions  du  début,  et  l’on  voulait  alors  que  la  forme  de  ces  exanthèmes 
indiquât  d’avance  la  variété  de  la  lèpre. 

La  peau  éprouve  des  modifications  dans  sa  coloration,  sa  consistance. 


LÈPRE.  —  SYMPTÔMES.  369 

son  épaisseur.  Quant  à  sa  structure,  nous  en  avons  déjà  étudié  les  altéra¬ 
tions. 

Au  début  de  la  maladie,  la  peau  est  parsemée,  çà  et  là,  de  taches  de 
èverses  couleurs.  Ces  taches  qui  se  montrent  d’abord  à  la  tête,  sur  le 
front,  les  joues,  les  ailes  du  nez,  offrent  ce  double  caractère,  d’être  passa¬ 
gères  dans  les  premiers  temps,  c’est-à-dire  qu’elles  s’effacent  sur  le  visage, 
avant  d’apparaître  au  tronc  et  aux  membres,  et,  en  second  lieu,  avec  les 
progrès  de  la  maladie,  de  devenir  permanentes,  le  plus  souvent  suivant 
leur  lieu  d’apparition  primitif.  Elles  font  d’abord  peu  de  saillie  au-dessus 
des  parties  voisines  ;  mais,  plus  tard,  elles  s’engorgent  et  dépassent  légè¬ 
rement  le  niveau  de  la  peau  environnante.  Elles  n’existent  d’abord  qu’à 
l’état  de  macules,  mais  quelquefois  elles  peuvent  affecter  la  forme  vésicu- 
leuse,  ou  même  la  forme  bulleuse  ;  c’est  ainsi  que  la  lèpre  peut  présenter, 
dans  ses  premiers  temps,  de  véritables  éruptions,  analogues  de  tous  points 
d  f eczéma,  au  zona,  et  même  au  pemphigus.  Les  vésicules  ou  les  bulles 
rompues,  il  reste  des  taches  blanchâtres,  ou  des  ulcérations  plus  ou 
moins  profondes,  n’ayant  aucune  tendance  à  la  cicatrisation,  et  sur  les¬ 
quelles  nous  reviendrons  tout  à  l’heure. 

Les  taches  cutanées  de  la  lèpre  ont,  avons-nous  dit,  des  colorations  di¬ 
verses.  Tantôt  elles  sont  grisâtres,  fauves,  jaunes,  brunes,  d’un  teint  bronzé 
ouplus  ou  moins  noirâtre  (Devergie)  :  dans  ce  cas,  il  est  à  remarquer  que, 
suivant  certains  auteurs,  la  pigmentation  de  l’enveloppe  cutanée  n’aurait 
pas  varié;  d’après  d’autres  écrivains,  il  se  serait  produit,  en  ces  points,  une 
notable  accumulation  du  produit  pigmentaire. D’autres  fois  les  taches  sont 
rosées  ou  rouges,  et  même  de  couleur  lie  de  vin  ;  cet  état  tient  à  l’altéra¬ 
tion  des  vaisseaux  cutanés.  Enfin  elles  apparaissent  aussi  sous  un  aspect  par¬ 
faitement  blanc  et  comme  décoloré.  Ainsi  que  Bazin  reproche  à  Gibert  d’en 
avoir  rapporté  des  exemples  en  traitant  du  vitiligo,  elles  donnent,  compa¬ 
rées  aux  parties  voisines  et  saines  de  la  peau,  l’idée  parfaitement  plausible 
decette  difformité  cutanée,  et  il  n’y  a  que  la  connaissance  exacte  de  leur 
insensibilité  dans  la  lèpre,  qui  saurait  permèttre  d’affirmer  le  diagnostic 
dans  un  cas  douteux.  C’est  là.  du  reste,  la  forme  décrite  sous  le  nom  de 
lèpre  des  Hébreux  {Leuce) . 

Peu  à  peu  sur  ces  taches  ou  en  dehors  d’elles,  apparaissent  des  tuber- 
œbdurs,  blanchâtres,  jaunâtres  ou  rougeâtres,  qui  finissent  par  s’ul¬ 
cérer.  C’est  principalement  à  la  figure  et  sur  les  mains  qu’on  les  voit  appa¬ 
raître,  parfois  en  nombre  très-considérable.  D’ordinaire  isolés  et  variant 
du  volume  d’une  lentille  ou  d’un  pois  à  celui  d’une  noisette,  ils  peuvent,  par 
laréunionde  plusieurs  d’entre  eux,acquérir  une  dimension  beaucoup  plus 
considérable.  Ils  ont  une  forme  circulaire,  hémisphérique,  avec  une  base 
indurée.  Telle  est  la  variété  de  tubercules  décrite  par  Bazin  sous  le  nom  de 
têercules  dermoides.  A  côté  de  cette  variété  se  trouve,  une  induration  mal 
limitée  dans  le  derme  et  le  tissu  cellulaire  sous-cutané,  formant  des  saillies 
plus  vastes  et  moins  bien  limitées.  Au  visage,  ces  tumeurs,  qui  acquièrent 
parfois  un  développement  énorme,  peuvent  déformer  les  traits  au  point 
que  la  tête  du  malade  ressemble  plus  ou  moins  à  celle  du  lion  (forme 

KOtlï.  mCT.  JIÉD.  ET  CHIE.  XX.  —  24 


570 


LÈPRE.  -  SYMPTÔMES. 

leontiasique  des  anciens).  Aux  mains  et  aux  pieds,  il  existe  fréquemment 
une  infiltration  sous-cutanée,  qui  donne  à  ces  parties  une  apparence  d’em¬ 
bonpoint  constrastant  le  plus  habituellement  avec  la  maigreur  du  reste 
du  corps.  Celte  espèce  d’œdème  des  mains  est  souvent  un  des  premiers 
symptômes  qui  viennent  révéler  l’existence  de  la  maladie. 

Tant  que  les  tubercules  sont  intacts,  ils  sont  fermes,  résistants,  en 
présentant  toutefois  une  certaine  élasticité  ;  ce  n’est  que  quand  ils  sont 
en  voie  de  destruction,  ou  quand  le  travail  ulcératif  est  sur  le  point  de 
se  déclarer  qu’ils  deviennent  mous  et  fluctuants.  Ce  travail  d’ulcération 
est  lent  ou  bref  ;  il  se  montre  sur  certains  tubercules  et  en  épargne  cer¬ 
tains  autres.  Lorsque  la  matière  tuberculeuse  qui  les  infiltre  vient  à  seré- 
sorber,  comme  c’est  par  le  centre  que  ce  processus  s’opère,  ces  tumeurs 
ont  une  sorte  d’aspect  ombiliqué. 

Les  ulcérations  de  la  lèpre  succèdent  donc  à  la  fonte  des  tubercules, 
fonte  qui  peut  quelquefois  n’être  pas  spontanée,  et  qui  peut  résulter  de 
coups,  d’excoriations,  ou  autres  lésions  extérieures.  Elles  ont  une  forme 
variable  ;  leur  dimension  est  parfois  très-grande,  quelquefois  aussi  assez 
restreinte.  Les  bords  sont  taillés  à  pic,  indurés,  déchiquetés  ou  festonnés, 
et  même  ils  peuvent  être  décollés,  comme  ceux  des  ulcères  scrofuleux. 
Suivant  leur  siège  et  leur  ancienneté,  les  ulcérations  sont  plus  ou  moins 
profondes,  avec  une  teinte  qui  varie  du  pâle  au  rouge  livide.  Elles  lais¬ 
sent  écouler  une  sanie  sanguinolente  d’une  grande  fétidité.  Elles  donnent 
lieu,  par  le  dessèchement  de  leurs  produits,  à  la  formation  de  croûtes 
épaisses,  d’un  vert  noirâtre,  qui  s’accroissent  par  leur  hase,  et  laissent 
sourdre  du  pus  quand  on  vient  à  presser  sur  elles.  C’est  dans  l’épaisseur 
de  ces  croûtes  que  Danielssen  et  Bœck  disent  avoir  trouvé  des  acares,  et, 
se  fondant  sur  ce  fait,  ils  ont  voulu  établir  une  nouvelle  variété  de  lèpre. 
Nous  ne  croyons  pas  que  cette  opinion  soit  bien  fondée  :  nous  pensons 
que  c’est  surtout  chez  des  gens  du  peuple,  peu  soucieux  des  soins  de  pro¬ 
preté,  que  l’on  a  observé  des  acares  comme  complications.  Chez  les  quel¬ 
ques  malades  que  nous  avons  eu  occasion  de  voir  à  Paris,  et  qui  apparte¬ 
naient,  en  général,  à  des  classes  de  la  société  désireuses  de  se  tenir  pro¬ 
prement,  nous  n’avons  point  encore  constaté  la  présence  de  ces  parasites. 
La  durée  de  ces  ulcérations  varie  de  quelques  jours  à  quelques  semaines; 
un  temps  plus  long  est  exceptionnel.  La  guérison,  qui  est  longue,  rare  et 
difficile,  se  fait  par  un  tissu  inodulaire,  qui  peut,  par  la  suite,  et  par  mul¬ 
tiplication,  donner  lieu  à  une  cheloïde. 

Le  début  de  la  spédalskhed  est  tantôt  lent,  et  c’est  le  cas  le  plus  fré¬ 
quent,  tantôt  brusque,  et  annoncé  par  un  mouvement  de  .fièvre,  mais  sans 
un  type  bien  marqué.  «  Le  visage  se  tuméfie,  surtout  autour  des  yeux, 
ainsi  que  les  paupières,  les  sourcils  ;  il  en  est  de  même  de  la  partie  ex¬ 
terne  des  oreilles;  la  peau  du  front  est  distendue,  les  rides  s’aplanissent, 
et  cette  peau  même  devient  glissante,  comme  si  elle  était  frictionnée  avec 
une  substance  adipeuse,  ce  qui  était  réputé  au  moyen  âge  comme  un  signe 
assuré  de  lèpre.  »  (Danielssen  etBoeck.) 

On  voit  également  apparaître  du  gonflement  dans  certains  ganglions. 


LÈPRE.  -  SYMPTÔMES.  371 

Adams,  à  Madère,  l’a  signalé  sur  les  ganglions  de  Paîne  ;  Touzier,  de  l’île 
Bourbon,  sur  diverses  parties  du  corps.  Depuis,  on  l’a  .noté  sur  les  gan¬ 
glions  de  l’aisselle,  sur  les  ganglions  du  cou,  et,  en  général,  sur  les  gan¬ 
glions  lymphatiques  de  toutes  les  parties  du  corps. 

On  observe  également,  du  côté  de  la  peau,  des  symptômes  qui  sont 
sous  l’influence  d’une  altération  nerveuse.  La  peau  qui  recouvre  les  tuber¬ 
cules  et  celte  où  l’on  aperçoit  des  taches  a  une  sensibilité  variable;  tan¬ 
tôt,  et  le  moins  souvent,  elle  est  augmentée,  c’est-à-dire,  qu’il  y  a  de 
l’hÿperesthésie  ;  tantôt,  au  contraire,  fait  le  plus  commun,  on  observe 
de  l’anesthésie. 

L’hyperesthésie  avait  été  méconnue  par  les  anciens.  C’est  Rayer  qui 
l’a  signalée  d’une  manière  expresse,  quand  déjà  Gilbert  avait  indiqué 
une  susceptibilité  particulière  de  l’enveloppe  cutanée  à  l’action  du  froid. 
L’insensibilité  n’avait  point  échappé  aux  auteurs  anciens,  tes  médecins 
arabes  l’avaient  reconnue,  et  autrefois  c’est  en  piquant  la  peau  qu’on 
prétendait  distinguer  la  gravité  de  la  maladie.  Dans  les  cas  rares  où  l’on 
obtenait  une  guérison,  c’est  sur  le  degré  de  l’insensibilité  qu’on  se  basait 
pour  juger  des  progrès  acquis,  et  à  l’époque  où  il  était  difficile  de  dia¬ 
gnostiquer  la  lèpre  au  début,  l’insensibilité  de  taches  cutanées  avait  une 
très-grande  importance.  Plusieurs  fois  on  a  remarqué  que  la  sensibilité 
perdue  pouvait  se  reproduire,  et  cette  remarque  a  été  faite  par  Hensler  et 
d’autres  auteurs;  nous-même  en  avons  vu  des  exeniples.  Le  plus  ordinai¬ 
rement  il  existe  simultanément  de  l’anesthésie,  c’est-à-dire  de  l’insensi¬ 
bilité  au  contact,  de  l’analgésie,  et  de  la  thermo-anesthésie.  Ces  altérations 
de  la  sensibilité  sont  souvent,  pour  les  malades,  une  cause  d’accident  ; 
on  les  a  vus  se  brûler,  se  blesser  dans  les  parties  insensibles,  sans  s’en 
apercevoir,  et  sans  que  la  douleur  ordinaire  leur  permît  de  se  soustraire 
à  l’action  du  corps  vulnérant. 

La  décoloration  des  cheveux  et  des  poils  suit  l’anesthésie  de  la  peau. 
Contrairement  aux  assolions  de  Schilling,  ces  organes  ne  suivent  pas  les 
mêmes  changements  de  couleur  que  la  peau,  et  ne  deviennent  pas  gris 
'sombre,  fauves,  rouges  comme  elle.  Leur  décoloration  absolue  n’a  lieu,  en 
général,  qu’à  une  péritf^assez  avancée,  et  quand  tout  le  système  cutané 
a  subi  une  modificatio^sensible.  La  croissance  des  poils  et  des  cheveux 
semble  retardée,  puis  anéantie,  quand  l’individu  est  arrivé  à  l’âge  adulte. 
Lorsque,  au  contraire,  la  lèpre  a  envahi  un  jeune  sujetj<S.jn’aura  point 
plus  tard  de  barbe,  ni  de  chevelu  du  côté  des  organgs^hitaux.  Les  poils 
qui  deviennent  malades  sont  secs,  cassants,  rugueux,  parsemés  de  ren¬ 
flements  et  de  resserrements  en  forme  de  chapelets  ;  ils  se  fendent  à  leur 
extrémité  et  se  brisent.  Lorsqu’on  les  arrache,  ils  n’amènent  pas  avec  eux 
le  bulbe  du  poil.  Non-seulement  d’ailleurs,  les  poils  sont  altérés  dans  leur 
coloration  et  dans  leur  aspect,  mais  ils  tombent,  souvent  pour  ne  jamais 
revenir,  et  il  en  résulte  eii  différentes  régions,  principalement  à  la  face,  une 
slopdde  complète  ou  incomplète,  partielle  ou  générale.  Nous  verrous  com¬ 
ment  ces  organes  se  comportent  dans  chacune  des  formes  de  la  maladie. 

Us  ongles  tombent,  ou  ils  sont  épaissis,  ou  ils  sont  amincis,  puis  per- 


372 


LÈPRE.  -  STMPTÔMES. 

forés  par  la  présence  de  tubercules  sous-unguéaux.  Ce  travail  morbide  a 
été  signalé  à  propos  de  l’anatomie  pathologique. 

Vœil  est  le  siège  de  phénomènes  importants.  Le  premier  trouble  con¬ 
siste  dans  une  vascularisation  plus  grande  de  tous  les  tissus  ;  on  voit  sur 
la  conjonctive  et  sur  la  cornée  de  nombreux  vaisseaux  dilatés,  variqueux, 
qui  souvent  se  réunissent  et  donnent  lieu  à  la  lésion  décrite  sous  le  nom 
de  pannus.  Les  tubercules  des  paupières  envahissent  de  proche  en  proche 
le  bord  libre  de  celles-ci  et  la  conjonctive.  Ils  donnent  lieu  à  des  blépha¬ 
rites  ciliaires,  à  des  kératites,  à  des  conjonctivites  et  même  à  des  altéra¬ 
tions  des  milieux  de  l’œil.  La  cornée  se  trouve  envahie  à  son  insertion 
scléroticale.  Parfois  elle  est  le  siège  de  fongosités  exubérantes.  L’iris  s’af¬ 
fecte  primitivement,  ou  la  maladie  vient  de  la  cornée.  Celle-ci  peut  se 
dépolir,  s’ulcérer  et  l’œil  se  vide.  Par  suite  de  ces  altérations  la  vue  se 
trouve  plus  ou  moins  affaiblie,  quelquefois  même  tout  à  fait  abolie. 

L’oine-  peut  être  affaiblie  ou  supprimée  par  l’accumulation  de  tubercules 
dans  le  conduit  auditif  externe,  le  resserrement  et  la  cicatrisation  de  ce 
conduit. 

Le  goût  est  singulièrement  modifié  ;  certains  auteurs  prétendent  que  les 
lépreux  ressentent  dans  la  bouche  un  goût  salé.  Les  lésions  dont  la  lan¬ 
gue  est  le  siège,  les  ulcérations,  les  tubercules  qui  effacent  et  détruisent 
les  papilles,  suffisent  à  expliquer  les  altérations  de  cette  fonction. 

La  bouche  est  envahie  de  bonne  heure  par  des  tubercules  et  des  ulcé¬ 
rations  que  l’on  aperçoit  sur  les  joues,  les  lèvres,  la  langue,  la  voûte  pa¬ 
latine,  le  voile  du  palais  et  les  amygdales  ;  les  gencives  sont  rouges  et 
saignantes,  l’expuition  est  infecte.  On  observe  parfois  une  abondante 
salivation. 

La  voix  est  enrouée,  dure,  dissonante,  moins  forte  qu’à  l’ordinaire,  en 
raison  des  altérations  que  nous  avons  vues  siéger  sur  les  cordes  vocales,  le 
voile  du  palais  et  la  luette. 

La  respiration  est  difficile,  d’abord  parce  que  la  muqueuse  de  Schnei¬ 
der  est  malade,  et  qu’il  peut  y  avoir  un  degré  de  rétrécissement  plus  ou 
moins  prononcé  des  fosses  nasales.  L’ulcération,  qui  ne  siège  le  plus  or¬ 
dinairement  que  sur  la  muqueuse  nasale,  peut  s’étendre  plus  profondé¬ 
ment  et  attaquer  les  cartilages  et  les  os.  Le  nez  s’affaisse,  ce  qui  diminue 
le  passage  de  l’air  ;  à  la  suite  de  ces  désordres,  on  voit  se  produire  de  fré¬ 
quentes  épistaxis.  En  second  lieu,  l’accumulation  de  produits  morbides 
aux  environs  ou  au  niveau  du  larynx  peut  causer  de  l’oppression,  de  la 
dyspnée,  et  ces  phénomènes  peuvent  aller  jusqu’à  produire  l’asphyxie. 

La  digestion  est  assez  normale  au  début  ;  plus  tard  il  se  présente  des 
éructations,  des  nausées,  des  vomissements.  Plus  tard  encore,  par  suite 
du  gonflement  et  de  l’ulcération  des  plaques  de  Peyer,  il  y  a  des  coliques 
et  de  la  diarrhée.  Certains  auteurs  signalent,  à  propos  des  symptômes  di 
gestifs,  une  faim  et  une  soif  particulières. 

Les  altérations  de  Vurine,  encore  peu  connues,  ont  été  indiquées  déjà; 
elle  est  pâle,  et  se  trouble  vite  au  contact  de  l’air, 

A  mesure  que  la  maladie  fait  de  progrès,  les  exanthèmes  du  début  per- 


573 


LÈPRE.  -  SYMPTÔMES. 

sistent  d’ordinaire,  ou  ils  sont  remplacés  par  des  éruptions  pempliigoides 
à  petites  bulles  dont  un  caractère  très-important  est  l’apparition  brus- 
(jue;  c’est  ainsi  qu’il  n’est  pas  rare  de  voir  ces  petites  bulles  apparaître 
en  une  nuit.  C’est  là,  d’après  Danielssen  etBœck,  un  signe  diagnostique 
très-important  chez  les  malades  qui  n’ont  encore  éprouvé  aucune  autre 
manifestation  lépreuse.  Ces  bulles  se  rompeut,  et  laissent  après  elles  des 
ulcérations  tenaces  qui  n’ont  aucune  tendance  à  la  guérison. 

Apropos  des  éruptions  cutanées,  nous  signalerons  également  l’appari¬ 
tion  de  taches  saillantes,  érythémateuses,  assez  semblables  à  celles  qu’on 
observe  dans  les  érythèmes  populeux  ou  tuberculeux.  Nous  avons  vu  plu¬ 
sieurs  fois  ces  érythèmes  aux  membres  supérieurs  et  inférieurs,  consécu¬ 
tivement  à  un  mouvement  fébrile  de  deux  ou  trois  jours  de  durée  ;  chez 
quelques  malades,  nous  avons  pu  voir  ces  éruptions  papuleuses  se  repro¬ 
duire  à  plusieurs  reprises  et  à  des  intervalles  variés.  Dans  ces  cas,  ces 
éruptions  se  sont  prolongées  pendant  deux  ou  trois  septénaires,  et  ont  dis¬ 
paru,  sans  laisser  d’autre  trace  qu’une  légère  desquammation. 

Revenons  un  peu,  en  ce  point,  sur  le  fait  de  l’anesthésie  et  de  ses  con¬ 
séquences  ;  après  avoir  affecté  la  peau  et  les  muscles,  elle  s’étend  en  profon¬ 
deur  jusqu’à  envahir  les  os  eux-mêmes,  et  à  entraîner  la  perte  d’un  doigt, 
d’une  main,  d’un  membre  entier,  sans  que  le  malade  en  ait  conscience.il 
survient  alors  de  graves  altérations,  semblables  à  celles  qu’on  observe  dans 
certaines  affections  des  centres  nerveux.  C’est  ainsi  qu’apparaissent  des 
fedons  des  tendons,  donnant  lieu  à  une  contracture  permanente,  princi¬ 
palement  aux  doigts,  des  gonflements  des  articulations,  semblables  à  ces 
arthropathies  signalées  dans  l’alaxie  locomotrice,  et  même  des  gangrènes 
spontanées,  survenant  dans  les  doigts,  les  orteils  et  les  membres,  de  ma¬ 
nière  à  amener  la  séparation  totale  d’un  pied,  d’uné  main,  et  quelquefois 
d’une  partie  plus  considérable  encore.  Nous  croyons  qu’on  peut  avec  rai¬ 
son  rapprocher  ces  mutilations  spontanées  des  lésions  semblables  qu’on 
observe  dans  la  maladie  désignée  sous  le  nom  de  gangrène  des  extrémités, 
onde  sclérodermie.  Dans  un  cas,  comme  dans  l’autre,  il  doit  y  avoir  une 
lésion  profonde  du  système  nerveux  central,  qui  préside  à  ce  résultat 
de  l’altération  si  grave  de  la  nutrition. 

La  circulation  générale  est  peu  troublée  ;  ce  n’est  qu’avec  une  complica¬ 
tion  qu’on  observe  l’élévation  du  pouls.  Rayer  avait  même  indiqué  un  ra¬ 
lentissement  du  pouls  qui  descendait,  d’après  lui,  à  50  et  40  pulsations 
parminute.  Le  sang  est  altéré  chimiquement,  comme  nous  l’avons  dit;  on 
y  observe  peut  être  aussi  un  peu  plus  de  globules  blancs  que  d’habitude. 

Les  organes  génitaux  sont  affectés  assez  vite  dans  les  deux  sexes  ;  il  se 
produit  une  atrophie  des  testicules  et  des  ovaires.  Est-ce  sous  l’influence 
de  ce  travail  atrophique  que  surviennent  chez  les  malades  le  satyriasis  et 
la  nymphomanie  qu’on  a  observés  dans  certains  cas?  Il  est  cependant  des 
auteurs,  parmi  lesquels  nous  citerons  Rayer  et  Adams,  qui  n’ont  jamais 
rencontré  que  de  la  frigidité,  au  lieu  du  libido  inexplebilis  indiqué  par 
leurs  contradicteurs.  Ici  doit  se  placer  la  question  de  savoir  si  les  lépreux 
peuvent  se  reproduire  :  quand  la  maladie  a  commencé  avant  l’age  de  la 


/ 

574  LÈPRE,  i —  SYMPTÔMES. 

puberté,  nous  n’hésitons  pas  à  dire  qu’il  y  aura  impuissance.  Mais,  quand 
la  lèpre  n’est  intervenue  que  plus  tard,  elle  n’enlève  pas  brusquement  aux 
deux  sexes  les  attributs  que  chacun  possède.  L’atrophie  qui  envahit  les 
organes,  et  qui,  d’après  certains  auteurs,  s’étendrait  aux  mamelles  chez 
la  femme,  peut  se  trouver  compliquée,  dans  un  état  avancé  delà  maladie, 
de  la  présence  d’ulcérations  et  de  tubercules  sur  toutes  les  parties  génitales 
externes.  La  menstruation  semble  supprimée  chez  la  majorité  des  fem¬ 
mes  :  on  comprend  ce  phénomène,  si  l’on  réfléchit  que  l’atrophie  de 
l’ovaire  entraîne  la  destruction  des  vésicules  de  de  Graaf. 

La  température  de  la  peau  est  en  général  diminuée;  dans  d’autres  cas, 
elle  est  augmentée,  surtout  au  moment  des  poussées,  et  c’est  alors  que  le 
thermomètre  peut  monter  jusqu’à  40“  et  plus,  fait  obseiTé  plusieurs  fois. 

L’intelligence  conserve  son  intégrité  jusqu’à  la  fin,  cependant  elle  peut 
faiblir  pendant  la  dernière  période  de  la  maladie. 

Telle  est  la  description  générale  de  la  lèpre.  Mais,  ainsi  que  nous  avons 
pu  le  laisser  entrevoir,  elle  peut  se  présenter  sous  deux  formes  un  peu  dif¬ 
férentes  l’une  de  l’autre,  bien  que  l’on  rencontre  encore  parfois  les  deux 
formes  associées  ensemble.  Cazenave  et  Schedelont  proposé  d’adopter  l’ap¬ 
pellation  de  la  lèpre  en  hébreu  ,  et  de  donner  à  l’entité  morbide  que 
I  CI  s  décrivons  le  nom  de  tsarath.  Puis,  bien  que  n’admettant  que  deux 
genres  de  lèpre,  et  ne  voyant  qu’une  seule  et  même  maladie,  mais  qui 
débute  de  deux  façons  différentes,  ils  ont  proposé  les  termes  de  tsarath 
phymatode  (avec  tubercules)  et  tsarath  aphymatode  (sans  tubercules).  Au¬ 
jourd’hui  l’usage  a  prévalu  de  décrire  deux  formes  de  lèpre,  différenciées, 
l’une  par  la  présence  et  le  développement  des  tubercules,  formé  tubercu¬ 
leuse;  l’autre,  dans  laquelle  prédominent  les  troubles  de  la  sensibililé, 
forme  anesthésique.  Nous  croyons  devoir  adopter  cette  marche,  et  indi¬ 
quer  ainsi  successivement  les  légères  différences  qui  légitiment  à  nos  yeux 
une  pareille  division. 

La  forme  tuberculeuse,  a-t-on  dit,  a  des  manifestations  essentiellement  • 
cutanées.  En  effet,  c’est  surtout  du  côté  de  la  peau  que  se  montrent 
d’abord  les  atteintes  du  mal,  et  ce  n’est  qu’à  une  période  beaucoup  plus 
avancée  qu’il  envahit  les  organes  :  nous  devons  ajouter  cependant  qu’à 
cette  période,  les  lésions  des  muqueuses  deviennént  au  moins  aussi  graves 
que  celles  de  la  peau. 

Le  propre  de  la  période  prodromique,  dans  la  forme  tuberculeuse,  est 
un  grand  anéantissement  physique  ;  le  malade  a  une  si  grande  tendance 
au  sommeil  qu’il  s’endort  en  société  :  il  éprouve  une  telle  fatigue,  que 
le  moindre  mouvement  est  pour  lui  un  travail;  son  corps  devient  un 
fardeau.  Il  ressent  des  frissons  légers,  des  douleurs  fugitives,  une  sensa¬ 
tion  d’oppression,  de  la  perte  d’appétit,  des  nausées,  des  vomissements. 

Cet  état  prodromique  peut  ainsi  durer  un  temps  plus  ou  moins  long, 
quelques  semaines  ou  plusieurs  mois,  puis  l’on  voit  apparaître,  sur  la  peau 
du  visage ,  des  taches  plus  ou  moins  étendues ,  plus  ou  moins  colorées, 
plus  ou  moins  saillantes.  A  ce  moment,  les  signes  prodromiques  généraux 
s’amendent.  Les  taches  sont  d’abord  éphémères  :  elles  s’effacent  an  bout 


LÈPRE.  —  SYMPTÔMES.  375 

d’un  certain  temps,  pour  reparaître  à  des  intervalles  indéterminés,  jusqu’à 
ce  qu’elles  deviennent  persistantes,  et  ne  disparaissent,  ni  spontanément, 
ni  à  la  pression.  Elles  affectent  deux  formes  distinctes  :  les  unes  petites, 
arrondies,  régulières,  varient  du  rouge  au  brun;  d’autres, au  contraire, 
plus  larges,  irrégulières,  affectent  une  coloration  noirâtre  {morphée  noire). 
C’est  en  général  sur  le  visage,  les  joues,  les  oreilles  que  se  montrent  ces 
taches,  qui  gagnent  ensuite  les  membres  et  le  tronc,  toujours  en  affectant  ce 
caractère  d’apparaître  et  de  disparaître  pendant  un  temps  plus  ou  moins 
long,  pour  revenir  et  se  fixer  définitivement  en  leur  lieu  d’apparition  pri¬ 
mitif. 

Les  taches  entraînent  avec  elles  une  notable  modification  de  la  peau, 
qui  cause  la  chute  des  poils,  en  sorte  que,  comme  elles  apparaissent 
d’abord  de  préférence  sur  le  front  et  les  sourcils,  la  chute  de  ceux-ci  est 
une  des  premières  manifestations  de  la  lèpre.  Ce  fait  est  considéré  en  gé¬ 
néral  comme  un  signe  certain  de  la  maladie. 

Lorsque  ces  taches  sont  depuis  quelque  temps  stationnaires,  on  voit 
survenir  à  leur  surface  ou  à  côté  d’elles  des  tubercules  ;  là  peau  s’épaissit, 
elle  fait  saillie,  elle  s’indure,  elle  se  colore  d’une  façon  brunâtre,  et  voilà 
un  tubercule  établi.  Ces  tumeurs  sont  isolées  ou  confluentes;  elles  appa¬ 
raissent  lentement  et  sans  douleur,  ou  un  peu  plus  vite,  en  produisant  à 
la  peau  une  sensation  d’agacement,  avec  lassitude,  malaise  général  et 
fièvre.  La  tuméfaction  s’accroît,  la  base  s’indure,  et  la  maladie  peut  rester 
longtemps  stationnaire  dans  cet  état.  C’est  au  visage  et  à  la  tête  que  les 
tubercules  se  montrent  d’abord.  Au  niveau  du  bord  libre  de  la  conque  de 
l’oreille,  ils  donnent  la  sensation  de  grains  de  plomb  qui  rouleraient  entre 
les  doigts,  signe  important  au  point  de  vue  du  diagnostic. 

La  forme  des  tubercules  est  variable  :  arrondis,  allongés,  saillants,  plats, 
suivant  la  partie  du  corps  où  ils  sont  situés,  et  suivant  qu’ils  subissent,  ou 
non,  une  pression  quelconque,  due  aux  vêtements  ou  à  une  autre  cause. 

D’ordinaire  ils  se  trouvent  peu  à  peu  modifiés  par  des  poussées  aiguës, 
irrégulières,  d’une  durée  assez  courte,  pendant  lesquelles  le  pouls  monte 
à  120,  130  pulsations,  et  qu’on  pourrait  prendre,  si  l’on  n’était  averti, 
pour  de  l’érythème  noueux.  A  chacune  de  ces  éruptions  successives,  la 
tuniéfaction  du  tubercule  augmente,  le  dépôt  de  matière  s’épaissit,  et  la 
maladie  fait  des  progrès.  Toutefois,  si  l’on  voit  ainsi  certains  tubercules 
augmenter  de  volume,  il  en  est  qui  peuvent  diminuer  et  disparaître  ;  mais 
ce  processus,  s’il  est  général,  est,  d’ordinaire,  d’un  très-fâcheux  pronostic, 
car  il  indique  l’invasion  des  organes  internes  par  la  matière  tuberculeuse, 
la  terminaison  la  plus  fréquente  des  tubercules  est  le  ramollissement  et 
l’ulcération. 

Mais  ces  ulcérations  peuvent  aussi  venir  spontanément,  sans  avoir  été 
précédées  de  tubercules,  et  succéder  directement  aux  grandes  taches  irré¬ 
gulières,  noirâtres,  que  nous  avons  signalées  tout  à  l’heure.  Ces  taches 
diflèrent  de  celles  que  nous  avons  décrites,  en  ce  qu’elles  sont  extrême¬ 
ment  irrégulières,  plus  larges,  variant  de  la  dimension  d’une  pièce  de 
cinq  francs  jusqu’à  celle  de  la  paume  de  la  main,  et  qu’ elles  siègent  sur- 


376 


LÈPRE.  -  SYMPTÔMES. 

tout  aux  extrémités,  peu  au  tronc,  et  jamais  au  visage.  En  se  réunissant, 
elles  peuvent  former  de  grands  espaces  légèrement  arrondis,  à  coloration 
brune,  presque  noirâtre,  sur  lesquels  la  peau  est  lisse  et  souple  ;  seule¬ 
ment  elle  est  affectée  d’une  desquamation  de  fines  écailles  très-petites. 
Malgré  ces  caractères,  la  peau  de  ces  parties  peut  être  également  affectée, 
en  ces  points,  des  mêmes  taches  livides  qui  sont  l’une  des  origines  des  tu¬ 
bercules.  Peu  à  peu  ces  taches  se  gonflent,  elles  font  saillie  d’un  demi- 
millimètre  au-dessus  de  la  peau  voisine  ;  elles  deviennent  le  siège  d’un 
prurit  parfois  intense;  la  peau  est  peu  sensible,  elle  ne  sécrète  plus  de 
sueur  ;  la  matière  tuberculeuse  s’y  dépose,  s’y  épaissit,  s’y  ramollit,  la 
peau  s’ulcère,  et  on  a  une  solution  de  continuité  plus  ou  moins  vaste, 
exactement  comme  à  la  suite  de  la  fonte  d’un  tubercule. 

Ces  ulcères,  une  fois  établis,  ont  peu  de  tendance  à  la  cicatrisation.  Ils 
sécrètent  une  matière  jaunâtre,  sanieuse,  d’une  odeur  repoussante,  qui 
se  concrète  sur  les  bords  en  croûtes  d’un  brun  jaunâtre,  au-dessous  des¬ 
quelles  s’accumulent  les  produits  de  sécrétion.  H  y  a  souvent  plusieurs 
poussées  successives  de  ramollissement  des  tubercules.  Et  à  ce  propos,  il 
est  intéressant  de  noter  que  les  symptômes  généraux  s’amendent,  et  que 
les  tubercules  des  autres  régions  s’amoindrissent  quand  il  y  a  une  ulcé¬ 
ration  assez  étendue.  Lorsque  au  contraire  il  y  a  tendance  à  la  guérison, 
on  voit  se  produire  une  nouvelle  fluxion  du  côté  d’autres  tubercules,  et  l’on 
note  des  signes  généraux  de  malaise,  de  fièvre,  etc. 

Il  est  une  autre  forme  d’ulcération  qui  vient  sur  les  extrémités  sans 
avoir  été  précédée  par  des  tubercules  ;  sur  la  jambe  principalement,  à  un 
endroit  infiltré,  apparaissent  de  vives  douleurs,  suivies,  en  très-peu  de 
temps,  de  la.  formation  d’un  corps  dur,  qui  s’ulcère  et  envahit  rapide¬ 
ment  tout  le  pourtour  du  membre.  A  cette  période,  le  malade  se  sent 
mieux,  en  raison  de  la  quantité  considérable  de  sécrétion  que  fournit  cet 
ulcère.  Aussi  doit-on  se  garder  avec  grand  soin  de  le  faire  guérir  trop 
vite,  sans  quoi  la  santé  générale  aurait  à  en  souffrir. 

Les  cicatrices  qui  se  forment  à  la  suite  de  ces  diverses  ulcérations,  sont 
irrégulières,  blanches,  inégales,  consistantes,  saillantes  au-dessus  de  la 
peau  ;  au  contraire  elles  sont  rondes,  enfoncées  et  minces,  quand  elles 
succèdent  à  la  guérison  des  tubercules  sans  ulcération;  celles-ci  sont 
molles,  d’un  gris  sale,  qui  laisse  apercevoir  çà  et  là  des  points  plus  clairs. 

Nous  résumons  les  signes  suivants,  sur  lesquels  nous  avons  déjà  in¬ 
sisté,  dans  la  description  générale  de  la  maladie  ;  Infiltration  tuberculeuse 
du  tissu  cellulaire,  se  présentant  sous  deux  formes  différentes,  suppres¬ 
sion  de  la  sueur  et  augmentation  des  produits  sébacés  sur  les  parties 
affectées,  d’où  l’aspect  luisant  du  corps,  apparition  des  tubercules  dans  la 
bouche,  sur  les  joues,  la  langue,  les  gencives,  dans  les  fosses  nasales,  sur 
le  voile  du  palais,  dans  le  larynx,  rétrécissement  des  voies  respiratoires, 
dyspnée,  parfois  asphyxie,  mort  dans  une  quinte  de  toux. 

La  vue  est  notablement  gênée  ou  même  abolie  par  la  présence  de  tu¬ 
bercules  sur  les  paupières  ou  sur  leurs  bords  libres,  sur  la  conjonctive, 
la  cornée,  ou  dans  la  chambre  antérieure,  et  jusque  sur  l’iris.  De  là  des 


LÈPRE.  —  SYMPTÔMES.  577 

blépharites,  des  conjonctivites,  des  kératites,  des  iritis.  De  là  des  syné¬ 
chies  antérieures,  des  oblitérations  de  la  pupille,  de  là  même  des  cata¬ 
ractes.  Rarement  on  observe  un  hypopyon.  On  conçoit  que  nous  ne 
revenions  pas  sur  le  développement  de  toutes  ces  affections  oculaires, 
dont  nous  avons  esquissé  plus  haut  les  caractères  anatomo-pathologiques. 
D’une  façon  générale,  les  lésions  de  la  lèpre  entraînent  la  congestion  du 
globe  oculaire,  puis  des  modifications  des  membranes  et  des  humeurs, 
enfin  parfois  l’œil  se  vide,  et  la  vue  se  perd  complètement.  Les  quelques 
recherches  faites  jusqu’à  ce  jour,  au  moyen  de  l’ophthalmoscope ,  n’ont 
pas  encore  fait  connaître  de  lésion  de  la  papille  ni  de  la  rétine.  Le  déve¬ 
loppement  des  tubercules  sur  les  paupières  et  leur  bord  libre,  déforme  la 
fente  palpébrale.  D’allongée  et  d'ovoïde  qu’elle  était,  elle  est  rendue  ar¬ 
rondie  et  presque  circulaire  :  les  surfaces  ulcérées  contractent  des  adhé¬ 
rences  avec  la  sclérotique,  et  Fœil  se  trouve  immobilisé  dans  la  cavité  de 
l'orbite.  On  comprend  que  tous  ces  troubles  dans  le  globe  oculaire  amè¬ 
nent  avec  eux  des  douleurs  parfois  insupportables,  accompagnées  d’un 
accroissement  de  la  sécrétion  lacrymale.  D’autres  fois  l’œil  forme  une 
tumeur  si  saillante  en  avant,  qu’il  tend  à  faire  hernie  entre  les  deux  pau¬ 
pières  qui  ne  sauraient  le  contenir,  et  ce  n’est  que  quand  le  travail  ulcé- 
ratif  est  terminé  et  que  l’œil  s’ est  vidé,  qu’il  y  a  un  peu  de  diminution 
dans  la  violence  des  douleurs.  Il  peut  arriver  que  la  marche,  essentielle¬ 
ment  chronique,  des  troubles  oculaires  subisse  un  temps  d’arrêt,  et  que 
le  malade,  qui  voit  diminuer  ses  douleurs,  s’applaudisse  de  ce  répit  comme 
d’un  progrès  vers  la  guérison.  Qu’un  praticien  expérimenté  ne  s’y  trompe 
pas:  peu  à  peu  les  douleurs  reviennent,  intermittentes  ,  périodiques,  puis 
continues,  et  la  vue  recommence  à  baisser  jusqu’à  ce  qu’elle  se  perde  tout 
à  fait. 

L’ouïe  peut  être  affaiblie  ou  même  supprimée  ;  la  présence  de  tuber¬ 
cules  et  d’ulcérations  dans  le  conduit  auditif  externe  a  parfois  entraîné 
le  rétrécissement  ou  l’oblitération  des  voies  auditives. 

On  note  encore,  même  dans  une  période  peu  avancée  delà  maladie,  le 
gonflement  de  certaines  glandes.  C’est  ainsi  que  la  pléiade  ganglionnaire 
de  l’aine  s’engorge  dès  le  début.  Plus  tard,  et  avec  les  progrès  de  la  ma¬ 
ladie,  à  l’aisselle,  au  cou,  on  voit  se  former  des  tumeurs  de  la  grosseur 
d’un  œuf  d’oie,  qui,  d’abord  indolentes,  se  ramollissent,  et,  en  cer¬ 
tains  cas,  finissent  par  suppurer.  Celles  du  cou  peuvent  entraîner  avec 
elles  des  difficultés  dans  la  respiration  et  la  déglutition,  et  aggraver  d’une 
manière  fâcheuse  les  troubles  que  le  malade  présente  déjà  du  côté  de  ses 
wies  respiratoires.  On  a  dit  que  le  ramollissement  et  la  suppuration  de 
cesglandes  peuvent  avoir  une  influence  favorable  sur  la  santé  générale.  Ce 
fait  est  rare  ;  en  effet,  comme  elles  ne  prennent  un  pareil  accroissement 
que  dans  la  période  ultime  de  la  maladie,  elles  hâtent  plutôt  le  dénou- 
ment  funeste  qu’elles  ne  viennent  l’enrayer. 

lorsque  la  lèpre  en  est  arrivée  là,  la  vie  du  malade  ne  tient  plus  qu’à 
des  chances  bien  minimes.  Le  moral,  affecté,  ne  réagit  plus  pour  soutenir 
le  sujet;  le  physique  est  plongé  dans  une  prostration  profonde.  Privé 


378 


LÈPRE.  -  SYMPTÔMES. 


plus  ou  moins  de  la  vue,  de  l’odorat,  de  l’ouïe,  en  partie  insensible,  su¬ 
jet  à  des  accès  d’oppression  qui  peuvent  l’emporter,  le  lépreux  est  un 
objet  d’horreur  pour  lui-même  et  pour  les  autres.  Son  aspect  d’ailleurs 
a  quelque  chose  de  repoussant,  et  nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de' 
citer  ici  en  entier  un  passage  du  livre  de  Bazin,  où  la  description  du  vi¬ 
sage  d’un  spédaisque  nous  paraît  très-exacte  et  assez  frappante,  pour  en 
fixer  dans  l’esprit  les  principaux  caractères  : 

On  peut  se  faire  une  idée,  dit-il,  «  de  l’aspect  bizarre  et  caractéristi¬ 
que  que  la  lèpre  tuberculeuse  imprime  à  la  physionomie  humaine  :  les 
téguments  du  front  forment  une  couche  épaisse  et  proéminente,  sur  la¬ 
quelle  se  détachent  confusément  des  nodosités  profondes,  des  tubercules 
d’une  teinte  brune  ou  violacée  ;  des  rides,  de  larges  sillons  se  creusent; 
les  régions  sourcilières,  dégarnies  de  poils,  se  tuméfient  énormément  et 
se  projettent  au-devant  des  globes  oculaires  plus  ou  moins  altérés  eux- 
mêmes;  le  nez  est  écrasé,  élargi,  réduit  parfois  à  un  moignon  informe;  les 
lèvres  sont  épaisses,  chargées  de  tubercules;  les  pommettes  saillantes,  ma 
melonnées,  rougeâtres;  les  oreilles  deviennent  monstrueuses  ;  si  le  malade 
ouvre  la  bouche,  sa  muqueuse  apparaît  semée  de  granulations  ou  de  ma¬ 
cules  comme  ecchymotiques.  Joignez  à  tout  cela  la  chute  des  cils,  de  la 
chevelure,  l’aspect  huileux  de  la  peau,  les  ulcérations  rebelles,  lescroûtes 
noirâtres,  la  fétidité  de  l’haleine,  l’expression  de  souffrance  et  d’hébétude 
répandue  sur  la  face,  et  vous  comprendrez  à  quel  point  la  maladie,  à  son 
plus  haut  degré,  peut  transformer  le  visage  de  l’homme.  C’est  pour  re¬ 
tracer  sans  doute  ces  hideuses  métamorphoses  que  les  anciens  avaient  em¬ 
ployé  les  dénominations  de  satyriasis,  de  léontiasis,  etc.,  tirées  dé  la 
comparaison  avec  les  satyres  fabuleux,  les  lions  ou  autres  animaux  fé¬ 
roces.  » 

La  forme  anesthésique  ou  maligne  est  beaucoup  plus  grave  que  la  pré¬ 
cédente;  les  désordres  qu’elle  amène,  quoique  paraissant  moins  profonè 
que  ceux  de  la  forme  tuberculeuse,  rendent  la  vie  des  lépreux  anesthé¬ 
siques  encore  bien  plus  lamentable. 

Au  début,  l’état  moral  est  mauvais  ;  mais  les  signes  prodromiques,  les 
mêmes  que  ceux  de  la  lèpre  tuberculeuse,  sont  encore  plus  furtifs  que 
dans  celle-ci.  Le  malade  ressent  des  frissons  légers  et  comme  une  sensation 
d’engourdissement  général.  Il  a  des  idées  noires  et  se  laisse  volontiers 
absorber  par  son  chagrin.  Cet  état  peut  persister  pendant  assez  longtemps, 
parfois  même  pendant  des  années,  et  on  ne  voit  se  produire  aucune  lé¬ 
sion  essentielle. 

Tout  d’un  coup,  un  certain  jour,  il  se  montre  en  un  point  du  corps 
une  éruption  de  bulles  pemphigoïdes,  principalement  aux  extrémités, 
presque  jamais  au  visage.  Les  plantes  des  pieds  et  les  paumes  des  mains 
sont  le  siège  de  prédilection  de  ces  éruptions  ;  leur  caractère  est  leur 
brusque  apparition,  parfois  même  à  l’insu  du  malade  ;  en  effet,  comme 
la  durée  des  bulles  est  excessivement  courte,  il  n’est  pas  rare,  un  matin, 
de  constater  la  présence  d’une  vaste  ulcération  qui  a  succédé  à  la  rup¬ 
ture  d’une  bulle  apparue  pendant  la  nuit  chez  le  malade  inconscient. 


LÈPRE.  —  SYMPTÔMES.  379 

leurs  dimensions  .sont  variables  ;  elles  sont  comprises  entre  le  volume 
d’une  noix  et  celui  d’un  œuf  de  poule,  à  moitié  remplies  d’un  liquide  vis¬ 
queux,  semi-transparent  et  d’un  aspect  laiteux.  Lorsqu’elles  sont  rom¬ 
pues,  l’épiderme,  assez  épais,  se  détache  et  tombe.  Il  reste  alors  une  sur¬ 
face  ulcérée  ronge,  qui  ne  s’étend  ni  en  largeur  ni  en  profondeur,  et  qui 
peut  causer  quelques  douleurs.  Elles  se  recouvrent  assez  rapidement  de 
croûtes,  qui  tombent  elles-mêmes  pour  faire  place  à  d’autres.  Successive¬ 
ment  ainsi  apparaissent,  parfois  pendant  des  années,  des  éruptions  pem- 
phigoïdes  produisant  des  ulcères;  ceux-ci  sont  légèrement  insensibles, 
ainsi  que  les  cicatrices  blanchâtres,  arrondies,  amincies,  qui  leur  suc¬ 
cèdent.  Nous  devons  ajouter  que,  pendant  cette  période  de  temps,  il  y  a 
sédation  dans  les  symptômes  généraux,  et  que  le  malade  s’applaudit  beau¬ 
coup  de  son  amélioration.  Remarquons  également  que  cette  apparition  de 
kUes  pemphigoïdes  successives  est  un  signe  aussi  caractéristique  que 
la  chute  des  sourcils,  dans  la  forme  tuberculeuse. 

Très-peu  de  temps  après  la  naissance  des  bulles,  on  note  la  présence  de 
taèes  douées  d’une  assez  vive  démangeaison,  qui  attire  l’attention  du 
malade.  Elles  sont  fort  irrégulières,  variant  de  la  grandeur  d’une  pièce 
de  monnaie  à  celle  de  la  paume  de  la  main  ;  elles  sont  beaucoup  plus 
blanches  [morphée  blanche)  et  de  même  niveau  que  la  peau  environnante  ; 
il  y  a  une  légère  desquamation  à  leur  surface.  Sans  apparaître  d’une 
façon  constante,  elles  appartiennent,  quand  elles  se  montrent,  à  la  forme 
anesthésique. 

L’amélioration  ressentie  par  le  malade  n’est  pas  de  longue  durée  ;  sur 
lasurface  des  ulcérations,  sur  les  taches,  parfois  sur  une  partie  considé¬ 
rable  d’un  membre,  parfois  même  sur  la  totalité  du  corps,  le  malade 
éprouve  une  hyperesthésie,  accompagnée  de  frissons,  et  produisant  l’effet 
de  la  piqûre  de  milliers  d’épingles.  Tout  mouvement,  tout  effort  devient 
impossible  ;  il  ne  saurait  porter  ses  aliments  à  sa  bouche,  et  succombe¬ 
rait  sans  le  secours  d’autrui.  Le  sommeil  est  troublé,  l’appétit  se  perd, 
les  sécrétions  se  suppriment,  et  la  peau  devient  d’une  siccité  remarquable. 
Cette  sensibilité  excessjve,  que  nous  avons  déjà  indiquée  au  début  de  la 
forme  tuberculeuse  (Rayer),  peut  durer  parfois  plusieurs  années.  Elle 
annonce  le  début  des  altérations  du  système  nerveux.  Mais  elle  finit  par 
céder  néanmoins  pour' faire  place  à  de  l’anesthésie,  qui  ne  fait  qu’augmenter 
jusqu’à  ce  qu’elle  soit  complète.  Cette  anesthésie,  d’ailleurs,  peut  être 
primitive  et  n’être  précédée  d’aucune  augmentation  de  sensibilité. 

La  peau  est  pâle,  sèche,  dure,  d’un  blanc  sale,  parcheminée,  mince, 
atrophiée.  Les  points  anesthésiés  sont  privés  de  sueur  et  de  sécrétion  sé¬ 
bacée,  pendant  que  les  parties  saines  sont  susceptibles  d’une  sueur  abon¬ 
dante.  Quand  l’anesthésie  s’est  étendue  sur  tout  le  corps,  la  démarche  du 
lépreux  offre  quelque  chose  de  caractéristique  :  il  jette,  en  quelque  sorte 
d’une  seule  fois,  les  plantes  des  pieds  contre  terre.  Le  visage  est  amaigri, 
jaune  paille  et  comme  cadavéreux;  les  joues  se  sont  affaissées;  le  bucci- 
nateurest  paralysé.  Comme  on  le  voit  si  bien  dans  l’atlas  de  Danielssen  et  de 
Bœck,  la  bouche  est  déviée,  asymétrique  ;  la  lèvre  supérieure  est  accolée 


380  LÈPRE.  —  SYMPTÔMES, 

à  la  mâchoire;  la  lèvre  inférieure,  renversée  en  bas,  laisse  écouler  la  sa¬ 
live  qui  corrode  la  peau.  La  gencive  pâlit  et  s’atrophie,  les  dents  se  dé¬ 
chaussent. 

Le  malade  se  plaint  de  vives  douleurs  dans  la  tête  ;  elles  sont  profondes, 
perçantes,  et  se  concentrent  à  la  racine  du  nez.  L’œil  se  dessèche  et  se 
détruit  par  le  manque  de  la  sécrétion  lacrymale,  et  la  vue  se  perd  de 
cette  manière  :  la  paupière  s’atrophie,  le  muscle  orbiculaire  se  paralyse, 
le  cartilage  tarse  s’amincit,  la  paupière  inférieure  se  relâche  et  donne 
lieu  à  la  production  d’un  ectropion.  Les  points  lacrymaux  sont  renversés, 
puis  détruits.  On  observe  parfois,  sur  la  cornée,  l’apparition  de  quelques 
vésicules;  mais  il  est  extrêmement  rare  qu’il  s’y  forme  des  ulcères  qui 
la  pénètrent  et  détruisent  l’œil.  L’iritis  ne  survient  qu’exceptionnelle- 
ment.  Nous  sommes  loin,  on  le  voit,  des  cruelles  lésions  oculaires  de  la 
forme  tuberculeuse  ;  mais,  en  somme,  nous  en  arrivons  au  même  résultat, 
qui  est  la  perte  de  la  vue.  La  cavité  nasale,  sèche  d’abord,  finit  par  de¬ 
venir  le  siège  d’ulcères  qui  rongent  le  septum,  mais  moins  souvent  que 
dans  la  forme  tuberculeuse.  Le  goût  est  émoussé,  mais  l’ouïe  persiste. 

Pendant  ce  temps,  l’anesthésie  fait  des  progrès.  On  peut  impunément 
toucher  l’œâl,  tirailler,  pincer,  inciser  la  peau,  sans  que  le  malade  le 
sente  ;  celui-ci  peut  se  couper  un  doigt,  voire  même  un  membre,  et  se 
plonger  le  moignon  dans  de  la  poix  en  ébullition,  pour  arrêter  l’hémor¬ 
rhagie,  sans  éprouver  aucune  douleur.  La  nutrition  souffre  à  un  haut  degré; 
les  mains  s’amaigrissent  ;  les  muscles  des  éminences  thénar  et  hypothénar 
disparaissent,  signe  que  Danielssen  et  Bœck  considèrent  comme  caracté¬ 
ristique  de  la  lèpre.  Puis  la  maladie  envahit  le  tissu  cellulaire,  les  mus¬ 
cles,  et  la  motilité  se  perd.  C’est  alors  que  se  produit  le  phénomène  connu 
sous  le  nom  de  distorsion  des  pieds  et  des  mains.  Les  doigts  deviennent 
paresseux  et  courbés;  le  dos  des  mains  s’aplatit;  les  premières  phalanges 
s’étendent,  tandis  que  les  autres  se  recourbent  ;  ces  lésions  ne  font  que 
s’accroître,  et  il  vient  un  moment  où  il  est  impossible  de  les  vaincre. 

Alors,  en  un  point  de  la  peau  on  voit  apparaître  une  tache  bleuâtre  dou¬ 
loureuse,  qui  donne  lieu  à  un  ulcère  atonique,  avec  décollement  de  la 
peau,  atrophie  de  la  peau,  et  parfois  issue  de  parcelles  osseuses.  Ces  ul¬ 
cères  seraient,  d’après  les  auteurs,  d’un  pronostic  favorable  pour  les  mal¬ 
heureux  qu’ils, envahissent.  En  effet,  pendant  qu’ils  restent  ouverts,  la  santé 
générale  est  jrlutôt  meilleure.  Si,  au  contraire,  ils  viennent  à  se  fermer, 
vite  apparaît  le  cortège  des  symptômes  généraux  :  mal  de  tête  accablant, 
violents  frissons,  assoupissement  d’abord  léger,  bientôt  si  profond  que  le 
moral  est  anéanti  ;  la  mort  arrive  au  bout  de  trois  ou  quatre  jours. 

A  mesure  que  l’anesthésie  augmente,  le  processus  nécrobio  tique  fait  des 
progrès  :  après  la  peau  les  os,  après  les  os  les  articulations.  D’habitude, 
c’est  par  les  doigts  et  les  orteils  que  le  mal  commence.  Le  malade  se 
plaint  de  douleurs  affreuses,  surtout  la  nuit,  au  niveau  d’une  phalange; 
celle-ci  enfle,  rougit,  devient  chaude  et  tendue.  En  même  temps  il  y  a 
des  frissons,  de  la  fièvre,  symptômes  généraux  qui  cèdent  quand  la  peau 
s’est  percée  et  a  laissé  échapper  un  liquide  sanieux,  jaunâtre.  La  pha- 


381 


LÈPRE.  —  MARCHE,  DÜRÈE,  TERMINAISONS. 

lange  esta  nu,  déjà  ébranlée,  et  ne  tarde  pas  à  tomber.  Il  en  est  de  même 
aux  orteils.  La  peau  alors  se  rétracte  sur  l’os  voisin,  et  quand  toutes  les 
phalanges  ont  ainsi  disparu,  la  main,  d’après  Danielssen  et  Bœck,  serait 
comparable  à  la  patte  d’un  chien  groënlandais.  Les  grandes  articulations 
n’échappent  pas  non  plus  à  ce  travail  de  nécrose  ;  c’est  ainsi  que  les  au- 
teurssuédois  ont  vu  se  produire  deux  fois  la  chute  d’un,  pied  entier,  et 
une  fois  la  chute  d’une  main.  La  peau  du  cou-de-pied  et  les  ligaments  an¬ 
térieurs  de  l’articulation  ayant  cédé,  ils  ont  également  vu  se  faire  une 
luxation  de  la  jambe  sur  le  pied,  avec  issue  des  deux  os  de  la  jambe  par 
la  plaie. 

Le  plus  souvent  l’appétit  est  conservé;  mais  on  a  noté  delà  cardialgie 
etéu  pyrosis,  avec  éructations  aigres.  Toutefois,  ce  qui  inquiète  beau¬ 
coup  les  malades,  c’est  une  siccité  absolue  de  la  muqueuse  digestive,  et 
une  soif  énorme,  qui  poursuit  le  malade  jusqu’à  sa  fin. 

le  lépreux  se  plaint  parfois  d’avoir  froid;  il  voudrait  toujours  être 
emeloppé  dans  une  couverture,  et  appuyé  contre  un  poêle.  La  tempéra¬ 
ture  de  l’aisselle  a  varié  de  40°  à  36°;  celle  des  mains  est  tombée  de  53° 
à  20“  centigr. 

La  menstruation  est  irrégulière;  parfois  elle  cesse;  elle  ne  se  produit 
pas  quand  la  lèpre  se  montre  avant  l’époque  de  la  puberté.  L’instinct 
génital  disparaît,  comme  la  sensibilité  de  toutes  les  parties  du  corps,  par 
lefait  de  l’anesthésie.  Toutefois,  il  n’y  a  pas  d’impuissance;  certains  lé- 
prenx  anesthésiques  ont  pu  avoir  des  enfants  avec  une  femme  saine. 

Tous  ces  symptômes  se  déroulent  pendant  des  années  entières.  C’est 
peu  à  peu  que  le  malade  se  voit  s’en  aller,  et  l’anesthésie  marche  toujours 
d’un  pas  assuré.  Toutes  les  parties  s’atrophient  et  la  vie  s’éteint  imper¬ 
ceptiblement.  A  la  fin,  il  survient  une  diarrhée  colliquative,  ou  bien  le 
malade  succombe  au  milieu  de  crampes  et  de  convulsions. 

Marche,  durée,  terminaisons.  —  Ainsi  que  nous  l’avons  vu,  la 
mrche  de  la  lèpre  est  presque  constamment  chronique.  C’est  peu  à  peu, 
et  après  une  longue  durée  que  la  maladie  s’aggrave,  pour  arriver  enfin  à 
une  issue  funeste'. 

Toutefois,  il  peut  arriver,  très-rarement  il  est  vrai,  que  le  développe¬ 
ment  de  la  lèpre  suive  une  marche  aiguë,  ainsi  que  Danielssen  et  Bœck 
l’ont  noté  trois  fois  sur  150  cas.  «  Quand  cela  est  (p.  203),  il  survient 
Iréquemment,  sans  cause  occasionnelle,  de  violents  paroxysmes  de  fièvre, 
atec  de  vives  exacerbations  le  soir,  accompagnées  d’une  sensation  de  pe- 
sinteuretde  lassitude  dans  tout  le  corps,  et  alternant  avec  un  violent  mal 
detête,  des  délires  parfois  furibonds,  une  soif  brûlante,  une  peau  sèche, 
range,  et  comme  turgescente  ;  point  de  sommeil  ;  le  pouls  plein  :  120  à 
IdOpulsations  à  la  minute;  urine  insignifiante  et  assez. pâle;  langue  sèche 
etrouge;  constipation.  Après  que  ces  symptômes  ont  duré  12  à  15  jours, 
sans  la  moindre  diminution  de  violence,  il  se  manifeste  à  l’improviste  une 
éraption  de  taches  bleuâtres,  brillantes,  qui  se  répandent  presque  toujours 
partout  le  corps,  s’élèvent  promptement  au-dessus  de  la  surface  du 
derme,  s’accroissent,  tant  en  volume  qu’en  consistance,  sont  souvent  con- 


382 


LÈPRE.  -  MARCHE,  DÜRÉE,  TERMINAISONS. 

fluentes,  et  donnent  lieu  à  des  infiltrations  tuberculeuses  considérables. 
La  maladie  peut  alors,  en  peu  de  semaines,  exercer  tous  les  ravages  qui 
ne  se  réalisent  que  par  les  années  dans  la  marche  chronique.  Si  l’érup¬ 
tion  se  montre,  les  symptômes  généraux  indiqués  cessent  leur  intensité, 
s’évanouissent  peu  à  peu,  de  même  que  les  tubercules  se  développent  ;  et 
après  le  ramollissement  de  ceux-ci,  l’affection  prend  son  caractère  chro¬ 
nique  ;  mais  quand  ce  n’est  pas  là  le  cas,  il  se  déclare,  soit  une  pneumo¬ 
nie,  soit  une  pleurésie,  soit  une  méningite  qui  tue  le  malade  en  quelques 
jours.  Cette  marche  aiguë  est  si  rare  que,  dans  la  foule  immense  de  spé- 
dalsques,  soumis  à  nos  observations,  nous  avons  eu  l’occasion  d’examiner 
seulement  quatre  cas  de  cette  espèce.  » 

Ainsi  donc,  sauf  des  exceptions  à  peine  entrevues,  la  lèpre  suit  son 
cours  lentement  progressif,  et  c’est  dans  cette  marche  essentiellement 
chronique  qu’on  s’est  efforcé  d’introduire  des  divisions,  ou  stades,  ou  pé¬ 
riodes.  Comme  nous  l’avons  vu  plus  haut  en  traitant  des  symptômes,  Fuchs 
admettait  :  1"  la  période  de  prodromes  (stadium  prodromorum)  ;  2“  la  pé¬ 
riode  d’éruption  (stadium  eruptionis)  ;  3“  la  période  de  déformation  (sta¬ 
dium  deformationis)  ;  4“  la  période  d’ulcération  (stadium  ulcerationis). 

Pour  nous,  nous  admettrons  aussi  quatre  stades  dans  là  lèpre  ;  mais  ils 
diffèrent  un  peu  de  ceux  de  Fuchs;  ce  sont  les  stades  :  1“  d’invasion; 
2“  d’éruption  ;  3“  d’ulcération  ;  4“  de  cachexie. 

Première  période.  —  Invasion.  —  Ici  nous  observons  les  phéno¬ 
mènes  ou  troubles  physiques  et  moraux  signalés  comme  prodromes  de  la 
lèpre  :  affaissement  physique  et  moral,  découragement;  fatigue  exces¬ 
sive;  tendance  au  sommeil,  douleurs  vagues,  frissons  furtifs,  perte  de 
l’appétit,  nausées,  vomissements  ;  expression  de  tristesse  et  tendance  à  la 
solitude  ;  dyspepsies  et  perturbations  menstruelles  chez  la  femme.  C’est 
Hillairet  qui  a  le  plus  insisté  sur  la  constance  de  ces  signes  prodromi¬ 
ques,  que  l’on  retrouve  toujours,  dit-il,  quand  on  veut  bien  les  chercher. 
Puis,  après  plusieurs  semaines  ou  plusieurs  mois,  apparition  de  taches 
avec  altération  de  la  sensibilité  cutanée,  présentant  soit  de  l’hyperes¬ 
thésie,  soit  de  l’anesthésie,  soit  des  démangeaisons.  Avec  ces  taches  se 
montrent  déjà  quelquefois  de  la  desquamation  épidermique,  et  même  des 
éruptions  érythémateuses,  vésiculeuses  ou  bulbeuses.  Dans  cette  première 
période,  les  poils  s’altèrent  déjà,  et  si  la  maladie  se  développe  chez  un 
enfant,  malgré  la  persistance  apparente  de  la  santé  générale,  la  croissance 
est  arrêtée,  et  les  signes  de  la  puberté  ne  se  manifestent  pas. 

Deuxième  période.  —  Développement  des  tubercules.  —  La  peau  s’en¬ 
gorge  de  plus  en  plus,  et  il  se  forme  çà  et  là  des  tubercules  dermoïdes  : 
ils  débutent  par  les  oreilles,  par  le  visage,  et  lui  donnent  cet  aspect  carac¬ 
téristique  que  nous  avons  essayé  de  décrire  :  puis  ils  s’étendent  aux  or¬ 
ganes  ücs  sens,  aux  muqueuses,  et  y  déterminent  les  divers  symptômes 
que  nous  avons  indiqués  jusqu’à  ce  qu’ils  s’ulcèrent,  en  laissant  après  eux, 
des  traces  déprimées  et  affaissées  de  leur  passage. 

Troisième  période.  —  Ulcération.  —  Constituée  par  le  travail  nécrobio¬ 
tique  de  tous  les  organes  du  corps.  A  la  suite  de  la  fonte  d’un  tubercolci 


LÈPRE.  -  COMPLICATIOMS. 


585 


ou  simplement  de  la  présence  d’une  grande  tache  noire,  irrégulière  (mor- 
phée  noire),  il  se  produit  un  ulcère  atonique.  A  cette  époque  il  existe  un 
état  dyscrasique  du  sang,  une  altération  profonde  de  la  nutrition,  qui  ne 
permet  pas  au  travail  de  cicatrisation  de  se  montrer.  La  peau  disparaît, 
les  muscles  s’atrophient,  les  os  se  nécrosent  partiellement  ou  en  totalité. 
Là  se  produit  la  distorsion  des  pieds  et  des  mains,  la  chute  et  la  gangrène 
de  tout  ou  partie  des  membres.  C’est  par  les  maina,  les  bras  et  les  jambes 
que  commence  le  travail  morbide,  pour  s’étendre  delà  sur  le  tronc;  ce  n’est 
qu’exceptionnellement  qu’il  envahit  d’abord  ce  dernier. 

Quatrième  période.  —  Cachexie.  —  Ici  tous  les  symptômes  indiqués 
jusqu’alors,  sont  arrivés  au  maximum  de  leur  développement  ;  les  lésions 
mentionnées  font  de  rapides) progrès,  l’individu  s’amaigrit  de  plus  en  plus, 
puis  apparaissent  des  troubles  gastro-intestinaux  qui  annoncent  la  fin  du 
malade. 

Telle  est  la  succession  exacte  des  phénomènes  morbides  chez  un  lépreux 
qui  meurt  cachectique.  Toutefois,  nous  ferons  remarquer  qu’il  peut  suc¬ 
comber  asphyxié,  à  la  période  d’ulcération  ;  observons  aussi  qu’arrivé  à 
la  quatrième  période,  il  peut  présenter  sur  la  peau,  les  lésions  des  stades 
précédents.  Par  conséquent,  comme  nous  le  disions  en  commençant 
l'étude  des  symptômes,  la  division  en  stades  ou  périodes,  admise  univer¬ 
sellement  aujourd’hui,  est  bien  plutôt  un  classement  du  mode  d’appari¬ 
tion  des  lésions  cutanées  qu’une  division  exacte  des  signes  de  lama  - 
ladie. 

La  durée  de  la  lèpre  est  fort  longue  :  la  forme  aiguë  est  exceptionnelle. 
B’après  les  relevés  statistiques  de  Danielssen  et  Bœck,  à  l’hôpital  Bergen, 
cette  durée  serait ,  chiffres  moyens,  de  neuf  ans  et  demi  pour  la  forme 
tuberculeuse,  et  de  dix-huit  ans  et  demi  pour  la  forme  anesthésique. 
Brassac  cite  des  exemples  de  lèpre  ayant  duré  vingt,  trente  ans  et  même 
plus.  C’est  pendant  la  période  de  la ‘puberté  que  la  marche  [aurait  paru 
plus  rapide  et  la  maladie  plus  grave. , L’hygiène  et  les  soins  peuvent  beau¬ 
coup  prolonger  la  durée  de  la  vie  chez  les  lépreux.  En  France,  la  marche 
dé  la  maladie  est  peu  rapide,  parce  qu’en  général,  ils  sont  soustraits  aux 
influences  somatiques  et  climatériques  défavorables. 

Quant  aux  terminaisons,  il  est  des  cas,  rares,  il  est  vrai,  où  l’on  est 
appelé  à  constater  la  guérison  ;  et  cette  issue  favorable  ne  peut  être  mise 
en  doute,  alors  même  qu’on  conteste  la  réalité  de  la  guérison  complète 
de  certains  malades  chez  lesquels  il  a  existé  seulement  une  amélioration 
momentanée. 

La  terminaison  ordinaire  est  la  mort;  elle  résulte  des  progrès  inces¬ 
sants  de  la  maladie,  et  de  l’envahissement  successif  de  tous  les  organes 
mternes,  de  la  gravité  d’un  accident  dépendant  de  la  maladie,  ou  bien  du 
développement  d’une  maladie  intercurrente. 

Complications.  —  La  marche  de  la  lèpre  peut-être  plus  ou  moins 
modifiée  par  l’apparition  de  maladies  intercurrentes. 

Tout  d’abord  les  deux  formes  peuvent  se  compliquer  l’une  l’autre  ;  tel 
individu,  atteint  de  lèpre  anesthésique ,  présente  aussi  parfois  des  tu- 


584  LÈPRE.  -  COMPLICATIONS. 

hercules  plus  ou  moins  nombreux  ;  le  fait  s’est  présenté  à  l’hôpital  Saint- 
Louis,  à  l’observation  d’Hillairet.  Mais  dans  ces  cas,  il  s’établirait,  d’après 
Bœck,  une  sorte  d’antagonisme  entre  les  deux  formes,  dont  l’une  surmon¬ 
terait  l’autre  et  la  ferait  disparaître.  Bazin  voit  dans  ce  fait  un  argument 
de  plus  pour  l’unicité  de  cette  maladie,  bien  qu’elle  ait  deux  formes  dis¬ 
tinctes  de  développement. 

Les  fièvres  éruptives  exercent  toujours  une  certaine  influence  sur  la 
marche  de  la  spédalskhed.  La  variole,  en  général,  complique  d’une  ma¬ 
nière  fâcheuse,  les  manifestations  lépreuses.  Danielssen  et  Bœck  ont  con¬ 
staté  qu’une  épidémie  de  variole  avait  fait  beaucoup  de  victimes  parmi 
leurs  malades  spédalsques.  L’éruption  était  assez  régulière  sur  la  peau 
saine;  mais  les  tubercules  subissaient  une  poussée  bien  marquée.  Dans 
ce  cas,  le  médecin  doit  se  tenir  en  garde  contre  une  complication  terrible-, 
vu  les  lésions  de  la  lèpre  du  côté  des  voies  aériennes,  je  veux  parler  du 
gonflement  et  de  Tœdème  des  replis  aryténo- épiglottiques  qui  peuvent 
emporter  le  malade  par  asphyxie.  A  ces  cas  habituels  de  complication 
grave  delà  lèpre  par  la  variole,  nous  opposerons  un  fait  observé  en  1860: 
c’est  celui  d’un  Brésilien,  auquel  l’un  de  nous  (Hardy)  donnait  des  soins 
depuis  plusieurs  années  pour  une  lèpre  tuberculeuse  à  la  troisième  période; 
il  avait  été  vacciné  dans  son  enfance,  et  il  fut  atteint,  à  Paris,  d’une  vario- 
loïde  assez  bénigne.  Après  la  terminaison  heureuse  de  cette  maladie 
intercurrente,  les  .accidents  de  la  lèpre,  ulcérations,  tubercules ,  anes¬ 
thésie,  disparurent  assez  promptement,  et  au  bout  de  deux  mois,  la 
guérison  de  la  lèpre  était  complète.  Sur  nos  instances,  ce  Brésilien  resta 
encore  deux  années  en  France,  et  lorsqu’il  retourna  dans  son  pays,  au 
bout  de  ce  temps,  aucun  accident  n’avait  reparu. 

La  scarlatine,  la  rougeole,  la  varicelle,  bien  que  fréquentes ,  n’offrent 
aucune  particularité  à  noter. 

L’érysipèle  a  une  influence  un  peu  moins  grave  que  la  variole,  il  sti¬ 
mule  beaucoup  l’évolution  des  tubercules. 

Les  angioleucites  de  la  peau  entraînent,  comme  complications,  des  adé¬ 
nites  inguinales  ou  axillaires.  Les  eczémas  chroniques  peuvent  donner 
lieu  aux  mèmès  symptômes. 

La  gangrène  de  la  peau  ou  des  organes,  les  hémorrhagies,  les  abcès 
sont  des  accidents  nécessaires  de  la  maladie,  plutôt  que  des  complications. 
Aussi  ne  suivrons-nous  pas  Lamblin  dans  son  étude  des  complications  au 
travers  de  chaque  organe.  C’est  une  recherche  que  nous  avons  déjà  faite 
avec  grand  soin  à  propos  de  l’anatomie  pathologique. 

Mais  la  lèpre  peut  se  trouver  compliquée  de  syphilis.  Autrefois,  à  l’épo¬ 
que  d’apparition  de  celte  dernière,  et  quand  on  n’en  connaissait  pas  en¬ 
core  bien  les  symptômes  ,  on  a  pu  confondre  ensemble  les  deux  maladies. 
Cette  erreur  était  d’autant  plus  excusable,  d’après  Danielssen  et  Bœck, 
que  la  maladie  décrite  en  Norwége  sous  le  nom  de  radesyge,  et  dans  la¬ 
quelle  certains  auteurs  voient  la  lèpre,  ne  serait  elle-même  qu’une  forme 
maligne  de  la  syphilis.  Quoi  qu’il  en  soit,  un  lépreux  peut  être  atteint  de 
la  syphilis,  et  c’est  là  un  fort  grand  malheur  ;  car  la  spédalskhed  ne  sup- 


LÈPRE.  -  DIAGNOSTIC. 


385 


porte  pas  le  mercure,  et,  dans  ce  cas,  on  ne  saurait  s’opposer  aux  progrès 
delà  syphilis. 

Enfin  sur  l’autorité  de  Gordon,  Danielssen  et  Bœck  disent  que  la  lèpre 
et  la  fièvre  quarte  seraient  antagonistes.  Il  suffirait,  alors,  de  prendre  la 
fièvre  quarte  pour  échapper  à  la  lèpre.  On  aurait  cru  remarquer  la  même 
innocuité  chez  les  gens  atteints  de  la  peste. 

En  dernier  lieu,  signalons  que  la  lèpre  se  complique,  spécialement 
dans  sa  forme  anesthésique,  de  lésions  rénales  dont  aucune  douleur  ne 
vient  parfois  révéler  la  présence  :  œdème  des  membres  inférieurs,  albu¬ 
mine  dans  l'urine.  Le  malade  succombe  alors  à  tous  les  signes  de  la  né¬ 
phrite  albumineuse,  et  parfois  au  milieu  d’une  anasarque  généralisée. 

Diagnostic.  —  L’étude  séméiologique  de  l’éléphantiasis  des  Grecs 
comprend  deux  ordres  de  faits  :  le  malade  est-il  réellement  atteint  de  la 
lèpre?  C’est  là  le  diagnostic  différentiel  proprement  dit.  Si  la  maladie  est 
confirmée,  il  reste  à  faire  le  diagnostic  du  siège,  de  la  marche  et  de  la 
forme  de  l’affection. 

Au  point  de  vue  du  diagnostic  différentiel ,  on  pourrait  confondre  la 
lèpre  avec  le  mycosis  fongoïde,  l’éiéphantiasis  des  Arabes,  certaines  ulcé¬ 
rations  syphilitiques,  la  sclérodermie.  Nous  croyons,  du  reste,  qu’un 
observateur  attentif  no  saurait  méconnaître  une  entité  morbide  aussi  carac¬ 
térisée  que  la  lèpre;  mais  sa  rareté  dans  nos  climats  nous  paraît  légitimer 
les  détails  dans  lesquels  nous  allons  entrer. 

Le  mycosis  fongoïde  est  caractérisé  par  la  présence  de  taches  rouges,  de 
plaques  lichénoïdes  et  de  tumeurs  fongo'ides,  qui  peuvent  s’affaisser  et  dis¬ 
paraître  spontanément,  ou  s’ulcérer  et  s’agrandir,  en  donnant  naissance 
à  un  pus  ichoreux  et  fétide,  qui  baigne  une  surface  anfractueuse,  parfois 
fort  étendue.  Mais,  ainsi  que  le  fait  observer  Gillot,  ces  tumeurs  ne  sont 
pas  précédées,  comme  dans  la  lèpre,  d’anesthésie  et  de  taches  livides  ; 
c’est  là  un  caractère  absolument  essentiel  de  l'éléphantiasis  des  Grecs.  En 
outre,  l’affection  est  locale,  et  affecte  une  prédilection  marquée  pour  les 
membres  inférieurs. 

Nous  ne  ferons  qu’indiquer  ici  Y éléphantiasis  des  Arabes  que  l’on  ne 
saurait  certes  prendre  pour  la  lèpre  :  en  effet,  il  se  localise  sur  un  des 
membres  dont  il  affecte  en  général  le  système  lymphatique,  et  auquel  il 
imprime  cette  forme  et  cette  dureté  de  la  peau  caractéristiques,  et  que  tout 
le  monde  connaît.  Le  seul  cas  d’erreur  possible  est  celui  où  l’apparition 
de  la  maladie  serait  précédée  d’affections  chroniques  de  la  peau,  eczé¬ 
mas,  lichens,  etc.  Du  reste,  ni  taches,  ni  insensibilité. 

le  diagnostic  le  plus  important  et  le  plus  difficile  est  celui  de  la  lèpre 
die  h  syphilis.  Gellé-ci  offre  des  lésions  circonscrites,  et  elle  montre  une 
persistance  de  la  sensibilité  normale.  Il  est  vrai  que,  dans  la  syphilis,  là 
peauaffecte  une  colorationfhrune  assez  analogue  à  la  coloration  éléphantia- 
sique;  mais  on  voit  apparaître  des  ulcères  arrondis,  bien  délimités,  à  bords 
adhérents,  et  ces  ulcérations  sont  fréquemment  couvertes  de  croûtes 
épaisses,  dures,  inégales,  d’un  vert  foncé  ,  tandis  que,  dans  la  lèpre,  on 
trouve  des  éruptions  tuberculeuses  disséminées  un  peu  partout,  et  affectant 


LÈPRE.  —  PRONOSTIC. 


une  disposition  symétrique.  Dans  les  régions  où  existent  les  tubercules, 
on  voit  apparaître  un  œdème  sous-cutané  amenant  une  déformation  spé¬ 
ciale,  bien  marquée  aux  oreilles,  au  visage,  aux  mains,  aux  pieds.  Il  y  a 
des  taches  antérieures  aux  tubercules,  ou  coexistant  avec  eux.  On  note  des 
altérations  de  la  sensibilité  en  plus  ou  en  moins,  et,,  plus  tard,  des  ulcères 
irréguliers,  à  bords  décollés,  à  fond  sanieux  ;  les  croûtes  sont  grises  ou 
noirâtres,  et  elles  recouvrent  souvent  des  ulcérations  assez  profondes  pour 
amener  la  chute  des  doigts  ,  des  orteils  ou  même  de  membres  entiers. 
Dans  les  cas  douteux,  on  doit  savoir,  d’ailleurs,  que  le  traitement  con¬ 
stitue  un  précieux  moyen  de  diagnostic.  L’administration  combinée  du 
mercure  et  de  l’iodure  de  potassium  amène,  dans  la  syphilis,  une  prompte 
améliora' ion,  tandis  qu’elle  causerait,  dans  la  lèpre,  une  aggravation  de 
tous  les  symptômes. 

L’apparition  d’accidents  fébriles  au  début  de  la  lèpre  a  pu,  dit-on,  faire 
croire  à  l’existence  d’une  fièvre  intermittente.  C’est  alors  sur  les  commé¬ 
moratifs  que  l’on  devra  insister,  sur  la  santé  générale  du  sujet,  sur  la  pé¬ 
riodicité  des  accès  :  ici  encore,  un  sp^écifique  pourra  donner  la  clef  du 
diagnostic  :  le  sulfate  de  quinine  éclairera  le  médecin,  à  moins,  condition 
fort  rare,  qu’il  n’ait  affaire  à  une  lèpre  compliquée  d’accès  intermittents. 

La  sclérodermie  est  d’un  diagnostic  plus-délicat.- On-y  retrouve-l’état 
luisant,  l’épaississement  de  la  peau  et  les  bulles  ;  mais  l’état  anatomique 
diffère.  Dans  la  sclérodermie,  l’hyperesthésie,  l’anesthésie  et  l’atrophie 
musculaire,  quand  elles  existent,  sont  beaucoup  moins  prononcées  que 
dans  la  lèpre,  dont  elles  constituent,  on  le  sait-  un  des  grands  caractères. 
On  trouvera,  du  reste  cette  question  discutée  dans  un  travail  de  Lagrange. 

L’examen  de  la  sensibilité  devra  faire  reconnaître  les  éphélides  et  le  !)i- 
tiligo,  et  les  distinguer  des  taches  de  la  lèpre  :  souvent,  en  effet,  surtout 
aux  colonies,  les  éphélides  sont  larges  et  nombreuses ,  et  simulent  les 
taches  livides  del’éléphantiasis  des  Grecs. 

Le  diagnostic  du  siège  est  chose  assez  facile  dans  la  lèpre  tuberculeuse 
et  même  dans  la  lèpre  anesthésique  ;  l’intérêt  réel  qu’il  peut  présenter 
est  l’étude  des  lésions  plus  ou  moins  prononcées  du  système  nerveux.  En 
effet,  l’importance  du  diagnostic,  dans  ce  cas,  repose  sur  la  découverte 
plus  ou  moins  rapide  du  mal  à  son  début,  et  influe,  par  conséquent,  sur 
le  traitement  à  employer. 

Le  diagnostic  de  la  marche  a  aussi  son  intérêt  ;  c’est  lui  qui  permettra 
au  praticien  d’indiquer  la  durée  probable  de  l’affection  ;  c’est  aussi  dans 
ce  diagnostic  de  la  marche  que  rentrera  la  question  de  la  fièvre  inter¬ 
mittente. 

Enfin,  le  diagnostic  de  la  forme  nous  est  facile  après  l’étude  que  nous 
lavons  faite  de  tous  les  signes  de  la  lèpre  :  taches,  insensibilité,  tuber¬ 
cules,  ulcérations,  forme  tuberculeuse  ;  éruptions  bulleuses,  lividité  de 
a  peau,  insensibilité,  amaigrissement,  distorsion  des  membres,  chute 
des  articulations,  forme  anesthésique.  Ajoutons  que  les  deux  formes  peu¬ 
vent  se  compliquer  l’une  l’autre. 

Pronostic.  —  Il  va  sans  dire  que  le  pronostic  d’une  affection  telle 


387 


LÈPRE.  -  HYGIÈNE  PUBLIQUE  ET  POLICE  MÉDICALE. 

que  la  lèpre  est  presque  toujours  des  plus  graves.  Nous  avons  vu  que  la 
guérison  est  rare,  et  que  la  terminaison  la  plus  habituelle  est  la  mort.  Mais, 
si  on  ne  guérit  pas  la  lèpre,  est-ce  unè  raison  pour  l’abandonner  à  elle- 
même  ?  Non  sans  doute,  et  des  soins  constants  et  éclairés  peuvent  la  modi¬ 
fier  dans  un  sens  favorable,  et  venir  également  changer  un  peu  la  gravité 
dupronostic.  C’est  ainsi  que  nous  avons  constaté  une  grande  amélioration 
chez  les  Européens  qui  ont  pris  la  lèpre  dans  les  pays  chauds,  et  sont  re- 
yenus  se  faire  soigner  en  Europe.  Une  bonne  hygiène,  l’absence  des  gran¬ 
des  variations  de  température,  la  salubrité  plus  grande  des  habitations,  et, 
par-dessus fout,  un  régime  sévère,  tels  sont  les  agents  de  cette  améliora¬ 
tion.  Mais,  si  nous  pouvons  ainsi  enregistrer  un  arrêt  au  moins  momen¬ 
tané  dans  la  marche  de  la  lèpre,  il  nous  faut,  par  contre,  noter  la  gravité 
exceptionnelle  qu’imprime  la  présence  d’une  complication  ou  d’une  ma¬ 
ladie  intercurrente.  Souvent  les  deux  formes  se  compliquent  l’une  l’autre; 
mais  il  n’est  pas  rare,  dans  ce  cas,  de  voir  enfin  prédominer  l’une,  et, 
pour  ainsi  dire,  chasser  et  détruire  les  manifestations  de  l’autre.  Nous 
dirons  également  que  la  forme  anesthésique  nous  paraît  d’un  pronostic 
plus  grave  que  la  forme  tuberculeuse,  bien  que  celle-ci  semble  avoir  une 
durée  notablement  plus  grande. 

La  coïncidence  dé'  la  syphilis'  et  de  la  lèpre,  paraît  être  une  des  condi¬ 
tions  les  plus  défavorables;  car  le  traitement  de  la  première,  selon  les  au¬ 
teurs,  viendrait  considérablement  aggraver  la  seconde.  Enfin,  nous  savons 
que  l’apparition  de  la  lèpre  à  l’âge  de  la  puberté,  est  une  condition  fur 
neste,  et  que,  d’après  Danielssen  et  Bœck,  les  lèpres,  développées  à  cet 
âge,  seraient  plus  graves  et  plus  rapides  que  les  autres. 

Hygiène  publique  et  police  médicale.  — Dès  la  plus  haute  an¬ 
tiquité,  les  législateurs  se  sont  préoccupés  de  la  lèpre  et  ont  fait  des  règle¬ 
ments  pour  s’opposer  à  son  extension.  Moïse  est  le  premier  qui'nous  ait 
laissé,  aux  chapitres  xm  et  xiv  du  Lévitique,  un  ensemble  de  mesures  hy¬ 
giéniques,  prophylactiques  et  répressives  contre  les  lépreux.  Ceux  que  les 
prêtres  avaient  déclarés  impurs  devaient  sortir  du  camp  {Nombres,  V,  1-4) 
avec  leurs  habits  déchirés  et  souillés,  la  tête  nue,  la  bouche  enveloppée,  et 
rester  sequestré.s  jusqu’à  ce  qu’un  nouvel  examen  du  prêtre  les  déclarât 
guéris,  et  permît  de  faire  sur  eux  l’offrande  des  sacrifices  expiatoires. 
Ces  règles  étaient  si  précises  et  si  sévères  que  la  sœur  de  Moïse,  atteinte 
lie  lèpre,  se  vit  refuser  l’entrée  du  camp,  et  que,  plus  tard,  un  roi,  affecté 
lielamême  maladie,  dut  lui-même  se  soumettre  à  la  séquestration  [Rois, 
XV,  5). 

Un  peu  plus  tard,  nous  trouvons,  dans  les  écrits  de  Susrutas  et  d’Ar- 
diigène,  des  preuves  que  la  lèpre  était  réglementée  en  Perse,  600  ans  avant 
Jésus-Christ,  et,  dans  l’Inde,  à  peu  près  vers  la  même  époque. 

n  nous  faut  arriver  à  Arétée  pour  retrouver  une  relation  des  me¬ 
sures  hygiéniques  établies  contre  cette  maladie;  comme  Moïse,  il  con¬ 
seille  la  séquestration  des  malades,  et  il  ajoute  que  c’est  non-seulement 
d’après  des  lois  positives  qu’elle  avait  lieu,  mais  aussi  d’après  la  volonté 
des  malades  eux-mêmes. 


388 


LÈPRE.  -  HYGIÈKE  PODLIQDE  ET  POLICE  MÉDICALE. 

Nous  devons  franchir  une  longue  période  de  temps  et  arriver  au  hui¬ 
tième  siècle  pour  voir  la  séquestration  mise  en  pratique  par  la  fondation 
de  léproseries,  sous  la  direction  de  Nicolas  de  Corbie  en  France,  et  de 
l’abbé  Othmar  en  Allemagne.  C’est  en  757,  pour  la  première  fois,  qu’on 
rencontre  des  édits  de  Pé|)in  le  Bref  réglant  la  dissolution  du  mariage  des 
spédalsques;  la  constatation  de  la  lèpre  sur  l’un  des  conjoints  entraînait 
le  divorce,  et  celui  des  deux  qui  était  sain  pouvait  se  remarier.  En  789, 
Charlemagne  rendit  des  Ordonnances  sur  le  même  iujet,  et,  parmi  les 
plus  anciens  documents  de  cette  sorte,  on  cite  les  édits  du  roi  welche  Hot- 
Dha,  en  Grande-Bretagne,  mort  vers  950  ;  il  y  est  défendu  à  deux  con¬ 
joints,  dont  l’un  est  atteint  de  lèpre,  de  cohabiter  ensemble,  et  ils  doivent 
se  séparer. 

Mais  déjà,  depuis  longtemps,  l’usage  avait  établi  une  série  de  défenses 
à  l’égard  des  individus  affectés  de  la  lèpre;  ils  ne  devaient  point  pénétrer 
dans  les  villes,  sauf  à  des  époques  déterminées,  Pâques,  Noël  ;  ils  devaient 
annoncer  leur  approche  par  un  bruit  de  crécelle,  de  sonnette,  ou  par  un 
vêtement  d’une  couleur  indiqüée.  Ils  ne  pouvaient  manger  avec  des  indi¬ 
vidus  sains,  entrer  dans  les  maisons,  ni  s’approcher  de  trop  près  de  ceux 
qui  n’avaient  point  la  maladie.  Le  lépreux  était  réputé  comme  mort; 
avant  de  l’isoler  du  commerce  de  ses  ■sembiabies,mir-récTtait'snr  lui  les 
prières  des  morts  ;  bref,  il  était  mort  civilement,  c’est-à-dire  incapable 
de  gouverner  ses  biens,  de  tester,  d’être  appelé  en  témoignage,  etc. 

Dans  tes  Pays-Bas,  la  spedalskhed  apparut  vers  le  douzième  siècle, 
tandis  qu’en  Angleterre  elle  s’était  déjà  montrée  en  750;  vers  la  fin  du 
onzième  siècle,  Lanfranc,  évêque  de  Canterbury,  y  avait  fondé  deux  lé¬ 
proseries.  En  Scandinavie  et  en  Russie,  la  prophylaxie  de  la  lèpre  est  en¬ 
core  beaucoup  plus  tardive  ;  ce  n’est  qu’aux  douzième  et  treizième  siècles 
que  l’on  établit  des.  lazarets  destinés  à  isoler  les  malheureux  spédalsques. 

La  Suède,  la  Norwége  et  le  Danemark  ont  également  leurs  statuts  con¬ 
tre  ce  terrible  mal  depuis  longues  années  ;  ils  défendent,  dans  le  ma¬ 
riage,  à  l’un  des  conjoints  d’infecter  l’autre,  résultat  d’un  préjugé^  celui 
de  la  contagion  de  la  lèpre;  ils  permettaient  en  outre  à  l’époux  sain  de  se 
remarier  quand  sa  femme  était  internée  à  l’hôpital  Saint-Georges,  de 
Bergen,  pour  cause  de  spedalskhed  ;  les  lépreux  étaient  exempts  du  service 
militaire  (loi  norwégienne  de  Gulathing),  et  un  statut  urbain  général 
(1443)  du  roi  Christophe  de  Danemark  ordonnait  au  malade  de  se  trans¬ 
porter  à  l’hôpital  Saint-Georges,  dans  un  certain  délai,  sans  quoi  il  devait 
y  être  transporté  avec  ses  biens,  à  ses  frais  et  dépens. 

Bés  léproseries.  —  On  a  d’abord  construit,  pour  la  séquestration  des 
lépreux,  de  petites  huttes  misérables,  disparues  depuis  longtemps  dans 
les  pays  civilisés,  mais  dont  Bœck  a  retrouvé  des  traces  incontestables  dans 
Elle  de  Syra,  et  Savary  près  d’une  route,  dans  l’île  de  Candie. 

Mais  l’augmentation  rapide  du  nombre  des  lépreux  et  les  progrès  de 
l’hygiène  hospitalière  firent  fonder  des  maisons  plus  grandes  et  plus  salu¬ 
bres,  destinées  plutôt  à  isoler  les  malades  qu’à  les  guérir,  et  qui  ont 
reçu,  suivant  les  pays,  des  dénominations  si  diverses  {misellaria,  me%el- 


380 


LÈPRE.  -  HYGIÈNE  PDBLIQÜE  ET  POUCE  MÉDICALE. 

leries,  ladreries,  maladreries ,  aussatzhauser,  malanteries,  leper-hospi- 
tals,  léproseries).  Ces  établissements  étaient,  en  général,  dirigés  par  les 
ecclésiastiques  d’un  monastère  voisin^,  et  affectés  à  la  partie  la  plus  pau- 
Yrede  la  population,  ou  par  des  individus  lépreux  eux-mêmes  et  n’admet¬ 
tant  que  les  malades  des  classes  riches  de  la  société.  Chacune  de  ces  mai¬ 
sons  était  munie  d’une  bulle  papale,  et  elle  était  pourvue  de  son  prêtre, 
de  sa  chapelle  et  de  son  cimetière;  Bœck  a  retrouvé  un  de  ces  cimetières 
au  voisinage  de  Mârtigues.  Il  se  fonda  aussi  un  ordre  de  chevalerie,  au 
moyen  âge,  pour  soigner  et  recueillir  les  lépreux.  Ce  furent  d'abord  les 
chevaliers  de  Saint-Lazare,  ou  de  Saint-Marys,  de  Jérusalem,  réunis  plus 
tard  aux  ordres  militaires  de  Notre-Dame  du  Carmel  et  de  Saint-Maurice; 
l’ordre  de  Saint-Lazare  subsiste  encore  en  Italie;  il  est  vrai  qu’il  ne  se 
consacre  plus  aux  mêmes  devoirs  que  les  anciens  chevaliers  du  moyen 
âge.  A  une  certaine  époque,  les  chevaliers  de  Saint-Lazare  admirent  parmi 
eux  des  chevaliers  lépreux,  et  il  vint  un  moment  où  le  grand-maître  de 
l’ordre  devait  être  lui-même  un  lépreux. 

Les  léproseries  étaient  dotées  chacune  d’une  façon  très-différente  ;  les 
unes  étaient  riches,  tandis  que  d’autres  ne  jouissaient  que  d’un  très-faible 
revenu,  et  pourtant,  dans  chaque  pays,  une  réglementation  spéciale  éta- 
faait  la  noawituFe,  le-vêtement  et  l’argent  à  donner  à  chacun  des  ma¬ 
lades.  Les  règlements  intérieurs  différaient  aussi  beaucoup,  suivant  les 
lieux,  sous  le__ rapport  de  la  sévérité.  En  Angleterre,  la  désobéissance  des 
lépreux  aux  lois  et  ordonnances  était  punie  de  mort  (Arnotts,  History  of 
Edinburgh,  p.  258);  ailleurs,  la  communication  des  spédalsques  avec  les 
individus  sains,  n’était  punie,  pour  les  premiers,  que  par  le  régime  du  pain 
et  de  l’eau.  Les  ecclésiastiques  qui  étaient  admis  dans  les  léproseries 
étaient  tenus  de  réciter,  chaque  jour,  un  certain  nombre  de  prières  pour 
l’âme  des  malades,  et  ceux-ci  devaient  assister  à  des  offices  fort  longs 
dans  le  plus  profond  silence,  sous  peine  de  châtiments  plus  ou  moins  sé¬ 
vères.  Enfin,  aucune  femme  ne  pouvait  pénétrer  à  l’intérieur  d’une  de  ces 
maisons,  sans  une  autorisation  expresse  de  celui  qui  la  dirigeait. 

Les  premières  traces  de  léproseries  remontent  chez  nous  au  sixième  siè- 
de,  en  571,  où  il  en  existait  une  dans  le  Chârolais.  Puis  vinrent,  au  hui¬ 
tième  siècle,  les  établissements  dirigés  par  l'abbé  Othmar  en  Allemagne, 
eten  France  par  l’abbé  Nicolas  de  Corbie.  Bientôt  ils  se  multiplièrent  au 
point  que  l’on  en  rencontrait  parfois  plusieurs  dans  la  même  ville.  «  Il  n’y 
avoitny  ville,  ny  bourgade,  qui  ne  fust  obligée  de  bâtir  un  hospital  pour  les 
retirer  (Mézeray  Histoire  de  France,  1645,  t.  II,  p.  168).  »  11  en  fut  de 
même  en  Irlande,  en  Écosse  et  Angleterre,  témoin  les  villes  de  Norfolk  et 
deNorwich,  qui  possédaient,  la  première  dix-huit,  et  la  seconde  vingt 
léproseries. 

La  Norwége  doit  son  premier,  hôpital  de  lépreux  au  roi  Magnus  Haa- 
lonson  (1276),  qui  le  fonda  à  Bergen  :  en  1511 ,  fut  élevé  l’hôpital  Saint- 
Georges,  qui  remfdaça  le  premier;  aujourd’hui  encore,  on  compte,  dans 
ce  pays  froid,  un  certain  nombre  d’hôpitaux  de  spédalsques. 

En  Islande,  les  vestiges  des  quatre  léproseries  ne  remontent  pas  au  delà 


390 


LÈPRE.  -  KATÜRE  ET 


de  1652,  bien  qu’un  passage  de  Bartholin  fasse  présumer  qu’il  en  existait 
déjà  avant  cette  époque. 

En  Suède,  dès  1651,  nous  trouvons  un  hôpital  à  Kronosborgs  ;  mais 
dès  1248  et  1252,  le  cardinal,  Wilhem  et  le  roi  Christophe  P’  accordaient 
des  indulgences  et  des  honneurs  aux  bienfaiteurs  de  la  léproserie  de  Lund 
(Suhm.  Danemarks  Histoire,  t.  X,  p.  109  et  225). 

Dans  le  Danemark,  il  y  a  eu  un  certain  nombre  d’hôpitaux  importants 
affectés  à  l’entretien  des  lépreux;  car,  en  1537,  le  roi  Christian  III, 
constatant  la  diminution  du  fléau,  ordonnait  que  les  maisons  et  biens, 
dont  on  avait  doté  le  service  des  spédalsques,  rentrassent  dans  l’entretien 
des  hôpitaux  généraux. 

En  Grèce,  l’île  de^Santorini  entretenait  une  petite  léproserie;  mais  il  y 
en  avait,  à  Chio,  une  grande  et  très-importante,  que  les  Turcs  ontsacca- 
gée  dans  une  guerre. 

En  dehors  de  l’Europe,  indiquons  les  établissements  les  plus  connus  et 
les  plus  importants.  Dans  l’île  de  Madère,  à  Funchal,  existe  une  léproserie 
considérable,  dont  Adams  rapporte  la  statistique  depuis  l’année  1702,  et 
il  croit  qu’elle  ne  remonte  pas  à  une  époque  plus  éloignée.  Jackson  indi¬ 
que  une  léproserie  au  Maroc,  et  il  en  donne  la  description. 

D’après  Pococke,  Riedesel  et  autres,  it  y^  avait ®a,àsifi_Miii£uc&4es.lé- 
proseries  affectées,  partie  aux  chrétiens,  partie  aux  mahométans. 

D’après  Ulloas,  Carthagène  possède  une  léproserie,  et  d’après  Cheynes 
il  y  en  aurait  une  au  Mexique,  malgré  l’élévation  considérable  de  ce  pays 
au-dessus  du  niveau  de  la  mer. 

Comme  nous  l’avons  déjà  vu,  avec  le  déclin  de  la  maladie,  des  décrets 
affectèrent  aux  hôpitaux  généraux  les  asiles  et  les  biens  consacrés  primi¬ 
tivement  à  l’usage  des  spédalsques  ;  ainsi  fit  François  P',  au  seizième 
siècle  ;  des  mesures  identiques  furent  prises  en  Angleterre  et  en  Écosse. 
Mais,  en  outre,  une  étude  plus  approfondie  des  maladies  de  la  peau,  une 
perfection  plus  grande  du  diagnostic,  entre  les  mains  de  Bateirian  et  de 
Gadesden,  permirent  de  supprimer  la  séquestration  des  malheureux  at¬ 
teints  de  la  lèpre,  et  vinrent  porter  ^le  dernier  coup  à  la  vieille  doctrine 
de  la  contagion  de  cette  maladie. 

l^ature  et  siège.  —  La  plupart  des  auteurs  qui  se  sont  occupés  de 
la  lèpre  tuberculeuse  ont  émis  des  opinions  variées  sur  la  nature  de  cette 
affection  :  les  uns  la  considèrent  comme  une  maladie  de  la  peau,  les  autres 
comme  le  résultat  d’une  altération  des  humeurs,  et  particulièrement  du 
sang,  dernière  opinion  soutenue  par  Danielssen  et  Bœck,  qui  ont  cru 
trouver  la  cause  de  la  lèpre  dans  une  dyscrasie  albumino-fibrineuse  du 
liquide  sanguin.  Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  énoncer  et  à  discuter  ces 
opinions  qui  ne  reposent  que  sur  des  hypothèses.  Nous  dirons  seulement 
que  l’éléphantiasis  des  Grecs  ne  peut  être  considéré  comme  une  maladie 
de  la  peau,  les  lésions  cutanées  ne  constituant  qu’une  partie  de  l’affection 
étendue  à  plusieurs  systèmes  élémentaires  et  à  plusieurs  appareils.  Puis, 
nous  rapprochant  de  l’opinion  émise  par  Bazin,  qui  considère  la  lèpre 
comme  une  maladie  constitutionnelle  analogue  à  la  scrofule,  ajoutons  que 


391 


LÈPRE.  -  TRAITEMEKT. 

nous  serions  très-tentés  de  placer  la  lèpre  tuberculeuse  dans  les  maladies 
générales  à  côté  de  la  scrofule  et  de  la  syphilis;  mais,  tout  en  admettant 
la  généralisation  de  la  maladie,  et  son  extension  à  plusieurs  des  systèmes 
organiques,  nous  avouons  que  nous  aurions  une  grande  tendance  à  placer 
le  siège  primitif  de  la  maladie  dans  les  centres  nerveux  ,  et  particulière¬ 
ment  dans  les  éléments  nerveux  de  la  moelle  épinière  qui  président  à  la 
sensibilité  et  à  la  nutrition.  Les  altérations  presque  constantes  du  senti¬ 
ment,  les  ulcérations,  les  mortifications  des  extrémités  semblent,  en  effet, 
indiquer  des  lésions  des  cellules  sensitives  et  des  cellules  trophiques,  et 
ces  lésions,  en  s’étendant  aux  cellules  excito-motrices,  peuvent  amener 
les  rétractions  musculaires,  l’atrophie  des  muscles,  la  paraplégie,  acci¬ 
dents  plus  rares,  mais  qui  ont  cependant  été  observés.  L’étude  des  sym¬ 
ptômes  développés  dans  la  lèpre,  leur  rapprochement  avec  ce  qu’on 
observe  dans  d’autres  maladies  nerveuses,  autorisent  évidemment  à 
émettre  cette  opinion  sur  le  rôle  primitif  des  lésions  du  tissu  nerveux; 
et,  quoique  la  démonstration  précise  manque  encore,  les  autopsies  n’ayant 
pas  été  faites  jusqu’à  présent  avec  le  soin  et  la  minutie  désirables,  nous  ne 
croyons  pas  nous  tromper  en  annonçant  que  bientôt  la  physiologie  patho¬ 
logique  de  la  lèpi’e  sera  éclairée  par  des  recherches  anatomo-patholo¬ 
giques  pkis^^sactes  et  plus  approfondies,  et  que  ces  travaux  devront  cer¬ 
tainement  faire  reconnaître  des  lésions  dans  les  centres  nerveux,  et  en 
particulier  dans  les  parties  centrales  de  la  moelle  épinière. 

Tpaîtemeut.  —  Nous  diviserons  le  traitement  en  prophylactique, 
palliatif  et  curatif,  ou  plutôt,  nous  indiquerons  à  chacun  de  ces  points  les 
méthodes  qui  ont  été  successivement  préconisées  pour  soigner  la  lèpre. 
Jusqu'ici  aucune  méthode  curative  absolue  n’a  été  indiquée,  et  le  spéci¬ 
fique  de  cette  terrible  maladie  reste  encore  à  découvrir.  Mais  il  est  cer¬ 
taines  indications,  fournies  par  l’étude  de  la  marche  et  des  symptômes, 
auxquelles  il  faut  se  soumettre,  et  c’est  précisément  sur  ce  point  que  nous 
devons  insister. 

Depuis  longtemps  déjà,  la  prophylaxie  de  la  lèpre  a  été  indiquée.  En 
effet,  c’est  à  ce  point  de  vue  que  les  lois  de  Moïse  parlent  de  l’hygiène  des 
malades  et  de  leurs  habitations,  qu’Arétés  conseille  la  plus  grande  pro¬ 
preté  de  la  peau,  la  séparation  des  individus  sains  et  de  ceux  qui  ne  le 
sont  pas,  et  que  l’on  retrouve  dans  les  anciens  auteurs  et  dans  les  vestiges 
des  bains  publics  l’importance  qu’attachaient  les  Romains  à  la  minutieuse 
propreté  du  corps. 

Dans  le  même  but,  et  pour  éviter  la  propagation  de  la  lèpre,  les  ma¬ 
lades  doivent  éviter  leurs  semblables  non  contaminés,  habiter  dans  un  en¬ 
droit  salubre,  non  humide,  voyager  et  changer  de  climat,  se  livrer  à  la 
marche  et  aux  exercices  corporels,  entretenir  la  peau  dans  un  état  de  pro¬ 
preté  parfaite,  bref,  favoriser,  autant  que  possible,  les  fonctions  sécré¬ 
toires  de  la  peau. 

Le  traitement  palliatif  est  pour  nous  celui  qui  comprend  certaines  mé¬ 
thodes  s’adressant  à  tel  ou  tel  symptôme,  et  ne  pouvant  modifier  la  ma¬ 
ladie  dans  son  essence.  C’est  sous  ce  titre  que  nous  rangeons  la  pratique 


592 


LÈPRE.  -  TRAITEMENT. 


de  Baumès,  qui  exerçait  sur  les  tubercules  une  pression,  dure  et  forte, 
afin  d’en  favoriser  l’absorption,  lorsque  ceux-ci  n’étaient  pas  encore  ar¬ 
rivés  à  la  période  d’ulcération.  Le  même  auteur  appliquait  aussi  sur  les 
tubercules,  spécialement  au  visage,  des  vésicatoires  qu’il  pansait  avec  un 
onguent  caustique  d’axonge  et  de  nitrate  d’argent. 

Tous  les  remèdes  externes  rentrent  dans  le  traitement  palliatif,  et  si  un 
certain  nombre  de  ces  moyens  ont  paru  réussir,  c’est  que  la  lèpre  était 
déjà  en  voie  de  guérison.  La  pratique  des  bains  médicamenteux  excitants 
est  ancienne;  on  a  ordonné  des  bains  de  sang  de  tortue,  de  sang  canin, de 
lait  de  jument,  etc.  Les  bains  les  .  plus  employés  aujourd’hui  sont  les  bains 
alcalins  et  les  bains  sulfureux  ;  on  s’est  trouvé  bien  également,  dans  cer¬ 
tains  cas,  de  toucher  les  tubercules,  avant  ou  après  leur  ulcération,  avec, 
de  l’acide  phénique,  étendu  d’eau  ou  d’alcool.  Les  onguents  les  plus  variés 
ont  été  appliqués  sur  les  tubercules  durs  ou  ramollis  et  ulcérés.  Les 
onguents  mercuriels  (Mauricio),  iodurés  (Iljaltelin),  à  la  poix,  au  goudron, 
au  suif,  à  l’huile  de  poisson,  les  lotions  à  l’acide  muriatique  dilué,  à 
l’acide  citrique,  au  jus  de  tabac,  à  la  créosote,  ont  été  tour  à  tour  préco¬ 
nisés  et  oubliés. 

Les  Arabes  et  spécialement  Albucasis  conseillaient  l’acide  sulfurique  et 
même  le  fer  rouge  pour  la  destruction  des  tubercules-.  -  - 

Les  sétons,  les  cautères,  les  saignées,  l’électricité  ont  eu  aussi  leurs  par¬ 
tisans.  Candide  affirme  avoir  vu  disparaître  des  taches  sous  l’influence  de 
la  houteille  de  Leyde,  en  même  temps  que  la  sensibilité  perdue  reparais¬ 
sait. 

Nous  ne  saurions  admettre  une  pratique  barbare,  qui  a  été  en  honneur 
autrefois,  surtout  en  Irlande  -.nous  voulons  parler  de  la  castration.  D’après 
l’opinion  accréditée  qu’un  lépreux  ne  voyait  plus  s’aggraver  sa  maladie, 
après  s’être  fait  couper  les  testicules,  il  s’est  trouvé  des  médecins  assez 
hardis  pour  conseiller  la  castration  comme  préventif.  Sans  entrer  ici  dans 
la  discussion  de  l’influence  de  cette  méthode,  peut  être  serait-il  bon  de 
f  aire  observer  que  ce  n’est  en  somme  que  la  conséquence  ultime  de  la 
théorie  de  la  séparation  des  spédalsques  pour  les  empêcher  de  se  repro¬ 
duire. 

Dans  le  traitement  curatif,  nous  voyons  intervenir  toute  la  longue  série 
des  médicaments  internes,  et  tous  les  essais  plus  ou  moins  inconscients, 
plus  ou  moins  hasardeux  et  aveugles  qui  ont  été  tentés. 

Schilling  traitait- ses  malades  par  une  diète  rigoureuse,  en  pansantles 
ulcères  avec  la  teinture  de  myrrhe,  d’aloès  et  de  succin  ,  de  façon  à  les 
préserver  de  tout  contact  avec  l’air  extérieur.  Peu  à  peu  la  peau  se  ra¬ 
mollit  et  elle  tombe,  souvent  dans  une  très-grande  étendue  :  alors  appa¬ 
raît  une  peau  ténue,  molle,  d’une  sensibilité  extrême,  et  qui  ne  guérit 
qu’avec  les  plus  grands  ménagements.  Le  traitement  alors  doit  être  con¬ 
tinué  pendant  des  mois,  et  même  des  années;  mais  on  se  relâchera  de  la 
sévérité  de  la  diète,  et  l’on  permettra  un  peu  de  nourriture. 

La  théorie  qui  consiste  à  regarder  la  lèpre  comme  une  forme  du  scorbut, 
a  inspiré  à  certains  auteurs  la  médication  antiscorbqtique.  Parmi  eux,  il 


LEPRE.  -  TRAITEMENT.  393 

faut  ranger  surtout  les  médecins  islandais,  Bjarn,  Povelsen,  Thorstensen, 
Peterson;  mais,  ainsi  que  le  fait  remarquer  Hjaltelin,  ces  essais  n’aiu- 
raient  pas  été  suivis  de  succès. 

Le  mercure,  proscrit  en  général  dans  la  lèpre,  peut  rendre  quelques 
services,  paraît-il,  sous  forme  de  solution  de  sublimé,  localement,  sur  la 
peau  altérée.  En  dehors  de  ce  cas,  le  médicament  n’est  pas  seulement 
inutile,  il  est  nuisible. 

L’antimoine  a  paru  exercer  une  influence  heureuse  entre  les  mains  de 
Martius  et  d’IIillary.  A  forte  dose,  il  opère  comme  purgatif  ;  à  moindre 
dose,  comme  résolutif,  et,  en  même  temps,  comme  diurétique  et  sudori¬ 
fique.  Les  préparations  les  plus  usitées  sont  le  tartre  stibié  et  le  soufre 
doré  d'antimoine. 

L’arsenic  est  un  assez  bon  médicament  d’abord,  mais  son  influence  ne 
dure  pas;  on  emploie,  dans  l’Inde,  un  mélange  d'arsenic  et  de  poivre  sous 
forme  de  pilules.  On  l’administre  aussi  en  solution  (liqueur  de  Fowler), 
etBiett  l'a  beaucoup  conseillé  chez  nous,  au  début  de  la  maladie.  La  pré¬ 
paration,  qui  paraît  le  mieux  réussir,  serait  l’arséniate  de  fer. 

L’iode,  à  son  apparition,  a  d’abord  semblé  un  spécifique  de  la  lèpre. 
Biett  l’a  administré  le  premier,  et,  aujourd’hui  encore,  Hjaltelin  donne 
50  à  40  gouttes  par-jour  dîuae  dissolution  d’iodure  de  fer  dans  l’alcool. 

Ce  n’est  que  pour  mémoire,  et  sans  les  discuster  ici,  que  nous  men¬ 
tionnerons  l’usage  interne  du  menthastrum  siZuesim  (Pline) ,  de  Vasclepias 
gi§antea,  de  Yanabasis  aphylla  (Gmelin  et  Pallas),  de  l’aconit,  de 
la  ciguë,  du  ledum  palustre,  de  la  noix  muscade,  de  la  douce-amère,  du 
plantain,  du  garou,  etc.  La  chair  de  serpent  et  de  grenouilles  a  joui  d’une 
vertu  toute-puissante,  croyait-on,  autrefois.  Elle  est  encore  employée  au¬ 
jourd’hui  aux  Antilles,  dans  l’île  de  Cuba,  sans  plus  de  succès. 

La  créosote  et  la  térébenthine  n’ont  donné  aucun  résultat  satisfaisant 
entre  les  mains  de  Hjaltelin. 

L’huile  de  Chaulmoogra,  essayée  par  Hillairet,  à  la  dose  de  2  à  50 
gouttes,  deux  fois  par  jour,  n’a  pas  paru  plus  efficace  que  l’hydrothérapie, 
oula  médication  alcaline  employée  par  Bazin. 

l’hydrocotyle  asiatica,  beaucoup  trop  vantée ,  a  pu  donner  quelques 
résultats  avantageux  momentanés,  qui  n’ont  pas  tardé  à  s’effacer.  Le  doc¬ 
teur  Lépine,  dont  on  a  cité  la  prétendue  guérison  par  ce  médicament, 
mourut  de  la  lèpre  même,  deux  ou  trois  ans  après  le  moment  où  on  l’avait 
déclaré  guéri. 

Le  seigle  ergoté,  employé  par  Hillairet,  à  cause  de  son  action  sur  les 
capillaires  sanguins,  n’a  jusqu’ici  donné  aucun  résultat.  Dans  les  cas  de 
contractures,  Duchenne  (de  Boulogne)  a  employé  l’électricité,  sans  en 
obtenir  un  succès  bien  réel. 

.  En  résumé,  le  traitement  de  la  lèpre  doit  comprendre  les  points  sui¬ 
vants  : 

Soins  de  propreté  très-grands  ;  bains  simples  ou  aromatisés  fréquents. 
Lavages  des  plaies  avec  une  solution  de  sublimé  ou  une  dissolution  d’acide 
phénique;  celui-ci  a  une  influence  très-notable  sur  la  disparition  des  tu- 


594 


LÈPRE.  -  BIBLIOGRAPHIE. 

hercules,  qui  ne  laissent  qu’une  cicatrice  à  peine  visible.  Administration 
de  médicaments  toniques,  de  diverses  préparations,  telles  que  celles  de 
quinquina,  de  gentiane,  l’iodure  de  fer,  l’arséniate  de  fer,  les  bains  sulfu¬ 
reux,  et  particulièrement  les  eaux  sulfureuses  naturelles  en  boissons  et 
en  bains.  L’un  de  nous  (Hardy),  s’est  bien  trouvé  de  l’emploi  des  eaux  de 
Bagiières-de-Luchon ,  pour  arrêter  les  progrès  de  la  maladie,  et  même 
dans  quelques  cas  rares,  pour  en  assurer  la  guérison. 

Alimentation  modérée  :  on  interdira  un  régime  trop  azoté  :  pas  de  ' 
viande  de  porc,  ni  de  salaisons,  ni  de  crustacés;  point  de  graisses,  ni 
d’alcools;  des  herbes  cuites  et  du  lait  seront  conseillés. 

Enfin  les  symptômes  intercurrents  seront  combattus  par  les  moyens 
appropriés.  Le  lépreux  ne  doit  pas  être  un  objet  d’horreur  :  il  doit,  au 
contraire,  inspirer  la  pitié  et  le  dévouement. 

la  Bible,  Exode,  IV,  6.  —  Lévitique,  XII  et  XIV.  —  Nombres,  V,  1-4.  —  Deutéronome,  XII, 
14-16;  XXIV,  8-9.  —  2.  Rois,  V,  1-27;  VII,  5  et  10;  XV,  5.  —  2.  Chroniques,  XXVI,  16 
et  seq. 

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2!  juin  1874). 

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UAN,  Green,  Alibert,  Rater,  Cazenave  et  Schedel,  Gibert,  Baduès,  Behresd,  Deveiigie,  Bazh, 
Hardy,  Er.  Wilson,  Baudot,  Hebra,  etc. 

Alfred  Hardy  et  Édodard  Labarraqoe  . 
liÉTHiLRGIE.  Foy.  Mort  APPARENTE. 

liEUCOCYTHÉMIE.  —  Défluîtion.  —  On  donne  le  nom  de  leu- 
cocythémie  ou  de  leucémie  à  Y auymentation  morbide  et  permanente  du 
nombre  des  globules  blancs  du  sang. 

Ces  deux  qualifications  distinguent  d’emblée  cette  maladie  de  l’augmei!- 
tation  physiologique  et  temporaire  des  leucocytes  pendant  la  digestion, 
pendant  la  période  cataméniale,  dans  la  grossesse,  et  de.  Y  augmentation 
pathologique  mais  momentanée  de  ees  mêmes  éléments  dans  les  maladies 
inflammatoires  ou  typhoïdes,  dans  la  fièvre  puerpérale,  dans  la  diphthé- 
rie,  dans  le  cancer  et  la  phthisie,  dans  la  pyémie,  lé  chpléra,  la  dysen¬ 
terie,  la  syphilis,  etc.  Ces  modifications  transitoires  sont,  désignées  sous 
le  nom  générique  de  leucocytose  {polyleucocythémie  physiologique ,  leu- 
cocythémie  symptomatique,  temporaire,  aiguë). 

Considépations  génépales.  —  L’augmentation  numérique  des 
globules  blancs  est  l’effet  d’une  hyperplasie  de  ces  éléments,  et  la  source 
de  celte  hyperplasie  doit  naturellement  être  cherchée  dans  les  organes 
divers  qui  composent  l’appareil  hémato-poiétique.  La  rate,  d’une  part, 
les  ganglions  lymphatiques  d’autre  part,  senties  principaux  deces  organes 
et,  comme  .ils  peuvent  être  isolément  le  point  de  départ  du  processus  hy- 
perplastique,  on  a  distingué,  dès  le  début,  une  leucocythémie  splénique, 
une  leucocythémie  ganglionnaire.  C  ;tte  distinction  de  premier  ordre  n’est 


LEÜCOCYTHEMIE.  --  consiubramoks  générales.  401 

pas  suffisante,  elle  n’épuise  pas  le  sujet,  et  plus  nous  nous  avancerons 
dans  cette  étude,  plus  nous  en  découvrirons  la  complexité.  L’appareil 
lymphoïde  de  l’intestin  peut  être  intéressé  lui  aussi  et  prendre  une  part 
prépondérante,  sinon  exclusive,  à  la  genèse  excessive  des  leucocytes.  Ce 
fait  est  prouvé  par  de  nombreuses  observations  (Craigie,  Virchow,  Wun- 
derlich,  Isambert  et  Robin,  Friedreich,  Rokitansky,  Lambl,  Fôrster, 
Mosler,  Béhier) .  Cette  variété  est  beaucoup  plus  rare,  mais  il  est  bon  néan¬ 
moins  de  l’individualiser,  ne  fût-ce  qu’en  raison  des  difficultés  plus 
grandes  que  présente  alors  le  diagnostic  ;  nous  la  désignerons  sous  le 
nom  de  leucocythémie  intestinale. 

Les  remarquables  recherches  de  Bizzozero  ont  démontré  jusqu’à  l’évi¬ 
dence  que  la  moelle  des  os  appartient  aux  organes  hématopoïétiques, 
puisqu’on  y  trouve  non-seulement  des  cellules  semblables  aux  leucocytes 
du  sang,  mais  tous  les  intermédiaires  qui,  de  ces  cellules  incolores  à 
noyau,  conduisent  aux  globules  rouges  parfaits.  Neumann  a  attribué  à 
l’hyperplasie  de  la  moelle  osseuse  une  part  importante  dans  la  genèse 
de  la  leucocythémie,  et  a  proposé  la  qualification  de  myélogène  à  cette 
dernière  variété,  dont  il  a  fait  une  forme  particulière. 

Dans  toutes  ces  modalités  anatomiques  de  la  maladie,  la  genèse  de  l’al- 
lération  du  sang:  est  simple  et  de  conception  facile.  Partiellement  ou  en 
totalité,  les  organes  hématopoïétiques  sont  affectés  d’irritatioii^^nutrifiive 
et  fonctionnelle  :  la  première  amène  l’augmentation  de  volume  de  l’or¬ 
gane  lui-même  ;  la  seconde  se  traduit  par  l’augmentation  numérique  des 
cellules  incolores,  dont  la  formation  exprime  l’activité  normale  de  l’organe  ; 
par  suite,  ces  cellules  arrivent  dans  le  sang  en  plus  grande  quantité,  et  au 
bout  d’un  certain  temps  l’état  de  leucocythémie  est  constitué.  Suivant  que 
le  processus  initial,  l’hyperplasie  génératrice  des  éléments  blancs,  porte, 
exclusivement  sur  la  rate,  sur  le  système  glandulaire  lynaphatique,  sur  les 
glandes  intestinales  isolées  ou  agminées,  sur  la  moelle  des  os,  la  dyscrasie 
consécutive  sera  dite  splénique,  ganglionnaire,  intestinale  ou  myélogène. 

Tous  les  cas  de  ce  premier  groupe  ont  été  dénommés  d’après  l’altéra¬ 
tion  toute  spéciale  du  sang  qui  les  distingue  ;  oii  a  oublié,  dans  le  choix 
de  cette  dénomination,  que  le  changement  du  sang  est  un  effet  secondaire 
de  lésions  organiques  préalables,  on  a  concentré  l’attention  sur  la  dyscrasie, 
parce  qu’elle  était  le  fait  nouveau,  et,  substituant  la  notion  d’effet  à  celle  de 
cause,  Bennett  a  appelé  la  malaLàie  leucocythémie  (Àsuzoç,  blanc,  -/.u-oç  cel¬ 
lule,  eta!p.a,  sang),  tandis  que  Virchow  la  qualifiait  de  leukémie  (Xsuxov, 
blanc,  et  a?p.a  sang)  ;  ce  nom  a  été  traduit  en  français  par  le  terme  plus 
euphonique  de  leucémie  (Leudet).  Ainsi,  pendant  près  de  trente  années, 
cette  erreur  nosologique,  qui  a  régné  en  souveraine,  a  obscurci  l’étude  de 
la  maladie  que  nous  nous  proposons  de  décrire,  et  il  ne  nous  est  pas  per¬ 
mis  encore  d’en  présenter  le  fidèle  et  complet  tableau.  Les  notions  ana¬ 
tomo-pathologiques  exactes  datent  en  effet  à  peine  d’hier,  pour  ainsi  dire, 
et  la  tâche  (pue  nous  allons  entreprendre,  sera  sans  doute  taxée  par  les  uns 
de  hardiesse  louable,  mais  par  le  plus  grand  nombre  de  présomptueuse 
témérité.  .  ,  . 


,  (e!  cuir. 


XX.  —  26 


402 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  considérations  générales. 


Nous  nous  proposons,  en  effet,  de  réunir  dans  une  seule  et  même  des¬ 
cription  plusieurs  affections  que  les  auteurs  ont  décrites  séparément,  et 
qui  nous  semblent  devoir  être  rattachées  les  unes  aux  autres  par  un  lien 
commun;  par  la  similitude  de  leurs  lésions  anatomiques  initiales.  L’augmen¬ 
tation  numérique  des  globules  blancs,  à  laquelle  on  a  fait  jouer  le  rôle  ca¬ 
pital  et  prépondérant,  ne  doit  être  regardée,  selon  nous,  que  comme  un 
^■symptôme  secondaire,  comme  un  fait  purement  accessoire,  et  non  comme 
"un  phénomène  primordial  et  nécessaire,  comme  un  critérium  absolu  de 
la  maladie.  La  leucémie  ne  crée  pas  plus  l’unité  morbide  que  l’albumi¬ 
nurie  ou  la  glycosurie. 

Nous  devons  porter  nos  regards  plus  haut  et  remonter  à  l’origine  pre- 
mière  de  la  maladie  pour  mieux  embrasser  l’ensemble  de  ce  vaste  com- 
plexus  pathologique.  Arrêtons-nous  un  instant  sur  l’hyperplasie  spontanée 
et  diffu.se-des-ganglions  lymphatiques,  dont  on  a  voulu  îâire  une  forme 
particulière  de  leucocythémie,  comme  nous  l’avons  précédemment  indi¬ 
qué.  Cette  hyperplasie  coïncide  toujours  avec  une  altération  du  sang,  mais 
la  dyscrasie  n’est  pas  la  même  dans  tous  les  cas.  Le  plus  souvent  elle  est 
elle  est  alors  constituée  par  une  diminution  des  globules  rouges  et 
par  une  augmentation  considérable  et  persistantedes  globules  blancs  ou  leu¬ 
cocytes.  Cette  augmentation  est  telle,  qu’elle  ne  peut  être  confondue  avec 
les  maxima  de  l’état  physiologique  :  tandis  que  la  proportion  de  1  à  535 
exprime  le  rapport  normal  des  cellules  incolores  aux  globules  colorés,  on 
trouve  alors  1  sur  lO  ou  20,  1  sur  15  ;  on  a  vu  1  sur  2  et  même  2  sur  3. 
Les  cas  de  ce  premier  ordre  répondent  à  la  leucocythémie  ganglionnaire 
classique.  Mais  dans  un  second  groupe  de  faits,  la  premièxej^ie  de 
cette  altération  est  seule  présente  :  les  globules  rouges  sont  diminués  de 
nombre,  ils  sont  mal  colorés,  ils  se  déforment  rapidement;  mais  la  pro- 
portion  des  éléments  blancs  n’est  point  accrue,  ou  elle  ne  l’est  que  dans 
la  limite  des  oscillations  physiologiques;  en  un  mot,  il  n’y  a  pas  vestige 
de  leucocytose  et  partant,  il  ne  doit  plus,  être  question  ici  de  leucémie.  • 

Ces  cas  à  olighémie  simple  ont  reçu  des  désignations  diverses,  qui  sont 
toutes  bonnes,  suivant  le  point  de  vue  auquel  on  se  place.  Si  vous  voulez, 
en  effet  exprimer  la  diminution  des  globules  rouges,  et  rappeler  en  même 
temps  que  cette  modification  a  son  origine  dans  une  lésion  du  système 
lymphatique,  le  nom  :  Anémie  lymphatique,  proposé  par  Hodgkin  et 
adopté  par  Wilks,  convient  à  merveille  ;  si,  envisageant  la  question  anato¬ 
mique,  vous  voulez  avant  tout  constater  la  présence  de  tumeurs  ganglion¬ 
naires  disséminées  et  leur  multiplicité,  ou  bien  indiquer  leur  nature,  les 
dénominations  hypertrophie  généralisée  des  ganglions  lymphatiques  {Co&sp, 
lymphadénomes  multiples  (Wunderlich),  sont  irréprochables;  s’ils’agitde 
mettre  en  relief  l’opposition  de  cette  forme  et  de  la  précédente,  au  point 
de  vue  de  l’altération  du  sang,  le  mot  pseudo-leucémie  employé  par  Wun¬ 
derlich,  est  le  meilleur  qui  se  puisse  rencontrer  ;  si,  enfin,  préoccupé  de 
la  question  historique,  vous  tenez  à  sauver  de  l’oubli  le  nom  de  l’observa¬ 
teur  qui  a  le  premier  signalé  cet- état  morbide,  la  qualification  :  Maladie 
de  Hodgkin  s’impose  à  votre  choix,  puisque  ce  médecin  a  décrit  dès  1836 


LEUCOGYTHÉMIE .  —  comsidékations  générales.  403 

les  premiers  faits  de  ce  geure.  Quant  à  l’expression  adénie,  proposée  par 
Trousseau  à  une  époque  où  toutes  les  dénominations  précédentes  avaient 
déjà  cours  dans  la  science,  nous  sommes  forcés  de  reconnaître  qu’elle  sur¬ 
charge  sans  profit  une  terminologie  déjà  trop  riche.  Il  y  a  donc  lieu  de  la 
rejeter,  puisqu’elle  ne  renferme  aucune  des  idées  nettement  définies  qui 
sont  contenues  dans  les  désignations  antérieures.  Les  deux  états  mor¬ 
bides  dont  nous  venons  de  préciser  l’âge  et  le  baptême,  ont  été  séparés  à 
l’égal  de  deux  espèces  distinctes  ;  cette  séparation  était  au  moins  préma¬ 
turée,  et  nous  pensons  que  l’on  se  serait  moins  hâté,  si  l’on  avait  pris  soin 
de  comparer  minutieusement  les  phénomènes  respectifs  des  deux  formes. 

'  C’est  à  cet  examen  comparatif  que  nous  procéderons  dans  le  cours  de  ce 
travail  ;  mais  il  importe  auparavant  de  poser  clairement  la  question,  et 
d’établir  l’identité  des  deux  formes  morbides  avec  ou  sans  leucocythémie. 

La  leucocythémie  est  un  fait  contingent  et  accessoire,  un  épiphéno¬ 
mène  qui  ne  produit  par  lui-même  aucun  symptôme  particulier,  qui  ne 
modifie  ni  les  caractères  cliniques,  ni  les  caractères  anatomiques,  ni  les 
allures,  ni  les  terminaisons  de  l’affection  ;  il  nous  paraît  alors  illogique 
de  dénonuner  la  maladie  par  cette  dyscrasie  secondaire  qui  est  sans  im¬ 
portance  par  elle-même,  et  de  la  séparer  ainsi  d’une  affection  de  tous 
points  semblable,  à  la  leucémie  près.  Ce  qui  crée  la  maladie,  ce  qui  lui 
donne  ses  caractères  cliniques,  ce  qui  en  fait  les  dangers,  c’est  le  dévelop¬ 
pement  de  tumeurs  ganglionnaires,  ce  sont  ces  tumeurs  elles-mêmes,  ce 
sont  aussi  les  produits  hétérotopiques  ;  c’est  là  qu’il  convient  de  chercher 
la  désignation  nosologique  de  l’affection,  et  puisque  ces  tumeurs  prennent 
naissance,  et  se  généralisent  par  un  travail  spontané  de  l’organisme,  indé- 
I  pendamment  de  toute  diathèse  commune,  nous  ne  voyons  pas  de  dénomi- 
I  nation  plus  exacte  que  celle-ci  ;  Diathèse  lymphogène,  laquelle  est  avec  ou 
i  sans  leucocythémie. 

Dans  ces  dernières  années,  Ranvier,  par  ses  remarquables  recherches 
anatomo-pathologiques,  vient  encore  d’élargir  le  cadre  déjà  si  vaste  de 
l’affection  qui  nous  occupe.  Pour  lui  aussi,  la  leucocythémie  et  l’adénie 
sont  deux  maladies  identiques.  Elles  constituent  deux  variétés  d’une  même 
,  espèce  morbide  :  les  lésions  essentielles  des  différents  organes  sont  en  effet, 
dit-il,  les  mêmes  dans  tous  ces  cas  ;  ce  sont  des  tumeurs  reproduisant  la 
structure  du  tissu  adénoïde  de  His ,  des  néoformations  lymphatiques 
auxquelles  Virchow  a  donné  le  nom  de  lymphadénomes,  d’où  la  dénomi¬ 
nation  de  lymphadénie  qu’il  propose  pour  désigner  cette  diathèse  spéciale 
que  nous  appelons  lymphogène,  et  dont  les  deux  formes  morbides  que 
I  nous  venons  d’indiquer,  ne  seraient  que  l’expression.  Mais  à  côté  de  ces 
deux  modalités  classiques  et  bien  connues,  viennent  se  grouper  d’autres 
formes  moins  décrites,  et  qui,  quoique  différentes  en  apparence,  se  ratta¬ 
chent  aux  premières  par  un  lien  commun  :  la  néoplasie  lymphatique,  en 
I  d’autres  termes  l’altération  lymphadénique.  C’est  ainsi  que  l’on  a  décritré- 
‘  cemment  la  lymphadénie  cutanée  (Ranvier,  Debove,  Démangé),  connue  des 
dermatologistes  sous  le  nom  de  mycosis  fongoïde  (Gillot),  la  lymphadénie 
ies  umygdales  (Démangé),  etc. 


404  LEUGOGYTHÉMIE.  —  historique. 

Ea  résumé,  la  leucocythémie  et  l’adénie  sont  deux  maladies  identiques, 
c’est-à-dire  l’expression  d’une  même  maladie  que  nous  appelons  diathèse 
■.ymphogène  (lymphadénie  de  Ranvier).  L’altération  dii  sang  prise  comme 
base  de  distinction  de  ces  deux  maladies  est  sans  valeur,  parce  que  l’affec¬ 
tion  protopathique  est  toujours  la  même  dans  son  apparence  clinique,  dans 
sa  marche,  dans  ses  caractères  anatomo-pathologiques,  qu’il  y  ait  des  leu¬ 
cocytes  en  excès  dans  le  sang  ou  non;  en  second  lieu,  parce  que  les  lésions 
du  sang  et  des  solides  ont  une  même  caractéristique,  c’est-à-dire  une 
néoformation  lymphatique ,  produite  évidemment  sous  l’influence  d’un 
même  état  morbide. 

Ainsi  envisagée,  l’affection  que  nous  allons  décrire,  est  caractérisée 
anatomiquement  par  des  néoplasies  lymphatiques,  et  cliniquement  par  un 
ensemble  de  symptômes  locaux  ou  généraux,  dont  le  terme  fatal  est  la  ca¬ 
chexie.  Suivant  la  localisation  de  la  lésion  anatomique  initiale,  il  y  aurait 
lieu  de  distinguer  et  de  décrire  six  formes  morbides  distinctes  :  1°  une 
forme  ganglionnaire,  avec  ou  sans  leucocytose  concomitante  ;  2°une  forme 
splénique,  simple  ou  combinée  avec  la  précédente;  3®  une  forme  intesti¬ 
nale;  4°  une  forme  osseuse  ou  myélogène.  Dans  ce  premier  groupe,  la  leu¬ 
cocythémie  se  montre  presque  constamment  à  une  période  plus  ou  moin* 
avancée  de  l’affection,  tandis  qu’elle  est  rare  et  même  exceptionnelle  dans 
le  second  groupe,  qui  comprend  :  5°  la  forme  cutanée  (mycosis  fongoïde)  ; 
6“  la  forme  amygdalienne  ou  pharyngée  (lymphadénie  des  amygdales); 
auxquelles  on  pourrait  encore  en  ajouter  d’autres  (hépatique,  rénale,  sé¬ 
reuse,  thyroïdienne,  pulmonaire,  ovarienne),  en  adoptant  la  .localisation 
topographique  pour  base  de  cette  classification  qui  n’est  déjà  que  trop 
étendue. 

Il  nous  paraît  d’autant  plus  inutile  de  multiplier  ces  subdivisions  que 
l’étude  isolée  de  chacune  d’elles,  loin  d’éclairer  un  sujet  si  vaste,  ne  ferait 
au  contraire  que  l’obscurcir  davantage.  Les  formes  morbides  précédentes 
sont,  hâtons-nous  de  le  dire,  artificiellement  créées  pour  les  besoins  de 
l’étude,  et  dans  la  majorité  des  cas,  elles  se  trouvent  réunies  et  confondues 
en  une  forme  mixte,  plus  ou  moins  complexe,  qui  correspond  au  tableau 
de  la  leucocythémie,  tel  qu’il  a  été  tracé  par  la  plupart  des  auteurs.  Fidèles 
au  programme  que  nous  nous  sommes  posé,  c’est  sur  cette  dernière  mo¬ 
dalité  de  la  diathèse  lymphogène  que  nous  devons  surtout  nous  appe¬ 
santir,  et  c’est  donc  à  la  leucocythémie  classique,  telle  qu’elle  a  été  pour 
la  première  fois  décrite  par  Behnelt  et  par  Virchow,  que  nous  consacre¬ 
rons  la  majeure  partie  de  ce  travail. 

Historique.  —  Le  19  mars  1845,' le  professeur  John  Hughes  Bennett 
faisait  l’autopsie  d’un  homme  mort  dans  le  service  du  docteur  Ghristison, 
à  l’infirmerie  royale  d’Edimbourg.  Le  sujet  était  atteint  d’üne  hypertro¬ 
phie  de  la  rate  et  du  foie,  et  son  sang  était  partout  couvert  de  corpuscules 
en  tout  semblables  à  ceux  du  pus.  Ce  cas  est  le  premier,  en  ce  genre, où 
il  ait  été  fait  un  examen  histologique  sérieux  du  sang,  et  ce  fut  la  première 
fois  que  le  remarquable  état  morbide,  découvert  alors,  fut  nettement  sé¬ 
paré  de  la  pyohémie  et  signalé  comme  tout  à  fait  indépendant  d’une  in- 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  historique.  405 

flaffimation.  Craigie,  qui  assistait  à  l’autopsie,  reconnut  l’analogie  de  ce 
cas  avec  un  autre  qu’il  avait  observé  quatre  ans  auparavant  ;  le  sang  avait 
été  examiné  au  microscope  par  John  Reid,  et  celui-ci  trouva  «  qu’il  con¬ 
tenait  des  globules  de  matière  purulente  et  de  la  lymphe.  »  «  Cette 
dernière  observation,  ajoute  H.  Bennett,  auquel  nous  empruntons  les 
lignes  qui  vont  suivre,  fut  publiée  en  même  temps  que  la  mienne  en 
octobre  1845.  Six  semaines  plus  tard,  Virchow  publiait  l’observation 
d’un  cas  semblable.  «  Le  31  décembre  1845,  entrait  à  l’hôpital  Saint- 
Georges,  de  Londres,  un  homme  dans  le  sang  duquel  Fuller  constata, 
pendant  la  vie,  une  augmentation  très-notable  des  globules  incolores 
du  sang.  Cet  homme,  de  même  que  les  autres  malades  dont  il  vient 
d’être  question,  présentait  une  hypertrophie  considérable  de  la  rate.  De¬ 
puis  lors,  un  grand  nombre  de  faits  analogues  ont  été  minutieusement 
étudiés  avec  l’aide  du  microscope;  d’ailleurs,  en  compulsant  les  ouvrages 
de  clinique,  on,  en  trouverait  encore  beaucoup  d’autres.  Parmi  ces  observa¬ 
tions,  àma  connaissance,  il  en  est  seulement  deux  où  l’on  ait  constatédans  le 
sang  une  augmentation  numérique  considérable  de  globules  incolores, 
les  deux  cas  en  question  ont  été  observés,  l’un  par  .Bar th,  en  1859,  et 
l’autre  par  Craigie,  en  1841.  Dans  le  sang  du  premier  irialade.  Donné 
trouva  que  la  moitié  des  globules  du  sang  étaient  des  «  globules  mu¬ 
queux,  »  et,  dans  le  sang  du  second,  John  Reid  observa  «  des  globules  de 
matière  purulente  et  de  lymphe.  » 

Nous  avons  textuellement  reproduit  ces  prémisses  historiques  posées 
par  Bennett,  afin  d’éclairer  le  lecteur  sur  ce  sujet  qui,  pendant  plus  de 
dix  années,  a  soulevé,  en  Allemagne  et  en  Angleterre,  tant  de  discussions 
violentes,  tant  de  controverses  stériles,  et  nous  croyons  d’aütant  plus 
mile  depréciser  les  termes  du  débat  que  la  question  de  priorité,  dans  la  dé¬ 
couverte  de  la  leucocythémie,  est  encore  restée  en  suspens  ou  a  été  faus¬ 
sement  interprétée.  Il  ne  nous  appartient  pas  de  juger  en  dernier  ressort 
cette  cause  litigieuse;  mais,  après  un  examen  très-attentif  des  pièces  du 
procès,  nous  nous  croyons  en  droit  de  conclure  que  si  la  maladie  a  été 
pour  la  première  fois  entrevue  en  France  par  Barth  en  1839,  si  l’état 
véritable  du  sang  dans  la  leucocythémie  a  été  aperçu  et  décrit  avec 
précision  par  Donné  dès  1 844,  c’est  en  Angleterre  que  la  première  observa¬ 
tion  a  été  recueillie  et  publiée  par  Bennett.  C’est  à  lui  que  revient  la  prio¬ 
rité. de  là  découverte  et  le  mérite  d’une  dénomination  exacte  ;  mais  siVir- 
chowne  doit  pas  s’en  attribuer  la  paternité,  il  peut  du  moins  revendiquer 
à  juste  titre  l’honneur  d’avoir  le  premier  indiqué  la  nature  exacte  de  la 
maladie,  d’en  avoir  établi  les  caractères- distinctifs  et  d’en  avoir  tracé 
enfin  un  tableau  pathologique  très-complet. 

Dans  une  monographie  toute  récente,  F.  Mosler  (de  Greifswald)  a 
commis  une  erreur  de  date  qui  pourrait  entraîner  des  conséquences  graves 
pour  la  solution  de  ce  problème  chronologique,  car  il  mentionne  le  pre¬ 
mier  article  de  Bennett  comme  ayant  paru  en  octobre  1846,  c’est-à-dire 
une  année ,  après  sa  publication.  Nous  signalons  ce  fait  afin  de  prévenir 
toute  cause  d’erreur  dans  l’interprétation  du  fait  en  litige.  En  résumé. 


406  LEÜCOCYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques. 
la  découverte  de  la  leucocythémie  est  toute  moderne,  et,  quoiqu’il  ne  soit 
guère  douteux  que  cet  état  morbide,  comme  toutes  les  cachexies,  ait  dû 
exister  de  tout  temps,  on  comprend  aisément  qu’il  ne  pouvait  être  reconnn 
avant  les  progrès  que  la  physiologie  du  sang  et  les  recherches  microsco' 
piques  appliquées  à  l’anatomie  pathologique  ont  fait  faire  aux  sciences 
médicales  (Isambert). 

Anatomie  et  physiologie  pathologiques.  —  I.  Altébations  dü 
SANG.  —  Quand  on  examine  au  microscope  le  sang  d’un  sujet  atteint  de 
leucocythémie,  ce  qui  se  fait  avec  la  plus  grande  facilité,  en  piquant  lé¬ 
gèrement  la  pulpe  du  doigt  avec  une  fine  aiguille,  et  en  soumettant  les 
gouttelettes  ainsi  obtenues  à  un  grossissement  de  250  diamètres,  on  voit 
d’abord  rouler  confusément  globules  blancs  et  globules  rouges  ;  mais  on 
est  frappé,  au  premier  coup  d’œil,  de  l’excès  des  premiers.  La  dispro¬ 
portion  est  plus  remarquable  encore,  lorsque,  après  quelques  instants, 
les  globules  colorés  se  sont  disposés  en  rouleaux,  laissant  entre  eux  des 
espaces  clairs,  dans  lesquels  se  rassemblent  en  plus  ou  moins  grand 
nombre  les  globules  incolores  (Bennett). 

La  proportion  dev.l  :  535,  déduite  par  Moleschott  d’une  longue  série 
d’expériences,  est  la  moyenne  du  rapport  normal  des  globules  blancs  aux 
globules  rouges.  Cette  relation  varie  dans  des  limites  assez  étendues  à 
l’état  de  santé,  mais  ces  oscillations  physiologiques  ne  sont  rien  auprès 
des  rapports  tout  nouveaux  créés  par  la  leucocythémie  ;  dans  les  cas 
légers,  la  proportion  est  déjà  de  1  globule  blanc  pour  12  à  19  globules 
rouges,  et  quand  l’altération  est  plus  profonde,  elle  donne  le  rapportée 
1  à  6  (Mosler),  1  à  4  (Welcker)  ;  on  a  même  vu  1  à  2  (Schreiber),  2  à  5 
(J.  Vogel),  et  même  1  à  1  (Isambert). 

Ces  chiffres  sont  exprimés  par  quelques  auteurs  d’une  autre  façon  :  il 
est  dit  que  le  nombre  des  globules  blancs,  par  exemple,  est  de  25,  de  30 
pour  100  globules  rouges.  Il  est  facile  de  ramener  par  le  calcul  ces  chiffres 
à  une  évaluation  commune. 

Les  éléments  blancs  contenus  dans  le  sang  présentent  de  nombreuses 
variétés  morphologiques,  mais  ils  peuvent  cependant  être  ramenés  à  deux 
types  fondamentaux  :  l’un  est  constitué  par  des  cellules  parfaites,  à  un  ou 
plusieurs  petits  noyaux,  de  la  grosseur  moyenne'  de  0,01  de  millimètre, 
semblables  en  un"  mot  aux  leucocytes  du  sang  normal;  l’autre  type  est 
formé  par  des  noyaux  libres  en  grand  nombre,  et  par  des  cellules  beau¬ 
coup  plus  petites  que  les  précédentes ,  ces  éléments  nucléo-cellulaires 
étant  semblables  d’ailleurs  à  ceux  qui  occupent  les  glandes  lymphatiques. 

Le  premier  type  appartient  surtout  à  la  leucocythémie  splénique,  le 
second  à  la  leucocythémie  ganglionnaire,  intestinale  ou  myélogène  (Neu¬ 
mann);  mais  encore,  bien  que  ce  rapport  soit  fréquent,  il  ne  peut  être  dit 
constant. 

Les  globulins,  ou  noyaux  libres,  prennent  souvent  un  développement 
considérable,  et  constituent  une  des  variétés  de  la  leucocythémie. 

Isambert  a  observé,  en  1855,  avec  Blaçhé  et  Robin,  un  cas  où  ce  déve¬ 
loppement  des  globulins  semblait  porté  au  maximum.  «  Les  globulins,  dit- 


LEÜCOCYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologiIt  pathologiqües.  407 
il,  étaient  anx  globules  blancs  complets  comme  80  :  1 .  Au  lieu  d’être, 
comme  à  l’ordinaire,  obligé  de  chercher  les  globules  blancs  et  les  globu- 
lins  au  milieu  des  globules  rouges,  c’étaient  réellement  les  globules  l  ouges 
et  les  globules  blancs  qu’on  était  obligé  de  chercher  au  milieu  des  globu- 
lins.  Dans  ce  cas,  ajoute-t-il,  comme  dans  les  autres  observations,  les 
globulins  semblaient  d’ailleurs  conserver  leurs  caractères  ordinaires.  » 
Dans  la  leucocythémie  ganglionnaire  ou  lymphatique,  les  globules  identi¬ 
ques  avec  ceux  de  la  lymphe  se  trouvent  dans  le  sang  en  grande  quantité, 
et  parfois  dans  un  rapport  de  2  :  5  avec  le  nombre  des  globules  rouges. 

Dans  certains  cas,  l’hypertrophie  morbide  portant  à  la  fois  sur  la  rate  et 
sur  les  autres  glandes  vasculaires  sanguines,  il  y  a  sur  le  même  sujet 
réunion  et  mélange  des  deux  formes  de  leucocythémie,  et  dans  le  sang  on 
trouve  à  la  fois  une  augmentation  du  nombre  des  globules  blancs  et  des 
globulins  (Virchow,  Vidal). 

Récemment  Klebs  dit  avoir  rencontré  dans  du  sang  recueilli  sur  le  ca¬ 
davre  d’uiï  leucémique  (leucémie  spléno-ganglionnaire)  des  globules  par¬ 
faitement  sphériques  et  à  surface  unie,  et  il  a  représenté  un  de  ces  petits 
globules.  Un  certain  nombre  de  ces  petits  globules  sphériques  n’avaient 
pas  plus  de  0““,004.  Les  recherches  de  Klebs  ont  été  confirmées  depuis  en 
Allemagne  par  Erb,  Recklinghausen,  Bôttcher,  Eberth,  et  plus  récemment 
encore  par  Neumann. 

Le  sang,  qui  s’écoule  spontanément  ou  qu’on  obtient  artificiellement 
pendant  la  vie, celui  qu’on  recueille  sur  le  cadavre,  n’est  pas  assez  modifié 
pour  qu’on  puisse,  immédiatement  et  à  l’œil  nu,  juger  de  son  altération 
d’après  sa  couleur.  Dans  certains  cas  cependant,  il  présente  à  sa  surface 
une  couche  grisâtre  formée  par  les  éléments  blancs  ;  mais  lorsque,  après  ' 
l’avoir  défibriné,  on  le  laisse  en  repos,  on  voit  les  globules  rouges  tomber 
au  fond,  et  les  blancs  former  au-dessus  une  couche  plus  ou  moins  épaisse, 
d’un  blanc  jaunâtre,  et  d’un  aspect  tout  à  fait  analogue  à  celui  du  pus.  Le 
sérum  reste  clair  et  limpide.  Cette  séparation  des  deux  ordres  de  globules 
a  beu  sur  le  cadavre  d’une  manière  non  moins  distincte;  on  constate  dans 
le  cœur  droit  et  dans  l’artère  pulmonaire  des  caillots  mous,  sans  résis¬ 
tance,  jaunâtres  ou  verdâtres  ;  plus  rarement  ils  sont  complètement  déco¬ 
lorés,  et  ressemblent  à  du  pus  concret  ;  cette  décoloration  totale  est  plus 
commune  dans  les  petits  rameaux  de  l’artère  pulmonaire,  dans  les  veines 
du  cœur,  dans  les  sinus  cérébraux,  dans  les  petites  veines  mésaraïques  où 
l’on  trouve  parfois  un  sang  véritablement  puriforme.  Ces  caillots  se  dis¬ 
tinguent  aisément  des  dépôts  fibrineux  suppurés  de  la  phlébite  purulente, 
en  ce  que  les  parois  des  veines  sont  normales.  Les  premiers  n’ont  pas 
d’adhérence,  ils  se  détachent  sous  forme  de  cylindres  plus  ou  moins  homo¬ 
gènes,  qu’il  suffit  d’agiter  dans  l’eau  pour  séparer  les  globules,  et  pour 
obtenir  d’une  part  un  liquide  trouble  et  lactescent,  et  de  l’autre  un  coagu- 
lum fibrineux  (Virchow). 

L’abondance  des  éléments  blaôcs  n’est  pas  la  même  dans  toutes  les  ré-, 
gions  de  l’appareil  circulatoire^  ^lle  est  au  maximum  dans  le  cœur  droit, 
dans  les  veines  caves  et  l’artère  pulmonaire  ;  du  reste,  elle  n’est  pas  non 


408  LEUGOCYTHÉli|:  .  —  ANATOMIE  ET  PHYSIOLOGIE  PATHOLOGIQUES. 

plus  la  même  dans  tous  les  points  du  système  veineux.  Déjà  Lhéritier, 
Béclard,  Lehmann,  Kôlliker  ont  signalé  cette  inégale  répartition  des  leu¬ 
cocytes  en  dehors  de  toute  maladie  spécifique.  S’il  est  vrai,  dit  Virchow, 
que  les  globules  rouges  disparaissent  dans  presque  tous  les  capillaires,  le 
sang  veineux  doit  en  contenir  une  proportion  variable,  suivant  sa  prove¬ 
nance.  Si,  maintenant,  ajoute-t-il,  certains  organes  ont  la  propriété,  à  l’état 
normal  ou  dans  des  conditions  pathologiques,  de  contribuer  plus  active¬ 
ment  à  la  destruction  des  globules  rouges,  le  sang  veineux  qui  en  revient, 
doit  renfermer  relativement  plus  de  corpuscules  blancs.  Tel  est  le  cas  de 
la  rate.  Or  l’analyse  a  démontré  que,  dans  la  leucémie,  le  sang  de  la  veine 
splénique  est  deux  fois  plus  riche  en  globules  incolores  que  celui  de  la 
veine  jugulaire  (cas  de  Pury). 

On  s’est  peu  occupé  jusqu’ici  àe,  Y  altération  qualitative  des  globules 
ainsi  augmentés  de  nombre.  Ils  présentent  parfois  une  altération  consis¬ 
tant  surtout  dans  une  augmentation  de  volume  (Bennett,  Charcot  et  Robin), 
et  quelquefois  dans  leur  configuration  (Isambert,  Robin) .  Dans"  trois  cas, 
Jæderholm  a  observé  une  dégénérescence  graisseuse  de  ces  éléments.  Dans 
le  premier  cas,  le  rapport  numérique  des  leucocytes  gras  aux  leucocytes 
sains  n’est  pas  donné  ;  dans  le  second  cas,  la  dégénérescence  occupait  en¬ 
viron  5  pour  100  des  globules  blancs;  dans  le  troisième, elle  en  atteignait 
15  pour  100.  Charcot  et  Vulpian  ont  également  noté  une  altération  a  peu 
près  analogue  des  leucocytes,  caractérisée  par  l’infiltration  de  granulations 
à  bords  réfringents,  ne  se  dissolvant  pas  dans  l’acide  acétique. 

La  densité  du  sang  subit  dans  la  leucocythémie  une  diminution  assez 
considérable.  De  1055  (moyenne  normale),  elle  tombe  à  1049,  1036 
(1036,  1046,3,  1045,5,  1044,  1049,5,  Bennett).  Celle  du  sérum  est 
moins  diminuée;  en  prenant  pour  terme  de  comparaison  le  chiffre  de 
1029,9,  nous  trouvons,  dans  les  cinq  observations  de  Bennett,  indiqués 
les  chiffres  de  1029,  1027,  1026,5  et  1023. 

La  proportion  de  Veau  s’élève  jusqu’à  850-881  pour  1000,  en  moyenne 
838,3,  (minimum  801,  maximum  881)  (Drummond). 

Les  recherches  de  Vogel  et  de  Drummond  ont  montré  que  l’albumine, la 
fibrine  et  les  sels  du  sérum  ne  présentent  aucune  modification  essentielle, 
aucun  changement  constant.  Bennett  a  trouve  la  proportion  de  fibrine 
augmentée  dans  7  analyses  sur  9.  Dans  un  des  cas  où  la  diminution  a  été 
notée,  il  s’agissait  d’une  leucocythémie  hémorrhagique  avec  purpura;  dans 
l’autre  cas ,  le  sang  avait  été  recueilli  après  la  mort.  Strecker  signale 
dans  ses  analyses  une  augmentation  assez  notable  de  la  fibrine  (4,46  au 
lieu  de  2).Parkes  l’a  trouvée  en  proportion  triple  de  l’état  normal  (7,08). 
Dans  les  analyses  de  Robin  et  de  Robertson,  au  contraire,  elle  paraîtrait 
considérablement  diminuée  (1 ,40, 1,50  pour  1 000) .  Isambert  a  rencontré 
dans  un  cas  une  altération  moléculaire  de  cette  substance  qui  devenait 
grumeleuse  par  le  battage,  et  il  insiste  avec  raison  sur  les  modifications 
qu’une  telle  altération  de  la  fibrine  devait  imprimer  à  la  cpagulabilité  du 
sang,  et' sur  les  incertitudes  qu’elle  apportait  à  l’analyse  quantitative  de  ce 
liquide.  Cette  altération  spéciale,  cette  précipitation  de  la  fibrine  en  petits 


LEUCOCYTHÉMIE.  .  ANATOMIE  ET  PHYSIOLOGIE'  PATHOLOGIQÜES.  409 

grumeaux  blancs  et  gros  au  toucher,  a  été  constatée  de  nouveau  par  le 
même  observateur  trois  ans  après  (1858).  Déjà  Bennett,  Robin  et  Bec¬ 
querel  avaient  fait  mention  d’un  état  moléculaire  analogue. 

La  proportion  de  V albumine  serait  soumise  à  de  grandes  variations,  si 
l’on  en  juge  par  les  chiffres  indiqués  par  Becquerel  (75,85, 40,50),  et  par 
Ducom  (57  sur  1000). 

On  s’est  peu  occupé  de  la  détermination  exacte  des  variations  subies 
par  les  sels  du  sérum,  et  par  les  matières  grasses.  Les  analyses  de  Ro- 
berston,  de  Becquerel,  de  R.  Mattéi  et  Cappezuoli  font  cependant  mention 
d’une  augmentation  numérique  des  corps  gras  (7,22,5,01,  5,70  pour 
1000). 

Les  globules  rouges  sont  tellement  diminués  de  nombre,  que  malgré 
l’énorme  proportion  des  blancs,  l’élément  cellulaire  est  au-dessous  de  la 
moyenne  physiologique.  La  numération  des  hématies  était  jusqu’ici  trop 
difficile  et  trop  imparfaite  pour  pouvoir  donner  des  résultats  satisfaisants  ; 
grâce  à  l’ingénieux  procédé  imaginé  par  Malassez,  il  est  probable  que  cette 
investigation  sera  faite  avec  plus  de  soin  et  d’exactitude,  et  qu’elle  ne  tar¬ 
dera  pas  à  apporter  son  contingent  de  faits  et  de  lumière  dans  cette  étude 
hématologique  encore  si  incomplète.  Nous  ne  pouvons  toutefois  passer 
Sous  silence  les  intéressantes  recherches  de  Welcker  sur  ce  point.  Chez  un 
leucocythémique,  dans  le  sang  examiné  20  jours  avant  la  mort,  cet  habile 
observateur  avait  trouvé  la  proportion  des  globules  blancs  aux  hématies 
::  1.:  11,  et  par  son  procédé  de  numération,  il  était  arrivé  à  une  évaluation 
de  2,300,000  représentant  le  nombre  total  de  ces  derniers  éléments. 

Chez  une  malade  de  Mosler,  âgée  de  54  ans,  chez  laquelle  la  proportion 
des  globules  blancs  était  de  1  :  3,  Welcker  compta  2,000,000  de  glo¬ 
bules  rouges  dans  toute  la  masse  sanguine.  Il  ajoute  que,  dans  ces  deux 
cas,  la  diminution  des  hématies  était  la  plus  forte  qu’il  ait  jamais  ob¬ 
servée,  et  que  les  chiffres  notés  par  lui  dans  la  leucémie  étaient  de  beau¬ 
coup  inférieurs  à  tous  ceux  qu’il  avait  indiqués  dans  l’anémie  saturnine  et 
dans  les  dernières,  périodes  de  la  phthisie. 

Par  suite  de  l’abaissement  du  chiffre  des  globules  rouges,  la  quantité 
de  fer  contenue  dans  le  sang  est  notablement  diminuée.  Au  lieu  de  0,4  à 
0,6  que  Becquerel  et  Rodier  prennent  pour  limites  de  la  moyenne  physio¬ 
logique,  nous  trouvons,  en  effet,  les  chiffres  suivants  :  0,342  (Strecker) 
0,298  pour  1 000  (Scherer) .  La  plupart  des  auteurs  se  sont  bornés  à  si¬ 
gnaler  cette  diminution  numérique  des  globules  rouges.  Charcot  et  Vulpian 
ont  observé  en  outre  dans  un  cas,  une  réduction  de  volume  de  ces  élé¬ 
ments,  d’autant  plus  manifeste  que  les  dimensions  des  globules  blancs 
étaient  généralement  accrues. 

la  réaction  du  sang  leucémique  est  ordinairement  acide,  et  Scherer 
attribue  cette  propriété  à  la  présence  des  acides  formique,  acétique  et  lac¬ 
tique.  Outre  ces  substances,  Scherer  a  trouvé  encore,  dans  deux  cas  de 
sang  leucémique  pris  sur  le  cadavre  et  que  lui  avait  fourni  Virchow,  de 
l’hypoxanthine,  de  la  leucine  et  de  l’acide  urique. 

Folwarczny,  dans  une  observation  d’Oppolzer,  en  se  servant  du  pro- 


410  LEUCOCYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques. 
cédé  employé  par  Scherer,  a  trouvé  dans  le  sang  frais  d’un  leucémique, 
de  l’acide  formique,  de  l’acide  lactique  (dans  le  sang  des  veines  médianes 
et  sus-hépatiques  et  de  l’aorte),  de  la  tyrosine  et  de  la  leucine  (dans  le 
sang  de  l’aorte  et  des  capillaires),  des  traces  d’acide  urique  (dans  le  sang 
de  la  veine  jugulaire).  Toutes  ces  substances,  sauf  la  leucine,  ont  été  re¬ 
trouvées  par  W.  Kôrner  dans  un  cas  rapporté  par  Mosler.  Ce  dernier  ob¬ 
servateur  a  montré  récemment  que  l’augmentation  de  ces  substances,  et  en 
particulier  de  l’hypoxanthine,  ne  pouvait,  comme  on  l’avait  espéré  tout 
d’abord,  caractériser  la  leucocythémie  splénique  et  la  différencier  de  la 
variété  dite  lymphatique. 

Ces  recherches  ont  été  poursuivies  récemment,  et  quoique  leurs  résul¬ 
tats  ne  soient  pas  encore  très-satisfaisants,  il  est  cependant  permis  d'es¬ 
pérer  que  les  progrès  de  la  chimie  biologique  jetteront  bientôt  une  vive 
lumière  sur  ce  sujet  encore  si  obscur.  En  1870,  Reichardtanoté  la  présence 
d’une  substance  collagène  et  de  l’acide  acétique  dans  du  sang  frais  de  leu¬ 
cémique  ;  dans  une  seconde  analyse,  il  a  trouvé  sur  30  grammes  de  sang 
0,055  d’hypoxanthine  et  de  l’acide  formique,  et,  dans  le  résidu  de  dis¬ 
tillation,  une  substance  azotée  à  laquelle  il  donne  provisoirement  le  nom 
à’albukalin.  Cette  substance,  déjà  décrite  par  Theile,  a  pour  formule 
C‘H®NO®,  et  semble  se  rapprocher  de  la  glycocolle.  Elle  précipite  par  le 
chlorure  de  platine,  l’azotate  de  mercure  et  le  nitrate  d’argent. 

Peu  de  temps  après  lui,  Salkowski  a  fait  sur  un  malade  atteint  de  leu¬ 
cémie  liénale  non  compliquée,  et  dont  l’observation  a  été  publiée  par  Neu¬ 
mann,  une  série  de  recherches  très-intéressantes.  Dans  ses  analyses  du 
sang  pris  sur  le  cadavre,  il  a  trouvé,  ainsi  que  l’observateur  que  nous  ve¬ 
nons  de  citer,  une  substance  dont  les  réactions  sont  analogues  à  celles  de 
la  glutine  ;  cependant,  traité  par  l’acide  sulfurique ,  ce  corps  ne  fournit 
que  des  traces  douteuses  de  leucine  et  pas  de  glycocolle.  Déplus,  il  a  ren¬ 
contré  dans  ce  même  fluide  ,  de  l’hypoxanthine,  les  acides  formique,  acé¬ 
tique  et  lactique,  enfin  un  acide  organique  renfermant  du  phosphore 
(peut-être  l’acide  glycéro-phosphorique) .  La  glutine  et  l’hypoxanthine 
peuvent  seules  être  considérées,  selon  lui,  comme  des  principes  ano¬ 
maux;  l’acide  formique  n’aurait  pas  d’importance.  En  effet,  HoppeSeyler 
a  montré  que  cet  acide  prenait  naissance  au  moment  de  la  coagulation  de 
l’hémoglobine. 

La  glutine  a  été  trouvée  dans  quelques  cas  de  leucémie,  mais  elle  a 
fait  défaut  dans  d’autres.  On  pourrait  peut-être  expliquer  ce  fait  par 
les  recherches  de  Neumann  sur  les  lésions  du  tissu  osseux  dans  la  leu¬ 
cémie. 

Gorup-Besanez  a  trouvé  dans  le  sang  leucémique,  examiné  pendant  la 
vie.  Une  substance  très-analogue  à  la  glutine,  mais  en  différant  par  ses 
propriétés  optiques.  Il  mentionne  en  outre,  dans  son  analyse,  de  l’hypoxan¬ 
thine,  de  l’acide  formique  et  des  acides  gras  volatils  plus  riches  en  car¬ 
bone;  enfin  un  acide  organique,  fixe,  insoluble  dans  l’eau,  l’alcool  et 
l’éther,  et  qui  n’est  certainement  pas  de  l’acide  lactique. 

Steinberg  a  constaté,  dans  ses  analyses,  la  présence  de  la  plupart  de 


LEÜCOCYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques.  4H 
ces  substances  :  hypoxanthine,  acide  lactique,  acide  formique,  acide  acé¬ 
tique,  leucine  et  tyrosine.  C’est  sans  doute  à  cette  dernière  substance 
qu’il  faut  rapporter  les  cristaux  rencontrés  dans  le  sang  des  sujets  leucé¬ 
miques  par  Charcot,  Vulpian,  Robin,  Ilayem  (obs.  de  Desnos),  Neumann, 
et  que  Zenker  considère  comme  constants  (obs.  de  Huber).  Les  premiers  de 
ces  observateurs  ont  dessiné  les  formes  géométriques  de  ces  cristaux,  qui 
figurent  des  octaèdres  diversement  groupés  entre  eux,  et  en  ont  indiqué 
les  principaux  caractères  cbimiques,  sans  pouvoir  les  identifier  avec  aucun 
des  divers  cristaux  organiques  connus.  Voici  comment  Neumann  les  dé¬ 
crit  :  ce  sont  des  cristaux  octaédriques  longs  de  0'“,016  à  0“‘“,075  ;  leur 
angle  optique  varie  de  18“  à  162°.  Ils  sont  insolubles  dans  l’eau  froide, 
daus  l’alcool,  l’éther,  le  chloroforme  et  la  glycérine  ;  ils  se  dissolvent,  au 
contraire,  promptement  dans  les  acides  acétique  et  phosphorique,  et  dans  la 
potasse  et  la  soude.  L’ammoniaque  ne  les  dissout  qu’avec  une  extrême 
lenteur;  ils  sont  aussi  très-réfractaires  à  l’action  des  acides  chromique  et 
azotique.  Très-dilués,  les  acides  chlorhydrique  et  sulfurique  dissolvent 
ces  cristaux,  qui  sont  à  peine  modifiés  au  contact  des  mêmes  acides  àL’état 
de  concentration  ;  enfin  ces  cristaux  ne  diffèrent  de  la  tyrosine  que  par 
leur  solubilité  dans  l’acide  acétique.  Tous  ces  caractères  sont  presque 
identiques  à  ceux  qu’ont  indiqués  Charcot  et  Vulpian. 

Telles  sont  les  principales  données  fournies  par  l’hématologie  patho¬ 
logique  moderne.  Malgré  les  progrès  accomplis,  on  ne  peut  se  dissimuler 
l’étendue  du  chemin  qu’il  reste  encore  à  parcourir.  Il  résulte  de  ces  faits 
et  de  ces  notions  acquises  que  la  leucocythémie  marche  toujours  de  pair 
avec  une  anémie  globulaire  ;  or  le  défaut  d’hémoglobine  produit,  comme 
toujours,  un  état  à' anoxémie,  d’où  le  trouble  et  l’insuffisance  de  toutes 
les  combustions  que  nous  retrouverons  dans  toutes  les  formes  de  la  ma¬ 
ladie,  mais  qui  ne  peut  cependant  rendre  compte  de  tous  les  troubles 
fouctionnels.  En  outre,  le  sang  provenant  des  veines,  quelles  qu’elles 
soient,  présente  une  modification  spéciale  dont  il  serait  intéressant  de  re¬ 
chercher  l’influence  sur  les  phénomènes  morbides  :  il  contient  une  quan¬ 
tité  notable  d’acides  urique,  lactique,  formique,  de  l’hypoxanthine  et  au¬ 
tres  produits  analogues  qui  se  retrouvent  normalement  dans  le  sang  de  la 
veine  splénique  et  paraissent  être  le  résultat  de  là  destruction  des  glo¬ 
bules  rouges  dans  la  rate.  Or  ces  altérations  du  sang,  ainsi  que  l’a  très- 
judicieusement  fait  observer  G.  Sée,  ne  se  voient  jamais  dans  les  anémies, 
mêm'e  dans  les  anémies  palustres,  qui  cependant  sont  toujours  accompa¬ 
gnées  d’engorgement  splénique.  Ainsi  la  composition  du  sang  est  absolu¬ 
ment  distincte  dans  les  anémies  et  dans  la  leucocythémie. 

n.  Lé.sioks  viscérales.  —  Dans  la  leucémie,  les  solides,  écrivait 
Virchow  dès  1855,  sont  primitivement  malades,  et  l’altération  du  sang 
n’est  que  secondaire.  Et  plus  tard,  il  ajoutait  :  Cette  dyscrasie  n’est  pas 
originelle,  elle  n’a  pas  existé  dès  le  premier  développement  du  corps  ; 
mais  elle  est  incontestablement  acquise  et  se  produit  dans  le  cours  de  la 
vie  extra-utérine.  Nous  savons  enfin  que  le  développement  de  cette  dys¬ 
crasie  ne  se  fait  pas  primitivement  dans  le  sang,  mais  qu’il  dépend  des 


4i2  LEUCOCYTHÉMIE  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques. 
modifications  locales  de  certains  organes  que  l’on  sait  être  en  rapport  bien 
déterminé  avec  la  production  du  sang  :  ce  sont,  d’un  côté,  la  rate  ;  de 
l’autre,  les  ganglions  lymphatiques. 

Les  lésions  des  solides  méritent  donc  d’être  étudiées  avec. grand  soin, 
car  elles  constituent  la  cause  et  la  manifestation  primordiale  de  la  ma¬ 
ladie. 

Avant  de  passer  en  revue  les  diverses  lésions  viscérales  rencontrées 
sur  le  cadavre  des  individus  morts  de  leucocythémie,  il  nous  semble 
plus  rationnel  d’examiner  tout  d’abord  l’altération  initiale  de  la  maladie 
et  ses  caractères  anatomo-pathologiques  fondamentaux. 

Pour  nous,  comme  nous  avons  dit  précédemment,  les  lésions  essen¬ 
tielles  des  différents  organes  sont  les  mêmes  dans  tous  les  cas  :  ce  sont 
des  tumeurs  reproduisant  la  structure  du  tissu  adénoïde  de  His,  des  lym- 
phadénomes  (Ranvier),  en  un  mot,  des  proliférations  lymphatiques. 

Le  tissu  lymphatique  peut,  dans  de  nombreuses  circonstances,  devenir 
le  siège  d’une  prolifération  :  il  peut  augmenter  de  volume  sur  place, 
c’est-à-dire  dans  les  viscères  où  il  existe  normalement;  il  peut  aussi,  par 
une  génération  hétérotopique,  se  produire  dans  d’autres  organes  qui  sont 
tous,  il  est  vrai,  pourvus  d’un  système  lymphatique  plus  ou  moins  riche, 
mais  dans  lesquels  on  ne  trouve  pas  à  l’état  sain  de  tissu  réticulé.  Par¬ 
tout  nous  le  retrouvons  identique  à  lui-même  et  reproduisant  la  structure 
du  tis|m  adépoïde  normal  des  follicules  des  ganglions  lymphatiques,  des 
corpuscules  tfè  la  rate  et  des  autres  organes  analogues,  caractérisé,  en 
d’autres"  termes,  par  m^tissu  conjonctif  réticulé  dont  les  mailles  sont 
remplies  de  cellules  l^phatique.s. 

Dans  les  cas  types,  la  lésion  glandulaire  de  la  leucocythémie  ganglion¬ 
naire  {lymjihémie)  appartient  à  cettè  classe  de  tumeurs  dont  nous  venons 
de  rappeler  les. traits  principaux,  et  qui  est  désignée  aujourd’hui  sous 
les  noms  de  lymphadénomes  (Ranvier)  ou  lymphomes  (Tirchovi). 

Ce  travail  de  prolifération  ou  d’hyperplasie  porte  exclusivement  sur  les 
éléments  cellulaires  ou  lymphoïdes  contenus  dans  le  ganglion  ;  l’enve¬ 
loppe  et  le  réseau  conjonctif  intérieur  restent  intacts,  sans  développe- 
mefllj;,  sans  é^iss^sement  anomal.  Dans  les  cas  types,  la  lésion  glandu¬ 
laire,  de  la  pseudoJeueémie  appartient  à  la  classe  des  tumeurs  dites 
lyn^hçt^cpmés  ;  la  prolifération  ne  porte  plus  seulement  sur  l’élément 
ly^hoiué  du' ganglion,  elle  modifie  aussi  la  coque  et  le  stroma  con- 
jon^-qui  ,;i^g]^entént  S’épa^ur  et  de  consistance,  d’où  un  accroisse- 
q^en^^  oii^o(fti^  marqué  'pms  la  dureté  et  la  résistance  de  la  glande. 
Si  les  4!hi^.es<^taienh  toujours  aussi  accentuées,  -la  différence  des  léâons 
pourrait  à  bon  dhi^ê^^  in^^uée  comme  un  caractère  distinctif  suffi¬ 
sant,  et  à  la  leucocythémie  spécialisée  par  le  lymphome  pur  on  pourrait 
opposer  la  pseudo-leucémie  spécialisée  par  le  lymphosarcome.  Mais  la  si¬ 
tuation  est  moins  nette  :  entre  les  formes  extrêmes  et  typiques  dont  nous 
venons  de  rappeler  les  caractères,  l’observation  démontre  de  nombreuses 
formes  intermédiaires  qui  conduisent  insensiblement  de  l’une  à  l’autre; 
il  y  a  des  leucocythémies  dont  les  lymphomes  sont  impurs,  en  ce  sens 


LEüCOCYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques.  413 
qu’avec  l’hyperplasie  cellulaire,  on  trouve  des  signes  de  prolifération  con¬ 
jonctive,  et  pour  ce  qui  est  des  lymphosarcomes,  Virchow  a  bien  soin  de 
distinguer  des  formes  molles  et  des  formes  dures;  or  les  formes  molles, 
qui  doivent  cette  mollesse  à  la  prédominance  des  éléments  lymphoïdes, 
ne  diffèrent  pas,  en  somme,  des  lymphomes  impurs.  Lors  donc  qu’au 
lieu  de  tenir  compte  seulement  des  cas  extrêmes,  on  considère  les  faits 
dans  leur  ensemble,  on  voit  s’abaisser  la  barrière  que  l’anatomie  semblait 
d’àbord  élever  entre  ces  deux  formes  pathologiques,  dont  nous  avons  voulu 
tracer  le  parallèle,  afin  d’en  démontrer,  sinon  l’identité  absolue,  du 
moins  la  parenté  très-proche  et  la  communauté  d’origine,  et  de  justifier 
de  la  sorte  leur  commune  description.  Nous  pourrons  d’ailleurs  citer  un 
fait  qui  enlève  tous  les  doutes  :  un  des  malades  observés  par  Trousseau, 
après  avoir  consulté  plusieurs  médecins  de  Paris,  se  rendit  à  Berlin  pour 
prendre  l’avis  de  Virchow  ;  celui-ci  constata  tout  d’abord  qu’il  n’y  avait 
rien  de  leucémique  dans  le  sang,  c’est  sa  propre  expression.  Peu  après,  le 
malade  fut  tué  par  la  compression  des  masses  ganglionnaires  cervicales, 
et  l’examen  des  glandes  n’y  montra  qu’une  prolifération  lymphatique  pro¬ 
gressive  à  petites  cellules. 

La  persistance  des  éléments  cellulaires  dans  les  glandes, sans  travail  de 
régression  est  un  des  caractères  les  plus  constants  de  l’hyperplasie  lym¬ 
phatique  diffuse;  cependant,  dans  la  forme  sans  leucémie,  on  trouve  par¬ 
fois  dans  les  glandes  malades  des  points  devenus  caséeux;  mais  ce  fait 
exceptionnel  peut  également  être  rencontré  dans  la  leucocÿthémie,  ainsi 
que  le  prouvent  les  observations  récentes  de  Slawjansky.  Dans  deux  cas 
de  leucémie  spléno-lymphatique,  dans  lesquels  le 'rapport  des  globules 
blancs  aux  rouges  était  de  1  à  6  et  de  1  à  10,  cet  auteur  a  constaté  que 
les  ganglions  augmentés  de  volume  présentaient,  sur  beaucoup  de  points, 
une  métamorphose  caséeuse  évidente.  Ce  fait  est  d’autant  plus  intéressant, 
que  l’observation  clinique  ne  montre  aucun  rapport  entre  la  leucocythé- 
mie  et  la  scrofulose. 

Un. des  points  les  plus  intéressants  dans  l’histoire  de  la  leucocythéinie 
est  l’apparition  de  produits  lymphoïdes  dans  des  organes  qui  ne  renfer¬ 
ment  point  de  ganglions  lymphatiques  :  ces  produits  ne  sont  pas  qppôrtés 
tout  faits  par  le  sang;  ils  naissent  sur  place  aux  dépens  des  éléments  con-, 
jonctifs  du  tissu;  ce  sont  donc  des  formations  nouvelles,  des  néoplasmes 
berniques;  ces  productions  sont  souveiij;  appelées  hétérotopiques^,,  Qii 
raison  de  la  déviation  de  lieu  que  présentent  les  éléments  ..^nglionq^  jre.s . 
dont  elles  se  composent.  .  ,  ^ 

Ces  produits  secondaires  si  caractéristiques' ne  sont  pas  pr-ôpres'dTa  leu- 
cocythémie  :  il  serait  difficile  de  citer  une  olosèrvation  complète  de  pseudo¬ 
leucémie  où  l’on  n’ait  pas  rencontré  ces  formations  néoplasiques  ;  on  les  a 
trouvées  dans  la  rate,  le  foie,  sur  la  muqueuse  gastro-intestinale,  sur  le 
péritoine,  sur  les  ovaires,  sur  les  plèvres,  bref  un  peu  partout,  et  la  seule 
différence  à  signaler,  c’est  que  la  rate  est  plus  fréquemment  atteinte  dans 
la  maladie  de  Hodgkin  que  dans  la  leucocÿthémie. 

Ces  dépôts  de  nouvelle  formation  {leucémie  néoplasique)  sont  composés 


M4  LEÜCOCYTHÊMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques. 
de  noyaux  libres  fortement  tassés  et  de  quelques  petites  cellules  plus  ou 
moins  remplies  de  noyaux  ;  ils  sont  circonscrits  par  uiïe  membrane  mince 
et  sont  facilement  détachés  du  tissu  environnant.  Dans  le  foie,  ces  néo¬ 
plasmes  ont  paru  provenir  des  parois  des  vaisseaux  et  de  celles  des  canaux 
biliaires;  pour  la  plèvre  et  l’intestin,  Friedreich  a  établi  que  les  forma¬ 
tions  leucémiques  ont  pour  point  de  départ  les  corpuscules  conjonctife 
normaux. 

La  présence  des  éléments  lymphatiques  en  dehors  de  l’appareil  qui  en 
est  le  générateur  ordinaire,  indique  quelque  chose  de  plus  qu’une  simple 
dyscrasie  secondaire  ;  elle  tend  à  déniontrer  une  véritable  diathèse  leuco- 
cytogène;  cependant  les  notions  récemment  acquises  touchant  la  véri¬ 
table  cellule  élémentaire  des  tissus  et  les  mouvements  dont  elle  est  douée 
(corpuscule  auto-moteur  dé  Recklinghausen,  sphère  de  segmentation  de 
Kôlliker,  cellule  embryonnaire  de  Schultze,  cellula  semovente  deBizzozero 
et  Yisconti),  la  constatation  de  ces  mouvements  dans  les  globules  blancs 
du  sang,  permettraient  d’attribuer  les  dépôts  lymphatiques  déplacés  (hé¬ 
térotopiques)  à  une  émigration  cellulaire.  U  y  a  lieu  tout  au  moins  de 
poser  la  question. 

Les  progrès  de  l’observation  étendent  de  plus  en  plus  le  domaine  de 
la  leucémie  néoplasique;  en  passant  en  revue  les  diverses  lésions  patholo¬ 
giques,  nous  aurons  occasion  de  montrer  la  multiplicité  des  organes 
envahis. 

Ainsi  les  tumeurs  désignées  indistinctement  sous  les  noms  de  lym¬ 
phomes  par  Virchow,  de  lymphadénomes  par  Ranvier,  peuvent  être  clas¬ 
sées  en  deux  groupes  ;  1“  les  tumeurs  hyperplastiques  ou  développées  par 
hyperplasie  du  tissu  lymphatique  normal  (rate,  ganglions,  muqueuse 
intestinale,  moelle  osseuse,  etc.);  2°  les  tumeurs  hétéroplastiques  ou  ayant 
pris  naissance  aux  dépens  du  tissu  conjonctif  interstitiel  d’un  organe 
privé  de  tissu  réticulé  (foie,  reins,  séreuses,  peau,  etc.)  Cette  forme  a  surtout 
été  désignée  par  Virchowsous  le  nom  de  noyaux  leucémiques.  Les  récents  tra¬ 
vaux  de  His,  de  Sweigger-Seidel,  de  Ranvier,  deRouget,  éclairent  la  patho- 
génie  de  ces  productions  hétéroplastiques,  en  nous  montrant  le  système 
lymphatique  comme  ayant  ses  origines  dans  le  tissu  conjonctif;  les  capil¬ 
laires  lymphatiques  de  Kôlliker  communiquant  directement  avec  les  cel¬ 
lules  plasmatiques  ont  cédé  la  place  aux  espaces  lacunaires  intercellulaires; 
les  cellules  du  tissu  conjonctif  laissent  entre  elles  dès  interstices  dans  les¬ 
quels  circule  le  suc  plasmatique;  ils  communiquent  avec  les  capillaires 
lymphatiques  les  plus  fins,  qui  vont  constituer  le  premier  réseau  superficiel. 
La  lymphe  chemine  ainsi  par  les  vaisseaux  lymphatiques  vers  la  profon¬ 
deur  des  tissus,  et,  sur  son  parcours,  elle  rencontre  le  tissu  adénoïde  ré¬ 
ticulé  disposé  en  masses  nodulaires  (follicules  clos,  ganglions  lympha¬ 
tiques,  rate)  ou  en  masses  plus  ou  moins  étendues  (muqueuse  intestinale). 
Les  séreuses,  d’après  Recklinghausen,  Ludwig,  Dybroswki,  Ranvier, 
communiquent  largement  avec  les  lymphatiques  par  des  pores  situés 
entre  les  cellules  épithéliales  ;  elles  ne  sont  donc  que  de  vastes  dilatations 
disposées  sur  le  trajet  des  vaisseaux  lymphatiques,  représentant  autour 


LEÜCOCYTHÉMIE.  —  amatomib  et  physiologie  pathologiques.  415 
des -viscères  les  espaces  lacunaires  du  tissu  conjonctif.  Ces  vues  d’anatomie 
générale,  si  clairement  exposées  par  Démangé  dans  son  intéressante  thèse 
inaugurale,  non-seulement  rendent  compte  de  la  dissémination  des  lésions 
qui  nous  occupent,  mais  permettent  de  les  systématiser,  pour  ainsi  dire, 
dans  une  vaste  synthèse  anatomo-pathologique  englobant  dans  un  même 
groupe  les  lésions  du  tissu  lymphatique  ou  réticulé  et  de  ses  dépendances  : 
les  tissus  conjonctif  et  sérenx. 

Enfin,  en  dehors  de  ces  deux  groupes  pathologiques  et  de  leurs  variétés  : 
f  Ipiphadénome  type,  qui  conserve  la  proportion  du  tissu  normal; 
2°  lymphadénome  à  gros  réticulum,  dans  lequel  le  réticulum  est  très-déve- 
loppé;  5°  lymphadénome  à  grosses  cellules  ou  lymphosarcome  des  au¬ 
teurs;  en  dehors  de  ces  espèces  qui  forment,  selon  Ranvier,  par  leur 
réunion,  une  famille  morbide,  la  lymphadénie,  il  faut  placer  les  amas 
de  corpuscules  lymphatiques  sans  réticulum  et  les  infarctus  de  globules 
blancs.  Cette  dernière  lésion  est  exclusivement  propre  à  la  leucocythémie. 
Loind’ètre  la  cause  de  l’augmentation  des  globules  blancs  dans  le  sang, 
elle  n’en  est  qu’un  des  effets. 

Mais  elle  joue  un  rôle  considérable,  sinon  exclusif,  dans  la  pathogénie 
des  hémorrhagies  si  communément  observées  dans  cette  maladie.  Ainsi 
que  Ollivier  et  Ranvier  l’ont  démontré  dans  une  série  de  mémoires  im¬ 
portants,  ces  hémorrhagies  sont,  le  plus  souvent,  le  résultat  d’une  fluxion 
compensatrice  ;  un  certain  nombre  de  petits  vaisseaux  sont  obstrués  par 
l’aecümulatiôn  dès  leucocytes,  et  dans  les  rameaux  perméables  du  même 
territoire  vasculaire  la  pression  augmente  jusqu’à  la  rupture. 

La  stagnation  du  sang  pourra  également  amener  une  coagulation  dans 
les  vaisseaux  artériels  et  veineux.  On  sait  en  effet  que,  de  toutes  les  causes 
qui  produisent  la  thrombose,  l’arrêt  ou  même  un  ralentissement  notable 
delà  circulation,  sont  certainement  les  plus  puissantes;  or,  en  vertu  du 
pouvoir  adhésif  des  globules  blancs,  démontré  par  Poiseuille,  la  circula¬ 
tion  capillaire  est  entravée  par  la  présence  de  ces  éléments  devenus  plus 
nombreu-x([fees  capillaires  pleins  de  globules  blancs  se  retrouvent  dans 
tous  les  organes,  même  ailleurs  que  dans  les  tumeurs  lymphatiques,  de 
telle  sorte  qu’on  peut,  par  ce  seul  caractère,  dit  Ranvier,  arriver  à.  recon¬ 
naître  après  la  mort  l’existence  d’une  leucocythémie  parfois  méconnue 
pendant  la  vie;  cela  nous  est  arrivé  plusieurs  fois.  Cette  réplétion  des  ca¬ 
pillaires  par  les  éléments  incolores  du  sang  constitue  peut-être  le  seul 
caractère  distinctif  important  entre  la  leucocythémie  et  la  pseudo-leucémie. 
Dans  cette  dernière  forme  morbide,  en  effet,  les  vaisseaux  sanguins  sont 
remplis  de  globules  rouges  qui  ne  se  colorent  pas  par  le  carmin  ;  dans 
les  cas  de  leucocythémie,  au  contraire,  les  capillaires  dilatés  sont  rem¬ 
plis  de  globules  blancs  que  le  carmin  colore  (Ranvier). 

Ces  capillaires  ainsi  gorgés-  de  leucocytes  peuvent  laisser  sortir,  avec 
ou  sans  déchirures  de  leurs  tuniques,  une  grande  quantité  de  globules 
blancs, qui  se  répandent  librement  dans  un  espace  limité  ou  diffus  et  con¬ 
stituent  alors  une  véritable  apoplexie  globulaire  circonscrite  ou  une  leu- 
;  «rrliflqie  diffusé,  que  l’on  retrouve  dans  une  foule  d’organes  et  de  tissus; 


416  LEUCOCYTIIÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques. 
Simon,  dans  une  de  ses  autopsies,  l’a  constatée  sur  la  choroïde  ;  pendant 
la  vie,  l’examen  ophthalmoscopique  avait  révélé  des  épanchements  réti¬ 
niens  d’une  couleur  violet  pâle  tout  à  fait  insolite.  Le  même  observateur 
a  rencontré  un  dépôt  leucorrhagique  analogue  dans  l’encéphale  autour 
d’un  foyer  hémorrhagique. 

Cette  apoplexie  des  globules  blancs  disséminée  dans  les  divers  organes 
a  été  méconnue  par  la  plupart  des  auteurs,  et  confondue  par  d’autres  avec 
les  néoplasies  leucémiques.  Virchow  lui-même  semble  avoir  décrit  cette 
production  d’origine  apoplectique  sous  le  nom  de  lymphome  miliaire; 
nous  verrons,  du  reste,  en  examinant  cette  lésion  dans  les  divers  organes, 
combien  l’erreur  était  aisée.  C’est  à  Ollivier  et  à  Ranvier  que  revient  le 
mérite  d’avoir  nettement  décrit  cette  altération  qui  jusqu’ici  était  restée 
presque  ignorée,  et  d’avoir  montré  tout  le  parti  que  l’on  pouvait  tirer  de 
l’étude  des  troubles  de  la  circulation  capillaire  pour  l’explication  des  phé¬ 
nomènes  observés  dans  la  leucocythémie. 

Si  nous  jetons  un  regard  rétrospectif  sur  la  description  générale  qui 
précède,  nous  voyons,  en  premier  lieu,  une  lésion  anatomique,  caracté¬ 
risée  par  l’hyperplasie  du  tissu  réticulé,  envahir  un  organe  lymphatique. 
Partie  primitivement  de  la  rate,  des  ganglions,  elle  irradie  en  tous 
sens,  pour  former,  à  la  superficie,  des  tumeurs  ganglionnaires,  et,  dans  la 
profondeur  des  tissus,  des  lésions  semblables,  mais  hétérotopiques.  L’or¬ 
gane  originairement  affecté  devient  ensuite  la  source  de  certaines  modifi¬ 
cations  du  sang.  Les  unes,  chimiques,  portent  sur  certains  él^ents  qui  se 
rencontrent  normalement  dans  cet  organe  à  l’état  de  sucs  parenchyma¬ 
teux,  et  qui  apparaissent  en  plus  grande  quantité  dans  le  sang  des  leucé¬ 
miques;  les  autres,  morphologiques,  proviennent  de  certains  éléments 
cellulaires  qui  pénètrent  dans  le  sang  ;  et  cette  double  altération  dyscra- 
sique  qui  en  résulte,  devient  à  son  tour  l’origine  de  lésions  secondaires  et 
deutéropathiques  qui  engendrent  de  nouveaux  désordres.  Tel  est,  en  ré¬ 
sumé,  le  triste  et  vaste  cercle  pathologique  qui,  de  l’hyperplasie  lymphoïde 
initiale,  conduit  à  la  généralisation  lymphadénique,  à  l’altération  leucé¬ 
mique  du  sang,  enfin  à  la  cachexie  et  à  la  mort. 

Rate.  —  L’hypertrophie  de  la  rate  est  la  lésion  caractéristique  delà 
leucocythémie,  on  trouve  cet  organe  augmenté  de  volume  dans  les  4/5  des 
cas  environ  (61  fois  sur  73,  d’après  le  relevé  fait  par  Isambert).  Ses  di¬ 
mensions  normales  étant  de®12  centimètres  de  longueur,  8  centimètres  de 
largeur,  et  5  centimètres  d’épaisseur  chez  l’adulte,  on  l’a  vu  atteindre  un 
volume  quadruple  (longueur  de  20  à  50  centimètres,  largeur  de  14  à  50, 
et  épaisseur  de  8  à  15).  Son  poids  varie  entre  1  et  3- kilogrammes;  on  l’a 
vu  même  dépasser  ce  chiffre  (7  kilogrammes, — -  BerlinerWoehenschrifl, 
1864,  p.  140) .  Sa  forme  est  habituellement  conservée  ;  dans  certains  cas, 
cependant,  elle  est  agrandie  dans  un  seul  sens,  et  le  plus  souvent  longitu¬ 
dinalement.  La  comsistance  en  est  ferme,  sans  dureté  notable.  La  couleur 
est  d’un  rouge  violâtre  à  l’extérieur,  souvent  avec  des  reflets  opalins, 
beaucoup  plus  apparents  sur  la  coupe  qui  offre  une  surface  sèche, 
luisante,  de  couleur  acajou  ou  rouge  brun.  La  capsule  présente  souvent 


'  LEÜCOCYTHÉMIE.  -  ANATOMIE  ET  PHÏSIOLOGIB  PATHOLOGIQDES.  417 

un  épaississement  ou  des  plaques  laiteuses,  quelquefois  même  des  cicatrices 
demi-cartilagineuses. 

La  plus  grande  part  de  cette  hypermégalie  incombe  à  l’accroissement  de 
la  pulpe,  dont  les  éléments  normaux  sont  prodigieusement  multipliés;  en 
outre,  il  y  a  un  développement  et  une  induration  plus  ou  moins  marqués 
des  trabécules.  Notre  savant  ami.  Luvs,  a  particulièrement  insisté  sur  le 
développement  normal  de  ces  corpuscules  de  Malpighi,  qui  prennent  une 
coloration  blanchâtre,  marbrant  en  quelque  sorte  la  coloration  rougeâtre 
de  l’organe.  Avec  les  progrès  de  la  maladie,  ces  corpuscules  qui  représen¬ 
tent  exactement  par  leur  structure  les  follicules  des  ganglions  lympha¬ 
tiques,  sont  démesurément  hypertrophiés  ;  on  peut  les  voir  atteindre,  en 
effet,  le  volume  d’une  noisette  ou  d’une  noix  (Ranvier). 

Au  début,  la  tumeur  leucémique  de  la  rate  consiste  en  une  simple  hy¬ 
perémie,  à  laquelle  s’ajoute  le  processus  hyperplastique,  d’abord  limité  aux 
follicules,  et  pouvant  ensuite  atteindre  les  trabécules,  et  prendre  quelque 
fois  un  caractère  inflammatoire  ^(Mosler).  On  rencontre  assez  souvent  une 
inflammation  chronique  de  l’enveloppe  péritonéale,  d’où  résultent  des 
pseudo-membranes  très-vasculaires,  adhérentes  aux  organes  voisins. 

Les  glomérules  hypertrophiés  sont  composés  par  du  tissu  adénoïde,  et  à  / 
la  coupe,  après  durcissement  dans  l’acide  cÿomique,  on  constate  un  strraim  /* 
réticulé  et  des  corpuscules  lymphatiquesTles  capillaires  sont  dilatés  et 
renferment  de  nombreux  globules  blancs;  aes  ruptures  vasculaires  peuvent 
se  faire  et  produire  de  véritables  infarctus  de  globules  blancs  (Bourdon) . 

D’autres  fois,  on  observe  des  thromboses  de  la  veine  splénique  (Charcot 
et  Vulpian)  ;  plus  rarement,  des  hémorrhagies  véritables  dans  la  pulpe 
splénique,  entraînant  la  déchirure  de  la  capsule. 

Certains  auteurs  (allemands  ont  prétendu  que  des  leucocytes  infiltrés 
pouvaient  subir  les  dégénérescences  graisseuse  ou  même  amyloïde? 
(Bôttcher,  Thierfelder,  Uhle). 

La  rate  a  été  trouvée  hypertrophiée  dans  le  tiers  des  cas  d’adénie  bien 
coustatée. Cette  hypertrophie  était  très-marquée  dans  les  observations  rap¬ 
portées  par  Leudet,  ïïérard,  Cobnheim,  Wunderlich  et  Trousseau.  Quel¬ 
quefois  on  trouve  en  même  temps,  dans  l’épaisseur  de  cet  organe,  de 
petites  tumeurs  grisâtres  formées  de  tissu  lymphoïde,  c’est-à-dire  consti¬ 
tuées  par  une  substance  réticulée,  dont  les  mailles  sont  remplies  de  noyaux 
ou  globulins  et  de'  cellules  complètement  développées.  Ces  productions 
pathologiques  ont  été  rencontrées  dans  les  cas  publiés  par  llérard  et  par 
Wunderlich,  mais  elles  manquaient  absolument  dans  ceux  de  Bonfils  et  de 
leudet.  Enfin,  l’observation  de  mycosis  fongoïde  de  Gillot  (lymphadénie 
cutanée),  constate  une  hypertrophie  de  la  rate  caractérisée  par  un  épais¬ 
sissement  de  ses  trabécules,  et  par  une  hypergenèse  notable  du  tissu 
lymphatique. 

Ainsi  dans  trois  des  variétés  morbides  de  notre  diathèse  lymphogène, 
de  la  lymphadénie  de  certains  auteurs,  nous  retrouvons  dans  la  rate  la 
même  lésion  fondamentale  :  l’hyperplasie  lymphoïde,  en  d’autres  termes, 
le lymphadénome  initial;  et  comme  altérations  accessoires  :  dans  la  leu- 

KOJV.  mcl.  MÉU.  BT  CHIR.  XX.  —  27 


418  LEUCOGYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiqdes. 
cocythémie,  les  infarctus  leucémiques,  et  dans  les  deux  autres  formes, 
l’hyperplasie  trabéculaire. 

Ganglions  lymphatiqdes.  —  Virchow,  avons-nous  dit,  distingue  dans 
cette  maladie  les  formes  splénique  (splénémie)  et  lymphatique  (lym- 
phémie),  suivant  que  dans  un  cas  c’est  la  rate,  dans  un  autre  les  gan¬ 
glions  lymphatiques  qui  sont  le  point  de  départ  de  la  leucocythémie,  et  que 
le  sang  a  été  peu  à  peu  modifié  par  l’altération  primitive  de  ces  organes. 
Mais,  dans  la  plupart  des  cas,  on  trouve  des  formes  complexes  dans  les¬ 
quelles  la  rate  se  prend  à  côté  des  ganglions  lymphatiques,  ou  les  gan¬ 
glions  en  même  temps  que  la  rate  (leucocythémie  spléno-lymphatique). 
La  forme  splénique  pure  et  simple  serait  extrêmement  rare,  au  dire  de 
Mosler,  qui  n’en  a  observé  qu’un  seul  cas  relatif  à  une  fille  de  13  ans.  Les 
cas  où  les  ganglions  lymphatiques  sont  seuls  modifiés ,  paraissent  plus 
fréquents  (Virchow,  Boogaard,  J.  Mulder,  Mohr,  Mosler).  Ces  organes  se¬ 
raient,  d’après  Vidal,  intéressés  dans  le&  déte- tiers  des  cas  à  peu  près  (10 
fois  sur  32).  Les  relevés  d’isambert  montrent  que  cette  proportion  est  plus 
grande  encore  (24  fois  sur  41  ).  La  lésion  porte  sur  un  nombrè  plus  ou  moins 
considérable.  Quelques  observateurs  ont  eu  l’idée  de  peser  tous  les  gan¬ 
glions  hypertrophiés  d’un  sujet  réunis  en  masse.  Leudet  a  obtenu  ainsi  un 
poids  de  4  kilogrammes.  Dans  deux  observations,  l’une  de  Bonfils,  l’autre 
de  Cossy,  les  tumeurs  de  l’aiiie  droite  atteignaient  le  poids  de  2  kilo¬ 
grammes  250  grammes.  Dans  un  des  faits  rapportés  par  Trousseau,  l’une 
de  ces  tumeurs  avait  le  volume  d’une  tête  de  fœtus.  Les  faits  précédents 
se  rapportent  à  l’hypertrophie  ganglionnaire  de  l’adénie,  qui  peut  attein¬ 
dre  un  degré  excessif  quant  à  la  généralisation,  et  quant  au  volume  des 
tumeurs  qui  en  résultent  (Potain).  Cette  hypertrophie  se  retrouve  dans  la 
leucocythémie  avec  un  développement ,  en  général,  moins  considérable, 
et  à  un  moindre  degré  dans  le  mycosis  fongoide  (lymphadénie  cutanée). 
Dans  tous  ces  cas,  l’altération  est  absolument  la  même,  quant  à  sa  nature. 
Ces  différents  états  ont  en  effet  une  même  base,  l’hyperplasie  du  ganglion, 
et  une  même  fin,  la  production  de  tumeurs  lymphoïdes  secondaires. 

Cette  hyperplasie  ganglionnaire  occupe  de  préférence  les  ganglions  du 
cou,  de  l’aisselle  et  de  l’aine,  ceux  du  mésentère,  ceux  des  bronches,  et 
elle  a  toujonrs  les  mêmes .  caractères  :  avec  ou  sans  épaisissemenf  de  la 
capsule,  le  ganglion  est  augmenté  de  volume  par  suite  de  la  multiplica¬ 
tion  des  cellules,  des  noyaux  et  des  granulations  qui  en  forment  le  contenu 
normal.  A  la  coupe,  les  ganglions  hypertrophiés  présentent  une  coloration 
quiwarie  du  blanc  rosé  au  gris  rouge  ;  les  teintes  les  plus  claires  appar¬ 
tiennent  aux  formes  dures  [lymphomes  durs  (Virchow),  lympho-sarcomes 
(Billroth),  lymphadénomes  à  gros  réticulum  (Ranvier)];  les  foncées,  aux 
formes  molles  [lymphomes  mous  (Virchow),  lymphadénomes  purs  (Ran¬ 
vier)]  .  Nous  ne  croyons  pas  devoir  nous  arrêter  sur  ces  formes  anatomiques, 
auxquelles  nous  avons  consacré  précédemment  une  assez  longue  descrip¬ 
tion.  La  coloration  des. ganglions  se  transforme  à  l’air,' elle  devient  plus 
rougeâtre.  Parfois  elle  est  altérée  par  endroits,  par  des  foyers  hémorrha¬ 
giques  (Bourdon),  des  dépôts  pigmentaires  (Bennett),  des  dégénérescences 


LEüdOCYTHÉMIE.  —  asatohie  et  physioloeie  pathologiques.  419 
graisseuses  (Leudet,  Slawjansky)  ou  lardacées.  Par  le  raclage,  on  fait  sortir 
de  la  tumeur  un  suc  d’autant  plus  abondant  et  lactescent  qu’elle  est  plus 
molle.  Ce  suc  renferme  des  éléments  cellulaires  que  la  pression  a  extraits 
des  réseaux.  «  Les  lymphadénomes,  dit  Ranvier,  développés  dans  les 
ganglions  lymphatiques,  déterminent  une  augmentation  considérable  de 
volume  des  follicules  qui  sont  alors  comprimés  et  modifiés  dans  leur 
forme.  Le  tissu  conjonctif  de  la  partie  médullaire  des  ganglions  semble 
avoir  disparu  pour  faire  place  à  la  substance  corticale  hypertrophiée,  et 
l’on  ne  voit  plus  à  la  surface  de  section,  dont  l’aspect  est  encéphaloïde  ou 
splénique,  que  les  fentes  qui  correspondent  aux  sinus  lymphatiques  enve¬ 
loppant  les  follicules.  Lorsqu’ après  avoir  fait  durcir  légèrement  ces  gan¬ 
glions  dans  l’alcool  ou  l’acide  chromique,  on  en  a  fait  une  coupe  mince, 
qu’on  a  traitée  par  le  pinceau  pimr  en  chasser  les  cellules  lymphatiques, 
on  voit  le  réticulum,  uni  aux  ’msseaux  capillaires  remplis  de  globules 
blancs  dans  la  leucocythémie  et  de  globules  rouges  dans  l’adénie.  Les 
fibrilles  du  réseau  sont  deux  ou  trois  fois  plus  épaisses  qu’à  l’état  normal, 
et  mesurent  0“‘“,002  à  0““,003  ;  elles  montrent  à  leurs  points  d’entre¬ 
croisement,  dans  les  nœuds  fertiles,  des  noyaux  ovalaires.  Partout  le  gan¬ 
glion  présente  cette  même  structure,  et  il  est  entièrement  formé  par  de 
la  substance  corticale  modifiée. 

Muqueuse  gastro-intestinale.  —  Les  productions  leucémiques  qui  se 
rencontrent  dans  le  tube  digestif,  se  rapprochent  beaucoup  des  tuméfac¬ 
tions  ordinaires  des  ganglions  lymphatiques,  telles  qu'on  les  voit  habi¬ 
tuellement  dans  la  forme  ganglionnaire  de  la  leucocythémie.  Les  glandes 
intestinales,  isolées  et  agminées,  sont  le  siège  d’un  gonflement  hyper¬ 
plasique,  d’où  la  dénomination  de  leucocythémie  intestinale  qui  a  été  pro¬ 
posée  pour  désigner  cette  nouvelle  localisation  de  la  maladie.  Nous  avons 
pu  réunir  11  observations  de  néoplasies  lymphatiques  du  tube  digestif 
[Craigie  (1845),  Schreiber  (1854),  Virchow  (1854),  Friedreich,  Herard 
(1857),Wunderlich  (1847),  Behier  (1 869),  Bœttcher,  Mosler,  Rendu,  Picot 
(ces  deux  observations  sont  consignées  dans  la  thèse  de  Démangé),  üllé, 
illing,  Kelsch] . 

A  son  tour  Démangé  a  tracé  la  description  détaillée  des  néoplasies  leucé¬ 
miques  intestinales.  Elles  ont  été  rencontrées  dans  toute  l’étendue  de  la 
muqueuse  gastro-intestinale,  depuis  le  cardia  jusqu’à  l’extrémité  inférieure 
du  rectum  ;  elles  consistent  dans  la  néoplasie  du  tissu  adénoïde  normal  et 
se  présentent  sous  trois  aspects  : 

1“  L’infiltration  simple,  caractérisée  par  un  épaississement  assez  notable 
delà  muqueuse,  surtout  au  niveau  des  plis  de  la  portion  stomacale  et  du 
bord  libre  des  valvules  conni ventes  de  l’intestin  grêle;  les  villosités  sont 
hypertrophiées  dans  le  duodénum;  cet  épaississement  a  été  trouvé  de  plu¬ 
sieurs  millimètres,  mais  c’est  surtout  dans  la  portion  inférieure  de  l’iléon, 
au  niveau  de  la  valvule  de  Bauhin,  qu’il  peut  atteindre  un  volume  consi¬ 
dérable;  celle-ci  (Wunderlich)  peut  former  un  véritable  bourrelet  qui 
obture  presque  complètement  la  lumière  de  l’intestin. 

2“  Dans  une  seconde  forme,  on  constate  la  production  de  tumeurs  dont  le 


420  LEÜGOGYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiqdes. 
volume  varie  depuis  celui  d’une  lentille  jusqu’à  celui  d’une  tête  de  fœtus. 
Elles  ont  pour  origine  les  follicules  clos  et  agminés  de  l’intestin  ;  aussi, 
est-ce  surtout  vers  la  partie  inférieure  de  l’iléon  qu’elles  sont  fréquentes; 
tantôt  elles  font  un  simple  relief  à  la  surface  de  la  muqueuse,  tantôt  elles 
font  une  saillie  considérable  qui  peut  rétrécir  le  calibre  de  l’intestin;  elles 
ne  sepédiculisent  pas,  leur  contour  est  diffus,  et  se  continue  avec  les  por¬ 
tions  voisines  de  la  muqueuse  infiltrée  ;  mais  elles  ne  naissent  pas  uni¬ 
quement  des  glandes  ;  elles  ont  souvent  pour  origine  le  tissu  adénoïde 
intermédiaire.  Plusieurs  tumeurs  voisines  peuvent  se  réunir  et  former 
alors  une  masse  volumineuse  (observations  de  Picot  et  de  Rendu  :  dans 
ces  deux  faits,  l’altération  semblait  avoir  son  point  de  départ  dans  l’ap¬ 
pendice  vermiculaire  et  dans  l’ampoule  cæcale).  Dans  le  cas  décrit  par 
Friedreich,  il  s’était  développé  dans  l’estomac  et  l’intestin  de  grandes  tu¬ 
meurs,  et  les  ganglions  mésentériques  étaient  considérablement  tuméfiés. 

3"  Enfin,  la  troisième  forme  consiste  dans  les  ulcérations  qui  peuvent 
avoir  pour  origine,  tantôt  la  muqueuse  infiltrée,  tantôt  et  le  plus  souvent 
les  tumeurs  elles-mêmes.  Hérard  a  trouvé  dans  l’estomac  de  son  malade 
une  vingtaine  de  tumeurs  saillantes,  du  volume  d’une  lentille,  et  dont  le 
centre  était  ulcéré.  Dans  un  cas  observé  par  Virchow,  il  décrit  une  pro¬ 
duction  analogue  dans  l’iléon  ;  elle  était  ulcérée  dans  une  grande  étendue 
et  ne  se  distinguait  d’une  ulcération  tuberculeuse  ancienne  que  par  son 
fond  plat,  uniformément  infiltré,  et  par  ses  bords  présentant  une  tumé¬ 
faction  épaisse.  R.  Mattéi  a  rencontré  des  ulcérations  du  même  genre 
dans  le  duodénum. 

Selon  Kelsch,  les  ulcérations  lymphadéniques  de  l’intestin  se  distinguent 
de  celles  de  la  fièvre  typhoïde  par  plusieurs  particularités  : 

1°  Elles  peuvent  exister  sur  toute  la  longueur  du  tube  intestinal,  tou¬ 
tefois  c’est  l’intestin  grêle  et  surtout  l’ileum  qu’elles  paraissent  affecter  de 
préférence  ; 

2“  Leur  consistance  molle,  leur  tissu  gris  blanchâtre,  et  le  suc  que 
l’on  obtient  par  le  raclage  de  la  surface  de  coupe,  sont  des  caractères  qui 
n’appartiennent  pas  aux  productions  de  la  fièvre  typhoïde  ; 

3“  Mais  le  fait  le  plus  important,  c’est  l’extension  du  processus  hors  des 
glandes  de  l’intestin  ;  le  processus  est  surtout  extra-folliculaire,  tandis  que 
dans  la  fièvre  typhoïde,  il  est  à  peu  près  circonscrit  aux  follicules  agminés 
et  isolés  ; 

4“  La  forme  des  ulcérations  qui  leur  succèdent,  ne  rappelle  en  rien 
celle  des  ulcérations  de  la  fièvre  typhoïde. 

Dans  les  trois  formes  d’altérations  précédentes,  infiltration,  tumeurs, 
ulcérées  ou  non,  on  reconnaît  facilement,  par  les  procédés  que  nous  avons 
indiqués,  les  caractères  fondamentaux  du  tissu  lymphatique,  le  réticulum 
et  les  corpuscules  lymphatiques. 

D’autres  lésions  purement  accidentelles  ont  été  constatées  dans  l’inles- 
tin  ;  telles  sont  des  arborisations  vasculaires,  des  ecchymoses  sous-mu¬ 
queuses  ou  sous-péritonéales,  parfois  une  infiltration  sanguine  entre  les 
diverses  tuniques  intestinales  (Hérard),  et  enfin  de  petites  tumeurs  pouvant 


LEUCOCYTHÊMIE.  — •  anatomie  et  physiologie  pathologiques.  421 
atteindre  le  volume  d’un  pois,  et  qui  paraissent  avoir  pour  point  de  dé¬ 
part  les  glandes  en  tubes  de  l’intestin  grêle,  remplies  d’un  détritus  gra¬ 
nuleux  (Ollivier  et  Ranvier). 

Toutes  ces  altérations  de  l’intestin  ont  coïncidé  avec  d’autres  néoplasies 
lymphatiques  de  la  rate  (Hérard,  Wunderlich,  Friedreich,  Virchow),  des 
ganglions  (Herard,  Wunderlich,  Friedreich,  Schreiber,  Rendu,  Picot, 
Kelsch),  du  péritoine  (Rendu),  du  poumon  (Herard),  du  foie  et  des  reins 
(Bœttcher,  Virchow),  des  os  (Kelsch),  de  la  peau  (Gillot,  Landouzy).  Dans 
les  cas  de  Déhier  et  de  Ullé,  ila  lésion  intestinale  paraît  avoir  été  la  seule 
que  l’on  ait  trouvée  chez  le  malade.  La'  leucocythéraie  se  trouve  notée 
comme  altération  concomitante,  dans  les  observations  de  Virchow 
(5  ans  1/2),  de  Schreiber,  de  Friedreich,  de  Mosler  (enfant  de  16  mois). 
L’adénie  n’est  notée  que  deux  fois  (Wunderlich,  Hérard). 

Foie.  —  La  tuméfaction  du  foie  est  presque  aussi  fréquente  que  celle 
des  ganglions  lymphatiques  (12  fois  sur  20,  Dennett;  14  fois  sur  20,  Vi¬ 
dal  ;  32  fois  sur  41 ,  Isambert)  ;  elle  s’observe  en  effet  dans  plus  de  la 
moitié  des  cas  (54  fois  sur  92  cas,  Ehrlich).  Le  volume  et  le  poids  du  foie 
leucémique  deviennent  quelquefois  très-considérables.  On  a  vu  en  effet  cet 
organe  peser  jusqu’à  7  kilogrammes  et  au  delà  (de  8  à  14  livres,  Virchow  ; 

8 kilogrammes,  Isambert).  Le  lobe  gauche  paraît  avoir  été  plus  souvent 
développé  que  le  droit.  La  coloration  de  l’organe  reste  souvent  normale  ; 
quelquefois  il  présente  une  coloration  rouge  sale,  tirant  sur  le  gris  (obs. 
d’Ollivier  et  Ranvier,  1866),  ou  un  aspect  un  peu  cirrhotique  (Bourdon, 
Rindlleisch),  d’autres  fois  une  teinte  violacée  analogue  à  celle  de  la  rate, 
mais  plus  brune  (Isambert),  ou  une  couleur  chocolat  (Charcot  et  Vul- 
pian). 

Le  tissu  paraît  à  la  coupe  tantôt  sain,  tantôt  marbré  ;  quand  les  capil¬ 
laires  sont  gorgés  de  globules  blancs,  comme  dans  les  cas  de  leucocythé- 
mie,  le  tissu  est  plus  mou,  se  réduit  plus  facilement  par  l’écrasement  en 
une  pulpe  analogue  à  la  boue  splénique. 

Le  foie  peut  présenter  plusieurs  altérations  distinctes  qui  ont  été  diver¬ 
sement  interprétées  par  les  auteurs,  et  qu’ Ollivier  et  Ranvier  ont  décrites 
avec  le  plus  grand  soin  : 

1“  Tantôt,  en  effet,  le  foie  est  parsemé  de  petits  nodules  circonscrits, 
d’un  gris  blanchâtre,  à  bords  bien  délimités,  ressemblant  le  plus  sou¬ 
vent  à  de  petits  tubercules  miliaires,  mais  s’en  distinguant  surtout 
par  leur  consistance  plus  faible  et  par  leur  contenu  presque  liquide 
(VirchowV  Bôttchér,'Rindfleisch).  Ces  petites  tumeurs  disséminées  dans 
le  parenchyme  hépatique  sonT  constituées  par  de  véritables  lymphadé-  ; 
nomes,  dans  lesquels  on  reconnaît  le  réticulum  et  les  corpuscules  lym¬ 
phatiques  (Malassez  les  a  parfaitement  constatées  dans  le  foie  d’un  malade 
leucémique  mort  dans  le  service  du  professeur  Verneuil).  Ces  néo-forma¬ 
tions  de  tissu  adénoïde  réticulé  auraient  pour  origine,  selon  Ranvier,  les 
globules  blancs  épanchés  hors  des  vaisseaux.  Or,  dans  les  cas  de  pseudo¬ 
leucémie  (obs.  de  Landouzy) ,  cette  hypothèse  est  inacceptable,  et  force 
est  d’attribuer  alors  à  l’hyperplasie  du  tissu  conjonctif  l’origine  des  lym- 


4‘22  LEUGOGYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques. 
phadénomes  du  foie  (Recklinghausen,  Weidenbaum,  Virchow,  Rind- 
fleisch). 

2“  Tantôt,  au  contraire,  on  ne  peut  découvrir  à  l’œil  nu,  du  moins  à  un 
examen  superficiel,  aucune  lésion  bien  apparente;  mais  l’étude  histolo¬ 
gique  montre  que,  dans  toute  l’épaisseur  de  l’organe,  les  vaisseaux  capil¬ 
laires,  dont  le  nombre  est  si  grand  dans  un  îlot  hépatique,  sont  dou¬ 
blés  ou  même  triplés  de  volume.  Les  capillaires  hépatiques  laissent 
sortir,  avec  ou  sans  déchirure  de  leurs  parois,  une  grande  quantité  de 
globules  blancs  qui  se  répandent  librement  dans  un  espace  limité  ou 
diffus  entre  les  cellules  hépatiques  (Ranvier).  Par  places,  ces  globules 
blancs  sont  tellement  serrés  qu’ils  font  l’effet  d’une  couche  épithéliale 
extérieurement  appliquée  contre  la  paroi  vasculaire.  Ces  traînées  se  ren¬ 
contrent  plus  particulièrement  dans  les  parties  périphériques  de  l’aci- 
nus,  le  centre  en  est  moins  abondamment  pourvu.  Les  cellules  hépa¬ 
tiques  ne  jouent  ici  qu’un  rôle  passif;  séparées  des  vaisseaux,  source  de 
leur  nutrition  et  de  leur  vitalité,  elles  s’atrophient,  et  parfois  même  on 
peut  apercevoir  déjà  à  l’œil  nu,  dans  la  substance  hépatique,  des  mar¬ 
brures  brunes  produites  par  des  amas  de  granulations  pigmentaires,  der¬ 
niers  débris  de  ces  cellules  dégénérées.  Cette  coloration  est  d’autant  plus 
apparente  que,  dans  les  infiltrations  leucémiques,  l’acinus  prend  une 
teinte  d’un  blanc  laiteux  très-pur  (Rindfleisch).  Dans  ce  cas,  on  a  affaire 
non  à  une  production  de  tissu  adénoïde,  ou  à  une  prolifération  des  élé¬ 
ments  du  tissu  connectif  ainsi  que  le  suppose  Virchow,  mais  bien  à  une 
véritable  apoplexie  de  globules  blancs,  comme  l’ont  démontré  les  remar¬ 
quables  recherches  d’Üllivier  et  de  Ranvier.  Ces  infarctus  leucémiques 
sont  spéciaux  à  la  leucocythémie,  tandis  que  les  lyraphadénomes  du  foie 
et  la  lésion  que  nous  allons  signaler  ont  été  trouvés  dans  la  leucémie 
spléno-iymphatique,  la  forme  myélogène  (Ranvier,  Neumann,  Waldeyer), 
et  dans  la  pseudo-leucémie  ganglionnaire  (Hodgkin,  Wunderlich,  Wilks, 
Murchison,  Iluttenbrenner,  Langhans,  Lambl  etPayne,  Virchow,  Cohnheim, 
Castiaux,  Malassez). 

5“  Enfin  le  foie  peut  être  simplement  hypertrophié  sans  que  cette  aug¬ 
mentation  de  volume  soit  déterminée  par  une  néo-formation  leucémique; 
elle  résulterait,  selon  Virchow,  d’un  accroissement  ou  d’une  véritable  hy¬ 
perplasie  des  cellules  hépatiques.  Dans  l’adénie,  Cornil  et  Ranvier  pré¬ 
tendent  avoir  rencontré  constamment  une  hypertrophie  notable  du  foie, 
liée  à  une  congestion  avec  dilatation  des  vaisseaux  qui  paraissent  remplis 
de  globules  rouges,  au  sein  desquels  on  distingue  quelques  globules 
blancs. 

4°  Comme  lésions  accidentelles  et  rares,  nous  signalerons  la  cirrhose 
(Rindfleisch,  Mosler),  les  tumeurs  érectiles  (Sevestre)  et  la  dégénérescence 
amyloïde  du  foie  (Bôttcher). 

C’est  enfin  dans  le  foie  que  Charcot  et  Vulpian  ont  trouvé  le  plus  grand 
nombre  de  ces  cristaux  octaédriques  solubles  dans  l’acide  acétique, qu’ils 
ont  décrits,  et  c’est  également  sur  cet  organe  que  Virchow  a  vu  se  former 
tant  de  cristaux  de  tyrosine  (Isambert). 


LEDCOCYTHÉMIE.  —  anatomie  et  phîsiologie  pathologiqdes.  423 

Redss.  —  Les  reins  présentent  des  lésions  en  tout  semblables  à  celles 
du  foie.  Il  peut  y  avoir  une  hémorrhagie  de  globules  blancs  et  une 
accumulation  de  ces  éléments  dans  tous  les  capillaires,  telle  que  l’organe 
paraît  tout  entier  infiltré  comme  par  du  pus  (Ranvier);  ou  bien  ces 
organes  sont  le  siège  de  véritables  néoplasies  lymphatiques  ;  d’autres  fois 
enfin  ils  sont  simplement  hypertrophiés. 

1°  La  première  espèce  d’altération  avait  été  ignorée  ou  méconnue  jusque 
dans  ces  dernières  années,  et  ce  n’est  qu’en  1866,  puis  en  1 869,  qu’Ollivier 
et  Ranvier  en  ont  tracé  la  première  description  :  «  Les  lésions  rénales  que 
nous  avons  notées  chez  nos  malades,  disent  ces  savants  observateurs, 
consistaient  essentiellement  en  dilatations  des  capillaires  et  en  épanche¬ 
ments  de  globules  blancs  disséminés  dans  tout  l’organe.  Il  était  facile  de 
Toir  la  continuité  de  ces  épanchements  avec  les  vaisseaux  dont  ils  prove¬ 
naient,  et  qui  s’étaient  rompus  par  suite  d’une  trop  forte  distension.  En 
certains  points,  les  tubes  urinifères  étaient  séparés  par  des  espaces  consi¬ 
dérables  remplis  de  globules  blancs.  Presque  partout  l’épithélium  avait 
subi  la  transformation  granulo-graisseuse,  et  un  certain  nombre  de  cana- 
licules  contenaient  des  cylindres  colloïdes.  Enfin,  dans  l’intérieur  de  quel¬ 
ques  tubes  contournés,  nous  avons  trouvé  une  masse  centrale  qui  nous  a 
semblé  formée  par  des  globules  blancs  agglomérés.  »  Ces  auteurs  ont  éga¬ 
lement  étudié  avec  soin  les  conditions  pathogéniques  de  l’albuminurie  en 
pareil  cas,  et  démontré  que  la  présence  de  l’albumine  dans  les  urines  des 
leucocythémiques  n’est  point  une  simple  complication,  mais  un  symptôme 
de  la  maladie  même,  et  qu’il  existe  bien  une  albuminurie  leucocythé- 
mique.  Nous  aurons  du  reste  à  revenir  bientôt  sur  ce  point. 

2°  Si  l’apoplexie  globulaire  dont  nous  venons  de  rappeler  les  principaux 
caractères  a  échappé  à  l’attention  des  observateurs  anglais  et  allemands, 
ces  derniers  ont  décrit  la  seconde  forme  leucémique  des  reins,  qu’ils  ont 
considérée  par  erreur  comme  une  prolifération  du  tissu  conjonctif  du 
stroma,  tandis  qu’elle  consiste  essentiellement  en  une  néoplasie  lym¬ 
phoïde  hétérotopique.  Virchow  a  rencontré  pour  la  première  fois  ces  pro¬ 
ductions  dans  les  reins  d’un  leucémique.  Les  deux  reins  étaient,  dans  ce 
cas,  tellement  augmentés  de  volume  qu'ils  pesaient  ensemble,  dit -il,  une 
livre  et  quart  (plus  de  600  grammes)  ;  ils  étaient  mous,  humides  et  tache¬ 
tés,  A  côté  de  grandes  places  blanches,  de  consistance  pulpeuse,  on  en 
trouvait  d’autres  à  la  périphérie  qui  étaient  d’un  rouge  gris  plus  sombre, 
et  d’autres  enfin  qui  avaient  conservé  la  couleur  grise  jaunâtre  habituelle. 
A  la  coupe,  on  constatait  la  même  disposition  qu’à  la  surface,  et  une  in¬ 
filtration  molle  spéciale  correspondant  aux  points  altérés.  Friedreich  et 
Bôttcher  trouvèrent  plus  tard  dans  le  foie  et  dans  les  reins,  des  tumeurs 
lymphatiques  semblables .  Dans  le  cas  de  Bôttcher,  il  existait  en  même 
temps  une  dégénération  amyloïde  des  vaisseaux  des  pyramides,  tandis  que 
le  néoplasme  lymphatique  n’offrait  pas  les  caractères  de  cette  dégénéres¬ 
cence. 

Ces  lymphomes  rénaux,  siègent  de  préférence  dans  la  couche  corticale  et 
forment,  à  la  surface  de  l’organe,  tantôt  des  tumeurs  globuleuses  atteignant 


424  LEUCOCYTHÉMIE.  —  anatomie  et  phïsioeogie  pathologiques. 
parfois  le  -volume  d’une  petite  cerise,  tantôt  de  petites  nodosités,  des  gra¬ 
nulations  circonscrites.  A  la  coupe,  elles  ont  un  aspect  médullaire  d’un 
gris  blanchâtre  assez  uniforme.  Des  glomérules  de  Malpighi,  au  voisinage 
ou  dans  l’intérieur  desquels  elles  ont  en  général  pris  naissance,  ces  pro¬ 
ductions  néoplasiques  s’avancent  peu  à  peu  entre  les  canalicules  urinifères, 
dont  elles  distendent  les  intervalles,  et  y  forment  des  amas  lymphoïdes 
très-serrés  (Rindfleisch).  Quand  on  a  soin  d’enlever  avec  un  pinceau  les 
globules  blancs  et  les  hématies  qui  les  remplissent,  on  retrouve  un  réseau 
très-fin,  en  tout  semblable  au  tissu  adénoïde  de  His.  En  un  mot,  ces  néo¬ 
plasies  ne  sont  autres  que  des  lymphadénomes  hétérotopiques.  Ces  néo¬ 
formations  rénales  ont  été  également  constatées  dans  les  cas  de  pseudo¬ 
leucémie  (Wilks  (deux  cas),  Wunderlich,  Cohnheim,  Huttenbrunner),  et 
dans  sa  récente  observation  de  leucémie  myélogène,  Neumann  signale  la 
coïncidence  de  semblables  lésions  dans  les  reins. 

3“  A  côté  des  deux  espèces  d’altérations  précédentes,  vient  se  placer  l’hy¬ 
pertrophie  qu’lsamberta  notéel?  fois  sur  41  observations.  Cet  observateur 
a  trouvé  chez  un  enfant  de  13  ans,  qui  avait  succombé  à  la  leucocythémie, 
les  reins  considérablement  augmentés  de  volume  et  de  poids  (ils  mesu¬ 
raient  en  effet  14  centimètres  de  longueur  et  pesaient  l’un  188  et  l’autre 
197  grammes).  Comme  lésions  accessoires,  nous  citerons,  avec  réserve, 
trois  cas  de  néphrite  albuminurique;  car  les  auteurs  qui  ont  rapporté  ces 
cas  se  sont  le  plus  souvent  contentés  d’un  examen  fait  à  l’œil  nu,  et  ils  n’ont 
vu  là  que  d  e  sim  pies  cas  de  maladie  de  Bright,  quand  il  s’agissait  sans  doute  de 
ces  altérations  leucémiques  spéciales  qui  peuvent  déterminer  l’albuminurie, 
ainsi  que  l’ont  si  bien  démontré  les  minutieuses  recherches  d’Ollivier  et  de 
Ranvier.  Ces  observateurs  ont  réuni  seize  cas  dans  lesquels  il  est  fait  men¬ 
tion  de  lésions  rénales  plus  ou  moins  compliquées  d’albuminurie  chez  les 
leucocythémiques  (Virchow,  Bennett,  Parkes,  Wilks,  Goupil,  Thierfelder 
etUhle,  Oppolzer,  Bauer,  Bergson,  J.  Simon,  Shearer,  Peters,  Th.  Bryant, 
Jacubasch) . 

Dans  un  cas,  les  capsules  surrénales  avaient  subi  la  dégénérescence 
graisseuse  (Vidal);  leur  hypertrophie  a  aussi  été  signalée  par  Barclay; 
enfin  Vogel  a  rencontré  nne  fois  à  l’autopsie  d’un  individu  leucémique 
des  foyers  caséeux  dans  ces  organes.  Nous  ne  signalons  que  pour  mémoire 
ces  lésions  qui  ne  paraissent  pas  se  rapporter  directement  à  la  leucocy¬ 
thémie. 

Voies  EESPiRATonuas.  —  La  muqueuse  des  voies  respiratoires  est,  dans 
certains  cas  de  leucémie  bien  constatés,  le  siège  de  petites  tumeurs  lym¬ 
phoïdes.  Virchow  dit  les  avoir  rencontrées  à  la  surface  mterne  de  l’épi¬ 
glotte  et  des  ligaments  ary-épiglottiques,  ainsi  que  dans  toute  l’étendue  du 
larynx  et  de  la  trachée,  quelquefois  jusque  dans  les  bronches  (Wunder¬ 
lich)  .  Généralement  elles  se  présentent  sous  forme  de  petites  tuméfactions 
blanchâtres  arrondies  ou  aplaties,  de  consistance  assez  molle,  ne  dépas¬ 
sant  pas  d’ordinaire  2  millimètres  de  diamètre,  situées  souvent  aux  ori¬ 
fices  des  glandes,  bien  que  l'on  puisse  aussi  les  rencontrer  en  d’autres 
points.  Ces  lymphomes  hétéroplasiques,  pour  nous  servir  de  l’expression 


LEÜCOCYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiqües.  425 
du  professeur  de  Berlin,  sont  très-disséminés,  séparés  les  uns  des  autres  ; 
quelquefois  cependant  ils  se  réunissent  et  s’agglomèrent  en  une  infiltration 
épaisse,  uniforme,  depuis  les  cordes  vocales  supérieures  jusqu’aux  liga¬ 
ments  ary-épiglottiques.  Virchow,  qui  a  eu  l’occasion  d’observer  une  lésion 
de  ce  genre,  a  trouvé  sur  des  coupes  examinées  au  microscope,  le  tissu 
connectif  de  la  muqueuse  rempli  de  corpuscules  lymphoïdes.  Assez  sou¬ 
vent,  dit-ii,  la  prolifération  s’étend  jusque  dans  le  tissu  sous-muqueux  et 
encore  plus  profondément  ;  il  faut  cependant  se  garder  de  prendre  la  coupe 
des  vaisseaux,  souvent  remplis  complètement  de  corpuscules  lymphatiques, 
pour  des  foyers  de  prolifération.  » 

1“  Quelques  auteurs,  et  en  particulier  Bôttcher,  ont  décrit  dans  les 
poumons  des  productions  plus  ou  moins  analogues  et  qu’ils  distinguent 
des  tubercules  avéc  lesquels  elles  pourraient  être  confondues  au  premier 
aspect  (Barwell,  Williams,  Murchison,  Langhans,  Deiters,  Sarter).  Cette 
erreur  a  sans  doute  été  plusieurs  fois  commise  par  les  premiers  observa¬ 
teurs,  et  même  par  un  certain  nombre  d’auteurs  récents.  C’est  ce  qui 
explique  comment  Ehrlich,  sur  98  cas  de  leucémie,  dans  sa  dissertation 
inaugurale,  a  pu  noter  douze  fois  l’existence  de  tubercules  et  de  granula¬ 
tions  pulmonaires.  On  ne  saurait  nier  cependant  que  de  véritables  tuber¬ 
cules  coïncident  quelquefois  avec  la  leucocythémie  (Ollivier  et  Ranvier). 
Les  caractères  qu’ils  assignent  à  ces  prétendues  néoplasies  (dureté,  coupe 
uniforme,  absence  de  caséification)  sont  insuffisants  pour  nous  autoriser  à 
les  considérer  comme  de  vrais  lymphadénomes  pulmonaires.  Dans  aucune 
des  descriptions  précédentes  nous  ne  trouvons  de  renseignements  assez 
précis  sur  la  structure  du  tissu  de  nouvelle  formation,  pour  en  induire 
la  nature  lymphadénique  de  ces  productions  morbides. 

Dans  le  cas  d’adénie  observé  par  Hérard,  il  est  dit  qu’on  trouvait  dans 
le  parenchyme  pulmonaire,  surtout  vers  le  bord  inférieur  de  l’organe,  de 
petites  tumeurs  dures,  dont  la  coupe  était  analogue  à  celle  des  ganglions 
lymphatiques,  et  ces  produits  examinés  au  microscope  par  Cornil  se  sont 
montrés  identiques  à  ceux  développés  dans  la  rate  et  dans  les  ganglions. 
On  peut  donc  considérer  ce  cas  comme  un  exemple  de  pseudo-leucémie 
avec  lymphome  vrai  du  poumon.  Récemment  Bollinger,  dans  un  cas  de 
leucémie  observé  chez  un  cochon,  a  trouvé  dans  les  poumons  de  petits 
noyaux  isolés,  blanc  jaunâtre,  du  volume  d’un  grain  de  millet  et  consti¬ 
tués  par  des  éléments  lymphoïdes. 

2“  A  côté  de  cette  production  .néoplasique  vient  se  placer  une  lésion 
spéciale  à  la  leucocythémie,  que  nous  avons  déjà  signalée  dans  plusieurs 
autres  organes,*  et  qui  dans  les  poumons  ressemble  au  premier  abord  à 
des  granulations  tuberculeuses.  Déjà  entrevue  par  Isambert  et  Robin  en 
1853,  elle  a  été  indiquée  par  Virchow  et  désignée  par  lui  sous  le  nom 
impropre  de  lymphomes  miliaires;  elle  a  été  décrite  par  Ollivier  et  Ran¬ 
vier,  qui  en  ont  découvert  à  la  fois  l’origine  et  la  nature.  Ces  observateurs 
ont  montré,  en  effet?  de  la  manière  la  plus  nette  que,  dans  les  poumons 
des  leucocythémiques,  il  peut  se  développer  de  petites  granulations  qui 
ne  sont  autre  chose  que  des  foyers  apoplectiques  composés  en  majeure 


426  LEÜCOCYTHEMIE.  —  anatomie  et  phïsioiogie  pathologiqües. 
partie'  de  globules  blancs.  Il  se  fait,  dans  les  poumons  comme  dans  d’au¬ 
tres  organes, des  hémorrhagies  miliaires. Les  globules  blancs  s’accumulent 
dans  les  capillaires  et  finissent  par  les' rompre.  Une  fois  hors  des  vaisseaux 
et  épanchés  dans  les  alvéoles,  ils  subissent  la  régression  granulo-graisseuse 
et  peuvent  constituer  ainsi  des  masses  caséeuses.  On  fonçoit  que,  si  ces 
dernières  venaient  à  s’éliminer,  elles  donneraient  naissance  à  des  ca¬ 
vernes.  Ainsi  donc,  chez  les  leucocythémiques,  il  peut  exister  une  pseudo¬ 
tuberculose  pulmonaire,  et  le  fait  de  Bôttcher  pourrait  bien  se  rapporter 
à  ce  dernier  processus. 

5°  Troisier,  dans  une  thèse  toute  réctente,  admet,  il  est  vrai  avec  réserve, 
l’existence  d’une  lymphangite  pulmonaire  adénomateuse,  én  se  fondant 
sur  deux  observations  malheurensement  incomplètes  de  pseudo-leucémie 
(Foix,  Féréol),  Dans  le  premier  de  ces.cas,  la  maladie  avâit  débuté  par  les 
ganglions  cervicaux,  pour  se  propager  au  foie  et  alix  vertèbres.  L’examen 
microscopique  fait  par  Cornil,  permit  de  constater  dans  les  organes  la 
présence  de  noyaux  de  tissu  adénoïde '(lymphadénome).  La  surface  des 
poumons  présentait  des  lignes  blanchâtres,  s’anastomosant  en  polygones, 
et  rappelant  exactement  la  configuration  des  lymphatiques  superficiels 
autour  des  lobules  pulmonaires.  Ces  lésions  existaient  dans  toute  l’éten¬ 
due  du  poumon  droit,  elles  étaient  moins  prononcées  à  gauche.  Dans  le 
fait  rapporté  par  Féréol,  la  muqueuse  de  l’estomac  avait  été  le  point  de 
départ  de  la  généralisation,  et  la  surface  des  poumons  offrait  la  même 
injection  des  vaisseaux  lymphatiques  qui  circonscrivaient  régulièrement 
chacun  des  lobules  pulmonaires.  Les  ganglions  broncTiiques  dans  ces  deux 
cas  étaient  notablement  augmentés  de  volume. 

Telles  sont  les  trois  sortes  d’altérations  pulmonaires  que  l’on  doit  con¬ 
sidérer  comme  propres  à  la  leucémie.  On  peut  ranger  au  nombre  des  lé¬ 
sions  accessoires,  et  regarder  même  comme  des  complications  purement 
fortuites  et  accidentelles,  la  congestion  passive,  les  ecchymoses  et  in¬ 
farctus  hémorrhagiques,  les  pneumonies  (Bennett,  5  fois  sur  25),  enfin 
les  tubercules  aux  différents  degrés  de  leur  évolution,  quelquefois  même 
les  infiltrations  de  granulations  miliaires  (Bourdon). 

Les  ganglions  bronchiques  ont  été  signalés  plus  haut  au  nombre  des 
glandes  lymphatiques  le  plus  souvent  hypertrophiées  dans  la  leucocy- 
thémie  et  dans  la  pseudo-leucémie  (Bonfils,  Trousseau,  Woillez,  Baréty). 
Leur  lésion  est  particulièrement  grave,  dit  Isambert,  en  ce  qu’elle  déter¬ 
mine  la  dyspnée,  par  compression  des  bronches  ou  des  rameaux  du  nerf 
pneumogastrique. 

Les  plèvres  peuvent  être  diversement  affectées.  Tantôt  elles  présentent 
des  altérations  communes  et  accessoires  :  épanchements  séreux  ou  séro-san- 
guinolents  (8  fois  sur  81  cas, Isambert),  adhérences  pseudo-membraneuses 
(7  fois  sur  32,  Vidal),  ecchymoses  sous-pleurales,  infiltrations  sanguines 
du  tissu  cellulaire  du  médiastin  antérieur  (Isambert)  ;  tantôt,  au  contraire, 
elles  sont  le  siège  de  lésions  spéciales  et  propres  à  la  leucémie.  Murchison, 
le  premier,  et  après  lui  Friedreich,  ont  noté  sur  les  plèvres  la  présence  de 
noyaux  grisâtres  et  de  plaques  saillantes  et  opalines  que  le  professeur  de 


LEÜCOCYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques,  427 
Heidelberg  rapporte  à  tort  à  la  prolifération  du  tissu  conjonctif  pleural 
(Deiters,  Mosler).  Nous  savons  aujourd’hui  que  ces  productions  doivent 
être  considérées  comme  de  véritables  lymphadeiiomes.  Les  récentes  ob¬ 
servations  de  Rendu  et  de  Picot,  consignées  dans  la  thèse  de  Démangé, 
démontrent  la  structure  adénoïde  de  ces  néoplasies  pleurales. 

Les  plèvres  ne  sont  pas  du  reste  les  seules  séreuses  dans  lesquelles  ces 
productions  hétérotopques  ont  été  observé®®!  oii  1^®  ^  rencontrées  en 
outre  dans  le  péritoine  {Bohn,  Hérard,  Langhans,  Mosler,  Rendu),  au- 
dessous  du  pmcmZe  (Virchow),  et  dans  V arachnoïde  (Murchison),  comme 
nous  l’indiquerons  bientôt. 

Système  circulatoire.  —  Le  cœur  et  les  gros  vaisseaux  contiennent  des 
caillots  moulés,  quoiimp^geji  consistants  e^^|crasant  facilement,  d’une 
couleur  chocolat  ou  ?%ge  brique  foncé,  quelqu®  coagulations  jaunâtres. 
D’autres  fois  le  sang  coISbm  dans  les  cavités  est  mélangé  de  caillots  mous, 
blanchâtres,  d’aspecl%,uriforme  (10  sur  41),  ou  bien  trouble  et  grume¬ 
leux.  Le  muscle  car(b%ue‘*’est  fréquemment^atteint  de  dégénérescence 
graisseuse  (Huss,  Olliviè^  et  Ranvier) .  Les  valvules  sont  le  plus  souvent 
saines,  ainsi  que  les  orifices.  L’hypertrophie  simple  a  été  notée  7  fois  sur 
41,  et  la  dilatation  avec  amincissement  une  fois  (Isambeit) .  Enfin,  les 
hémorrhagies  diffuses  du  péricarde,  de  l’endocarde  et  du  myocarde  ne 
sont  pas  absolument  rares.  ; 

La  cavité  péricardiaque  renferme  quelquefois  un  léger  épanchement  sé¬ 
reux  ou  séro-sanguinolent  (Blache,  Réhier);  Huss  a  trouvé  sur  le  péricarde 
des  exsudats  pseudo-membraneux.  Virchow  dit  avoir  rencontré  de  petites 
tumeurs  lymphoïdes  dans  le  cœur,  au-dessous  du  péricarde  et  le  long  des 
vaisseaux.  Cette  dernière  lésion,  jointe  à  l’accumulation  considérable  de 
globules  blancs  plus  ou  moins  altérés  dans  les  cavités  droites  du  cœur, 
constitue  la  seule  lésion  de  cet  organe  propre  à  la  leucémie. 

Les  gros  vaisseaux,  et  en  particulier  l’artère  pulmonaire,  l’aorte,  les  deux 
veines  caves,  sont  souvent  distendus  par  des  caillots  blancs  ou  par  du 
sang  lie  de  vin  caractéristique. 

Les  veines  peuvent  parfois  être  le  siège  de  thromboses  dans  les  der¬ 
niers  moments  de  la  vie  (Oppolzer  ;  thrombose  ultime  de  la  veine  sa¬ 
phène  et  de  la  veine  crurale). 

Leudet  a  trouvé  dans  l’épaisseur  de  la  veine  cave  inférieure,  à  1  pouce 
au-dessous  du  foie,  une  tumeur  du  volume  d’un  gros  haricot,  ayant  altéré 
lestuniques  moyenne  et  interne,  et  faisant  saillie  dans  l’intérieur  du  vais¬ 
seau.  Celte  tumeur  était  molle,  et  présentait  tous  les  caractères  des  gan¬ 
glions  hypertrophiés  et  de  la  néoplasie  leucémique  que  renfermait  égale¬ 
ment  le  foie. 

Bôttcher  a  trouvé  des  dépôts  hétérotopiques  de  même  nature  dans  les 
parois  des  vaisseaux  du  foie.  Dans  un  cas  tout  récent  de  lymphadénome 
(lu  médiastin,  rapporté  par  Pastureaux,  la  veine  sous-clavière  était  non- 
seulement  comprimée,  mais  envahie  par  le  tissu  adénoïde  (Démangé). 

Quant  aLün  vaisseaux  capillaires  et  aux  artérioles,  nous  avons  suffisam¬ 
ment  insisté  sur  les  infarctus  leucémiques  et  sur  la  distension  de  ces 


428  LEUCOCYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques. 
vaisseaux  par  les  globules  •  blancs,  pour  que  nous  ne  croyions  pas  utile  de 
revenir  sur  ce  sujet. 

Centres  nerveux.  —  L^s  méninges  ne  présentent  que  rarement  des  pro¬ 
duits  inflammatoires  (Page,  Ogle),  des  néo-membranes  (Ollivier  etRanvier). 
Dans  quelques  cas,  il  est  fait  mention  d’épanchemej^ts  séreux,  séro-san- 
guinolents  dans  le  tissu  sous-arachnoïdien  ou  dans  les  ventricules  (9  fois 
sur  100,  Ehrlich).  Les  veinent  les  sinus  de  la  #ure-mère  renferment 
quelquefois  des  coagulations  jewiâtres,  n’adhérant  pas  aux  parois  restées 
saines  (Craigie,  Bennett,  0pf§lzer,  de  Pury,  Virchow,  Weyrich);  Ollivier 
et  Ranvier  ont  trouvé,  dans  une  de  leurs  observations,  un  caillot  blanr 
châtre,  formé  de  fibrine  et  de  globules  blancs  avec  quelques  globules 
rouges,  dans  le  sinus  longjjjj^inal  sunérieiir.  , 

En  1869,  Bastian  a  si^alé  les  embolies  dé  glol^fës  blancs  dans  les  ar¬ 
tères  méningées.  Lancere'aux  a  vu  à  la  surface  SRîerveau  une  admirable 
injection  de  tous  les  vaisseai^  veineux  de  la  pie-mèi^Ces  amas  de  matière 
blanche,  qui  formaient  l’inpction  capillaire,  ^aief^omposés  presque  en¬ 
tièrement  de  globules  blancs.  ^ 

Kelsch  a  observé  récemment  une  production  de  tissu  adénoïde  s’étendant 
en  forme  de  membrane  à  la  surface  externe  et  interne  de  la  dure-mère,  et 
coïncidant  avec  des  lésions  semblables  du  pariétal.  Ce  cas  et  le  fait  plus 
douteux  de  Murchison^ntfles  seuls  exemples  de  néoplasies  leucémiques 
des  méninges  que  nous  ayo^s  pu  recueillir.  On  peut  en  rapprocher  le  fait 
de  lymphadénome  d’un  hémisphère  cérébral  décrit  par  Wagner  en  1865. 
Comme  ce  fut  une  simple  surprise  d’amphithéâtre,  l’observation  clinique 
fait  complètement  défaut  dans  ce  cas. 

L’hémorrhagie  cérébrale  a  été  signalée  dans  quelques  cas  de  leucocythé- 
mie,  et  comme  nous  avons  eu  déjà  bien  souvent  l’occasion  de  le  répéter, 
c’est  à  Ollivier  et  Ranvier  que  revient  le  mérite  d’en  avoir  les  premiers 
indiqué  le  mécanisme.  Ils  ont  rattaché,  comme  on  sait,  les  diverses  hé¬ 
morrhagies  qui  surviennent  dans  le  cours  de  la  leucémie  à  un  trouble  cir¬ 
culatoire  spécial  :  à  l’accumulation  des  globules  blancs  et  à  la  distension 
exagérée  des  capillaires  qui  finissent  par  se  rompre.  Aux  neuf  cas  réunis 
par  ces  auteurs  (Craigie,  Bennett,  Blache  et  Isambert,  J.  Simon,  Reckling- 
hausen  ,  Neumann,  Ollivier  et  Ranvier  (deux  cas),  Damascliino),  nous 
ajouterons  le  fait  rapporté  récemment  par  Hawtrey  Benson  qui,  à  l’autopsie 
d’un  leucémique,  trouva  cinquante  foyers  hémorrhagiques  disséminés 
dans  le  cerveau. 

Ce  n’est  pas  seulement  dans  le  cerveau  et  dans  ses  enveloppes  qu’il 
peut  se  faire  des  épanchements  sanguins  :  il  existait,  en  effet,  dans  le  cas 
de  leucémie  présenté,  en  1856,  par  Blache  à  l’Académie  de  médecine, 
une  hémorrhagie  des  méninges  spinales  sans  lésion  appréciable  dans  la 
moelle;  elle  s’étendait  de  la  troisième  vertèbre  dorsale  jusqu’au  sacrum. 

Parmi  les  organes  des  sens,  la  rétine  seule  présente  des  altérations,  dé¬ 
crites  en  1861  par  Liebreich  sous  le  nom  de  rétinite  leucémique,  et  mises 
en  doute  par  Recklinghausen  qui  n’avait  trouvé  dans  son  examen  micros¬ 
copique  qu’une  sclérose  des  fibres  du  nerf  optique.  Les  lésions  de  la' rétine 


LEÜCOCYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques.  429 
danslaleucémie  viennent  d’attirer  de  nouveau  l’attention  des  observateurs 
(Becker,  Leber,  Simon,  Roth,  Reineke,  Sâmisch,  Clifford  Allbutt,  Perrin, 
Poncet) .  Outre  les  hémorrhagies  rétiniennes  qui  avaient  été  indiquées  par  les 
premiers  observateurs  (Liebreich,  Hemey),  on  a  signalé,  dans  ces  derniers 
temps,  Ja  formation  de  tumeurs  leucémiques  dans  la  rétine  ;  elles  ont  été 
trouvées  constituées  par  des  corpuscules  lymphoïdes  dissociant  les  élé¬ 
ments  de  la  rétine  sans  y  déterminer  de  dégénérescence  graisseuse  ;  mais 
on  n’a  pu  y  constater  de  stroma.  Partout  le  trait  caractéristique  de  la  lé¬ 
sion  lymphadénique  leur  fait  défaut .  On  peut  distinguer,  selon  Cliford  All- 
ktt,  trois  espèces  d’altérations  de  la  rétine  dans  la  leucocythémie  :  la  > 
plus  fréquente  est  l’hémorrhagie,  la  seconde  se  rattache  intimement  aux 
troubles  circulatoires  de  cette  membrane,  et  la  troisième  consiste  peut-être  | 
dans  des  productions  spéciales  et  propres  à  la  leucémie.  Ces  dernières  1 
lésions  n’ont  été  jusqu’ici  constatées  que  par  Leber  dans  la  rétine, -et  par 
Engel  Reimers,  par  Simon  et  par  Roth  dans  la  choroïde.  On  doit  ranger 
au  nombre  des  lésions  accidentelles  et  communes  à  d’autres  formes  de  ré- 
tiüite,  et  en  particulier  à  la  rétinite  albuminurique  :  la  sclérose  des  fibres 
du  nerf  optique  (Recklinghausen),  l’hypertrophie  variqueuse  des  fibres 
deMüller  (Roth),  la  dégénérescence  des  parois  des  vaisseaux  rétiniens 
(leber).  Tout  récemment,  Poncet  a  décrit  avec  soin  les  altérations  leu¬ 
cémiques  de  la  rétine.  Selon  cet  habile  observateur,  dans  la  première 
période  de  la  rétinite  leucémique,  il  se  fait  une  accumulation  de  glo¬ 
bules  blancs  dans  les  vaisseaux,  caractérisée  par  un  aspect  violacé  du 
fond  de  l’œil,  par  la  dilatation  variqueuse  des  veines  rétiniennes,  et  enfin 
parla  présence  des  leucocytes  dans  les  gaines  lymphatiques  des  vaisseaux 
el  par  l’œdème  de  la  papille. 

A  une  seconde  période  se  produisent  de  nombreuses  hémorrhagies., 
punctiformes,  ayant  en  général  un  point  blanc  central  et  formées  en  majeure 
partie  de  globules  blancs.  On  rencontre  ces  apoplexies  globulaires  dans 
l’iutérieur  du  nerf  optique,  en  arrière  de  la  lame  criblée,  ou  dans  la  papille 
ele-même  dont  elles  augmentent  le  relief.  Dans  la  rétine,  elles  siègent  : 
l’aous  la  membrane  limitante  interne  et  déterminent  souvent,  par  simple 
action  irritative,  la  prolifération  des  cellules  périphériques  du  corps  vitré; 

2"  dans  l’épaisseur  même  des  fibres  nerveuses,  principalement  dans  la 
gaine  des  vaisseaux  dont  elles  détruisent  et  effacent  la  lumière  ;  5°  sous  la 
rétine,  et  alors  elles  occupent  de  préférence  la  région  de  la  tache  jaune. 

Les  leucocytes  extravasés  hors  des  vaisseaux  fusent  le  long  des  tubes 
nerveux  en  suivant  les  fibres  deMüller,  et  forment  ainsi  des  séries  verticales. 

Dans  un  cas  où  il  existait  plus  de  cent  petits  foyers  apoplectiques  dans 
le  segment  postérieur  de  la  rétine,  Poncet  a  constaté  d’une  faijon  très-nette 
l’intégrité  absolue  des  éléments  propres  de  la  rétine,  il  a  trouvé  en  parti¬ 
culier  les  cônes  et  les  bâtonnets  parfaitement  normaux  au  voisinage  d’une 
hémorrhagie  de  la  tache  jaune.  Lancereaux  a  figuré  dans  son  Atlas  d’ana¬ 
tomie  pathologique  l’une  des  artères  de  la  rétine  et  son  contenu  sanguin. 
Les  globules  blancs  granulés  s’y  rencontrent  par  rapport  aux  globules 
touges  en  proportion  beaucoup  plus  considérable  qu’à  l’état  normal  ;  ils 


430  LEÜCOGYTHÊMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques. 
ont,  dit-il,  des  dimensions  variables  ;  les  uns,  les  plus  gros  et  très-ana¬ 
logues  aux  globules  de  pus,  Jaissent  apercevoir  un  noyau  lorsqu’ils  sont 
traités  par  l’acide  acétique  ;  les  autres,  plus  petits,  représentent  assez  bien 
les  noyaux  des  précédents  (globulins). 

Système  osseux  {leucémie  myélogène).  —  Jusque  dans  ces  derniers 
temps,  les  différents  auteurs  qui  se  sont  occupés  des  tumeurs  lymphati¬ 
ques  développées  sous  l’influence  de  la  leucémie  ou  en  dehors  de  cette 
influence,  n’avaient  signalé  aucune  altération  du  côté  du  système  osseux. 
C’est  à  Ranvier  que  revient  le  mérite  d’en  avoir  tracé  la  première  des¬ 
cription  en  1867.  Deux  ans  après  lui,  Neumann  décrivit  une  altération 
spéciale  de  la  moelle  des  os,  observée  sur  le  cadavre  d’un  leucémique 
mort  dans  le  service  du  professeur  Leyden,  à  Kœnigsberg,  Rappro¬ 
chant  ce  fait  pathologique  des  données  physiologiques  émises  par  lui  et 
par  Bizzozero  sur  les  fonctions  hématopoiétiques  de  la  moelle,  Neumann 
regarda  la  lésion  qu’il  venait  de  rencontrer  comme  un  fait,  sinon  constant, 
du  moins  probablement  très-fréquent  dans  la  leucémie,  et  il  se  crut  au¬ 
torisé  à  établir  l’existence  d’une  forme  particulière  de  leucocythémie  à 
laquelle  il  proposa  le  nom  de  leucémie  myélogène  pour  en  indiquer  à  la 
fois  la  nature  et  l’origine.  Ces  premières  recherches  ont  été  prompte¬ 
ment  fécondes  en  éveillant  l’attention  des  observateurs  sur  les  altérations 
leucémiques  des  os,  qui  malheureusement  n’ont  pas  encore  été  recherchées 
dans  tous  les  cas.  Les  faits  récents  témoignent  de  la  fréquence  de  ces  lé¬ 
sions  de  la  moelle  osseuse,  car  dans  le  cours  de  ces  cinq  dernières  an¬ 
nées  nous  retrouvons  dix  cas  dans  lesquels  elles  ont  été  décrites  ou 
mentionnées.  Il  existe  donc  déjà,  à  notre  connaissance,  12  observations  de 
leucémie  myélogène  [Ranvier,  Neumann  (deux  cas) ,  Waldeyer,  PonBck, 
Castiaux,  Kelsch,  Foix  et  Cornil,  Salkowski,  Eales,  H.  Wood  (deux  cas)|, 
si  tant  est  que  l’on  puisse  leur  appliquer  cette  désignation.  La  dyscrasie 
leucocythémique  du  sang  se  trouve  bien  notée  dans  presque  tous  les  cas; 
cependant,  il  en  est  au  moins  trois  où  elle  faisait  défaut  (Castiaux,  Ponfick, 
2'  obs.  de  H.  Wood),  et  cette  coïncidence  de  l’altération  lymphatique  de 
la  moelle  avec  la  pseudo-leucémie  vient  battre  en  brèche  la  théorie  que 
Neumann  avait  édifiée  sur  la  pathogénie  de  la  forme  myélogène. 

Dans  le  cas  de  Kelsch,  la  lésion  médullaire  était  accompagnée  d’alté¬ 
rations  lymphadéniques  de  l’intestin,  et  l’on  pourrait  donc  la  considérer 
comme  un  exemple  de  forme  mixte  (leucémie  intestinale  et  myélogène). 
Dans  cette  observatioîf,  l’altération  lymphadénique  du  tissu  osseux,  qui 
est  décrite  très-soigneusement,  siégeait  dans  tous  les  os  spongieux  et  dans 
les  extrémités  des  os  longs.' Le  tissu  spongieux  était  surtout  raréfié  dans 
les  vertèbres  et  dans  le  sternum  ;  la  coupe  des  épiphyses  était  marbrée  de 
teintes  rouges  et  grises.  Celle  de  la  diaphyse  des  os  longs  montrait  la 
partie  interne  de  la  substance  compacte  raréfiée,  et  leéN'àcuoIes  remplies 
d’un  tissu  grisâtre  ou  gris  rosé.  La  moelle  renfermée  flans  le  canal  central 
était  jaune  ou  rougeâtre  en  certains  points,  preéque  partout  elle  était 
grise  et  un  peu  diffluente.  \ 

Des  tranches  convenablement  amincies  de  tous  ces  os,  décalcisés  dans 


LEÜCOCYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques.  431 

l’acide  picrique,  ont  permis  à  cet  observateur  distingué  de  constater,  à 
l'aide  du  microscope,  que  tous  ces  espaces  médullaires  étaient  remplis 
d’un  tissu  adénoïde  constitué  par  un  stroma  réticulé,  dans  les  mailles  du¬ 
quel  se  trouvaient  entassés  les  éléments  lymphatiques  (cellules  et  noyaux 
semblables  à  ceux  de  la  lymphe,  et  surtout  "cellules  dont  le  noyau  très-, 
Yolumineux,  entouré  d’une  zone  très-mince  de  protoplasma,  mesurant 
de  0“  001  à  0“,012,  élait  pourvu  de  deux  à  quatre  nucléoles  arrondis 
ou  allongés) .  Une  coupe  de  la  substance  spongieuse  montrait  un  réseau 
fin  de  substance  conjonctive,  dont  les  trabécules,  parcourus  par  des  vais¬ 
seaux  capillaires  qui  avaient  eux-mêmes  leurs  parois  infiltrées  de  cellules 
lymphatiques,  circonscrivaient  des  espaces  remplis  d’éléments  lymphati¬ 
ques.  En  un  mot,  dans  le  cas  de  Kelsch,  comme  dans  les  précédents,  c’est 
du  tissu  lymphatique  qui  s’est  substitué  à  celui  de  la  moelle.  Il  y  avait  en 
outre,  dans  ce  dernier  fait,  une  infiltration  de  la  dure-mère  par  du  tissu 
adénoïde;  en  d’autres  termes,  des  lésions  hétérotopiques  à  côté  d’alté¬ 
rations  hyperplasiques.  L’observation  de  Kelsch  prouve  également  que  la 
proportion  des  globules  blancs  du  sang  peut  rester  normale  alors  même 
que  les  espaces  médullaires  sont  remplis  de  tissu  lymphatique  imprégné 
d’une  énorme  quantité  d’éléments  cellulaires  incolores.  D’après  cela,  l’on 
ne  peut  pas  subordonner  entièrement  l’altération  leucémique  du  sang  à  la 
lésion  de  la  moelle  osseuse,  et  c’est  sans  fondement  que  Neumann  a  ac¬ 
cordé  une  si  grande  importance  à  cette  dernière  dans  la  pathogénie  de  la 
leucémie.  Quelle  que  soit  l’interprétation  que  l’on  donne  à  l’origine  de  la 
leococythémie  en  pareil  cas,  il  n’en  ressort  pas  moins  des  détails  anatomo¬ 
pathologiques  précédents  que  la  moelle  des  os  est  souvent  altérée  dans 
cette  maladie,  soit  isolément,  soit  avec  les  organes  lymphoïdes  et  les 
glandes  vasculaires  sanguines,  et  que  cette  altération  est  peut-être  plus 
fréquente  qu’elle  ne  le  paraît  eh  réalité,  si  l’on  tient  compte  du  noiabr.&^ 
relativement  considérable  de  cas  où  elle  a  été  rencontrée  depuis  qu’on  la 
recherche  avec  plus  de  soin.  Récemment  enfin  Mosler  a  rencontré  des 
lésions  osseuses  analogues  chez  un  cochon  leucémique,  en  examinant  dés 
pièces  anatomiques  que  lui  avait  envoyées  Furstenberg. 

Peaü.  —  Les  altérations  de  la  peau  n’ont  encore  été  mentionnées  par  " 
aucun  des  auteurs  qui  se  sont  occupés  de  la  leucocythémie.  Nous  croyons 
toutefois  devoir  remplir  cette  lacune  en  indiquant  ici  les  résultats  des  re¬ 
cherches  microscopiques  de  Ranvier  et  de  ses  élèves  Malassez  et  Debove, 
confirmés  par  les  observations  cliniques  de  Gillot,  Trélat,  Heurtaux,  Rey, 
Prez-Crassier,  Landouzy  et  Démangé.  Ce  dernier,  dans  son  intéressante  thèse 
à  laquelle  nous  avons  déjà  fait  de  nombreux  emprunts,  rattache  la  lésion 
cutanée  que  nous  allons  décrire,  à  la  lymphadénie,  c’est-à-dire  à  cette  ca¬ 
chexie  spéciale  à  laquelle  nous  donnons  le  nom  de  diathèse  lymphogène. 

C’est  à  Ranvier  que  l’on  doit  la  détermination  histologique  des  tumeurs 
cutanées  qui  caractérisent  l’affection  décrite  par  Bazin  sous  le  nom  de 
fmgoïde.  Cette  lésion  cutanée,  dont  nous  décrirons  les  phases  et 
les  caractères  dans  le  chapitre  suivant,  est  anatomiquement  constituée 
par  k  formation  de  tumeurs  dans  l’épaisseur  du  derme,  molles,  grisa- 


432  LEUCOGYTHÉMIE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques. 
très  avec  des  points  rouges,  dues  à  une  néo-formation  de  tissu  adénoïde 
réticulé  embrassant  dans  ses  mailles  une  grande  quantité  de  cellules  em¬ 
bryonnaires.  Ces  tumeurs  sont  sillonnées  de  gros  vaisseaux  capillaires,  va¬ 
riqueux,  tortueux,  à  parois  épaissies,  entourés  eux-mêmes  du  tissu  de 
nouvelle  formation,  plus  condensé  en  ces  points  et  à  cellules  plus  nom¬ 
breuses  (Grancher).  Cette  néo-formation  lymphoïde  semble  se  former  au¬ 
tour  des  vaisseaux  capillaires,  qu’elle  enveloppe  d’une  tunique  réticulée 
semblable  aux  gaines  lymphatiques  décrites  autour  de  certains  vaisseaux, 
et  en  particulier  dans  les  ganglions  [lymphatiques  ;  c’est  ainsi  que  se  dé¬ 
veloppe  dans  la  peau  ce  tissu  lymphoïde.  N’y  aurait-il  pas  d’abord  appari¬ 
tion  de  corpuscules  lymphatiques  et  formation  consécutive  de  tissu  réticulé? 
Dans  le  cas  rapporté  par  Démangé,  une  petite  tumeur  mycosique  du  cuir 
chevelu  fut  enlevée  pendant  la  vie,  au  moment  de  son  apparition,  et  l’exa¬ 
men  microscopique  permit  de  constater  une  infiltration  de  globules  blancs 
entre  les  divers  éléments  du  derme  ;  le  réticulum  manquait  absolument,  et 
ce  ne  fut  que  deux  mois  plus  tard,  après  la  mort  du  malade,  que  la  dispo¬ 
sition  réticulée  du  stroma  lymphoïde  put  être  manifestement  constatée. 
Lorsque  les  tumeurs  doivent  s’ulcérer,  il  se  fait  très-vraisemblablement' 
des  oblitérations  des  capillaires,  d’où  nécrobiose  et  dégénérescence  gra- 
nulo-graisseuse  des  éléments  ;  les  voies  de  résorption  étant  obstruées,  l’é¬ 
limination  du  produit  se  fait  au  dehors  par  ulcération  et  fonte  de  la  tumeur, 
accompagnée  parfois  de  phlébites  multiples  des  vaisseaux  circumvoisins 
(Démangé). 

Dans  les  six  cas  de  lymphadénie  cutanée  que  nous  avons  pu  réunir, 
l’altération  leucocythémique  du  sang  faisait  défaut  il  est  vrai  ;  mais  en 
revanche  nous  avons  signalé,  comme  lésions  concomitantes,  des  lym- 
phadénomes  de  la  rate  (Trélat),  des  plaques  de  Peyer  (Landouzy),  des 
ganglions  lymphatiques  (Gillot,  Trélat,  Prez-Crassier).  La  néoplasie  lym¬ 
phoïde  de  la  peau  peut  exister  comme  seule  et  unique  manifestation  de  la 
diathèse  lymphogène  (Démangé) .  Le  plus  souvent  elle  est  associée  aux  au¬ 
tres  formes  de  la  pseudo-leucémie,  et  partant  elle  doit  figurer  dans  le  ta¬ 
bleau  anatomo-pathologique  comme  lésion  intrinsèque  de  la  maladie  qui 
•  nous  occupe.  Il  est  même  permis  de  supposer  que  cette  altération  cutanée 
sera  tôt  ou  tard  rencontrée  dans  la  leucocythémie  véritable. 

Système  glandulaire  (glandes  vasculaires  sanguines,  parenchymes 
glandulaires) .  Nous  réunissons  dans  ce  paragraphe  les  altérations  du  sys¬ 
tème  glandulaire  qui  se  rencontrent  dans  la  leucocythémie  et  dans  la 
pseudo-leucémie;  ces  dépôts  hétérotopiques  de  substance  lymphatique 
ont  été,  jusque  dans  ces  dernières  années,  méconnus  ou  confondus  avec 
des  tumeurs  malignes  (carcinomes,  lymphomes)  ;  pous  ne  citerons  donc 
ici  que  les  cas  où  l’examen  microscopique  a  rév^  leur  véritable  nature. 
Les  glandes  vasculaires  sanguines  contenant  lymmalement  des  éléments 
lymphoïdes  dans  leur  structure  doivent  figurer/ aü  premier  rang  par  ordre 
de  fréquence.  / 

Le*corps  thyroïde  a  été  trouvé  hypertrophié  dans  trois  cas  de  leucocy¬ 
thémie  (Craigie,  Bôttcher,  Lancereaux).  "Bennett,  de  son  côté,  rapporte 


LEüCOCYTHÉMiE.  —  anatomie  et  physiologie  pathologiques.  -iSS 
que  Holland  et  Neale  ont  démontré  que  beaucoup  de  sujets  atteints  de 
goitre  présentent  une  altération  leucocythémique  du  sang  :  or  on  sait 
combien  sont  variées  et  peu  connues  les  lésions  anatomiques  du  goitre  ; 
y  a-t-il  un  rapport  entre  la  leucémie  et  la  néoplasie  lymphadénique  du 
corps  thyroïde?  des  observations  ultérieures  pourront  peut-être  nous  l’ap¬ 
prendre  (Démangé).  Chez  un  malade  opéré  parVerneuil  (observation  de 
Bourdon),  Malassez  a  trouvé  des  tumeurs  lymphadéniques  des  ganglions 
cervicaux,  du  foie  et  du  lobe  gauche  du  corps  thyroïde.  Dans  ce  cas,  il  y 
avait  augmentation  des  globules  blancs  dans  le  sang. 

«  Le  thymus,  dit  Ranvier,  même  à  l’âge  où  il  a  subi  une  atrophie 
presque  complète,  peut,  sous  l’influence  de  la  leucocythémie  ou  de  l’a¬ 
dénie,  reprendre  sa  forme  et  acquérir  un  volume  considérable.  Dans  plu¬ 
sieurs  cas,  nous  y  avons  trouvé  au  microscope  la  structure  du  tissu  adé¬ 
noïde.  Nous  avons  été  convaincus  qu’il  s’agissait  bien  là  d’une  néoforma¬ 
tion  dans  le  thymus  et  non  pas  de  ganglions  péritrachéaux  hypertrophiés, 
parce  que  nous  y  avons  rencontré  les  lobes  particuliers  appartenant  à 
cet  organe.  » 

Mulder,Erhlich, 'Virchow  etisambert  signalent  l’hypertrophie  thymique 
dans  la  leucocythémie.  Le  dernier  de  ces  observateurs  a  trouvé,  chez  un 
leucémique,  le  thymus  considérablement  augmenté  de  volume,  et  pesant 
134  grammes.  Enfin,  Cnyrim,  chez  un  enfant  de  cinq  ans  atteint  de  leu¬ 
cémie,  à  constaté  une  hypertrophie  colossale  de  cet  organe  qui  recouvrait 
le  cœur  tout  entier. 

Amygdales.  —  Elles  ont  été  trouvées  hypertrophiées  2  fois  sur  41, 
d’après  le  relevé  d’Isambert,  qui  ne  spécifie  pas  la  nature  de  leur  altéra¬ 
tion.  Wunderlich  les  a  vu  grosses  d’un  pouce  de  long  sur  un  demi  d’é¬ 
paisseur,  dans  un  cas  de  leucémie  intestinale.  Récemment  Panas  a  signalé 
une  hypertrophie  amygdalienne  considérable  dans  un  cas  de  leucémie  gan¬ 
glionnaire,  et  l’examen  histologique n  démontré  qu’il  s’agissait  d’un  lym- 
phadénome.  Le  fait  cité  par  Moxon  peut  être  rapproché  du  précédent, 
quoique  le  sang  ne  contînt  pas  plus  de  globules  blancs  qu’à  l’état  normal, 
l’amygdale  gauche,  dans  ce  cas,  était  gonflée  et  atteignait  six  ou  huit 
fois  son  volume  normal.  Quelques-unes  des  glandes  folliculaires  de  la  base 
de  la  langue,  la  rate,  les  ganglions  cervicaux  et  bronchiques  étaient  éga¬ 
lement  hypertrophiés.  Le  tissu  de  nouvelle  formation  consistait  en  deux 
éléments  :  d’abord  des  cellules  plus  volumineuses  que  les  cellules  lym¬ 
phatiques  et  contenant  un  gros  noyau  à  plusieurs  nucléoles  ;  en  second 
lieu,  un  réticulum  fin  à  mailles  régulières  renfermant  chacune  de  une  à 
deux  douzaines  de  cellules.  Ces  dernières  étaient  en  nombre  si  considé¬ 
rable  que  le  réticulum  n’était  pas  apparent  avant  d’avoir  traité  la  prépara¬ 
tion  au  pinceau.  On  voyait  alors  qu’elle  contenait  quelques  cellules  à  pro¬ 
longements  étoilés.  Les  résultats  de  cet  examen  démontrent  péremptoi¬ 
rement  la  nature  lymphadénique  de  cette  néoplasie. 

L’observation  de  Verneuil  est,  en  quelques  points,  analogue  à  la  pré¬ 
cédente;  on  y  trouve,  en  effet,  mentionnées,  en  même  temps  qu’un^engor- 
ment  des  ganglions  cervicaux  et  thoraciques,  une  ulcération  blafarde,  à 


434 


LEliCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie. 


bords  minces  de  l’amygdale  gauche,  et  une  ulcération  de  la  muqueuse  pa¬ 
latine,  superficielle,  à  bords  sinuèux,  taillés  à  pic  et  à  fond  grisâtre.  Cette 
double  lésion  était  sans  doute  .consécutive  à  une  hyperplasie  lymphoïde 
des  follicules  clos. 

Ollivier  et  Ranvier  ont  trouvé  les  follicules  clos  de  la  base  de  la  langue, 
en  arrière  du  V  lingual,  gros  comme  des  grains  de  maïs  et  constitués  par 
une  simple  hyperplasie  du  tissu  adénoïde,  dont  les  fibrilles  étaient  épais¬ 
sies  et  dont  les  nœuds  fertiles  contenaient  des  noyaux  bien  accusés  (Isam- 
bert).  Conheim  et  Mosler  ont  également  signalé  la  même  lésion. 

Nous  avons  déjà  parlé  de  l’altération  lymphadénique  des  follicules  clos 
de  l’intestin,  de  l’hypertrophie  des  capsules  surrénales  (Barclay);  pour 
clore  la  liste  des  altérations  des  glandes  dites  vasculaires  sanguines,  no¬ 
tons,  en  terminant,  l’augmentation  considérable  de  volume  du  corps  pi¬ 
tuitaire  sommairement  indiquée  dans  un  cas  de  leucémie  myélogène  par 
Waldeyer. 

Parenchymes  glandulaires  et  organes  sécréteurs.  —  Nous  serons  brefs 
sur  ce  point,  car  les  néoplasies  lymphatiques  n’ont  encore  été  rencontrées 
qu’une  seule  fois  jusqu’ici  dans  chacun  des  organes  suivants  :  ovaires 
(Hérard),  testicules  (Robin),  mameZZes  (Gillot),  glande  lacrymale {QaWasch]. 

Enfin,  Arnold  et  Becker  ont  rapporté  un  cas  d’exophtalmie  double,  pro¬ 
duite  par  le  développement  .dans  le  tissu  cellulaire  rétro-oculaire  d’un 
double  lymphadénome.  L’extirpation- des  deux  tumeurs  fit  cesser  l’exor- 
bitisme  et  l’examen  histologique  démontra  qu’on  avait  eu  affaire  non 
pas,  comme  on  l’avait  pensé,  à  une  hypertrophie  des  glandes  lacrymales, 
mais  à  une  véritable  hyperplasie  lymphoïde  (Démangé). 

Symptomatologie.  —  Etymologiquenaent  parlant,  la  leucocythémie 
n’est  qu’une  modification  morbide"dans  la  quantité  relative  des  deux  prin¬ 
cipaux  éléments  morphologiques  du  sang  ;  elle  ne  représente  donc  pas, 
dans  ce  sens,  une  maladie  spéciale,  mais  un  phénomène  morbide.  Toute- 
foie,  comme  il  s’agit  d’un  phénomène  capital,  on  a  gro.upé  autour  de  ce 
1  üL  (’oUtl'S^mptôme,  considéré  ou  non  comme  prolüpathiqu_e,  un  certain  ensendble 
de  phénomènes  connexes  ;  puis  l’on  a  donné  au  copnplexus  morbide  le 
nom  du  symptôme  cardinal,  et  c’est  sous  cette  rubrique  que  lui  a  été  assi¬ 
gnée  une  place  provisoire  ou  définitive  dans  le  cadre  nosographique.  Les 
progrès  de  l’anatomie  pathologique  sont  venus  renverser  ou  du  moins 
agrandir  l’édifice  de  Bennett  et  de  Virchow,  en  nous  démontrant,  d’une 
part  l’existence  de  lésions  identiques  dans  leur  nature,  disséminées  dans 
leur  siège  et  localisées  de  préférence  dans  les  organes  hémato-poiétiques, 
et  d’autre  part  une  altération  secondaire  du  sang  atteignant  isolément  ou 
•simultanément  les  éléments  figurés  de  ce  liquide,  et  caractérisée  soit  par 
la  diminution  numérique  des  globules  rouges,  soit  par  l’accroissement  plus 
ou  moins  considérable  du  chiffre  des  globules  blancs. 

*  Cette  dernière  altération  leucémique  du  sang,  à  laquelle  on  a  voulu  dans 
le  principe  faire  jouer  un  rôle  primordial,  ne  constitue  pas  la  lésion  fon¬ 
damentale  et  nécessaire  de  la  maladie.  Elle  peut  faire  absolument  défaut 
dans  des  faits  caractérisés  par  des  symptômes  exactement  semblables  à 


LEUCOGYTHÉMIE.  —  symptomatologie.  .  435 

ceux  qu’on  a  attribués  à  cette  dyscrasie.  Lasègue,  faisant  connaître  à  la 
Société  des  hôpitaux  (1855-1856)  les  travaux  entrepris  en  Allemagne  sur 
le  sujet  qui  nous  occupe,  signalait  quelques  notes  critiques  dans  lesquelles 
on  déclarait  avoir  observé  des  cas  nombreux  d’anémie  avec  tumeur  de  la 
rate,  sans  leucocylhémie.  Woillez,  quelques  mois  plus  tard,  rencontra  un 
exemple  de  cachexie  observée  avec  le  plus  grand  soin,  présentant  tous  les 
caractères  de  la  leucocythémie  décrite  comme  maladie,  et  entre  autres  un 
développement  considérable  de  la  rate  sans  fièvre  intermittente  antérieure 
{leucémie splénique  de  Virchow).  Mais  le  sang  examiné  pendant  la  vie  et 
après  la  mort  ne  présenta  pas  d’augmentation  du  nombre  des  globules 
blancs.  Ces  seules  observations  ne  suffiraient-elles  pas  déjà  à  prouver  que 
la  leucocythémie  n’est  pas  une  lésion  fondamentale  à  laquelle  on  doive 
rattacher  tous  les  symptômes  de  la  maladie,  et  à  démontrer  une  fois  de 
plus  qu’elle  ne  constitue  qu’un  fait  secondaire  et  accessoire,  servant  uni¬ 
quement  à  caractériser  une  modalité  pathologique  de  l’affection  et  non  la 
maladie  tout  entière?  Pareille  conclusion  s’applique  encore  de  la  façon  la 
plus  nette  à  la  forme  lymphatique  ou  ganglionnaire  admise  par,  Virchow, 
ainsi  que  nous  chercherons  bientôt  à  l’établir. 

En  fait,  ce  n’est  plus  la  leucocythémie  telle  qu’elle  a  été  comprise  jus¬ 
qu’ici  par  Bennett,  Virchow  et  leurs  commentateurs,  que  nous  nous  pro¬ 
posons  de  décrire,  mais  bien  une  maladie  caractérisée  anatomiquement 
par  des  néoplasies  lymphatiques,  et  cliniquement  par  un  ensemble  de 
symptômes  locaux  ou  généraux,  dont  le  terme  fatal  est  la  cachexie. 

Ainsi  envisagée,  la  diathèse  lymphogène  offre  de  grandes  difficultés  dans 
sa  description  symptomatique.  11  est  presque  impossible,  en  effet,  de  réu¬ 
nir  dans  un  seul  et  même  tableau  les  innombrables  modalités  cliniques 
qu’elle  présente,  les  formes  pathologiques  si  variées  et  encore  si  peu  con¬ 
nues  qu’elle  peut  revêtir.  Les  symptômes  sont  trop  multiples  pour  être 
renfermés  de  la  sorte  dans  un  cadre  aussi  restreint.  Ce  n’est  pas,  en  effet, 
selon  l’heureuse  expression^de  Démangé,  une  maladie  cyclique,  à 
tion  régulière,  parcourant  des  stades  définis  et  suivant  une  marche  uni- 
forme. 

Les  aspects  du  malade  varient  suivant  la  localisation  première  ;  mais 
quel  qu'ait  été  son  point  de  départ  anatomique,  que  la  lésion  originelle 
ait  débuté  dans  la  rate,  dans  les  ganglions  lymphatiques,  dans  la  moelle 
des  os,  dans  l’intestin,  la  peau,  les  amygdales  ou  dans  tout  autre  organe, 
l’entité  morbide  n’en  persiste  pas'  moins,  et,  sous  toutes  ces  formes  patho¬ 
logiques,  nous  retrouvons  toujours  les  mêmes  éléments  essentiels  de  la  dia¬ 
thèse  lymphogène  :  c’est-à-dire  cette  affection  générale,  dyscrasique,  ca¬ 
ractérisée  par  une  cachexie  spéciale  et  par  l’apparition  de  tumeurs  multiples 
identiques  dans  leur  nature. 

Forme  ganglionnaire.  —  Parallèle  de  la  leucémie  et  de  la  pseudo-leu-  - 

témie. —  Nous  étudierons  en  premier  lieu  les  formes  reconnues  classi¬ 
ques,  telles  que  la  leucocythémie  et  la  pseudo-leucémie  ganglionnaire,  et 
après  les  avoir  examinées'  comparativement,  nous  les  rapprocheroiîs  des 
autres  formes  plusjares  et  encore  peu  connues  jusqu’ici,  en  essayant  de 


43(5  .  LEUCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie. 

grouper  tous  ces  faits  en  apparence  si  différents  dans  un  vaste  cadre  dont 

les  observations  ultérieures  rempliront  tôt  ou  tard  lès  lacunes. 

Il  est  bien  clair  que,  si  l’on  veut  faire  une  comparaison  exacte  entre  la 
pseudo-leucémie  et  la  leucocythémie,  il  faut  s’adresser  exclusivement  à  la 
leucémie  ganglionnaire. 

Or,  le  début  dans  les  deux  formes  morbides  est  lent  et  insidieux,  en  ce 
sens  qu’il  peut  s’écouler  un  temps  fort  long  avant  que  l’attention  du  ma¬ 
lade  soit  sollicitée;  le  plus  souvent  le  premier  phénomène  suspect  est  l’ap¬ 
parition  d’une  tumeur  en  un  point  où  elle  n’existait  pas  auparavant.  Dans 
d’autres  circonstances,  c’est  un  affaiblissement  croissant  qui  éveille  la 
sollicitude  du  malade  ;  il  est  d’autant  plus  surpris  de  cet  affaiblissement 
qu’il  ne  peut  l’imputer  à  aucun  dérangement  notable  de  sa  santé,  et  ce¬ 
pendant,  il  ne  peut  se  livrer  à  ses  travaux  habituels  ;  tout  effort  le  fa¬ 
tigue,  et  cette  impuissance  relative  du  physique  ne  tarde  pas  à  çngen- 
^er  une  apathie  morale  vraiment  caractéristique.  A  ces  phénomènes 
/initiaux  vient  tôt  ou  tard  s’ajouter  l’amaigrissement  ;  il  est  précoce,  si  le 
patient  continue  à  vivre  d’une  vie  active  comme  par  le  passé  ;  il  peut  être 
fort  différé,  s’il  se  confine  à  la  chambre  et  se  condamne  au  repos;  dans  ce 
cas,  la  diminution  considérable  de  la  dépense  organique  compensant  l’a- 
dmissement  des  recettes,  maintient  plus  longtemps  l’équilibre  du  budget. 

Tardifs  ou  prompts,  ces  phénomènes  du  début  sont  les  mêmes  dans  les 
deux  cas,  et  les  symptômes  qui  leur  font  suite  sont  également  identiques, 
parce  qu’ils  sont  provoqués  par  la  même  cause,  à  savoir  par  la  compres¬ 
sion  des  tumeurs;  si,  par  fortune,  celles-ci  restent  longtemps  limitées 
dans  des  régions  où  elles  ne  peuvent  atteindre  aucun  organe  important, 
les  symptômes  sont  longtemps  nuis  ;  lorsqu’ils  existent,  ce  sont  des  trou¬ 
bles  fonctionnels  en  rapport  avec  le  siège  des  compressions  :  dyspnée,  al¬ 
térations  de  la  voix,  troubles  gastro-intestinaux,  et  des  hydi'opisies  d’ori¬ 
gine  mécanique  :  œdème  des  membres  inférieurs,  du  scrotum  et  des  parois 
abdominales,  si  la  veine  cave  inférieure  est  comprimée  ;  épanchement  péri¬ 
tonéal,  si  la  circulation  porte  est  entravée  ;  œdème  des  membres  supé¬ 
rieurs  et  de  la  face,  si  la  compression  atteint  la  veine  cave  supérieure  ou 
les  gros  troncs  brachio-céphaliques.  Engendrés  dans  les  deux  cas  par  le 
même  mécanisme,  ces  troubles  fonctionnels,  ces  hydropisies,  sont  iden¬ 
tiques  dans  la  leucémie  et  dans  la  pseudo-leucémie  ;  il  n’y  a  là  rien  qui 
puisse  surprendre. 

Quant  aux  hydropisies  dyscrasiques  ou  cachectiques  qui  sont  le  produit 
direct  d’une  altération  du  sang,  elles  font  défaut,  ou  du  moins  elles  sont 
exceptionnelles  dans  les  deux  conditions,  par  la  bonne  raison  que  la  dys- 
crasie  vraiment  hydropique  manque  aux  deux  formes  morbides  ;  cette 
dyscrasie,  en  effet,  est  constituée  à  la  fois  par  l'augmentation  de  l’eau  et 
par  la  diminution  de  l’albumine.  Cependant,  celte  double  modification  de 
la  crase  sanguine  a  été  notée  dans  quelques  analyses  :  ainsi  s’expliquerait 
l’anasarque  observée  chez  les  leucémiques  arrivés  à  la  période  ultime. 

Les  hémorrhagies  occupent  une  place  importante  dans  la  symptoma¬ 
tologie  de  la  leucocythémie  :  elles  ont  lieu  le  plus  souvent  par  la  muqueuse 


LEÜCOGYTHÉMIE.  —  symptomatologie.  457 

pituitaire,  par  la  bouche,  plus  rarement  par  la  surface  des  bronches  ou 
dans  quelque  viscère  ;  pas  plus  que  les  symptômes  précédents,  les  hémor¬ 
rhagies  ne  sont  propres  à  la  leucémie  vraie,  et  bon  nombre  des  observa- 
tiens  de  maladie  d’Hodgkin  en  signalent  explicitement  et  la  fréquence  et 
le  danger. 

L’enfant  de  neuf  ans  dont  Eberth  a  rapporté  l’histoire,  a  eu  des  hémor¬ 
rhagies  par  le  nez  et  par  la  bouche,  et  ces  accidents  ont  notablement  hâté 
la  cachexie  qui  a  tué  le  malade. 

Le  garçon  de  dix-huit  ans  observé  par  Payne,  éprouva  des  épistaxis 
abondantes,  quoique  les  ganglions  cervico-thoraciques  fussent  restés  in¬ 
tacts.  L’homme  de  cinquante-six  ans  dont  parle  Bohn,  et  qui  fut  tué  par 
une  péritonite  subaiguë,  présenta  à  plusieurs 'reprises  des  hémorrhagies 
cutanées  sous  forme  de  purpura,  et  le  même  phénomène  est  mentionné 
dans  un  des  faits  de  Trousseau.  C’en  est  assez  pour  démontrer  que  l’hé¬ 
morrhagie  n’est  point  spéciale  à  la  leucémie,  et  qu’elle  apparaît  avec  le 
même  siège,  la  même  fréquence  et  les  mêmes  dangers  dans  l’anémie 
lymphatique. 

Cette  conclusion  n’est  pas  moins  Juste  pour  les  éruptions  cutanées,  que 
Virchow  a  signalées  chez  les  leucémiques  ;  ces  éruptions,  qui  siègent  le 
plus  souvent  sur  la  face  dorsale  des  mains  et  des  avant-bras,  affectent  trois 
formes  qui  sont,  par  ordre  de  fréquence  décroissante  :  la  forme  papu¬ 
leuse,  la  pemphigoïde  et  la  furonculeuse.  Ces  manifestations  sont  telle¬ 
ment  communes  dans  la  pseudo-leucémie,  que  Trousseau  les  a  fait  entrer 
dans  la  description  dogmatique  de  la  maladie.  Nous  avons  eu  l’occasion 
d’observer  chez  un  de  nos  malades,  atteint  d’adénie,  une  éruption  papu¬ 
leuse  sur  les  deux  mains,  et  ce  symptôme  était  si  marqué,  qu’en  raison  de  . 
la  profession  de  cet  homme  qui  était  palefrenier,  nous  eûmes,  au  premier 
moment,  l’idée  qu’il  avait  contracté  sa' maladie  au  contact  de  chevaux 
morveux. 

11  y  a  peu  d’années,  Mosler  a  appelé  l’attention  sur  le  développement 
des  stomatites  et  des  pharyngites  qui  surviennent, soit  au  début,  soit  dans 
le  cours  de  la  leucocythémîe  :  ce^  inflammations  produisent  rapidement 
nu  état  fongueux  des  tissus,  et  pour  en  rappeler  l’origine,  cet  observateur  ; 
les  a  décrites  sous  le  nom  de  stomatites  et  de  pharyngites  leucémiques.  La  ^ 
qualification  était  prématurée,  car  ces  phlegmasies  muqueuses  apparais¬ 
sent  également  dans  la  pseudo-leucémie,  et  elles  sont  le  plus  souvent  le, 
premier  symptôme  saisissable  de  l’affection  ;  les  observations  de  Meyer,  de 
Bohn,  d’Eberth,  témoignent  de  la  justesse  de  cette  proposition  ;  il  n’y  a 
donc  rien  là  qui  soit  exclusivement  propre  à  la  forme, leucocythémique. 

Dans  la  leucémie  ganglionnaire,  on  observe  fréquemment,  en  l’absence 
de  toute  tumeur  intra-thoracique,  une  modification  du  rhythme  respira¬ 
toire,  dont  le  malade  n’a  pas  toujours  conscience,  mais  qui  n'en  constitue 
pas  moins  un  état  habituel  de  dyspnée;  les  inspirations  sont  plus  fré¬ 
quentes;  mais  comme  elles  sont  en  même  temps  d’autant  plus  snperfi- 
ciolles  qu’elles  sont  plus  nombreuses,  l’acte  respiratoire  est  en  réalité 
imparfait, la  sensation  du  besoin  de  respirer  est  plus  impérieuse  qu’à  l’état 


458  LEDCOGYTHÉMIE.  — ■  symptomatologie. 

sain,  la  soif  d’air  n’est  pas  apaisée.  Ce  phénomène,  que  l’on  pourrait  être 
tenté  de  considérer  comme  l’effet  direct  de  l’état  de  leucocythémie,  ne  lui 
est  pas  imputable,  il  dépend  tout  simplement  de  la  diminution  considé¬ 
rable  des  globules  rouges.  Ces  globules  sont  les  seuls  éléments  fixateurs 
de  l’oxygène  dans  le  sang,  les  seuls  organes  qui  portent  ce  gaz  au  contact 
des  tissus  ;  l’abaissement  notable  des  hématies  au-dessous  du  chiffre  nor¬ 
mal  a  donc  pour  conséquence  nécessaire  une  diminution  dans  la  quantité 
d’oxygène  en  circulation,  une  anoxhémie  relative  qui  augmente  le  besoin 
de  respirer,  tout  en  en  rendant  impossible  la  satisfaction  complète,  surtout 
pendant  le  mouvement.  Telle  étant  l’origine  du  symptôme,  on  conçoit 
facilement  qu’il  existe  au  même  titre  dans  la  pseudo-leucémie,  dans  la 
chlorose  intense,  en  un  mot,  dans  toutes  les  maladies  à  anémie  globu¬ 
laire  ou  oligocythémie. 

L’affaiblissement  et  l'amaigrissement  des  leucocyth émiques  démontrent 
que  chez  eux  le  processus  nutritif  tombe  au-dessous  de  l’activité  normale; 
le  faites!  vrai,  mais  l’accumulation  des  globules  blancs  dans  le  sang  n’est 
pour  rien  dans  cette  modification  de  nutrition,  qui,  elle  aussi,  est  impu¬ 
table  à  la  dinainution  des  hématies  ;  les  recherches  récentes  de  Pettenkofer 
et  Voit  l’ont  bien  prouvé.  Si,  en  effet,  nous  laissons  de  côté  les  observa¬ 
tions  de  détail,  nous  voyons  que  les  conclusions  générales  des  expériences 
faites  sur  ce  point  sont  les  suivantes  : 

A  nourriture  semblable,  et  au  repos,  le  leucocythémique  .fixe  autant, 
d’oxygène  que  l’individu  sain,  conséquemment,  aussi  longtemps  que  dure 
le  repos,  le  bilan  nutritif  est  sensiblement  le  même  dans  les  deux  condi¬ 
tions;  mais  durant  le  travail  (quelle  qu’en  soit  d’ailleurs  la  nature),  le 
leucémique  fixe  beaucoup  moins  d’oxygène  que  l’homme  bien  portant,  en 
fait,  il  n’en  fixe  pas  plus  qu’au  repos;  la  raison,  c’est  que  déjà  pendantle 
repos,  pour  maintenir  l’équilibre  nutritif,  les  globules  rouges  compen¬ 
sent  l’insuffisance  de  leur  nombre  par  une  activité  maxima  ;  ils  ne  peuvent 
faire  plus  quand  vient  la  période  du  travail.  De  là,  la  fatigue  précoce  et 
l’apathie  du  malade;  de  là  aussi,  pour  lui,  l’impossibilité  absolue  défaire 
un  effort  soutenu .  Cette  altération  du  processus  nutritif  a  la  même  cause  que 
la  dyspnée  dont  il  vient  d’être  question  ;  elle  est  indépendante  de  l’état  de 
leucémie,  et  elle  se  retrouve  avec  les  mêmes  caractères,  non-seulement 
dans  la  maladie  de  Hodgkin,  mais  dans  toutes  les  chloroses  graves. 

La  leucocythémie  présente,  au  nombre  de  ses  symptômes  tardifs,  uft 
mouvement  fébrile  intermittent  ou  rémittent^  qui  ri’est  pas  toujours  appré¬ 
ciable  par  l’examen  du  pouls,  mais  qui  est  démontré  par  l’exploration 
thermométrique. 

Quand  cette  fièvre  est  intermittente,  ce  qui  est  le  cas  le  plus  ordinaire, 
elle  a  lieu  le  soir  ;  c’est  une  fièvre  franchement  vespérale. 

Quand  elle  est  rémittente,  le  minimum  appartient  à  la  matinée,  c’est 
dans  les  heures  du  soir  qu’apparaît  l’exacerbation  ;  les  allures  de  ce  mou¬ 
vement  fébrile,  appréciées  par  les  chiffres  thermiques,  sont  d’ailleurs 
des  plus  capricieuses’  :  tantôt  la  chaleur  ne  dépasse  que  de  quelques 
dixièmes  le  maximum  des  oscillations  physiologiques,  tantôt  elle  atteint 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie.  ,  439 

les  degrés  extrêmes  de  40°,  40'^, b  et  même  41°.  Ce  caractère  désordonné 
ressort  on  ne  peut  plus  nettement  de  la  courbe  de  Schwartz,  laquelle  re-, 
présente  la  fièvre  d’un  leucocythémique  pendant  les  cinq  derniers  mois  de 
sa  vie.  Ce  mouvement  fébrile  n’est  point  dû  à  l’état  leucémique  ;  il  est 
f  simplement  l’expression  du  processus  irritatif  qui  siège  dans  le  système 
’  lymphatique,  aussi  apparaît-il  avec  les  mêmes  caractères  dans  la  pseudo- 
1  leucémie;  nous  avons  pu  nous  en  convaincre  nous-mêmes  en  examinant 
les  tracés  thermiques  pris  sur  deux  malades  atteints  de  diathèse  lympho- 
gène  sans  leucémie.  Chez  tous  deux,  nous  avons  constaté  que  chaque  soir 
la  température  était  manifestement  fébrile,  et  si  les  deux  maxima  du 
^ond  étaient  moins  élevés  que  ceux  du  premier,  cela  tenait  simplement  à 
,  ce  que  la  maladie  était  moins  avancée  chez  celui-ci. 

On  a  dit  que  la  pseudo-leucémie  a  une  marche  plus  rapide  que  la  leu- 
I  cémie  vraie.  Il  convient  de  s’entendre  :  si  Ton  a  en  vue  la  leucocythémie 
splénique,  la  proposition  ne  manque  pas  de  vérité;  alors, en  effet, la  mort 
a  lieu  le  plus  souvent  par  cachexie,  et  cette  terminaison  peut  être  long¬ 
temps  différée  ;  mais  si  l’on  a  soin  de  borner  la  comparaison^à  la  leucémie 
ganglionnaire,  on  ne  trouve  plus  de  différence  notable,  parce  que  dans 
les  deux  formes  d’hyperplasie  lymphatique  diffuse,  la  durée  de  la  maladie 
dépend  avant  tout  de  l’existence  ou  de  l’absence  des  productions  intra¬ 
thoraciques. 

j  L’identité  parfaite  que  nous  avons  constatée  entre  les  deux  formes  mor- 
/bides,  nous  la  retrouvons  encore  dans  leurs  terminaisons  :  non-seulement 
j  la  mort  est  constante  dans  les  deux  cas,  mais  les  modes  et  les  causes  en 
I  sont  exactement  les  mêmes. 

Dans  la  pseudo -leucémie ,  [comme  dans  la  leucocythémie,  la  mort  est 
produite  :  ■  ' 

1“  Par  hecticité  et  par  cachexie  (faits  de  Meyer)  ; 

2°  Par  hémorrhagies  répétées  (cas  d’Eberth)  ; 

3°  Par  asphyxie,  ce  qui  est  le  cas  le  plus  commun,  car  nous  en  aYons 
déjà  observé  trois  exemples  ; 

4“  Par  des  inflammations,  parmi  lesquelles  la  pleurésie  et  la  péritonite 
(observation  de  Bohn)  doivent  surtout  être  mentionnées  ; 

5°  Enfin  par  des  accidents  cérébraux ,  dus  tantôt  à  l’hydrocéphalie, 
tantôt  à  des  hémorrhagies. 

Il  résulte  donc  de  cet  exposé  comparatif  que  la  leucémie  n’apporte  par 
elle-même  aucune  modification,  ni  dans  le  début,  ni  dans  les  symptômes, 
ni  dans  la  marche,  ni  dans  les  terminaisons  de  la  maladie,  et  qu’à  tous 
ces  points  de  vue  les  deux  formes,  avec  ou  sans  leucocythémie,  sont  par- 
feitement  identiques. 

Une  question  maintenant  reste  à  résoudre,  et  nous  ne  pouvons  plus 
longtemps  la  passer  sous  silence.  Pourquoi  la  leucémie,  présente  dans  un 
cas,  manque-t-elle  dans  l’autre  ? 

Cette  question  a  déjà  été  posée  par  la  plupart  des  observateurs,  mais  la 
solutionn’en  a  pas  été  poursuivie  avec  une  bien  grande  sollicitude  ;  Virchow, 
par  exemple,  se  borne  à  dire  qu’il  ne  recherchera  pas  la  raison  de  cette 


440 


LEÜCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie. 
différence,  et  l’explication  suggérée  par  Wunderlich  est  démentie  par  la 
clinique  elle-même.  Le  professeur  de  Leipzig  pense  que  la  leucémie  est 
produite  lorsqu’un  organe  hémato-poïétique  est  affecté  seul  pendant  un 
certain  temps,  et  qu’elle  manque  lorsque  la  majorité  d’e  ces  organes  sont 
atteints  à  la  fois  ou  à  peu  près  simultanément.  Cette  interprétation  n’est 
guère  acceptable,  car  nous  avons  observé,  entre  autres  faits,  un  pseudo¬ 
leucémique  chez  lequel  la,  première  tumeur  ganglionnaire  resta  isolée 
pendant  huit  ans  au  moins,  sans  que  l’augmentation  spéciale  des  globules 
blancs  se  soit  montrée  à  aucune  des  périodes  de  sa  maladie,  et  cependant, 
si  la  théorie  de  Wunderlich  était  fondée,  notre  malade  eût  dû  présenter  un 
type  parfait  de  leucocythémie. 

Pour  nous,  nous  avons  sur  cette  question,  non  pas  trois  réponses  (ce 
serait  un  luxe  bien  propre  à  inspirer  la  défiance),  mais  trois  observations 
à  présenter  : 

Il  se  peut  que  la  leucocythémie  ne  résulte  pas  de  l’arrivée  surabondante 
[  des  éléments  glandulaires  dans  le  sang,  et  qu’elle  soit  la  conséquence  du 
I  défaut  de  transformation  des  globules  blancs  en  globules  rouges.  Il  est 
clair  que  si  cette  métamorphose,  qui  est  l’évolution  normale  des  cellules 
du  sang,  vient  à  cesser,  les  éléments  lymphatiques,  encore  hieii  qu’ils  ar¬ 
rivent  en  proportion  ordinaire,  seront  bientôt  surabondants,  et  que  la  leu¬ 
cémie  sera  ainsi  constituée.  Ce  n’est  là  qu’une  hypothèse,  nous  sommes 
bien  forcés  de  le  reconnaître,  mais  cette  hypothèse  a  pour  elle  un  fait  qui 
nous  semble  digne  d’une  sérieuse  attention.  Lloyd  Roberts  a  publié  l’ob¬ 
servation  d’une  fille  de  vingt-six  ans  qui  entra  dans  son  service  avec  tous 
les  attributs  d’une  chlorose  des  plus  avancées  ;  la  malade  ne  présentait  du 
reste  aucune  lésion  organique  appréciable,  aucune  tuméfaction  de  la  rate, 
non  plus  que  des  glandes  lymphathiques  ;  l’exarnen  du-  sang  révéla  pour¬ 
tant  un  état  leucémique  dans  la  proportion  colossale  de  1  globule  blanc 
sur  2  rouges  ;  après  trois  mois  de  traitement,  cette  fille  était  guérie,  et  les 
rapports  des  deux  ordres  de  globules  redevinrent  sensiblement  normaux. 
Nous  ne  pouvons  nous  permettre  de  douter  des  affirmations  de  Roberts 
touchant  l’absence  de  tumeur  splénique  ou  ganglionnaire;  la  guérison 
de  la  malade  en  est  d’aiUeursune  preuve  indirecte  ;  dans  ce  cas,  par  con¬ 
séquent,  la  leucémie  était  indépendante  de  toute  modification  appréciable 
des  organes  hémato-poiétiques,  et  paraissait  imputable  seulement  à  un  dé¬ 
faut  de  transformation  des  leucocytes  en  hématies. 

Notre  seconde  observation  nous  semble  reposer  sur  une  base  plus  solide. 
I  II  se  peut  que,  dans  les  cas  à  leucémie,  la  moelle  des  os  soit  altérée,  tandis 
I  qu’elle  ne  l’est  pas  dans  les  cas  sans  leucémie.  Les  recherches  deBizzozero 
et  de  Neumann  ont  établi  que  la  moelle  des  os  renferme  des  éléments  cellu¬ 
laires  incolores,  semblables  aux  globules  blancs  du  sang,  des  cellules’de 
transition  entre  les  globules  blancs  et  les  rouges;  ces  éléments  sont  des 
cellules  colorées  à  noyau,  mais  le  noyau  présente  toutes  les  phases  de  la  mé¬ 
tamorphose  nucléaire,  depuis  le  corps  brillant  à  contours  nets  jusqu’au  gra¬ 
nule  imperceptible  et  sans  éclat  ;  des  cellules  à  globules  sanguins,  c’est-à- 
dire  des  cellules  qui  renferment  de  2  à  10  corpuscules  colorés  du  sang 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie.  441 

(Neumann) .  On  ne  peut  douter,  d’après  cela,  que  la  moelle  osseuse  n’appar¬ 
tienne  à  la  classe  des  organes  liémato-poiétiques,  et  il  est  possible  que  les 
altérations  du  tissu  aient  un  rôle  prépondérant  dans  la  production  de  la 
leucocythémie.  L’assertion  n’est  pas  une  simple  hypothèse.  Déjà  en  1868,  ( 
Mursick  a  observé  une  leucocythémie  rapidement  mortelle  chez  un  amputé! 
qui  fut  atteint  d’ostéomyélite  après  l’opération,  et  un  peu  plus  tard  Neu-j 
mann  a  trouvé,  chez  un  leucémique  à  tumeur  splénique,  la  moelle  des  os 
tellement  altérée,  qu’on  aurait  pu  croire  tout  d’abord  à  une  suppuration;! 
tous  les  éléments  cellulaires  normaux  de  ce  tissu  étaient  augmentés  en 
nombre  et  en  prolifération,  les  parois  des  artères  d’uii  certain  volume 
étaient  comme  criblées  de  cellules  lymphoïdes  et  l’examen  du  sang,  qui 
eut  lieu  trois  semaines  avant  la  mort,  y  démontra,  indépendamment  des 
éléments  ordinaires -de  la  leucémie,  des  cellules  de  transition  ;  or,  ces  cel¬ 
lules  à  l’état  normal  ne  se  sont  rencontrées  d’une  manière  constante  que 
dans  la  moelle  des  os.  A  l’autopsie,  on  put  constater  que  ces  éléments 
étaient  plus  abondants  dans  la  moelle  et  dans  les  veines  osseuses  que 
dans  le  reste  du  SMg.  Enfin,  l’examen  chimique  du  tissu  médullaire  pra¬ 
tiqué  par  SalkowlKi  y  démontra  la  présence  des  substances  qui  altèrent 
ordinairement  le  sang  leucémique,  (savoir  :  l’hypoxanthine,  l’acide  for¬ 
mique  et  butyrique,  et  des  cristaux  octaédriques  semblables  à  ceux  qui 
ont  été  signalés  dans  le  sang  des  leucocythémiques  ;  ces  cristaux  étaient 
plus  abondants  dans  la  moelle  que  dans  le  sang.  D’un  autre  côté  pe  tissu 
delà  rate  était  remarquablement  riche  en  globules  rouges,  tandis  que  les 
reines  spléniques  étaient  pleines  d’éléments  incolores.  Il  est  donc  certain 
que,  dans  ce  cas  au  moins,  c’est  l’altération  générale  de  la  moelle  des  os 
qui  était  le  point  de  départ  de  la  dyscrasie  leucémique  du  sang;  aussi 
Neumann  a-t-il  qualifié  ce  fait  de  leucémie  myélogène.  En  présence  de  ces 
données  nouvelles,  sur  lesquelles  nous  nous  sommes  déjà  longuement 
étendus  dans  le  chapitre  précédent,  la  plupart  des  autopsies  de  leucocy¬ 
thémie  sont  incomplètes,  et  sans  vouloir  forcer  la  signification  de  ces  faits, 
il  y  a  lieu  tout  au  moins  d’en  appeler  à  l’observation  ultérieure. 

Enfin  nous  avons  encore  à  mentionner  une  possibilité  qui  n’a  pas  été 
signalée  jusqu’ici  :  dans  les  lymphomes  purs,  les  voies  de  la  circulation 
lymphatique  ganglionnaire  sont  libres,  le  fait  est  notoire  ;  mais  en  est-il 
de  même  dans  les  lymphomes  impurs  et  dans  les  lympho-sarcômes  vrais  ? 
Voilà  une  question  préjudicielle  qu’il  faut  résoudre,  avant  toute  autre 
tentative  d’explication.  Lorsque  l’enveloppe  et  la  gangue  conjonctive  des 
ganglions  sont  épaissies  et  comme  sclérosées,  il  es#  possible  que  les  vais¬ 
seaux  efférents  soient  imperméables  par  compression,  èt  que  si  les  glo¬ 
bules  blancs  n’arrivent  pas  dans  le  sang,  c’est  tout  simplement  parce  que 
la  route  est  fermée.  Il  conviendrait  aussi  de  s’enquérir  de  l’état  de  la 
grande  veine  thoracique  et  du  canal  thoracique. 

Telles  sont  les  considérations  que  nous  avons  cru  devoir  présenter 
touchant  le  problème  pathogénique  soulevé  par  nous;  quelle  que  soit  la 
conclusion  qu’iinposent  les  éludes  futures  quant  à  l’origine  réelle  de  la 
leucocythémie,  la  signification  clinique  et  nosologique  de  ce  phénomène 


442 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie. 
ne  peut  être  modifiée,  et  nous  nous  croyons  donc  autorisés  à  maintenir 
sans  réserve,  comme  affection  unique,  la  diathèse  lymphogène  avec  ou 
sans  leucocythémie. 

Après  avoir  examiné  comparativement  les  deux  formes  les  plus  fré¬ 
quentes  de  cette  affection,  et  montré  leurs  points  de  ressemblance  et  leur 
étroite  connexion,  nous  allons  mentionner  les  modalités  que  la  localisation 
première  imprime  à  la  maladie,  en  d’autres  termes  les  formes  anatomiques 
correspondant  à  l’organe  envahi  tout  d’abord  par  le  processus  lymphoma¬ 
teux. 

Forme  spléniqde.  — Nous  avons  déjà  précédemment  signalé  deux  observa¬ 
tions  qui  semblent  démontrer  que  la  rate  peut  être  atteinte,  sans  que  la  dys- 
crasie  leucocythémique  apparaisse.  Mais  on  conçoit  de  quelle  difficulté  est 
entourée  l’étude  de  pareils  faits,  en  l’absence  d’un  examen  -microscopique 
de  la  lésion  initiale.  L’altération  leucocythémique  ne  pouvant  plus  servir 
de  critérium  nosologique,  il  ne  reste  plus  que  les  caractères  anatomo-pa¬ 
thologiques  de  l’hyperplasie  liénale  pour  établir  le  diagnostic,  et  cette  base 
est  de  nùlle  valeur  en  clinique.  Mais  les  cas  de  pseudo-leucémie  liénale 
sont  extrêmement  rares,  relativement  à  la  fréquence  jde  la  leucémie  splé¬ 
nique.  Il  est  vrai  que  cette  dernière  forme  est  moins  commune  que  les  au¬ 
teurs,  à  l’exemple  de  Virchow,  ne  se  sont  complu  à  l’affirmer.  Si  l’on  ap¬ 
plique  la  désignation  de  liénal&k  l’affection  dans  laquelle  la  rate  a  été  le 
.point  de  départ  de  la  prolifération  lymphoïde  avant  la  généralisation  de 
celle-ci,  cette  formé  devrait  occuper  le  premier  rang  par  ordre  de  fré¬ 
quence  ;  mais  si  l’on  veut  bien  réserver  cette  qualification  aux  faits  dans 
lesquels  l’organe  splénique  a  été  seul  atteint,  le  nombre  de  ces  cas  de¬ 
viendra  très-restreint. 

L’hypertrophie  splénique  manque  rarement  dans  la  leucocythémie,  toutes 
les  statistiques  s’accordent  à  le  démontrer  :  selon  Bennett,  on  la  trouve  19 
fois  sur  20,  selon  Vidal,  25  fois  sur  52  ;  dans  le  relevé  d’Isambert,  elle 
est  notée  61  fois  sur  75  cas. 

Les  symptômes  physiologiques  auxquels  donne  lieu  l’hypertrophie  delà 
rate  sont  parfois  assez  peu  prononcés,  et  même  chez  un  grand  nombre 
de  sujets  il  n’y  a  aucune  sensation  morbide  qui  vienne  avertir  le  médecin 
et  le  malade  de  cette  altération.  D’autres  fois,  cependant,  il  existe  quel¬ 
ques  phénomènes  anomaux  trahissant  l’augmentation  de.  volume,  sou¬ 
vent  si  considérable,  de  cet  organe. 

Le  symptôme  le  plus  commun  est  une  sensation  de  pesanteur  dans 
l’hypochondre  gauchè^sensation  plus  prononcée  si  le  malade  se  livre  à 
des  mouvements'‘oir'à  des  exercices  un  peu  fatigants,  et  si  surtout  il 
vient  à  courir.  En  même  temps  que  cette  sensation*,peut  se  produire  une 
douleur  variable  dans  son  intensité  et  dans  ses  manifestations  :  quelque¬ 
fois  peu  vive,  parfois  lancinante,  rarement  continue,  le  plus  souvent  reve¬ 
nant  par  instants  avec  des  paroxysmes  et  des  exacerbations,  cette  douleur 
siège  dans  l’hypochondre  gauche,  et  peut  se  propager  à  l’épigastre  ou  à 
l’épaule  correspondante.  Elle  est  habituellement  augmentée  par  la  pres¬ 
sion  exercée  au-dessous  du  rebord  des  fausses  côtes. 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie. 

Parmi  les  symptômes  de  voisinage,  nous  noterons  les  vomissements,  les 
fdpitations,  la  dyspnée  dans  les  cas  oii  la  rate  s’élevant  vers  la  partie 
supérieure,  vient  comprimer  l’estomac,  le  poumon  gauche  ou  même  gêner 
le  cœur  dans  ses  mouvements.  C’est  encore  à  ce  groupe  de  symptômes 
qu’il  faut  rapporter  V œdème  des  membres  inférieurs,  [’ascite  produite 
dans  certains  cas  exceptionnels  par  la  compression  de  l’organe  sur  la  veine 
cave  inférieure. 

Les  symptômes  physiques  sont  révélés  par  les  quatre  moyens  principaux 
d’exploration  :  l’inspection  seule  peut  faire  reconnaître  un  élargissement 
notable,  un  soulèvement  de  l’hypochondre  gauche,  et  quelquefois  une 
sâllie  visible  jusqu’à  l’ombilic.  La  mensuration  confirme  immédiatement 
cette  première  donnée,  et  la  palpation  fait  constater  une  tumeur  plus  ou 
moins  considérable  qui  commence  à  l’hypochondre  gauche,  atteint  ou  dé¬ 
passe  même  la  ligne  blanche,  et  remonte  vers  les  parties  supérieures  ou 
descend  dans  la  fosse  iliaque  et  vers  le  pubis  ;  l’extrémité  et  le  bord  droits 
dè  cette  masse  sont  arrondis,  faciles  à  circonscrire,  et  on  peut  lui  im¬ 
primer  quelques  petits  déplacements.  La  percussion  est  le  moyen  par 
excellence  du  diagnostic  topographique  ;  pratiquée  selon  les  préceptes 
minutieusement  formulés  par  Piorry,  elle  donnera  sur  toute  l’étendue  de 
la  tumeur  une  matité  absolue,  et  en  délimitera  exactement  la  configura¬ 
tion  (Peltier) . 

Tels  sont  les  signes  propres  à  l’hypertrophie  splénique;  mais  ce  n’est  là 
que  le  premier  point  du  diagnostic,  qui  demande  à  être  plus  exactement 
formulé.  D’autres  données  importantes  sont  fournies  par  les  phénomènes 
concomitants,  par  les  conditions  étiologiques,  enfin  par  la  marche  géné¬ 
rale  de  la  maladie  et  par  l’état  de  cachexie  confirmée  qui  la  termine. 

La  leucémie  splénique  (splénémie)  serait  caractérisée,  selon  Virchow, 
parle  développement  considérable  des  leucocytes,  variété  globules,  tandis 
que  les  globulins  resteraient  à  peu  près  à  l’état  normal. 

Le  même  auteur  établit,  au  point  devue  de  l’évolution,  deux  catégories 
de  faits  assez  distincts  : 

Dans  la  première,  la  maladie^est  toujours  fébrile,  et  la  fièvre  prend  le 
caractère  hectique,  le  malade  meurt  dans  le  marasme  (variété  hectique, 
mkctique) . 

Dans  la  seconde  catégorie,  c’est  plutôt  une  diathèse  hémorrhagique,  et 
les  malades  succombent  aux  progrès  de  l’anémie  ou  à  l’apoplexie,  ou  à  des 
hémorrhagies  externes  abondantes  et  répétées  (variété  hémorrhagique). 
Ces  deux  modes  de  terminaison  ne  sont  nullement  propres  à  la  splénémie 
leucémique  ou  pseudo-leucémique,  et  se  retrouvent  dans  toutes  les  autres 
formes  de  la  diathèse  dymphogène. 

Signalons  enfin  une  particularité  intéressante  :  c’est  que  l’hypejtrophie 
splénique  n’est  pas  continue  ;  elle  subit  parfois  des  temps  d’arrêt,  et  elle 
diminue  même  pour  grossir  plus  tard  et  acquérir  définitivement  un  vo¬ 
lume  considérable.  Des  hémorrhagies  plus  ou  moins  étendues,  qui  se  font 
dans  son  intérieur,  sont  souvent  la  cause  de  ces  variations  brusques  de 
volume. 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie. 


444, 

L’augmentation  de  volume  du  foie  accompagne  assez  souvent  l’hyper¬ 
trophie  splénique,  et  est  dans  certains  cas  très-considérable  ;  l’ascite  n’en 
est  pas  une  conséquence  obligée,  elle  ne  survient  en  général  que  par  les 
progrès  de  la  cachexie  ;  l’ictère  n’a  été  constaté  que  dans  cinq  cas,  et  il 
était  dû  à  des  causes  tout  à  fait  spéciales,  telles  que  des  calculs  biliaires  ou 
la  compression  du  canal  cholédoque  par  des  ganglions  hypertrophiés  (Dé¬ 
mangé). 

Forme  intestinale.  —  «  Sous  le  nom  de  leucémie  intestinale,  dit  Isam- 
bert,  M.  le  professeur  Bébier  voudrait  établir  une  variété  dans  laquelle  il 
n’y  aurait  ni  hypertrophie  de  la  rate,  ni  du  foie,  ni  hypertrophie  des 
glandes  lymphatiques  périphériques  de  l’aine,  de  l’aisselle,  du  cou,  ni 
même  des  ganglions  mésentériques,  mais  seulement  une  lésion  curieuse, 
des  glandes  intestinales,  glandes  de  Peyer  et  follicules  isolés.  Avec  cette 
prolifération  extraordinaire  du  tissu  lymphoïde  limitée  aux  seules  glandes 
de  l'intestin,  on  trouvait  une  dyscrasie  sanguine  très-considérable,  con¬ 
sistant  dans  une  diminution  considérable  des  globules  rouges,  avec  déve¬ 
loppement  en  nombre  au  moins  égal  à  celui  des  globules  rouges,  de  cel¬ 
lules  blanches  de  petites  dimensions,  appartenant  évidemment  à  la  variété 
lymphatique  de  la  maladie.  Cette  variété  pourrait  être  rapprochée  de  la 
leucocythémie  temporaire  que  l’on  observe  dans  la  fièvre  typhoïde,  s’il  ne 
s’agissait  pas  d’une  leucocythémie  permanente  et  d’une  maladie  tout  à 
fait  chronique.  Les  symptômes  de  cette  maladie  ont  été,  dans  l’observa¬ 
tion  de  Béhier,  pour  la  plupart  négatifs  ;  perte  des  forces,  pâleur,  cachexie 
progressive,  perte  d’appétit,  perte  des  fonctions  génésiques,  mais  ni 
hémorrhagies,  ni  diarrhée,  ni  vomissements,  ni  complications  thoraci¬ 
ques,  ni  albuminurie, ni  fièvre;  le  malade  succomba,  au  bout  de  trois  ou 
quatre  mois,  aux  progrès  d’un  affaiblissement  dont  rien  rie  donnait  l’expli¬ 
cation  en  dehors  de  l’analyse  du  sang  ;  la  fin  parut  accélérée  par.  des 
sueurs  excessives,  provoquées  par  les  chaleurs  intenses  de  l’été. 

Une  certaine  analogie  existe  entre  cette  observation  et.  celle  de  Laveran 
(hémophilie  avec  leucocythémie),  dans  laquelle  on  trouve  l’indication  d’une 
lésion  intestinale  assez  semblable  (aspect  blanc  lacté  de  la  muqueuse,  avec 
peu  de  saillie  des  glandes  intestinales),  mais  où  l’examen  microscopique  fait 
défaut,  et  dans  laquelle,  la  rate  étant  à  peine  plus  développée  qu’à  l’état 
normal,  les  autres  glandes  sont  indemnes.  Les  symptômes  ont  ici  consisté 
principalement  dans  des  épistaxis  répétées  qui  ont  épuisé  le  malade  et 
déterminé  la  mort.  «  Il  y  a  là  d’ailleurs,  ajoute  Isambert,  avec  le  cas  de 
M.  Béhier,  des  différences  notables  qui  empêchent  de  les  assimiler  com¬ 
plètement.  » 

Les  symptômes  de  cette  forme  sont  encore  trop  peu  connus,  et  les  ob¬ 
servations  encore  trop  peu  nombreuses  pour  qu’il  nous  soit  permis  d’en 
présenter  les  caractères  cliniques  essentiels.  Les  altérations  du  tissu  de 
la  muqueuse  gastro-intestinale  n’ont  donné  lieu  jusqu’ici  à  aucun  phé¬ 
nomène  spécial,  que  l’on  puisse  considérer  comme  pathognomonique. 
On  peut  toutefois  faire  remarquer  que  cette  altération  lymphoïde  de  l’in¬ 
testin,  de  même  que  l’hyperplasie  splénique,  présente,  comme  symptômes 


LEÜCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie.  445 

constants,  un  état  cachectique  plus  ou  moins  accusé,  et  comme  signes  ac¬ 
cessoires,  des  troubles  digestifs,  des  accès  fébriles  irréguliers,  delà  diar¬ 
rhée,  des  vomissements  (Hérard)  et  des  hémorrhagies.  L’entérorrhagie  en 
est  souvent  la  conséquence  dans  les  cas  où  la  lésion  initiale  est  arrivée  à 
l’ulcération  ;  mais  hâtons-nous  de  le  dire,  ces  hémorrhagies  intestinales 
peuvent  SC  montrer  en  l’absence  de  toute  altération  spéciale  des  organes 
digestifs.  Quand  le  produit  pathologique  prend  la  forme  d’une  tumeur  fai¬ 
sant  saillie  dans  le  tube  intestinal,  il  survient  des  accidents  particuliers. 
Le  malade  de  Picot  (observation  consignée  dans  la  thèse  de  Démangé)  suc¬ 
comba  avec  les  signes  d’une  obstruction  intestinale  ;  la  tympanite  était 
telle,  qu’on  fut  obligé  de  recourir  à  une  ponction  pour  donner  issue  aux 
gaz.  Dans  le  cas  dont  Rendu  a  rapporté  l’histoire  [eodem  loco),  le  petit 
malade  fut  regardé,  avant  sa  mort,  comme  atteint  de  péritonite  tubercu¬ 
leuse  à  marche  rapide  et  accompagnée  d’un  épanchement  ascitique, 
beaucoup  plus  considérable  que  l’ascite  légère,  qui  accompagne  ordinaire¬ 
ment  la  péritonite  chronique. 

Ces  deux  derniers  faits  suffiraient  déjà  à  prouver  l’impossibilité  d’une 
description  générale  de  cette  forme,  plutôt  anatomique  que  clinique,  ap¬ 
plicable  à  tous  les  cas. 

Forme  MYÉLOGÈNE.  —  Les  cas  publiés  jusqu’à  ce  jour  ne  sont  pas  suffi¬ 
samment  nombreux,  pour  légitimer  une  description  spéciale  des  symp¬ 
tômes  propres  à  cette  forme  morbide.  Les  observations  encore  trop  rares 
que  nous  avons  pu  réunir,  ont  presque  toutes  trait  à  des  formes  mixtes  de 
la  leucémie,  dans  lesquelles  la  rate  et  les  ganglions  lymphatiques  étaient 
intéressés  en  même  temps  que  la  moelle  des  os  (Ranvier,  Neumann,  Wal- 
deyer,  W.  Eales).  Celle-ci  pouvant  être  primitivement  affectée  autorise  la 
distinction  de  la  forme  myélogène  de  la  leucémie  ;  mais  il  n’en  est  pas 
toujours  ainsi,  et  le  cas  de  Mosler  démontre  péremptoirement  que  la 
moelle  des  os  peut  être  secondairement  affectée  dans  le  cours  d’une  leu¬ 
cémie  liénale  primitive,  qui  semble  devoir  être  rattachée  elle-même  à  une 
contusion  de  la  région  splénique. 

Nous  avons  déjà  fait  mention  à  plusieurs  reprises  de  la  séduisante  théo¬ 
rie  émise  par  Neumann,  relativement  au  rôle  prépondérant  qu’il  fait  jouer 
à  l’hyperplasie  médullaire  dans  la  pathogénie  de  la  leucocythémie,  en 
s’appuyant  sur  les  fonctions  hémato-poiétiques  de  la  moelle  des  os.  D’après 
cet  auteur,  le  tissu  médullaire  serait  le  plus  souvent,  sinon  toujours,  inté¬ 
ressé  dans  cette  maladie,  et  si  les  altérations  n’ont  pas  plus  souvent  été 
constatées,  c’est  que  jusqu'ici  l’attention  des  observateurs  n’avait  pas  en¬ 
core  été  éveillée  sur  ce  point  anatomo-pathologique  important.  Or,  pour 
que  la  théorie  pathogénétique  de  Neumann  fût  confirmée,  il  faudrait  que 
l’allération  leucocylhémique  du  sang  accompagnât  constamment  la  lésion 
delà  moelle  osseuse.  Malheureusement  de  récentes  observations  sont  ve¬ 
nues  infirmer  en  partie  ces  ingénieuses  prémisses,  en  montrant  la  pos¬ 
sibilité  d’une  semblable  lésion  médullaire,  sans  leucocythémie  concomi¬ 
tante.  Wood  a,  en  effet,  constaté  des  altérations  hyperplasiques  de  la 
moelle  des  os  dans  deux  cas  de  pseudo-leucémie.  Crs  faits  nous  sem- 


446  LEUCOCYTHÉMIE.  —  symptoma-tologie. 

blent  d’une  trop  haute  importance  clinique  pour  devoir  être  passés  sous 

silence. 

Dans  le  premier,  il  s’agit  d’un  Irlandais  de  40  ans  qui,  après  s’être 
exposé  plusieurs  fois  au  froid  et  à  l’humidité,  éprouva  un  sentiment  de 
fatigue  et  de  malaise  accompagné  de  vertiges  ;  il  vit  bientôt  ses  forces 
s’éteindre,  en  même  temps  que  commençaient  à  se  manifester  des  vo¬ 
missements  bilieux,  des  épistaxis  fréquentes  et  une  diarrhée  séreuse  sans 
ténesme.  Au  moment  de  son  entrée  à  l’hôpital,  il  était  pâle,  anémié,  ses 
conjonctives  présentaient  une  légère  teinte  subictérique.  L’auscuUation  fai¬ 
sait  entendre,  à  la  base  du  cœur,  un  bruit  de  souffle  systolique  se  propa¬ 
geant  dans  les  vaisseaux  du  cou.  A  l’examen  microscopique  du  sang,  il  fut 
impossible  de  constater  la  moindre  augmentation  numérique  des  globules 
blancs.  Cinq  jours  après  son  entrée,  le  malade  mourait  d’épuisement  et  de 
cachexie  ;  à  l’autopsie,  tous  les  viscères  étaient  sains,  sauf  les  capsules 
surrénales  qui  contenaient  quelques  lymphomes  sous  formes  de  nodules 
irrégulièrement  disséminés.  La  moelle  osseuse  du  fémur  et  de  l’humérus 
était  le  siège  d’une  proliférqlion  lymphoïde  contrôlée  par  le  microscope. 

Le  second  fait  a  trait  à  un  individu  âgé  de  52  ans,  accusant  dans  ses 
antécédents  une  syphilis  constitutionnelle,  qui  remontait  à  plus  de  dix 
années.  Ce  malade,  trois  mois  avant  son  entrée  à  l’hôpital,  à  la  suite  d’un 
refroidissement,  avait  eu  une  angine  assez  intense.  Au  moment  de  son 
admission,  il  offrait  toutes  les  apparences  de  l’anémie  la  plus  complète.  La 
matité  de  la  rate  était  sensiblement  augmentée,  les  liniites  du  foie  res¬ 
taient  normales  à  la  percussion,  et  le  microscope  ne  faisait  pas  conslater 
d’augmentation  du  chiffre  des  globules  blancs  dans  le  sang.  18  jours  après 
son  entrée,  il  succombait  aux  progrès  d’une  cachexie  profonde.  Après  la 
mort,  le  sang  était  très-fluide,  sans  tendance  à  la  coagulation  et  présentait 
plutôt  une  diminution  qu’une  augmentation  des  globules  blancs.  Ces  der¬ 
niers  étaient  très-réguliers,  et  de  dimensions  variables  (0,004,  —  0,01), 
manifestement  granuleux,  avec  un  ou  plusieurs  noyaux.  Sauf  une  très- 
légère  augmentation  du  volume  de.  la  rate,  Wood  ne  trouva,  après  un 
examen  microscopique  très-minutieux,  qu’une  altération  lympbadénique 
de  la  moelle  osseuse  du  fémur  droit. 

Si  les  deux  cas  précédents  étaient  restés  isolés  et  sans  analogues,  Neu¬ 
mann  eût  pu  sans  doute  invoquer  pour  la  défense  de  sa  cause  quelque 
erreur  de  diagnostic,  ou  bien  une  observation  insuffisante  ;  mais  de  nou¬ 
veaux  faits,  bien  et  dûment  contrôlés  par  un  examen  microscopique  minu¬ 
tieux,  sont  venus  confirmer  ces  données,  en  établissant  l’existence  de  la 
lymphadénie  osseuse  sans  leucocythémie  concomitante  (Observations  de 
Castiaux,  de  Foix  (examen  de  la  moelle  osseuse  fait  par  Cornil),  etde- 
Kelsch).  Dans  cette  dernière  observation,  les  altérations  lymphadéniques 
du  tissu  médullaire  des  os  coïncidaient  avec  des  lymphadéuomes  des  gan¬ 
glions  bronchiques  et  mésentériques,  de  la  dure-mère  et  de  l’intestin. 

Si  ces  observations  récentes  compliquent  l’obscur  problème  pathogé- 
nique  de  la  dyscrasie  leucocythémique,  en  renversant  la  théorie  proposée 
par  Neumann,  elles  fournissent  en  revanche  un  nouvel  argument  en  fa- 


LEÜCOGYTHÉMIE.  —  symptomatologie.  447 

veur  de  l’identité  de  la  leucocythémie  et  de  la  pseudo-leucémie  que  nous 
avons  cherché  à  établir. 

Quant  à  la  symptomatologie  générale  de  cette  prétendue  forme  myélo- 
gène  de  la  maladie,  elle  est,  nous  le  répétons,  impossible  à  présenter  en¬ 
core,  vu  le  petit  nombre  des  cas  publiés,  et  d’autre  part  en  raison  de  la 
multiplicité  même  des  lésions  constatées  dans  la  plupart  d’entre  eux.  Les 
deux  faits  signalés  par  Wood  ne  relatent  que  trop  incomplètement  les 
phénomènes  morbides  présentés  par  les  malades,  pour  que  nous  soyons 
en  droit  de  fonder  sur  eux  la  moindre  description  clinique.  Resterait  un 
cas  de  Zenker,  dans  lequel  la  lésion  paraît  avoir  primitivement  et  exclusi¬ 
vement  atteint  le  tissu  médullaire  des  os  ;  il  rapporte  ce  fait  incidemment 
dans  son  récent  travail  sur  l’anémie  pernicieuse  progressive,  et  nous  au¬ 
rons  occasion  d’y  revenir  à  propos  du  diagnostic.  . 

Forme  AM YGDALiENjxE.  —  Cette  forine  nous  semble  devoir  être  décrite  à 
part,  ou  du  moins  mériter  une  mention  spéciale,  et  cela  pour  deux  raisons 
capitales;  1“  k  lésion  caractéristique  décrite  dans  le  précédent  chapitre, 
peut  débuter  d’emblée  par  les  amygdales  ;  2“  cette  localisation  primitive 
du  lymphadénome  imprime  à  la  maladie  des  modifications  cliniques  im¬ 
portantes  à  connaître,  et  malheureusement  encore  trop  ignorées. 

«  En  tant  que  lésion  locale,  dit  Démangé,  les  lymphadénomes  des  amyg¬ 
dales  ne  déterminent  que  les  symptômes  de  l’hypertrophie  de  ces  or¬ 
ganes;  le  plys  souvent  la  tumeur  est  unilatérale,  et  a  presque  toujours 
jusqu’ici  siégé  du  côté  gauche  ;  son  aspect  est  grisâtre,  cérébriforme  ;  son 
tissu  est  ordinairement  assez  friable  ;  le  volume  des  amygdales  peut  être 
considérable,  déterminer  des  accès  de  suffocation  et  la  gène  de  la  déglu¬ 
tition;  mais  l’envahissement  des  ganglions  cervicaux,  axillaires,  etc. 
(Moxon,  Panas),  lié  aux  progrès  de  la  cachexie,  peut  seul  faire  penser  à  la 
malignité  de  l’affection.  Combien  de  temps  la  lésion  peut-elle  rester  silen¬ 
cieuse,  ne  se  révélant  que  par  une  simple  augmentation  de  volume  des 
tonsilles?  les  observations  nous  manquent  pour  le  dire.  Le  début  peut  si¬ 
muler  l’hypertrophie  simple,  l’hypertrophie  scrofuleuse  ou  syphilitique; 
aucun  symptôme  objectif  ne  permet  un  diagnostic  à  ce  moment;  c’est 
donc  à  l’examen  des  antécédents  du  malade  et  de  son  sang  qu’il  faudra 
avoir  recours.  Il  est  bien  possible  que  quelques-unes  de  ces  hypertrophies 
des  amygdales,  si  fréquentes  surtout  chez  les  enfants,  ne  reconnaissent  pas 
d’autres  causes,  c’est  là  toute  une  série  de  recherches  à  entreprendre.  » 

Les  tumeurs  amygdaliennes  formées  par  le  tissu  adénoïde  de  His,  ou 
en  d’autres  termes,  ces  hyperplasies  lymphoïdes  (éléments  du  tissu  lym¬ 
phatique,  cellules  et  réticulum  en  plus  grande  abondance  qu’à  l’état 
normal),  se  rencontrent  dans  la  pseudo-leucémie,  aussi  bien  que  dans  la 
leucocythémie.  Cette  hypertrophie  amygdaliennè  peut  être  secondaire,  et 
n’apparaître  que  lorsque  les  ganglions  lymphatiques  du  cou  ont  déjà  ac¬ 
quis  un  volume  considérable  (Passaquay,  Tillaux);  mais  elle  peut  égale¬ 
ment  se  montrer  comme  phénomène  initial  de  la  maladie  (observations  de 
fouilhoux,  de  Renault,  rapportées  dans  la  thèse  de  Passaquay). 

Les  lymphadénomes  de  l’amygdale  affectent  souvent  une  marche  rapide 


’  448  LEÜCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie. 

et  funeste.  «  Les  pires  cas,  dit  Virchow,  sont  ceux  où  les  tumeurs  se  déve¬ 
loppent  rapidement,  et  forment  des  masses  médullaires,  envahissant  les 
tissus  voisins  .  »  Les  malades  affectés  de  semblables  tumeurs  y  échappent 
rarement  :  l’anémie  survient,  la  nutrition  est  entravée,  la  rate  s’hypertro- 
phie,  et  le  malade  meurt  dans  le  marasme. 

Ces  lymphomes  malins,  que  Langhans  et  Lücke  appellent  lymphosar¬ 
comes,  ne  peuvent  être  distingués  anatomiquement  des  formes  bénignes, 
mais  ils  se  reconnaissent  cliniqnement  à  leur  progression  rapide,  et  sur¬ 
tout  à  l’envahissement  successif  des  tissus  avoisinants.  Ils  semblent  des¬ 
tinés  à  récidiver,  et  doivent  être  comptés  parmi  les  plus  malignes  des  tu¬ 
meurs  (Lawrence) . 

Lorsque  les  lymphadénomes  de  l’amygdale  sont  accompagnés  de  leu- 
cocythémie,  il  n’est  pas  rare  de  voir  se  développer  simultanément  des 
altérations  spéciales  du  pharynx  et  de  la  muqueuse  buccale  ou  palatine, 
que  Mosler  a  décrites  sous  le  nom  de  pharyngite  et  de  stomatite  leucé- 
miqnes,  et  que  nous  avons  mentionnées  précédemment  (Mosler,  Passa- 
quay, Panas  et  Valtat,  E.  Wagner). 

On  observe  également  dans  la  pseudo-leucémie  des  lymphosarcomes 
amygdaliens,  dont  les  caractères  histologiques  sont  tout  à  fait  analogues  à 
ceux  que  nous  avons  signalés  en  traitant  de  la  pseudo-leucémie  ganglion¬ 
naire.  Ils  se  rencontrent  généralement  en  même  temps  que  l’adénite,  et 
doivent  en  conséquence  rentrer  dans  le  groupe  morbide  de,  la  diathèse 
lymphogène,  malgré  la  divergence  apparente  des  phénomènes  cliniques 
auxquels  ils  donnent  lien. 

Il  est  presque  impossible  de  diagnostiquer  cliniquement  les  lymphosar- 
'  cornes  des  lympadénomes  malins  généralisés  ;  la  marche  de  ces  derniers  est 
peut-être  un  peu  plus  lente,  et  la  cachexie  se  montre  un  peu  moins  tôt  ;  mais, 
en  somme,  le  microscope  seul  peut  nous  donner  des  indications  assez  exactes 
pour  établir  la  nature  de  la  tumeur  (Moxon,  Lobstein,  Carswell,  Sydney 
Jones,  Passaquay).  Par  leur  aspect  extérieur,  par  leur  marche,  ces  tumeurs 
offrent  la  plus  grande  analogie  avec  le  carcinome  encéphaloïde,  et  la  contu¬ 
sion  est  sans  doute  souvent  commise  entre  ces  deux  néoplasies  à  issue 
cachectique.  Ainsi  se  trouverait  justifiée  l’opinion  émise  par  Spillmann  : 
«  En  se  fondant,  dit-il,  sur  les  travaux  les  plus  récents-,  on  ne  verrait 
dans  les  productions  leucémiques  que  des  tumeurs  que  l’on  peut  désigner, 
avec  Virchow,  sous  le  nom  de  lymphomes,  tumeurs  donnant  lieu  à  des 
productions  secondaires  multiples  comme  peuvent  le  faire  une  série  de 
tissus  morbides,  tels  que  les  carcinomes  et  les  épithéliomes,  les  sarcomes. 
En  bonne  logique,  on  devrait  alors  rapprocher  l’adénie  du  cancer.  «Nous 
discuterons  ultérieurement  cette  proposition,  elï^erchant  à  établir  la 
•  véritable  nature  de  la  cachexie  lymphogène,  et  à  lui  assigner  la  place 
qu’elle  doit  occuper  dans  le  cadre  nosologique. 

Fobme  cuTAiNÉE  (lymphadéiiie  de  la  peau,  my cosis  fony aide).  —  Lara- 
reté  de  cette  affection,  l’obscurité  même  qui  entoure  son  étude,  rendraieut 
prématurée  toute  tentative  de  description  d'une  pareille  forme  morbide, 
si  les  récentes  recherches  de  Gillot,  de  Ranvier,  de  D.ebove  et  de  Démangé 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie. 
n’étaient  venues  établir  définitivement  la  nature  intime  de  cette  affection, 
qui  se  confond  par  ses  lésions  histologiques  avec  les  autres  manifestations 
de  la  diathèse  lymphogène  et  s’en  rapproche  par  son  étiologie,  par  sa 
marche  et  par  ses  symptômes. 

En  effet,  la  variété  des  manifestations  cutanées  (plaques  congestives 
ou  lichénoïdes  au  début,  tumeurs  nombreuses  tout  à  fait  spéciales,  à  une 
deuxième  période),  leur  généralisation,  la  tendance  des  tumeurs  à  s’ulcé¬ 
rer  et  l’aspect  particulier  de  ces  ulcères,  l’existence  de  tumeurs  ganglion-  ^ 
uaires  multiples,  l’apparition  tardive  des  symptômes  généraux  graves, 
l'affaiblissement  progressif  et  profond  de  l’économie  tout  entière  mal¬ 
gré  l’intégrité  apparente  des  appareils  fonctionnels,  l’apparition  dans  un 
ordre  à  peu  près  constant  des  différentes  lésions  tégumentaires,  l’évolu¬ 
tion  des  tumeurs  par  poussées  successives,  séparées  par  des  périodes  va¬ 
riables  d’état  stationnaire  ou  par  des  phénomènes  de  rétrocession  ou  même 
de  disparition  complète,  enfin  l'évolution  progressive  et  fatale  :  ne  trou- 
Tons-nous  pas  là  autant  de  caractères  qui,  tout  en  légitimant  la  distinc¬ 
tion  d’une  forme  morbide  spéciale,  nous  montrent  en  même  temps  ses  re- 
I  lations  étroites  avec  le  groupe  pathologique  qui  nous  occupe?  Nous  nous 
croyons  même  autorisés  à  considérer  le  mycosis  fongoïde  comme  une  ma¬ 
nifestation  cutanée  de  la  diathèse  lymphogène,  parce  que  l’histologie  nous 
démontre  en  pareil  cas  l’existence  ou  mieux  la  production,  au  sein  des 
éléments  constitutifs  du  derme,  du  tissu  adénoïde,  et  l’hyperplasie  con¬ 
comitante  de  ce  même  tissu  dans  les  ganglions  lymphatiques  et  dans  la 
rate.  Dans  le  mycosis  fongoïde,  c’est  du  côté  de  la  peau  que  se  concentre, 
pour  ainsi  dire,  la  production  hétérotopique  du  tissu  adénoïde,  et  si  l’alté¬ 
ration  leucocythémique  du  sang  a  fait  jusqu’à  présent  défaut,  l’anémie 
globulaire  est  constante  dans  cette  forme  morbide  malheureusement  en¬ 
core  trop  peu  connue.  Ainsi  donc,  jusqu’à  présent,  cette  singulière  affec¬ 
tion  s’est  montrée  combinée  avec  la  pseudo-leucémie,  et  Gillot,  dès  1868, 
n’a  pas  hésité  à  la  regarder  comme  une  adénie  avec  manifestations  cuta¬ 
nées. 

C’est  au  milieu  d’un  état  de  santé  satisfaisant,  en  apparence  du  moins, 
que  débutent  les  premières  manifestations  du  mycosis.  Avant  l’apparition 
des  tumeurs  cutanées  caractéristiques,  il  existe  fréquemment  une  phase 
préparatoire,  caractérisée  par  l’apparition  de  lésions  passagères  de  la 
peau.  Les  malades  aperçoivent  des  rougeurs  sur  leurs  téguments,  des  ta¬ 
ches  congestives,  disséminées  crdinairement  dans  plusieurs  régions  du 
corps,  quelquefois  limitées  à  une  seule.  Ainsi,  l’on  a  constaté  des  taches 
congestives,  rouges,  non  saillantes,  apparaissant  tantôt  sur  les  membres 
inférieurs,  tantôt  sur  le  tronc.  Elles  sont  petites,  se  montrent  par  pous¬ 
sées  successives,  disparaissant  sur  un  point  pour  reparaître  ailleurs. 

Cette  première  éruption  s’accompagne  toujours  de  chaleur  de  la  peau 
cl  de  démangeaisons,  aussi  les  malades  sont-ils  portés  à  se  gratter  et  aug¬ 
mentent  par  cela  même  l’irritation  de  la  peau.  L’éruption,  d’abord  sèche 
et  simplement  congestive,  peut  devenir  suintante  et  squameuse.  Parfois  ces 
taches  congestives  s’effacent  complètement,  ne  laissant  après  elles  qu’un 

MOT.  WCT,  HÉD.  El  CHIR.  XX.  —  29 


450  LEUGOGYTHÉMIE.  —  symptomatologie. 

léger  épaississement  de  la  peau.  D’autres  fois,  après  une  durée  variable  de 
plusieurs  mois  à  plusieurs  années,  pendant  lesquels  on  croit  n’avoir  affaire 
qu’à  une  éruption  herpétique  tenace,  surviennent  des  plaquas lichénoïdes, 
nummulaires,  rubanées  ou  circinées,  qui  naissent  non-seulement  sur  les 
points  qui  ont  été  le  siège  des  taches  congestives,  mais  encore  en  d’autres 
endroits  restés  sains  jusqu’alors.  Ces  éruptions  prénlonitoires  ne  sont 
pourtant  pas  constantes.  Ainsi  dans  l’observation  de  Debove,  il  existait 
déjà  une  tumeur  de  la  grosseur  d’un  pois  sur  le  sternum,  quand  sont  sur¬ 
venues  des  taches  hémorrhagiques  à  la  face.  Chez  le  malade  de  Dé¬ 
mangé,  le  début  fut  marqué  par  une  vaste  plaque  congestive  qui,  prise 
d’abord  pour  un  érysipèle,  marcha  rapidement  vers  l’ulcération;  les  pla¬ 
ques  lichénoïdes  faisaient  complètement  défaut. 

I  Au  bout  d’un  temps  très-variable  apparaissent  les  tumeurs  fongoUes  ; 

!  c’est  la  phase  pathognomonique  de  l’affection.  Ces  tumeurs  surgissent  sur 
tous  les  points  de  la  surface  tégumentaire,  mais  elles  affectent  de  préfé- 
,rence  la  partie  antérieure  du  tronc  et  la  face  interne  des  membres. 

Saillantes  à  la  surface  de  la  peau,  elles  paraissent  se  développer  dans 
I  son  épaisseur.  Leur  forme  est  le  plus  ordinairement  orbiculaire,  hémisphé- 
;  rique,  quelquefois  allongée.  Le  plus  grand  nombre  offrent  la  grosseur 
i  d’une  simple  verrue,  d’un  pois,  d’une  baie  de  genièvre  (Alibert),  d’une 
grosse  noisette  (Gillot)  ;  les  plus  volumineuses  ont  les  dimensions  d’une 
noix.  Lorsque  ces  excroissances  atteignent  le  volume  d’un  œuf  de  poule 
ou  le  dépassent,  elles  sont  alors  formées  par  la  coalescence  de  plusieurs 
tumeurs  confondues  par  leur  base  et  présentent  à  leur  surface  des  dé¬ 
pressions,  indices  de  leur  origine  multiple. 

/  De  consistance  dure,  ferme,  élastique,  parfaitement  fibreuse,  elles  sont 
^  habituellement  peu  vasculaires  ;  la  peau  qui  les  recouvre  est  lisse,  ten- 
/  due,  complètement  dépourvue  de  poils  ou  de  cheveux  ;  d’autres  fois  elles 
sont  rouges,  violacées,  ce  qui  les  a  fait  comparer  par  Alibert  à  des  tomates 
mûres.  La  sensibilité  cutanée  est  un  peu  émoussée  à  leur  surface. 

Dès  qu’elles  ont  acquis  un  certain  volume,  elle  s’arrêtent  dans  leur 
développement,  puis  les  unes  diminuent  et  souvent  disparaissent  com- 
Iplétement,  tandis  que  les  autres,  habituellement  les  plus  grosses,  se  ra- 
j  mollissent  et  s’ulcèrent.  La  rétrocession  des  excroissances  fongoïdes  est  un 
/  des  caractères  essentiels  de  l’histoire  du  mycosis  (Bazin) .  L’ulcération  en 
■  est  aussi  l’un  des  traits  les  plus  saillants.  Elle  se  produit  par  une  destruc- 
•  ,tion  lente,  par  une  sorte  de  gangrène  moléculaire,  marchant  du  centre  à 
da  périphérie  de  là  tumenr  (Bazin,  Guérard,  Gillot).  Il  se  fait  à  sa  partie 
I  supérieure  une  petite  perforation  qui  laisse  suinter  un  pus  sanieux  et 
I  fétide  ;  l’ouverture  s’agrandit,  le  contenu  se  vide,  et  il  reste  une  coque 
:  molle,  friable,  qui  tombe  bientôt  en  détritus;  l’ulcération  a  peu  deten- 
/  dance  à  se  cicatriser  ;  dès  qu’un  point  commence  à  se  réparer,  un  autre 
se  détruit. 

Telles  sont  les  lésions  cutanées  du  mycosis  fongoïde.  Si  la  structure 
histologique  de  ces  productions  hétérotopiques,  ne  démontrait  leur  iden¬ 
tité  avec  les  autres  altérations  de  la  diathèse  lymphogène,  les  caractères 


LEUGOCYTHÉMIE.  -  SYMPTOMATOLOGIE.  451 

objectifs  de  ces  tumeurs  mycosiques,  ne  pourraient  pas  faire  soupçonner 
leur  nature.  Mais  les  symptômes  concomitants  et  les  lésions  simultanées 
Tiennent  confirmer  cette  analogie  et  réunir  la  lymphadénie  de  la  peau 
au  groupe  pathologique  dont  nous  essayons  de  présenter  la  description 
générale. 

En  effet,  les  manifestations  principales  du  mycosis  n’atteignent  pas  seu¬ 
lement  la  peau,  elles  envahissent  aussi  le  système  lymphatique.  L’hyper¬ 
trophie  ganglionnaire  n’a  manqué  qu’une  fois  ;  dans  les  autres  cas,  les 
tumeurs  ganglionnaires  ont  suivi,  sans  s’ulcérer,  une  phase  rétrograde,  , 
analogue  à  celle  des  tumeurs  cutanées  et  parfois  alternant  avec  elle  (Dé¬ 
mangé).  Et  si  pendant  longtemps,  le  mycosis  fongoïde  ne  se  traduit  par 
aucun  trouble  fonctionnel  important,  à  la  dernière  période  les  symptômes 
généraux  viennent  révéler  la  perturbation  complète  et  profonde  de  l’or-  t 
ganisme.  Les  malades  maigrissent  considérablement,  et  le  plus  souvent  il  | 
survient  une  diarrhée  abondante  qui  ne  contribue  pas  peu  à  rendre  l’éma¬ 
ciation  extrême.  La  peau  devient  d’un  blanc  mat  et  prend  l’apparence  pres¬ 
que  cireuse  qu’on  remarque  chez  les  sujets  atteints  d’anémie  grave  et  de 
longue  durée,  quelle  qu’en  soit  l’origine.  Le  sang  examiné  au  micros-  i 
cope  pendant  la  vie,  n’a  jamais  offert  jusqu’à  présent  la  moindre  aügmen-  ) 
talion  dans  la  quantité  proportionnelle  des  globules  blancs.  Mais  ce  signe 
négatif  ne  peut  évidemment  pas  suffire,  ainsi  que  nous  croyons  l’avoir  établi 
précédemment,  pour  séparer  le  mycosis  du  groupe  morbide  dont  la  leuco- 
cythémie  ne  constitue  qu’une  modalité,  une  lésion  accessoire  et  non  un 
des  caractères  essentiels.  Le  symptôme  primordial  et  qui  domine  tous  les  1 
antres,  c’est  la  cachexie  spéciale  qui  atteint  profondément  l’organisme  et  / 
qui  se  montre  aussi  bien  dans  le  cours  du  mycosis  fongoïde  que  dans  tou-  / 
tes  les  autres  formes  anatomiques  de  la  diathèse  lymphogène.  Ce  n’est  pas 
seulement  à  la  suppuration  des  ulcères,  à  la  fétidité  de  leurs  produits,  qu’il 
,  faut  attribuer  les  troubles  généraux  graves  et  profonds  de  la  période  ul¬ 
time  de  la  lymphadénie  cutanée  ;  l’économie  est  frappée  tout  entière  par 
une  cause  morbide  qui  nous  échappe,  mais  qui  produit,  en  même  temps 
que  des  phénomènes  extérieurs,  une  altération  certaine,  un  état  dyscra- 
sique  du  sang  et  se  révèle  par  les  signes  d’uné  cachexie  prononcée.  Il  se 
déclare  des  exacerbations  fébriles  le  soir,  des  troubles  gastro-intestinaux,  s 
une  insomnie  pénible,  un  amaigrissement  extrême.  La  diarrhée  s’établit  ) 
et  achève  d’épuiser  le  malade,  qui  meurt  enfin  dans  le  dernier  degré  ,  du  ■ 
marasme  (Gillot).  ~ 

La  durée  du  mycosis  fongoïde  est  en  général  assez  longue  :  elle  varie  de  j 
3 à  12  ans;  dans  les  cas  où  le  terme  de  la  maladie  n’a  pas  été  indiqué,  j 
l'état  grave,  des  sujets  nous  autorise  à  croire  que  la  guérison  n’a  pu  être  ' 
obtenue. 

tes  considérations  précédentes  nous  permettent  donc  de  conclure  qu’il 
existe  une  maladie  caractérisée  par  un  ensemble  de  symptômes  spéciaux, 
une  marche  uniforme,  des  lésions  variables  suivant  les  cas,  mais  au  fond 
identiques.  C’est  à  cette  affection  générale  que  nous  donnons  le  nom  de 
iiathèse  lymphogène.  Cette  diathèse  se  traduit  par  un  produit  toujours  le 


452  LEUGOCYÏHÉMIE.  —  symptomatologie. 

même  ;  l'élément  lymphatique,  qu’il  soit  à  l’état  de  globules  blancs  ras- 
I  semblés  en  grande  quantité  dans  le  sang,  ou  de  tissu  adénoïde  dans  les 
i  organes.  Toutefois  elle  esf  susceptible  de  présenter,  dans  ses  manifesta- 
'  tiens,  des  variétés  assez  tranchées,  et  la  localisation  initiale  du  produit  pa¬ 
thologique  imprime  en  général  un  cachet  assez  particulier  au  complexus 
symptomatique,  pour  que  l’on  sjoit  en  droit  d’éUblir  un  certain^nombre 
de  formes  ou  de  modalités  cliniques,  dont  nous  avons  précédemment  es¬ 
quissé  à  grands  traits  les  caractères  distinctifs. 

Il  nous  semble  aussi  dangereux^u’inutile  de  nous,  appesantir  sur  les 
questions  pathologiques  que  soulève  l’étude  de  da  diathèse  lymphogène; 
faut-il  en  considérant  l’altération  du  sang,  visible  dans  bien  des  cas,  pro¬ 
bable  dans  les  autres,  y  voir  le  point  de  départ  de  cet  état  morbide  et 
revenir  par  là  aux  idées  de  la  pathologie  humorale?  ou  bien  devons-nous 
placer  l’origine  de  la  maladie  dans  une  lésion  primitive  des  solides  et  ac¬ 
cepter  la  doctrine  formulée  par  Virchow  :  «  Les  solides  sont  primitive¬ 
ment  malades,  l’altération  du  sang  n’est  que  secondaire.  »  Les  connais¬ 
sances  trop  imparfaites  que  nous  possédons  en  pathologie  générale,  nous 
feraient  pencher  de  préférence  vers  cette  dernière  opinion.  Mais  l’étude 
du  système  lymphatique  et  de  ses  origines,  celle  des  organes  hémato¬ 
poiétiques  et  de  leurs  fonctions,  de  la  production  des  leucocytes  et  de 
leur  rôle,  sont  encore  trop  peu  avancées  pour  que  nous  en  puissions 
tirer  aucune  conclusion  qui  ne  soit  prématurée.  Nous  suivrons  donc,  à 
cet  égard,  le  sage  précepte  formulé  par  Gaubius  :  «  Malo  cohibere  gradum 
quam  per  tenebras  ülidere.  » 

Après  avoir  passé  successivement  en  revue  les  principales  formes  de  la 
diathèselymphogène,  et  signalé  les  particularités  symptomatiques  propres 
à  chacune  d’elles,  nous  allons  jeter  un  coup  d’œil  sur  les  phénomènes 
communs  à  toutes  ces  variétés  cliniques  et  nous  examinerons  ensuite  isolé¬ 
ment  chacun  des  symptômes  les  plus  importants. 

Les  symptômes  fournis  par  les  différentes  néoplasies  lymphatiques,  ne  se 
j  trouvent  pas  tous  réunis  chez  le  même  individu.  Aucune  forme  n’est  isolée: 
f  elle  est  déterminée  par  la  prédominance  d’une  variété  de  tumeur,  mais  il 
existe  toujours  des  lésions  simultanées,  qui  sont  pour  ainsi  dire  les  an¬ 
neaux  de  la  même  chaîne  pathologique. 

j  Un  symptôme  primordial  domine  tous  les  autres  :  c’est  la  cachexie  spé- 
I  ciale  qui  atteint  profondément  l’organisme  dès  le  début  de  la  maladie;  si 
!  pendant  quelques  mois  à  peine,  on  peut  voir  exceptionnellement  laxan^ 
générale  se  maintenir  à  peu  près  en  équilibre,  tôt  ou  tard  elle  fimtpar 
I  être  ébranlée.  La  lésion  locale  paraît  encore  peu  étendue,  iln^UJas 
d’ulcération  ;  néanmoins  le  malade  maigrit,  s’épuise  et  arrive  fatalement  à 
la  période  de  marasme  ou  mieux  de  cachexie  confirmée. 

L’amaigrissement  fait  de  rapides  progrès,  le  malade  présente  l'émacia¬ 
tion  la  plus  complète  ;  il  se  plaint  d’une  maladie  qu’il  ne  peut  définir,  ni 
préciser  ;  il  éprouve  une  fatigue  générale  et  une  apathie  qui  contrastent 
souvent  avec  sa  vigueur  primitive  et  son  entrain  antérieur.  Ses  forces 
s’affaiblissent  de  plus  en  plus,  et  finissent  par  être  absolument  anéanties. 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie.  453 

Son  teint  a  déjà  pris  un  aspect  spécial  ;  ce  n’est,  comme  le  fait  judicieuse¬ 
ment  remarquer  Isamhert,  ni  la  couleur  jaune  paille  du  cancéreux,  ni  la 
teinte  terreuse  des  cachexies  palustres,  ni  le  teint  blanc  œdémateux  des 
albuminuriques,  c’est  l’anémie  complète  caractérisée  par  la  décoloration 
des  muqueuses  et  des  téguments.  Elle  se  traduit  quelquefois  par  un  essouf¬ 
flement  facile,  et  par  des  souffles  cardiaques  et  vasculaires.  Mais  ces  souf¬ 
fles,  caractéristiques  de  la  chloro-anémie,  manquent  souvent  dans  les  ané¬ 
mies  consécutives  aux  affections  organiques  et  leur  absence  même,  dans 
ces  cas  où  la  cause  première  de  l’anéiiiie  nous  échappe,  peut  quelquefois 
nous  faire  soupçonner  et  déb^vrir  une  lésion  organique  cachée  jusqu’alors 
(Démangé). 

Dans  toutes  les  observations^  cachexie  finale  présente  les  mêmes  ca¬ 
ractères  :  amaigrissement  raprae,  affaiblissement  profond,  oppression, 
troubles  digestifs,  diarrhée  persistante,  œdème,  hémorrhagies,  fièvre  hec¬ 
tique,  marasme,  évolution  progressive  et  terminaison  fatale. 

La  durée  de  la  maladie  est  toujours  longue,  et  présente  quelquefois  des 
temps  d’arrêt.  Sa  durée  moyenne  est  de  quinze  à  dix-huit  mois;  le  miiii- 
num  a  été  de  trois  mois,  le  maximum  de  neuf  ans. 

L’évolution  plus  ou  moins  rapide  de  l’affection  dépend  de  deux  causes  : 
(l’abord  de  la  nature  du  produit  morbide,  qui  peut  se  généraliser  par  le 
système  lymphatique;  et  en  second  lieu  du  siège  même  des  tumeurs  :  un 
ganglion  superficiel,  une  tumeur,  cutanée  jieuvent  acquérir  un  volume 
considérable,  sans  déterminer  yîe  graves  accidents  ;  mais  si  la  lésion  se 
développe  sur  l’amygdale  ou  dans  l’intestin,  les  complications  ne  se  feront 
p|§' longtemp’s  attendre. 

La  forme  intestinale  paraît  une  des  plus  rapidement  mortelles,  à  cause 
^dela  diarrhée  abondante  qui  ne  manque  jamais,  des  hémorrhagies  intes¬ 
tinales  qui  sont  souvent  la  conséquence  des  ulcérations,  enfin  de  l’obstruc- 
lion  inttetji^é  ou  delà  péritonite  consécutive. 

Les  foraB&  splénique  ou  ganglionnaire  peuvent,  au  contraire,  rester  pour 
ainsi  dire  longtemps  localisées  ;  souvent  les  tumeurs  existent  déjà  depuis 
des  mois,  des  années,  quand  survient  tout  d’un  coup  la  généralisation 
elle  marasme  qui  lui  succède. 

La  forme  amygdalienne  est  grave,  dès  que  le  volume  de  l’organe  envahi 
devient  considérable  ;  elle  est  le  plus  souvent  accompagnée  de  l’hyper¬ 
trophie  des  ganglions  cervicaux  et  bronchiques. 

Il  semblerait  que  la  forme  cutanée  puisse  rester  plus  longtemps  bé¬ 
nigne,  mais  comme  les  autres,  en  un  temps  qui  ne  dépasse  pas  ordinai¬ 
rement  quinze  à  dix-hûit  mois,  elle  arrive  à  la  cachexie. 

Tels  sont  les  divers  aspects  sous  lesquels  se  révèle  le  processus  mor¬ 
bide.  Après  en  avoir  signalé  les  modalités  cliniques  les  plus  importantes, 
examinons  maintenant  en  particulier  les  symptômes  de  la  forme  la  plus 
commune,  et  la  mieux  étudiée  :  de  la  leucocythémie  proprement  dite,  en 
d'autres  termes  de  la  lymphadénie  leucémique  ou  diathèse  lymphogène 
avec  leucémie. 

'Symptômes  ET  maiîche  de  da  leucocythémie  proprement  dite.  —  Le  début 


454  LEÜCOGYTHÉMIE.  —  symptomatologie. 

est  latent  et  forcément  méconnu  :  la  maladie  n’a  qu’un  seul  signe  cer¬ 
tain,  qui  est  l’état  du  sang,  et  ce  signe  ne  peut  être  saisi  que  par  un 
examen  délibéré,  dont  l’opportunité  s’impose  toujours  tardivement  à 
l’esprit  du  médecin.  Si  l’on  obéit  à  la  règle  suivante,  on  pourra  dans  une 
certaine  mesure  se  mettre  à  l’abri  de  l’erreur.  Toutes  les  fois  qu’un  indi¬ 
vidu,  qui  n’est  pas  sous  le  coup  de  la  cachexie  paludéenne,  présente  une 
tuméfaction  persistante  (îe  la  rate,  toutes  les  fois  qu’un  sujet,  qui  n’est  pas 
atteint  de  scrofulose  ou  de  syphilis,  présente  des  tumeurs  ganglionnaires 
disséminées,  toutes  les  fois,  enfin,  que  sans  maladie  antécédente  grave, 
un  individu  présente  les  traits  d’une  anémie  .profonde  que  les  conditions 
d’âge  et  de  sexe  ne  permettent  guère  de  rapporter  à  la  chlorose,  il  y  a  lieu 
d’examiner  le  sang.  Si  la  maladie  ind'üérminée  est  de  date  récente,  le 
résultat  négatif  de  ce  premier  examen  n§*'doit  pas  d’emblée  faire  rejeter  la 
leucocythémie,  car  quelques  observations  complètes  ont  appris  que  les 
modifications  du  système  spléno-lymphatique  peuvent  précéder  de  plu¬ 
sieurs  mois  la  dyscrasie  sanguine.  On  aura  donc  soin  de  répéter  l’examen 
à  diverses  reprises,  et  d’un  autre  côté  on  ne  prendra  pas  pour  une  leuco¬ 
cythémie  cette  augmentation  légère  des  éléments  blancs,  qui  appartient 
aux  diverses  leucocytoses  symptomatiques  ;  le  diagnostic  n’est  autorisé  que 
par,  les  proportions  considérables  dont  les  chiffres  ont  été  précédemment 
indiq^Sfei  Indépendamment  de  la  tuméfaction  de  la  rate,  du  foie,  des  tu¬ 
meurs  ganglionnaires,  la  leucocythémie  présente  un  certain  nombre  de 
symptômes,  dont  l’ensemble  est  caractéristique,  sans  que  pourtant  il  puisse 
dispenser  de  l’examen  du  sang.  Dans  le  précédent  chapitre,  en  établissant 
le  parallèle  entre  la  leucémie  et  la  pseudo-leucémie,  nous  avons  déjà  énu¬ 
méré  les  symptômes  de  ces  deux  formes,  nous  insisterons  sur  quelques 
phénomènes  que  nous  avons  dû  passer  sous  silence  dans  notre  description^ 
^comparative. 

Phénomènes  nerveux.  —  Un  certain  nombre  d’auteurs  ont  signalé,  dès 
le  début  de  la  maladie,  des  douleurs  locales  plus  on  moins  vives  (Craigie, 
Bennett,  Jacquot,  Mohr,  Teissier  et  Bossu,  Virchow).  Dans  l’observation  de 
Craigie,  le  malade.se  plaint  d’une  douleur  intense  au  côté  gauche,  dou¬ 
leur  intermittente,  comparable  à  une  crampe,  et  qui  s’est  montrée  quel¬ 
ques  semaines  avant  son  entrée  à  l’hôpital.  On  retrouve  aussi  ces  douleurs 
avec  ce  caractère  d’acuité  dans  les  tumeurs  gangliônnaires  périphériques, 
lorsque  celles-ci  s’accroissent  brusquement  et  comme  par  poussées  succes¬ 
sives  (Reinecke,  Vogel);  à  une  époque  plus  avancée,  les  douleurs  sont  or¬ 
dinairement  moins  aiguës,  ce  sont  surtout  des  phénomènes  de  compres¬ 
sion,  de  gêne  locale  (isambert) .  L’un  de  nous,  cependant,  a  donné  ses  soins 
à  un  malade  qui,  dans  le  cours  d’une  leucocythémie  spléno-lymphatique, 
fut  pris  de  douleurs  intenses  sur  le  trajet  du  nerf  cubital,  produites  parla 
compression  exercée  sur  ce  nerf  par  une  augmentation  de  volume  du  gan¬ 
glion  épitrochléen  correspondant  ;  quelques  élancements  douloureux  dans 
la  jambe  et  dans  le  pied  droits  reconnaissaient  une  cause  du  même  genre 
(engorgement  ganglionnaire  au  niveau  du  creux  poplité).  Ces  accidents 
s’apaisèrent  avec  la  diminution  rapide  des  tumeurs  ganglionnaires  ;  mal- 


LEÜCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie.  455 

heureusement  l’ameadement  passager,  mais  trompeur,  de  l’hypertrophie 
des  ganglions  lymphatiques  n’arrêta  pas  les  progrès  toujours  croissants 
de  la  cachexie,  et  le  malade  succomba  dans  un  état  de  marasme  profond. 

A  côté  de  ces  douleurs,  évidemment  occasionnées  par  la  compression 
des  troncs  nerveux,  il  en  est  de  plus  vagues ,  de  plus  générales,  siégeant 
dans  les  membres,  le  tronc  et  la  face,  et  qui  sont  liées  à  l’anémie  conco¬ 
mitante.  A  cette  même  cause  générale  et  dyscrasique  doivent  être  ratta¬ 
chés  :  la  céphalalgie,  les  vertiges,  les  bourdonnements  d’oreille,  les  pal¬ 
pitations,  les  syncopes,  étourdissements,  etc.  Toutefois,  l’accumulation 
des  globules  blancs  dans  les  vaisseaux  capillaires  du  cerveau  peut  déter¬ 
miner,  suivant  toute  vraisemblance,  des  accidents  analogues  à  ceux  qui 
produiraient  une  anémie  relative,  c’est-à-dire  de  la  céphalalgie,  des 
bourdonnements  d’oreilles,  des  éblouissements,  des  lipothymies,  etc.; 
plus  tard,  ces  symptôi^eW exagèrent,  et  le  malade  tombe  dans  une  sorte 
de  somnolence,  puis  dans  un  véritable  coma.  Lorsque  la  tension  devient 
assez  forte  pour  aiüener  la  rupture  des  capillaires,  le  sang  s’épanche  dans 
la  pulpe  cérébrale  ou  dans  la  cavité  arachnoïdienne,  et  l’on  observe  alors 
tous  les  symptômes  des  hémorrhagies  cérébrales  ou  méningées  (Ollivier 
etRanvier). 

En  général, ■%-  système  nerveux  ne  semble  pas  subir  de  profondes  at¬ 
teintes  :  l’intelligence  continue  ordinairement  dans  toute  son  intégrité  ;  au 
début  ou  à  la  fin,  on  a  quelquefois  noté  du  délire,  qui  peut  se  rapprocher 
de  celui  de  la  méningite.  Le  malade  de  Charcot  a  présenté  une  lypémanie 
avec  hallucinations,  et  a  fini  par  un  suicide.  Vogel  cite  un  cas  semblable. 
Tous  les  auteurs  s’accordent  à  reconnaître  un  changement  notable  de  ca¬ 
ractère.  Les  malades,  en  effet,  deviennent  tristes,  impressionnables,  mo¬ 
roses  et  taciturnes.  Le  sommeil  habituellement  conservé  au  début,  fait  place 
dans  les  derniers  jours  à  Tinsomnie,  aux  rêvasseries  et  aux  Cauchemars. 

Troubles  digestifs.  —  La  digestion,  au  début,'reste  normale,  l’appétit 
est  quelquefois  même  augmenté.  Dans  les  premiers  temps,  le  malade  est 
souvent  tourmenté  par  une  constipation  opiniâtre,  qui  persiste  jusqu’à 
l’apparition  du  marasme,  à  moins  qu’il  n’y  ait  de  la  leucémie  intestinale, 
auquel  cas  Iq'diarrhée  est  précoce.  Trousseau  rapporte  une  très-intéres- 
.sante  observation,  dans  laquelle  les  troubles  digestifs  marquèrent  le  début 
des  açcidentst  «  Chez  un  négociant  espagnol,  dit-il,  qui  vint  me  consulter 
en ^61,  la  maladie  avait  commencé  par  les  troubles  digestifs;  deux  ou 
trois  heures  après  avoir  mangé,  le  malade  éprouvait  de  vives  douleurs 
d’estomac.  En  vain  alla-t-il  aux  eaux  les  plus  diverses  pour  se  guérir  de 
cette  gastralgie  ;  en  vain  changea-t-il  les  heures  de  ses  repas,  et  la  nature 
de  son  alimentation  ;  les  troubles  digestifs  persistèrent.  Ce  n’est  que  trois 
ans  plus  tard  qu’apparut  l’engorgement  ganglionnaire,  contre  lequel  les 
préparations  indurées  furent  infructueusement  dirigées. 

«  Enfin,  le  ventre  se  ballonna,  et  la  cachexie  commença  à  se  montrer. 
C’est  alors  que  le  malade  me  fut  adressé.  Je  lui  trouvai  un  engorgement 
considérable  de  la  rate  et  du-ftjîé,  ainsi  que  des  ganglions  lymphatiques  du 
cou,  de  l’aisselle  et  de  l’aine.  11  y  avait  un  peu  d’épanchement  ascitique 


406  LEUCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie. 

révélé  par  la  percussion,  de  la  pâleur,  une  soif  vive,  des  urines  peu  abon¬ 
dantes.  Le  pouls  était  fréquent,  surtout  la  nuit.  Je  fis  examiner  le  sang 
par  mon  savant  collègue  Robin,  qui  y  trouva,  au  lieu  de  1  globule  blanc 
sur  500  rouges  environ,  que  l’on  trouve  habituellement  dans  le  sang  nor¬ 
mal,  20  à  25  sur  500.  Ce  qui  confirmait  surabondamment  le  diagnostic 
de  leucocythémie  que  j’avais  porté.  » 

Les  nausées  et  les  vomissements  apparaissent  à  des  époques  variables, 
tantôt  à  la  période  du  début  (Vidal),  d’autres  fois,  quelques  jours  avant  la 
mort  (Ollivier  et  Ranvier).  Des  vomissements  in  extremis,  avec  état  coma¬ 
teux,  peuvent  être  le  signe  d’une  hémorrhagie  dans  les  méninges  ou  dans 
les  ventricules  du  cerveau  (Blache).  Isamhert  les  a  notés,  en  tout,  9  fois 
sur  41  cas  rassemblés  par  lui. 

On  peut  aussi  observer  des  hématémèses  (Parkes,  Shearer,  Jackson, 
Mosler),  et  des  entérorrhagies  plus  ou  moins  abondantes  (Bennett,  Barlh, 
Vigla,  Vidal,  Thierfelder  etUhle,  Simon,  Valentiner,  Hémey,  Mosler).  Ces 
hémorrhagies  se  montrent  vers  la  fin,  soit  liées  à  la  diarrhée  terminale, 
soit  accompagnées  d’hémorrhagies  multiples  (8  fois  sur  51 ,  d’après  Vidal). 
Elles  se  montrent  tantôt  chez  des  individus  dont  la  muqueuse  gastrique  ou 
intestinale  est  le  siège  de  lymphomes  leucémiques  ulcérés,  tantôt  en  l’ab¬ 
sence  de  toute  tumeur  lymphatique  appréciable  (Ollivier  et  Ranvier).  ' 

Fonctions  génésiques.  —  Chez  l’homme,  les  fonctions  génésiques  sont 
naturellement  influencées  par  la  leucocythémie,  mais  il  nous  est  impossible 
de  spécifier  dans  quelle  mesure  elles  sont  atteintes.  Nous  les  avons  trouvées 
complètement  abolies,  dès  le  début,  chez  trois  de  nos  malades,  qui  con¬ 
servaient  auparavant  tous  les  attributs  de  la  virilité;  chez  deux  autres, 
jeunes  encore  (26  ans,  52  ans),  les  désirs  vénériens,  amoindris  au  com¬ 
mencement  de  la  maladie ,  s’éteignirent  complètement  six  mois  après 
l’époque  probable  de  son  apparition. 

Troubles  menstruels.  —  Chez  les  femmes  nubiles,  l’affection  débute 
par  des  troubles  de  la  menstruation  ;  sur  21  femmes  leucémiques,  Mosler 
les  a  notés  46  fois.  Chez  la  plupart  d’entre  elles,  l’aménorrhée  se  lie  à 
l’anémie  profonde  ;  dans  deux  cas,  le  même  auteur  a  rencontré  des  méiior- 
rhagies  profuses.  Il  en  rapporte  un  troisième,  dans  lequel  la  brusque 
suppression  des  règles  chez  une  jeune  fille  de  22  ans,  à  la  suite  d’un  re¬ 
froidissement,  avait  coïncidé  avec  le  début  de  la  leucocythémie.  Dans  un 
certain  nombre  d’observations,  la  maladie  paraît  avoir  eu  pour  point 
de  départ  la  grossesse  (Bennett,  Vidal,  Virchow,  Leudet,  Patterson),  la 
fonction  menstruelle  ne  se  rétablit  pas  après  l’accouchement.  Il  serait  in¬ 
téressant  de  rechercher  à  l’avenir  l’état  de  la  menstruation  chez  les  fem¬ 
mes  leucémiques,  car  la  plupart  des  observateurs  sont  restés  muets  sur  ce 
point,  et,  dans  son  consciencieux  et  savant  article,  Isambert  est  forcé 
d’avouer  que  les  renseignements  lui  font  défaut. 

Urines.  —  La  sécrétion  urinaire  est  généralement  normale  au  début; 
parfois  même  la  quantité  d’urine  excrétée  en  24  heures,  est  augmentée 
(Thierfielder  etühle);  mais  elle  diminue  considérablement  vers  la  fin  de  la 
maladie.  Les  urines  sont  le  plus  souvent  claires,  d’un  jaune  rougeâtre  ou 


LEÜCOCYTHÉMIE.  -  SYMPTOMATOLOGIE.  457 

d’une  coloration  plus  foncée  que  normalement.  Leur  réaction  est  forte- 
mentacide  ;  leur  densité  oscille  entre  1020  et  1027. 

L’urine  a  des  caractères  différents  de  ceux  que  l’on  aurait  pu  prévoir  a 
j/riori,  la  proportion  de  l’urée  est  considérablement  abaissée.  Cependant, 
d’après  une  récente  observation  de  Siger  (de  New-York),  où  l’analyse  des 
urines  a  été  faite  avec  beaucoup  de  soin,  il  semble  que  la  leucocythémie 
ne  ralentit  pas  la  production  de  l’urée,  autant  que  pourrait  le  faire  sup¬ 
poser  l’altération  du  sang.  Il  s’agissait  d’une  femme  leucémique,  dont  la 
rate  était  très-volumineuse,  et  la  température  hyponormale.  Le  chiffre  de 
l’urée  était  de  20  grammes  pour  1000  grammes  d’urine.  Sous  l’influence 
d’inhalations  oxygénées,  il  s’éleva  à  23  grammes  au  bout  de  trois  jours. 

Dans  un  cas  de  leucocythémie  liénale,  chez  un  homme  de  43  ans,  Rei- 
chardt  a  trouvé  8,50,  2,85  pour  100  d’urée. 

De  son  côté,  Salkowski,  en  analysant  l’urine  d’une  malade  âgée  de 
55  ans,  et  atteinte  d’une  leucémie  splénique  très-prononcée,  est  arrivé 
aux  résultats  suivants  ;  la  quantité  d’urine  varia  dans  l’intervalle  de  dix 
jours  entre  500  et  1440  centimètres  cubes;  la  proportion  d’urée  oscilla 
entre  lû®%42  et  27®', 20,  la  moyenne  étant  de  19®', 35. 

Enfin  Jacubasch,  dans  ses  récentes  analyses,  a  noté  une  diminution  plus 
considérable  de  l’urée  9®', 18,  5®', 27  dans  les  24  heures. 

L’acide  urique  et  les  urates  subissent  en  revanche  une  augmentation  no-  j 
table;  ce  phénomène  a  donné  lieu  à  des  interprétations  différentes.  Bartels' 
qui  a  signalé  l’augmentation  de  l’acide  urique  dans  les  troubles  respi-i 
ratoires,  explique  l’accroissement  de  production  de  cet  acide  dans  la  leucé-  ( 
mieparun  arrêt  de  l’oxydation.  Cependant  Naunyn  et  Riess  n’ont  pas  trouvé 
d’augmentation  dans  la  production  d’acide  urique  chez  un  chien  du  poids 
de  8  kilogrammes,  auquel  ils  avaient  tiré  350  centimètres  cubes  de  sang 
dans  l’espace  de  quatre  jours.  Il  semblerait  donc  plus  rationnel  d’admettre 
la  théorie  de  Virchow  et  deRanke  :  ces  auteurs  supposent  que  l’augmenta-] 
lion  de  proportion  de  l’acide  urique  est  due  à  l’hypertrophie  de  la  rate.  ^ 
Salkowski  a  réuni  dans  son  travail  sept  observations  de  leucémie  liénale 
dans  lesquelles  on  signale  un  surcroît  de  production  de  cet  acide.  Il  a 
d’autre  part  analysé  l’urine  de  son  malade  pendant  trente  jours  consécu¬ 
tifs,  à  l’aide  de  procédés  nouveaux  sur  lesquels  nous  ne  pouvons  pas  in¬ 
sister  ici;  le  rapport  de  l’aci^de  urique  à  l’urée  était  en  moyenne  de  1 : 16. 

Il  y  avait  donc  une  augmentation  constante  dans  la  production  de  l’acide 
urique.  y 

Ne  pourrait-on  pas  plutôt  attribuer  ce  phénomène  à  l’oxydation  deriiy-j 
poxanthine  anomalement  contenue  dans  le  sang  des  leucémiques  (Sche-' 
rer,  W.  Kôrner,  Brasch,  Diesterweg,  Pfeil-Schneider)?  Cette  augmentation 
de  l’acide  urique  est  d’une  constance  presque  absolue  ;  elle  a  manqué  ce¬ 
pendant  chez  les  deux  malades  à  leucocythémie  splénique  dont  Jacubasch 
a  rapporté  l’histoire,  et  chez  les  deux  femmes  observées  dans  le  service  du 
professeur  Mosler  la  diminution  de  l’urée  était  colossale,  ainsi  que  nous 
l’avons  indiqué  plus  haut  :  la  quantité  quotidienne  d’acide  urique  était 
chezl'une  de  0®',392,  et  chez  l’autre  de  0®', 309  (moyennes  de  6  analyses). 


458 


LEÜCOGYTHÊMIE.  —  symptomatologie. 

(  Les  matières  extractives  sont  diminuées  ou  même  absentes  (Steinberg). 

I  La  présence  de  l’hypoxantbine  a  été  constatée  par  Kôrner  dansl’urinedes 
■  leucémiques.  Salkowski  après  avoir  analysé  alternativement  et  à  plusieurs 
reprises,  de  grandes  quantités  d’urine  d’après  le  procédé  de  Neubauer, 
n’en  a  jamais  rencontré  de  trace.  Les  recherches  depeichardt  et  de  Cari 
Hubert  concordent  avec  les  précédentes  sur  ce  point.  En  tous  cas,  l’existence 
de  l’hypoxanthine  dans  l’urine  ne  saurait  servir  pour  le  diagnostic,  comme 
le  veut  Mosler. 

^  On  a  également  trouvé  dans  ce  liquide  les  acides  lactique,  formique, 

I  acétique,  oxalique,  hippurique.  La  présence  de  ces  produits  dans  l’urine 
de  malades  atteints  d’hypertrophie  dè  la  rate  est  facile  à  comprendre, 
puisque  les  trois  premiers  existent  dans  la  pulpe  splénique  normale,  ainsi 
que  Scherer  l’a  démontré.  Mais  les  analyses  de  Kôrner,  de  Jacubasch',  de 
Salkowski  et  de  Steinberg  donnent  des  résultats  divergents  à  cet  égard. 
Dans  le  cas  de  Schultzen,  l’acide  hippurique  était  remplacé  par  de  l’acide 
benzoïque.  De  nouvelles  recherches  sont  nécessaires  pour  résoudre  la 
question  de  savoir  :  si  la  présence  ou  du  moins  l’augmentation  notable  de 
ces  principes  dans  l’urine  des  leucocythémiques  est  la  conséquence  d’une 
oxydation  incomplète  ou  d’un  surcroît  d’activité  de  la  rate. 

H  La  glycosurie  n’a  jamais  été  observée  chez  les  leucémiques;  l’albu- 
I  minurie  au  contraire  se  trouve  plusieurs  fois  notée. 

Ollivier  et  Ranvier  ont  pu  réunir  16  cas,  dans  lesquels  la  présence  de 
l’albumine  dans  les  urines  des  leucocythémiques  a  été  indiquée  (Virchow, 
Parkes,  Bennett,  Wilks,  Goupil,  Becquerel,  Thierfelder  etUhle,  Oppoizer, 
Bauer,  Bergson,  Simon,  Scherer,  Peters,  Bryant,  Jacubasch),  et  ils  expli¬ 
quent  de  la  façon  suivante  ce  fait,  qu’ils  considèrent,  non  comme  unesim- 
ple  complication,  mais  bien  comme  un  symptôme  de  la  maladie  même  : 
Chez  les  leucocythémiques,  la  tension  est  augmentée  dans  les  capillaires 
I  et  en  même  temps  la  circulation  est  ralentie.  C’est  évidemment  là  une  des 
i  conditions  pathogéniques  les  mieux  connues  de  l’albuminurie. 

D’un  autre  côté,  il  survient  dans  le  rein,  sous  l’inûuence  de  la  stase 
sanguine,  des  altérations  secondaires  de  l’épithélium,  qui  peuvent  encore 
être  considérées,  à  bon  droit,  comme  suffisantes  pour  produire  le  passage 
de  l’albumine  dans  les  urines  ;  les  cellules  se  gonflent,  s’infiltrent  de  gra¬ 
nulations  graisseuses  et  se  détachent  de  la  paroi  des  canaliculesurinifères. 
Ces  derniers,  ainsi  dépouillés,  laissent  transsuder  l’albumine. 

Enfin,  ces  mêmes  auteurs  notent  comme  troisième  cause  possible  d’al¬ 
buminurie  leucocythémique,  le  passage  du  sang  en  nature  dans  les  tu- 
buli,  fait  qu’ils  ont  pu  constater  sur  les  reins  de  l’un  des  malades  soumis 
à  leur  observation. 

Troubles  oculaires.  — Rétinite  leucémique.  —  Le  nom  de  rétinite 
leucémique,  proposé  par  Liebreich  pour  désigner  les  lésions  oculaires,  dont 
nous  avons  indiqué  la  multiplicité  dans  la  partie  anatomo-pathologique  de 
ce  travail,  ne  correspond  guère  à  la  description  des  phénomènes  objectifs 
de  celte  affection  complexe;  mais  nous  croyons  devoir  le  conserver,  carie 
terme  générique  a  été  déjà  appliqué  à  un  certain  nombre  d’états  pathologi- 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie. 


459 


ques  de  la  rétine  tout  à  fait  indépendants  de  l’inflammation.  Au  début  de 
laleucocythémie,  si  l’on  examine,  de  propos  délibéré,  le  fond  de  l’œil  des 
malades  à  l’aide  de  l’ophthalmoscope,  il  n’est  pas  rare  de  constater  une  dé- 
coloration  générale  de  ces  parties  au  lieu  de  la  teinte  rouge  habituelle.  La  j 
èoroïde  présente  une  couleur  jaune  pâle,  due  à  la  grande  quantité  de  ) 
globules  blancs  qui  encombrent  ses  vaisseaux. 

Quant  à  la  rétine  elle-même,  les  vaisseaux,  qui  d’ordinaire  sont  d’un 
rouge  carmin,  prennent  une  teinte  violet-pâle  et  c’est  encore  au  mélange 
des  leucocytes  avec  les  globules  rouges  qu’est  due  cette  coloration.  Les  ( 
veines  sont  tortueuses,  dilatées,  d’un  volume  presque  double  de  celui  •. 
quelles  possèdent  à  l’état  normal.  La  papille  est  pâle  et  semble  comme  7 
voilée  par  un  nuage.  Ses  contours  sont  masqués  par  un  léger  œdème.  ^ 

Dans  une  seconde  phase,  apparaissent  les  hémorrhagies  rétinienne^, 
composées  en  majeure  partie  de  globules  hlancs  et  présentant  parfois  un  j 
aspect  singulier.  Elles  sont  arrondies,  punctiformes,  blanches  à  leur  cen-  > 
Ire,  entourées  d’une  zone  annulaire  rosée.  Le  plus  souvent,  au  contraire, a 
elles  sont  rouges  à  leur  centre,  et  plus  tard,  au  moment  où  se  fait  la  ré-j 
sorption  des  parties  extravasées,  c’est  sur  les  bords,  où  les  globules  san¬ 
guins  sont  moins  épais,  qu’apparaît  un  anneau  blanchâtre  indiquant  le 
début  du  travail  de  résorption  et  la  dégénérescence  des  éléments  rétiniens 
comprimés. 

Ces  hémorrhagies  sont  très-nomhreuses,  souvent  striées  et  radiées  dans  î 
le  sens  des  rayons  partant  du  centre  de  la  papille;  dans  ce  cas,  elles  se  r 
sont  produites  dans  la  couche  des  fîbreg^tierveuses  et  les  globules  extrava 
ses  sont  en  petit  nombre.  Si  l’épanchement  sanguin  est  plus  abondant, 
l’hémorrhagie  rétinienne  prend  la  forme  arrondie  avec  ou  sans  la  colle¬ 
rette  rosée  inarginale. 

Ces  apoplexies  circonscrites  siègent,  tantôt  dans  la  partie  équatoriale  i 
de  la  rétine  et  tantôt  à  son  pôle  postérieur.  Quand  elles  occupent  la  région  Z 
de  la  tâche  jaune,  elles  peuvent  compromettre  la  vision  centrale,  mais  le/ 
fait  est  loin  d’être  constant. 

Poncet  a  démontré  l’intégrité  des  éléments  les  plus  délicats  de  la  rétine,  , 
c’est-à-dire  des  cônes  et  des  bâtonnets,  dans  le  voisinage  d’une  hémor¬ 
rhagie  de  la  macula.  Dans  plusieurs  cas  d’hémorrhagie  siégeant  au  niveau 
de  la  tache  jaune,  nous  trouvons  signalée  la  déformation  en  zig-zag  des 
images  rectilignes  normalement  (métamorphopsie) . 

Sur  la  papille  elle-même  et  dans  le  tissu  propre  du  nerf  optique,  il  peut  ■. 
se  produire  des  hémorrhagies  visibles  à  l’ophthalrnoscope,  si  elles  ne  dé-  ’ 
passent  pas  la  lame  criblée.  Enfin  la  saillie  de  la  papille  produite  par, 
l'œdème  ou  par  l’épanchement  sanguin,  est  telle  que  l’image  droite  est 
visible  distinctement  et  à  distance,  que  les  mouvements  parallactiques  dé¬ 
notent  une  grande  différence  de  niveau  entre  le  plan  de  la  rétine  et  celui 
de  la  papille.  L’ophthalmoscope  binoculaire  de  Giraud-'Teulon  permet 
d'apprécier  aisément  le  relief  papillaire. 

En  outre,  les  veines  rétiniennes,  dilatées  et  tortueuses,  plongent  à  plu¬ 
sieurs  reprises  dans  le  tissu  opaque  du  nerf  et  montrent  par  leur  courbure 


460  LEÜCOCYTHÉMIE.  —  symptomatologie. 

terminale  la  proéminence  de  la  papille.  Cette  dilatation  veineuse  est  en¬ 
core  augmentée  par  la  compression  qu’exerce  sur  la  paroi  vasculaire  le 
tissu  du  nerf  œdématié. 

Quelquefois  on  trouve  le  long  de  ces  vaisseaux,  et  plus  rarement  encore 
t  sur  le  trajet  des  artères,  des  traînées  blanchâtres  formées  parla  présence 
Il  des  leucocytes  dans  la  gaîne  lymphatique  périvasculaire. 

Les  artères  sont  peu  apparentes,  décolorées  et  n’offrent  pas  de  change¬ 
ments  bien  notables. 

Malgré  l’étendue  et  la  multiplicité  des  lésions  rétiniennes  visibles  à 
/l’ophthalmoscope,  l’intégrité  de  la  vision  est  signalée  dans  la  plupart  des 
observations  ;  cependant  des  troubles  sérieux  de  la  vue  ont  été  notés  dans 
quelques  cas  (Bamberger,  2  cas,  Oppolzer,  Grisolle  et  Hémey,  Salvidar, 
Perrin).  ^ 

Ce  désaccord  fréquent  entre  les  lésions  appréciables  de  la  rétine  et  l’in¬ 
tégrité  fonctionnelle  plus  ou  moins  parfaite  de  cette  membrane,  trouve 
son  explication  dans  les  résultats  mêmes  de  l’anatomie  pathologique. 

'En  effet,  les  altérations  rétiniennes  dans  la  leucocythémie  ne  sont  le 
plus  souvent,  sinon  toujours,  que  des  infarctus  hémorrhagiques  résultant 
d’une  extravasation  sanguine  produite  elle-même,  soit  par  des  embolus 
rugueux,  soit  par  l’effort  du  sang  sur  les  bouchons  vasculaires  qui,  s’en¬ 
fonçant  de  plus  en  plus,  finissent  par  déchirer  les  parois  des  capillaires 
de  la  rétine.  L’examen  microscopique  démontre  que  les  éléments  nobles  de 
la  rétine  peuvent  rester  intacts,  malgré  l’existence  de  très-nombreux 
f  épanchements  sanguins.  Cette  immunité  de  la  rétine  dans  lés  hémorrha- 
gies^existe,  mais  très-rarement  il  est  vrai,  dans  les  apoplexies  rétiniennes 
liées  à  une  autre  cause  que  l’altération  leucémique  du  sang. 
fl  Dans  quelques  cas  on  a  observé  de  la  métamorphopsie,  caractérisée  par 
la  déformation  des  objets  qui  paraissent  sinueux  ou  bouclés.  Ce  phénomène 
est  dû  au  soulèvement  des  cônes  et  des  bâtonnets  par  un  épanchement 
sanguin  dans  le  voisinage  de  la  macula. 

1  Enfin  quelques  malades  ont  perdu  soit  la  vision  centrale,  soit  la  vision 
1  périphérique  des  objets  ;  chez  le  malade  de  Perrin,  le  champ  de  la  vision 
était  diminué  de  la  périphérie  au  centre.  On  a  môme  signalé  dans  iin  cas, 
des  désordres  inflammatoires  graves  du  globe  oculaire  tout  entier. 
j  La  cécité  est  un  accident  exceptionnel  et  toujours  tardif. 

En  résumé  :  la  décoloration  générale  de  la  choroïde,  la  teinte  jaune 
pâle  du  fond  de  l’œil,  la  couleur  violacée  des  vaisseaux  rétiniens,  les  foyers 
hémorrhagiques  en  forme  de  taches  blanchâtres,  entourées  d’une  zone 
rouge,  la  multiplicité  des  extravasations  sanguines  circonscrites,,  la  saillie 
considérable  de  la  papille  avec  dilatation  des  veines,  toutes  ces  lésions  ac¬ 
cumulées  dans  un  œil  avec  conservation  presque  absolue  de  la  vision,  con¬ 
stituent  un  tableau  assez  caractéristique  pour  faire  soupçonner  l’état  leu- 
cocythémique  du  sang  dans  le  cas  où  il  serait  resté  inaperçu,  ou  pour 
confirmer  le  diagnostic  de  leucémie  si  l’examen  ophthalmoscopique  a  été 
fait  de  propos  délibéré.  Dans  l’espèce,  ce  dernier  cas  est  le  plus  commun, 
car  les  lésions  oculaires  resteraient  ignorées,  vu  leur  faible  retentissement 


LEUCOGYTHÉMIE.  —  symptomatologie.  461 

sur  les  fonctions  visuelles,  si  elles  n’élaient  pas  intentionnellement  recher¬ 
chées. 

Le  pronostic  de  la  rétinite  leucémique,  envisagé  au  point  de  vue  des 
fonctions  oculaires,  est  relativement  peu  grave.  Cependant  il  doit  être  tou¬ 
jours  réservé  et  la  perte  de  la  vision  est  parfois  à  craindre.  La  cécité  indi¬ 
querait  peut-être  l’approche  de  la  terminaison  fatale. 

Dans  quelle  variété  de  leucémie  trouve-t-on  le  plus  souvent  les  lésions 
rétiniennes?  Malheureusement  les  observations  de  rétinite  leucémique 
sont  encore  trop  peu  nombreuses  pour  nous  permettre  d’apprécier  sa  fré¬ 
quence  par  une  évaluation  même  approximative.  Cependant  la  forme  . 
splénique  de  la  leucocythémie  nous  semble  devoir  être  mise  au  premierl 
rang.  Mais  la  rétinite  peut  se  montrer  également  dans  les  autres  formes 
et  en  particulier  dans  la  leucémie  intestinale,  ainsi  que  le  prouve  le  cas  de 
Rendu,  rapporté  dans  la  thèse  de  Démangé.  La  cécité  fut  instantanée  et 
complète,  sans  altération  de  l’intelligence,  du  mouvement  et  de  la  sensi¬ 
bilité,  et  persista  jusqu’à' la  mort  qui  suivit  de  deux  jours  l’accident.  Mal- 
gréles  recherches  les  plus  minutieuses,  l’origine  du  trouble  visuel  dans  ce 
ras  resta  absolument  obscure  ;  il  n’existait  pas,  après  la  mort,  d’apoplexies 
rétiniennes  ;  d’autre  part  les  nerfs  optiques,  le  chiasma,  les  bandelettes 
optiques  ne  présentaient  aucune  altération.  L’examen  microscopique  des 
éléments  à  l’état  frais,  obtenus  par  le  raclage,  démontra  qu’ils  étaient  for-  , 
inéspardes  élénaents  cellulaires  petits,  sphériques,  sans  prolongements,  * 
quelques-uns  nucléaires,  la  plupart  granuleux.  Après  durcissement  et  la- 
rage,  on  pouvait  mettre  à  nu  un  réticulum  fibrillaire  à  mailles  fines, 
tout  à  fait  analogue  à  celui  du  tissu  lymphatique  ;  les  mailles  étaient  rem¬ 
plies  d’éléments  lymphatiques  caractéristiques  ;  c’était  donc  un  lympha- 
éénome  de  la  rétine. 

La  rétinite  peut-elle  se  développer  dans  la  pseudo-leucémie  ?  Nous  n’a- 
TOus  trouvé  aucune  observation  qui  nous  permette  d’en  affirmer  l’existence; 
mais  nous  ne  pouvons  en  nier  a  priori  la  possibilité,  du  moins  en  ce  qui 
touche  la  rétinite  que  l’on  pourrait  appeler  lymphadénique  (lymphadé- 
rme  de  la  rétine),  dont  le  fait  de  Rendu  nous  offre  un  exemple.  Quant  à 
la  rétinite  leucémique,  caractérisée  actuellement  par  des  extravasations 
sanguines  et  due  à  l’obstruction  des  vaisseaux  rétiniens  par  des  globules 
blancs,  d’après  les  prémisses  pathogéniques  que  nous  avons  succinctement 
exposées  dans  le  cours  de  ce  paragraphe,  on  comprend  aisément  qu’une 
telle  lésion  soit  impossible  indépendamment  de  l’état  leucocythémique  du 
sang;  sa  présence  constituerait  donc  un  élément  de  diagnostic  important, 
si  l'examen  microscopique  du  liquide  sanguin  ne  fournissait  le  meilleur  et 
le  plus  sûr  critérium  diagnostique  de  cette  forme  morbide. 

Troubles  de  l’ouie.  —  Nous  rapprocherons  des  phénomènes  précédents 
les  troubles  de  l’ouïe  constatés  dans  quelques  observations  (Blache,  Bam- 
berger,  Mulder,  Mosler,  Ehrlich),  quoique  leur  pathogénie  soit  encore 
bien  obscure.  Tiennent-ils  à  quelque  lésion  anatomique  spéciale  ou  seu¬ 
lement  à  la  faiblesse  générale  ?  Telle  est  la  question  qui  se  pose  naturel¬ 
lement  à  l’esprit,  et  à  laquelle  il  nous  est  impossible  de  répondre  en  l’ab- 


462  LEUCOCYTHÉMIE.  —  marche,  durée,  termihaisons.  complicatioks. 
sence  de  renseignements  circonstanciés  à  cet  égard.  Dans  trois  cas,  on  a 
constaté  de  la  dureté  de  l’ouïe  et  même  de  la  surdité  à  une  époque  plus 
ou  moins  avancée.  Dans  le  fait  de  Mosler,  la  surdité  fut  subite  et  complète 
aux  deux  oreilles  à  la  suite  d’une  épistaxis  abondante,  et  l’auteur  l’attri¬ 
bue  à  une  hémorrhagie  dans  l’appareil  auditif,  sans  toutefois  fournir  de 
preuve  anatomique  à  l’appui  de  son  opinion  Jusqu’à  ce  jour,  les  désordres 
de  l’audition  n’ont  été  signalés  que  dans  les  formes  leucémiques  vraies; 
existent-elles  dans  les  autres  modalités  de  la  diathèse  lymphogène?  le  fait 
est  possible,  mais  non  démontré. 

■  Quant  aux  autres  symptômes  de  la  leucocythémie  :  hypertrophies  vis¬ 
cérales  et  ganglionnaires,  hémorrhagies,  hydropisies,  troubles  circula¬ 
toires,  respiratoires,  cutanés,  nous  les  avons  suffisamment  étudiés  au 
début  de  ce  chapitre,  pour  que  nous  regardions  comme  inutile  de  revenir 
de  nouveau  sur  chacun  d’eux. 

Marche.  —  Durée.  —  Terminaisons.  ^jsÆomplicatîons.  — 

De  toute  cette  étude  est  ressortie  l’image  d’une  cachexie  à  marche  plus  ou 
moins  lente,  mais  progressive  et  fatale,  dans  laquelle  il  ne  nous  semble 
pas  possible  de  reconnaître  des  périodes  tranchées.  La  division  que  notre 
savant  collègue  Vidal  a  tenté  d’établir  est  purement  artificielle  : 

1“  La  première  période  serait  marquée  par  le  commencement  dugon- 
,  ftement  de  la  rate,  l’affaiblissement,  l’amaigrissement,  les  douleurs  va- 
.  gués,  des  désordres  peu  graves  dans  les  digestions  et  des  mouvements 
fébriles  irréguliers  ; 

2“  Dans  la  deuxième,  surviendraient  l’augmentation  des  hypertrophies 
glandulaires,  de  la  dyscrasie  sanguine,  de  la  dyspnée,  de  la  diarrhée,  des 
sueurs,  des  hémorrhagies  ;  la  fièvre  y  serait  exceptionnelle  ; 

5“  Enfin,  la  troisième  période  serait  constituée  par  les  mêmes  sym¬ 
ptômes  portés  au  suprême  degré,  par  la  fièvre  hectique,  par  la  constance 
de  la  diarrhée,  les  hémorrhagies  multiples,’  les  sueurs  profuses,  l’or¬ 
thopnée. 

Pour  établir  des  périodes  véritables,  il  faudrait,  ainsi  que  le  tait  très-ju¬ 
dicieusement  observer  Isambert,  deux  éléments  qui  font  ici  défaut,  c’est- 
à-dire  ;  des  périodes  de  temps  comprenant  des  époques  à  peu  près  fixes  ou 
des  retours  réguliers  ;  en  second  lieu,  des  phénomènes  symptomatiques 
bien  tranchés,  des  changements  de  tableau  qui  fussent  constants;  or,  il 
n’en  est  point  ainsi.  Il  n’y  a  de  réel  que  l’approche  de  l’agonie,  et  encore 
celle-ci  n’existe  souvent  pas.  Le  malade  s’éteint  doucement  par  les  pro¬ 
grès  de  la  cachexie. 

En  outre,  cette  division,  plus  ou  moins  arbitraire,  a  l’inconvénient  de 
n’être  applicable  qu’à  une  seule  forme  clinique,  et  non  à  chacune  des 
nombreuses  modalités  du  groupe  morbide  que  nous  étudions  sous  le  chef 
de  diathèse  lymphogène. 

La  durée  de  la  maladie  est  longue,  elle  est  comprise  entre  quelques  mois 
et  plusieurs  années  (5  semaines,  Shearer). 

Là  terminaison  est  toujours  mortelle  ;  dans  le  cas  même  ou  l’on  réussit  à 
obtenir  une  amélioration  notable,  le  bénéfice  est  temporaire,  et  les  phéno- 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  marche,  durée,  terminaisons,  complications.  465 
mènes  reprennent  bientôt  leur  gravité  première.  «  Si  quelques  malades 
(Virchow,  Farre)  ont  paru  échapper  à  cette  cachexie  fatale,  il  est  probable 
qu’ils  ont  été  perdus  de  vue  pendant  quelque  temps,  et  que  le  funeste 
dénoûment  se  sera  produit  loin  dés  premiers  observateurs,  ou  bien  qu’il 
s’agissait  simplement  d’une  leucocytose  symptomatique.  Nous  ne  voulons 
pas  dire  que  la  guérison  soit  impossible,  la  nature  a  des  ressources  in¬ 
finies  ;  mais  nous  nous  bornons  à  énpncer  un  fait  :  c’est  quelle  n’a  pas 
encore  été  observée  d’une  manière  authentique,  c’est  qu’on  ne  cite  pas  de 
sujets  actuellement  vivants  et  bien  portants,  après  avoir  été  atteints  d’une 
leucocythémie  progressive  bien  constatée  (Isambert).  » 

La  mort  n’est  pas  toujours  amenée  par  les  mêmes,  accidents  :  assez  sou¬ 
vent  elle  résulte  d’hémorrhagies  multiples,  que  quelques  auteurs  attribuent 
à  une  diathèse  hémorrhagique  (Vidal,  Virchow,  Laveran)  ,  et  qui  sont  bien 
plutôt  la  conséquence  des  troubles  mécaniques  de  la  circulation  dans  les 
petits  vaisseaux  et  dans  les  capillaires. 

Dans  d’autres  cas,  la  terminaison  est  brusque  et  précoce  ;  elle  est  causée 
par  une  hémorrhagie  cérébrale  (Craigie,  Bennett,  Jules  Simon,  Reckling- 
hausen,  Ollivier  et  Ranvier),  ou  par  l’asphyxie,  résultant  de  la  tuméfac¬ 
tion  des  ganglions  bronchiques  (Vidal,  Bossu,  de  Martini,  Marx,  Jules 
Simon),  du  gonflement  rapide  du  thymus  (Cnyrim,  enfant  de  5  ans). 
Dans  deux  observations,  il  est  fait  mention  d’un  délire  lypémaniaque, 
suivi  de  suicide  (Charcot,  Vogel).  Le  plus  souvent  la  mort  est  lentement 
préparée  par  l’épuisement  et  le  marasme,  auxquels  contribue  dans  bon 
nombre  de  cas  une  diarrhée  catarrhale  incoercible.  La  syncope  doit  être 
dans  le  grand  nombre  des  cas  la  cause  prochaine  de  la  mort  (Bouillaud, 
Vidal,  Ollivier  et  Ranvier). 

Enfin,  comme  dans  toutek  les  maladies  chroniques,  le  malade  peut  être 
emporté  par  quelque  complication  aiguë,  au  nombre  desquelles  nous  cite¬ 
rons  :  l’érysipèle  de  la  face  (Mosler,  5  cas,  Niemeyer,  1  cas,  Isambert, 
3  cas),  les  anthrax  de  la  nuque  (Oppolzer  et  Liehmann),  la  rétention 
d’urine  avec  fièvre  urineuse  et  ammoniémie  (Bôttcher).  Ehrlich  a  figuré 
dans  un  tableau  la  fréquence  comparative  des  différentes  complications 
qui  peuvent  survenir  dans  le  cours  de  la  leucocythémie.  Il  les  divise  en 
deux  groupes  :  le  premier  renferme  les  complications  terminales  inhé¬ 
rentes  ou  indirectement  liées  à  la  maladie  elle-même,  dans  le  second  figu¬ 
rent  les  accidents  ultimes  qui  sont  indépendants  de  l’affection  primitive. 
A  la  première  catégorie  appartiennent  : 

Les  épanchements  pleurétiques . 17  fois  sur  100  observations 

—  intra-péricardiques . 15  — 

—  méningés.  ........  11  — 

—  péritonéaux . 21  — 

L’œdème  pulmonaire . . 15  — 

La  congestion  passive  des  poumons .  8 

Le  catarrhe  bronchique . 11  — 

La  péritonite  ;  la  pleurésie  ;  les  inflammations  de 
la  peau,  des  muscles,  des  ganglions  et  des 

vaisseaux  lymphatiques . 15  — 

L’hémorrhagie  cérébrale .  3  — 


464 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  étiologie. 


Les  accidents  du  deuxième  groupe  sont  : 

La  tuberculose  des  poumons,  du  foie,  des  reins 

du  péritoine,  de  l’intestin . . 

La  maladie  de  Bright  et  la  dégénérescence  amy 

loïde  des  reins . 

L’ictère . 

Le  foie  gras . 

La  cirrhose . 

La  pneumonie  aiguë . .  .  .  .  . 

A  cette  liste  déjà  longue,  nous  ajouterons  pour  être  complets,  à  titre  de 
coïncidences  fortuites,  mais  souvent  extrêmement  fâcheuses,  le  cancer  de 
l’estomac'ou  des  autres  viscères  (4  cas,  Bennett,  Becquerel),  un  calcul  vé¬ 
sical  (Becquerel),  un  kyste  urineux  (Chaillou),  la  lithiase  biliaire  (Vidal). 

Étiologie.  —  Les  causes  de  la  diathèse  lymphogène  sont  absolument 
ignorées  ;  on  sait  seulement  qu’elle  est  indépendante  de  la  scrofule  et  de 
la  granulose,  indépendante  aussi  de  l’infection  palustre  ;  quoique  les  ob¬ 
servations  de  Hervez  de  Chegoin,  de  Magnus  Huss,  de  K.  Siering  et  de 
Mosler,  tendent  à  établir  cette  dernière  relation,  on  ne  doit  cependant 
admettre  qu’une  simple  coïncidence. 

Pour  être-négatifs,  ces  renseignements  n’ont  pas  moins  une  grande  im¬ 
portance  pratique. 

Nous  allons  maintenant  passer  en  revue  les  causes  individuelles,  ba¬ 
nales  ou  pathologiques,  que  l’on  a  tour  à  tour  invoquées. 

Sexe.  —  La  maladie,  dans  toutes  ses  formes  et  variétés,  est  beaucoup 
plus  fréquente  chez  l’homme  que  chez  la  femme,  ainsi  que  le  témoignent 
les  relevés  suivants  : 


Bennett . 25  16  9 

Vidal .  52  '22  10 

Isambert .  39  28  11 

Ehrlich .  91  60  31 

Kotlmann  { de  Soleure  ) .  .  129  81  38 

Age.  —  Des  malades  de  tout  âge  peuvent  être  atteints,  mais  la  période 
moyenne  de  la  vie  y  semble  plus  particulièrement  prédisposée.  Les  cas  les 
plus  nombreux  se  montrent  chez  l’homme  entre  50  et  40  ans  ;  chez  la 
femme,  la  fréquence  de  la  leucocythémie  coïncide  avec  l’âge  de  la  méno¬ 
pause  (de  40  à  50  ans).  Ehrlich  a  dressé  le  tableau  de  la  fréquence  com¬ 
parative  aux  différentes  périodes  de  la  vie,  que  nous  réproduisons  ici  avec 
de  légères  additions. 

Jusqu’à  11  mois .  2  1  3 

De  1  à  9  ans .  3  5  6 

De  10  à  19  ans .  8  4  12 

De  20  à  29  .  9  5  14 

De  30  à  59 .  Vi  6  23 

De  40  à  49 .  12  7  19 

De  50  à  59 .  5  8  13 

De  60  à  69 .  2  2  4 

De  70  à  80 .  2  1  5 

Totai, .  lÔ"  ~5r  ~ÔT 


.  12  fois  sur  100  observations 

.  7  — 

.  11  - 

.  10  — 

.  1  — 

.  12  — 


LRÜCOCYTHÉMIE,  —  étiologie.  465 

Les  observations  de  Lôschner  et  de  GoUtzinski,  de  Wunderlich,  Walther, 
Barth,  ont  démontré  que  la  maladie  n’y  était  pas  aussi  rare,  chez  les  en-  ■ 
fants,  qu’on  l’avait  supposé  tout  d’abord;  et  les  cas  rapportés  par  Mushet, 
Sans  1/2),  Church  (8  ans),  Biermer  (4  ans  1/2),  Seitz  (1  an),  Mosler 
(1 1/4,  10  et  15  ans)  Cnyrim  (5  ans),  Ranvier,  Fagge  (20  mois).  Trous¬ 
seau  (15 mois),  Friedreich  (8, 10  semaines),  sont  venus  confirmer  ce  fait. 
Selon  Golitzinski,  la  leucémie  liénale  affecterait  surtout  les  enfants,  tandis 
que  la  forme  lymphatique  serait  spéciale  aux  nouveau-nés.  La  leucémie 
intestinale  a  été  notée  chez  les  enfants  par  Picot  (2  ans),  et  Rendu  (11 
ans);  quant  à  la  leucémie  myélogène,  elle  n’a  pas  encore  été  observée  dans 
le  premier  âge.  D’après  Lœschner  et  Mosler,  on  rencontrerait  surtout  dans 
l'enfance  des  formes  complexes  (spléno-ganglionnaire).  Les  plus  jeunes 
âges  constatés  sont  de  8  à  10  semaines  (Friedreich),  15  et  16  mois  (Trous¬ 
seau,  Mosler);  les  plus  avancés  de  68  à  69  ans  (Heschl,  Parkes),  73  ans 
(Potain,  Desnos). 

Les  professions  et  le  genre  de  vie  ne  paraissent  pas  exercer  une  grande 
influence  sur  le  développement  de  la  maladie.  Ce  qui  semble  le  plus  clair, 
c’est  que  les  professions  qui  exposent  le  plus  à  l’humidité,  à  la  vie  séden¬ 
taire  et  conBnée,  à  la  misère,  aux  fatigues  excessives,  sont  celles  qui  ont 
fourni  la  plupart  des  observations  (Isambert).  Sur  76  cas  où  le  genre  de 
vie  se  trouve  indiqué,  Mosler  ne  compte  que  6  rentiers.  Tous  les  autres 
malades  appartenaient  aux  classes  ouvrières. 

Constitution,  tempéraments.  —  États  pathologiques.  —  La  diathèse 
lymphogène  frappe  ordinairement  des  individus  de  constitution  faible,  et 
naturellement  chétifs  ou  débilités  par  les  privations,  les  excès  ou  la  ma¬ 
ladie.  Les  divers  états  morbides  mentionnés  au  nombre  des  circonstances 
étiologiques  ne  jouent  en  réalité  que  le  rôle  de  causes  adjuvantes,  favori¬ 
sant  l’explosion  de  la  maladie  sans  la  faire  naître  par  elles-mêmes.  A  ce 
litre  on  a  signalé  :  la  fièvre  typhoïde  (Goupil,  Isambert),  la  dysenterie,  la 
scrofule  (3  fois),  la  syphilis  (2  fois),  la  phthisie  (2  fois),  l’infection  palu¬ 
déenne  (Vidal,  Becquerel,  Bôttcher,  Virchow,  Deiters,  Ehrlich,  Gubler, 
Goupil,  Huss,  Woillez,  Blache,  Nicaise,  Oppolzer,  Hervez  de  Chegoin, 
Siering,  Mosler).  Il  est  fait  mention  de  l’intoxication  palustre  dans  16  cas 
sur  75,  sur  lesquels,  dans  les  six  derniers  seulement,  la  leucocylhémie  a 
succédé  immédiatement  à  la  fièvre  intermittente.  «  On  peut  conclure,  dit 
Isambert,  du  grand  nombre  d’observations  que  Ton  pourrait  citer,  où  l’hy¬ 
pertrophie  splénique  d’origine  palustre  ne  s’accompagne  pas  de  leuco- 
■  cythémie,  que  le  miasme  des  marais  n’est  certainement  pas  la  cause 
directe  de  la  leucocythémie,  mais  qu’on  aurait  tort  de  nier  l’influence 
qu’il  peut  avoir  comme  cause  prédisposante.  » 

Traumatisme.  —  Mosler  indique  les  traumatismes  au  nombre  des  con¬ 
ditions  étiologiques  de  la  maladie.  Wallace  etMorax  ont  rapporté  des  cas  de 
leucémie  consécutive  à  une  contusion  de  la  rate.  Mursick,  en  1868,  a  vu 
la  maladie  se  développer  rapidement  chez  un  amputé  atteint  d’ostéomyé¬ 
lite.  Mosler  et  Virchow  signalent  des  faits  analogues  qui  ressortissent  en 
particulier  à  l’étiologie  de  la  forme  myélogène.  Mais  ce  sujet  est  encore 


466 


LEÜCOGYTHÉMIE.  —  étiologie. 


trop  incomplet  pour  que  nous  pensions  devoir  mentionner  les  faits  précé¬ 
dents  sans  autres  commentaires. 

Eérédïté.  —  L’hérédité  de  la  diathèse  lymphogène  n’est  pas  démontrée 
jusqu’ici  ;  mais  l’analogie  qu’elle  présente  avec  les  autres  cachexies  néopla¬ 
siques,  permet  de  supposer  que  cette  influénce  n’est  pas  inadmissible,  ni 
invraisendilable.  L’observation  récente  de  T.  Casati  semble  confirmer  cette 
hypothèse.  Dans  ce  cas,  en  effet,  l’hérédité  de  la  leucémie  pouvait  se  pour¬ 
suivre  à  travers  trois  générations.  Il  n’y  est  cependant  fait  aucune  mention 
de  la  proportion  des  globules  blancs  aux  globules  rouges,  ni  de  l’influence 
éventuelle  de  la  malaria  (le  malade  habitait  les  environs  de  Reggio).  Les 
déductions  étiologiques  à  tirer  de  ce  fait  sont  assez  importantes  pour  que 
nous  jugions  utile  de  les  résumer  succinctement  ici. 

La  grand’mère  du  malade,  dont  Casati  rapporte  l’histoire,  avait  pré¬ 
senté  une  mégalosplénie  avec  coloration  jaune  pâle  de  la  peau.  Le  père 
s’était  marié  à  21  ans,  et  avait  souffert,  dès  l’âge  de  25  ans,  de  dou¬ 
leurs  périodiques  dans  la  région  splénique  et  dans  l’aisselle  gauche;  ces 
douleurs,  un  instant  apaisées  par  l’application  de  sangsues  «  loco  do- 
lenti  »,  reparurent  à  la  suite  de  l’ingestion  immodérée  d’eau  ferrugineuse, 
et  les  phénomènes  constatés  chez  ce  malade,  furent  alors  les  suivants  •• 
Anasarque,  tuméfaction  énorme  de  l’abdomen,  apathie  et  asthénie  ex¬ 
trêmes,  matité  hépatique  dépassant  de  deux  travers  de  doigt  le  rebord 
costal,  et  se  confondant  en  avant  avec  celle  de  la  rate,  qui  descendait  elle- 
même  jusqu’au  voisinage  de  la  crête  iliaque.  Le  père  de  ce  malade  était 
mort  d’une  affection  cardiaque,  et  avait  été  affecté  d’une  tumeur  du  foie; 
un  de  ses  oncles  (du  côté  paternel)  et  un  de  ses  frères  avaient  été,  tous  les 
deux,  atteints  d’une  hypertrophie  du  foie  et  de  la  rate.  Sa  sœur,  d’après 
le  professeur  Angelo  Porri,  avait  aussi  été  leucocythémique  et  était  morte 
dans  le  marasme.  Des  trois  enfants  de  ce  malade,  l’un  d’eux,  avait  une 
leucocythémie  splénique  reconnue  et  traitée  par  le  professeur  L.  Concato; 
chez  le  second  il  existait  une  augmentation  de  volume  du  foie  et  de  la 
rate  avec  décoloration  spéciale  de  la  peau. 

Il  est  regrettable  que  l’examen  microscopique  du  sang  n’ait  pas  été  fait 
dans  ce  cas.  En  l’absence  de  ce  critérium,  force  est  donc  de  rester  dans 
le  doute  au  sujet  de  l’interprétation  des  phénomènes  pathologiques,  et  de 
leur  étiologie. 

Grossesse.  —  La  diathèse  lymphogène  à  forme  leucémique  est  relati¬ 
vement  fréquente  pendant  la  grossesse  (4  cas,  Bennett,  Vidal,  Virchow, 
Leudet),  et  elle  présente  souvent  alors  une  marche  plus  rapide.  La  durée 
est  en  moyenne  de  13  à  14  mois  en  pareil  cas,  suivant  Paterson,  qui  a 
publié  5  cas  de  leucémie  terminés  promptement  par  la  mort,  et  survenus 
dans  les  derniers  mois  de  la  grossesse.  Dans  ces  faits  comme  dans  les  pré¬ 
cédents,  la  leucémie  affectait  la  forme  splénique  au  début;  mais  plus  tard 
les  ganglions  lymphatiques  et  d’autres  organes  hématopoiétiques,  en  par¬ 
ticulier  le  corps  thyroïde,  furent  envahis  par  le  travail  hyperplasique.  Il 
est  curieux  de  noter  que  les  trois  malades  de  Paterson  accouchèrent  cha¬ 
cune  d’un  enfant  vigoureux  et  bien  portant,  n’offrant  pas  le  moindrs 


467 


LEDCOCYTHÉMIE.  —  étiologie. 
symptôme  leucémique,  ce  qui  prouve  d’une  façon  péremptoire,  d’une 
part  la  non-contagion  de  la  maladie,  et  d’autre  part  l’autonomie  de  la 
circulation  fœtale. 

On  peut  rapprocher  de  ces  faits  le  cas  de  Quain,  ayant  trait  à  une  leu¬ 
cémie  consécutive  à  dés  avortements  répétés,  avec  métrorrhagies  abon¬ 
dantes.  Mosler  en  a  observé  aussi  un  exemple  qu’il  rapporte  en  détails 
dans  son  importante  monographie. 

D’après  cet  auteur,  les  anomalies  et  les  troubles  de  la  menstruation 
exerceraient  sans  doute  une  certaine  influence  sur  le  développement  de  la 
maladie,  puisque  sur  les  21  cas  de  leucémie  observés  chez  des  femmes, 
cette  circonstance  étiologique  se  trouve  indiquée  16  fois. 

En  présence  d’un  ensemble  de  causes  aussi  obscures,  et  pour  ainsi  dire 
aussi  banales,  il  est  difficile  de  discerner  la  part  qui  revient  à  chacune  d’elles 
dans  la  pathogénie  de  la  maladie  ;  la  tâche  est  plus  difficile  encore,  quand 
on  essaye  de  rechercher  les  conditions  étiologiques  spéciales  de  chacune  de 
ses  formes.  A  ce  point  de  vue,  la  leucémie  diffère-t-elle  de  la  pseudo-leu¬ 
cémie?  Nous  ne  le  croyons  pas.  Trousseau  a  particulièrement  insisté  sur  la 
part  qui  revient,  dans  l’origine  des  accidents  ganglionnaires  de  l’adénie, 
aux  lésions  des  muqueuses  et  de  la  peau,  et  il  cite  à  l’appui  de  celte  opinion 
quatre  cas  où  l’engorgement  ganglionnaire  primitif,  survenu  dans  les 
glandes  sous-maxillaires,  avait  eu  pour  point  de  départ  une  tumeur  lacry¬ 
male,  un  coryza  ou  une  otorrhée.  «  Les  données  étiologiques  habituelle¬ 
ment  constatables,  dit  Potain,  sont  du  reste  absolument  insuffisantes  pour 
donner  de  la  genèse  de  cette  affection  une  interprétation  qui  puisse  le 
moins  du  monde  satisfaire.  L’altération  consécutive  que  le  sang  subit  à 
une  certaine  période  de  la  maladie  (pseudo-leucémie),  se  manifeste  assez 
par  la  diminution  de  ses  globules  rouges  et  les  différents  signes  de  l’ané¬ 
mie  globulaire,  aussi  bien  que  par  les  hémorrhagies,  par  la  tendance  aux 
infiltrations  séreuses  et  aux  épanchements  liquides,  et  par  des  lésions  de 
la  peau,  telles  que  les  bulles  de  pemphigus.  On  ne  peut  se  refuser  à  en 
chercher  la  raison  dans  le  fonctionnement  vicieux  des  glandes  lympha¬ 
tiques  malades,  et  des  différentes  parties  du  système  lymphoïde,  où  se 
trouvent  des  changements  dans  la  constitution  anatomique  du  tissu.  Mais 
on  ne  sait  quel  est  au  juste  le  mode  d’altération  éprouvé  par  le  sang,  et  on 
ignore  comment  la  lésion  du  système  lymphatique  contribue  à  la  faire 
naître  et  à  l’entretenir.  » 

La  généralisation  des  tumeurs  est  toujours  l’effet  d’un  travail  spontané, 
auquel  on  ne  peut  assigner  aucune  autre  cause  que  la  disposition  orga¬ 
nique  elle-même.  Dans  la  majorité  des  cas,  il  en  est  de  même  de  la  pre¬ 
mière  tumeur  qui  apparaît;  parfois  cependant,  c’est,  comme  l’a  déjà  si¬ 
gnalé  Trousseau,  une  irritation  ganglionnaire  commune  qui  est  l’occasion 
etforigine  des  manifestations  diathésiques.  Dans  un  cas  de  Meyer,  des 
amygdalites  répétées  entretenaient  depuis  quelque  temps  un  gonflement 
permanent  des  glandes  sous-maxillaires;  l’ablation  des  amygdales  fut  pra¬ 
tiquée,  et  peu  de  temps  après  la  chaîne  ganglionnaire  commença  à  se 
prendre.  Chez  un  homme  de  cinquante-quatre  ans,  observé  par  le  même 


468  LEUCOCYTHÉMIE.  —  dugnostic. 

médecin,  ce  sont  des  gingivites  et  des  caries  dentaires  qui  donnèrent  lieu 
à  la  première  tumeur,  et  cette  irritation  lymphatique  commune  fut  le 
point  de  départ  de  la  généralisation.  Enfin,  chez  le  malade  de  Bohn,  un 
homme  de  cinquante-six  ans,  c’est  également  après  des  angines  répétées 
et  l’ablation  des  tonsilles  que  les  hyperplasies  commencèrent  à  se  généra¬ 
liser.  Bien  qu’exceptionnels,  ces  faits  ont  une  importance  réelle  pour 
l’appréciation  pronostique  des  irritations  ganglionnaires,  mais  ils  ne  peu¬ 
vent  suffire  à  dissiper  les  ténèbres  qui  voilent  l’étiologie  encore  si  impar¬ 
faite  de  la  diathèse  lymphogène  et  de  ses  diverses  manifestations  patholo¬ 
giques. 

Diagnostic.  —  La  complexité  de  la  maladie,  la  multiplicité'  de  ses 
manifestations,  la  diffusion  du  processus  pathologique  initial,  enfin  la 
variété  infinie  de  son  mode  d’expression  symptomatique,  rendentson  diag¬ 
nostic  parfois  obscur  et  souvent  difficile.  Tantôt,  en  effet,  le  tableau  morbide 
est  si  complet,  les  symptômes  si  caractéristiques,  que  toute  erreur  est  im¬ 
possible;  d’autres  fois,  le  début  est  insidieux,  le  complexus  des  phénomènes 
imparfait,  les  antécédents  et  les  commémoratifs  nuis,  l’étiologie  obs¬ 
cure,  et  la  maladie  reste  pendant  plusieurs  mois  pour  ainsi  dire,  larvée  et 
fruste.  Le  plus  souvent  les  troubles  fonctionnels  sont  tellement  nombreux 
et  généralisés  que  l’affection  peut  prendre  le  masque  d’une  foule  d’acci¬ 
dents  morbides  de  toute  autre  nature.  Bref,  la  question  du  diagnostic  est 
hérissée, de  difficultés  de  tout  genre  et  le  clinicien  se  trouve  exposé  delà 
sorte  à  de  cruelles  méprises,  s’il  n’est  prévenu  des  écueils  semés  sur  sa 
route. 

Pour  essayer  de  mettre  un  peu  d’ordre  et  de  clarté  dans  l’exposé  du 
sujet,  voyons  d’abord  le  cas  le  plus  simple,  c’est-à-dire  celui  qui  corres¬ 
pond  à  la  symptomatologie  la  plus  nette.  Prenons,  par  exemple,  un  indi¬ 
vidu  en  puissance  d’une  diathèse  lymphogène  confirmée  avec  manifesta¬ 
tions  splénique  et  ganglionnaires.  Le  malade  est  affecté  d’hypertrophie 
de  la  rate  et  de  tumeurs  ganglionnaires  multiples  ;  il  est  pâle,  amaigri, 
son  appétit  languissant,  ses  forces  affaiblies  ;  son  amaigrissement  devient 
extrême,  ses  téguments  décolorés,  la  cachexie  est  manifeste. 

Dans  cette  situation,  nous  avons  à  faire  un  double  diagnostic,  et  nous 
ferons  remarquer  du  reste  que  l’obligation  est  la  même  pour  tous  les  cas 
de  ce  genre  :  Diagnostic  ''ë^graphique  ou  question  de  siège,  diagnostic 
nosologique  ou  question  de  nature  :  voilà  le  double  problème  qu’il  s’agit 
de  résoudre. 

1°  Le  premier  est  sans  contredit  le  plus  important,  du  moins  âu  point 
de  vue  pratique.  Le  siège  des  tumeurs  ganglionnaires,  en  entraînant  parfois 
l’imminence  d’accidents  redoutables,  peut  modifier  complètement  le  pro¬ 
nostic.  11  convient  donc  de  s'enquérir  de  la  topographie  réelje  de  ces  pro¬ 
ductions  morbides  et  de  rechercher  siles  ganglions  profonds,  qui  échappent 
à  l’examen,  sont  intéressés  comme  les  organes  similaires  superficiels  dont 
la  seule  inspection  fait  reconnaître  l’engorgement. 

A  défaut  des  renseignements  fournis  par  la  palpation  directe,  de  puissantes 
présomptions  tendent  d’ordinaire  à  établir  l’existence  de  tumeurs  internes. 


LEUCOGYTHÉMIE.  —  diagnostic.  469 

le  fait  seul  que  le  système  glandulaire  périphérique  est  atteint  dans  la 
plus  grande  partie  de  son  étendue,  rend  déjà  fort  probable  la  participation 
des  glandes  profondes.  D’ailleurs,  l’examen  des  membres  inférieurs  du  ma¬ 
lade  fait  souvent  constater  une  turgescence  anormale  des  troncs  et  ra¬ 
meaux  principaux  des  veines  saphènes,  qui  ne  peut  avoir  d’autre  cause 
qu’une  certaine  gêne  au  cours  du  sang  dans  les  voies  plus  profondes.  Or, 
comme  les  ganglions  cruraux  proprement  dits  sont  en  général  les  moins 
développés  de  tous,  il  n’est  pas  possible  d’attribuer  cette  gêne  à  la  com¬ 
pression  des  veines  crurales  elles-mêmes,  et  l’on  est  ainsi  conduit  à  admet¬ 
tre  que  l’obstacle  porte  sur  les  veines  iliaques  externes,  et  par  suite  que  les 
ganglions  iléo-pelviens,  qui  sont  échelonnés  le  long  des  bords  internes  des 
fosses  iliaques,  sont  eux  aussi  augmentés  de  volume. 

Le  ventre  du  malade  est  habituellement  très  développé.  Cette  tuméfac¬ 
tion  peut  tenir  à  plusieurs  causes  soit  isolées,  soit  réunies.  Lâ'rate  est  aug¬ 
mentée  de  volume  et  mesure  en  général  12  à  15  centimètres  dans  ses  dimen¬ 
sions  verticales,  ainsi  que  la  percussion  le  révèle  ;  il  est  vrai  aussi  que 
le  foie  est  lui-même  souvent  hypertrophié  et  déborde  de  un  ou  plusieurs 
travers  de  doigt  le  rebord  costal,  dans  la  ligne  mamelonnaire.  En  outre,  il 
n’est  pas  rare  de  trouver  une  ascite  plus  ou  moins  considérable  et  qui, 
dans  certains  cas,  rend  l’exploration  des  viscères  abdominaux  plus'difficile. 
Alors  il  sera  nécessaire  de  modifier  la  position  du  malade  afin  de  dépla¬ 
cer  dans  un  sens  ou  dans  l’autre  l’épanchement  péritonéal,  dontla  présence 
masquerait  les  limites  des  organes  hépatique  et  splénique  que  le  clinicien 
doit  toujours  rechercher  avec  soin. 

Mais  ces  phénomènes,  qu’il  importe  de  ne  pas  méconnaître,  ne  sau¬ 
raient  toujours  rendre  compte  du  développement  général  du  ventre,  dont 
le  maximum,  dans  quelques  cas,  répond  aux  régions  ombilicale  et  hypo¬ 
gastrique. 

On  est  amené  ainsi  à  admettre  que  les  ganglions  rétropéritonéaux  et 
mésentériques  sont  engorgés  eux  aussi  ;  on  peut  du  reste  arriver  sur  les 
glandes  suspectes  et  en  constater  directement  la  tuméfaction  au  moyen 
d’une  palpation  profonde,  que  l’on  pratique  pendant  que  le  malade  a  les 
cuisses  fortement  fléchies  et  qu’il  respire  largement  en  gardant  la  bouche 
ouverte.  Si  la  résistance  des  parois  abdominales  s’opposait  à  celte  explo¬ 
ration  profonde,  il  faudrait  se  contenter  des  présomptions  et  des  preuves 
indirectes  fournies  par  les  signes  d’une  légère  compression  intra-abdo¬ 
minale. 

De  toutes  les  questions  afférentes  au  diagnostic  topographique,  la  plus 
importante,  dans  tous  les  cas  de  ce  genre,  est  celle  qui  concerne  les  gan¬ 
glions  intra-thoraciques,  en  raison  de  l’asphyxie  plus  ou  moins  rapide  que 
détermine  leur  tuméfaction.  La  présence  de  chapelets  ganglionnaires  cer¬ 
vicaux  doit  toujours  éveiller  Tàttention  ejt  faire  soupçonner  l’existence 
d’une  adénopathie  bronchique  et  médiastine.  Cette  supposition  est  en¬ 
core  bien  plus  fondée,  lorsqu’on  faisant  tousser  le  malade  on  voit  émer¬ 
ger,  derrière  les  clavicules  et  les  muscles  sterno -mastoïdiens,  des  tumeurs 
qui,  au  repos,  échappent  à  la  vue  et  à  la  palpation.  Il  est  prouvé  par  là 


470 


LEUGOCYTHÉMIE.  —  diaghostic. 

même  que  la  chaîne  ganglionnaire  va  plus  loin  que  l’examen  direct  ne 
l’indique  tout  d’abord,  et  conséquemment  toutes  les  présomptions  sont 
alors  en  faveur  d’une  prolongation  intra-thoracique.  C’est  à  l’exploration 
de  la  poitrine  et  à  la  considération  des  troubles  fonctionnels  qu’il  faut  de¬ 
mander  la  confirmation  de  ce  jugement. 

•  Les  symptômes  de  l’adénopathie  bronchique  ont  été  minutieusement 
décrits  par  N.  Gueneau  de  Mussy  et  plus  récemment  encore  par  son 
élève  Baréty,  et  nous  ne  saurions  mieux  faire  que  de  conseiller  la  lec¬ 
ture  de  leurs  travaux  qui  renferment  une  description  symptoma¬ 
tique  complète  que  nous  ne  pouvons  pas  esquisser  ici,  même  à  grands 
traits. 

2“  Le  diagnostic  nosologique  doit  compter  avec  une  série  d’éventualités 
que  nous  allons  passer  en  revue,  bien  qu’elles  n’aient  pas  toutes,  il  s’en 
faut,  les  mêmes  probabilités.  Dans  tous  les  cas  analogues,  la  première 
question  à  juger  est  celle  delà  scrofule. 

La  diathèse  scrofuleuse  peut  donner  lieu  à  des  tumeurs  lymphatiques 
ainsi  généralisées  ;  c’est  même  de  toutes  les  diathèses,  celle  qui  produit 
le  plus  souvent  des  déterminations  de  ce  genre.  La  réponse  à  cette  ques¬ 
tion  doit  être  demandée  et  aux  caractères  propres,  et  aux  conditions  in- 
.  dividuelles  du  malade.  Or  les  tumeurs  de  la  diathèse  lymphogène  sont 
mobiles  et  sans  adhérences  superficielles  ou  profondes  ;  elles  sont  indolores 
et  demeurent  isolées;  les  tissus  qui  les  séparent  conservent  leur  souplesse 
normale.  Quelquefois,  cependant,  certaines  glandes  sont  conglomérées  et 
unies  entre  elles  par  une  espèce  de  fusion  véritable  ;  mais  dans  aucun  cas, 
il  n’est  possible  de  saisir,  ni  autour  de  ces  masses,  ni  autour  des  tumeurs 
isolées,  le  moindre  vestige  de  périadénite  ;  les  téguments  qui  recouvrent 
;  les  grosseurs  sont  tout  à  fait  intacts,  il  n’y  a  jamais,  sauf  de  très-rares 
exceptions  (observation  de  Slawjanski),  ni  ulcérations,  ni  tendance  à l’nl- 
;  cération,  même  au  niveau  des  produits  les  plus  anciens.  Par  l’ensemble 
de  ces  caractères,  les  symptômes  ganglionnaires  s’écartent  entièrement 
des  adénites  strumeuses,  à  ce  point  que  les  seuls  phénomènes  locaux  per¬ 
mettent  déjà  de  conclure.  Du  reste,  la  considération  du  malade  n’est  pas 
moins  démonstrative  ;  il  ne  présente  en  effet  aucun  attribut  de  la  scrofule 
'  et  l’on  ne  retrouve  pas,  en  général,  dans  ses  antécédents  pathologiques, les 
innombrables  manifestations  cutanées  ou  muqueuses  (éruptions  impéti- 
gineuses,  ophtbalmies,  coryzas  rebelles,  otorrhées,  catarrhes,  etc.)  si  com¬ 
munes  chez  les  sujets  strumeux. 

La  diathèse  lymphogène  peut,  sous  certains  rapports,  se  rapprocher  de 
la  tuberculose.  La  tuberculose  ganglionnaire  sans  lésion  concomitante 
des  poumons  est  un  fait  extrêmement  rare  ;  cependant  l’un  de  nous  en  a 
observé  un  exemple  (consigné  dans  les  leçons  de  clinique  médicale  faites 
à  l’bôpital  de  la  Charité,  1867). En  pareille  occurrence,  on  voit  apparaître, 
dès  que  l’altération  glandulaire  est  générale,  un  état  de  cachexie  profonde 
et  des  symptômes  intestinaux  (diarrhée,  douleurs)  qui  ne  contribuent 
pas  peu  à  obscurcir  le  diagnostic  et  à  rendre  la  confusion  facile  avec  la 
forme  intestinale  delà  diathèse  lymphogène.  Mais  la  péritonite  subaiguë 


LEÜCOCYTHÉMIE.  —  diagnostic.  471 

ou  chronique,  une  des  formes  enfin  de  la  péritonite  tuberculeuse,  ne  tarde 
pasàapparaîtreetàdissiperles  doutes.  Mais  sil’absence  de  péritonite  est  un 
signe  exclusif  de  la  tuberculose,  la  présence  de  celte  phlegmasie  ne  pour¬ 
rait  suffire  pour  démontrer  cette  diathèse  ;  l’homme  de  cinquante-six  ans, 
dont  Bohn  (de  Kônisberg)  a  rapporté  l’histoire,  avait  en  effet  des  tumeurs 
lymphatiques  généralisées  et  il  a  été  emporté  par  une  péritonite  subaiguë 
quasi-indolente.  Cette  inflammation  était  due  à  la  formation  de  produits 
analogues  à  ceux  qui  occupaient  les  ganglions  ;  il  n’y  avait  nulle  part  de 
tubercules.  D’autres  fois  la  tuberculose  peut  dès  le  début  et  pendant  long¬ 
temps  revêtir,  pour  ainsi  dire,  la  forme  ganglionnaire  et  simuler  pour  un 
certain  temps  l’adénie  ou  les  lymphadénomes  multiples  ;  mais  à  un  mo¬ 
ment  donné  éclatent  des  accidents  nouveaux,  tels  qu’une  tuberculose  pul¬ 
monaire,  méningée,  une  tuberculose  miliaire  aiguë,  qui  viennent  en  ré¬ 
véler  la  véritable  nature. 

On  conçoit  combien,  dans  ce  cas,  le  diagnostic  peut  être  difficile  et  obs¬ 
cur  au  commencement.  L’observation  de  tuberculose  chronique  des  gan¬ 
glions  lymphatiques  superficiels  du  cou  simulant  l’adénie  et  terminée 
par  une  tuberculose  miliaire  aiguë  généralisée,  qui  a  été  rapportée  par 
Démangé  {loc.cit.,  p.  63-64)  et  recueillie  dans  le  service  de  notre  ami 
fidal,  en  est  la  plus  éclatante  preuve. 

Malgré  la  variabilité,  l’étrangeté  fréquente  de  ses  allures,  la  syphilis  ne 
produit  jamais  de  tumeurs  adéniques  aussi  diffuses  que  celle  de  la  dia¬ 
thèse  lymphogène,  sans  autre  manifestation  de  l’infection.  D’ailleurs  l’en¬ 
gorgement  syphilitique  des  ganglions  se  distingue  de  l’adénie  ou  de  la 
,  leucémie  ganglionnaire  par  le  volume  moindre  de  ses  tumeurs,  par  son 
siège  de  prédilection  dans  les  ganglions  cervicaux  postérieurs,  enfin  par 
l’absence  de  cachexie  ou  par  la  cachexie  spéciale  qui  l’accompagne 
(Potain). 

:  Cliniquement,  le  diagnostic  du  cancer  primitif  et  du  lymphadénome 
ganglionnaires  est  presque  impossible.  On  pourra  se  fonder  sur  la  rareté 
du  cancer  primitif  des  ganglions,  sur  sa  marche  plus  rapide,  sur  l’envahis¬ 
sement  progressif  des  glandes  plus  éloignées  suivant  la  chaîne  ganglion¬ 
naire.  Lorsque  le  cancer  ganglionnaire  .succède  à  un  cancer  viscéral,  il 
demeure,  au  moins  pendant  longtemps,  limité  au  petit  groupe  de  glandes 
qui  se  trouve  en  rapport  lymphatique  immédiat  avec  la  tumeur  primitive 
(Potain).  En  fait,  le  diagnostic  du  lymphadénome  est  difficile  à  poser 
d’après  les  seules  indications  cliniques.  Si  l’on  voulait  le  préciser  davan¬ 
tage,  on  pourrait  se  servir  d’un  trocart  explorateur,  transformant  ainsi  le 
diagnostic  clinique  en  diagnostic  histologique. 

Mais  ce  moyen,  d’ailleurs  incomplet  parce  qu’il  ne  permet  d’examiner 
qu’une  toute  petite  portion  de  la  tumeur,  aurait  l’inconvénient,  en  irritant 
la  néoplasie,  de  hâter  son  développement  (Grocler). 

La  cachexie  cancéreuse  diffère  bien  peu  de  la  cachexie  consécutive  aux 
lymphadénomes  multiples  ;  dans  chacune  d’elles  nous  trouvons  l’amaigris¬ 
sement,  la  perte  des  forces,  la  diarrhée,  les  hydropisies,  les  thromboses 
vasculaires,  etc.  La  leucocythémie,  il  est  vrai,  ne  se  rencontre  jamais  dans 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  diagnostic. 


le  cancer,  mais  à  son  tour,  elle  n’est  pas  toujours  présente  dans  la  diathèse 
lymphogène.  La  teinte  jaune  paille  manque  dans  celle-ci,  elle  fait  rare¬ 
ment  défaut  dans  la  cachexie  cancéreuse.  Dans  l’une,  les  hémorrhagies  se 
font  par  toutes  les  muqueuses,  alors  même  qu’elles  sont  restées  saines; 
dans  l’autre,  elles  résultent  le  plus  ordinairement  de  l’ulcération  même 
du  produit  morbide,  dont  la  vascularisation  semble  être  en  raison  directe 
de  la  malignité. 

En  résumé  :  dans  le  cancer,  marche  généralement  plus  rapide,  dévelop¬ 
pement  considérable  des  vaisseaux  dans  la  tumeur  et  à  l’entour,  tendance 
fatale  à  l’ulcération,  formation  de  l’ulcère  cancéreux;  dans  la  lympha- 
dénie,  au  contraire,  développement  plus  lent  des  tumeurs,  qui  rarement 
s’ulcèrent  (à  l’exception  du  mycosis  fongoïde),  période  de  rétrocession 
pouvant  s’observer  sur  toutes  les  tumeurs,  splénique,  ganglionnaires, 
cutanées,  alternance  bien  manifeste  entre  les  différentes  phases  de  dé¬ 
veloppement  de  ces  diverses  lésions  ;  tels  sont  les  symptômes  qui  séparent 
l’évolution  de  ces  deux  diathèses,  dont  les  points  communs  sont  si  nom¬ 
breux  (Démangé) . 

Jusqu’ici  nous  avons  supposé  l’existence  des  deux  manifestations  les 
plus  importantes  de  la  diathèse  lymphogène  :  l’intumescence  de  la  rate  et 
l’engorgement  plus  ou  moins  généralisé  des  -ganglions  ;  ces  deux  phéno¬ 
mènes  suffisent  pour  différencier  la  leucocythémie  de  la  chlorose  et  des 
anémies  simples.  Mais  de  tels  éléments  du  diagnostic  ne  sont  pas  toujours 
réunis  ;  le  premier  peut  passer  inaperçu,  s’il  n’est  recherché  avec  un  soin 
jaloux,  le  second  fait  souvent  défaut,  et  l’on  conçoit  alors  combien  la  mé¬ 
prise  est  aisée  et  les  erreurs  fréquentes.  On  doit  alors  faire  intervenir  un 
troisième  élément  qui,  lorsqu’il  est  bien  constaté  et  quand  il  existe,  suffit 
à  lui  seul  pour  établir  le  diagnostic  :  l’examen  microscopique  du  sang  est 
alors  le  seul  caractère  positif,  le  seul  qui  permette  d’affirmer  ou  de  rejeter 
l’existence  de  la  leucocythémie.  Cet  examen  n’entraîne  d’ailleurs  aucun 
préjudice  pour  le  malade;  deux  ou  trois  gouttes  de  sang  obtenues  par  la 
piqûre  de  l’extrémité  d’un  doigt  préalablement  entouré  d’un  fil  constric¬ 
teur,  voilà  tout  ce  qui  est  nécessaire.  Mais  la  constatation  de  l’état  leuco- 
cytbémique  n’est  pas  toujours  facile,  et  exige  un  certain  nombre  de  pré¬ 
cautions  à  prendre  pour  éviter  les  causes  d’erreur. 

Le  mode  d’exploration  que  nous  venons  d’indiquer  expose  à  deux  éven¬ 
tualités  :  ou  bien  le  sang  est  liquide  au  moment  de  l’examen  microscopique, 
ou  bien  il  a  été  conservé  pendant  quelque  temps,  et  il  est  en  partie  coagulé. 
La  première  condition  est  la  plus  favorable,  et  le  champ  du  microscope  mon¬ 
tre  immédiatement  la  proportion  qui  existe  entre  les  globules  blancs  et  les 
globules  rouges,  ceux-ci  empilés  par  groupes  et  ceux-là  globuleux,  plus  gros 
et  parfaitement  distincts,  plus  ou  moins  nombreux,  suivant  le  nombre  total 
des  globules  des  deux  espèces.  Si  le  sang  est  en  partie  coagulé,  leur  com¬ 
paraison  est  loin  d’être  aussi  facile.  Woillez  a  fait  remarquer  que,  s’il  se 
trouve  un  petit  caillot  pressé  entre  les  deux  lames  de  verre  du  porte-objet, 
presque  tous  les  globules  blancs  se  groupent  au  pourtour  où  leur  propor¬ 
tion  paraît  énorme,  tandis  que  vers  le  centre  on  en  trouve  à  peine.  Il 


LEÜGOCYTHÉMIE.  —  diagnostic.  473 

faut  donc,  en  pareil  cas,  ajoute  l’auteur  auquel  nous  empruntons  ces 
détails  techniques ,  enlever  avec  soin  toute  concrétion  sanguine  de  la 
préparation,  si  l’on  veut  se  faire  une  juste  idée  de  la  proportion  des  glo¬ 
bules,  examiner  la  préparation  dans  toute  son  étendue,  et  surtout  s’assurer 
toujours  que  les  leucocytes  ne  sont  pas  accumulés  à  la  périphérie.  Dans 
les  cas  les  plus  ordinaires,  l’examen  au  microscope  ne  permet  d’arriver 
qu’à  une  évaluation  approximative,  les  globules  rouges  ne  pouvant  être 
kilement  comptés.  Pour  plus  de  précision,  on  devra  recourir  à  la  numé¬ 
ration  des  globules,  d’après  l’ingénieux  procédé  récemment  imaginé  par 
Malassez,  et  qui  nous  semble  à  la  fois  beaucoup  plus  exact  et  plus  simple 
que  la  méthode  de  Welcker  employée  dans  le  même  but.  Nous  n’avons  pas 
à  insister  sur  ces  procédés  d’investigation  hématologique,  qui  sont  connus 
de  tous  ou  du  moins  méritent  de  l’être. 

L’examenmicroscopique  du  sang  suffit  à  lui  seul,  quand  laleucocythémie  • 
est  présente,  à  distinguer  la  cachexie  lymphogènede  la  cachexie  falustre.  J 
Suivant  Magnus  Huss,  il  y  aurait  formation  presque  constante  de  pigment 
noir  dans  le  sang  dans  la  cachexie  consécutive,  aux  fièvres  intermittentes 
(mélanémie);  si  le  fait  se  confirmait,  il  faudrait  considérer  cette  donnée 
microscopique  comme  un  signe  distinctif  de  la  cachexie  splénique  d’origine 
paludéenne.  Dans  quelques  cas  très-rares,  il  est  vrai,  les  deux  maladies  sem¬ 
blent  marcher  de  pair,  et  se  confondent  dans  une  même  expression  symp¬ 
tomatique,  ainsi  que  Mosler  en  a  observé  un  intéressant  exemple.  Or,  dans 
cefait  demélanodeucémie,  l’examen  microscopique  du  sang  permit  de  con¬ 
stater  la  double  altération  de  ce  liquide.  Les  globules  blancs  étaient  en  excès, 
puisque  leur  nombre  était  proportionnellement  à  celui  des  globules  rouges 
::  1 :  20,  et  un  grand  nombre  de  leucocytes  emprisonnaient  dans  leurs 
expansions,  sarcodiques  les  granulations  pigmentaires  caractéristiques  de 
la  mélanémie. 

Mais  en  l'absence  de  l’altération  leucémique  du  sang,  comment  peut-on 
distinguer  la  diathèse  lymphogène  de  la  cachexie  palustre?  Cette  dernière 
est  essentiellement  caractérisée  par  l’anémie,  par  une  coloration  bistrée 
des  téguments,  et  enfin  par  la  tumeur  splénique;  jamais  on  ne  voit  de  tu-  ; 
meurs  ganglionnaires;  elle  survient  le  plus  souvent~'a  là  suite  d’accès  de  / 
"fievrërnîènmtKnTè  ;  mais  elle  peut  apparaître  chez  des  individus  qui  n’ont 
jamais  eu  d’accès,  elle  est  alors  directement  produite  par  l’infection  mias¬ 
matique.  Si,  au  début,  la  distinction  des-  deux  états  morbides  ne  repose 
que  sur  les  antécédents  pathologiques  du  malade,  la  marche  différente  de 
la  diathèse  lymphogène  et  l’apparition  ultérieure  de  ses  manifestations 
ganglionnaires  ou  autres  mettront  bientôt  sur  la  voie  du  diagnostic,  et  pré-- 
viendront  l’erreur,  qui  nous  semble  cependant  avoir  été  souvent  commise-. 

Par  les  symptômes  généraux  et  par  quelques  phénomènes  locaux  la 
leucémie  peut  simuler  parfois  la  phthisie  pulmonaire,  dont  elle  se  sépare 
nettement  par  l’absence  des  signes  sthéthoscopiques  propres  à  cette  der¬ 
nière.  N’oublions,  pas  cependant,  que  dans  les  poumons  des  leucocythé- 
miques  il  peut  se  développer  des  foyers  apoplectiques,  lésions  semblables 
au  premier  abord  à  des  amas  de  granulations  tuberculeuses,  et  qu’il  peut 


■474  LEÜCOCYTHÉMIE.  —  diagnostic. 

exister  parfois,  en  pareil  cas,  une  pseudo-tuberculose  pulmonaire,  ainsi 
que  les  faits  de  Bôttcher,  d’Ollivier  et  Ranvier  le  prouvent  d’une  façon 
très-nette.  D’un  autre  côté,  on  ne  saurait  nier  que  de  véritables  tuber¬ 
cules  pulmonaires  coïncident  quelquefois  avec  la  leucocythémie.  La  tâche 
du  clinicien  n’est  donc  pas  toujours  facile  en  face  de  ce  double  problème, 
dont  il  peut  méconnaître  l’un  des  éléments. 

Pour  terminer,  nous  devons  signaler  une  affection  récemment  décrite 
en  Allemagne,  par  Biermer,  Gusserow,  Gonlich,  Zimmermann  et  Zenker, 
sous  le  nom  à’ anémie  progressive  pernicieuse,  et  qui  présente  avec  la  leu¬ 
cocythémie  de  si  nombreux  points  de  contact  que  toute  distinction  est 
parfois  presque  impossible.  La  similitude  des  symptômes,  l’absence  de 
toute  cause  étiologique  capable  d’en  expliquer  l’apparition  et  la  persis¬ 
tance,  la  marche  progressive  qu’aucune  médication  ne  peut  enrayer,  la 
terminaison  fatale  presque  constante,  ne  sont-ce  pas  là  autant  d’analogies 
frappantes  et  qui  donneraient  aisément  prise  à  la  confusion?  Les  deux  phé¬ 
nomènes  particuliers  à  l’anémie  maligne  progressive  et  qui  la  séparent 
cliniquement  de  la  chlorose  et  de  toutes  les  autres  anémies,  les  hémor¬ 
rhagies  multiples  et  la  fièvre,  se  retrouvent  dans  le  cortège  symptomatique 
de  la  leucémie.  Il  se  développe  souvent,  en  effet,  dans  la  maladie  décrite 
par  Biermer,  une  diathèse  hémorrhagique  qui  se  révèle  par  des  épistaxis, 
quelquefois  même  par  des  hémorrhagies  cérébrales,  et  bien  plus  par  des 
hémorrhagies  rétiniennes  !  Ces  dernières  ont  été  observées  très-fréquem¬ 
ment,  et  créent  ainsi  une  nouvelle  cause  d’erreur  dans  le  diagnostic  diffé¬ 
rentiel.  Les  accès  fébriles,  dans  les  deux  cas,  présentent  la  même  irrégu¬ 
larité,  et  ne  se  montrent  guère  que  dans  la  période  ultime.  Dans  cette 
singulière  variété  d’anémie,  tous  les  éléments  du  sang  diminuent  de  quan¬ 
tité  (olighémie,  olygocythémie,  hypinose),  et  à  la  fin  de  la  vie  apparaît  un 
œdème  progressif,  puis  de  l’hydropisie  des  cavités  séreuses  sans  albumi¬ 
nurie.  Quelquefois  on  peut  constater  une  augmentation  relative  du  nom¬ 
bre  des  leucocytes,  mais  cette  leucocytose  ne  peut  en  aucune  façon  être 
comparée  avec  l’état  du  sang  dans  la  leucémie  ;  du  reste,  le  plus  souvent 
la  diminution  du  nombre  des  globules  blancs  marche  du  même  pas  que  celle 
du  chiffre  des  hématies.  On  comprend  aisément,  d’après  ce  simple  aperçu, 
toutes  les  difficultés  qui  entourent  le  diagnostic  de  l’anémie  pernicieuse 
progressive  ;  sa  ressemblance  avec  certaines  formes  de  la  cachexie  lympho- 
gène  est  même  si  parfaite,  que  l’on  pourrait  se  demander,  avec  raison 
peut-être,  si  dans  quelques  cas  rapportés  par  Immermann  et  par  Zenker, 
il  ne  s’agirait  pas  d’une  lymphadénie  méconnue  (forme  myélogène  ou 
autre).  Cette  hypothèse  nous  semble  d’autant  plus  admissible,  que  les 
seules  lésions  anatomiques  indiquées  par  ces  auteurs  (dégénérescence 
graisseuse  du  cœur  et  des  parois  vasculaires)  ont  été  elles-mêmes  plusieurs 
fois  signalées  dans  la  leucémie  ;  mais  les  exemples  d’anémie  progressive  ou 
maligne  sont  encore  trop  rares  et  trop  peu  connus  pour  nous  arrêter  plus 
longtemps  sur  le  diagnostic  de  ces  cas  exceptionnels. 

Enfin,  nous  ne  mentionnerons  que  pour  mémoire  l’affection  singulière 
décrite  par  Yan  Lair  et  Masius  sous  le  nom  de  microcythémie,  qui  ne  pré- 


LEUCOCYTHÉMIE.  —  diagnostic.  475 

sente  d’autres  phénomènes  communs  avec  la  leucocythémie  que  la  tumé¬ 
faction  chronique  de  la  rate,  l’excès  d’acide  urique  dans  l’urine  et  l’alté¬ 
ration  du  sang.  Mais  ce  dernier  caractère  offre  de  notables  différences 
avec  l’état  leucocythémique.  Les  globules  nains  ou  microcytes,  rencon¬ 
trés  dans  le  seul  cas  de  microcythémie  observé  par  ces  auteurs,  se  dis¬ 
tinguent  des  éléments  figurés  normaux  du  sang  par  leur  sphéricité  par¬ 
faite  et  leurs  petites  dimensions  (4  à  5  [a., globules  blancs  10  p,., globules 
rouges  6  à  8  p.);  ils  diffèrent  des  globulins  par  leur  coloration  rouge 
foncée  (les  premiers  étant,  comme  on  le  sait,  incolores).  En  outre,  la  per¬ 
sistance  remarquable  de  l’intégrité  de  leur  forme,  leur  résistance  aux 
réactifs,  leur  isolement  constant  dans  le  champ  du  microscope,  leur 
excessive  réfringence  et  l’absence  de  noyau  ou  de  contenu  granuleux,  sont, 
avec  la  petitesse  et  l’uniformité  de  leurs  dimensions,  autant  de  caractères 
différentiels  suffisants  pour  séparer  les  microcytes  de  toutes  les  autres 
formations  cellulaires  observées  dans  le  sang  à  l’état  pathologique. 

La  microcythémie  diffère  essentiellement  de  la  dyscrasie  lymphogène 
par  un  certain  nombre  de  symptômes  qui  ne  se  présentent  jamais  dans 
cette  dernière,  tels  que  :  les  douleurs  gastralgiques,  l’ictère  rémittent  et 
la  paralysie  des  membres  supérieurs  et  inférieurs,  observés  dans  les  deux 
seules  observations  publiées  jusqu’à  ce  jour.  Ce  sujet  est  entouré  de  telles 
obscurités,  qu’il  ne  nous  eût  pas  semblé  digne  d’attirer  l’attention,  si  nous 
n’avions  voulu  mettre  en  garde  contre  le  rapprochement  erroné  auquel 
expose  une  certaine  ressemblance  terminologique  des  deux  affections. 

Lé  diagnostic  de  la  diathèse  lymphogène  ne  consiste  pas  seulement  à 
distinguer  cet  état  morbide  de  ceux  qui  pourraient  lui  ressembler  ;  fl  con¬ 
vient  de  préciser  l’espèce  ou  la  variété  à  laquelle  on  a  affaire.  L’existence 
de  la  maladie  une  fois  établie  à  l’aide  des  signes  actuels  et  des  commémo¬ 
ratifs,  sa  forme  étant  également  reconnue,  il  restera  encore  certaines 
questions  diagnostiques  d’un  moindre  intérêt,  à  savoir  :  le  degré,  les  lé¬ 
sions  appréciables,  le  type  clinique  et  les  complications  de  la  maladie, 
tous  problèmes  faciles  à  résoudre  si  l’examen  des  malades  a  été  suffi¬ 
sant. 

Le  diagnostic  détaillé  des  formes  de  la  diathèse  lymphogène,  tout  en 
nous  faisant  outrepasser  les  limites  qui  nous  sont  assignées,  nous  expose¬ 
rait  â  de  nombreuses  redites  ;  car  il  se  trouve  implicitement  compris  dans 
le  chapitre  consacré  à  la  symptomatologie  générale  de  cette  maladie,  qui 
peut  revêtir  les  aspects  les  plus  variés,  les  types  cliniques  les  plus  divers, 
et  qui  cependant  présente  toujours  deux  caractères  essentiels,  communs 
àtoutes  ses  modalités,  à  savoir  :1°  une  lésion  anatomique  initiale  toujours 
la  même  au  point  de  vue  histologique,  quelles  que  soient  sa  localisation  et 
sa  forme;  2°  un  état  cachectique  constant,  et  plus  ou  moins  tardif.  Quant  à 
l'altération  leucocythémique  du  sang,  elle  ne  constitue,  lorsqu’elle  existe, 
Jous  le  répétons,  qu’un  précieux  auxiliaire  du  diagnostic,  mais  non  un 
symptôme  nécessaire  et  pathognomonique.  Les  lésions  rétiniennes,  appré- 
ciablesàl’aide  de  l’ophthalmoscope,  doivent  être  soigneusement  recherchées, 
car  elles  peuvent  être  d’un  grand  secours  au  clinicien  dans  les  cas  douteux, 


476  LEUCOCYTHÉMIE.  —  pronostic. 

et  même  révéler  l’existence  de  la  maladie,  qui  pourrait  parfois  rester 

ignorée  ou  méconnue. 

Le  diagnostic  des  formes  pseudo-leucémiques  (splénique,  ganglion¬ 
naire,  intestinale,  myélogène,  amygdalienne,  etc.)  présente  en  général 
de  très-sérieuses  difficultés.  Le  plus  souvent  la  maladie  n’est  reconnue 
qu’après  la  mort,  et  sa  véritable  nature  n’est  démontrée  que  par  un  exa¬ 
men  microscopique  ultérieur.  Mais  les  récents  progrès  de  l’histologie 
pathologique,  en  montrant  la  fréquence  relative  des  néoplasies  lympha- 
déniques,  contribueront  sans  doute  à  rendre  le  clinicien  plus  circonspect, 
sinon  plus  sagace,  dans  le  diagnostic  de  la  diathèse  lymphogène  en  géné¬ 
ral,  et  du  lymphadénome  viscéral  en  particulier.  Les  nombreux  points 
obscurs  qui  voilent  encore  la  symptomatologie  de  ces  formes  peu  con¬ 
nues,  seront  sans  doute  éclaircis  par  les  observations  ultérieures  fondées 
sur  une  nouvelle  base,  qui  nous  semble  à  la  fois  plus  rationnelle  et  plus 
logique. 

Quant  à  la  leucocytosë  temporaire,  que  certains  auteurs  ont  désignée 
sous  le  nom  de  leucocythémie  symptomatique  (Isambert),  de  leucocy- 
thémie  générale  aiguë  (Bouchul),  elle  ne  nous  paraît  pas  devoir  entrer  en 
ligne  de  compte  dans  le  diagnostic  ;  toutefois,  pourrait-elle  y  figurer  lors¬ 
qu’ elle  se  montre  dans  le  cours  des  maladies  chroniques  (maladie  de  Briglit, 
cirrhose  du  foie,  dysenterie,  etc.),  ou  des  cachexies  (scrofule,  syphilis, 

'  cancer,  tuberculose,  cachexie  paludéenne)  ?  En  pareil  cas,  il  est  quelque- 

I  fois  difficile  de  savoir,  comme  le  fait  judicieusement  remarquer  Isambert, 
si  l’on  a  réellement  affaire  à  une  leucocytose  symptomatique  ou  bien  à  une 
leucocythémie  compliquée  d’une  autre  maladie.  Cette  difficulté  se  pré¬ 
sentait  dans  les  cas  cités  par  Bauer  et  Gubler  ;  malgré  l’habileté  de  ce  der¬ 
nier  observateur,  elle  ne  put  être  vaincue  et  le  diagnostic  resta  indécis, 

Pronostic.  —  Le  pronostic  peut  être  exprimé  d’uii  seul  mot  :  il  est 
fatal,  la  mort  a  été  jusqu’ici  la  terminaison  constante  de  la  maladie.  Le 

■  cas  de  Lloyd  Roberts  fait  seul  exception  ;  mais  il  né  saurait  modifier  la  sé- 

!  vérité  de  ce  jugement,  puisqu’il  s’agissait  alors  d’une  leucémie  sans  alté- 

rations  organiques.  Le  traitement,  dans  ce  cas,  a  consisté  dans  une  alimen¬ 
tation  reconstituante  et  dans  l’administration  de  la  teinture  anglaise  de 
perchlorure  de  fer,  à  la  dose  de  trente  gouttes  par  jour, 
t  On  a  bien,  il  est  vrai,  cité  quelques  autres  exemples  de  guérison  ;  mais 

j  la  plupart  de  ces  cas,  sinon  tous,  se  rapportent  à  la  leucocytose  sympto- 

I  matique,  et  en  particulier  à  la  cachexie  palustre  accompagnée  d’une 

j  augmentation  relative  et  légère  du  nombre  des  globules  blancs.  C’est  sans 

■  i  doute  un  cas  de  cette  nature  qui  est  rapporté  par  Farre,  et  reproduit  par 

;  I  Isambert.  On  reconnut  une  leucocythémie  avec  une  hypertrophie  de  la 

!  '  rate  consécutive  à  une  intoxication  palustre,  le  malade  fut  traité  par  le 

i  fer  et  le  quinquina,  et  l’on  vit  disparaître  à  la  fois  et  la  tuméfaction  splé¬ 

nique  et  la  leucocythémie.  Nous  en  dirons  de  même  de  la  seconde  obser¬ 
vation  de  Gubler  et  de  celles  de  Mosler,  d’Ehrlich,  d’Addinel  Hewson. 
Dans  ces  trois  dernières,  la  guérison  est  imputée  au  sulfate  de  quinine,  et 
dans  ces  cas  l’aphorisme  :  naturam  morborum  ostenclunt  curationes,  est 


LEUCOGYTHÉMIE.  —  traitement.  477 

une  confirmation  des  doutes  que  nous  avons  précédemment  émis  sur  Pau 
thenticité  de  ces  prétendues  leucémies. 

La  maladie  est  donc,  dans  l’état  actuel  de  nos  connaissances,  incu¬ 
rable,  du  moins  lorsqu’elle  est  arrivée  à  la  période  de  la  cachexie.  Si,  à 
l'avenir,  la  diagnose  peut  être  portée  à  une  époque  moins  avancée,  il 
n’est  pas  invraisemblable  que  le  pronostic  puisse  promettre  une  issue 
moins  fâcheuse,  et  que  le  traitement  donne  des  résultats  plus  heureux. 

Quelle  que  soit  d’ailleurs  sa  variété  ou  sa  forme,  la  diathèse  lympho- 
gène  entraîne  fatalement  la  mort,  à  plus  ou  moins  bref  délai.  Les  ma¬ 
lades  succombent  dans  une  syncope  ou  au  milieu  du  marasme  et  de  la 
fièvre  hectique,  épuisés  par  la  diarrhée,  les  hémorrhagies  répétées,  ou 
bien  ils  sont  emportés  par  une  des  complications  (apoplexie  cérébrale, 
œdème  pulmonaire,  collections  séreuses,  etc.)  que  nous  avons  déjà  indi¬ 
quées.  Au  début  de  la  maladie,  avant  le  développement  de  la  cachexie,  il 
sera  souvent  difficile  d’établir  un  diagnostic  précis,  de  prévoir  la  marche, 
et  par  conséquent  de  se  prononcer  sur  la  gravité  du  mal,  surtout  de  dire 
sile  danger  devient  imminent.  Lorsqu’il  n’y  aura  plus  de  doute  sur  la  na¬ 
ture  de  la  maladie,  il  faudra  porter  un  pronostic  toujours  défavorable. 
Due  seule  exception  pourrait  être  admise  en  faveur  de  la  lymphadénie 
amygdalienne  ou  ganglionnaire,  etc.  Dans  le  premier  cas,  l’ablation  pré¬ 
coce,  de  l’amygdale  hyperplasiée,  ne  pourrait-elle  pas  prévenir  la  générali¬ 
sation  lymphadéniqué?  et  dans  le  second,  des  tumeurs  dures,  petites,  uni¬ 
ques  ou  n’ayant  envahi  qu’un  seul  groupe  de  ganglions,  laissent  une  espé¬ 
rance,  et  une  porte  de  salut  ouverte  par  l’extirpation  au  début.  Mais,  en 
revanche,  les  lymphomes  mous,  souvent  uniques,  à  marche  envahissante, 
formant  bientôt  une  masse  plus  ou  moins  considérable,  sont  inaccessibles 
à  toute  intervention  chirurgicale ,  et  l’opération  ne  fera  pour  ainsi  dire 
que  les  irriter,  si  elle  n’entraîne  pas  de  conséquences  plus  promptement 
fâcheuses. 

«  Tant  que  la  lésion  paraît  localisée,  a  dit  Panas,  dans  une  seule  région 
du  corps,  que  la  rate  reste  normale,  ainsi  que  les  autres  parties  des  sys¬ 
tèmes  lymphoïde  et  lymphatique,  que  le  sang  ne  présente  pas  de  glo¬ 
bules  blancs  en  excès,  que  la  santé  reste  bonne,  et  que  l’on  ne  prévoit  pas 
de  trop  grands  dangers  opératoires,  il  est  permis  d’opérer,  tout  en  faisant 
des  réserves  surlapossibilité  d’une  récidive.  Dans  les  conditions  opposées, 
sauf  nécessité  absolue  (asphyxie,  gêne  de  la  déglutition,  etc.),  il  est  plus 
prudent  dé  s’abstenir  de  toute  intervention  chirurgicale.  » 

Traitement.  —  Le  médecin  ne  doit  pas  perdre  courage  en  face  d’un 
mal  qui  défie  ses  efforts.  Les  progrès  de  la  science  élucideront  sans  doute 
la  pathogénie  encore  si  obcure  de  la  diathèse  lymphogëue,  et  la  connais¬ 
sance  de  sa  nature  intime  pourra  servir  alors  à  instituer  un  traitement 
rationnel. 

La  thérapeutique  a  fait  appel  à  quatre  médications  : 

1°  L’huile  de  foie  de  morue,  les  martiaux,  le  quinquina  et  le  régime 
Ionique,  l’hydrothérapie  ; 

2°  L’iodure  de  potassium  et  les  applications  topiques  de  teinture  d’iode; 


478  LEUCOCYTHÉMIE.  —  traitement. 

3“  Les  mercuriaux,  qui  ont  été  principalement  administrés  sous  la  forme 
de  décoction  de  Zittmann  ; 

4°  Les  arsenicaux. 

Enfin,  il  est  encore  un  certain  nombre  de  moyens,  tels  que  la  transfusion 
et  l’extirpation  de  la  rate  tentés  par  quelques  novateurs  hardis  ;  mais  le 
succès  n’a  pas  toujours  répondu  à  leurs  espérances,  et  leurs  essais  infruc¬ 
tueux  ont  trouvé  jusqu’ici  peu  d’imitateurs. 

1“  Médication  tonique.  —  La  diathèse  lymphogène  entraînant  un  état 
anémique  particulier,  une  cachexie  progressive,  on  a  tout  d’abord  em¬ 
ployé  contre  elle  les  préparations  ferrugineuses,  le  quinquina,  les  analep- 
'  tiques,  l’huile  de  foie  de  morue,  un  régime  réparateur.  Ces  moyens  ration¬ 
nels  constituent  en  effet  la  hase  du  traitement  ;  mais,  si  logiques  qu’ils 
soient,  ils  ne  comptent  aucune  guérison. 

«  Le  fer  est  certainement  indiqué,  dit  Isambert,  dans  la  leucocjdhémie 
par  ses  propriétés  toniques,  et  par  l’action  que  nous  lui  voyons  exercer 
sur  la  crase  du  sang  dans  la  chlorose.  Un  médicament  qui  semble,  comme 
celui-là,  exercer  une  action  'réelle  sur  la  formation  des  globules  rouges,  ne 
saurait  être  négligé  dans  une  maladie  où  ceux-ci  tendent  à  disparaître. Le 
fer  a  donc  été  donné  6  fois  sur  32  (relevé  de  Vidal),  et  depuis  par  plusieurs 
observateurs.  11  n’a  pas  guéri  la  maladie,  mais  il  a  paru  plusieurs  fois  pro¬ 
duire  de  bons  effets,  soutenir  les  forces  du  malade,  diminuer  l’aspect 
cachectique  (obs.  de  Trousseau,  etc.).  Les  préparations  de  fer  que  l’on 
devra  préférer  sont  celles  qui  sont  d’une  assimilation  facile,  et  ne  déter- 
’  minent  pas  de  troubles  digestifs,  comme  le  citrate,  le  phosphate  de  fer, le 
tartrate  ferrico-potassique.  Enfin  le  perchlorure  de  fer  est  formellement 
indiqué  dans  les  formes  hémorrhagiques,  et  doit  être  donné,  à  l’intérieur 
à  la  dose  del5  à  20  gouttes  dans  une  potion  gommeuse,  et  à  l’extérieur  en 
applications  topiques  sur  les  points  où  les  hémorrhagies  se  produisent.  » 
,  •  Mosler,dans  un  cas  de  leucémie  spléno-ganglionnaire,  a  observé  une  amé¬ 
lioration  manifeste  à  la  suite  d’une  cure  thermale  faite  à  Schwalbach.  De 
son  côté  Valentiner  a  signalé  les  heureux  effets  des  eaux  de  Pyrmont  sur 
un  leucémique  qui  recouvra,  à  la  suite  de  ce  traitement  ferrugineux,  son 
appétit  et  ses  forces. 

La  plupart  des  auteurs,  s’efforçant  de  puiser  leurs  indications  thérapeu¬ 
tiques  dans  la  manifestation  prédominante  de  la  maladie,  ont  appliqué  le 
!  1  quinquina  et  le  sulfate  de  quinine  dans  la  forme  splénique  et  le  traitement 

I  ioduré  ou  mercuriel  dans  la  forme  ganglionnaire,  mais  presque  toujours 

:  j  avec  le  même  insuccè’s. 

,  Les  uns,  croyant  à  une  influence  paludéenne,  les  autres  voulant  agir 

i  i  sur  l’hypertrophie  de  la  rate  qu’ils  supposaient  être  le  point  de  départ  de 
‘  '  la  maladie,  ont  donné  le  sulfate  de  quinine.  Neuf  malades,  d’après  Vidal, 
j  '  ont  été  soumis  à  cette  médication.  Chez  plusieurs  le  médicament  fut  porté 
■  à  des  doses  assez  élevées,  pour  produire  des  phénomènes  physiologiques; 

mais  ce  médicament,  si  efficace  d’ordinaire  dans  la  mégalosplénie  d’ori¬ 
gine  palustre,  est  le  plus  souvent  resté  sans  action,  sur  les  symptômes  et 
sur  la  marche  de  la  leucocythémiê.  Cependant,  lorsque  la  maladie  sur- 


LEÜCOGYTHÉMIE.— TfiAiTEMENT.  479 

vient  à  la  suite  de  la  cachexie  paludéenne,  l’usage  longtemps  continué 
du  sulfate  de  quinine  à  hautes  doses  a  semblé  donner  quelques  bons  ré¬ 
sultats  dans  les  mains  de  Mosler,  qui  en  a  administré  plus  de  12  grammes 
dans  l’espace  de  trois  semaines  à  l’un  de  ses  malades.  Cet  auteur  a  fait 
d’intéressantes  expériences  sur  les  chiens,  tendant  à  démontrer  l’action 
dece  médicament  sur  la  contractilité  de  la  rate.  Il  a  vu  l’organe  splénique 
diminuer  notablement  de  volume,  au  bout  d’une  heure,  sous  l’influence 
de  doses  relativement  faibles  de  sulfate  de  quinine.  La  préparation  qui- 
nique  à  laquelle  il  donne  la  préférence  est  le  chlorhydrate  de  quinine 
qui,  d’après  Binz,  serait  beaucoup  plus  soluble  que  le  sulfate,  et  voici  la 

4  grammes,  i 

2  —  j  A  prendre  tous  les  matins,  ’ 

150  —  par  cuillerées  à  bouche,  à 

_  sis  heures,  à  sept  heures 

et  à  huit  heures. 

10  - 

Dans  le  cas  où  la  forme  liquide  ne  peut  pas  être  supportée,  Mosler  pres- 
critles  pilules  suivantes  : 

Chlorhydrate  de  quinine.  .  . 

Dissous  dans  acide  chlorhydrique 

Eau  distillée . 

Ajoutez  ; 

Poudre  de  guimauve.  )  ^ 

Sucre  candi . j  ’  ‘ 

F.  S.  A.  Pilules  n»  100. 

Prendre  matin  et  soir  cinq  pilules. 

H.  Eame  a  récemment  obtenu  d’excellents  effets  du  citrate  de  fer  as¬ 
socié  au  sulfate  de  quinine  dans  un  cas  de  leucémie  liénale  avancée.  Mal¬ 
heureusement,  le  malade  était  encore  en  traitement,  au  moment  où  l’obser¬ 
vation  a  été  publiée,  et  l’on  ne  peut  partant  considérer  son  amélioration 
manifeste  comme  définitive. 

L'huile  de  foie  de  morue  a  été  quelquefois  administrée,  elle  devait  l’être 
dans  une  affection  où  la  nutrition  est  languissante,  où  l’organisme  tout 
entier  subit  le  retentissement  de  la  profonde  dyscrasie  sanguine  et  de  la 
cachexie  progresssive. 

Au  nombre  des  modificateurs  généraux  et  puissants,  nous  devons  encore 
àl(T  l’hydrothérapie  qui,  dans  les  mains  de  Fleury,  paraît  avoir  rendu 
quelques  services.  Mosler,  qui  se  montre  très-partisan  des  douches  froi¬ 
des  dans  le  traitement  des  fièvres  intermittentes  rebelles,  a  employé  ce 
moyen  pour  combattre  l’hypertrophie  splénique  dans  les  formes  liénales 
delà  leucémie,  et  affirme  avoir  obtenu,  au  bout  de  quelques  jours  de  l’em¬ 
ploi  des  douches  locales  sur  l’hypochondre  gauche,  une  diminution  nota- 
hle  du  volume  de  la  rate  ;  mais  chez  un  de  ses  malades  il  fut  obligé  de 
suspendre  le  traitement  hydrothérapique,  qui  avait  exaspéré  la  toux  et  les 
accidents  thoraciques.  Dans  un  cas  de  pseudo-leucémie  avec  hypertrophie 
splénique  considérable  (la  rate  mesurait  en  effet  en  longueur  25  centi- 


5  grammes 
15-  gouttes 
Q.  S. 

a.  S. 


formule  qu’il  recommande  : 

Chlorhydrate  de  quinine.  .  .  . 

Acide  chlorhydrique . 

Eau  distillée . 

Mucilage  de  gomme.  ) 

Sirop  simple. 

Teinture  de  cannelle . 


480  LEÜCOCYTHÉMIE.  —  traitement. 

mètres,  et  en  largeur  15  centimètres) ,  les  douches  froides  furent  combinées 
avec  la  médication  quinique.  Ce  traitement  fut  continué  pendant  un  mois, 
et  au  bout  de  ce  temps,  la  matité  splénique  ne  mesurait  que  1 6  centimètres 
de  long  sur  11  centimètres  de  large,  et  le  malade  se  trouva  sensiblement 
soulagé.  Mais  il  n’est  pas  plus  question  de  guérison  dans  ce  cas  que  dans 
les  précédents,  et  le  même  aveu  d’impuissance  doit  s’appliquer  aussi  aux 
autres  moyens  que  nous  devons  cependant  mentionner,  car  ils  répondent 
pour  la  plupart  aux  indications  pathologiques  les  plus  élémentaires. 

2°  Médication  désolutive.  —  C’est  surtout  dans  la  forme  ganglionnaire 
de  la  leucocythémie  et  dans  l’adénie,  que  les  diverses  préparations  iodées 
ont  été  mises  en  usage. 

Bennett  et  Craigie  avaient  prescrit  Viodure  de  fer  dans  l’espérance  de 
résoudre  les  tumeurs  ganglionnaires,  tout  en  relevant  les  forces  du  ma¬ 
lade.  Quoique  devant  en  apparence  remplir  cette  double  indication  théra¬ 
peutique,  ce  médicament,  employé  plusieurs  fois  par  nous,  a  également 
trompé  nos  espérances.  «  Il  résulte,  dit  Isambert,  des  faits  observés  jus¬ 
qu’à  ce  jour  que  l’on  n’obtient  ordinairement  aucun  résultat  favorable  du 
traitement  ioduré  et  que  si,  dans  quelques  cas  on  a  vu  diminuer  les  tu¬ 
meurs  lymphatiques,  on  a  vu  en  même  temps,  ou  s’aggraver  l’état  gé¬ 
néral  ou  apparaître  des  accidents  viscéraux  (observations  de  Grisolle  et 
Hémey,  observation  de  Vigier).  »  Et  il  ajoute  :  «  Dans- un  cas  récent  où 
nous  avions  diagnostiqué  une  adénie,  nous  avions  cru  pouvoir  prescrire 
une  petite  quantité  d’iodure  de  potassium.  Quelques  jours  après,  des 
épistaxis  avaient  lieu,  on  constatait  l’apparition  de  la  dyscrasie  sanguine, 
et  nous  nous  hâtions  d’abandonner  une  médication  qui  pouvait  être  fu¬ 
neste.  On  voit  combien  il  faut  être  sobre  de  la  médication  iodurée,  même 
dans  les  cas  où  elle  paraîtrait  indiquée  par  les  tumeurs  ganglionnaires, 
et  comment  il  ne  faut  jamais  perdre  de  vue  l’état  général  du  malade  pour 
sacrifier  à  quelque  idée  systématique.  »  Cette  opinion,  peut-être  trop  exclu¬ 
sive,  semble  cependant  partagée  par  Potain,  qui,  s’appuyant  sur  une  obser¬ 
vation,  citée  par  Lancereaux,  et  sur  quelques  faits  analogues  observés  par 
lui-même,  pose  en  principe  que  la  médication,  iodée  intervenant  avec 
une  certaine  activité,  pent  avoir  sur  l’état  général  une  influence  désas¬ 
treuse,  alors  même  qu’elle  produit  une  diminution  notable  dans  le  vo¬ 
lume  des  tumeurs.  «  Aussi,  dit-il,  l’intervention  médicale  se  borne-t-elle 
le  plus  souvent,  en  pareil  cas,  à  combattre  les  symptômes  prédominants 
ou  pénibles  par  des  moyens  thérapeutiques  appropriés.  » 

En  dépit  des  assertions  formulées  par  des  auteurs  aussi  compétente, 
nous  devons  toutefois  reconnaître  qu’un  certain  nombre  de  cliniciens, 
d’un  mérite  et  d’une  valeur  incontestable,  sont  unanimes  pour  accorder 
une  grande  confiance  à  l’iodure  de  potassium  et  aux  eaux  minérales  bro- 
mo-iodurées. 

Wunderlich  a  cité  un  cas  de  guérison  obtenue  au  moyen  de  la  solution 
d’iodure  de  potassium.  Le  malade  vit  ses  ganglions  revenir  à  l’état  normal 
au  bout  de  trois  semaines,  après  avoir  pris  deux  drachmes  et  demi 
(2®'', 65)  d’iodure  de  potassium  par  jour.  Mais  nous  ignorons  sfla  guérison 


LEÜCOGYTHÉMIE.  —  tbaitesient.  481 

s’est  maintenue  dans  la  suite  et  s’il  n’y  a  pas  eu  récidive;  il  convient 
donc  de  faire  quelques  réserves  à  ce  sujet.  En  tout  cas,  fût-il  prouvé  par 
la  suite  qu’il  n’y  eut  là  qu’une  amélioration  très-notable,  mais  éphé¬ 
mère,  ce  cas  n’en  mériterait  pas  moins  d’être  pris  en  sérieuse  considéra¬ 
tion,  et  devrait  encourager  à  essayer  do  nouveau  ce  médicament  contre 
une  affection  si  terrible,  qui  semble  déjouer  toutes  les  tentatives  de  Part. 
Mais,  comme  nous  l’avons  dit  précédemment,  l’iodure  de  potassium,  déjà 
essayé  par  plusieurs  médecins  français,  n’a  pas  eu,  entre  leurs  mains,  le 
succès  que  le  cas  de  Wunderlich  pouvait  faire  espérer.  Il  n’en  a  pas  été 
de  même,  il  est  vrai,  des  eauxiodurées. 

Cossy,  inspecteur  des  eaux  de  Lavey,  a  obtenu  la  diminution  des  engor¬ 
gements  ganglionnaires  pseudo-leucémiques  par  l’emploi  de  ces  eaux, 
administrées  à  l’intérieur  jusqu’à  effet  laxatif,  en  même  temps  qu’à  l’ex¬ 
térieur  on  employait  les  douches  froides  et  chaudes,  le  massage,  etc. 

'frousseau  inclinerait  à  croire  que  l’effet  de  ces  dernières  sources  est  dû 
àl’action  des  iodures  et  des  chlorures  et  dans  cette  vue,  il  conseille  les  eaux 
de  Saxon,  qui  contiennent  des  iodures  et  des  bromures  en  quantité  bien 
plus  considérable  (55  grammes  d’iodures  et  10  grammes  de  bromures 
pour  un  bain  de  300  litres).  L’un  de  nous  a  eu  récemment  l’occasion 
d’observer,  chez  un  de  ses  malades  atteint  de  lymphémie,  une  disparition 
presque  complète  “des  tumeurs  ganglionnaires  sous  l’influence  de  ce  trai¬ 
tement  hydro-minéral,  qui  avait  en  outre  produit  un  amendement  mani¬ 
feste  de  tous  les  symptômes.  Trois  mois  après  son  retour  des  eaux  de 
Saxon,  notre  malade,  après  cette  amélioration  inespérée,  mais  trop  brève, 
tomba  dans  le  marasme  et  fut  emporté  par  les  progrès  de  la  cachexie. 

Parmi  les  stations  minérales  bromo-iodurées, nous  citeronsencore:  celles 
deKreuznach,  deNauheim,  de  Salins,  de  Salies  (de  Béarn).  Ces  dernières 
eaux  ont  donné  des  résultats  avantageux,  mais  passagers  dans  un  cas 
d’adénie  (de  Larroque). 

L’iode  a  encore  été  appliqué  localement  pour  combattre  l’hypertrophie 
ganglionnaire  de  la  diathèse  lymphogène,  soit  sous  forme  de  badigeon¬ 
nages  de  teinture  d’iode,  d’onctions  avec  les  pommades  iodurées,  voire 
même  d’injections  interstitielles  de  solutions  iodées  (1  gramme  de  tein¬ 
ture  d’iode)  portées  au  centre  des  ganglions  engorgés  à  l’aide  de  la 
seringue  de  Pravaz  (Langenbeck). 

Celle  médication  n’est  applicable  que  lorsque  la  portion  malade  du 
système  lymphatique  occupe  une  région  superficielle  et  facilement  acces¬ 
sible;  encore  ce  traitement  topique  et  direct  demeure-t-il  le  plus  souvent 
inefficace,  car  la  cause  générale,  inconnue  dans  son  essence,  et  origine 
première  de  la  maladie,  échappe  à  nos  moyens  d’action. 

5“  Médication  altérante.  —  Quelque  rationnels  que  paraissent  les 
médicaments  précédents,  ils  ne  comptent  cependant  aucune  guérison  po¬ 
sitive  :  ce  que  voyant,  quelques  médecins,  Niemeyer  entre  autres,  ont 
bté  une  médication  opposée,  fondée  sur  l’emploi  des  mercuriaux  ;  mais 
après  une  amélioration  momentanée,  la  maladie  n’en  a  pas  moins  eu  sa 
terminaison  ordinaire. 


XX.  -  .Tl 


482  LEUGOGYTHÉMIE.  —  teaitemekt. 

«  J’ai  vu,  écrit  Niemeyer,  dans  un  cas  de  leucémie  lymphatique,  les  tu¬ 
meurs  ganglionnaires  diminuer  passagèrement  de  volume  sous  l’influence 
de  la  décoction  de  Zittmann.  La  malade,  que  j’envoyai  plus  tard  dans  un 
établissement  hydrothérapique,  sembla  se  rétablir  et  recouvra  un  aspect 
florissant  ;  mais  quelques  mois  après,  le  mal  reprit  son  cours,  fit  des  progrès 
rapides,  et  se  termina  enfin  par  la  mort.  »  Or  la  décoction  de  Zittmann, 
employée  dans  ce  cas  par  Niemeyer,  n’est  autre  qu’un  apozème  à  base  mer¬ 
curielle,  ainsi  que  le  montre  soh  mode  de  préparation  que  nous  reprodui¬ 
sons  ici  : 

Racine  de  salsepareille .  573  grammes 

Eau .  24  kilogrammes 

Faites  digérer  pendant  vingt-quatre  heures  et  ajoutez  : 


Sucre  d’alun  (alun  4,  kino  1) .  48  grammes 

Calomel  .  IG  — 

Cinabre  .....  .  4  '  — 


Faites  bouillir  jusqu’à  la  réduction  d’un  tiers  et  ajoutez  : 

96  grammes 
48  - 

16  — 

Infusez  et  passez.  —  Un  demi-litre  matin  et  soir. 

En  se  rappelant  la  diminution  de  volume  des  lymphadénomes  sous 
l’influence  de  la  diarrhée,  on  pourra  s’expliquer  l’heureux  effet  de  la  tisane 
de  Zittmann  qui  est  légèrement  purgative. 

Le  mercure  a  été  donné  à  l’intérieur  jusqu’à  salivation  à  trois  malades, 
d’après  le  relevé  de  Vidal.  On  l’a  employé  également  en  onctions  exter¬ 
nes,  dans  l’espérance  de  faire  fondre  les  tumeurs,  mais  toujours  avec  le 
même  insuccès. 

4°  Médication  arsenicale.  —  L’arsenic  a  été  employé  dans  quelques 
cas.  Oppolzer  l’administrait  sous  forme  de  liqueur  de  Fowler.  Billrotha 
rapporté  un  fait  de  pseudo-leucémie  traitée  avec  succès  par  l’arséniate 
de  soude  ;  mais  le  malade  n’a  pas  été  suivi  assez  longtemps  pour  que  l’on 
puisse  considérer  sa  cure  comme  radicale,  et  tout  porte  à  penser  qu’il 
s’agit,  dans  ce  cas,  d’une  de  ces  améliorations  passagères  si  fréquemment 
observées  dans  le  cours  de  cette  redoutable  maladie. 

On  peut  cependant  rapprocher  de  ce  fait  l’observation  du  malade  traité 
par  Hérard.  Atteint  depuis  quatre  ans  d’engorgements  ganglionnaires  gé¬ 
néralisés,  il  les  vit  s’immobiliser  sous  l’influence  des  eaux  chlorurées  ar¬ 
senicales  de  la  Bourboule,  si  justement  réputées  dans  la  scrofule  ganglion¬ 
naire  et  osseuse. 

Cette  médication  hydro-minérale  a  échoué  complètement  chez  le  malade 
de  Bourdon. 

5“  Moyens  divers.  —  En  dehors  de  ces  quatre  médications  fondées  sur 
des  indications  thérapeutiques  plus  ou  moins  logiques,  il  nous  resterait 
encore  à  citer  un  certain  nombre  de  moyens  essayés  dans  le  traitement  de 


LEUCOCYTHÉMIE.  -  TRAITEMEHT.  483 

celte  maladie,  où  l’empirisme  régnera  malheureusement  en  maître  tant 
que  sa  cause  première  nous  sera  inconnue. 

Grocler  rapporte  un  cas,  observé  dans  le  service  de  Verneuil,  et  dans  le¬ 
quel  l’administration  du  phosphore  (3  milligrammes)  à  l’intérieur  parut 
coïncider  avec  une  diminution  notable  des  tumeurs  ganglionnaires  ;  non- 
seulement  les  ganglions  devinrent  plus  mobiles,  mais  on  put  constater  une 
diminution  réelle  de  leur  volume,  et  plusieurs  même  des  plus  petits  dispa¬ 
rurent  complètement.  «Nous  n’osons  pas.  affirmer,  ajoute-t-il  que  cette 
amélioration  soit  due  à  l’action  de  la  préparation  phosphorée,  ni  qu’elle 
doive  se  maintenir  ;  mais  ce  fait  n’en  est  pas  moins  digne  d’attention  et 
mérite  d’être  noté.  Ce  moyen  doit  être  essayé  dans  d’autres  cas.  » 

Tout  récemment  Siredey  a  employé  un  topique  nouveau,  l’iodophétiol 
sous  forine  de  pommade,  ainsi  formulée  : 

lodophénol .  4  grammes 

Axonge . 30  — 

L’état  des  ganglions  resta  stationnaire,  malgré  les  applications  répétées 
de  cette  pommade  (Rousseau) .  . 

Les  inhalations  d’oxygène  ont  été  appliquées  par  l’un  de  nous  chez  un 
leucémique  parvenu  à  la  dernière  période  du  marasme  et  de  la  cachexie, 
l’amendement  des  symptômes  dyspnéiques,  que  les  premières  inhalations 
produisirent,  fut  tel  que  le  malade,  en  proie  auparavant  à  une  orthopnée 
des  plus  violentes,  put  respirer  avec  facilité  et  recouvrer  momentanément 
lecalme  et  le  sommeil.  Mais  cette  amélioration  ne  fut  que  de  trop  courte 
durée  et  peu  de  temps  après  il  s’éteignit  dans  le  marasme  le  plus  proj 
fond.  Ce  moyen  a  été  récemment  essayé  sans  succès  en  Amérique,  dans 
un  cas.de  leucémie  splénique  par  Sizer.  Il  faisait  respirer  tous  les  jours  à 
son  malade  près  de  trente  litres  d’oxygène  (6  gallons,  trois  fois  par  jour), 
le  tracé  sphymographique,  pris  avant  et  après  l’inhalation,  ne  montrait 
d'autre  différence  dans  le  pouls  qu’une  plus  grande  impulsion  systolique 
après  chaque  séance  atmiatrique. 

Malgré  ces  tentatives  infructueuses,  les  inhalations  d’oxygène  nous 
semblent  devoir  être  applicables  avec  avantage,  sinon  pour  guérir  une 
maladie  qui  échappe  à  nos  moyens  d’action,  du  moins  pour  en  atténuer 
uudes  phénomènes  les  plus  fâcheux  et  les  plus  pénibles. 

Loin  de  nous  la  pensée  de  vouloir  passer  successivement  en  revue  tous 
lesagents  mis  en  usage  ou  proposés  pour  combaÿre  la  leucocythémie,  une 
telle  énumération  serait  à  la  fois  fastidieuse  et  stérile  ;  nous  ne  pouvons 
cependant  terminer  ce  chapitre  si  plein  de  desiderata  et  de  lacunes,  sans 
signaler  deux  moyens  que  la  prudence  réprouve,  mais  que  le  succès 
semble  avoir  légitimés.  Nous  voulons  parler  de  la  transfusion  du  sang  et 
de  l’extirpation  de  la  rate  ou  des  ganglions  lymphatiques. 

La  transfusion  du  sang  a  été  pratiquée  pour  la  première  fois  par  Blasius 
(de  Halle)  en  1863,  d’après  le  conseil  de  Th.  AVeber,  chez  un  leucémique, 
l’opération  produisit  |un  amendement  passager  des  symptômes,  mais  le 
malade  succomba  dix  jours  après. 


484 


LEUGOGYTHÉMIE.  —  traitement. 

Mosler  l’a  pratiquée  trois  ans  après  (7  avril  1866)  dans  son  service,  avec 
Grohe  et  Landois,  chez  un  homme  de  54  ans  atteint  depuis  plusieurs  mois 
de  leucémie  splénique.  Après  la  transfusion  de  180  centimètres  cubes  de 
sang  défibriné,  la  tuméfaction  de  la  rate  parut  diminuer  rapidement  et 
le  nombre  de  globules  blancs  alla  aussi  en  décroissant.  Malheureusement, 
cinq  semaines  après  l’opération,  le  malade  demanda  à  retourner  dans 
son  pays  et  quatre  mois  après  il  écrivit  qu’il  allait  mieux;  «mais  depuis 
ce  moment,  ajoute  Mosler,  il  a  cessé  de  donner  de  ses  nouvelles.  »  Dans 
un  autre  cas  observé  par  le  même  auteur,  le  résultat  parut  tout  aussi  favo¬ 
rable.  La  transfusion  fut  pratiquée  chez  ce  second  malade,  épuisé  par  des 
hémorrhagies  abondantes  (épistaxis,  entérorrhagies);  comme  le  précédent, 
il  était  atteint  de  leucémie  splénique,  liée  probablement  à  une  cachexie 
palustre  antérieure.  Après  l’injection  de  225  grammes  de  sang  défibriné 
dans  la  veine  du  bras  gauche,  le  malade  âgé  de  35  ans  éprouva  un  sou¬ 
lagement  notable.  Son  teint  devint  moins  pâle,  il  parut  recouvrer  ses  forces 
perdues,  les  sueurs  nocturnes  et  les  hémorrhagies  disparurent,  en  même 
temps  que  les  globules  rouges  du  sang  augmentèrent  de  nombre,  et  les 
leucocytes  devinrent  moins  abondants.  Bref,  le  résultat  immédiat  fut  très- 
satisfaisant.  Cinq  semaines  après,  Hueter,  encouragé  par  ce  premier  succès, 
entreprit  de  nouveau  la  transfusion  chez  ce  même  malade  ;  il  injecta  210 
centimètres  cubes  de  sang  défibriné  dans  l’artère  tibiale  antérieure  ;  le 
malade  se  sentit  aussitôt  soulagé,  mais  huit  jours  après,  il  succombait  aux 
suites  d’une  péritonite  aiguë  et  d’un  phlegmon  suppuré  de  la  jambe. 

La  transfusion  artérielle,  conseillée  par  de  Græle,  en  1866,  a  été  tentée 
par  H.  Leisering,  en  1872,  contre  la  leucémie,  à  la  clinique  chirurgi¬ 
cale  de  Breslau.  Après  l’injection  de  100  grammes  de  sang  défibriné,  le 
malade  mourut  subitement,  et  l’autopsie  ne  put  faire  découvrir  lajcausede 
ce  funeste  accident. 

Dans  le  cours  de  la  mèmè  année,  Heincke  a  pratiqué  la  transfusion  vei¬ 
neuse  de  200  grammes  de  sang  défibriné  chez  un  jeune  homme  de  dix- 
huit  ans  affecté  de  leucémie  lymphatique.  Aussitôt  après  l’opération,  ce 
malade  fut  pris  d’un  violent  accès  de  frisson,  de  fièvre  intense,  accom¬ 
pagnée  d’une  inflammation  phlegmoneuse  du  coude  et  mourut  au  bout  de 
treize  jours. 

L’issue’  fatale  observée  dans  ces  trois  derniers  cas  n’est  pas  suffisam¬ 
ment  compensée  par  les  succès  incomplets  ou  équivoques  obtenus  par  Bla- 
sius  et  Mosler  pour  que  l’on  soit  en  droit  de  conseiller  l’emploi  de  ce  dan¬ 
gereux  moyen  dans  le  traitement  de  la  leucémie.  Il  ne  doit  y  figurer  qu’à 
titre  de  moyen  extrême  et  seulement  applicable  dans  le  cas  où  des  sym¬ 
ptômes  graves  et  alarmants  viendraient  mettre  en  danger  la  vie  du  malade. 

Néanmoins  Mosler,  encouragé  sans  doute  par  ses  deux  tentatives  per¬ 
sonnelles,  recommande  la  transfusion  dans  tous  les  cas  de  leucocytbémie 
intense  ;  et  pour  démontrer  son  innocuité,  il  s’appuie  sur  les  assertions 
de  ülerhart,  qui  semblent  singulièrement  infirmées  par  les  faits  récents 
que  nous  venons  de  signaler  et  qui  doivent,  sinon  faire  abandonner  ce 
moyen,  du  moins  engagera  n’y  recourir  qu’avec  la  plus  extrême  prudence. 


LEUCOCYTHÉMFE.  —  traitement. 


485 


Nous  serons  encore  plus  réservés  a.n  sujcl  àeV extirpation  de  la  rate, 
indiquée  par  Cœlius  Aurélianus,  et  exécutée  pour  la  première  fois  en  1549, 
àPalerme,  par  A.  Zaccarelli  et  Fioraventi,  sur  une  femme  âgée  de  24  ans, 
atteinte  d’une  énorme  hypertrophie  splénique  (la  rate,  dans  ce  cas,  pesait 
en  elfet  1340  grammes,  52  onces  italiennes)  consécutive  à  une  fièvre 
quarte;  la  guérison  eut  lieu  en  vingt-quatre  jours. 

Depuis  cette  époque,  la  splénotomie  a  été  pratiquée  sept  fois  pour  des 
maladies  de  la  rate  (Quittenhaum  (1836),  Kuchler  (1855),  Spencer  Wells 
(1866), Péan  (1868),  Kœberlé  (1868),  Bryant  (1868),  et  sur  ce  nombre 
nous  n’avons  à  enregistrer  qu’une  seule  guérison,  et  encore  s’agissait-il 
dans  ce  cas  d’un  kyste  séreux  de  la  rate  (Péan).  Dans  les  autres  obser- 
ralions  la  leucémie  ne  se  trouve  explicitement  indiquée  que  trois  fois 
(Kœberlé,  Thomas  Bryant,  2  cas). 

La  splénotomie  dans  ces  trois  derniers  cas,  aussi  bien  que  dans  les  trois 
précédents,  a  été  suivie  très-rapidement  de  la  mort  des  opérés  (6  jours, 
6heures,  2  heures  après  l’opération),  et  ces  résultats  suffisent  à  prouver 
que  l’audacieuse  tentative  de  Péan,  quoique  couronnée  de  succès,  ne' doit 
pas  trouver  d’imitateurs.  Il  y  a  des  cas,  en  effet,  où  la  hardiesse  d’un  opé¬ 
rateur  devient  plus  que  de  la  témérité.  De  l’avis  de  tous  les 'chirurgiens 
la  splénotomie  est  formellement  contre-indiquée  chez  les  leucémiques. 

Quant  à  {'extirpation  des  ganglions  hméfiés,  quoiqu’elle  ait  été  tentée 
avec  succès  parLücke,  nous  n’oserions  la  conseiller  qu’avec  la  plus  ex¬ 
trême  réserve,  et  encore  est-il  nécessaire  d’établir  des  distinctions  à  cet 
égard.  Nous  avons  déjà  précédemment  rapporté  les  sages  préceptes  for¬ 
mulés  par  Panas  ;  nous  nous  bornerons  à  rappeler  encore  qu’au  début  de 
la  maladie  les  chances  de  l’opération  paraissent  plus  favorables,  et  que  les 
formes  dures  du  lymphome  ganglionnaire  (lympho-sarcome)  laissent  en 
général  un  espoir  de  succès  plus  grand,  sans  doute  à  cause  de  leur  len¬ 
teur  de  développement  et  de  leur  généralisation  plus  tardive. 

En  général  l’extirpation  d’un  plus  ou  moins  grand  nombre  de  ganglions 
hypertrophiés  n’empêche  pas  la  terminaison  fatale  et  peut  même  l’accé¬ 
lérer  en  provoquant  des  hémorrhagies  mortelles  (Lannelongue).  Ainsi 
donc  il  nous  paraît  plus  sage  de  s’abstenir  de  toute  intervention  chirur¬ 
gicale;  même  dans  les  cas  de  suffocation  imminente,  la  trachéotomie,  qui 
aélé  du  reste  inutilement  pratiquée  (Trousseau),  ne  nous  seihble  indi¬ 
quée  comme  moyen  extrême  qu’en  l’absence  de  l’adénopathie  bron¬ 
chique,  qui  accompagne  si  fréquemment,  dans  cette  maladie,  l’engor¬ 
gement  des  ganglions  cervicaux. 

En  face  de  l’insufBsance  des  différents  moyens  que  nous  venons  dépas¬ 
ser  en  revue,  le  médecin  devra  se  borner  à  traiter  un  à  un  tous  les  symp¬ 
tômes,  ainsi  que  le  conseillé  Isambert.  Les  hémorrhagies  seront  combat- 
lues  énergiquement  par  le  percblorure  de  fer,  le  seigle  ergoté  ,  les 
applications  froides  ou  glacées,  le  tamponnement. 

On  aura  recours  aux  amers,  à  la  noix  vomique,  à  la  liqueur  de  Baumé 
pour  stimuler  l’appétit  défaillant.  La  constipation  devra  être  le  plus  sou¬ 
vent  respectée,  à  moins  qu’elle  ne  soit  opiniâtre.  Si  la  diarrhée  devient 


486  LEÜCOCYTHÉMIE.  —  traitement. 

colliquative,  on  aura  recours  au  bismuth,  aux  astringents,  au  tannin,  aux 

opiacés. 

Les  hydropisies,  et  en  particulier  l’ascite  et  Fcedème  des  extrémités, 
échappent  à  nos  moyens  d’action,  car  les  purgatifs  hydragogues  et  les 
diurétiques  sont  formellement  contre-indiqués  dans  l’espèce.  C’est  à  peine 
si  l’on  pourrait  conseiller  en  pareil  cas  les  fumigations  sèches  et  les  bains 
de  vapeur. 

Quant  aux  indications  thérapeutiques  particulières  à  chacune  des  for¬ 
mes  de  la  cachexie  lymphogène,  il  est  aussi  difficile,  dans  l’état  actuel 
de  nos  connaissances,  de  les  préciser  que  de  les  remplir. 

La  forme  intestinale  passe  le  plus  souvent  inaperçue,  et  si  le  diagnostic 
venait  à  être  posé  dès  le  début,  c’est  à  peine  si  tous  les  efforts  du  traite¬ 
ment  pourraient  prolonger  la  vie  du  malade.  L’alcool,  la  viande  crue,  le 
régime  lacté  nous  semblent  les  meilleurs  moyens  à  conseiller. 

Dans  la  forme  amygdalienne,  lorsque  le  lymphadénome  est  encore  loca¬ 
lisé,  peut-être  l’extirpation  delà  tumeur  préviendrait-elle  la  généralisation 
morbide  et  le  développement  de  la  cachexie,  ou  tout  au  moins  pourrait-elle 
enrayer  momentanément  les  progrès  du  mal.  Malheureusement,  la  nature 
de  l’hypertrophie  tonsillaire  reste  le  plus  souvent,  sinon  toujours  mécon¬ 
nue  au  début,  et  au  moment  où  la  question  d’intervention  chirurgicale  vient 
à  être  agitée,  il  n’est  déjà  plus  temps  d’arrêter  la  marche  progressive  et 
fatale  de  la  cachexie. 

Quant  aux  lymphadénomes  cutanés  à  leur  période  d’ulcération,  la  féti¬ 
dité  des  liquides  qui  en  découlent,  réclame  un  pansement  désinfectant 
au  chlorure  de  chaux  ou  à  l’acide  phénique.  La  solution  de  chloral  em¬ 
ployée  avec  succès  par  Martineau  pour  combattre  les  ulcères  gangréneux,  le 
glycérolé  à  l’essence  d’eucalyptus,  enfin  l’iodoforme  pourraient  également 
être  mis  à  profit  en  pareils  cas.  Ils  pourront  servir  en  effet  à  réveiller  la 
vitalité  des  plaies  et  à  activer  leur  cicatrisation. 

Le  traitement  des  formes  habituelles  de  la  diathèse  lymphogène  (leucocy- 
thémie,  adénie),  se  trouve  implicitement  renfermé  dans  les  pages  précé¬ 
dentes.  • 

Quoique  l’impuissance  trop  prouvée  de  la  thérapeutique  contre  cette  ma¬ 
ladie  ne  doive  laisser  au  médecin  aucune  illusion  sur  le  résultat  final  de  ses 
efforts,  loin  de  rester  inactif  dans  cette  lutte  inégale,  il  doit  combattre 
avec  énergie,  sinon  avec  espoir,  les  symptômes  douloureux  ou  inquiétants, 
modifier  l’état  général  et  combattre  l’anémie  par  les  martiaux,  les  prépa¬ 
rations  arsenicales  ou  iodées,  le  quinquina,  le  café,  la  coca,  une  alimen¬ 
tation  presque  exclusivement-  animale,  les  vins  généreux,  enfin  les  toni¬ 
ques  sous  toutes  les  formes,  qui  doivent  être,  la  base  de  la  médication  et 
auxquels  il  pourra  associer  avec  avantage  les  bains  sulfureux  ou  salés,  l’hy¬ 
drothérapie,  les  frictions  sèches  ou  stimulantes,  le  massage.  Enfin,  il  de¬ 
vra  se  souvenir  de  cette  parole  philosophique  et  éternellement  vraie  du 
maître  :  «  Le  médecin  guérit  quelquefois,  soulage  souvent,  et  doit  conso¬ 
ler  toujours!  » 

Pathologie  comparée.  —  De  la  leucocytheme  chez  les  animaux.  —  Il  ne 


LEÜGOCYTHÉMIE.  —  traitement.  ■iS? 

nous  paraît  pas  sans  intérêt  de  rapporter  ici  quelques  faits  nouveaux  de 
pathologie  comparée,  qui  pourront  peut-être  un  jour  éclairer  la  question 
encore  si  obscure  de  la  leucémie  et  de  ses  modalités.  Nous  ne  mention¬ 
nerons  que  pour  mémoire  les  essais  infructueux  d’inoculation  entrepris 
parMosler  qui,  à  plusieurs  reprises,  a  injecté  dans  les  veines  d’un  chien 
et  d’un  lapin  du  sang  frais  et  défibriné  d’un  leucémique,  sans  déterminer 
chez  ces  animaux  la  dyscrasie  globulaire  caractéristique.  L’insuccès  de  ces 
tentatives  expérimentales  démontre  bien  que  la  leucémie  n’est  ni  conta- 
^euse,  ni  transmissible  de  l’homme  aux  animaux  ;  mais  il  ne  prouve  pas 
que  ces  derniers  ne  puissent  pas  être  atteints  spontanément  eux-mêmes 
de  cette  maladie,  comme  Mosler  paraît  le  croire.  Nous  en  prendrons  pour 
exemple  les  cas  récemment  rapportés  par  le  professeur  Dollinger  (d& 
Zurich),  dans  un  intéressant  article  ayant  pour  titre  :  de  la  Leucémie  chez 
les  animaux  domestiques.  Il  résulte  des  faits  consignés  dans  ce  travail  que 
la  leucémie  a  été  observée  chez  la  plupart  de  ces  animaux  :  quatre  fois 
chez  le  chieniSiedamgrotzky  1 ,  Bollinger  5) , trois  fois  chez  le  porc  (Leisering, 
Furstenberg,  Bollinger),  une  fois  chez  le  chat  (Siedamgrotzky),  deux  fois 
chez  le  cheval  (Brûckmuller,  Rôll).  On  trouve  en  outre  la  leucémie  équine 
plusieurs  fois  indiquée  dans  la  littérature  hippiatrique  (Bericht  uber  das 
Yeterinàrwesen  im  Kônigreich  Sachsen  fur  das  Jahr  1858,  p.  55  ;  Ibid., 
1860,  p.  U;  1861,  p.  45  ;  1863,  p.  42);  mais  la  plupart  de  ces  derniers 
faits  ont  trait  à  la  leucocytose  symptomatique  bien  plus  qu’à  la  leucémie 
réritable. 

Si  les  cas  précédents  ne  permettent  pas  de  tracer  l’histoire  complète  de 
la  leucémie  chez  les  animaux,  ils  autorisent  toutefois  à  conclure  à  son 
identité  avec  celle  de  l’homme.  On  y  retrouve,  en  effet,  les  trois  formes  les 
plus  importantes  de  la  leucémie  humaine  (liénale,  lymphatique,  myélo- 
»ène)  ;  les  lésions  anatomiques  sont  les  mêmes,  l’altération  du  sang  s’y 
montre  très-accusée,  les  néoplasies  lymphatiques  se  retrouvent  dans  le 
foie,  dans  les  reins  et  jusque  dans  les  poumons,  la  cachexie  et  la  mort 
viennent  également  compléter  le  tableau  morbide.  L’étiologie  de  cette  af¬ 
fection  chez  les  animaux  est  aussi  obscure  que  celle  de  la  leucémie  hu¬ 
maine  ;  mais  ici  on  ne  peut  faire  intervenir  un  certain  nombre  de  causes 
qui  ont  été  invoquées  dans  la  pathogénie  de  cette  dernière,  telles  que  la 
syphilis,  les  fièvres  intermittentes,  qui  ne  doivent,  partant,  jouer. qu’un  rôle 
accessoire  dans  sa  production. 

Un  dernier  point  de  ressemblance  vient  enfin  compléter  ce  parallèle  ; 
il  résulte  en  effet  des  expériences  de  Bollinger,  que  le  sang  d’un  animal 
leucémique,  injecté  à  un  animal  sain  et  de  même  espèce,  ne  produit  pas  la 
leucémie  chez  ce  dernier.  La  maladie  n’a  jamais  pu  être  transmise  par 
cette  voie. 

Telles  sont  les  données  complémentaires  que  nous  avons  cru  devoir 
ajouter  au  tableau  clinique  précédent  ;  quoique  bien  incomplètes  encore, 
elles  sont  cependant  suffisantes  pour  démontrer  l’étroite  analogie  que  pré¬ 
sentent  la  leucémie  des  animaux  et  la  diathèse  lymphogène  de  l’homme. 
C’est  à  l’observation  ultérieure  qu’il  appartient  de  combler  les  nombreuses 


488  LEÜCOCYTHÉMIE.  —  bibliographie. 

lacunes  imputables  à  la  complexité  même  du  sujet,  autant  qu’à  l’insuffi¬ 
sance  des  faits  et  à  l’imperfection  de  nos  connaissances. 

L’ordre  chronologique  adopté  dans  l’énumération  des  travaux  déjà  nombreux  publiés  sur  h 
leucocythémie,  explique  la  brièveté  du  chapitre  consacré  à  l’historique  de  cette  affection.  Après 
avoir  indiqué,  dans  lé  courant  de  notre  article,  la  part  qui  revient  à  chacun  dans  cette  étude,  nous 
croyons  pouvoir  nous  borner  à  réunir  ici  les  indications  bibliographiques  qui  résument  à  elles 
seules,  pour  ainsi  dire  les  progrès  accomplis,  et  en  présentent  l’évolution  sans  cesse  croissante, 
durant  ces  trente  dernières  années.  A  vrai  dire,  l’histoire  de  la  leucocythémie  ne  devrait  prendre 
date  qu’à  partir  de  184.'i,  c’est-à-dire  de  l’année  même  où  Bennett  et  Virchow  lui  ont  donné  à 
la  fois  et  le  jour  et  le  nom  ;  mais  comme,  dans  les  auteurs  anciens  et  même  modernes,  on  trouve 
confondus,  sous  les  termes  vagues  d’engorgement,  d'obstruction,  d’hypertrophie  de  la  rate,  un 
grand  nombre  de  faits  qui  présentent,  ainsi  que  le  dit  Vidal,  une  ressemblance  évidente  et  presque 
une  identité  absolue  avec  les  cas  de  leucocythémie  publiés  jusqu’à  ce  jour,  et  comme  d’autre  part 
on  trouve  relatées  sous  le  nom  de  sang  blanc,  à! état  ■purulent  du  sang,  un  certain  nombre 
d’observations  microscopiques  antérieures  à  la  découverte  de  la  leucocythémie,  dans  lesquelles 
l’altération  du  sang  peut  jusqu’à  un  certain  point  être  rapprochée  de  la  dyscrasie  leucémique, 
nous  croyons  devoir,  par  respect  pour  la  tradition,  indiquer  ici  ces  travaux  et  leur  date,  comme 
complément  ou  appendice  de  la  bibliographie  de  la  leucémie. 

Hodgkin,  On  some  Morbid  appearances  of  the  absorbent  glands  and  spleen  (Medico-chirurg., 
Transactions,  t.  XVII,  p.  68  et  107,  1852). 

Dupuï,  Observation  d’une  altération  très-grande  du  sang  [Arch.  gén.  de  niéd.,  t.  VI,  p.  225, 
1834). 

OuiTTEHEAusi,  Commeutatio  de  Splènis  hypertrophie  et  historia  extirpationis  splenis  hypertro- 
phieæ,  cum  fortune  adverse  in  femina  vive  factæ.  Rostochii,  1856. 

Livois,  Bull,  de  la  Soc.  anatom.  de  Paris,  t.  XIII,  p.  289, 1838. 

NrvET,  Recherches  sur  l’engorgement  et  l’hypertrophie  de  la  rate  (Arch.  gén.  de  med.,  3'série, 
t.  I,  p.  321  et  329,  1858). 

Barth,  Observation  datant  de  1839  (Société  méd.  des  hôpitaux,  p.  59,  1855). 

Nasse  (H.),  Untersuchungen  zur  Phys,  und  Path,,t.  II,  p.  150, 1839. 

Kiwisch  von  Rotteeau,  Die  Krankheiten  der  Wochnerinnen.  Prag,  1840, 1,  p.  109  (observation 
d’Oppolzer  et  Ziettmann). 

Froriep  et  Gluge,  Anat.  microsk.  Untersuchungen.  Heft  II,  p.  176,  1841. 

Remak,  Ued.  Zeit.  des  ver.  für  Heilkunde  in  Prag-,  n“  27.  1841. 

Emuert,  Beilrage  zur  Pathol,  und  Thérapie,  Heft  I,  p.  49,  1842. 

Allen  Thompson  dans  Coejiak,  Natur.  history  ofthe  épidem.  fever,  p.  115.  London,  18}3. 
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Beichetead,  L’Expérience,  n»  364,  p.  399,  1844. 

Donné,  Cours  de  microscopie  complémentaire  des  études  médicales,  p.  152.  Paris,  1844. 

Henle,  Zeitschr.  für  rationnelle  Medizin,  p.  214, 1844. 

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LXIV.  oct.,  p.  400,  1845.  —  Monthly  Journal,  t.  XII,  p.  197,  1850.  —  Edinburgh  med. 
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de  biologie,  1'®  série,  t.  III,  p.  46,  1851).  —  On  the  fonction  of  tlie  Spleen  and  otlier  lyai- 
phatic  glands  as  secretor  of  the  blood  (Monthly  Journal  of  med.  Sciences,  t.  XIV,  p.  200, 
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Virchow,  Weissblult  (Froriep’ s Notizen,  n»  780,  novembre  1845). —  Weissblutt  und  Jlilztumorcn 
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LEUCORRHÉE,  de  Xeuxo?,  blanc,  et  psw,  je  coule;  fluor  albus, 
lueurs  blanches  (et  par  corruption  fleurs  blanches);  weisser  Fluss;  the 
ûite,  white  discharge  weakness. 

Déflnitiou,  historique.  —  Le  mot  leucorrhée  est  généralement 
appliqué  à  l’écoulement  muqueux  et  mucoso-purulent  des  parties  géni¬ 
tales  du  sexe  féminin. 

Dans  les  livres  anciens,  aux  articles  qui  concernent  les  maladies  propres 
aux  femmes,  il  est  déjà  fait  mention  des  écoulements  blancs  par  les  par¬ 
ties  génitales.  Hippocrate,  Galien,  Aretée,  Paul  d’Egine;  plus  tard, 
Fernel,  Baillou,  Duret  et  autres  en  ont  parlé  et  en  ont  donné  des  explica¬ 
tions  plus  ou  moins  en  harmonie  avec  les  théories  qui  régnaient  alors  en 
médecine. 

Les  auteurs  du  dix-septième  et  du  dix-huitième  siècle,  tels  que  Hoff¬ 
mann,  Astruc,  et  surtout  Raulin  et  Trnka  de  Krzowitz,  en  traitent  d’une 
manière  plus  explicite,  ou  ex  professa,  et  donnent  des  descriptions  com¬ 
plètes  de  ce  symptôme  de  maladies  très-diverses,  en  le  considérant  sous 
toutes  ses  formes. 

Les  auteurs  modernes,  notamment  Chambon  de  Mentaux,  Gardien, 
Capuron,  Pinel  et  Bricheteau,  Lagneau,  décrivent  longuement  la  leucor¬ 
rhée,  ses  causes,  ses  différentes  espèces  et  son  traitement,  tandis  que  d’au¬ 
tres,  tels  que  Aran,  Henry  Bennet,  Gallard  dédaignent  d’en  traiter  à  partj 
ou  n’en  parlent  qu’en  peu  de  mots,  la  considérant  comme  un  symptôme 
d’affections  diverses  des  voies  génitales  qui  ne  mérite,  pas  une  description 
particulière.  Courty  fait  exception  parmi  les  derniers  auteurs  ;  il  consacre 


496  LEUCORRHÉE.  —  défiritiok,  historique. 

plus  de  quarante  pages  à  la  description  de  la  leucorrhée,  et  fait  entrer 
dans  ce  long  article  des  écoulements  qui  n’ont  aucune  analogie  avec  elle, 
tels  que  l’hydrorrhée  utérine  pendant  la  grossesse,  l’hydropisie  de  la  ma¬ 
trice,  voire  même  sa  tympanite,  toutes  décrites  à  part  dans  les  auteurs  qui 
en  ont  fait  mention. 

A  partir  du  commencement  du  siècle  actuel,  on  a  souvent  décrit  les 
flueurs  blanches  sous  la  dénomination  de  catarrhe  utérin.  En  ISOl, 
J. -B.  Blatin  publia  un  premier  travail  qui  a  été  repris  et  augmenté  en 
1842,  par  H.  Blatin  et  Nivet.Dans  leur  cadre,  ils  ont  fait  entrer  à  peu  près 
toute  la  pathologie  féminine,  parce  qu’il  est  peu  de  maladies  des  femmes, 
surtout  de  maladies  organiques,  qui  ne  soient  accompagnées  d’écoule¬ 
ments  blancs  par  les  parties  génitales.  Nauche  décrit  égalementles  flueurs 
blanches  sous  le  nom  de  catarrhe  utérin.  Boivin  et  Dugès  en  font  un  cha¬ 
pitre  intitulé  :  Des  (lux  muqueux  de  l’utérus.  La  plupart  des  auteurs  n’y 
voient  qu’un  catarrhe  chronique  de  la  matrice. 

Les  auteurs  du  Compendium  de  médecine  pratique  disent  à  propos  de  la 
leucorrhée  :  «  De  nos  jours,’  la  science  a  été  replongée  dans  son  obscurité 
primitive;  des  charlatans,  pour  donner’ une  extension  plus  lucrative  à 
l’emploi  de  leurs  spécifiques,  envisagèrent  la  leucorrhée  comme  une  ma¬ 
ladie  toujours  identique,  devant,  par  conséquent,  toujours  être  combattue 
par  le  même  remède.  »  Ce  jugement  est  trop  sévère,  s’il  doit  s’appliquer 
à  la  médecine  actuelle.  Il  y  a  toujours  encore  et  partout,  des  charlatans; 
mais  tous  les  vrais  médecins  savent  et  reconnaissent  que  la  leucorrhée 
est  un  produit  d’une  affection  locale,  ce  qui  ne  peut  d’ailleurs  être  con¬ 
testé,  mais  ce  produit  est  un  accident  si  fréquent  et  si  important,  et  sou¬ 
vent  tellement  obscur  quant  à  son  origine  et  à  sa  véritable  cause  pro¬ 
chaine,  qu’il  mérite  d’être  décrit  d’une  manière  générale,  surtout  dans  un 
Dictionnaire,  où  l’on  veut  trouver  à  combien  de  causes  différentes  la  leu¬ 
corrhée  peut  être  attribuée,  quelle  est  en  général  sa  signification,  quelle 
peut  être  sa  gravité  et  quel  traitement  il  convient  de  lui  appliquer  suivant 
sa  nature. 

«  Certes,  disent  encore  les  mêmes  auteurs,  si,  comme  le  vomissement 
par  exemple,  la  leucorrhée  appartenait  toujours  au  même  organe  et  ne 
variait  que  dans  ses  causes,  il  faudrait  la  considérer  au  point  de  vue  sé¬ 
méiologique;  mais  il  n’en  est  pas  ainsi,  »  Tel  est  l’avis  de  Monneretet 
Fleury;  mais  nous  sommes  d’une  opinion  opposée,  car  tout  fait  croire 
que  le  point  de  départ  des  écoulements  blancs  par  les  parties  génitales  de 
la  femme  est  la  matrice,  en  tous  cas,  le  canal  génital,  qui  peut  être  con¬ 
sidéré  comme  un  organe  unique,  aussi  bien  que  l’estomac;  qu’ils  ont  des 
causes  très-variées  et  que  pour  ce  motif  la  leucorrhée  rentre  dans  la  caté¬ 
gorie  des  produits  ou  symptômes  que  l’on  peut  considérer  sous  le  point 
de  vue  séméiologique.  D’ailleurs,  on  décrit  bien  à  part  la  blennorrhagie, 
la  diarrhée,  les  hydropisies,  les  hémorrhagies,  etc.,  tous  symptômes  ou 
conséquences  de  maladies  aiguës  ou  chroniques  ou  d’altérations  diathési- 
ques,  et  produits  tellement  importants  qu’il  faut  compter  avec  eux  et  leur 
ajipliquer  un  traitement  particulier  et  varié  suivant  les  circonstances. 


LEUCORRHEE.  —  particularités  anat.  et  physiol.  497 

Nous  allons  esquisser  la  leucorrhée  à  grands  traits,  de  manière  à  en 
donner  une  idée  exacte  ;  énumérer  les  causes  auxquelles  on  l’a  attribuée, 
elles  discuter;  dire  comment  il  faut  s’y  prendre  pour  remonter  à  sa 
source  et  pour  fixer  les  bases  du  traitement  qu’elle  réclame.  Nous  décla- 
ronsà  l’avance  qu’il  faut  toujours  tâcher  de  remonter  à  sa  source,  rechercher 
avec  soin  par  quoi  elle  est  entretenue  avant  de  diriger  contre  elle  une 
médication  quelconque.  Tout  le  monde  comprend  aujourd’hui  que  les 
écoulements  blancs  par  les  parties  génitales  de  la  femme  ne  doivent  plus 
être  considérés  comme  identiques  et  traités  à  l’aveugle. 

Avant  de  procéder  à  la  description  des  différentes  variétés  de  leucor¬ 
rhée,  de  leur  point  de  départ,  de  leurs  causes,  des  signes  qui  les  caracté¬ 
risent,  de  leur  signification  et  du  traitement  qui  leur  est  applicable  en 
général,  il  nous  paraît  utile  de  rappeler  certaines  particularités  anatomi¬ 
ques  et  physiologiques  de  l’ensemble  d’organes  par  lesquels  cette  ma¬ 
tière  est  sécrétée  ou  formée. 

Particularités  anatomiques  et  physiologiques.  —  Une 

membrane  muqueuse'tapisse  le  canal  génital  dans  toute  sa  longueur,  de¬ 
puis  la  vulve  jusqu’aux  corps  frangés  de  la  trompe  de  Fallope.  A  son  ex¬ 
trémité  externe,  ce  revêtement  muqueux  est  en  rapport  avec  le  tégument 
commun,  la  peau  ;  à  son  extrémité  interne,  il  touche  au  revêtement  de  la 
cavité  abdominale  ou  péritoine.  Extérieurement,  la  transition  n’est  pas  su¬ 
bite,  c’est-à-dire  que  la  peau,  en  s’introduisant  dans  les  voies  génitales,  ne 
devient  pas  immédiatement  une  muqueuse  complète  ;  intérieurement  la 
muqueuse  semble  s’arrêter  brusquement  au  corps  frangé.  Il  y  a  plus,  la  mu¬ 
queuse  qui  tapisse  le  canal  génital  ne  présente  pas  des  caractères  identiques 
dans  tous  ses  points  :  elle  se  transforme  en  passant  du  vagin  dans  le  col  de 
l’utérus;  dans  le  corps  elle  présente  des  caractères  particuliers  et  se  mo¬ 
difie  encore  en  passant  dans  les  trompes.  Dans  le  vagin,  elle  conserve  quel¬ 
ques-uns  des  caractères  delà  peau,  elle  a  peu  ou  point  de  follicules  muqueux 
et  un  épithélium  pavimenteux;  dans  le  col ,  elle  possède  de  nombreux  follicu- 
lesdisséminés  qui  se  laissent  distendre  facilement  et  forment  alors  des  espèces 
dekystes  connus  sous  le  nom  à’ œufs  de  Naboth;  dans  le  corps,  elle  est  épaisse 
et  caractérisée  par  des  tubes  sécréteurs  juxtaposés  d’une  manière  serrée; 
dans  son  passage  du  vagin  au  col  et  au  corps,  son  épithélium  devient  vi- 
bralile;  dans  les  trompes,  elle  prend  l’aspect  de  la  muqueuse  buccale. 

11  serait  déplacé  de  donner  ici  plus  de  détails  anatomiques,  on  les  trou¬ 
vera  en  [lisant  la  description  complète  des  organes  génitaux  de  la  femme. 

La  membrane  muqueuse  du  canal  génital  a  pour  fonction  première  et 
principale  de  sécréter  une  matière  muqueuse  destinée  à  lubrifier  constam¬ 
ment  ces  parties  de  façon  à  empêcher  l’adhésion  de  leurs  parois,  à  les 
maintenir  souples  et  aptes  à  l’exercice  des  fonctions  relatives  à  la  généra¬ 
tion.  La  quantité  de  liquide  sécrété  doit  toujours  être  limitée  à  celle  qui 
est  nécessaire  à  celte  préparation,  et  sa  consistance  assez  grande  pour 
qu’il  reste  adhérent  aux  parois  du  canal.  Si  la  sécrétion  est  plus  abondante, 
le  mucus  sécrété  devient  en  même  temps  plus  fluide  et  s’écoule  au  dehors; 
felors  on  doit  déjà  la  considérer  comme  morbide. 


498  LEUCORRHEE.  —  particdlaeités  anat.  et  phvsiol. 

La  différence  anatomique  des  diverses  portions  de  la  muqueuse  génitale 
fait  supposer  que  la  sécrétion  de  chacune  d’elles  doit  présenter  certaines 
particularités  propres  à  faire  reconnaître  son  point  de  départ.  En  effet,  le 
mucus  vaginal  est  peu  épais,  un  peu  opaque  ou  lactescent,  quelquefois 
crémeux  ;  il  est  acide  et  renferme  une  quantité  plus  ou  moins  considérable 
de  cellules  plates  ou  d’épithélium  pavimenteux.  La  matière  sécrétée  parla 
cavité  de  l’utérus  est  de  consistance  albuminoïde,  visqueuse,  transparente  ; 
elle  renferme  des  corps  muqueux  et  de  l’épithélium  cylindrique  et  vibra- 
tile.  Cette  matière  est  constamment  alcaline.  Le  mucus  du  col  est  plus 
épais,  plus  visqueux  que  celui  du  corps;  le  premier  remplit  presque  tou¬ 
jours  le  canal  et  empêche  l’entrée  dans  la  cavité  du  corps  de  l’air  et  des 
liquides  injectés  dans  le  vagin.  Ces  deux  portions  de  la  muqueuse  utérine 
ont,  d’ailleurs,  des  fonctions  toutes  différentes  à  remplir  relativement  à 
la  génération.  La  sécrétion  des  trompes  est  moins  étudiée;  cependant,  on 
trouve  habituellement  dans  ces  canaux  un  liquide  plus  analogue  à  celui 
qui  est  sécrété  par  le  vagin  qu’à  celui  qu’on  rencontre  dans  la  matrice. 
On  le  dit  légèrement  alcalin  ou  tout  à  fait  neutre. 

Ainsi  que  nous  l’avons  dit,  toutes  ces  sécrétions  sont  destinées  à  lubri¬ 
fier  le  canal  de  la  génération  depuis  la  vulve  jusqu’au  pavillon  delà  trompe, 
mais  ne  doivent  jamais  devenir  assez  abondantes  pour  se  faire  jour  au 
dehors.  Il  est  cependant  des  étapes  de  la  vie  féminine  où  elles  sont  tem¬ 
porairement  augmentées  sans  constituer  alors  une  véritable  maladie,  si¬ 
non  chez  toutes,  du  moins  chez  un  grand  nombre. 

Déjà,  chez  l’enfant  nouveau-né,  on  voit  quelquefois  une  hypersécrétion 
muqueuse  par  le  canal  génital,  qui  vient  ordinairement  du  col  de  la  ma¬ 
trice,  relativement  gros  et  congestionné  ;  aussi  c’est  un  mucus  glaireus, 
épais,  gélatiniforme,  qui  s’amasse  derrière  la  valvule  hyménale. 

Chez  les  jeunes  filles  impubères,  il  n’est  pas  très-rare  non  plus  devoir 
des  écoulements  momentanés,  mais  qu’il  ne  faut  pas  confondre  avec  une 
hypersécrétion  vulvaire  à  laquelle  elles  sont  assez  sujettes,  surtout  celles 
qui  se  livrent  à  des  irritations  des  organes  sexuels.  Ensuite,  il  n’est  pas 
rare  que  l’établissement  définitif  de  la  menstruation  soit  précédé  par  une 
leucorrhée  plus  ou  moins  abondante,  continue  ou  intermittente.  Les  mères 
s’inquiètent  de  ces  flueurs  blanches,  qui  ne  sont  cependant  que  les  avant- 
coureurs  de  la  fleur  de  l’âge,  de  la  puberté.  Les  congestions  ovariques  et 
utérine  sont  suivies  d’hypersécrétion  muqueuse  qui  prépare  ces  organes  à 
entrer  définitivement  en  fonctions.  A  moins  que  ces  écoulements  ne  soient 
trop  abondants  et  n’aient  une  influence  débilitante  trop  grande  sur  la 
jeune  fille,  il  n’y  a  pas  lieu  d’intervenir. 

Chez  la  femme  faite,  menstruée  plus  ou  moins  exactement,  les  règles  sont 
quelquefois  précédées,  d’autres  fois  suivies,  ou  précédées  et  suivies  d’un 
écoulement  leucorrhéique.  Cet  écoulement  n’est  évidemment  pas  normal; 
il  indique  une  disposition  générale  maladive,  ou  un  état  local  extraordi¬ 
naire  assez  voisin  de  la  maladie.  S’il  n’est  pas  indiqué  d'intervenir  im¬ 
médiatement,  c’est  au  moins  un  état  à  surveiller  ;  car,  si  quelquefois  il 
n’est  que  passager,  il  peut  aussi  devenir  habituel,  auquel  cas  il  est  presque 


499 


LEUCORRHÉE.  —  fkéquence  et  causes. 
infailliblement  lié  à  une  affection  organique  dont  on  pourra  prévenir  le 
développement  en  s’en  occupant  à  temps. 

La  leucorrhée  n’est  pas  rare  chez  les  femmes  enceintes.  Au  début  de  la 
grossesse  surtout,  elle  manque  rarement  de  se  manifester  et  peut  être  fa¬ 
cilement  expliquée  par  les  changements  qui  surviennent  dans  les  organes 
intéressés,  et  surtout  par  la  congestion  dont  ils  sont  le  siège  et  par  l’acti¬ 
vité  exaltée  des  sécrétions.  Plus  d’une, femme  a  reconnu  à  ce  signe,  qui  se 
répétait  à  chaque  gestation,  quelle  était  enceinte.  Cet  écoulement  con¬ 
tinue  souvent  pendant  toute  la  durée  de  la  grossesse,  augmente  ou  diminue 
suivant  certaines  influences,  par  exemple  la  fatigue  et  le  repos,  et  devient 
plus  abondant  à  la  fin,  où  il  annonce  un  commencement  d’action  de  l’u¬ 
térus  dans  le  but  d’expulser  son  contenu. 

A  la  suite  des  couches,  il  reste  très-souvent,  alors  que  tout  écoulement 
lochial  doit  avoir  cessé,  une  leucorrhée  plus  ou  moins  abondante,  qui  in¬ 
dique  d’ordinaire  un  degré  de  régression  insuffisant  de  la  matrice,  ou  Une 
excoriation  de  la  muqueuse  par  suite  d’exfoliation  physiologique;  c’est 
un  défaut  de  réparation.  Les  écoulements  se  prolongent  quelquefois  indé- 
iniment  et  prennent  alors  un  caractère  pathologique  qui  nécessite  l’inter¬ 
vention  de  l’art. 

Enfin,  vers  le  déclin  de  la  vie  féminine,  il  n’est  pas  rare  de  voir  des 
leucorrhées,  tantôt  bénignes,  tantôt  vives  et  accompagnées  de  prurit  vul¬ 
vaire.  Encore,  dans  ce  cas,  l’éconlement  ne  doit  pas  être  immédiatement 
considéré  comme  un  mal  qu’il  faille  combattre,  puisqu’il  doit  cesser  avec 
le  temps  ;  mais  il  faut  cependant  ne  pas  le  perdre  de  vue  et  se  rappeler 
que  c’est  surtout  à  cet  âge  qu’on  voit  se  développer  les  affections  orga¬ 
niques  les  plus  graves  et  dont  la  leucorrhée  peut  être  le  premier  indice. 

Nous  venons  de  considérer  la  leucorrhée  aux  différents  âges  de  la  vie 
comme  un  incident  qui  réclame  rarement  un  traitement  médical  ;  mais 
pendant  la  vie  féminine  proprement  dite,  c’est-à-dire  pendant  la  durée  de 
l’existence  de  la  femme  où  elle  peut  devenir  mère,  cet  écoulement  par 
les  parties  génitales,  qu’on  appelle  communément  flueurs  blanches,  peut 
devenir  une  incommodité  si  grande  et  avoir  une  signification  et  des  con¬ 
séquences  tellement  graves,  que  la  médecine  doit  devenir  agissante. 

Nous  allons  examiner  maintenant  la  leucorrhée  sous  le  point  de  vue  po- 
tMogique  proprement  dit,  et  comme  phénomène  d’une  haute  significa¬ 
tion,  accompagnant  une  foule  d’états  morbides  divers,  d’affections  du  ca¬ 
nal  génital  ;  nous  tâcherons,  à  cette  occasion,  de  relever  les  erreurs  dans 
lesquelles  on  est  tombé  en  la  considérant  comme  essentielle  dans  un  grand 
nombre  de  cas  où  elle  n’est  qu’un  accident.  Nous  parlerons  d’abord  de 
Si  fréquence  el  de  ses  causes;  nous  décrirons  ensuite  sa  marche,  ses 
symptômes  et  ses  terminaisons;  puis  nous  rappellerons  les  formes  di¬ 
verses  sous  lesquelles  elle  se  présent^,  son  siège  et  sà  nature;  én  qua¬ 
trième  lieu,  nous  nous  occuperons  du  diagnostic  et  du  pronostic;  enfin, 
du  traitement. 

Fréquence  et  causes.  —  La  leucorrhée  peut  affecter  les  femmes  à 
tout  âge;  mais  cependant  c’est  surtout  pendant  la  période  de  sa  vie  où  elle 


SCO  LEUCORRHÉE.  —  fréquemce  et  causes. 

est  apte  à  la  reproduction  qu’elle  y  est  sujette.  C’est  une  vérité  tellement 
incontestable  qu’il  est  inutile  de  recourir  à  la  statistique  pour  la  démontrer. 
Cependant  J.-B.  Blatin  a  cherché  à  le  faire.  Sur  135  cas  de  leucorrhée  qu’il  a 
réunis,  15  ontété  observés  avant  l’âge  de  la  puberté,  106  pendantl’exercice 
des  fonctions  génitales,  et  14  après  la  ménopause.  Ces  proportions  étaient 
faciles  à  deviner.  Quand  les  üueurs  blanches  se  déclarent  avant  la  puberté, 
c’est  d’ordinaire  à  son  approche.  .Quant  à  ce  qu’avancent  les  anciens,  que 
des  leucorrhées  se  seraient  déclarées  pour  la  première-  fois  chez  des 
femmes  qui  avaient  dépassé  la  soixantaine,  il  y  a  eu  évidemment  erreur; 
c’étaient  probablement  des  écoulements  symptomatiques  d’un  mal  orga¬ 
nique  qu’ils  ont  confondus  avec  la  leucorrhée  ou  des  flueurs  blanches 
ordinaires.  Les  changements  qui  s’opèrent  dans  la  matrice  après  la  méno¬ 
pause  peuvent  le  faire  supposer. 

Les  écoulements  blancs  sont  un  phénomène  tellement  fréquent  parmi 
les  femmes  nubiles,  queDewees  a  pu  dire,  avec  quelque  raison,  que  celles 
qui  n’en  sont  pas  affectées  font  exception  à  la  règle.  Ceci  se  rapporte  ce¬ 
pendant  plus  particulièrement  aux  femmes  qui  vivent  au  milieu  de  grandes 
agglomérations  de  population.  Dans  ces  circonstances,  les  constitutions 
féminines  sont  plus  délicates,  le  lymphatisme  prédomine,  la  dissolution 
des  mœurs  est  plus  ou  moins  grande,  les  masses  vivent  dans  des  habita¬ 
tions  malsaines.  A  la  campagne,  les  conditions  hygiéniques  sont  généra¬ 
lement  meilleures,  les  mœurs  plus  simples,  le  travail  corporel  laisse  moins 
de  temps  à  la  fainéantise,  source  de  bien  des  vices,  lesquels  deviennent 
des  causes  de  maladies  diverses.  Cependant,  depuis  que  l’aisance  se  répand 
dans  les  campagnes,  et  surtout  depuis  que  de  grairdes  industries  s’y  sont 
établies,  les  jeunes  femmes  y  sont  moins  fortes  qu’autrefois,  de  conduite 
moins  morale,  et  deviennent  également  sujettes  à  cette  foule  d’infirmités 
qui  engendrent  la  leucorrhée  ou  en  sont  les  effets. 

En  général,  on  peut  dire  que  le  nombre  des  personnes  du  sexe  fémi¬ 
nin,  depuis  l’âge  de  la  puberté  jusqu’à  la  ménopause,  affectées  de  leucor¬ 
rhée,  est  très-considérable,  sans  que  l’on  puisse  facilement  indiquer  une 
proportion  statistique  appuyée  sur  des  preuves  convaincantes.  Le  médecin 
n’est  consulté  que  par  les  personnes  qui  en  sont  plus  ou  moins  fatiguées, 
le  plus  grand  nombre  ne  trouvent  pas  leur  indisposition  assez  grave  pour 
en  parler,  et  d’autres  la  cachent.  On  ne  peut  donc  savoir,  même  approxi¬ 
mativement,  combien  en  sont  indemnes. 

Il  est  généralement  admis  que  l'a  leucorrhée  est  plus  fréquente  dans  les 
pays  froids  et  humides  que  dans  les  pays  chauds  et  secs.  On  peut  tirer 
cette  conclusion  a  priori,  parce  que  le  froid  humide  prédispose  aux  affec¬ 
tions  catarrhales.  Aussi  dit-on  que  plus  on  s’avance  vers  le  Nord,  plus 
on  rencontre  de  femmes  atteintes  de  cette  infirmité. 

Quelle  est  l’influence  de  la  constitution  et  du  tempérament  sur  le  déve¬ 
loppement  de  la  leucorrhée?  Une  constitution  délicate  et  un  tempérament 
lymphatique  y  prédisposent  évidemment  ;  ce  qui  ne  veut  pas  dire  qu’on 
ne  la  rencontre  que  chez  les  femmes  délicates.  Mare  d’Espine  a  voulu 
prouver  par  la  statistique  que  la  constitution  n’y  prédispose  pas,  en 


501 


LEUCORRHÉE.  —  fréquence  et  causes, 
disant  que,  sur  19  femmes  atteintes  de  leucorrhée,  6  étaient  fortement 
constituées,  9  avaient  une  constitution  moyenne  et  4  seulement  étaient 
délicates.  Mais  quelle  valeur  peut  avoir  le  nombre  dix-neuf  sur  des  mil¬ 
liers  de  femmes  atteintes  de  flueurs  blanches. 

la  leucorrhée  est-elle  plus  fréquente  chez  les  femmes  mariées  que  chez 
les  filles?  La  femme  est  née  pour  le  mariage.  Les  devoirs  de  sa  position 
l’exposent  alors  à  une  infinité  de  maux  qui  atteignent  plus  rarement  celles 
ijui  restent  célibataires  ;  parmi  ces  maux  on  compte  aussi  la  leucorrhée. 
J.-B.  Blatin  a  trouvé,  sur  85  femmes  leucorrhéiques,  61  mariées  et 
24  filles  ou  vierges.  La  simple  réflexion  pouvait  conduire  à  admettre  cette 
différence.  Les  excitations  sexuelles  fréquentes,  les  avortements,  la  gros¬ 
sesse  et  les  couches  font  traverser  aux  organes  génitaux  des  phases  di- 
rerses  d’irritation,  de  développement  et  de  régression,  qui  déterminent 
facilement  une  hypersécrétion  morbide.  11  faut  compter  encore  les  fati¬ 
gues  du  ménage  et  l’éducation  des  enfants.  La  femme  célibataire  peut 
se  ménager,  et,  si  des  causes  irritantes  viennent  provoquer  chez  elle  des 
écoulements,  elle  les  doit  surtout  à  sa  manière  de  vivre. 

«  Des  faits  authentiques,  disent  les  auteurs  de  l’article  Leucorrhée  du 
Dictionnaire  des  sciences  médicales,  attestent  que  le  catarrhe  utérin  peut 
naître  sous  l’empire  d’une  constitution  atmosphérique  et  régner  d’une 
manière  épidémique.  »  Cette  influence  ne  peut,  en  effet,  pas  être  niée  et 
se  comprend  pour  la  leucorrhée  comme  pour  les  affections  catarrhales  en 
général  ;  mais  s’en  suit-il  qu’on  a  observé  de  véritables  épidémies  de  flueurs 
blanches?  Pas  plus  qu’on  n’a  vu  des  épidémies  de  coryza  ;  car  il  ne  faut 
fas  appeler  épidémie  une  fréquence  plus  grande  d’une  affection  en  appa¬ 
rence  identique,  née  sous  l’influence  de  révolutions  atmosphériques. 
Leake  dit  avoir  observé  une  leucorrhée  épidémique  pendant  un  automne, 
alors  que  les  catarrhes,  l’angine,  la  diarrhée  furent  très-fréquents.  Cela 
se  conçoit  par  l’identité  de  nature  des  maladies. 

En  tant  qu’affection  catarrhale,  la  leucorrhée  peut  être  occasionnée  par 
les  causes  qui  provoquent  les  affections  catarrhales  en  général,  et  celles  qui 
deyiennent  facilement  chroniques,  comme  l’angine  par' exemple. 

On  attribue  souvent  aussi  les  flueurs  blanches  aux  occupations  habi¬ 
tuelles,  à  certaines  habitudes  vicieuses  ou  peu  hygiéniques,  à  l’usage  de 
certains  mets  et  de  certaines  boissons. 

La  vie  sédentaire,  en  même  temps  qu’elle  affaiblit  l’économie  entière, 
occasionne  facilement,  entre  autres  incommodités,  des  flueurs  blanches, 
ûa  peut  en  dire  autant  de  la  station  prolongée  à  laquelle  assujettissent 
certaines  professions  ;  cette  position,  en  même  temps  qu’elle  est  fatigante, 
occasionne  des  congestions  vers  le  bas-ventre.  Chez  les  jeunes  filles,  l’o- 
oanisrae,  chez  les  femmes,  l’abus  des  plaisirs  vénériens,  par  l’irritation 
aercée  sur  les  organes  génitaux,  produisent  le  même  effet.  L’usage  des 
cliaufferettes,  qui  dirigent  une  chaleur  élevée  prolongée  vers  les  organes 
génitaux,  a  été  accusé  également  de  provoquer  des  écoulements  leucor- 
tbéiques.  Une  nourriture  affaiblissante,  en  majeure  partie  végétale,  fécu¬ 
lente,  peut  en  être  la  cause.  Dans  le  courant  de  notre  siècle,  le  café  au 


502  LEUCORRHÉE.  —  marche,  symptômes,  terminaisohs. 

lait,  si  universellement  en  usage  au  premier  déjeuner,  a  été  considéré, 
par  les  médecins  des  grandes  villes  surtout,  comme  une  des  causes  de  la 
leucorrhée  chez  les  personnes  qui  en  font  un  usage  journalier  ou  abusif. 
Lagneau  a  cherché  à  disculper  ce  breuvage  de  sa  nocuité  présumée.  Or  on 
en  a  également  et  plus  anciennement  accusé  le  lait.  Stahl  dit  qu’il  y  a  des 
exemples  que  des  jeunes  filles  étaient  atteintes  d’écoulements  blancs 
chaque  fois  qu’elles  buvaient  du  lait.  Ce  préjugé  existe  encore  dans  beau¬ 
coup  de  pays.  L’usage  abusif  du  thé  a  donné  lieu  aux  mêmes  suppositions. 
Ces  boissons  peuvent  tout  au  plus  agir  comme  débilitants.  D’après  Boivin 
et  Dugès,  l’usage  du  vin  dans  les  pays  chauds  produit  facilement  la  leucor¬ 
rhée.  «  Dans  le  pays  habité  par  l'un  de  nous,  est-il  dit  p.  355,  t.  II,  les 
femmes  s’abstiennent  généralement  de  vin;  celles  qui  ne  suivent  pas  cette 
sage  coutume  que,  sans  doute,  la  chaleur  du  climat  rend  nécessaire  et  que 
l’expérience  a  probablement  seule  dictée  au  vulgaire,  sont  sujettes  à  des 
flueurs  blanches.  »  On  n’en  finirait  pas  si  on  voulait  recueillir  tous  les 
on-dit  à  ce  sujet  et  toutes  les  suppositions  plus  ou  moins  probables. 

Les  affections  morales  vives  sont-elles  capables  de  provoquer  la  leucor¬ 
rhée?  On  ne  le  comprend  qu’en  admettant  que  les  affections  morales 
vives,  suivant  leur  nature,  excitent  l’organisme  en  général  en  portant 
principalement  leur  action  sur  les  organes  génitaux  ;  ou  bien  dépriment 
les  forces  et  agissent  à  la  manière  des  constitutions  affaiblies  ou  dialhé- 
siques.  Dans  la  plupart  des  cas  de  cette  espèce,  il  existe  un  facteur  inconnu 
qui  prend  certainement  la  plus  grande  part  au  développement  et  à  l’en¬ 
tretien  d’un  écoulement  qui  a  un  point  de  départ  bien  connu. 

Les  corps  étrangers  introduits  et  abandonnés  dans  le  vagin,  par  exemple 
des  pes.'saires,  agissent  comme  excitants  directs  de  la  sécrétion  et  provo¬ 
quent  surtout  la  forme  vaginale  de  la  leucorrhée  ;  mais,  comme  ces  corps 
se  mettent  plus  ou  moins  en  rapport  avec  le  col  utérin,  ils  provoquent  éga¬ 
lement  une  hypersécrétion  utérine.  Aujourd’hui,  on  pénètre  même  plus 
avant  qu’autrefois  avec  les  instruments;  on  sonde  la  cavité  utérine  etony 
abandonne  quelquefois  des  appareils  dans  le  but  de  redresser  l’organe. 
Tous  ces  agents  mécaniques  sont  susceptibles  de  provoquer  une  hypersé¬ 
crétion  qui,  le  plus  souvent,  n’est  que  temporaire,  mais  qui  peut  aussi 
devenir  continue  et  chronique,  s’il  existe  une  prédisposition  quelconque. 

H  est  facile  de  voir  que  les  causes  directes  de  la  leucorrhée  sont  exci¬ 
tantes  pu  irritantes,  et  que  c’est  par  cette  vertu  qu’elles  provoquent  des 
écoulements  plus  ou  moins  abondants.  L’action  de  toutes  les  causes,  de 
quelque  nature  qu’elles  soient,  tend  à  produire  une  congestion,  une  hy- 
pérémie  locale  dont  l’effet  est  une  sécrétion  augmentée. 

Un  gepre  de  causes  de  leucorrhée  spécial  est  formé  par  les  irritations 
cutanées  chroniques  ou  dermatoses,  qui  se  propagent  facilement  aux  mu¬ 
queuses  par  les  ouvertures  naturelles  du  corps  et  y  provoquent  une  hyper¬ 
sécrétion  par  irritation.  L’herpétisme  en  est  une  des  principales.  Nous 
excluons  la  syphilis,  qui  est  une  affection  virulente  à  part. 

MarcIie,  symptômes,  terminaisons.  —  La  marche  de  la  leucor¬ 
rhée  est  rarement  aiguë,  à  moins  que  la  cause  qui  l’a  produite  n’ait  agi  su- 


503 


LEUCORRHÉE.  —  marche,  symptômes,  terminaisons. 
bitement;  généralement  elle  est  chronique  dès  son  début,  c’est-à-dire  qu’elle 
s’établit  lentement,  insensiblement,  et  continue  ainsi  pendant  un  temps 
plus  ou  moins  long,  sans  que  la  cause  qui  l’entretient  soit  bien  appréciable. 
Quand  elle  débute  d’une  manière  aiguë,  elle  provoque  rarement  une  réac¬ 
tion  générale  dans  l’organisme  ;  ce  sont  plutôt  des  douleurs  locales  qui 
l’accompagnent,  peu  aiguës,  ayant  leur  siège  derrière  les  pubis,  au-dessus 
des  aines,  à  la  région  sacro-coccygienne,  ou  dans  l’intérieur  du  vagin. 
L’écoulement  qui  a  lieu  par  les  parties  génitales  est  d’abord  liquide,  trans¬ 
parent,  chaud,  ayant  l’apparence  séreuse  plutôt  que  muqueuse,  ainsi  que 
cela  s’observe  dans  les  alfections  catarrhales.  Peu  à  peu  la  matière  de  l’é¬ 
coulement  s’épaissit,  devient  opaque  ou  crémeuse,  et,  en  même  temps,  les 
sensations  douloureuses  diminuent.  Le  linge  qui  en  est  imprégné  présente 
des  taches  blanches  empesées,  qui  deviennent  jaunes  au  bout  de  quelque 
tempsde  durée  de  l’écoulement,  et  même  verdâtres.  Le  liquide  recueilli  est 
généralement  neutre  par  suite  du  mélange  de  la  matière  de  la  sécrétion  uté¬ 
rine  avec  celle  du  vagin;  le  microscope  y  fait  découvrir  des  débris  épi¬ 
théliaux. 

Si  le  début  a  été  lent,  la  matière  qui  s’écoule  par  la  vulve  est  tantôt 
glaireuse,  translucide,  ressemblant  à  du  blanc  d’œuf;  tantôt  plus  liquide, 
plus  coulante,  crémeuse.  Dans  le  premier  cas,  le  linge  qui  le  reçoit  est 
roidi  comme  par  de  l’empois,  les  taches  qu’il  forme  peuvent  être  enlevées 
par  le  frottement,  qui  les  réduit  en  poussière;  dans  le  second,  elles  sont 
jaunes  ou  vertes  et  ne  se  laissent  pas.  enlever  par  le  frottement. 

L’abondance  de  l’écoulement  varie  suivant  un  grand  nombre  de  circon¬ 
stances.  Toute  cause  nouvelle  qui  vient  troubler  l’économie  peut  détermi¬ 
ner  une  recrudescence  de  la  leucorrhée  ;  ainsi,  par  exemple,  l’approche 
de  l’époque  menstruelle,  une  fatigue  extraordinaire,  un  refroidissement, 
une  indigestion,  etc.;  ces  causes  provoquent  de  nouvelles  congestions  et 
une  augmentation  de  sécrétion. 

Quand  la  leucorrhée  est  habituelle  et  quand  elle  a  duré  longtemps,  des 
mois,  par  exemple,  les  symptômes  locaux  diminuent  d’intensité  ou  ne 
reparaissent  qu’à  certaines  occasions.  Ce  qui  est  plus  constant,  c’est  un 
affaiblissement  de  la  constitution  et  le  développement  de  symptômes  gé¬ 
néraux,  surtout  du  côté  des  voies  digestives,  de  la  circulation  et  du  sys¬ 
tème  nerveux.  L’appétit  se  perd  ou  devient  bizarre  ;  la  nutrition  languit, 
le  pouls  est  faible,  mou  ;  le  sang  perd  de  sa  couleur,  les  globules  blancs 
deviennent  prédominants  ;  il  se  développe  des  gastralgies,  des  palpitations 
de  cœur,  et  toutes  sortes  de  névroses  qu’on  ne  peut  attribuer  qu’à  la  di¬ 
minution  des  forces  en  général.  Enfin,  le  plus  souvent  on  voit  survenir 
un  état  d’anémie  ou  de  chloro-anémie.  Aussi  les  jeunes  filles  chlorotiques, 
les  femmes  qu’on  dit  anémiques  ont,  à  peu  d’exceptions  près,  des  flueurs 
blanches,  que  l’on  peut  considérer  comme  cause  ou  comme  effet  de  la 
maladie,  ce  que  nous  ne  voulons  pas  discuter,  attendu  que  cela  prendrait 
beaucoup  trop  de  place. 

La  durée  de  la  leucorrhée  est  indéterminée,  même  celle  de  la  leucorrhée 
aiguë  ou  subaiguë,  qui  manque  rarement  de  passer  à  la  chronicité.  Alors 


504  LEUCORRHÉE.  —  formes.  —  siège  et  nature. 

elle  peut  durer  pendant  toute  la  vie  féminine,  c’est-à-dire  aussi  longtemps 
que  la  femme  sera  menstruée,  et  même  au  delà  si  à  la  suite  de  cette  lon¬ 
gue  infirmité  s’est  développé  un  état  organique  qui  l’entretienne.  Elle  ne 
se  termine  donc  que  quand  la  cause  qui  l’entretient  a  disparu  ;  c’est  ce 
qui  peut  arriver  spontanément,  ce  qui  est  bien  rare,  ou  par  l’effet  d’un 
traitement  rationnel.  Par  elle-même ,  la  leucorrhée  ne  devient  jamais 
mortelle. 

Formes.  —  On  a  divisé  la  leucorrhée  en  constitutionnelle  et  en  acci¬ 
dentelle,  en  succédanée  et  en  critique. 

On  a  entendu  par  leucorrhée  constitutionnelle  celle  qui  n’a  d’autre 
cause  que  l’état  de  la  constitution  du  corps  ;  par  opposition  à  Vacdden- 
telle,  qui  est  le  produit  d’une  action  directe,  d’une  cause  extérieure  sur 
les  organes  qui  sécrètent  les  flueurs  blanches.  Qui  ne  voit  que  l’affaiblisse¬ 
ment  de  la  constitution  est  plutôt  un  effet  qu’une  cause  de  la  leucorrhée? 

On  a  nommé  succédané  un  écoulement  par  les  parties  génitales,  qui  a 
semblé  s’établir  après  la  suppression  d’un  autre  écoulement  et  le  supplée¬ 
rait  ;  par  exemple  la  menstruation,  le  flux  hémorrhoïdal .  La  leucorrhée 
peut-elle  suppléer  le  flux  menstruel?  Une  hypersécrétion  leucorrhéique 
peut,  en  effet,  s’établir  au  moment  où  la  menstruation  devrait  avoir  lieu, 
mais  elle  ne  peut  être  que  le  résultat  de  la  congestion  normale  de  l’utérus 
et  des  ovaires. 

La  leucorrhée  cntiçMe  serait  celle  qui  surviendrait  au  milieu  d’une  ma¬ 
ladie  aiguë  et  donnerait  lieu  à  un  amendement  notable  de  tous  les  sym¬ 
ptômes  de  cette  affection,  ou  à  une  solution  heureuse.  Les  observations  à 
l’appui,  invoquées  par  les  auteurs  anciens,  n’ont  pas  un  cachet  propre  à 
porter  la  conviction  dans  les  esprits  modernes.  S’il  existe  des  évacuations 
critiques,  celle  qu’on  appelle  leucorrhée  n’est  guère  capable  de  juger  une 
maladie. 

Siéjve  et  nature.  —  Toutes  les  théories  sur  les  formes  de  la  leucor¬ 
rhée  sont  subordonnées  à  son  véritable  siège  et  à  sa  nature.  Certes,  il  ne 
faut  pas  dédaigner  la  recherche  des  causes  rapprochées  ou  éloignées  du 
mal,  mais  celle  du  siège  et  de  sa  nature  est  plus  importante. 

Les  anciens  auteurs  ne  se  sont  pas  trompés  sur  le  point  de  départ  véri¬ 
table  de  l’écoulement  leucorrhéique  ;  ils  indiquent  généralement  la  ma¬ 
trice  (utérus).  Comme  pour  eux  le  vagin  était  le  col,  ils  n’avaient  aucune 
raison  de  faire  la  distinction  entre  la  leucorrhée  vaginale  et  la  leucorrhée 
utérine.  Quand  on  eut  établi  la  distinction  entre  les  deux  parties  du  canal 
génital,  on  admit,  comme  siège  de  la  perte  blanche,  la  matrice  et  le  va¬ 
gin  à  la  fois  (Morgagni,  Bonet,  Denman,  J. -B.  Blatin).  Quelques-uns  ce¬ 
pendant  ont  considéré  le  vagin  comme  le  point  de  départ  ordinaire  (Dewees, 
Blundel!,W.Busch).  Aujourd’hui  on  est  revenu  àl’opiniondes  anciens, c’est- 
à-dire  que  l’on  croit  que  c’est  l’utérus  qui  est  le  plus  ordinairement  lepoint 
de  départ  de  la  leucorrhée,  que  le  vagin  en  est  le  plus  rarement  le  siège 
unique.  Churchill  a  séparé  d’une  manière  positive  ces  deux  espèces  de 
leucorrhées  (utérine  et  vaginale),  se  basant  sur  la  différence  de  structure, 
de  fonctions  et  de  maladies  dont  ces  deux  parties  du  système  génital  peu- 


505 


LEUCORRHÉE.  —  SIÈGE  BT  NATURE. 

Tent  être  atteintes.  Marc  d’Espine  a  cherché  à  démontrer  par  la  méthode 
numérique  la  proportion  de  fréquence  entre  les  deux  espèces  de  leucor¬ 
rhée.  Dans  193  cas  de  flueurs  blanches  où  lè  spéculum  fut  appliqué  dans 
le  but  de  découvrir  la  source  de  l’écoulement,  il  trouva  l’orifice  utérin  sec 
dans  25  cas  seulement;  dans  40  il  n’y  aperçut  qu’une  gouttelette  de  mu¬ 
cosité;  dans  130  l’écoulement  par  l’orifice  utérin  était  très-abondant.  Ro¬ 
bert  Lee  dit  avoir  constaté  maintes  fois,  en  examinant  les  parties  génitales 
après  la  mort,  que  chez  les  femmes  atteintes  de  leucorrhée,  la  matière  de 
l’écoulement  est  sécrétée  par  la  muqueuse  utérine  et  non  par  les  trompes 
ou  le  vagin. 

Les  auteurs  modernes  ne  se  contentent  même  plus  de  la  distinction  en 
leucorrhée  utérine  et  leucorrhée  vaginale.  La  matrice  est  formée  de  deux 
portions  dont  la  structure  est  un  peu  différente,  le  corps  et  le  col.  Ce  der¬ 
nier  a  une  muqueuse  très-riche  en  follicules  muqueux,  et  paraît  fournir 
beaucoup  plus  à  la  sécrétion  leucorrhéique  que  le  corps. 

Tout  d’abord  on  croirait  qu’il  doit  être  facile  de  reconnaître  l’origine 
de  l’écoulement  par  les  parties  génitales,  puisque  la  sécrétion  utérine  est 
alcaline,  et  celle  du  vagin  acide  ;  que  la  première  renferme  des  détritus 
d’épithélium  vibratile,  et  la  seconde  de  l’épithélium  pavimenteux  ;  mais 
par  le  passage  du  mucus  utérin  à  travers  le  vagin,  il  se  fait  un  mélange 
qui  devient  neutre  le  plus  souvent,  et  les  épithéliums  se  confondent. 

Les  trompes  peuvent-elles  être  le  siège,  du  moins  en  partie,  de  la  sé¬ 
crétion  leucorrhéique?  C’est  pour  le  moins  très-douteux.  Quant  à  la  sé¬ 
crétion  vulvaire,  il  ne  faut  pas  la  confondre  avec  celle  qui  a  lieu  dans 
l’intérieur  du  canal  génital  et  qui  est  seule  assez  abondante  et  continue 
pour  donner  lieu  à  un  écoulement  leucorrhéique,  dans  le  sens  où  on  l’en¬ 
tend  généralement. 

En  quoi  consiste  finalement  le  travail  morbide  qui  donne  lieu  à  la 
leucorrhée  ?  En  admettant  que  la  membrane  muqueuse  du  canal  génital 
soit  primitivement  atteinte,  de  quelle  nature  est  cette  lésion,  et  reste-t-elle 
toujours  la  même  ? 

Les  théories  inventées  pour  expliquer  l’hypersécrétion  qui  caractérise 
la  leucorrhée  ont  varié  suivant  les  temps  et  suivant  les  idées  nées  a  priori. 
Les  anciens  admettaient  une  intempérie  utérine  {intempéries  uteri), 
ou  une  cacochymie,  ce  qui  devait  les  conduire  naturellement  à  l’em¬ 
ploi  de  moyens  reconstituants.  Plus  tard  (et  encore  aujourd’hui  il  y  a 
lies  praticiens  qui  pensent  ainsi),  on  a  admis  un  relâchement  ou  une  fai¬ 
blesse  de  la  muqueuse  utéro-vaginale,  par  suite  de  laquelle  cette  membrane 
laisserait  passer  comme  un  filtre  les  fluides  qui  l’imprègnent;  d’où  l’em¬ 
ploi  de  moyens  locaux  astringents  et  généraux  échauffants.  Dewees  parle 
d’une  activité  altérée  des  follicules  muqueux.  Cullen  et  Leake  croyaient 
que  les  flueurs  blanches  ont  la  même  source  que  le  sang  menstruel,  c’est- 
à-dire  les  vaisseaux  par  lesquels  ce  dernier  transsude. 

Aujourd’hui,  on  est  à  peu  près  d’accord  qu’il  existe  toujours,  dans  les 
organes  sécréteurs  des  mucosités  utérines  et  vaginales,  un  certain  degré 
d’irritation  qui  donne  lieu  à  une  suractivité  sécrétoire,  irritation  qui  peut 


506  LEUCORRHÉE.  —  siège  et  rature. 

être  occasionnée  par  des  causes  nombreuses  et  de  nature  diverse,  alors 
même  que  ce  flux  est  accompagné  d’un  état  général  de  débilité.  Cet  état 
de  suractivité  des  muqueuses  peut  durer  longtemps  sans  entraîner  d’au¬ 
tres  désordres  que  ceux  que  nous  avons  signalés;  mais  il  peut  conduire 
aussi  à  la  longue  à  la  transformation  des  éléments  organiques,  occasion¬ 
ner  l’hypertrophie  glandulaire  et  une  dégénérescence  de  tissu,  s’il  existe 
une  disposition  latente  à  cet  effet  dans  l’économie. 

Dans  le  principe,  il  n’y  a  pas  ordinairement  de  changement  visible  dans 
les  glandes  muqueuses  et  dans  les  autres  éléments  de  la  membrane  qui 
leur  sert  de  trame;  mais,  avec  le  temps,  tous  ces  éléments  peuvent  subir 
des  altérations  qu’on  peut  soupçonner  au  changement  de  quantité  et  de 
qualité  de  l’écoulement,  et  constater,  au  moins  en  partie,  par  l’inspection 
directe.  La  première  modification  organique  est  l’épaississementde  la  mem¬ 
brane  sécrétante,  puis  son  ramollissement.  Ces  effets  ont  lieu  par  suite 
d’exsudations  plastiques  dans  le  tissu  connectif,  et  ont  pour  conséquence 
l’altération  du  liquide  sécrété,  qui  devient  puriforme  ou  mêlé  de  globules 
purulents.  La  membrane  muqueuse  s’injecte  davantage  de  sang;  sa  sur¬ 
face,  lisse  d’ordinaire,  devient  inégale,  parsemée  de  fongosités,  qui  sont 
souvent  saignantes.  Dès  lors  il  peut  survenir,  par  suite  de  végétations 
actives,  des  altérations  plus  graves  qui  se  transmettent  aussi  au  tissu 
propre  de  la  matrice. 

Cet  enchaînement  d’effets  provoqués  par  le  travail  hypersécrétoire  de 
la  muqueuse  utérine  et  vaginale,  est  le  principal  caractère  distinctif  delà 
leucorrhée  ou  des  écoulements  blancs  par  les  parties  génitales  de  la 
femme,  qu’on  pourrait  appeler  idiopathiques,  en  opposition  de  ceux  qui 
sont  le  résultat  d’affections  organiques  préexistantes  et  qui  sont  purement 
symptomatiques. 

Scanzoni  commence  sa  description  du  catarrhe  chronique  de  la  mu¬ 
queuse  utérine  (c’est  ainsi  qu’il  appelle  l’affection  plus  généralement 
connue  sous  la  dénomination  de  leucorrhée)  par  ce  que  l’autopsie  a  pu  ap¬ 
prendre  sur  ce  point,  et  dit  que  a  vu  la  fréquence  de  cette  maladie,  on 
ne  s’étonnera  pas  qu’on  ait  aussi  souvent  l’occasion  d’étudier  les  altéra¬ 
tions,  qui  la  caractérisent.  D’après  cet  auteur,  on  est  d’abord  frappé  par 
les  dimensions  qu’a  acquises  la  matrice,  aussi  bien  dans  le  sens  de  la  lon¬ 
gueur  que  dans  celui  de  la  largeur.  La  muqueuse  est  lisse  bu  veloutée, 
pâle,  jaunâtre  dans  le  premier  cas;  rouge,  violacée,  dans  le  second. La 
cavité  agrandie  de  la  matrice  est  d’ordinaire  remplie  d’une  quantité  consi¬ 
dérable  de  fluide  crémeux,  puriforme,  dans  lequel  on  rencontre  des  cor¬ 
puscules  de  sang  altéré.  La  muqueuse  du  col  est  toujours  tuméfiée,  pâle, 
et  la  mucosité  qu’il  renferme  est  filante,  etc.  Si,  dans  le  cours  du  catarrhe 
chronique,  il  ne  se  développe  pas  d’engorgement  des  parois  utérines, 
celles-ci  deviennent  plus  minces,  plus  friables. 

Cette  anatomie  pathologique  se  rapporte  déjà  à  ces  affections  graves  de 
la  muqueuse  utérine  auxquelles  on  a  donné  le  nom  de  fongosités  et  ie 
cancer  épithélial,  maladies  ordinairement  accompagnées  d’augmentation 
de  volume  de  l’organe,  de  changements  dans  sa  structure  totale,  d’écoule- 


LEUCORRHÉE.  —  diagnostic,  pronostic.  507 

ments  fétides,  sanguinolents  et  purulents,  auxquelles  la  leucorrhée  chro¬ 
nique  peut  effectivement  aboutir. 

Diagnostic,  pronostic.  —  Rien  n’est  plus  facile  que  la  constatation 
d’un  écoulement  blanchâtre  par  les  parties  génitales  de  la  femme  qui  tache 
son  linge  et  l’imprègne  plus  ou  moins  fortement,  ou  de  diagnostiquer  la 
.leucorrhée  ;  mais  il  n’est  pas  aussi  facile,  dans  la  plupart  des  cas,  de  dire 
avec  certitude  quel  est  le  point  de  départ  de  cet  écoulement  et  quelle  en 
est  la  signification  véritable. 

Certes, si  cet  écoulement  est  mélangé  de  sang  frais  ou  noir,  en  dehors  de 
l’époque  menstruelle,  s’il  est  accompagné  de  douleurs  à  la  région  sacro-coc- 
cygienne  et  derrière  les  pubis,  on  ne  se  trompera  pas  souvent  en  décla¬ 
rant  qu’il  a  pour  cause  directe  une  lésion  organique  plus  ou  moins  impor¬ 
tante.  11  en  est  de  même  quand  il  est  d’une  couleur  pâle,  d’une  odeur 
fétide,  qu’il  ne  faut  cependant  pas  confondre  avec  l’odeur  sui  generis  des 
écoulements,  les  plus  bénins  de  certaines  femmes.  11  est  à  peu  près  inutile 
de  recourir  à  des  inspections  microscopiques  ou  à  des  analyses  chimi¬ 
ques,  dont  le  résultat  ne  pourrait  jeter  que  très-peu  de  jour  sur  l’origine 
et  la  nature  du  liquide.  La  présence  de  microzoaires  indiquerait,  suivant 
quelques  observateurs  (Donné,  Scanzoni),  que  le  liquide  est  virulent  et 
provient  plutôt  du  vagin  que  de  la  matrice;  la  découverte  de  globules 
sanguins  et  de  pus,  qu’il  s’agit  d’une  affection  organique  plus  importante 
que  la  leucorrhée.  ' 

L’examen  subjectif  est  évidemment  le  plus  utile  et  le  plus  nécessaire  à 
la  solution  du  problème.  Cet  examen  donne,  dans  la  plupart  des  cas,  la  ré¬ 
ponse  aux  deux  questions  que  l’on  doit  se  poser  ;  d’où  vient  l’écoule¬ 
ment?  que  signitie-t-il  ? 

Le  toucher  vaginal  et  l’inspection  oculaire  sont  les  deux  moyens  d’in¬ 
vestigation  qui  devraient  toujours  être  employés  avant  de  prescrire  un 
remède  quelconque  pour  combattre  la  maladie  dont  il  s’agit.  Le  toiicher 
fait  reconnaître  jusqu’à  un  certain  point  l’état  du  vagin  sous  le  rapport 
de  la  température  de  ce  canal,  de  son  degré  d’humidité  et  de  l’état  de 
sa  membrane  muqueuse  quant  à  son  épaisseur,  son  poli ,  le  plus  ou  moins 
de  développement  de  ses  papilles,  sa  sensibilité;  ilrend  compte  des  corps 
étrangers  qui  auraient  pu  y  être  introduits  et  abandonnés.  Le  toucher 
vaginal  renseigne  encore  sur  l’état  du  col  de  l’utérus,  notamment  sur  son 
volume,  sa  forme,  sa  consistance  et  sur  l’état  du  corps  utérin  lui-même. 

Au  moyen  de  la  vue  on  constate  d’abord  la  couleur  du  liquide,  ensuite 
son  point  de  départ.  L’examen  des  parties  externes  indique  s’il  est  pro¬ 
bable  que  ce  sont  elles  qui  sont  le  siège  de  l’hypersécrétion,  ou  s’il  faut  la 
chercher  plus  profondément.  Alors,  au  moyen  du  spéculum, on  entr’ouvre 
le  vagin,  on  parcourt  de  l’œil  toute  l’étendue  de  sa  muqueuse  et  on 
reconnaît  ainsi  si  l’écoulement  provient  de  cette  partie  du  canal  génital. 
En  poussant  l’instrument  jusque  dans  les  culs-de-sac,  on  découvre  le  mu¬ 
seau  de  tanche  ;  la  vue  de  ses  lèvres  et  de  son  orifice  fait  apprécier  si  la 
perte  blanche  est  sécrétée  par  cette  partie  visible  de  la  matrice  ou  si  elle 
provient  de  l’intérieur.  Cet  examen  permet  aussi  de  différencier  le  liquide 


508 


LEUCORRHÉE.  —  traitement. 
vaginal  du  liquide  utérin,  et  même,  jusqu’à  un  certain  point,  celui  du 
col  d’avec  celui  du  corps.  La  coloration  des  parties  et  leur  aspect,  en 
général,  indique  si  l’écoulement  est  le  produit  d’une  simple  sécrétion 
augmentée,  on  d'une  suppuration. 

Ces  moyens  de  diagnostic  ne  peuvent  cependant  pas  toujours  être  em¬ 
ployés.  Chez  la  jeune  fille,  chez  la  vierge,  il  faut  se  contenter  le  plus 
souvent  des  symptômes  objectifs  qui,  il  faut  l’avouer,  suffisent  dans  la 
plupart  des  cas  pour  juger  exactement  de  la  position,  et  permettre  d’insti¬ 
tuer  un  traitement  rationnel. 

En  indiquant  les  moyens  d’arriver  à  reconnaître  le  siège  et  la  nature 
de  l’écoulement  leucorrhéique,  nous  avons  posé  implicitement  le  diagnostic 
différentiel.  C’est  évidemment  de  la  même  façon  qu’on  reconnaît  que  l’écou¬ 
lement  que  l’on  a  pu  supposer  n’ètre  que  le  résultat  d’une  hypersécrétion, 
est  dû  à  une  affection  plus  profonde,  qu’il  s’agira  alors  de  déter¬ 
miner. 

Si  la  leucorrhée  ne  devient  pas  directement  une  cause  de  mort,  elle  est 
d’abord  une  incommodité  fort  désagréable,  puis  une  cause  d’affaiblisse¬ 
ment  de  l’économie  et  une  source  de  désordres  fonctionnels  nombreux. 
Cela  seul  exigerait  l’intervention  de  la  médecine;  mais  les  conséquences 
peuvent  être  plus  graves  encore.  S’il'  existe  la  moindre  prédisposition  à 
une  de  ces  nombreuses  affections  organiques  de  la  matrice  qui  font  le 
désespoir  des  familles,  et  souvent  celui  des  médecins,  la  leucorrhée  peut 
en  déterminer  le  développement  et  devenir,  de  cette  manière,  la  cause 
indirecte  de  maladies  des  plus  graves.  Il  n’y  a  donc  rien  d’étonnant  que 
malades  et  médecins  cherchent  à  faire  cesser  un  état  de  choses  qui  peut 
entraîner  des  accidents  irréparables. 

Tpaitement.  —  Il  est  peu  d’infirmités  de  l’espèce  humaine  contre  les¬ 
quelles  on  ait  employé  un  aussi  grand  nombre  de  remèdes,  et  des  remèdes 
aussi  différents  dans  leur  action.  Le  charlatanisme,  comme  l’ont  fait  re¬ 
marquer  les  auteurs  du  Compendium  de  médecine  pratique,  s’est  mêlé 
activement  du  traitement  des  flueurs  blanches,  et  une  Ibule  de  remèdes  se¬ 
crets  promettent  une  guérison  rapide  et  radicale.  Mais,  hélas  !  il  n’en  est 
pas  qui  jouisse  de  cette  vertu.  Le  vrai  motif  pour  lequel  on  emploie  sans 
succès  une  foulé  de  moyens,  c’est  qu’on  les  prescrit  empiriquement,  sans 
aller  à  la  recherche  des  causes  qui  ont  produit  le  mal  ou  qui  l’entre¬ 
tiennent. 

Si  la  leucorrhée  débute  brusquement,  sous  la  forme  d’un  catarrhe  uté¬ 
rin  aigu,  il  faut  se  borner  aux  antiphlogistiques,  au^mollients  etaux  soins 
hygiéniques.  Il  est  rare  que  le  traitement  antiphlogistique  proprement  dit 
soit  nécessaire;  c’est-rn  dire  la  saignée,  les  sangsues,  les  cataplasmes,  etc. 
Ce  n’est  qu’accidentellement  ou  dans  certaines  complications  qu’on 
sera  forcé  d’y  recourir.  D’abord  la  leucorrhée  aiguë,  simplement  catar¬ 
rhale,  est  rare,  puis  elle  est  généralement  assez  peu  grave  pour  qu’il  soit 
nécessaire  de  recourir  à  des  moyens  violents  et  affaiblissants.  Le  repos, 
une  douce  chaleur,  un  peu  de  diète,  des  boissons  délayantes,  tout  au  plus 
le  lit,  quelques  cataplasmes  émollients  et  calmants,  suffiront  pour  abattre 


509 


LEUGORliHÉE.  —  traitement. 
l’acuité  des  symptômes,  alors  même  que  ce  début  aurait  été  accompagné 
(le fièvre,  comme  dans  un  violent  accès  de  coryza  par  exemple. 

Cette  première  période  de  la  maladie  une  fois  passée,  le  mal  tend  à 
disparaître  et  n’exige  plus  guère  que  quelques  précautions.  Si  l’écoule- 
raent  continue  malgré  les  moyens  employés  et  si  le  temps  ordinaire 
d’uiie  affection  aiguë  est  écoulé,  on  peut  dire  que  la  leucorrhée  tend  à 
■i-devenir  chronique  :  alors  il  faut  un  traitement  différent,  analogue  à  celui 
iju’oü  emploie  d’ordinaire,  quand  on  est  en  face  d’un  écoulement  qui 
dure  depuis  longtemps  et  qui  s’est  développé  insensiblement. 

Les  anciens,  qui  attribuaient  la  leucorrhée  simple  (car  ils  connaissaient 
aussi  le  pior  albus  ex  ulcéré)  à  un  vice  humoral,  commençaient  le  traite¬ 
ment  par  les  émétiques  et  les  purgatifs,  afin  de  préparer  les  malades  à 
Faction  des  remèdes  spéciaux  ;  puis  ils  arrivaient  aux  (iiaphorétiques,  aux 
diurétiques,  aux  toniques  [roborantia)  sous  toutes  les  formes,  aux 
astringents,  et,  enfin,  aux  remèdes  externes.  Ils  n’oubliaient  pas  le.  régi¬ 
me  diæteticum. 

Le  traitement  employé  de  nos  jours  ne  diffère  pas  beaucoup  de  celui 
qu’on  prônait  autrefois.  On  n’a  plus  recours  aux  vomitifs  et  aux  purga¬ 
tifs  sans  indication  spéciale;  ou  n’a  plus  confiance  dans  les  diaphorétiques 
et  dans  les  diurétiques  ;  mais  on  prescrit  les  astringents,  les  toniques  de 
toute  sorte,  on  y  ajoute  les  résolutifs,  et  enfin  on  met  en  usage  les  médica¬ 
ments  auxquels  on  suppose  une  action  particulière  sur  la  cause  prochaine 
Je  la  sécrétion  viciée.  Ces  moyens  ne  doivent  cependant  pas  être  em¬ 
ployés  indifféremment  dans  tous  les  cas  de  leucorrhée.  Avant  de  commen¬ 
cer  un  traitement,  il  faut  bien  an^yser  le  cas  particulier,  avoir  égard,  dans 
le  choix  que  l’on  fait  des  médic^ents,  à  l’âge  de  la  malade,  à  sa  condi¬ 
tion  de  célibataire,  de  femme  mariée,  de  mère  de  famille,  de  femme  qui 
a  cessé  d’être  menstruée,  à  la^onstitution,  au  tempérament,  à  la  santé 
biituelle;  à  tous  les  états,  eii_un  mot,  qui  peuvent  indiquer  une  modifi¬ 
cation  au  traitement  général.  Et  avant  tout,  si  la  chose  est  possible,  il 
faut  instituer  un  examen  local  pour  s’assurer  du  point  de  départ  de  l’é- 
conlementet  s’il  existe  des  complications  dont  il  faille  tenir  compte. 

Le  traitement  de  la  leucorrhée  se  divise  en  deux  espèces  bien  dis- 
linctes,  le  traitement  général_el  le  traitement  local  ;  l’un  consistant  dans 
remploi  de  tous  les  moyens  propres  à  modifier  la  constitution,  à  agir 
œr  l’ensemble  de  l’organisme  et  en  même  temps  d’une  manière  spéciale 
sur  le  siège  de  l’écoulement;  l’autre  s’adressant  d’abord  et  particulière¬ 
ment  aux  organes  d’où  l’on  suppose"  que  l’écoulement  procède  et  ne  s’oc¬ 
cupant  qu’accessoireraent  de  rétat'général. 

n.  Traitement  local.  —  C’est  celui  qui  est  le  plus  usité  aujourd’hui. 
Cela  lient  sans  doute  à  ce  que  l’exploration  des  organes  génitaux  se  pra- 
liipue  maintenant  sans  difficultés,  tandis  qu’ autrefois  on  n’y  recourait  que 
dans  les  cas  les  plus  graves. 

Généralement  on  abuse  de  ce  mode  traitement  et  on  ne  fait  surtout 
pas  assez  la  distinction  entre  la  leucorrhée  vaginale  et  la  leucorrhée  uté- 
line,  ce  qui  est  cependant  essentiel.  L’écoulement  ayant  lieu  par  le  vagin. 


510  LEUCORRHÉE.  —  traitement. 

c’est  presque  uniquement  dans  ce  canal  que  l’on  introduit  les  topiques 
par  lesquels  on  veut  combattre  cette  infirmité.  Il  est  vrai  qu’ils  atteignent 
plus  ou  moins  le  col  de  l’utérus,  et  agissent  même  assez  directement  sur 
le  museau  de  tanche,  qui  est  un  des  points  de  départ  principaux  de  l’hy¬ 
persécrétion. 

C’est  en  injections  que  Pon  emploie  d’ordinaire  ces  remèdes.  Depuis 
l’eau  simple  jusqu’aux  astringents  les  plus  actifs,  on  se  sert  de  toutes  les 
décoctions^ et  solutions  que  l’on  suppose  pouvoir  arrêter  les  flueurs  blan¬ 
ches.  Ce  sont  d’abord  des  injections  d’eau  pure  à  la  température  du  corps, 
ou  des  décoctions  d’herbes  ou  de  racines  émollientes,  de  mauve  surtout 
et  de  racines  de  guimauve,  de  grande  consoude,  de  graine  de  lin  ou  de 
son.  A  ces  substances  simplement  émollientes  on  ajoute  quelquefois  des 
herbes  narcotiques,  par  exemple  de  morelle  noire,  de  jusquiame,  ou  des 
têtes  de  pavots  concassées,  quand  on  veut  obtenir  un  effet  plus  calmant. 
Ces  injections  ne  conviennent  que  quand  il  y  a  un  certain  degré  d’irrita¬ 
tion  ou  de  sensibilité  exagérée.  Quand  l’écoulement  est  chronique  et  in¬ 
dolent,  on  a  recours  aux  injections  astringentes,  consistant  en  décoctions 
de  feuilles  de  roses  de  Provins,  de  tan,  de  racines  de  ratanhia,  de  Colombo, 
de  feuilles  de  noyer,  etc.,  ou  en  des  solutions  de  substances  astringentes 
dans.de  l’eau,  telles  que  de  la  poudre  d’alun  cru,  de  tannin,  de  sulfate  de 
fer,  de  cuivre  ou  de  zinc. 

Les  injections  astringentes  coagulent  les  mucosités  renfermées  dans  le 
vagin  et  les  font  partir  sous  forme  de  flocons  ou  de  membranes.  Elles  ar¬ 
rêtent  momentanément  l’écoulement,  mais  n’empêchent  pas  toujours  la 
sécrétion  , morbide ,  ce  qui  peut  faire  croire  à  une  amélioration  ou  à  une 
guérison,  alors  que  le  mal  subsiste;  les  malades  s’en  aperçoivent  bien¬ 
tôt  lorsqu’elles  ont  suspendu  l’usage  de  ces  injections  pendant  quelques 
jours. 

Il  est  des  cas  où  l’écoulement,  en  même  temps  qu’il  est  abondant,  a 
une  odeur  plus  ou  moins  repoussante.  Alors  on  ajoute  aux  liquides  qu’on 
emploie  en  injections  des  substances  antiseptiques,  qui  le  plus  souvent 
ne  font  que  masquer  cette  odeur  ;  par  exemple,  l’eau  de  Bottot,  l’eau  de 
Cologne,  du  chlorure  de  chaux  liquide,  de  l’hypermanganate  de  potasse, 
du  sulfite  de  soude,  de  l’eau  phéniquée. 

Les  injections  vaginales  ont  certainement  leur  utilité  dans  la  leucor¬ 
rhée,  mais  il  ne  faut  pas  en  abuser. 

Les  douches  ascendantes  ont  aussi  été  préconisées  et  employées  pour 
combattre  les  leucorrhées  rebelles.  La  douche  exerce  une  action  beaucoup 
plus  intense  et  plus  profonde  que  l’injection;  il  faut  donc  s’en  abstenir 
toutes  les  fois  qu’il  existe  de  la  sensibilité  exagérée  dans  le  canal  génital. 
C’est  uniquement  dans  la  leucorrhée  utérine  chronique,  indolore  et  atone, 
que  les  douches  ascendantes  peuvent  opérer  d’une  manière  favorable.  Il 
est  rare  que  la  douche  thermale  soit  indiquée  ;  on  ne  s’en  sert  guère  qu’à 
l’occasion  de  l’usage  de  bains  d’ea.u  minérale  et  dans  le  bain  ;  c’est  la 
douche  fraîche  que  l’on  emploie  le  plus  souvent.  Quel  que  soit  l’instru¬ 
ment  dont  on  se  serve  pour  administrer  les  douches  froides,  elles  doivent 


LEUCORRHÉE.  —  traitemekt.  5H 

être  d’une  température  graduée  d’après  la  susceptibilité  ou  l’impression¬ 
nabilité  momentanée  des  patientes.  Le  jet  doit  être  modéré  et  arrêté  dès 
qu’il  provoque  de  la  douleur. 

L’irrigation  tient  le  milieu  entre  l’injection  et  la  douche.  C’est  une 
injection,  continue.  Prise  dans  la  position  horizontale,  au  moyeu  d’un  irri- 
gateur  d’Éguisier  ou  de  tout  autre,  à  jet  continu,  pendant  une  ou  plusieurs 
minutes  de  durée,  l’irrigation  produit  un  effet  plus  doux  que  la  douche 
froide. 

Les  injections  vaginales  peuvent  suffire  dans  la  leucorrhée  dont  le  point 
de  départ  est  dans  le  vagin  ;  mais'  quand  la  surface  muqueuse  de  l’utérus 
est  le  siège  de  l’hypersécrétion,  elles  sont  généralement  insuffisantes  ;  c’est 
ce  qui  a  fait  penser  à  faire  des  injections  dans  la  cavité  même  de  la  ma- 
trice.  Vidal  de  Cassis ’a  cherché  à  les  rendre  usuelles,  mais  il  a  rencontré 
beaucoup  d’opposition  parce  qu’elles  ont  été  quelquefois  suivies  d’acci¬ 
dents  graves  et  même  mortels.  Aujourd’hui,  on  craint  moins  de  provoquer 
de  pareils  accidents  parce  qu’on  connaît  les  précautions  à  prendre  pour 
les  éviter.  Pour  faire  des  injections  intra-utérines  sans  s’exposer  à  des 
suites  fâcheuses,  il  faut  que  le  canal  du  col  soit  en  état  de  permettre  au 
liquide  injecté  de  refluer  facilement. 

Le  cathétérisme  utérin  devra  toujours  précéder  l’introduction  de  la  ca¬ 
nule  de  la  seringue  à  injection  et  lui  frayer  la  voie.  Quant  au  liquide  à  in¬ 
jecter,  il  peut  être  composé  comme  celui  qu’on  injecte  dans  le  vagin. 
Comme  astringent  et  cautérisant  superficiellement  la  surface  avec  laquelle 
le  liquide  se  trouve  en  contact,  on  a  souvent  recommandé  une  solution 
d’azotate  d’argent,  le  perchlorure  de  fer  étendu,  la  teinture  d’iode  au  SO”. 
Hais  dans  tous  les  cas  de  complication  de  la  leucorrhée  par  de  l’inflam¬ 
mation  aiguë  de  la  matrice  ou  de  ses  annexes,  et  toutes  les  fois  que  l’in¬ 
troduction  de  la  sonde  utérine  présente  des  difficultés,  comme  par  exemple 
dans  certains  déplacements  ou  vices  de  conformation  de  l’utérus,  ou  pro- 
ïoque  une  grande  sensibilité,  il  est  prudent  de  s’abstenir. 

Du  autre  mode  de  traitement  topique  consiste  dans  l’introduction  dans 
le  vagin  de  bourdonnets  de  coton  qui  provoquent  par  leur  présence  une 
légère  chaleur,  absorbent  les  humeurs  sécrétées,  et  modifient  de  cette  ma¬ 
nière  la  vitalité  des  surfaces.  D’autres  conseillent  d’introduire,  à  l’aide  de 
sachets  allongés  pouvant  remplir  le  vagin  et  être  facilement  placés  au 
moyen  du  spéculum,  des  substances  de  différente  nature,  absorbantes, 
aromatiques  ou  astringentes.  On  a  même  rempli  ces  sachets  de  pom¬ 
mades,  d’onguents,  de  substances  molles  en  un  mot,  qui,  en  fondant  par 
lachaleur  du  corps,  traversent  les  mailles  du  sachet  et  se  mettent  en  rap¬ 
port  avec  les  surfaces  malades. 

Dans  la  leucorrhée  vaginale,  le  badigeonnage  de  la  muqueuse  du  va¬ 
gin  avec  un  liquide  modificateur,  de  nature  astringente  ou  légèrement 
cautérisante,  a  également  été  vanté.  Ainsi,  on  a  conseillé  de  toucher  ou 
badigeonner  la  muqueuse  vaginale  et  du  col  avec  une  solution  de  nitrate 
d’argent,  ou  de  la  cautériser  superficiellement  avec  le  crayon  de  pierre 
infernale,  avec  de  la  teinture  d’iod<=,  du  perchlorure  de  fer,  etc. 


512 


LEUCORRHÉE.  —  traitemeht. 

Quand  on  a  reconnu,  au  moyen  du  spéculum,  que  le  point  de  départ 
de  l’écoulement  est  la  surface  interne  des  lèvres  du  col  ou  sa  cavité, 
les  applications  directes  sur  ces  surfaces  deviennent  utiles.  Pour  cela,  on 
se  sert  de  tampons  de  colon  que  l’on  saupoudre  de  substances  astringentes 
ou  légèrement  styptiques,  telles  que  la  poudre  d’alun,  de  tannin;  ou  mo- 
diticati’ices,  comme  le  calomel.  En  trempant  le  tampon  dans  de  la  glycé¬ 
rine,  ces  poudres  restent  adhérentes  à  sa  surface  et  se  mettent  facilement 
en  rapport  avec  les  parties  malades.  Marion  Sims  a  préconisé,  dans  ces 
derniers  temps,  des  pansements  avec  l’extrait  de  pinus  canadensk,  soit 
pur,  soit  mélangé  avec  de  la  glycérine  et  de  l’eau  de  roses.  Un  moyen 
plus  fréquemment  employé,  qui  est  en  même  temps  plus  simple  et  plus 
sûr,  c’est  la  cautérisation  directe  avec  le  crayon  d’azotate  d’argent;  on 
peut  encore  se  servir  de  perchlorure  de  fer  ou  de  teinture  d’iodé. 

Dans  le  cas  où  la  source  de  l’écoulement  est  plus  profonde  encore,  il 
faut  pénétrer  dans  le  canal  du  col,  et  jusque  dans  la  cavité  du  corps  uté¬ 
rin.  A  cet  effet,  on  a  conseillé  la  cautérisation  avec  le  porte-caustique  de 
Lallemand,  avec  des  trochisques  composés  de  substances  astringentes  (Ma¬ 
thieu)  qu’on  abandonne  dans  le  col,  où  en  poussant  un  crayon  de  nitrate 
d’argent  aussi  profondément  que  possible,  comme  une  sonde,  et  en  le 
retirant  au  bout  de  quelques  instants. 

Courty  recommande  comme  un  moyen  souverain,- «  car,  dit-il,  je 
ne  connais  pas  une  seule  leucorrhée  qui  y  ait  résisté,  »  l’introduction 
d’un  crayon  de  nitrate  d’argent  à  l’aide  de  pinces  porte-crayon  ou  d’un 
long  porte-nitrate  ordinaire,  et  de  V abandonner  dans  la  cavité  utérine  en 
ouvrant  et  retirant  ensuite  le  porte-crayon;  ou  il  le  casse  sur  le  porte- 
nitrate  pour  le  laisser  à  demeure  dans  la  cavité  utérine,  d’où  il  retire  dou¬ 
cement  l’instrument  qui  lui  a  servi  à  l’y  faire  pénétrer.  Préalablement,  il 
pratique  le  cathétérisme  de  l’utérus  pour  s’assurer  de  la  direction  de  ses 
cavités.  Les  suites  ne  présentent  jamais  rien  de  fâcheux,  assure  Courty, 
la  menstruation  s’effectue  normalement,  la  conception  a  lieu  chez  les 
malades  guéries  par  ce  moyen  comme  chez  d’autres.  Enfin,  l’auteur  ajoute 
qu’il  propose  avec  confiance  ce  moyen  auquel  aucun  autre  n'est  com¬ 
parable. 

Si  l’on  peut  effectivement,  par  ce  procédé,  guérir  sans  le  moindre  dan¬ 
ger  toutes  les  leucorrhées  utérines,  il  faut  renoncer  à  ce  grand  nombre 
de  remèdes  internes  et  externes  qui,  eux  aussi,  avaient  été  vantés  comme 
infaillibles,  mais  qui,  dans  la  plupart  des  cas,  n’ont  procuré  qued’amères 
déceptions. 

Il  est  facile  de  comprendre  que  l’emploi  de  tous  les  moyens  topiques  doit 
être  suspendu,  non-seulement  pendant  toute  la  durée  de  la  menstruation, 
mais  même  quelque  temps,  avant,  et  ne  doit  être  repris  que  quand  l’écoule¬ 
ment  a  cessé  depuis  quelques  jours;  car  l’absence  d’écoulement  au  dehors 
n'est  pas  un  signe  que  le  travail  si  compliqué  de  l’ovulation  est  terminé  et 
que  les  organes  génitaux  sont  revenus  à  leur  état  de  repos  quant  à  la 
fonction  qu’ils  remplissent  chaque  mois. 

b.  Traitement  général.  —  La  leucorrhée  ayant  été  considérée  comme 


513 


LEUCORRHÉE.  —  iRAiTEiiEtiT. 
une  maladie  atonique  par  nos  prédécesseurs,  et  l’étant  encore  par  beau¬ 
coup  de  médecins  quand  elle  se  développe  lentement  ou  quand  elle  est 
devenue  chronique  après  une  courte  période  d’acuité,  on  a  naturellement 
songé  à  l’emploi  des  toniques.  11  est  certain  -que  la  leucorrhée  chronique 
s’observe  surtout  chez  des  personnes  d’une  constitution  délicate  ou  affai¬ 
blie.  L’expérience  est  d’ailleurs  venue  confirmer  en  grande  partie  l’i(iée 
théorique.  Le  plus  souvent  on  ne  retire  un  bon  effet  par  le  traitement 
interne  que  de  la  médication  tonique. 

Le  quinquina  est  à  la  tête  de  toutes  les  subsïances  toniques.  On  l’admi¬ 
nistre  sous  toutes  les  formes,  mais  surtout  sous  celle  de  macération  vi¬ 
neuse.  Le  nombre  des  vins  de  quinquina  que  prônent  les  journaux  et  les 
réclames  particulières  est  grand  ;  le  vin  du  Codex  (rouge  ou  blanc)  peut 
les  remplacer  tous.  Quelquefois  la  décoction  aromatisée  est  mieux  sup¬ 
portée. 

Les  autres  toniques  tiennent  le  second  rang,  et  sont  surtout  préférés 
quand  on  veut  en  même  temps  agir  sur  l’estomac  et  réveiller  l’appétit, 
les  infusions  de  quassia,  de  colombe,  d’écorce  d’orange,  etc.,  remplissent 
cette  indication.  Aujourd’hui  on  fait  grand  bruit  d’un  sirop  d’écorce 
d’oranges  amères. 

Parmi  les  toniques  reconstituants,  il  faut  encore  compter  les  prépara¬ 
tions  martiales,  dont  le  nombre  est  considérable.  Le  sulfate,  le  carbo¬ 
nate,  le  lactate  et  lè  phosphate  de  fer  sont  particulièrement  recomman¬ 
dés.  Les  préparations  ferrugineuses. sont  surtout  utiles  quand  il  existe  un 
état  de  chloro-anémie. 

Les  baumes  ou  balsamiques  ont  la  réputation  de  tarir  les  hypersécré¬ 
tions  des  membranes  muqueuses  et  notamment  celles  des  voies  génitales. 
On  connaît  leur  usage  dans  la  bronchorrhée  catarrhale.  On  les  a  aussi  em¬ 
ployés  contre  la  leucorrhée.  En  Angleterre,  on  unit  volontiers  le  baume 
de  copahu  au  quinquina  ;  quelquefois  on  en  forme  des  hols  au  moyen  du 
poivre  cubèbe.  La  térébenthine,  les  préparations  de  goudron,  l’extrait 
de  bourgeons  de  sapin  en  sont  les  succédanés. 

Souvent  on  a  mélangé  les  ferrugineux  avec  les  balsamiques  et  avec  les 
amers.  Le  sulfate  de  fer  se  marie  très-bien  avec  l’oléo-résine  de  copahu, 
l’extrait  de  gentiane,  le  Idno,  etc. 

Les  gommes-résines,  telles  que  la  gomme  ammoniaque,  la  myrrhe,  etc., 
ont  joui  d’une  grande  célébrité  chez  les  anciens.  Les  fameuses  pilules 
antileucorrhéiques  de  Stahl  étaient  composées  de  gomme  ammoniaque, 
de  myrrhe,  d’aloès,  de  gomme  de  lierre,  etc. 

Les  anciens  comprenaient,  sous  la  dénomination  de  remèdes  utérins, 
mquæsua  qüadam  vi  in  uteri  præsertim  vasa  agere  videntur.  »  On  voit 
qu’ils  ne  raisonnaient  pas  plus  mal  qu’on  ne  le  fait  aujourd’hui,  où  l’on 
attribue  un  rôle  considérable  aux  vaso-moteurs.  Ils  considéraient  comme 
tels  beaucoup  de  substances,  entre  autres  les  emménagogues.  Ils  attri¬ 
buaient  à  Vuva  ursi  une  vertu  particulière  in  viscera  cavo  pelveos  con- 
tmta.  Ils  ne  connaissaient  pas  le  seigle  ergoté,  dont  l’usage  dans  la  leu¬ 
corrhée  a  été  vanté  par  Bozzoni. 


XX.  —  33 


514 


LEUCORRHÉE.  —  traitement. 


L’aloès  a  été  particulièrement  recommandé  par  Schœnlein  et  Aran,  et 
de  préférence  en  lavements.  Courty,  qui  l’a  employé,  en  a  retiré.peu  d’effet 
et  signalé  les  inconvénients. 

Les  altérants  (résolutifs) ,  tels  que  les  préparations  d’iode,  de  brome, 
d’pr  et’  d’arsenic,  ont  été  tour  à  tour  conseillés.  Lisfranc  dit  qu’il  a 
obtenu  de  l’iodure  de  potassium,  dans  la  leucorrhée  arrivée  à  son  summum 
d’intensité,  des  succès  qui  l’ont  étonné  !  11  avait  probablement  affaire  à 
des  personnes  lymphatiques,  scrofuleuses,  ou  affectées  d’engorgements 
utérins.  Le  chlorure  d’or  et  de  sodium  a  produit  de  bons  effets  dans  tes 
circonstances.  Enfin,  l’arsenic,  altérant  à  la  mode,  jouit  aussi  d’une  répm 
tation  plus  ou  moins  méritée. 

On  n’en  finirait  pas  si  l’on  voulait  rappeler  tous  les  remèdes  internes 
qui  ont  été  préconisés  contre  les  flueurs  blanches,  soit  de  bonne  foi,  soit 
pour  exploiter  la  crédulité  publique.  C’est  au  praticien  à  choisir. 

En  raison  de  ce  que  la  leucorrhée  est  considérée  comme  se  trouvant 
en  grande  partie  sous  la  dépendance  d’un  état  constitutionnel  morbide, 
ou  pouvant  avoir  pour  conséquence  une.  détérioration  de  l’économie  qui  se 
fait  surtout  ressentir  dans  le  système  nerveux,  on  a  dû  nécessairement 
songer  à  l’emploi  d’autres  moyens  encore,  regardés  à  tort  ou  à  raison 
comme  de  grands  modificateurs  de  l’économie,  comme  toniques,  reconstb 
tuants,  etc.  En  tête  de  ces  moyens  se  trouvent  les  eaux  minérales  naturelles. 

S’agit-il  de  combattre  une  disposition  lymphatique  ou  strumeuse,  ce 
sont  les  eaux  salines  iodo-bromurées  qui  doivent  obtenir  la  préférence.  11 
en  existe  en  grand  nombre  dans  tous  les  pays  :  en  France,  celles  de  Salins 
ont  une  grande  réputation  ;  à  l’étranger,  ce  sont  les  eaux  de  Creuznach, 
de  Kissinger! ,  etc.  Les  eaux  thermales  alcalines,  comme  Plombières, 
Luxeuil,  etc.,  peuvent  aussi  trouver  leurs  indications,  surtout  en  mélan¬ 
geant  ces  eaux  avec  des  eaux  de  la  source  ferrugineuse  (oxyde  de  fer)  qui 
existe  presque  toujours  à  côté  de  la  source  thermale. 

Les  eaux  sulfureuses  seront  utiles  aux  personnes  chez  lesquelles  on 
a  des  raisons  de  supposer  qu’un  vice  herpétique  est  en  jeu,  a  provoqué 
ou  entretient  l’écoulement  leucorrhéique. 

Les  eaux  acidulés  ferrugineuses  conviennent  mieux  aux  femmes  ané¬ 
miques  et  chlorotiques  primitivement  ou  consécutivement,  et  qui  ont  à 
souffrir  des  désordres  qu’entraînent  si  souvent  dans  les  organes  de  Indiges¬ 
tion  et  de  la  circulation  les  pertes  continuelles  qu’ éprouvent ’les  malades, 
surtout  quand  elles  sont  accompagnées  de  dérangements  dans  la  mens¬ 
truation.  En  France,  ces  sources  sont  peu  nombreuses  et  peu  actives;  à 
l’étranger,  les  principales  sont  celles  de  Schwalbach,  Spa,  Pyrmont. 

L’eau  naturelle  froide  n’agit  pas  directement  sur  le  flux  leucorrhéique 
et  ne  trouve  son  application  que  rarement.  On  ne  peut  expliquer  son  effet 
que  par  la  réaction  salutaire  qui  suit' son  usage  en  bains,  et  par  son  aclion 
tonique  en  général.  Si  les  bains  de  rivière  ont  produit  de  bons  effets 
dans  la  leucorrhée,  les  cas  où  ils  ont  été  accusés  de  l’avoir  occasionnée 
(par  refroidissement)  sont  plus  fréquents  encore. 

Les  bains  de  mer  ont  une  action  bien  différente;  ils  sont  ioniques  et 


LEUCORRHÉE.  —  traitement.  515 

résolutifs  :  leur  manière  d’agir  se  rapproche  de  celle  des  eaux  bromo- 
iodurèes  prises  à  l’intérieur.  Cependant  les  médecins-inspecteurs  de  ces 
eaux  recommandent  J  a  prudence  la  plus  grande  dans  leur  usage  pour  les 
maladies  des  femmes  en  général,  parce  qu’ils  ont  remarqué  qu’elles  peu¬ 
vent  causer  de  grandes  perturbations  dans  les  organes  sexuels. 

Enfin  l’hydrothérapie,  ce  grand  remède  appliqué  aujourd’hui  à  presque 
tous  les  maux  chroniques,  a  été  vantée  contre  les  tlueurs  blanches.  Selon 
Courty,  elle  est  d’une  utilité  beaucoup  plus  générale  que  ne  le  sont  les 
eaux  minérales.  D’après  cet  auteur,  l’eau  froide  sous  toutes  les  formes  et 
ses  réactions  graduées  produisent,  dans  le  catarrhe  utérin  chronique,  des 
résultats  souvent  inespérés  et  vraiment  héroïques.  Nous  n’avons  pas  d’ex¬ 
périence  de  ce  mode  de  traitement;  mais  on  comprend  qu'en  fortifiant 
l’économie  entière  il  puisse  avoir  un  effet  heureux  sur  une  maladie  consi¬ 
dérée  généralement  comme  liée  à  un  état  de  débilité  locale  ou  générale. 

Les  dérivatifs  cutanés  et  les  exutoires  peuvent-ils  rendre  quelque  service 
dans  le  traitement  de  la  leucorrhée? 

On  n’a  plus  recours  aujourd’hui  aux  exutoires,  que  l’on  employait  au¬ 
trefois  avec  une  confiance  presque  ridicule  sans  songer  qu’on  affaiblissait 
l’organisme  en  lui  infligeant  une  perte  continue.  On  a  conseillé  des  vési¬ 
catoires,  des  frictions  avec  la  pommade  stibiée,  même  le  cautère  et  le 
séton.  Les  sétons,  les  vésicatoires,  les  cautères,  que  Fabrice  de  Hiiden  re¬ 
commandait  autrefois,  sont  surtout  indiqués,  dit  J.-B.  Blatin,  lorsque  la 
leucorrhée  paraît  entretenue  par  un  état  d’affaiblissement  de  l’utérus. 
Comment  fortifieraient-ils  donc  l’organe  affaibli?  On  comprendrait  tout  au 
plus  l’emploi  de  pareils  moyens  dans  les  cas  où  l’on  aurait  des  raisons 
de  supposer  que  l’irrilâtion  qui  entretient  l’écoulement  est  de  nature  à 
pouvoir  être  déplacée  et  fixée  à  son  endroit  ordinaire  de  prédilection,  la  - 
surface  cutanée,  par  exemple,  dans  la  leucorrhée  entretenue  par  une 
irritation  herpétique. 

Dans  le  traitement  de  la  leucorrhée,  il  ne  faut  pas  se  borner  à  prescrire 
des  remèdes,  il  faut  encore  faire  observer  certaines  règles  de  conduite 
relatives  à  la  m'anière  de  vivre  en  général,  au  régime  alimentaire,  au  mou¬ 
vement,  au  milieu  dans  lequel  on  vit.  Il  n’est  pas  facile  de  changer  la 
lanière  de  vivre  des  malades  et  surtout  le  milieu  dans  lequel  elles  vivent.- 
Cen’estpas  un  mois  de  séjour  dans  un  air  vif  et  de  régime  tonique  qui 
peut  modifier  la  constitution  ;  mais  on  peut  éviter  une  foule  de  causes 
nuisibles  et  se  procurer  une  alimentation  convenable. 

Le  refroidissement  est  une  des  causes  déterminantes  de  la  leucorrhée 
etquipeut  surtout  momentanément  l’augmenter,  tout  comme  un  froid 
intense  pourrait  la  supprimer  subitement.  Entre  la  peau  et  les  membranes 
muqueuses,  il  existe  des  relations  sympathiques  jntimes.  La  perspiration 
cutanée  régulière  est  favorable  aux  affections  des  muqueuses  en  général. 
Aussi  conseille-t-on,  dans  ces  affections,  de  se  garantir  contre  le  refroidis¬ 
sement  en  portant  des  vêtements  suffisamment  chauds  et  surtout  de  la  laine 
sur  la  peau. 

Au  traitement  tonique  et  résolutif  interne  il  faut  toujours  ajouter  un 


516 


LEUCORRHÉE.  —  traitemeht. 
régime  analogue.  La  nourriture  doit  être  saine  et  plus  fortifiante  que  ra¬ 
fraîchissante.  Les  moyens  tliéra[)eutiques  qu’on  prescrit  contre  les  {tueurs 
blanches  sont,  en  général,  toniques  ;  le  régime  doit  venir  en  aide  à  Jeur 
action.  Les  viandes  les  plus  nourrissantes  sont  presque  toujours  indi¬ 
quées,  ainsi  que  les  vins  renfermant  beaucoup  de  tannin  (vins  rouges). 
Les  farineux  sont  lourds  et  renferment  peu  de  matière  nutritive.  Les 
boissons  chaudes,  telles  que  le  café  au  lait,  le  thé,  agissent  d’une  manière 
débilitante,  tout  en  excitant  le  système  nerveux;  elles  ne  doivent  être 
permises  que  dans  des  proportions  très-restreintes.  Les  crudités  doivent 
être  évitées,  leur  abus  est  évidemment  nuisible. 

Toute  occupation  fatigante  ne  peut  qu'aggraver  le  mal;  de  même,  un 
travail  très-assidu  dans  certaines  positions,  par  exemple  d’être  assise  toute 
la  journée  à  s’occuper  à  des  travaux  d’aiguille,  ou  debout  à  repasser.  Le 
mouvement  modéré  à  l’air  libre  est  favorable  à  la  santé,  en  général,  et 
doit  être  conseillé,  surtout  aux  personnes  qui  ont  des  occupations  habi¬ 
tuelles  qui  les  tiennent  renfermées. 

Une  femme  mariée  atteinte  de  leucorrhée  peut-elle  se  livrer  à  l’acte  du 
mariage  sans  avoir  à  craindre  d’augmenter  son  infirmité?  L’expérience  a 
appris  que  le  co’it  mQ^exé  ii’a  aucune  influence  fâcheuse  sur  la  leucorrhée; 
mais  il  est  essentiel  dë^nê  pas  confondre  un  écoulement  qui  accompagne 
un  état  organique  grave  de  l’utérus  avec  de  simples  flueurs  blanches. 
Celles-ci  peuvent-elles  être  guéries  par  le  mariage?  C’est  une  question  qui 
est  faite  quelquefois  au  médecin.  Nous  avons  entendu  dire  souvent  à  de 
jeunes  femmes  qu’avant  leur  mariage  elles  n’avaient  pas  eu  de  flueurs 
blanches,  qu’elles  ne  les  remarquaient  que  depuis  qu’elles  étaient  ma¬ 
riées;  nous  ne  nous  rappelons  pas  avoir  reçu  la  confirmation  que  des 
flueurs  blanches  existantes  avant  le  mariage  eussent  cessé  par  ce  chan¬ 
gement  de  condition.  Les  excitations  sexuelles,  surtout  quand  elles  sont 
souvent  répétées,  sont  donc  plutôt  une  cause  de  provocation  ou  d’entretien 
de  la  leucorrhée  qu’un  moyen  de  guérison. 

Est-il  des  cas  où  la  leucorrhée  doit  être  respectée  dans  la  crainte  de 
provoquer  par  sa  suppression  une  maladie  grave,  ou  de  favoriser  la  marche 
insidieuse  d'une  affection  organique  chronique? 

Pinel  et  Bricheteau  rapportent  l’histoire  d’une  femme  qui  devint  folle 
par  le  fait  de  la  suppression  de  ses  flueurs  blanches.  N’a-t-ohpas  pris  dans 
ce  cas  l’effet  pour  la  cause?  N’est-il  pas  arrivé  ce  qui  se  remarque  chez  les 
accouchées,  la  suppression  de  l’écoulement  lorhial,  de  la  sécrétion  lai¬ 
teuse,  lorsqu’il  se  déclare  une  affection  puerpérale  grave?  L’analyse  cli¬ 
nique  est  aujourd’hui  plus  avancée,  et  on  confond  beaucoup  moins  souvent 
l’effet  avec  la  cause. 

Trousseau  et  Pidoux  racontent  qu’une  jeune  femme,  atteinte  depuis 
plusieurs  mois  de  leucorrhée  et  d'engorgement  de  l’utérus^  voulut  être 
guérie,  et  qu’aussitôt  le  flux  utérin  dissipé,  elle  éprouva  des  hémoptysies 
et  tous  les  accidents  de  la  tuberculisation  pulmonaire.  Une  fausse  couche 
ramena  la  fluxion  utérine  et  la  leucorrhée  :  tous  les  phénomènes  qui 
s’étaient  déclarés  du  côté  des  poumons  cessèrent  en  peu  de  temps.  Un 


LEUCORRHÉE.  —  bibliographie.  517 

cautère  au  bras  permit  d’entreprendre  la  guérison  de  la  matrice  sans 
aucun  danger. 

Cette  histoire  n’est-elle  pas  arrangée  pour  venir  à  l’appui  d’une  théorie 
préconçue?  faire  disparaître  une  cause  d’affaiblissement  de  l’économie, 
est-ce  favoriser  le  développement  d’une  maladie  plus  grave?  Ou  la  dia¬ 
thèse,  quand  elle  existe,  devient-elle  cachexie  quand  on  a  supprimé  une  de 
ses  manifestations?  Ce  sont  là  des  problèmes  de  pathologie  générale  qui  ne 
peuvent  être  discutés  en  cet  endroit.  Ne  dirait-on  pas  que,  dans  le  cas  re¬ 
laté  par  Trousseau  et  Pidoux,  le  cautère  au  bras  a  dû  remplacer  le  flux 
leucorrhéique  utérin?  Cela  est-il  possible?  En  tout  cas,  on  ne  fait  pas  ces¬ 
ser  la  leucorrhée  à  volonté;  le  traitement  de  cette  infirmité  est  souvent, 
ordinairement  même,  un  problème  complexe  et  dans  lequel  on  ne  doit  ja¬ 
mais  perdre  de  vue  l’état  local  etl’élat  général  des  malades. 

«  On  parle  du  danger  de  la  répercussion,  disent  Boivin  et  Dugès,  c’é¬ 
taient  quelquefois  des  accidents  delà  recrudescence  qui  ont  été  pris  pour 
tels.  »  Rien  n’est  plus  probable;  mais  quand  ces  auteùrs  ajoutent  qu’un 
écoulement  ancien  habituel  ne  peut  être  supprimé  avec  sécurité  qu’en  y 
suppléant  par  un  exutoire,  ils  sacrifient  sur  l’autel  des  préjugés  :  il  n’y  a  pas 
àcraindrède  supprimer  trop  promptement  un  écoulement  de  cette  nature, 
maisbien  de  transformer  la  sécrétion  passive  en  inflammatoire.  Un  autre 
conseil  qu’ils  donnent  est  plus  rationnel,  c’est  qu’il  ne  faut  jamais  dépasser 
les  bornes  d’une  stimulation  convenable  et  savoir  arrêter  les  effets  d’une 
médication  trop  active. 

CiuBos  DE  Mostadx,  Traité  des  maladies  des  femmes,  2»  éd.  Paris,  an  VIII. 

Buire  (J.  B.),  Du  catarrhe  utérin  ou  des  llueurs  blanches.  Paris,  an  X  (1801). 

(kiiKE  (C.  M.),  Observations  on  diseases  of  females  atlended  wilh  diseharges.  London,  1814. 
CimoE,  Traité  des  maladies  des  femmes,  2“  éd.  Paris,  1817. 

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p.3. 

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Mcaks.  (.  XXV,  p.  5,  1822). 

SoBtoj,  Traité  d’accouchement,  des  maladies  des  femmes,  3®  éd.  Paris,  1823. 

Dümüchet,  Traité  du  catarrhe  utérin  ou  flueurs  blanches.  Paris,  1825. 

Bozzosi  (L.  G.),  Sull’  uso  délia  segale  cornuta  nella  leucorrhœa  [Annali  unie,  di  medicina 
dOmodei,  t.  LVIÏ,  p.  225,  1831). 

Büiüies,  Dissertation  sur  la  leucorrhée.  Thèse  de  Paris,  1834. 

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IteoKE  (Théodore),  Essai  sur  la  leucorrhée  ou  les  flueurs  blanches.  Thèse  de  Paris,  1835. 

D’Espinb  (Marc),  Recherches  anatomiques  sur  quelques  points  de  Thisloire  de  la  leucorrhée 
[irch.  gén.  de  méd.,  2»  série,  t.  X,  p.  165,  1836). 
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Lsmsc,  Clinique  chirurgicale  de  la  Pitié,  t.  II,  p.  324.  Paris,  1841-43. 

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Bmeere  de  Boismoxt,  De  la  menstruation  considérée  dans  ses  rapports  physiologiques  et  patholo¬ 
giques,  chap.  xin.  —  Des  flueurs  blanches,  p.  259.  Paris,  1842. 

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Bimi  (.Alph.),  Remarques  cliniques  sur  les  phlegmasies  chroniques  de  la  membrane  muqueuse 
de  l’utérus  [Bull,  de  thérap.,  1846,  t.  XXXI). 


518 


LEVIER. 


Legrand  (A.),  Du  traîteniÈnt  de  la  leucorrhée  {Bull,  dé  l’Acad.  de  méd.,  28  octobre  1846,— 
Mémoire  sur  le  traitement  topique  de  la  leucorrhée  [Gaz.  méd  de  Paris,  1847,  n“  1). 

Robin  (Charles),  Mémoire  pour  servir  à  l’histoire  physiologique  et  pathologique  de  la  membraie 
muqueuse  utérine,  de  son  mucus,  de  la  caduque  et  des  œufs,  ou  mieux  glandes  de  Haboth 
[Arch.  gén.  de  méd.,  A‘  série,  t.  XVII,  p.  257  et  405,  t.  XVIII,  p.  186,  1848). 

Gibert,  Thérapeutique  des  maladies  des  femmes  liées  à  un  écoulement  [Bull,  de  fAerap.,  janvier 
1848,  t.  XXXIV,  p.  24). 

Kaufm-akn,  über  eine  der  hâuCgsten  Ursachen  des  chronischen  fluor  albus  [Verkandl.  der  (ks- 
selch.  f.  Geburtsh.  in  Berlin,  t.  V,  p.  16). 

Mayer  (Al.),  Des  scarifications  multiples  du  col  de  la  matrice  à  l’aide  d’un  instrument  nouveau 
dans  le  traitement  des  leucorrhées  symptomatiques  des  '  engorgements  utérins.  Rapport  par 
M.  llervez  de  Chégoin  [Bull,  de  l’Acad.  de  méd.  Paris,  1851-52,  t.  XVII,  p.  615). 

Tïler  Smith  ( W.),  On  Leiicorrhœa,  pathological  and  therapeutical  views  [Medic.  chirurg.  Trans¬ 
actions,  2«  série,  t.  XVIII,  p.  577,  1852). 

Lange,  über  der  fluor  albus  [Deustche  Klinik,  1852,  n“  48). 

Reigel,  über  die  Sekrete  des  fluor  albus  [Deustche  Klinik,  1855,  n“  19,  et  Monatschr.  f.  Ge- 
burtsk.,  t.y,ig.i51). 

Aran,  Leçons  cliniques  sur  les  maladies  de  l’utérus  et  de  ses  annexes,  1858-1860. 

Besnet  (James-Henry),  Traité  pratique  de  l’inflammation  de  l'utérus,  de  son  col,  de  ses  annexes, 

.  traduit  de  l’anglais  sur  la  quatrième  édition,  avec  des  notes,  par  Michel  Peter,  1864.  —  De  la 
connexion  entre  la  phthisie  et  les  maladies  utérines,  et  de  la  nécessité  de  traiter  ces  dernières 
dans  les  cas  ainsi  compliqués  [Bull,  de  thérap.,  1865,  t.  LXIX). 

CoüRTT,  Traité  des  maladies  de  l’utérus.  Paris,  1866. 

Hennig,  Der  Katarrh  der  weiblichen  Gesehlechts  tlieile.  Leipzig,  1870,  in-4,  fig. 

Galeard,  Leçons  cliniques  sur  les  maladies  des  femmes,  1873. 

A.  Stolt/s. 


liETHOER,  —  Le  levier,  vectis  oistetricius,  qui  a  Joué  un  grand  rôle 
en  obstétricie  depuis  l’époque  de  Roonhuysen  jusqu’à  la  seconde  moitié 
du  dix-huitième  siècle,  a  perdu  peu  à  peu  de  son  prestige  à  mesure  que 
l’usage  du  forceps  tendait  à  se  généraliser,  et,  de  nos  jours,  il  a  presque 
complètement  disparu  de  la  pratique.  Le  mystère  dont  il  a  été  enveloppé 
pendant  soixante  ans  et  que  ses  rares  possesseurs,  dans  des  vues  intéres¬ 
sées,  se  sont  efforcés  d’entretenir,  a  sans  doute  contribué  pour  la  plus 
large  part  à  établir  la  réputation  extraordinaire  de  cet  instrument,  répu¬ 
tation  qui  tomba  d’autant  plus  vite,  dès  qu’il  fut  connu  (1753),  qu’il  ré¬ 
pondait  moins  aux  espérances  exagérées  qu’on  fondait  sur  lui. 

Jadis  on  attribuait  communément  à  R.  Roonhuysen  l’inveiition  du  le¬ 
vier.  Mais  cet  accoucheur  a  très-prohahlement  reçu  le  forceps  des  mains 
de  Chamberlen,  ce  qui  paraît  surtout  prouvé  par  les  instruments  à  deux 
branches,  dont  Rathlaw  et  Schlichting  ont  donné  la  description.  Ajoutons 
que,  d’après  le  témoignage  de  Titsing,  Roonhuysen  se  servait  de  deux 
cuillers  en  corne  destinées  à  être  ap])liquées  sur  les  côtés  de  la  tête,  etc. 
Or,  d’une  part,  il  n’est  aucunement  démontré  que  l’instrument  publié 
par  'de  Visscher  et  van  de  Poil  était  réellement  le  moyen  secret  employé 
par  Roonhuysen  ;  d’autre  part,  il  ressort  de  la  découverte  faite  à  Wood- 
ham  que  Chamberlen  connaissait  déjà  le  levier,  et  même  qu’il  se  servait 
d’un  levier  fenêtré,  c’est-à-dire  d’un  instrument  beaucoup  plus  parfait  que 
celui  qu’on  attribue  à  Roonhuysen.  —  Il  est  impossible  de  décider  si  le 
levier  a  été  inventé  avant  ou  après  le  forceps. 

Le  levier,  dit  levier  de  Roonhuysen,  consistait,  d’après  la  descriptionde 
de  Visscher  et  van  de  Poil,  en  une  lame  d’acier,  longue  de  30  centimè- 


LEVIER. 


519 


très,  large  de  27  millimètres  et  épaisse  de  5  millimètres,  arrondie  sur  les 
iords  et  aux  angles,  droite  dans  sa  partie  moyenne,  et  présentant  à  ses 
deux  extrémités  une  courbure  longue  d’environ  94  millimètres  et  pro¬ 
fonde  de  3  millimètres.  Cette  lame  était  enduite  d’emplâtre  diapaline  etre- 
eouverte  de  cuir. 

D’après  les  indications  des  deux  médecins  que  nous  venons  de  nommer, 
lelevier  devait  être  employé  dans  les  enclavements  de  la  tête,  où  le  front 
est  si  fortement  serré  contre  le  sacrum  et  l’occiput  contre  les  pubis  que 
les  contractions  ne  peuvent  faire  avancer  la  partie  fœtale.  Le  procédé  opé¬ 
ratoire  consistait  à  introduire  lelevier,  sous  la  direction  des  doigts,  dans 
fexcavation  du  sacrum,  et  à  le  pousser  assez  haut,  tout  en  contournant 
latête  d’arrière  en  avant,  pour  que  la  courbure  embrassât  l’occiput.  Puis 
ondoyait  imprimer  un  mouvement  de  descente  à  la  tête,  en  élevant  vers 
le  ventre  de  la  femme  la  partie  du  levier  qui  se  trouvait  à  l’extérieur,  et 
en  prenant  un  point  d’appui  sur  les  os  pubis.  . 

Peu  après  la  publication  de  l’instrument  de  Roonhuysen,  il  en  parut 
plusieurs  variétés  (levier  de  Boom,  spatule  de  Titsing),  et  dans  le  courant 
dn  siècle  dernier  le  levier  subit  de  nombreuses  modifica¬ 
tions,  au  point  de  vue  de  sa  forme,  de  sa  grandeur  et  surtout 
de  la  direction  de  sa  courbure.  On  le  débarrassa  de  sa  garni¬ 
ture  de  cuir,  on  y  pratiqua  des  fenêtres,  et  on  le  munit  d’un 
manche  ;  on  le  fit  construire  en  argent,  en  corne  et  en 
ivoire.  Quelques-uns  de  ces  instruments  plus  récents  étaient 
encore  destinés  à  agir  comme  des  leviers,  tandis  que  d’autres 
avaient  évidemment  plutôt  le  caractère  des  crochets  mousses 
et  étaient  surtout  des  instruments  de  traction. 

Parmi  les  leviers  de  pression  (Druckhebel)  se  rangent 
ceux  de  Boom,  Titsing,  Rigaudeaux,  Camper,  Bechberger, 

Zeller;  à  la  catégorie  des  leviers  de  traction  (Znghebel) 
appartiennent  ceux  de  Briias,  Dease,  Lowder,  Aitken,  Pea’n, 

Baudelocque  (fig.  44),  etc. 

Si  l’on  ne  s’entendait  guère  sur  la  meilleure  forme  à 
donner  au  levier,  on  était  tout  aussi  peu  d’accord  sur  la  ré¬ 
gion  du  bassin  et  de  la  tête  où  il  fallait  l’appliquer.  La  plu¬ 
part  des  accoucheurs  voulaient  agir  sur  l’occiput;  d’autres 
sur  le  front,  sur  la  région  mastoïdienne,  sur  la  mâchoire 
inférieure  ou  le  menton.  Les  uns  employaient  l’instrument 
comme  un  levier  du  premier  genre;  les  autres  le  faisaient 

,  .  .  ,  Levier 

agir  comme  un  levier  du  troisième  genre,  pour  eloigner  le  Baudelocque. 
point  d’appui  des  parties  génitales. 

Malgré  cette  indécision  et  l’incertitude  des  règles  pour  l’application  du 
levier,  ses  preneurs  se  faisaient  fort  de  terminer,  avec  lui,  tous  les  accouche¬ 
ments  difficiles,  pourvu  que  la  tête  se  présentât.  Sans  doute,  il  est  difficile 
de  comprendre  comment  ils  prétendaient  y  réussir,  et  nous  ne  trouvons 
pas,  à  cet  égard,  d’éclaircissements  suffisants  dans  les  ouvrages  qui  trai¬ 
tent  de  la  matière  et  qui  sont,  pour  la  plupart,  des  écrits  de  polémique. 


520 


LEVIER. 


Quelques  auteurs  comptaient  améliorer  la  situation  et  la  position  de  la  tête. 
Mais  que  pouvait-on  bien  entendre  par  amélioration  de  la  position  de  la 
tête,  à  une  époque  où  la  connaissance  du  méca'nisme  du  travail  était  en¬ 
core  si  singulièrement  incomplète?  A  l’exception  de  Titsing,  peut-être 
aucun  des  premiers  défenseurs  du  levier  n’a  connu  la  véritable  position  de 
la  tête  ou  ne  s’en  est  même  grandement  soucié.  Lorsqu’on  réfléchit  au 
nombre  énorme  d’accouchements  que  quelques  propriétaires  du  levier  ont 
terçninés,  souvent  avec  une  rapidité  surprenante,  lorsqu’on  lit  que  de 
Bruyn  a  _  accouché  par  ce  moyen  800  femmes  en  quarante-deux  ans,  et 
Warroquier  1200  femmes  en  vingt  et  un  ans,  l’on  est  forcé  d’admettre 
qu’il  devait  s’agir  bien  rarement  d’un  obstacle  mécanique  sérieux,  et  que 
ces  opérateurs  employaient,  le  plus  souvent,  le  levier  dans  des  cas  où  ils 
auraient  pu  s’en  passer,  ou  que  du  moins  l’instrument  ne  contribuait  àhâ- 
ter  l’accouchement  que  d’une  façon  indirecte,  en  excitant  et  en  fortifiant 
les  douleurs.  L’histoire  dujevier  fournit  assez  de  documents  qui  prouvent 
son  insuffisance,  même  dans  des  mains  exercées,  dans  les  cas  d’anguslie 
pelvienne.  D’un  autre  côté,  l’influence  fâcheuse  que  cet  instrument,  ma¬ 
nié  avec  quelque  force,  exerçait  nécessairement  sur  les  parties  delà  mère, 
a  dû  bientôt  détourner  les  accoucheurs  de  semblables  tentatives.  Aussi 
n’employaient-ils  le  levier  que  lorsque  la  tête  était  basse  et  que  les  dou¬ 
leurs  n’agissaient  pas  suffisamment.  Sans  doute,  des  cas  de  ce  genre  ont 
souvent  passé  pour  des  cas  d'enclavement,  expression  qu’on  n’a  que  trop 
prodiguée  jadis.  Enfin,  si  nous  examinons  de  plus  près  les  assertions  des 
accoucheurs  qui  ont  fait  le  plus  de  bruit  des  succès  qu’ils  devaient  au  le¬ 
vier,  nous  reconnaissons  qu’ils  ne  l’employaient  qu’alors  que  la  nature 
s’apprêtait  à  expulser  le  fœtus  et  qu’ils  attendaient  beaucoup,  sinon 
presque  tout,  de  cette  action  spontanée  de  l’organisme. 

Herbiniaux  dit  (p.  594)  :  «  L’opération  s’exécute  ordinairement  avec 
promptitude,  sans  causer  de  douleurs  à  la  femme  ni  faire  beaucoup  souf¬ 
frir  l’enfant...  Dès  qu’on  commence  à  opérer  l’extraction,  on  ne  tarde  pas 
ordinairement  à  s’apercevoir  que  les  douleurs  qui  auparavant  n’étaient 
pas  expulsives,  le  deviennent...  Je  vois  toujours  que  les  douleurs  redou¬ 
blent  à  chaque  accès,  aussitôt  qu’on  emploie  le  levier,  surtout  quand  la 
tête  commence  à  se  déprimer  par  l’action  de  cet  instrument,  car  on  s’a¬ 
perçoit  que  les  forces  de  la  matrice  augmentent  du  double  et  même  du 
triple...  » 

Même  après  que  les  avantages  du  forceps  eurent  été  généralement  re¬ 
connus,  le  levier  continua  de  compter  plus  d’un  partisan  zélé  parmi  les 
meilleurs  accoucheurs  du  siècle  dernier.  En  France,  le  premier  de  ces  in¬ 
struments  garda  le  dessus,  tandis  que  l’on  faisait  un  emploi  fréquent  du  le¬ 
vier  en  Hollande  et  en  Angleterre.  Pourtant  les  opinions  étaient  partagées 
dans  ce  dernier  pays.  Autant  Bland  vantait  le  levier,  autant  W.  Osborn 
tenait  pour  le  forceps.  Denman,  qui  chercha,it  à  apprécier  impartialement 
les  avantages  des  deux  instruments,  avait  pourtant  une  préférence  évidente 
pour  le  levier.  En  Allemagne,  cet  instrument  n’a  jamais  eu  grand  succès, 
hormis  à  /Vienne,  où  Rechberger  et  Zeller,  et  pendant  quelque  temps 


321 


LÈVRES.  -  ANATOMIE  ET  PHYSIOLOGIE. 

Boër,  ontété  ses  preneurs  ardents.  —  De  nos  jours,  des  médecins  anglais 
et  hollandais  recommandent  encore  le  levier,  principalement  dans  le  but 
derenforcer  les  douleurs.  En  France  et  en  Allemagne,  au  contraire,  on 
n’entend  presque  plus  parler  de  son  emploi.  Les  indications  du  levier 
mentionnées  dans  les  ouvrages  allemands  du  commencement  de  ce  siècle 
(certaines  positions  de  la  tête  qu’on  prétendait  améliorer  avec  lui,  etc.), 
ont  complètement  disparu  des  traités  les  plus  récents. 

En  Angleterre  l’on  se  sert  surtout,  actuellement,  du  levier  de  Lowder, 
amélioré  par  Gaitskell. 

11  semble  que  le  dernier  mot  n’ait  pas  été  dit,  en  France,  sur  l’instru¬ 
ment  qui  nous  occupe.  Dès  l’année  1826,  Stoltz  s’exprimait  ainsi  dans  sa 
dissertation  inaugurale  :  «  Le  levier  mérite  donc  plus  d’attention  qu’on 
ne  lui  en  donne  dans  l’état  actuel  de  la  science,  et  quand  on  l’aura  plus 
souvent  mis  en  usage,  on  lui  reconnaîtra  des  avantages  qu’on  lui  refuse  ac¬ 
tuellement.  »  Tarnier  a  de  nouveau  élevé  la  voix  en  faveur  du  levier.  11 
rappelle  que  plusieurs  auteurs  français  ont  émis  sur  cet  instrument  des 
appréciations  favorables  ;  que  Desormeaux,  par  exemple,  s’en  est  servi  avec 
avantage  dans  deux  cas  où  l’emploi  du  forceps  aurait  été  difficile  ;  il  cite, 
enfin,  une  expérience  qui  lui  est  personnelle,  et  qui,  pour  être  unique,  n’en 
est  pas  moins  de  nature  à  commander  l’attention. 

CiïPEK,  Remarques  sur  les  accouchements  laborieux  par  l’enclavement  de  la  tête  et  sur  l’usage 
du  levier  de  Roonhuyseii  (Mém.  de  l’Acad.  royale  de  chirurgie,  t.  XV.  Paris,  1774,  p.  2S5, 
avec  figures). 

Eechbebger,  Bekanntmachung  einer  besondern  Art  von  Hebel,  etc.  Wien,  1799,  in-8. 

HEnaniAiix  (G.),  Traité  sur  divers  accouchements  laborieux,  etc.,  t.  I.  Bruxelles,  1782,  in-8. 
Eoogees  (L.  g.),  Abhandlung  von  dem  Gebrauch  und  der  Unentbehrlichkeit  des  Hebels  in  der 
Entbindungsk.  Wien,  1785,  in-8. 

Deoiax,  Aphorisme  on  the  application  and  use  of  the  forceps  and  veclis,  etc.  (1786),  5®  édition. 
London,  1815,  in-12,  p.  22. 

Bu™(R.),  Med.  communications,  vol.  II.  London,  1790,  p.  415. 

SiiTOBPH  (J.-S.),  Examen  armamentarp  Lucinæ.  Copenhague,  1795,  in-8,  p.  132. 

Siou'z,  Considérations  sur  quelques  points  relatifs  à  l’art  des  accouchements.  —  Sur  l’usage  du 
levier  dans  les  accouchements,  p.  39.  Thèse  de  Strasbourg,  1826. 

DisoEiiEira,  Dictionnaire  en  50  volumes,  1838,  article  Levier. 

Bobdaekt,  De  l’emploi  rationnel  du  forceps  et  du  levier  [Annales  et  Bulletin  de  la  Société 
■médicale  de  Gand,  mQ). 

CoppÊE,  Quelques  considérations  pratiques  sur  l’emploi  du  levier  (Annales  et  Bullétin  de  la 
Société  médicale  de  Gand,  1859). 

RiFPAEiE  (de  Naples),  Note  sur  le  levier,  lue  au  Congrès  médical  de  Lyon,  1864.  Paris,  1805. 
Iabsier,  Note  au  Traité  des  accouchements  de  Cazeadx,  7'  édit.,  1867. 

SfCEtE  et  Geensek,  Traité  de  l’art  des  accouchements.  Paris,  1869. 

LÈVRES.  —  Anatomie  et  pliysiologie.  —  A.  Anatomie.  — 
L’anatomie,  des  lèvres  a  déjà  élé  traitée  aux  articles  Bec-de-lièvre,  t.  IV, 
p.  655  ;  Bouche,  t.  V,  p.  599  ;  et  Face,  t.  XIV,  p.  562  :  on  y  trouvera  la 
plupart  des  détails  relatifs  à  la  description,  à  la  structure  et  au  dévelop¬ 
pement  de  ces  organes.  Nous  allons  seulement  revenir  sur  quelques  points 
d’anatomie,  importants  par  les  déductions  pathologiques  et  thérapeu¬ 
tiques  auxquelles  ils  se  prêtent  essentiellement. 

La  richesse  vasculaire  des  lèvres  est  considérable.  Les  artères  princi- 


522  LÈVRES.  —  anatomie  et  physiologie. 

pales,  nées  des  faciales,  et  connues,  à  cause  de  leur  disposition,  sous  le 
nom  de  coronaires  labiales,  forment  en  effet  autour  de  l’oriSce  buccal 
une -véritable  couronne.  La  coronaire  inférieure  s’anastomose  sur  la  ligne 
médiane  avec  cellé  du  côté  opposé,  et  ses  rameaux  les  plus  inférieurs  avec 
ceux  de  l’artère  dentaire  inférieure.  La  coronaire  supérieure,  plus,  volu¬ 
mineuse,  s’anastomose  également  sur  la  ligne  médiane  avec  celle  du  côté 
opposé  ;  de  cette  réunion  naissent  deux  ou  trois  rameaux  qui  concou¬ 
rent  à  former  une  branche  unique,  l’artère  de  la  sous-cloison.  Les  lèvres 
reçoivent  en  outre,  et  successivement,  des  rameaux  artériels  provenant  de 
la  sous-orbitaire,  de  l’alvéolaire,  de  la  buccale,  branches  de  la  maxillaire 
interne,  de  la  transversale  de  la  face,  branche  de  la  temporale,  et  de  la  sous- 
mentale.  Tous  ces  vaisseaux  sont  remarquables  par  leurs  nombreuses 
flexuosités  :  ils  donnent  naissance  à  un  réseau  extrêmement  riche  d’arté¬ 
rioles  et  de  capillaires.  Un  certain  nombre  de  ces  artérioles  vont  directe¬ 
ment  aux  veines, sans  se  ramifier,  et  constituent  ainsi  une  communication 
immédiate  entre  les  deux  systèmes  artériel  et  veineux  (Sucquet). 

Les  anatomistes  ne  sont  pas  d’accord  sur  les  dispositions  présentées 
parlesîjemes  des  lèvres.  Cruveilhier,  en  termes  d’ailleurs  très-concis,  leur 
décrit  un  trajet  absolument  le  même  que  celui  des  artères  de  même  nom. 
Sappey  ne  partage  pas  cette  manière  de  voir  :  pour  lui,  les  veines  diffè¬ 
rent  absolument  des  artères  par  leur  situation  plus  superficielle,  leur 
nombre  beaucoup  plus  considérable,  leur  rayonnement  en  tous  sens,  et  les 
variétés  de  leurs  anastomoses.  Les  veines  de  la  lèvre  supérieure,  large¬ 
ment  anastomosées  avec  les  veines  de  la  sous-cloison  et  des  ailes  du  nez, 
se  rendent  dans  la  faciale  ;  celles  de  la  lèvre  inférieure  se  terminent 
directement  dans  la  faciale,  ou,  en  plus  grand  nombre,  dans  les  sous- 
mentales  qui  aboutissent  elles-mêmes  à  cette  dernière.  Sappey  décrit  en 
outre,  pour  chaque  lèvre,  un  petit  plexus  sous-muqueux  dont  les  branches, 
dirigées  transversalement,  vont  aussi  à  la  faciale.  On  voit  par  là  que  les 
veines  faciales  sont  l’aboutissant  à  peu  près  exclusif  de  toutes  les  veinules 
labiales  ;  et  comme  elles  communiquent  par  une  large  anastomose,  qui 
n’est  autre  que  la  veine  ophthalmique,  avec  le  sinus  caverneux,  il  est  facile 
de  comprendre,  ainsi  qu’on  le  verra  d’ailleurs  dans  le  courant  de  cet  arti¬ 
cle,  la  gravité  tout  exceptionnelle  que  peuvent  acquérir  certains  anthrax 
des  lèvres,  compliqués  de  phlébite. 

Le  réseau  lymphatique  des  lèvres  est  tellement  serré  et  ténu,  que  l’in¬ 
jection  en  est  fort  difficile  (Sappey) .  Pour  les  deux  lèyres,  les  troncs  doivent 
être  distingués  en  sous-cutanés  et  sous -muqueux.  Les  vaisseaux  sous-cutanés 
et  sous-muqueux  de  la  lèvre  supérieure  vont  aux  troncs  qui  accompagnent 
l’artère  faciale,  et,  par  éux,  aboutissent  aux  ganglions  sous-maxillaires 
postérieurs.  Ceux  de  la  lèvre  inférieure  se  rendent ,  les  sous-cutanés  aux 
ganglions  sous-maxillaires  antérieurs  et  sus-hyoidiens,  les  sous-muqueux 
aux  gangligns  sous-maxil!aires  (Sappey).  Ainsi  se  trouvent  expliqués  les 
sièges  différents  que  peuvent  occuper  les  engorgeihents  ganglionnaires, 
consécutifs  aux  diverses  lésions  vitales  et  organiques  des  lèvres. 

B.  Physiologie.  —  On  trouvera  à  l’article  Bouche  (t.  V,  p.  599)  l’indica- 


LÈVRES.  PATHOLOcrE  :  vices  de  cosformatioh  et  difformités.  523 
tion  sommaire  du  rôle  que  jouent  les  lèvres  dans  la  préhension  des  ali¬ 
ments  et  surtout  des  liquides,  dans  la  succion,  dans  la  sputation,  dans  la 
phonation  (consuy,er  en  outre  les  articles  Digestiou  (t.  XI,  p.  480),  Masti¬ 
cation,  Phonation)  :  nous  n’avons  pas  à  y  revenir.  Nous  nous  contenterons 
de  rappeler  que  les  lèvres  constituent  pour  la  salive,  constamment  versée 
dans  la  bouche,  des  organes  de  rétention,  et  qu’une  déperdition  conti¬ 
nuelle  de  ce  liquide,  pouvant  aboutir  à  un  véritable  épuisement  des  malades, 
est  une  des  plus  graves  conséquences  de  la  paralysie,  de  la  destruction 
plus  ou  moins  complète,  ou  de  certaines  cicatrices  vicieuses  des  lèvres. 

Pathologie.  —  A.  Vices  de  conformation  et  difformités.  —  1“  Hy¬ 
pertrophie.  —  Plus  fréquente  à  la  lèvre  supérieure  qu’à  l’inférieure,  l’hy¬ 
pertrophie,  qui  constitue  chez  les  nègres  un  caractère  de  race,  s’observe 
très-fréquemment  chez  les  sujets  scrofuleux  ou  lymphatiques.  Elle  peut 
succéder  également  aux  inflammations  chroniqnes  des  lèvres  et  des  parties 
immédiatement  voisines,  telles  que  le  coryza  chronique,  l’eczéma,  l’impé¬ 
tigo,  l’herpès.  Le  gonflement,  qui,  d’après  les  recherches  de  Paillard,  est 
dû  à  l’épaississement  du  tissu  cellulaire  sous-cutané  et  surtout  sous- 
muqueux,  comme  dans  certaines  formes  d’éléphantiasis,  peut  être  poussé 
aupoint  de  refouler  en  arrière  une  partie  de  l’arcade  dentaire. 

Au  point  de  vue  du  traitement,  nous  n’avons  que  fort  peu- de  confiance 
dans  les  applications,  sur  la  lèvre,  de  liquides  astringents  et  résolutifs; 
quant  au  traitement  interne,  amers,  toniques  et  huile  de  foie  de  morue, 
il  ne  peut  donner  de  résultats  que  s’il  s’agit  de  sujets  scrofuleux  ou  lym¬ 
phatiques,  Dans  les  cas  d’hypertrophie  très-prononcée  et  véritablement 
difforme,  on  pourra  recourir  soit  au  procédé  imaginé  par  Paillard,  et 
consistant  dans  la  résection,  après  incision  transversale  prolongée  jus¬ 
qu’au  frein,  d’une  partie  de  l’épaisseur  de  la  lèvre,  et  la  suture  de  la  mu¬ 
queuse  et  du  bord  libre;  soit  à  l’opération  décrite  par  Pétrequin,  c’est- 
à-dire  incision  verticale  de  toute  l’épaisseur  de  la  lèvre,  ablation  sur 
chaque  moitié  latérale  d’un  lambeau  en  forme  de  pyramide  triangulaire, 
suture  des  bords  antérieurs  et  postérieurs  de  la' plaie  produite  par  l’abla- 
lion,  et  enfin  suture  entortillée  de  la  plaie  médiane  initiale. 

2“  Renversement.  —  Cette  difformité,  le  plus  souvent  congénitale,  quel¬ 
quefois  acquise  (chez  les  musiciens  et  les  joueurs  de  cor),  n’exige  guère 
l’intervention  chirurgicale  que  dans  le  cas  où  l’exposition  persistante  de  la 
muqueuse  à  l’action  du  froid  donne  lieu  à  des  fissures  douloureuses  et 
rebelles  à  tout  traite.ment.  Le  procédé  le  plus  simple  consiste  dans  l’exci¬ 
sion  pure  et  simple,  avec  les  ciseaux,  du  bourrelet  muqueux  saisi  préala¬ 
blement  entre  les  mors  d’une  pince.  Velpeau,  avant  de  faire  l’excision, 
traversait  la  base  du  repli  muqueux  à  l’aide  de  fils  qu’il  nouait  ensuite 
isolément. 

3°  Atrésie,  —  a.  Atrésie  congénitale.  —  Hle  comprend  deux  variétés  : 
Umperforation  et  le  phimosis  labial.  Si  l’imperforation  consiste  dans  une 
absence  complète  de  la  bouche,  c’est  là  une  monstruosité  tout  à  fait 
incompatible  avec  la  vie.  Si,  au  contraire,  les  lèvres  bien  conformées, 
ayant  derrière  elles  une  cavité  buccale  normale,  sont  réunies  par  une 


524  LÈVRES.  —  pathologie  :  vices  de  conformation  et  difformités. 
membrane  obturatrice  accidentelle  (Littré),  ou  par  des  adhérences  for¬ 
mées  pendant  la  vie  fœtale  (Percy),  le  chirurgien  devra  intervenir  et 
mettre  en  usage  les  divers  moyens  qui  sont  dirigés  cpntrg  les  atrésies  acci¬ 
dentelles. 

b.  Atrésie  accidentelle.  —  a.  Atrésie  sans  ‘perte  de  substance  et  sans 
adhérence  aux  mâchoires.  —  Elle  peut  se  produire,  chaque  fois  que  des 
ulcérations  de  nature  diverse  siégeront  à  la  fois  sur  les  deux  lèvres,  prin¬ 
cipalement  au  voisinage  des  commissures  :  l’adhérence,  variable  d’éten¬ 
due,  sera  le  résultat  du  contact  persistant  dès  surfaces  ulcérées.  La  diffor¬ 
mité,  la  gêne  de  l’alimentation  et  de  la  parolé  sont  autant  de  symptômes 
fâcheux,  qui  seront  combattus  sans  succès  par  la  dilatation  de  l’orifice  buc¬ 
cal  au  moyen  de  l’éponge  préparée,  de  la  laminaria  ou  de  la  racine  de 
gentiane,  et  qui  exigeront,,  dans  la  plupart  des  cas,  une  opération  chirur¬ 
gicale.  Une  première  méthode  consiste  dans  l’incision  simple,  pratiquée 
d’emblée  jusqu’au  niveau  des  points  occupés  normalement  par  les  com¬ 
missures,  ou  mieux  en  deux  fois,  ainsi  qu’il  suit.  Un  trajet  artificiel  est 
creusé  à  travers  les  tissus  à  l’aide  d’une  canule  creuse  à  bord  tranchant, 
figurant  un  véritable  emporte-pièce  :  un  séton  engagé  dans  ce  trajet  reste 
en  place  jusqu’à  cicatrisation  complète  ;  on  réunit  le  trajet  à  l’orifice  buccal 
par  l’incision  transversale  des  tissus.  Malheureusement,  même  avec  cette 
modification,  on  aura  bien  peu  de  chance  d’éviter  une  réunion  immédiate. 
La  méthode  de  Serre  (de  Montpellier)  nous  paraît  devoir  donner  un  résul¬ 
tat  beaucoup  plus  certain.  Elle  comprend  deux  temps  :  l’incision  simple 
transversale,  et  la  suture  cutanéo-muqueuse  de  chacun  des  bords  de  la 
plaie,  pratiquée  à  l’aide  de  points  nombreux.  Enfin  AVerneck  (1817)  et, 
après  lui,  Dieffenbach  ont  mis  à  exécution  Y  autoplastie  par  ourlet  ou  par 
inflexion.  Pour  cela,  -ils  enlevaient,  de  chaque  côté  de  l’ouverture  buccale 
rétrécie,  la  peau  et  la  couche  musculaire,  renversaient  la  muqueuse,  de 
manière  à  former  avec  elle  le  bord  libre  de  la  nouvelle  lèvrg,  et  réu¬ 
nissaient  par  des  points  de  suture  la  muqueuse  ainsi  renversée  au  bord 
cutané  de  la  plaie.  Au  lieu  de  renverser  la  muqueuse  après  avoir  excisé  la 
peau,  on  pourrait  renverser  cette  dernière  après  avoir  excisé  la  mu¬ 
queuse.  Enfin,  on  pourrait,  ainsi  que  le  conseillent  les  auteurs  du  Com- 
pendium,  en  donnant  la  préférence  au  procédé  de  Serre  (de  Montpellier), 
compléter  cette  opération,  dans  le  cas  où,  après  l’incision,  on  aurait  quel¬ 
que  difficulté  à  affronter  la  muqueuse  et  la  peau,  par  l’excision  d’une 
portion  de  peau  suffisante.  Quel  que  soit  d’ailleurs  le  procédé  mis  en 
usage,  la  récidive-est  fort  à  craindre,  si  la  réunion  immédiate  n’a  pas  lieu. 

p.  Atrésie  précédée  de  perte  de  substance.  —  Elle  résulte  de  la  rétrac¬ 
tion  subie  peu  à  peu  par  le  tissu  cicatriciel  qui  a  comblé  la  perte  de 
substance.  La  perte  de  substance  elle-même  reconnaît  les  causes  les  plus 
diverses,  plaies  par  instruments  tranchants  et  contondants,  par  armes  à 
feu,  brûlures,  noma,  ulcérations  profondes  d'origine  scrofuleuse,  syphi¬ 
litique  ou  mercurielle,  etc.  En  présence  d’une  semblable  difformité,  le 
chirurgien  devra  se  proposer  un  double  but  :  agrandir  l’orifice  rétréci 
par  un  des  moyens  indiqués  précédemment,  réparer  la  porte  de  sub- 


LÈVRES.  —  PATHOLOGIE  :  VICES  DE  CONFORMATIOM  ET  DIFFORMITÉS.  525 
slance  à  l’aide  d’une  des  opérations  qu’on  trouvera  décrites  plus  loin  dans 
le  paragraphe  Cheiloplaslie. 

Y-  Atréde  avec  perte  de  substance  et  adhérences  aux  mâchoires.  — 
Dans  cette  variété  d’atrésie,  assurément  la  plus  grave  de  toutes,  les  adhé¬ 
rences  sont  quelquefois  constituées  par  de  simples  brides  fibreuses ,  assez 
lâches  ;  mais,  le  plus  souvent,  la  réunion  s’est  faite  sur  une  large,  étendue, 
en  donnant  lieu  à  une  immobilité  plus  ou  moins  complète  :  les  lèvres  ont- 
pu  s’unir,  non-seulement  aux  gencives,  mais  encore  au  plancher  de  la 
bouche,  et  les  maxillaires  adhérer  l’une  à  l’autre  par  ankylosé  fibreuse  ou 
osseuse.  En  pareil  cas,  tous  les  actes  physiologiques  de  la  bouche  se  trou¬ 
vent  anéantis  à  la  fois.  L’écoulement  continuel  de  la  salive,  surtout  quand 
la  perte  de  substance  atteint  la  lèvre  inlérieure,  est  un  symptôme  des  plus 
pénibles  pour  le  malade,  et  en  même  temps  des  plus  graves  par  l’épuise¬ 
ment  qui  en  est  la  conséquence. 

Le  traitement,  outre  l’agrandissement  de  l’orifice  buccal,  exige  la  des¬ 
truction  complète  des  adhérences.  Si  elles  sont  d’origine  récente,  minces, 
de  consistance  molle,  le  décollement  ou  l’incision  en  aura  facilement  rai¬ 
son;  mais  il  n’en  est  plus  de  même,  si  on  a  affaire  à  des  brides  dures  ou 
épaisses  et  très- étendues  en  longueur  ou  en  surface.  C’est  en  pareil  cas 
queMott,  Velpeau,  Serre  (de  Montpellier)  ont  conseillé  d’inciser  et  de  dis¬ 
séquer  les  parties  molles,  et  d’exciser  les  tissus  cicatriciels.  Une  fois  les 
brides  détruites,  il  faut  à  tout  prix  empêcher  de  nouvelles  adhérences, 
et  désunir  chaque  jour  les  surfaces  saignantes,  de  manière  à  obtenir  une 
cicatrisation  isolée.  S.  Duplay  rejette  avec  raison  l’introduction  entre  les 
lèvres  et  le  bord  alvéolaire  de  corps  étrangers  isolants  (éponges  préparées, 
rondelles  de  plomb,  d’ivoire,  de  liège),  dont  la  présence  va  tout  à  fait  à 
l’encontre  du  but  qu’on  se  propose. 

4°  Bec-de-lièvre  génien  ou  macrostoma.  —  Le  bec-de-lièvre  ou  division 
permanente  des  lèvres  a  fourni  à  Demar- 
quay  la  substance  d’un  long  et  intéressant 
article  (t.  IV,  p.  655),  dans  lequel  tout  ce 
qui  a  trait  à  l’étiologie  de  cette  difformité 
et  à  la  description  des  nombreux  procédés 
opératoires  destinés  à  y  porter  remède, 
est  minutieusement  exposé.  Nous  allons 
seulement  dire  quelques  mots  d’une  variété 
de  bec-de-lièvre  à  laquelle  Demarquay  n’a 
pas  consacré  de  mention  spéciale  et  qui 
ne  figure  pas  davantage  dans  l’article  Face 
(I.  XIV,  p.  362).  Le  macrostoma  n’est  en 
réalité  qu’une  sorte  de  bec-de-lièvre  trans¬ 
posé.  Cette  fente  congénitale  offre  deux  va¬ 
riétés  bien  distinctes.  Dans  la  première,  il 
ne  s’agit  que  d’un  agrandissement  du  dia-  pjo.  45.—  Fissure  des  lèvres  (Ryud). 
mètre  transversal  de  l’orifice  buccal  dont  une 

commissure,  ou  bien  les  deux,  sont  comme  reportées  en  arrière  (fig.  45). 


(Langènbeck). 


sont  variables.  Si  l’ouverlure  du  canal  de  Sténon  se  fait  au  voisinage  de  h 
lèvre  supérieure  de  la  fente,  la  difformité  se  complique  d’un  écoulement 
incessant  de  salive.  Dans  trois  cas  réunis  par  Debout,  et  dus  à  Fergusson, 
Rynd  et  Colson,  l’opération  du  bec-de-lièvre  a  donné  un  bon  résultat; 
Bouisson  (de  Montpellier)  a  réussi  de  même  dans  un  cas  de  bec-de-lièvre 
commissural. 

B.  Lésions  tkaümatiqdes.  —  1°  Contusions.  —  Les  contusions  simples 
des  lèvres,  sans. plaie  concomitante,  n’ont,  au  point  de  vue  patholo¬ 
gique,  aucune  espèce  d’importance,  et  nous  ne  les  citons  guère  que 
pour  mémoire.  L’ecchymose  s’étend  surtout  du  côté  de  la  surface  mu¬ 
queuse,  à  cause  de  la  laxité  plus  grande  du  tissu  cellulaire.  Ces  ecchy¬ 
moses  présentent  un  grand  intérêt  en  médecine  légale;  on  les  trouve  sou¬ 
vent  sur  les  lèvres  des  enfants  nouveau-nés  qui  ont  succombé  à  une 
pression  criminelle  exercée  sur  la  bouche  (voy.  Infanticide,  t.  XYllI, 
p.  b75). 

2°  Plaies.  —  a.  Les  plaies  par  instruments  piquants,  compliquées  ou 
non  delà  présence  de  corps  étrangers,  ne  se  prêtent  à  aucune  considéra¬ 
tion  particulière,  et  peuvent  être  suivies  des  mêmes  accidents  inflamma¬ 
toires  que  partout  ailleurs. 

b.  Les  plaies  par  instruments  tranchants,  superficielles,  ou  même  profon¬ 
des,  pourvu  toutefois  que  ces  dernières  soient  dirigées  suivant  la  longueur 
des  fibres  de  l’orbiculaire,  se  réunissent  facilement  et  guérissent  avec  rapi¬ 
dité.  Il  n’en  est  pas  de  même,  on  le  comprend  aisément,  d’une  plaie  pro* 
fonde,  verticale  ou  oblique,  qui  a  coupé  en  travers  tout  ou  partie  de  l’or- 
biculaire.  Les  deux  bords'  de  la  solution  de  continuité  tendent  à  s’écarter, 


526  LÈVRES.  — .pathologie  :  lésions  tbaümatiqdes. 


Dans  la  seconde  variété,  la  fissure  s’étend  de  la 
l’angle  externe  de  l’œil  (fig.  46) .  La  longueur  et  1 


S27 


LÈVRES.  -  PATHOLOGIE  :  LÉSIONS  TIIAOMATIQUES. 

el  si  le  chirurgien  n’intervient  pas  à  temps,  il  peut  se  produire  une  cica¬ 
trisation  isolée  des  deux  bords  de  la  plaie,  c’est-à-dire  un  bec-de-lièvre 
mdentel.  La  blessure  des  artères  coronaires  est  un  accident  d’autant  plus 
àcraindre  que  la  plaie  siège  plus  près  de  la  commissure  labiale,  et,  par  con¬ 
séquent,  de  l’origine  de  ces  vaisseaux; 

traitement  des  plaies  par  instruments  tranchants  consiste  essentiel¬ 
lement  dans  la  réunion  immédiate  à  obtenir.  Si  la  lésion  n’intéresse  que 
la  peau  ou  la  muqueuse,  ou  si,  bien  que  plus  profonde,  elle  n’a  fait  que 
diviser  l’orbiculaire  dans  le  sens  longitudinal,  l’application  d’une  bande¬ 
lette  de  baudruche  ou  de  toile  collodionnée,  ou  bien  (si  l’on  veut  assurer 
d’une  façon  encore  plus  certaine  l’alfrontement  exact)  le  passage,  à  l’aide 
d’une  aiguilla  très-fine,  d’un  ou  de  deux  points  de  suture  en  fil  de  soie 
qu’on  laissera  vingt-quatre  heures  en  place,  donnera  les  meilleurs  résul¬ 
tats.  Si  l’instrument  vulnérant  a  coupé  en  travers  une  partie  de  l’orbi- 
culaire,  il  faut,  pour  être  certain  d’éviter  au  blessé  une  cicatrisation 
vicieuse  et  une  encoche  consécutive  de  la  lèvre,  réunir  avec  des  points 
de  suture  et  avec  des  bandelettes  agglutinatives.  Enfin,  si  la  lèvre  a  été 
complètement  divisée  dans  le  sens  vertical  ou  oblique,  une  suture  so¬ 
lide  et  résistante  est  absolument  indispensable,  si  l’on  veut  éviter  de 
faire  courir  au  malade  le  ‘risque  d’un  véritable  bec-de-lièvre.  La  suture 
entortillée,  pratiquée  de  telle  sorte  que  les  épingles  comprennent  une 
pndè  épaisseur  de  tissus,  est  la  seule  qui  réponde  complètement  à  la 
double  et  impérieuse  indication,  qui  s’impose,  de  triompher  de  la  tendance 
àl’écartement  des  deux  lèvres  de  la  plaie,  et  d’empêcher  le  sang  de  se 
faire  jour  en  arrière  du  côté  de  la  muqueuse  et  d’être  ainsi  avalé  au  fur 
el  à  mesure  avec  la  salive  :  ce  dernier  accident  peut,  en  effet,  constituer 
nn  véritable  danger,  surtout  chez  les  enfants.  Si  néanmoins  l’hémorrhagie 
persistait,  il  faudrait  chercher  à  découvrir  l’artère  pour  la  tordre  ou  la 
lier.  En  cas  d’insuccès,  il  faudrait,  à  l’exemple  de  Boyer,  comprimer  à 
la  fois  les  deux  surfaces  cutanée  et  muqueuse  au  moyen  d’une  lamelle  de 
plomb  recourbée  et  moulée  sur  la  lèvre. 

c.  Les  plaies  confuses,  proprement  dites,  succèdent  à  un  coup  ou  à  une 
cliule,  et  intéressent,  soit  la  surface  cutanée,  soit  la  surface  muqueuse, 
soit  des  deux  à  la  fois.  L’instrument  vulnérant  est  tantôt  le  corps  con¬ 
tondant  qui  a  servi  à  porter  le  coup  ou  contre  lequel  a  eu  lieu  le  choc, 
tantôt  l’arcade  dentaire  elle-même.  Si  la  plaie,  comme  cela  se  voit  trop  sou¬ 
vent  dans  les  rixes,  est  le  résultat  d’une  morsure^  il  peut  y  avoir  perte  de 
substance  immédiate  ou  consécutive.  Les  plaies  par  armes  à  feu  (bles- 
snres  de  guerre  ou  tentatives  de  suicide)  ne  donnent  lieu  à  aucune  re¬ 
marque  spéciale.  .  -  • 

Les  indications  thérapeutiques  des  plaies  contuses  se  bornent  pres¬ 
que  exclusivement  à  la  réunion  des  lambeaux.  La  régularisation  des  bords 
Je  la  plaie  à  l’aide  des  ciseaux  sera  le  plus  souvent  indispensable.  L’exis¬ 
tence  de  la  suppuration  ne  doit  pas  arrêter  le  chirurgien,  qui  devra,  si 
cela  est  nécessaire,  aviver  de  nouveau,  et  chercher  encore  à  réunir.  Enfin 
il  né  faut  pas  oublier  que  la  cicatrice  est  dans  certains  cas  assez  vicieuse, 


528  LÈVRES.  —  pathologie  :  lésiohs  vitales  et  okgamiques, 

et  la  perte  de  substance  assez  vaste,  pour  exiger  une  restauration  plus  ou 

moins  complète  de  la  lèvre  {voy.  plus  loin  Çheiloplastie). 

d.  Il  est  encore  un  genre  de  plaies  des  lèvres  qu’on  observe  assez  sou¬ 
vent,  nous  voulons  parler  des  plaies  envenimées  et  virulentes.  Parmi  les 
premières,  nous  citerons  les  piqûres  d’insectes  (abeilles,  guêpes,  frelons, 
cousins,  taons)  :  ces  piqûres  peuvent  donner  lieu  à  un  œdème  bénin,  de 
vingt-quatre  ou  quarante-huit  heures  de  durée.  Parmi  les  secondes,  nous 
signalerons  surtout  cette  variété  de  la  maladie  charbonneuse,  qu’on  dé¬ 
signe  sous  le  nom  d'œdème  malin,  et  qu’on  ne  confondra  pas  avec  l’œdème 
bénin  {voy.  Charbon,  t.  YII,  p.  143). 

3°  Brûlures  et  froidures.  a.  Les  brûlures  des  lèvres  ne  présentent 
rien  de  particulier  à  noter,  si  ce  n’est  qu’elles  donnent  souvent  lieu  à  une 
cicatrice  difforme  ou  à  des  adhérences  vicieuses.  Si  ce  résultat  fâcheux  s’est 
produit,  le  chirurgien  devra  recourir  à  un  des  différents  procédés  affectés  au 
traitement  des  cicatrices  vicieuses  {voy.  Cicatrice,  t.  VII,  p.  587).  On  trou¬ 
vera  à  l’article  Empoison.nement  (t.  XII,  p.  749)  la  description  des  eschares 
noires  et  parcheminées  qu’on  observe  sur  les  lèvres  des  individus  empoison¬ 
nés  par  les  acides  du  commerce,  et  principalement  par  l’acide  sulfurique. 

b.  Les  lèvres  peuvent,  comme  les  joues  et  le  nez,  être  gravement  lésées 
par  l’effet  des  grands  froids  (voy.  Congélation,  t.  IX,  p.  8,  et  Ekgelom, 
t.  XIII,  p.  313).  En  hiver,  même  dans  les  climats  tempérés,  leur  bord 
libre  est  très-souvent  le  siège  de  gerçures,  occupant  surtout  la  ligne  mé: 
diane  et  les  commissures ,  tantôt  superficielles ,  tantôt  plus  profondes, 
douloureuses  et  saignant  facilement.  Sappey  explique  la  plus  grande  fré¬ 
quence  de  ces  gerçures  à  la  lèvre  inférieure  par  ce  double  motif,  que 
l’épithélium  y  est  plus  mince  et  la  surface  exposée  à  l’action  du  froid  jdus 
étendue  à  cause  du  renversement  en  avant  de  cette  lèvre.  Quand  les  ger¬ 
çures  sont  superficielles,  elles  guérissent  en  général  assez  rapidement  par 
l’application  du  cérat  de  Goulard,  de  la  pommade  de  roses  ou  de  con¬ 
combres  :  si  elles  sont  plus  profondes,  il  sera  utile  de  les  toucher  légère¬ 
ment  avec  le  nitrate  d’argent.  C’est  une  lésion  qui  peut  être  très-rebelle 
et  qui  récidive  avec  une  extrême  facilité. 

C.  Lésions  vitales  et  organiques.  —  1“  Inflammations,  —.a.  Érysi¬ 
pèle.  —  Herpès.  —  Ces  deux  formes  d’inflammation  superficielle  ne  peu¬ 
vent  nous  arrêter.  La  première  appartient  à  l’histoire  générale  de  l’érysi¬ 
pèle  de  la  face;  la  seconde  est  exclusivement  du  domaine  médical  (wÿ, 
Érysipèle,  Herpès,  Face). 

b.  Phlegmons  et  abcès.  —  Les  phlegmons  de  la  lèvre  succèdent  en 
général  à  une  lésion  traumatique  accidentelle,  ou  à  une  opération  chirur¬ 
gicale.  Le  plus  souvent  circonscrits  et  limités,  ils  ne  présentent  dans  leur 
marche  rien  de  particulier  :  gonflement  avec  rougeur  et  chaleur,  engorge¬ 
ment  des  ganglions  sous-maxillaires,  tels  sont  les  principaux  symptômes 
à  noter.  La  terminaison  à  lieu  par  résolution  ou  par  suppuration.  Au  dé¬ 
but,  application  de  topiques  émollients,  tels  que  compresses  d’eau  de 
guimauve  ou  de  sureau,  cataplasmes  de  fécule,  puis,  si  la  suppuration  se 
forme,  incision  faite  parallèlement  aux  fibres  de  l’orbiculaire,  afin  d’évi- 


LÈVRES.  —  PATHOLOGIE  :  LÉSIONS  VITALES  ET  ORGANIQUES.  529 

1er  la  section  des  artères;  en  tout  cas,  ablation  immédiate  des  corps  étran¬ 
gers,  tels  que  fils  d’argent  ou  de  soie,  épingles  engagées  dans  les  tissus  : 
telles  sont  les  indications  thérapeutiques  qui  s’imposent  au  chirurgien. 

c.  Furoncles  et  anthrax.  —  Les  furoncles  et  anthrax  des  lèvres  méri¬ 
tent  d’attirer  toute  l’attention  des  praticiens,  à  cause  de  l’extrême  gra¬ 
vité  que  celte  maladie,  en  apparence  insignifiante,  présente  trop  souvent. 
Cette  gravité  toute  spéciale,  qui  ressort  très-nettement  de  l’intéressant 
mémoire  de  J.  Reverdin  (de  Genève),  s’explique  très-facilement  par  la 
richesse  du  réseau  veineux  si  favorable  au  développement  et  à  la  propa¬ 
gation  rapide  de  la  phlébite,  par  la  communication  de  la  veine  faciale  avec 
les  sinus  intra-crâniens,  enfin  par  le  peu  d’abondance  du  tissu  cellulaire 
sous-cutané  et  intra-musculaire  ainsi  que  la  structure  serrée  de  la  lèvre, 
qui  ne  permettent  pas  au  pus  de  fuser  vers  l’extérieur,  et  le  laissent 
ainsi  en  contact  avec  les  nombreuses  veines  et  veinules  que  nous  avons 
décrites  dans  la  première  partie  de  cet  article. 

Plus  fréquents  à  la  lèvre  supérieure  qu’à  l’inférieure,  l’anthrax  et  le 
furoncle,  quand  ils  sont  incisés  profondément  au  début,  se  présentent 
à  la  vue,  sur  les  deux  surfaces  de  section,  comme  un  amas  de  petits 
points  jaunes,  très-adhérents  et  résistant  à  la  pression  ;  à  l’autopsie, 
on  trouve  sous  le  scalpel  de  nombreux  foyers  purulents,  bien  circon¬ 
scrits,  qui  peuvent  se  continuer  de  proche  en  proche  jusque  dans  les 
oues,  la  langue,  et  la  région  sus-hyoïdienne.  Mais  la  lésion  capitale  est  la 
phlébite,  qui,  née  dans  les  veinules  du  siège  même  de  l’anthrax,  propagée 
de  là  aux  veines  faciales  ,  s’est  étendue,  soit  aux  veines  jugulaires  par  les 
veines  transversales  de  la  face,  soit  aux  sinus  de  la  dure-mère  par  la  veine 
ophthalmique.  Épaississement  des  parois  vasculaires  devenues  adhérentes 
aux  tissus  voisins,  et  présence  à  l’intérieur  des  vaisseaux  de  caillots  plus 
ou  moins  altérés,  de  pus  véritable,  d’un  liquide  grisâtre  ou  rosé  ou 
de  caillots  cruoriques  marqués  de  stries  jaunâtres,  tels  sont  les  désordres 
graves  qu’on  trouve  dans  le  système  veineux  de  la  face,  du  cou  et  du 
crâne.  Ajoutons,  comme  conséquence  de  la  gêne  circulatoire,  qu’on  ob¬ 
serve  le  plus  souvent  une  tuméfaction  considérable  de  la  facejet  du  cou, 
avec  œdème  de  l’orbite  et  de  la  conjonctive.  A  l’intérieur  du  crâne,  on 
peut  rencontrer,  soit  de  la  congestion  cérébrale  avec  infiltration  des  mé¬ 
ninges  et  exsudation  séreuseintra-ventriculaire,  soit  une  véritable  méningo- 
encéphalite. 

Les  symptômes  de  l’anthrax  des  lèvres,  quand  la  maladie  suit  une  marche 
simple,  sont  trop  connus  pour  qu’il  y  ait  besoin  d’y  insister  (voy.  Anthrax, 
l.  n,  p.  559).  Dans  les  cas  mortels,  au  contraire,  ils  se  développent  avec 
une  rapidité  et  une  intensité  effrayantes.  Le  gonflement  envahit  le  cou  et 
la  face,  les  ganglions  sous-maxillaires  se  prennent,  les  veines  indurées  se 
dessinent  sous  forme  de  lignes  bleues  ou  rouges  au  milieu  des  tissus  de  la 
joue  et  du  front  épaissis  par  l’œdème.  Enfin,  souvent  l’exophthalmie,  avec 
perte  de  la  vision  et  œdème  de  la  conjonctive,  vient  compléter  cette 
réunion  de  graves  symptôm'es,  auxquels  il  faut  joindre  les  phénomènes 
généraux  de  fièvre  vive,  avec  insomnie, soif  ardente  et  troubles  nerveux.  La 

SODT.  DICT.  MÉD.  El  CHIB.  XX,  -  54 


530  LÈVRES.  -  PATHOLOGIE  :  LÉSIONS  VITALES  ET  ORGANIQUES. 

propagation  quelquefois  foudroyante  de  la  phlébite  aux  veines  de  la  dure- 
mère  s’accompagne  de  céphalalgie  violente,  de  délire  et  enfin  de  coma. 

Le  diagnostic,  simple  au  début,  peut  présenter  des  difficultés  quand 
le  gonflement  est  devenu  considérable.  Mais  un  chirurgien  quelque  peu 
attentif  ne  confondra  pas  les  vésicules  d’un  érysipèle  phlycténoïde  avec 
les  petites  pustules  d’un  anthrax.  Quant  à  la  pustule  maligne,  son  aspect 
tout  spécial  de  vésicule  reposant  sur  une  escbare  grise  et  entourée  d’ün 
cercle  vésiculeux,  doit  prévenir  toute  erreur. 

L’extrême  gravité  du. pronostic  entraîne  pour  le  traitement  des  indica¬ 
tions  lormelles.  Tout  anthrax  ou  furoncle  des  lèvres  doit  être,  de  bonne 
heure,  incisé  laryement  et  profondément.  C’est  là  certainement  le  moyen 
le  plus  sûr  de  prévenir  la  phlébite,  et,  si  elle  existe  déjà  localement,  de  la 
combattre.  L’application  sur  les  jiarties  malades,  de  résolutifs,  de  glace 
même  (Weber),  l’incision  immédiate  des  abcès  qui  peuvent  se  former  sur 
le  trajet  des  veines,  et,  à  l’intérieur,  l’administration  des  toniques  habi¬ 
tuels,  café,  quinquina,  alcool,  doivent  compléter  le  traitement. 

2“  Ulcérations.  —  Les  lèvres  sont  fréquemment  le  siège  d’ulcérations 
de  diverse  nature  :  les  unes  succédant  à  des  plaies  ou  à  des  brûlures,  gué¬ 
rissent  comme  dans  toute  autre  région  du  corps,  et  ne  présentent  d’autre 
intérêt  que  les  dilformités  qu’elles  peuvent  laisser  après  elles;  d’autres 
s’observent  à  la  suite  des  éruptions  d’herpès  et  d’impétigo  (voy.  Herfês, 
t.. XVII,  p.  629,  Impétigo,  t.  XVllI,  p.  430).  Nous  avons  parlé  plus  haut 
des  gerçures,  et  nous  décrivons  plus  loin  les  ulcères  cancéreux  :  il  ne  nous 
reste  donc  à  dire  quelques  mots  que  des  ulcérations  scrofuleuses  et  syphi¬ 
litiques. 

a.  Les  ulcères  scrofuleux  des  lèvres,  en  dehors  des  ulcérations  simples 
qu’on  observe  chez  les  jeunes  sujets  lymphatiques  ou  struméux,  sont  une 
des  formes  du  lupus.  A  l’induration  et  à  la  rougeur  luisante  de  la  lèvre 
augmentée  de  volume  et  renversée  en  dehors,  finit  par  succéder  une  ulcé¬ 
ration  véritablement  pbagédénique,  et  en  définitive,  une  difformité  plus 
ou  moins  hideuse,  qui  consiste  le  plus  souvent  dans  une  atrésie  irrégu¬ 
lière  de  la  bouche  {voy.  Scrofulide  cutanée). 

b.  Les  ulcères  syphilitiques  sont  primitifs,  secondaires  ou  tertiaires. Nous 
ne  dirons  rien  des  deux  premiers,  c’est-à-dire  du  chancre  et  des  plaques 
muqueuses  (voy.  Chancre,  t.  Vil,  p.  58,  et  Syphilis)  .  Quant  aux  ulcérations 
tertiaires,  consécutives  à  un  nodus  syphilitique  ou  à  une  gomme  ramollie, 
nous  nous  contenterons  de  faire  remarquer  qu’elles  sont  très-rares,  et 
qu’elles  se  présentent  sous  forme  d’une  fissure  à  bords  indurés,  à  fond 
grisâtre,  non  saignante  et  ne  fournissant  que  très-peu  de  pus  (S.  Duplaj). 

5“  Tumeurs  diverses.  —  a.  Epilhélioma  et  cancer.  —  Les  dégénéres¬ 
cences  cancéreuses  proprement  dites  (squirrhe  et  encéphaloïde)  ne  s’ob¬ 
servent  qu’exceptionnellement  aux  lèvres,  et  ne  se  prêtent  pas  à  une  des¬ 
cription  spéciale  ;  leur  existence  même  peut  être  mise  en  doute.  Au  con¬ 
traire,  l’épithélioma  ou  cancroïde  se  rencontre  très-souvent  dans  cette 
région  ;  on  peut  même  dire  que  l’épithéliome  pavimenteux  lobulé  constitue 
à  lui  seul  la  grande  majorité  des  lésions  organiques  des  lèvres. 


LÈVRES.  —  PATHOLOGIE  :  LÉSIONS  VITALES  ET  ORGANIQUES.  531 

Rare  avant  trente  ans,  beaucoup  plus  fréquent  dans  le  sexe  masculin 
que  dans  le  sexe  féminin,  le  cancroïde  s’observe  surtout  entre  quarante  et 
soixante  ans.  Ileurtaux  l’a  trouvé  soixante-six  fois  à  la  lèvre  inférieure, 
six  fois  à  la  lèvre  supérieure,  et  une  fois  seulement  à  la  commissure. 

La  classe  pauvre  y  paraît  plus  sujette  que  les  classes  aisées,  peut-être 
par  suite  du  manque  d’hygiène  et  de  soins  de  propreté.  Comme  causes 
locales,  on  a  attribué  une  certaine  importance  aux  irritations  répétées  en 
un  même  point  de  la  lèvre.  Le  fait  de  l’engraisseur  de  volailles,  constam¬ 
ment  atteint  à  la  lèvre  par  le  bec  de  ses  élèves,  est  présent  à  toutes  les 
mémoires  (Lassus).  L’usage  de  la  pipe  et  en  particulier  du  brûle-gueule 
est  considéré  par  Roux  et  Bouisson  (de  Montpellier)  comme  exerçant  sur 
le  développement  du  cancroïde  une  influence  très-réelle;  mais  cette  doc¬ 
trine  est  bien  loin  d’être  universellement  admise.  Enlin  Sappey  s’est  de¬ 
mandé  si  les  gerçures  si  fréquentes  de  la  lèvre  inférieure  ne  pouvaient 
pas  jouer  dans  le  développement  des  épithéliomes  le  rôle  de  cause  prédis¬ 
posante.  La  question  de  l’hérédité  nous  paraît  tenir  dans  l’étiologie  du 
cancroïde  une  place  beaucoup  plus  importante  que  toutes  les  causes  lo¬ 
cales;  nous  avons  la  conviction  que  des  recherches  d’enscmhle  faites  sur 
les  antécédents  des  malades  seraient  favorables  à  cette  opinion  qui,  mal¬ 
gré  le  manque  d’un  nombre  suffisant  de  faits  positifs,  est  également  celle 
d’Ileurtaux  et  Lortet. 

Au  début,  le  cancroïde  de  la  lèvre  se  présente  sous  trois  formes  princi¬ 
pales  :  1°  un  développement  exagéré  des  papilles  pouvant  demeurer  long¬ 
temps  stationnaire  (Bouisson)  ;  2“  un  amas  de  dépôts  squameux  et  cornés 
constitués  par  des  cellules  épithéliales  desséchées,  entouré  par  une  sur¬ 
face  ulcérée  ou,  au  contraire,  prenant  naissance  autour  d’une  ulcérât  on. 
5°  Une  fissure  ou  une  tumeur  verruqueuse  s’étendant  de  plus  en  plus 
dans  l’épaisseur  de  la  lèvre,  et  entourée  de  crêtes,  de  saillies  dures  et 
mamelonnées.  Cette  dernière  forme  est  de  beaucoup  la  plus  commune. 

A  l’hypertrophie  papillaire,  recouverte  d'une  couche  épidermique 
épaissie,  que  le  malade  irrite  sans  cesse  avec  les  doigts  en  détachant  les 
croûtes  dont  elle  est  revêtue,  finit  par  succéder  une  petite  phiie  ulcé¬ 
reuse,  qui  ne  tend  nullement  à  se  cicatriser  (période  d'ulcération) .  Cette 
ulcération,  en  général  irrégulière  et  comme  déchiquetée,  est  taillée  à 
'pie,  et  repose  sur  une  base  indurée  beaucoup  plus  étendue  qu’elle  ; 
elle  saigne  facih'ment  et  sécrète  un  liquide  ichoreux  qui  se  dessèche  à 
l’air  en  croûtes  brunes  et  adhérentes.  Chez  beaucoup  de  malades,  la  tu¬ 
meur  est  le  siège  de  picotements,  de  brûlures  et  d’élancements.  La  mar¬ 
che  de  la  maladie  est  variable  suivant  que  le  cancroïde  procède  par  la  des¬ 
truction  successive  et  sur  place  des  tissus  {forme  rongeante),  ou  donne 
lieu  à  un  bourgeonnement  d’aspect  fongueux  {forme  végétante).  De  son 
point  de  départ,  il  se  propage  à  toute  l’étendue  de  la  lèvre,  à  l'autre  lèvre, 
àlajoue,  au  menton,  parle  tissu  cellulaire  qui  sépare  les  fibres  de  l’orbi- 
culaire  de  celles  du  buccinateur,  ou  qui  entoure  le  faisceau  des  vaisseaux 
et  nerfs  mentonniers  (Ileurtaux).  A  une  époque  plus  avancée,  le  maxillaire 
inférieur,  le  plancher  delà  bouche,  la  langue,  le  voile  du  palais  peuvent 


532  LÈVRES.  —  PATHOLOGIE  ;  LÉSIONS  VITALES  ET  ORGANIQUES, 

être  envahis  ;  à  ce  moment  toute  la  moitié  inférieure  de  la  face  se  trouve 
transformée  en  une  masse  ulcérée,  végétante,  inondée  de  salive,  de  sécré¬ 
tion  ichoreuse  et  de  sérosité  sanguinolente. 

A  ces  désordres  locaux  si  graves,  viennent  se  joindre  les  phénomènes 
généraux  à' infection  ganglionnaire  et  de  cachexie.  L’infection  ganglion¬ 
naire  n’est  pas  constante,  mais  s’observe  dans  plus  de  la  moitié  des  cas 
(Lortet).  Elle  apparaît  .sous  forme  de  chapelets  post-maxillaires,  sous- 
maxillaires,  sus  hyoïdiens,  et  même  sus-claviculaires.  Ces  glandes  engor¬ 
gées^  d’abord  arrondies,  mobiles,  et  roulant  sous  le  doigt,  finissent,  au 
moins  quelques-unes  d’entre  elles,  par  soulever  les  téguments,  s’en¬ 
flammer  et  suppurer  ;  l’excavation  consécutive  ne  tarde  pas  à  présenter 
elle-même  toutes  les  apparences  du  cancroïde.  La  cachexie,  avec  tous  ses 
symptômes  habituels,  ne  se  manifeste  que  dans  les  derniers  temps  de  la 
maladie. 

Le  diagnostic  doit  toujours  être  réservé,  tant  que  la  dégénérescence 
n’est  encore  qu’à  l’état  papillaire  simple  ou  corné  ou  de  verrue.  Mais, 
dès  que  la  lèvre  est  ulcérée,  le  chirurgien  doit  pouvoir  reconnaître  à 
quelles  lésions  il  a  affaire.  Le  cancroïde  ne  sera  certainement  confondun 
avec  les  ulcères  scrofuleux  des  jeunes  sujets,  dépourvus  de  tout  vestige 
d’induration,  ni  avec  le  lupus,  recouvert  de  plaques  crustacées,  et  pré¬ 
sentant  dans  son  voisinage  des  traces  de  cicatrisation  ancienne. 

Le  chancre  induré  pourra  davantage  prêter  à  confusion.  Cependant  l’in¬ 
duration  chancreuse,  dont  la  sensation  au  toucher  est  toute  particulière, 
a  une  marche  très-rapide,  et  a  toujours  été  précédée  d’une  érosion  ou 
ulcération,  tandis  que  c'est  tout  le  contraire  pour  le  cancroïde.  Quant  aux 
ulcérations  tertiaires,  consécutives  à  des  gommes  ramollies,  elles  s’accom¬ 
pagnent  de  manifestations  syphilitiques  dans  les  différentes  régions  du 
corps  ;  de  plus,  on  a  pour  s’éclairer  les  commémoratifs  et  le  traitement 
par  l’iodure  de  potassium.  Pour  terminer,  rappelons  que  Blandin  a  publié 
l’observation  d’une  tumeur  sébacée  ulcérée,  présentant  toutes  les  appa¬ 
rences  d’un  épithélioma.  C’est  là  une  particularité  intéressante  qu’il  ne 
faut  pas  perdre  de  vue. 

,  Les  détails  dans  lesquels  nous  venons  d’entrer,  laissent  entrevoir  toute 
la  gravité  du  pronostic,  et  indiquent  à  quel  point  l’intervention  chirurgi¬ 
cale  doit  être  prompte  et  énergique.  La  condition  essentielle  pour  pré-' 
venir  la  récidive  sur  place  ou  dans  les  ganglions,  c’est  de  pratiquer  une 
ablation  assez  large  pour  que  les  limites  du  mal  soient  entièrement  dépas¬ 
sées.  Pour  obtenir  ce  résultat,  nous  donnons  à  l’instrument  tranchant  une 
préférence  absolue  sur  les  caustiques.  Nous  ne  prétendons  pas  qu’une 
ulcération  superficielle  ne  puisse  pas  être  complètement  détruite  par  fac¬ 
tion  d’un  caustique  énergique,  tel  que  le  chlorure  de  zinc;  mais  il  nous 
paraît  incontestable  qu’avec  l’instrument  tran.ch.int  on  sait  mieux  ce 
qu’on  fait,  et  on  est  infiniment  plus  sûr  de  dépasser  la  limite  du  mal.  11 
ne  faut  pas  oublier,  d’ailleurs,  qu’une  cautérisation  incomplète  n’est  le 
plus  souvent  qu’un  coup  de  fouet  donné  à  la  maladie.” 

L’excision,  soit  qu’on  la  pratique  par  la  galvanocaustiquc,  soit,  ce  qui 


LÈVRES.  —  PATHOLOGIE  :  lésions  vitales  et  orgahiqües. 
a  lieu  le  plus  souvent,  qu’on  emploie  le  bistouri  ou  les  ciseaux,  se  fait 
par  une  des  trois  méthodes  suivantes  (Duplay). 

L’excision  simple  convient  exclusivement  aux  cas  où  il  s’agit  d’une 
tumeur  ulcérée,  occupant  le  bord  libre  de  la  lèvre  ;  elle  devient  im¬ 
praticable,  à  cause  de  la  difformité  qui  en  serait  la  conséquence,  quand 
la  maladie  a  envahi  une  partie  plus  ou  moins  considérable  de  la  hau¬ 
teur  de  la  lèvre.  On  l’exécute  en  tendant,  à  l’aide  des  doigts  ou  d’une 
pince,  la  partie  malade,  en  même  temps  que  le  bistouri  ou  les  ciseaux 
la  séparent  des  tissus  sains  par  une  section  semilunaire  à  concavité  supé¬ 
rieure. 

Vexcision  cunéiforme  [Bouisson  (de  Montpellier)]  ne  peut  convenir 
qu’aux  cas,  certainement  très-restreints,  dans  lesquels  le  cancroïde  n’a  dé¬ 
passé,  ni  du  côté  muqueux,  ni  du  côté  cutané,  le  bord  libre  de  la  lèvre. 
Deux  incisions  horizontales,  parallèles  entre  elles  et  au  bord  libre  de  la  lè¬ 
vre,  permettent  de  disséquer  la  peau  et  la  muqueuse,  puis  de  tailler  et 
d’enlever  une  sorte  de  lambeau,  en  forme  de  coin,  dont  la  base  supérieure 
est  constituée  par  l’épithélioma;  on  réunit  ensuite  la  muqueuse  et  la  peau 
par  quelques  points  de  suture. 

Le  procédé  le  plus  habituellement  employé  est  Vexcision  en  V.  La  base 
duV  est  constituée  par  la  tumeur,  et  sa  pointe,  très-aigue,  aboutit  plus  ou 
moins  près  du  menton  ;  la  lèvre  a  été  préalablement  saisie  et  tendue  de 
chaque  côté  par  le  chirurgien  et  un  de  ses  aides.  L’opération  se  termine 
par  la  réunion  des  lambeaux  au  moyen  d’une  suture  entortillée. 

On  trouvera  au  paragraphe  Cheiloplastie  (p.  534)  la  description  des 
opérations  qui  conviennent  dans  les  cas  compliqués  où  les  commissures, 
les  parties  molles  du  menton  et  des  joues,  et  les  os  eux-mêmes  sont 
atteints  par  la  maladie. 

b.  Adénome  et  enchondrome.  —  Kystes. 

a.  L'adénome  et  V enchondrome  peuvent  se  développer  aux  dépens  des 
glandes  de  la  muqueuse  labiale.  Les  symptômes  et  la  marche  de  ces  deux 
manifestations  morbides  ne  présentent  rien  de  particulier  à  noter.  S.  Du¬ 
play  a  été  conduit  par  des  observations  personnelles  à  admettre  que  la 
plupart  des  petites  tumeurs  des  lèvres,  prises  pour  des  fibromes,  ne  sont 
en  réalité  que  des  enchondromes. 

p.  Les  kystes  sont  de  deux  sortes.  Les  uns,  extrêmement  rares,  déve¬ 
loppés  dans  l’épaisseur  de  la  peau,  ne  sont  que  des  tumeurs  sébacées,  qu’on 
traitera  par  la  méthode  ordinaire  d’incision  avec  cautérisation  des  parois, 
ou  extirpation  complète  de  la  poche  kystique. 

Les  kystes  sous-muqueux  s’observent  de  préférence  à  la  face  postérieure 
de  la  lèvre  inférieure.  Formés  aux  dépens  des  glandules  salivaires  labia^les, 
ils  se  présentent  sous  forme  de  petites  tumeurs  arrondies,  remplies  par  ùn 
liquide  filant  ;  leur  coloration  est  bleuâtre,  et  leur  volume  peu  considé¬ 
rable.  Ils  sont  indolents  et  adhèrent  assez  intimement  aux  parties  pro¬ 
fondes,  mais  nullement  à  la  muqueuse. 

L’incision  simple  est  un  traitement  absolument  insuffisant.  L’opération 
à  laquelle  on  doit  recourir  est  l’extirpation  totale  du  kyste,  après  inei- 


554  LÈVRES.  —  pathologie  :  cheiloplastie. 

sion  et  dissection  de  la  muqueuse  qui  le  recouvre.  La  tumeur  enlevée, 
il  ne  reste  plus  qu’à  ramener  en  bas  le  lambeau  muqueux,  et  à  le  fixer  par 
quelques  points  de  suture.  Si  la  tumeur  était  trop  volumineuse  ou  trop 
adhérente  pour  pouvoir  être  enlevée  en  totalité,  il  faudrait  se  borner  à  une 
excision  partielle,  suivie  delà  cautérisation  des  parois  du  kyste. 

c.  Tumeurs  érectiles.  —  Nous  ne' reviendrons  pas  sur  l’histoire  générale 
des  angiomes,  à  laquelle  Eug.  Bœckel  a  consacré  un  article  très-complet 
dans  le  tome  XIII  de  ce  Dictionnaire  :  nous  nous  contenterons  de  signaler 
les  particularités  propres  à  la  région  qui  nous  occupe.  Parmi  les  tumeurs 
érectiles  de  la  face,  celles  des  lèvres  sont  à  coup  sûr  les  plus  fréquentes. 
Congénitales  dans  la  moitié  des  cas,  sous  la  forme  de  nævi,  elles  occupent 
indifféremment  les  deux  lèvres,  plus  souvent  la  supérieure  d’après  le 
Compendium.,  et,  pour  Bouisson,  de  préférence  l’inférieure.  Leur  volume 
est  extrêmement  variable  :  entre  une  tache  limitée,  à  peine  saillante,  et 
une  tumeur  considérable,  donnant  à  la  bouche  des  malades  l’aspect  du 
mufle  de  certains  animaux,  on  rencontre  tous  les  degrés  intermédiaires. 
Quant  à  la  texture  de  l’angiome,  les  recherches  de  Broca  semblent 
établir  que,  si  la  tumeur  artérielle  est  plus  fréquente  chez  les  enfants,  on 
n’observe  guère  chez  les  adultes  et  les  vieillards  que  l’angiome  veineux. 

La  marche  de  la  maladie,  rapide  chez  l’enfant,  lente  chez  l’adultet  est 
très-généralement  envahissante  ;  la  transformation  fibreuse  (Compendium) 
est  l’exception.  Quelques-unes  de  ces  tumeurs  s’infiltrent  de  dépôts  plas¬ 
tiques  ;  d’autres  s’ulcèrent  et  déterminent  des  hémorrhagies  qui  peuvent 
être  très-abondantes  ;  plusieurs  deviennent  fongueuses,  et  ressemblent 
plus  ou  moins  à  un  épithélioma  ulcéré  ;  d’autres  enfin  se  creusent  de  ca¬ 
vités  closes,  véritables  kystes  adventices  (Holmes  Coote). 

Le  traitement  varie  suivant  la  variété  à  laquelle  on  a  affaire  : 

1“  Aux  simples  taches  vasculaires,  conviennent  l’inoculation  vaccinale, 
la  cautérisation  légère  avec  la  pâte  de  Vienne  ou  l’acide  nitrique  ; 

2°  Si  le  malade  est  atteint,  d’un  angiome  superficiel,  de  volume  mé¬ 
diocre,  l’ablation  totale  au  moyen  de  l’incision  en  V,  suivie  de  la  suture 
entortillée  des  bords  de  la  plaie,  nous  paraît  avoir  toutes  sortes  d’avan¬ 
tages  ; 

3“  Si  l’angiome  est  trop  étendu  pour  pouvoir  être  enlevé  avec  le  bis¬ 
touri,  la  ligature,  simple  s’il  existe  un  pédicule,  multiple  (par  le  procédé 
de  Riga!)  dans  le  cas  de  tumeur  à  large  base,  doit  être  préférée  aux  cau¬ 
térisations  profondes  par  le  fer  rouge  ou  la  pâte  de  Vienne,  dont  l’action 
est  trop  souvent  incertaine  et  incomplète. 

B.  CiiÉiLorLASTiE.  —  On  désigne  ainsi  l’ensemble  des  procédés  opéra¬ 
toires  destinés  à  restaurer  les  lèvres,  c’est-à-dire  à  remplacer  les  pertes  de 
substance  produites  par  des  blessures,  des  maladies  ou  des  opérations 
chirurgicales.  On  trouvera  dans  le  Compendium  une  description  détaillée 
de  toutes  les  variétés  d’opération  qui  ont  été  mises  en  pratique  par  les  chi¬ 
rurgiens;  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  d’y  renvoyer  le  lecteur, 
nous  bornant  ici  à  passer  rapidement  en  revue  les  procédés  les  plus 
usuels. 


LÈVRES.  —  PATHOLOGIE  :  CHEILOPLASTIE. 


535 


1°  Restauration  de  la  lèvre  inferieure.  —  Les  procédés  appartiennent 
tous  à  la  méthode  française  ou  de  glissement  {voy.  Aütoplastie,  t.  IV, 
p.2I2)  :  les  méthodes  indienne  et  surtout  italienne  ne  trouvent  pas  ici 
leur  application.  Tous  consistent  dans  la  dissection  et  la  mobilisation  des 
parties  molles  voisines,  destinées  à  combler  la  perte  de  substance  que 
laisse  après  elle  une  destruction  étendue  de  la  lèvre,  ou  l’extirpation 
d’une  tumeur  volumineuse. 

a.  Les  lambeaux  sont  pris  du  cou.  —  a.  Procédé  de  Chopart.  —  Le 
chirurgien  fait  de  chaque  côté  et  en  dehors  de  la  tumeur  une  incision  ver¬ 
ticale  étendue  de  la  lèvre  à  un  point  variable  de  la  région  sus-hyoïdienne. 
Le  lambeau  rectangulaire  ainsi  délimité  est  disséqué  de  haut  en  bas  :  le 
chirurgien  détache  par  une  section  transversale  la  partie  du  lambeau  en- 
lahie  par  la  tumeur  ;  puis  rapprochant,  par  la  flexion  delà  tête,  le  menton 
de  l’opéré  du  sternum,  il  amène  douceirient  le  bord  supérieur  du  lambeau 
jusqu’au  niveau  du  reste  de  la  lèvre,  et,  par  quelques  points  de  suture  en¬ 
tortillée,  le  fixe  dans  cette  nouvelle  position. 

p.  Procédé  de  Roux  (de  Saint-Maximin).  —  C’est  le  procédé  de  Cha= 
part,  moins  les  incisions  verticales.  Après  avoir  enlevé  le  cancer  au  moyen 
d’une  incision  semilunaire,  à  concavité  supérieure,  le  chirurgien  dissèque 
le  lambeau  aussi  loin  que  cela  est  nécessaire  dans  la  région  sus-hyoï¬ 
dienne  :  puis,  inclinant  en  avant  la  tête  du  malade,  il  attire  le  bord  libre 
du  lambeau  jusqu’au  niveau  des  commissures  labiales.  Des  bandelettes 
agglutinatives  et  un  bandage  approprié  maintiendront  le  tout  en  place. 
Bans  le  cas  où,  pour  enlever  la  totalité  des  tissus  malades,  on  aurait  été 
conduit  à  prolonger  les  commissures  au  moyen  d’une  incision  transvetS 
Torsale,  il. faudrait  réunir  les  bords  correspondants  par  quelques  points 
de  suture  entortillée. 

y.  Procédé  de  Lis  franc.  —  Il  diffère  du  précédent,  en  ce  que  Tïncisiorr 
semilunaire  est  suivie  d’une  incision  verticale,  px’olongée  aussi  loin  que 
cela  est  nécessaire  dans  la  région  sus-hyoïdienne.  On  a  de  la  sorte  deux 
lambeaux  latéraux  qu’on  dissèque,  qu’oo  relève  jusqu’au  niveau  des  com¬ 
missures,  et  qu’on  réunit  ensuite  par  une  suture  entortillée. 

Aux  trois  procédés  que  nous  venons  de  décrire,  il  convient  d’ajouter 
ceux  de  Morgan,  de  Serre  (de  Montpellier),  et  de  Viguerie.  Le  premier 
appartient  à  la  variété  d’autoplastie  connue  sous  le  nom  de  procédé  du 
pont.  Le  second,  très-rarement  applicable  du  reste  parce  qu’il  suppose 
l’intégrité  de  la  muqueuse  buccale,  n’est  qu’une  application  ingénieuse  de 
l’antoplastie  par  ourlet  et  par  inflexion.  Le  troisième  a  été  employé  dans 
imcas  où  le  bord  libre  de  la  lèvre  était  intact.  Au  reste,  comme  Ta  dit 
avec  raison  Velpeau  dans  sa  médecine  opératoire,  la  chéiloplastie  est  une 
opération  qu’on  ne  peut  soumettre  à  des  règles  absolues,  et  qui  se  modifie 
dans  chaque  cas  particulier,  suivant  les  circonstances  et  suivant  les  limites 
du  mal  à  enlever. 

b.  Les  lambeaux  sont  pris  sur  la  face.  —  a.  Procédé  de  Syme.  —  Le 
chirurgien  circonscrit  les  tissus  malades  au  moyen  d’une  incision  en  V, 
dont  il  prolonge  les  branches  au-dessous  du  menton,  de  manière  à  figurer 


556  LÈVRES.  — ■  pathologie  ;  chéiloplastie. 

un  X;  sur  chacune  des  extrémités  inférieures  de  l’X,  il  fait  tomber  une 
incision  horizontale.  Les  deux  lambeaux  quadrilatères  ainsi  formés  sont 
disséqués  et  réunis  sur  la  ligne  médiane.  Cette  opération  donne  d’excel¬ 
lents  résultats. 

p.  Procédé  de  Teale.  —  Ce  procédé  n’est  applicable  qu’aux  cas  où  la 
lèvre  inférieure,  attirée  en  bas  par  une  cicatrice  de  brûlure  du  cou  ou  du 
menton,  est  comme  retournée,  en  même  temps  que  les  gencices  et  les 
dents  tendent  à  prendre  une  direction  horizontale.  Deux  incisions  verti¬ 
cales,  longues  de  15  à  18  millimètres,  divisent  la  lèvre  en  trois  parties, 
celle  du  milieu  étant  égale  à  la  moitié  de  la  longueur  totale  de  la  lèvre.  De 
l’extrémité  inférieure  de  chacune  de  ces  incisions,  part  une  incision  curvi¬ 
ligne,  aboutissant  à  un  pouce  environ  de  la  commissure;  ces  deux  lam¬ 
beaux  sont  largement  disséqués,  attirés  en  haut,  et  unis  l’un  à  l’autre  sur  la 
ligne  médiane,  et  à  la  partie  moyenne  de  la  lèvre  renversée  par  son  bord 
inférieur  et  préalablement  avivée.  On  a  de  la  sorte  une  nouvelle  lèvre 
■  construite  au-dessus  de  la  partie  moyenne  de  l’ancienne. 

•On  trouvera  dans  le  Compendium  \a  description  des  procédés  de  Celse, 
Franco,  Blasius,  Malgaigne,  Dieffenbach  et  Serre  (de  Montpellier). 
Comme  les  deux  précédents,  ils  ont  pour  caractère  commun  d’être  exé¬ 
cutés  au  moyen  de  deux  lambeaux  latéraux  qu’on  a  fait  cheminer  l’un 
vers  l’autre,  et  qui  sont  constitués,  soit  par  les  débris  de  la  lèvre,  soit  par 
une  partie  plus  ou  moins  considérable  des  joues. 

2°  Restauration  de  la  lèvre  supérieure.  —  a.  Procédé  de  Bérard.  — 
Deux  incisions  transversales  partent  de  l’extrémité  supérieure  de  la  perte 
de  substance,  et  s’étendent  jusque  vers  le  masséter  :  une  autre  inci¬ 
sion  part  de  la  commissure  correspondante  et  se  dirige  parallèlement; 
les  deux  lambeaux  ainsi  obtenus  sont  rapprochés,  et  suturés  l’un  à 
l’outre. 

p.  Procédé  de  Teale.  —  Ce  procédé  a  été  mis  en  pratique  dans  un  cas 
où  la  lèvre  était  réduite  à  une  simple  bride  transversale  étroite,  et  attirée 
en  haut.  Il  consiste  en  une  incision  cruciale  dont  le  point  d’intersection 
est  immédiatement  au-dessous  de  la  cloison  du  nez  :  les  deux  branches  hori¬ 
zontales  de  la  croix  sont  légèrement  obliques  du  côté  des  joues.  Les  deux 
lambeaux  triangulaires  ainsi  circonscrits  sont  disséqués,  et  réunis  sur  la 
ligne  médiane  par  leur  bord  supérieur  sanglant. 

y.  Procédé  de  Dieffenbach.  —  L’incision  a  la  forme  d’un  S  double  con¬ 
tournant  les  ailes  du  nez  ;  les  lambeaux  détachés  sont  réunis  sur  la  ligne 
médiane.  Pour  que  ce  procédé  soit  applicable,  il  faut  que  la  lèvre  supé¬ 
rieure,  à  peu  près  complètement  détruite,  soit  fixée  par  des  adhérences  au 
maxillaire  supérieur. 

S.  Procédé  de  Sédillot.  —  Le  chirurgien  dessine,  en  dehors  des  com¬ 
missures,  deux  lambeaux  verticaux  et  quadrilatères,  doublés  de  muqueuse  : 
puis,  il  les  renverse  de  bas  en  haut  et  de  dehors  en  dedans,  de  manière 
à  réunir  sur  la  ligne  médiane  leurs  bords  inférieurs.  Leurs  bords  in¬ 
ternes  sont  devenus  supérieurs,  et  leurs  bords  externes,  devenus  infé¬ 
rieurs,  forment  le  bord  libre  de  la  lèvre.  Les  plaies  des  joues  sont  en- 


LICHEN.  —  L.  d’ ISLANDE,  537- 

suite  réunies.  S.  Duplay  a  obtenu  deux  fois  avec  ce  procédé  un  excellent 

résultat. 

5°-  Chéiloplastie  complexe.  —  Les  différents  procédés  que  nous  venons 
Repasser  en  revue  n’agissent  que  sur  l’une  ou  l’autre  lèvre.  Supposons 
maintenant  qu’il  faille  restaurer  à  la  fois  les  deux  lèvres  ou  une  partie  de 
la  joue,  réséquer  une  portion  du  maxillaire,  la  cheiloplastie  deviendra 
une  opération  extrêmement  complexe,  variable  à  l’infini,  et  en  dehors  de 
toute  règle  fixe.  On  trouvera  dans  l’excellent  article  du  Compendium, 
Jéjà  plusieurs  fois  cité,  la  description  des  méthodes  ingénieuses  auxquelles 
ont  eu  recours  Roux,  Dupuytren,  Dieffenbach,  Payan  (d’Aix),  Meyer  (de 
Bruges),  Burggraeve,  dans  des  cas  de  difformités  consécutives  à  des  plaies 
d’armes  à  feu  ou  à  des  cancroïdes  ayant  envahi  une  large  surface. 

ÏOSMCOS,  Art.  Lèvües,  Bict.  en  60  vol.,  t.  XXVIII.  Paris,  1818. 

Hébibd  (Aug.),  Art.  Lèvkes,  Bict.  en'50  vol,  i.  XVIII.  Paris,  1838. 

Koüï  (de  Saint-Maxiniin),  Bevue  méd.,  janvier  1838. 

BnpüiTBEN,  Leçons  orales  de  clinique ,  chirurgicale,  t.  III.  Paris,  1839. 

Bkuid,  Anaplastie  des  lèvres,  joues  et  paupières.  Thèse  de  concours  pour  le  professorat.  Paris, 
1811. 

Pms  (d’Aix);  Gaz.  méd.,  p.  557, 1841. 

JojEBi  (de  Lamballe),  Traité  de  chirurgie  plastique,  1. 1,  1849. 
hosET  (de  Corbeil'i ,  Gaz.  des  hôpitaux,  1850. 

CiBABET  (de  Saint-JIalo),  Traduction  d  une  observation  de  Scarpa  [Gaz.  des  hôpitaux,  p.  199, 
1852). 

iiBBÉ  (Ed.),  Bull,  de  la  Société  anat.,  p.  527,  1856. 

Teaie,  Med.  Times  and  Gazette,  p.  361  et  janvier  1857. 

ÜEtBTADX,  Du  cancruïde.  Thèse  de  Paris,  ls60,  et  art.  CAKCROïns-de  ce  Biçtionnaire. 
üfSilliT,  Sua  une  dürformSlës'plaB-Tares-dur'faec-de-lièvre^BÂilI.'fAeràp.i'lSO'i). 

Peitet  (N.),  Mémoire  sur  les  fissures  congénitales  des  joues  [Mém.  de  la  Société  de  biologie, 
5*  série,  t,  V,  p.  181). 

Boüissos  (de  Montpellier),  Bict.  encycl.  des  sciences  méd.,  t.  VIII,  p.  648.  Paris,  1868. 

Houies  (T  ),  Thérapeutique  des  maladies  chirurgicales  chez  les  enfants.  Trad.  0.  Larcher.  Paris, 
1870. 

Botedis  (J.-L.),  Recherches  sur  les  causes  et  la  gravité  particulière  des  anthrax  de  la  face 
(knh.  gén.  de  méd.  Paris,  1870). 

Fouis  et  Duplat,  Traité  élémentaire  de  pathologie.  Extr.  T.  IV,  fasc.  3,  Paris,  1874. 

Consulter  en  outre,  pour  l’anatomie ,  les  traités  d’anatomie  descriptive  et  chirurgicale  de 
Cboteiihieb,  Sappet,  Richet,  Beaunis  et  Boüchaed,  B.  Anger,  etc.  —  Pour  la  pathologie,  le 
tome  III  du  Compendium  de  chirurgie  pratique,  les  Traités  de  médecine  opératoire  de  Vel- 
lEAI,  ÏÏALGAIGKE,  A.  GuÉBIN  FOLLIN  et  DoPLAT,  BeeNAM  et  NuEITE  et  Sédillot. 

Maurice  Laugier, 

LICHEIV,  du  nom  grec  Asiy;qv,  transporté  dans  notre  langue  avec  sa 
signification. 

Les  LICHENS  sont  des  végétaux  cryptogames  amphigènes,  formant  une 
famille  voisine  des  algues  et  des  champignons.  On  trouve  des  lichens  dans 
toutes  les  régions  du  globe,  sous  toutes  les  latitudes;  ils  croissent  sur 
le  sol,  les  rochers,  les  troncs  d’arbres,  les  écorces,  et  en  général  à  la 
surface  des  corps  où  ils  peuvent  être  en  rapport  avec  l’atmosphère. 
Leur  tissu  est  uniquement  cellulaire.  Dépourvus  de  tiges,  ils  se  déve¬ 
loppent  en  expansions  {thallus)  foliacées ,  crustacées  ou  fruticuîeuses, 
lie  dimensions,  et  de  couleurs  variables,  de  forme  généralement  découpée. 


558  LICHEN.  —  l.  d’islande. 

à  bords  lobés  ou  laciniés,  et  qui  portent  les  fructifications  {apothécies, 

scutelles). 

La  famille  des  lichénacées,  très-intéressante  comme  fournissant  des 
matières  alimentaires,  des  médicaments,  et  des  substances  tinctoriales 
{orseille),  comprend  un  assez  grand  nombre  d’espèces,  parmi  lesquelles 
une  surtout,  et  presque  exclusivement,  devra  nous  occuper  ici,  en  raison 
du  rang  qu’elle  occupe  dans  la  matière  médicale. 

Liicheii  d’Islande  (L.  islandicus.  Lin.;  cetraria  islmidica,  Acharius ; 
icelandmoss,  angl.;  islandisches  moos,  all.;  muscus  is/andicus  des  pharma¬ 
ciens).  Ce  lichen  habite  les  contrées  septentrionales  ;  mais  il  est  commun 
aussi  dans  les  régions  montagneuses  des  climats  tempérés  ;  chez  nous, 
on  le  trouve  dans  les  Vosges,  les  Alpes,  les  Pyrénées. 

Description.  —  Ses  thalles,  rassemblés  en  touffes  un  peu  droites  ou 
ascendantes ,  coriaces  et  comme  cartilagineux ,  d’une  couleur  fauve, 
brun  verdâtre  ou  gris  roussâtre,  plus  pâle  à  la  face  inférieure,  sont  dé¬ 
coupés  en  ramifications  pinnatifides  tendant  à  se  courber  en  gouttière, 
dont  les  lobes  sont  généralement  bifurqués  et  bordés  de  cils  courts  et 
roides.  Ses  fruits  {scutelles)  sont  terminaux,  sessiles,  enferme  d’écussons 
et  d’une  couleur  rouge  brun. 

Parties  usitées.  —  Toute  la  plante. 

Composition.  —  D’après  Berzelius,  qui  l’a  analysé,  le  lichen  d’Islande  est 
composé  de  sucre  incristallisable,  de  cire,  de  chlorophylle,  de  matière 
extractive  colorante,  de  gomme,  d’un  amidon,  d’une  matière  amère,  et 
de  sels  de  potasse  et  de  chaux. 

De  ces  principes,  les  plus  importants  au  point  de  vue  médical  sont  la 
substance  amylacée  et  la  matière  amère. 

La  substance  amylacée  du  lichen  d’Islande  est  blanche,  insipide,  se 
gonfle  beaucoup  dans  l’eau  froide  sans  s’y  dissoudre,  mais  se  dissout  dans 
l’eau  bouillante,  et  se  prend  en  gelée  par  le  refroidissement  ;  elle  est 
insoluble  dans  l’alcool  et  dans  l’éther.  Elle  paraît  être  un  mélange  d’ami¬ 
don  ordinaire,  d’inuline  (John,  Payen),  et  d’une  variété  spéciale  du  prin¬ 
cipe  amylacé,  la  Uchénine,  qui  offre  la  même  composition  que  l’amidon 
sans  en  avoir  tous  les  caractères. 

Le  principe  amer,  cétrarin,  céti'arine,  se  présente  sous  la  forme  d’une 
poudre  blanche,  légère,  inodore,  d’une  saveur  extrêmement  amère,  inal¬ 
térable  à  l’air.  Peu  soluble  dans  l’eau  froide,  il  l’est  un  peu  mieux  dans 
l’eau  bouillante,  mieux  encore,  quoique  assez  mal  cependant,  dans  l’al¬ 
cool;  il  ne  l’est  dans  l’éther  qu’en  très-faible  proportion.  11  est  précipité 
par  les  acides  de  ses  dissolutions  aqueuse  et  alcoolique.  Il  se  combine  aux 
alcalis,  et  se  dissout  très-facilement  dans  les  carbonates  alcalins;  Berzelius 
se  servait  du  carbonate  de  potasse  pour  enlever  au  lichen  son  amertume, 
dans  le  but  de  le  rendre  apte  à  être  employé  comme  aliment.  Knopp  et 
Schnedermann  attribuent  à  ce  principe  amer  les  propriétés  d’un  acide; 
ils  l’ont  obtenu  cristallisé,  et  lui  ont  donné  le  nom  d'acide  cétrarique;  ils 
annoncent  avoir  également  reconnu  dans  le  lichen  l’existence  d’un  acide 
gras  qu’ils  ont  nommé  acide  lichénostéarique. 


LICHEN,  —  L.  d’islande. 


539 


Action  physiologique.  —  Ce  qui  précède  donne  lieu  d’inférer  que  le 
lichen  d’Islande  est  doué  d’une  double  action  ;  son  principe  amer  ou  cé- 
Irarin  lui  donne  des  propriétés  toniques  névroslhéniques,  et  il  doit  à  son 
principe  amylacé,  mucilagineux ,  des  propriétés  émollientes  en  même 
temps  qu’alibiles  et  analeptiques.  La  valeur  nutritive  du  lichen  a  été  re- 
prilée,  au  rapport  de  Mérat  et  De  Lens,  comme  supérieure  à  celle  du 
froment,  ce  qui  est  sans  doute  exagéré. 

A  ces  propriétés,  d’après  plusieurs  auteurs,  d’après  Borrichius,  no¬ 
tamment,  qui  donna  au  lichen  le  nom  de  muscus  catharticiis,  il  faudrait 
ajouter  celle  de  déterminer  une  action  laxative  ;  cette  action  serait  due 
an  principe  amer.  Il  y  a  donc  lieu  pour  le. médecin,  s’il  juge  à  propos 
ie  prescrire  l’usage  du  lichen  entier,  d’en  surveiller  l’effet  sur  le  tube 
ègestif. 

Usages  thérapeutiques.  —  Déjà  préconisé  comme  médicament  dès  la  fin 
Jo dix-septième  siècle,  le  lichen  d’Islande  a  été  définitivement  introduit 
dans  la  médecine  par  Linné  d’abord,  puis  par  Scopoli,  Bergius,  Crichton, 
Stoll,  etc.,  qui  lui  attribuèrent  beaucoup  d’efficacité  contre  les  maladies 
pulmonaires,  et  notamment  contre  la  phthisie.  Il  serait  oiseux  d’insister 
aujourd’hui  pour  prouver  que  le  lichen  est  impuissant  à  guérir  la  tuber¬ 
culose.  Mais,  est-ce  à  dire  pour  cela  qu’il  y  soit  dénué  de  toute  utilité? 
Généralement  on  s’accorde  à  lui  reconnaître  dans  la  phthisie,  où  il  est  jour- 
uellement  prescrit  d’une  manière  un  peu  banale  peut-être,  comme  aussi 
bus  les  autres  affections  des  voies  respiratoires,  une  action  vraiment 
«antageuse,  quoique  non  curative,  qui  consiste  à  calmer,  à  titre  d’émol¬ 
lient,  d’adoucissant,  l’irritation  de  l’orifice  laryngien  et  à  diminuer  ainsi 
l'un  des  symptômes  les  plus  incommodes  dont  s’accompagnent  ces  affec¬ 
tions,  l’excitation  à  la  toux.  C’est  au  lichen  dépouillé  de  son  amertume 
que  l’on  a  recours  dans  ce  cas,  c’est-à-dire  au  principe  amylacé,  qui  agit 
par  ses  propriétés  mucilagineuses,  et  sans  doute  aussi  par  ses  qualités 
maleptiques,  lesquelles  ne  sauraient  être  indiiférentes  dans  des  maladies 
oulanulrition  est  constamment  en  souffrance. 

Cette  manière  d'employer  le  lichen  et  d’apprécier  .son  mode  d’action 
n’est  pas  toutefois,  il  faut  le  dire  ,  universellement  admise.  Déjà  Proust, 
qui  louait  fort  les  propriétés  nutritives  du  lichen,  regardait  comme  chimé- 
riijiies,  ou  du  moins  comme  problématiques,  ses  vertus  pectorales.  De  nos 
jours,  Bouchardat  déniant  à  la  substance  amylacée  de  cette  plante  aucune 
autre  propriété  que  d’être  assimilable  à  la  façon  de  tous  les  féculents, 
eonsidère  la  cétrarine  comme  le  seul  principe  actif  dans  une  maladie 
comme  la  phthisie,  où  les  accidents  qui  apparaissent  du  côté  de  l’appareil 
respiratoire,  étant,  selon  lui,  tout  à  fait  secondaires,  et  ayant  presque  tou¬ 
jours  pour  cause  essentielle  ou  un  défaut  dans  les  fonctions  digestives  ou 
une  insuffisance  dans  l’assimilation,  indiqueraient,  surtout  au  début, 
l’emploi  d’un  amer  franc,  sans  mélange  d’astringence  ni  d’activité  stimu¬ 
lante. 

Quoi  qu’il  en  soit,  le  lichen  peut  être  prescrit  de  la  même  manière 
qu’il  l’a  été  jusqu’à  ce  jour,  pour  ses  qualités  à'ia  fois  adoucissantes  et 


540 


LICHEN.  ■ —  !..  d’islande  :  bibliographie. 


nutritives,  non-seulement  dans  les  affections  des  organes  de  la  respira¬ 
tion,  mais  aussi  dans  le  cours  ou  la  convalescence  des  maladies  qui  en¬ 
traînent  l’amaigrissement  et  la  perte  des  forces,  telles  que  la  fièvre 
typhoïde,  l’entérite,  les  diarrhées  chroniques  chez  les  adultes  et  chez 
les  enfants,  la  dysenterie,  etc.  Ajoutons  enfin,  pour  être  complet,  qu’en 
vertu  de  son  principe  amer,  il  a  été  regardé,  non-seulement  comme 
stomachique,  mais  comme  anti  goutteux,  vermifuge,  et  même,  ce  qui 
n’a  plus  besoin  d’être  réfuté,  comme  fébrifuge  et  succédané  du  quin¬ 
quina. 

Modes  d’administration.  —  Le  lichen  s’administre  le  plus  habituellement 
sous  forme  de  tisane,  à  laquçlle  on  ajoute  souvent  une  certaine  quantité 
de  lait.  Cette  tisane  se  prépare  par  décoction,  en  général  avec  10  grammes 
pour  1000  grammes  d’eau;  mais  cette  quantité  peut  être  dépassée  sans 
aucun  inconvénient.  On  a  soin,  au  préalable,  de  dépouiller  le  lichen  de 
son  principe  amer  au  moyen  de  l’ébullition  ;  dans  le  cas  où  le  médecin 
jugerait  à  propos  de  conserver  ce  principe,  il  devrait  l’indiquer.  On  en 
fait  aussi  un  saccharure,  qui  peut  servir  à  préparer  des  tisanes  ou  des 
gelées  qu’on  additionne  ou  non  de  quinquina  ;  une  pâte,  des  tablettes,  un 
sirop,  un  chocolat. 

Lichen  pulmonaipe.  —  Parmi  les  autres  espèces  qui  appartiennent 
à  la  famille  des  lichénacées,  nous  devons  dire  un  mot  de  celle  qui  est  dési¬ 
gnée  sous  le  nom  de  lichen  pulmonaire,  de  pulmonaire  du  chêne,  lobaria 
pulmonaria.  On  l’emploie  comme  succédané  du  lichen  d’Islande  et  dans 
les  cas  analogues,  mais  à  doses  en  général  plus  considérables,  sous  forme 
d’infusion  ou  de  décoction.  Il  entre  dans  la  composition  du  sirop  de  mou 
de  veau.  En  Angleterre  on  en  fait  une  teinture,  et,  d’après  Mérat  et  De 
Lens,  il  sert  en  Sibérie  à  la  préparation  d’une  bière,  à  laquelle  on  at¬ 
tribue  de  l’efficacité  contre  l’ictère. 

Linné  Species  plantarum,  Malaria  medica  e  regno  vegetabili.  Stockholm,  1749. 

Eeisse  (H.-S.-E.),  Diss.  inaug.  med.  de  lichene  islandico,  1778. 

TBO.MMSDOBF,  Progc.  de  Lichene  i.-landico.  Erfurt,  1778. 

Ebeling,  Uiss.  de  qiiassia  et  Lichene  islandico.  Glascow.  1779. 

Cramer  (G.-C.-P.),  Diss.  inaug.  med.  de  Lichene  islandico.  Erlangen,  1780. 

Hoffmann  (G.-F.),  Dissertatio  de  vario  lichenum  usu.  Erlangen,  1786,  Lyon,  1787. 

Elsner  (Ch. -F.),  Progr.  duo  de  Lichene  islandico.  Kœnigsberg,  1791. 

Régnault,  Ohs.  on  pulmonary  consumption,  or  an  essay  on  the  lichen  islandicus.  Londres,  1802. 
Proust,  Mém.  sur  le  lichen  d’Islande  [Journ.  de  physique,  LXXIII).  —  Usages  alim.  du  lichen 
islandicus  (dim.  de  c/iimie,  LVII). 

Berzelius,  Rech.  sur  la  nature  du  lichen  islandicus  et  sur  son  emploi  comme  aliment  [Ann.  de 
chimie,  XC,  et  Bull,  de  pharm.,  VI). 

Acharius.  Lichenographia  universalis.  Gœtiingue,  1810. 

Bouchardat,  Des  préparations  dont  le  lichen  d’Islande  est  la  base  [Ann.  de  thérap.,  1843,  Ma¬ 
nuel  de  mat.  méd.,  t.  II). 

Knopp  et  ScHSEnERMANN,  Auu.  der  Chem,  u  Pharm.,  XXI. 

Berg  (Th.),  Zur  Kenntniss  des  in  der  ce'raria  islmdica  Ach.  vorkommenden  Licheniris  and  iod- 
blauenden  Stoffes.  Thèse  de  Dorpat,  187'2  (.Analyse  dans  le  Journ.  de  pharm.  et  de  cliim., 
¥  série,  t.  XVIll,  et  dans  l’Ann,  pharm.  de  Méhu,  1874). 

Consulter  aussi  Dictionnaire  de  chimie,  de  Wubtz. 


A.  Gaüchet. 


LICHEN.  —  DÉFIHlTIONi  —  CLASSIFICATION. 


541 


LICHEIV.  —  Définition.  —  Classification. —  Le  mot  lichen  est 
très-ancien  en  médecine;  ilaété  employé  par  les  médecins  de  l’antiquité 
pour  désigner  des  maladies  de  la  peau  assez  mal  déterminées,  mais  ayant 
pour  caractère  principal  de  rendre  la  peau  sèche  et  rugueuse,  de  manière 
àla  faire  ressembler  aux  lichens  qui  recouvrent  l’écorce  de  certains  arbres, 
les  afi'eclions  lichénoïdes  auraient  donc  été,  pour  les  anciens,  des  érup- 
tionsà  forme  sèche,  tandis  que  les  affections  impétigineuses  auraienteu  pour 
earaclère  principal  le  suintement  humide  et  l’ulcération.  Néanmoins  il  reste 
leaucoup  de  vague  sur  la  véritable  définition  du  lichen,  tel  que  l’enten- 
Jaient  les  premiers  médecins  et  même  les  auteurs  plus  modernes  des 
siècles  derniers  ;  et  il  faut  arriver  jusqu’à  Willan,  pour  trouver  le  mot  de 
lichea  apipliqué  à  une  affection  morbide  bien  déterminée.  Willan  et  Bate- 
manont  en  effet  appelé  lichen  une  maladie  caractérisée  par  une  éruption 
kpapules  rouges,  quelquefois  distinctes,  quelquefois  en  groupes,  accom- 
fipée  d’une  sensation  pénible  de  douleur  et  de  piqûre,  et  habituellement 
kminée  par  desquamation  ;  maladie  récidivante,  mais  non  contagieuse. 
Celte  définition  du  lichen,  donnée  par  Bateman,  est  à, peu  près  acceptée 
partout  le  monde  aujourd’hui,  et  on  a  l’habitude  de  considérer  le  lichen 
comme  une  maladie  cutanée,  constituée  par  une  éruption  de  petites  pa¬ 
pules,  agrainées  de  manière  à  se  confondre  et  à  former  plus  tard  une 
plaque  sèche  et  rugueuse.  Bazin  emploie  des  termes  presque  identi- 
qaes,  puisque  qu’il  admet  que  le  lichen  est  une  affection  cutanée,  carac¬ 
térisée  dans  sa  période  d’état  par  la  présence  de  papules  particulières, 
agglomérées  ou  discrètes,  envahissant  une  surface  plus  ou  moins  étendue, 
et  s’accompagnant  à  une  certaine  période  de  leur  existence  d’une  hyper- 
Iropliie  des  papilles,  avec  exagération  des  plis  naturels  de  la  peau.  Pour 
ma  part,  je  ne  saurais  accepter  sans  certaines  réserves  ces  définitions 
classiques,  qui  font  supposer  que  le  lichen  commence  toujours  par  une 
éruption  de  papules  :  ce  qui  caractérise  plus  spécialement  le  lichen 
Jans  sa  période  d’état,  c’est  un  état  d’épaississement  et  de  sécheresse  de 
lapeau  avec  exagération  des  plis  naturels;  et  si  cet  état  lichénoïde  par 
eicellence  survient  quelquefois  après  une  éruption  papuleuse,  il  est  ren¬ 
contré  au  moins  aussi  souvent  dans  des  affections  cutanées  présentant 
pour  lésion  initiale,  soit  des  vésicules  eczémateuses,  soit  des  pustules  d’im¬ 
pétigo,  soit  même  de  simples  fissures  épidermiques.  Aussi,  pour  rester 
fitlèle  aux  résultats  de  l’observation  clinique,  je  crois  devoir  définir  le 
lichen,  une  affection  cutanée,  caractérisée,  soit  par  une  éruption  de  pe¬ 
tites  papules  agminées  en  groupes,  soit  par  la  sécheresse,  la  rugosité, 
l'épaississement  et  l’exagération  des  plis  de  la  peau,  dans  une  étendue 
plus  ou  moins  considérable.  Ces  deux  aspects  différents  du  lichen,  repré¬ 
sentant  le  début  et  la  période  d’état  de  la  maladie,  me  semblent  nécessaires 
à  indiquer  dans  la  définition,  car  l’affection  peut  se  borner  à  une  éruption 
papuleuse,  sans  épaississement  de  la  peau,  et,  d’autre  part,  la  dureté, 
la  sécheresse  et  l’épaississemenji'  de  la  peau  peuvent,  comme  je  le  disais 
but  à  l’heure,  ne  pas  être  précédés  par  l'éruption  papuleuse. 

Dans  leur  classification  anatomo-pathologique,  ^à^Illan  et  Bateman  ont 


342  LICHEN.  —  définition.  —  classification. 

naturellement  placé  le  lichen  dans  l’ordre  des  affections  papuleuses  delà 
peau  ;  ils  ont  été  imités  par  les  auteurs  qui  ont  adopté  la  même  base  de 
classification  des  maladies  cutanées,  Biett,  Gibert,  Cazenaye,  Devergie.Le 
lichen  avait  été  placé  par  Alibert  dans  le  groupe  des  dermatoses  sca- 
bieuses,  et  n’avait  été  considéré  que  comme  une  espèce  du  genre  prurigo, 
espèce  désignée  sous  les  noms  de  prurigo  lichénoïde  ou  furfurant.  11 
n’est  pas  besoin  de  discuter  cette  place  donnée  au  lichen  dans  un  groupe 
aussi  peu  naturel  que  celui  des  affections  scabieuses,  ni  d’insister  sur  la 
différence  radicale  qui  existe  entre  le  prurigo  elle  lichen;  l’erreur  d’ Ali¬ 
bert  est  complète  sous  tous  les  rapports,  et  je  ne  signale  ici  la  place  noso¬ 
logique  donnée  par  cet  auteur  au  lichen  qu’au  point  de  vue  historique. 
Gintrac  (de  Bordeaux)  a  scindé  le  lichen  en  deux  variéiés;  il  a  placé  la 
première,  se  rapportant  au  lichen  aigu  et  au  strophulus  de  la  première 
enfance,  dans  la  classe  des  fièvres  éruptives  et  des  exanthèmes  aigus  ;  et 
il  a  fait  rentrer  le  lichen  chronique  dans  la  classe  des  herpélides,  à  côté 
de  l’urticaire  et  du  prurigo.  Pour  Bazin,  le  lichen  envisagé  comme  alfec- 
tion  générique,  indépendamment  de  sa  nature  et  de  ses  causes,  est  une 
affection  papuleuse,  voisine  du  strophulus  et  du  prurigo  ;  mais  considéré 
comme  affection  spéciale,  il  se  divise  et  se  subdivise  en  un  grand  nombre 
de  variétés,  suivant  sa  cause  réelle  ou  supposée  ;  c’est  ainsi  que,  pour 
Bazin,  il  existe  d’abord  deux  grandes  classes  de  lichens,  une  de  cause 
externe,  l’autre  de  cause  interne.  Le  lichen  de  cause  externe  est  artificiel 
ou  parasitaire  ;  quant  au  lichen  de  cause  interne,  il  est  toujours  sympto¬ 
matique  des  quatre  grandes  'maladies  constitutionnelles,  la  scrofule,  la 
dartre,  l’arthritis  et  la  syphilis.  Ce  n’est  pas  le  lieu  de  discuter  ces  divi¬ 
sions  du  lichen  admises  par  Bazin,  lesquelles  se  rapportent  à  sa  méthode 
de  classification  générale  des  maladies  de  la  peau;  je  crois  devoir  ce¬ 
pendant  faire  remarquer  que  le  véritable  lichen,  dit  de  cause  externe,  ne 
survient  pas  par  le  seul  fait  d’une  irritation  habituelle  ou  accidentelle 
de  la  peau  par  des  agents  nuisibles  ;  cette  irritation  ne  donne  lieu  à  une 
éruption  liclienoïde  que  parce  que  le  sujet,  sur  lequel  elle  se  développe, 
y  est  préparé  par  une  disposition  spéciale,  par  une  cause  interne  diatlié- 
sique.  Il  n’y  a  donc  pas  à  proprement  parler  de  lichen  de  cause  externe. 
Je  n’admets  pas  davantage  l’influence  seule  de  la  scrofule  et  de  l’aithri- 
tis;  d’un  autre  côté,  l’éruption  papuleuse  de  nature  syphilitique  présente 
un  aspect  et  une  marche  si  différents  du  lichen,  que  c’est  bien  à  tort 
qu’on  lui  donnerait  ce  nom,  et  qu’il  est  bien  préférable  de  la  désigner 
par  une  dénomination  .spéciale,  ce  qui  d’ailleurs  se  trouve  dans  l’usage 
et  dans  le  langage  habituel  de  tous  les  médecins. 

En  oppo.Ation  avec  ces  règles  de  classification,  et  en  m’appuyant  sur 
les  caractères  tirés  de  la  marche  habituelle,  du  siège  superficiel,  delà 
guérison  sans  cicatrices,  des  récidives  fréquentes,  de  la  transmission  hé¬ 
réditaire  du  lichen,  de  l’existence  et  de  l’intensité  des  démangeaisons  qui 
accompagnent  l’éruption,  je  ne  fais  pas  difficulté  de  reconnaître  dans  cette 
affection  une  cause  diathésique  spéciale,  et  de  la  ranger  au  nombre  des 
éruptions  dartreuses  ou  herpétiques.  Bien  plus,  en  faisant  remai'quer  que 


LICHEN.  -  SIÈGE  AKATOMIQDE.  -  SïMPTÔJIES.  543 

la  maladie  qui  présente  les  caractères  objectifs  du  lichen  se  développe  très- 
souvent  simultanément  avec  l’eczénda,  ou  que  ces  deux  affections  se  succè- 
ient  fréquemment  chez  le  même  sujet,  qu’une  éruption  eczémateuse  se 
termine  fréquemment  avec  tous  les  signes  du  lichen,  que  d’autre  part  une 
éruption  lichénoïde  et  papuleuse  au  début,  revêt  souvent  plus  tard  l’ap¬ 
parence  de  l’eczéma,  je  crois  légitime  l’opinion  soutenue  par  Ilébra,  par 
Anderson,  Erasmus  Wilson  et  par  moi,  opinion  qui  considère  le  lichen 
comme  n’étant  qu’une  forme,  qu’une  variété  de  l'eczéma.  J’ai  d’ailleurs 
déjà  développé  cette  doctrine,  que  je  ne  fais  que  rappeler  ici  (voir  Eczéma, 
tXIl,  p.  385). 

Siège  anatomique.  —  Le  siège  anatomique  du  lichen  n’est  pas  en¬ 
core  connu.  Cazenave  a  cherché  à  établir  que  le  lichen  était  produit  par 
rinflammation  des  papilles  nerveuses  de  la  peau,  et  que  les  papules  liche- 
joides  étaient  des  papilles  augmentées  de  volume  par  l  inflamination. 
Celte  opinion,  non  appuyée  d'ailleurs  sur  des  observations  d’anatomie 
pathologique,  ne  peut  être  complètement  adoptée;  tout  en  admettant  l'af- 
feetion  des  papilles,  il  faut  autre  chose  pour  expliquer  l’épaississement  et 
hsécheresse  de  la  peau,  et  il  est  probable  que  l’inflammation  siège  dans 
les  couches  les  plus  superficielles  du  derme,  et  que  la  lésion  consiste 
principalement  dans  une  augmentation  de  volume  et  de  nombre  des  cel¬ 
lules  épidermiques. 

Symptômes.  —  Le  lichen  se  présente  sous  des  formes  assez  variées 
qui  ont  servi  de  base  à  des  divisions  nosologiques  ;  c’est  ainsi  que  Willan 
,^Bateman  ont  admis  sept  espèces  de  lichen  :  1°  le  lichen  simple  ;  2°  le 
lichen  pilaire  ;  3“  le  lichen  circonscrit  ;  4°  le  lichen  agrius  ;  5“  le  lichen 
livide;  6“  le  lichen  tropical;  7“  le  lichen  urticant.  Je  ne  pense  pas  qu’on 
puisse  conserver  comme  appartenant  au  genre  lichen  les  deux  dernières 
espèces,  dont  la  sixième  est  un  érythème  causé  par  la  chaleur,  et  la  sep¬ 
tième  n’est  qu’une  variété  de  l’urticaire;  quant  aux  cinq  premières 
espèces,  elles  me  paraissent  véritablement  légitimes,  et  nous  les  retrouve¬ 
rons  dans  la  description  que  nous  allons  donner  du  lichen;  nous  y  ajoute¬ 
rons  le  lichen  invétéré,  et  le  lichen  hypertrophique.  . 

Licheti  simple.  —  Dans  la  forme  la  plus  simple  (lichen  simplex  de 
Bateman),  le  lichen  est  constitué  par  une  éruption  de  petites  papules, 
Anne  coloration  très-légèrement  rosée,  rapprochées  les  unes  des  autres 
de  manière  à  se  confondre,  tantôt  rassemblées  et  formant  des  plaques 
d’nne  petite  [dimension,  tantôt  disséminées,  plus  éloignées  les  unes  des 
autres  et  occupant  des  espaces  plus  étendus.  Les  papules  sont  quelque¬ 
fois  pâles,  et  la  coloration  de  la  peau  est  à  peine  changée;  l’éruption  est 
èrs  surtout  apparente  par  son  relief,  qui  donne  à  la  surface  cutanée  une 
apparence  chagrinée;  d’autres  fois  les  papules  sont  plus  foncées  et,  surtout 
dans  leurs  intervalles,  la  peau  présente  une  coloration  rosée  très-mani- 
leste;  dans  ces  cas,  il  existe  aussi  quelquefois  une  légère  tuméfaction, 
due  à  l’extension  de  l’inflammation  au  tissu  cellulaire  sous-cutané.  Au 
premier  moment,  les  papules  sont  entières  ,  leur  sommet  acumiué  est 
iutact  ;  mais  au  bout  de  quelques  jours,  soit  spontanément,  soit  plutôt 


544 


LICHEN.  —  SYMPTÔMES, 
par  l’effet  du  grattage,  le  sommet  de  ces  papules  est  excorié  et  il  se  re¬ 
couvre  d’une  petite  croûte  d’une  couleur  grise  ou  jaune;  ces  croûtes  peu¬ 
vent  même  se  réunir,  de  manière  à  former  une  concrétion,  assez  sèche, 
qui  recouvre  la  surface  primitivement  occupée  par  l’éruption  papuleuse. 
Ces  croûtes  peuvent  tomber  ou  être  enlevées  artificiellement,  et  se  renou¬ 
veler  un  certain  nombre  de  fois  ;  puis,  après  un  temps  très-variable, 
lespapules  s’affaissent,  elles  sont  remplacées  par  une  légère  desquama¬ 
tion,  qui  se  prolonge  plus  ou  moins  longtemps,  et  enfin  la  peau  reprend 
son  aspect  normal. 

Dans  une  forme  plus  grave  et  plus  longue,  qui  appartient  néanmoins 
toujours  au  lichen  simple,  la  maladie  commence  de  même  par  une  érup¬ 
tion  de  petites  papules  agminées ,  mais  il  existe  un  gonflement  sous- 
cutané  plus  considérable  ;  au  bout  d’un  certain  temps  les  papules  cessent 
d’être  apparentes,  et  à  leur  place  la  peau  reste  gonflée  et  épaissie,  sa  sur¬ 
face  est  inégale,  rugueuse,  on  y  voit  un  nombre  considérable  de  plis,  et 
dans  les  endroits  mobiles,  près  des  articulations,  particulièrement  aux 
environs  des  jointures  des  doigts,  il  existe  des  gerçures,  des  crevasses ,  qui 
pénètrent  souvent  jusqu’à  la  partie  profonde  du  derme.  Sur  cette  peau 
ainsi  altérée,  tantôt  rouge,  tantôt  d’une  coloration  normale,  il  existe 
ordinairement  une  desquamation  lamelleuse  qui  se  renouvelle  inces¬ 
samment. 

Dans  la  forme  légère,  ainsi  que  dans  la  forme  plus  grave  avec  épaissis¬ 
sement  et  sécheresse  de  la  peau,  on  rencontre  fréquemment,  mêlées  aux 
papules,  des  vésicules  eczémateuses  et  même  des  pustules  impétigineuses, 
dont  les  croûtes  plus  humides  et  plus  épaisses  se  joignent  aux  croûtes 
sèches  du  lichen. 

Avec  ces  caractères  objectifs  que  je  viens  d’indiquer,  il  existe  ordinai¬ 
rement  dans  les  endroits  malades  une  sensation  de  chaleur,  de  cuisson  et 
une  démangeaison  souvent  très-vive,  qui  augmente  par  moments,  et  qui 
acquiert  quelquefois  une  intensité  très  douloureuse  ;  dans  quelques  cas,  les 
parties  malades  sont  le  siège  de  picotements  et  de  douleurs  lancinantes. 
L’éruption  peut  être  précédée  ou  accompagnée  par  quelques  phénomènes 
généraux,  tels  qu’un  sentiment  de  courbature,  de  la  céphalalgie,  de  l’ano¬ 
rexie  et  un  léger  mouvement  fébrile  ;  ces  symptômes  concomitants  ne 
tardent  pas  d’ailleurs  à  se  dissiper,  et,  malgré  la  persistance  de  l’affection 
cutanée,  la  santé  générale  se  rétablit  complètement. 

Dans  la  forme  simple  à  marche  aiguë,  l’éruption  papuleuse  est  souvent 
disséminée  et  étendue  à  diverses  régions,  principalement  aux  parties 
externes  des  membres  et  à  la  face  ;  d’autres  fois  elle  est  plus  limitée,  et 
elle  se  montre  de  préférence  à  la  face,  au  cou,  aux  poignets,  aux  avant- 
bras,  aux  cuisses  et  aux  mollets.  Lorsque  le  lichen  simple  se  développe 
aux  membres,  il  apparaît  ordinairement  des  deux  côtés  d’une  manière  à 
peu  près  près  symétrique. 

La  durée  du  lichen  simple  est  très-variable  ;  la  maladie  peut  dispa¬ 
raître  au  bout  de  deux  ou  trois  septénaires  ;  quelquefois  elle  se  pro¬ 
longe  pendant  plusieurs  mois,  surtout  lorsque  la  peau  présente  les  alté- 


LICHEN. - SYMPTÔMES. 


545 


rations  d’épaississement  et  de  sécheresse  que  j’ai  indiquées.  Dans  le  cas  de 
marche  chronique,  il  est  ordinaire  d’observer  de  temps  en  temps  des  re¬ 
crudescences  aiguës,  caractérisées  par  des  éruptions  papuleuses  ou  vésicu- 
leuses  et  par  une  augmentation  du  gonflement  et  de  la  rougeur  de  la  par¬ 
tie  malade.  Souvent  aussi  l’éruption  s’étend  et  change  de  place,  soit  en 
envahissant  les  parties  voisines  de  la  région  affectée,  soit  en  se  dévelop¬ 
pant  sur  des  points  plus  éloignés. 

Lichen  pilaire.  —  Willaii  et  Bateman  ont  décrit,  sous  le  nom  de  lichen 
pilaris,  une  affection- cutanée  caractérisée  par  des  saillies  papuleuses, 
apparaissant  aux  sommets  des  follicules  pileux,  maladie  ayant  habituelle- 
mentflfie  marchre  chronique,  et  se  prolongeant  pendant  plusieurs  années. 
On  voit,  en  effets  quelquefois,  sur  divers  endroits  de  l’enveloppe  cuta¬ 
née,  des  plaques  rugueuses  formées  par  la  réunion  de  plusieurs  petites 
papules  traversées  par  un  poil  rudimentaire,  et  qui  semblent  véritable¬ 
ment  formées  par  l’byper.lrophie  de  la  papille  pileuse  ;  ces  plaques  ont 
l’aspect  de  la  chair  de  poule.  Comme  dans  le  lichen  simple,  cette  éruption 
est  accompagnée  de  démangeaisons  et  de  chaleur.  On  doit  la  distinguer 
de  l’ichthyose  pilaire'  qui  se  rencontre  principalement  aux  mains  et 
aux  pieds,  et  dans  laf^uelle  on  constate  une  sécheresse  particulière  de  la 
peau,  devenue«rugueûse  et  inégale  [cutis  anserina)  avec  coloration  rouge 
ou  brune.  Cette  difformité  de  la  peau  diffère  du  véritable  lichen,  par 
sa  persistance  indéfinie  et  par  sa  symétrie  absolue  des  deux  côtés  du 
corps. 

Uchen  agrius.  —  La  troisième  espèce  admise  par  Bateman,  le  lichen 
agrius,  est  caractérisée  par  l’intensité  des  phénomènes  inflammatoires  lo- 
rauxetparla  ténacité  de  l’affection;  c’est  une  forme  grave.  La  maladie  dé¬ 
bute  ordinairement  par  des  taches  rouges,  sur  lesquelles  se  développent  des 
papules  entremêlées  habituellement  de  vésicules  d’ec/éma  et  quelquefois  de 
pustules  d’impétigo  ;  ce  mélange  de  plusieurs  lésions  élémentaires  est  un 
descaractères  du  lichen  agrius  qu’on  peut  à  bon  droit  rattacher  à  l’eczéma. 
Ces  papules,  ces  vésicules  et  ces  pustules  s’excorient  promptement,  soit 
par  l’évolution  naturelle  de  la  maladie,  soit  par  le  grattage  auquel  donne 
lieu  une  sensation  très-vive  de  démangeaison  ;  et  il  se  produit  sur  les 
surfaces  malades  des  ulcérations,  un  suintement  séro-purulent  qui  se 
coucrèle  en  formant  une  croûte  grise  ou  brune,  ordinairement  assez  sèche 
et  peu  épaisse.  Autour  de  cette  surface  excoriée,  la  peau  est  rouge  et 
présente  quelques  papules  plus  récentes,  dont  la  présence  permet  d’établir 
le  diagnostic  de  la  maladie.  En  même  temps  que  se  développe  celte  érup¬ 
tion,  il  existe  sur  les  surfaces  malades  un  sentiment  très-prononcé  de 
chaleur,  de  cuisson,  et  surtout  de  démangeaison  ;  ce  prurit  très-violent, 
et  qui  revient  par  accès,  est  l’occasion  de  grattages  qui  augmentent  l’in¬ 
tensité  des  phénomènes  inflammatoires  locaux.  Au  début,  et  quelquefois 
de  temps  en  temps  dans  le.  cours  de  la  maladie,  il  y  a  de  la  fièvre  et 
quelques  symptômes  généraux  de  malaise  et  de  courbature;  dans  les  cas 
où  le  lichen  agrius  est  très-étendu,  il  y  a  souvent  de  l  inappétence,  quel¬ 
quefois  même  de  la  diarrhée,  le  sommeil  est  troublé  par  les  démangeai- 


546 


LICHEN.  -  SYMPTÔMES. 


sons,  et  il  résulte  de  cet  ensemble  morbide  de  la  faiblesse  liïusculaire  et 
de  l’amaigrissement. 

Le  lichen  agrius  se  manifeste  ordinairement  sous  forme  de  plaques  assez 
larges  qui  se  développent  simultanément  ou  successivement  sur  plusieurs 
parties  du  corps;  on  le  rencontre  principalement  à  la* face  antérieure  ou 
interne  des  cuisses,  sur  les  mollets,  sur  les  bras  ou  les  avant-bras,  sur  le 
dos  des  mains  et  sur  la  face.  Comme  dans  la  forme  simple  du  lichen,  les 
plaques  sont  ordinairement  symétriques.  La  maladie  est  quelquefois  géné¬ 
ralisée,  et  peut  recouvrir  la  plus  grande  partie  du  ctfrps. 

La  marche  de  l’éruption  dans  le  lichen  agrius  est  intéressante  à  éjùdier. 
Après  le  développement  des  papules,  des -vésicules  et  même  deV  pus¬ 
tules  initiales,  surviennent  l’excoriation  et  les  croûtes  ;  puis  au  bout  d’un 
certain  temps,  qui  varie  de  quelques  semaines  à  plusieurs  mois,  la  sécré¬ 
tion  diminue,  la  croûte  devient  plus  mince,  et  en  disparaissant  un  peu  plus 
tard,  laisse  voir  une  surface  rouge  luisante,  sur  Jaquelle  se  forment  faci¬ 
lement  des  gerçures  épidermiques  et  des  squames  plus  ou  moins  épaisses. 
C’est  à  ce  moment  aussi  qu’on  voit  se  développer  sur  les  parties  malades 
les  lésions  caractéristiques  du  lichen  ancien  ;  la  peau,  d’i^e  coloration 
rouge,  est  plus  épaisse,  elle  est  inégale,  rugueuse,  l^.èrement  squameuse, 
et  parsemée  de  plis  parallèles  ou  entrecromés,  qui  'resseffll>tent  assez  à 
ces  hachures  qui  existent  dans  certains  dessins  et  dans  certaines  gra¬ 
vures;  sur  le  visage,  ces  rides  nombreuses,  apparentes  surtout  au  front, 
aux  tempes  et  aux  joues,  donnent  aux  personnes  qui  ont  été  atteintes  de 
lichen  pendant  un  certain  temps  une  apparence  de  vieillesse  anticipée, 
qui  persiste  quelquefois  très-longtemps.  Avant  que -la  maladie  n’arrive  à 
cette  période  terminale,  il  survient  souvent,  sur  les  plaques  sèches  du 
lichen,  des  poussées  aiguës  vésiculeuses,  et  plus  souvent  pustuleuses,  qui 
ne  durent  que  peu  de  jours,  mais  qui  se  reproduisent  à  plusieurs  re¬ 
prises  jusqu’à  la  guérison  définitive.  Le  lichen  agrius  est  une  maladie 
longue,  qui  se  prolonge  souvent  pendant  plusieurs  mois,  et  même  pendant 
plusieurs  années,  avec  des  degrés  alternatifs  d’intensité.  Les  récidives  sont 
fréquentes  et  presf[ue  inévitables. 

Lichen  circonscrit.  —  Dans  le  lichen  circonscrit,  les  plaques  sont  d’une 
moindre  étendue,  elles  sont  mieux  limitées,  et  bien  plus  sèches  que  dans 
la  forme  précédente.  Cette  espèce  de  lichen  commence  par  une  éruption 
de  petites  papules  très-rapprochées,  qui  se  confondent,  et  ne  forment  plus 
tard  qu’une  surface  rugueuse,  inégale,  chagrinée  et  recouverte  de  squames. 
Dans  cette  forme,  il  y  a  rarement  une  sécrétion  abondante,  et  s’il  sur¬ 
vient  quelques  excoriations,  elles  ne  sont  recouvertes  que  par  des  croûtes 
minces,  sèches  et  grises,  qui  ne  tardent  pas  à  tomber  pour  faire  place  à 
des  écailles  épidermiques  assez  épaisses  ;  plus  tard  encore  les  squames 
sont  moins  marquées,  et  la  maladie  n’est  plus  constituée  que  par  des  pla¬ 
ques  où  la  peau,  sans  coloration  anormale,  est  sèche,  épaissie,  rugueuse 
et  parsemée  de  rides  entrecroisées.  Pendant  toute  la  durée  de  la  maladie, 
outre  l’éruption  papuleuse  et  ses  produits  squameux  ultérieurs,  il  peut 
Survenir  de  temps  en  temps,  sur  les  parties  affectées,  quelques  vésicules  ou 


547 


LICHEN.  -  SYMPTÔMES. 

quelques  pustules,  et  des  croûtes  consécutives  à  l’excoriation  de  ces  lé¬ 
sions.  Les  plaques  du  lichen  circonscrit  sont  ordinairement  arrondies, 

-  bien  délimitées,  leur  centre  est  souvent  moins  altéré  que  la  circonférence 
et  il  en  résulte  une  ressemblance  assez  grande  avec  les  plaques  du  pso- 
ri^is  et  les  cercles  de  l’herpès  circiné. 

Dans  le  lichen  circonscrit,  il  existe  ordinairement  vers  les  parties  ma¬ 
lades  de  la  cuisson,  de  la  chaleur  et  des  démangeaisons  ;  souvent  les  sen¬ 
sations  morbides  sont  plutôt  des  picotements  ou  des  élancements  ;  ces 
symptômes,  qui  se  manifestent  surtout  le  soir  et  pendant  la  nuit,  s’exaspè¬ 
rent  quelquefois  au  moment  des  changements  de  temps. 

Le  lichen  circonscrit  se  développe  principalement  sur  les  membres,  sur 
la  face  externe  des  poignets  et  des  avant-bras,  sur  les  jambes,  sur  la  face 
externe  des  cuisses,  sur  les  fesses,  sur  les  reins.  Il  est  rare  au  tronc  et  à 
la  face.  C’est  une  maladie  longue,  très-rebelle  ;  et  vers  sa  terminaison,  la 
peau  prend  quelquefois  une  teinte  brune  qui  peut  même  persister  pen¬ 
dant  plusieurs  mois  après  la  disparition  de  tout  autre  signe  d’affection 
cutanée.  Cette  coloration  brune  est  surtout  rencontrée  aux  membres  infé¬ 
rieurs. 

Lichen  lividus.  —  Willan  et  Bateman  ont  décrit,  sous  le  nom  de  lichen 
lividus,  une  éruption  papuleuse  caractérisée  par  la  coloration  brune  ou 
violette  des  papules  et  de  la  peau  qui  les  supporte.  Cette  affection  rare, 
qui  se  voit  principalement  aux  extrémités  intérieures,  et  qui  se  prolonge 
pendant  plusieurs  mois,  paraît  appartenir  à  la  fois  au  lichen  et.au  pur¬ 
pura.  J’ai  eu  occasion  d’observer  quelques  cas  d’une  éruption  à  coloration 
violacée,  principalement  caractérisée  par  des  taches  squameuses,  un  peu 
saillantes,  d’une  petite  étendue,  et  qui  ressemblaient  assez  à  des  plaques 
de  psoriasis,  mais  qui  en  différaient  par  une  coloration  violacée  très- 
marquée.  Cette  maladie,  que  je  n’ai  rencontrée  qu’aux  membres  inférieurs, 
atoujours  été  très-rebelle;  je  n'ai  pas  constaté  un  seul  cas  de  guérison  com¬ 
plète.  Dans  mes  leçons  cliniques,  j’ai  indiqué  ces  exemples,  dans  lesquels 
la  lésion  me  paraît  plutôt  squameuse  que  papuleuse,  comme  appartenant 
à  une  variété  de  psoriasis,  à  laquelle  j’ai  proposé  de  donner  le  nom  de 
livide;  je  ne  doute  pas  que  ces  cas  ne  rentrent  dans  la  maladie  dont  Willan 
etBaternan  donnent  la  description  sous  le  nom  de  lichen  lividus. 

Lichen  invéléré.  —  Outre  les  variétés  admises  par  Willan  et  Bateman, 
je  pense  qu’on  doit  encore  indiquer  deux  formes  graves  de  cette  maladie  : 
le  lichen  invétéré  et  le  lichen  hypertrophique.  Dans  la  première,  qui  ne 
s’établit  ordinairement  qu’après  plusieurs  atla(|ues  de  lichen  simple  ou 
àgrius,  la  peau  présente  dans  une  grande  étendue  une  coloration  un  peu 
grise,  un  épaississement  et  une  sécheresse  très-prononcée  ;  ses  plis  sont 
exagérés,  il  existe  habituellement  une  desquamation  très-marquée  et  de 
temps  en  temps  on  voit  survenir  sur  cette  peau,  ainsi  altérée,  des  pustules 
ressemblant  soit  aux  petites  pustules  de  l’impétigo,  soit  aux  pustules  plus 
larges  de  l’ecthyrna. 

Le  lichen  invétéré  occupe  habituellement  de  larges  surfaces,  il  s’étend 
quelquefois  à  la  presque  totalité  du  corps.  Il  s’accompagne  de  déman- 


548  LlGHE?i|.  —  marche. 

geaisons  vives,  qui  sont  quelquefois  la  cause  d’excoriations  linéaires  pro¬ 
duites  par  les  ongles. 

Celte  forme  de  lichen,  comme  son  nom  l’indique,  est  longue,  rebelle; 
elle  se  prolonge  pendant  des  années  ;  quelquefois  même  elle  persiste  indé¬ 
finiment,  avec  des  alternatives  d’intensité  et  avec  des  poussées  aiguës-re- 
venant  de  temps  en  temps. 

Lichen  hyperlrophiqne.  —  J’ai  proposé  de  donner  ce  nom,  ou  celui  d’ec- 
zéma  hypertrophique,  à  une  maladie  grave  de  la  peau  caractérisée  princi¬ 
palement  par  des  fongosités  ;  cette  affection  confondue  par  les  auteurs 
avec  les  ulcérations  scrofuleuses,  syphilitiques  ou  cancéreuses,  a  été  dé¬ 
crite  par  Bazin  sous  le  nom  de  mycosis  fongoide  et  rattachée  par  lui  à  une 
diathèse  spéciale.  L’association  fréquente  de  cette  maladie  avec  l’eczéma, 
la  disparition  possible  des  fongosités  sans  cicatrices  et  sans  taches  macu- 
leuses,  m’ont  engagé  à  la  considérer  comme  une  forme  de  l’eczéma  dont 
elle  constituerait  la  manifestation  la  plus  grave. 

Le  lichen  hypertrophique  est  caractérisé  par  des  végétations  fongueuses, 
plus  ou  moins  saillantes,  souvent  ulcérées,  qui  donnent  lieu  à  un  suinte¬ 
ment  séro-[)urulent  assez  fétide  et  à  des  croûtes.  Au-dessous  de  ces  végé¬ 
tations  la  peau  est  épaissie,  indurée,  et  le  tissu  cellulaire  sous-jacent  par¬ 
ticipant  à  ce  gonflement,  il  en  résulte  une  augmentation  considérable  de 
volume  et  une  déformation  de  la  région.  Conjointement  avec  les  végéta¬ 
tions,  il  existe  quelquefois  des  tubercules  arrondis  ou  aplatis  ;  et  on  peut 
Voir  encore  dans  les  mêmes  régions  une  multitude  de  sadlies  fines,  allon¬ 
gées,  semblables  aux  barbes  d’un  épi  de  blé,  lesquelles  saillies  semblent 
formées  par  l’hypertrophie  et  l’allongement  extrême  des  papilles  de  la 
peau.  Les  malades  éprouvent  ordinairement  un  sentiment  très-vif  de 
chaleur,  de  cuisson  et  de  démangeaison.  Souvent  même  la  santé  géné¬ 
rale  est  altérée,  il  n’y  à  pas  d'appétit,  les  digestions  sont  pénibles;  il  y  a 
de  la  fièvre  ;  les  malades  tombent  dans  l’affaiblissement  et  dans  le  ma¬ 
rasme  ;  une  terminaison  funeste  survient  alors  assez  rapidement. 

Cette  forme  grave  de  lichen,  qu’on  a  confondue  souvent  avec  la  lèpre 
tuberculeuse  ou  avec  le  cancer,  est  d’une  ténacité  désespérante  ;  les  vé¬ 
gétations  peuvent  disparaître  cependant  et  même  sans  laisser  de  cica¬ 
trice  ni  aucune  autre  trace  qu’une  légère  coloration  brune  ;  mais  le  plus 
ordinairement  elles  se  reproduisent  soit  dans  le  même  point,  soit  ailleurs, 
et  elles  finissent  par  s’établir  définitivement.  Le  lichen  hypertrophique 
peut  survenir  dans  toutes  les  régions,  mais  il  se  développe  de  préférence 
aux  membres  inférieurs  et  principalement  aux  pieds. 

Marche. —  La  marche  du  lichen  est  semblable  à  celle  des  autres  affec¬ 
tions  dartreuses  :  l’éruption  a  de  la  tendance  à  s’étendre  soit  par  l’augmenta¬ 
tion  de  dimension  des  plaques  papuleuses  primitives,  soit  parle  dévelop¬ 
pement  de  nouvelles  éruptions  en  diverses  régions.  Dans  le  lichen  simple, 
dans  le  lichen  agrius  et  dans  le  lichen  invétéré,  l’affection  peut  occuper 
la  presque  totalité  du  corps,  en  paraissant  toujours  cependant  avoir  une 
préférence  pour  les  membres  et  pour  la  face. 

Théoriquement  on  peut  admettre  dans  le  lichen  trois  périodes,  la  pre- 


LICHEN.  —  DIAGNOSTIC.  549 

mière  constituée  par  le  développement  des  papules,  la  seconde  par  l’exco¬ 
riation  et  le  suintement  de  ces  papules  et  par  la  formation  d'une  croûte,  la 
troisième  caractérisée  par  la  sécheresse  de  la  peau  devenue  rugueuse  et 
plissée.  Mais  dans  la  pratique  il  est  difficile  de  retrouver  ces  trois  pério¬ 
des,  la  première  étant  souvent  constituée  par  des  vésicules  ou  des  pustules 
ou  même  des  écailles  épidermiques,  la  seconde  manquant  quelquefois,  et 
l’affection  lichénoïde  n’étant  véritablement  caractérisée  que  par  les  lésions 
cutanées  de  la  troisième  période.  J’ajouterai  que  dans  le  lichen  simple  et 
dans  quelques  cas  peu  graves  de  lichen  agrius,  la  troisième  période  n’est 
quelquefois  constituée  que  par  une  légère  desquamation  épidermique. 

La  maladie  peut  être  aiguë  et  n’avoir  qu’une  courte  durée,  en  disparais¬ 
sant  au  bout  de  trois  ou  quatre  semaines  ;  ce  qui  se  rencontre  quelquefois 
dans  le  lichen  simple,  bien  plus  rarement  dans  le  lichen  agrius  ;  dans  la  der¬ 
nière  période,  la  maladie  n’est  plus  constituée  que  par  une  desquamation 
pityriasique  très-superficielle  et  très-fine.  Beaucoup  plus  souvent  lelichen 
a  une  marche  chronique  :  le  lichen  pilaire,  le  lichen  agrius,  le  lichen  invé¬ 
téré  se  prolongent  fréquemment  pendant  plusieurs  années  ;  dans  le  lichen 
livide,  la  guérison  est  encore  plus  longue  à  obtenir.  Lorsque  l’éruption  a 
disparu,  il  ne  reste  à  l’endroit  où  elle  a  été  observée,  aucune  tache,  aucune 
cicatrice  ;  quelquefois  seulement,  dans  le  lichen  agrius  et  dans  le  lichen 
invétéré,  on  voit  pendant  quelques  mois  à  la  place  occupée  par  la  maladie 
une  tache  maculeuse  brune  ou  grise.  Il  ne  faut  pas  confondre  ces  taches 
avec  celles  qui  apparaissent  chez  les  sujets  qui  ont  pris  pendant  plusieurs 
mois  des  préparations  arsénicales.  Cés  dernières  sont  d’une  coloration 
grise,  les  premières  sont  plutôt  brunes  et  n’existent  guère  d’ailleurs  qu’aux 
extrémités  inférieures. 

Comme  toutes  les  affections  dartreuses,  le  lichen  dans  ses  différentes 
formes  est  sujet  à  des  récidives,  séparées  les  unes  des  autres  par  des  in¬ 
tervalles  de  plusieurs  mois  ou  même  de  plusieurs  années.  Dans  le  lichen 
agrius,  surtout  chez  les  jeunes  sujets,  les  récidives  sont  fréquentes  et  rap¬ 
prochées  ;  on  voit  souvent  l’éruption  reparaître  tous  les  ans  à  l’époque  du 
printemps  ou  au  commencement  de  l’hiver.  Chez  les  jeunes  sujets,  au 
moment  de  la  puberté,  la  maladie  devient  souvent  moins  grave  et  quel¬ 
quefois  même  elle  se  termine  par  la  guérison.  Dans  quelques  cas,  la  ma¬ 
ladie  cutanée  alterne  avec  une  autre  affection  et  particulièrement  avec 
des  gastralgies,  des  bronchites  ou  des  névralgies. 

Diagnostic.  —  Le  diagnostic  du  lichen  est  facile  au  début  ou  à  la  fin 
de  la  maladif,  soit  lorsque  l’on  peut  reconnaître  les  papules  initiales,  soit, 
au  contraire,  lorsque  la  maladie,  arrivée  à  la  troisième  période,  est  carac¬ 
térisée  par  l’épaisissement,  par  la  rudesse  de  la  peau  et  par  l’exagération 
de  ses  plis.  Mais  lorsque  les  papules  ont  fait  place  à  l’excoriation,  et  lors¬ 
que  l’épaisissement  et  la  rudesse  de  la  peau  ne  sont  pas  encore  très-mar¬ 
qués,  il  peut  être  difficile  de  reconnaître  le  lichen,  qui  offre  souvent,  dans 
ses  différentes  formes,  des  ressemblances  assez  grandes  avec  quelques  au¬ 
tres  maladies  cutanées,  et  particulièrement  avec  le  strophulus,  l’érythème, 
l’urticaire,  le  prurigo,  l’eczéma,  le  psoriasis,  l’herpès  circiné,  la  gale  et 


550 


LICHEN.  —  DIAGNOSTIC, 
les  éruptions  papuleuses  syphilitiques.  Jetais  indiquer  rapidement  les  ca¬ 
ractères  distinctifs  qui  séparent  du  lichen  ces  diverses  affections. 

Le  strophulus,  constitué  par  une  éruption  papuleuse,  a  une  telle  analogie 
d'aspect  avec  le  lichen  que  quelques  auteurs,  parmi  lesquels  je  citerai 
particulièrement  Cazenave,  l’ont  considéré  comme  une  espèce  particulière 
de  lichen  ;  je  ne  puis  partager  une  telle  manière  de  voir,  la  marche  du 
strophulus,  ses  conditions  étiologiques  accusant  une  nature  toute  spéciale. 
Le  diagnostic  différentiel  entre  ces  deux  affections  est  d’ailleurs  assez 
facile  :  les  papules  du  strophulus  sont  plus  grosses  que  celles  du  lichen, 
elles  sont  plus  disséminées  et,  même  lorsqu’elles  sont  rapprochées  de 
manière  à  constituer  des  groupes,  elles  ne  se  confondent  pas  et  elles 
restent  toujours  distinctes  les  unes  des  autres  ;  l’éruption  papuleuse  est 
souvent  compliquée  d’une  rougeur  érythémateuse  {strophulus  intertinctus), 
les  papules  s’excorient  rarement.  La  maladie,  d’ailleurs,  est  habituellement 
aiguë,  éphémère  même  ;  elle  survient  presque  exclusivement  chez  des  en¬ 
fants  et  au  moment  du  travail  de  la  dentition. 

Il  n’est  pas  besoin  de  s’appesantir  longtemps  sur  le  diagnostic  différen¬ 
tiel  du  lichen  et  deïerythème  populeux,  mieux  désigné  sous  le  nom  ÿ éry¬ 
thème  polymorphe  ;  la  rougeur  vive  des  plaques,  leur  forme  régulièrement 
arrondie,  leur  étendue,  leur  saillie  assez  considérable,  le  siège  spécial  et 
régulier  de  l’éruption  apparaissant  spécialement  aux  poignets,  au  cou, 
au  front,  aux  genoux  ou  aux  cous-de-pieds,  la  marche  aiguë  de  la  maladie, 
caractérisent  trop  bien  l’éruption  érythémateuse  pour  qu’on  puisse  la 
confondre  avec  le  lichen. 

Vurticaire  se  distingue  du  lichen  par  la  saillie  et  la  largeur  plus  consi¬ 
dérable  de  la  lésion  éruptive  et  surtout  parla  disparitionet  la  réapparition 
successives  de  l’éruption.  Rien  ne  justifie  la  confusion  commise  par  Willan 
en  créant  le  lichen  urticatus  qui  n’est  qu’une  variété  d’urticaire. 

Le  prurigo  est  comme  le  lichen  une  affection  papuleuse,  et  le  prurit 
intense  est  un  symptôme  commun  à  ces  deux  maladies  ;  mais  dans  l'affec¬ 
tion  prurigineuse,  les  papules  sont  disséminées  au  lieu  d’être  réunies  de 
manière  à  former  des  plaques;  elles  sont  recouvertes  d’une  croûte  noire 
caractéristique,  et  il  n’y  a  ni  rudesse,  ni  épaisissement  de  la  peau. 

Il  est  souvent  très-difficile  de  distinguer  Y  eczéma  du  lichen  et  je  com¬ 
prends  très-facilement  cette  difficulté,  puisque  pour  moi  le  lichen  n’est 
qu’une  espèce  de  l’eczéma,  opinion  fondée  sur  le  mélange  habituel  des 
vésicules,  des  pustules  et  des  papules,  sur  la  succession  fréquente  des  lé¬ 
sions  cutanées  caractéristiques  de  l’eczéma  et  du  lichen;  néanmoins  on 
pourra  dans  certains  cas  reconnaître  la  variété  lichénoïde  à  la  présence  ma¬ 
nifeste  de  quelques  papules  initiales,  à  la  sécheresse  de  la  surface  éruptive, 
à  la  coloration  grise  et  au  peu  d'épaisseur  de  la  croûte,  et  surtout  à  la  sé¬ 
cheresse  et  à  l'épaississement  de  la  peau  sillonnée  de  rides  plus  ou  moins 
profondes.  Dans  le  lichen  invétéré,  la  sécheresse  des  surfaces  éruptives, 
l’épaississement  de  la  peau  et  la  présence  des  plis  parallèles  ou  entre¬ 
croisés  distinguent  suffisamment  l’éruption  lichéno'ide  de  l’eczéma.  .Mais 
le  diagnostic  est  surtout  difficile  dans  le  lichen  agrius,  espèce  dans  laquelle 


LICHEN.  —  DIAGNOSTIC.  551 

la  maladie  est  constituée  par  l’éruption  simultanée  de  papules,  de  vési¬ 
cules  et  de  pustules,  c’est-à-dire  par  le  mélange  des  affections  classiques 
désignées  sous  les  noms  de  lichen,  d’eczéma  et  d’impétigo,  mélange  telle¬ 
ment  intime  qu’il  est  difficile  de  dire  quelle  est  de  ces  éruptions  celle 
qu’on  doit  regarder  comme  dominante  ;  mais  cette  recherche  est  vaine  et 
inutile  dans  la  pratique,  puisque  le  caractère  définitif  du  lichen  agrius 
consiste  justement  dans  l’éruption  simultanée  des  lésions  élémentaires  du 
lichen,  de  l’eczéma  et  de  l’impétigo. 

Dans  quelques  cas  de  lichen  ancien,  et  principalement  dans  les  formes 
désignées  sous  le  nom  classique  de  lichen  circonscrit,  il  existe  souvent  des 
plaques  squameuses  qui  peuvent  simuler  les  taches  saillantes  du  psoriasis-, 
l’erreur  est  surtout  possible  lorsque  le  psoriasis  est  à  son  déclin  et  lorsque  les 
squames  déjà  détachées  laissent  à  découvert  la  surface  rouge  et  souvent  un 
peu  rude  qu’elles  recouvraient.  Mais  pour  établir  le  diagnostic,  on  devra 
se  rappeler  que  les  squames  du  psoriasis  sont  plus  sèches,  plus  adhéren¬ 
tes,  plus  blanches,  plus  luisantes,  qu’elles  reposent  sur  des  surfaces  plus 
rouges  et  qui  n’ont  jamais  suinté,  dernière  circonstance  très-importante. 
D’ailleurs  dans  le  psoriasis,  maladie  bien  plus  diffuse  et  bien  plus  généra¬ 
lisée  que  le  lichen,  il  est  rare  qu’on  ne  trouve  pas  sur  une  région  quel¬ 
conque  du  corps,  et  particulièrement  dans  les  environs  des  genoux  et  des 
coudes,  quelques  plaques  bien  authentiques  de  psoriasis.  La  présence  ou 
l’absence  de  ces  plaques  aidera  donc  beaucoup  au  diagnostic. 

Vherpès  circiné,  caractérisé  par  une  plaque  sèche  et  squameuse,  offre 
quelque  ressemblance  avec  le  lichen  simple  ou  avec  le  lichen  circonscrit; 
mais  dans  l'herpès  le  cercle  qui  borne  la  circonférence  de  la  plaque  éruptive 
est  plus  saillant  et  mieux  marqué,  le  centre  de  cette  plaque  est  plus  com¬ 
plètement  sain  ;  la  peau  est  moins  épaisse,  moins  plissée  ;  et  surtout  l’ex¬ 
tension  centrifuge  est  plus  rapide  et  bien  plus  bien  apparente  dans  l’herpès 
que  dans  le  lichen. 

.  Je  ne  pense  pas  qu’on  doive  établir  un  diagnostic  différentiel  entre  la 
ja/e  et  le  lichen  ;  ces  deux  affections  ne  sont  nullement  exclusives  l'une  de 
l'autre,  elles  peuvent  parfaitement  se  développer  d’une  manière  co'inci- 
àente  ;  en  cas  de  lichen  des  mains  et  des  membres  associés  à  quelques  pa¬ 
pules  de  prurigo,  alors  que  l’éruption  ressemble  par  son  siège  ou  par  sa 
physionomie  aux  affections  cutanées  concomitantes  de  la  gale,  on  doit 
seulement  rechercher  avec  soin,  aux  mains  ou  ailleurs,  la  présence  desil- 
lons  et  même  d’acares  dont  la  présence  permettrait  d’affirmer  l’existence 
de  la  gale. 

Jamais  la  syphilis  ne  donne  lieu  à  une  éruption  ressemblant  au  vrai 
lichen,  et  il  est  très-fâcheux  que,  dans  ces  derniers  temps,  on  ait  donné  le 
nom  de  lichen  syphilitique  à  l’éruption  décrite  par  Biett  et  ses  élèves  sous 
le  nom  de  syphilide  papuleuse.  Il  suffit  de  dire  en  quelques  mots  que  cette 
dernière  affection  cutanée  est  constituée  par  des  saillies  plates,  de  la  forme 
et  de  la  dimension  d'une  lentille  et  quelquefois  même  d'une  plus  grande 
étendue,  que  ces  saillies  sont  isolées  les  unes  des  autres,  au  lieu  d’étre 
acuminées,  petites  et  agminées  comme  dans  le  lichen,  pour  qu’on  saisisse 


552 


LICHEN.  —  PROMOSTIC.  —  ÉTIOLOGIE. 


immédiatement  la  différence  profonde  qui  existe  entre  le  lichen  etlasy- 
philide  papuleuse.  Ces  caractères  objectifs  si  dissemblables  suffisent  seuls 
pour  faire  établir  le  diagnostic  différentiel,  sans  quïl  soit  besoin  de  recou¬ 
rir  à  l’absence  de  démangeaison  qui  caractérise  les  syphilides  ni  aux  au¬ 
tres  phénomènes  antérieurs  ou  concomitants  de  l’infection  syphilitique. 

Pronostic.  —  Le  lichen  est  une  maladie  pénible  à  cause  des  déman¬ 
geaisons  souvent  très-vives  qui  l’accompagnent  et  à  cause  des  altérations 
de  la  peau  qui  peuvent  exister  dans  des  parties  découvertes  et  apparentes. 
Son  pronostic,  d’ailleurs,  est  en  rapport  avec  sa  forme  et  avec  sa  marche  :  le 
lichen  simple  à  marche  aiguë  est  une  affection  peu  grave  et  qui  disparaît 
souvent  en  quelques  semaines  ;  mais  le  lichen  circonscrit  est  bien  plus  te¬ 
nace  et  plus  incommode  ;  ses  démangeaisons  sont  quelquefois  insuppor¬ 
tables  et  peuvent  amener  de  l’insomnie  et  des  troubles  de  la  nutrition. 
Le  lichen  agrius,  par  son  étendue,  par  sa  durée,  par  l’intensité  de  ses 
lésions,  par  l’acuité  de  ses  démangeaisons,  par  ses  récidives  inévitables, 
constitue  une  affection  plus  grave  encore,  qui  entrave  souvent  les  occupa¬ 
tions  professionnelles  par  la  nécessité  où  se  trouvent  les  malades  de  garder 
la  chambre  et  le  repos.  Après  plusieurs  récidives  de  lichen,  la  maladie 
prend  souvent  droit  de  domicile  chez  certains  individus  et  elle  per¬ 
siste  indéfiniment  avec  des  alternatives  d’intensité.  Dans  cetle  forme,  que 
j’ai  proposé  de  désigner  sous  le  nom  de  lichen  invétéré,  la  guérison  rie 
s’obtient  qu’après  des  années  et  le  plus  ordinairement  elle  n’est  jamais 
complète;  il  reste  toujours  dans  certaines  régions  de  l’épaississement,  de 
la  rudesse  de  la  peau,  ainsi  que  des  squames;  des  gerçures  surviennent 
facilement,  principalement  aux  mains,  les  démangeaisons  sont  perma¬ 
nentes  et  les  récidives  sont  toujours  imminentes. 

Le  siège  du  lichen  est  encore  à  considérer  sous  le  rapport  du  pronostic: 
le  lichen  du  visage,  le  lichen  des  mains,  en  gênant  les  rapports  sociaux,  en 
entravant  le  travail  manuel,  est  plus  fâcheux  que  le  lichen  des  membres  ou 
du  tronc  caché  par  les  vêtements  ;  le  lichen  des  membres  inférieurs  et  sur¬ 
tout  le  lichen  agrius  avec  ses  phénomènes  inflammatoires,  en  mettant 
obstacle  à  la  marche,  est  plus  pénible  et  plus  à  redouter  que  le  lichen  des 
membres  supérieurs  ou  du  tronc. 

Gomme  pour  l’eczéma,  je  dirai  que  le  lichen  qui  survient  chez  les  in¬ 
dividus  atteints  d’icthyose  est  très-rebelle  et  quelquefois  même  incu¬ 
rable. 

Étiologie.  —  Les  causes  qui  favorisent  le  développement  du  lichen 
senties  mêmes  que  celles  que  j’ai  déjà  indiquées  à  l’article  eczéma  {voÿ. 
ECZÉMA,  t.  XII,  p.  404),  je  ne  ferai  que  les  mentionner  rapidement  pour 
compléter  l’histoire  du  lichen,  en  renvoyant  pour  les  détails  à  la  descrip¬ 
tion  de  l’eczéma.  Parmi  les  causes  prédisposantes,  je  signalerai  surtout, 
comme  pour  toutes  les  maladies  dialhésiques,  l’influence  héréditaire;  il  est 
rare  que,  dans  la  famille  d’une  personne  atteinte  de  lichen,  on  ne  trouve 
pas  quelque  parent  rapproché  ayant  été  atteint  d’une  forme  quelconque 
d’eczéma.  J’indiquerai  ensuite  comme  cause  favorable  au  développement 
de  la  maladie  le  changement  des  saisons  et  principalement  le  commence- 


LICHEN.  —  ÉTIOLOGIE.  'b55 

ment  de  l’hiver  :  au  moment  où  les  premiers  froids  se  font  sentir,  quel¬ 
ques  individus  sont  atteints  tous  les  ans  d’une  éruption  lichénoïde  sié¬ 
geant  principalement  aux  membres  inférieurs  et  plus  particulièrement  aux 
cuisses,  éruption  qui  se  rapporte  au  lichen  simple  et  qui  s’accompagne 
de  démangeaisons  très-désagréables.  Cette  affection  dure  habituellement 
pdant  tout  l’hiver.  Quelquefois  c’est  au  printemps  que  la  maladie  se 
manifeste  et  elle  peut  revenir  ainsi  chaque  année.  Wilhm  a  signalé  sous  le 
Bom  de  lichen,  tropicus,  une  forme  de  lichen  qui  se  développe  dans  les 
pays  chauds  et  même  dans  les  régions  tempérées  sous  l’influence  des 
grandes  chaleurs  de  l'été  ;  j’ai  eu  occasion  de  constater  fréquemment  dans 
les  mois  de  juillet  et  d’août  des  éruptions  assez  étendues  et  souvent  géné¬ 
ralisées  constituées  par  des  plaques  exanthématiques  compliquées  de  quel¬ 
ques  saillies  papuleuses  ;  mais  cette  affection  m’a  paru  appartenir  bien 
plutôt  à  l’érythème  qu’au  lichen  ;  je  pense  qu’il  en  est  de  même  de  la 
forme  tropicale  indiquée  parWillan,  et  dont  il  ne  décrit  pas  d’ailleurs  les 
caractères  particuliers. 

On  a  dit  que  le  tempérament  nerveux  disposait  au  lichen  :  l’observation 
clinique  démontre  que  cette  maladie  se  rencontre  avec  tous  les  tempéra¬ 
ments  et  avec  toutes  les  formes  de  constitution  :  ce  qui  paraît  certain,  c’est 
que  les  démangeaisons  qui  accompagnent  le  lichen  sont  plus  vives,  plus 
tenaces,  plus  insupportables  chez  les  gens  nerveux  et  que  chez  eux  ce 
symptôme  survit  même  quelquefois  à  l’éruption  disparue. 

Je  n’ai  rien  à  dire  de  spécial  à  l’âge  ;  le  lichen  est  assez  commun  chez 
les  enfants,  particulièrement  à  l’époque  de  la  dentition;  mais  il  se  déve¬ 
loppe  à  toutes  les  époques  de  la  vie,  et  chez  les  vieillards  cette  affection, 
comme  toutes  les  éruptions  herpétiques,  est  plus  grave  et  plus  durable. 

Souvent  ces  causes  prédisposantes  que  je  viens  de  signaler  suffisent 
seules  pour  amener  le  développement  du  lichen  ;  quelquefois  cependant, 
outre  la  prédisposition,  on  peut  invoquer  une  circonstance  qui  paraît 
avoir  déterminé  la  maladie.  Parmi  ces  causes  accidentelles,  je  signale¬ 
rai  principalement  le  contact  de  substances  irritantes  sur  la  peau,  tel  que 
celui  qui  résulte  de  l’application  d’un  emplâtre,  d’une  pommade,  de  fric¬ 
tions  médicamentèuses,  de  l’exposition  habituelle  ou  accidentelle  de  cer¬ 
taines  parties  du  corps  et  principalement  des  mains  à  l’action  de  sub¬ 
stances  chimiques  ou  d’objets  sales  ou  couverts  de  poussière.  C’est  là  le  li¬ 
chen  professionnel  qu’on  observe  surtout  chez  les  teinturiers,  chez  les 
confiseurs,  chez  les  garçons  de  café,  chez'^les  épiciers  et  chez  les  cuisiniers: 
la  maladie  désignée  communément  sous  le  nom  de  gale  des  épiciers  est 
un  eczéma  lichéno’ide  des  mains.  La  présence  des  parasites  peut  agir  de 
la  même  manière,  et  c’est  ainsi  que  le  lichen  peut  se  développer  comme 
complication  de  la  gale  et  de  la  phthiriase;  c’est  là  le  lichen  parasitaire  de 
Bazin.  Après  les  causes  agissant  directement  sur  la  peau,  je  mentionnerai 
encore  la  fâcheuse  influence  des  veilles,  des  liqueurs  alcooliques  et  d’une 
alimentation  trop  irritante  ;  enfin,  comme  cause  étiologique  commune  à 
toutes  les  affections  herpétiques,  je  ne  dois  pas  oublier  de  signaler  les 
émotions  morales  vives,  et  principalement  celles  déterminées  par  la  frayeur 


S54 


LICHEN.  -  TRAITEMEMT. 


OU  par  le  chagrin.  Ces  diverses  causes  accidentelles  ne  servent  d’ailleurs 
qu’à  provoquer  la  manifestation  de  la  maladie  dont  la  cause  principale 
doit  être  recherchée  dans  une  disposition  constitutionnelle  spéciale  et  dia- 
thésique.  Le  contact  de  substances  irritantes,  les  excès  de  table,  les  veilles 
ne  font  que  mettre  en  mouvement  cette  disposition  et  provoquer  la  mani¬ 
festation  éruptive,  laquelle  serait  peut-être  restée  latente  sans  l’accident 
provocateur.  Je  ne  crois  donc  pas  qu’il  faille  admettre,  à  proprement 
parler,  le  lichen  de  cause  externe. 

A  propos  de  l’étiologie  du  lichen,  je  dois  ajouter  que  Bazin  comprend 
parmi  les  causes  du  lichen  la  scrofule,  l’arthritis,  l’herpétisme  et  la  sy¬ 
philis,  en  assignant  à  l’éruption  appartenant  à  chacune  de  ces  espèces 
morbides  des  caractères  diagnostiques  particuliers.  Parmi  ces  causes  con¬ 
stitutionnelles,  on  doit  d’abord  rejeter  la  syphilis  qui  donne  lieu,  comme 
je  l’ai  déjà  dit,  à  une  éruption  papuleuse  n’ayant  rien  de  commun  avec  le 
lichen.  Quant  à  la  scrofule  et  à  l’arthritis,  en  prenant  ce  dernier  mot 
comme  synonyme  de  goutte,  je  ne  pense  pas  que  le  lichen  se  développe 
sous  leur  influence  ;  j’admets  seulement  que  cette  alfection  cutanée  peut 
être  modifiée  dans  son  expression  lorsqu’elle  survient  chez  un  scrofuleux 
ou  chez  un  goutteux  :  dans  le  premier  cas,  l’éruption  papuleuse  sera  associée 
à  des  vésicules  et  à  des  pustules,  et  on  retrouvera  les  caractères  du  lichen 
agrius,  forme  de  lichen  fréquente  chez  les  scrofuleux;  chez  les  goutteux, 
au  contraire,  l’éruption  se  distinguera  par  la  sécheresse  de  ses  produits,  il 
y  aura  très-peu  de  sécrétion,,  les  croûtes  seront  minces  et  sèches,  la  mala¬ 
die  sera  ordinairement  délimitée,  sans  grande  tendance  à  l’extension  et 
surtout  à  la  généralisation,  et  les  démangeaisons  pourront  être  remplacées 
par  des  picotements  et  des  élancements  :  le  lichen  circonscrit,  le  lichen 
pilaire  se  retrouvent  surtout  dans  ces  circonstances.  Mais  quant  à  la  cause 
constitutionnelle  du  lichen,  je  pense  qu’elle  consiste  toujours  dans  une 
disposition  diathésique  de  l’économie,  qu’on  ne  connaît  que  par  ses  effets 
et  qui  est  désignée  habituellement  sous  le  nom  de  diathèse  dartreuse  ou 
herpétique  {voy.  Dartres,  t.  X,  p.  695,  et  Eczéma,  t.  XII,  p.  375). 

Traitement.  —  Le  traitement  du  lichen  est  établi  d’après  les  mêmes 
principes  que  celui  de  l’eczéma.  Dans  la  première  èt  dans  la  seconde 
périodes,  alors  que  les  phénomènes  inflammatoires  sont  apparents,  on  doit 
avoir  recours  aux  topiques  émollients  et  aux  dérivatifs  du  côté  de  l’intes¬ 
tin  :  les  bains  d’eau  de  son  ou  d’amidon,  les  lotions  avec  de  l’eau  de  gui¬ 
mauve  ou  de  lin  additionnée  d’une  décoction  de  têtes  de  pavots,  les  cata¬ 
plasmes  de  fécule  de  pommes  de  terre  ou  de  farine  de  lin,  les  applications 
de  poudre  d’amidon,  de  poudre  de  lycopode  ou  de  farine  de  froment,  ont 
pour  effet  de  diminuer  le  gonflement  et  la  chaleur  de  la  peau,  ainsi  que  de 
calmer  la  démangeaison.  Lorsque  la  maladie  siège  aux  membres,  on  peut 
se  servir  également  de  la  toile  vulcanisée,  en  entourant  hermétiquement 
la  partie  malade  ;  mais  ce  moyen  réussit  moins  bien  dans  le  liebenque 
dans  l’eczéma  pur.  Concurremment  avec  les  topiques  émollients,  on  doit 
conseiller  les  purgatifs,  soit  l’infusion  de  séné,  soit  les  purgatifs  salins 
donnés  de’préférence  sous  forme  d’eaux  minérales  naturelles,  répétés  deux 


LICFIEN.  -  TRAITEMENT. 


555 

on  trois  fois  par  semaine  et  quelquefois  même  tous  les  jours.  Cette  médi¬ 
tation  purgative  est  surtout  indi(|uée  dans  le  lichen  agrius;  dans  les  for¬ 
mes  sèches  du  lichen,  dans  les  lichens  simple,  circonscrit,  pilaire  les  pur- 
jalifs  sont  bien  moins  utiles  et  ils  peuvent  être  laissés  de  côté.  Dans  le 
même  but  dérivatif,  on  peut  employer  également  les  diurétiques  et  par- 
liculièrement  le  sel  de  nilre.  A  la  fin  de  la  seconde  période,  on  peut  admi- 
jislrer  les. alcalins,  et  le  bi-carbonate  de  soude  est  souvent  prescrit  ;  il 
(ionvient  dans  les  formes  sèches  et  il  est  surtout  indiqué  chez  les  goutteux 
ilieints  d’éruptions  lichénoïdes,  quoiqu’il  soit  loin  d’avoir  l’efficacité  que 
lai  attribue  Bazin  dans  le  lichen  qu’il  appelle  arthritique  ;  cette  médication 
je  convient  pas  dans  le  lichen  agrius,  surtout  lorsqu’il  est  développé  chez 
les  scrofuleux. 

Plus  tard,  lorsque  l’éruption  se  présente  avec  les  caractères  de  la  troi¬ 
sième  période,  c’sst-à-dire  lorsqu’elle  est  caractérisée  par  l’état  squameux, 
parla  sécheresse,  l’épaississement  et  la  rudesse  de  la  peau,  il  faut  s’adres¬ 
ser  aux  modificateurs  généraux  et  locaux.  Chez  les  scrofuleux,  les  amers, 
Ikilede  foie  de  morue,  le  phosphate  de  chaux,  donnent  de  bons  résultats; 
Jans  le  lichen  agrius,  j’ai  retiré  de  grands  avantages  de  l’administration 
ie l’arséniate  de  fer  à  la  dose  journalière  de  trois  à  cinq  ou  six  centi¬ 
grammes.  Dans  les  formes  sèches,  les  préparations  arsénicales,  et  particu- 
ièrement  l’arséniate  de  soude,  doivent  succéder  aux  alcalins  ;  les  prépa¬ 
rations  sulfureuses  sont  bien  rarement  indiquées  à  l’intérieur.  Mais  en 
même  temps  qu’on  conseille  les  altérants,  on  peut  accélérer  la  guérison 
par  quelques  topiques  agissant  alors  ordinairement  comme  agents  de  la 
médication  substitutive;  c’estainsi  qu’on  peut  se  servir  avec  avantage  d’onc- 
lioDS  avec  des  pommades  contenant  du  calomel,  ou  du  sulfate  ou  du  nitrate 
èe  mercure,  avec  des  pommades  astringentes  à  l’oxyde  de  zinc,  au  sous- 
DÜrate  de  bismuth  ou  au  tannin.  On  a  conseillé  également,  principalement 
ians  le  lichen  circonscrit,  de  toucher  la  partie  malade  avec  une  solution 
ie  nitrate  d’argent,  avec  de  la  teinture  d’iode,  où  mieux  d’y  étendre  de 
IWile  de  cade  unie  à  des  proportions  diverses  d’huile  d’amandes  douces  ; 
ce  dernier  moyen  a  réussi  souvent  dans  des  cas  rebelles  de  lichen  circon- 
icriloude  lichen  invétéré;  contre  les  gerçures  profondes  des  mains,  on 
emploie  ordinairement  avec  succès  la  glycérine  pure  ou  associée  à  une 
laible  dosede  tannin.  Comme  adjuvants  de  cette  médication,  on  peut  con- 
leillerles  bains  alcalins,  même  les  bains  sulfureux,  qui  sont  indiqués  dans 
les  lichens  très-anciens  et  alors  que  la  peau  très-épaissie  est  couverte 
èsquames;  dans  le  lichen  circonscrit,  on  peut  se  trouver  bien  des  douches 
de  vapeur,  des  douches  d'eau  pulvérisée  dirigées  sur  l’endroit  malade. 
Enfin,  contre  les  lichens  rebelles  et  même  pour  consolider  la  guérison  des 
affections  lichénoïdes  à  peu  près  disparues,  on  peut  avoir  recours  aux 
eau.x  minérales  :  dans  le  lichen  agrius  associé  à  la  scrofule,  les  eaux 
d'Driage,  les  eaux  sulfureuses  de  Luchon,  d'Ax,  de  Baréges,  d’Aix-la- 
Ckpelle,  quelquefois  même  les  eaux  chlorurées  sodiques  de  Salies  en 
Béarn,  de  Salins,  de  Kreuznach,  etc.,  donnent  de  bons  résultats;  dans 
le  lichen  simple,  dans  le  lichen  circonscrit,  les  eaux  alcalines  réussissent 


556 


LIERRE  TERRESTRE.  —  description,  parties  usitées. 
mieux  et  on  doit  conseiller  principalement  les  eaux  de  Saint-Gervais,  les 
eaux  de  Royal,  celles  de  Bagnères-de-Bigorre.  Chez  les  sujets  très-nerveux, 
alors  que  dominent  les  démangeaisons  et  les  accidents  névropathiques, 
les  eaux  de  Néris,  de  Ragatz,  de  Schlangenbad  peuvent  être  très-utiles. 
Enfin,  dans  les  cas  très-rebelles,  dans  le  lichen  invétéré,  dans  le  lichen 
agrius  très-ancien  et  très-tenace,  les  eaux  de  Louèche  ont' souvent  donné 
des  résultats  favorables. 

Comme  accessoire  très-important  du  traitement  médicinal,  il  est  indis¬ 
pensable  de  prescrire  des  précautions  hygiéniques  très-sévères.  On  devra 
interdire  les  veilles,  les  fatigues  musculaires  excessives,  les  émotions  pro¬ 
voquées  par  le  jeu,  par  des  discussions  vives  ou  toute  autre  cause,  et  sur¬ 
tout  on  prescrira  un  régime  diététique  non  excitant  en  interdisant  les 
boissons  alcooliques,  le  café,  les  préparations  culinaires  de  porc,  le  gibier, 
les  poissons,  les  coquillages,  les  choux,  les  fraises  et  tous  les  mets  forte¬ 
ment  assaisonnés.  Ce  traitement  hygiénique  continué  longtemps  peut  être 
utile  pour  consolider  la  guérison  et  pour  prévenir  les  récidives. 

Lorry,  Tractatus  de  morbis  cutaneis.  Paris,  1777. 

WiLLAN,  Description  and  treatment  of  eutaneous  deseases.  London,  1798. 

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Biett,  Dict.  de  méd.  en  50  volumes.  Paris,  1838,  t.  XVIIf. 

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Alfred  Habdt. 

lilENTÉRIE.  Voy.  Diarrhée. 

liïSSRRR  TERRESTRE.  Bedera  terrestris  vuUjaris  (G.  Bauhin), 
Glechoma  hederacea,  L.  (fam.  des  Labiées).  —  Plante  vivace,  indigène, 
très-commune,  qui  croît  au  pied  des  murs,  le  long  des  haies,  dans  les 
lieux  frais  et  ombragés. 

Description.  —  Racines  grêles,  rampantes.  Tiges  quadrangulaires,  rou¬ 
geâtres,  couchées  à  la  base,  dressées  à  leur  partie  supérieure,  longues  de 
15  à  20  centimètres.  Feuilles  pétiolées,  opposées,  vertes,  un  peu  velues. 
Floraison  en  avril  et  mai  :  fleurs  rosées,  bleues  ou  violettes,  axillaires,  au 
nombre  de  2  à  4  à  l’aissello  de  chaque  feuille.  Calice  tubuleux,  à  5  dents 
inégales.  Corolle  deux  fois  plus  longue  que  le  calice,  à  tube  dilaté,  à 
deux  lèvres,  la  supérieure  courte  et  bifide,  l’inférieure,  trilobée,  avecle 
lobe  moyen  échancré  et  plus  grand;  4  étamines  didynames,  les  anthères 
disposées  en  croix;  1  style,  à  stigmate  bifide;  1  ovaire,  contenant  4 se¬ 
mences  ovoïdes. 

Parties  usitées.  —  Les  feuilles  et  les  sommités;  elles  doivent  être  ré¬ 
coltées  vers  la  fin  de  juin,  mondées  des  tiges  et  des  pétioles,  séchées  au 


LIERRE  TERRESTRE.  • —  composition,  pkopmétés,  dsages,  etc.  557 
soleil  ou  à  l’étuve,  et  conservées  à  l’abri  du  contact  de  l’air  et  de  Thumi- 
lilé.  —  Il  se  développe  assez  souvent  sur  le  lierre  terrestre,  surtout  en 
Orient,  des  excroissances  ou  galles,  produites  par  un  cynips  particulier 
(liiplolepis),  appelées  pommes  ou  poires  de  levrette  d’un  des  noms  vul¬ 
gaires  de  la  plante,  et  que  l’on  mange  dans  certains  pays. 

Composition.  —  Les  principes  les  plus  importants  dont  l’analyse,  assez 
incomplète,  du  reste,  qui  en  a  été  faite,  a  décélé  la  présence  dans  le  glé- 
àome,  sont  une  matière  résineuse  amère  et  une  huile  essentielle  ;  il  con¬ 
tient  aussi  du  tannin,  comme  le  démontre  la  coloration  noire  que  prend 
jon  infusion  quand  on  y  ajoute  du  sulfate  de  fer. 

Phopriétés,  usages.  —  Le  lierre  terrestre  a  une  odeur  assez  forte,  aro¬ 
matique,  plutôt  désagréable ,  une  saveur  balsamique,  un  peu  amère, 
ckude,  âcre  et  astringente. 

Comme  la  plupart  des  labiées,  il  est  à  la  fois  tonique,  stimulant  et 
antispasmodique.  Ses  vertus  ont  été  célébrées  dans  un  très-grand  nombre 
de  maladies;  mais  il. a  considérablement  perdu  de  la  réputation  qui  lui 
aiaitété  faite,  et  l’on  ne  songe  plus  maintenant  à  l’administrer  ni  contre 
les  fièvres  intermittentes ,  ni  contre  les  affections  mentales  comme  sédatif 
Irect  du  cerveau,  ni  comme  diurétique  et  même  lithontriptique  contre 
lesmaladies  des  reins  et  delà  vessie;  il  se  pourrait  cependant  qu’il  ne  fût 
pas  sans  quelque  utilité  dans  le  catarrhe  de  la  muqueuse  vésicale. 

Des  diverses  applications  qui  ont  été  faites  du  lierre  terrestre,  une  seule 
aété  retenue  et  méritait  de  l’être;  c’est  celle  qui  trouve  sa  place  dans 
quelques-unes  des  maladies  des  voies  respiratoires,  la  bronchite  aiguë,  la 
Juiion  de  poitrine  dans  leur  phase  de  résolution,  le  catarrhe  chronique 
des  bronches  surtout,  où  ses  propriétés  balsamiques  et  incisives  ont  cer- 
liioement  des  effets  avantageux ,  de  même  que  dans  les  affections  du 
même  genre  qui  ont  leur  siège  sur  les  muqueuses.  11  est  communément 
employé  aussi  dans  la_phthisie  à  marche  chronique,  où,  si  l’on  ne  peut  en 
espérer  une  action  cicatrisante  sur  les  ulcérations  tuberculeuses,  comme 
onfacru  pendant  longtemps,  il  est  permis  du  moins  d’en  attendre  des 
effets  favorables  sur  l’élément  catarrhal,  en  même  temps  que,  comme 
amer,  il  pourra,  en  stimulant  les  fonctions  digestives,  porter  remède 
daos  une  certaine  mesure  à  1  étiolement  et  à  la  perte  des  forces  qui  ac¬ 
compagnent  toujours  cette  cruelle  maladie. 

A  l’extérieur,  il  a  été  recommandé  comme  tonique,  résolutif  et  détersif, 
(nlotions,  fomentations,  cataplasmes,  etc.,  mais  ces  usages  ont  été  géné¬ 
ralement  abandonnés. 

Modes  d’administration.  —  Le  lierre  terrestre,  comme  la  plupart  des 
plantes,  a  servi  à  préparer  une  eau  distillée,  un  extrait,  etc.;  mais  on 
a’ya  plus  recours  maintenant  que  sous  forme  d'infusion,  à  la  dose  de 
10  grammes  pour  1000  grammes  d’eau,  en  l’associant  quelquefois  à  l’hy- 
sope.  On  en  prépare  aussi  un  sirop.  Le  Codex  le  fait  figurer  au  nombre 
b  espèces  béchiques. 

Iti)EE(C.-A.),  Diss.  de  hédera  terrestri.  Altorf,  -1736.  . 
tEstEB  (C.-B.),  Diss.  de  glechomate  hederacea.  Erlangen,  1  ;o7. 


558  LIGATURE  EN  GÉNÉRAL. 

Cdllen,  Mat.  méd.,  t.  II,  1789,  trad.  de  Bosquillon. 

Mérat  et  DE  Lexs,  Dict.  de  mat,  méd.  et  de  thérap.,  art.  Glechoma,  t.  III. 

Cazin  (F.-J.),  Traité  pratique  et  raisonné  des  plantes  médicinales  indigènes. 

A.  Gaucbet. 

LilGATURE.  —  Ligatura,  de  ligare  lier  ;  angl.  ligature;  ail.  /ija- 
tur;  ital.  legatura  ;  esp.  ligadura. 

UGATVKE  Eix  GÉRiÉRAE.  —  L’acte  d’entourer  une  partie  d’uQ  lien 
serré  et  le  lien  lui-même  portent  en  chirurgie  le  nom  de  ligature.  C’est 
donc  un  terme  assez  vague  et  qui  s’applique  à  des  opérations  très-diffé¬ 
rentes  quant  au  but  qu’elles  poursuivent.  On  fait,  par  exemple,  la  ligature 
d’un  membre  au-dessus  d’une  blessure  empoisonnée  ou  envenimée,  pour 
arrêter,  en  même  temps  que  la  circulation  de  retour,  l’absorption  du  venin 
ou  du  poison  déposé  dans  la  plaie.  Le  garot  de  Morel  est  une  ligature  mé¬ 
diate  qui  arrête  la  circulation  artérielle  au-dessous  du  point  où  il  est  ap¬ 
pliqué.  Esmarcli,  de  nos  jours,  l’a  remplacé  par  un  gros  tube  de  caoutchouc 
qui,  fortement  serré  à  la  racine  du  membre,  atteint  facilement  le  même 
but  :  c’est  une  ligature  rnédiate  et  temporaire.  On  se  sert  de  la  ligature 
pour  arrêter  la  circulation  dans  une  tumeur  que  l’on  veut  détruire,  et  pour 
eu  déterminer  la  mortification  ou  la  chute,  ou  pour  favoriser  son  ablation 
sans  écoulement  de  sang.  Une  ligature  unique  suffit  pour  les  tumeurs  pé- 
diculées,  tandis  que  les  tumeurs  à  large  base,  bien  moins  favorables  à  ce. 
genre  de  diérèse,  nécessitent  des  ligatures  multiples.  Lorsque  ces  ligatures 
doivent  être  portées  profondément,  elles  nécessitent  des  instruments  spé¬ 
ciaux  pour  les  conduire  et  pour  les  serrer  {voy.  polypes  naso-pharyn“iens 
et  utérins,  serre-kœüds,  etc,).  L’écrasement  linéaire  est  une  ligature  ex¬ 
temporanée  (voy.  Ecrasement,  t.  XII,  p.  35‘i).  Enfin  on  dit  que  les  Chinois 
ne  connaissent  pas  d’autre  procédé  d’amputation  que  la  ligature. 

On  s’est  servi  de  la  ligature  pour  inciser  des  trajets-fistuleux  (voy.  Ajvus, 
Fistules,  t.  Il,  p.  657;  Salivaire  (Appareil),  Fistules),  pour  fermer  le 
sac  des  hernies  (voy.  Hernies,  t.  XYII,  p.  513),  pour  oblitérer  les  veines 
variqueuses  ou  pour  enlever  des  tumeurs  variqueuses.  Nous  arrivons  ici 
aux  ligatures  des  vaisseaux  sanguins  :  celles  qui  s’appliquent  sur  les 
artères  doivent  seules  nous  occuper. 

Historique.  —  Il  nous  semble  instructif  de  suivre  les  tâtonnements 
par  lesquels  a  passé  la  pratique  pour  arriver  aux  méthodes  et  aux  procédés 
actuels  de  ligature  artérielle. 

On  a  contesté  à  Ambroise  Paré  la  découverte  de  la  ligature  des  vaisseaux. 
On  la  trouve  en  effet  mentionnée  dans  les  œuvres  de  Celse  et  de  Galien. 
Aétius,  Paul  d’Egine  recommandent  de  lier  l’artère  humérale  sous  fais¬ 
selle,  avant  deprocéder  à  l’ouverture  du  sac  dans  les  anévrysmes  du  pli 
du  bras.  Archigène,  dans  un  chapitre  consacré  aux  amputations,  prescrit, 
pour  l’avant-bras,  de  lier  au  coude  les  vaisseaux  qui  portent  le  sang  à  la 
partie  qu’on  doit  amputer.  Enfin  un  chirurgien  de  Strasbourg,  Gersdorf, 
antérieur  à  Ambroise  Paré,  pratiquait  dans  les  amputations  la  ligature  des 
vaisseaux  divisés.  11  n’en  est  pas  moins  vrai  que  c’est  Ambroise  Paré  qui 


LIGATURE  EN  GÉNÉRAL.  —  historiqde. 


559 


a  détrôné,  dans  la  pratique  des  amputations,  le  fer  rouge,  le  plomb  fondu 
et  la  poix  bouillante,  qu’il  a  généralisé  et  méthodisé  l’emploi  des  liga¬ 
tures  vasculaires  ;  et  l’importance  de  la  révolution  dont  il  est  Fauteur  fut 
telle  qn’il  fallut  près  d’un  siècle  pour  éteindre  la  réaction  qu’elle  suscita. 

Il  est  vrai  de  dire  aussi  que  la  ligature,  telle  qu’elle  était  pratiquée  par 
A.  Paré,  n’était  qu’une  ligature  médiate.  Loin  de  recommander  l’isole¬ 
ment  des  vaisseaux  préalable  à  leur  ligature,  il  dit  :  «  ce  fesant  il  ne  te  faut 
estretoop  curieux  de  ne  pincer  seulement  que  lesdits  vaisseaux  :  pour  ce  qu’il 
n’y  a  danger  de  prendre  avec  eux  quelque  portion  de  la  chair  des  mus- 
clfs  ou  autres  parties  ;  car  de  ce  ne  peut  advenir  aucun  accident.  »  Cette 
ligature  médiate  pouvant  contenir  les  nerfs,  les  muscles  et  toutes  les 
parties  molles  avoisinant  les  vaisseaux  était  si  bien  restée  dans  la  pratique 
que,  près  d’un  siècle  après,  J.  L.  Petit  écrivait  :  «  Il  est  vrai  qu’on  se  rend 
plus  maître  du  sang  lorsqu’on  se  sert  de  la  ligature,  mais  elle  cause  de 
fondes  douleurs,  des  mouvements  convulsifs,  et  quelquefois  la  convul¬ 
sion  du  moignon  qui  souvent  est  mortelle,  ou  par  elle-même,  ou  parce 
quelle  occasionne  l’hémorrhagie  par  les  mouvements  extraordinaires  que 
lé  malade  ne  peut  s’empêcher  de  faire.  »  Aussi  préférait-il  à  la  ligature, 
dans  les  amputations,  une  double  compression  pratiquée  sur  le  trajet  des 
artères  et  sur  leur  surface  de  section.  A  la  même  époque,  les  chirurgiens, 
de  l’Hôtel-Dieu  de  Paris  employaient  encore  exclusivement  les  cautères 
,  actuels  et  potentiels,  et  l’académie  royale  de  chirurgie,  sans  être  absolu¬ 
ment  hostile  à  la  ligature,  accordait  grande  faveur  aux  hémostatiques 
stypliques,  à  l’agaric  de  chêne  par  exemple  (Morand). 

louis  (1755)  n’ose  pas  encore  prescrire  l’isolement  de  l’artère  qu’on 
doit  lier,  mais  il  dit  ;  «  il  sera  plus  avantageux  de  ne  prendre  (avec  l’ar¬ 
tère)  qu’une  très-petite  quantité  de  chairs.  »  Enfin  Deschamps  (1797) 
pose  nettement  comme  règle  l’isolement  de  l’artère  et  il  en  donne  les  rai- 
sonssuivantes  :  «Plus  il  y  aura  de  parties  comprises  dans  la  ligature,  moins 
la  pression  circulaire  s’exercera  sur  le  tube  artériel  et  plus  il  faudra  que 
cette  pression  soit  forte,  par  conséquent  les  parties  environnant  l’artère 
seront  plus  tôt  coupées  ;  le  fil  alors  deviendra  lâche  et  n’agira  plus  sur  le 
tube  artériel  ;  et  si  ce  relâchement  arrive  avant  que  celui-ci  soit  oblitéré, 
l’hémorrhagie  aura  lieu.  »  Un  progr  ès  important  se  trouve  ainsi  réalisé 
dans  la  pratique  de  la  ligature  artérielle. 

J.  L.  Petit,  Deschatnps,  Forster,  Desault  préféraient,  pour  les  grosses 
artères,  l’aplatissement  à  la  ligature  proprement  dite.  Ils  comprimaient 
Parlère  avec  une  ligature  large  contre  un  petit  rouleau  de  bois,  de  char¬ 
pie  ou  d’agaric  de  chêne,  dans  la  crainte  qu’une  ligature  fine,  serrée  assez 
énergiquement  pour  plisser  les  parois  de  l’artère  et  pour  en  effacer  le  ca¬ 
libre,  ne  déterminât  la  rupture  des  tuniques  artérielles,  leur  suppuration 
et  la  chute  précoce  du  fil  constricteur  suivie  bientôt  par  une  hémor¬ 
rhagie. 

Scarpa  développa  ces  idées,  et  les  réunit  en  doctrine  :  comparant  la  tu- 
)  nique  interne  des  artères  à  une  séreuse,  cherchant  à  y  provoquer  des  ad¬ 
hérences  étendues  et  à  en  prévenir  la  rupture  et  l’inflammation  ulcéra- 


560  LIGATURE  EN  GÉNÉRAL.  —  historique. 

live,  il  employa  pour  lier  les  gros  vaisseaux  des  rubans  plats,  larges  de 
deux  lignes  et  comprimant  l’artère  contre  un  petit  cylindre  de  linge.  Sa 
doctrine  prévalut  longtemps  en  France  et  en  Italie.  Roux  en  fut  un  des 
derniers  partisans  ;  il  avait  remplacé  le  rouleau  de  linge  de  Scarpa  par 
un  rouleau  de  diachylon  gommé  ;  tandis  que  l’Américain  Jameson,  pour¬ 
suivant  le  même  but  et  voulant  éviter  la  présence  irritante  du  corps  étran¬ 
ger  appliqué  sur  l’artère,  pratiquait  les  ligatures  avec  un  petit  ruban  de 
peau  de  daim  non  tannée,  lien  suivant  lui  assez  souple,  élastique  et  sus¬ 
ceptible  de  se  résorber.  Cette  dernière  idée  souvent  poursuivie  est  re¬ 
prise  de  nos  jours  par  Lister,  qui  emploie  à  cet  effet  des  fils  en  boyaux,  déjà 
expérimentés  par  A.  Cooper. 

Cette  tbéorie  de  Scarpa,  s’appuyant  sur  la  nécessité  de  ménager  les  tu¬ 
niques  interne  et  moyenne  des  artères  liées,  exposait  aux  hémorrhagies 
secondaires.  En  effet,  dans  la  crainte  de  les  rompre,  on  ne  serrait  pas  assez 
le  lien  constricteur  et  l’artère  pouvait  lui  échapper  avant  d’être  oblitérée. 
Dionis  reconnut  ce  danger,  mais  n’osa  pas  toutefois  serrer  ses  ligatures 
assez  pour  qu’elles  ne  pussent  pas  glisser.  Il  arma  d’une  aiguille  son  fil 
àligature  et  traversa  de  part  en  part  le  bout  de  l’artère  coüpé,  au-dessous 
du  point  où  elle  était  liée. 

C’est  aussi  pour  obvier  aux  hémorrhagies  secondaires  que  Hunter,  prati¬ 
quant  sa  première  ligature  dans  la  continuité  de  la  fémorale,  disposa  quatre 
liens  sur  le  trajet  de  cette  artère  dénudée  dans  une  certaine  étendue.  La 
ligature  inférieure  oblitérait  complètement  le  vaisseau,  la  supérieure  n’é¬ 
tait  pas  nouée,  c’était  une  ligature  de  réserve  {reserve  ligature).  Les  deux 
liens  intermédiaires  serraient  l’artère  et  la  rétrécissaient  sans  Toblitérer 
complètement,  le  supérieur  un  peu  moins,  l’inférieur  un  peu  plus.  Lisfianc 
alla  plus  loin  ;  aux  quatre  ligatures  de  Hunter  il  en  ajouta  deux  au-dessous 
du  point  où  il  oblitérait  l’artère.  Son  but,  pour  ces  dernières,  était  de  pré¬ 
venir  l'hémorrhagie  secondaire  par  le  bout  inférieur.  On  a  renoncé,  non 
sans  raison,  à  ces  ligatures  attente.  Elles  forcent  à  dénuder  l’artère  dans 
une  grande  étendue  et  exposent  à  sa  mortification.  L’irritation  et  la  sup¬ 
puration  qu’elles  provoquent  ne  peuvent  qu’entraver  la  cicatrisation  des 
parois  artérielles  au  niveau  de  la  ligature  :  elles  exposent  donc  aux  hé¬ 
morrhagies  secondaires  qu’elles  ont  pour  but  de  prévenir. 

Abernethy,  pour  éviter  cette  dénudation,  qui  entrave  la  nutrition  des 
parties  dénudées  et  expose  à  la  mortification  des  parois  de  l’artère  au- 
dessus  et  au-dessous  de  la  ligature,  recommande  de  placer  deux  liens  con¬ 
stricteurs  aux  deux  extrémités  de  la  dénudation,  le  plus  haut  et  le  plus 
bas  possible,  et  de  couper  l’artère  entre  les  deux.  De  nos  jours  encore  celte 
pratique  est  assez  suivie.  Elle  a  été  énergiquement  défendue  par  Sédillot 
qui  l’a  appuyée  des  raisons  suivantes  ;  a  L’artère  se  rétracte  après  sa  sec¬ 
tion  de  0,01  à  0,02  dans  la  gaine  cellulaire,  où  elle  se  trouve  en  contact 
avec  des  tissus  sains,  et  en  devenant  plus  courte  et  plus  épaisse  elle  offre 
une  diminution  notable  de  son  diamètre  intérieur,  toutes  circonstances  fa¬ 
vorables  à  la  formation  d’adhérences  et  à  l’oblitération  du  vaisseau,  » 
Cette  section  de  l’artère  aurait  en  outre,  d’après  Maunoir,  l’avantage  de  faire 


LIGATURE  EN  GÉNÉRAL.  —  historique.  561 

cesser  la  tension  de  l’artère,  tension  favorisant,  suivant  lui,  un  travail  ul- 
cératiftrop  précoce  qui  fait  tomber  la  ligature  avant  l’oblitération  de  l’ar¬ 
tère.  C’était  du  reste  la  pratique  de  Celse  qui,  dans  son  cinquième  livre, 

I XXXI,  s’exprime  en  ces  termes  :  «  Venæ  quæ  sanguinem  fundunt  appre- 
kndendæ,  circaque  id  quod  ictum  est  duobus  locis  deligandæ,  interciden- 
dæque  sunt.  » 

Jones,  le  premier,  a  bien  saisi  et  mis  en  lumière  les  phénomènes  qui 
accompagnent  l’oblitération  des  artères  liées  dans  leur  continuité.  Il  a 
montré  que  la  section  des  tuniques  interne  et  moyenne  par  la  pression  du 
fil,  loin  d’être  à  éviter,  est  très-favorable  à  l’oblitération  définitive  de 
l’artère.  Lorsqu’on  emploie  des  ligatures  rondes  et  fines,  les  bords  de  cette 
section  sont  aussi  nets  que  s’ils  avaient  été  produits  par  un  couteau  :  ils 
sont  alors  dans  de  bonnes  conditions  pour  la  réunion.  Il  décrit  une  lymphe 
plastique  réunissant  les  bords  de  la  solution  de  continuité  des  tuniques  in¬ 
terne  et  moyenne,  s’épanchant  entre  elles  et  la  tunique  externe,  et  autour 
de  cette  même  tunique  au  niveau  de  la  ligature.  11  signale  le  caillot  qui  se 
fornie  dans  l’artère  et  qui  remonte  jusqu’à  la  première  collatérale,  et  le 
rétablissement  de  la  circulation  par  voie  anastomotique.  Ce  caillot  obli¬ 
térateur,  déjà  décrit  par  J.  L.  Petit  dans  les  plaies  artérielles,  joue  dans  la 
théorie  de  Jones  un  rôle  peu  important. 

Presque  à  la  même  époque,  Guthrie  refuse  au  caillot  qui  se  forme  dans 
l'artère  liée,  le  peu  d’importance  que  lui  laisse  la  théorie  de  Jones.  Il  dé¬ 
crit  la  cicatrisation  solide  du  bout  de  l’artère  liée  par  une  ligature  fine  qui 
a  sectionné  les  deux  tuniques  internes  ;  il  ne  tient  aucun  compte  du  voi¬ 
sinage  des  collatérales  ;  enfin  il  pose  avec  netteté  et  précision  les  indica¬ 
tions  de  la  ligature  dans  les  plaies  artérielles. 

Delpech  recommande  de  serrer  assez  la  ligature  pour  sectionner  les  tu¬ 
niques  interne  et  moyenne.  «  On  doit  être  attentif  à  distinguer  la  secousse 
qui  amène  la  rupture  des  membranes  propres.  »  Mais  sa  crainte  de  dépas¬ 
ser  le  degré  de  striction  nécessaire  est  exagérée,  car  Dupuytren  a  démon¬ 
tré  que  si  les  tuniques  internes  sont  friables,  l’externe  est  très-résistante. 
On  n’a  pas  à  craindre  qu’elle  cède  sous  l’influence  de  la  pression  intravas¬ 
culaire,  puisque  dans  la  crurale  du  chien  elle  peut  supporter  un  poids  de 
50  livres. 

Jusqu’ici  nous  avons  donc  deux  périodes  dans  l’histoire  de  la  ligature. 
La  première  commence  à  k.  Paré  et  finit  à  Deschamps  :  on  ne  pratique  que 
kligature  médiate,  et  les  accidents  qu’elle  peut  entraîner  expliquent  l’op¬ 
position  que  rencontre  cette  opération.  La  seconde  période  commence  à 
Desehamps  et  finit  avec  Jones,  Delpech  et  Dupuytren  :  la  ligature  immédiate 
entre  définitivement  dans  la  pratique,  et  petit  à  petit  on  cesse  de  redouter 
la  rupture  des  tuniques  interne  et  moyenne,  on  reconnaît  même  sa  né¬ 
cessité  au  point  de  vue  de  l’hémostasie  définitive;  les  ligatures  fines  rem¬ 
placent  les  ligatures  larges  et  plates  avec  ou  sans  interposition  de  corps 
étrangers,  et  les  ligatures  d’attente  disparaissent  de  la  pratique  chirur- 
I  gicale. 

Bientôt  la  réaction  contre  l’école  de  Scarpa  dépassa  le  but,  et  la  section 

üOUV.  BICT.  MED.  ET  CHIR.  XX.  —  56 


562  LIGATURÉ  EN  GÉNÉRAL.  —  oBUTÉRAtioN  des  artères  liées. 
transversale  des  tuniques  interne  et  moyenne  par  une  ligature  temporaire 
fut  présentée  comme  suffisante  pour  assurer  l’oblitération  définitive  des 
artères.  Jones  et  Hutchinsoii  proposèrent  d’enlever,  ces  ligatures  tempo¬ 
raires  quelques  heures  après  leur  application,  afin  de  permettre  la  réu¬ 
nion  immédiate  de  la  plaie,  l’hémorrhagie  n’étant  plus  à  craindre  ;  mais 
Dalrymple  et  Hodgson  prouvèrent,  par  leurs  expériences,  l’insuffisance  de 
ces  mêmes  ligatures  au  point  de  vue  de  l’oblitération  définitive  des  artères. 

C’est  aussi  dans  le  but  de  permettre  la  réunion  immédiate  de  la  plaie 
que  quelques  chirurgiens  s’adressèrent  aux  ligatures  perdues.  L’artère  est 
liée  avec  un  fil  de  soie  très-fin  dont  on  coupe  les  bouts  tout  près  dunœud; 
puis  on  réunit  la  plaie.  A.  Bérard  juge  ces  ligatures  delà  façon  suivante; 
«  Leur  séjour  sous  la  peau  n’a  pas  de  grands  inconvénients  :  ils  (les 
nœuds)  occasionnent  seulement  quelquefois  un  très -petit  abcès,  et  ils 
sont  entraînés  au  dehors  avec  le  pus.  »  Les  Anglais  attribuent  ces  ligatures 
perdues  à  Lawrence  et  à  Travers,  les  Français  à  Delpech  et  à  Béclard,  chi¬ 
rurgiens  de  l’hôpital  militaire  de  Strasbourg.  Elles  ont  retrouvé  de  nos 
jours  de  très- heureuses  applications  dans  la  pratique  de  l’ovariotomie  :  on 
les  applique  sur  les  petits  vaisseaux  des  adhérences  contractées  par  le  kyste 
dans  les  parties  profondes  de  l’abdoihen.  Suivant  la  même  voie,  Amussat, 
Velpeau  et  Carron  du  Villards  cherchèrent  à  remplacer  la  ligature  par  la 
torsion,  dont  l’étude  est  reprise  actuellement  par  Tillaux,  et  Simpson  a 
voulu  lui  substituer  Vacupressure  (voy.  Acupressdre,  t.  I,  p.  587; 
et  Torsion). 

Phénomènes  physiologiques.  —  Quels  sont  les  phénomènes  phy¬ 
siologiques  provoqués  par  la  ligature  des  artères?  1°  Au  niveau  de  la  liga¬ 
ture,  nous  étudierons  le  mode  d’oblitération  de  l’artère  liée  ;  2°  dans  les 
parties  voisines,  nous  trouverons  le  rétablissement  de  la  ciculation  par  voie 
collatérale. 

Oblitération  des  artères  liées.  —  L’artère,  dans  sa  continuité,  a  été 
mise  à  nu  et  séparée  doucement  des  parties  voisines  dans  l’étendue  de 
0‘’’,01  environ.  Un  fil  fin  et  fort  est  noué,  serré  par  un  double  nœud,  au  mi¬ 
lieu  de  la  partie  dénudée.  Les  tuniques  interne  et  moyenne,  qui  sont  très- 
friables,  sont  sectionnées  par  la  pression  du  fil  ;  leur  section  est  nette.  Grâce 
à  leur  élasticité,  elles  se  rétractent  un  peu  dans  l’intérieur  du  double  cône 
formé  par  la  tunique  externe.  La  pression  qu'elles  subissent  de  la  part  de 
cette  tunique,  jointe  à  la  tendance  qu’ elles  ont  à  revenir  sur  elles-mêmes, 
rétrécit  et  oblitère  même  l’orifice  résultant  de  leur  section-.  La  tunique 
externe,  formée  de  tissu  conjonctif  et  de  fibres  élastiques,  .résiste  facile¬ 
ment  à  la  pression  du  fil.  Au  lieu  de  se  rompre,  elle  se  plisse  et  s’effile 
sous  forme  de  deux  cônes  très-évasés,  adossés  par  leur  sommet  au  niveau 
du  lien  constricteur,  et  contenant  vers  leur  base  les  extrémités  rétractées 
et  contractées  des  tuniques  internes. 

Dès  que  la  ligature  est  serrée,  la  circulation  est  interrompue  dans  l’ar¬ 
tère  jusqu’au  niveau  de  la  première  collatérale  ;  le  sang  s’y  coagule.  Ce 
caillot,  qui  se  forme  de  très-bonne  heure,  est  adhérent  au  voisinage  de  la 
ligature  et  surtout  aux  bords  de  la  section  des  tuniques  interne  et  moyenne; 


LIGATURE  EN  GÉNÉRAL.  —  oblitération  des  artères  liées.  5Bo 
plus  loin,  il  n’adhère  pas  à  la  tunique  interne  ;  il  s’effile  comme  un  cône, 
dont  la  pointe  s’élève  jusqu’à  la  première  collatérale  présentant  un  calibre 
suffisant  pour  entretenir  la  circulation  dans  l’artère. 

Le  caillot  ne  peut  donc  se  former  que  dans  la  partie  du  vaisseau  trans¬ 
formée  en  cul-de-sac  par  la  ligature  ;  de  là  les  nombreuses  différences 
qu’il  présente,  et  les  discussions  auxquelles  il  a  donné  lieu.  Part-il  une 
collatérale  importante  tout  près  de  la  ligature,  le  caillot  ne  pourra  pas  se 
former,  ou  il  se  présentera  sous  forme  d’une  couche  mince,  recouvrant  la 
plaie  des  tuniques  internes;  tandis  que,  dans  des  conditions  opposées,  il 
pourra  acquérir  une  longueur  considérable.  Si  la  première  collatérale  est 
trop  petite  pour  entretenir  une  circulation  suffisamment  active  dans  l’ar¬ 
tère,  le  caillot  pourra  dépasser  son  niveau  d’une  longueur  variable.  Il 
n’adhère  pas  à  la  tunique  interne  dans  les  points  où  celle-ci  conserve  son 
revêtement  épithélial  ;  mais  partout  où  celui-ci  est  détaché,  soit  par  le  fait 
du  traumatisme  chirurgical,  soit  par  l’inflammation  consécutive,  le  cail¬ 
lot  contracte  des  adhérences  avec  la  tunique  interne. 

En  même  temps  que  se  forme  le  caillot,  une  substance  fibrineuse  très- 
rétractile  et  organisable ,  la  lymphe  plastique  des  anciens ,  s’épanche 
entre  les  lèvres  de  la  section  des  tuniques  internes,  entre  elles  et  la  face 
interne  de  la  tunique  externe,  et  en  dehors  de  cette  dernière,  dans  toute 
l’étendue  où  l’artère  a  été  dénudée.  Elle  infiltre  même  la  tunique  externe 
et  la  gaine  de  l’artère  à  une  certaine  distance  au-dessus  et  au-dessous  de 
la  ligature,  et  forme  au  vaisseau  lié  un  manchon  olivaire  qui  s’effile  en 
s’éloignant  du  lien  constricteur.  Cet  exsudât  enveloppe  et  immobilise 
l’artère  et  sa  gaine,  et  contribue  à  consolider  l’oblitération  du  vaisseau. 

Cette  première  oblitération  n’est  que  provisoire, mais  elle  présente  une 
assez  grande  résistance.  Jones,  qui  le  premier  l’avait  étudiée,  la  croyait 
capable  de  résister  presque  d’emblée  à  l’ondée  sanguine,  sans  le  secours 
de  la  ligature  qui  l’avait  provoquée.- Travers,  suivant  la  même  idée,  con¬ 
seillait  d’enlever  le  lien  constricteur  au  bout  de  six  heures,  et  Scarpa 
croyait  l’artère  solidement  et  définitivement  oblitérée  du  troisième  au  cin¬ 
quième  jour.  Malheureusement,  des  insuccès  et  des  hémorrhagies  ont 
forcé  de  reconnaître  que,  dans  bien  des  cas,  cette  oblitération  provisoire  ne 
permet  pas  de  se  passer  si  tôt  du  soutien  qui  lui  est  fourni  par  la  ligature. 

A  cette  oblitération  provisoire  et  immédiate  succède  l’oblitération  défi¬ 
nitive  et  cicatricielle  de  l’artère  liée.  Elle  est  due  au  travail  d’organisation 
qui  s’empare  de  toutes  les  parties  dont  nous  venons  de  décrire  les  pre¬ 
mières  modifications. 

Les  tuniques  interne  et  moyenne  s’épaississent;  l’exsudât  qui  réunit 
leur  surface  de  section ,  et  qui  s’est  épanché  entre  elles  et  la  tunique 
externe,  se  condense  et  s’organise  en  tissu  de  cicatrice.  Les  mêmes  phé¬ 
nomènes  se  produisent  à  la  surface  et  dans  Tépaisseur  de  la  tunique 
externe.  Les  vasa-vasorum  se  multiplient  pour  disparaître  plus  tard  ;  ils 
vascularisent  ces  parties,  et  leiir  fournissent  les  éléments  nécessaires  à 
leur  végétation  irritative. 

Ce  travail  d’organisation,  de  cicatrisation,  enveloppe  de  toutes  parts  le 


564  LIGATURE  EN  GÉNÉRAL.  —  oblitération  des  artères  liées. 
lien  constricteur,  et  s’étend  aussi  loin  que  l’exsudât  que  nous  avons  décrit 
plus  haut;  mais  il  ne  peut  se  faire  contre  le  fil  de  la  ligature,  ni  dans  la 
partie  de  la  tunique  externe  que  ce  fil  étreint.  Ace  niveau,  l’irritation  pro¬ 
voquée  par  la  présence  du  corps  étranger  est  suivie  de  suppuration  et  d’un 
travail  de  ramollissement  inflammatoire.  La  tunique  externe  se  coupe; 
et  la  ligature  détachée  tombe,  ou  se  laisse  extraire  sans  résistance  de  là 
plaie  déjà  comblée  en  partie  par  du  tissu  de  granulations.  C’est,  en  général, 
du  huitième  au  quatorzième  jour  que  se  détachent  les  ligatures.  A  ce  mo¬ 
ment,  les  tissus  de  cicatrice  qui  se  sont  formés  autour  d’elles,  présentent 
assez  de  solidité  pour  résister  à  l’ondée  sanguine,  et  pour  mettre  à  l’abri 
contre  une  hémorrhagie. 

Que  se  passe-t-il,  pendant  cette  même  période,  du  côté  du  caillot  qui 
s’est  formé  dans  les  deux  bouts  de  l’artère  transformés  en  culs-de-sac  par 
la  ligature?  Les  uns,  avec  Notta,  prétendent  que  le  caillot  n’est  susceptible 
d’aucune  organisation,  et  qu’il  ne  joue,  au  point  de  vue  de  l’hémostasie 
définitive,  qu’un  rôle  très-secondaire  (Guthrie,  Travers,  Roser).  Les  autres 
le  croient  susceptible  de  s’organiser  et  de  concourir  d’une  façon  efficace  à 
l’oblitération  de  l’artère.  Virchow  fait  provenir  les  éléments  cellulaires 
fusiformes  qu’il  ne  tarde  pas  à  présenter,  des  globules  du  sang  ;  Reinhardt, 
Thiersch  et  W^aldeyer,  du  revêtement  épithélial  de  la  tunique  interne; 
Recklinghausen,  des  éléments  du  tissu  conjonctif  ambiant  traversant  les 
tuniques  artérielles.  Ce  caillot,  rouge  et  mou  au  début,  ne  tarde  pas  à  se 
condenser;  il  perd  sa  couleur  par  la  dissolution  des  globules  rouges,  et  par 
la  résorption  de  leur  matière  colorante.  Rientôt  il  ne  présente  plus  que 
par  places  une  teinte  d’ocre,  due  à  des  cristaux  d’hématoïdine  qui  infiltrent 
sa  substance.  Des  vaisseaux  se  forment  et  se  ramifient  dans  son  épaisseur; 
d’après  Kocher,  ils  auraient  pour  point  de  départ  la  surface  même  du 
caillot  qui  est  en  contact  avec  le  sang. 

Quoi  qu’il  en  soit  de  cette  organisation  du  caillot,  si  minutieusement 
décrite  par  les  uns  et  absolument  niée  par  les  autres,  ce  qu’il  nous  est  per¬ 
mis  d’affirmer,  c’est  qu’elle  est  sujette  à  de  nombreuses  variations,  sans 
qu’il  nous  soit  toujours  possible  d’en  saisir  la  raison;  et,  malgré  les  au¬ 
torités  que  nous  avons  citées,  nous  ne  pouvons  refuser  au  caillot  un  rôle  as¬ 
sez  important  dans  l’oblitération  des  artères  liées,  puisqu’il  suffît  à  lui  seul, 
dans  certains  cas,  pour  oblitérer  ces  mêmes  vaisseaux  divisés  par  un  instru¬ 
ment  tranchant  ou  par  un  projectile. 

Malheureusement,  les  phénomènes  consécutifs  à  la  ligature  des  artères 
ne  suivent  pas  toujours  la  marche  favorable  que  nous  venons  de  décrire. 
L’exsudât,  au  lieu  de  s’organiser  en  tissu  de  cicatrice  peut  suppurer,  dé¬ 
nuder  l’artère  dans  une  certaine  étendue,  et  l’ulcérer  en  prévenant  son 
oblitération.  Ce  processus  ulcératif  peut  aussi  n’avoir  pour  siège  que  le 
voisinage  immédiat  de  la  ligature.  11  prévient  alors  la  cicatrisation  du  bout 
de  l’artère,  et  détache  prématurément  le  lien  constricteur.  Si,  à  ce  mo¬ 
ment,  le  caillot  interne  n’est  pas  assez  volilmineuxi  et  assez  adhérent,  ou 
s’il  participe  au  travail  de  ramollissement  de  son  voisinage,  l’ondée  san¬ 
guine  le  chasse  devant  elle,  et  il  se  produit  une  hémorrhagie. 


LIGATURE  EN  GÉNÉRAL.  —  oblitération  des  artères  liées.  565 

Les  mouvements  communiqués  à  la  partie  blessée  et  tiraillant  les  fils 
de  la  ligature,  le  début  de  l’infection  purulente,  la  pourriture  d’hôpital 
surtout,  pourront  provoquer  cet  accident.  Il  pourra  tenir  aussi  à  un  état 
général  de  l’organisme,  dans  l’hémophilie,  à  un  défaut  de  plasticité  du 
sang  chez  les  sujets  épuisés  par  la  misère  et  par  la  maladie,  à  une  lésion 
des  tuniques  artérielles,  dans  l’athérome  et  l’ossification  des  artères.  11  est 
facile  de  voir  que  ces  différentes  conditions  pourront  entraver  la  cicatri¬ 
sation  de  l’artère  liée.  Certaines  fautes  chirurgicales  et  certains  procédés 
chirurgicaux  devront  aboutir  au  même  résultat.  Parmi  les  premières,  nous 
rangerons  la  dénudation  trop  étendue  de  l’artère,  les  tiraillements,  les 
ruptures  qu’on  peut  lui  faire  éprouver  en  la  disséquant,  l’application  de  la 
ligature  contre  une  collatérale,  les  nœuds  mal  serrés  oblitérant  imparfai¬ 
tement  le  vaisseau.  Parmi  les  secondes,  nous  n’hésitons  pas  à  ranger  les 
ligatures  temporaires,  les  ligatures  larges  et  plates  qui,  par  leur  volume 
même,  excitent  autour  d’elles  une  inflammation  trop  vive,  et  déterminent 
une  suppuration  abondante  et  l’ulcération  de  l’artère.  Le  même  reproche 
s’adressera,  à  plus  forte  raison,  à  la  ligature  pratiquée  sur  un  corps  étran¬ 
ger  suivant  la  méthode  de  Scarpa,  et  à  tous  les  presse-artère  de  Des¬ 
champs,  d’Assalini,  de  Forni,  de  Crampton,  d’Ant.  Dubois.  Imaginés  dans 
le  but  d’aplatir  l’artère  sans  l’étrangler,  et  sans  rompre  les  tuniques  in¬ 
ternes,  ils  sont  opposés  aux  phénomènes  d’oblitération  que  nous  venons 
d’étudier.  Si  leur  emploi  n’a  pas  provoqué  de  plus  fréquents  désastres, 
cela  tient,  comme-l’a  démontré  Pécot  dès  le  commencement  de  ce  siècle, 
à  ce  que,  loin  de  réaliser  le  but  poursuivi  par  leurs  inventeurs,  ils  provo¬ 
quaient  presque  invariablement  la  rupture  des  tuniques  internes  qu’ils 
étaient  censés  protéger. 

Mais  si  les  dinien.sions  du  lien  constricteur  ont  une  influence  incontes¬ 
table  sur  les  phénomènes  de  la  cicatrisation,  que  nous  devons  chercher  à 
favoriser,  en  est-il  de  même  de  leur  nature?  On  a  employé  des  fils  de 
chanvre  (A.  Paré),  de  la  peau  de  daim  non  tannée  (Physick,  Jameson, 
Dorsey),  du  boyau  de  chat  (A.  Cooper),  du  crin  de  Florence,  provenant 
de  l’intestin  des  vers  à  soie  (Swery,  Wardrop),  du  crin  de  cheval,  des 
cheveux  de  femme  (Porta),  du  caoutchouc  (Levert),  du  cuir,  du  tendon, 
du  nerf.  Lister  et  Lawrie,  revenant  sur  l’idée  déjà  vieille  des  ligatures 
absorbables,  composent  actuellement  leurs  fils  de  baudruche,  et  les  ren¬ 
dent  antiseptiques,  en  les  trempant  dans  une  solution  d’acide  phénique  au 
cinquième.  Cette  solution  lue  les  germes  de  fermentation  que  contiennent 
les  fils,  et  prévient  la  suppuration.  Ces  fils  seraient  absorbés  et  remplacés 
par  des  tissus  organisés  représentant  exactement  leur  forme. 

Physick  fut  le  premier  à  s’adresser  aux  ligatures  métalliques.  Il  fut  suivi 
par  Levert  qui  essaya  des  fils  de  plomb,  d’or,  d’argent,  de  platine  ;  Ollier 
préconisa  des  fils  de  fer  détrempés  ou  dorés,  n’ayant  que  0,08  à  0,1  de 
millimètre  de  diamètre  ;  Wagner,  Sims  proposèrent  des  fils  d’argent,  et 
Laiigenbeck  des  fils  de  fer. 

I  Que  cherchait-on?  L’absorption  de  la  ligature,  la  suppression  de  la  sup¬ 
puration  et  la  réunion  immédiate  de  la  plaie.  Toutes  les  ligatures  faites 


566  LIGATURE  EN  GÉNÉRAL.  —  hétablissement  de  la  circdlatios. 
de  tissus  organiques  agissent  comme  le  chanvre  et  la  soie,  et  ne  sont 
ni  mieux  absorbées,  ni  plus  facilement  tolérées.  Les  ligatures  antisep¬ 
tiques  de  Lister  n’ont  pas  encore  subi  un  contrôle  suffisant  pour  que 
nous  puissions  admettre  ou  contredire  les  affirmations  de  leurs  partisans; 
mais  nous  croyons  qu’elles  partageront  le  sort  de  toutes  les  ligatures 
absorbables  qui  les  ont  précédées.  Quant  aux  ligatures  métalliques,  elles 
présentent  évidemment  une  qualité,  l’imperméabilité  qui,  jointe  à  leur 
finesse,  les  rend  peu  irritantes  ;  mais  elles  manquent  de  souplesse,  elles 
sont  cassantes,  et  il  est  difficile  de  savoir  le  degré  de  striction  qu’on 
exerce  avec  elles.  S’il  semble  à  peu  près  démontré  aujourd’hui  qu’on  peut 
sans  inconvénient  les  remplacer,  pour  toutes  les  sutures,  par  des  fils  de 
soie,  nous  accorderons  à  plus  forte  raison  la  préférence  à  ces  derniers 
pour  la  pratique  des  ligatures.  Nous  leur  demandons  la  finesse,  la  solidité, 
une  texture  bien  serrée  et  une  bonne  couche  de  cire  qui  les  rende  à  peu 
près  imperméables,  et  qui  permette  de  mieux  serrer  le  nœud.  C’est  ce  qui 
ressort  nettement  de  l’étude  à  laquelle  nous  venons  de  nous  livrer. 

Rétablissement  de  la  circulation.  —  Lorsqu’une  artère  est  oblitérée 
par  une  ligature,  la  circulation  y  est  interrompue  jusqu’au  niveau  de  la 
première  collatérale,  et  le  calibre  du  vaisseau  se  rétrécit.  Le  liquide  san¬ 
guin  étant  gêné  dans  son  écoulement,  la  pression  intravasculaire  aug¬ 
mente  et  dilate  petit  à  petit  les  collatérales  à  une  certaine  distance  au-dessus 
de  la  ligature.  Celles-ci  augmentent  de  calibre,  non-seulement  au  voisi¬ 
nage  immédiat  du  vaisseau  qui  a  été  lié,  mais  jusque  dans  leurs  dernières 
divisions,  et  surtout  dans  leurs  anastomoses  avec  les  collatérales  qui  par¬ 
tent  de  l’artère  au-dessous  de  la  ligature.  Cette  dilatation  lente  et  pro¬ 
gressive  ouvre  au  sang  artériel  une  voie  nouvelle,  qui  lui  permet  de 
contourner  l’obstacle  et  de  pénétrer  dans  la  partie  du  vaisseau  située  au- 
dessous  du  lien  constricteur.  Le  rétablissement  de  la  circulation  par  cette 
voie  collatérale  sera  plus  ou  moins  rapide  et  complet,  suivant  la  région 
où  a  été  appliquée  la  ligature,  et  suivant  le  nombre  et  le  volume  des  anas¬ 
tomoses  fournies  par  les  collatérales  au-dessus  et  au-dessous  du  point 
oblitéré.  Dans  certaines  régions,  il  est  presque  immédiat,  dans  les  cercles 
anastomotiques,  par  exemple  ;  dans  d’autres,  il  est  plus  lent  à  se  produire; 
nulle  part  il  ne  fera  complètement  défaut. 

Outre  le  petit  nombre  et  la  petite  dimension  des  collatérales,  la  sclérose 
et  l’athérome  des  parois  artérielles  pourront  entraver  le  rétablissement  de 
la  circulation,  en  s’opposant  à  la  dilatation  des  voies  nouvelles  dans  les¬ 
quelles  se  précipite  l’ondée  sanguine;  mais,  même  dans  ces  conditions 
défavorables,  l’ischémie  est  moins  à  craindre  que  l’asphyxie  locale  par 
arrêt  de  la  circulation  dans  les  veines  et  dans  les  capillaires.  Le  sang  pé¬ 
nètre  encore  dans  les  parties  situées  au-dessous  de  la  ligature  en  quantité 
suffisante  pour  entretenir  la  vie,  mais  il  n’est  plus  poussé  assez  énergique¬ 
ment  par  la  pression  artérielle  dans  les  vaisseaux  capillaires  et  dans  les 
veines. 

Les  phénomènes  que  nous  venons  de  décrire,  se  manifestent  à  nous  de 
la  façon  suivante  dans  les  membres  dont  l’artère  principale  a  été  liée.  Les 


LIGATURE  EN  GÉNÉRAL.  -  RÉTABLISSEMENT  DE  LA  CIRCULATION.  567 

pulsations  artérielles  sont  suspendues  au-dessous  de  la  ligature  ;  la  peau 
devient  pâle  ;  sa  température  s’abaisse  ;  ses  veines  superficielles  sont  moins 
saillantes.  L’opéré  accuse  un  sentiment  d’engourdissement  et  de  faiblesse 
du  membre,  souvent  accompagné  de  fourmillements.  Ces  phénomènes  sont 
passagers  :  au  bout  de  quelques  minutes  ou  au  bout  de  quelques  heures, 
suivant  le  plus  ou  moins  de  facilité  du  rétablissement  de  la  circulation,  la 
peau  devient  rouge  et  chaude  ;  sa  température  peut  même  dépasser  celle 
du  côté  sain  ;  l’hypérémie  a  remplacé  l’ischémie.  Elle  est  variable  elle- 
même  et  comme  durée  et  comme  intensité.  Si  elle  est  excessive  et  persis- 
sante,  elle  peut  entraîner  la  gangrène  du  membre  par  asphyxie  locale  ;  et 
la  gangrène  par  ischémie  peut  se  produire  si  elle  fait  absolument  défaut. 
Ces  deux  états  si  opposés,  mais  qui  reconnaissent  la  même  cause,  ne  sont 
à  craindre  que  si,  à  l’affection  qui  a  nécessité  la  ligature,  vient  se  joindre 
une  maladie  des  tuniques  artérielles  qui  entrave  le  rétablissement  de  la 
circulation. 

On  prévoit  facilement  les  modifications  qu’entraîne,  dans  le  système  ar¬ 
tériel  d’un  membre,  la  ligature  de  l’artère  principale.  La  figure  44  dans 
l’article  de  Nélalon  {voy.  Artères,  t.  III,  p.  189),  représentant  une  des 
pièces  du  musée  Dupuytren,  en  fournit  un  fort  bel'exempie.  La  fémorale 
oblitérée  dans  le  triangle  de  Scarpa  au-dessus  de  la  naissance  de  la  fé¬ 
morale  profonde,  forme  un  cordon  fibreux.  L’iliaque  externe  qui  y  abou¬ 
tit  à  notablement  diminué  de  calibre,  elle  ne  représente  plus  guère  que 
les  volumes  réunis  de  la  circonflexe  iliaque  et  de  l’épigastrique.  En  revan¬ 
che,  l’hypogastrique  est  beaucoup  plus  développée  que  du  côté  opposé  ; 
ses  branches  fesgière,  ischiatique  et  obturatrice  sont  très-voluinineuses, 
et  fournissent  de  grosses  branches  anastomotiques  qui  se  réunissent  aux 
circonflexes  et  aux  perforantes,  pour  former  un  réseau  artériel  qui  ra¬ 
mène  le  sang  dans  la  fémorale  profonde  très-dilatée,  par  elle  dans  la  fé¬ 
morale  elle-même,  dont  le  volume  a  diminué  d’une  façon  notable. 

Outre  cette  circulation  collatérale  indirecte,  il  peut  s’établir  des  anas¬ 
tomoses  directes  reliant  les  deux  bouts  de  l’artère  oblitérée  et  coupée  par 
la  ligature.  Elles  semblent  provenir  des  artérioles  destinées  à  la  gaîne  de 
l’artère.  Porta  nous  en  fournit  quelques  curieux  exemples,  déjà  figurés 
à  l’article  Artères.  Il  est  bien  évident  qu’au  point  de  vue  du  rétablisse¬ 
ment  de  la  circulation  dans  le  membre,  ces  anastomoses  directes  n’au¬ 
ront  jamais  l’importance  des  anastomoses  indirectes  (voy.  Nélaton,  ar¬ 
ticle  Artères,  t.  111,  p.  188). 

A  la  suite  des  ligatures  artérielles,  le  rétablissement  rapide  et  complet 
de  la  circulation  par  les  anastomoses  des  collatérales  peut  devenir  une 
ause  d’insuccès  et  un  danger.  Il  doit  faire  rejeter  la  ligature  au  lieu  d’é¬ 
lection  dans  les  hémorrhagies  suite  de  blessures  artérielles.  Le  cours  du 
sang,  en  effet,  se  rétablissant  avant  que  l’artère  ne  soit  solidement  oblité¬ 
rée  aupointoùellea  été  blessée,  l’hémorrhagie  se  reproduit.  C’est  ce  que 
démontre  l’expérience  suivante,  que  j’ai  plusieurs  fois  répétée.  La  caro¬ 
tide  d’un  chien  est  mise  à  nu  et  entourée  d’un  fil.  A  peine  la  ligature 
est-elle  serrée,  que  le  boni  périphérique  est  gonflé  par  le  sang  qui  lui  est 


568  LIGATURE  EN  GÉNÉRAL.  —  opération  :  L.  A  LA  SDRPACE  d’une  PLAIE, 
ramené  par  les  anastomoses  ;  le  doigt  y  perçoit  les  pulsations  artérielles 
aussi  distinctement  que  dans  le  bout  central,  et  si  on  blesse  l’artère  entre 
les  anastomoses  et  la  ligature,  le  sang  s’en  écbappeen  jets  saccadés,  sensi¬ 
blement  aussi  forts  que  ceux  qu’on  obtient  par  une  blessure  faite  entre 
la  ligature  et  le  cœur. 

Si  la  ligature  est  placée  entre  deux  ou  plusieurs  collatérales  volumi¬ 
neuses  et  rapprochées,  non-seulement  la  circulation  sera  vite  rétablie  en¬ 
tre  les  deux  bouts  de  l’artère,  mais  le  travail  d’oblitération  ne  pourra  pas 
se  faire  et,  à  la  chute  du  fil,  il  y  aura  hémorrhagie.  C’est  ce  que  Léon  Le 
Fort  a  démontré  pour  la  ligature  de  la  sous-clavière  entre  les  scalènes. 
L’artère  maintenue  par  ses  collatérales  ne  peut  pas  se  contracter,  ses  tu¬ 
niques  interne  et  moyenne  ne  se  rétractent  pas  suffisammént,  les  caillots 
qui  doivent  se  former  manquent  ou  sont  insuffisants.  De  plus,  la  circula¬ 
tion  continuant  jusque  contre  la  ligature,  les  battements  saccadés  qu’elle 
imprime  à  Tartère  liée,  gênent  le  travail  de  cicatrisation  qui  doit  l’oblitérer, 
et  provoquent  la  section  trop  rapide  de  la  tunique  externe  et  la  chutepré- 
coce  du  fil,  bientôt  suivieil’hémorrhagie. 

Une  autre  indication  qui  ressort  des  faits  relatifs  au  rétablissement  de 
la  circulation  à  la  suite  des  ligatures  artérielles,  c’est  la  nécessité,  lors¬ 
qu’une  artère  a  été  divisée,  d’en  lier  les  deux  bouts  dans  la  plaie  elle- 
même.  On  comprend,  en  effet,  que  la  circulation  étant  rétablie  dans  la 
partie  périphérique  de  l’artère ,  la  ligature  du  bout  supérieur  seul  ne 
peut  pas  mettre  sûrement  à  l’abri  contre  la  réapparition  de  l’hémorrhagie 
[voy.  Artères  (plaies),  t.  III,  p.  190].  Cette  règle  si  bien  posée  par  Gu- 
thrie  ne.  souffre  qu’une  seule  exception:  c’est  l’impossibilité  où  peut  se 
trouver  le  chirurgien  de  découvrir  le  bout  inférieur,  lorsqu’il  ne  donne 
pas  de  sang  et  qu’il  est  perdu  au  fond  d’une  plaie  profonde  et  anfrac¬ 
tueuse,  dont  les  tissus  sont  modifiés  par  le  traumatisme  et  par  l’inflam¬ 
mation  qui  l’a  suivi. 

Nous  trouvons  donc  dans  l’étude  du  rétablissement  de  la  circulation 
dans  les  artères  liées,  comme  dans  celle  de  leur  mode  d’oblitération,  des 
faits  d’une  haute  importance  au  point  de  vue  pratique. 

Nous  n’avons  à  nous  occuper  ni  des  indications  de  cette  opération  dans 
les  plaies  et  dans  les  anévrysmes,  ni  des  différentes  méthodes  de  ligature 
applicables  à  ces  lésions.  C’est  aux  articles  Artères  (plaies),  t.  III,  p.  181 
et  Anévrysmes,  t.  II,  p.  316,  que  sont  discutées  les  méthodes  dites  méthode 
ancienne,  méthode  cl’Anel,  méthode  de  Hunter,  méthode  de  Brasdor,  mé¬ 
thode  de  Wardrop,  ligature  au  lieu  d'élection,  ligature  dans  la  plaie. 

Description  de  l’opération.  —  11^  ne  nous  reste  donc  plus  qu’à 
décrire  l’opération  en  elle-même,  indépendamment  de  la  région  où  elle 
est  pratiquée  :  à  la  surface  d’une  plaie  qui  a  coupé  l’artère  ;  2“  dans  la 
continuité  d’une  artère  qui  n’est  pas  divisée  et  que  découvre  la  main  du 
chirurgien. 

Ligature  a  la  surface  d’une  plaie.  —  Les  instruments  nécessaires  à 
cette  opération  sont:  des  pinces  à  dissection  (il  en  faut  au  moins  deux), un 
ténaculum  (fig.  47),  un  bistouri  droit,  du  fil  de  soie  fin,  fort  et  ciré,  des 


LIGATURE  EN  GÉNÉRAL.  —  ligature  a  la  surface  d’une  plaie.  569 
éponges,  de  l’eau  froide,  de  l’eau  tiède  et  tous  les  objets  nécessaires  au 
pansement  de  la  plaie.  Nous  rejetons  les  pinces  à  verrou  dites  pinces 
à  ligature  ;  souvent  le  verrou  se  ferme  lorsqu’on  saisit  la  pince,  qui  alors, 
ne  peut  plus  se  fermer  quand  on  veut  prendre  l’artère. 

Ces  pinces  ne  sont  bonnes  que  comme  porte-épingles 
dans  les  sutures.  Nous  rejetons  également  les  pinces 
dites  porte-ligature,  plus  ingénieuses  qu’utiles  ;  elles 
sont  très-généralement  abandonnées.  Les  presse-ar- 
tère,  par  contre,  méritent  d’être  conservés  ;  ils  obli¬ 
tèrent  les  artères  à  la  surface  des  plaies  en  attendant 
qu’on  puisse  en  pratiquer  la  ligature. 

La  plaie  étant  essuyée  avec  une  éponge  humide  et 
débarrassée  des  caillots  de  sang  qui  peuvent  la  recou¬ 
vrir,  on  reconnaît  les  artères  à  leur  siège  anatomique, 
à  leur  aspect  lorsqu’elles  ont  un  certain  calibre,  et  au 
jet  de  sang  vermeil  et  saccadé  qui  s’en  échappe,  lors¬ 
qu’on  cesse  de  comprimer  le  tronc  principal  au-dessus 
delà  plaie.  Pour  les  petites  artères  le  jet  est  continu, 
mais  vermeil,  tandis  que  le  sang  coule  en  bavant  des 
artérioles,  surtout  si  elles  se  sont  rétractées  dans  les 
chairs.  Mais  la  recherche  des  artères,  à  la  surface  ^,5  47  _  Ténaculum. 
des  plaies,  peut  présenter  quelque  difficulté.  C’est 
l’écoulement  du  sang,  sauf  pour  les  gros  troncs,  qui  guide  la  recherche 
du  chirurgien  :  il  peut  manquer,  l’artère  s’est  rétractée  dans  sa  gaîne,  elle 
s’est  contractée,  un  caillot  est  venu  boucher  son  orifice  rétréci,  et  grâce  à 
un  état  syncopal,  à  une  diminution  dans  la  force  des  battements  du  cœur, 
cette hémostasie  naturelle  suffit  momentanément  pour  empêcher  tout  écou¬ 
lement  de  sang.  Il  faut  alors  ouvrir  largement  la  plaie,  la  laver  avec  une 
éponge  imbibée  d’eau  tiède;  et,  si  on  a  lieu  de  soupçonner  la  blessure 
d’une  artère  d’un  certain  calibre,  attendre,  avant  de  procéder  au  pansement, 
que  les  battements  du  cœur  aient  repris  toute  leur  énergie.  Les  anciens 
chirurgiens  insistaient  sur  les  précautions  à  prendre  à  la  suite  des  grandes 
opérations,  pour  ranimer  la  circulation.  B.  Bell  recommande  même  de 
donner  à  l’opéré  un  verre  de  cordial  «  pour  relever  l’action  du  cœur  »  ; 
opérant  sans  chloroforme,  ils  devaient,  plus  souvent  que  nous,  voir  l’état 
syncopal  suivre  leurs  opérations. 

L’artère  est  reconnue  :  on  saisit  son  orifice  en  travers,  par  le  milieu, 
et  on  la  fait  saillir  légèrement  à  la  surface  de  la  plaie  par  une  traction 
douce,  mais  soutenue.  Dans  ce  temps  de  l’opération,  il  faut  éviter  avec  soin 
une  traction  trop  forte  qui  pourrait  arracher  l’artère  en  rompant  ses  trois 
tuniques.  Si  on  la  tient  mal,  on  la  reprend,  sans  la  lâcher,  avec  une  seconde 
pince,  en  ayant  soin  de  la  saisir  juste  au-dessous  du  point  où  doit  porter 
la  ligature.  Si,  en  même  temps  que  l’artère,  on  a  saisi  les  parties  molles 
qui  l’environnent,  il  faut  la  lâcher  et  la  reprendre,  ou  la  débarrasser  avec 
la  seconde  pince  des  parties  qui  l’enveloppent,  afin  d’éviter  autant  que 
possible  une  ligature  médiate. 


570  LIGATURE  EN  GÉNÉRAL.  —  libatdre  a  la  surface  d’ume  plaie. 

L’artère,  saisie  par  la  pince,  fait  saillie  à  la  surface  de  la  plaie.  Un  aide 
engage  le  fil  sous  la  pince,  le  conduit  vers  l’artère  et  fait  un  premier 
•nœud  par-dessus  la  main  de  l’opérateur,  qui  s’est  un  peu  effacé  pour 
faire  place  à  son  aide.  Pour  porter  le  nœud  encore  lâche  en  avant  de  la 
pince  et  pour  le  serrer  sur  l’artère,  l’aide  tend  les  bouts  du  fil  surlafacé 
palmaire  des  deux  index  ou  des  deux  pouces  qui  se  touchent  par  leur 
face  dorsale;  il  conduit  ainsi  la  ligature  aussi  loin  qu’il  veut,  et  serre  le 
nœud  en  pliant  et  en  écartant  l’une  de  l’autre  les  deux  premières  pha¬ 
langes  sur  lesquelles  se  réfléchit  le  fil.  Il  doit,  pendant  ce  temps  de  l’opé¬ 
ration,  prêter  la  plus  grande  attention  ;  1°  à  ne  pas  exercer  sur  l’artère 
une  traction  qui  puisse  la  rompre  ;  2“  à  serrer  le  nœud  assez  pour  couper 
les  tuniques  interne  et  moyenne  ;  3“  à  ne  pas  faire  un  effort  capable  de 
casser  le  fil  ;  4°  à  ne  pas  nouer  le  fil  sur  les  mors  de,  la  pince.  Si  cette  der¬ 
nière  faute  est  commise,  ce  qui  peut  tenir  à  ce  que  l’artère  ne  fait  pas  à 
la  surface  de  la  plaie  une  saillie  suffisante,  l’opérateur  couche  contre  la 
pince  la  ligature  manquée,  et  il  porte  l’ongle  de  l’index,  qui  est  libre,  au 
delà  des  mors  de  la  pince.  L’aide  armé  d’un  nouveau  fil  applique  une  se¬ 
conde  ligature  qui,  glissant  cette  fois  sur  le  plan  incliné  que  lui  fournit 
l’index  de  l’opérateur,  arrive  à  destination.  Il  suffit  d’avoir  assisté  une  fois 
aux  embarras  que  crée  à  l’opérateur  un  aide  inhabile,  pour  saisir  tÇg, 
l’importance  de  ces  petits  détails.  •  , 

Au  premier  nœud  en  succède  un  second.  On  a  renoncé  au  nœud  dit  au 
chirurgien,  dans  lequel  on  croisait  deux  fois  les  extrémités  du  fil  ;  il  tient 
mieux  que  deux  nœuds  simples,  mais  il  est  plus  difficile  à  serrer. 

Le  procédé  à  suivre  est  celui  que  nous  venons  de  décrire,  lorsqu’on  doit 
pratiquer  la  ligature  sur  une  plaie  en  voie  de  suppuration.  La  dénudation 
de  l’artère,  gênée  par  le  tissu  de  granulation,  est  un  peu  plus  laborieuse, 
mais  nous  croyons  qu’il  faut  l’entreprendre.  Quant  à  la  crainte  qu’avaient 
les  anciens  de  tomber  sur  des  tuniques  artérielles  trop  friables  pour  résis¬ 
ter  à  l’action  des  ligatures,  l’expérience  a  prouvé  depuis  longtemps  qu’il 
n’y  avait  pas  lieu  de  s’en  préoccuper  lorsque  la  ligature  était  bien  faite. 

Nous  accordons  dans  tous  les  cas  la  préférence  à  la  ligature  immédiate, 
mais  il  peut  devenir  impossible  de  la  pratiquer  dans  les  circonstances  sui¬ 
vantes  :  l’artère  d’un  petit  calibre  s’est  rétractée  profondément  dans  un 
interstice  où  il  serait  dangereux  ou  désavantageux  de  la  suivre  par  un  dé- 
bridement,  ou  bien  le  sang  semble  provenir  d’un  pinceau  d’artérioles  trop 
petites  et  trop  rapprochées  pour  qu'on  puisse  les  isoler.  Dans  le  premier 
cas,  le  chirurgien,  armé  duténaculum,  embroche  les. parties  molles  au  mi¬ 
lieu  desquelles  se  trouve  le  vaisseau  qui  donne  le  sang.  Il  ne  doit  péné¬ 
trer  que  juste  assez  profondément  pour  les  saisir  ;  une  traction  soutenue 
soulève  les  parties  chargées  sur  le  ténaculum  et  l’aide  les  enveloppe  d’un 
fil  solide  qui,  grâce  à  la  branche  courbe  sur  laquelle  il  glisse,  ne  risque 
pas  de  s’échapper,  s’il  est  fortement  serré.  Il  n’est  presque  jamais  néces¬ 
saire  de  frayer  la  voie  au  fil  au  moyen  du  bistouri  par  une  incision  circu¬ 
laire  qui  cerne  la  base  du  cône  soulevé  par  le  ténaculum.  Si  on  a  affaire  à 
des  artérioles 'superficielles,  on  peut  les  saisir  avec  le  tissu  cellulaire  ou 


LIGATURE  EN  GÉNÉRAL.  -  LIGATURE  A  LA  SURFACE  d’uNE  PLAIE.  571 

musculaire  qui  les  enveloppe,  au  moyen  de  pinces  à  mors  un  peu  larges, 
et  pratiquer  la  ligature  médiate  sans  le  secours  duténaculum.  Nous  ne  re¬ 
viendrons  pas  ici  sur  les  raisons  qui  doivent  faire  éviter  le  plus  possible 
les  ligatures  médiates;  nous  ne  les  conservons  que  pour  les  cas  où  les  li¬ 
gatures  immédiates  semblent  impossibles,  et  jamais  nous  ne  nous  permet¬ 
trons  d’y  recourir  s’il  y  a  danger  d’étreindre  avec  le  fil  un  tronc  nerveux. 

Mais  Tàrtère  divisée  n’est  pas  toujours,  comme  dans  les  opérations  chi¬ 
rurgicales,  béante  à  la  surface  de  la  plaie.  Celle-ci  peut  être  étroite,  pro¬ 
fonde,  anfractueuse,  remplie  de  caillots  sanguins,  d’esquilles  osseuses,  de 
lambeaux  de  tissus  profondément  modifiés  par  le  sphacèle  et  par  l’inflam¬ 
mation  (voy.  Plaies  par  coups  de  feu,  par  coups  de  couteau).  La  ligature 
ians  la  plaie  devient  alors  une  des  opérations  les  plus  hardies  et  les  plus 
fficiles  de  la  chirurgie.  On  doit  y  procéder  de  la  façon  suivante. 

Le  malade  étant  soumis  au  chloroforme,  le  chirurgien  se  rend  maître 
du  cours  du  sang.  La  compression  digitale  doit  être  préférée  ici,  pour  les 
raisons  que  nous  verrons  plus  loin,  à  tous  les  compresseurs.  Dès  que  le 
sang  a  cessé  de  couler,  la  plaie  est  incisée  largement  et  *couche  par  cou- 
àedans  la  direction  de  l’artère  blessée.  Les  connaissances  anatomiques 
les  plus  précises  sont  nécessaires  ici  pour  éviter  de  blesser  des  organes 

.'^‘♦■tants,  d’autant  plus  que  les  incisions  doivent  être  faites  franche- 
a,  afin  de  donner  à  la  plaie  toute  la  netteté  possible  et  une  profondeur 
suffisante.  Après  avoir  bien  nettoyé  la  plaie  avec  une  éponge,  le  chirurgien, 
guidé  par  sa  connaissance  de  la  région,  recherche  l’artère  blessée  ;  mais 
lês  parties  sont  bien  modifiées  dans  leur  forme  par  le  gonflement,  et  dans 
leur  aspect  par  l’infiltration.  L’aide  lâche  un  moment  la  compression;  un 
je'  de  sang  vermeil  s’élance  d’un  des  points  de  la  plaie  ;  c’est  là  qu’il  faut 
àercher.  A  l’éponge  succèdent  la  sonde  cannelée,  le  bistouri,  les  pinces; 
de  nouveaux  jets  de  sang,  sur  l’ordre  du  chirurgièn,  guident  celte  recher¬ 
che  laborieuse.  Enfin  la  pince  a  saisi  un  vaisseau,  on  peut  lâcher  la  com¬ 
pression  sans  que  le  sang  coule  :  l’artère  blessée  a  été  trouvée  ;  elle  est  liée 
solidement.  Attendez,  épongez  la  plaie,  lavez-la  même  à  l’eau  tiède  et  dé- 
barrassez-la  de  tous  les  caillots  de  sang  qu’elle  contient,  avant  de  la  pan¬ 
ser  :  le  sang  peut  encore  couler,  mais  moins  abondamment  cette  fois  ;  il 
vient  du  bout  inférieur  de  l’artère  et  nécessite  une  nouvelle  recherche 
semblable  à  la  première. 

U  n’y  a  donc  pas  lieu  de  nous  étonner  que  bien  des  chirurgiens  con¬ 
seillent  de  préférer  la  ligature  au  lieu  d’élection  à  la  ligature  dans  la  plaie. 
Malheureusement,  cette  opération,  infiniment  plus  facile,  ne  met  pas  à  l’abri 
contre  un  retour  de  l’hémorrhagie.  Il  m’est  arrivé  de  lier  la  sous-clavière 
sur  la  première  côte  pour  une  blessure  de  l’axillaire  produite  par  un  fleu¬ 
ret,  et  d’être  forcé  quelques  jours  après  de  rechercher  dans  l’aisselle,  à 
travers  les  pectoraux,  l’artère  blessée  pour  en  lier  les  deux  bouts.  Dans 
üuefracture  par  coup  de  feu  de  l’avant-bras  accompagnée  d’hémorrha¬ 
gie,  ne  réussissant  pas  à  trouver  l’artère  blessée  malgré  un  débridement 
assez  considérable,  je  fis  la  ligature  de  l’humérale  au  pli  du  coude; 
l’hémorrhagie  reparut  et  me  força  à  pratiquer  l’amputation.  Il  serait  facile 


572  LIGATURE  EN  GÉNÉRAL,  —  ijgatübe  dans  la  continuité. 

de  multiplier  ici  les  exemples  d’insuccès  de  la  ligature  faite  au  lieu  d’élee- 
tion,  mais  nous  ne  voulons  pas  insister  sur  ce  sujet  qui  occupera  une 
place  importante  dans  l’article  consacré  aux  coups  de  feu. 

Ligature  dans  la  continuité  d’une  artère  qui  n’est  pas  divisée.  — 
Cette  opération,  une  des  plus  brillantes  de  la  chirurgie,  nécessite  des 
connaissances  anatomiques  précises,  et  beaucoup  de  méthode  et  de  soins 
dans  l’exécution  des  quatre  temps  qu’elle  comporte.  Aux  instruments  que 
nous  avons  indiqués  précédemment,  il  convient  d’ajouter  :  un  bistouri 
boutonné;  une  sonde  cannelée,  des  ciseaux,  une  aiguille  courbe  (aiguille 
de  Cooper  ou  de  Deschamps),  et  enfin  un  stylet  aiguillé. 

Premier  temps.  —  Découvrir  la  gaine  de  l’artère.  Chaque  artère  a  ses 
lieux  d’élection.  Ils  sont  choisis  pour  les  points  de  repère  qui  guident  la 
recherche  du  chirurgien,  ainsi  que  pour  les  conditions  favorables  qui  as¬ 
surent  à  leur  niveau  le  rétablissement  de  la  circulation.  Ces  points  de  re¬ 
père  sont  des  saillies  osseuses  ou  musculaires,  des  lignes  tracées  sur  la 
peau  représentant  exactement  le  trajet  de  l’artère  ;  sous  la  peau,  ce  sont 
des  muscles,  des  interstices  musculaires,  des  tendons,  des  veines,  des 
nerfs,  des  tubercules  osseux.  Il  faut,  avant  d’entreprendre  une  ligature, 
avoir  tous  ces  points  de  repère  bien  présents  à  l’esprit,  dans  l’ordre  où  ils 
se  présenteront  successivement.  L’incision  de  la  peau  doit  être  assez  lon¬ 
gue  pour  permettre  des  recherches  et  une  dissection  faciles.  A  cheval  par 
son  milieu  sur  le  point  où  on  veut  découvrir  l’artère,  elle  est  habituelle¬ 
ment  parallèle  et  superposée  à  l’artère;  dans  certaines  régions  on  est  forcé 
de  la  faire  oblique  ou  perpendiculaire  au  trajet  de  l’artère  (sous-clavière, 
faciale,  iliaques)  ,  La  peau  et  les  plans  qui  recouvrent  l’artère,  sont  incisés 
couche  par  couche  dans  toute  l’étendue  de  la  plaie,  en  évitant  et  en  faisant 
écarter  par  des  crochets  mousses  les  veines,  les  nerfs  et  les  bords  des 
muscles  qui  peuvent  se  présenter.  Arrivé  au  voisinage  de  l’artère,  les 
couches  sont  soulevées  avec  des  pinces,  éloignées  du  trajet  de  l’artère, in¬ 
cisées  en  dédolant,  et  fendues  sur  la  sonde  cannelée  dans  une  étendue 
suffisante.  La  gaine  de  l’artère  est  ainsi  mise  à  découvert;  elle  laisse 
habituellement  voir  par  transparence,  lorsqu’on  est  arrivé  à  opérer  à  sec, 
à  côté  d’un  cordon  blanchâtre  qui  est  l’artère,  un  ou  deux  cordons  bleus 
foncés,  les  veines  satellites,  et  le  doigt  porté  dans  la  plaie  perçoit  les 
pulsations  artérielles. 

Deuxième  temps.  —  Inciser  la  gaine  et  dénuder  l’artère.  On  soulève  la 
gaine  avec  des  pinces;  on  l’éloigne'du  trajet  de  l’artère;  on  l’incise  légè¬ 
rement  et,  avec  l’aide  de  la  sonde  cannelée,  on  prolonge  l’incision  dans 
l’étendue  de  0“‘,01  environ.  Le  bec  de  la  sonde  cannelée  est  alors  pro¬ 
mené  doucement  des  deux  côtés  de  l’artère,  qui  se  trouve  ainsi  dénudée 
dans  l’étendue  de  l’incision"praliquée  à  sa  gaine.  Bœckel  (de  Strasbourg) 
exécute  ce  temps  de  l’opération  de  la  façon  suivante  :  il  saisit  la  gaine  de 
l’artère  avec  deux  pinces,  la  déchire,  et  dénude  l’artère  dans  une  éten¬ 
due  suffisante.  C’est  infiniment  plus  simple  et  plus  sûr,  je  n’ai  pas  hésité 
à  adopter  sa  manière  de  faire. 

Troisième  temps.  —  Passer  le  fil  sous  l’artère.  On  glisse  d’abord  sous 


LIGATURE  EN  GÉNÉRAL.  -  BIBLIOGRAPHIK.  575 

l'arlère,  bien  doucement  et  pour  frayer  la  route,  une  sonde  cannelée 
d’argent,  à  laquelle  on  a  donné  une  courbure  appropriée.  Lorsqu’il  n’y  a 
iju’uQe  seule  veine  collatérale,  c’est  entre  elle  et  l’artère  que  la  sonde  doit 
pénétrer  pour  sortir  du  côté  opposé  :  en  procédant  différemment,  on  ris¬ 
querait  de  blesser  la  veine  avec  le  bec  de  la  sonde.  Il  faut  avoir  soin,  pen¬ 
dant  ce  troisième  temps  de  l’opération,  de  ne  pas  tirailler  et  de  ne  pas 
dénuder  dans  une  trop  grande  étendue  l’artère,  ses  veines  satellites  ou 
les  nerfs  qui  les  accompagnent.  On  passe  ensuite  sous  l’artère,  en  suivant 
laToie  de  la  sonde  cannelée,  un  stylet  aiguillé,  l’aiguille  de  Deschamps 
ou  l’aiguille  de  Cooper,  armés  d’un  fil  à  ligature,  et  on  retire  celui  de 
ces  instruments  qui  a  servi  à  passer  le  lien.  On  tend  le  fil  en  soule- 
Tant  légèrement  l’artère,  et,  en  pressant  sur  le  vaisseau  avec  la  pulpe  du 
doigt,  on  en  sent  les  pulsations.  Une  pression  un  peu  plus  forte  arrête  le 
pouls  artériel  au-dessous  du  point  où  l’artère  a  été  dénudée.  Il  est  bon  de 
savoir  qu’on  ne  doit  pas  s’attendre  à  voir  battre  l’artère  mise  à  nu  au  fond 
delà  plaie  ;  ce  qui  tient,  je  crois,  à  une  contraction  de  la  tunique  muscu¬ 
leuse,  due  à  l’irritation  provoquée  par  la  dénudation. 

Quatrième  temps.  —  Serrer  la  ligature.  On  a  senti  les  battements  de 
l’artère  entre  le  doigt  et  le  fil  qui  la  soulève,  aucun  doute  n’est  plus  per¬ 
mis,  il  ne  reste  plus  qu’à  faire  le  double  nœud.  On  y  procède  absolument 
comme  pour  la  ligature  pratiquée  à  la  surface  d’une  plaie.  Si  on  veut  avoir 
recours  au  procédé  d’Abernethy  et  couper  l’ar.tère  entre  deux  ligatures,  on 
laisse  sous  elle  le  fil  double  tel  qu’il  est  passé  par  le  porte-ligature,  et,  en 
coupant  l’anse  qu’il  forme,  on  a  deux  fils  jJiacés  sous  le  vaisseau.  Un  aide 
saisit  les  deux  chefs  d’un  des  fils  et  les  tire  légèrement  vers  une  des  extré¬ 
mités  de  la  plaie  ;  l’opérateur  entraîne  et  tend  légèrement  l’autre  fil  du 
côté  .opposé.  Les  deux  ligatures  se  trouvent  ainsi  placées  aux  deux  extré¬ 
mités  de  la  partie  de  l’artère  qui  a  été  dénudée  ;  il  ne  reste  plus  qu’à  les 
Qouer  et  à  opérer  entre  elles  la  section  de  l’artère. 

Cette  double  ligature,  qui  nous  semble  indispensable  dans  les  plaies 
artérielles,  est  moins  nécessaire  lorsque  la  ligature  est  pratiquée  sur  la 
continuité  d’une  artère  intacte. 

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UGAXURES  EN  PARTicELiES.  —  Nous  étudierons  ici,  comme  ap¬ 
pendice  à  l’article  général  qui  précède,  les  ligatures  des  artères  qui  ont 
élé  liées  par  la  main  des  chirurgiens.  Nous  commencerons  par  en  donner 
on  tableau,  qu’il  sera  intéressant,  croyons-nous,  de  pouvoir  embrasser 
d’un  coup  d’œil. 

Parmi  ces  ligatures,  il  en  est  un  certain  nombre  dont  il  a  été  question 
dans  des  articles  précédents,  auxquels  nous  renvoyons  ;  quelques-unes  ce¬ 
pendant,  bien  que  déjà  étudiées,  nous  ont  paru  réclamer  ici  une  description 
détaillée,  tant  en  raison  de  leur  importance  que  dans  le  but  d’éviter  des 
recherches  au  lecteur.  Pour  celles  qui  n’ont  fait  encore  l’objet  d’aucun  ar¬ 
ticle,  ou  dont  il  ne  doit  pas  être  traité  à  part,  nous  en  donnons  une  des¬ 
cription  spéciale. 


Tronc  brachio-céphalique . 

Carutide  primitive . CiEormES,  VI,  p.  401,  419. 

Carotide  interne .  »  VI,  p.  401,  422 . 

Carotide  externe .  »  VI,  p.  401,  422. 

■•îhjroïdienne  supérieure . 

Linguale . . Laxgue,  XX,  p.  186. 

Faciale . . . 

.  Temporale . 

Occipitale . . 

SouMlavière . .* . 

tertébrale . 

Thyroïdienne  inférieure . 

Mammaire  interne.  . . 

.txillaire . .ixiLLAïuES  (vaisseaux),  IV,  p.  378. 


p.  576 


584 

585 

586 


576  LIGATURES  EN  PARTICULIER. — tronc  brachio-céphalique  oii  iskohiké. 


Brachiale . Bhas.Y,  p.  336 . p. 

liadiale . .  Avant-Bras,  IV,  p.  297,  298 . 

Cubitale . '  .  .  Avant-bras,  IV,  p.  297,  298 . 

Arcadepalmaire  superficielle . . 

Aorte  abdominale . Aorte.II,  725. — Iliaque,  XVin,p.  380,  404, 

Iliaque  primitive . Iliaque,  XVIII,  p. 380. — Fesse, XIV,  p.  640.  . 

Iliaque  interne  (ou  hypogastrique) .  Iliaque,  XVIII,  p.  382.  —  Fesse, XIV,  p. 640.  . 

Fessière . '  .  Fesse,  XIV,  p.  638,  639. 

Iscbiatlque . Fesse,  XIV,  p.  638,  639. 

Honteuse  interne . . 

Iliaque  externe . Iliaque,  XVIII,  p.  379  . 

Épigastrique . 

Fémorale . .  •  Cuisse,  X,  p.  478  . . 

Poplitée.  .1 . We,  XIX,  p.  592 . . 

Tibiale  antérieure . Xaiibe,  XIX,  p.  594  . 

Pédieuse . . 

Tibiale  postérieure.  .  . . Jambe,  XIX,  p.  598 . 

Péronière . . Jambe,  XIX,  p.  603  . 


591 


592 


592 

592 

391 

594 

598 


601 

602 

604 


Tronc  brachio-céphauque  ou  innominé.  —  La  ligature  du  tronc  brachio¬ 
céphalique  fut  tentée  pour  la  première  fois  par  Mott,  en  1 818. Depuis  lui^ 
elle  fut  pratiquée  treize  fois,  par  Graefe,  Bland,  Arendt,  Wilmot,  Hall, 
Hutin,  Lisars,  etc.,  et  treize  fois  les  opérés  ont  succombé.  Cette  opération 
semble  donc  jugée.  Il  est  toutefois  permis  de  se  demander  si  les  judicieuses 
remarques  de  Léon  Le  Fort,  ayant  trait  à  la  ligature  de  la  sous-clavière 
entre  les  scalènes,  ne  seraient  pas  applicables  au  tronc  innominé  ;  si  la 
mort  par  hémorrhagie  récurrente  ne  pourrait  pas  être  conjurée  par  la  li¬ 
gature  simultanée  de  la  carotide  primitive  et  de  la  première  branche  de  la 
sous-clavière.  Quelle  formidable  série  d’opérations  gr.ives  et  délicates!  Qui 
osera  les  tenter?  Qu’il  nous  suffise  de  dire  ici  qu’il  n’est  plus  permis  à  un 
chirurgien  d’entreprendre  la  ligature  isolée  du  tronc  brachio-céphalique. 

Rapports  anatomiques.  —  Né  de  la  partie  antérieure  et  moyenne  delà 
crosse  de  l’aorte,  le  tronc  brachio-céphalique,  long  de  0“,033,  se  porte,  en 
croisant  la  trachée,  vers  l’articulation  sterno-claviculaire  droite,  au  niveau 
de  laquelle  il  se  bifurque  en  carotide  primitive  et  sous-clavière  droites.  11 
est  en  rapport  en  avant,  avec  le  tronc  brachio-céphalique  veineux  gauche 
qui  croise  sa  première  portion,  avec  les  muscles  sterno-hyoïdien  et  thy¬ 
roïdien  qui  le  recouvrent,  avec  le  sternum  et  l’articulation  sterno-clavicu¬ 
laire  dont  il  est  séparé  par  les  organes  précédents  ;  en  avant  et  en  dehors, 
avec  le  tronc  brachio-céphalique  veineux  droit,  et  la  terminaison  des 
veines  jugulaire  et  sous-clavière;  en  dehors,  avec  la  plèvre  et  le  sommet  du 
poumon  sur  lesquels  il  repose:  en  arrière,  avec  la  trachée  qu’il  croise  obli¬ 
quement;  en  dedans,  avec  la  carotide  primitive  gauche-  Au  niveau  de  sa 
bifurcation,  il  est  en  rapport  en  dehors  avec  le  pneumo-gastrique  droitqui 
croise  verticalement  l’origine  de  la  sous-  clavière  ;  son  extréniité  supérieure 
dépasse  chez  les  vieillards  le  niveau  de  l’articulation  sterno-claviculaire 
à  laquelle  elle  correspond,  située  à  une  profondeur  moyenne  de  0“,04. 

Comme  anomalies,  nous  avons  à  signaler  ;  1°  l’absence  du  tronc  bra- 
cbio-céphalique,  les  deux  branches  auxquelles  il  donne  naissance,  prove¬ 
nant  directement  de  la  crosse  de  l’aorte  ;  2“  sa  transposition  lor.-qu’il  est 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  tronc  bba.chio-céphaliqüe  oü  inkominé.  577 
situé  à  gauche,  la  carotide  et  la  sous-clavière  droite  naissant  directement 
de  l’aorte;  3"  deux  troncs  brachio-céphaliques  artériels  ;  4°  un  seul  tronc 
médian  donnant  naissance  aux  deux  carotides,  les  sous-clavières  naissant 
directement  de  l’aorte  ;  5°  un  seul  tronc  médian  d’où  proviennent  les  deux 
carotides  et  les  deux  sous-clavières. 

Anastomoses.  —  L’expérience  a  prouvé  que  la  circulation  se  rétablit 
rapidement  après  la  ligature  du  tronc  brachio-céphalique ,  grâce  aux 
nombreuses  et  larges  anastomoses  des  carotides  et  des  sous-clavières 
droites  et  gauches.  La  seule  question  à  se  poser  actuellement  est  la  sui¬ 
vante  :  la  ligature  de  l’artère  innominée  étant  nécessaire  pour  conserver 
la  vie,  quelles  sont,  parmi  ces  anastomoses,  celles  qu’on  peut,  celles  qu’on 
doit  fermer  par  des  ligatures  simultanées,  afin  d’échapper  au  danger  des 
hémorrhagies  récurrentes,  sans  courir  le  risque  de  gangrènes  étendues 
dues  à  l’arrêt  de  la  circulation  ?  La  carotide  primitive  peut  être  liée  sans 
inconvénient,  et  en  liant  en  même  temps  la  vertébrale,  les  thyroïdiennes 
inférieures  et  les  cervicales  droites  et  gauches  par  leurs  anastomoses,  la 
mammaire  interne,  l’intercostale  supérieure  et  les  scapulaires  par  leurs 
anastomoses  avec  les  intercostales  aortiques,  suffiraient  très-probablement 
au  rétablissement  de  la  circulation  dans  le  membre  thoracique  droit. 

procédés  opératoires.  —  Si  nous  admettons  la  nécessité  de  lier,  en 
même  temps  que  le  tronc  brachio-céphalique,  celles  de  ses  branches  qui 
exposent  aux  hémorrhagies  récurrentes,  nous  sèrons  forcés  de  rejeter, 
comme  procédés  d’amphithéâtre,  ceux  de  O’Connel  décrit  par  King,  de 
Sédillot  et  même  de  Manec. 

King  propose  une  incision  de  0“,06  seulement,  partant  du  sternum  et 
longeant  le  bord  interne  du  sterno-mastoïdien  droit  ;  il  pénètre  dans  l’in¬ 
terstice  des  sterno-thyroïdiens,  et  se  guide  sur  la  trachée  pour  reconnaître 
le  tronc  artériel  qui  la  croise. 

Sédillot  pénètre  par  une  inci.sion  de  0“,06  entre  les  deux  chefs  du 
sterno-mastoïdien  ;  il  coupe  ou  récline  vers  la  ligne  médiane  les  muscles 
sterno-hyoïdien  etsterno-thyroïdien,  et  arrive,  au  niveau  de  l’articulation 
sterno-claviculaire,  sur  la  bifurcation  du  tronc  brachio-céphalique  en  ca¬ 
rotide  primitive  et  sous-clavière. 

Manec  fait  une  incision  de  O^jOQ,  à  O^jOlS  .de  la  clavicule  qu’elle  longe 
et  dépasse  en  dedans  jusqu’au  bord  interne  du  sterno-mastoïdien  droit  ; 
il  coupe  l’insertion  de  ce  muscle  ainsi  que  les  sterno-hyoïdien  et  sterno- 
thyroïdien,  et  découvre  le  tronc  brachio-céphalique  à  son  extrémité  supé¬ 
rieure. 

Le  procédé  de  Mott  reste  le  plus  prudent  et  le  plus  sûr.  Une  incision 
enL,  dont  les  deux  branches  ont  0“,09,  l’une  longeant  le  bord  interne 
du  sterno-mastoïdien  droit,  l’autre  suivant  le  bord  supérieur  de  la  clavi¬ 
cule,  permet  de  détacher  de  ses  insertions  l’extrémité  inférieure  du  sterno- 
mastoïdien,  qui  forme  avec  la  peau  un  lambeau  triangulaire  que  l’on  ré¬ 
cline  en  haut  et  en  dehors.  Après  avoir  coupé  sur  une  sonde  cannelée 
et  récliné  en  dedans  les  muscles  sterno-thyroïdien  et  sterno-hyoïdien, 
le  plan  des  vaisseaux  se  trouve  largement  découvert.  L’artère  carotide 
KODT.  DICT.  HÉB.  El  CBJR.  XX.  —  57 


578  LIGATURES  EN  PARTICULIER. — thyroïdienne  supériedee,  faciale. 
primitive,  longée  par  le  nerf  pneumo-gastrique,  conduit  sur  le  tronc  inno- 
miné.Un  peu  en  dehors  et  au-dessus  de  son  extrémité  supérieure  se  trouve 
la  sous-clavière,  contournée  par  le  nerf  laryngé  récurrent.  C’est  avant  de 
s’engager  sous  le  scalène  antérieur  que  cette  artère  fournit  d’abord  la  ver¬ 
tébrale,  puis  sur  deux  points  diamétralement  opposés,  et  un  peu  en  dehors 
du  nerf  phrénique,  la  thyroïdienne  inférieure  et  la  mammaire  interne.  Le 
tronc  veineux  brachio-céphalrque  situé  en  avant  et  en  dehors  du  tronc  ar¬ 
tériel,  la  veine  sous-clavière,  en  avant  et  en  dessous  de  l’artère  du  même 
nom,  la  veine  jugulaire  interne  enfin,  qui  croise  l’origine  de  l’artère  sous- 
clavière,  seront  soigneusement  évités. 

La  gaine  celluleuse  du  tronc  innominé  étant  ouverte,  l’aiguille  courbe 
armée  d’un  fil  sera  passée  entre  l’artère  et  la,  veine,  et  se  dégagera  entre 
l’artère  et  la  trachée.  Une  seconde  ligature  sera  ensuite  portée  sur  le  tronc 
de  la  carotide  primitive,  et  une  troisième  ligature  sur  l’origine  de  la  ver¬ 
tébrale  qu’on  trouvera  en  longeant  de  dedans  en  dehors  le  bord  supé¬ 
rieur  de  l’artère  sous-clavière.  On  obtiendra  ainsi  un  cul-de-sac  fermé  du 
côté  du  tronc  brachio-céphalique,  ainsi  que  du  côté  de  la  carotide,  et 
s’étendant  dans  la  sous-clavière  jusqu’à  l’origine  des  artères  thyroïdienne 
inférieure  et  mammaire  interne.  Le  caillot  oblitérateur  qui  s’y  formera 
pourra  résister  à  l’effort  de  la  circulation  de  r.etour  notablement  affaiblie 
par  la  ligature  de  la  carotide  et  de  la  vertébrale,  et  s'opposer  d’une  façon 
efficace  aux  hémorrhagies  récurrentes. 

Artère  thyroïdienne  süpériedre.  — -^In  sait  que  née  de  la  partie  anté¬ 
rieure  de  la  carotide  externe,^ette  artère,  dirigée  d’abord  en  avanf  et  en 
dedans,  s’infléchit  en  bas  et  gagne,  en  s’appliquant  sur  le  pharynx,  Tex- 
trémité  supérieure  du  lobe  correspondant  du  corps  thyroïde,  recouverte 
dans  ce  trajet  par  le  peaucier  et  la  peau,  puis  dans  sa  portion  descendante 
par  les  muscles  omo-hyoïdien  et  sterno-thyroïdien  (voy.  les  figures  des 
articles  Cou,  t.  IX,  p.  615,  625  et  625,  et  Carotides,  t.  VI,  p.  378  et  422). 

Elle  a  été  liée,  ainsi  que  la  thyroïdienne  inférieure,  par  plusieurs  chirur¬ 
giens,  Langenbeck,  Carlisle,  Coates,  Brodie,  etc.,  qui  se  proposaient  soit 
d’amener  l’atrophie,  soit  de  permettre  l’ablation  du  corps  thyroïde.  C’est 
une  opération  à  laquelle,  en  raison  des  insuccès  et  des  accidents,  on  n’a 
plus  guère  recours  aujourd’hui,  mais  qu’on  pourrait  avoir  à  pratiquer 
pour  combattre  une  hémorrhagie  traumatique. 

Plusieurs  procédés  ont  été  proposés  pour  cette  ligature,  par  Lisfranc, 
Velpeau,  etc.  Voici  celui  que  décrit  Sédillot. 

On  fait,  parallèlement  au  bord  interne  du  sterno-mastoïdien,  une 
incision  longitudinale  de  0“,06,  dont  Te  milieu  correspond  à  la  grande 
corne  du  cartilage  thyroïde.  La  peau  et  le  peaucier  étant  .divisés  et  le 
sterno-mastoïdien  étant  écarté  du  larynx,  on  voit  au-dessus  du  muscle 
omo-hyoïdien  la  veine  jugulaire  et  la  carotide  primitive  ;  en  renversant  ces 
vaisseaux  en  dehors  et  le  lobe  du  corps  thyroïde  en  dedans,  on  trouve  la 
thyroïdienne  supérieure,  souvent  entourée  de  veinules. 

Artère  faciale.  —  On  la  sent  battre  sous  la  peau,  appliquée  contre  la 
face  externe  du  maxillaire  inférieur,  immédiatement  en  avant  du  muscle 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  temporale,  occipitale,  sous-clavière.  579 
masséter,  dont  elle  est  séparée  par  sa  veine  satellite.  Une  incision  de  0,“05 
partant  du  bord  inférieur  du  maxillaire,  et  longeant  le  bord  du  masséter, 
permet  de  la  découvrir  et  de  la  lier,  après  l’avoir  séparée  de  sa  veine. 

Artère  temporale.  —  Elle  croise  l’arcade  zygomatique  à  0“,006  envi¬ 
ron  en  avant  du  tragus,  sous  la  peau  et  l’aponévrose,  enveloppée,  ainsi  que 
sa  veine  satellite  située  en  arrière  d’elle,  dans  un  tissu  cellulaire  dense  et 
faux,  qui  rend  sa  recherche  assez  délicate.  Pour  la  découvrir,  il  suffît 
de  pratiquer  une  incision  de  0“,03  perpendiculaire  à  l’arcade,  à  0“,006  en 
avant  du  cartilage  de  l’oreille. 

Artère  occipitale.  —  On  peut  la  lier  :  1“  à  son  origine  ;  2°  en  arrière 
et  au-dessous  de  l’apophyse  mastoïde. 

L’artère  occipitale,  née  de  la  partie  postérieure  de  la  carotide  externe, 
longe  la  face  interne  du  ventre  postérieur  du  digastrique,  croise  très- 
obliquement  la  partie  descendante  du  nerf  grand  hypoglosse,  et  s’inflé¬ 
chit  au  niveau  du  sommet  de  l’apophyse  mastoïde  pour  s’engager  sous  le 
splénius,  au  bord  postérieur  duquel  elle  devient  ascendante  et  sous-cu¬ 
tanée. 

1°  A  son  origine.  —  Valette  a  décrit  la  ligature  de  l’occipitale  à  son 
origine.  Il  pratique  à  la  peau  la  même  incision  que  pour  la  ligature  de  la 
carotide  externe,  longeant  de  bas  en  haut  le  bord  interne  du  sterno- 
mastoïdien  dans  l’étendue  de  0‘“,06  à  partir  du  bord  supérieur  du  carti¬ 
lage  thyroïde  ;  il  relève  le  bord  inférieur  de  la  parotide,  reconnaît  la  posi- 
fion  des  troncs  carotidiens  sans  les  découvrir,  soulève  un  peu  le  bord 
inférieur  du  ventre  postérieur  du  digastrique,  et  découvre  l’artère  au  mo¬ 
ment  où  elle  croise  le  nerf  grand  hypoglosse,  qui  devient  pour  sa  re¬ 
cherche  un  point  de  repère  précieux. 

f  Sous  V apophyse  mastoïde. — Une  incision  de  0“,04  environ,  partant 
àO^Ol  en  arrière  et  au-dessous  de  l’apophyse  mastoïde,  et  dirigée  obli- 
pement  en  arrière  et  en  haut,  découvre  successivement  un  plan  aponé- 
irotique  dépendant  du  sterno-mastoïdien,  un  plan  musculaire,  le  splénius, 
et  sous  ce  dernier,  la  partie  postérieure  de  la  rainure  digastrique,  dans 
laquelle  est  logée  l’artère  accompagnée  de  ses  veines  satellites.  Elle  est 
facile  à  isoler  et  à  lier. 

Artère  sous-clavière.  —  L’artère  sous-clavière  a  été  liée  ;  1“  en  dedans 
les  scalènes  ;  2°  entre  les  scalènes  ;  5°  en  dehors  des  scalènes. 

U  En  dedans  des  scalènes.,  la  ligature  de  la  sous-clavière  ne  peut  mieux 
cire  comparée  qu’à  la  ligature  du  tronc  brachio-céphalique  :  douze  opéra- 
lions,  douze  morts,  par  Coles  (1811)  Hodgson,  Liston,  Mott,  O’Reilly,  Pa- 
Itidge,  Rogers,  Anvers,  Cuvellier,  etc.  L.  Le  Fort  a  démontré  que  les  hé¬ 
morrhagies  récurrentes  qui,  à  la  suite  de  cette  ligature,  déterminent  la  mort 
te  opérés,  tiennent  au  voisinage  trop  rapproché  des  branches  anaslomo- 
liques  volumineuses,  vertébrale,  thyroïdienne,  mammaire  interne,  qui  ne 
laissent  pas,  entre  elles  et  la  ligature,  un  espace  suffisant  pour  la  formation 
d'un  caillot  oblitérateur  résistant.  Le  raisonnement  porte  à  admettre  qu’on 
éiiterait  ces  hémorrhagies  par  le  bout  inférieur  en  liant,  en  même  temps 
que  la  sous-clavière,  la  vértébrale  et  la  thyroïdienne  inférieure.  Il  suffirait 


58Ü 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  sods-clavière. 


même  probablement  d’oblitérer  seulement  la  première  de  ces  branches. 
La  circulation  de  retour  serait  ainsi  notablement  ralentie  et  le  cul-de  sac 
artériel,  depuis  la  ligature  jusqu’à  la  première  collatérale,  serait  augmenté 
de  0”,01  environ,  ce  qui  nous  paraît  suffisant  pour  la  formation  du  caillot 
oblitérateur.  ■ 

2°  Entre  les  scalènes,lsi  sous-clavière  fut  liée  plusieurs  fois  par  Dupuy- 
tren.  Cette  opération  n’est  plus  conservée  que  comme  exercice  d’amphi¬ 
théâtre.  Elle  découvre  en  effet  l’artère  au  milieu  de  ses  branches,  et  dans 
le  point  où  elle  est  le  plus  difficilement  accessible,  et  elle  nécessite,  outre 
la  section  du  sterno-mastoïdien,  celle  du  scalène  antérieur  qui  expose  à 
blesser  le  nerf  phrénique,  la  veine  sous-clavière  et  les  premières  collaté¬ 
rales  de  l’artère. 

3°  En  dehors  des  scalènes,  la  sous-clavière  fut  liée  d’abord  par  Ransden 
(1809),  puis  par  Cooper,  Hodgson,  Rigaud,  etc.  Cette  opération,  grâce  aux 
bonnes  conditions  anatomiques  qui  l’entourent,  donna  de  bons  résultats 
et  ne  larda  pas  à  se  généraliser.  Elle  compte  aujourd’hui  de  nombreux 
succès,  quoique  la  mortalité  soit  encore  d’environ  33  p.  100. 

Rapports  anatomiques.  —  Les  rapports  des  artères  sous-clavières  droite 
et  gauche  diffèrent  depuis  leur  origine  jusqu’au  point  où  elles  s’engagent 
entre  les  scalènes. 

La  sous-claviêre  droite  part  du  tronc  brachio-céphalique  au  niveau  de 
l’articulation  sterno-claviculaire,  et  s’écarte  de  la  carotide  primitive  en  dé¬ 
crivant  une  légère  courbe  à  concavité  inférieure  qui  embrasse  le  sommet 
du  poumon  et  la  conduit  entre  les  scalènes  sur  la  première  côte.  Elle  est 
croisée  à  son  origine  par  la  veine  jugulaire  interne,  par  les  nerfs  pneumo¬ 
gastrique,  sympathique  et  phrénique,  et  elle  est  embrassée  dans  l’anse  du 
laryngé  récurrent.  La  veine  sous-clavière,  plus  rapprochée  delà  clavicule 
et  située  plus  bas  et  plus  en  avant,  lui  est  parallèle.  Les  muscles  sterno- 
mastoïdien  et  sterno-hyoïdien  et  thyroïdien  la  reeouvrent.  En  bas  et  en  ar¬ 
rière,  elle  est  appuyée  sur  le  sommet  de  la  plèvre  qui  la  sépare  du  pou¬ 
mon.  Elle  donne  naissance  dans  cette  première  partie  de  son  trajet  à  la 
vertébrale,  à  la  thyroïdienne  inférieure  et  à  la  mammaire  interne. 

La  sous-clavière  gauche  part  de  la  crosse  de  l'aorte  en  dehors  de  la  ca¬ 
rotide  primitive  gauche,  à  laquelle  elle  reste  parallèle  dans  l’étendue  de 
0,03  à  0,033  ;  puis  elle  décrit  un  coude  assez  brusque  pour  se  porter 
sur  la  première  côte,  dans  l’interstice  des  scalènes,  formant  ainsi  un  an¬ 
gle  à  sinus  inférieur  et  externe.  L’obliquité  de  la  crosse  de  l’aorte  fait  que 
la  sous-clavière  gauche  est  située  sur  un  plan  plus  profond  que  la  droite; 
elle  s’élève  aussi  moins  haut  qu’elle.  Dans  la  première  partie  de  son  trajet, 
elle  est  parallèle  à  la  carotide  primitive,  dont  elle  est  séparée  par  les 
nerfs  pneumo-gastrique  et  sympathique.  En  dehors,  elle  est  séparée  du 
poumon  gauche  par  la  plèvre.  En  arrière,  elle  longe  la  colonne  vertébrale, 
dont  elle  s’écarte  en  haut  pour  gagner  la  première  côte.  Enfin,  lajugulaire 
interne  gauche  est  située,  vers  sa  terminaison,  en  avant  et  en  dedans  de  la 
portion  verticale  de  l’artère  sous-clavière,  qui  est  croisée  par  la  veine  du 
même  nom  située  en  avant  d’elle. 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  sous-clavière.  581 


Entre  les  scalènes,  les  artères  sous-clavières  reposent  sur  la  face  supé¬ 
rieure  de  la  première  côte,  situées  en  avant  du  scalène  postérieur  et  au- 
dessous  des  branches  du  plexus  brachial.  Elles  sont  séparées  de  la  veine 
sous-clavière  par  le  scalène  antérieur,  sur  lequel  est  appliqué  le  nerf  phré¬ 
nique. En  avant.de  ce  muscle,  se  trouvent  l’aponévrose  moyenne  du  cou  et 
leslerno-mastoïdien,  croisé  lui-même  par  la  jugulaire  externe. 

En  dehors  des  scalènes,  l’artère  s’abaisse  vers  la  clavicule,  qu’elle  croise 


C,  Verne  eéphalique.  —  D,  Plexus  bracliial.  —  e,  Veine  jugulaire  externe.  —  a.  Artère  seapu- 
laire supérieure.  —  1,  Clavicule.  —  2,  Grand'peetoral.  —  3,  Trapèze.  —  4,  Sterno-mastoïdien. 
—  5,  Omo-hyoïdien.  —  6,  Deltoïde.  —  7,  Petit  pectoral. 


gle  interne  de  deux  triangles  à  peu  près  superposés,  le  premier  formé  par 
la  clavicule,  le  bord  externe  du  sterno-mastoïdien  et  le  bord  interne  du 
trapèze,  le  second  par  la  première  côte,  le  scalène  antérieur  et  l’omo- 
hyoïdien.  La  veine  sous-clavière,  contenue  dans  un  dédoublement  de  l’apo¬ 
névrose  moyenne,  est  située  en  avant  et  plus  bas  que  l’artère.  L’artère  sus- 
scapulaire,  qu’elle  fournit  avant  de  s’engager  entre  les  scalènes,  suit  à  peu 
près  sa  direction  ou  plutôt  celle  de  l’omo-hyoïdien,  en  se  rapprochant,  puis 
se  cachant  sous  la  partie  moyenne  de  la  clavicule  et  sous  le  trapèze.  Le 
plexus  brachial  est  situé  immédiatement  au-dessus  de  l’artère  et  sur  le 
même  plan  quelle  ;  ses  gros  cordons  nerveux  ont  été  pris  pour  la  sous- 
clavière,  erreur  qui  semble  facile  à  éviter,  bien  quelle  ait  été  commise  par 
Cooper. 

Dans  la  troisième  partie  de  son  trajet ,  l’artère,  dès  qu’elle  s’est  déga¬ 
gée  du  bord  externe  du  sterno-mastoïdien,  n’est  donc  séparée  de  la  peau 


582 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  soüs-clavière. 


que  par  les  aponévroses  superficielle  et  moyenne  dq  cou,  par  du  tissu  adi¬ 
peux  et  par  des  ganglions  lymphatiques. 

Anomalie.  —  La  seule  anomalie  à  signaler  est  celle  dans  laquelle  l’ar¬ 
tère  sous-clavière  passe  en  avant  du  scalène  antérieur,  la  veine  occupant 
au  contraire  sa  place  entre  les  scalènes. 

Procédés  opératoires.  —  1°  En  dedans  des  scalènes.  —  On  fera  la 
même  incision  que  pour  la  ligature  du  tronc  brachio-céphalique.  Après 
avoir  relevé  le  lambeau  musculo-cutané  formé  par  le  sterno-mastôïdien,  et 
récliné  en  dedans  les  muscles  sterno-hyoïdien  et  thyroïdien,  on  cherchera 
l’artère  en  dedans  et  en  arrière  de  la  veine  jugulaire  qui  là  croise,  au-des¬ 
sus  et  en  arrière  de  la  veine  sous-clavière  qui  lui  est  parallèle.  La  sous- 
clavière  étant  dénudée  près  du  confluent  de  ces  deux  veines,  on  engagera 
l’aiguille  courbe  entre  elles  et  l’artère  et  on  la  dégagera  en  arrière.  On  re¬ 
cherchera  ensuite  et  on  liera  la  première  branche  qui  se  sépare  de  la  partie 
supérieure  de  l’artère^  la  vertébrale,  en  évitant  avec  soin  le  nerf  phrénique. 

Pourrait-on  profiter  de  la  longueur  plus  grande  de  la  sous-clavière 
gauche  pour  porter  sur  elle  une  ligature  à  égale  distance  de  la  crosse  de 
l’aorte  et  de  sa  première  collatérale?  La  présence  des  gros  troncs  veineux 
que  nous  avons  signalés  et  la  nécessité  d’aller  chercher  l’artère  derrière  la 
carotide  primitive,  enfin  la  profondeur  du  vaisseau,  nous  portent  à  croire 
qu’à  ce  niveau  la  ligature  sur  le  vivant  ne  serait  pas  réalisable.  Du  reste, 
les  malades  qui  jusqu’ici  ont  subi  la  ligature  de  la  sous-clavière  gauche, , 
sont  morts  d’hémorrhagie  récurrente,  ce  qui  semble  indiquer  que  l’ar¬ 
tère  avait  été  dénudée  très-haut  et  près  de  l’origine  de  la  vertébrale. 

2°  Entre  les  scalènes.  ' —  Depuis  Dupuytren,  qui  est  l’auteur  de  ce  pro¬ 
cédé,  on  a  continué  à  décrire  dans  les  traités  classiques,  et  à  pratiquer  à 
l’amphithéâtre  la  ligature  de  la  sous-clavière  entre  les  scalènes.  C’est  l’au¬ 
torité  de  ce  grand  nom  chirurgical  qui  seule  a  sauvé  de  l’oubli  cette  opé¬ 
ration,  défectueuse  sous  bien  des  rapports  que  nous  avons  déjà  indiqués. 
On  la  pratique  de  la  façon  suivante. 

Une  incision  de  0“,08  à  0‘",09  longe  le  bord  supérieur  de  la  clavicule,  à 
cheval  sur  soutiers  interne.  En  divisant  la  peau,  l’aponévrose  superficielle 
et  le  peaucier,  on  récline  ou  on  coupe,  entre  deux  ligatures,  la  veine  jugu¬ 
laire  externe.  Le  chef  externe  du  sterno-mastoïdien  et  l’aponévrose  qui  le 
relie  au  trapèze,  sont  divisés  dans  toute  l’étendue  de  la  plaie.  On  reconnaît 
alors,  en  bas,  longeant  la  clavicule,  la  veine  sous-clavière,  et  derrière  elle 
le  scalène  antérieur  sur  lequel  rampe  le  nerf  phrénique.  On  coupe  ce 
muscle  près  de  son  insertion,  à  petits  coups,  de  dehors  en  dedans,  et  non 
sur  une  sonde  cannelée,  avec  un  bistouri  boutonné  dont  on  suit  l’action 
des  yeux,  afin  d’éviter  les  vaisseaux  et  nerfs  que  nous  avons  signalés.  Le 
scalène  antérieur,  en  se  rétractant,  laisse  à  découvert  l’artère  et  au-dessus 
d’elle  la  partie  inférieure  du  plexus  brachial.  Si  la  veine  sous-clavière  est 
volumineuse  et  voisine  de  l’artère  dénudée,  c’est  entre  elle  et  l’artère  qu’il 
faut  passer  l’aiguille  courbe  armée  de  la  ligature.  Dans  le  cas  contraire, 
on  pourra  la  passer  entre  l’artère  et  le  nerf  le  plus  rapproché  d’elle. 

3“  En  dehors  des  scalènes.  —  On  a  proposé,  pour  découvrir  l’artère 


LIGATURES  EN  PARTICULIER,  —  sous-clavière.  585 

sous-clavière  en  dehors  des  scalènes,  des  incisions  perpendiculaires  à  la 
clavicule  ou  obliques  par  rapport  à  sa  direction.  Elles  ont  l’inconvénient 
de  croiser  la  direction  de  la  veine  sous-clavière  et  des  artères  scapulaire 
supérieure  et  cervicale  transverse,  qu’elles  exposent  à  blesser.  De  plus, 
l’artère  correspond  à  un  des  angles  de  l’incision,  ce  qui  rend  sa  dissec¬ 
tion  difficile.  Les  incisions  en  L  ou  en  T  donnent  plus  de  jour  qu’il  n’en 
faut.  L’incision  de  Hodgson,  parallèle  à  la  clavicule,  mérite  seule  d’être 
conservée.  Elle  nous  a  permis  de  découvrir  facilement  l’artère  chez  un 
jeune  homme  très-musclé,  quoique  la  clavicule  fût  soulevée  par  un  ané¬ 
vrysme  de  l’axillaire. 

Une  incision  de0“,08  ou  0’“,09  suit,  à0'“,01  environ,  le  bord  supérieur 
de  la  clavicule,  à  cheval  sur  la  partie  moyenne  de  cet  os.  La  peau,  le  peaucier 
sont  divisés;  la  veine  jugulaire  externe  est  réclinée  ou  coupée  entre  deux 
ligatures.  Si  les  bords  correspondants  du  sterno-mastoïdien  et  du  trapèze 
sont  assez  écartés,  l’aponévrose  qui  les  relie,  aponévrose  cervicale  su¬ 
perficielle,  est  incisée  sur  la  sonde  cannelée  dans  l’étendue  et  la  direction 
de  la  plaie;  le  bord  interne  du  trapèze  et  le  bord  externe  du  sterno-mastoï¬ 
dien  sont  écartés  avec  des  crochets  mousses.  Si  ces  faisceaux  musculaires 
sonttrès-rapprochés,  ce  qui  se  rencontre  chez  les  hommes  très-musclés,  il 
peut  être  nécessaire  de  les  inciser  ou  de  débrider  le  sterno-mastoïdien  seule¬ 
ment.  Sous  une  couche  de  tissu  adipeux,  qui  manque  chez  les  suj  ets  maigres, 
on  trouve  alors  l’aponévrose  moyenne,  tendue  en  haut  par  l’omo-hyoïdien 
et  contenant  dans  son  dédoublement  inférieur  la  veine  sous-clavière, 
qu’elle  fixe  contre  la  clavicule.  On  l’incise  sur  la  sonde  cannelée  en  s’éloi¬ 
gnant  de  la  veine.  Sous  ce  mince  feuillet  aponévrotique,  la  pulpe  de  l’index 
reconnaît,  recouverts  de  tissu  adipeux  et  de  ganglions  lymphatiques,  en 
te  la  première  côte,  en  dedans  la  saillie  du  scalène  antérieur,  et  au  point 
oùlescalène  se  fixe  à  la  première  côte,  un  tubercule  osseux,  tubercule  du 
mime,  tubercule  de  la  •première  côte.  L’artère  passe  sur  la  première  côte 
juste  en  dehors  de  ce  tubercule;  le  doigt  la  reconnaît  à  ses  battements, 
ainsi  qu’au  cordon  aplati  qu’elle  forme  sur  la  côte  lorqu’on  la  comprime. 
Les  nerfs  du  plexus  brachial  sont  plus  hauts  et  plus  en  dehors  qu’elle  ; 
ils  forment  sur  la  côte  des  cordons  ronds  et  durs  qui  ne  sont  pas  animés 
de  pulsations.  On  déchire  au  moyen  de  deux  pinces  la  gaine  celluleuse 
de  l’artère  et  on  passe  l’aiguille  courbe,  armée  d’un  fil,  entre  la  veine  et 
l’artère  (fig.  49). 

L’aiguille  retirée,  et  avant  deserrer  la  ligature,  on  explore  avec  la  pulpe 
de  l’index  le  contenu  de  l’anse  de  fil  qu’on  soulève  légèrement  afin  de 
s’assurer  :  1“  si  elle  contient  bien  l’artère  ;  2“  si  un  des  nerfs  du  plexus 
n’est  point  embrassé  par  la  ligature. 

Si  le  tubercule  de  la  première  côte,  justement  indiqué  par  Lisfranc 
comme  le  meilleur  point  de  repère  pour  trouver  l’artère,  est  peu  prononcé, 
un  débutant  peut  ne  pas  le  trouver  et  se  fourvoyer  au  milieu  des  branches 
du  plexus.  Pour  éviter  cette  faute,  il  suffit  de  suivre  de  haut  en  bas  la  sail¬ 
lie  du  scalène  ;  arrivé  sur  la  première  côte,  le  doigt  se  reportant  un  peu 
en  dehors  repose  sur  l’artère. 


584 


EN  PARTICULIER.  —  vertébrale. 


C’est  donc  à  la  ligature  en  dehors  des  scalènes  qu^il  faut  donner  la  pré¬ 
férence.  Cette  opération,  bien  méthodisée  aujourd’hui,  ne  présente  pas  de 
difficulté  sérieuse,  mêine  lorsque  la  clavicule  est  très-élevée;  car  en  abais¬ 
sant  autant  que  possijjjg  le  moignon  de  l’épaule  et  en  renversant  la  tête 


riü.  <13.—  ui^aïuie  ue 


Peau.  —  b,  Aponév.**''Iaire  et  de  la  sous-clavière.  . —  Axillaire  :  A,  Artèreaxillaire.— 
!,  Nerfs.  —  SoMS-clauj.®-  —  «.  Muscle  grand  pectoral  incisé.  —  d.  Veine  axillaire.— 
-  -  -  :  A,  Artère  sous-clavière.  —  a,  Peau. —  6,  c,  Aponévrose  et  peab- 

‘'•bl.  —  e,  Scalène  antérieur.  —  f.  Veine.  (BebnÀbd  et  Hdette,  Méde- 


cier.  —  d.  Plexus  braM, 


en  arrière  et  du  côté  opposé  à  celui  sur  lequel  on  opère,  la  région  sus-cla¬ 
viculaire  se  trouve  toujours  suffisamment  découverte  pour  la  pratique  de 
cette  ligature. 

Après  la  ligature  de  la  sous-clavière  en  dehors  des  scalènes,  la  circu¬ 
lation  se  rétablit  dans  le  membre  supérieur  par  les  anastomoses  de  la  sca¬ 
pulaire  inférieure,  branche  de  ra.xillaire,  avec  les  scapulaires  supérieure 
et  postérieure,  ainsi  que  par  celles  de  la  branche  acromio-thoracique 
avec  les  intercostales  et  la  mammaire  interne. 

Artère  vertébrale.  —  Anomalies.  —  L’artère  vertébrale,  branche  de 
la  sous-clavière,  dont  la  description  a  déjà  été  donnée  dans  un  autre 
article  de  ce  dictionnaire  {voy.  Cou,  t.  IX,  p.  624),  peut  présenter  des 
anomalies  qu’il  y  a  Heu  de  rappeler  ici.  On  l’a  vue  naître  :  de  la  crosse 
de  l’aorte  ;  ou  de  la  carotide  primitive  ;  ou  par  deux  branches  émanant, 
soit  toutes  deux  de  la  sous-clavière,  soit  l’une  de  la  sous-clavière,  l’autre 
de  la  crosse  aortique.  Parfois,  au  lieu  de  s’engager  dans  le  canal  des  apo¬ 
physes  transverses  des  vertèbres  cervicales  par  le  trou  de  la  sixième  de 
ces  vertèbres,  elle  y  pénètre  par  celui  de  la  septième,  ou  de  la  cinquième, 
ou  de  la  quatrième,  ou  de  la  troisième,  ou  même  de  la  seconde.  Dans  ces 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  thyroïdienne  infériedre.  585 
cas,  elle  remonte  en  arrière  de  la  carotide  primitive  dont  elle  est  séparée 
par  un  mince  feuillet  aponévrotique.  Les  deux  vertébrales,  droite  et 
gauclie,  n’ont  pas  toujours  un  calibre  égal,  et  alors  c’est  ordinairement  la 
droite  qui  est  la  moins  volumineuse.  Enfin  la  vertébrale  peut  fournir  la 
thyroïdienne  inférieure,  l’intercostale  supérieure,  la  cervicale  profonde, 
quelquefois  aussi,  mais  rarement,  l’occipitale. 

Procédés  opératoires.  —  La  ligature  de  cette  artère,  en  raison  de  la 
profondeur  où  elle  est  située,  n’est  pas  sans  présenter  des  difficultés 
sérieuses.  On  a  proposé  plusieurs  procédés. 

1“  Dans  l’un,  dû  à  Ippolito,  on  pratique  une  incision  de  0"“,06  le  long 
du  bord  externe  du  sterno-mastoïdien,  qu’on  repousse  en  dedans  pour 
reconnaître  le  scalène  antérieur.  Cette  manœuvre  ne  serait  pas  facile,  si  le 
muscle  était  fort  développé,  et  dans  ce  cas  on  pourrait  se  trouver  con¬ 
traint  d’en  sectionner  le  faisceau  claviculaire. 

2“  Dans  un  second  procédé,  qui  appartient  à  Lisfranc,  l’incision  suit  le 
bord  interne  du  sterno-mastoïdien,  qui  doit  être  refoulé  en  dehors. 
Marcellin  Duval  pense  que  ce  procédé  pourrait  être  employé,  mais  qu’en 
présence  de  difficultés  qu’offrirait  la  ligature  d’une  artère  aussi  pro¬ 
fonde,  la  section  du  faisceau  sternal  du  muscle  sterno-mastoïdien  serait 
pleinement  justifiée. 

3°  D’après  le  professeur  Sédillot,  on  peut  arriver  assez  aisément  sur 
la  vertébrale  par  un  procédé  semblable  à  celui  qu’il  a  proposé  pour  la 
ligature  de  la  carotide  primitive  (voy.  CAROTniES,  t.  VI,  p.  ^40),  et  qui 
consiste  à  faire  l’incision  suivant  l’interstice  qui  sépare  les  deux  fais¬ 
ceaux  du  muscle  sterno-mastoïdien  et  à  écarter  ces  faisceaux  inférieure¬ 
ment. 

Quel  que  soit  le  procédé  qu’on  adopte,  la  saillie  que  présente  l’apo¬ 
physe  transverse  de  la  sixième  vertèbre  cervicale  à  sa  partie  antérieure, 
tubercule  carotidien  ou  de  Chassaignac,  doit  servir  de  guide  à  l’opé¬ 
rateur  :  la  vertébrale  se  trouve  immédiatement  au-dessous  de  lui,  en 
dedans  du  scalène  antérieur.  Il  faut,  pour  parvenir  jusqu’à  elle,  écar¬ 
ter,  en  la  faisant  porter  en  dedans,  la  jugulaire  interne,  la  carotide 
primitive,  le  pneumogastrique,  le  grand  sympathique  et  la  veine  ver¬ 
tébrale.  'fDhB'ltOii, 

Disons  en  terminant,  avec  Marcellin  Duval,  jqüe,-poHr  prévenir  le  retour 
du  sang  par  le  bout  supérieur,  dans  le  casid®  Hlessiûe.dBdà'jvlsrtébrale,  il 
faudrait  la  lier  au-dessous  et  au-dessus  dutumale  ladësion,  condition  diffi¬ 
cile  à  remplir. 

Artère  thyroïdienne  infériedre.  —  Anomalies.  —  Cette  artère,  seconde 
branche  collatérale  de  la  sous-clavière,  dont  on  trouvera  également  la  des¬ 
cription  à  l’article  Cou  de  ce  dictionnaire  {voy.  t.  IX,  p.  625),  naît  très- 
lïëqnemment  par  un  tronc  commun  soit  avec  la  sus-scapulaire,  soit  avec 
la  cervicale  transverse,  soit  avec  ces  deux  vaisseaux  à  la  fois,  tronc  thyro- 
eervical  qui  se  bifurque  ou  se  trifurque  ensuite  après  un  court  trajet.  La 
thyroïdienne  inférieure  gauche  peut  former  un  seul  tronc  à  son  origine 
avec  celle  du  côté  droit,  et  alors  elle  croise  la  trachée.  Enfin,  cette  artère 


586  LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  mammaire  interne,  humérale. 
manque  quelquefois  d’un  côté  ou  de%  deux  à  la  fois,  auquel  cas  elle  est 
remplacée  par  une  thyroïdienne  moyenne. 

On  peut  la  lier  en  suivant  le  second  ou  le  troisième  procédé  décrit  ci- 
dessus  pour  la  ligature  de  la  vertébrale.  Pour  la  chercher,  on  doit  se 
guider  également  sur  le  tubercule  carotidien,  au-dessus  duquel  on  la  ren-. 
contre,  et  d’où  elle  se  dirige  obliquement  vers  le  lobe  inférieur  du  corps 
thyroïde,  en  passant  en  arrière  de  ja  jugulaire  interne  et  de  la  carotide 
primitive  ;  c’est  en  dedans  de  ce  dernier  vaisseau  qu’on  la  met  à  nu. 

Artère  mammaire  interne.  —  Après  avoir  croisé  l’articulation  sterno¬ 
claviculaire,  dont  elle  est  séparée  par  le  tronc  veineux  brachio-céphali- 
que,  l’artère  mammaire  interne  descend,  à  0“,005  du  bord  du  sternum, 
en  arrière  des  cartilages  costaux  et  des  muscles  intercostaux  internes,  en 
avant  du  muscle  triangulaire  du  sternum  et  de  la  plèvre. 

Pour  la  lier,  on  pratique  l’incision,  soit  verticalement  dans  la  direction 
de  son  trajet,  soit  transversalement  ou  obliquement,  ce  qui  vaut  mieux, 
au  niveau  d’un  des  premiers  espaces  intercostaux,  du  troisième  ou  du  qua¬ 
trième  de  préférence,  si  la  lésion  qui  réclame  la  ligature  le  permet;  on 
divise  la  peau,  le  grand  pectoral,  le  muscle  intercostal,  et  l’on  trouve 
l’artère  avec  ses  deux  veines  satellites  ;  on  passe  la  sonde  cannelée  au-des¬ 
sous  sans  difficulté,  mais  il  faut  prendre  grand  soin  de  ménager  la  plèvre. 

Artère  humérale  (voy.  fig.  50  et  51).  —  On  peut  pratiquer  la  ligature 
de  cette  artère  sur  tous  les  points  de  son  trajet  ;  on  la  décrit  :  1°  au  tiers 
supérieur  du  bras  ;  2“  à  la  partie  moyenne  du  bras  ;  5“  au  pli  du  coude. 
C’est  sur  l’humérale  qu’Anel  pratiqua  la  première  ligature  qui  fut  portée 
sur  la  continuité  d’une  artère  entre  le  cœur  et  une  tumeur  anévrysmale. 
L’anévrysme  siégeant  au  pli  du  coude,  il  lia  l’artère  au  tiers  inférieur  du 
bras. 

Rapports  anatomiques.  —  Le  trajet  de  l’artère  humérale  est  représenté 
par  une  ligne  allant  du  tiers  antérieur  de  l’aisselle  à  la  partie  moyenne  du 
pli  du  coude.  Elle  suit  le  bord  interne  du  biceps  et  du  coraco-brachial.Le 
bord  du  biceps  la  recouvre  chez  les  sujets  musclés;  mais  il  est  toujours 
possible  de  sentir  ses  battements  sous  la  peau  dans  toute  l’étendue  de  son 
trajet,  guide  précieux  pour  sa  ligature.  En  haut,  le  coraco-brachial  s’in¬ 
terpose  entre  le  biceps  et  l’artère  humérale  ;  dans  les  deux  tiers  inférieurs 
du  bras,  l’artère  est  contre  le  bord  interne  du  biceps,  appuyée  sur  le 
brachial  antérieur.  Au  pli  du  coude,  elle  est  en  dedans  du  tendon  du 
biceps,  sous  l’expansion  aponévrotique  que  ce  muscle  envoie  à  l’aponé¬ 
vrose  antibrachiale.  L’artère  humérale  est  accompagnée  par  le  nerf  mé¬ 
dian  :  en  haut,  le  nerf  est  en  dehors  ou  plutôt  en  avant  de  l’artère,  qu’il 
croise  vers  le  milieu  du  bras  pour  se  placer,  en  bas,  en  dedans  de  l'ar¬ 
tère.  Le  nerf  brachial  cutané  interne  suit  le  trajet  de  l’artère  sur  un  plan 
plus  superficiel.  Le  nerf  cubital  lui  est  parallèle,  mais  il  est  éloigné  d’elle 
en  arrière  de  0“,005  environ. 

Deux  veines  satellites  accompagnent  l’artère,  et  deux  veines  sous-cute- 
nées  suivent  son  trajet,  la  médiane  basilique  au  pli  du  coude  et  la  basi¬ 
lique  au  bras. 


LIGÀTIJRES  EN  PARTICULIER.  —  humérale.  587 

Anomalies.  —  Parmi  les  anomalies  de  l’artère  humérale  qui  ont  été 
ijualées,  la  plus  intéressante  est  sa  bifurcation  en  radiale  et  cubitale  à  la 


•  Fig.  &0.  —  a,  Kerf 
médian  placé  au-devant 
de  l’artère  brachiale.  — 
b,  Nerf  médian  et  veine 
brachiale  légèrement  é- 
carlés  en  dedans  pour 
découvrir  l’artère.  —  c. 
Artère  radiale  et  veines 
satellites.  —  d.  Artère 
cubitale  et  ses  veines.  — 
e.  Artère  interosseuse 
antérieure.  —  f.  Coupe 
des  muscles  de  la  couche 
superficielle  de  l’avant- 
bras  pour  laisser  voir  le 
trajet  de  l’artère  cubitale. 


supérieure  du  bras  :  l’ar¬ 
tère  est  en  dedans  du 
nerf  médian,  en  rapport 
avec  le  coraco-brachial. 

—  b.  Région  inférieure 
du  bras  :  l’artère  est  en 
dehors  du  nerf  médian, 
qui  la  croise  à  la  réu¬ 
nion  des  deux  triangles. 

■ —  c,  Est  l’incision  qui 
a  découvert  l’artère  au 
pli  du  bras;  le  fil  est 
passé  sous  le  vaisseau,  et 
l’on  voit  en  dedans  le 
nerf  médian.  —  e,  Est 
l’indication  de  l’incision 
à  faire  pour  découvrir 
l’artère  cubitale  sur  la 
limite  du  tiers  supérieur 
avec  le  tiers  .moyen  de 
l’avant-bras.  —  d,  Est 
l’incision  faite  sur  le  bord 
interne  du  long  supina¬ 
teur  pour  découvrir  l’ar¬ 
tère  radiale.  —  f,  g.  In¬ 
diquent  les  incisions  né- 
S  çessaires  à  la  ligature  des 

“  mêmes  artères  à  leur 

partie  intérieure. 


Ligature  de  l’artère  humérale. 


partie  supérieure  du  bras  ou  dans  l’aisselle.  On  doit  la  prévoir,  si  on 
trouve  la  cubitale  sous-cutanée  à  l’avant-bras. 

Procédés  opératoires.  —  1"  Au  tiers  supérieur.  —  Le  bras  est  écarté 
du  tronc  ;  on  incise  la  peau  sur  le  trajet  de  l’artère,  contre  la  saillie  mus- 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  eadialb. 


culaire  qui  est  en  avant,  en  évitant  la  veine  basilique  et  le  nerf  brachial 
cutané  interne.  L’aponévrose  est  coupée  sur  une  sonde  cannelée  glissée 
entre  elle  et  le  muscle  ;  on  reconnaît  sous  le  bord  du  muscle  le  nerf  mé¬ 
dian,  et  en  dedans  de  lui  l’artère  accompagnée  de  ses  deux  veines  satel¬ 
lites,  et  contenue  avec  elles  dans  une  gaine  .commune,  facile  à  déchirer 
avec  deux  pinces  pour  isoler  l’artère,  sous  laquelle  on  glisse  le  bec  de  la 
sonde  cannelée.  Il  faut  s’assurer,  avant  de  serrer  la  ligature,  que  l’humé- 
rale  profonde  ne  naît  pas  trop  près  de  l’endroit  où  est  placé  le  fil. 

2°  A  la  partie  moyenne  du  bras.  —  L’opération  se  pratique  comme 
dans  le  cas  précédent;  mais  c’est  le  bord  du  biceps,  et  non  le  coraco-bra- 
chial,  qui  est  mis  à  découvert.  De  plus,  l’artère,  à  ce  niveau,  est  croisée 
par  le  nerf  médian  qui  passe  9  fois  sur  10  en  avant  d’elle,  et  1  fois  sur  10 
en  arrière.  C’est  donc  sous  le  nerf,  qu’il  faudra  récliner,  qu’on  trouvera 
l’humérale  accompagnée  de  ses  veines  satellites. 

3°  Au  pli  du  coude.  —  Le  trajet  de  l’artère  étant  représenté  à  ce  niveau 
par  une  ligne  qui,  partant  du  bord  interne  du  biceps,  croise  obliquement 
le  pli  du  coude  un  peu  en  dedans  de  sa  partie  moyenne,  en  dedans  de  la 
saillie  formée  par  le  tendon  du  biceps,  c’est  sur  cette  ligne  que  sera  pra¬ 
tiquée  l’incision  de  la  peau,  longue  de  0'“,05  environ.  Après  avoir  récliné 
la  veine  médiane  basilique  qui  suit  ce  même  trajet,  on  coupe,  sur  une 
sonde  cannelée,  l’expansion  aponévrotique  du  biceps.  Sous  elle,  on  trouve 
en  dehors  le  tendon  du  biceps,  en  dedans  le  nerf  médian,  et  entre  les 
deux  l’artère  accompagnée  de  ses  veines  collatérales. 

On  se  fait  difficilement  une  idée  de  la  facilité  avec  laquelle  la  circulation 
se  rétablit  après  la  ligature  de  l’bumérale  au  tiers  inférieur  du  bras  et  au 
pli  du  coude.  Dans  une  hémorrhagie  causée  par  un  coup  de  feu  de  la  par¬ 
tie  supérieure  de  l’avant-bras,  ne  parvenant  pas  à  lier  dans  la  plaie  le 
vaisseau  d’où  elle  provenait,  je  fis  la  ligature  de  l’humérale  au  pli  du 
coude.  L’écoulement  sanguin  ne  fut  suspendu  que  pendant  quelques  mi¬ 
nutes. 

En  pratiquant  une  incision  parallèle  à  la  précédente,  mais  deux  centi¬ 
mètres  plus  bas ,  et  en  réclinant  en  dedans  le  muscle  rond  pronateur 
qu’elle  découvre-,  on  arrive  assez  facilement  sur  Ta  bifurcation  de  l'huraé- 
rale.  On  pourrait,  par  ce  procédé,  qui  a  été  décrit  par  Malle,  lier  à  leur 
origine  les  artères  radiale  et  cubitale. 

Artère  radiale.  —  On  décrit  cette  ligature  :  1°  au  tiers  supérieur  de 
l’avant-bras  ;  2“  au  tiers  inférieur  de  l’avant-bras  ;  3“  sur  la  face  dorsale 
du  carpe.  L’artère  est  facilement  accessible  dans  toute  l’étendue  de  son 
trajet,  sauf  à  sa  terminaison  où  elle  forme  l’arcade  palmaire  profonde  à 
la  face  palmaire  du  métacarpe,  sous  les  tendons  fléchisseurs  des  doigts. 

Rapports  anatomiques.  —  Le  trajet  de  la  radiale  est  représenté  assez 
exactement  par  une  ligne  qui,  partant  du  milieu  du  pli  du  coude,  abouti¬ 
rait  à  l'apophyse  styloïde  du  radius,  et  de  là  gagnant  la  face  dorsale  du 
carpe,  s’arrêterait  au  sommet  du  premier  espace  interosseux.  Dans  la 
moitié  supérieure  de  l’avant-bras,  elle  est  recouverte  par  le  long  supi¬ 
nateur  qui  l’abandonne  plus  bas  pour  se  placer  à  son  côté  externe.  Au 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  cübitale. 


589 

tiers  inférieur  de  l’avant-bras,  elle  est  sous-aporiévrotique,  et  placée  au 
fond  d’une  gouttière  formée  en  dedans  par  le  grand  palmaire,  et  en  de¬ 
hors  par  le  long  supinateur.  C’est  là  qu’on  exploi’e  le  pouls.  Sur  la  face 
dorsale  du  carpe,  elle  est  appliquée  sur  le  scaphoïde  et  le  trapèze,  au 
fond  de  la  tabatière  anatomique  formée  en  dehors  par  le  tendon  du  long 
abducteur  du  pouce,  et  en  dedans  par  le  tendon  du  long  extenseur.  Le 
nerf  radial  est  situé  en  dehors  de  l’artère,  qu’accompagnent  deux  veiues 
satellites  contenues  dans  sa  gaine  aponévrotique.  - 

Procédés  opératoires.  —  1“  Au  tiers  supérietir.  —  La  peau  est  incisée 
sur  le  trajet  de  l’artère,  que  nous  venons  d’indiquer,  dans  l’étendue  de 
O^jOS  à  0“*,06.  L’incision  de  l’aponévrose  antibrachiale  découvre  le  long 
supinateur,  dont  on  trouve  le  bord  interne  en  se  reportant  un  peu  en 
dedans  vers  l’axe  de  l’avant-bras.  Il  suffit  de  récliner  ce  muscle  un  peu  en 
dehors  pour  découvrir  l’artère,  accompagnée  de  ses  deux  veines  satellites 
et  recouverte  d’un  mince  feuillet  aponévrotique  qui  fait  partie  de  jsa 
gaine.  Le  nerf  radial  n’est  découvert  que  si  on  récline  trop  loin  en  dehors 
le  bord  du  long  supinateur  :  il  faut  alors  se  reporter  un  peu  en  dedans. 
Si  on  ne  trouve  pas  l’artère  en  dedans  du  radial,  elle  est  sous-cutanée, 
anomalie  assez  rare. 

2°  Au  tiers  inférieur.  —  On  sent  les  battements  de  l’artère  sous  la  peau, 
qui  est  incisée  sur  son  trajet  dans  l’étendue  de  0“,04  à  0“,05.  L’aponé¬ 
vrose  divisée  sur  une  sonde  cannelée,  on  voit  la  gaine  celluleuse  qui  con¬ 
tient  l’artère  et  ses  deux  veines  satellites.  Le  nerf  radial  est  plus  en  dehors, 
sous  le  long  supinateur. 

5°  A  la  face  dorsale  du  carpe.  —  En  forçant  l’extension  et  l’abduction 
du  pouce,  on  fait  saillir  les  tendons  qui  limitent  la  tabatière  anatomique. 
L’incision,  de  0”,03  environ,  est  pratiquée  dans  l’axe  de  cette  dépression. 
L’aponévrose  est  divisée  dans  cette  même  direction.  On  récline  des  deux 
côtés  de  la  plaie  les  tendons,  la  veine  céphalique  du  pouce  et  quelques 
fdets  du  nerf  radial,  et  on  trouve  l’artère  accompagnée  de  ses  deux  veines 
et  fixée  par  sa  gaine  sur  la  face  dorsale  du  carpe. 

,4rtère  cubitale.  —  Nous  avons  vu  qu’on  peut  la  pratiquer  près  de  son 
origine  par  une  incision  qui  découvre  le  bord  du  rond  pronateur,  et  qui 
permet  de  le  récliner  en  dedans  (ligature  de  l’humérale  au  niveau  de  sa 
bifurcation).  En  suivant  la  cubitale,  à  ce  niveau,  on  arriverait  également 
sur  le  tronc  des  interosseuses,  troisième  branche  qu’elle  fournit. 

On  décrit  la  ligature  de  la  cubitale  :  1°  à  la  réunion  du  tiers  supérieur 
et  du  tiers  moyen  de  l’avant-bras  ;  2“  au  tiers  inférieur  de  l’avant-bras  ; 
3°  au-dessous  du  poignet.  Lorsqu’elle  est  blessée,  quel  que  soit  le  siège 
de  la  blessure,  on  peut  la  découvrir  dans  la  plaie,  qu’on  agrandit  autant 
qu’il  est  nécessaire;  mais,  dans  son  tiers  supérieur,  elle  est  couchée  obli¬ 
quement  sous  la  masse  des  muscles  épitrochléens,  et  difficilement  acces¬ 
sible. 

Rapports  anatomiques.  —  Le  trajet  de  l’artère  cuüitale  est  représenté  : 
dans  son  tiers  supérieur,  par  une  ligne  qui,  du  milieu  du  pli  du  coude, 
tomberait  sur  la  réunion  du  tiers  supérieur  avec  le  tiers  moyen  du  eu- 


590  LÎGATÜRES  EN  PARtlCULIER.  —  cubitale. 

bitus  ;  dans  ses  deux  tiers  inférieurs,  par  une  ligne  allant  de  l’épitrochlée 
au  pisiforme;  dans  sa  partie  terminale,  où  elle  forme  Y  arcade  palmaire 
superficielle,  par  une  ligne  un  peu  courbe,  allant  du  pisiforme  à  la  base 
du  troisième  métacarpien. 

Dans  son  tiers  supérieur,  l’artère  cubitale,  couchée  sur  le  fléchisseur 
profond,  croise  obliquement  le  rond  pronateur,  le  grand  et  le  petit  pal¬ 
maire  et  le  fléchisseur  superficiel  des  doigts  qui.  la  recouvrent.  Plus  bas, 
elle  correspond  à  l’interstice  du  cubital  antérieur  et  du  fléchisseur  super¬ 
ficiel,  et  le  tendon  du  cubital  antérieur  la  sépare,  au  tiers  inférieur  de 
l’avant-bras,  de  la  peau  et  de  l’aponévrose.  Après  avoir  passé  en  dedans  du 
pisiforme,  elle  est  couchée  sur  les  tendons  fléchisseurs,  sous  la  peau  et 
l’aponévrose  palmaire. 

La  cubitale  est  croisée  très-obliquement  à  son  origine  par  le  nerf  mé¬ 
dian.  Dans  la  première  partie  de  son  trajet,  elle  se  rapproche  du  nerf  cu¬ 
bital,  dont  elle  est  assez  éloignée  à  la  partie  supérieure  de  l’avant-bras.  Elle 
lui  est  accolée  plus  bas,  située  en  dehors  de  lui,  c’est-à-dire  plus  rappro¬ 
chée  que  lui  de  l’axe  du  membre  et  de  l’interstice  des  muscles  cubital 
antérieur  et  fléchisseur  superficiel . 

Anomalies.  —  Nous  n’en  signalerons  qu’une  ;  elle  n'est  pas  très-rare. 
L’artère  cubitale  peut  être  sous-cutanée.  On  la  voit  battre  alors  à  fleur  de 
peau,  depuis  le  pli  du  coude  jusqu’au  poignet,  suivant  à  peu  près  le  trajet 
que  nous  venons  d’indiquer.  Nous  avons  déjà  dit,  en  décrivant  les  anoma¬ 
lies  de  l’humérale,  qu’on  trouve  la  cubitale  sous-cutanée  lorsque  la 
bifurcation  de  l’artère  du  bras  a  lieu  assez  haut  au-dessus  du  pli  du 
coude. 

Procédés  opératoires.  —  A  la  réunion  du  tiers  supérieur  et  du 
tiers  moyen.  —  C’est  par  l’interstice  des  muscles  cubital  antérieur  et 
fléchisseur  superficiel  qu’on  doit  arriver  sur  l’artère  cubitale.il  est  indi¬ 
qué  exactement  par  la  ligne  qui  va  de  l’épitrochlée  au  pisiforme.  On  fera 
donc,  sur  cette  ligne,  une  incision  de  0“,07  à  0“,08  au-dessus  de  l’avant- 
bras,  ménageant  autant  que  possible  les  veines  cubitales.  L’aponévrose 
est  incisée  dans  la  même  direction  et  dans  la  inême  étendue  ;  l’index  ou 
le  dos  du  scalpel  pénètre  dans  l’interstice  musculaire  sous-jacent  ;  des 
crochets  mousses  réclinent  le  cubital  antérieur  en  dedans,  le  fléchisseur 
superficiel  en  dehors.  L’artère  cubitale,  accompagnée  de  ses  deux  veines 
apparaît  dans  la  plaie  ;  en  dedans  d’elle,  on  trouve  le  nerf.  Deux  pinces  dé¬ 
chirent  la  gaine  de  l’artère  en  ménageant  les  veines  satellites,  et  le  fil  est 
passé  sous  le  vaisseau  au  moyen  d’une  aiguille  eourbe. 

2“  Au  tiers  inférieur  de  V avant-bras. Une  incision  de  0“,04  à  0“,05 
pratiquée  sur  la  ligne  que  nous  venons  d’indiquer,  divise  la  peau  et 
l’aponévrose  ;  le  tendon  du  cubital  antérieur  mis  à  nu  est  un  peu  récliné 
en  dehors  au  moyen  d’un  crochet  mousse.  On  aperçoit  alors,  par  trans¬ 
parence,  sous  un  mince  feuillet  aponévrotique  qui  forme  la  partie  posté¬ 
rieure  de  la  gaîne  du  muscle,  l’artère  cubitale  accompagnée  de  ses  deux 
veines  satellites  ;  le  nerf  est  plus  en  dedans.  On  peut  diviser,  sur  une 
sonde  cannelée,  le  feuillet  aponévrotique  qui  recouvre  l’artère,  et  la  sé- 


LIGATORES.EN  PARTICULIER.  —  iluqüe  primitive,  591 

parer  de  ses  veines  avec  des  pinces.  On  glisse  sous  elle  une  sonde  cannelée 
ou  une  aiguille  courbe  armée  d’un  fil. 

Lorsqu’en  cherchant  la  cubitale  à  la  partie  moyenne  ou  au  tiers  infé¬ 
rieur  de  l’avant-bras,  on  ne  trouve  pas  l’artère  à  sa  place  habituelle  en 
dehors  du  nerf  cubital,  il  faut  la  chercher  sous  la  peau  sur  le  trajet  que 
nous  avons  indiqué. 

5°  Au-dessous  du  poignet.  —  Bœckel  a  indiqué,  pour  lier  l’arcade  pal¬ 
maire  superficielle,  une  incision  à  convexité  inférieure,  partant  du  pisi¬ 
forme,  et  s’arrêtant  au  niveau  de  la  base  du  troisième  métacarpien.  On 
divise  la  peau  et  l’aponévrose  palmaire,  et  on  reconnaît  l’artère  à  ses 
flexuosités.  Elle  est  facile  à  isoler  et  à  lier. 

.4rtère  iliaque  prlmitive.  —  D’après  les  statistiques  de  Norris,  l’artère 
iliaque  primitive  a  été  liée  seize  fois  ;  cette  ligature  fut  neuf  fois  suivie 
de  mort.  Elle  fut  pratiquée  pour  la  première  fois  par  Mott,  en  1827.  On 
compte  aujourd’hui  45  opérations  et  12  succès. 

Rapports  anatomiques.  —  La  bifurcation  de  l’aorte  a  lieu  au  niveau 
du  bord  inférieur  de  la  quatrième  vertèbre  lombaire  et  correspond  à 
l’ombilic.  Les  artères  iliaques  primitives  descendent  obliquement  en 
dehors,  sur  le  corps  de  la  cinquième  vertèbre  lombaire,  et  se  divisent  en 
iüaques  interne  et  externe  au  niveau  de  l’angle  sacro-vertébral.  Elles 
sont  séparées  du  péritoine  par  un  tissu  cellulaire  assez  lâche,  garni  de 
ganglions  lymphatiques,  et  sont  croisées  obliquement  par  ies  uretères  et 
les  vaisseaux  spermatiques.  Les  veines  iliaques  primitives  sont  placées, 
la  gauche  en  arrière  et  en  dedans  de  fartère  correspondante,  passant  de 
plus  sous  l’origine  de  l’artère  iliaque  primitive  droite,  la  droite  eh 
arrière  et  en  dehors  de  l’artère  qui  lui  correspond. 

Procédés  opératoires.  Garviso  fit  une  incision  à  la  paroi  antérieure 
de  l’abdomen  dans  la  direction  de  l’artère,  traversa  deux  fois  le  péri¬ 
toine,  isola  l’artère  avec  l’ongle  et  la  lia.  Nous  neeitons  ce  procédé  que 
pour  le  blâmer,  malgré  le  succès  qui  résulta  de  son  application. 

On  arrive  facilement  sur  l’iliaque  primitive  en  décollant  le  péritoine 
en  bas,  en  arrière  et  en  dehors.  Plus  on  se  porte  dans  cette  direction, 
plus  il  est  facile  de  détacher  cette  membrane  des  plans  sous-jacents.  Il 
est  donc  inutile  de  traverser  la  cavité  péritonéale  pour  découvrir  l’artère. 

Mott  pratiqua  une  incision  courbe  partant  à  0“,015  au-dessus  et  en 
dehors  de  l’anneau  inguinal  et  remontant  à  0“,05  au-^dessus  de  l’épine 
iliaque  antéro-supérieure.  C’est  le  procédé  auquel  nous  accordons  la  pré¬ 
férence.  Les  plans  musculaires  et  aponévrotiques  sont  divisés  couche  par 
couche,  jusqu’au  péritoine  qu’on  décolle  doucement  avec  les  doigts  pour 
contourner  sa  cavité  et  se  diriger,  sous  elle,  vers  l’angle  sacro-vertébral. 
Au-dessus  et  en  dehors  du  promontoire  qu’il  forme,  on  sent  les  battements 
de  l’iliaque  primitive,  assez  facile  à  isoler  avec  l’ongle,  grâce  à  la  laxité  du 
tissu  conjonctif  qui  la  joint  à  sa  veine  satellite.  L’aiguille  courbe,  pourvue 
d’un  long  manche,  sera  glissée  le  long  du  doigt  et  conduite  doucement 
entre  l’artère  et  la  veine,  en  ménageant  soigneusement  cette  dernière. 

Quelques  chirurgiens  donnent  la  préférence  au  procédé  de  Grampton 


592  LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  iliaque  et  honteuse  internes. 
qui  incise  la  paroi  abdominale  plus  haut  et  plus  en  dehors,  de  l’extrémité 
de  la  dernière  côte  à  l’épine  iliaque  antéro-supérieure.  Chez  les  sujets 
gras,  dont  l’abdomen  est  volumineux,  ce  procédé  présente  en  effet  plus 
de  facilités  que  celui  de  Mott. 

Anastomoses.  — Les  nombreuses  anastomoses  des  branches  pelviennes 
des  hypogastriques,  celles  de  l’épigastrique  avec  la  mammaire  interne  et 
de  la  circonflexe  iliaque  avec  les  artères  lombaires  et  iléo-lombaires, 
rétablissent  facilement  la  circulation  dans  le  membre  inférieur  après  la 
ligature  de  l’artère  iliaqne  primitive. 

Artère  iliaque  interne.  —  Elle  fut  liée  pour  la  première  fois  en  1812 
par  Stevens,  et  jusqu’ici  sa  ligature  a  réussi  quatre  fois  sur  sept. 

Rapports  anatomiques.  —  Longue  de  0“,04,  elle  se  porte  directement 
en  bas  dans  le  petit  bassin,  suivant  l’articulation  sacro-iliaque;  elle  se 
divise  en  neuf  branches,  qui  forment  un  véritable  pinceau  artériel.  Sa 
veine  satellite  longe  son  côté  interne  et  postérieur. 

Procédés  opératoires.  —  On  peut  lier  F  hypogastrique  par  les  mêmes 
procédés  que  l’iliaque  primitive.  Le  doigt  qui  décolle  le  péritoine  recon¬ 
naîtra  l’artère  au  moment  où  elle  franchit  le  détroit  supérieur  du  bassin, 
devant  l’articulation  sacro-iliaque;  il  l’isolera  doucement  de  sa  veine 
satellite  et  s’assurera  que  le  fil  est  placé  exactement  au  niveau  de  sa  partie 
moyenne,  afin  que  les  caillots  oblitérateurs  aient  au-dessus  et  au-dessous 
de  la  ligature  une  longueur  suffisante. 

Stevens  pratiqua  une  incision  de  0“,12  dans  la  direction  et  en  dehors 
de  l’artère  épigastrique,  partant  à  0“,015  en  dehors  du  milieu  de  l’ar¬ 
cade  crurale  et  se  dirigeant  à  0“,015  en  dehors  de  l’ombilic.  Cette  inci¬ 
sion  nous  semble  très-inférieure  à  celle  de  Mott,  que  nous  recommandons. 
Le  péritoine,  à  ce  niveau,  est  plus  difficile  à  décoller  de  la  paroi  abdomi¬ 
nale  ;  le  décollement  doit  être  fait  dans  une  plus  grande  étendue  pour 
permettre  d’arriver  sur  l’artère.  Enfin,  c’est  au  niveau  de  l’angle  inférieur 
de  la  plaie  qu’on  a  surtout  besoin  d’espace  et  cette  forme  angulaire  n’en 
livre  pas  assez. 

Artère  honteuse  interne.  —  On  se  rappelle  que  celte  artère,  branche 
terminale  de  l’iliaque  interne,  sort  du  bassin  avec  l’ischiatique,  et  un  peu 
en  dedans  de  celle-ci,  par  la  partie  inférieure  de  la  grande  échancrure 
sciatique,  au-dessous  du  muscle  pyramidal  {voy.  Fesse,  t.  XIV,  fig.  35, 
p.  612).  Dans  les  cas  où  elle  a  été  liée,  c’était  cpuelquefois  pour  obtenir 
la  cure  d’un  anévrysme,  mais  le  plus  souvent  pour  combattre  une  hé¬ 
morrhagie  traumatique,  consécutive,  dans  la  plupart  des  cas,  à  l’opéra¬ 
tion  de  la  taille.  Le  procédé  qui  sert  à  découvrir  l’ischiatique  {voy.  Fesse, 
t.  XIV,  p.  639)  est  applicable  à  la  ligature  de  la  honteuse  interne. 

Artère  iliaque  externe  .  —  La  ligature  de  l’iliaque  externe  a  été  pra¬ 
tiquée  fréquemment.  La  seule  statistique  de  Korris  en  relève  118  cas, 
dont  33  suivis  de  mort.  Tantôt  l’artère  a  été  liée  près  de  l’arcade  cru¬ 
rale,  et  tantôt  plus  ou  moins  près  de  la  bifurcation  de  l’iliaque  primitive. 

Rapports  anatomiques.  —  L’artère  iliaque  externe  part  de  l’iliaque 
primitive,  au  niveau  delà  symphyse  sacro-iliaque,  et  passe  sous  l’arcade 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  iliaqde  externe.  595 

crurale  à  la  réunion  de  son  tiers  interne  avec  ses  deux  tiers  externes 
(Richet),  et,  d’après  A.  Cooper,  à  0“,007  chez  l’homme,  à  0“,009 
chez  la  femme  en  dehors  du  milieu  de  la  ligne  qui  va  de  l’épine  iliaque 
antéro-supérieure  à  la  symphyse  pubienne.  Son  trajet  serait  représenté, 
sur  la  peau  de  l’abdomen,  par. une  ligne  partant  de  ce  point  et  se  diri¬ 
geant  vers  l’ombilic.  Elle  longe  le  détroit  supérieur  immédiatement  en 
dedans  du  psoas,  dont  la  saillie  devient  un  point  de  repère  précieux  pour 
sa  recherche.  Elle  est  recouverte  par  le  péritoine,  qui  se  décolle  très- 
facilement  à  ce  niveau.  Le  nerf  crural  la  longe  en  dehors,  séparé  d’elle 
par  l’aponévrose  du  psoas  ;  la  veine  iliaque  externe  se  trouve  à  son  côté 
postérieur  et  interne.  C’est  près  de  sa  terminaison  qu’elle  fournit  l’épi¬ 
gastrique  et  la  circonflexe  iliaque,  d’où  peut  provenir,  par  anomalie, 
l’obturatrice  qu’on  a  vu  aussi  fournie  directement  par  l’iliaque  externe. 

Procédés  opératoires.  — :.Dans  les  uns,  Tincision,  à  peu  près  perpen¬ 
diculaire  à  l’arcade  crurale,  suit  le  trajet  de  l’artère  en  dehors  de  l’épi¬ 
gastrique  (Abernethy,  Malgaigne).  Dans  les  autres,  l’incision,  parallèle  à 
l’arcade  crurale,  croise  le  trajet  de  l’artère  (Roux,  Cooper,  Bogros).  Nous 
rejetons  les  premiers,  pour  les  raisons  que  nous  avons  indiquées  au 
sujet  de  la  ligature  de  l’iliaque  primitive.  Parmi  les  seconds,  le  procédé 
de  Roux  permet  d’atteindre  l’artère  très-haut,  près  de  sou  origine  ;  celui 
de  Bogros  la  découvre  immédiatement  au-dessus  de  l’arcade  crurale. 

Cooper  fit  une  incision  courbe,  partant  du  bord  interne  de  l’anneau 
inguinal,  et  remontant  à  0“,04  environ  en  avant  et  au-dessus  de  l’épine 
iliaque.  11  incisa  la  peau  et  l’aponévrose  du  grand  oblique,  souleva  le 
cordon  et  le  bord  inférieur  des  muscles  petit  oblique  et  transverse,  divisa 
le  fascia  Iransversalis  sur  une  sonde  cannelée  et  isola  l’artère. 

Roux,  pour  éviter  de  blesser  le  cordon  et  l’artère  épigastrique,  ainsi 
que  dans  l’espoir  d’échapper  aux  hernies  consécutives,  commença  son 
incision  plus  en  dehors,  vers  le  milieu  de  l’arcade  crurale,  et  la  termina 
au-dessus  de  l’épine  iliaque.  La  paroi  abdominale  antérieure  est  divisée 
couche  par  couche  et  le  péritoine  décollé  dans  la  fosse  iliaque,  jusqu’en 
dedans  de  la  saillie  du  psoas",  où  on  trouve  l’artère.  Ce  procédé,  d’une 
exécution  moins  facile,  permet  de  découvrir  l’artère  dans  un  point  très- 
élevé  de  son  trajet. 

Bogros  a  proposé  une  incision  de  0,08,  parallèle  à  l’arcade  crurale  et 
immédiatement  au-dessus  d’elle,  à  cheval  sur  le  milieu  de  la,  ligne  qui  va 
de  l’épine  iliaque  à  la  symphyse  pubienne.  Après  avoir  coupé  la  peau  et 
l’aponévrose  du  grand  oblique  et  ouvert,  par  conséquent,  le  canal  inguinal, 
on  relève  le  cordon;  on  dilate  avec  le  doigt  l’anneau  inguinal  supérieur 
pour  trouver  l’artère  épigastrique,  qui  conduit  sur  l’artère  iliaque  externe 
à  0“,012  ou  0'“,015  au-dessus  de  l’arcade  crurale. 

C’est  le  procédé  que  nous  avons  adopté,  en  le  modifiant  de  la  façon 
suivante  ; 

Au  lieu  de  dilater  l’anneau  supérieur  avec  le  doigt  pour  rechercher 
l’artère  épigastrique  et  nous  guider  sur  elle,  nous  incisons,  sur  une  sonde 
cannelée,  le  fascia  transversalis  immédiatement  au-dessus  de  l’arcade. 


594  ligatures  EN  PARTICULIER.  ■ — ■  épigastrique.  —  fémorale. 
après  nous  être  assuré  que  l’artère  épigastrique  n’est  pas  chargée  sur  la 
sonde,  ce  qui  est  facile  à  éviter,  surtout  à  ce  niveau.  Sans  nous  préoc¬ 
cuper  de  la  recherche  de  cette  artère,  que  nous  faisons  récliner  en  dedans 
si  elle  paraît  dans  la  plaie,  nous  reconnaissons  avec  le  doigt  la  saillie  du 
psoas.  L’artère  est  en  dedans  de  cette  saillie,  la  veine  en  dedans  de  l’ar¬ 
tère.  Ces  deux  vaisseaux  étant  isolés,  l’aiguille  courbe  est  passée  entre 
la  veine  et  l’artère. 

Artère  épigastrique.  —  Elle  longe  la  partie  interne  de  l’anneau  inguinal 
supérieur  et  se  dirige  vers  l’ombilic.  Sous-péritonéale  dans  la  première 
partie  de  son  trajet,  elle  se  jette  dans  la  gaine  du  muscle  droit  dès 
qu’elle  atteint  le  bord  externe  de  ce  muscle.  Elle  n’est  que  très-lâchement 
unie  au  fascia  transversalis  au  niveau  du  canal  inguinal.  Elle  soulève 
même  Ic.péritoine  à  ce  niveau,  en  s’écartant  de  la  paroi  postérieure  du 
canal  inguinal,  pour  séparer  les  deux  fossettes  inguinales  externe  et 
moyenne.  Le  trajet  de  l’artère  épigastrique  est  représenté,  sur  la  peau  de 
l’abdomen,  par  une  ligne  partant  du  tiers  interne  de  l’arcade  crurale 
pour  aboutir  à  l’ombilic. 

Procédé  opératoire.  —  On  a  recours  à  l’incision  de  Bogros  pour  la 
ligature  de  l’iliaque  externe.  Après  avoir  divisé  la  paroi  antérieure  du 
canal  inguinal  et  soulevé  le  cordon,  on  aperçoit,  par  transparence,  à 
travers  le  fascia  transversalis,  en  dedans  de  l’anneau  inguinal  supérieur, 
l’artère  épigastrique  accompagnée  de  ses  deux  veines.  La  section  sur  la 
sonde  cannelée  de  la  paroi  postérieure  du  canal  inguinal  permet  d’isoler 
et  de  lier  l’artère.  S’il  était  impossible  de,  reconnaître  l’artère  à  travers 
le  fascia  qui  la  recouvre,  on  s’adresserait  au  moyen  indiqué  par  Bogros  : 
la  pulpe  du  doigt  chercherait  et  dilaterait  l’anneau  inguinal  supérieur,  au 
bord  interne  duquel  on  trouverait  l’artère. 

Artère  fémorale.  —  On  peut  la  lier  dans  tous  les  points  de  son  trajet, 
depuis  l’anneau  crural  jusqu’à  l’anneau  des  adducteurs.  Nous  négligerons 
le  procédé  de  Hunier  qui  découvrait  l’artère  à  sa  partie  moyenne,  sous 
le  couturier,  et  nous  décrirons  la  ligature  de  la  fémorale  :  1°  sous  l’ar¬ 
cade  crurale,  avant  la  naissance  de  la  fémorale  profonde  ;  2°  au  sommet 
du  triangle  de  Scarpa;  3°  au  niveau  de  l’anneau  des  adducteurs. 

D’après  les  statistiques  de  Norris,  sur  204  ligatures  de  la  fémorale, 
50  ont  été  suivies  de  mort.  Il  y  a  eu  31  cas  de  gangrène  plus  ou  moins 
étendue  du  membre  inférieur,  et  24  hémorrhagies.  La  mort  a  été  23  fois 
ia  conséquence  de  la  gangrène,  et  10  fois  elle  reconnut  pour  cause  l’hé¬ 
morrhagie  ;  ce  qui  semble  indiquer  que  la  ligature  de  la  fémorale  expose 
tout  particulièrement  à  ces  deux  accidents. 

Rapports  anatomiques.  —  Le  trajet  de  la  fémorale  est  représenté  par 
une  ligne  partant  à  0“,012  ou  0“,015  en  dedans  du  milieu  de  l’arcade 
crurale,  et  aboutissant  à  la  partie  moyenne  du  condyle  interne  du  fémur. 
Elle  commence  à  l’anneau  crural,  sous  le  ligament  de  Fallope,  et  se 
termine,  en  prenant  le  nom  de  poplitée,  dans  l’anneau  du  grand  adduc¬ 
teur,  à  la  réunion  du  tiers  moyen  avec  le  tiers  inférieur  du  fémur,  assez 
exactement,  chez  l’adulte,  à  quatre  travers  de  doigt  au-dessus  du  tuber- 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  pémoralè.  595 

cule  d’insertion  du  grand  adducteur  au  condyle  interne  du  férnur-  Sa 
gaine  aponévrotique  est  assez  résistante  et  contient  la  veine  fémorale-.  Dans 


Fig.  52.  ,  Ligature  de  l’artère  fémorale.  Fre.  53. 

Ig.  52.  —  a,  Psoas.  —  b.  Iliaque.  —  c,  Arcade  crurale.  —  d,  Couturier.  —  e,  e',  e",  Triceps 
fémoral.  —  f,  Grêle  interne.  —  g,  Moyen  adducteur.  —  h,  Pectiné.  —  i,  Aorte.  —  j,  Iliaque 
primitive.  —  k,  Iliaque  interne  (hypogastrique).  —  l,  Iliaque  externe.  —  m,  Artère. fémorale. 
I  n,  Épigastrique.  —  o.  Veine  cave.  —  p.  Veine  iliaque.  —  q,  Veine  hypogastrique.  —  r,  Veine 
iliaque  externe.  —  s,  Veine  fémorale.  —  t.  Branche  du  nerf  crural,  —  u,  Le  couturier  tiré 
en  dehors  par  une  érigne  pour  découvrir  l’artère  fémorale. 

’ig.  53.  —  Les  lignes  au  pointillé,  dont  l’une  suit  l’arcade  crurale  et  les  autres  tombent  plus 
ou  moins  obliquement  sur  elles,  indiquent  la  direction  donnée  aux  incisions  pour  la  ligature 
des  artères  iliaques. 


la  première  partie  de  son  trajet,  la  fémorale  forme  la,  médiane  du  triangle 
de  Scarpa,  limité  en  haut  par  l’arcade  crurale,  en  dehors  par  le  bord 
interne  du  couturier,  en  dedans  par  le  bord  externe  de  moyen  adducteur. 
Au  sommet  du  triangle  de  Scarpa,  c’est-à-dire  à  ü“,12  ou  O"*,!  5  au-dessous 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  fémorale. 


du  pli  de  l’aine,  la  fémorale  passe  sous  le  couturier  qui  la  croise  oblique¬ 
ment.  Dans  le  triangle  de  Scarpa,  l’artère  n’est  recouverte  que  par  la 
peau,  par  le  fascia  cribriformis  et  par  le  tissu  adipeux  et  les  ganglions 
lymphatiques  de  la  région.  Elle  repose  sur  le  pectiné  qui  la  sépare  de  la 
tête  du  fémur  et  la  conduit  sur  le  plan  des  adducteurs.  Dans  la  seconde 
partie  de  son  trajet,  c’est-à-dire  depuis  le  sommet  du  triangle  de  Scarpa 
jusqu’à  l’anneau  des  adducteurs,  la  gaine  des  vaisseaux  fémoraux  est 
couchée  dans  une  gouttière  formée  en  dedans  et  en  arrière  par  les  adduc¬ 
teurs,  en  dehors  et  en  avant  par  le  vaste  interne.  Elle  se  rapproche  insen¬ 
siblement  de  la  ligne  âpre  en  contournant  le  fémur.  Le  couturier  croise 
très-obliquement  la  fémorale  dans  cette  seconde  partie  de  son  trajet,  de 
telle  sorte  qu’à  sa  partie  inférieure  l’artère  correspond  au  bord  externe 
devenu  antérieur  de  ce  muscle  satellite.  Grâce  au  mouvement  de  spirale 
suivi  par  les  vaisseaux  autour  de  la  cuisse,  la  veine  fémorale,  située  en 
dedans  de  l’artère  à  la  base  du  triangle  de  Scarpa,  lui  devient  postérieure 
dans  l’anneau  des  adducteurs.  Vers  le  sommet  du  triangle  de  Scarpa,  le 
nerf  saphène  interne  pénètre  dans  la  gaine  des  vaisseaux  fémoraux,  qu’il 
abandonne  au  niveau  de  l’anneau  des  adducteurs.  11  est  situé  en  avant  de 
l’artère.  Parmi  les  branches  de  la  fémorale,  importantes  à  connaître  au 
point  de  vue  de  la  ligature  de  cette  artère,  nous  avons  à  citer  la  fémorale 
profonde  qui,  grâce  à  son  volume,  a  pu  être  considérée  comme  une 
branche  de  bifurcation.  Elle  se  sépare  de  la  partie  postérieure  de  l’artère 
à  0“,04  environ,  au-dessous  du  pli  de  l’aine.  La  grande  anastomotique 
naît  de  la  fémorale  dans  l’anneau  du  grand  adducteur,  elle  en  sort  presque 
aussitôt,  comme  le  nerf  saphène,  et  peut,  comme  lui,  guider  dans  la  re¬ 
cherche  de  l’artère  à  ce  niveau.  Nous  ne  citerons  que  pour  mémoire  les 
artères  sous-cutanée  abdominale  et  honteuses  externes  qui  naissent  dans 
le  triangle  de  Scarpa,  et  qu’on  peut  blesser  dans  les  ligatures  pratiquées  à 
cette  iiauteur. 

Anomalies.  —  Les  plus  intéressantes  à  signaler  ont  trait  à  la  naissance 
de  la  fémorale  profonde.  Cette  artère  remonte  quelquefois  jusque  sous 
l’arcade  crurale  ;  d’autres  fois,  au  contraire,  elle  naît  plus  bas  que  d’habi- 
tiile,  à  6,  8  et  même  10  centimètres  au-dessous  de  l’anneau  crural.  On 
comprend  les  hémorrhagies  provoquées  par  ces  anomalies,  à  la  suite  des 
ligatures  pratiquées  dans  le  triangle  de  Scarpa.  Aussi  est-il  sage  de  tou¬ 
jours  explorer  attentivement  l’artère,  à  0‘“,01  au-dessus  et  au-dessous  de 
la  ligature,  sans  toutefois  dénuder  la  paroi  du  vaisseau. 

Procédés  opératoires. — 1“Soms  l’arcade  crurale,  au-dessus  delà  nais‘ 
sance  de  la  fémorale  profonde.  La  peau  est  incisée  à  0“,01  au-dessous  de 
l’arcade,  et  parallèlement  à  elle,  dans  l’étendue  de  0“,07  à  0“,08.  Le  mi¬ 
lieu  de  l’incision  correspond  à  0“,01  en  dedans  du  milieu  du  ligament 
de  Fallope. 

Les  artères  sous-cutanées  abdominales  sont  liées  dans  la  plaie,  et  l’apo¬ 
névrose  fascia  cribriformis,  qui  forme  la  paroi  antérieure  de  la  gaîne 
des  vaisseaux,  est  divisée  sur  une  sonde  cannelée.  On  trouve  alors  l’artère 
à  sa  sortie  de  l’anneau  crural  ;  la  veine  fémorale  est  située  à  son  côté  in- 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  fémorale.  •  .597 

terne  et  le  nerf  à  son  côté  externe,  mais  séparé  d’elle  par  l’aponévrose  du 
psoas.  L’aiguille  armée  d'un  fil  est  passée  entre  la  veine  et  l’artère.  On 
soulève  un  peu  le  vaisseau  et  on  explore  le  voisinage  de  la  ligature,  pour 
s’assurer  que  la  fémorale  profonde  ne  naît  pas  trop  près  d’elle. 

2°  Au  sommet  du  triangle  de  Scarpa.  —  C’est  en  quelque  sorte  le  lieu 
d’élection  pour  la  ligature  de  la  fémorale.  On  y  est  moins  exposé  à  la  gan¬ 
grène  qu’à  la  suite  d’une  ligature  placée  au-dessus  de  la  naissance  de  la 
fémorale  profonde,  elle  fil  se  trouve  placé,  en  général,  assez  loin  de  la 
naissance  de  cette  dernière  pour  qu’on  soit  à  l’abri  des  hémorrhagies 
qu’elle  pourrait  provoquer. 

Une  incision  de  0‘",08  environ,  dont  le  milieu  se  trouve  à  0“',12  au-des¬ 
sous  de  l’arcade,  suit  le  trajet  de  l’artère,  c’est-à-dire  une  ligne  qui,  de 
0'“,012  en  dedans  du  milieu  de  l’arcade  crurale,  gagne  le  milieu  du  con- 
dyle  interne.  En  divisant  la  peau,  il  faut  éviter  de  blesser  la  veine  saphène 
qui  est  en  général  plus  en  dedans.  Après  avoir  traversé  la  couche  de  tissu 
adipeux,  souvent  très-épaisse  en  celte  région,  on  incise  sur  une  sonde  can¬ 
nelée  l’aponévrose  d’enveloppe.  Le  bord  interne  du  couturier  croise  très- 
obliquement  la  plaie  vers  son  milieu.  C’est  à  ce  niveau  qu’il  faut  le  récli¬ 
ner  légèrement  en  dehors  pour  découvrir  la  gaine  des  vaisseaux  fémoraux, 
qui  est  divisée  sur  une  sonde  cannelée  dans  l’étendue  de  0“‘,02  environ. 
On  sépare  avec  des  pinces  et  une  sonde  cannelée  l’artère  de  la  veine  fémo¬ 
rale,  qui  est  située  en  dedans  d’elle  et  déjà  sur  un  plan  un  peu  postérieur. 
Après  s’être  assuré  que  la  fémorale  profonde  ne  naît  pas  dans  son  voisi¬ 
nage  immédiat,  on  serre  la  ligature  qui  a  été  conduite  sous  le  vaisseau 
au  moyen  d’une  aiguille  courbe. 

3*  Dans  Vanneau  des  adducteurs.  —  Il  faut  bien  se  rappeler  que  l’an¬ 
neau  du  grand  adducteur  correspond  à  la  réunion  du  tiers  moyen  avec  le 
tiers  inférieur  du  fémur,  qu’il  est  situé  en  moyenne  à  quatre  bons  travers 
de  doigt  au-dessus  du  tubercule  d’insertion  du  grand  adducteur  au  condyle 
interne,  et  que  c’est  au-dessus  et  non  au-dessous  de  l’anneau  qu’on  doit 
découvrir  l’artère.  J’ai  souvent  vu  les  élèves  manquer  cette  ligature,  à 
l’amphithéâtre,  pour  vouloir  trouver  l’artère  trop  bas,  la  cherchant  en 
avant  du  plan  des  adducteurs,  à  un  niveau  où  elle  est  déjà  derrière  lui  et 
devenue  artère  poplitée. 

Une  incision  de  0'“,10  est  pratiquée  sur  le  trajet  de  l’artère,  à  cheval 
sur  la  réunion  du  tiers  moyen  et  du  tiers  inférieur  du  fémur.  La  veine  sa¬ 
phène  est  soigneusement  évitée  ;  l’aponévrose  d’enveloppe  du  membre 
est  divisée  dans  toute  l’étendue  de  la  plaie.  Le  bord  externe  du  couturier 
croise  obliquement  la  partie  supérieure  de  la  plaie.  On  le  récline  en  de¬ 
dans,  et  on  pénètre,  par  décollement,  dans  la  gouttière  formée  en  dehors 
par  le  vaste  interne  et  en  dedans  par  le  plan  des  adducteurs.  Ces  muscles 
sont  faciles  à  reconnaître  à  la  direction  de  leurs  fibres.  Au  fond  de  cette 
gouttière  se  trouve  la  gaine  des  vaisseaux  fémoraux  ;  elle  va  se  fixer  .sur  les 
bords  de  l’anneau,  formant  en  avant  de  l’artère  et  de  la  veine  un  feuillet 
aponévrotique  très-résistant,  que  traverse  le  nerf  saphène  pour  rester  en 
avant  des  adducteurs. 


598 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  poplitée. 


Le  cordon  blanc  que  forme  ce  nerf  au  fond  de  la  plaie  est  un  point  de 
repère  précieux.  On  a  conseillé  de  glisser  la  sonde  cannelée  dans  l’orifice 
par  lequel  il  sort  :  ce  serait  le  contusionner  inutilement  ;  mieux  vaut  sou¬ 
lever  la  gaine  avec  des  pinces  et  y  pratiquer  doucement  une  petite  bouton¬ 
nière  pour  l’introduction  de  la  sonde  cannelée.  La  gaine  aponévrotique 
étant  ouverte  et  le  nerf  saphène  récliné  en  avant,  on  trouve  l’artère  et  der¬ 
rière  elle  la  veine  fémorale.  Ces  deux  vaisseaux  sont  solidement  accolés 
l’uii  à  l’autre  par  leur  gaine  celluleuse  très-résistante  à  ce  niveau.  On  a 
quelquefois  du  mal  à  déchirer  cette  gaine  avec  des  pinces;  il  ne  faut  toute¬ 
fois  employer  le  bistouri  qu’à  la  dernière  extrémité. 

Lorsqu’on  découvre  l’artère  un  peu  bas  dans  l’anneau,  on  trouve  au- 
devant  d’elle  la  grande  anastomotique  accompagnée  de  ses  veines  satellites. 
Cette  artère,  du  volume  de  la  radiale,  doit  être  ménagée  avec  soin. 

Hunter  liait  l’artère  fémorale  à  son  tiers  moyen,  sous  le  couturier.  Pour 
pratiquer  cette  ligature,  il  suffit  d’inciser  à  ce  nivean  la  peau,  et  l’aponé¬ 
vrose  sur  le  trajet  de  l’artère.  Le  couturier  mis  à  nu  est  récliné  en  de¬ 
dans  ou  en  dehors,  ou  coupé  en  travers  ;  sous  sa  face  profonde,  dans  la 
gouttière  musculaire  que  nous  avons  signalée,  se  trouve  la  gaine  des  vais¬ 
seaux  fémoraux.  Ace  niveau,  le  nerf  saphène  interne  est  en  avant  de  l’ar¬ 
tère,  dont  la  veine  occupe  le  côté  postérieur  et  interne.  • 

Artère  poplitée.  — Malgré  la  fréquence  des  anévrysmes  de  la  poplitée, 
la  ligature  de  cette  artère  a  perdu  de  son  importance,  depuis  qu’à  la  mé¬ 
thode  ancienne  sont  venues  se  substituer  celles 
d’Anel  et.  de  Hunter.  On  décrit  toutefois  la  ligature 
delà  poplitée  :  1“  à  sa  partie  supérieure,  derrière 
les  condyles  fémoraux  ;  2“  à  sa  partie  moyenne, 
au  niveau  de  l’interligne  articulaire  du  genou;  3“ à 
sa  partie  inférieure,  derrière  les  condyles  du  tibia. 

Rapports  anatomiques.  —  Étendue  de  l’anneau 
du  grand  adducteur  à  l’anneau  du  soléaire,  l’artère 
poplitée  représente  la  grande  diagonale  du  losange 
poplité,  et  correspond  au  quart  inférieur  de  la 
cuisse  et  au  cinquième  supérieur  de  la  jambe.  Elle 
est  plus  rapprochée  du  demi-membraneux  et  du 
jumeau  interne,  qui  forment  les  côtés  internes  du 
Fig.  54.  —  Artère  losange,  que  du  biceps  et  du  jumeau  externe,  qui 
poplitée.  en  forment  les  côtés  externes.  Elle  correspond,  en 

avant,  à  la  face  postérieure  du  grand  adducteur^  à 
la  face  postérieure  du  fémur  et  au  muscle  poplité,  qui  la  sépare  de  l’arti¬ 
culation  et  de  la  face  postérieure  du  tibia.  En  arrière,  elle  est  recouverte 
par  le  demi-membraneux  tout  à  fait  en  haut,  par  l’aponévrose  et  la  peau 
dans  le  creux  du  jarret,  par  les  jumeaux  et  le  soléaire  à  sa  partie  infé¬ 
rieure.  Elle  passe  sous  un  pont  fibreux  que  lui  présente  le  soléaire  à  son 
insertion  à  la  ligne  oblique  du  tibia,  et  prend  le  nom  de  tronc  tibio- 
péronier  après  qu’elle  a  fourni  l’artère  tibiale  antérieure  au  niveau  du 
sommet  de  l’espace  interosseux.  La  veine  poplitée,  grâce  à  la  continuation 


599 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  poplitée. 
de  ce  mouvement  de  spirale  décrit  par  les  vaisseaux  autour  du  fémur, 
est  venue  se  placer  en  dehors  et  en  arrière  de  l’artère.  Le  nerf  sciatique 
affectant  la  même  position  par  rapport  à  la  veine,,  nerf,  veine  et  artère  se 
trouvent  juxtaposés  dans  un  plan  oblique  d’arrière  en  ayant  et  de  dehors 
en  dedans.  Le  nerf  est  le  plus  superficiel  et  le  plus  externe,  l’artère  est  la 
plus  profonde  et  la  plus  interne,  la  veine  est  entre  les  deux. 

Procédés  opératoires.  —  i"  A  la  partie  supérieure.  —  On  exécute  assez 
facilement,  de  la  façon  suivante,  le  procédé  auquel  Jobert  a  donné  son  nom, 
et  qui  permet  d’atteindre  l’artère  poplitée  à  sa  partie  supérieure  par  la 
face  interne  de  la  cuisse. 

La  cuisse  étant  mise  dans  l’abduction,  on  sent  sous  la  peau  la  saillie  du 
tendon  par  lequel  le  grand  adducteur  s’insère  au  condyle  interne.  Der¬ 
rière  cette  corde  saillante,  le  doigt  s’enfonce  dans  une  dépression  sous 
laquelle  se  dessine  une  saillie  musculaire  formée  par  le  demi-tendineux, 
le  droit  interne,  le  couturier  et  le  demi-membraneux.  C’est  dans  le  fond 
de  cette  gouttière  qu’on  pratique  une  incision  de  0,09  à  0,10  au-dessus 
du  tubercule  du  condyle  interne  du  fémur,  en  évitant  la  veine  saphène 
interne  qui  se  présente  presque  toujours  sous  le  tranchant  du  bistouri.  La 
peau  et  l’aponévrose  divisées,  on  ramène  la  cuisse  dans  l’adduction  et  la 
jambe  dans  la  flexion,  pour  relâcher  la  boutonnière  musculaire,  dans  la¬ 
quelle  on  pénètre,  et  qu’on  fait  écarter  par  des  aides.  On  trouve  alors 
sous  le  plan  de  l’adducteur  l’artère  poplitée,  qu’on  atteint  par  son  côté  in¬ 
terne.  La  veine  est  en  dehors  de  l’artère  ;  elle  lui  est  très-adhérente,  et  ré¬ 
dame  les  plus  grands  ménagements. 

2“  A  la  partie  moyenne.  —  Dans  le  creux  du  jarret.  Le  sujet  est  couché 
sur  le  ventre,  la  jambe  étendue  sur  la  cuisse.  On  fait  une  incision  de  0,08 
à  0,10  suivant  la  grande  diagonale  du  losange  poplité,  dessiné  par  les  re¬ 
liefs  musculaires  qui  le  limitent.  Dans  l’incision  de  la  peau,  et  dans  celle 
de  l’aponévrose  qui  doit  se  faire  sur  une  sonde  cannelée,  ou  évite  la  veine 
saphène  externe  qui  se  jette  dans  la  veine  poplitée  vers  le  milieu  du  creux 
du  jarret.  Après  avoir  traversé  le  tissu  adipeux,  souvent  abondant  dans 
cette  région,  on  tombe  sur  les  vaisseaux  et  nerfs  dont  nons  avons  indiqué 
la  position  respective  ;  le  nerf  sciatique,  plus  superficiel  que  les  vaisseaux 
et  plus  exactement  médian,  se  présente  le  premier  à  l’opérateur.  On  va  à 
la  recherche  de  l’artère  qui  est  au-dessous  et  en  dedans  de  la  veine,  dont 
il  faut  l’isoler.  La  gaine  celluleuse  qui  unit  ces  deux  vaisseaux  est  très- 
résistante  ;  on  la  divise  avec  soin. 

5°  A  la  partie  inférieure.  —  Au-dessus  de  l’anneau  du  soléaire.  En 
fléchissant  légèrement  la  jambe  sur  la  cuisse,  on  sent  derrière  la  saillie 
formée  par  les  muscles  de  la  patte  d’oie,  et  en  avant  du  jumeau  interne, 
une  gouttière  musculaire  un  peu  oblique  de  bas  en  haut  et  de  dedans  en 
dehors.  La  pression  des  doigts  y  refoule  la  peau  vers  la  face  postérieure 
du  condyle  interne  du  tibia.  Marchai  (de  Calvi)  a  proposé  de  se  servir  de 
cet  interstice  musculaire,  pour  arriver  sur  la  terminaison  de  la  poplitée. 
L’incision  divise  la  peau  et  l’aponévrose  dans  le  fond  de  la  gouttière  mus¬ 
culaire  que  nous  venons  de  citer,  en  ménageant  avec  soin  la  veine  sa- 


LIGATURES  EN  PARTICULIER,  —  tibiale  antérieure  . 


phène  interne,  si  elle  se  présente  sur  le  trajet  que  suit  le  bistouri.  On  dé¬ 
colle,  avec  le  doigt  ou  avec  le  manche  du  scalpel,  le  jumeau  interne  des 
muscles  couturier,  demi-tendineux  et  droit  interne  ;  ces  muscles  étant  ré¬ 
clinés,  on  trouve,  en  se  rapprochant  de  la  ligne  médiane,  l’artère  poplitée 
appliquée  contre  la  face  postérieure  du  tibia  par  un  plan  aponévrotique, 
qu’il  faut  diviser  pour  la  séparer  de  la  veine  et  du  nerf  qui  l’accompa¬ 
gnent. 

Tibiale  antérieure.  —  Rapports  anatomiques.  —  Son  trajet  est  repré¬ 
senté  par  une  ligne  qui,  du  milieu  de  l’espace  qui  sépare  la  tubérosité 
antérieure  du  tibia  de  la  tête  du  péroné,  aboutirait  au  milieu  de  l’espace 
intermalléolaire.  Dans  ses  deux  tiers  supérieurs,  elle  est  appliquée  sur  la 
face  antérieure  du  ligament  interosseux;  plps  bas,  elle  rampe  sur  la  face 
antéro-externe  du  tibia  ;  sous  le  ligament  annulaire  antérieur  du  tarse, 
elle  prend  le  nom  de  pédieuse.  Dans  sa  partie  supérieure,  l’artère  tibiale 
est  très-profonde,  et  répond  à  l’interstice  du  jambier  antérieur  et  de  l’ex¬ 
tenseur  commun  en  haut,  à  celui  du  jambier  et  de  l’extenseur  propre  du 
gros  orteil  (fig.  55)  à  sa  partie  inférieure.  Le  tendon  de  l’extenseur  propre 
la  croise  un  peu  au-dessus  des  malléoles.  Elle  est  accompagnée  de  deux 
veines  satellites,  qui  présentent  au-devant  d’elle  de  nombreuses  branches 
anastomotiques.  Le  nerf  tibial  antérieur  est  situé  en  dehors  de  l’artère, 
dans  sa  moitié  supérieure  ;  plus  bas,  il  la  croise  et  lui  devient  interne  en 
passant  au-devant  d’elle. 

Procédés  opératoires.  —  On  peut  lier  l’artère  tibiale  antérieure  dans 
tous  les  points  de  son  trajet  ;  mais  à  son  tiers  supérieur,  elle  est  très-pro¬ 
fondément  située  dans  la  gouttière  péronéo-tibiale  remplie  par  la  masse 
charnue  des  muscles  extenseurs  :  elle  est  très-difficilement  accessible  à  ce 
niveau. 

Pour  la  lier  ;  1“  à  la  réunion  de  son  tiers  supérieur  et  de  son  tiers 
moyen,  on  procède  de  la  façon  suivante.  La  peau  et  l’aponévrose  sont  in¬ 
cisées,  dans  l’étendue  de  0““,08  au  moins,  sur  le  trajet  de  l’artère  que  nous 
avons  déjà  indiqué.  Le  bistouri  glissé  à  plat  sous  l’aponévrose,  vers  le  mi¬ 
lieu  de  la  plaie,  la  débride  à  droite  et  à  gauche  dans  l’étendue  de  0'“,01 
à  0“,015.  Le  doigt  recherche  alors  le  premier  interstice  musculaire  à 
partir  de  la  crête  du  tibia.  On  décolle  doucement  le  jambier  antérieur  de 
l’extenseur  commun,  et  ces  muscles  étant  écartés  par  des  crochets,  on 
reconnaît  profondément,  contre  le  ligament  interosseux,  l’artère  tibiale 
antérieure  accompagnée  de  ses  deux  veines.  Le  nerf  est  en  dehors.  La 
profondeur  du  vaisseau  rend  son  isolement  difficile,  et  pour  glisser  sur  lui 
la  ligature,  il  faut  toujours  introduire  obliquement  dans  la  plaie  l’aiguille 
qui  en  est  armée  (fig.  56). 

2°  Au  tiers  inférieur  (fig.  56).  Une  incision  de  0‘“,06  à  0“,07  est  prati¬ 
quée  sur  le  trajet  de  l’artère.  On  recherche,  après  l’incision  de  la  peau  et 
de  l’aponévrose,  le  premier  interstice  musculaire  à  partir  de  la  crête  du 
tibia,  et  en  procédant  comme  précédemment,  on  trouve  l’artère  sur  la  face 
interne  devenue  antérieure  du  tibia.  Si  on  découvre  l’artère  un  peu  haut, 
on  trouve  le  nerf  au-devant  d’elle  ;  un  peu  bas,  il  occupe  son  côté  interne. 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  —  pédieüse.  601 

^  pai  souvent  vu,  à  l’amphithéâtre,  les  élèves  manquer  l’interstice  du 
Sambier  et  pénétrer  entre  l’extenseur  commun  et  l’extenseur  propre.  II 
*suffitiie  signaler  cette  faute  pour  qu’elle  soit  évitée. 


5,  Extenseur  commun  écarté  par  une  érigne.  —  6,  Long  fléchisseur  propre  détaché  du  péroné. 
—  7,  Soléaire.  (Bernabd  et  Hüette,  Méd.  opér.,  pl.  XIII,  fig.  1.) 

Fk.  66.  —  Ligature  de  l’artère  tibiale  antérieure. . —  a.  Peau.  —  b.  Aponévrose.  —  c,  Exten- 
,  seur  commun.  —  d,  Jambier  antérieur.  —  A,  Artère  tibiale  antérieure.  —  d,  Extenseur 
propre.  —  Ligature  de  la  péronière.  —  c.  Péronier  latéral.  —  d.  Soléaire.  —  e,  Long  flé- 
■  chisseur  propre.  (Bernard  et  Huette,  Méd.  opér.,  pl.  XIII,  fig.  2.) 


Artère  pédieüse.  —  Rapports  anatomiques.  —  Le  trajet  delà  pédieuse 
est  représenté  par  une  ligne  qui  va  du  milieu  de  l’espace  intermalléolaire 
au  sommet  du  premier  espace  interosseux.  L’artère  est  en  dehors  du  ten¬ 
don  de  l’extenseur  propre  du  gros  orteil  qui  a  croisé  la  terminaison  de 
la  tibiale  antérieure  ;  elle  est  en  dedans  du  premier  tendon  de  l’extenseur 
commun,  et  le  faisceau  interne  du  muscle  pédieux  la  recouvre  par  son 
bord  interne,  au  niveau  de  sa  partie  moyenne  (fig.  57).  Elle  est  accom¬ 
pagnée  par  deux  veines  satellites  et  par  des  filets  nerveux  provenant  du 


602 


LICxATüRES  EN  PARTICULIER.  —  tibiale  postériedre. 


tibial  antérieur,  et  plus  superficiellement  du  musculo-cutané.  Outré  le 
bord  du  pédieux  et  la  peau,  deux  plans  aponévrotiques  la  recouvrent. 

Procédé  opératoire.  —  On  fait,  sur  le  trajet  de  l’artère,  une  incision  de 
0'“,04  à  0'“,05  ;  la  peau  et  l’aponévrose  d’enveloppe  sont  divisées  ;  on  laisse 
en  dedans  le  tendon  de  l’extenseur  propre,  en  dehors  ceux  de  l’extenseur 


Fig.  57.  Ligature  de  l’artère  pédieuse.  Fig.  58. 


Fig.  57. —  1,  Ligament  annulaire  du  tarse.  —  2,  Extenseur  propre  du  gros  orteil.  —  3,  Extenseur 
commun  des  orteils.  —  4,  Muscle  pédieux.  —  A,  Artère  pédieuse.  —  b,  Nerf. 

Fig.  58.  —  a,  Peau.  —  b,  Aponévrose.  —  A,  Artère  pédieuse.  (Bernabd  et  Hoeite,  Méd.  opér., 
pl.  Xir,  fig.  3  et  4.) 

commun.  Le  bord  interne  du  pédieux  étant  découvert,  on  incise  l’aponé¬ 
vrose  qui  lui  fait  suite,  et  en  le  réclinant  légèrement  en  dehors,  on  trouve 
l’artère  accompagnée  de  ses  deux  veines,  et  appliquée  sur  la  face  dorsale 
du  tarse.  Après  l’avoir  isolée,  on  peut  glisser  sous  elle  une  sonde  cannelée 
et  la  lier  (fig,  58).  La  pédieuse  peut  manquer  ou  être  excessivement  grêle. 
Elle  est  alors  suppléée  par  la  terminaison  delà  péronière. 

Tibiale  postérieübe.  —  Rapports  anatomiques.  —  Son  trajet  est  repré¬ 
senté  par  une  ligne  légèrement  oblique  par  rapport  au  bord  interne  du 
tibia,  partant  à  peu  près  de  l’axe  de  la  jambe  au  niveau  de  la  bifurcation 
du  tronc  tibio-péronier,  et  passant  à  un  travers  de  doigt  en  arrière  de  la 
malléole  interne.  Elle  est  donc  plus  éloignée  du  bord  interne  du  tibia  à 
sa  partie  supérieure  qu’à  sa  partie  inférieure  (fig.  59).  Elle  est  recouverte 
par  le  soléaire  et  par  le  bord  interne  du  jumeau  interne  jusqu’au  tiers  in¬ 
férieur  de  la  jambe,  où  elle  est  en  rapport  avec  le  bord  interne  du  tendon 
d’Achille.  Ce  tendon,  en  se  rétrécissant,  et  en  se  portant  vers  la  face  pos¬ 
térieure  du  calcanéum,  s’éloigne  d’elle  inférieurement.  La  tibiale  posté¬ 
rieure  est  appliquée,  en  haut,  sur  la  face  postérieure  du  jambier  postérieur; 
vers  la  partie  moyenne  de  la  jambe,  elle  rampe  sur  la  face  postérieure  du 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  — ■  tibiale  postébiedre.  605 


fléchisseur  commun  ;  derrière  la  malléole  interne,  elle  est  en  arrière  des 
tendons  de  ces  deux  muscles.  Elle  est  accompagnée  de  deux  veines  satel¬ 
lites.  Le  nerf  tibial  postérieur  est  en  dehors  de  l’artère,  et  se  place  der¬ 
rière  elle  au  niveau  de  la  malléole,  rarement  plus  haut. 

Procédés  opératoires.  —  Difficilement  accessible  dans  son  tiers 


Fis.  59.  Ligature  de  la  tibiale  postérieure.  Fis.  60. 

Fig.  59.  —  ATF,  Artère  tibiale  postérieure.  —  NTP,  Nerf  tibial  postérieur.  —  ysi,  Veineisaphène 
interne.  —  JI,  Jumeau  interne.  —  S,  Soléaire.  —  aq,  Aponévrose.  —  F/C,  Fléchisseur  com¬ 
mun  des  orteils.  —  JP,  Jambier  postérieur.  i 

Fig.  6Ü.  —  Tiers  supérieur  :  J,  Jumeau  interne.  — ■  S,  Soléaire.  —  Tiers  moyen  ;  A,  Artère. 

—  N,  Nerf.  —  F,  Fléchisseur.  —  S,  Soléaire.  —  Tiers  inférieur  :  A,  Artère. _  N,  Nerf. 

(Beksakd  et  Hüette,  Méd..  opér.,  pl.  XIV,  flg.  1  et  2.) 


rieur  à  cause  de  l’épaisseur  des  muscles  qui  la  recouvrent,  la  tibiale  pos¬ 
térieure  peut  être  facilement  découverte  dans  son  tiers  inférieur,  où  elle 
n’est  plus  séparée  de  la  peau  que  par  deux  plans  aponévrotiques.  Nous 
décrirons  sa  ligature:  1"  au-dessous  du  quart  supérieur  de  la  jambe  ; 
2“  au  tiers  inférieur;  3“  derrière  l{i  malléole  interne. 


LIGATURES  EN  PARTICULIER.  -  péronière. 


604 

.1"  Au-dessous  du  quart  supérieur  de  la  jambe  (fig.  60)  .  —  On  pratique 
une  incision  de  0”,10  à  ce  niveau,  à  0”’,02  ou  0“,025  du  bord  interne  du 
tibia,  et  parallèlement  à  cette  crête  osseuse  dont  on  a  bien  constaté  la  po¬ 
sition  et  la  direction.  En  divisant  la  peau  et  l’aponévrose,  le  bistouri  mé¬ 
nage  la  veine  saphène  interne,’qui  peut  se  trouver  dans  l’incision.  Le  bord 
interne  du  jumeau  interne  est  repoussé  légèrement  en  dehors.  On  incise 
alors,  couche  par  couche,  sans  dévier  en  dehors,  et  en  se  dirigeant  vers  la 
face  postérieure  du  tibia,  toute  l’épaisseur  du  muscle  soléaire.  Si  cette  inci¬ 
sion  est  faite  nettement,  on  reconnaît  que  le  soléaire  est  traversé  à  l’as¬ 
pect  blanc-nacré  de  son  aponévrose  antérieure,  aponévrose  d’insertion  à 
laquelle  se  fixent  ses  fibres  musculaires.  Ce  plan  âponévrotique  étant 
divisé  sur  une  sonde  cannelée,  les  deux  lèvres  de  la  plaie  faite  au  muscle 
sont  écartées  avec  des  crochets,  et  on  voit  par  transparence,  à  travers 
l’aponévrose  profonde,  l’artère  tibiale  postérieure  accompagnée  de  ses  deux 
veines  satellites,  et  le  nerf  tibial  postérieur  situé  en  dehors  des  vaisseaux. 
L’aponévrose  est  incisée  sur  une  sonde  cannelée,  à  côté  de  l’artère,  qu’il 
est  encore,  difficile  d’isoler  et  de  lier,  à  cause  de  la  profondeur  de  la  plaie. 

Pendant  longtemps  on  a  conseillé  de  découvrir  la  tibiale  en  détachant 
les  insertions  du  soléaire  au  tibia.  C’est  Manec  qui,  le  premier,  a  proposé 
d’inciser  ce  muscle  sur  le  trajet  de  l’artère,  ce  qui  rend  l’opération  moins 
difficile,  surtout  chez  les  sujets  gras  et  musclés.  On  recommande  avec 
raison,  pour  procéder  à  cette  ligature,  de  coucher  la  jambe  sur  la  face 
externe,  de  la  fléchir  légèrement  sur  la  cuisse,  et  de  placer  le  pied  dans 
l’extension,  afin  de  relâcher  les  jumeaux  et  le  soléaire.  Le  chirurgien  doit 
se  placer  de  préférence  vers  le  plan  antérieur  de  l’opéré. 

2“  Au  tiers  inférieur  de  la  jambe.  —  Le  membre  est  placé  dans  la  même 
position  que  précédemment.  Une  incision  de  0“,08  est  pratiquée  à  0“,02 
en  arrière  du  bord  interne  du  tibia,  suivant  le  trajet  de  l’artère,  et  évitant 
la  veine  saphène,  si  elle  se  présente.  L’aponévrose  incisée  sur  la  sonde 
cannelée,  le  bord  interne  du  tendon  d’Achille  est  récliné  en  arrière,  et  la 
sonde  cannelée  est  glissée  sous  l’aponévrose  profonde,  à  côté  de  l’artère 
qu’on  aperçoit  par  transparence.  Si  l’on  se  porte  trop  en  dehors,  on 
tombe  snr  le  nerf  tibial  ;  il  faut  alors  rechercher  l’artère  plus  près  du 
bord  interne  du  tibia  (voy.  fig.  60). 

3°  Derrière  la  malléole  interne  (fig.  60).  —  Une  incision  de  0'“,06  à 
0'“,07  est  pratiquée  à  0“,02  en  arrière  de  la  malléole,  remontant  vers  la 
jambe,  en  suivant  la  direction  du  bord  interne  du  tibia.  Après  l’incision 
de  la  peau,  deux  plans  aponévrotiques  sont  successivement  divisés  sur  la 
sonde  cannelée,  et  on  trouve  l’artère,  accompagnée  de  ses  deux  veines, 
derrière  les  tendons  du  jambier  postérieur  et  du  fléchisseur  commun, 
maintenus  contre  la  malléole  par  leur  gaine  âponévrotique.  Le  tendon  du 
fléchisseur  propre  du  gros  orteil  est  en  dehors  et  en  arrière  de  l’artère  et 
n’est  pas  découvert.  Le  nerf  tibial  postérieur  est  en  arrière  des  vaisseaux. 

Artère  péronière.  —  Rapports  anatomiques.  —  Son  calibre  est  très- 
variable  ;  exceptionnellement  elle  atteint  le  volume  de  la  tibiale  posté¬ 
rieure.  On  ne  peut  mieux  définir  son.  trajet  qu’en  disant  . qu’elle  suit  le 


LIMAÇON.  605 

bord  interne  du  péroné.  Dans  son  quart  supérieur,  elle  est  un  peu  oblique 
de  haut  en  bas  et  de  dedans  en  dehors,  appliquée  sur  les  insertions  supé¬ 
rieures  du  muscle  jambier  postérieur.  Plus  bas,  elle  devient  verticale  et 
suit  le  bord  interne  du  péroné,  logée  sous  le  bord  interne  du  muscle  flé¬ 
chisseur  propre  du  gros  orteil,  entre  lui  et  le  jambier  postérieur.  Quel¬ 
quefois  elle  est  logée  dans  l’épaisseur  même  du  fléchisseur  propre.  Elle 
est  accompagnée  de  deux' veines  satellites. 

Tous  nos  traités  de  médecine  opératoire  répètent  que  la  péronière  a  été 
liée  par  Guthrie  pour  une  hémorrhagie  consécutive,  suite  de  coup  de  feu. 
Guthrie  ne  dit  rien  de  semblable  dans  ses  Commentaires  de  chirurgie  d’ar¬ 
mée  ;  mais  il  rend  compte  d’une  ligature  de  la  tibiale  postérieure  faite  pré¬ 
cisément  dans  les  conditions  ci-dessus. 

Procédé  opératoire.  —  Nous  décrirons  la  ligature  de  l’artère  péronière 
à  la  partie  moyenne  de  la  jambe  (fig.  56,  p.  601). 

La  jambe  est  couchée  sur  sa  face  interne  ;  on  recherche  l’interstice 
musculaire  qui  correspond  au  bord  externe  du  péroné.  Les  muscles  péro¬ 
niers  sont  en  avant,  les  jumeaux  et  le  soléaire  en  arrière,  et  au  fond  de  cet 
interstice  le  doigt  n’est  séparé  que  par  la  peau  de  la  crête  osseuse  qu’il 
recherche.  On  pratique,  au  fond  de  cette  gouttière,  une  incision  de0“,lü 
allant  jusqu’au  périoste.  Les  muscles  étant  réclinés  à  droite  et  à  gauche, 
le  histouri  suit  lentement,  et  couche  par  couche,  le  périoste  qui  recouvre 
la  face  postérieure  du  péroné,  détachant  les  insertions  à  cet  os  du  fléchis¬ 
seur  propre  du  gros  orteil.  Arrivé  à  une  certaine  profondeur,  il  met  à 
découvert  l’artère  accompagnée  de  ses  deux  veines,  soit  dans  l’épaisseur 
même  de  ce  muscle,  soit  au  niveau  de  son  bord  interne,  entre  lui  et  le 
jambier  postérieur.  En  procédant  ainsi  par  décollement,  on  ne  peut  pas 
manquer  l’artère  péronière,  quelle  que  soit  sa  position.  Le  seul  accident  à 
craindre,  c’est  la  blessure  de  l’artère  ou  de  ses  veines  satellites  :  on  peut 
l’éviter  facilement,  au  moins  sur  le  cadavre,  en  suivant  des  yeux  l’action 
du  bistouri,  et  en  procédant  lentement  à  la  section  des  insertions  muscu¬ 
laires. 


LIMAÇON.  Voy.  Oheillë. 


G.  Saeazin. 


LIMAÇON.  —  On  désigne  sous  le  nom  de  limaçons  ou  escargots  dif¬ 
férentes  espèces  de  mollusques  gastéropodes  pulmonés  appartenant  au 
genre  Hélix,  employées  en  thérapeutique  eu  raison  de  leurs  propriétés 
adoucissantes,  et  ayant  aussi  une  certaine  valeur  comme  substance  ali¬ 
mentaire. 

Ces  animaux  se  distingent  par  leur  coquille  plus  ou  moins  globuleuse 
trochoïde,  enroulée  en  spirale,  tout  à  fait  extérieure,  et  assez  grande 
pour  que  l’animal  puisse  y  rentrer  en  entier- L’ouverture  n’est  pas  fermée 
par  une  pièce  spéciale  {opercule)  ;  cependant,  dans  certains  cas,  ainsi 
pendant  le  sommeil  hibernal,  elle  est  close  au  moyen  d’une  membrane 
mince  ou  endurcie  par  des  sels  calcaires  (épiphragrne) ,  que  le  mollusque 
sécrète  temporairement.  Le  corps  est  allongé,  l  i-  tête  ornée  de  quatre 


606  LIMAÇON. 

tentacules,  les  supérieurs  oculifères.  Ces  animaux  ont  un  régime  habi¬ 
tuellement  végétal,  leur  respiration  est  aérienne.  Chaque  individu  porte 
à  la  fois  les  deux  sexes,  mais  doit  être  fécondé  par  un  autre  individu,  vis- 
à-vis  duquel  il  joue  lui-même  le  rôle  de  mâle  (accouplement  réciproque). 

Les  Hélices  se  rencontrent  dans  tous  les  pays,  surtout  dans  les  endroits 
chauds  et  humides.  On  en  distingue,  même  en  France,  un  grand  nombre 
d’espèces,  caractérisées  par  l’apparence  de  leur  corps  et  la  forme,  le  sys¬ 
tème  d’ornementation,  la  couleur  de  leurs  coquilles.  Les  plus  communes 
dans  le  Nord,  sont  :  les  Hélice  vigneronne  [H.  pomatia,  Linn.),  Hélice 
chagrinée  (if.  aspersa,  Müll.),  Hélice  sylvatique  (H.  sylvatica,  Drap.),  Hé¬ 
lice  némorale  (H.  nemoralis,  Linn.);  auxquelles  se  joignent,  dans  le  Midi 
les  Hélice  vermiculée  (H.  vermiculata,  Müll.),  Hélice  naticoïde  (H.  aperta, 
Born.),  etc.  Au  point  de  vue  médical,  ces  distinctions  n’ont  qu’une  mé¬ 
diocre  importance,  toutes  les  espèces  pouvant  indifféremment  se  substituer 
les  unes  aux  autres  ;  on  donne  la-  préférence  aux  plus  grosses,  surtout  aux 
deux  premières,  les  plus  généralement  employées. 

On  ne  se  sert  que  du  corps,  c’est-à-dire  de  la  partie  que  l’animal,  pen¬ 
dant  la  marche,  fait  sortir  de  sa  coquille;  les  viscères  contenus  dans 
celle-ci  sont  rejetés. 

Traitées  par  l’eau  bouillante,  les  Hélices  donnent  une  gélatine  qui  se 
rapproche  beaucoup  de  l’ichthyocolle  (Kastner);  on  peut  aussi  en  retirer 
par  l’éther  une  huile  odorante  sulfurée,  à  laquelle  Oscar  Figuier  a  donné 
le  nom  d’Hélicine.  C’est  à  ces  matières,  mal  connues  d’ailleurs  dans  leur 
composition  chimique,  qu’il  faudrait  attribuer  les  propriétés  curatives 
de  ces  mollusques;  aussi  les  préparations  médicinales  sont-elles  faites 
d’après  deux  principes,  avec  ou  sans  intervention  de  la  chaleur. 

Comme  exemple  de  la  première  méthode,  on  peut  citer  le  bouillon  de 


Limaçons  ; 

Limaçons .  120  grammes. 

Eau .  1000  — 

Capillaire .  5  — 


Faire  cuire  les  limaçons  dans  l’eau  à  la  chaleur  du  bain-marie  pen¬ 
dant  environ  deux  heures,  ajouter  le  capillaire  un  peu  avant  la  fin  de 
l’opéraliori. 

Mouchon  et  Figuier,  pour  éviter  l’altération  de  l’Hélicinè,  qui  par  la 
méthode  précédente  serait  détruite,  ont  donné  quelques  autres  formules 
pour  obtenir  un  mucilage,  un  sirop,  une  pâte  d’escargots,  sans  soumettre 
ces  animaux  à  une  coction  aussi  prolongée.  Cette  dernière  préparation 
s’obtient  en  pilant  les  limaçons  avec  cinq  fois  leur  poids  de  sucre,  pour 
obtenir  une  pâte  aussi  fine- que  possible  qu’on  passe  au  tamis  ;  après  avoir 
ajouté  un  mucilage  épais  de  gomme  arabique  et  de  blancs  d’œufs,  on  éva¬ 
pore  au  bain-marie  pour  augmenter  la  consistance. 

D’autres  praticiens  préfèrent  l’emploi  des  Hélices  en  nature,  trempées 
dans  le  sucre,  après  avoir  brisé  et  enlevé  la  coquille  ;  sauf  la  répugnance 
qu’inspire  ce  médicament  aux  malades,  cette  méthode  est  peut-être  la 
meilleure. 


Limon.  —  description.  607 

Les  escargots,  sous  ces  différentes  formes,  ont  été  surtout  employés 
contre  certaines  affections  de  poitrine,  telles  que  le  catarrhe  chronique  et 
surtout  la  phthisie  pulmonaire.  Très-préconisés  par  les  anciens  médecins, 
ils  étaient  peu  à  peu  tombés  dans  l’oubli,  lorsque  le  docteur  Chrestien 
(de  Montpellier)  les  a  remis  en  honneur  en  publiant  un  certain  nombre 
d’observations  favorables  ;  depuis,  cette  médication  a  de  nouveau  été  pres¬ 
que  complètement  délaissée. 

Ces  mollusques  ont  un  autre  emploi  en  économie  domestique,  au  point 
de  vue  alimentaire.  Dans  l’antiquité,  c’était  une  branche  assez  importante 
de  commerce,  et  les  Romains  faisaient  à  grands  frais  venir  de  fort  loin 
certaines  espèces  pour  les  engraisser  dans  des  parcs  spéciaux  (Cochlearia) . 
Jusqu’à  la  fin  du  siècle  dernier,  l’élevage  des  Hélices  et  leur  exportation 
constituaient  encore  une  industrie  spéciale.  Aujourd’hui,  l’ussfge  en  est 
plus  restreint  ;  cependant,  dans  presque  toutes  les  grandes  villes,  surtout 
dans  les  pays  méridionaux,  on  les  apporte  habituellement  sur  les  mar¬ 
chés.  Leur  chair,  dure,  coriace,  passe  pour  être  d’une  digestion  difficile  ; 
il  est  possible  que  la  cuisson  y  soit  pour  quelque  chose,  car  lorsqu’on  ad¬ 
ministre  ces  mollusques  en  nature  aux  malades,  suivant  le  dernier  des 
procédés  indiqués  plus  haut,  la  digestion  n’en  paraît  pas  troublée,  même 
chez  des  sujets  très-affaiblis.  En  parquant  ces  mollusques  pour  les  sou¬ 
mettre  pendant  un  certain  nombre  de  jours  à  un  régime  spécial,  on  obvie 
aussi,  dit-on,  à  ces  inconvénients.  Quoi  qu’il  en  soit,  ces  animaux  étant, 
surtout  dans  certaines  saisons,  assez  communs  pour  causer  aux  agricul¬ 
teurs  de  sérieux  désastres,  leur  récolte  facile  permettant  de  les  livrer  à 
bas  prix,  c’est  une  ressource  qu’on  aurait  peut-être  tort  de  négliger. 

Léon  Vaillant. 

LIMOIM.  —  On  donne  le  nom  de  limon  ou  citron,  au  fruit  du  citron¬ 
nier,  limonier,  citrus  limonum,  Risso,  de  la  famille  des  Amantiacêes. 

Description.  —  Arbre  de  4  ou  5  mètres  au  plus,  qui,  dans  les  pays 
chauds,  fleurit  et  fructifie  presque  toute  l’année.  Tige  droite,  grisâtre, 
munie  d’épines,  surtout  à  Tétat  sauvage.  Feuilles  alternes,  portées  par  des 
pétioles  articulés,  peu  ou  presque  point  ailés  sur  leurs  parties  latérales, 
présentant  un  aiguillon  plus  ou  moins  fort  ;  elles  sont  oblongues,  acumi- 
nées,  planes,  luisantes,  d’un  vert  jaunâtre,  dentées  ou  entières,  coriaces. 
Fleurs  nombreuses,  disposées  en  grappes  axillaires  ou  terminales,  blan¬ 
ches  en  dedans,  lavées  de  rouge  violet  en  dehors,  d’odeur  faible,  en  partie 
hermaphrodites,  et  en  parties  privées  de  pistil.  Galice  monophylle  à  5 
dents.  Corolles  à  5  pétales  allongés,  presque  elliptiques. Étamines  30  à  40, 
polyadelphes;  anthères  oblongues,  jaunes.  Ovaire  arrondi,  unique,  supère, 
pluriloculaire,  entouré  d’un  disque  annulaire,  glanduleux.  Style  simple, 
filiforme.  Stigmate  gros,  glanduleux,  convexe.  Le  fruit  (hespéridie)  est 
ovoïde,  d’un  rouge-brun  d’abord,  prenant  à  la  maturité  une  couleur  d’un 
jaune  clair,  à  peau  plus  ou  moins  fine, se  terminant  supérieurement  par 
un  mamelon  conique  ;  le  sarcoçarpe,  formé  par  une  pulpe  pleine  d’un  suc 


LIMONADES. 


acide,  agréable,  est  divisé  en  9-11  loges,  contenant  des  semences  jaun⬠
tres;  ovales,  ventrues,  striées,  inodores,  très-amères.  Cet  arbre  est  origi¬ 
naire  des  contrées  de  l’Inde  situées  au  delà  du  Gange,  d’où  il  a  été  trans¬ 
porté  dans  l’Asie  Mineure,  la  région  méditerranéenne. 

Le  fruit  et  l’huile  volatile  fournie  par  l’écorce  sont  les  parties  usitées 
en  médecine.  L’écorce  contient  une  huile  volatile,  de  Yhespéridine,  une 
matière  amère  {aurantine) ,  de  l’acide  gallique.  L’huile  volatile  {essence 
de  citron),  obtenue  par  expression,  est  jaune,  fluide,  un  peu  trouble, 
d’odeur  très-suave,  plus  légère  que  l’eau  ;  elle  paraît  être  composée  de  deux 
essences  isomères;  par  distillation,  elle  donne  une  essence  incolore,  très- 
fluide,  mais  moins  suave.  L’hespéridine  est  une  substance  neutre,  cristal¬ 
line,  résineuse.  Le  suc  des  fruits  contient  de  l’acide  citrique  de 

l’acide  irialique,  de  la  gomme,  de  l’extractif  amer.  Les  semences  renfer¬ 
ment  un  principe  amer  ou  limonine. 

Formes  pharmaceutiques.  —  Doses.  Le  suc  d’un  citron  exprimé  dans  un 
demi-litre  d’eau  froide  additionnée  de  sucre,  donne  la  limonade  commune. 
La  limonade  cuite  s’obtient  en  versant  un  demi-litre  d’eau  bouillante  sur 
1  ou  2  citrons  coupés  par  tranches  ;  elle  est  moins  acide  et  moins  agréable 
que  la  limonade  ordinaire.  Le  suc  se  prépare  en  séparant  l’écorce  et  les 
graines,  et  soumettant  à  la  presse;  on  en  fait  un  sirop.  On  emploie  éga¬ 
lement  l’alcoolat  et  l’alcoolature  d’écorce  (zeste)  et  l’oléosaccharure. 

Usages  en  médecine.  —  Le  citron,  sous  forme  de  limonade,  est  souvent 
prescrit  dans  les  fièvres,  les  phlegmasies,  pour  calmer  l’état  fébrile,  mo¬ 
dérer  la  chaleur  générale.  Son  suc  a  été  vanté,  avec  raison,  comme  un 
altérant  spécial  dans  le  scorbut,  soit  comme  prophylactique,  soit  dans  les 
premières  périodes  de  cette  affection.  On  se  sert  également  du  suc  dans  les 
ulcères  de  mauvaise  nature,  la  pourriture  d’hôpital,  la  gangrène  trauma¬ 
tique,  les  maladies  diphthéritiques  des  voies  aériennes,  l’angine  couen- 
neuse,  le  croup  ;  on  l’a  recommandé  comme  hémostatique,  et  comme 
antidote  dans  les  empoisonnements  par  les  euphorbiacées.  L’huile  essen¬ 
tielle  est  un  stimulant  diffusible;  on  l’administre  à  la  dose  de  8  grammes 
contre  le  tænia.  L’écorce  est  tonique,  carminative.  Les  semences  ont  été 
prescrites  sous  forme  d’émulsions  comme  fébrifuges  et  anthelmin- 
thiques. 

Gallebanb,  Considérations  sur  la  navigation  dans  l’océan  Arctique  (emploi  du  sue  de  citroa). 

(A’dut).  ann.  de  la  marine.  1858). 

Rdochas,  Fostaise  et  Hetet,  Préparation  et  conservation  du  suc  de  citron  [Arch.  de  méd.  nat., 

t.  I). 

A.  Hêkaud. 

lilDfOXADElS.  —  On  donne  ce  nom  à  des  médicaments  magistraux 
liquides,  destinés  à  l’usage  interne,  peu  sucrés,  faiblement  acidulés,  dont 
l’eau  est  le  véhicule,  et  que  l’on  boit  froids  ou  même  frappés  dé  glace  en 
été.  C’est  par  extension  que  le  mot  de  limonade  a  été  appliqué  à  toutes 
les  boissons  plus  ou  moins  analogues  à  celles  que  l’on  prépare  avec  le  jus 
de  citron  ou  limon  {voy.  ce  mot).  Elles  sont  généralement  consommées 


LIMONADES.  —  limonades  non  gazeuses.  609 

dans  les  vingt-quatre  heures,  et  il  n’y  a  point  à  se  préoccuper  de  leur  con¬ 
servation.  Quant  à  leur  préparation,  elle  est  assez  variable,  comme  il  est 
facile  d’en  juger  par  les  exemples  que  nous  donnons  ci-dessous  ;  tantôt,  en 
effet,  ce  sont  des  mixtions,  d’autres  fois  des  solutions,  des  infusions. 

On  peut  les  diviser  en  limonades  gazeuses  et  non  gazeuses.  Les  limo¬ 
nades  non  gazeuses  se  subdivisent  en  limonades  préparées  à  la  tempéra¬ 
ture  ordinaire  et  en  limonades  cuites. 

A.  Limonades  non  gazeuses. 

Limonade  commune. 

Citrons.  . . . . N°  2 

Eau  bouillante . .  1.000  grammes 

Sucre.' . .  50  — 

Versez  l’eau  bouillante  sur  les  citrons  coupés  par  tranches  et  privés  de 
leurs  semences,  laissez  infuser  pendant  une  heure,  ajoutez  le  sucre  et 
passez  {Codex).  C’est  la  limonade  cuite;  elle  est  toujours  louche  et  amère, 
par  suite  de  Faction  que  Feau  exerce  à  une  température  élevée  sur  la  partie 
blanche  de  l’écorce.  On  prépare  la  limonade  crue  avec  Feau  froide.  En 
substituant  l’orange  au  citron  on  a  la  limonade  à  l’orange,  ou  orangeade. 

Limonade  tartrique. 

Sirop  d’acide  tartrique . . .  100  grammes 

Eau. . .  .  900  — 

Mêlez  [Codex). 

Limonade  citrique.  —  On  la  prépare  avec  le  sirop  d’acide  citrique  aro¬ 
matisé  par  l’alcoolat  de  citrons,  et  la  limonade  à  l’orange  s’obtient  avec 
le  sirop  d’acide  citrique  aromatisé  par  Falcoolature  de  zeste  d’orange. 

On  obtient  la  limonade  à  la  groseille,  à  la  cerise,  à  la  framboise,  en 
ajoutant  à  900  grammes  d’eau,  100  grammes  de  sirop  de  groseilles,  de  ce¬ 
rises,  de  framboises. 

Limonade  oxalique.  —  L’acide  oxalique,  à  la  dose  de  50  centigrammes 
à  1  gramme,  donne  une  limonade  assez  agréable. 

La  limonade  acétique,  ou  oxycrat,  s’obtient  avec  du  vinaigre  blanc, 
50  grammes,  eau  ordinaire,  870,  sirop  de  sucre,  100  grammes. 

Ces  limonades  constituent  des  boissons  tempérantes,  rafraîchissantes 
{i)oy.  Acides),  utilisées  dans  les  fièvres,  les  phlegmasies,  l’embarras  gas¬ 
trique,  dans  les  maladies  putrides,  le  scorbut.  Quelques  praticiens  les 
proscrivent  dans  les  phlegmasies  des  organes  respiratoires,  dans  la  crainte 
qu’elles -ne  produisent  la  toux  ;  dans  tous  les  cas,  il  cpnvientde  les  admi¬ 
nistrer  tièdes,  dans  ce  genre  d’affection. 

La  limonade  sèche  se  prépare  avec  acide  citrique  8,  et  sucre  blanc 
i2o;  on  aromatise  avec  8  gouttes  d’essence  de  citron;  on  emploie  une 
cuillerée  par  verre  d’eau  ;  en  remplaçant  l’essence  de  citron  par  l’es¬ 
sence  d’orange  on  a  l’orangeade  sèche. 

La  limonade  vineuse  est  une  limonade  tartrique  dans  laquelle  on  sub¬ 
stitue  de  100  à  250  grammes  de  vin  à  pareille  quantité  d’eau. 

KOUV.  DICT.  MÉD.  ET  CHIK.  XX,  —  39 


610 


LIMONADES.  —  limonades  non  cazedsbs. 


La  limonade  alcoolique  des  hôpitaux  est  également  une  limonade  tar- 
trique  (eau  880,  sirop  tartrique,  60  grammes),  que  l’on  additionne  de 
60  grammes  d’alcool,  dans  le  but  de  la  rendre  excitante  dans  certaines 
fièvres  graves,  dans  le  typhus,  le  scorbut. 

Limonade  lactique. 

Acide  lactique .  4  grammes 

Sirop  simple .  60  — 

Eau . 100  —  (Mag.) 

Dans  les  digestions  douloureuses,  imparfaites  et  persistant  comme 
telles  depuis  quelque  temps. 

Limonade  sulfurique.  {L.  minérale.) 


Acide  sulfurique  pur  à  1,84 .  2  grammes 

Eau . .  900  — 

Sirop  de  sucre .  1000  — 


Mêlez. 

Cette  boisson  trouve  les  mêmes  applications  que  les  limonades  à  base 
d’acides  végétaux  ;  c’est-à-dire  qu’elle  est  employée  comme  tempérante 
et  rafraîchissante  dans  les  maladies  fébriles,  les  affections  bilieuses,  le 
scorbut;  son  action  astringente  l’a  fait  utiliser  dans  les  hémorrhagies  pas¬ 
sives,  dans  certaines  formes  de  diarrhée  chronique,  le  choléra.  Gendrin, 
se  basant  sur  le  peu  de  solubilité  du  sulfate  de  plomb,  l’a  conseillée  dans 
le  traitement  de  l’intoxication  saturnine.  Pereira  l’a  indiquée  comme  un 
excellent  moyen  pour  rafraîchir  la  peau,  éteindre  la  chaleur  et  le  prurit 
dans  le  lichen,  le  prurigo,  l’urticaiye  'chronique. 

Limonade  nitrique. 


Acide  nitrique  pur  à  1,42 .  2  grammes 

Eau .  900  — 

Sirop  de  sucre .  100  — 


Mêlez. 

On  l’a  vantée  dans  les  fièvres  typhoïdes,  les  affections  chroniques  du 
foie,  l’asthme,  la  coqueluche,  le  scorbut.  Son  emploi  dans  le  traitement 
de  la  syphilis  est  complètement  abandonné  de  nos  jours,  Forget  et 
Hausen  ont  indiqué  son  usage  dans  le  traitement  de  l’albuminurie,  alors 
que  les  forces  vives  de  l’économie  ne  sont  point  encore  trop  déprimées 
par  la  chronicité  de  l’hydropisie. 

Limonade  phosphorique. 


Acide  phosphorique  pur  à  1,45 .  2  grànlmes 

Eau . . .  900  — 

Sirop  de  sucre .  100  — 


Mêlez. 

D’après  Pereira,  elle  est  plus  aisément  supportée  par  l’estomac  que 
la  limonade  sulfurique  ;  on  l’a  indiquée  dans  la  diathèse  calculeuse  phos- 
phatique,  pour  augmenter  la  solubilité  du  phosphate  de  chaux  ;  dans  le 
diabète,  dans  l'hystérie. 


LIN.  —  DESCRIPTION. 


611 


Limonade  chlorhydrique. 

Acide  chlorhydrique .  4  grammes 

Sirop  simple .  60  — 

Eau.  . . 1.000  — 

Elle  possède  les  propriétés  astringentes,  tempérantes,  rafraîchissantes 
des  autres  limonades  ;  on  l’a  conseillée  dans  la  période  de  putridité  des  af¬ 
fections  typhoïdes  et  dans  certaines  affections  cutanées  ;  de  plus,  elle  a  été 
indiquée  dans  la  dyspepsie  atonique,  l’apepsie  ;  c’est,  d’après  Trousseau, 
un  stimulant,  un  adjuvant  de  la  digestion,  alors  que  l’estomac  languissant 
ne  sécrète  pas  une  assez  grande  quantité  de  suc  gastrique  pour  réagir  sur 
les  aliments,  et  déterminer  la  formation  de  la  bouillie  chymeuse. 

Les  limonades  à  base  d’acides  minéraux  attaquent  les  dents  et  y  déter¬ 
minent  des  douleurs,  pour  peu  que  Témail  en  soit  altéré  ;  de  là  résulte 
le  conseil  que  l’on  donne  quelquefois  aux  malades  de  se  servir  d’un  cha¬ 
lumeau  de  paille  pour  aspirer  ce  genre  de  boissons. 

Limonade  à  la  crème  de  tartre  soluble. 


Crème  de  tartre  soluble . .  20  grammes 

Eau  bouillante .  900  — 

Sirop  de  sucre .  100  — 


Faites  dissoudre  la  crème  de  tartre  dans  l’eau,  et  ajoutez  le  sirop  de 
sucre  (Codex).  Elle  est  purgative  ;  de  plus,  sous  l’influence  des  combustions 
qui  s’opèrent  dans  l’économie,  une  partie  de  la  crème  de  tartre  se  trans¬ 
forme  en  carbonate  de  potasse  qui  s’élimine  par  l’urine,  en  lui  communi¬ 
quant  son  alcalinité.  On  l’emploie  comme  diurétique,  comme  altérant 
général  dans  l’embarras  gastrique,  la  jaunisse ,  la  gravelle  urique.  Elle 
purge  doucement  sans  déterminer  de  colique. 

Limonade  purgative  au  citrate  de  magnésie.  (Voy.  Citrate,  t.  VII, 
p.  750.) 

B.  Limonades  GAZEUSES.  (Voy.  Eaux  minérales  gazeuses,  t.  Xll,  p.  256.) 

Â.  Héraud. 

LUV.  Linum  usitatissimum,  L.  (fam.  des  Linagées)  .  —  Le  lin  croît  natu¬ 
rellement  dans  nos  campagnes  ;  il  est  cultivé  partout  pour  ses  usages  , 
tant  industriels  que  médicinaux. 

Description.  —  Plante  annuelle.  Racine  grêle.  Tige  menue,  glabre, 
cylindrique,  dressée^  simple  ou  un  peu  rameuse  dans  sa  partie  supé¬ 
rieure.  Feuilles  alternes,  sessiles,  linéaires-lancéolées,  entières,  à  bords 
lisses,  d’un  vert  glauque,  présentant  trois  nervures  longitudinales  à  leur 
face  inférieure.  Floraison  en  juin  et  juillet;  fleurs  d’un  bleu  pâle,  pédi- 
cellées,  en  corymbes  rameux  terminaux.  Calice  à  5  sépales  ovales,  acu- 
minés,  persistants ^  Corolle,  trois  fois  plus  longue  que  le  calice,  à  5  pé¬ 
tales  très-caducs.  Étamines  réunies  à  la  base,  au  nombre  de  10,  dont 
5  fertiles.  Ovaire  ovoïde,  lisse,  glabre,  surmonté  de  5  styles  grêles.  Fruit 
en  forme  de  capsule  globuleuse,  à  5  loges,  contenant  chacune  une  graine 
ovale,  comprimée,  brune,  lisse  et  luisante. 


612  LIN.  -  PARTIES  USITÉES.  —  COMPOSITION.  —  THÉRAPEUTIQUE. 

Parties  usitées.  —  La  tige  et  les  graines. 

Les  tiges  fournissent  une  matière  textile,  dont  on  fabrique  la  toile,  et 
celle-ci,  quand  par  un  long  usage  elle  est  devenue  souple  et  douce,  est 
employée  pour  les  pansements  sous  forme  de  charpie,  de  compresses  et 
débandés. 

Les  graines  sont  formées  d’une  amande  très-oléagineuse  et  d’un  épi- 
sperme  constitué  par  des  cellules  utriculaires,  qui  ont  la  faculté  d’ab¬ 
sorber  très-rapidement  une  quantité  d’eau  considérable  en  se  gonflant  et 
en  fournissant  ainsi  un  mucilage  très-abondant. 

Composition.  —  D’après  l’analyse  de  Meyer,  de  Kœnigsberg,  ces  graines 
contiennent  du  mucus  végétal,  de  l’extractif,  du  sucre,  de  l’amidon,  de 
la  cire,  une  résine  molle,  une  matière  colorante  jaune,  de  la  gomme,  de 
l’albumine,  une  huile  grasse  et  des  sels  (acétate,  sulfate,  et  phosphate  de 
potasse  et  de  chaux,  Vauquelin). 

Le  mucus  végétal,  le  mucilage  forme  environ  la  cinquième  partie  des 
semences  du  lin  ;  il  est  composé,  à  peu  près  à  parties  égales,  de  gomme 
soluble  dans  l’eau  froide,  semblable  à  l’arabine,  et  de  gomme  insoluble, 
mais  se  gonflant  dans  l’eau  bouillante,  analogue  à  la  bassorine. 

L’huile,  dont  la  proportion,  d’après  Becquerel,  Meurein,  est  en  moyenne 
de  55  pour  100,  se  retire  de  la  graine,  soit  par  expression  à  froid,  soit  à 
chaud  ,  soit  aussi  au  moyen  de  l’éther  lorsqu’on  veut  la  doser.  Celle  qui 
s’obtient  par  le  premier  procédé  est  douce ,  et  est  quelquefois  employée 
à  des  usages  médicaux.  La  densité  de  l’huile  de  lin  est  égale  à  0,93l  Elle 
est  éminemment  siccative,  autrement  dit,  elle  a  la  propriété  d’absorber  une 
grande  quantité  d’oxygène,  en  prenant  une  apparence  résineuse,  en  s’é¬ 
paississant,  et  finissant  par  se  solidifier  complètement.  Elle  est  très-so¬ 
luble  dans  l’alcool,  et  davantage  encore  dans  l’éther. 

Thérapeutique  .  —  Les  semences  du  lin  constituent  en  quelque  sorte  le 
type  des  médicaments  dits  émollients,  et  sont  un  des  agents  les  plus  utiles 
de  la  médication  antiphlogistique  ;  ces  qualités  émollientes,  elles  les  doi¬ 
vent  principalement  à  la  matière  mucilagineuse  qui  en  forme  une  si  no¬ 
table  partie.  En  même  temps  elles  sont  laxatives,  sans  doute  en  vertu  de 
l’huile  contenue  dans  leur  amande,  laquelle  est  réfractaire  à  l’action  des 
sucs  digestifs  ;  enfin  elles  passent  pour  être  légèrement  diurétiques,  ce 
qui  peut  s'expliquer  par  la  présence  des  sels  de  potasse  que  l’analyse  y  a 
reconnus  (voy.  art.  Diurétiques,  t.  XI). 

Pour  répondre  aux  différents  usages  qu’indiquent  ces  propriétés,  la 
graine  de  lin  s’emploie  sous  des  formes  diverses. 

Entière,  et  traitée  par  l’eau  bouillante  en  proportion  plus  ou  moins 
considérable ,  elle  fournit  son  mucilage ,  qui  est  utilisé  pour  lotions, 
fomentations,  bains  locaux,  lavements  ou  injections.  On  en  fait  aussi  des 
tisanes  qui  se  préparent  avec  de  l’eau  bouillante  et  par  infusion,  ou  mieux, 
à  froid,  par  macération,  et  qui  s’administrent  surtout  dans  les  affections 
des  organes  génito-urinaires. 

Sous  forme  de  poudre  ou  farine,  elle^sert,  et  c’est  là  l’usage  de  beaucoup 
le  plus  ordinaire  de  la  graine  de  lin,  à  préparer  les  cataplasmes,  lesquels 


LINIMENTS. 


613 

sont  ou  simplement  émollients,  si  la  farine  est  employée  seule,  ou  rendus 
minants 'ÇAV  l’addition  de  la  décoction  de  pavots  ou  du  laudanum,  ou  matu- 
ratifs  par  celle  de  l’onguent  basilicum  {vorj.  art.  Cataplasmes,  t.  VI).  Pour 
ces  diverses  préparations,  il  importe  que  la  farine  de  lin  soit  récente  et 
pure  :  non  récente,  elle  contracte  des  caractères  de  rancidité  qui  la  ren¬ 
dent  irritante  et  occasionnent  de  l’érythème,  des  éruptions  vésiculeuses 
sur  les  parties  où  on  l’applique;  falsifiée  (voy.  art.  Falsifications,  t.  XIV, 
p.  521), elle  peut,  suivant  les  substances  ajoutées,  donner  lieu  aux  mêmes 
inconvénients  ou  rester  plus  ou  moins  inerte. 

L’huile  de  lin  se  prescrit  quelquefois  en  lavement  à  la  dose  de  5Ü  à 
100  grammes.  Elle  est  employée  dans  la  fabrication  des  sondes,  des  bou¬ 
gies,  dites  de  gomme  élastique  {voy.  art.  Bougies,  t.  V,  p.  433),  et  d’au¬ 
tres  instruments,  tels  que  certains  pessaires. 

Lin  purgatif  ou  cathartique,  Linum  catharticum,  L.  Linum  minimum, 
J.  Bauh.  —  Nous  devons  accorder  une  mention  à  cette  autre  plante  de  la 
famille  des  Linacées,  qui  est  assez  commune  en  France.  Elle  est  douée,  et 
c’est  ce  qui  lui  a  fait  donner  son  nom,  d’une  vertu  purgative  qui  doit, 
d’après  divers  auteurs  et  entre  autres  Loiseleur-Deslonchamps  et  Marquis, 
la  faire  considérer  comme*  un  bon  succédané  du  séné.  On  a  voulu  lui  re¬ 
connaître  des  indications  particulières  contre  l’hydropisie,  la  goutte,  ou 
comme  anthelmintique  ;  la  vérité  est  qu’elle  n’a  d’autre  propriété  que  de 
purger,  et  qu’elle  ne  produit  cet  effet  ni  mieux  ni  autrement  que  d’au¬ 
tres  substances  purgatives.  On  administre  les  feuilles  en  infusion ,  à  la 
dose  de  8  à  10  ou  15  grammes  dans  un  litre  d’eau  bouillante,  en  y  ajou¬ 
tant  une  certaine  quantité  d’anis,  de  badiane  ou  de  quelque  autre  carmi- 
natif,  à  titre  de  correctif,  pour  prévenir  la  flatulence  qu’on  l’accuse  de  dé¬ 
terminer.  On  a  aussi  administré  le  lin  cathartique,  en  poudre,  à  la  dose  de 
1  à  4  grammes,  ou  sous  forme  à’ extrait  à  celle  de  20  à  30  centigrammes. 

SiEroGT  (J.-H.),  Programma  de  lino  sylvestri  cathartico  Anglorum.  léna,  1715. 

TmQDELiN,  Note  sur  le  mucilage  de  graine  de  lin  et  sur  l’acide  muijueux  qu’il  fournit  au  moyen 
de  l’acide  nitrique  [Ann.  de  chim.,  1811,  t.  LXXX'. 

LoEEtEBB-DEStONCiiAMPs  et  Marquis,  T)ict.  dcs  sciences  méd.,  t.  XYIII. 

Meter  (de  Kœnigsberg),  Journ.  de  chim.  méd.,  1828,  t.  IV. 

Méeat  et  DE  Leks,  Dict.  univers,  de  mat.  méd.  et  de  thérap.,  t.  tV. 

Cizra(J.-F.),  Traité  pratique  et  raisonné  des  plantes  médicinales  indigènes,  5®  édit,  revue  par 
H.  Cazin,  1868. 

A.  Gauchet. 

LINIMEIVTS.  —  De  Lenire,  adoucir;  ce  sont  des  médicaments 
externes  dont  on  se  sert  pour  enduire  et  frictionner  la  peau,  de  là  le  nom 
de  friction  qu’on  leur  donne  quelquefois.  Les  embrocations  {ig.6poxh,  as- 
persio),  ne  diffèrent  des  frictions  que  parce  que  la  matière  qui  sert  à  les 
pratiquer  a  été  préalablement  chauffée.  Les  liniments  peuvent  agir,  soit  sur 
la  surface  cutanée  soumise  à  leur  action,  soit  plus  profondément  au-des¬ 
sous  d’elle,  par  suite  de  leur  absorption. 

Ce  sont  des  médicaments  dont  la  composition  est  essentiellement  va¬ 
riable,  il  est  donc  impossible  d’indiquer  des  règles  générales  pouvant  s’ap¬ 
pliquer  à  leur  préparation.  Tantôt,  en  effet,  ils  sont  liquides  et  constitués 


614 


LINIMENTS. 


par  riiuile  d’olives  ou  d’amandes  douces,  l’alcool,  chargés  de  différents 
produits  médicamenteux  ;  tantôt  ils  ont  une  consistance  semblable  à  celle 
des  pommades,  et  cette  consistance  est  due,  soit  à  la  nature  de  leurs  prin¬ 
cipes,  soit  à  la  réaction  de  ces  principes  les  uns  sur  les  autres.  Quelque¬ 
fois  c’est  le  savon,  le  cérat,  que  l’on  charge  du  soin  de  communiquer  à  ces 
médicaments  la  consistance  voulue  pour  qu’ils  puissent  adhérer  à  la  sur¬ 
face  du  corps. 

On  applique  les  liniments,  soit  à  l’aide  de  la  main  nue  ou  gantée,  soit 
avec  un  morceau  d’étoffe  de  laine,  la  flanelle,  par  exemple.  Il  n’est  point 
indifférent  d’appliquer  simplement  un  Uniment  ou  d’en  frictionner  la 
partie,  car,  dans  le  deuxième  cas,  l’action  est  plus  active,  par  suite  de 
l’absorption  plus  grande  qui  se  fait  par  les  pores  cutanés.  Il  est  presque 
inutile  de  dire  que,  lorsqu’un  Uniment  renferme  une  substance  très-active, 
le  laudanum,  par  exemple,  on  ne  doit  point  l’appliquer  sur  une  partie  dé¬ 
nudée,  cette  pratique  pouvant  entraîner  un  véritable  empoisonnement. 

Une  précaution  indispensable,  quand  on  doit  continuer  pendant  quel¬ 
que  temps,  c’est  de  varier  le  lieu  d’application  pour  permettre  aux  vais¬ 
seaux  exhalants  et  absorbants,  aux  extrémités,  nerveuses,  aux  capillaires, 
de  se  reposer,  sinon  l’absorption  deviendrait  difficile.  Pour  augmenter  la 
faculté  absorbante  de  la  peau,  il  convient  de  laver  de  temps  en  temps  la 
partie  à  l’eau  chaude  savonneuse,  et  de  l’essuyer  ensuite  pour  enlever  les 
corps  étrangers  qui  y  adhèrent,  et  pour  empêcher  les  pores  de  s’obstruer. 
Les  liniments  ne  conviennent  qu’ autant  que  le  système  cutané  se  trouve 
dans  un  état  de  vitalité  tel  que  l’absorption  soit  possible  ;  ainsi,  quand  la 
peau  est  sèche,  écailleuse,  ou  bien  quand  elle  est  très-irritée  ou  en¬ 
flammée,  leur  effet  est  presque  nul. 

Les  liniments  sont  le  plus  ordinairement  des  médicaments  extempora¬ 
nés,  dont  le  nombre  est,  par  suite,  considérable  ;  nous  indiquerons  seule¬ 
ment  ici  la  formule  des  principaux. 

Liniment  ammoniacal  {Uniment  volatil,  L.  excitant  ou  rubéfiant). 


Huile  d’amandes  douces .  90  grammes 

Ammoniaque  liquide .  10  — 


Mélangez  dans  une  bouteille,  et  tenez  exactement  fermé  (Codex). 

C’est  une  préparation  fort  active,  déterminant  rapidement  la  rubéfaction 
de  la  peau,  et  même  la  vésication  ;  on  peut  atténuer  son  effet  en  diminuant 
la  quantité  d’ammoniaque,  ou  l’augmenter  en  la  doublant.  11  est  surtout 
employé  dans  les  douleurs  rhumatismales. 

Liniment  ammoniacal  camphré. 


Huile  camphrée .  90  grammes 

Ammoniaque  liquide  .  10  — 


Mêlez  dans  un  flacon  et  bouchez  avec  soin  (Codex) . 
Liniment  camphré  opiacé 

Huile  camphrée.  .  . 

Cérat  de  Galien.  .  . 

Teinture  d’opium.  .  . 


80  grammes 
10  — 

10  — 


LINIMENTS. 


615 


Délayez  le  cérat  dans  l’huile,  ajoutez  la  teinture  d’opium  {Codex). 
Uniment  calcaire  {savon  calcaire) . 


Huile  d'amandes  douces . 100  grammes 

Eau  de  chaux . .  900  — 


Agitez  vivement  les  deux  liquides  et  versez  le  mélange  dans  un  enton¬ 
noir  dont  vous  aurez  fermé  la  douille.  Laissez  en  repos  pendant  une  minute, 
faites  écouler  l’eau  accumulée  à  la  partie  inférieure  et  recevez  dans  un 
flacon  à  large  ouverture  la  masse  écumeuse  qui  reste  en  dernier  lieu,  et 
qui  seule  doit  être  employée  {Codex). 

Contre  les  brûlures,  au  premier,  au  second  et  même  au  troisième  de¬ 
gré;  on  en  enduit  la  partie  brûlée,  et  on  la  recouvre  avec  du  coton  cardé 
ou  du  bnge. 

Uniment  au  chloroforme. 


Huile  d’amandes  douces .  90  grammes 

Chloroforme .  10  — 


Mêlez  et  conservez  dans  un  flacon  bien  bouché  {Codex).  Employé  dans 
les  douleurs  articulaires  et  musculaires. 


Uniment  excitant  des  hôpitaux  de  Paris. 

Alcoolat  de  Fioraventi .  40  grammes 

Huile  d’amandes  douces .  40  — 

Alcool  camphré . 15  — 

Ammoniaque .  55  — 

Mêlez  dans  un  flacon  que  l’on  bouche  avec  soin  {Codex). 
Uniment  narcotique  {Liminent  calmant) . 

Baume  tranquille .  80  grammes 

Cérat  de  Galien . 10  .  — 

Laudanum  de  Sydenham .  10  — 


Délayez  le  cérat  dans  le  baume  tranquille,  et  ajoutez  le  laudanum 
[Codex). 

Uniment  de  Rosen. 

Huile  concrète  de  muscade .  5  grammes 

Huile  volatile  de  girofle.  . . .  5  — 

Alcoolat  de  genièvre .  90  — 

Triturez  dans  un  mortier  l’huile  de  muscade  avec  celle  de  girofle, 
ajoutez  ensuite  peu  à  peu  l’alcoolat  de  genièvre  {Codex). 


Uniment  savonneux. 

Teinture  de  savon .  50  grammes 

Huile  d’amandes  douces .  5  — 

Alcool  à  80».  .  . . 45  - 

Mêlez  par  agitation  et  conservez  dans  une  bouteille  bien  bouchée  {Codex) . 
Uniment  savonneux  camphré. 

Teinture  de  savon .  50  grammes 

Huile  d’amandes  douces .  5  — 

Alcool  camphré . 45  — 


Mêlez  (Codex). 


&16 


LIPOME. 


Uniment  savonneux  opiacé. 


Huile  d’amandes  douces .  90  grammes 

Savon  pulvérisé .  5  — 

Teinture  d’opium .  5  — 


Triturez  le  savon  avec  l’huile  d’amandes  douces,  versez  ce  mélange  dans 
la  fiole  qui  contient  la  teinture  d’opium  et  agitez  (Codex) . 

Uniment  térébenthiné. 


Huile  de  camomille .  50  grammes 

Huile  volatile  de  térébenthine .  50  — 

Mêlez  (Codex). 

Baume  Opodeldoch. 

Savon  animal .  300  grammes 

Camphre .  240  — 

Ammoniaque  liquide . ’  .  .  .  100  — 

Essence  de  romarin. .  60  — 

Essence  de  thym .  20  — 

Alcool  à  90» .  2.500  — 


Introduisez  dans  un  matras  le  savon  préalablement  râpé,  puis  l’alcool. 

Faites  fondre  au  bain-marie  ;  ajoutez  le  camphre  pulvérisé,  et,  quand  il 
sera  dissous,  les  huiles  volatiles.  Mettez  dans  la  liqueur  100  grammes  de 
charbon  animal,  agitez  pour  faciliter  la  décoloration.  Ajoutez  l’ammo¬ 
niaque  et  filtrez  rapidement.  La  liqueur  sera  reçue  dans  des  flacons  à  large 
ouverture,  que  l’on  bouche  avec  des  bouchons  de  liège  entourés  d’une 
feuille  d’étain  (Codex). 

Baume  Opodeldoch  liquide. 


Savon  hlanc  et  sec .  50  grammes 

Camphre .  -15  — 

Alcool  à  86» . 500  — 

Ajoutez  à  la  solution  filtrée  : 

Huile  volatile  de  romarin .  8  grammes 

—  de  thym .  4  — 

Ammoniaque  liquide .  30  — 


On  conserve  dans  des  flacons  bien  bouchés  (Vog). 

Voy.  Baümes  artificiels,  t.  IV,  p.  652. 

A.  Héraud. 

lilPOME.  —  De  tous  les  néoplasmes,  le  lipome  est  celui  qui  est 
constitué  le  plus  exactement  par  l’hypertrophie  d’un  tissu  normal,  le 
tissu  adipeux.  C’est  aussi  celui  qui  présente  le  moins  de  malignité  ;  on 
ne  connaît  pas  d’exemple  de  récidive  locale  après  une  extirpation  com¬ 
plète,  et  encore  moins  de  généralisation  par  propagation  aux  ganglions 
lymphatiques  et  aux  organes  centraux.  Sans  doute  on  a  observé,  et  même 
très-fréquemment,  des  lipomes  multiples  occupant  un  grand  nombre  de 
pointa  de  la  surface  du  corps  ;  on  en  a  observé  dans  le  tissu  cellulaire 
sous-muqueux  ou  sous-séreux,  dans  le  cerveau,  etc.  Broca  en  a  compté 
jusqu’à  2080  sur  le  même  individu.  Mais  rien  n’autorise  à  admettre,  dans 


LIPOME.  —  STRÜCTDRE.  -  DÉVELOPPEMENT  ANATOMIQUE.  617 

ces  cas,  uile  tumeur  primitive,  dont  certaines  parcelles  auraient  été  trans¬ 
portées  par  les  vaisseaux  lymphatiques  ou  sanguins  sur  d’autres  points  de 
l’économie,  pour  y  donner  lieu  à  des  tumeurs  secondaires. 

Et  c’est  ce  qui  constitue  le  caractère  essentiel  delà  généralisation,  tel 
que  nous  le  trouvons  dans  les  carcinomes,  les  sarcomes,  les  enchon- 
dromes,  etc.,  tandis  que  la  simple  multiplicité  des  tumeurs  ne  prouve 
qu’une  prédisposition  générale  à  ce  genre  de  productions;  aussi,  ne  pou¬ 
vons-nous  accorder  à  Broca  que  son  observation  citée  plus  haut  soit  un 
premier  exemple  de  généralisation  d’un  lipome.  Son  malade  avait  été 
opéré  en  1817  d’un  lipome  de  la  fesse,  pesant  2800  grammes.  Cinq  mois 
plus  tard,  il  vit  apparaître  un  certain  nombre  de  tumeurs  graisseuses 
sous-cutanées,  qui  se  multiplièrent  avec  le  temps,  mais  sans  l’empêcher  de 
jouir  encore  pendant  quarante-cinq  ans  d’une  excellente  santé.  Il  mourut 
à  soixante  dix  ans  d’inanition,  par  suite  d’une  dégénérescence  graisseuse 
des  parois  de  l’&sophage,  qui  empêcha  la  déglutition.  On  voit  que  la 
marche  de  cette  affection  ne  ressemble  nullement  à  celle  des  tumeurs  ma¬ 
lignes  qui  se  généralisent.  Broca  le  reconnaît  du  reste  lui-même,  puisqu’il 
ajoute  que  la  doctrine  de  la  généralisation  qu’il  donne  un  peu  plus  loin 
ne  s’applique  qu’au  cancer. 

Le  lipome  reste  donc  la  tumeur  bénigne  par  excellence,  celle  qui  ne 
récidive  jamais  sur  place,  et  qui  ne  se  généralise  pas.  C’est  même  la  seule 
espèce  de  néoplasme  à  laquelle  ou  puisse  assigner  ces  caractères  d’une 
façon  aussi  absolue,  puisque  les  fibromes  vrais,  qui  les  possèdent  égale¬ 
ment,  se  confondent  par  des  transitions  presque  insensibles  avec  les  tu¬ 
meurs  fibro-plastiques,  chez  lesquelles  les  récidives  locales  et  métasta¬ 
tiques  ne  sont  que  trop  fréquentes. 

Structure.  —  Développement  anutomique.  —  Le  lipome  est 
une  tumeur  graisseuse  formée  par  des  cellules  plus  volumineuses  que  celles 
du  tissu  adipeux  normal  ;  ces  tumeurs  ont  la  même  couleur  jaunâtre  que  ce 
dernier,  mais  la  graisse  qui  y  est  contenue  est  généralement  plus  liquide, 
plus  riche  en  élaïne  (Rindfleisch) .  Elles  sont  constituées  par  une  agglo¬ 
mération  de  lobules  variant  le  plus  souvent  du  volume  d’une  cerise  à  celui 
d’une  noix,  enfermés  chacun  dans  une  loge  de  tissu  connectif,  et  dont 
l’ensemble  forme  un  kyste  plus  ou  moins  complet  à  la  tumeur. 

Cette  membrane  d'enveloppe  est  produite  en  partie  par  le  simple  refou¬ 
lement  du  tissu  connectif  ambiant,  en  partie  par  du  tissu  de  nouvelle  for¬ 
mation.  Elle  est  d’ordinaire  assez  mince;  mais  quelquefois  elle  s’hypertro- 
phie  d’une  façon  très-marquée,  et  forme  alors  un  lipome  fibreux,  de  con¬ 
sistance  beaucoup  plus  dure  que  les  lipomes  ordinaires. 

Les  vaisseaux  nourriciers  de  ces  tumeurs  rampent  dans  les  cloisons 
connectives  et  représentent  les  vaisseaux  nourriciers  du  pannicule  adi¬ 
peux  plus  ou  moins  hypertrophiés.  Or,  comme  ce  pannicule  n’est  guère 
alimenté  que  par  de  gros  capillaires,  il  est  rare,  quoi  qu’on  en  ait  dit,  de 
rencontrer  des  vaisseaux  un  peu  volumineux  dans  les  lipomes.  C’est  du 
moins  ce  que  j’ai  pu  constater  dans  de  nombreuses  extirpations  de  tu¬ 
meurs  de  ce  genre.  Cependant,  quand  elles  dépassent  le  poids  d’un  kilo- 


618  LIPOME.  —  SIEGE.  —  MARCHE.  —  TERMINAISON, 

gramme,  et  surtout  quand  elles  sont  pédiculées  et  tombantes,  l’artère  prin¬ 
cipale  atteint,  par  exception,  le  calibre  d’une  radiale  et  même  davantage. 

Les  lipomes  se  développent  surtout  par  croissance  centrale,  c’est-à-dire 
par  la  prolifération  de  leurs  éléments  propres.  Les  cellules  des  cloisons 
conjonctives  se  divisent,  se  multiplient,  et  puis  s’infiltrent  de  graisse, 
constituant  ainsi  un  nouveau  lobule  de  la  tumeur.  Par  contre,  lès  tissus 
ambiants  ne  prennent  que  peu  de  part  à  ce  travail.  Cette  circonstance 
explique  l’apparence  enkystée  et  le  peu  de  connexion  de  ces  néoplasmes 
avec  les  parties  voisines. 

Siège.  —  Marcie.  —  Terminaison.  —  Dans  la  grande  majorité 
des  cas,  les  lipomes  siègent  dans  le  tissu  graisseux  sous-cutané  ;  mais  on 
en  trouve  aussi  un  certain  nombre,  et  de  fort  volumineux,  dans  les  espaces 
cellulo-graisseux  intermusculaires.  C’est  principalement  aux  membres,  et 
en  particulier  à  la  partie  postérieure  de  la  cuisse,  qu’on  voit  les  lipomes 
sous-aponévrotiques  et  sous-musculaires;  il  s’en  développe  aussi  sous  les 
muscles  larges  du  dos  et  de  la  nuque.  J’ai  extirpé  une  de  ces  tumeurs  qui 
avait  pris  naissance  dans  un  des  flocons  graisseux  occupant  les  trous  du 
ligament  interosseux  de  l’avant-bras.  Le  néoplasme  était  en  forme  de 
bissac,  et  soulevait  de  chaque  côté  les  muscles  de  la  face  antérieure  et 
postérieure  de  l’avant-bras. 

D’autres  lipornes  plus  rares,  et  qüi  sont  moins  du  domaine  de  la  chi¬ 
rurgie  que  de  l’anatomie  pathologique,  siègent  dans  le  tissu  connectif 
sous-muqueux  ou  sous-séreux.  Marjolin  a  vu  un  lipome  du  plancher  de  la 
bouche,  simulant  une  grenouillette.  Virchow  représente  un  polype  lipo- 
mateux  du  jéjunum  développé  sous  la  muqueuse  de  cet  organe.  Roki- 
tansky  en  a  même  observé  sous  la  muqueuse  d’un  rameau  hronchique. 

Les  amas  de  graisse  sous  les  séreuses  sont  plus  fréquents  que  sous  les 
muqueuses.  Rappelons  d’ahord  les  appendices  épipldiques  du  côlon  qui 
sont  autant  de  petits  lipomes  physiologiques  ;  en  s’hypertrophiant  et  en 
se  détachant  de  leur  pédicule,  ils  peuvent  même  devenir  la  source  de  corps 
libres  du  péritoine;  de  même,  les  hernies  graisseuses  ne  sont  autre  chose 
que  des  lipomes  du  volume  d’une  noisette  à  celui  d’une  pomme,  déve¬ 
loppés  dans  le  fascia  propria,  et  qui  s’engagent  dans  les  anneaux  her¬ 
niaires.  Ils  attirent  à  leur  suite  le  péritoine  et  constituent  ainsi  des  sacs 
herniaires  préexistants,  tout  prêts  à  recevoir  une  anse  intestinale.  Mor- 
gagni,  Scarpa,  Velpeau,  Gosselin  les  ont  signalés  ;  j’en  ai  rencontré' jus¬ 
qu’à  cinq  sur  le  cadavre  d’une  même  femme.  D’autres  fois,  onirouve 
de  ces  lipomes  pédiculés  engagés  dans  un  sac  herniaire  j^-^eme  temps 
qu’une  anse  intestinale.  Pelletan  en  a  décrit,  et  j’ai  extirpé  un  de  ces  po- 
lypes  graisseux  dans  une  opération  de  hernie  étranglée.  ' 

Des  productions  lipomateuses  beaucoup  plus  rares  se  rehcontrent  dans 
l’orbite,  sous  la  capsule  du  rein,  dans  le  bassinet,  dansMe  ^rveau,  dans 
les  cartilages  du  larynx  (Virchow),  et  jusque  dans  les  os.  Nélàton  a  extirpé 
un  lipome  du  maxillaire  supérieur,  et  Jobert  a  opéré  une  thipeur  sem¬ 
blable  occupant  le  maxillaire  inférieur  (Follin).  \1\ 

Dans  ces  derniers  cas,  les  lipomes  paraissent  véritablement  hétéroplas- 


LIPOME.  —  SIÈGE.  -  MARCHE.  -  TERMINAISON.  619 

tiques  ;  mais  si  l’on  considère  qu’il  existe  toujours  du  tissu  connectif  dans 
les  canaux  dentaires,  ou  dans  l’antre  d’Highmore ,  on  peut  s’expliquer 
leur  mode  de  formation  par  le  mécanisme  ordinaire. 

A  part  ces  faits,  plus  ou  moins  exceptionnels,  nous  le  répétons,  l’im¬ 
mense  majorité  des  lipomes  occupe  le  tissu  cellulaire  sous-cutané.  Ils  y 
affectent  certains  sièges  de  prédilection,  tels  que  la  nuque,  les  régions 
sus-hyoïdiennes,  le  dos,  les  fesses,  les  parties  latérales  et  inférieures  de 
la  paroi  abdominale.  Ils  sont  souvent  multiples,  et  occupent  alors,  deux 
par  deux,  des  points  symétriques  du  corps,  surtout  chez  des  individus 
obèses.  Dans  ces  cas,  ils  se  présentent  quelquefois  sous  forme  diffuse,  et 
se  confondent  sans  limites  bien  précises  avec  les  parties  voisines  moins 
chargées  de  graisse.  Il  est  alors  difficile  de  décider  s’il  y  a  véritablement 
tumeur,  ou  simplement  exagération  locale  de  la  polysarcie  générale.  Le 
plus  souvent,  cependant,  on  retrouve  à  la  dissection  une  membrane  d’en¬ 
veloppe  plus  ou  moins  transparente,  qui  établit  la  limite  entre  la  partie 
hypertrophiée  et  le  pannicule  graisseux  normal. 

Le  mode  de  développement  des  lipomes  est  assez  variable.  Tantôt  ils 
poussent  lentement,  mais  indéfiniment,  jusqu’à  ce  qu’on  s’oppose  à  leur 
progrès;  on  en  a  vu  arriver  jusqu’au  poids  de  15,  20  et  même  30  kilogr. 
'D’autres  fois  ils  s’arrêtent  après  une  certaine  croissance,  et  l’individu  peut 
les  garder  sans  autre  gêne  que  la  difformité  qui  en  résulte. 

Les  lipomes  sont  sessiles  ou  pédicules  en  forme  de  polypes.  Les  plus 
volumineux  deviennent  forcément  pédiculés  par  leurs  poids,  qui  distend 
la  peau  et  l’attire  de  loin;  nous  avons  vu,  à  la  clinique  de  M.  Sédillot,  un 
homme  portant  tout  autour  du  cou  une  série  de  lipomes,  dont  les  plus 
gros  pendaient  sur  le  dos  en  forme  de  besace.  Par  plusieurs  opérations,  il 
fut  débarrassé  des  tumeurs  les  plus  gênantes.  Dix  ans  plus  tard,  je  prati- 
tiquai  à  ce  même  malade  l’amputation  de  la  verge  pour  un  cancroïde,  et 
je  pus  constater,  à  cette  occasion,  que  les  lipomes  plus  petits  de  la  partie 
antérieure  du  cou  étaient  restés  parfaitement  stationnaires. 

Mais  il  y  a  aussi  des  lipomes  très-petits  qui  prennent  d’emblée  la  forme 
polypeuse.  Tel  est  ordinairement  le  cas  de  ces  centaines  de  tumeurs  grais¬ 
seuses  qui  couvrent  le  corps  de  certains  individus,  et  dont  le  volume 
excède  rarement  celui  d’une  noix. 

Il  est  probable  que  la  forme  polypeuse  se  produit  surtout  dans  ces 
lipomes  qui  résultent  de  la  prolifération  exclusivement  centrale  d’un  seul 
lobule,  tandis  que  les  lipomes  sessiles,  implantés  par  une  base  large,  à 
formehémisphérique,  grandissent  par  adjonction  découches  périphériques. 

Les  lipomes  s’observent  de  préférence  chez  les  adultes ,  rarement  chez 
les  enfants  et  les  adolescents  ;  on  cite  cependant  quelques  exemples  de 
lipomes  congénitaux  et.  même  héréditaires  :  ce  sont  alors  le  plus  souvent 
des  tumeurs  graisseuses  multiples  et  polypeuses. 

Certains  lipomes,  comme  ceux  du  périnée,  de  la  région  sacrée,  etc. ,  sont 
exposés,  par  leur  position  même,  à  des  frottements  répétés.  La  peau  qui 
les  recouvre  peut  alors  s’ulcérer,  et  il  en  résulte  des  suppurations  extrême¬ 
ment  fétides  et  même  des  septicémies  graves. 


LIPOME.  —  DIAGNOSTIC. 


D’autres  fois  les  cloisons  connectives  des  différents  lobules  s’hypertro- 
phient,  s’indurent,  et  nous  avons  le  lipome  fibreux,  nommé  aussi  impropre¬ 
ment  stéatome  par  Millier.  Une  altération  assez  fréquente,  c’est  la  crétifi- 
cation  par  dépôt  de  sels  calcaires  dans  le  tissu  connectif  de  la  tumeur  qui, 
dans  les  cas  avancés,  se  trouve  transformée  en  une  véritable  éponge  cal¬ 
caire,  dont  les  mailles  sont  remplies  de  graisse.  La  formation  du  tissu 
osseux  véritable  est  bien  plus  rare,  quoiqu’elle  ait  été  observée.  11  en  est 
de  même  de  la  saponification  des  parties  graisseuses  et  du  développement 
de  kyste  huileux  au  centre  de  la  tumeur.  Les  lipomes  sont  aussi  sujets  à 
s’enflammer,  et  il  se  forme  quelquefois  des  foyers  de  pus  dans  leur  centre. 
L’inflammation  peut  aller  jusqu’à  la  gangrène,  et  ces  complications  ren¬ 
dent  le  diagnostic  souvent  fort  difficile,  si  l’on  n’a  pas  eu  l’occasion  d’ob¬ 
server  la  tumeur  auparavant. 

Le  tissu  des  lipomes  est  susceptible  de  dégénérescences,  comme  le  tissu 
graisseux  normal  ;  on  y  a  observé  surtout  des  angiomes  et  des  myxomes, 
sans  qu’il  soit  toujours  facile  de  décider  lequel  des  néoplasmes  a  formé  la 
base  première  de  la  tumeur.  La  combinaison  du  lipome  avec  le  carcinome 
est  plus  rare,  et  quelques  auteurs  en  ont  nié  la  possibilité.  J’en  ai  cepen¬ 
dant  observé  un  exemple  chez  une  dame  d’un  certain  âge,  qui  portait  de¬ 
puis  de  longues  années,  dans  la  région  ano-coxygienne,  une  tumeur  pc- 
diculée,  assez  volumineuse,  sur  laquelle  elle  s’asseyait  habituellement. 
Une  partie  de  cette  tumeur  était  plus  dure  que  le  reste  et  ulcérée.  Après 
l’extirpation,  je  reconnus  à  l’examen  microscopique  qu’il  s’agissait  d’un 
lipome  type,  contenant  un  noyau  carcinomateux;  un  an  plus  tard,  il  fallait 
opérer  cette  même  malade  d’un  cancer  de  la  mamelle,  et  au  bout  de  quel¬ 
ques  années  elle  succomba  à  une  récidive  de  ce  cancer,  compliqué  encore 
de  cancroïde  de  la  paupière  inférieure. 

Diagnostic.  — Quand  un  malade  porte  une  tumeur  molle,  arrondie, 
non  fluctuante,  sans  changement  de  couleur  et  sans  adhérence  de  la 
peau,  sans  altération  des  ganglions  voisins  ;  quand,  déplus,  cette  tumeur 
a  mis  plusieurs  années  à  se  développer,  qu’elle  ne  donne  lieu  à  aucune 
douleur  spontanée,  qu’elle  est  indolente  à  la  pression,  et  qu’on  y  sent 
une  série  de  petits  lobules,  on  peut  affirmer  facilement  qu’il  s’agit  d’un 
lipome.  Mais  les  lipomes  sont  loin  de  se  présenter  toujours  avec  des  carac¬ 
tères  aussi  tranchés. 

Si  le  lipome  est  pédiculé,  et  surtout  s’il  offre  une  consistance  dure,  on 
peut  le  confondre  avec  ces  fibromes  connus  sous  le  nom  de  desmbides  ou 
de  molluscum.  Les  deux  espèces  de  tumeurs  donnent  lieu  à  des  masses 
polypeuses  très-considérables  et  tout  à  fait  indolentes.  Les  deux  forment 
quelquefois  des  tumeurs  très-multiples  répandues  sur  toute  la  surface  du 
corps.  Mais  dans  les  desmoïdes  la  peau  est  ordinairement  adhérente  au 
néoplasme,  qui  fait  corps  avec  le  derme  ;  tandis  que  dans  le  lipome  elle 
se  laisse  soulever  en  pli. 

D’autres  difficultés  de  diagnostic  surgissent  quand  le  lipome  est  très- 
mou,  simulant  la  fluctuation,  ou  pour  mieux  dire,  donnant  une  fluctua¬ 
tion  véritable.  En  effet  quand  les  vésicules  graisseuses  sont  juxtaposées 


LIPOME.  -  TRAITEMENT. 


621 


sans  interposition  de  cloisons  fibreuses,  elles  transmettent  la  pression  du 
doigt  d’une  extrémité  de  la  tumeur  à  l’autrg,  tout  aussi  bien  que  le  ferait 
une  nappe  liquide.  Dans  ces  cas  on  peut  cofifondre  la  tumeur  avec  un  ab¬ 
cès  froid,  d’autant  mieux  que  les  lipomes  affectionnent  les  régions  où  se 
forment  ces  derniers  ;  ou  bien  on  la  prend  pour  un  kyste,  un  angiome 
sous-cutané  ou  un  de  ces  sarcomes  mous  à  petites  cellules,  décrits  sous  le 
nom  d’encépbaloïdes.  Ces  erreurs  seraient  préjudiciables  auxmalades,  car 
il  n’est  pas  indifférent  de  faire  une  large  incisiondans  une  tumeur  érectile, 
un  abcès  froid  ou  un  encéphaloïde.  Après  les  considérations  probables  ti¬ 
rées  de  la  marche  de  la  maladie  et  de  l’état  général  du  sujet,  on  pourra 
s’éclairer,  dans  ces  cas,  par  une  ponction  exploratrice  aidée  de  l’aspiration. 
Si  la  canule  donne  issue  à  un  liquide,  la  question  est  jugée  ;  dans  le  cas 
contraire  et  en  supposant  que  le  trocart  ne  soit  pas  bouché  par  quelque 
grumeau  purulent,  on  a  affaire  à  un  sarcome  mou  ou  à  un  lipome.  Nélaton 
prétend  que  la  première  de  ces  tumeurs  permet  d’imprimer  des  mouve¬ 
ments  de  circumduction  à  la  pointe  du  trocart,  mais  qu’il  n’en  est  pas  de 
même  de  la  seconde. 

Je  conseillerar  en  sus  d’exercer  une  forte  aspiration  et  l’on  trouvera  le 
plus  souvent  dans  la  canule  une  petite  parcelle  de  la  tumeur  ;  c’est  au 
moins  ce  que  j’ai  constaté  une  fois  pour  un  lipome  pseudo-fluctuant. 

'  Des  incertitudes  de  diagnostic  pdus  difficiles  à  résoudre  résultent  des 
indurations,  inflammatoires  ou  autres,  que  présentent  certains  lipomes.  Si 
alors  une  portion  au  moins  de  la  tumeur  ne  présente  pas  la  consistance 
et  l’aspect  lobulé  caractéristiques,  ou  si  la  ponction  aspiratrice  ne  donne 
pas  de  résultats,  il  sera  presque  impossible  d’arriver  à  une  conclusion  po¬ 
sitive.  Il  faudra  alors  se  guider  sur  les  progrès  lents  du  néoplasme,  sur  son 
innocuité  et  son  peu  de  retentissement  sur  la  santé  générale,  pour  conclure 
à  une  tumeur  bénigne  et  arriver  par  exclusion  au  diagnostic  de  lipome. 

Traitement.  —  Il  est  parfaitement  reconnu  que  les  médicaments 
fondants  n’ont  aucune  prise  sur  ces  tumeurs  ;  il  faut  donc  les  abandonner 
à  elles-mêmes,  en  se  fiant  à  leur  innocuité,  ou  les  faire  disparaître  par 
une  opération. 

A  cet  effet  on  a  employé  la  ligature,  la  cautérisation  ou  l’instrument 
tranchant.  Une  quatrième  méthode  _avait  bien  été  proposée  par  Bonnet 
(deLyon).  Elle  a  pourbut  de  provoquer  la  résorption  du  néoplasme  à  l’aide 
d'une  série  de  sections  sous-cutanées  qui  doivent  la  fragmenter  en  tous 
sens.  Malgré  deux  ou  trois  succès  plus  ou  moins  incomplets,  cette  méthode 
est  trop  incertaine,  trop  longue  et  trop  douloureuse  pour  rester  dans  la 
pratique. 

Nous  en  dirons  autant  des  injections  sous-cutanées  d’alcool  faites  dans 
les  lipomes  pour  les  faire  disparaître  par  suppuration.  Le  docteur  Basse, 
à  l’imitation  de  Schwalhe  (de  Zurich),  a  employé  ce  procédé,  et  la  tumeur 
graisseuse,  transformée  en  un  vaste  abcès,  put  être  vidée  par  un  coup  de 
bistouri.  Le  succès  ne  sera  pas  toujours  aussi  complet  et  soumet  le  malade 
à  autant  de  risques  que  l’extirpation. 

La  ligature,  applicable  seulement  aux  lipomes  pédiculés,  est  aussi  tom- 


622 


LIPOME.  —  traitememt. 


bée  en  désuétude,  à  juste  titre.  Elle  sacrifie  trop  de  peau  et  cause  trop  de 
douleur.  La  ligature  galvano-caustique  pourrait  cependant  offrir  excep¬ 
tionnellement  des  avantages,  s^l  s’agissait  d’enlever  quelque  tumeur  très- 
volumineuse  sur  un  sujet  affaibli.  Mais  nous  ne  pouvons  approuver  la 
manière  de  faire  d’Amussat,  qui  opéra  un  lipome  sessile  de  volume  ordi¬ 
naire,  en  le  divisant  d’abord  en  quatre  avec  le  fil  galvano-caustique  pour 
abraser  ensuite  les  quatre  secteurs. 

Des  reproches  analogues  s’adressent  kldi  cautérisation,  si  elle  se  propose 
de  détruire  une  tumeur  lipomateuse  couche  par  couche.  Il  en  résulte  une 
suppuration  extrêmement  abondante  et  fétide  qui  offre  des  dangers.  Par 
contre,  pour  des  lipomes  de  médiocre  volume,  on  a  quelquefois  employé 
avec  avantage  la  cautérisation  linéaire,  destinée  seulement  à  diviser  les 
téguments  ;  l’énucléation  du  néoplasme  se  fait  alors  assez  facilement  avec 
un  corps  mousse  (A.  Dubrueil). 

L’extirpation  par  le  bistouri  reste  la  méthode  par  excellence  pour  les  li¬ 
pomes  et  elle  offre  généralement  peu  de  difficultés. 

Si  la  tumeur  est  sous-cutanée  et  implantée  par  une  base  large,  on  com¬ 
mence  par  fendre  les  téguments  par  une  incision  soit  linéaire,  soit  à  lam¬ 
beaux,  soit  en  forme  de  croix,  en  tous  cas  disposée  de  façon  à  assurer  l’écou¬ 
lement  des  liquides. 

Le  bistouri  ira  d’emblée  jusque  sur,  et  même  dans  le  néoplasme  ;  il  ne 
faut  pas  s’arrêter  à  la  graisse  sous-cutanée  normale,  d’aspect  grenu,  et  la 
confondre  avec  la  tumeur  elle-même  qui  a  une  apparence  lisse  ;  car  si  l’on 
enlève  inutilement  par  une  dissection  laborieuse  et  pénible  le  panicule 
graisseux,  on  amincit  trop  les  lambeaux  et  l’on  s’expose  à  les  voir  se  gan¬ 
grener.  Une  fois  la  peau  divisée  largement,  on  peut  ordinairement  énu- 
cléer  la  masse  graisseuse  avec  le  manche  du  scalpel  ou  un  corps  mousse 
quelconque.  Tout  au  plus  aura-t-on  besoin  du  tranchant  pour  couper 
quelques  brides  du  tissu  connectif. 

Quand  on  opère  un  lipome  pédiculé,  il  faut  se  rappeler  que  la  peau  de 
la  tumeur  est  fortement  distendue  et  attirée  de  loin  ;  il  en  résulte  qu’ après 
sa  section  elle  se  rétracte  énormément.  Si  donc  on  coupe  directement  le 
pédicule  au  ras  des  téguments  voisins,  on  obtient  une  plaie  ayant  au 
moins  un  diamètre  double,  et  très-lente  à  se  cicatriser.  Pour  éviter  cet  in¬ 
convénient,  on  procédera  comme  dans  les  amputations  de  membres  et  l’on 
réservera  sur  le  pédicule  une  manchette  ou  un  lambeau  suffisant  pour  re¬ 
couvrir  toute  la  plaie. 

Lorsque  le  lipome  est  sous-aponévrotique  ou  inter-musculaire,  on  se 
contente  en  général  d’une  incision  linéaire  suffisamment  longue,  corres¬ 
pondant  à  un  interstice  musculaire  ;  mais  on  fera  bien  de  placer  une  forte 
canule  en  caoutchouc  jusqu’au  fond  de  laplaiepour  empêcher  la  formation 
de  clapiers. 

Au  cou,  ces  lipomes  sous-aponévrotiques  poussent  quelquefois  des  pro¬ 
longements  très-profonds,  qui  se  fixent  par  un  pédicule  fibreux  sur  les 
apophyses  transverses  des  vertèbres.  Leur  extirpation  exige  alors  beau¬ 
coup  de  précaution. 


LIT. 


625 

Les  plaies  résultanl  de  l’ablation  des  lipomes  sont  en  général  favorables 
à  l’emploi  de  la  réunion  immédiate,  puisque  la  peau  a  été  simplement  di- 
ïisée;  seulement,  il  faut  se  rappeler  qu’il  ne  suffit  pas  d’obtenir  l’aggluti¬ 
nation  des  bords  de  la  plaie,  mais  qu’il  faudra  aussi  rechercher  l’adhérence 
de  la  peau  aux  parties  profondes.  A  cet  effet,  il  s’agit  d’arrêter  avec  soin 
toute  trace  d’hémorrhagie  et  d’établir  une  bonne  compression  sur  les 
lambeaux  pour  empêcher  l’accumulation  des  liquides  dans  les  profondeurs 
de  la  plaie.  En  général,  je  préfère  tailler  un  lambeau  semi-lunaire  dont  la 
courbe  libre  réponde  à  une  direction  déclive  ;  puis  au  moment  de  la  suture, 
on  placera  un  ou  deux  tubes  de  caoutchouc  entre  les  lèvres  de  la  plaie 
pour  assurer  l’écoulement  des  liquides.  Avec  ces  précautions,  on  évite  les 
accidents  de  rétention  de  pus  et  leurs  conséquences  fâcheuses,  et  l’on 
peut  aborder  avec  sécurité  l’extirpation  des  lipomes,  même  d’un  grand 
volume . 

MoEOiGsi,  De  sedibus  et  causis  morb.  epist.  45,  art.  10. 

Pelleta»,  Clinique  chirurgicale.  Paris,  1810,  t.  III,  p.  35. 

ScABPA,  Traité  des  hernies.  Paris,  1821-1823,  p.  337. 

TaPEAij,  Dictionnaire  de  médecine  en  50  vol,,  t.  I,  p.  209. 

Aïcssat,  Loupe  volumineuse  de  la  tête  [Bull,  de  V Acad,  de  méd.,  i&i5-4i,  t.  IX,  p.  540). 
Temeüil,  Note  sur  la  structure  intime  du  lipome  [Gaz.  méd.  de  Paris,  1854,  p.  242). 

JoBERT  (de  Lamballe),  Ablation  d’un  lipome  dans  le  creux  de  l’aisselle  [Bull,  de  l’Acad.  de 
méd.,  1854-55,  t.  XX,  p.  371). 

Peat,  Considérations  sur  les  tumeurs  graisseuses  en  général  et  sur  les  lipomes  en  particulier. 
Thèse  de  Strasbourg,  1858. 

VouLEMiER,  Lipome  abdominal  congénital  [Bull,  de  l’Acad.  de  ?ndi2.,  1864-63,  t.  XXX,  p.  786). 
Gosseli»,  Leçons  sur  les  hernies  abdominales  Paris,  1865,  p.  24. 

Bœckel  (E.),  Quelques  cas  exceptionnels  de  hernie  [Gaz.  méd.  de  Strasbourg,  janvier  1865).  — 
lipome  en  bissac  de  l’avant-bras  [Gaz.  des  hûp.,  1867,  n»  8). 

Beoca,  Traité  des  tumeurs,  1. 1,  p.  304,  1866. 

ViECHOw,  Pathologie  des  tumeurs,  trad.  par  P.  .Aronssohn,  1867. 

Bobeoeil  (A.),  Bull,  de  la  Soc.  de  chirurgie,  séance  du  15  octobre  1873. 

Basse,  Traitement  du  lipome  par  les  injections  alcooliques  [Gaz.  hebdom.,  p.  741, 1873).- 
Eboeleisch,  Traité  d’histologie  pathologique,  trad.  par  Fréd.  Cross,  1873. 

Traités  d’anatomie  pathologique  de  Ckuveilhiee,  Lebert,  Rokitaisskï,  Forster. 

Traités  de  pathologie  chirurgicale  de  Nélato»,  Folli»,  Pitha  et  Billroth,  Vidal  (de  Cassis). 

Eug.  Eœckel. 

LIPOTHimUE.  Voy.  Sïncope. 

LIT.  —  Le  lit  est  le  meuble  où  l’homme  placé  dans  une  situation 
horizontale  répare  ses  forces  par  le  sommeil.  Les  muscles  n’employant 
plus  de  matériaux  à  leur  contraction,  les  cellules  cérébrales  elles-mêmes 
cessant  en  partie  leurs  fonctions,  la  circulation  s’effectuant  dans  le  décu¬ 
bitus  d’une  façon  plus  régulière,  l’économie  absorbe  pour  la  vie  végéta¬ 
tive  toutes  les  substances  destinées  à  l’assimilation.  Aussi,  l’enfant  doit- 
il  traverser  .dans  un  berceau  la  période  de  son  incubation  extra-utérine, 
l’homme  passe  au  lit  plus  du  tiers  de  son  existence,  et  le  malade  cherche 
tout  d’abord  à  réparer  par  une  température  uniforme  et  le  repos  absolu 
les  malaises  de  la  fièvre  qui  le  consume.  A  l’ouvrier,  au  laboureur,  au  , 
soldati  il  faut  un  sommeil  réparateur,  pendant  lequel  les  muscles  ne  se-r 
font  point  meurtris  par  la  dureté  de  la  couche,  ni  refroidis  par  le  contact 
de  matériaux  qui  enlèveraient  au  corps  sa  chaleur  naturelle. 


624  LIT.  —  lit  du  premier  âge.  —  rerceau. 

Ces  considérations  nous  conduisent  à  étudier  le  lit  du  premier  âge,  le 
lit  en  général,  sa  structure  et  ses  modifications  dans  l’hygièné  hospita¬ 
lière,  les  lits  employés  pour  certaines  maladies  nécessitant  un  décubitus 
prolongé.  Nous  terminerons  par  quelques  considérations  sur  le  lit  dans 
l’hygiène  militaire  pendant  la  paix  et  pendant  la  guerre.  Les  lits  néces¬ 
saires  pour  pratiquer  certaines  opérations  sont  décrits  avec  ces  opérations 
elles-mêmes. 

liît  du  premier  âge.  —  Berceau.  —  Pendant  les  trois  ou  quatre 
premiers  mois  de  la  vie,  l’enfant  dont  les  muscles  vertébraux  n’assurent  pas 
encore  la  solidité  dans  la  station  verticale,  doit  reposer  nuit  et  jour  dans 
ses  langes.  Des  étoffes  solides  et  moelleuses  lui  servent  de  tuteurs  et  le  pro¬ 
tègent  contre  les  influences  extérieures  de  la  température.  Toutefois,  les 
brassières  et  les  pièces,  de  linge  qui  enveloppent  le  tronc,  tout  en  soute-, 
nant  la  colonne  vertébrale,  devront  laisser  la  respiration  s’exercer  libre¬ 
ment  et  ne  point  immobiliser  complètement  les  membres.  Si  la  propreté 
la  plus  scrupuleuse  préside  à  cette  disposition,  si  la  température  reste 
uniforme  et  suffisante  dans  ce  milieu,  l’enfant  jouira  des  meilleur-es  con¬ 
ditions  d’hygiène,  si  nécessaires  à  cette  première  période.  Les  langes  doi¬ 
vent  être  disposés  pour  être  facilement  et  rapidement  enlevés  au  moindre 
soupçon' de  souillure.  A  cet  effet,  et  pour  éviter  à  la  nourrice  toute  sur¬ 
prise  de  la  part  du  nouveaii-né,  pour  éloigner  du  berceau  toute  humidité 
ammoniacale,  l’habitude  est  d’isoler  les  langes  par  des  feutres  absorbants 
ou  des  étoffes  imperméables  de  caoutchouc.  Cette  pratique  doit  être  sur¬ 
veillée  attentivement  par  la  mère,  car  si  les  feutres  absorbent,  ils  conser¬ 
vent  par  cela  même  les  mauvaises  odeurs,  et  seront  par  conséquent  sou¬ 
mis  à  de  fréquents  lavages  à  fond  ;  d’autre  part  les  toiles  de  caoutchouc, 
répandant  longtemps  une  odeur  tenace  de  sulfure  de  carbone,  ne  pour¬ 
ront  entrer  dans  la  composition  de  la  couche  des  nouveau-nés  avant 
une  longue  macération  dans  l’eau  tiède  :  ces  parties  accessoires,  qui  ne 
contribuent  en  rien  au  bien-être  de  l’enfant,  sont  utiles  à  titre  de  pré¬ 
caution  transitoire,  mais  ne  seront  pas  d’un  usage  constant  dans  le  ber¬ 
ceau. 

Entouré  de  sa  brassière,  garni  d’un  mouchoir  en  triangle  confectionné 
avec  des  toiles  usées  pour  isoler  les  jambes,  soigneusement  séché  sur  le 
bassin,  l’enfant  dort  sur  les  bras  de  sa  nourrice  ou  dans  un  berceau.  Il  est 
d’usage  dans  le  premier  cas,  pour  rendre  plus  maniable  ce  petit  être 
inconscient  et  malléable,  de  le  placer  sur  un  matelas  de  crin  ou  de 
varech,  disposé  en  portefeuille ,  et  formant  un  plan  régulier,  isolant, 
avec  toute  facilité  de  transporter  l’enfant  et  de  le  déposer  plus  aisé¬ 
ment.  Cette  méthode  anglaise  est  recommandable,  car  elle  repose  la 
mère  en  laissant  au  nouveau-né  une  atmosphère  isolée,  plus  indemne  de 
toute  émanation  puerpérale. 

Pour  le  sommeil  nocturne,  le  berceau  est  nécessaire  :  nous  n’avons 
plus  à  montrer  les  dangers  d’un  lit  commun  à  la  nourrice  et  à  l’enfant. 
Outre  l’inconvénient  d’un  air  vicié  par  la  mère  elle-même,  la  crainte  de 
l’asphyxie  par  compression  doit  être  toujours  présente  à  l’esprit  :  malheur 


LIT.  -  LIT  DD  PREMIliR  AGE.  . —  BERCEAD. 


625 


d’autant  plus  redoutable,  qu’il  résulte  du  désir  de  calmer  des  cris  et  de 
prévenir  le  refroidissement. 

Dès  la  plus  haute  antiquité,  le  lit  de  l’enfant  fut  construit  pour  osciller 
sur  le  sol.  La  mère  ne  calme-t-elle  point  toujours  les  vagissements  de  son 
enfant  en  l’agitant  dans  ses  bras  ou  sur  ses  genoux.  La  question  dujber- 
çage  nous  paraît  donc  résolue  par  la  tradition  et  la  pratique.  Toutefois 
cette  méthode  n’est  point  nécessaire,  et  aujourd’hui  elle  est  loin  d’être 
générale  dans  les  classes  aisées  ou  éclairées  ;  elle  reste  même  limitée  à 
certaines  régibns,  dans  les  campagnes,  chez  les  nourrices  mercenaires. 
Bien  que  l’Assistance  publique,  à  Paris,  ait  remplacé  le  berceau  par  de 
petits  lits  en  fer,  rectangulaires  et  à  pieds  élevés,  nous  ne  pensons  point 
que  le  berceau  soit  dangereux  par  lui-même,  ni  comparable  par  ses 
effets  à  ces  mélanges  soporifiques  qui  masquent  l’absence  du  lait.  Que 
résulte-t-il,  en  effet,  pour  l’adulte  lui-même,  d’oscillations  étendues  dans 
la  station  verticale?  Des  vomissements,  un  sentiment  de  vertige  et  des 
nausées  ;  or,  l’enfant  gorgé  de  lait  et  bercé  ne  vomit  pas.  Le  hamac,  dans 
les  pays  chauds,  par  ses  oscillations  si  amples,  amène  le  sommeil,  sous  une 
température  irritante  par  son  élévation,  au  milieu  des  piqûres  d’insectes 
de  toute  nature.  Nous  pensons  donc  qu’il  n’y  a  aucun  inconvénient  à  cal¬ 
mer  par  un  berçage  modéré  et  momentané,  des  cris  qui  ne  résultent  ni  de 
la  faim,  ni  des  souffrances. 

Mais  le  berceau  ne  doit  plus  être  un  réceptacle  conique  et  mobile,  im¬ 
prégné  de  liquides  ammoniacaux,  placé  sur  le  sol,  près  d’un  feu  où  se 
■préparent  les  aliments.  Dans  les  classes  les  moins  fortunées,  la  couchette 
de  fer  où  l’enfant  dormira  jusqu’à  deux  ou  trois  ans,  peut  remplacer  avec 
économie  le  meuble  qu’agitaient  les  nourrices  de  ces  trépidations  sacca¬ 
dées  et  rapides.  Les  modèles  du  premier  lit  ne  diffèrent  entre  eux  que 
par  le  luxe  des  sculptures  et  des  broderies  ;  il  en  existe  toutefois  une  va¬ 
riété  qui  ne  saurait  être  employée  que  dans  les  premiers  mois  et  sous  une 
surveillance  constante  ;  nous  voulons  parler  de  ces  berceionnettes  mo¬ 
biles  sur  deux  minces  supports.  Tout  l’édifice  est  incapable  de  résister  au 
moindre  choc  extérieur,  ou  au  plus  léger  mouvement  spontané  de  l’enfant 
dont  la  tête  est  si  lourde. 

Berceau  ou  couchette  seront  à  claire-voie,  en  bois,  mieux  en  fer,  garnis 
d’un  filet  pour  maintenir  le  contenu.  Une  petite  paillasse  de  fucus,  de 
crin  ou  de  balle  d’avoine,  substances  imperméables  à  l’eau,  un  mince 
oreiller,  quelques  draps  isolants,  des  couvertures  :  telles  sont  les  pièces 
nécessaires  à  la  première  enfance.  Nous  n’acceptons  les  rideaux  que  dans 
les  premières  semaines,  pendant  l’hiver,  au  milieu  d’un  vaste  appar¬ 
tement  irrégulièrement  chauffé.  En  toute  autre  circonstance,  avec  une 
température  même  fraîche,  ils  sont  inutiles  ou  dangereux.  En  effet,  outre 
l’inconvénient  principal  qui  est  de  limiter  l’atmosphère  quand  ils  sont  fa¬ 
briqués  d’un  tissu  serré,  ils  peuvent,  si  l’étoffe  est  blanche,  à  dessins  trop 
réguliers,  être  une  cause  de  fatigue  pour  la  vue, 

A  ce  propos,  le  berceau  doit  être  placé  de  telle  sorte  que  les  yeux,  si 
délicats  à  cet  âge,  ne  regardent  la  lumière  directe,  ni  deface,ni  de  côté  :  le 

NOÜV,  DICT.  MÉÜ.  ET  CHUl.  XX.  —  40 


LIT.  -  UT  ORDINAIRE, 


jour  doit  arriver  par  dessus  et  par  derrière  la  tête  de  Tenfant.  Il  faut  avouer, 
toutefois,  que  les  légendes  ont  singulièrement  exagéré  l’influence  de  cette 
position  du  berceau  sur  la  production  du  strabisme,  et  malgré  l’autorité 
de  Velpeau,  qui  prétend  avoir  vu  cette  affection  se  produire  chez  un  nou¬ 
veau-né  ayant  fixé  le  soleil,  nous  révoquons  en  doute  cette  origine  de  la 
déviation  oculaire. 

liît  ordînaipe.  —  Le  lit  du  repos  quotidien  varie  suivant  les  con¬ 
ditions  sociales  et  climatériques.  Dans  tous  les  pays,  l’homme  qui  brise 
ses  membres  au  travail  du  jour,  retrouve  avec  bonheur  le  meuble  du 
repos,  quel  que  soit  son  confortable.  Les  habitants  du  pôle  ne  peuvent 
avoir  la  même  couche  que  les  créoles  des  régions  équatoriales.  A  ceux-là, 
dans  des  huttes  de  glace,  il  faut  la  mousse  entassée,  les  fourrures,  le  duvet 
des  eiders,  pour  conserver  à  l’organisme  une  chaleur  alimentée  par 
l’ingestion  de  l’huile  et  de  la  graisse.  Aux  derniers,  les  étoffes  les  plus 
légères  paraissent  encore  pesantes  dans  un  hamac,  autour  duquel  les 
oscillations  causent  une  brise  artificielle.  Dans  les  pays  chauds,  la  natte 
isolée  sur  un  cadre  en  bois  ou  jetée  sur  le  sol  avec  une  peau  mal  tannée, 
constitue  la  couche  habituelle  du  pauvre  ;  il  s’enroule  dans  une  couver¬ 
ture,  et  dort  ainsi  sous  une  verendah,  dans  une  cabane,  ou  en  plein  air.  Le 
riche  prend  à  peine  un  léger  matelas  pendant  l’hivernage.  Si  le  Russe 
pur,  il  y  a  quelques  années,  ne  couchait  jamais  dans  un  lit,  les  temps 
sont  bien  changés  aujourd’hui  :  dans  toutes  les  provinces  de  Russie,  on 
trouve  aujourd’hui  des  lits,  sans  sommiers,  il  est  vrai,  mais  très-chaude¬ 
ment  installés,  avec  draps  et  couvertures. 

En  France,  notre  lit  actuel,  avec  toutes  ses  complications,  est  une  in¬ 
vention  qui  remonte  à  peine  au  moyen  âge  ;  mais  on  y  retrouve  encore  le 
cachet  des  mœurs  romaines  :  aux  feuilles  sèches  des  premiers  temps  de  la 
république,  les  fils  de  Romulus  substituèrent  bientôt  la  laine  fine  de  Milet 
et  les  plus  fins  duvets.  L’ébène,  l’érable,  les  citronniers  furent  marquetés  et 
sculptés.  Les  lits  de  repos  et  de  festin  à  dossier  unilatéral,  avec  escalier,- 
furent  munis  de  coussins  spéciaux,  et  disposés  suivant  l’importance  du 
convive.  Puis,  sous  lé  souffle  mortel  de  l’invasion,  tout  s’éteint,  et  le  moyen 
âge,  en  France,  semble  avoir  oublié  les  raffineries  de  la  décadence  du  bas 
empire. 

Jusqu’au  treizième  siècle,  dit  Viollet-le-Duc,  les  lits  de  repos  étaient 
plus  élevés  au  chevet  qu’aux  pieds,  de  manière  que  la  personne  couchée  se 
trouvait  presque  sur  son  séant.  Quelques-uns  étaient  déjà  construits  en  fer. 
Ils  avaient  une  sorte  de  dossier  ou  de  balustrade  sur  un  des  côtés,  et  la 
sangle  n’était  qu’un  réseau  de  cordes  lacées  sur  les  deux  traverses.  A  cette 
époque  et  plus  tard  encore,  dans  les  estampes,  les  personnages  couchés 
sont  représentés  nus.  A  la  fin  du  treizième  siècle,  la  balustrade  longue  de 
quatre  pieds,  porte  un  intervalle  libre  au  milieu  pour  entrer  plus  aisément. 
On  s’asseyait  sur  le  lit,  on  n’y  montait  plus  comme  chez  les  Romains  avec 
le  scamnum  ou  le  gradin,  et  dans  sa  composition  n’entraient  qu’une  cou¬ 
verture  nommée  courte,  un  coussin  et  un  tapis  ou  faissel  de  feutre.  Au 
quatorzième  siècle,  apparaissent  deux  draps,  deux  matelas  et  des  couver- 


LIT. 


ORDINAIRE. 


627 


tares.  Au  quinzième  siècle,  les  matelas  étaient  plus  nombreux,  les  coussins 
grands  et  petits  plus  considérables  et  augmentés  d’un  traversin.  Les  grands 
seigneurs  recouvraient  leurs  matelas  de  soie;  les  riches,  de  coutil  de 
Rouen;  les  bourgeois,  de  toile.  Les  draps  ne  s’enroulaient  plus  autour  du 
corps  comme  au  treizième  siècle,  mais  tombaient  le  long  du  lit.  Au  sêi- 
zième  siècle,  les  dimensions  du  meuble  augmentent  :  7  pieds  de  long,  6  de 
large  suffisent  à  peine  ;  les  colonnes  sont  adoptées,  la  plume  est  employée 
pour  le  sommier. 

C’est  en  1801  qu’on  rencontre  le  premier  brevet  pour  lit  de  fer.  A 
partir  de  cette  époque,  les  progrès  de  l’industrie  et  de  l’hygiène,  les 
rapides  communications  des  centres  populeux  avec  les  villages  les  plus 
reculés,  auraient  dû  modifier  la  façon  de  dormir,  comme  ils  ont  in¬ 
fluencé  la  vie  générale.  Cepéndant,  chaque  région  de  la  France  sem¬ 
ble  avoir  conservé  des  habitudes  spéciales  dans  cette  partie  de  l’hy¬ 
giène  :  les  lits  de  la  Bretagne  diffèrent  complètement  de  ceux  du 
centre  et  du  midi,  au  moins  dans  les  classes  pauvres,  et  surtout  à  la 
campagne,  où  le  paysan  ne  change  point  aisément  une  installation  qui  a 
TU  se  succéder  quelquefois  plusieurs  générations.  Dans  les  villes,  où  la 
propreté  et  le  confortable  sont  de  nos  jours  recherchés,  le  sommier  élas¬ 
tique  a  remplacé  ce  sac  épais  de  toile,  gonflé  inégalement  de  paille  de 
maïs  ou  de  blé,  foyer  de  poussière  et  de  mauvaise  odeur.  En  fait,  le  som¬ 
mier  conserve  un  plan  uniforme  et  son  élasticité  beaucoup  mieux  que 
la  paillasse.  Les  ménagères  évitent  ainsi  une  besogne  fatigante  et  désa¬ 
gréable  ;  l’incendie  est  moins  à  craindre,  les  insectes  peuvent  être  pour¬ 
suivis,  et  la  couche  est  meilleure,  plus  élégante. 

Le  nombre  des  modifications  qu’a  subies  cette  idée  moderne  est  consi¬ 
dérable,  car  chaque  année  il  est  pris  plus  de  cinquante  brevets  d’invention 
pour  les  perfectionnements  de  sommiers  élastiques.  Ce  sont  les  sommiers 
àressorts  de  voiture,  à  genouillière,  à  boudin,  à  bascule,  à  ressorts  de 
pompe,  de  sonnettes,  à  disques  mobiles,  à  ressorts  en  caoutchouc,  etc.  Ils 
sont  ou  trop  élastiques  ou  pas  assez,  trop  uniformément  rigides  ou  for¬ 
mant  trop  aisément  hamac  ;  le  caoutchouc  qui  paraît,  au  premier  abord, 
d’un  emploi  facile,  est  trop  dur  en  hiver  et  trop  peu  résistant  èn  été. 

Les  variétés  les  plus  connues  sont  les  sommiers  à  ressorts  biconiques,  à 
boudin,  et  à  lames  longitudinales  (Tucker). 

Les  premiers  ont  peut-être  l’avantage  d’une  élasticité  plus  parfaite,  plus 
isolée,  et  quand  ils  sont  assujettis  eux-mêmes  par  des  ressorts  métalliques 
àboudin,  disposés  en  mailles  rectangulaires,  quand  ils  sont  construits  sur 
des  montants  en  fer,  ils  donnent  une  couche  solide,  élastique,  et  sont  d’un 
transport  et  d’un  entretien  faciles.  Mais  il  faut  reconnaître  que  le  plus 
souvent  les  ressorts  sont  reliées  entre  eux  par  des  liens  fragiles,  et  dès 
lors,  si  l’un  d’eux  se  Ihrise,  toute  une  sérié  de  ressorts  perd  son  ni¬ 
veau,  le  sommier  est  à  rejeter.  Les  fils  métalliques  doivent  être  encore 
parfaitement  étamés,  sous  peine  de  s’oxyder,  de  se  briser  et  de  couper  les 
liens. 

Les  ressorts  coniques  ont  été  remplacés  par  des  ressorts  à  boudin  à 


LIT.  — 


ORDINAIRE. 


grand  axe  horizontal.  Une  extrémité  du  fil  prend  son  point  d’appui  sur 
le  cadre  du  sommier,  et  l’autre  tend  la  paroi  supérieure  sur  laquelle  re¬ 
pose  le  matelas.  Cette  paroi  supérieure  est  elle-même  composée  de  lames 
articulées  entre  elles.  Cette  disposition  ale  grand  avantage  de  donner  une 
élasticité  indépendante  à  chaque  point  du  sommier,  et  le  bassin  peut 
déprimer  le  centre  du  lit  sans  entraîner  une  inclinaison  ou  des  mouve¬ 
ments  vers  la  jambe  ;  mais  d’autre  part,  ces  articulations  si  multipliées, 
exposent  d’autant  plus  à  des  ruptures  qu’elles  sont  plus  nombreuses; 
elles  sont  des  refuges  d’insectes,  et  les  angles  de  ces  charnières  déchirent 
la  toile  du  matelas.  Pour  remédier  à  ce  dernier  inconvénient,  la  couver¬ 
ture  en  toile  est  souvent  remplacée,  dans  certains  modèles,  par  une  toile 
métallique  à  mailles  assez  larges,  bordée  d’une  corde  en  fil  de  fer,  qui 
peut  alors  fournir  une  surface  uniforme  et  suffisamment  élastique, 

La  dernière  variété  dont  nous  parlerons  est  le  système  Tucker,  adopté 
dans  certains  hôpitaux  de  l’Assistance  publique,  parce  qu’il  jouit  de  l’avan¬ 
tage  précieux  de  se  démonter  sans  difficulté,  de  se  plier  sous  un  petit  vo¬ 
lume  et  d’être  transportable. 

C’est  un  système  de  longues  lamelles  de  bois  assemblées  sans  vis  ni 
écrous,  tendues  par  des  ressorts  terminaux  sur  un  cadre  de  bois  ou  de  fer. 
En  prenant  des  bois  secs  (conifères),  coupés  de  droit  fil  et  sans  nœuds,  le 
sommier  peut  supporter  sur  chacune  de  ces  petites  lamelles  un  poids  mi¬ 
nimum  de  50  kilog.  La  latte  décrit  une  courbe  dont  la  flèche  de  8  cen¬ 
timètres  disparaît  complètement  après  l’enlèvement  du  poids  ;  la  charge 
totale  supportée  par  l’appareil  peut  être  de  500  kilog.  sur  12  lames. 

Dans  certains  modèles  plus  simples,  les  ressorts  terminaux  ont  encore 
été. supprimés,  et  le  sommier  se  réduit  à  de  simples  lames  en  droit  fd, 


Fig.  6t .  —  Sommier  Tucker  chargé  de  80  kilog.  sur  le  bord. 


agissant  en  arcs  libres  qui  forment  une  surface  horizontale  et  d’une  élas¬ 
ticité  remarquable  (fig.  61). 

Quelle  que  soit  la  variété  adoptée,  le  sommier  doit  pouvoir  être  nettojé, 
purgé  des  insectes,  visité  dans  toutes  ses  parties.  Aussi,  toute  toile  qui 
cache  le  cadre  et  l’intérieur  du  sommier  nuit-elle  à  la  propreté,  outre 
qu’elle  est  le  moyen  le  plus  habituel  de  dissimuler  les  défauts  de  la  fabri¬ 
cation. 

Le  cadre  du  sommier  étant  vide,  l’air  circule  dans  toute  la  partie  infé¬ 
rieure  du  lit,  et  cette  disposition  a  paru  faire  craindre  un  refroidissement 
trop  grand  des  régions  dorsales  pour  les  malades.  Mais  n’est-il  pas  évident 


LIT. - LIT  ORDINAIRE. 


629 


que,  deux  couvertures  suffisant  pour  isoler  en  haut  de  tout  froid  extérieur, 
un  matelas  et  une  matelassure  d’une  épaisseur  de  30  à  35  centimètres, 
formés  de  matériaux  isolants,  doivent  arrêter  tout  rayonnement  vers  le 
le  sol? 

Au-dessus  de  la  paillasse,  les  couches  anciennes  comprenaient  un  ou 
deux  matelas  ;  les  lits  à  sommier  possèdent  une  matelassure,  c’est-à-dire 
un  petit  matelas  très-mince  qui  prépare  l’installation  du  vrai  couchage,  et 
facilite  la  disposition  des  couvertures  et  des  draps.  Cette  plaquette  en 
bourre,  qui  permet  de  supprimer  un  matelas,  a  été  adoptée  dans  les  hôpi¬ 
taux,  et  peut  être  remplie  de  diverses  matières  végétales  d’un  prix  peu 
élevé. 

Le  matelas  est  composé  de  laine  et  de  crin,  piqués  entre  deux  toiles.  La 
nature  des  matériaux  dont  il  est  composé,  importe  essentiellement  à  la 
literie.  Les  laines  ne  doivent  contenir  aucune  partie  jarreuse,  c’est-à-dire 
provenant  des  membres  du  mouton.  Elles  doivent  avoir  été  prises  sur  des 
animaux  vivants  (laines  vives),  et  non  sur  des  peaux  livrées  à  la  tannerie, 
la  différence  d’élasticité  étant  considérable  dans  les  deux  cas.  Quand  on 
comprime,  en  effet,  une  petite  boule  de  laine  vive  entre  les  mains,  elle  doit, 
lorsqu’on  les  ouvre,  se  dilater  vivement,  et  s’échapper  comme  un  ressort. 
Après  avoir  été  soigneusement  lavées  et  désuintées,  les  laines  de  mate¬ 
las  présenteront  des  filaments  à  la  fois  robustes  et  contournés  en  spi¬ 
rale.  Le  tissage  réclame  la  finesse  du  brin;  la  literie,  la  solidité  et  l’élas¬ 
ticité. 

La  France,  l’Afrique  et  le  Levant  fournissent  plus  de  30  espèces  de 
laines,  ayant  toutes  des  caractères  particuliers  ;  l’Algérie  à  elle  seule  nous 
en  donne  plus  de  20  millions  de  kilogrammes.  Ces  laines,  quoique  mé¬ 
langées  de  graviers  de  sable,  sont  cependant  vives  aujourd’hui  ;  elles  ont 
besoin  de  nettoyages  approfondis,  et  donnent,  en  résumé,  des  filaments 
vigoureux  et  très-ondulés. 

Les  toisons  choisies  doivent  subir  deux  opérations  :  l’ouvrage  et  le  bat¬ 
tage,  puis  (e  louvetage.  Cette  dernière  opération  ne  doit  jamais  arriver 
qu’en  dernier  lieu,  et  s’effectuer  sur  des  laines  déjà  revenues  ;  agir  autre¬ 
ment  produirait  la  rupture  du  brin  et  la  perte  de  l’élasticité.  Les  indus¬ 
triels  consciencieux  préfèrent  le  cardage  à  la  main  comme  donnant  les 
plus  longs  flocons.  Selon  eux,  chaque  variété  de  laine  réclamerait  une 
manipulation  spéciale,  et  des  machines  assez  puissantes  seraient  nécessaires 
pour  les  produits  de  Buénos-Ayres  et  de  l’Amérique  du  Sud. 

Ordinairement,  entre  deux  couches  de  laine,  on  introduit  une  portion  de 
crin  dans  la  proportion  de  20  p.  100  du  poids  du  matelas.  Le  crin  doit 
être  long  et  fort,  dégraissé  et  purgé  de  tout  corps  étranger,  vrillé  en  cor¬ 
des  larges  de  2  à  3  centimètres.  Détordu,  il  doit  offrir  une  résistance 
très-prononcée  à  la  main  qui  cherche  à  le  ramener  à  son  premier  volume. 
La  longueur  du  crin  fera  reconnaître  les  mélanges  de  poils  de  porc  et  les 
crins  des  parties  basses. 

Les  poids  de  laine  reconnus  les  meilleurs  pour  la  fabrication  d’un  mate¬ 
las  sont,  d’après  de  Laterrière,  suivant  les  différentes  grandeurs  : 


630 


LIT.  —  LIT  ORDINAIRE. 


0“,60  ■1»,40  ^'‘jSOO 

O",  70  1”,85  8^500 

0“,80  1“,85  10“  » 

O»  ,90  »  12“  s 

1»,00  »  14“  » 

I-.IO  »  15“  » 

1=,20  3>  17“  s 


Au  bout  de  deux  ans  le  matelas  doit  être  battu  et  non  cardé  ;  le  battage 
sufbt  en  effet  pour  rendre  à  la  laine  son  élasticité  première,  si  cette  opé¬ 
ration  est  bien  faite  ;  le  cardage  à  la  main,  mais  surtout  à  la  mécanique,  a 
pour  résultat  final  de  rompre  les  brins  et  de  briser  à  jamais  leur  ressort. 

Dans  les  régions  froides,  le  lit  comprend  encore  des  coussins  de  plumes, 
duvets  ou  édredons.  Ces  couches  parfaitement  isolantes  ne  devraient  jamais 
remplacer  le  matelas  proprement  dit,  parce  qu’elles  s’opposent  à  toute 
évaporation  de  la  sueur,  et  maintiennent  le  corps  dans  une  atmosphère  sa¬ 
turée  d’humidité.  Leur  place  est  au-dessus  des  couvertures,  à  la  partie 
inférieure  du  lit,  de  manière  à  recouvrir  seulement  la  seconde  moitié  du 
corps.  Les  meilleures  plumes  doivent  être  parfaitement  épurées  à  la  vapeur, 
vives,  c’est-à-dire  prises  comme  la  laine  sur  des  animaux  vivants  ou  dans 
les  nids  des  eiders.  Les  duvets  de  cygne  ne  servent  pas  à  la  literie.  Les 
■édredons  véritables  ont  un  développement  énorme  et  font  éprouver,  quand 
on  désagrège  les  plumes,  la  sensation  d’une  déchirure  d’étoffe  légère. 
Quant  aux  plumes  simples,  les  meilleures  viennent  de  la  Bresse  et  du  Mans. 

Le  prix  de  la  laine,  du  crin  et  des  plumes  étant  assez  élevé,  il  était  na¬ 
turel  de  rechercher  d’autres  matières  qui  puissent  les  remplacer.  Les  es¬ 
sais  de  ee  genre  ns  datent  pas  d’aujourd’hui,  car  au  moyen-âge  les  cosses 
de  pois  desséchées  (Bulletin  monum.  du  Comit.  hisL,  janv.1851),  leglui, 
grosse  paille  de  seigle,  le  feurre  ou  fouarre,  la  paille  de  maïs,  servaient  à 
la  fabrication  des  paillasses.  Plus  tard  les  zostères,  les  mousses  moelleuses, 
les  varechs,  la  walsdvolle  ou  laine  des  bois  ont  été  successivement  employés. 
Cette  dernière  substance,  qui  n’est  autre  que  la  partie  textile  de  la  feuille 
du  pin  sylvestre  débarrassée  de  substances  résineuses,  a  été  expérimentée 
au  grand  hôpital  de  Vienne  et  a  permis  de  constater  qu’un  matelas  de 
laine  de  pin  coûtait  moins  au  bout  de  5  ans  qu’une  paillasse  où  l’on  doit 
remettre  chaque  année  deux  livres  de  paille  fraîche.  Cette  laine  végétale 
chasse  les  insectes  par  son  odeur  résineuse  ;  elle  présente  donc  des  avan¬ 
tages  sérieux,  et  peut-être  les  populations  des  Landes  et  de  la  Sologne  y 
trouveraient- elles  une  manière  d’utiliser  leurs  vastes  plantations  de  coni¬ 
fères. 

Dans  les  hôpitaux  militaires,  l’administration  de  la  guerre  emploie, 
pour  remplacer  en  partie  le  crin  animal,  différentes  espèces  dites  crin 
végétal.  Les  unes  sont  des  variétés  de  joncs  desséchés,  tordus  et  jouis¬ 
sant  d’une  certaine  élasticité  sans  produire  de  poussière  ;  les  autres  appar¬ 
tiennent  aux  palmiers  d’Algérie  et  forment  une  garniture  moins  élastique, 
trop  mélangée  de  parties  inertes,  trop  facilement  réductible  en  petits 
fragments  sans  élasticité. 


631 


LIT.  —  LITS  d’hôpital. 

L’exposition  d’économie  domestique  spéciale  de  l’Enfance  (Paris  1874) 
a  décerné  une  grande  médaille  à  un  chimiste  d’une  fabrique  d’Arles, 
Cristin,  pour  les  résultats  qu’il  a  obtenus  en  traitant  les  algues  (Phy- 
cées)  par  l’acide  chlorhydrique.  Ces  plantes,  qui  abondent  dans  tous  les 
étangs  salés  de  la  Méditerranée,  sont  ainsi  débarrassées  de  la  chlorophylle 
etdu  carbonate  de  chaux,  et  il  n’en  reste  que  le  ligneux,  renfermant  encore 
une  petite  quantité  d’iodures,  bromures  et  chlorures.  Ce  produit,  d’un 
prix  très-inférieur  à  celui  du  crin  animal,  est  imputrescible,  éloigneles  in¬ 
sectes  et  possède  certaines  qualités  élastiques.  La  mousse  de  Méditerranée 
est  le  premier  degré  de  la  transformation  des  Fucus,  et  n’est  employée 
que  pour  l’emballage  et  les  meubles  grossiers.  Mais  le  crin  de  mer  jouit 
réellement  d’une  élasticité  qui  résiste  aux  plus  fortes  pressions  :  crépitant 
sous  la  main  comme  le  crin  animal,  il  exhale  une  légère  odeur  marine  et 
ne  doit  laisser  après  un  frottement  prolongé  aucune  poussière. 

Placés  entre  deux  couches  delaine,  ces  derniers  produits  nous  semblent 
donc  pouvoir  remplacer  le  crin  animal  et  surtout  constituer  d’excellentes 
paillasses.  Cependant  il  faut  bien  savoir  que  le  défaut  principal  de  toutes 
ces  productions  similaires  du  crin,  est  de  s’affaisser  complètement  quand 
elles  sont  mouillées,  pour  redevenir  élastiques,  il  est  vrai,  quand  elles  se 
sèchent  de  nouveau  ;  mais  il  en  résulte  que  dans  les  lits  d’hôpitaux,  les 
varechs  ne  doivent  occuper  que  la  matelassure  ou  la  partie  médiane  du 
matelas,  le  crin  restant  toujours  aux  parties  externes  exposées  à  être 
mouillées. 

Lits  d’hôpital.  —  Les  meilleures  conditions  du  lit  d’hôpital  seraient 
assurément  réalisées  par  la  composition  du  lit  ordinaire  de  famille,  si  le 
milieu  nosocomial  n’imposait  à  l’hygiéniste  des  obligations  spéciales  : 
Économie,  solidité  des  matériaux,  facilité  d’accès  et  de  surveillance,  d’en¬ 
tretien  et  de  nettoyage,  aération  et,  avant  tout,  confortable  pour  le  ma¬ 
lade;  telles  sont  les  qualités  à  rechercher. 

S’il  paraît  douteux  que  des  lits  à  étages  superposés  aient  existé  dans  les 
salles  de  l’Hôtel-Dieu  de  Paris  et  si  ce  fait  n’a  pu  se  produire  qu’en  1752, 
les  lettres  patentes  de  François  1"  (14  mars  1515)  nous  apprennent  ce¬ 
pendant  que  l’Hôtel-Dieu  ne  possédait  alors  que  303  lits.  Les  100  lits 
donnés  par  le  cardinal  Duprat  en  1520  étaient  en  bois,  de  6  pieds  de 
long  sur  4  de  large,  et  munis  d’un  ais  au  chevet,  de  6  pouces  de  large, 
et  d’une  petite  forme  (banc)  de  6  pieds  de  long,  où  les  malades  se  repo¬ 
saient  en  attendant  leur  tour  de  sommeil. 

Vers  1700,  les  montants  sont  installés  avec  des  rideaux  sur  ciel  plein; 
en  1781,  Louis  XVI  défend  de  coucher  plus  de  deux  malades  dans  un  lit  et 
une  cloison  doit  les  séparer.  Plus  tard,  des  dimensions  plus  larges  sont  ré¬ 
clamées  et  obtenues  par  les  médecins  de  l’Hôtel-Dieu,  et  les  ciels  de 
tous  les  lits  seront  garnis  d’une  forte  traverse  à  l’effet  d’y  attacher 
solidement  la  corde  servant  aux  malades  pour  se  soulever  (Délibération 
du  bureau  de  l’Hôtel-Dieu,  des  17  mars,  6  avril,  12  août,  16  mai,  1“  juin 
1781). 

D’après  les  prescriptions  du  règlement  actuel  de  l’assistance  publique. 


632 


LIT.  -  LITS  d’hôpital. 


chaque  lit  comporte  :  1  lit  en  fer,  2  couvertures,  2  matelas,  2  oreillers, 
i  sommier  élastique  (ou  une  paillasse  à  défaut  de  sommier),  1  traversin, 
16  alèzes,  16  draps,  2  housses  ou  garnitures  de  lit,  10  laies  d’oreillers, 
14  chemises,  1  serviette  de  bain. 

L’Assistance,  qui  comptait  en  1802  plus  de  15,000  lits,  n’avait  que  de 
rares  montures  en  fer  et  chaque  année  les  soins  pour  renouveler  le  mobi¬ 
lier  se  bornaient  à  des  peintures.  En  1862,  l’administration  possédait 
17,090  lits  en  fer  sur  19,602  et  7,502  sommiers  :  ce  chiffre  est  encore 
aujourd’hui  de  beaucoup  augmenté. 

Pour  arriver  à  une  propreté  satisfaisante,  tous  les  essais  ont  rapidement 
démontré  que  le  fer  seul  devait  entrer  dans  la  structure  du  lit.  Les  arma¬ 
tures  seront  donc  disposées  de  façon  à  pouvoir  se  démonter  aisément  pour 
être  débarrassées  de  tous  les  insectes  qui  habitent  les  lames  élastisques 
du  treillage  inférieur.  Celles-ci  devraient  même  être  supprimées  et  rem¬ 
placées  par  un  cadre  sur  lequel  reposerait  le  châssis  du  sommier.  Sur  un 
lit  constitué  de  cette  façon,  en  appliquant  chaque  année  une  couche  de 
peinture  nouvelle,  la  propreté  est  irréprochable.  La  couleur  vert  clair  pa¬ 
raît  être  celle  qui  convient  le  mieux  à  l’aspect  de  la  salle,  en  laissant  sur¬ 
veiller  l’apparition  des  parasites. 

Chaque  lit  porte  au  chevet  une  petite  planchette  en  bois  ou  en  fer  où  ’ 
le  malade  peut  déposer  quelques  objets  personnels  et  les  médicaments. 
Cette  disposition  est  assurément  vicieuse,  car  la  planchette  est  souvent 
encombrée  de  vivres  et  de  poussière  ;  mais  il  faut  songer  que,  dans  la 
salle  commune,  ce  court  espace  au  chevet  du  malade  est  le  seul  qui  lui 
appartienne  en  propre. 

Dans  les  hospices  de  la  Vieillesse  et  des  Femmes,  il  existe  sous  le  lit,  à  la 
traverse  inférieure,  un  tiroir  en  tôle  qui  remplace  les  armoires,  les  malles 
et  les  caisses  particulières,  source  d’encombrement  et  de  malpropreté. 

Les  montants  du  lit  forment  en  général  un  cadre  supérieur  muni  d’une 
traverse  solide  avec  une  corde  pendant  à  hauteur  des  bras  du  malade.  Cet 
appendice,  très-ancien  dans  la  structure  du  lit  d’hôpital,  est  un  auxi¬ 
liaire  d’une  si  grande  utilité  qu’il  doit  être  fixé  au  plafond  même  de  la 
salle,  si  le  lit  ne  porte  pas  de  cadre  supérieur. 

Nous  n’avons  rien  à  dire  de  la  literie  proprement  dite,  qui  doit  se  com¬ 
poser  de  matelas,  de  draps  et  de  couvertures  dans  les  conditions  que  nous 
avons  indiquées  plus  haut. 

Les  édredons  introduits  à  l’Hôtel-Dieu  de  Paris,  par  la  généreuse  initia¬ 
tive  de  Mme  V®  Remy,  ont  été  généralisés,  malgré  l’immense  inconvé¬ 
nient  de  l’absorption  des  gaz  par  la  plume. 

Il  n’est  peut-être  pas  inutile,  à  ce  propos,  de  faire  connaître  le  pouvoir 
absorbant  sur  les  gaz  infects  des  divers  matériaux  qui  entrent  dans  la  com¬ 
position  du  lit  d’hôpital.  Ramon  Torrès  Munoz  yLunalesa  classés  ainsi  : 


Gutta-percha .  0 

Paille  de  maïs. . .  i 

Paille  ordinaire  et  de  maïs .  2 

Paille  de  froment  et  d’orge .  5 

Drap  de  fil .  4 


Drap  de  coton.  . . .  .  5 

Couverture  de  coton .  7 

—  de  laine .  8 

Plumes .  9 

Laine . 10 


LIT.  —  LITS  d’hôpital.  655 

Il  en  résulte  donc  qu’il  faut,  dans  le  milieu  des  hôpitaux,  diminuer  au¬ 
tant  que  possible  ces  surfaces  d’absorption  pour  les  émanations  putrides 
si  abondantes,  et  à  ce  titre  déjà  les  rideaux  devraient  être  sacrifiés. 

Cette  question  est  loin  cependant  d’être  résolue  :  naguère  elle  soulevait 
encore  une  discussion  académique  (1862,  1865,  Sociélé  de  chirurgie). 

Tenon,  tout  en  reconnaissant  l’obstacle  que  mettent  les  rideaux  de 
laine  à  la  bonne  aération  d’une  salle,  demande  néanmoins  leur  maintien 
pour  les  enfants  et  les  femmes.  Il  va  même  jusqu’à  attribuer  la  mortalité 
plus  grande  des  enfants  aux  refroidissements  contractés  par  les  poitrines 
délicates  dans  des  lits  sans  rideaux.  Selon  lui,  l’assistance  publique  de¬ 
vrait  adopter  des  rideaux  de  forte  toile  ou  verte  ou  rembrunie,  susceptible 
d’être  lavée. 

Dès  1814,  Pastoret  nous  montre  en  effet  l’Hôtel-Dieu,  la  Pitié,  la  Cha¬ 
rité,  Necker,  Beaujon,  la  Salpétrière  ayant  des  lits  à  rideaux  blancs  en 
été  et  bleus  pour  l’hiver,  quelquefois  ouverts  en  dessus  (Beaujon). 

Raige  Delorme  accepte  l’opinion  de  Tenon  sur  la  nécessité  des  rideaux, 
qu’il  considère  comme  convenables  sous  le  rapport  de  la  décence,  favora¬ 
bles  au  repos  et  au  sommeil,  abritant  des  refroidissements,  isolant  les  ma¬ 
lades  du  spectacle  de  l’agonie  et  de  la  mort.  Bonnafont,  Trélat,  à  l’acadé¬ 
mie  et  à  la  société  de  chirurgie,  tout  en  acceptant  lés  motifs  moraux, 
pensent  qu’on  pourrait  y  satisfaire  par  des  paravents  mobiles,  sans  créer 
des  réceptacles  de  poussières  impures,  obstacles  à  la  libre  circulation  de 
fair,  à  la  surveillance,  et  cachant  ce  qu’on  ne  peut  empêcher.  La  Société 
de  Chirurgie  formulait  ainsi,  en  1865,  son  opinion  ;  le  mobilier  des  salles 
ne  doit  apporter  aucune  gêne  à  l’aération.  II  est  nécessaire  que  les  chefs 
de  service  aient  le  droit  de  faire  supprimer  les  rideaux  du  lit,  lorsqu’ils  le 
jugent  nécessaire. 

L.  F.  Riegler  a  longuement  étudié  l’opportunité  des  rideaux  en  mon¬ 
trant  comment  elle  avait  été  jugée  dans  certains  hôpitaux  d’Outre- 
Rhin. 

A  l’hôpital  militaire  de  Dresde,  à  la  Charité  de  Berlin,  des  paravents 
servent  à  isoler  momentanément  certains  malades.  Les  frèrè's  de  la  Cha¬ 
rité  de  Lintz,  pour  protéger  certains  lils  des  courants  d’air,  placent  quel¬ 
ques  planches  sur  les  côtés  du  lit. 

A  Munich,  après  avoir  dans  de  premiers  essais  séparé  les  lits  par  des 
cloisons  basses  et  légères  qui  permettaient  la  surveillance,  le  système  des 
paravents  a  été  généralisé. 

A  la  maison  de  santé  d’Amsterdam,  les  lits  sont  entourés  d’un  baldaquin 
élevé. 

A  Anvers,  à  la  Charité  de  Berlin  pour  certaines  salles,  à  Saint-Jean  de 
Bruxelles,  à  la  maison  de  Santé  de  Bamberg,  à  l’Hôpital  des  Fatebene 
Fratelli,  de  Milan,  une  tige  demi-circulaire  avance  sur  la  moitié  du  lit  et 
permet  soit  de  le  couvrir  complètement,  soit  de  l’entourer  en  partie,  dis¬ 
position  assurément  bien  préférable  aux  cadres  avec  leur  garniture  double 
en  haut  et  leurs  6  rideaux. 

Dans  la  division  des  malades  de  la  maison  de  Greenwich,  une  tringle 


D’HÔPITAt. 


634  LIT.  —  LITS 

médiane  parcourt  toute  la  longueur  du  lit,  en  flèche,  et  soutient  les  ri¬ 
deaux  tombant  de  chaque  côté. 

A  l’hôpital  du  Saint-Esprit  de  Hambourg,  de  Chelsea  à  Londres,  les  lits 
sont  séparés  par  des  cloisons  en  planche  de  6  pieds  de  haut.  A  Hambourg, 
auxFrancs-Maçons,J|fs  supports  sont  fixés  non  pas  au  plafond,  mais  au  pied 
du  lit  même.  A  Middlesex-Hospital,  tous  les  supports  partent  d’une  tige 
commune  qui  traverse  touîe  la  salle. 

En  France,  dans  les  hôpitaux  des  grandes  villes,  le  modèle  de  l’Assistance 
publique  de  Paris,  avec  les  cadres  et  rideaux,  a  été  généralement  accepté; 
mais  par  une  bizarre  exception  aux  vœux  de  Tenon,  le  lit  sans  montants 
et  sans  rideaux  n’est  cependant  en  «sage  que  pour  les  sections  d’enfants, 
à  Lourcine,  au  Midi,  partout  où  la  surveillance  doit'^^être  embrassée  du 
premier  regard.  En  vérité,  il  n’y  a  pas  lieu  de  craindre  les  refroidisse¬ 
ments  dus  à  la  libre  circulation  de  l’air  en  l’absence  des  rideaux.  Dans  les 
hôpitaux  militaires,  ce  complément  du  lit  a  été  jiigé  non-seulement  inu¬ 
tile,  mais  encore  dangereux.  Jamais  une  plainte  ne  s’est  élevée  contre  les 
dangers  d’un  froid  trop  vif,  même  dans  les  salles  de  fiévreux. 

Quand,  dans  ces  hôpitau:|,  l’autorité  du  médecin  militaire  peùt  arriver 
à  régler  l’hygiène  de  la  salle  (ce  q,ui  est  rare),  les  lits  sont  balayés  toute 
la  journée  par  courant  d’air  traversant  directement  la  salle  sur  deux 
faces  parallèles ,  çt  par  ce  moyen  les  hôpitaux  militaires  de  Paris,  le 
Val-de-Grâce  su*tout,  arrivent  à  diminuer  d’une  manière  remarquable 
la  mortalité  de  leurs  blessés.  „ 

Nous  n’hésitons  point  dès  lors  à  rejeter  de  la  façon  la  plus  absolue 
les  rideaux  dans  les  salles  d’hommes  ou  de  femmes.  Us  sont  inutiles,  car 
les  spectacles  douloureux  de  l’hôpital  ne  sont  point  voilés  par  cet  abri 
momentané.  La  misère  ei  la^ nécessité  font  vite  tomber  les  premières  hési¬ 
tations  de  la  vie  en  commun,  sans  qu’il  en  résulte  rien  de  regrettable  pour 
la  morale.  Pour  le  bon  ordre,  le  libre  accès  aux  regards  de  tous  restera 
toujours  le  meilleur  moyen  de  surveillance  des  salles,  et  un  puissant 
aiguillon  pom*  le  zèle  des  gens  de  service. 

Les  rideaux  sont  dai^ereux  parce  que,  comme  le  démontrent  les  recher¬ 
ches  de  Torrès  Mu  nos  y  Luna,  les  étoffes  de  coton  absorbent  activement 
les  gaz  qui  se  dégagent  des  plaies  en  suppuration  et  créent,  malgré  toute 
l'aération  diurne,  une  mmosphère  chargée  d’infection  pour  la  nuit.  Or 
l’infection  purulente,  l’érysipèle,  qui  rendent  à  certains  moments  toute 
opération  impossible,  ^e  peuvent  être  mis  en  parallèle  avec  des  scru¬ 
pules  nés  dans  l’esprit  de  moralistes  exagérés  sans  être  partagés  par  les 
■  malades  eux-mêmes,  r 

Disposition  des  lits.  —  La  disposition  des  lits  dans  les  salles  n’importe 
pas  moins  à  l’hygiène  des  malades  que  la  constitution  propre  de  la  couche. 

Dans  l’ancieq,  Hôtel-Dieu  de  Paris,  les  lits  étaient  disposés,  le  grand 
côté  parallèle  au  mur  et  séparé  de  celui-ci  par  la  ruelle.  Certains  hôpi¬ 
taux  de  province  ont  encore  conservé  cette  disposition  :  alors,  si  la  partie 
du  lit  qui  touche  au  mur  est  recouverte  d’une  boiserie  continue,  si  les 
ruelles  sont  isolées  pour  chaque  lit  et  bien  aérées,  il  en  résulte  autant 


LIT.  —  UTs  d’hôpita.l.  635 

de  petites  chambres,  agréables  pour  les  malades  et  compatibles  avec  la 
bonne  hygiène  de  la  salle. 

Viollet-le-Duc  a  retracé  la  disposition  des  lits  à  l’hôpital  de  Tonnerre  au 
onzième  siècle.  Au  moyen-âge,  le  lit  était  disposé  perpendiculairement  au 
mur  et  isolé  de  la  salle,  moitié  par  une  cloison  en*bois,  moitié  par  des 
rideaux.  Une  autre  cloison  le  séparait  du  lit  voisin.  Ces  lits  à  colonnes 
possédaient  une  alcôve,  où  la  surveillance  des  sœurs  s’exerçait  par  une 
galerie  supérieure  à  hauteur  des  fenêtres. 

Au  quinzième  siècle,  à  l’Hôtel-Dieu,  les  rangées  de  lits  étaient  multi¬ 
pliées  et  empiétaient  sur  le  couloir  central.  Tenon  s’élevait,  en  1 788,  contre 
la  disposition  de  ces  files  parallèles  au  mur,  laissant  des  ruelles  obscures, 
privées  desurveillance,  et  où  se  glissaient  des  personnes  de  mauvaise  vie. 
Il  réclamait  des  salles  de  25  pieds  de  large  :  13  pieds  pour  les  lits  et  la 
ruelle,  12  pour  le  passage  et  le  nettoyage. 

Nous  n’avons  pas  à  étudier  ici  les  salles  mêmes,  ni  leur  aération 
(!)0î/.  Hôpital)  ;  mais  il  faut  cependant  reconnaître  fies  progrès  considé¬ 
rables  réalisés  dans  l’hygiène  hospitalière,  dans  la  disposition,  l’aération 
et  la  structure  des  lits  d’hôpitaux.  Qu’on  se  uappelle  les  malades  couchés 
dans  les  grands  lits,  alternativement,  l’un  en  haut,  l’autre  en  bas,  à  6 
pour  chaque  lit  ;  il  fallait,  par  conséquent,  au  moins  18  pouces  de  lar¬ 
geur  à  chaque  personne,  pour  reposer  sur  le  dos,  c’est-^à-dire  108  pouces 
pour  les  6;  or,  ces  lits  n’en  avaient  que  52.  La  température  de  ces  dor¬ 
toirs,  d’après  Tenon,  était  insupportable.  La  paillasse,  les  lits  de  plume, 
les  bassins  constituaient  des  foyers  d’insectes  et  de  mauvaises  odeurs. 

A  Vienne,  de  nos  jours,  les  femmes  enceintes  couchent  encore  deux 
ensemble,  en  attendant  leur  tour  de  souffrance. 

Actuellement,  dans  les  hôpitaux  de  Paris,  l’espacement  dépasse  trois 
pieds,  et  la  moyenne  est  de  1“10. 

Voici,  d’après  Husson,  le  tableau  de  ces  intervalles  : 


Hôpital  des  cliniques .  2“,16 

Maison  d’accouchement .  l’“,52 

lariboisière . 

Charité .  1“‘,45 

Hôtel-Dieu .  1»,27 

Beaujon . 1”,19 


Necker. .  1“,17 

Midi .  0».97 

Saint-Antoine .  0".85 

Cochin.  .  . . 0’»,80 

Saint-Louis.  0“,70 

Lourcine.  . .  O", 57 


En  général,  dans  les  hôpitaux  de  Paris,  il  n’existe  que  deux  rangées  de 
lits,  qui  sont  adossés  au  mur  :  disposition  qui  est  loin  d’être  adoptée 
dans  les  hôpitaux  d’Angleterre. 

Ces  intervalles  sont,  il  est  vrai,  souvent  susceptibles  d’être  diminués,  et 
en  cas  d’urgence,  le  nombre  de  malades  est  assurément  augmenté,  une 
troisième  rangée  centrale  est  installée  ;  mais  ces  circonstances  forment 
l’exception.  On  ne  saurait  trop  insister  sur  cette  disposition  du  lit  d’hô¬ 
pital,  parce  que  tous  les  médecins  ont  reconnu  combien  il  importait  aux 
guérisons  des  blessés,  de  ne  point  dépasser  un  certain  chiffre,  au  delà  du- 
(piel  apparaissent,  d’une  façon  certaine  et  mathématique,  l’érysipèle,  l’in¬ 
fection  purulente  et  putride,  la  gangrène,la  pourriture  d’hôpital. 


636 


LIT.  — 


LITS  d’iIÔPITAL. 

L’orientation  du  lit  doit  être  assurément  prise  en  considération.  Te¬ 
non  avait  remarqué  que  les  fracturés  regardant  toujours  la  lumière, 
il  fallait  faire  arriver  le  jour  directement  au-dessous  ou  en  face  du 
blessé,  pour  éviter  tout  déplacement  latéral.  Gosselin  cite  les  cas  de 
deux  fractures  placées  dans  un  endroit  obscur  de  la  salle,  et  dont  les  cals 
ne  pouvaient  se  consolider  ;  la  guérison  se  fit  dans  le  temps  habituel,  en 
les  plaçant  au  soleil.  Toutefois,  ces  détails  ne  sauraient  influer  sur  la 
grande  cause  de  l’agglomération,  bien  plus  puissante  dans  ses  effets,  et 
un  blessé  seul  dans  une  salle  peu  confortable  évitera  plus  sûrement  la 
mort,  que  dans  un  palais  encombré.  La  mortalité  qui  régnait  au  début 
dans  les  salles  si  belles,  mais  trop  peuplées,  de  Lariboisière,  est  la  confir¬ 
mation  la  plus  évidente  de  cette  vérité. 

En  dehors  des  principes  généraux  que  nous  venons  d’énoncer,  chaque 
pays  apporte  dans  la  construction  des  lits  d’hôpital,  certaines  modifica¬ 
tions  concordant  avec  les  usages  de  la  nation  et  le  climat. 

Sarazin  nous  apprend  qu’à  Londres,  à  l’hôpital  Saint-Georges,  les  lits 
sont  en  fer  et  très-bas,  composés  d’une  sangle  bien  tendue,  recevant  un 
matelas  de  crin  piqué,  un  traversin  de  plume,  des  draps  et  des  couver¬ 
tures;  le  tout  n’excédant  pas  15  ou  20  centimètres  d’ épaisseur.  Il  n’esisle 
pas  de  rideau,  mais  une  espèce  d’abat-jour  en  demi-cercle  qui  recouvre  la 
tête  de  quelques  lits.  C’est  un  mode  de  couchage  qui,  bien  qu’un  peu 
dur,  est  accepté  des  .classes  nécessiteuses  et  même  dans  les  familles 
bourgeoises  ;  cette  dureté  du  lit  est  favorable  aux  services  de  chirurgie. 
Pour  le  traitement  des  fractures  et  le  décubitus  prolongé,  les  hôpitaux 
anglais  se  servent  de  matelas  en  caoutchouc. 

A  Zurich,  l’administration  a  préféré,  après  de  «  mûres  réflexions,  aies 
lits  en  bois  peints  à  l’huile,  dont  les  planches  de  côté,  fixées  par  des 
crampons,  sont  à  trois  centimètres  de  la  charpente  du  lit,  disposition 
qui  aurait,  dit-on,  suffi  pour  éloigner  les  insectes,  rares,  il  est  vrai,  dans 
les  habitations  particulières.  Les  lits  comprennent,  outre  le  matériel  or¬ 
dinaire,  un  édredon,  une  tablette  pour  les  effets  des  malades,  et  ne  sont 
lavés  qu’une  fois  l’an. 

L’hôpital  du  Saint-Esprit,  de  Francfort-sur-le-Mein,  a  conservé  les  lits 
en  bois,  une  expérience  de  plusieurs  années  ayant  démontré,  dit-on,  cer¬ 
tains  avantages  sur  lés  lits  en  fer. 

De  même,  d’après  Ed.  Meyer,  à  l’hôpital  de  Venise,  on  a  rejeté  l’em¬ 
ploi  des  lits  en  fer  pour  les  litsjen  bois  peints  en  blanc  :  et  pour  les  nou¬ 
veau-nés,  le  berceau  a  été  remplacé  par  un  petit  lit.  Les  aliénés,  les  fous 
furieux,  les  épileptiques  ont  des  lits  en  chêne  fixés  au  sol  et  soigneuse¬ 
ment  rembourrés. 

A  Munich,  les  lits  sont  en  bois  peints  en  brun  clair  pour  les  salles 
d’accouchement,  sans  rideau  et  sans  alcôves.  Thorr  qui  s’est  occupé  de 
l’organisation  de  la  maison  de  santé  générale  de  Munich,  a  rejeté  très- 
nettement  les  paravents,  les  rideaux  et  des  cloisons  comme  nuisibles  aux 
malades,  et  gênant  pour  les  visites  et  le  service. 

A  Berlin,  cependant,  tous  les  lits  sontenfer,  à  l’hôpital  des  Diaconesses, 


LIT. 


SPÉCIAUX. 


637 


à  Béthanie,  et  sont  susceptibles  de  recevoir  un  cadre  mécanique.  Les  oreil¬ 
lers  et  les  édredons  ne  sont  donnés  que  sur  la  demande  spéciale  du  médecin. 

11  résulte  de  ces  documents  que,  dans  certaines  régions  froides,  où  les 
insectes  sont  rares,  si  le  bois,  très-abondant  dans  l’industrie,  a  pu  l’em¬ 
porter  sur  le  fer,  tous  ces  hôpitaux  étrangers  n’acceptent  que  difficile-  • 
ment  les  rideaux,  et  disposent  les  malades  dans  des  conditions  d’aéra¬ 
tion  analogues  à  celles  des  hôpitaux  de  Paris,  souvent  même  inférieures. 

Lits  spéciaux.  — ^  En  dehors  des  conditions  générales  de  l’hygiène 
hospitalière,  certaines  maladies  réclament  des  dispositions  spéciales  dans 
le  décubitus,  soit  pour  éviter  la  formation  d’eschares  aux  parties  déclives, 
soit  pour  maintenir  la  propreté,  soit  enfin  pour  coopérer  au  traitement 
d’affections  chirurgicales,  et  constituer  de  véritables  méthodes  thérapeu¬ 
tiques  ;  ces  desiderataiiiont  de  tout  temps  attiré  l’attention  des  médecins, 
et  personne  n’ignore  au’Hippocrate  mérita  le  premier  le  nom  de  clini- 
üen  :  il  donne,  en  effet,  la  description  du  Lectum  ddrurgicum.  Plutarque 
lui-même  a  fourni  les  indications  du  lit  réservé  aux  ophthalmies  :  «  De 
oculis  ægriinumbra  poilus  quam  in  luce  continendis.  «Triller  a  recherché 
avec  patience  tous  les  ^éceptes  fournis  par  les  anciens  à  ce  sujet.  Son 
ouvrage,  modèle  de  l’aiitique  érudition,  comprend  trois  sections  :  1“  de 
diversis  veterum  leciis;  2“  de  diversis  ægrotorum  lectis;  5“  speciosissima 
et  completissima  de  diversis  ægrotorum  lectis.  Il  n’a  pas  étudié  moins  de 
vingt-cinq  lits  pour  les  phrénétiques,  les  léthargiques,  les  comateux,  les 
pleurétiques,  les  pneumoniques,  les  gonorrhéiques,  les  impuissants. 

La  structure  du  lit  des  accouchées  est  déjà  formulée  dans  Aetius,  So- 
ranus  et  Celse. 

Gaujot  et  Spillmann  ont  donné  l’historique  et  la  description  métho¬ 
dique  de  toutes  les  variétés  de  lits  répondant  aux  différents  besoins  que 
nous  venons  de  mentionner,  et  nous  renvoyons  à  leur  ouvrage,  si  complet 
et  si  précis,  le  lecteur  désireux  de  suivre  les  progrès  successifs  réalisés 
dans  l’organisation  du  lit  véritablement  médical. 

Sans  rien  changer,  ni  ajouter  à  la  charpente  du  lit,  il  fallait  pour  des 
malades  condamnés  à  un  repos  permanent  et  prolongé,  trouver  des  ma¬ 
telas  d’une  élasticité  plus  uniforme  et  plus  résistante,  les  simples  moyens 
de  soulagement  ne  permettant  pas  de  déplacer,  soulever,  ou  incliner  les 
blessés.  Delà  sont  nés  les  lits  et  fauteuils  mécaniques.  Enfin,  pour  quelques 
fractures  et  certaines  maladies  de  la  colonne  vertébrale,  il  a  paru  possible 
etutile  d’agir  au  moyen  du  lit  même  {lits  chirurgicaux,  lits  orthopédiques). 

Moyens  de  soulagement.  —  Fléchelle  a  proposé  de  diviser  le  matelas 
ordinaire  en  quatre  parties  égales,  par  deux  sections  perpendiculaires, 
chaque  fragment  se  rattachant  au  voisin  par  des  lanières  de  cuir.  Ce  sys¬ 
tème  permet  d’enlever  une  partie  isolée  et  devenue  malpropre;  mais 
comme  les  divisions  se  trouvent  précisément  au  centre  sous  le  bassin,  les 
quatre  parties  sont  souvent  toutes  mouillées  ensemble.  Si  le  malade  n’est 
point  d’une  obésité  qui  rend  le  déplacement  difficile,  il  est  plus  simple  de 
le  glisser  sur  un  autre  lit.  Braun  ménageait  au  centre  du  lit  une  ouver¬ 
ture  dans  la  paillasse,  pour  les  garde-robes,  remplaçait  le  matelas  par 


6S8 


LIT.  — 


SPÉCIAUX. 


une  vingtaine  de  rouleaux  en  crin,  susceptibles  de  se  retirer  isolément. 

C’est  surtout  dans  la  structure  même  du  matelas  qu’il  faut  apporter 
des  modifications  pour  éviter  les  pressions  et  les  eschares  sur  le  sacrum 
et  répartir  le  poids  du  corps  sur  toute  la  surface  postérieure,  en  con- 
•tactavec  la  couche.  Les  Romains  avaient  déjà  des  coussins  d’air  {follis), 
dont  ils  avaient  reconnu  la  plus  uniforme  élasticité,  et  c’est  assurément 
sous  l’inspiration  de  souvenirs  littéraires  que  Nélaton  improvisa  un  petit 
matelas  constitué  par  six  vessies  de  porc  gonflées  d’air,  et  légèrement  hu¬ 
mides.  Ce  moyen  ne  pouvait  être  que  provisoire,  car  les  membranes  or¬ 
ganiques  perdent  l’air,  et  se  putréfient  rapidement  dans  ces  conditions. 

Le  plus  grand  progrès  dans  la  confection  de  ces  matelas  uniformément 
comprimés  par  le  corps,  a  été  réalisé  par  l’emploi  du  caoutchouc  gonflé 
d’eau  {matelas  hydrostatique)  ;  c’est  Hooper,  de  I^hdres,  qui  a  fait  con¬ 
naître,  en  1846,  cette  amélioration  considérable  qu’ont  aussitôt  utilisée 
Cæsar  Hawkins,  Samuel  Wood  et  la  plupart  des  chirurgiens  anglais  (fig.  62). 


Fig.  62.  —  Matelas  hydrostatique  de  W.  Hooper.  —  Demi-inatel^  servant  de  coussin. 

L’enveloppe  de  ce  matelas  est  de  caoutchouc  vulé^nisé  foririant  une 
surface  régulièrement  sinueuse,  munie  d’une  ouverture/Centrale  avec  tube, 
pour  permettre  le  lavage  et  le  passage  du  bassin,  ou  l’écoulement  perma¬ 
nent  chez  les  gâteux.  ^ 

Il  peut  être  gonflé  d’air  ou  d’eau  ;  dans  ce  derniej  cas,  une  épaisseur 
de  6  à  7  centimètres  de  liquide  est  suffisante  pour  danner  u'ne  couche  très- 
élastique.  Si  on  ajoute  à  cet  avantage  la  possibilité^’dê’  renouveler  l’eau, 
pour  enlever  du  calorique  au  malade,  ce  qui  est  reflâü  fa^ie  par  deux  ro¬ 
binets,  on  reconnaîtra  qu’Hoopera  réellement  résolji^j^problèm^impor- 
tant  de  l’hygiène  hospitalière.  i  ^ 

Les  matelas  complets  ne  sont  pas  les  seuls  adoptés  ;  les  coussins,  les 
oreillers,  les  demi-matelas  réalisent  encore  une  économie  en  remplissant 
les  mêmes  conditions.  Si  l’élasticité  du  matelas  de  crin  paraît  suffisante 
dans  certains  cas,  les  toiles  en  caoutchouc  formant  couverture,  avec  une 
perforation  centrale,  peuvent  suppléer  les  grands  matelas  de  caoutchouc, 
assez  coûteux.  Ceux-ci,  en  outre,  il  faut  bien  le  reconnaître,  conservent 
mieux  Teau  que  l’air,  ils  sont  susceptibles  de  se  détériorer  eux-mêmes  par 
des  fissures  pour  le  caoutchouc  de  qualité  inférieure,  et  leur  réparation 


LIT.  -  LITS  SPÉCIAUX. 


659 

n’est  possible  que  dans  les  grands  centres  par  des  ouvriers  spéciaux. 
Galante  a  rendu  ces  matelas  plus  solides,  en  capitonnant  les  lames  qui 
composent  l’enveloppe  ;  elles  présentent  ainsi  des  surfaces  isolées  qui  ré¬ 
partissent  mieux  le  poids  à  supporter.  Les  tubes  destinés  à  vider  le  ma¬ 
telas  sont  remplacés  par  une  armature  à  écrou,  grâce  à  laquelle  l’opéra¬ 
tion  est  plus  rapide.  En  reportant  le  malade  sur  un  bord  du  matelas,  il 
est  aisé  de  remplir,  à  nouveau,  d’un  liquide  à  la  température  voulue  la 
cavité  laissée  libre  par  l’inclinaison  du  tronc. 

L’emploi  de  ces  appareils  en  caoutchouc  n’a  pas  toujours  paru  néces¬ 
saire  aux  constructeurs  français,  qui  ne  les  ont  pas  conservés  dans  certains 
lits  à  cadre,  et  les  remplacent  par  un  excellent  matelas  de  crin  à  ouverture 
centrale,  garnie  d’une  toile  imperméable  sur  un  large  rayon.  Du  reste, 
àns  les  affections  où  se  déclarent  des  eschares,  il  ne  faut  pas  voir  seu¬ 
lement  la  pression  comme  cause  de  ces  lésions,  mais  bien  encore  les  trou- 
Hes  trophiques  que  le  meilleur  lit  serait  impuissant  à  prévenir.  —  Voulant 
diminuer  l’action  de  la  pesanteur  sur  la  vitalité  de  la  peau  dans  le  décu¬ 
bitus,  Arnott  a  réalisé  le  problème  de  la  suspension  totale  :  dans  son  lit 
hydrostatique,  le  corps  humain  placé  sur  un  matelas  flotte  sur  une  enve¬ 
loppe  imperméable  qui  recouvre  une  cuve  garnie  d’eau,  et  de  la  grandeur 
d’un  lit  de  fer.  La  garniture  est  celle  d’un  lit  ordinaire,  dans  lequel  il 
faut  toutefois  favoriser  l’évaporation  de  la  sueur,  car  le  malade  s’échauffe 
vite  sur  cette  couche  peu  conductrice. 

Cet  appareil  très-encombrant,  ne  satisfait  qu’à  une  seule  indication  :  la 
diminution  de  la  pression  ;  les  mouvements  du  malade  y  sont  malaisés, 
et  l’eau  même  qui  remonte  le  long  de  l’enveloppe  isolante,  suffît  pour 
exercer  une  constriction  gênante  sur  la  cage  thoracique. 

Parmi  les  moyens  que  nous  avons  décrits,  les  seuls  pratiques  sont  donc 
en  réalité  les  matelas  en  caoutchouc  de  Hooper  et  Galante,  ou  plus  sim¬ 
plement  encore  un  bon  matelas  fait  de  matières  choisies,  perforé  au  centre, 
avec  une  toile  isolante. 

Quand  il  faut  panser  fréquemment  des  plaies  situées  à  la  partie  posté¬ 
rieure,  sur  un  malade  incapable  de  se  mouvoir  lui-même  et  chargé  d’em¬ 
bonpoint,  ou  porteur  d’une  fracture,  si  les  bains  sont  prescrits,  les  véri¬ 
tables  fîtemecamçMes  sont  indispensables. 

Ces  lits  mécaniques  ont  été  divisés  en  deux  classes  par  Gaujot,  suivant 
(|ue  le  cadre  est  indépendant  et  mobile  par  un  mécanisme  de  suspension, 
ou  que  le  cadre  lui-même  relié  au  lit  est  pourvu  d’un  mécanisme  de  sou¬ 
lèvement  (système  anglais).  Le  principe  dans  toutes  ces  variétés  de  lits 
est  toujours  de  placer  le  malade  sur  un  cadre  isolé  par  divers  méca¬ 
nismes  ;  mais  les  moyens  employés  ne  remplissent  pas  toutes  les  condi¬ 
tions;  les  uns,  en  effet,  se  contentent  de  soulever  le  malade  sans  pouvoir 
l’incliner  sur  un  côté,  les  autres  ne  permettent  pas  de  le  transporter  sur 
un  lit  voisin  ou  dans  une  baignoire.  Suivant  que  ces  trois  buts  seront  re¬ 
cherchés,  le  médecin  devra  s’adresser  à  l’une  des  variétés  suivantes  : 

1“  Lits  à  cadres  indépendants,  simples,  avec  poulies,  ou  avec  treuil; 

2°  Lits  à  cadres  montés  sur  le  lit. 


LIT.  — 


SPÉCIAUX. 


640 

1"  Lits  à  cadres  indépendants.  —  L’idée  pi-emière  de  Josse,  qui  plaçait 
un  brancard  en  permanence  sous  le  malade,  a  été  reprise  en  Italie  et  en 
Amérique.  Luigi  Nardo  a  disposé  un  brancard  en  quatre  sangles  sépa¬ 
rées,  qui  sont  placées  sous  le  drap  ;  elles  peuvent  recevoir  deux  barres 
longitudinales  et  deux  autres  transversales  pour  les  tendre,  et  dès  lors 
deux  hommes  lèvent  facilement  le  malade. 

Pendant  la  guerre  d’Amérique,  Hamilton  faisait  fabriquer  des  bran¬ 
cards  s’adaptant  à  la  forme  du  lit,  percés  au  centre,  et  rien  ne  devenait 
plus  facile  que  de  soulever  les  bouts  des  traverses  saillantes  ou  articulées. 

Gerdy  avait  esquissé  une  idée  très-pratique,  mise  bientôt  à  exécution 
par  Gros  (de  Dijon).  Elle  constitue  ainsi  une  véritable  ressource  pour  la 
chirurgie  de  campagne.  Un  cadre  à  chevet  mobile  est  garni  de  sangles 
agrafées  au  bois  de  ce  cadre.  Des  quatre  angles  partent  des  cordes  so¬ 
lides,  qui  vont  s’attacher  à  PS  de  deux  moufles.  Le  malade  peut  ainsi  se 
soulever  lui-même  sans  efforts. 

Si  le  mouvement  latéral  est  seul  nécessaire,  il  suffit  d’attacher  les  deux 
cordeaux  d’un  côté  du  lit.  La  seule  difficulté  est  de  bien  installer  la  poulie 
sur  une  ligne  passant  par  le  centre  de  gravité  du  malade,  et  d’éviter  la 
torsion  des  cordes  sur  les  moufles.  Avec  un  point  d’appui  solide  au  pla¬ 
fond,  sur  les  traverses  du  lit,  sur  une  corde  tendue  dans  la  chambre  aux 
deux  murs  opposés,  cette  disposition  permet  de  remplir  les  trois  indica¬ 
tions  nécessaires  ;  mobilité  latérale,  soulèvement,  translation. 

Si  le  point  d’appui  est  impossible  à  trouver,  il  faut  recourir  aux  va¬ 
riétés  de  lits  à  cadres  mobiles  avec  appareils  accessoires,  garnis  de  treuils 
ou  de  moufles.'  Martin  (1809),  Leydig  (1812),  Tober,  Daujon,  Rabiot, 
Thomas  en  ont  donné  différents  modèles. 

Leydig  installe  au-dessus  du  lit  un  cadre  supporté  par  une  potence,  et 
ce  cadre  sert  d’attaches  à  des  sangles  qui  soulèvent  le  malade  quand  les 
poulies  de  la  potence  lèvent  la  charpente  accessoire. 

Tober  passait  des  sangles  disposées  sur  un  trapèze  plus  élevé  que  le  lit, 
et  pouvant  être  enroulées  par  des  imnivelles. 

Ces  appareils  ont  été  surtout  vulgarisés  en  France  par  Daujon  (1816), 
dont  le  lit  fut  longtemps  employé  dans  les  hôpitaux. 

Un  cadre  à  sangles  isolées,  à  ouverture  centrale,  placé  sous  le  malade, 
s’accrochait  aux  barres  d’un  châssis,  et  des  manivelles  faisaient  enrouler 
les  cordes  du  fond  sanglé. 

Josse  adaptait  quatre  montants  au  lit  et  fixait  à  la  hauteur  voulue,  par 
des  clavettes,  le  brancard  en  toile  qui  garnissait  le  lit. 

Les  deux  variétés  les  plus  en  usage  actuellement  dans  les  hôpitaux  munis 
d’un  grand  matériel,  sont  les  modèles  de  Thomas  et  de  Rabiot.  Dans  le 
premier,  les  barres  longitudinales  sont  mobiles  et  en  cuivre  ;  dans  le  se¬ 
cond,  elles  sont  transversales. 

Godefroy,  de  Versailles,  prend  point  d’appui  sur  le  litmême  du  malade  : 
2  barres  parallèles  se  logent  dans  2  écrous  placés  au  pied  et  à  la  tête 
sur  les  traverses  mêmes  du  lit  :  les  sangles  qui  s’accrochent  sur  les  barres 
peuvent  s’enrouler  grâce  à  un  mécanisme  d’engrenage  adhérent  aux 


écrous.  Ce  système  est  simple,  puissant,  facilement  transportable  et  peut 
s’adapter  à  tous  les  lits. 

Le  lit  mécanique  de  Rabiot  perfectionné  par  Düpont  et  Gellé  étant  au¬ 
jourd’hui  d’un  emploi  à  peu  près  général,  nous  pensons  devoir  le  décrire 
avec  plus  de  détails. 

Le  lit  ordinaire  est  entouré  d’une  forte  charpente  composée  de  quatre 
montants  élevés,  réunis  en  bas  par  deux  traverses,  puis  en  haut  par  un 
cadre  complet.  Au-dessus  de  ce  cadre  deux  cylindres  mobiles  sont  mus 
par  un  engrenage  assez  puissant  pour  qu’une  seule  personne  puisse  sou¬ 
lever  très-aisément  les  malades  les  plus  lourds  couchés  sur  leur  cadre 
(fig.  63).  Les  sangles  transversales  sont  réunies  a  droite  et  à  gauche^par 


une  forte  corde  longitudinale,  et  chaque  corde  s’attache  par  ses  extrémités 
aux  cylindres  transverses.  Elles  forment  ainsi  un  hamac  sur  lequel  le  ma¬ 
lade  peut  être  maintenu  dans  le  bain.  L’appareil  est  muni  de  roulettes 
aux  pieds,  et  toutes  les  pièces  qui  le  constituent  peuvent  se  démonter  en 
formant  un  volume  relativement  peu  considérable,  facile  à  transporter. 

L’appareil  Dupont  peut  aussi  s’adapter  à  tous  les  lits  :  en  enroulant 
une  seule  corde  il  donne  le  mouvement  d’inclinaison;  en  les  tendant  tou¬ 
tes  les  quatre,  le  corps  entier  se  soulève  par  une  seule  personne.  Le  malade 
soulevé  sur  son  hamac,  il  sufht  de  tirer  l’appareil  au  dehors  du  lit  sur  ses 
roulettes  pour  le  placer  au  niveau  d’un  autre  lit  ou  d’une  baignoire. 

En  adaptant  au  lit  du  malade  une  rnatelassure  ou  un  cadre  à  chevalet 
mobile  percé  d’une  ouverture  centrale,  ou  un  matelas  hydrostatique,  ou 
un  sommier  pour  les  fractures,  toutes  les  conditions  d’hygiène  et  de  trai¬ 
tement  sont  réunies. 

2°  Les  cadres  reliés  au  lit  et  mobiles  par  des  treuils  ou  des  leviers,  sont 


642 


LIT. 


LITS  A  FRACTURES. 


surtout  employés  en  Angleterre.  Ces  appareils,  souvent  compliqués,  n’ont 
qu’un  but  :  soulever  le  malade,  sans  possibilité  d’inclinaison,  ni  de  dépla¬ 
cement  total. 

Crosby,  de  Manchester,  a  décrit  un  lit  d’un  mécanisme  fort  compliqué 
dans  lequel  le  cadre  reste  la  partie  fixe,  tandis  que  la  garniture,  matelas, 
paillasse,  sont  mobilisés.  Employé  en  Amérique  avec  succès  pendant  la 
guerre  de  sécession,  ce  lit  mécanique  ne  s’est  pas  généralisé  dans  nos  hô¬ 
pitaux,  où  il  nécessiterait  la  confection  de  garnitures  spéciales.  En  outre, 
les  roues  à  dents,  les  chaînes  articulées  qui  doivent  soulever  le  malade,  sont 
d’un  prix  élevé,  et  d’une  structure  difficile  à  réparer. 

Luke  reliait  plus  simplement  le  cadre  à  la  charpente  du  lit  même  par 
des  leviers  obliques;  quand  par  une  traction  les  leviers  étaient  rendus  per¬ 
pendiculaires  au  châssis,  le  cadre  et  le  lit  étaient  séparés  de  toute  la  lon¬ 
gueur  des  leviers.  C’est  ce  principe,  si  simple  et  si  puissant,  que  Hooper 


Fig.  64.  —  Lit  de  Hooper. 


(de  Londres)  adopte  dans  ses  lits  si  répandus  en  Angleterre,  et  que  Sara- 
zin  nous  a  fait  connaître  (fig.  64). 

liits  à  fractures.  —  Les  lits  à  fractures  datent  tous  d’une  époque 
antérieure  à  l’application  des  appareils  amidonnés  ou  plâtrés,  et  leur  usage 
paraît  encore  devoir  être  restreint  par  les  nouvelles  attelles  coudées,  com¬ 
binées  avec  l’hyponarthécie,  dans  le  traitement  des  fractures  du  fémur. 

Gaujot  n’a  pas  décrit  moins  d’une  dizaine  de  ces  lits  à  chevet,  plans  in¬ 
clinés,  mobiles,  flexibles  à  volonté  :  Lecat  (1741),  Guérin,  de  Montpellier 
(1742),  Rémy  (1791),  Theden  (1798),  Vaugheim-White,  Tober,  Knoll, 
Bôttcher,  Stœckel,  Benjamin  de  Rumford,  ont  successivement  modifié 
ces  lits  mécaniques,  aujourd’hui  abandonnés  parce  que  les  indications 
qu’ils  remplissent  peuvent  être  réalisées  d’une  façon  plus  simple  et  moins 
coûteuse. 


LIT.  —  LITS  A  PRACTDRES. 


645 


La  condition  essentielle,  en  effet,  dans  les  fractures  des  membres  infé¬ 
rieurs,  est  d’avoir  dans  le  lit  un  plan  uniformément  résistant,  horizontal, 
qui  maintienne  la  bonne  direction  des  fragments.  Pour  atteindre  ce  but, 
le  moyen  le  plus  simple  est  de  glisser  sous  le  matelas  quelques  planches, 
une  porte,  dont  la  surface  s’opposera  à  la  dépression  due  au  poids  du 
bassin  soit  au  centre,  soit  latéralement. 

Le  lit  à  sommier  peut  _être  insuffisant  dans  les  fractures  de  jambe. 


Fig.  65.  —  Sommier  Tucker  (80  kilog.  imitant  le  poids  du  corps  au  milieu  du  lit). 


Le  système  à  ressorts  isolés  résiste  mieux,  assurénaent,  à  la  généralisation 
du  poids  que  les  bandes  du  système  Tucker  avec  leur  articulation  des  deux 
extrémités  (fig.  65  et  66).  Celles-ci  s’incurvent,  en  effet,  sur  toute  leur 


longueur  et  forment  hamac.  Laborie,  médecin  en  chef  de  l’Asile  de  Vin- 
cennes,  a  cherché,  pour  ce  motif,  à  immobiliser  les  bandelettes  de  bois 


644 


LIT.  -  LITS  MILITAIRES. 


et  la  modification  qu’il  a  introduite  dans  ce  sommier  résout  parfaitement 
le  problème.  Les  deux  larges  pans  supérieurs  du  châssis  étant  réunis  par 
une  pièce  transversale,  l’entretoise,  il  suffit  d’amener  celte  traverse  en 
contact  avec  la  partie  inférieure  du  système,  et  de  la  fixer  par  une  cla¬ 
vette.  La  surf  me  du  sommier,  ainsi  calée,  devient  rigide  et  conserve  une 
superficie  parfaitement  plane. 

Pour  les  fractures  de  jambe,  nous  ne  voyons  pas  d’indication  nécessi¬ 
tant  un  lit  particulier  ou  ne  pouvant  être  remplie  par  les  appareils  décrits 
plus  haut  («01/.  Fractures,  t.  XV,  p.  428). 

Quant  aux  fractures  du  fémur,  les  plans  inclinés  nécessaires  à  certaines 
variétés  de  ces  lésions  seront  disposés  plus  aisément,  en  dehors  de  la 
structure  propre  du  lit,  sur  des  appareils  spéciaux.  Cependant,  pour  les 
fractures  du  col  et  de  la  partie  supérieure,  les  lits  d’Hester  et  de  Salle 
sont  quelquefois  nécessaires.  Ils  peuvent  former  deux  plans  inclinés  de 
façon  à  exercer,  par  la  jambe  et  le  tronc,  une  extension  permanente  sur 
les  fragments  du  fémur.  Hester  immobilisait  même  les  membres  inférieurs 
et  relevait  le  tronc  à  volonté  sans  imprimer  de  mouvement  au  bassin. 

Ces  appareils  n’ont  pas  cours  en  France,  où  nous  nous  servons  plus  vo¬ 
lontiers  des  grandes  gouttières  de  Bonnet  modifiées  par  des  articulations  : 
elles  assurent  l’extension,  l’immobilité  des  parties,  la  propreté,  et  grâce  à 
des  moufles  ou  des  cordes,  sont  d’un  manierhent  facile.  Les  lits  particu¬ 
liers  pour  les  fractures,  avec  plans  inclinés,  sont  donc  destinés  à  dispa¬ 
raître  de  la  pratique,  et  sont  du  reste  peu  employés,  même  dans  les  grands 
hôpitaux. 

liits  militaires.  —  Le  lit  du  soldat  varie  .suivant  la  paix  ou  la 
guerre,  à  la  caserne,  aux  camps  ou  à  l’ambulance.  .4  la  caserne,  la  four¬ 
niture  des  lits  militaires  est,  en  France,  le  privilège  d’une  Compagnie 
spéciale,  qui  doit  fournir  pour  chaque  homme  (art.  40  du  Règlement  du 
30  juin  1856)  :  un  lit  en  fer  à  deux  montants  rectangulaires  avec  pieds,  et 
des  planches;  une  paillasse  de  toile,  contenant  2  kilog.  de  paille  de  blé  re¬ 
nouvelée  tous  les  trois  mois  ;  un  matelas  composé  de  8  kilog.  de  laine 
et  2  kilog.  de  crin;  un  traversin,  d’un  kilog.  de  laine  et  300  grammes 
de  crin;  une  couverture  pour  l’été  et  une  et  demie  pour  l’hiver;  une  paire 
de  draps,  changés  tous  les  mois  :  telles  sont  les  parties  constituantes  du 
lit  réglementaire. 

La  composition  de  ce  lit  n’est  assurément  pas  mauvaise  ;  plus  d’un  ou¬ 
vrier  n’en  possède  pas  un  pareil,  et  l’hygiène  n’a  pas  à  combattre  de  vices 
radicaux  dans  cette  partie  du  confortable  des  casernes  ;  les  dangers  de 
ces  établissements  proviennent  surtout  de  la  vie  en  commun  et  de  l'en¬ 
combrement  des  chambrées.  Cependant,  tel  qu’il  est,  ce  lit  pourrait  être 
modifié,  comme  l’ont  proposé  tous  les  hygiénistesmilitaires,  en  supprimant 
la  paillasse  qui  serait  remplacée  soit  par  un  fond  de  sangle,  soitparun 
treillage  de  lames  de  fer,  soit  enfin  par  un  système  de  lattes  disposées 
comme  dans  les  sommiers  de  Tucker.  La  paillasse  est  un  nid  d’insectes,  un 
foyer  de  poussière  quotidienne,  et  de  putréfaction  même,  quand  elle  n’est 
point  renouvelée  malgré  l’humidité.  Les  varechs  de  -Cristin  trouveraient 


LIT.  —  LITS  BIIL1TAIRES.  fiiô 

ici  leur  utilité  incontestable  au  point  de  vue  de  l’absence  des  insectes,  des 
émanations  iodées,  et  de  la  conservation  du  fucus. 

En  Autriche,  en  Angleterre,  en  Allemagne,  la  charpente  du  lit  est  tou¬ 
jours  en  fer.  En  Prusse,  le  matelas  en  crin  a  remplacé  la  paillasse  depuis 
le  règlement  du  27  août  1867. 

Le  système  des  lits  a  été  lui-même  révisé  par  quelques  hygiénistes. 
G.  Moraclie,  dans  son  récent  et  remarquable  traité  d'Hygiène  militaire, 
insiste  sur  l’avantage  qui  résulterait,  au  point  de  vue  de  l’aération  des  ca¬ 
sernes,  de  l’adoption  du  système  des  hamacs  pour  le  couchage  de  la  troupe. 
Des  rangées  de  colonnes  permettraient  la  suspension  du  lit  mobile,  et  don¬ 
neraient  en  effet  une  circulation  plus  grande  dans  les  salles,  qu’il  serait 
alors  possible  de  transformer  en  lieux  d’études,  de  réunion,  etc.  Ce  sys¬ 
tème,  sur  lequel  nous  reviendrons  à  propos  des  baraquements,  est  passible 
néanmoins  de  plusieurs  objections.  Le  principal  inconvénient  serait  de 
conserver  dans  le  hamac  une  humidité  permanente  malsaine.  Il  est  bien 
certain,  en  effet,  qu’avec  la  literie  actuelle  les  draps  du  soldat  sont,  au 
moins  une  fois  par  jour,  mis  au  grand  air  au  moment  où  l’homme  fait  son 
lit.  Avec  le  hamac,  les  couvertures  et  draps  seraient  au  plus  vite  roulés 
et  placés  dans  une  enveloppe  imperméable,  puis  seraient  logés  contre  le 
mur,  c’est-à-dire  dans  un  endroit  toujours  froid  relativement  à  la  tempé¬ 
rature  de  la  salle,  et  condensant  dès  lors  l’humidité.  Si  ce  projet  a  l’avan¬ 
tage  de  favoriser  l’aération  de  la  chambre  et  de  permettre  la  transforma¬ 
tion  des  dortoirs  en  salles  d’études,  il  aurait,  à  moins  de  prescriptions 
spéciales  et  difficiles  à  remplir,  l’immense  désavantage  de  diminuer  le 
confortable  du  soldat,  car  on  dort  moins  bien  dans  un  hamac  que  dans 
un  lit,  et  ce  système  serait  loin  de  favoriser  la  propreté  du  couchage. 

En  outre,  si  le  lit  actuel  est  supprimé  dans  les  casernes,  il  faudra  join¬ 
dre  au  hamac,  des  tables,  des  armoires  spéciales  pour  chaque  homme, 
sous  peine  d’augmenter  encore  cette  abstraction  de  la  personnalité,  déjà  si 
prononcée  dans  la  vie  militaire.  De  là,  une  augmentation  de  dépenses  assez 
considérable,  sans  grand  avantage.  Nous  préférerions  voir  conserver  le  lit 
actuel,  sans  paillasse,  à  la  condition  d’augmenter  la  quantité  des  salles,  et 
d’introduire  quelques  tables  dans  les  chambrées. 

Ces  conclusions  seraient  tout  à  fait  dilférentes  pour  la  baraque,  où  jus¬ 
qu’ici  l’homme  semble  être  réduit  au  plus  petit  espace  possible. 

L’instruction  ministérielle  du  12  mars  1861  accorde  encore  à  chaque 
soldat  dix  grammes  de  poudre  pour  la  destruction  des  insectes.  Cette 
opération  se  fait  au  mois  d’avril,  époque  de  la  ponte  des  œufs,  et  en  juillet. 
Mais  cette  poudre  insecticide  est  donnée  en  si  petite  quantité  pour  une 
opération  unique,  que  cette  formalité  deviendrait  illusoire  si  les  insectes 
n’étaient  beaucoup  mieux  éloignés  par  la  fumée  de  tabac. 

En  somme,  laissant  de  côté  l’installation  du  soldat  en  caserne,  le  cu¬ 
bage  d’air  exigible  pour  chaque  poitrine,  la  création  de  chambres  d’armes 
ou  de  harnais,  questions  étudiées  en  leur  lieu,  nous  ne  voyous  pas  de  mo¬ 
difications  urgentes  à  apporter  à  la  literie  militaire,  sinon  la  suppression 
de  la  paillasse  et  l’écartement  des  lits. 


646 


LIT.  — 


MILITAIRES. 


L’installation  des  marins  à  bord  est  le  hamac  pour  le  matelot,  le  cadre 
ou  le  lit  de  cabine  pour  l’officier.  Le  hamac  se  compose  d’une  bande  dou¬ 
ble  de  toile  entre  laquelle  est  interposée  une  petite  épaisseur  de  crin  et 
de  laine  formant  matelas.  Le  tout  est  suspendu  par  les  extrémités  à  des 
anneaux  ;  les  couvertures  et  les  draps  complètent  la  literie. 

Le  cadre  constitue  un  véritable  lit,  à  parois  verticales  en  toile,  et  sus¬ 
pendu  comme  le  hamac.  Enfin,  dans  la  cabine,  les  lits  adossés  aux  parois 
du  bâtiment,  quelquefois  superposés,  peu  aérés,  toujours  obscurs,  présen¬ 
tent  cependant  l’immense  avantage  de  la  solidité  dans  les  points  d’appui, 
et  permettent  aisément  les  changements  d’attitude  pendant  le  sommeil. 

Hamacs,  cadres,  lits  de  cabine  sont  en  général  toujours  empreints  d’une 
humidité  permanente  et  nauséabonde.  Les  règlements  prescrivent  bien 
d’aérer  la  literie  quand  le  temps  le  permet  ;  cependant,  il  faut  le  recbn- 
naître,  ces  expositions  sont  rares  à  bord,  même  par  les  plus  beaux  soleils. 
Le  couchage  des  gens  de  mer  est  donc,  sous  bien  des  rapports,  inférieur  à 
celui  de  l’armée  de  terre,  et  la  santé  vigoureuse  dont  jouissent  les  matelots 
tient  à  d’autres  causes  qu’au  mode  de  repos  nocturne. 

En  temps  de  guerre,  le  soldat  couche  au  bivouac,  sous  la  tente,  ou  à 
l’ambulance. 

Au  bivouac,  dont  nous  n’ayons  pas  à  discuter  les  indications  ni  la  néces¬ 
sité,  le  soldat  ne  possède  que  sa  couverture,  et  les  plus  avisés  une  peau  de 
mouton  isolante.  Ce  mode  de  couchage  n’est  possible  que  pendant  un 
nombre  restreint  de  nuits,  par  une  saison  douce.  Il  n’entre  dans  les  ha¬ 
bitudes  d’aucune  nation  européenne,  et  pendant  la  guerre  1870-71,  les 
troupes  allemandes,  qui  n’avaient  pas  de  tentes-abris,  pratiquaient  surtout 
l’occupation  forcée  des  maisons,  ressources  négligées  par  l’armée  fran¬ 
çaise  qui  campait  chez  elle,  dans  la  boue  et  la  neige,  à  côté  des  habi¬ 
tations,  sans  doute  pour  s’acclimater  aux  pleurésies  et  à  la  dysenterie. 
Pendant  les  guerres  de  Napoléon  P'',  les  troupes  n’avaient  pas  de  tentes. 
Les  officiers,  au  début  de  l’empire,  avaient  des  lits  de  campagne,  bien 
vite  perdus  avec  la  diminution  des  moyens  de  transport  ;  le  bivouac  fut 
donc  à  cette  époque  largement  employé,  mais  nous  ne  connaissons  pas  la 
mortalité  qui  sévissait  alors  sur  nos  armées  en  campagne. 

Sous  la  tente,  le  soldat  ne  possède,  comme  au  bivouac,  que  sa  couver-  ' 
ture  et  son  sac  sur  lequel  il  repose  là  tête;  convenablement  tendues  et 
garnies  de  terre  au  point  où  la  toile  touche  le  sol,  les  tentes-abris  dispo¬ 
sées  pour  5  hommes  forment  une  protection  suffisante  pour  le  lit  contre 
une  pluie  légère.  Elles  ne  résistent  pas  à  un  orage,  ni  à  des  pluies  de  lon¬ 
gue  durée  qui . détrempent  le  sol.  Sous  sa  couverture,  l’homme  place  une 
couche  de  branchages,  de  mousses  ou  d’herhes  sèches,  une  peau  et  peut 
ainsi  dormir  par  un  temps  sec  pendant  plusieurs  mois  sous  la  tente,  sans 
aucune  fatigue  ni  danger  pour  sa  santé,  à  condition  toutefois  de  lèver  sou¬ 
vent  le  camp  ;  mais  de  telles  circonstances  ne  se  rencontrent  guère  qu’en 
Afrique  et  dans  les  pays  chauds.  En  Europe,  pour  une  guerre  de  longue 
durée,  il  faut  faire  coucher  les  hommes  sous  un  toit. 

Dans  le  camp,  où  les  grandes  tentes  peuvent  être  dressées  pour  les  sol- 


dats,  dans  les  baraques  même,;  le  défaut  général  de  l’installation  des 
lits  est  l’encombrement.  Les  hommes  ont  à  peine  l’espace  nécessaire  pour 
s’habiller,  et  le  lit  sert  de  table  pour  manger,  écrire, "coudre,  fourbir  les 
armes  et  nettoyer  la  chaussure.  Dans  ces  conditions,  le  système  des 
hamacs  ou  des  lits  mobiles  est  acceptable.  Un  ingénieur,  M.  Maurice, 
a  fait  au  camp  de  Meudon,  en  1872,  des  essais  de  ce  genre  qui  ont  pleine¬ 


ment  réussi.  Marvaud  et  Morache  ont  accepté  cette  disposition  nouvelle 
comme  favorable  à  l’aération  des  baraques  et  au  bien-être  du  soldat 
(fig.67). 

Les  officiers  en  campagne,  d’après  les  règlements,  n’ont  droit  qu’à 
une  cantine  d’assez  médiocre  volume,  logée  dans  la  voiture  régimentaire  : 


648 


LIT. 


MILITAIRES. 


aussi  leur  sera-t-il  impossible  d’avoir  les  lits,  que  presque  tous  possé¬ 
daient  jusqu’ici,  sans  les  modes  de  transport  auxiliaires  si  encombrants, 
il  est  vrai,  pour  une  armée. 

Le  lit  de  cantine  le  plus  simple  se  compose  de  deux  montants  droits 
ou  articulés,  engagés  dans  une  toile.  Ils  sont  placés  à  la  tête  sur  les  anses 
de  la  cantine  ou  sur  des  crochets  spéciaux  ;  les  extrémités  inférieures  re¬ 
posent  sur  la  deuxième  cantine  ou  sur  un  piedj  rectangulaire  complé¬ 
tant  le  lit. 

Les  lits  à  petits  matelas,  se  pliant  en  trois  parties,  roulées  dans  un  sac, 
sont  d’un  poids  assez  léger ,  et  d’une  solidité  véritablement  curieuse 
sous  leur  apparence  fragile.  Un  de  ces  modèles  nous  a  servi  pendant  plus 
de  quatre  ans  de  campagne,  sans  nécessiter  une  seule  fois  la  réparation 
du  bois.  L’industrie  a  perfectionné  à  l’infini  la  disposition  du  lit  dans 


Fig.  68.  —  Lit-malle  Tucker. 


la  cantine  même.  Tucker  a  fabriqué  un  lit  dont  le  plan  tout  entier  est 
constitué  par  le  couvercle  de  la  cantine,  se  repliant  en  trois  pièces  ;  avec 
les  accessoires  de  literie  la  cantine  ne  pèserait  pas  plus  de  15  à  Ifikilog. 
(fig.  68).  ■  - 

Ces  combinaisons  nous  paraissent  de  la  plus  grande  utilité  à  l’armée,  où 
les  officiers  doivent  avoir  leur  lit  de  campagne.  Si  les  hommes,  enelïet, 
qui  ont  de  20  à  29  ans,  peuvent  supporter  des  fatigues,  il  ne  s’ensuit  pas 
que  les  officiers,  restant  au  service  comme  capitaines  jusqu’à  50  ans,  soient 
dans  la  possibilité  de  les  affronter  avec  la  même  immunité.  Ces  expérien¬ 
ces  toujours  dangereuses  ont  été  faites  dans  certains  corps  de  troupes  où  le 
règlement  était  exécuté  à  la  lettre.  Nous  avons  vu,  dans  des  expéditions,  des 
officiers  n’avoir  pu  conserver  leur  lit  de  campement,  et  plusieurs  d’entre 
eux,  pleins  de  santé,  soldats  d’avenir,  succomber  en  une  semaine  à  des  atta¬ 
ques  de  dysenterie  gangréneuse,  pour  avoir  couché  sous  la  tente,  dans  la 
boue,  par  des  pluies  et  des  orages,  au  milieu  d’un  pays  marécageux.  De 
tous  les  objets  que  l’officier  peut  avoir  avec  lui  dans  les  voitures  régimen¬ 
taires,  le  lit  de  campagne  est  le  plus  important  à  conserver  ;  en  maintes 
circonstances,  il  ne  sera  peut-être  pas  utile  ;  mais  dans  les  conditions  les 
plus  dangereuses,  celles  où  la  santé  succombe  rapidement,  les  services 
qu’il  peut  rendre  sont  de  premier  ordre. 

En  temps  de  guerre,  les  blessés,  transportés  sur  des  lits  brancards,  sont 
évacués  dans  des  voitures  et  des  wagons  où  ils  trouvent  encore  des  lits 
installés  d’une  façon  particulière. 


LIT.  -  LITS  MILITAIRES.  649 

Nous  ne  décrirons  pas  toutes  ces  variétés  de  brancards,  dont  les  plus  ré¬ 
cents  ne  diffèrent  pas  beaucoup  des  premiers  modèles  de  Percy. 

Le  brancard  nécessite  deux  hommes  pour  porter  un  blessé,  ce  qui  prive 
l’effectif  des  compagnies  d’un  certain  nombre  de  combattants  ;  mais  cet 
inconvénient  peut  être  évité  par  l’emploi  des  brancards  à  roues,  dont 
l’usage  sera  toujours  restreint  aux  cas  de  blessures  graves,  pour  des  trans¬ 
ports  de  petite  étendue  dans  des  terrains  carrossables.  Les  modèles  deCas- 
tiglione,  de  Barbiéri,  de  Le  Fort,  de  Robert  et  Collin,  de  Neuss,  deGauvin, 
ne  figureront  jamais  qu’en  très-minime  quantité  au  matériel  des  ambu¬ 
lances.  Dans  l’armée  française,  ils  seront  toujours  avantageusement  rem¬ 
placés  par  la  petite  voiture  à  2  places,  dite  Masson,  conduite  par  un  seul 
homme,  avec  un  mulet,  et  manœuvrant  assez  bien  même  dans  les  terres 
labourées. 

L'armée  prussienne  possède,  dans  les  grandes  ambulances,  quelques  li¬ 
tières  à  roues  d’un  modèle  peu  volumineux,  parce  que  les  différentes  par¬ 
ties  qui  les  composent  peuvent  se  replier  et  se  placer  entre  les  deux  roues. 

Le  petit  brancard  destiné  à  transporter  le  blessé  du  champ  de  bataille 
aux  ambulances  volantes  de  première  ligne,  doit  être  léger,  peu  encom¬ 
brant,  non  susceptible  de  s’altérer  dans  sa  structure,  et  doit  pouvoir 
même  devenir  un  lit  permanent  pour  quelques  jours.  L’homme  doit  re¬ 
poser  sur  un  plan  résistant  qui  permette  aux  membres  fracturés  de  con¬ 
server  une  position  rectiligne. 

Le  modèle  le  plus  simple  se  compose  de  deux  montants  en  bois  réunis 
par  deux  traverses,  soutenant  ainsi  un  fond  de  forte  toile,  assez  long  et 
large  pour  recevoir  un  homme  couché.  Les  progrès  de  la  fabrication  con¬ 
sisteront  à  rendre  ces  matériaux  légers  et  solides,  et  à  combiner  tel  sys¬ 
tème  de  traverses  permettant  de  démonter  cet  assemblage,  réduit  ainsi 
dans  les  caissons  au  plus  petit  volume  possible.  Le  point  le  plus  négligé, 
et  cependant  le  plus  essentiel,  dans  la  fabrication  de  ces  lits  brancards,  est 
la  symétrie,  l’identité  absolue  de  toutes  les  pièces.  Ils  devront  être  con¬ 
struits  avec  des  dimensions  uniformes,  de  telle  sorte  qu’une  pièce  quel¬ 
conque  puisse  remplacer  l’analogue  dans  un  brancard  brisé. 

Les  pieds  du  brancard,  très-utiles  parce  qu’ils  isolent  le  malade  du  con¬ 
tact  de  la  terre  à  l’ambulance  ou  pendant  le  transport  du  blessé,  nécessi¬ 
tent  ou  des  articulations  isolées  faciles  à  briser  ou  des  traverses  plus  vo¬ 
lumineuses,  et  comme  il  est  rare  de  ne  point  avoir  au  moins  de  la  paille 
pour  coucher  les  malades,  nous  pensons  qu’ils  pourraient  être  supprimés 
sans  grand  inconvénient. 

La  complication  de  la  structure  nous  fait  rejeter  les  sacs  brancards  es¬ 
pagnols,  du  grand-duché  de  Hesse,  de  Robert  et  Collin.  Ils  servent  à  por¬ 
ter  des  médicaments,  et  peuvent  fournir  une  sorte  de  brancard  même  avec 
une  roue  ;  mais  en  résumé,  ils  ne  font  que  charger  le  brancardier,  et  ne 
satisfont  complètement  à  aucune  des  multiples  indications  qu’ils  se  pro¬ 
posent  de  remplir. 

Le  transport  des  blessés  dans  les  voitures  et  les  wagons  nécessite  un 
aménagement  spécial  pour  le  lit. 


650 


LIT.  —  LITS  MILITAIRES. 

Nous  ne  pouvons  que  citer,  pour  les  cas  d’extrême  nécessité,  notre  litière 
portée  à  dos  de  mulet.  D’un  chargement  pénible  parce  qu’elle  nécessite 
un  équilibre  difficile  à  obtenir,  impossible  à  supporter  par  les  fracturés 
ou  les  malades  graves,  qu’elle  agite  de  ses  balancements  et  de  secousses, 
elle  ne  doit  être  employée  que  dans  les  pays  de  montagnes  où  les  voi¬ 
tures  ne  peuvent  aborder. 

Pour  les  voitures,  de  très-nombreux  modèles  ont  été  proposés,  et  nous 
renvoyons  aux  ouvrages  spéciaux  de  Longmore  et  de  Van  Dommelen  pour 
les  détails  spéciaux  de  leur  construction.  Dans  toutes  ces  variétés,  la  literie 
composée  soit  avec  le  brancard  lui-même,  soit  d’une  couchette  recouverte 
de  toile  cirée  imperméable,  est  en  général  disposée  sur  deux  rangées  su¬ 
perposées  ;  l’une  d’elles  repose  sur  le  plancher  même  de  la  voiture,  l’autre 
est  suspendue  au-dessus.  Le  mode  de  suspension  consiste  en  fortes  ban¬ 
des  de  cuir  attachées  aux  parois  de  la  voiture  et  recevant  alors  le  matelas. 
Ces  bandes  ont  été  remplacées  par  des  tiges  métalliques  transversales  don¬ 
nant  point  d’appui  aux  brancards,  soit  aux  pieds  soit  à  la  tête. 

Evans  a  suspendu  les  brancards  comme  on  le  fait  dans  les  wagons,  au 
moyen  de  forts  anneaux  de  gutta-percha  attachés  aux  parois,  et  à  des 
crochets  du  centre,  qui  descendent  d’un  cintre  solide  formant  voûte  dans 
la  voiture.  Bucker,  en  Amérique,  pour  éviter  la  rupture  des  anneaux,  rem¬ 
place  les  crochets  par  un  support  en  T  prenant  point  d’appui  sur  le  fond 
du  véhicule.  Van  Dommelen  installe  tous  les  brancards  sur  des  potences 
en  fer,  mobiles  autour  d’anneaux  fixés  dans  les  parois  ;  les  potences  infé¬ 
rieures  roulent  à  équerre  et  s’appuient  sur  une  bande  de  fer  disposée  en 
rail. 

Le  mode  d’introduction  des  blessés  dans  ces  voitures  est  un  des  points 
les  plus  difficiles  de  leur  manœuvre  :  le  plus  souvent,  le  brancard  chargé 
est  glissé  à  frottement  sur  les  traverses,  ou  suspendu  à  force  de  bras  aux 
attaches  :  translation  que  les  inventeurs  ont  cherché  à  rendre  plus  rapide, 
et  plus  facile  en  plaçant  une  poulie  à  l’extrémité  postérieure  delà  voiture, 
ou^en  adaptant  au  brancard  de  petites  roues  courant  sur  deux  rails,  ou 
enfin  en  plaçant  des  rouleaux  sous  les  lits. 

Le  transport  des  malades  couchés  dans  les  wagons,  organisé  en  1867 
au  camp  de  Châlons  par  Larrey,  et  déjà  effectué  en  Crimée  par  les  Anglais 
entre  Balaclava  et  Sébastopol,  fut  réellement  créé  avec  tous  ses  perfection¬ 
nements  par  les  Américains  dans  la  guerre  de  la  sécession.  La  Prusse  s’en 
occupait  en  1860,  et  à  cette  époque  Gurlt  installait  des  hamacs  dans  les 
wagons.  En  1866  et  186-7,  la  question  était  étudiée  en  Autriche,  en  Alle¬ 
magne,  à  l’Exposition  de  Paris.  Enfin,  pendant  la  guerre  de. 1870,  l’armée 
prussienne  possédait  un  système  d’évacuation  régulièrement  organisé  par 
le  chemin  de  fer.  Morache  a  traité  à  fond  la  question,  donnant  l’historique 
de  tous  les  systèmes  employés,  leur  valeur,  et  proposant  pour  notre  pays 
un  moyen  d’utiliser  les  ressources  actuelles  des  compagnies  de  chemins  de 
fer. 

Le  couchage  des  malades  dans  les  wagons  peut  se  faire  simplement  sur 
la  paille  étendue  sur  le  plancher  :  en  ayant  soin  de  garnir  les  parois  d’une 


LIT.  -  BIBLIOGRAPHIE. 


épaisseur  suffisante,  ce  mode  de  transport  est,  suivant  nous,  suffisant 
pour  un  grand  nombre  de  blessures  et  de  maladies  légères,  qui  encombrent 
en  somme  les  ambulances  en  temps  de  guerre. 

Les  installations  si  coûteuses  des  véritables  trains  d’ambulance  seraient 
donc  réservées  seulement  aux  malades  et  blessés  graves.  Les  lits  y  sont 
constitués  par  des  brancards  ordinaires  ou  un  matériel  spécial  aux 
wagons. 

Les  Américains  ont  construit  de  cette  façon  de  véritables  salles  d’hôpital 
avec  des  lits  rappelant  les  cabines  du  bord,  mais  avec  l’aération,  le 
chauffage  et  la  lumière  qu’on  ne  trouve  pas  sur  un  bâtiment.  Gurlt,  en 
1860, avait  proposé  de  suspendre  simplement  des  hamacs  dans  les  wagons. 
L’expérience  démontra  le  danger  du  choc  résultant  des  mouvements  et 
des  arrêts  du  train. 

Étant  admise  l’ouverture  à  chaque  extrémité  du  wagon,  les  brancards 
sont  disposés  de  chaque  côté  des  parois  et  alternativement  attachés  sur 
deux  rangées  à  des  poteaux  au  centre  du  wagon.  Les  Américains  placè¬ 
rent  ainsi  32  lits  dans  une  seule  voiture.  Morache,  pour  l’installation  qu’il 
a  proposée  avec  les  conseils  d’ingénieurs  de  la  compagnie  P.  L.  M.,  n’en 
place  que  10  dans  les  wagons  marchandises,  6  d’pn  côté  et  4  de  l’autre. 

Les  brancards  sont  suspendus  par  des  anneaux  solides  en  caoutchouc,  qui 
résisteront  beauconp  mieux  si  les  points  de  frottement  sont  eux-mêmes 
garnis  de  cuir  :  les  lits  du  rez-de-chaussée  peuvent  reposer  sur  des  res¬ 
sorts  installés  d’avance  dans  le  wagon.  La  commission  française,  chargée 
d’expérimenter  divers  appareils,  avait  examiné  un  système  de  suspension 
proposé  par  Fischer,  d’Heidelberg,  et  comparativement  le  brancard  de 
Gauvin,  enfin,  la  paille  simple.  Le  rapport  fut  entièrement  favorable  à 
Gauvin,  sous  le  point  de  vue  de  l’embarquement  et  du  coucher  ;  mais  le 
prix  élevé  de  son  brancard  devait  empêcher  sa  généralisation.  Morache, 
renonçant  aux  poteaux  médians  qui  gênent  la  circulation,  préfère  installer 
des  barres  transversales  ou  tubes  métalliques  creux,  auxquelles  il  sus¬ 
pend  par  un  système  perfectionné  de  solides  anneaux  en  caoutchouc.  Les 
brancards  sont  garnis  d’oreillers.  Son  wagon  serait  muni  d’un  poêle  et 
d’un  petit  mobilier  de  service,  logés  dans  l’intervalle  du  lit  manquant. 

Liîts  pour  opépations.  —  Ils  se  rattachent  principalement  aux 
accouchements,  à  la  lithotritie,  à  l'examen  au  spéculum,  à  l’ovariotomie, 
à  l’orthopédie  et  seront  l’objet  d’une  mention  spéciale  à  chacun  des  ar¬ 
ticles  répondant  à  ces  mots  [voy.  ces  mots). 

Aistorph  (J.),  Dissertatio  physiologica  de  lectis;  subjicitur  ejasdem  de  lecticis  veterom  dia¬ 
tribe.  Amstelodami,  1704. 

Triiler  (Daniel  Wilhem),  Clinotechnia  medica  antiquaria,  sive  de  diversis  ægrotorum  lectis  se- 
cundum  ipsa  varia  morborum  généra  convenienter  instruendis,  commentarius  medico-criticus. 
Francofurti  et  Lipsiæ,  1774,  in-4“. 

Archives  de  l’Assistance  publique,  1792. 

SicOLE,  Lit  mécanique  {Bull,  de  VAcad.  de  méd.,  t.  II,  p.  56,  61,  1837-38). 

Nardo,  Cenrii  critici  su  i  letti  mecaniei  fin’ora  proposti  a  sollievo  degl’  infermi,  e  sostituzione 
ad  essidi  un  nuovo  mezzo  piû  utile,  più  simplice,  e  più  economico.  Venezia,  1842. 

Thiuaïe,  Rapport  sur  un  lit  mécanique  inventé  par  M.  Rabiot  [Bull,  de  VAcad.  de  méd, , 
t.XU,  p.  895.  Paris,  1846-47). 


652  LITHIUM,  LITHINE,  SELS  DE  LITHINE. 

Thobr  (J.),  Darstellung  der  bauliehen  und  innern  Einrichtungen  eines  krankenhauses  durchdie 
organisations  verhaltnisse  des  studlischen  allegemeinen  Krankenhauses  in  München,  1847. 
Gros,  Appareil  à  lever  les  malades  sans  les  tourner,  Dijon,  1855,  autographe  de  4  p.  in-4“,  ave 
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PouiLtiEN,  Lit  mécanique  [Bull,  de  l’Acad.  de  méd.,  t.  XX,  p.  453,  1854-55). 

Damoi.=eau  (d’Alençon),  Lits  médico-chirurgicaux,  leur  emploi  [Bull,  de  l’Acad.  de  méd., 
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Bosnafont,  Salubrité  des  hôpitaux  [Bull,  de  l’Acad.  de  méd.,  t.  XXYII,  1861-62). 

Chalvet,  Bull,  de  l’Acad.  de  méd.-,  p.  213,  31  décembre  1861. 

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Cenni  dell  ospitale  maggiore  di  Milano,  e  delle  sue  case  sussidarie  [Atti  del  B.  Instifuto  I/m- 
bardo,  vol.  III.) 

Demarqüay,  Matelas  capitonné  à  eau  [Bull.  gén.  de  thér.,  1862,  t.  LXII,  p.  334.  —  Gaz.  des 
hôpitaux,  31  janvier  1863.  —  Abeille  médicale,  19  janvier  1863.  —  Journal  de  méd.  et 
de  chir.  pratiques,  \.  XXXIV,  p.  35). 

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and  hospitals  London. 

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Gosselin,  Clinique  chirurgicale  de  la  Charité,  t.  II.  Paris,  1872. 

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Rücksicht  auf  Sud- Dalmatien  (Af/ÿ.  Militircerfz  Zeitung,  1874,  n»  43,  44  et  45). 

Voir  en  outre  la  bibliographie  de  l’article  Hôpital,  t.  XVII,  p.  688. 

PONCET. 

MTHARGE.  Voy.  Plomb. 

LITHIASE.  Voy.  Calcdls,  t.  VI,  p.  72. 

LITHIUM,  LITHLVE,  SELS  DE  LITHÏWE.  —  Ea  1807, 
Arfwedson  découvrit,  dans  la  pétalite  d’Uto,  un  oxyde  particulier  auquel 
il  donna  le  nom  de  lithine ,  et  quelque  temps  après  Davy,  décomposant 
cette  lithine  par  la  pile,  en  isola  le  métal  appelé  lithium.  Depuis  cette  épo¬ 
que,  la  lithine  s’est  rencontrée  dans  plusieurs  minerais,  parmi  lesquels  la  lé- 
pidolithe  qui  est  un  mica  lithifère,  et  la  triphylline  qui  est  un  phosphate  de 
manganèse,  de  fer  et  de  lithine.  Onl’a  trouvée  aussi  dans  un  grand  nombre 
d’eaux  minérales,  telles  que  les  eaux  de  Bade,  de  Carlsbad,  de  Marienbad, 
de  Kissingen,  de  Tœplitz,  de  Vichy,  de  Saint-Honoré,  de  Plombières,  etc. 

Le  procédé  à  l’aide  duquel  on  obtient  aujourd’hui  des  quantités  assez 
considérables  de  lithium,  est  celui  qui  a  été  indiqué  par  Bunsen  et  Matlhies- 
sen,  et  qui  consiste  à  décomposer  le  chlorure  de  lithium  par  la  pile.  On 
fait  fondre  le  chlorure  dans  un  creuset  de  porcelaine,  et  on  y  plonged’im 
côté  un  gros  fil  de  fer  formant  électrode  négative,  et  de  l’autre  une  pointe 
de  charbon  de  cornue  servant  d’électrode  positive.  On  fait  ensuite  passer 
entre  les  deux  pôles  le  courant  d’une  batterie  de  six  éléments  de  Bunsen. 


655 


LITHIUM,  LITHINE,  SELS  DE  LI  IHINE. 

Le  chlore  se  dégage  autour  du  charbon,  et  le  lithium  se  sépare  autour  du 
fil  de  fer  sous  forme  de  globules  métalliques.  Ou  plonge  rapidement  le  fil 
de  fer  sous  une  couche  de  naphte,  et  on  détache  le  lithium. 

Le  lithium,  Li=  7,  est  un  métal  solide,  d’un  blanc  d’argent,  à  peu  près 
inaltérable  à  l’air  sec;  à  l’air  humide,  il  se  ternit  peu  à  peu.  C’est  le  plus 
léger  de  tous  les  métaux,  car  il  surnage  même  l’huile  de  naphte  ;  sa  den¬ 
sité  est  0,59.  Il  fond  à  180°,  et  n’est  pas  attaqué  à  cette  température  par 
l’oxygène  sec  ;  à  une  température  élevée,  il  brûle  avec  une  flamme  blan¬ 
che.  Sa  ductilité  et  sa  malléabilité  sont  telles  qu’on  peut  l’étirer  en  fils  très- 
fins,  et  l’aplatir  en  feuilles  aussi  minces  que  du  papier.  Il  attaque  énergi¬ 
quement  l’argent,  l’or,  le  platine. 

Le  lithium  décompose  l’eau  à  la  température  ordinaire,  mais  ne  fond 
pas  comme  le  potassium  et  le  sodium.  Il  s’enflamme  au  contact  des  aci¬ 
des  sulfurique  et  nitrique  concentrés.  Il  attaque  le  verre  et  la  porcelaine 
aune  température  inférieure  à  sa  fusion. 

Le  lithium  forme  avec  l’oxygène  un  oxyde  blanc  à  cassure  cristalline 
qui  est  l'oxyde  de  lithium  anhydre  et  pur.  On  peut  l’obtenir  facilement 
par  la  décomposition  du  nitrate  de  lithine  dans  un  creuset  d’argent  main¬ 
tenu  très-longtemps  au  rouge.  Cet  oxyde  se  dissout  lentement  dans  l’eau 
avec  un  dégagement  de  chaleur  très-peu  sensible.  La  dissolution  est  for¬ 
tement  alcaline  et  présente  une  saveur  caustique.  Evaporée  à  siccité,  elle 
laisse  comme  résidu  un  hydrate  LiO,HO  qui  n’est  autre  chose  que  la  li¬ 
thine.  Cette  lithine  est  onctueuse  au  toucher  et  déliquescente,  quoiqu’à  un 
degré  beaucoup  moindre  que  la  potasse  et  la  soude  ;  elle  est  indécompo¬ 
sable  par  la  chaleur.  Elle  attaque  facilement  le  platine,  quand  on  la  chauffe 
sur  une  lame  de  ce  métal  ;  elle  lui  communique  une  teinte  brune  et  dé¬ 
termine  son  oxydation.  Troost  a  donné  un  procédé  qui  permet  d’extraire 
très-facilement  la  lithine  de  la  lépidolithe,  en  mélangeant  ce  minerai 
avec  du  sulfate  et  du  carbonate  de  baryte,  et  chauffant  la  masse  dans  un 
fourneau  à  vent.  Le  mélange  ne  tarde  pas  à  fondre,  et  la  réaction  se  pro 
duit  d’une  manière  très-nette.  On  obtient  du  sulfate  de  lithine,  que  l’on 
décompose  ensuite  par  la  baryte  caustique. 

La  lithine  est  une  base  puissante  qui  sature  énergiquement  les  acides, 
même  les  plus  forts.  Elle  fournit  des  sels  en  général  très-solubles,  carac¬ 
térisés  par  les  réactions  suivantes  : 

.  Potasse,  soude,  ammoniaque  ;  pas  de  précipité  ; 

Carbonate  de  potasse  :  au  bout  d’un  certain  temps,  précipité  de  carbo¬ 
nate  de  lithine  peu  soluble  ; 

Acide  tartrique,  sulfate  d’alumine  :  pas  de  précipité  ; 

Acide  phosphorique,  phosphate  alcalin  :  précipité  blanc,  peu  soluble  ; 

Chlorure  de  platine  ;  précipité  peu  abondant  ; 

Acide  carbazotique  :  précipité  jaune  ; 

Acide  perchlorique  ;  léger  précipité  qui  disparaît  dans  les  liqueurs 
étendues. 

De  toutes  les  réactions  présentées  par  les  sels  de  lithine,  la  plus  remar¬ 
quable  et  la  plus  caractéristique  est  celle  (pii  se  rattache  à  la  couleur  et 


654 


LITHIUM,  LITHINE.  SELS  DE  LITHINE. 
surtout  à  la  position  des  raies  que  leur  solution  fait  apparaître,  lorsqu’on 
l’interpose  dans  la  flamme  d’une  lampe  à  alcool  ou  d’un  bec  de  Bunsen  placé 
devant  la  fente  d’un  spectroscope.  Ces  raies  sont  au  nombre  de  deux  : 
l’une  rouge  comme  celle  du  potassium,  mais  placée  au  point  82  du  mi¬ 
cromètre,  au  lieu  de  l’être  au  point  68  ;  l’autre  jaune  comme  celle  du  so¬ 
dium,  mais  placée  au  point  94  au  lieu  de  l’être  au  point  100.  Une  troi¬ 
sième  raie  apparaît  quelquefois  dans  le  bleu,  lorsque  la  température  delà 
flamme  est  très-élevée. 

Le  caractère  spectroscopique  du  lithium  est,  d’ailleurs,  d’une  excessive 
sensibilité.  Quelques  millionièmes  de  milligramme,  évaporés  dans  la 
flamme  d’un  bec  de  Bunsen,  suffisent  pour  faire  apparaître  les  raies  ca¬ 
ractéristiques  dont  il  vient  d’être  question.  C’est  à  l’aide  de  ce  procédé 
si  délicat  qu’on  a  reconnu  que  la  lithine  est  un  des  corps  les  plus  répandus 
dans  la  nature  ;  qu’elle  existe  dans  un  grand  nombre  d’eaux  de  sources,  de 
fleuves  et  de  rivières,  dans  l’eau  de  mer,  dans  les  cendres  de  la  plupart 
des  végétaux,  dans  les  feuilles  de  vigne,  le  sarment  de  raisin,  dans  les  sa¬ 
lines,  où  sa  quantité  est  assez  grande  pour  que  les  eaux-mères  puissent  de¬ 
venir  une  source  d’exploitation. 

Les  raies  du  lithium  sont  mises  à  profit  dans  les  procédés  d’extraction 
de  cette  substance.  Elles  constituent  un  guide  sûr  qui  dirige  l’opérateur 
dans  la  marche  même  du  procédé,  et  qui  lui  permet  de  connaître,  à  tout 
instant,  les  proportions  de  potasse  et  de  soude  qui  peuvent  encore  s’y 
trouver  mêlées. 

Chlorure  de  lithium.  LiCl,4HO.  —  Ce  sel  est  solide  et  déliquescent.  11 
cristallise  en  octaèdres  réguliers  qui  se  liquéfient  par  la  chaleur,  et  qui 
éprouvent  successivement  la  fusion  aqueuse  et  la  fusion  ignée.  Comme  le 
chlorure  de  magnésium,  il  est  partiellement  décornposable  par  simple  éva¬ 
poration  de  sa  solution  concentrée,  et,  comme  ce  sel  aussi,  il  forme  avec  le 
chlorhydrate  d’ammoniaque  un  sel  double  indécomposable  dans  la  même 
condition.  On  obtient  le  chlorure  de  lithium  au  moyen  des  sulfates  alcalins 
provenant  du  traitement  de  la  lépidolithe.  Après  avoir  soumis  ces  sulfates 
à  l’action  du  chlorure  de  baryum,  on  évapore  la  liqueur  et  on  traite  le 
résidu  par  un  mélange  à  poids  égaux  d’alcool  absolu  et  d’éther  qui  dissout 
en  totalité  le  chlorure  de  lithium,  et  qui  laisse  indissous  les  autres  chlo¬ 
rures,  notamment  ceux  de  potassium  et  de  sodium.  On  évapore  sous  une 
cloche  dont  l’air  est  constamment  desséché  par  l’acide  sulfurique  con¬ 
centré. 

La  solution  alcoolique  de  chlorure  de  lithium  brûle  avec  une  flamme 
pourpre  ;  ce  caractère  peut  faire  confondre  le  chlorure  de  lithium  avec  le 
chlorure  de  strontium  ;  mais  l’action  d’un  carbonate  alcalin  sur  une  solu¬ 
tion  étendue  permet  de  distinguer  facilement  les  deux  chlorures. 

Sulfate  de  lithine.  LiOSO^HO.  —  C’est  un  sel  très  fusible,  moins  solu¬ 
ble  à  chaud  qu’à  la  température  ordinaire.  Le  maximum  de  solubilité  est 
au-dessous  de  0°.  Ses  cristaux  sont  des  tables  rhomboïdales,  hémiédriques, 
qui  présentent  un  clivage  facile.  On  le  prépare  en  traitant  le  carbonate  de 
lithine  par  l'acide  sulfurique. 


655 


LITHIUM,  LITHINE,  SELS  DE  LITHINE. 

Phosphate  de  lithine.  3LiO,PhO®.  — Ce  sel  s’obtient  par  double  décom¬ 
position,  en  traitant  un  sel  soluble  de  lithine  par  le  phosphate  de  soude 
en  présence  d’une  petite  quantité  de  lessive  de  soude.  La  liqueur  portée 
à  l’ébullition  est  ensuite  abandonnée  à  elle-même  pendant  12  heures.  Au 
bout  de  ce  temps,  on  trouve  au  fond  du  vase  une  poudre  blanche  cristal¬ 
line,  lourde,  insoluble  dans  l’eau,  et  surtout  dans  l’eau  ammoniacale.  On 
a  varié  d’opinion  sur  la  nature  de  ce  composé.  Rammelsberg  a  cru  recon¬ 
naître,  comme  ses  devanciers,  qu’il  était  constitué  par  un  sel  double  con¬ 
tenant  de  la  soude  en  proportion  variable;  mais  il  résulte  des  expériences 
récentes  de  Mayer  qu’il  a  une  composition  parfaitement  constante,  et  que 
cette  composition  est  représentée  par  3LiOPhO°HO.  L’équivalent  d’eau 
s’échappe  à  100  degrés. 

Carbonate  de  lithine.  LiOCO®.  —  Le  carbonate  de  lithine  constitue  une 
poudre  blanche,  très-légère,  peu  soluble  dans  l’eau  :  83  parties  de  ce  li¬ 
quide  sont  nécessaires  pour  dissoudre  une  seule  partie  de  sel,  et  la  solubi¬ 
lité  ne  change  pas  d’une  manière  sensible  avec  la  température.  Si  l’eau  est 
chargée  d’acide  carbonique,  18  parties  suffisent.  Le  carbonate  de  lithine 
fond  au  rouge  et  se  décompose  partiellement.  On  peut  l’obtenir  au  moyen 
des  sulfates  alcalins  extraits  de  la  lépidolithe.  On  les  traite  d’abord  par 
le  nitrate  de  baryte  ;  et,  après  avoir  purifié  les  nitrates  obtenus,  on  les 
calcine  avec  addition  d’acide  oxalique.  Les  carbonates  de  soude  et  de 
potasse  sont  enlevés  par  des  lavages  gradués  et  ménagés  qui  laissent 
comme  résidu  le  carbonate  de  lithine. 

L'ensemble  des  propriétés  qui  appartiennent  au  lithium  et  à  ses  sels, 
tout  en  plaçant  ce  métal  à  côté  du  potassium  et  du  sodium,  paraît,  sous 
beaucoup  de  rapports,  le  séparer  nettement  de  ces  deux  métaux  pour  le 
rapprocher  du  magnésium.  Il  suffit  de  rappeler,  pour  justifier  ces  analo¬ 
gies  et  ces  différences  ; 

1“  Que  le  carbonate  de  lithine  est  décomposable  par  la  chaleur,  qu’il 
exige  près  de  cent  parties  d’eau  pour  se  dissoudre,  et  qu’il  devient  plus 
soluble  dans  l’eau  chargée  d’acide  carbonique  ; 

2“  Que  le  phosphate  de  lithine  est  insoluble  ; 

3“  Que  le  chlorure  et  le  nitrate  sont  déliquescents  ; 

4°  Que  le  chlorure  de  lithium  en  solution  concentrée  se  décompose  par 
simple  évaporation  en  dégageant  de  l’acide  chlorhydrique  ; 

5°  Qu’il  n’existe  ni  alun,  ni  bisulfate  de  lithine  ; 

6"  Qu’en  présence  des  sels  ammoniacaux,  les  sels  solubles  de  lithine  ne 
sont  plus  précipités  par  les  carbonates  alcalins. 

Recherche  de  la  lithine  dans  les  eaux  minérales.  —  L’opération  porte 
ordinairement  sur  cinq  litres.  Après  avoir  concentré  l’eau  minérale  au  cin¬ 
quième  de  son  volume,  on  verse  dans  le  produit  de  l'évaporation  un  excès 
de  carbonate  de  soude  pur  qui  précipite  les  carbonates  terreux  et  métal¬ 
liques.  On  filtre  ;  on  sursature  le  liquide  filtré  par  l’acide  chlorhydrique, 
et  on  évapore  à  siccité.  Le  résidu,  composé  de  chlorures  ou  de  sulfates 
alcalins  est  broyé  avec  soin,  et  épuisé  à  froid  par  un  mélange  à  poids 
égaux  d’alcool  absolu  et  d’éther.  On  filtre  de  nouveau  ;  on  évapore  au 


6S6 


LITHOïRITlE.  —  DÉFINITION.  —  synonymie. 


bain-marie  ;  on  reprend  par  l’eau  distillée  additionnée  de  quelques  gout¬ 
tes  de  soude  caustique,-  puis  on  ajoute  de  l’ammoniaque  et  enfin  du  phos¬ 
phate  de  soude.  Après  un  repos  de  24  heures,  on  recueille  le  précipité 
formé,  et  on  le  lave  avec  de  l’eau  contenant  son  volume  d’ammoniaque  ; 
on  le  dessèche  et  on  le  calcine  au  rouge  dans  un  creuset  de  platine.  Ce  pré¬ 
cipité  est  pesé  comme  phosphate  de  lilhine  tribasique. 

Thérapeutique  et  Pharmacologie.  —  La  lithine  a  été  introduite  depuis 
peu  de  temps  dans  la  thérapeutique  par  Garrod,  qui  lui  a  reconnu  des 
avantages  particuliers  dans  le  traitement  des  affections  goutteuses.  C’est  à 
l’état  de  carbonate  qu’il  conseille  de  l’employer  ;  mais  il  importe  de  l’avoir 
pur,  et  le  carbonate  du  commerce  contient  souvent  des  sulfates  et  des 
chlorures  alcalins.  Un  excellent  moyen,  indiqué  par  Duquesnel,  pour  ob¬ 
tenir  du  carbonate  de  lithine  pur,  consiste  à  délayer  le  carbonate  de  lithine 
du  commerce  dans  20  parties  environ  d’eau  di.stillée,  et  à  faire  passer 
dans  le  mélange  un  courant  d’acide  carbonique  qui  en  détermine  la  dis¬ 
solution.  Il  suffit  alors  d’abandonner  à  l’air  le  liquide  filtré  pour  voir  le 
carbonate  de  lithine  se  séparer  à  l’état  cristallisé,  à  mesure  que  l’acide  car¬ 
bonique  qui  lé  tenait  dissous  se  répand  dans  l’atmosphère  environnante. 

Mais  c’est  surtout  contre  l’acide  urique  que  le  carbonate  de  lithine  pos¬ 
sède  des  avantages  marqués.  L’urate  de  lithine  est  en  effet  le  plus  soluble 
des  urates  connus;  en  sorte  que  le  carbonate  de  cette  base  agit  sur  l’acide 
urique  et  sur  l’urate  de  soude  avec  beaucoup  plus  d’activité  et  d’énergie 
que  le  bicarbonate  de  soude  que  l’on  emploie  généralement  pour  le  même 
usage.  Il  est  à  remarquer,  en  outre,  que  la  capacité  de  saturation  du  sel  de 
lithine  est  considérable,  l’équivalent  du  lithium  étant  représenté  paruii 
chiffre  excessivement  faible.  57  parties  de  carbonate  de  lithine,  LiOCO’, 
produisent  le  même  effet  que  84  parties  de  bicarbonate  de  soude 
NaOHO  C®0‘.  C’est  pour  cette  raison  qu’on  ne  l’administre  en  général  qu’à 
faible  dose  (de  0,15  à  0,60  par  jour).  Mais  on  peut,  quand  le  cas  l’exige, 
augmenter  sans  inconvénient  la  proportion  de  ce  sel  ;  car  il  n’est  point 
vénéneux,  au  moins  dans  les  limites  que  comporte  son  emploi  thérapeu¬ 
tique. 

Il  est  digne  de  remarque  que  presque  toutes  les  eaux  minérales  aux¬ 
quelles  on  a  reconnu  une  certaine  efficacité  contre  les  affections  gout¬ 
teuses,  ont  offert  à  l'analyse  une  proportion  plus  ou  moins  grande  de 
lithine.  On  aurait  tort,  sans  doute,  d’en  conclure  que  cette  lithine  est  la 
cause  réelle  et  exclusive  de  l’action  médicale  qui  leur  appartient;  mais 
cette  coïncidence  est  au  moins  assez  singulière  pour  fixer  l’attention  des 
thérapeutistes,  et  appeler  de  nouvelles  études  dans  cette  direction. 

H.  Büighet. 

MTHOSITRIPTIQUE.  Foî/.  Vessie. 

OTHOTOMIE.  Voy.  Taille. 

ElTHOTRITIE.  —  Définition.  —  Synonymie.  —  La  litho- 
ti  ilie  est  une  opération  qui  a  pour  but  de  broyer  un  calcul  dans  la  vessie 


LITHOTRITIE.  —  historique.  657 

pour  en  permettre  l’expulsion  par  les  voies  naturelles,  c’est-à-dire  par  le 
canal  de  l’urèthre. 

Telle  est,  selon  nous,  la  seule  définition  que  l’on'puisse  rationnellement 
donner  de  cette  opération.  Il  va  de  soi  que  les  fragments  produits  par  ce 
broiement  seront  d’autant  plus  facilement  rendus  qu’ils  seront  plus  ténus. 

Nous  avons  adopté  le  mot  lithotritie,  parce  qu’il  est  aujourd’hui  d’un 
usage  courant  et  communément  accepté  par  tous  les  chirurgiens.  Mais  il 
faut  convenir  que  le  terme  de  lithotripsie,  créé  par  le  baron  Heurteloup 
pour  désigner  cette  même  opération,  est  de  beaucoup  plus  conforme  aux 
règles  étymologiques  généralement  admises. 

Qu’on  nous  permette  à  cet  égard  une  petite  digression. 

Le  mot  lithotritie  (mot  hybride  formé  de  Xt0oç,  pierre,  et  terere,  supin 
tritum,  broyer)  n’était  pas  applicable  aux  procédés  de  broiement  de  la 
pierre  usités  il  y  a  cinquante  ans,  et  dans  lesquels  on  recourait,  ainsi  que 
nous  aurons  l’occasion  de  le  dire  dans  l’historique  de  la  question  qui 
nous  occupe,  à  des  perforations  successives  du  calcul  avant  d’en  arriver 
à  l’écraser. 

Aujourd’hui,  comme  on  procède  exclusivement,  ou  presque  exclusive¬ 
ment  par  écrasement  immédiat,  sans  térébration  préalable  de  la  pierre, 
le  mot  lithotritie  est  très-exact.  Mais  le  mot  lithotripsie  (de  Xtôoç, 
pierre,  et  'tptSto,  je  broie,  broiement),  tout  aussi  exact,  est  plus 

régulièrement  composé  et  semblerait  devoir  être  adopté. 

Au  point  de  vue  purement  pratique,  le  mot  lithoclastie  (de  Xtôoç, 
pierre,  et  j’écrase)  serait  de  beaucoup  préférable. 

Quoi  qu’il  en  soit,  nous  nous  conformerons  à  l’usage,  et  nous  n’avons 
aucune  prétention  d’innover  à  cet  égard. 

La  lithotritie  a  acquis  aujourd’hui  un  haut  degré  de  perfection,  tant 
au  point  de  vue  du  manuel  opératoire  qu’au  point  de  vue  de  V appareil 
instrumental.  Mais  nous  croyons  utile  de  ne  nous  point  borner  à  étudier 
ici  le  côté  exclusivement  opératoire,  et  d’envisager,  dans  un  coup  d’œil 
d’ensemble,  les  différentes  péripéties  par  lesquelles  est  passée  l’une  des 
plus  belles  inventions  chirurgicales  modernes. 

Nous  le  ferons  d’ailleurs  avec  toute  réserve,  désireux  que  nous  sommes 
de  ne  froisser  aucune  susceptibilité. 

Historique.  —  La  lithotritie  pratique  date  de  notre  époque,  et  l’on 
peut  affirmer  que,  si  la  pensée  de  broyer,  de  pulvériser  la  pierre  dans  la 
vessie  par  les  voies  naturelles  a  surgi  dans  l’esprit  de  chirurgiens  et 
de  médicastres  des  siècles  antérieurs  au  nôtre,  aucune  tentative  sérieuse 
ne  fut  faite  sur  le  cadavre  ou  sur  le  vivant  pour  en  réaliser  la  concep¬ 
tion. 

Il  paraît  résulter  des  recherches  d’Olympios  que,  dès  le  commence¬ 
ment  du  neuvième  siècle,  on  pratiquait  le  broiement  de  la  pierre  dans  la 
vessie.  Cet  auteur  s’appuie  sur  un  texte  tiré  de  la  vie  et  du  panégyrique 
du  moine  Théophanès,  où  il  est  dit  :  «  Qu’il  se  rendit  auprès  de  l’empereur 
Léon  l’Arménien,  bien  qu’il  (le  moine)  fût  tourmenté  par  une  maladie 
des  reins  et  de  la  vessie  ;  en  effet,  des  instruments  avaient  été  introduits 

.\OIIV.  DICT.  IIÉO.  El  CHIE.  XX.  —  42 


658  LITHOTRITIE.  —  historiqïïe. 

dans  la  vessie  par  le  conduit  naturel,  et  après  avoir  broyé  les  pierres  qui 

s’y  trouvaient,  les  amenaient  au  dehors.  » 

Albucasis,  si  l’on  en  juge  par  un  passage  de  ses  œuvres,  aurait  connu 
la  lithotritie,  et  indiqué  même  les  conditions  de  friabilité  du  calcul  qui  la 
rendent- d’un  emploi  utile  et  facile.  Mais  nous  ne  savons  rien  de  l’appa¬ 
reil  instrumental  mis  en  usage  pour  atteindre  la  pierre,  et  il  pourrait  par¬ 
faitement  se  faire  que  la  possibilité  d’une  telle  opération,  entrevue  et  ad¬ 
mise  par  le  célèbre  chirurgien  arabe,  fût  restée  à  l’état  purement  théo¬ 
rique. 

Hoin  (de  Dijon)  rapporte  qu’un  moine  de  Cîteaux,  atteint  de  la 
pierre,  parvint  à  la  briser  en  portant  dans  la  vessie  une  canule  droite,  à 
travers  laquelle  il  introduisait  un  stylet  ou  burin  d’acier  sur  lequel  il 
frappait  avec  un  marteau. 

Marcet  cite  le  cas  du  major  Martin,  qui  parvint  à  détruire  la  pierre  dans 
sa  vessie  à  l’aide  d’une  lime  recourbée,  qu’il  portait  jusque  dans  le  réser¬ 
voir  urinaire  au  travers  d’une  canule  droite  ouverte  aux  deux  bouts. 

Peut-être,  en  fouillant  les  anciens  auteurs,  trouverait-on  encore  un 
certain  nombre  de  tentatives  de  ce  genre,  entreprises  plus  souvent  parles 
malades  eux-mêmes,  désireux  de  se  soustraire  à  l’opération  de  la  taille, 
que  conçues  et  mises  à  exécution  par  des  hommes  de  l’art.  Mais  ce  ne 
sont  là,  comme  le  fait  très-judicieusement  observer  Sédillot,  que  des 
tâtonnements  très-bornés,  des  essais  très-imparfaits,  dans  lesquels  on  ne 
voit  rien  qui  ressemble  aux  méthodes  si  ingénieuses  et  si  précises  de 
notre  époque. 

Il  en  a  été  de  la  lithotritie  comme  de  tant  d’autres  inventions  impor¬ 
tantes'.  elle  n’a  pas  étél’œuvre  d’un  seul,  et,  bien  que  nombre  de  chirur¬ 
giens  en  aient  réclamé  la  paternité,  il  faut  reconnaître  qu’elle  est  bien 
réellement  une  création  collective,  et  que  nombreux  sont  ceux  qui  y  ont 
contribué. 

La  pensée  de  dissoudre  les  calculs  dans  la  vessie  à  l’aide  d’agents  chi¬ 
miques  appropriés  à  leur  nature,  était- une  des  préoccupations  dominantes 
des  chirurgiens  du  commencement  de  ce  siècle,  et  il  est  vraiment  cu¬ 
rieux  de  voir  que  ce  furent  précisément  ses  recherches  sur  la  lithon- 
tripsie  qui  conduisirent  le  médecin  bavarois  Gruithuisen  à  formuler  les 
indications  du  broiemént  de  la  pierre  dans  la  vessie,  et  à  décrire  les 
rudiments  de  l’appareil  instrumental  de  la  lithotritie. 

Les  recherches  du  chirurgien  allemand  remontent  à  1809,  mais  ne  fu¬ 
rent  publiées  qu’en  1813.  Il  établit  à  nouveau  ce  fait,  déjà  connu  et  signalé 
par  Jos.  Rameau,  Lieutaud,  Thomassin,  de  la  possibilité  qu’il  y  a  de  pra¬ 
tiquer  le  cathétérisme  de  l’urèthre  avec  des  canules  droites  ;  c’est  par  le 
chemin  ainsi  frayé  qu’il  imagina  d’introduire  dans  la  vessie  toutes  sortes 
d’agents  chimiques  et  d’instruments  destinés  à  agir  sur  le  calcul.  Citons 
parmi  les  instruments  de  Gruithuisen,  une  vrille  en  fer  de  lance  (perfora¬ 
teur),  un  trépan  (égrugeur)  ;  un  bec  de  corbin  pour  broyer  les  débris  ;  un 
tranche- pierre,  etc.  (lig.  69). 

Bien  que  tout  cet  outillage  n’ait  jamais  été,  que  nous  sachions,  construit 


LIÏHOTRITIE.  —  HISTORIQUE.  659 

ni  mis  en  pratique  par  son  auteur,  il  n’en  est  pas  moins  acquis  à  l’histoire 
que  Gruithuisen-  doit  être  considéré  comme  le  véritable  promoteur  des 
tentatives  de  lithotritie  qui  furent  faites  quelques  années  plus  tard  avec 


Fig.  69.  —  Instrument  de  Gruithuisen. 


tant  de  succès,  tentatives  qui  sont  un  titre  de  gloire  pour  la  chirurgie 
française. 

Un  médecin  français,  Fournier  de  Lempdes,  aurait,  paraît-il,  fait  dès 
1812  des  essais  dans  le  sens  indiqué  par  le  chirurgien  bavarois  ;  mais  ce 
n’est  qu’en  1828  qu’il  a  fait  connaître  ses  recherches,  et  produit  des  cer¬ 
tificats  constatant  que,  vers  1812,  il  avait  fait  construire,  à  Clermont,  des 
instruments  spéciaux  pour  pratiquer  le  cathétérisme  rectiligne,  et  intro¬ 
duire  dans  la  vessie  des  outils  destinés  à  broyer  les  calculs.  Il  est  certain 
que  Fournier  appliqua  ses  instruments  sur  le  cadavre,  à  l’hôpital  Saint- 
Louis,  sous  les  yeux  de  Richerand,  au  printemps  de  l’année  1817;  mais 
il  ne  tenta  rien  sur  le  vivant. 

En  1818,  Civiale,  alors  étudiant  en  médecine,  transmit,  à  la  Société  de 
la  faculté  de  médecine,  un  mémoire  sur  un  nouveau  lithontripteur,  appa¬ 
reil  qui  ne  fut  jamais  employé,  et  dont  on  a  d’ailleurs  contesté  les  appli¬ 
cations  possibles  à  la  lithotritie. 

Elderton,  chirurgien  écossais,  a  fait  connaître  un  instrument  courbe 
destiné  à  râper  la  pierre  dans  la  vessie  ;  mais  il  ne  paraît  pas  que  ce  litho- 
rineur  (de  Àtôoç,  pierre,  et  pivetv,  limer;  ce  nom  a  été  donné  plus  tard  à  un 
instrument  inventé  par  Meirieu  et  Tanchou)  ait  jamais  reçu  une  applica¬ 
tion  quelconque. 

Âmussat,  en  1822,  attira  de  nouveau  l’attention  sur  la  valeur  du  cathé¬ 
térisme  rectiligne,  et  la  facilité  de  son  exécution.  Il  insista  surtout  sur  la 
commodité  qu’offrait  la  canule  droite,  ainsi  introduite  dans  la  vessie,  pour 
J  engager  des  instruments  destinés  à  broyer  la  pierre.  Malheureusement 
le  premier  instrument  d’ Amussat  se  brisa  au  cours  d’un  essai  fait  devant 
la  commission  de  l’Académie. 

C’est  dans  cette  même  année  que  Leroy  (d’Etiolles)  présenta  à  l’Aca¬ 
démie  ses  lithopriones  (de  Xiôoç,  pierre  et  xpiwv,  scie)  droit  et  courbe, 
dont  nous  ne  donnerons  pas  ici  la  description,  et  qui,  de  l’aveu  del’inventeür 
lui-même,  ne  furent  jamais  mis  en  usage.  Disons  cependant  qu’à  la  même 
époqueDucamp  fit  fabriquer,  par  l’horloger  Houdin,  un  instrument  à  peu 
près  semblable  qu’il  employa  sur  le  vivant. 

A  dater  de  1823,  la  lithotritie  entre  dans  une  phase  nouvelle  :  de  théo¬ 
rique  qu’elle  était,  elle  devient  pratique,  .et  passe  de  l’amphithéâtre  dans 
les  salles  de  clinique. 


660  LITHOTRITIE.  —  historique. 

Leroy  (d’Etiolles),  qui  poursuivait  ses  recherches  avec  une  persévérante 
ténacité,  présenta  le  15  avril  1823  une  nouvelle  pince  lithoprione  à  trois 
branches  élastiques,  à  gaine  et  à  foret  mû  par  un  tour  en  l’air  adapté  à 
l’instrument;  c’est  là  la  véritable  pince  à  trois  branches,  celle  qui,  vrai¬ 
semblablement,  a  servi  de  modèle  à  Civiale  pour  la  création  du  litholabe 
(Xieoç,  pierre,  Xap-êaveiv,  saisir),  instrument  qu’il  appliqua  pour  la  pre¬ 
mière  fois  sur  le  vivant  et  avec  succès,  en  janvier  1824. 

Des  réclamations  de  toutes  sortes  surgirent  lorsque  furent  connues  les 
tentatives  heureuses  de  Civiale.  L’habile  opérateur  entra  dans  la  lutte  et 
prit  une  part  active  à  toutes  les  polémiques  qui  se  donnèrent  carrière 
dans  la  presse  scientifique  et  jusque  dans  les  journaux  politiques. 

Quoi  qu’on  ait  pu  dire  et  faire,  il  reste  acquis  que  Leroy  {d’Etiolles)  est 
le  premier  inventeur  d’un  instrument  applicable  sur  le  vivant;  mais  la 
gloire  d’en  avoir  fait  usage  avec  succès  revient  tout  entière  à  l’ancien  chi¬ 
rurgien  de  l’hêpital  Necker. 

C’est  dans  le  vieil  arsenal  chirurgical  que  Leroy  (d’Etiolles)  a  pris  l’idée 
de  son  lithoprione,  qui  est  une  copie  perfectionnée  de  l’alphonsin  ou  tire- 
balle  d’Alphonse  Ferri  ;  il  l’a  du  reste  reconnu  avec  une  parfaite  loyauté: 
«  Je  cherchai,  dit-il,  dans  l’arsenal  de  la  chirurgie,  si  quelque  instrument 
pouvait  me  fournir  des  idées  et  le  moyen  de  parer  aux  inconvénients  re¬ 
prochés  à  mon  lithoprione,  et  je  reconnus  bientôt  que  je  m’étais  donné 
beaucoup  de  peine  pour  trouver  ce  que  j’avais  pour  ainsi  dire  sous  la 
main.  En  effet,  le  tire-balle  d’Alphonse  Ferri  me  fournissait  un  moyen 
simple  et  facile  de  saisir  la  pierre  et  pour  faire  arriver  jusqu’à  elle  le  per¬ 
forateur  :  il  suffisait  de  transformer  en  une  canule  creuse  la  tige,  qui  dans 
le  tire-balle  porte  les  branches.  C’est  ce  que  j’ai  fait.  » 

Avec  les  modifications  qu’y  a  apportées  Civiale,  le  lithoprione  est  devenu 
le  litholabe  à  trois  branches,  instrument  qui  a  fait  époque  dans  l’histoire 
de  la  lithotrilie,  auquel  son  inventeur  avait  encore  recours  quelquefois 
dans  les  dernières  années  de  sa  pratique,  et  qui  à.ces  divers  titres  mérite, 
pensons-nous,  d’être  décrit  ici. 

Litholabe.  —  Le  litholabe  à  trois  branches  se  compose  d’une  canule 
droite,  dans  laquelle  glisse  une  autre  canule  trifurquée  à.  son  extrémité 
(vésicale);  ces  trois  branches,  terminées  chacune  par  un  crochet,  s’écartent 
en  vertu  de  leur  élasticité,  lorsqu’on  vient  à  faire  saillir  la  canule  interne, 
avec  laquelle  elles  font  corps,  au  delà  de  l’extrémité  de  la  canule  externe; 
l’une  des  trois  branches  dépasse  un  peu  les  deux  autres  et  le  crochet  qui 
la  termine  encapuchonné  celles-ci  quand  l’instrument  est  fermé. 

L’extrémité  manuelle  du  litholabe  offre  un  pas  de  vis  recevant  une  ron¬ 
delle  servant  de  poignée.  Au  centre  de  ces  deux  canules  concentriques 
passe  une  tige  d’acier  servant  de  foret  et  terminée  par  une  fraise,  une 
pointe  ou  un  trépan  ;  cette  partie  de  l’appareil  est  soutenue  à  l’aide  d’un 
tour  en  l’air  et  marche  au  moyen  d’un  archet  (fig.  70  et  71). 

L’instrument  une  fois  introduit  dans  la  vessie,  on  pousse  plus  avant  la 
canule  interne  dont  les  trois  branches  s’écartant,  permettent  d’embrasser 
le  calcul  comme  dans  une  cage  et  de  l’y  fixer  solidement  par  un  mouvement 


LITHOTRITIE.  —  histobiqüe.  661 

de  retrait  de  la  canule  litholabe,  ce  qui  rapproche  les  trois  branches  ;  on 
perfore  alors  le  calcul  en  mettant  en  jeu  le  foret.  Quand  on  a  ainsi  exécuté 
un  certain  nombre  de  perforations,  ce  qui,  pour  le  dire  en  passant,  est 


Fig.  70 _ Appareil  de  Civiale.  —  Canule  trilabe,  foret  et  tour  en  l’air. 


Fig.  71.  —  Archet. 


chose  assez  malaisée  à  réussir,  on  tente  de  fragmenter  le  calcul  en  exer¬ 
çant  sur  lui  une  pression  très-puissante  à  l’aide  de  la  vis  de  rappel  qui  fait 
rentrer  la  canule  trilabe  dans  la  canule  externe. 

L’application  heureuse  de  cet  instrument  valut  à  Civiale  un  prix  de 
l’Institut,  et  les  rapporteurs,  Percy  et  Chaussier,  déclarèrent  que  M.  Civiale 
avait  bien  mérité  de  sa  noble  profession  ! 

Son  nom  devint  populaire,  et  le  public  ignorant  et  ingrat,  qui  n’acclame 
que  la  réussite,  ne  songea  même  pas  à  ceux  qui,  avec  Civiale,  avaient  con¬ 
tribué  pour  une  si  large  part  à  la  réalisation  de  cette  grande  conquête  chi¬ 
rurgicale. 

Le  problème  tant  cherché  était  enfin  résolu.  Les  inventeurs  ne  inanquè- 
rent  pas  pour  modifier,  perfectionner  l’instrument  primitif  ;  chacun  vou¬ 
lut  avoir  le  sien  et  lui  donner  son  nom.  Il  faut  reconnaître  qu’aucun  de 
ceux  qui  furent  successivement  proposés  par  les  rivaux  de  Civiale,  ne  par¬ 
vint  à  l’emporter  en  simplicité  et  en  sécurité  sur  la  pince  à  trois  branches. 
.  On  fit  des  pinces  à  quatre,  à  six,  à  huit  et  même  à  douze  branches^  on 
les  munit  d’un  appareil  destiné  à  retirer  le  calcul  une  fois  fragmenté.  On 
voulut  faire  mieux  encore  :  le  procédé  de  Civiale  était  lent,  fastidieux, 
on  tenta  d’aller  plus  vite  en  se  servant  de  forets  à  fraise  simple,  à  dé¬ 
veloppement,  à  virgule,  à  tête  fourchue  ;  on  voulut  évider,  égruger, 
faire  éclater  les  calculs.  Mais  aucune  de  ces  combinaisons  ne  put  être 
victorieusement  substituée  au  trilabe,  tel  qu’il  était  sorti  des  mains  de 
l’inventeur. 

Meirieu  et  Tanchou  imaginèrent  un  lithorîneur  pour  attaquer  le  calcul 
delà  périphérie  au  centre;  Rigal  (de  Gaillac)  en  fit  un  autre;  tous  avaient 
des  défauts  irrémédiables,  étaient  faibles,  d’une  application  difficile,  pour 
ne  pas  dire  impossible,  et  témoignaient  plutôt  de  l’imagination  de  leurs 
inventeurs  que  de  leur  sens  pratique.  Ces  instruments  n’ont  plus  place  que 
dans  l’histoire  de  l’art. 

Dès  les  premières  années  de  sa  mise  en  pratique,  la(lithotritie,  telle  que 
la  faisait  Civiale,  permettait  de  débarrasser  avec  succès  1 1  calculeux  sur  12  ! 

Mais  l’instrument  droit  à  foret  était  d’un  maniement  délicat  et  difficile; 
on  songea  à  lui  donner  une  courbure  qui  fût  en  rapport  avec  la  direction 


662  LITHOTRTTIE.  —  historique. 

du  canal  de  l’urèthre  et  le  -lieu  déclive  qu’occupe  d’ordinaire  la  pierre 
dans  le  bas-fond  de  la  vessie.  L’idée  en  était  venue  à  Civiale,  qui  ne  la 
réalisa  que  d’une  façon  fort  imparfaite  (1829).  Benvenuti  fit  aussi,  mais 
sans  plus  de  succès,  une  tentative  dans  ce  sens. 

Pravaz  imagina  un  instrument  courbe  que  Blandin,  dit-on,  appliqua  une 
fois  avec  bonheur. 

On  se  heurtait  à  cette  idée  qu’il  fallait  de  toute  nécessité  débuter  dans 
l’opération  en  affaiblissant  la  résistance  de  la  pierre  par  des  perforations 
multiples. 

Anse  de  Jacobson.  —  Un  chirurgien  danois,  Jacobson,  fit  faire  un  grand 
pas  à  la  question  en  démontrant  qu’il  était  possible  de  broyer  un  calcul 
en  agissant  par  une  pression  progressive  (fig.  72)  s’exerçant  de  la  cir- 


Fig.  72.  —  Instrument  de  Jacobson. 


conférence  au  centre.  Son  instrument  fut  présenté  à  l’Institut  en  1831  ; 
Dupuytren  l’adopta  aussitôt. 

Amussat  avait  bien,  dès  1822,  cherché  à  écraser  les  calculs  à  l’aide  d’an 
brise-pierre  droit;  mais  son  instrument  ne  pouvait  agir  que.  sur  des  pierres 
de  petit  volume  ou  déjà  perforées. 

Au  contraire,  l’anse  de  Jacobson  agit  d’emblée  sur  le  calcul  sans  per¬ 
foration  niégrugement  préalables.  Cet  instrument  se  compose  d’une  canule 
renfermant  deux  tiges  d’acier  réunies  à  leur  extrémité  vésicale  par  une 
anse  à  deux  brisures.  Cette  disposition  permet  de  donner  à  cet  écraseur 
une  courbure  assez  prononcée  qui  facilite  beaucoup  son  introduction  dans 
l’urèthre,  ainsi  que  la  recherche  et  la  saisie  du  calcul.  Vient-on  à  pousser 
l’une  de  ces  deux  tiges  vers  la  vessie,  aussitôt  l’anse  se  développe,  l’opérateur 
cherche  alors  à  embrasser  la  pierre  dans  l’anneau  ainsi  formé;  ce  point 
obtenu,  une  vis  de  rappel  permet  de  rapprocher  lentement,  mais  avec  une 
grande  force,  les  deux  brisures  de  l’anse,  et  le  calcul  ne  tarde  pas  à  céder. 
La  difficulté  consiste  ensuite  à  saisir  et  à  broyer  à  nouveau  les  fragments 
produits.  Aussi  cet  instrument  est-il  aujourd’hui  abandonné,  malgré  les 
perfectionnements  que  lui  ont  successivement  apportés  Dupuytren  en  y 
ajoutant  une  troisième  brisure,  —  Leroy  (d’Étiolles),  une  boîte  à  liège  pour 
,  éviter  l’issue  de  l’,urine  par  la  canule,  un  rateau  pour  dégorger  les  branches 
de  l’anse  des  détritus  calculeux,  et  un  mécanisme  spécial  pour  extraire 
des  fragments  séance  tenante,  —  Charrière,  un  pignon  en  crémaillère  en 
vue  d'en  augmenter  encore  la  puissance. 

L’anse  de  Jacobson  a  longtemps  joui  d’une  réputation  méritée,  et  par¬ 
ticulièrement  auprès  des  chirurgiens  américains,  qui  ont  continué  de 


LITHOTRITIE.  —  historique.  665 

l’employer  alors  même  que  de  nouveaux  et  meilleurs  engins  lui  avaient 
été  substitués  chez  nous. 

L’instrument  du  chirurgien  danois  démontrait  la  possibilité  d’introduire 
dans  la  vessie  des  lithoclastes  courbes  ;  il  prouvait,  en  outre,  que  l’écrase¬ 
ment  de  la  pierre  peut  se  faire  sans  danger  pour  le  ré¬ 
servoir  urinaire,  et  que  les  perforations  préalables  n’é¬ 
taient  pas  nécessaires  pour  arriver  à  un  broiement  suffi¬ 
samment  lin. 

11  était  réservé  au  baron  Heurteloup  de  faire  faire  à  la 
méthode  le  dernier  pas  dans  la  voie  du  progrès.  Déjà,  à 
l’époque  où  Amussat  imaginait  son  brise-pierre,  il  in¬ 
ventait  un  brise-coque,  instrument  puissant,  mais  qui 
présentait  les  mêmes  défauts  que  celui  d’Amussat. 

Ce  n’est  qu’en  1832  qu’il  fit  connaître  son  percuteur 
courbe  à  marteau  qui,  après  des  modifications  succes¬ 
sives,  est  devenu  le  brise-pierre  actuellement  en  usage. 

Le  percuteur  rappelle  par  sa  disposition  le  podomètre 
des  cordonniers.  L’influence  de  celte  invention  fut  très- 
grande  sur  l’avenir  de  la  lithotritie;  nous  croyons,  en 
conséquence,  qu’il  ne  sera  pas  inutile  de  présenter  ici 
une  description  succinte  des  appareils  et  de  la  méthode 
suivie  par  Heurteloup. 

Appareils  du  baron  Heurteloup.  —  Sa  méthode.  — 

L’outillage  d’Heurteloup  se  composait  :  d’un  instrument 
spécial,  le  percuteur  courbe  (fig.  73);  d’un  marteau  ou 
masse  de  plomb  ;  d’un  lit  fixateur,  dit  lit  rectangle. 

■  Le  percuteur  est  en  acier,  long  de  trente-huit  centi¬ 
mètres  environ,  recourbé  à  angle  obtus  à  une  de  ses 
extrémités  (extrémité  vésicale),  et  composé  de  deux  bran¬ 
ches  glissant  l’une  dans  l’autre  :  l’une,  dite  branche  fe¬ 
melle,  creusée  d’une  cavité  en  forme  de  queue  d’aronde, 
reçoit  l’autre  branche,  dite  branche  mâle.  L’instrument 
fermé  a  la  forme  d’une  grosse  sonde  à  brusque  cour¬ 
bure  ;  il  porte  à  son  extrémité  manuelle  un  assemblage 
de  pièces  à  destinations  diverses. 

En  tirant  sur  la  branche  mâle,  on  écarte  sa  partie  . 
coudée  (son  bec)  de  la  partie  semblable  de  la  branche 
femelle,  et  l’on  obtient  entre  les  deux  becs  un  écarte¬ 
ment  qui  se  mesure  sur  une  échelle  graduée,  gravée  sur  ^'VHeurfe^oup?”'^ 
la  portion  manuelle  de  la  branche  mâle. 

Dans  l’écartement  ainsi  produit,  on  engage  la  pierre  par  une  manœuvre 
que  nous  décrirons  ultérieurement,  et  on  la  fixe  en  poussant  contre  elle 
la  branche  mâle. 

La  pierre  une  fois  saisie  et  solidement  maintenue,  l’opérateur  fait  inter¬ 
venir  le  marteau,  dont  il  donne  une  série  de  coups  secs  et  répétés  sur  l’ex¬ 
trémité  manuelle  de  la  branche  mâle. 


LITHOTRITIE.  —  historique. 


Mais  on  conçoit  aisément  que,  pour  qu’une  telle  manœuvre  réussisse,  il 
faut,  dans  l’intérêt  des  organes  au  sein  desquels  on  opère,  que  le  percu¬ 
teur  soit  très-solidement  fixé.  C’est  pour  remplir  cette  indication  que  fut 
imaginé  le  lit  fixateur,  dit  aussi  lit  rectangle. 

Le  patient  reposant  sur  ce  lit  dans  une  situation  convenable,  et  la  pierre 
étant  saisie,  le  percuteur  est  engagé  par  la  portion  carrée  de  son  armature 
dans  un  étau  fixe,  disposé  ad  hoc,  et  y  est  solidement  maintenu  dans  la 
position  voulue  ;  le  marteau  peut  alors  agir  en  toute  sécurité,  à  la  condi¬ 
tion  que  le  malade  reste  absolument  immobile.  Les  mors.de  l’instrument 
sont  dentelés,  de  manière  à  empêcher  le  glissement  de  la  pierre  et  aussi 
pour  mordre  sur  elle  avec  plus  d’énergie  à  chaque  coup  frappé. 

Cette  invention  d’Heurteloup  lui  a  été  vivement  contestée  ;  mais  s’il  est 
vrai  que  d’autres,  avant  lui,  aient  songé  à  la  possibilité  de  fragmenter  la 
pierre  par  la  percussion,  et  aient  même  fait  construire  des  instruments 
quelque  peu  semblables  au  percuteur  courbe,  il  reste  au  chirurgien  fran¬ 
çais  la  gloire  d’avoir  le  premier  appliqué  cette  nouvelle  méthode  avec  une 
adresse  et  une  audace  couronnées  de  succès. 

Les  prétentions  qui  se  sont  élevées  au  sujet  de  l’appareil  instrumental 
employé  par  Heurteloup,  étaient  fondées  sur  ce  fait  que  longtemps  avant 
lui,  un  Anglais,  Stodart,  avait  fait  construire  un  instrument  analogue. Sto- 
dart  n’était  point  seul  d’ailleurs  à  revendiquer  [la  priorité  de  cette  inven¬ 
tion  ;  un  autre  médecin  du  pays  de  Galles  en  avait  fait  un  semblable  en 
1824  ;  Haygarth  aussi  avait  fait  construire  une  sorte  de  podomètre  par  un 
habile  ouvrier  de  Birmingham,  instrument  qu’Hodgson,  dit-on,  essaya; 
Weiss,  enfin,  le  Charrière  de  Londres,  prétendit  avoir,  dès  1825,  fabri¬ 
qué  un  instrument  à  coulisse,  ressemblant  singulièrement  au  percuteur 
courbe.  Mais  la  pince  de  Weiss  était  simplement  destinée  à  fixer  le  calcul, 
et  la  percussion  ne  devait  pas  être  le  moyen  qu’on  se  proposait  d’employer, 
puisque  la  tige  de  ce  lithoclaste  est  creuse,  et  contient  une  petite  scie  pour 
la  division  de  la  pierre. 

En  réalité,  Leroy  (d’Etiolles)  eût  été  plus  en  droit  de  réclamer  la 
priorité  de  l’invention,  puisqu’il  est  avéré  qu’il  fit  fabriquer  en  1825,  par 
Rétoré,  ouvrier  mécanicien,  un  instrument  dans  le  genre  de  celui  d’Heur¬ 
teloup.  Mais  les  essais  faits  sur  le  cadavre  avec  ce  brise-pierre  donnè¬ 
rent  de  mauvais  résultats  ;  l’instrument  se  rompit  dès  la  première  séance. 

A  peine  Heurteloup  eut-il  fait  connaître  sa  méthode,  que  l’on  s’em¬ 
pressa  de  la  modifier,  soit  dans  le  Manuel  opératoire,  soit  plus  encore 
dans  l’appareil  instrumental  ;  mais  la  percussion  restait  toujours  le  mode 
employé  pour  briser  le  calcul. 

Tout  d’abord  on  songea  à  remplacer  le  lit  rectangle  et  l’étau  fixe  par 
des  supports  mobiles,  tels  par  exemple  que  l’étau  à  main  d’Amussal;  puis 
Leroy  tenta  de  substituer  à  l’action  du  marteau  mû  à  la  main,  celle  d'un 
percuteur  à  détente. 

On  avait  constaté  l’impuissance  ou  du  moins  l’insuffisance  de  la  seiile 
pression,  exercée  avec  les  instruments  que  l’on  possédait  alors,  pour  arriver 
à  broyer  la  pierre  sans  perforation  préalable  ;  d’un  autre  côté,  on  recon- 


LITHOTRITIE.  —  historique.  '  665 

naissait  à  la  percussion,  systématiquement  appliquée  à  tous  les  calculeux, 
des  inconvénients  réels  et  même  de  véritables  dangers.  L’idée  vint  de 
réunir  les  deux  moyens  d’action  dans  un  seul  instrument  ;  on  proposa 
donc  d’appliquer  la  percussion  à  la  fragmentation  des  calculs,  et  la  pres¬ 
sion  au  broiement  définitif  des  fragments. 

L’idée  mère  de  cette  méthode  mixte  appartient  à  Dupuytren,  et  sa  réali¬ 
sation  instrumentale  àTouzay  (1852). 

Les  modifications  apportées  alors  à  l’appareil  instrumental  ne  portèrent 
pas  seulement  sur  son  mode  d’action  et  sur  l’agencement  de  son  arma¬ 
ture  ;  elles  portèrent  également  sur  son  extrémité  vésicale,  sur  les  becs  ou 
mors,  comme  on  voudra  les  appeler,  et  Heurteloup  ne  fut  pas  le  dernier  à 
donner  à  ceux-ci  une  forme  et  une  disposition  respectives  en  rapport  avec 
le  but  qu’on  se  proposait  d’atteindre. 

Il  y  eut  un  percuteur  à  dents  et  un  autre  à  cuillers  ;  le  premier  était 
un  iithoclaste  dans  toute  l’acception  du  mot,  sa  destination  étant  d’atta¬ 
quer  la  pierre,  et  de  la  réduire  en  grossiers  fragments  ;  le  second  était  ré¬ 
servé  aux  pierres  petites,  peu  consistantes,  et  aux  fragments  ;  c’était  un 
lÜhotrite  ou  lithotriteur. 

Aux  percuteurs  à  volant  permettant  d’employer  la  vis  d’Amussat  et  de 
Ségalas,  Charrière  substitua  bientôt  le  pignon  à  crémaillère  qui  donne  une 
puissance  de  pression  énorme,  facile  à  graduer,  tout  en  permettant  l’em¬ 
ploi  du  marteau. 

Bientôt  la  percussion  ne  fut  plus  employée  que  d’une  manière  excep¬ 
tionnelle;  on  vit  bien  vite  qu’avec  la  puissance  des  instruments  nouveaux, 
la  pression  seule  suffisait.  C’est  dans  le  but  d’obtenir  une  pression  consi¬ 
dérable  que  furent  imaginés  le  brise-pierre  à  levier  latéral  d’Amussat, 
aujourd’hui  abandonné,  et  celui  à  levier  supérieur,  de  Guillon. 

On  ne  s’en  tint  pas  là  ;  chirurgiens  et  fabricants  s’ingénièrent  pour 
réaliser  d’une  façon  simple  et  pratique  un  instrument  capable  de  bien 
saisir  la  pierre,  de  la  bien  assujettir,  et  d’exercer  sur  elle  une  pression 
lente,  graduée  et  suffisamment  énergique  pour  la  fragmenter,  la  broyer. 

L’invention  de  Vécrou  brisé  de  Charrière,  que  Civiale  sollicitait  sans 
cesse  à  ce  sujet,  vint  résoudre  le  problème  de  la  façon  la  plus  heureuse. 

La  lithotritie  a  réalisé  cette  fois  son  dernier  et  plus  important  progrès; 
toutes  les  dispositions  adoptées  depuis  lors  dans  le  mécanisme  de  l’arma¬ 
ture  des  différents  brise-pierre,  n’ont  d’autre  but  que  de  faciliter  le  jeu 
de  cet  écrou  qui,  actuellement  encore,  se  retrouve  avec  de  légères  va¬ 
riantes  dans  tous  les  mécanismes  mis  en  usage  par  les  chirurgiens  les 
plus  en  renom. 

Ce  long  exposé  historique  nous  a  paru  nécessaire  pour  faire  bien  com¬ 
prendre  par  quel  laborieux  enfantement  avait  passé  la  lithotritie  avant  d’en 
arriver  au  degré  de  perfection  quelle  a  acquis  de  nos  jours.  Il  est  utile, 
croyons-nous,  que  l’on  connaisse  les  noms  de  tous  ceux  qui  ont  contri¬ 
bué  d’une  manière  quelconque  et  dans  quelque  proportion  que  ce  soit 
aux  progrès  de  l’art  de  guérir.  Il  y  a  là  plus  d’un  fructueux  enseignement. 

Description  de  l’appareil  instrumental.  —  Nous  allons  abor- 


666  LITHOTRITIE.  —  description  de  l’appareil  instrumental. 
der  maintenant  l’étude  pratique  de  la  lithotritie,  en  commençant  par  la 
description  complète  et  détaillée  de  l’appareil  instrumental  actuellement 
mis  en  usage. 

Il  importe  tout  particulièrement,  à  qui  veut  pratiquer  la  lithotritie,  de 
bien  connaître  les  instruments  dont  on  doit  faire  usage.  Nous  ne  saurions 
trop  insister  sur  ce  point  :  le  chirurgien  doit  posséder  à  fond  la  construc¬ 
tion,  le  mécanisme  du  lilhotriteur  qu’il  compte  employer  ;  il  faut  aussi, 
de  toute  nécessité,  qu’il  sache  choisir  et  mettre  en  œuvre  ce  merveilleux 
engin  qui,  s’il  est  habilement  manié,  va  lui  permettre  de  broyer,  de  pul¬ 
vériser  la  pierre  dans  la  vessie  sans  dommage  aucun  pour  cet  organe. 

.  Du  brise-pierre.  —  Le  brise-pierre  actuel,  véritable  chef-d’œuvre  de 
l’art  mécanique,  se  compose  de  trois  parties  essentielles  qui  sont  :  le  lec 
ou  mors,  formé  par  deux  cuillers,  l’une  mâle  et  l’autre  femelle;  la  tige, 
composée  de  deux  branches,  dont  l’une  creuse  est  dite  branche  femelle, 
et  l’autre  pleine,  branche  mâle,  celle-ci  glissant  à  frottement  doux  dans  là 
première;  la  poignée  ou  armature,  comprenant  un  mécanisme  particulier 
sur  lequel  nous  aurons  à  revenir  en  détail,  et  qui,  pour  le  dire  par  antici¬ 
pation,  permet  tout  à  la  fois  au  chirurgien  de  tenir  solidement  l’instru¬ 
ment  d’une  seule  main,  de  rechercher  la  pierre,  de  la  mesurer,  de  la 
saisir,  de  la  fixer  et  finalement  de  la  broyer. 

Chacun  de  ces  éléments  constituants  d’un  brise-pierre  exige  une  des¬ 
cription  particulière. 

A.  Du  bec  du  brise-pierre,  — ■  Selon  qu’il  s’agit  de  fragmenter  simple¬ 
ment  la  pierre,  ou,  après  l’avoir  fragmentée,  de  la  réduire  en  menus  mor¬ 
ceaux,  il  y  a  lieu  de  distinguer  deux  sortes  de  becs,  le  reste  de  l’instru¬ 
ment  ne  changeant  pas.  Ce  sont  le  bec  lithoclaste,  dont  il  existe  plusieurs 
modèles  et  dont  la  destination  est  d’attaquer  le  calcul  pour  le  réduire  en 
morceaux  plus  ou  moins  volumineux,  et  le  bec  lilhotriteur,  pour  réduire 
les  fragments  à  l’état  le  plus  ténu  possible,  entraîner  même  une  cer¬ 
taine  quantité  de  débris,  et  qui  présente  plusieurs  variétés  intéressantes 
à  connaître. 

Disons  encore,  avant  que  d’entrer  dans  d’autres  détails,  qu’il  y  a  quel¬ 
ques  principes  généraux  qui  président  à  la  construction  de  ces  becs,  et 
qu’il  est  bon  que  le  chirurgien  connaisse  tout  comme  le  constructeur. 

Les  mors,  on  le  sait,  sont  coudés,  et  il  est  important  que  le  coude 
qu’ils  forment  avec  la  tige  ne  dépasse  pas  l’angle  droit  au  delà  d’une  cer¬ 
taine  mesure;  ainsi  la  limite  de  120°  ne  paraît  pas  devoir  être  jamais 
franchie,  sous  peine  de  nuire  à  la  solidité  de  l’instrument,  ainsi  qu’à  la 
certitude  de  la  prise.  Thompson  insiste  sur  ce  point  avec  raison,  et  rap¬ 
pelle  en  outre  que  plus  l’angle  est  obtus,  moins  est  grande  la  puissance 
du  brise-pierre.  11  faut  donc  prendre  une  moyenne  qui  permette  de  mé¬ 
nager  la  solidité  de  l’appareil,  tout  en  rendant  son  introduction  facile. 

En  ce  qui  concerne  la  largeur  des  becs,  nous  dirons  que  plus  ils  sont 
larges,  plus  la  prise  est  facile;  à  cet  égard,  la  meilleure  des  combinaisons 
consiste  en  un  mors  femelle  large,  avec  un  mors  mâle  étroit  ;  on  a  ainsi 
le  maximum  de  puissance  pour  attaquer  un  calcul  résistant. 


LITHOTRITIE.  —  description  de  l’appareil  instrusiental.  667 
Quant  à  la  forme  même  des  mors,  rappelons  que  les  rugosités  dont  on 
peut  les  garnir,  rendent  la  prise  plus  sûre,  et  qu’en  donnant  à  ces  rugo¬ 
sités,  sur  le  mors  mâle,  des  dispositions  variées  qui  seront  décrites  plus 
loin,  on  a  plus  de  chance  de  fragmenter  le  calcul.  Pour  le  mors  femelle, 
il  doit  être  fenêtré  dans  les  lithoclastes,  et  peut  être  plein  dans  les  lilbo- 
tritéurs.  Il  est  bon  cependant  de  laisser  une  fenêtre  près  du  talon  pour 
éviter  les  engorgements  considérables.  Nous  aurons  à  revenir  sur  ce  point. 

a.  Bu  bec  du  lithoclaste.  —  Il  est  exclusivement  destiné  à  attaquer  le 
calcul  entier,  quel  qu’il  soit,  et  doit  par  conséquent  offrir,  sous  le 
moindre  volume  possible,  une  résistance  considérable. 

Heurteloup  donnait  aux  mors  de  son  percuteur  une  disposition  assez 
heureuse,  imitée  et  perfectionnée  depuis  :  le  mors  femelle  offrait  une  série 
de  saillies  et  d’enfoncements  correspondants  à  des  enfoncements  et  à  des 
saillies  semblables  sur  le  mors  mâle  (fîg.  74);  On  pouvait  ainsi  attaquer  la 
pierre,  mais  elle  était  difficile  à  saisir)quand  elle  avait  un  certain  volume. 

On  creusa  le  mors  femelle  en  cuvette  pour  recevoir  le  mors  mâle,  mais 
les  débris  de  calculs  s’accumulaient  dans  la  cuvette,  et,  ne  trouvant  pas 


Fig.  74.  —  Mors  d’Heurteloup,  modiüés  Fig.  75.  —  Mors  fenêtré  (porte-à-faux) 

par  Charrière.  de  Gharrière. 

d’issue,  empêchaient  de  refermer  l’instrument,  ce  qui  en  rendait  l’extrac¬ 
tion  fort  douloureuse  et  difficile. 

Leroy,  qui  avait  ajouté  un  rateau  dégorgeur  àl’ansede  Jacobson,  voulut 
l’appliquer  au  lithoclaste  coudé  ;  mais  ce  fut  sans  résultats,  et  nous  ver¬ 
rons  que  plus  tard  sa  tentative  fut  reprise  par  MM.  Guillon,  père  et  fils. 

Sir  Henry,  le  premier,  démontra  qu’on  pouvait  fenêtrer  le  mors  fe¬ 
melle  sans  nuire  en  rien  à  sa  solidité  ;  il  fabriqua  en  conséquence  des 
lithoclastes  à  trois  fenêtres  sur  le  bec  creux. 

Charrière  alla  plus  loin,  et  fit  voir  que,  sans  réduire  la  force  de  l’instru- 


668  LITHOTRITIE.  —  description  de  l’appareil  instrumental. 
ment,  on  pouvait  réunir  toutes  les  fenêtres  en  une  seule,  disposition 
qui  devait  désormais  écarter  tous  les  inconvénients  de  l’engorgement 
(Bg.  75),  et  qui,  en  outre,  constituait  un  excellent  porte-à-faux,  favori¬ 
sant  le  bris  de  la  pierre.  Mais  les  fragments  ainsi  obtenus  étaient  volumi¬ 
neux,  toujours  fort  , anguleux,  et  devenaient  l’occasion  d’une  irritation  vé¬ 
sicale  préjudiciable.  En  outre,  cet  instrument  avait  des  mors  très-longs, 
ce  qui  rendait  la  manœuvre  difficile  dans  une  vessie  rétractée  et  malade, 
et  favorisait  le  pincement  de  la  muqueuse. 

Mercier  tenta  d’éviter  ces  inconvénients  en  perforant  seulement  le  talon 
du  mors  femelle  (fig.  76),  qu’il  recourbait  à  son  sommet  pour  éviter  de 
pincer  la  muqueuse.  Le  mors  mâle  était  creusé  en  gouttière. 


Ségalas  donna  à  son  instrument  la  disposition  indiquée  par  la  fig.  77. 

Le  principe  établi  par  sir  Henry  et  par  Charrière  est  resté,  et  l’on  est 
arrivé  dans  ces  derniers  temps  à  fenêtrer  convenablement  le  mors  femelle, 
tout  en  écartant  les  inconvénients  signalés  plus  haut. 

Citons  la  disposition  adoptée  par  MM.  Robert  et  Collin  (fig.  78),  et 
celle  plus  récente  encore,  indiquée  par  Reliquet  (fig.  79).  Ce  dernier 
instrument  offre  les  avantages  du  porte-à-faux,  et  la  possibilité  d’exprimer 
les  fragments  de  calculs  comme  à  la  filière. 

b.  Bec  du  lithotriteur^  —  R  est  d’ordinaire  à  mors  pleins  ;  nous  avons 
déjà  dit  ses  usages.  Il  en  existe  plusieurs  modèles. 

L’un,  fort  et  solide,  peut  même  être  appliqué  au  broiement  immédiat 
de  la  pierre,  pourvu  qu’elle  ne  dépasse  pas  2  centimètres  \ /2  dans  son  plus 
grand  diamètre,  et  qu’elle  ne  soit  pas  trop  consistante.  L’emploi  de  cet 
instrument  est  assez  restreint  ;  le  mors  mâle  en  est  étroit,  hérissé  d’as¬ 
pérités  plus  ou  moins  saillantes  ;  le  mors  femelle  est  creusé  légèrement 
en  gouttière  à  bords  un  peu  recoquevillés,  pour  éviter  le  pincement  de  la 
muqueuse.  Le  brise-pierre,  dit  de  Civiale,  est  un  instrument  de  ce  genre, 
dont  le  talon  porte  une  petite  fenêtre. 

Mercier  a  fait  faire  un  lithotriteur  dont  les  deux  mors  sont  creusés  en 
cuiller,  et  dont  la  destination  est  d’extraire  des  fragments  de  calcul  et  de 


LITHOTRITIE.  —  description  de  l’appareil  instrumental.  669 
menus  débris.  Mais,  pour  éviter  l’engorgement,  il  a  cru  bon  de  munir  le 
mors  femelle  d’une  fente  (fig.  76).  Disons  de  suite  que  cette  dernière 


Fig.  78.  —  Hors  fenêtre  de  Robert  et  Collin.  Fio.  79.  —  Mors  fenêtre  de  Reliquet. 

disposition  est  inutile,  et  qu’on  peut  parer  à  l’engorgement  des  cuillers  à 
l’aide  d’une  manœuvre  que  nous  décrirons  en  son  lieu. 

Cependant  quelques  chirurgiens,  préoccupés  des  inconvénients  que 
peut  offrir  le  tassement  des  débris  daus  le  fond  de  la  cuiller,  ont  jugé 
bon  de  remplacer  la  fenêtre  par  un  appareil  évacuateur  ;  celui-ci  se 
"compose,  dans  l’instrument  de  Guillon,  d’un  petit  ressort  d’acier  garnis¬ 
sant  le  fond  de  là  cuiller,  et  qu’on  peut  faire  saillir  à  volonté  pour  chas¬ 
ser  les  débris.  Dans  l’instrument  de  Voillemier,  l’évacuateur  est  automa¬ 
tique,  et  fonctionne  chaque  fois  qu’on  ouvre  l’instrument  ;  il  consiste  en 
une  petite  lame  d’acier  adaptée  au  talon  du  mors  mâle,  et  qui  vient  faire 
saillie,  à  chaque  mouvement  de  rappel  de  la  branche  mâle,  dans  la  cu¬ 
vette  formée  parle  talon  du  mors  femelle,  en  rejetant  les  débris  à  droite 
et  à  gauche. 

Disons  de  suite  qu’il  ne  faut  guère  se  fier  au  jeu  de  ces  appareils. 

En  général,  les  becs  des  lithotriteurs  sont  disposés  de  telle  façon  qu’ils 
ne  peuvent  pincer  la  muqueuse  vésicale,  mais  ils  ont  l’inconvénient  d’être 
courts,  et  de  laisser  échapper  facilement  les  fragments  un  peu  volumi¬ 
neux.  Ces  défauts  sont  rachetés  par  la  facilité  que  l’on  a  d’évacuer  la  ves¬ 
sie,  séance  tenante,  d’une  certaine  quantité  des  débris  que  l’on  vient  de 
produire,  et  qui  sont  ramenés  dans  les  cuillers.  Enfin,  dernier  avantage 
qui  n’est  pas  sans  importance,  l’instrument  est  construit  de  façon  que, 
s’il  vient  à  se  briser  sous  l’influence  d’un  effort  trop  puissant,  c’est  au 
coude  du  bec  mâle  que  le  bris  doit  se  produire,  ce  qui  permet  de  retirer 
l’instrument  en  ne  laissant  dans  la  vessie  qu’un  fragment  d’acier  peu  vo¬ 
lumineux,  et  qui  pourra  être  rendu  par  l’urèthre  (Thompson). 

B.  De  la  tige  du  brise-pierre.  —  Elle  est  de  forme  cylindrique,  d’un 
calibre  variable,  suivant  l’âge  du  sujet  à  opérer  et  la  résistance  du  calcul,  et 


670  LITflOTRiTIE.  —  description  de  l’appareil  instrumental. 
se  compose  de  deux  branches,  glissant  l’une  dans  l’autre  à'frottement  doux. 

Dans  l’instrument  d’Heurteloup,  la  branche  femelle  se  composait  de 
deux  valves  dans  lesquelles  glissait  une  tige  pleine,  branche  mâle,  en 
forme  de  coin. 

Charrière  a  heureusement  modifié  cette  disposition  :  il  est  parvenu, 
tâtonnements,  à  donner  à  l’instrument  la  forme  d’une 
sonde  ordinaire,  tout  en  laissant  aux  deux  branches  un 
mouvement  très-facile  et  très-simple. 

La  figure  80  donne  une  idée  très-exacte  de  la  disposition 
de  la  branche  mâle  dans  l’intérieur  de  la  branche  femelle. 

C.  De  la  poignée  du  brise-jnetre.  —  Il  nous  reste  à 
faire  connaître  la  poignée  du  brise-pierre  ou  extrémité 
manuelle,  celle  que  le  chirurgien  tient  en  main,  et  par 
l’intermédiaire  de  laquelle  il  applique  la  force  qui  doit 
rompre  le  calcul. 

Tous  les  efforts  combinés  des  chirurgiens  et  des  fa¬ 
bricants  d’instruments  de  chirurgie  se  sont  portés  sur  cette  portion  de 
l’instrument,  et  l’on  est  arrivé  aujourd’hui  à  donner  à  la  poignée  du 
brise-pierre  les  dispositions  les  plus  ingénieuses  et  les  plus  savamment 
combinées  pour  obtenir  la  légèreté,  la  solidité,  la  force,  la  sûreté,  la 
précision  dans  la  manœuvre,  et,  disons-le  aussi,  une  certaine  élégance 
de  forme  qui  ne  nuit  en  rien  aux  autres  qualités. 

Le  problème  à  résoudre  était  le  suivant  ;  laisser  l’opérateur  libre  de 
faire  jouer  à  son  gré  les  deux  branches  du  brise-pierre  pour  rechercher, 
saisir  et  fixer  le  calcul,  et  d’adopter  séance  tenante,  et  selon  le  cas,  tel 
mode  de  broiement  qui  lui  paraîtrait  le  plus  convenable.  (Percussion, 
écrasement  à  la  main,  pression  mécanique  :  crémaillère  ou  vis.) 

Le  compresseur  à  volant  d’Amussat,  l’instrument  de  Ségalas  représen¬ 
tèrent  le  premier  pas  fait  dans  la  voie  que  nous  venons  d’indiquer  :  on 
pouvait,  en  effet,  avec  eux,  recourir  à  l’emploi  alternatif  de  la  compression 
et  de  la  percussion. 

Brise-pierre  a  pignon  et  a  crémaillère.  —  Charrière  réalisa  un  autre 
progrès  en  imaginant  le  pignon  à  crémaillère.  11  était  d’ailleurs  réservé 
à  l’habile  fabricant  français  de  trouver  la  véritable  solution  du  problème. 

L’instrument  à  pignon  et  à  crémaillère,  usité  encore  aujourd’hui  par 


Matthews  (Thompson). 


quelques  chirurgiens,  et  que  le  professeur  Gosselin  emploie  souvent  dans 
sa  clinique,  était  et  est  encore  le  modèle  préféré  de  sir  TVilliam  Fer- 
gusson.  11  permet,  très-aisément,  suivant  la  volonté  de  l’opérateur  et 


après  quelques 


Fig.  80.  —  Coupe 
de  la  tige  d’un 
brise-pierre. 


LITHOTRITIE.  —  description  i 


L  APPAREIL  INSTRUMENTAL. 


les  nécessités  du  cas  particulier,  de.  recourir  soit  à  la  pression,  soit  à  la 
percussion. 

Il  en  existe  deux  modèles,  l’ün  anglais  (fig.  81),  construit  par  Mat- 
thews,  sur  les  indications  de  sir  W.  Fergusson,  qui 
s’en  servait  dès  1854;  l’autre  français,  dû  à  Char- 
rière  (fig.  82). 

Dans  le  brise-pierre  de  Charrière  (fig.  82),  la 
branche  mâle  du  percuteur  se  termine  par  une  ron¬ 
delle  qui  permet  une  application  facile  du  marteau 
et  en  empêche  les  échappées,  en  offrant  ainsi  une 
large  surface.  Une  autre  rondelle,  faisant  également 
partie  de  la  branche  mâle,  existe  un  peu  plus  bas 
sur  l’instrument  et  sert  de  point  d’appui  au  pouce 
de  la  main  gauche  pour  fixer  solidement  la  pierre 
entre  les  mors  ;  une  troisième  rondelle  existe  sur  la 
branche  femelle,  mais  plus  large,  et  sert  de  point 
d’appui  à  toute  la  main  gauche,  moins  le  pouce^ 
pour  saisir  solidement  tout  l’appareil  (fig.  82). 

Si  le  marteau  ne  suffit  pas,  ou  s’il  ne  convient 
pas  au  chirurgien  de  l’employer,  il  peut  appliquer 
la  pression  et  voici  comment  :  la  branche  mâle  porte 
un  pas  de  vis  sur  lequel  peut  courir  la  deuxième 
rondelle  (celle  destinée  au  pouce  de  la  main  gauche) 
et  qui  permet,  la  pierre  une  fois  saisie,  d’exercer  sur 
elle  une  pression  plus  ou  moins  forte  pour  la  .fixer 
entre  les  mors;  puis,  en  avant  de  la  rondelle  mobile, 
la  branche  mâle  porte  une  crémaillère  précédée  elle- 
même  d’une  échelle  graduée  permettant  d’apprécier 
les  dimensions  de  la  pierre,  ou  mieux  et  plus  exac¬ 
tement  l’écartement  des  mors.  Sur  la  branche  fe¬ 
melle  se  trouve  un  baril  que  traverse  là  crémaillère. 

Ce  baril  est  interrompu  à  un  certain  niveau  pour 
recevoir  un  pignon  denté  qui  vient  s’engrener  dans 
la  crémaillère,  de  telle  sorte  qu’en  faisant  tourner 
le  pignon  dans  un  sens  ou  dans  l’autre,  on  ouvre  ou 
on  ferme  les  mors,  avec  une  force  proportionnelle 
au  développement  donné  au  manche  du  pignon  et  qui  peut  être  consi¬ 
dérable. 

Si  le  pignon  ne  suffit  pas  à  son  tour,  on  le  retire  et  l’on  peut  revenir  au 
marteau.  Le  pignon  est  toujours  calculé  de  manière  à  ne  pouvoir  surmon¬ 
ter  la  résistance  de  l’instrument. 

Dans  le  modèle  anglais  (fig.  81),  le  manche  du  pignon  a  la  forme  d’une 
clef  de  pendule  ;  les  dimensions  de  ces  leviers  sont  également  calculées 
proportionnellement  à  la  puissance  de  l’instrument  et  à  l’effort  musculaire 
que  le  chirurgien  est  capable  de  développer  à  un  moment  donné.  Cette 
dernière  considération  n’est  pas  sans  importance,  et,  si  le  chirurgien  est 


—  Brise-pierre  à 
pignon  et  à  crémaillère 
de  Charrière. 


672  LITHOTRITIE.  —  description  de  l’appareil  instrumental. 

jeune  et  vigoureux,  il  fera  bien  de  n’employer  qu’une  petite  clef  sous  peine 
de  briser  son  instrument  (Thompson) . 

Un  des  avantages  de  la  crémaillère  et  du  pignon,  c’est  de  permettre 
à  l’opérateur  de  procéder  par  pression  progressive  ou  par  secousses  et 
de  faire  ainsi  éclater  des  pierres  qui  ont  résisté  à  la  pression  lente 
(Thompson),  C’est  donc  là,  en  réalité,  un  terme  moyen  entre  la  per¬ 
cussion  et  la  pression  lente  qui  n’est  pas  sans  offrir  de  réels  avantages 
pratiques. 

Brise-pierre  a  levier  de  ounLON.  —  A  côté  du  mécanisme  du  pignon  à 
crémaillère,  il  convient  de  citer  le  brise-pierre  à  levier  latéral  d’Amussat, 
aujourd’hui  abandonné,  et  celui  à  levier  supérieur  de  Guillon  ;  ce  der¬ 
nier  instrument,  qui  offre  des  avantages  tout  particuliers  de  puissance  et 
de  solidité,  n’est  cependant  guère  usité  que  par  son  inventeur  et  par  son 
fils,  M.  le  docteur  A.  Guillon,  qui  tous  deux,  il  faut  le  reconnaître,  le 
manient  avec  une  habileté  à  laquelle  nous  nous  plaisons  à  rendre  hom¬ 
mage, 

La  figure  85  représente  les  différentes  pièces  dont  se  compose  cet  instru¬ 
ment. 

La  branche  femelle  porte  perpendiculairement  à  son  axe  un  ressort 
circulaire  en  rapport  avec  le  levier,  qui,  lorsqu’on  l’abaisse,  met  en  mou¬ 
vement  une  petite  pièce  dont  l’extrémité  vient  s’engager  dans  les  dents  de 
la  crémaillère  située  vers  le  milieu  de  la  branche  mâle. 

La  pression  intermittente,  obtenue  par  le  mouvement  d’abaissement 
rapide  du  levier,  permet  de  rapprocher  les  mors  de  l’instrument  avec  une 
puissance  énorme. Mais  il  paraît  démontré  aujourd’hui  qu’en  litliotritieces 
grands  déploiements  de  force  ne  sont  pas  nécessaires,  et  puis  ce  genre  de 
monture  donne  au  brise-pierre  un  poids  considérable.  Aussi  l’instrument 
de  MM.  Guillon,  bien  que  fort  ingénieusement  conçu  et  muni  d’un  appa¬ 
reil  évacuateur  commode,  n’est-il  pas  souvent  employé,  et  l’usage  courant 
en  a-t-il  été  laissé  presque  exclusivement  à  ses  inventeurs. 

Brise-pierre  a  vis  et  a  écrou  brisé.  —  On  s’est  servi  de  la  vis  pour  exer¬ 
cer  une  pression  énergique  sur  les  calculs,  et  l’appareil  à  volant  d’Amussat 
a  été  l’un  des  premiers  modèles  de  ce  genre  dont  on  ait  fait  usage.  Mais 
la  manœuvre  d’un  écrou  est  très-lente,  fût-il  même  muni  d’un  levier 
plus  ou  moins  long,  selon  l’effet  à  produire:  il  faut,  après  chaque  écrase¬ 
ment,  dévisser  l’écrou  pour  pouvoir  faire  jouer  les  branches,  et  c’est  pour 
obvier  à  ces  pertes  de  temps  qui  forcent  l’opérateur  à  prolonger  de  beau¬ 
coup  la  durée  des  séances,  ce  qui,  ainsi  que  nous  le  verrons,  augmente  les 
dangers  de  la  lithotritie  ;  c’est,  disons-nous,  pour  permettre  au  chirur¬ 
gien  de  faire  jouer  rapidement  son  instrument,  tout  en  utilisant  la  puis¬ 
sance  delà  vis,  que  Charrière,  sollicité  par  Civiale  dans  le  sens  que  nous 
indiquons,  inventa  Vécrou  brisé,  qui  se  retrouve  aujourd’hui  sur  tous 
les  instruments  employés,  avec  de  légères  variantes  dans  la  disposition  du 
mécanisme  qui  le  fait  agir. 

Voici  en  quoi  consiste  cet  appareil  et  comment  il  fonctionne. 

La  branche  femelle  est  garnie  d’une  armature  carrée  (pour  être  tenue  en 


LITHOTRITIE.  —  description  de  l’appareil  instrumental.  673 
main  et  pouvoir,  le  cas  échéant,  être  placée  dans  l’étau  à  main) ,  terminée  par 
une  rondelle.  Dans  l’intérieur  de  cette  armature  se  trouvent  placées  deux 


lames  élastiques;  chacune  de  ces  branches  élastiques  est  terminée  par  un 
renflement  muni  d’un  pas  de  vis.  Ces  renflements,  sous  l’influence  de  l’é¬ 
lasticité  des  lames  qui  les  portent,  s’écartent  de  l’axe  de  l’instrument  et  se 


XX.  —  45 


674  LITHOTRITIE.  —  description  de  l’appareil  instrumental. 
logent  dans  deux  petites  encoches  situées  de  chaque  côté  de  la  rondelle 
terminale. 

La  branche  mâle  est  munie,  dans  toute  la  partie  qui  traverse  l’armature, 
d’un  pas  de  vis  ;  c’est  dans  ce  trajet  fileté  que  viennent  mordre  les  deux 
renflements  qui  représentent  l’écrou  brisé. 

A  l’aide  d’un  mouvement  simple,  ayant  pour  but  de  rapprocher  les 
deux  pièces  de  l’écrou  brisé  de  la  vis  de  la  branche  mâle,  le  chirurgien 
peut  transformer  instantanément  son  instrument  en  un  brise-pierre  à  vis, 
et,  quand  l’effet  de  la  vis  ne  lui  est  plus  nécessaire,  rendre,  par  un  mou¬ 
vement  inverse  et  toujours  très-rapide,  la  branche  mâle  absolument  libre 
dans  la  branche  femelle. 

Ce  jeu  alternatif  s’obtient  comme  il  suit  :  sur  la  rondelle  terminale  de 
.  la  branche  femelle  s’applique  une  autre  rondelle  pouvant  librement  pivo¬ 
ter  sur  la  première  ;  cette  coiffe  ou  chapiteau  est  garnie  intérieurement  de 
(feux  saillies  et  de  deux  -dépressions  alternatives;  si  l’on  fait  tourner  laron- 
®delle  mobile  d’un  quart  de  cercle  dans  le  sens  des  rainures,  les  deux 
branches  de  l’écrou,  obéissant  à  leur  élasticité,  s’écartent,  et  la  branche 
mâle  devient  libre  ;  tourne-t-on  d’.un  quart  de  cercle  en  sens  inverse,  ce 
sont  les  deux  parties  saillantes  de  la  coiffe  mobile  qui  viennent  se  mettre  au 
niveau  des  deuxmorceaux  de  l’écrou  brisé  et  les  forcent  à  mordre  sur  la  vis 
de  la  branche  mâle,  qui  désormais  ne  peut  plus  marcher  que  par  un  mou¬ 
vement  de  vis. 

Tel  estl’écrou  brisé  primitif  de  Charrière  ;  depuis,  une  autre  disposition 
a  été  adoptée  par  MM.  Robert  et  Collin,  qui  permet  de  faire  jouer  l’écrou 
brisé  avec  un  seul  doigt,  et  cela  rapidement  ;  cette  fois,  c’est  le  déplace¬ 
ment  d’un  anneau  mis  en  mouvement  par  une  bascule  qui  permet  d’en¬ 
grener  ou  de  désengrener  la  branche  mâle  avec  l’écrou  brisé. 

Avec  cette  dernière  disposition,  l’instrument  est  plus  simple,  plus  fa¬ 
cile  à  manier,  plus  facile  aussi  à  démonter  et  à  nettoyer.  Aussi  ce  genre 
d’armature  tend-il  généralement  à  être  adopté  par  la  plupart  des  prati¬ 
ciens. 

Coxeter  et  Weiss,  en  Angleterre,  ont,  sur  les  indications  de  Thompson, 
modifié  encore  la  partie  manuelle  du  brise-pierre  et  adopté  une  disposi¬ 
tion  spéciale,  rappelant  celle  de  Robert  et  Collin  et  celle  à  clavette  de 
Mathieu. 

Mallez  a  fait  construire  par  Mathieu  un  écrou  brisé  d’un  maniement 


Fie.  84.  —  Écrou  brisé  à  verrou  (Mathieu). 


fort  simple;  c’est  une  sorte  de  verrou  C,  que  l’opérateur  met  eh  jeu  à 
l’aide  du  pouce  de  la  main  droite  pour  fermer  l’écrou,  et  qu'il  repousse 


LITHOTRITIE.  —  description  de  l’appareil  instrumental.  675 
à  l’aide  de  l’indicateur  de  la  main  gauche  pour  l’ouvrir.  La  ligure  84 
donne  une  idée  de  cette  ingénieuse  disposition  adaptée  à  l’instrument  à 
armature  carrée.  Elle  est,  on  le  conçoit,  parfaitement  applicable  à  l’ar¬ 
mature  à  barillet. 

L’armature  de  Thompson  se  compose  d’ün  barillet  ou  douille  métallique 
cannelée,  permettant  à  l’opérateur  de  tenir  solidement  son  instrument 
de  la  main  gauche,  sans  que  pour  cela  le  poids  de  l’appareil  soit  aug¬ 
menté  ;  l’écrou  brisé  entre  en  jeu  à  l’aide  d’un  anneau  mû  par  un  bou¬ 
ton  que  le  pouce  de  la  main  qui  tient  l’instrument  fait  glisser  dans  une 
coulisse. 

L’anneau  à  bascule  de  Robert  et  Collin  s’adapte  également  très-bien  à 
cette  armature  ;  seulement  la  douille  est  moins  longue  et  est  située  tout 
entière  au-dessous  de  l’écrou.  On  obtient  ainsi  un  instrument  solide,  bien 
en  main,  commode,  facile  à  manier.  Les  avantages  de  cette  combinaisou 
nous  ont  paru  tels  que  nous  n’avons  pas  hésité  à  l’adopter  dans  notre 
pratique.  La  figure  85  représente  l’instrument  dont  nous  nous  servons 


Fig.  85.  —  Nouveau  modèle  d’écrou  brisé  à  clavette  basculante  (Robert  et  Collin). 

habituellement  et  qui  n’est  que  la  combinaison  du  mors  de  Reliquet, 
du  barillet  de  Thompson  et  de  l’écrou  brisé  à  bascule  de  Robert  et 
Collin. 

Le  mécanisme  de  cet  instrument  est  d’une  simplicité  extrême  ;  le  mon¬ 
tage,  le  démontage  et  le  nettoyage  se  font  avec  beaucoup  de  facilité. 

N’oublions  pas  d’ajouter  aux  autres  avantages  du  barillet  de  Thompson 
celui,  non  moins  important,  de  faciliter  la  recherche  des  calculs  ou  de  leurs 
fragments,  qu’il  est  parfois  si  difficile  de  rencontrer  dans  le  bas-fond 
de  la  vessie  avec  les  autres  instruments. 

Dans  la  description  du  manuel  opératoire,  nous  ne  parlerons  que  des 
instruments  que  nous  venons  de  décrire  en  dernier  lieu,  et  dont  nous  fai¬ 
sons  personnellement  usage. 

Quant  aux  autres  instruments  qui  font  partie  de  l’arsenal  des  lithotri- 
teurs,  tels  que  sondes  évacuatrices,  seringues,  appareils  à  injection  et  à 
aspiration,  lithotriteurs  uréthraux,  pinces  uréthrales,  etc.,  nous  les  décri¬ 
rons  en  nous  occupant  des  suites  de  la  lithotritiei 

Üne  dernière  remarque. 

Quand  on  veut  pratiquer  la  lithotritie,  il  convient  d’avoir  à  sa  disposition 
une  série  de  brise-pierre,  dont  les  dimensions  varient  suivant  le  volume 
et  la  résistance  du  calcul,  l’âge  de  l’opéré,  le  but  qu’on  se  propose  d’at¬ 
teindre  :  fragmentation  ou  pulvérisation. 

Thompson  a  adopté  la  série  suivante  de  brise-pierre  ; 


676 


LITHOTRIÏIE.  —  SOINS  i'réliwinaires. 


I  Très-fort, 
j  Moyen.  . 

(  Petit.  .  . 
l  Ordinaire. 

1  Très-mince 


10  ou  11 
9  ou  10 


7  ou  8 
6  ou  7 
4  ou  5 


21  ou  22,5 

19.5  ou  21 
15  ou  17 

15.5  ou  15 
11  ou  12 


13  ou  14  26  ou  28 

12  ou  15  24  ou  26 

10  ou  11  21  ou  22,5 

9  ou  10  10,5  ou  21 

7  ou  7,5  15  ou  16 


Nous  lie  croyons  pas  cette  multiplicité  d’instruments  nécessaire.  On 
peut,  selon  nous,  ramener  cet  arsenal  à  de  plus  modestes  proportions  ; 
nous  donnons  ici  le  tableau  des  lithoclastes  (mors  fenêtrés)  et  des  litho- 
triteurs  (mors  à  cuiller)  dont  nous  faisons  usage,  notre  n“  1  suffisant 
parfaitement  chez  l’enfant. 


Bec  fenêtré  large  Tige 


NM .  7““  1/2  28"“ 

N»  2 .  8»“  1/2  — 

KM .  9"“  1/2  — 


Inutile  d’ajouter  que  la  construction  de  ces  instruments  doit  être  par¬ 
faite,  que  le  jeu  doit  en  être  exempt  de  tout  frottement,  et  que  l’acier  avec 
lequel  on  les  fabrique  doit  être  de  première  qualité  et  avoir  subi  une 
trempe  toute  particulière. 

On  ne  doit  jamais  se  servir  d’un  brise-pierre  neuf  sans  l’avoir  soumis  à 
des  essais  préalables. 

Quant  aux  autres  règles  qui  doivent  guider  le  choix  du  chirurgien  dans 
l’emploi  du  brise-pierre,  elles  peuvent  être  ainsi  résumées  ; 

Pour  les  petits  calculs,  les  fragments  dé  calcul  et  l’extraction  des  débris, 
il  faut  prendre  un  instrument  à  mors  mâle  plat,  avec  mors  femelle  à 
cuiller.  Pour  les  calculs  volumineux  ou  résistants,  et  pour  les  gros  frag¬ 
ments,  il  convient  d’employer  notremors  fenêtré. 

Pour  l’exploration  ultime,  pour  ramasser  les  derniers  débris  et  les  ex¬ 
traire  séance  tenante,  il  faut  choisir  un  instrument  à  mors  concaves. 

Soins  préliminaires.  —  Le  calcul  existe,  sa  présence  n’est  pas  dou¬ 
teuse,  et  a  été  dûment  constatée  par  les  procédés  en  usage  (voy.  Calculs 
VÉSICAUX,  t.  VI,  p.  72)  ;  le  chirurgien  connaît  l’instrument  qu’il  doit  em¬ 
ployer,  et  en  possède  bien  le  mécanisme;  voyons  comment  il  faut  opérer. 

Mais  avant  que  d’entrer  dans  les  minutieux  détails  delà  manœuvre  opé¬ 
ratoire,  il  convient  de  faire  connaître  les  soins  préliminaires  que  doit 
prendre  l’homme  de  l’art  vis-à-vis  de  son  malade,  et  sur  la  nature  et  l’im¬ 
portance  desquels  tous  les  chirurgiens  sont  loin  de  s’accorder. 

Préparation  du  malade.  —  Faut-il,  un  calcul  étant  donné,  qui  réunit 
toutes  les  conditions  voulues  pour  être  traité  par  la  lithotritie,  faut-il, 
disons-nous,  procéder  à  son  broiement  aussitôt  qu’on  en  a  reconnu  la 
présence?  Une  telle  manière  de  faire,  adoptée,  il  est  vrai,  par  quelques  chi¬ 
rurgiens,  nous  paraît  évidemment  trop  hâtive,  préjudiciable  aux  intérêts 
du  malade,  et  peu  conforme  aux  enseignements  de  la  pratique. 


LITHOTRITIE.  —  soins  préliminaires.  677 

On  doit  d’abord  s’assurer,  par  une  exploration  attentive  de  l’état  dans 
lequel  se  trouve  l’appareil  génito-urinaire,  du  degré  de  susceptibilité  du 
malade;  de  la  façon  dont  il  supporte  le  cathétérisme  ;  de  la  somme  d’acti¬ 
vité  dont  dispose  le  réservoir  urinaire  ;  de  l’état  des  reins  ;  de  la  nature, 
de  la  qualité,  de  la  quantité  des  urines  émises  ;  et  enfin  de  l’état  général 
du  sujet. 

Nous  devons  insister  tout  particulièrement  sur  l’examen  des  urines, 
dont  les  dépôts  doivent  toujours  être  interrogés  avec  soin  par  les  divers 
réactifs,  et  aussi  par  le  microscope  ;  épreuves  multiples,  fastidieuses  sans 
doute,  mais  nécessaires,  et  auxquelles  un  chirurgien  vraiment  soucieux 
des  intérêts  de  son  malade ,  ne  devrait  jamais  se  soustraire.  Nous  aurons 
d’ailleurs  l’occasion  de  montrer  plus  loin,  à  propos  des  indications  et  des 
contre-indications  de  la  lithotritie,  de  quelle  importance  est  cet  examen 
des  urines  au  microscope,  et  combien  une  telle  recherche  vient  en  aide 
au  médecin,  pour  déterminer  très-exactement  quel  est  l’état  des  reins  et 
de  la  vessie. 

Tous  ces  soins  préliminaires  ne  sont  pas,  il  faut  le  reconnaître,  l’affaire 
d’un  instant  :  une  observation  attentive  et  de  plusieurs  jours  est  néces¬ 
saire  au  médecin  pour  se  mettre  au  courant  de  ces  diverses  particula¬ 
rités  ;  mais  la  nécessité  de  ces  recherches  étant  admises,  nous  sommes 
absolument  opposés  aux  manœuvres  de  lithotritie  faites  extemporané- 
ment. 

Cathétérismes  réitérés  préalables.  —  Cet  intervalle  que  nous  voulons 
qu’on  laisse  entre  la  détermination  bien  exacte  de  la  présence  du  calcul, 
et  la  première  séance  de  broiement,  doit  être  consacré  tout  particulière¬ 
ment  à  des  cathétérismes  répétés  tous  les  jours  avec  des  bougies  ou  des 
sondes  de  plus  en  plus  volumineuses.  On  émousse  ainsi  la  sensibilité  de 
l’urèthre,  qui  s’habitue  peu  à  peu  au  contact  des  corps  étrangers.  En 
outre,  cette  dilatation  graduelle,  rendra  plus  facile  l’introduction  des  in¬ 
struments  de  lithotritie,  et  facilitera  l’émission  des  débris.  Faute  d’avoir 
pris  toutes  ces  précautions,  nous  avons  vu  les  accidents  les  plus  graves 
succéder  à  une  première  séance,  de  lithotritie. 

Si,  chose  assez  fréquente,  l’étroitesse  du  méat  paraissait  devoir  être  un 
obstacle  à  l’introduction  du  brise-pierre,  on  aurait  recours  à  l’incision  de 
cet  orifice,  soit  en  haut,  soit  en  bas. 

Des  injections  vésicales.  —  Des  injections  vésicales,  pratiquées  avec  de 
l’eau  tiède,  accompagneront  tous  les  jours  ces  cathétérismes  prépara¬ 
toires.  On  habituera  ainsi  peu  à  -peu  le  réservoir  urinaire  à  recevoir  et  à 
conserver  une  certaine  quantité  de  liquide,  condition  éminemment  favo¬ 
rable  à  la  manœuvre  des  instruments. 

Hypertrophie  de  la  prostate.  —  Si  la  prostate  n’offre  pas  un  développe¬ 
ment  trop  considérable,  il  n’y  a  qu’à  suivre  la  marche  que  nous  venons 
d’indiquer.  Mais.s’il  existe,  ce  qu’il  est  assez  facile  de  constater,  une  aug¬ 
mentation  de  volume  du  lobe  moyen  de  cette  glande,  condition  anato¬ 
mique  qui  s’oppose  à  la  facile  introduction  et  aussi  à  la  libre  manœuvre 
de  l’instrument,  il  convient  de  chercher  à  en  obtenir  l’affaissement  par 


678  LITHOTRITIE.  —  makdel  opératoire  et  soins  consécutifs. 
l’introduction  à  demeure  d’un  gros  cathéter  de  gomme  ou  d’étain,  ce  qui 
vaut  mieux.  Cette  pratique  nous  a  donné  d’excellents  résultats. 

Il  faut  assurer  la  liberté  du  ventre.  —  L’encombrement  des  portions 
extrêmes  du  tube  digestif  est  un  fait  assez  commun  chez  les  calculeux  ;  il 
est  donc  bon  d’assurer  chez  eux  la  liberté  du  ventre,  soit  à  l’aide  de 
laîiatifs  légers,  soit,  peu  avant  l’opération,  à  l’aide  de  lavements  appro¬ 
priés. 

Nécessité  du  repos  préalable.  —  Les  calculeux  qui  doivent  être  soumis  à 
la  lithotritie,  feront  bien  de  garder  le  repos  au  lit,  ou,  pour  le  moins,  à  la 
chambre,  sur  une  chaise  longue,  pendant  tout  le  temps  que  prendront  ces 
soins  préliminaires.  On  en  conçoit  aisément  la  raison.  Cette  pratique  a 
pour  but  d’éviter  à  la  vessie  les  froissements  que  provoquent  inévitable¬ 
ment  les  déplacements  du  calcul,  quand  le  malade  prend  de  l'exercice. 

Néplmte,  cystite.  —  S’il  existe  un  peu  de  néphrite,  on  la  traitera  par 
des  applications  révulsives  sur  la  région  des  reins  (ventouses,  sinapismes) 
et  des  boissons  émollientes  et  alcalines.  S’il  y  a  de  la  cystite,  on  aura  re¬ 
cours  aux  révulsifs  cutanés  sur  l’hypogastre,  aux  boissons  balsamiques 
(infusion  de  bourgeons  de  sapin,  eau  de  goudron,  avec  sirops  de  Tolu  ou 
de  térébenthine)  et  aux  injections  avec  la  décoction  narcotico-émolliente, 
la  décoction  de  graine  de  lin,  l’infusion  d’éclats  de  bois  de  sapin  ou  de 
bourgeons  de  sapin,  la  décoction  de  feuilles  de  noyer  alcoolisée  ou  non  ; 
et,  si  les  urines  sont  ammoniacales,  aux  injections  de  silicate  de  soude  au 
1000®  ou  au  1/2  1000®,  à  la  tisane  de  chiendent,  à  l’acide  benzoïque  ou 
aux  benzoates  alcalins,  etc.  (Le  silicate  de  soude,  l’acide  benzoïque  et  les 
benzoates  doivent  être  employés  à  faibles  doses)  ;  des  injections  de  silicate 
de  soude  à  la  dose  de  5,  10,  15,  20  centigrammes  dans  100  grammes 
d’eau  ont  donné  de  bons  résultats  dans  les  inflammations  chroniques  de  . 
la  vessie;  l’acide  benzoïque  et  les  benzoates  alcalins  enlèvent  facile¬ 
ment  la  mauvaise  odeur  des  urines,  mais  ils  excitent  assez  vivement  les 
parois  vésicales  et  tout  le  système  urinaire;  il  faut  donc  les  employer 
avec  circonspection. 

La  trop  grande  irritabilité  de  la  vessie  sera  combattue  et  atténuée  par 
les  injections  d’acide  carbonique  ou  d’eau  de  Seltz,  de  solution  de  bro¬ 
mure  de  potassium,  ou  des  injections  laudanisées,  ces  dernières  pouvant 
être  avantageusement  appliquées  par  le  rectum.  ~  Nous  nous  sommes 
toujours  bien  trouvés  de  faire  prendre  à  ceux  de  nos  malades  dont  la  vessie 
était  très-irritable,  le  lavement  suivant  :  bromure  de  potassium,  1  gramme; 
laudanum,  10  gouttes;  eau,  quantité  suffisante. 

Il  faut  ne  pas  négliger  non  plus  l’usage  des  grands  bains  tièdes  et  des 
bains  de  siège. 

Manuel  opératoire  et  soins  consécutifs.  —  Disposition  de 
l’appareil  instrumental.  —  Quand  on  croit  la  préparation  suffisante,  on 
se  met  en  mesure  de  procéder  à  l’opération. 

Les  instruments  dont  le  chirurgien  doit  se  servir  sont  disposés  sur  une 
table  située  à  portée  de  la  main,  et  placée  à  droite  de  l’opérateur  qui  y 
met  :  les  lithoclastes  ou  les  lithotriteurs  dont  il  compte  se  servir,  une 


LITHOTRITIE.  —  manuel  opératoire  et  soins  consécutifs.  679 
sonde  molle  de  calibre  convenable,  une  seringue  à  injection,  de  l’huile  et 
de  l’eau  tiède. 

Position  de  l'opéré.  —  Nous  parlerons  plus  loin  des  lits  et  appareils 
spéciaux  imaginés  pour  donner  au  malade  la  position  la  plus  convenable. 
Pour  nous,  nous  nous  contentons  du  lit  ordinaire  ;  la  seule  précaution 
que  nous  prenions,  consiste  à  passer  sous  le  siège  des  calculeux  un 
coussin  résistant  assez  épais,  garni  d’une  alèze,  ou  encore  un  ou  deux 
oreillers  roulés  dans  une  serviette  maintenue  par  des  épingles;  les  épaules 
reposent  sur  le  plan  ordinaire  du  lit,  la  tête  est  soutenue  par  le  traversin, 
les  jambes  et  les  cuisses  sont  fléchies,  les  genoux  écartés  et  les  talons  rap¬ 
prochés  l’un  de  l’autre. 

On  croyait  utile  autrefois  de  se  servir  de  lits  spéciaux  pour  placer  le 
malade  ;  mais  depuis  les  perfectionnements  considérables  introduits  dans 
la  fabrication  des  instruments,  et  aussi  dans  le  manuel  opératoire,  on  a 
reconnu  l’inutilité  de  ces  appareils 
compliqués  plus  gênants  qu’utiles. 

Nous  avons  cité  dans  notre  esquisse 
historique  le  lit  rectangle  ou  lit  fixa¬ 
teur  d’Heurteloup  ;  citons  encore  le  lit 
spécial  d’Amussat,  le  matelas  roulé  de 
MM.  Guillon,  père  et  fils,  l’appareil  à 
bascule  imaginé  récemment  par  le  doc¬ 
teur  Reliquet,  la  tige  pelvi-support  du 
docteur  Cusco  (fig.  86),  pour  répéter 
que  nous  ne  voyons  pas  quels  sont  les 
avantages  réels  attribués  à  ces  divers  Po>vi-support  de  Cusco.  Pour  k 

.  t  -1  <  ,  T  Iithotritie,  on  supprime  la  tige  a  contre- 

engins.  A  quoi  bon  toutes  ces  compll-  extensive 
cations,  quand  on  peut  réaliser  les  in¬ 
dications  fournies  par  le  cas  particulier  à  l’aide  de  moyens  simples,  qui 
n’étonnent  ni  n’effrayent  les  malades?  En  chirurgie  comme  en  médecine, 
la  simplicité  doit  toujours  être  recherchée. 

Il  n’est  d’ailleurs  pas  toujours  nécessaire  d’élever  considérablement  le 
siège  de  l’opéré,  et  il  est  même  des  chirurgiens,  comme  par  exemple  le 
docteur  Coulson,  de  Saint-Peter’s  Hospital  et  de  Loch  Hospital,  à  Londres, 
qui  pratiquent  la  lithotritie  sur  le  sujet,  tel  qu’il  est  placé  dans  son  lit,  et 
qui  n’ont  recours  au  coussin  que  dans  le  cas  d’hypertrophie  considérable 
de  la  prostate  ;  cette  disposition  anatomique  nécessite,  en  effet,  un  mou¬ 
vement  d’abaissement  souvent  considérable  du  manche  du  lithotriteur, 
pour  parvenir  jusque  dans  la  vessie,  mouvement  que  la  rencontre  du  plan 
formé  par  le  lit  empêcherait  certainement. 

De  la  position  que  prend  le  calcul  dans  la  vessie,  sous  l’mfluence  de 
l’attitude  donnée  au  malade.  —  Nous  sommes  d’avis  qu’il  faut  toujours 
élever  le  bassin  au-dessus  du  plan  sur  lequel  reposent  les  épaules  ;  mais 
pour  régler  complètement  ce  point  du  manuel  opératoire,  il  importe  que 
l’opérateur  sache  très-exactement  quelles  sont  les  conditions  anatomi¬ 
ques  des  organes  génito-urinaires  chez  le  sujet  à  opérer,  et  qu’il  ait  ainsi 


680  LITHOTRITIE.  —  mandel  opératoire  et  soins  consécdtips. 
une  idée  nette,  précise,  de  la  position  qu’occupe  la  pierre  dans  la  vessie; 
il  pourra,  de  cette  connaissance,  inférer  la  place  qu’elle  occupera  sous 
l’influence  de  l’attitude  donnée  au  malade. 

Nous  allons  entrer  à  cet  égard  dans  quelques  détails  qui  ne  seront  pas 
dépourvus  d’intérêt. 

Chez  un  calculeux,  dans  la  position  horizontale,  telle  que  celle  qu’on  a 
dans  un  lit  ordinaire,  la  pierre,  en  admettant,  bien  entendu,  qu’elle  soit 
libre,  est  d’ordinaire  placée  immédiatement  derrière  la  prostate;  le  fait 
d’élever  le  siège  la  fait  rouler  un  peu  du  côté  de  la  base  du  trigone  vési¬ 
cal,  ce  qui  facilite  la  recherche  et  la  prise. 

Les  choses  se  passent  ainsi  quand  la  prostate  n’est  pas  trop  hyper¬ 
trophiée  ;  mais  quand  elle  est  volumineuse,  la  pierre  vient  se  loger  dans 
une  sorte  de  poche,  immédiatement  au-dessous  de  l’orifice  du  col  vésical  ; 
on  ne  peut,  dans  ces  conditions,  la  déplacer  et  en  rendre  la  saisie  facile 
qu’en  élevant  notablement  le  bassin  au-dessus  du  plan  des  épaules; 
le  coussin  doit  donc  avoir  quinze  et  même  vingt  centimètres  d’épais¬ 
seur. 

Position  de  la  pieire  chez  l’enfant.  —  Chez  les  enfants,  qui  n’ont  pour 
-ainsi  dire  pas  de  prostate,  la  pierre  est  appliquée  presque  toujours  direc¬ 
tement  sur  le  col  ;  il  faut  donc  aussi  chez  eux,  quand  on  pratique  lalitho- 
tritie,  donner  au  corps  une  inclinaison  telle  que  le  calcul  s’écarte  de 
l’orifice  de  l’urèthre  ;  faute  de  prendre  cette  précaution,  le  chirurgien 
s’expose,  dans  la  manœuvre  de  recherche  et  de  saisie,  à  froisser  le  col  vé¬ 
sical,  organe,  on  le  sait,  très-facilement  irritable,  et  qu’il  importe  tant  de 
ménager. 

Injection  vésicale.  —  But.  —  Utilité.  —  Température.  —  Quantité. 
—  Le  malade  étant  en  position,  on  le  sonde  pour  vider  la  vessie,  puis  on 
fait  une  injection  d’eau  à  la  température  de  35  à  37°,  que  l’on  cesse 
quand  l’opéré  accuse  une  forte  envie  d’uriner.  Arrêtons-nous  un  instant 
sur  cette  pratique  de  l’injection  préalable,  qui  n’est  pas  universellement 
admise  par  tous  les  chirurgiens. 

Ainsi  Thompson  déclare  qu’aprèsy  avoir  eu  recours  longtemps,  d’une 
façon  systématique,  chez  tous  ses  opérés,  il  y  a  aujourd’hui  à  peii  près 
complètement  renoncé.  A  ses  yeux,  le  cathétérisme  préalable  à  l’injection, 
et  l’injection  elle-même  sont  des  causes  d’irritation  pour  le  canal  et  la 
vessie  ;  cela  retarde  l’opération,  et  inquiète  le  malade.  Il  suffit,  selon  le 
chirurgien  anglais,  de  recommander  aux  calculeux  de  retenir  leurs  urines 
une  heure  ou  deux  avant  la  séance,  pour  avoir  dans  la  vessie  une  quantité 
de  liquide  très-suffisante  pour  manœuvrer  à  l’aise.  Sir  H.  Thompson  va 
plus  loin  encore,  puisqu’il  admet  que,  le  malade  ne  gardât-il  pas  ses 
urines,  il  serait  encore  possible  pour  une  main  exercée,  armée  des  instru¬ 
ments  perfectionnés  dont  on  se  sert  aujourd’hui,  de  pratiquer  presque  à 
sec  la  lithotritie  sans  grand  dommage  pour  la  muqueuse  vésicale. 

Le  docteur  Coulson  partage  également  cette  manière  devoir;  la  pra¬ 
tique  du  chirurgien  de  Saint-Peter’s  Hospital  peut  se  résumer  ainsi_  :  un 
calculeux  étant  donné,  il  ne  faut  pas  le  sonder  ;  on  lui  recommande  de 


LITHOTRITIE.  —  manuel  opÉRATOinE  et  soins  consécotifs.  681 
garder  ses  urines  quelque  temps  avant  la  séance  ;  on  l’explore  avec  un 
lithoclaste,  et  si  la  pierre  est  dans  les  conditions  voulues  pour  être  broyée, 
on  procède  séance  tenante  à  la  lithoclastie,  sans  autre  préparation. 

Nous  ne  pouvons  admettre  pour  notre  compte  personnel  la  manière  de 
faire  des  deux  chirurgiens  anglais  ;  peut  être  cela  réussit-il  en  Angleterre, 
mais  assurément  cela  ne  réussit  pas  chez  nous  ;  le  cathétérisme  préalable  à 
l’opération  n’a  certes  rien  de  bien  inquiétant,  ni  de  bien  redoutable  pour 
les  patients  déjà  habitués,  —  ainsi  que  nous  l’avons  indiqué  plus  haut,  — 
au  passage  des  sondes  et  des  bougies  ;  on  ne  sait  jamais  au  juste  quelle 
quantité  d’urine  la  vessie  pourra  contenir  au  moment  d’opérer  ;  mieux 
vaut  donc  la  vider,  et  y  introduire  une  quantité  connue  d’eau  tiède,  80 
à  120  grammes,  par  exemple.  Si  l’on  a  eu  soin  de  préparer  le  malade,  et’ 
d’accoutumer  la  vessie  à  supporter  des  injections  journellement  croissantes, 
il  sera  bien  rare  de  voir  rejeter  le  liquide  injecté;  d’ailleurs,  en  introdui¬ 
sant  l’instrument  aussitôt  la  sonde  extraite,  on  peut  arrêter  cette  émission, 
t  au  besoin  même,  un  aide  peut  saisir  la  verge  à  pleine  main,  et  com¬ 
primer  le  canal  sur  la  tige  du  litbotriteur. 

11  faut  du  liquide  dans  la  vessie,  mais  point  trop  ;  en  effet,  quand  l’or¬ 
gane  est  trop  distendu,  la  recherche  de  la  pierre  est  rendue  plus  difficile, 
et  la  prise  des  débris  presque  impossible.  Quant  à  opérer  à  sec,  nous  ne 
saurions  le  faire,  et  considérons  cela  comme  une  mauvaise  pratique, 
quelles  que  puissent  être  d’ailleurs  l’habileté  de  l’opérateur  et  la  perfection 
des  instruments. 

Position  du  chirurgien.  —  Le  malade  étant  convenablement  installé,  le 
chirurgien  prend  place  à  la  droite  du  patient,  aussi  bien  pour  l’exécution 
des  manœuvres  préparatoires ,  que  pour  l’introduction  et  la  mise  en 
œuvre  du  litbotriteur.  Il  pourrait,  il  est  vrai,  se  placer  à  gauche,  comme 
il  est  d’usage  pour  le  cathétérisme  ordinaire  ;  mais,  s’il  n’est  pas  ambi¬ 
dextre,  il  lui  faudra ,  l’instrument  une  fois  introduit,  changer  de  côté,  ce 
qui  complique  la  manœuvre,  allonge  la  séance,  et  imprime  au  calculeux 
des  secousses  pénibles  et  préjudiciables  au  succès  de  l’opération. 

Introduction  de  V instrument.  —  Le  lithotriteur  est  chauffé  par  immer¬ 
sion  dans  l’eau  tiède  ou  par  le  frottement  rapide  avec  un  linge,  et  en¬ 
duit  d’huile  ou  de  cérat  ;  la  branche  mâle,  retirée  de  la  branche  femelle, 
est  soigneusement  graissée,  puis  réintroduite  dans  sa  gaine.  Le  chirurgien 
saisit  l’instrument  de  la  main  droite,  après  s’être  assuré  qu’il  joue  bien,  et 
que  l’écrou  brisé  fonctionne  régulièrement  ;  la  verge  est  prise  de  la  main 
gauche  et  relevée  ;  les  lèvres  du  méat  sont  écartées  avec  le  pouce  et  l’index 
de  cette  même  main  ;  le  lithoclaste  est  présenté  par  son  bec  à  l’orifice 
uréthral,  sa  tige  étant  dirigée  presque  transversalement  ;  à  mesure  que 
l’instrument  pénètre,  le  chirurgien  allonge  de  plus  en  plus  la  verge,  et 
fait  en  même  temps  subir  au  lithoclaste  un  mouvement  de  conversion  qui 
le  ramène  dans  le  sens  de  l’axe  du  corps,  avec  lequel  il  lui  fait  prendre, 
en  le  relevant  peu  à  peu,  une  direction  perpendiculaire.  Arrivé  à  ce  point, 
le  bec  vient  buter  sur  le  cul-de-sac  du  bulbe  ;  en  abandonnant  alors 
l’instrument  à  son  propre  poids,  tout  en  le  maintenant  légèrement  pour 


682  LITHOTRITIE,  —  manuel  opératoire  et  soins  consécutifs. 
]’einpêcher  de  choir  latéralement,  la  partie  manuelle  bascule,  le  bec  se 
relève,  quitte  le  cul-de-sac  du  bulbe,  et  s’engage  flans  la  portion  prosta¬ 
tique  du  canal  ;  au  moment  qu’il  est  facile  de  saisir  avec  un  peu  d’ha¬ 
bitude,  on  abaisse  le  manche  de  l’instrument  entre  les  cuisses,  soit  d’un 
mouvement  lent  et  continu ,  soit  par  petites  saccades,  mais  toujours  sans 
force  ;  pendant  ce  temps,  la  main  gauche,  lâchant  la  verge,  vient  appuyer 
sur  le  ligament  suspenseur  de  cet  organe,  pour  favoriser  le  redressement 
de  la  portion  courbe  du  canal.  Un  sentiment  de  résistance  vaincue,  et 
la  mobilité  du  bec  du  lithoclaste,  qu’on  peut  faire  tourner  à  droite  et  à 
gauche  dans  l’intérieur  de  la  vessie,  indiquent  à  l’opérateur  que  le  premier 
temps  de  la  manœuvre  est  accompli'. 

Gomment-  il  faut  tenir  l'instrument.  —  Les  préceptes  que  nous  allons 
formuler  s’appliquent  tout  particulièrement  à  l’instrument  dont  nous  fai¬ 
sons  un  usage  habituel  ;  mais  à  de  très-légères  modifications  près,  ils  sont 
les  mêmes  pour  tous  les  autres  lithotriteurs  et  lithoclastes  habituel¬ 
lement  employés  ;  tels,  par  exemple,  que  ceux  à  écrou  brisé,  à- rondelle 
de  Charrière,  à  pignon  et  à  crémaillère  du  même  fabricant,  à  levier  supé¬ 
rieur  de  M.  Guillon,  etc. 

Instrument  à  barillet  et  à  clavette.  —  Le  barillet  doit  être  tenu  légère¬ 
ment  avec  les  quatre  premiers  doigts  de  la  main  gauche,  le  pouce  en  des¬ 
sous,  de  telle  façon  que  l’instrument,  maintenu  dans  l’axe  du  corps, 
puisse  néanmoins  tourner  de  droite  à  gauche  etvicevei'sâ,  sous  la  direction 
de  la  main  droite. 

Celle-ci  embrasse  la  rondelle  terminale,  de  telle  manière  qu’elle  repose 
dans  la  paume  de  la  main  ;  le  pouce  et  l’index  prennent  point  d’appui  sur 
la  clavette,  qu’ils  font  jouer  au  moment  voulu  pour  ouvrir  l’instrument. 
Ce  temps  exécuté,  les  trois  derniers  doigts  restés  libres  tirent  sur  la  ron¬ 
delle,  ce  mouvement  écarte  les  deux  mors  de  l’instrument;  quand  on  juge 
l'écartement  des  deux  becs  suffisant,  on  fait  avec  les  doigts  de  la  main 
droite,  appliqués  sur  l’anneau  qui  surmonte  l’écrou  brisé,  tourner  l’in¬ 
strument  à  droite,  puis  à  gauche,  et  s’il  est  même  nécessaire,  on  lui  fait 
faire  une  révolution  complète  dans  l’intérieur  de  la  vessie,  jusqu’à  ce  qu’on 
rencontre  la  pierre. 

Celle-ci  trouvée,  on  glisse  doucement  l’instrument  le  long  du  calcul  et 
on  tâche  de  le  saisir  ;  on  .s’assure  que  la  prise  est  bonne,  en  poussant  la 
rondelle  avec  la  paume  de  la  main  droite,  l’index  et  le  pouce  prenant 
point  d’appui  sur  les  parties  latérales  de  l’anneau  qui  fait  jouer  la  cla¬ 
vette  ;  au  moment  voulu,  ces  mêmes  doigts  font  basculer  l’anneau,  par 
un  léger  mouvement  d’extension  ;  l’écrou  brisé  se  trouve  fermé,  et  la  vis 
peut  être  mise  en  jeu.  On  peut  également,  dans  certains  cas,  faire  mar¬ 
cher  la  clavette  à  l’aide  du  pouce  de  la  main  gauche,  qu’on  ramène  au- 
dessus  du  barillet  par  un  mouvement  de  circumduction. 

Broiement  de  la  pierre.  —  Méthode  française,  dite  de  Civiale.  —  La 
pierre  est  saisie  et  fixée  entre  les  mors  de  l’instrument  qui  ne  peuvent  plus 
désormais,  grâce  à  la  fermeture  de  l’écrou  brisé,  se  rapprocher  que  par  le 
mouvement  de  vis  ;  il  faut  alors  ramener  l’instrument  dans  sa  position 


LITHOTRITIE.  —  mandel  opératoire  et  soins  consécutifs.  685 
primitive,  c’est-à-dire  ramener  le  bec  avec  la  pierre  au  centre  de  la  vessie, 
ce  qui  se  fait  en  imprimant  au  barillet  un  mouvement  de  rotation  égal  et 
inverse  de  celui  qu’on  lui  a  fait  exécuter  pour  la  recherche  du  calcul.  On 
remplit  en  agissant  ainsi  un  double  but  :  on  s’écarte  des  parois  vésicales 
et  on  s’assure  en  même  temps  que  la  muqueuse  n’a  pas  été  saisie  avec  la 
pierre. 

Cette  position  prise,  on  fait  marcher  la  vis  avec  lenteur,  et  sans  trop 
de  force,  pour  éviter  un  échappement  brusque.  Quand  la  pierre  n’est  pas 
trop  dure,  quand  elle  n’est  pas  trop  volumineuse,  et  qu’elle  a  été  saisie 
suivant  un  diamètre  favorable,  c’est-à-dire  suivant  son  plus  petit  axe,  la 
fragmentation  s’opère  assez  facilement.  On  obtient  ainsi  d’ordinaire  quatre 
ou  cinq  gros  fragments,  et  quelques  menus  débris  provenant  surtout  de  la 
coque. 

Durée  de  la  première  séance.  —  Quand  on  a  fait  marcher  la  vis  jus¬ 
qu’au  rapprochement  complet  des  becs  de  l’instrument,  on  ouvre  de  nou¬ 
veau  l’écrou  brisé  par  la  manœuvre  décrite  plus  haut  ;  on  écarte  le  mors 
mâle  du  mors  femelle,  et  on  procède  à  la  recherche  des  fragments  comme 
on  l’a  fait  pour  le  calcul  entier.  On  répète  plusieurs  fois  cette  manœuvre, 
sans  toutefois  faire  durer  la  séance  plus  de  deux  à  trois  minutes  ;  ce  temps 
est  très-suffisant,  dans'la  plupart  des  cas,  pour  obtenir  une  quantité  assez 
considérable  de  graviers  capables  d’être  rendus  par  l’urèthre. 

Quand  on  estime  le  broiement  suffisant,  on  ferme  l’instrument,  en  ayant 
soin  de  dégorger  les  becs  des  débris  calculeux  qu’ils  auraient  pu  retenir, 
par  une  série  de  mouvements  de  va-et-vient  imprimés  à  l’aide  de  la  vis, 
l’écrou  brisé  étant  fermé,  bien  entendu.  Le  contact  des  deux  mors  étant 
devenu  parfait,  on  retire  l’instrument  avec  lenteur; 

Le  procédé  que  nous  venons  de  décrire  est  généralement  connu  sous  le 
nom  de  procédé  français  ou  de  manœuvre  de  Civiale.  Comme  nous  l’avons 
déjà  dit,  le  but  qu’on  se  propose  en  l’employant  est  d’éviter,  autant  que 
possible,  tout  froissement  du  col,  tout  contact  des  mors  avec  les  parois 
vésicales,  tout  pincement  de  la  muqueuse';  c’est  sans  contredit  le  meil¬ 
leur  modus  faciendi,  et  celui  qu’ont  adopté  la  plupart  des  lithotri- 
teurs. 

Manœuvre  anglaise.  —  Il  existe  cependant  une  autre  méthode  pour 
saisir  et  broyer  le  calcul,  encore  usitée  en  Angleterre,  en  Amérique,  et 
même  en  France,  par  quelques  opérateurs,  et  désignée  dans  les  auteurs 
sous  le  nom  de  manœuvre  anglaise.  Il  est  bon  de  la  connaître,  car  elle 
peut  parfois  rendre  des  services  dans  les  cas  où  la  manœuvre  française  est 
restée  insuffisante.  Voici  en  quoi  elle  consiste  :  le  lithoclaste,  une  fois 
introduit,  est  poussé  jusqu’au  contact  du  bas-fond  delà  vessie;  là,  le  mors 
femelle  étant  maintenu  sur  la  paroi  vésicale  qu’il  déprime  légèreriient,  on 
ouvre  l’instrument  en  tirant  sur  la  branche  mâle  ;  le  calcul,  s’il  est  libre, 
est  entraîné  par  la  pesanteur,  et  roule  entre  les  mors  du  lithoclaste;  s’il 
ne  s’y  présente  pas  en  quelque  sorte  automatiquement,  on  favorise  sa 
chute,  et  partant  sa  prise,  en  imprimant  au  bassin  du  malade  quelques 
légères  secousses.  On  évite,  il  est  vrai,  dans  cette  manœuvre,  le  mouve- 


684  LITHOTRITIE.  —  mandel  opébatoire  et  soins  consécutifs. 
ment  de  circumduction  de  l’instrument  dans  la  vessie,  mais  on  risque 
bien  plus  de  froisser  cet  organe.  MM.  Guillon  père  et  fils,  en  France,  sont 
restés  fidèles  à  cette  méthode,  à  laquelle,  du  .reste,  nous  n'hésitons  pas  à 
recourir,  quand  notre  méthode  favorite  ne  nous  a  pas  réussi,  ou  encore 
dans  certains  cas,  à  la  fin  des  séances  de  lithotrifie,  quand  il  est  difficile 
de  saisir  les  derniers  débris  de  la  pierre. 

Emploi  du  lithoclaste  à  pignon  et  à  crémaillère.  —  Nous  avons  fait 
connaître  la  construction  et  le  mécanisme  de  l’instrument  à  pignon  et  à 
crémaillère;  quelques  chirurgiens  y  ont  encore  quelquefois  recours;  citons 
en  Angleterre  sir  W.  Fergusson,  en  France  le  professeur  Gosselin;  nous 
n’avons  pas  à  nous  étendre  ici  sur  les  détails  du  manuel  opératoire,  con¬ 
cernant  cet  instrument  ;  on  conçoit,  en  effet,  combien  il  est  facile  de  lui 
appliquer  les  différents  préceptes  que  nous  venons  de  formuler. 

Disons  seulement  que  son  emploi  peut  paraître  indiqué  dans  les  cas  de 
calculs  très-résistants,  bien  que  de  médiocre  volume;  cet  instrument  a,  en 
effet,  une  puissance  d’action  considérable  et  supérieure  à  celle  des  litho- 
clastes  à  écrou  brisé  ;  il  agit  par  saccades  successives,  ce  qui  rapproche 
son  mode  d’action  de  celui  du  percuteur  à  marteau. 

Emploi  de  Vinstrument  à  levier  supérieur  de  Guillon.  —  Ce  que  nous 
venons  de  dire  du  brise-pierre  à  pignon  et  à  crémaillère,  est  applicable 
de  tous  points  à  l’instrument  à  levier  supérieur  de  Guillon,  dont  l’action 
est  aussi  très-puissante.  Sa  mise  en  oeuvre  diffère  complètement  de  celle 
habituellement  adoptée  pour  tous  les  autres  instruments  de  lithotritie;  en 
effet,  on  doit,  une  fois  qu’il  est  introduit  dans  la  vessie,  le  faire  agir  à  bout 
de  bras,  le  chirurgien  étant  placé  debout  entre  les  jambes  du  malade,  celui- 
ci  reposant  sur  un  matelas  placé  à  terre,  le  siège  relevé  fortement  par  un 
second  matelas  roulé  comme  un  traversin.  La  force  qu’on  peut  déployer 
avec  cette  attitude  est  énorme;  aussi  les  instruments  de  Guillon  sont-ils 
construits  en  conséquence,  et  peuvent-ils  broyer  sans  difficulté  les  calculs 
les  plus  durs,  au  traitement  desquels  il  conviendrait,  dans  notre  pensée, 
de  les  réserver  exclusivement. 

Soins  consécutifs.  —  Quel  que  soit  l’instrument  auquel  on  ait  recours, 
la  durée  de  la  première  séance  ne  doit  pas  dépasser,  ainsi  que  nous 
l’avons  déjà  dit,  deux  minutes  ou  deux  minutes  et  demie.  L’instrument  re¬ 
tiré,  le  malade,  débarrassé  du  coussin  élévateur,  est  enveloppé  chaude¬ 
ment  dans  son  lit,  avec  des  boules  d’eau  chaude  aux  pieds.  On  lui  fait 
prendre  une  boisson  chaude  et  légèrement  stimulante,  et  si  l’urèthre  a  été 
éraillé,  ou  si,  étant  donnée  l’extrême  susceptibilité  du  sujet,  on  a  lieu  de 
craindre  un  accès  de  fièvre,  on  administre  de  suite  une  petite  dose  de  sul¬ 
fate  de  quinine. 

Pendant  les  vingt-quatre  premières  heures  qui  suivent  la  séance,  l’opéré 
ne  doit  uriner  que  sur  le  dos  ou  sur  le  côté,  mais  jamais  debout  ;  on 
évite  ainsi  la  propulsion  sur  le  col  de  la  vessie  des  gros  fragments  an¬ 
guleux,  ainsi  que  l’engagement  de  graviers  volumineux  dans  le  canal  de 
l’urèthre.  Civiale  indique  aussi,  comme  une  bonne  précaution  à  prendre, 
de  mettre  le  malade  au  bain  une  demi-heure  après  la  séance.  Cette  pra- 


LITHOTRITIE.  —  manuel  opératoire  et  soies  consécutifs.  685 
tique  n’est  pas  usuelle;  il  est  des  sujets  qui  se  trouvent  mal  au  bain; 
en  outre  les  envies  d’uriner  y  sont  irès-fréquenles,  et  parfois  douloureuses. 
Il  ne  faut  donc  y  avoir  recours  que  dans  quelques  circonstances  exception¬ 
nelles.  De  larges  cataplasmes  émollients  appliqués  sur  le  ventre,  le  pé¬ 
rinée  et  les  parties  génitales  remplissent  d’ailleurs  l’indication  du  bain, 
si  elle  existe,  avec  toutes  sortes  d’avantages.  On  évite,  en  effet,  ainsi  les 
grands  déplacements,  et  surtout  les  chances  de  refroidissement,  d’ordi¬ 
naire  si  fréquents  et  si  graves  chez  les  lithotritiés.  S’il  existe  du  ténesme 
vésical  ou  une  douleur  vive  vers  le  col,  la  prostate  et  l’anus,  un  lavement 
laudanisé  et  bromuré  ou  un  suppositoire  opiacé  belladoné,  constituent  un 
excellent  sédatif.  S’il  y  a  de  l’agitation  et  de  l’insomnie,  on  donne  une 
potion  calmante  .  L’alimentation  se  bornera  à  quelques  potages  légers  ;  on 
étendra  les  urines  à  l’aide  de  boissons  assez  abondantes,  prises  tièdes  ou  à 
la  température  de  la  chambre.  Ces  boissons  seront,  bien  entendu,  au  goût 
des  malades.  Voici  celles  que  nous  recommandons  :  tisane  de  chiendent, 
tisane  de  graine  de  lin  par  macération  à  froid,  additionnée  d’une  petite 
quantité  d’une  eau  alcaline,  comme  Vichy  ou  Vais;  les  eaux  gazeuses  de 
Saint-Galmier  ou  de  Seltz,  parfois  encore  l’eau  de  Vittel  ou  celle  d’Évian. 
Il  faut  assurer  la  régularité  des  garde-robes  par  quelques  lavements 
évacuants. 

La  température  de  la  chambre  du  malade  doit  être  soigneusement 
maintenue  à  un  degré  constant;  s’il  survient  une  abondante  sudation,  le 
linge  mouillé  sera  aussitôt  changé,  et  remplacé  par  d’autre  linge  chaud  et 
sec.  Il  faut  défendre  aux  opérés  de  lithotrdtie  de  garder  un  urinai  à  de¬ 
meure  dans  le  lit,  ce  qui  favorise  l’émission  incessante  de  l’urine  à  la 
moindre  sollicitation;  l’irritation  du  col  provoquée  par  les  manœuvres 
opératoires  et  entretenue  ou  sollicitée  à  nouveau  et  d’une  façon  inces¬ 
sante  par  le  choc  des  fragments  calculeux,  donne  naissance  à  des  envies 
d’uriner  auxquelles  il  est  bon  que  les  malades  sachent  résister.  L’urinal 
ne  doit  être  remis  à  l’opéré  que  chauffé  par  immersion  dans  l’eau  chaude 
ou  entouré  d’un  linge,  ce  qui  atténuera  l’impression  de  froid  que  provoque 
son  placement  entre  les  cuisses  du  patient,  impression  que  nous  avons 
vue  parfois  être  fort  pénible. 

Au  bout  de  vingt-quatres  heures,  s’il  n’estsurvenu  aucune  complication, 
le  malade  peut  quitter  le  lit;  mais  il  ne  doit  pas  sortir;  le  séjour  à  la 
chambre  est  de  rigueur.  Il  évitera  de  garder  l’attitude  debout  et  de  mar¬ 
cher  pour  échapper  à  tout  froissement  du  bas-fond  de  la  vessie  par  le 
roulement  de  fragments  encore  volumineux  et  anguleux.  Il  évitera  aussi 
d’uriner  debout  pour  les  raisons  dites  plus  haut. 

Tous  ces  détails  peuvent  paraître  puérils;  qu’on  n’oublie  pas  qu’ils  ont 
une  grande  importance  dans  la  pratique,  et  que  la  négligence  d’une  pré¬ 
caution  peut  devenir  la  source  d’accidents  graves,  qui  compromettent 
tout  à  la  fois  l’art  et  le  chirurgien. 

Dé  l’intervalle  qu’il  convient  de  mettre  entre  les  séances.  —  Nous  sup¬ 
posons  que  tout  s’est  aussi  bien  passé  que  possible,  que  l’opéré  n’a  eu  que 
peu  ou  point  de  fièvre,  qu’il  a  modérément  souffert  et  que  son  état  général 


686  LITHOTRITIE.  —  mandel  opératoire  et  soins  consécütips. 
est  resté  satisfaisant,  quand  conviendra-t-il,  dans  ces  conditions,  de  procé¬ 
der  à  une  seconde  séance  ?  Nous  ne  pouvons,  on  le  concevra  aisément,  for¬ 
muler  de  préceptes  absolus  à  cet  égard.  Il  ne  nous  est  possible,  en  pareille 
matière,  que  de  donner  quelques  indications  très-générales,  laissant  aux 
chirurgiens  qui  nous  liront  le  soin  de  les  appliquer  aux  cas  particuliers 
qu’ils  pourront  rencontrer. 

D’ordinaire,  nous  mettons  au  moins  quatre  jours  d’intervalle  entre  la 
première  et  la  deuxième  séance,  et  souvent,  nous  guidant  en  cela  sur  l’ex¬ 
trême  sensibilité  des  sujets  auxquels  nous  avons  affaire,  huit  et  même  dix 
jours.  Notre  but  est  de  laisser  à  la  vessie  le  temps  de  se  remettre  de  la  vio¬ 
lence  qu’elle  a  subie,  si  douce  qu’ait  été  d’ailleurs  la  manœuvre,  au  col  de 
se  calmer,  aux  premiers  fragments  d’être  émis.  Mais  la  règle  que  nous 
indiquons  n’a  rien  d’absolu;  voici,  à  cet  égard,  quelques  données  prati¬ 
ques,  sur  lesquelles  nous  ne  saurions  trop  insister.  D’habitude,  quand 
les  choses  se  sont  bien  passées,  la  première  séance  est  suivie  d’un  véri¬ 
table  soulagement,  et  tel  malade  qui  souffrait  beaucoup  de  son  calcul,  se 
croit  presque  guéri,  tant  il  se  sent  mieux;  alors. vous  pouvez  faire  une 
nouvelle  séance  à  quatre  jours  d’intervalle.  D’autres  fois  le  malade,  qui 
souffrait  à  peine  de  son  calcul,  est  pris,  dans  les  jours  qui  suivent  la 
séance,  d’accidents  tels  du  côté  de  la  vessie,  et  parfois  même  des  reins, 
qu’il  n’hésite  pas  à  déplorer  de  s’être  laissé  opérer  ;  il  faut  ici  considérer 
deux  cas  bien  distincts,  et  entre  lesquels,  nous  l’avouons,  il  n’est  pas 
toujours  facile  de  se  décider  ;  ou  les  phénomènes  accusés  par  le  sujet  ré¬ 
sultent  des  manœuvres  instrumentales,  et  alors  il  convient  d’attendre 
qu’ils  se  soient  calmés  avant  que  d’entreprendre  une  nouvelle  séance  ;  ou 
ils  proviennent  de  ce  que  le  calcul  étant  dur  et  composé  d’acide  urique  et 
d’oxalate  de  chaux,  par  exemple,  a  donné  par  le  premier  broiement  nais¬ 
sance  à  des  fragments  anguleux,  pointus,  tranchants,  qui  blessent,  irri¬ 
tent  la  vessie,  provoquent  une  cystite  et  même  une  cysto-pyéloméplirite, 
horriblement  douloureuse,  dangereuse  souvent  ;  alors  le  meilleur  remède, 
qu’on  le  sache  bien,  est  une  nouvelle  séance  à  courte  échéance,  séance 
dans  laquelle  les  fragments,  cause  de  tout  le  mal,  sont  broyés  plus  menus. 
La  cause  des  accidents  étant  ainsi  enlevée,  ceux-ci  cèdent  presque  aus¬ 
sitôt  ;  mais  nous  ne  faisons  aucune  difficulté  de  reconnaître  que  le  parti  à 
prendre  en  pareille  occurrence  ne  laisse  pas  que  d’être  souvent  fort  em¬ 
barrassant  ;  c’est  donc  de  son  expérience  personnelle  que  le  chirurgien 
devra  prendre  conseil,  en  un  tel  cas,  bien  plus  que  de  l’enseignement 
écrit. 

Quand  et  comment  il  convient  de  procéder  à  la  deuxième  séance. 
—  De  l’instrument  Iqu’il  faut  employer.  — ■  Dans  les  jours  qui  suivent 
une  première  séance  de  lithotritie,  l’opéré  rend  un  certain  nombre  de 
fragments,  et  une  quantité  variable  de  débris  pulvérulenlSj  quantité 
qu’il  convient  d’apprécier,  et  pour  ce  faire  de  recueillir  avec  soin  en  pas¬ 
sant  toutes  les  urines  sur  un  tamis.  Le  chirurgien  peut  alors  juger  avec 
une  certaine  exactitude  de  ce  qu’il  lui  reste  à  faire ,  puisqu’il  a  dû, 
au  moment  même  de  la  première  opération,  estimer  approximativement 


LITHOTRITIE.  —  manuel  opératoire  et  soins  consécotk's.  687 
le  volume  du  calcul.  Il  convient  alors  de  faire  choix  d’un  instrument  ap¬ 
proprié  au  travail  qu’il  reste  à  faire  :  si  la  pierre  était  grosse  et  dure,  et 
qu’on  suppose  que  la  première  opération  a  produit  quelques  gros  débris, 
on  peut,  on  doit  même  recourir  une  fois  encore  au  lithoclaste  à  mors 
fenêtré,  en  le  choisissant,  toutefois,  d’une  force  moindre,  puisqu’il  s’agit 
de  s’attaquer  à  des  fragments. 

Mais,  si  le  chirurgien  estime  que  les  morceaux  résultant  du  premier 
broiement  ne  sont  ni  trop  volumineux,  ni  trop  résistants,  c’est  au  brise- 
pierre  à  cuillers  qu’il  devra  recourir;  avec  cet  instrument,  la  prise  des 
fragments  et  des  menus  débris  est  facile. 

La  manœuvre  d’introduction  et  celte  de  broiement  sont  de  tous  points 
semblables  à  ce  que  nous  avons  dit  plus  haut  en  traitant  de  l’emploi  du 
lithoclaste.  Quelques  détails  nous  paraissent  cependant  nécessaires.  Le 
sujet  étant  placé  suivant  les  règles  déjà  exposées,  le  chirurgien  sent  aisé¬ 
ment  les  fragments  au  moment  où  il  pénètre  dans  la  vessie  avec  son  in¬ 
strument.  Inclinant  alors  à  droite  ou  à  gauche,  selon  le  cas,  le  bec  de  son 
lithotriteur,  après  l’avoir  ouvert,  il  saisit  un  des  fragments  et  l’écrase  par 
la  simple  pression  de  la  main,  ou  à  l’aide  de  la  vis,  selon  la  résistance 
qu’il  rencontre;  puis,  il  répète  cette  même  manœuvre  autant  de  fois 
qu’il  est  nécessaire,  sans  toutefois  dépasser  deux  à  quatre  minutes  de 
durée  pour  toute  la  séance.  S’il  éprouve  quelque  difficulté  à  saisir  les  frag¬ 
ments  calculeux,  il  peut  faire  exécuter  à  l’instrument  une  révolution  com¬ 
plète,  ou  recourir  à  la  manœuvre  anglaise;  mais  c’est  là  une  pratique  dont 
il  faut  être  ménager. 

La  cuiller  femelle  se  charge  toujours  d’une  certaine  quantité  de  débris 
pierreux,  dont  il  est  aisé  de  la  débarrasser,  en  partie  du  moins,  par  des 
ouvertures  et  des  fermetures  alternatives  de  l’instrument,  exercées  à 
l’aide  de  la  vis. 

11  ne  faut  pas  chercher  à  ramener  au  dehors  une  trop  grande  quantité  de 
débris.  L’urèthre,  fût-il  même  très-large,  souffre  souvent  du  passage  d’un 
instrument  lithotriteur  incomplètement  fermé,  et  il  en  peut  résulter  des 
accidents  qui  ne  sont  pas  toujours  sans  gravité.  Cette  pratique  était  autre¬ 
fois  fort  usitée  en  Angleterre,  et  môme  en  France  par  quelques  chirurgiens. 
Nous  n’hésitons  pas  à  nous  associer  au  blâme  que  lui  inflige  Thompson,  et 
nous  sommes  heureux  de  nous  trouver,  sur  ce  point  encore,  en  commu¬ 
nauté  d’idées  avec  le  célèbre  chirurgien  anglais. 

En  raisonnant  quelque  peu,  il  est  facile  de  faire  bonne  justice  de  cette 
dangereuse  manœuvre.  De  deux  choses  l’une  :  ou  le  fragment  est  trop  vo¬ 
lumineux  pour  pouvoir  traverser  l’urèthre ,  et  alors  il  ne  pourra  être 
extrait  par  l’instrument  qu’au  prix  d’un  traumatisme  qu’il  faut  à  tout 
prix  éviter,  et  le  mieux  est  de  le  réduire  en  poussière  ou  en  débris  assez 
menus  pour  être  facilement  expulsés  avec  les  urines  ;  ou  le  fragment 
est  d’un  diamètre  qui  lui  permettra  de  traverser  spontanément  le  canal; 
dans  ce  cas,  si  vous  le  saisissez,  broyez-le,  il  passera  d’autant  plus  facile¬ 
ment;  s’il  vous  échappe,  soyez  sans  inquiétude,  il  sortira  en  son  temps. 

Plus  les  fragments  sont  petits  et  rares,  plus  ils  sont  difficiles  à  recon- 


688  IjITHOTRIÏIE.  —  manuel  opératoike  et  soins  consécutifs. 
naître  et  à  saisir  ;  mais  ce  point  de  pratique  ne  se  présente  que  quand  le 
calcul,  après  un  nombre  variable  de  séances,  a  été  éliminé  en  presque  to¬ 
talité.  Il  faut  donc,  pour  les  séances  finales,  destinées  à  une  dernière 
exploration,  employer,  selon  le  conseil  de  Thompson,  un  lithotriteur  à 
mors  larges  et  courts.  Cotte  séance  de  vérification  doit  être  faite  le  siège 
très-élevé,  et  la  vessie  renfermant  une  certaine  quantité  de  liquide  ;  on  fera 
exécuter  à  l’instrument,  dans  l’intérieur  de  la  vessie,  une  révolution  com¬ 
plète,  et  l’on  pourra,  sans  inconvénient,  prolonger  la  séance  plus  que  d’ha¬ 
bitude.  Cinq  à  six  minutes  même  ne  sont  pas  de  trop  pour  acquérir  une 
certitude  absolue. 

Cette  extrême  minutie  dans  l’exploration  finale  a  sa  raison  d’être,  en 
ce  sens  que  le  plus  petit  fragment,  oublié  dans  un  coin  quelconque  de  la 
vessie,  peut  devenir  le  point  de  départ  de  la  formation  d’un  nouveau  cal¬ 
cul,  fait  réel,  fréquent  même,  dû,  sans  nul  doute,  à  la  négligence  des 
opérateurs,  et  qui  a  valu  à  la  lithotritie  le  reproche  d’être  moins  efficace 
que  la  taille  et  d’exposer,  plus  que  cette  dernière  opération,  à  la  repro¬ 
duction  de  la  pierre.  On  voit,  par  ce  qui  précède,  qu’il  est  facile  de  faire 
justice  de  cette  assertion  en  apportant  dans  l’exploration  finale  toute  la 
délicatesse  voulue. 

Disons,  en  terminant,  qu’aucun  instrument  explorateur  ne  fournit  d’in¬ 
dications  aussi  précises  que  le  brise-pierre  muni  du  barillet  de  Thompson  : 
un  débris,  ne  fût-il  gros  que  comme  un  grain  de  chenevis,  est  ainsi  aisé¬ 
ment  reconnu. 

Emploi  de  la  pince  trilobé  dans  V exploration  finale.  —  Civiale  avait 
l’habitude,  dans  l’exploration  finale  de  la  vessie  d’un  calculeux  traité  par 
la  lithotritie,  de  recourir  à  l’instrument  qu'il  avait  inventé  au  début  de  sa 
carrière  ;  il  se  servait  de  sa  pince  trilabe,  dont  il  avait  soin  d’enlever,  pour 
le  cas  particulier,  les  boîtes  à  cuir,  en  vue  de  permettre  au  liquide  contenu 
darts  la  vessie  de  s’écouler  peu  à  peu  à  travers  la  canule  de  l’instrument, 
et  d’amener  ainsi,  en  quelque  sorte  forcément,  le  dernier  débris  entre 
les  mors  de  la  pince  à  trois  branches;  une  fois  saisi,  il  était  facile  de  le 
broyer.  Nous  ne  croyons  pas  que  les  chirurgiens  de  notre  époque  aient  en¬ 
core  recours  à  ce  procédé,  qui  ne  manque  cependant  ni  d’utilité,  ni  d’élé¬ 
gance. 

Du  traitement  après  chaque  séance.  —  Le  traitement  qu’il  convient 
d’adopter  après  chaque  séance  ne  diffère  en  rien  de  celui  que  nous  avons 
indiqué  après  la  première  séance.  Seulement,  le  degré  de  résistance  ou  de 
susceptibilité  du  sujet  étant  mieux  connu  du  chirurgien,  il  sera  plus  fa¬ 
cile  de  parer  à  tel  ou  tel  accident  qui  aura  pu  se  produire  à  la  séance 
précédente.  En  général,  les  précautions  doivent  être  prises  avec  autant 
de  rigueur  qu’au  début.  Le  malade  restera  au  lit  vingt-quatre  heures  au 
moins,  et  pendant  tout  ce  temps  n’urinera  que  sur  le  dos  ou  sur  le  côté.  Le 
régime  alimentaire  sera  observé  avec  les  réserves  indiquées  plus  haut. 

Quant  au  traitement  qui  doit  suivre  immédiatement  chacune  des 
séances  en  ce  qui  concerne  plus  particulièrement  Torganè  malade,  nous 
croyons  devoir  nous  y  arrêter  quelque  peu,  les  divers  chirurgiens  qui 


LITHOTRITIE.  —  manuel  opératoire  et  soins  consécutifs.  689 
pratiquent  la  litliotritie  ne  se  trouvant  pas  tous  d’accord  sur  ce  point. 

Des  injections  vésicales  à  la  suite  des  séances  de  litliotritie.  —  Il 
était  autrefois  d’usage  de  faire  suivre  chaque  séance  de  lithotritie  d’injec¬ 
tions  vésicales  destinées,  soit  à  laver  la  vessie  et  à  entraîner  les  mucosités 
et  les  menus  débris  qu’avait  pu  produire  l’opération,  ainsi  que  les  caillots 
•sanguins  qui  avaient  pu  se  former  à  la  suite  d’une  violence  quelconque 
exercée  sur  les  parois  vésicales  ;  soit  encore  et  surtout  à  entraîner,  à  l’aide 
d’un  courant  liquide,  les  principaux  débris  du  calcul  qu’on  venait  d’opérer. 

Tout  un  appareil  instrumental  a  été  imaginé  dans  le  but  de  répondre  à 
cette  indication,  que  l’on  croyait  formelle  et  inéluctable.  On  verra,  au 
cours  de  ce  travail,  que  l’opinion  des  premiers  lithotriteurs  sur  ce  point 
intéressant  de  pratique  n’est  plus  aujourd’hui  de  mise,  et  que  la  nature 
se  charge  à  elle  seule,  en  y  mettant  le  temps  nécessaire,  de  remplir, 
avec  toute  la  perfection  désirable,  le  but  que  l’on  veut  atteindre. 

Certains  praticiens  faisaient  autrefois,  et  d’aucuns  font  encore  aujour¬ 
d’hui  suivre  chaque  séance  de  broiement  de  l’introduction  d’une  sonde 
et  d’une  injection  vésicale,  faite  avec  de  l’eau  tiède,  s’il  ne  s’agit  que  de 
laver  la  vessie  et  d’entraîner  des  débris  ;  avec,  de  l’ean  froide,  s’il  y  a 
perte  de  sang. 

Avant  d’aller  plus  loin,  que  l’on  veuille  bien  envisager  avec  nous  les 
conséquences  d’une  pareille  pratique.  Vous  venez  de  violenter  l’urèthre  et 
la  vessie,  et  à  peine  la  manœuvre  opératoire  est-elle  terminée,  que  vous 
blessez  à  nouveau  ces  organes  délicats  en  y  introduisant  une  sonde.  Cela 
seul  augmente  les  chances  possibles  de  fièvre  uréthrale.  Et  la  vessie?  Vous 
la  distendez  par  une  injection  liquide,  alors  qu’elle  est  dans  un  état  de 
spasme  que  le  col  partage,  et  que  toute  l’économie  ressent,  et  pour  quel 
résultat? 

De  deux  choses  l’une  :  ou  il  s’agit  d’une  première  séance,  ou  vous  avez 
affaire  à  une  séance  secondaire.  Dans  le  premier  cas,  votre  injection  n’a 
en  aucune  façon  sa  raison  d’être  :  parce  que,  d’une  part,  vous  venez  ac¬ 
croître  l’irritation  des  organes  par  l’introduction  d’une  sonde,  fût-elle 
molle  et  de  moyen  calibre  ;  parce  que,  d’autre  part,  vous  ne  pouvez  espérer 
que  des  fragments,  trop  volumineux  pour  traverser  l’urèthre  sous  la 
seule  impulsion  des  efforts  naturels,  arrivent  jamais  à  traverser  la  sonde, 
quel  qu’en  soit  le  diamètre;  songez  en  outre  qu’un  fragment  entraîné 
par  le  courant  que  vous  aurez  provoqué,  peut  s’engager  dans  l’œil  de  la 
sonde  et,  n’arrivant  pas  à  le  franchir,  faire  obstacle  à  l’issue  de  celle-ci 
quand,  au  moment  du  retrait,  vous  aurez  à  franchir  le  col.  Si  l’on  force  le 
passage,  on  blesse  l’urèthre ,  et  Dieu  sait  ce  qu’il  en  résulte.  Si  Ton 
s’arrête,  ce  qui  est  le  seul  parti  à  prendre  en  pareille  circonstance,  on  a 
fait  une  manœuvre  inutile,  car,  pour  retirer  la  sonde  sans  dommage  pour 
le  malade,  il  faut  repousser  le  calcul  dans  la  vessie  à  l’aide  d’un  mandrin, 
et  alors  on  perd  tout  le  bénéfice  de  la  tentative. 

Ce  qui  précède  ne  s’applique  qu’à  la  sonde  ordinaire  ;  mais  les  chi¬ 
rurgiens  ne  se  sont  pas  tenus  pour  battus.  En  présence  des  inconvé¬ 
nients  que  nous  venons  de  citer,  ils  se  sont  ingéniés  à  réaliser  l’idéal  de 

NODV.  DICT.  MÉD.  ET  CHIB.  XX.  —  44 


1- 


690  LITHOTRITIE.  —  manüel  opératoire  et  soins  consécutifs. 
leurs  rêves,  et  à  construire  la  sonde  la  plus  convenable  pour  évacuer  la 
vessie,  aussi  vite  que  possible,  des  débris  résultant  des  séances  de  litho- 
tritie. 

Quand  on  eut  reconnu  les  inconvénients,  et  surtout  l’insuffisance  de  la 
sonde  ordinaire  pour  l’évacuation  des  graviers,  on  imagina  les  nombreux 
et  inutiles  engins  que  nous  allons  énumérer  succinctement. 

On  employa  d’abord  des  sondes  métalliques  de  gros  calibre  et  portant 
un  œil  sur  leur  partie  convexe,  ou  ouvertes  à  leur  extrémité  terminale. 
Leur  extrémité  libre  ou  pavillon  était  munie  d’un  robinet  destiné  à  régler, 
au  gré  de  l’opérateur,  l’écoulement  du  liquide  intravésical. 

Leroy  (d’Étiolles),  l’un  des  premiers,  a  fait  construire  une  grosse  sonde 
d’argent,  dont  l’œil  ou  ouverture  vésicale,  placé  sur  le  commencement 
de  la  courbure,  était  fermé  par  un  clapet  A  que  l’opérateur  fait  jouer  à 
l’aide  du  bouton  B  (fig.  87  et  88).  On  ouvrait  ou  l’on  fermait  l’ouverture 
intravésicale  de  la  sonde  par  un  mécanisme  fort  simple. 

On  a  songé  à  employer  des  sondes  à  double  courant,  mais  l’insuffisance 
de  calibre  du  conduit  d’évacuation  en  a  bientôt  démontré  la  parfaite 
inutilité.  . 

Mercier  employait  une  sonde  à  double  courant  coudée  en  béquille  of¬ 
frant  les  mêmes  inconvénients  d’insuffisance  de  calibre  pour  le  but  à 
remplir. 

Coxeter  en  Angleterre  a  construit  une  sonde  à  double  çou-rant,  disposée 
de  telle  manière  que  l’injection  lancée  avec  force  vient  frapper  le  bas- 
fond  de  la  vessie  et  y  crée  un  remous  qui  fait  s’engager  les  débris  calcu- 
leux  dans  l’orifice  de  la  sonde  situé  immédiatement  au-dessous  du,  point 
d’arrivée  du  liquide  évacuateur. 

Maisonneuve  a  fait  construire  une  grosse  sonde  évacuatrice  dans  l’âme 
de  laquelle  il  fait  fonctionner  une  vis  d’Archimède.  Cela  s’appelle  un  li- 
thoxère,  et  se  trouve  être  fort  défectueux  en  pratique  quoique  théorique¬ 
ment  parfait. 

Aug.  Mercier  a  imaginé  des  sondes  évacuatrices  qui,  bien  qu’aussi 
inefficaces  que  les  précédentes  et  d’un  emploi  aussi  peu  indiqué,  n’en 
sont  pas  moins  fort  ingénieusement  conçues  et  méritent,  à  ce  titre,  d’être 
citées  ici.  Il  en  existe  deux  modèles,  que  représentent  les  figures  89  et 
90,  assez  explicites  pour  nous  dispenser  de  toute  description  détaillée. 

Enfin,  dans  ces  dernières  années,  on  a  songé  à  aspirer  les  fragments 
de  calcul  résultant  de  la  lithotritie,  manœuvre  tout  particulièrement  ap¬ 
plicable  aux  cas  d’atonie  partielle  ou  complète  de  la  vessie. 

Le  mérite  de  l’invention  de  ces  instruments  revient  à  Clover. 

Nous  empruntons  à  sir  H.  Thompson,  la  description  de  cet  appareil 
instrumental  dont  l’idée  première  appartient  à  sir  Philipp  Crampton  : 

«  L’appareil  (fig.  91)  se  comjoose  d’une  bouteille  de  caoutchouc,  dans  le 
col  de  laquelle  est  ajusté  un  cylindre  de  verre  avec  un  trou  à  son  extrémité 
du  calibre  n”  25  (filière  française) ,  et  d’une  série  de  sondes  évacuatrices.  Les 
sondes  sont  de  formes  et  de  calibres  différents,  avec  une  plaque  transver¬ 
sale  à  l’endroit  où  sont  d’ordinaire  les  oreilles,  et  un  anneau  conique  pour 


LITHOTRITIK.  —  manuel  opékatoire  et  soins  consécutifs.  ôQ'! 


assurer  une  adhérence  exacte  des  sondes  avec  le  cylindre  de  verre,  dam 
lequel  elles  s’enfoncent  de  2. à  5  centimètres.  Elles  seront  aussi  grosseï 


(d’Étiolles).  de  Mercier. 

Fig.  89.  —  Sonde  de  Mercier,  formée  de  deux  parties  (premier  modèle).  —  AB,  Premièri 
pièce  composée  de  deux  lames  concentriques  produisant  un  canal  en  croissant  destiné  ai 
passage  de  l’eau,  s’ouvrant  intérieurement  en  A  et  extérieunment  en  I.  Cette  ouvertur 
est  fermée  par  un  bouchon  représenté  en  I.  La  seconde  pièce,  EF,  est  concave  et  fermé 
sur  sa  concavité  par  la  pièce  précédente,  avec  laquelle  elle  forme  un  large  canal  s’ouvrant 
l’intérieur  en  E  et  à  l’extérieur  en  F.  Le  canal  est  fermé  par  un  mandrin  en  forme  di 
bonchon,  représenté  en  G  et  en  G'.  —  B,  Yis  de  pression  mordant  sur  une  rainure  de  c 
bouchon  et  lui  permettant  de  suivre  la  pièce  AB  dans  ses  mouvements.  —  H  H',  Anneaux  per 
mettant  de  faire  glisser  les  deux  pièces  l’une  sur  l’autre.  —  y,  x,  Coupe  des  deux  canaux. 
Fig.  90.  —  Sonde  de  Mercier  (deuxième  modèle).  —  A,  Bec  de  l’instrument. —  B,  Orifice  vésical 
du  canal  à  courant  rétrograde,  s’ouvrant  d’autre  part  en  D.  —  E,  Orifice  externe  du  cou¬ 
rant  direct  dont  on  voit  le  jet  en  C.  —  F,  Bouchon  permettant  de  fermer  à  volonté  l’orifice 
pendant  l’introduction  de  l’instrument.  • 

que  le  permettra  l’urèthre,  faites  d’argent  fin,  et  munies  d’embonts  de 
gomme  élastique. 

«  Dans  beaucoup  de  cas  les  meilleures  sont  celles  qui  sont  coupées  en 


692 


LITHOTRITIE.  ^ —  manuel  opératoire  et  soins  consécutifs. 


travers  à  leur  extrémité  la  plus  reculée  (voy.  fig,  90,  b).  Les  fragments 
sont  plus  facilement  chassés  par  cette  sonde  que  par  celles  qui  ont  des 
ouvertures  latérales,  puisque  la  route  qu’ils  doivent  suivre  sur  ces  der¬ 
nières  fait  plus  de  circuits.  » 

Pour  l’emploi  de  cet  appareil  il  faut  suivre  les  règles  que  voici  : 


«  Après  avoir  passé  la  sonde,  enlevez  l’embout  et  laissezcouler  l’urine, 
puis  fixez  la  bouteille  de  caoutchouc,  préalablement  remplie  d’eau  chaude; 
pressez  la  bouteille  élastique  jusqu’à  ce  que  vous  sentiez  la  résistance  de 


LITHOTRITIE.  —  manuel  opératoire  et  soins  consécütips. 


la  vessie;  alors  abaissez  doucement  la  sonde,  de  façon  que  son  ouverture 
interne  puisse  occuper  la  partie  la  plus  déclive  delà  vessie.  Laissez  la  bou¬ 
teille  élastique  se  distendre,  aussi  longtemps  que  l’eau  s’écoule  librement  ; 
mais  'si  l’écoulement  diminue  ou  s’arrête,  renversez  le  courant  en  pres¬ 
sant  sur  la  bouteille,  et  si  cela  ne  donne  pas  lieu  à  un  écoulement  facile, 
injectez  un  peu  plus  d’eau,  et  dirigez  l’extrémité  de  la  sonde  vers  le  cen¬ 
tre  de  la  vessie.  Si  le  calcul  a  été  suffisamment  broyé,  il  viendra  d’abord 
plusieurs  fragments.  Ceux-ci,  après  avoir  traversé  la  sonde,  tombent  dans 
le  vase  en  verre  et  ne  peuvent  remonter  quand  le  courant  est  en  sens 
inverse. 

«  Aussitôt  qu’on  s’aperçoit  que  le  courant  dirigé  de  dedans  en  dehors 
s’affaiblit,  il  faut  presser  sur  la  bouteille  pour  repousser  l’obstacle,  car  la 
diminution  du  courant  est  causée  soit  par  trop  de  fragments  ou  par  un 
fragment  trop  volumineux,  soit  par  le  con-  .../-.-i, 

tact  de  l’extrémité  de  la  sonde  avec  la  mu-  , 
queuse;  il  est  alors  inutile  d’essayer  de 
vider  la  vessie  encore  plus,  car  aucun  frag¬ 
ment  ne  -sera  entraîné  par  un  courant  qui 
faiblit. 

«  Le  courant  dirigé  de  dehors  en  dedans 
doit  être  lent,  le  courant  au  dehors  rapide, 
et  l’opération  peut  être  répétée  quinze  à 
vingt  fois  par  séance.-  » 

11  faut  mettre  la  plus  grande  douceur 
dans  l’emploi  d’un  tel  appareil,  et  sir  H. 

Thompson  déclare  préférer  n’en  point 
faire  usage,  s’il  est  possible,  parce  qu’il 
irrite  autant  la  vessie  qu’une  séance  de  li- 
thotritie. 

L’instrument  de  Clover  (fig.  91)  a  subi 
de  la  part  de  Robert  et  Colin  des  modi¬ 
fications  intéressantes  à  connaître  ;  ces  ha¬ 
biles  fabricants  ont  remplacé  la  poire  en 
caoutchouc  par  un  corps  de  pompe  dont  on  ’ 
fait  marcher  le  piston  à  l’aide  d’une  cré¬ 
maillère,  ce  qui  permet  de  graduer  la  force 
de  propulsion  du  liquide  dans  la  vessie, 
ainsi  que  la  force  d’aspiration  qui  appelle 

en  dehors  ce  même  liquide  avec  les  débris  _  sonde  évacuatrici 
calculeux.  '  courant  de  VoÜlemier 

Citons  encore,  au  nombre  des  sondes 
évacuatrices  imaginées  par  les  chirurgiens,  la  sonde  de  Voillemier 
(fig.  92). 

De  la  valeur  des  injections.  —  Leurs  indications.  —  Nous  pouvons 
dire  ici,  sans  crainte  d’être  taxé  d’exagération,  que  les  injections  évacua- 
trices  pratiquées  à  la  suite  des  séances  de  lithotritie  n’ont  pas  leur  raison 


à  double 


694  LITHOTRITIE.  —  mandel  opératoire  et  soins  consécutifs. 
d’être.  Tout  l’arsenal  chirurgical  inventé  pour  les  pratiquer  est  donc  ab- 
solument  inutile. 

Ces  injections  constituent  en  fait  une  manœuvre  violente  qui  ne  fait 
qii’ajouter  à  l’irritation  du  canal  et  de  la  vessie  provoquée  par  le  passage 
des  instruments  lithotriteurs,  et  qui  ne  peut  en  réalité  conduire  au  résul¬ 
tat  qu’on  en  attend. 

En  effet,  de  deux  choses  l’une  :  ou  les  fragments  de  calcul  obtenus  par 
la  lithotritië  seront  assez  petits  pour  traverser  naturellement  le  canal  de 
l’urèthre  dans  les  jours  qui  suivront  la  séance,  ou  ils  seront  trop  volumi¬ 
neux  pour  s’engager  spontanément  dans  les  voies  naturelles.  Dans  le  pre¬ 
mier  cas  l’évacuation  n’a  pas  de  raison  d’être,  puisqu’elle  constitue  une 
manœuvre  qui  ne  fait  qu’accroître  les  dangers  que  peut  avoir  l’opération 
de  la  lithotritië  en  elle-même,  et  que  les  fragments  auxquels  elle  pourrait 
donner  issue  sortiront  forcément  à  un  moment  donné  ;  dans  le  second 
cas,  un  fragment,  déjà  trop  gros^pour  traverser  l’urèthre  avec  facilité, tra¬ 
versera  encore  bien  moins  aisément  le  calibre  de  la  sonde,  employât-on 
même  l’aspiration  la  plus  énergique. 

Joignez  encore  à  cela  que  l’un  de  ces  fragments  peut  s’engager  dans 
l’orifice  vésical  de  la  sonde,  et  rester  à  cheval  sur  la  paroi  de  celle-ci,  fai¬ 
sant  tout  à  la  fois  saillie  dans  l’intérieur  de  la  sonde  et  dans  l’intérieur 
de  la  vessie;  de  telle  sorte  qu’au  moment  où  l’on  veut  extraire  la 
sonde,  on  risque  de  blesser  fortement  le  col  de  la  vessie  et  l’urèthre  si 
l’on  ne  s’aperçoit  pas,  à  la  résistance  qu’on  rencontre  au  passage,  qu’un 
tel  accident  s’est  produit.  Avant  d’aller  plus  loin,  il  convient  alors  de  re¬ 
pousser  le  gravier  dans  la  vessie  à  l’aide  d’un  mandrin  conduit  dans  l’âme 
de  la  sonde. 

Qu’on  le  sache  bien,  la  meilleure  des  sondes  évacuatrices  ne  vaut 
rien.  Cependant  il  ne  faut  pas  hésiter  à  recourir  aux  engins  de  ce  genre, 
quand  il  y  a  atonie  ou  paralysie  de  la  vessie.  Mais  alors  le  mieux,  selon 
nous,  est  de  broyer  finement  la  pierre  et  ensuite  de  favoriser  l’élimina¬ 
tion  des  débris  obtenus  à  l’aide  d’une  simple  grosse  sonde  dégommé  ou 
d’étain  ouverte  aux  deux  bouts  et  d’injections  appropriées. 

Des  accidents  qui  accompagnent  ou  qui  suivent  une  séance  de  lithotritië. 
—  La  lithotritië  est  une  opération  relativement  simple,  n’entraînant,  quand 
elle  est  bien  faite,  aucun  traumatisme,  et  d’ordinaire  ses  conséquences 
ne  sont  pas  fatales  à  la  vie,  en  admettant,  bien  entendu,  qu’elle  aura  été 
appliquée  par  une  main  suffisamment  exercée. 

Néanmoins,  en  dépit  de  l’habileté  de  l’opérateur,  ce  petit  drame  chi¬ 
rurgical  qui  s’appelle  une  séance  de  lithotritië,  peut  être  accompagné  ou 
suivi  d’accidents  parfois  sérieux,  qu’il  convient  de  connaître  pour  les  pré¬ 
voir,  s’il  est  possible,  ou  les  combattre  quand  ils  se  manifestent  en  dépit 
de  toutes  les  précautions  prises.  La  distinction  que  nous  établissons  entre 
les  accidents  qui  accompagnent  et  ceux  qui  suivent  une  séance  n’est  pas 
sans  une  certaine  importance  et  n’a  pas  été,  que  nous  sachions,  nettement 
établie  par  les  auteurs  qui  ont  écrit  sur  la  matière.  On  ne  s’étonnera 
donc  pas  si  nous  y  insistons  quelque  peu. 


LITHOTRITIE.  —  manüel  opératoire  et  soins  consécutifs,  695 

Accidents  qui  accompagnent  une  séance. —  Il  arrive  parfois,  et  Thomp¬ 
son  a  justement  fixé  l’attention  sur  ce  point,  que  le  malade  ne  peut  sup¬ 
porter  l’introduction  de  l’instrument  lithotriteur  sans  éprouver  un  état  de 
souffrance,  de  spasme,  du  côté  du  col  et  de  la  vessie,  s’accompagnant 
parfois  d’un  frisson  véritable.  En  pareil  cas,  toute  manœuvre  peut  devenir 
dangereuse.  Il  convient  de  s’abstenir,  de  retirer  aussitôt  l’instrument  et  de 
remettre  la  séance  à  un  autre  jour.  Nous  verrons,  à  propos  de  l’emploi  du 
chloroforme  dans  la  lithotritie,  que  la  possibilité  de  la  production  d’un 
pareil  fait  constitue  une  des  plus  importantes  contre-indications  à  l’emploi 
des  anesthésiques  dans  cette  opération. 

Un  autre  accident  qu’il  est  bon  de  connaître  et  qui  peut  survenir  au 
début  d’une  première  séance,  c’est  la  prise  du  calcul  dans  son  plus  grand 
diamètre.  Si  la  pierre  est  volumineuse  et  la  vessie  rétractée,  il  peut  ar¬ 
river  que  le  chirurgien  ne  parvienne  pas  à  dégager  la  pierre  des  mors  de 
l’instrument,  pour  la  saisir  ensuite  sous  un  angle  plus  favorable.  Ce  n’est 
qu’en  exerçant  avec  beaucoup  de  douceur  et  de  patience  des  mouvements 
de  latéralité  que  Ton  arrive  à  libérer  l’instrument.  D’autres  fois,  les 
mors  du  lithoclaste  s’engagent  dans  l’épaisseur  de  la  coque  du  calcul  de 
telle  façon  qu’on  ne  peut  plus  ni  les  dégager,  ni  les  faire  avancer,  sous 
peine  de  fausser  ou  de  briser  l’instrument.  Cet  accident  est  arrivé  à  plus 
d’un  chirurgien  habile. Vouloir,  en  pareille  occasion,  se  servir  quand  même 
de  la  vis,  c’est  risquer  de  casser  l’appareil.  Le  mieux  est  alors  d’ouvrir 
l’écrou  brisé  de  façon  à  rendre  libre  la  branche  mâle,  puis  de  fixer  soli¬ 
dement  la  partie  manuelle  du  lithoclaste  dans  un  étau  à  main  et  de  recourir 
à  la  percussion.  Quelques  coups  de  marteau  appliqués  à  propos  font  véri¬ 
tablement  merveille  en  un  tel  cas. 

Vient  enfin  un  accident,  rendu  fort  rare,  il  est  vrai,  par  l’extrême  per¬ 
fection  apportée  dans  la  fabrication  des  instruments  et  aussi,  disons-le,  par 
l’habileté  sans  cesse  croissante  des  chirurgiens  lithotriteurs,  mais  qu’il 
faut  cependant  avoir  présent  à  l’esprit  pour  pouvoir  lui  opposer  toutes  les 
ressources  dont  l’art  dispose.  Nous  voulons  parler  du  cas  où  l’instrument 
se  fausse  ou  se  brise  au  cours  d’une  séance  ;  c’est  là,  sans  contredit,  une 
circonstance  émouvante  et  qui  nécessite  de  la  part  de  l’opérateur  la  mise 
en  œuvre  de  tout  son  sang-froid. 

De  deux  choses  Tune  :  ou  l’instrument  n’est  faussé  qu’à  un  degré  rela¬ 
tivement  minime  et  on  peut  alors  tenter  de  le  retirer  par  les  voies  natu¬ 
relles,  après  l’avoir  fermé  aussi  bien  que  possible.  Cela  ne  se  fait  pas  sans 
dommage  pour  le  col  de  la  vessie  et  pour  le  canal  de  l’urèthre,  mais  il 
faut  néanmoins  le  tenter.  S’il  est  prouvé  que  la  chose  est  impossible  sans 
devenir  l’occasion  de  délabrements  considérables,  il  faut  sans  plus  tarder 
prendre  le  parti  de  pratiquer  la  taille  sus-pubienne,  en  s’aidant  de  l’in¬ 
strument  faussé  pour  remplacer  la  sonde  à  dard;  puis,  l’ouverture  faite, 
couper  près  du  gland  l’armature  de  l’appareil  et  extraire  ce  qui  reste  par 
la  plaie  ventrale.  . 

Si  le  brise-pierre  se  casse,  soit  par  suite  de  la  résistance  trop  grande 
du  calcul,  soit  plutôt  encore  par  suite  d’un  défaut  dans  la  construction  de 


696  LITHOTRITIE.  —  manuel  opératoire  et  soins  consécutifs. 
l’instrument,  c’est  d’ordinaire  au  niveau  du  coude  de  la  branche  mâle 
que  le  bris  a  lieu  :  il  est  alors  possible  de  fermer  l’instrument  et  de  le 
retirer,  en  laissant  dans  la’vessie  un  fragment  d’acier  de  dimensions  assez 
petites  pour  qu’on  puisse  songer  à  l’extraire  par  les  voies  naturelles  à 
l’aide  d’instruments  appropriés  et  que  le  génie  inventif  des  fabricants  a 
multipliés  jusqu’à  l’infini.  Si  vous  échouez  dans  une  telle  tentative,  n’hé¬ 
sitez  pas  à  pratiquer  la  taille,  qui  permettra  de  débarrasser  du  même  coup 
la  vessie  du  calcul  et  du  morceau  d’acier. 

Accidents  consécutifs  auxséances.  — Ils  sont  nombreux,  souvent  graves, 
et  se  manifestent  à  plus  ou  moins  grande  distance  du  moment  de  l’opéra¬ 
tion. 

Hémorrhagie.  —  Citons  d’abord  un  accident  assez  rare,  surtout  quand 
l’opération  a  été  faite  par  une  main  exercée,  mais  qui  pouvant  néanmoins 
se  produire,  mérite  à  ce  titre  d’être  connu.  Nous  voulons  parler  de  l’hé¬ 
morrhagie  qui  suit  la  séance.  Elle  peut  tenir  soit  au  pincement  de  la  mu¬ 
queuse  vésicale,  fait  peu  commun  quand  on  procède  avec  les  précautions 
et  les  soins  que  nous  avons  indiqués  plus  haut  ;  soit  encore,  et  plus  sou¬ 
vent,  à  l’état  fongueux  de  la  muqueuse,  qui  saigne  alors  au  moindre  con¬ 
tact  des  instruments,  qui  saigne  surtout  sous  le  choc  des  fragments 
anguleux  de  la  pierre  qu’on  vient  de  broyer.  Mentionnons  encore  la  pos¬ 
sibilité  d’un  tel  accident,  quand  par  hasard  on  s’est  décidé  à  pratiquer 
la  lithotritie  dans  une  vessie  qui  est  le  siège  d’une  tumeur. 

On  évitera  cette  complication  opératoire  en  procédant  avec  une 
grande  douceur  dans  les  manœuvres  ;  si  néanmoins  elle  se  produit,  il  faut 
placer  le  siège  sur  un  coussin  élevé  et  résistant,  faire  des  applications 
froides  sur  le  ventre,  administrer  à  l’intérieur  l’ergot  de  seigle,  la  téré¬ 
benthine,  le  perchlorure  de  fer,  et  recourir  aux  injections  rectales  gla¬ 
cées,  ainsi  qu’aux  injections  vésicales  avec  de  l’eau  froide  simple  ou  ad¬ 
ditionnée  de  teinture  de.ratanhia,  d’eau  de  Pagliari,  etc.,  etc. 

Il  est  bien  entendu  qu’en  pareille  occurrence  les  séances  de  lithotritie 
devront  être  de  plus  en  plus  éloignées,  pour  laisser  à  la  vessie  le  temps 
de  se  remettre.  Cette  règle  n’a  cependant  rien  d’absolu,  puisque  sir 
H.  Thompson  cite  le  cas  d’un  malade  soumis  à  ses  soins,  qui  présenta  dès 
la  première  ou  la  seconde  séance  une  disppsition  remarquable  aux  hémor¬ 
rhagies  :  mais  peu  à  peu,  au  fur  et  à  mesure  que  le  traitement  arrivait  à 
sa  fin,  la  vessie  devint  de  moins  en  moins  susceptible,  et  le  .succès  cou¬ 
ronna  les  tentatives  hardies  du  chirurgien  anglais. 

Fièvre.  —  11  arrive  assez  fréquemment  qu’à  la  suite  d’une  séance,  le 
malade  soit  pris  de  frisson,  puis  de  chaleur  et  de  sueur,  en  un  mot  d’un 
accès  de  fièvre  complet.  Cet  état  s’accompagne  d’un  sentiment  extrême  de 
malaise,  avec  courbature,  céphalalgie,  sécheresse  de  la  langue  et  anurie. 
La  soif  est  vive,  le  pouls  fréquent,  et  la  température  du  corps  notable¬ 
ment  augmentée.  Parfois  aussi  il  se  produit  des  vomissements.  C’est  là  la 
fièvre  uréthrale  des  auteurs  qui  peut  survenir  sans  que  l’urèthre  ait  ce¬ 
pendant  la  plus  légère  lésion,  et  qui  se  manifeste  avec  une  intensité  fort 
variable  suivant  les  prédispositions  du  sujet.  Elle  n’est  pas  grave  d’ordi- 


LITHOTRITIE.  —  manuel  opératoire  et  soins  consécutifs.  69'? 
naire;  cependant  le  pronostic  en  pareille  matière  doit  être  fort  réservé, 
car  on  a  vu  survenir  la  mort  à  la  suite  ou  au  cours  du  premier  accès.  On 
a  cherché  à  parer  à  la  production  de  cet  accident  en  soumettant  les  ma¬ 
lades  à  l’usage  de  la  quinine  immédiatement  avant  et  aussitôt  après  la 
séance.  Mais  en  dépit  des  ressemblances  qu’affecte  la  fièvre  dite  w’MraZe, 
et  que  volontiers  nous  gratifierions  du  nom  plus  exact  à  nos  yeux  de  fièvre 
anurique,  en  dépit,  disons-nous,  des  ressemblances  qu’affecte  un  tel  accès 
avecles  accès  pernicieux  d’origine  paludéenne,  la  quinine  n’est  pas  tou¬ 
jours  héroïque.  On  retire. cependant  de  bons  effets  de  son  usage  métho¬ 
dique,  et  voilà  pourquoi  nous  conseillons  d’y  recourir  à  tout  hasard. 

Aussitôt  que  le  frisson  paraît,  ne  fût-ce  même  qu’à  l’état  de  simple  hor¬ 
ripilation,  il  faut  couvrir  soigneusement  l’opéré,  l’entourer  de  bouteilles 
d’eau  chaude,  lui  faire  boire  du  punch  chaud,  du  grog  au  genièvre  ou  à 
l’eau-de-vie,  du  thé  chaud  alcoolisé.  Il  faut  en  un  mot  favoriser  l’évolu¬ 
tion  rapide  de  l’accès  et  la  prompte  arrivée  de  la  sudation. 

L’urine  fait  presque  entièrement  défaut  au  cours  de  l’accès  et  même 
dans  les  heures  qui  suivent;  il  faut  en  aider  l’excrétion  par  l’usage  de 
boissons  abondantes  et  d’une  facile  digestion  :  sous  ce  rapport,  les  eaux 
de  Yittel,  d’Évian,  de  Contrexeville,  prises  copieusement  et  à  la  tempéra¬ 
ture  de  la  pièce,  hâtent  parfois  l’évolution  d’un  phénomène  critique  d’une 
grande  importance  pronostique:  nous  voulons  parler  de  l’émission  d’une 
grande  quantité  d’urine  qui  renferme  une  forte  proportion  de  sels  et 
d’urée. 

La  production  d’un  accès  de  ce  genre  comporte  une  indication  opéra¬ 
toire  que  nous  devons  signaler  :  elle  révèle  en  effet  une  grande  suscep¬ 
tibilité  des  organes  génito-urinaires,  et  commande  par  conséquent  au 
chirurgien  une  grande  circonspection  dans  la  répétition  des  séances.  On 
fera  donc  bien,  en  pareil  cas,  de  remettre  la  prochaine  manœuvre  à  huit 
ou  dix  jours  pour  laisser  à  l’organisme  le  temps  de  se  remettre  d’une  telle 
secousse. 

Un  dernier  mot  sur  cette  question  intéressante.  Nous  ne  croyons  pas 
beaucoup  plus  que  sir  H.  Thompson  à  l’efficacité  des  médicaments  tels  que 
la  quinine  ou  l’aconit  contre  de  telles  manifestations  morbides,  mais  nous 
ne  partageons  pas  l’optimisme  du  chirurgien  anglais  touchant  l’habileté 
de  l’opérateur  et  la  promptitude  de  l’exécution  opératoire.  Nous  avons 
vu  de  graves  accidents  surgir  à  la  suite  de  séances  très-rapidement  me¬ 
nées  et  avec  une  manœuvre  opératoire  d’une  exquise  délicatesse. 

Néphrite,  Cystite,  Prostatite,  üréthrite,  Orchite.  —  Le  mouvement  fé¬ 
brile  qui  se  déclare  quelquefois  à  la  sûite  d’une  séance,  peut  n’étre  pas 
toujours  de  même  nature  ;  ainsi,  par  exemple,  il  peut  être  le  prélude,  le 
prodrome,  si  l’on  veut,  d’une  inflammation  qui  va  éclater  et  envahir  le 
rein,  la  vessie  ou  tout  autre  point  de  l’appareil  génito-urinaire  (prostate, 
urèthre,  testicule). 

Ainsi,  s’il  se  déclare  une  néphrite,  aux  phénomènes  généraux  que  nous 
avons  déjà  décrits  s’ajouteront  des  phénomènes,  plus  particulièrement  ca¬ 
ractéristiques  de  la  localisation  de  l’inflammation,  tels  que  la  rareté  des 


698  LITHOTRITIE.  —  manuel  opératoire  et  soins  consécutifs. 
urines,  les  douleurs  lombaires,  etc.  Un  vigoureux  sinapisme  sur  la  région 
rénale,  au  besoin  une  application  de  sangsues,  de  ventouses  scarifiées,  des 
grands  bains,  des  cataplasmes  loco  dolenti,  des  boissons  émollientes,  telles 
que  la  macération  de  graines  de  lin  ou  de  chènevis  rendue  légèrement 
alcaline  par  l’addition  d’eau  de  Vichy  ou  de  Vais,  etc.;  en  un  mot,  une 
médication  énergique  et  prompte,  rationnellement  dirigée,  pourra  en¬ 
rayer  le  mal  à  son  début. 

On  reconnaîtra  la  cystite  aux  douleurs  accusées  par  le  malade  au-des¬ 
sus  du  pubis,  aux  envies  fréquentes  et  douloureuses  d’uriner,  au  ténesme 
vésical.  Le  traitement  consistera  en  boissons  émollientes,  cataplasmes  sur 
le  bas-ventre,  bains  de  siège,  sangsues  au  périnée,  ventouses  sûr  le  bas- 
ventre  et  lavements  opiacés. 

Si  la  cystite  passe  à  l’état  chronique,  on  conseillera  les  balsamiques  en 
boissons  (infusion  de  bourgeons  de  sapin,  eau  de  goudron,  sirops  de  té¬ 
rébenthine,  de  goudron,  de  tolu,  etc.,  etc.),  des  injections  vésicales  va¬ 
riées,  et  on  hâtera  le  broiement  définitif  du  calcul,  dont  l’élimination 
complète  paraît  être  le  plus  souvent  le  moyen  souverain  à  employer  en  ' 
pareil  cas. 

A  la  prostatite, —  qu’accusent  des  douleurs  sourdes  vers  le  périnée  avec 
sentiment  de  pesanteur,  souffrance  en  urinant,  émission  de  liquide  pro¬ 
statique  sous  l’influence  d’un  effort,  le  gonflement  de  la  prostate,  et  la  dou¬ 
leur  provoquée  par  le  toucher  rectal  pratiqué  en  vue  d’explorer  cette 
glande,  —  on  opposera  un  traitement  analogue,  en  y  joignant  les  cata¬ 
plasmes  rectaux  et  les  suppositoires  calmants. 

L’uréthrite,  caractérisée  par  un  écoulement  muco-piirulent,  sera  traitée 
par  les  moyens  émollients  et  adoucissants  ;  on  s’abstiendra  de  toute  ma¬ 
nœuvre  de  cathétérisme. 

Quant  à  l’orchite,  accident  relativement  assez  rare,  on  la  traitera  par 
les  moyens  ordinairement  usités. 

Rétention.  —  La  rétention  d’urine  à  la  suite  de  la  lithotritie  se  rencontre 
assez  fréquemment  chez  les  sujets  âgés.  Ce  fait  paraît  être  le  résultat  d’un 
état  d’atonie  de  la  poche  urinaire,  qui  se  laisse  distendre  outre  mesure  par 
l’urine  et  qui  ne  se  vide  plus  que  par  regorgement.  La  percussion  du  bas- 
ventre  chez  ces  malades  donne  la  clef  de  ce  phénomène,  et  indique  la  né¬ 
cessité  de  procéder  au  cathétérisme  évacuateur  d’une  façon  régulière 
deux  fois  au  moins  par  24  heures,  ou  de  placer  une  sonde  en  caout¬ 
chouc  à  demeure,  pour  remédier  à  cet  état  qui  ne  laisse  pas  que  d’avoir 
une  certaine  gravité,  en  ce  sens  qu’il  indique  une  grande  dépression  des 
forces  du  malade. 

Fragments  de  calcul  arrêtés  dans  l’urèthre.  —  Il  arrive  quelquefois 
qu’à  la  suite  d’une  séance  de  lithotritie,  sous  l’influence  de  contractions 
trop  énergiques  de  la  vessie  le  sujet  étant  dans  la  station  verticale,  un 
fragment  de  calcul  vient  à  s’engager  dans  le  canal  de  l’urèthre  ;  s’il  est 
d’un  volume  en  rapport  avec  les  dimensions  que  peut  offrir  le  canal,  si 
ses  angles  sont  suffisamment  émoussés  par  un  séjour  assez  long  dans  le 
réservoir  urinaire,  il  pourra,  sans  trop  de  dommage  pour  l’urèthre,  être 


LITHOTRITIE.  —  manuel  opératoire  et  soins  consécutifs.  699 
émis  au  dehors  à  l’aide  du  jet  d’urine.  Mais  si  par  contre  il  offre  un  volume 
trop  considérable  eu  égard  à  la  lumière  du  canal,  si  surtout  il  est  fort  an¬ 
guleux,  il  s’arrêtera  en  un  point  quelconque  du  trajet  à  parcourir  et  devien¬ 
dra,  par  sa  présence,  l’occasion  d’accidents  auxquels'le  chirurgien  doit 
remédier  sans  retard. 

Dans  la  majeure  partie  des  cas,  le  fragment,  surtout  s’il  est  gros  et  irré¬ 
gulier  ne  dépasse  pas  la  portion  membraneuse  de  l’urèthre  ;  il  est  alors 
indiqué  de  faire  tout  ce  qu’on  peut  pour  le  réintégrer  dans  la  vessie,  ce  à 
quoi  l’on  arrive  sans  trop  de  difficulté  en  le  refoulant  à  l’aide  d’une 
grosse  sonde  métallique  ou  molle  à  grande  courbure  ou  mieux  coudée 


Fig.  93.  —  Instrument  de  M.  F.  Guyon  pour  refouler  les  calculs  uréthraux  dans  la 


en  béquille  (fig.  93).  Si  l’on  ne  pouvait  obtenir  ce  résultat,  il  serait  in¬ 
diqué  de  broyer  le  fragment  à  l’aide  d’un  lithotriteur  uréthral. 

Si  la  chose  était  impossible,  qu’il  y  eut  obstacle  à  l’émission  des  urines 
et  que  l’on  pût  craindre  la  formation  d’un  abcès  au  périnée  avec  infil¬ 
tration  urineuse  consécutive,  il  conviendrait  de  pratiquer  sans  plus 
tarder  l’opération  de  la  boutonnière.  Mais  c’est  là  une  extréinité  à  laquelle 
le  chirurgien  est  rarement  réduit. 

Le  plus  ordinairement,  le  fragment  de  calcul  finit  par  gagner  la  portion 
pénienne  du  canal,  et  là  il  est  assez  facile  de  l’atteindre  et  de  l’extraire  à 
l’aide  d’instruments  variés  que  nous  allons  faire  connaître,  et  rarement 
il  est  nécessaire  de  recourir  à  l’incision  du  canal  ;  à  moins  toutefois  que 
l’étroitesse  du  méat  soit  le  seul  obstacle  à  l’issue  du  corps  étranger,  au¬ 
quel  cas  le  débridement  de  cet  orifice  constitue  le  meilleur  et  le  plus  in¬ 
offensif  remède. 

Des  instnments  destinés  à  broyer  ou  à  extraire  les  fragments  de  pierre 
arrêtés  dans  le  canal.  —  On  s’est  servi  quelquefois  de  la  pince  à  trois 
branches  pour  saisir  et  extraire  les  graviers  arrêtés  dans  l’urèthre;  la 
pince  à  deux  branches  de  Hunter  peut  aussi  rendre  des  services  ;  mais  ces 
instruments  sont  aujourd’hui  rarement  employés. 


Fig.  ?4.  —  Curette  ordinaire,  grandeur  naturelle. 


La  curette  ordinaire  (fig.  94),  légèrement  coudée  au  niveau  de  sa  partie 
creuse,  peut  être  utilisée  dans  le  même  but;  mais  elle  est  d’un  manie¬ 
ment  difficile  et  n’est  d’ailleurs  applicable  qu’aux  corps  étrangers  arrêtés 
non  loin  du  méat. 


700  LITHOTRITIE.  —  manuel  opératoire  et  soins  consécutifs. 

La  curette  articulée  de  Leroy  (d’Étiolles)  (fig.  95)  peut  rendre  aussi 
quelques  services. 

On  a  construit  des  lithotriteurs  uréthraux  (fig.  96  et  97)  destinés  à  broyer 
le  gravier  sur  place;  mais,  comme  le  fait  observer  fort  judicieusement 


Fig.  95.  Fig.  96.  Fig.  97. 


Fig.  95.  —  Curette  articulée  de  Leroy  (d’Éliolles).  —  L’extrémité  vésicale  estmiinie  d’une  petite 
valve  que  l’on  peut,  au  moyen  de  quelques  tours  du  plateau  b,  ouvrir  ou  fermer. . —  d,  valve 
fermée,  position  d’introduction  j  usqu’à  ce  que  l’on  ait  franchi  l’obstacle.  —  a.  Valve  ouverte.— 
c,  Même  instrument,  mais  à  forme  curviligne. 

Fig.  96.  — Nouvel  instrument  pour  broyer  les  calculs  uréthraux  (modèle  Mathieu).  — Il  est  com¬ 
posé  de  deux  tubes  concentriques,  se  terminant  par  une  double  courbure  en  forme  de  crois¬ 
sant  A  qui,  placés  l’un  sur  l’autre,  forment  un  petit  volume.  Par  un  mouvement  de  rotation  et 
exercé  en  sens  inverse  sur  les  deux  rondelles  E  et  F,  on  dédouble  les  deux  parties  recour¬ 
bées  qui  enveloppent  le  calcul  dans  une  espèce  d’anneau  fermé  B  dans  l’axe  de  l’instrument; 
puis  en  poussant  le  mandrin  central  B,  pourvu  d’une  pointe,  on  fait  éclater  le  calcul. 

Fig.  97.  —  Litliotriteur  uréthral.  —  C,  Position  d’entrée,  le  bec  étant  fermé.  —  B,  Bec  ouvert. 
Pour  cela,  on  fait  glisser  la  branche  femelle  en  tournant  à  gauche  le  disque  A  jusqu’à  ce 
que  le  corps  étranger  soit  dépassé;  puis  on  ferme  en  imprimant  un  mouvement  inverse  au 
plateau  A;  il  ne  reste  plus  qu’à  broyer  au  moyen  de  la  branche  mâle.  —  D,  Même  bec, mais 
dont  le  mors  mâle  est  muni  de  dents. 

Thompson ,  l’emploi  de  cet  instrument  demande  une  grande  attention  et  une 
grande  légèreté  de  main,  sous  peine  de  faire  plus  de  mal  que  de  bien. 
L’un  des  meilleurs  instruments  que  l’on  ait  inventés  pour  extraire  les 


'  LITHOTRITIE.  —  manuel  opératoire  et  soins  consécutifs.  701 
fragments  de  calcul  arrêtés  dans  l’urèthre,  est  une  longue  pince,  dite 
pince  uréthrale,  dont  il  existe  plusieurs  modèles  qui  portent  les  noms 
de  leurs  inventeurs  et  dont  les  figures  98,  99,  100  et  101  donnent  une 
idée  très- exacte. 

On  conçoit  aisément  le  mécanisme  et  le  mode  d’emploi  de  ces  instru- 


fiG.  98.  Fig.  99.  Fig.  100.  Fig.  101. 

Fig.  98.  —  Pince  pour  extraire  les  corps  étrangers  de  l'urèthre. 

Fig.  99  et  100.  —  Pinces  uréthrales  de  Mathieu. 

Fig.  101.—  Pince  uréthrale  de  Weiss,  moitié  de  sa  grandeur  naturelle. 

ments,  nous  n’insisterons  donc  pas  sur  le  manuel  opératoire  qui  s’y 
rapporte. 

Règles  hygiéniques  à  suivre  pour  l’opéré.  —  Nous  l’avons  déjà  dit  en 
parlant  des  soins  consécutifs  à  la  première  séance,  après  chaque  nouvelle 
introduction  de  l’instrument  broyeur,  le  malade  doit  garder  le  repos  au  lit 
pendant  au  moins  24  heures  et  n’uriner  que  sur  le  dos  ou  suri e  côté.  Il 
doit,  en  outre,rester  à  la  chambre  pendant  un  temps  variable  suivant  la  saison 
et  aussi  suivant  son  degré  de  susceptibilité.  Le  régime  alimentaire  sera 
doux  sans  toutefois  cesser  d’être  réparateur,  car  il  ne  faut  pas  oublier 
que  les  calculeux  sont  des  gens  souvent  alfaiblis,  à  qui  la  diète  est  nui- 


702  LITHOTRITIE.  —  ihdicatfons  et  cokïre-indications. 

sible.  On  assure  à  l’aide  de  lavements  appropriés  ou  de  légers  laxatifs 
l’évacuation  régulière  du  gros  intestin.  Les  boissons  seront  abondantes 
et  choisies  de  telle  sorte  qu’elles  soient  d’une  digestion  facile  et  qu’elles  fa¬ 
vorisent  la  sécrétion  urinaire.  A  ce  titre,  nous  recommandons  la  macéra¬ 
tion  alcaline  de  graines  de  lin  ou  de  chènevis  ;  certaines  eaux  naturelles, 
telles  que  celles  d’Évian,  de  Vittel,  de  Contrexeville,  l’eau  de  Seltzer,  l’eau 
de  Seltz  artificielle;  aux  repas,  l’eau  panée  rougie;  les  aliments  consiste¬ 
ront  surtout  en  viandes  blanches,  légumes  verts,  poissons. — Un  peu  d’exer¬ 
cice  dans  la  chambre  ou  dans  la  maison  peut  être  utile  à  un  certain  mo¬ 
ment,  surtout  chez  les  vieillards  que  le  séjour  au  lit  débilite  si  prompte¬ 
ment.  —  Mais  on  se  basera,  pour  régler  l’exercice  et  même  et  surtout  les 
sorties  à  pied  ou  en  voiture,  sur  le  degré  d’irritabilité  de  la  vessie  et  aussi 
sur  le  volume,  la  quantité  et  la  forme  plus  ou  moins  anfractueuse  des  gra¬ 
viers  produits  par  la  lithoclastie.  Desbains  de  siège  et  degrands  bains  al¬ 
calins  sont  également  utiles. 

Indications  et  contre-indications  de  la  lithotrîtîe.  —  Les 

indications  et  les  contre-indications  de  la  lithotritie  sont  aujourd’hui  par¬ 
faitement  connues,  et  s’il  est  encore  quelques  enthousiastes  qui,  récalci¬ 
trants  à  la  lithotritie,  ne  voient  que  la  taille  à  opposer  aux  calculs  vésicaux, 
ou  qui,  inversement,  croient  que  le  broiement  de  la  pierre  dans  la  vessie 
doit  toujours  et  quand  même  être  employé  systématiquement  et  que  la 
taille  doit  disparaître  de  la  pratique  chirurgicale  ;  s’il  existe  encore,  dis’ons- 
nous,  quelques  chirurgiens  intransigeants,  il  faut  reconnaître  que  leur 
nombre  va  sans  cesse  en  décroissant,  à  mesure  que  les  mérites  respec¬ 
tifs  de  chacun  de  ces  deux  modes  opératoires  s’affirme  par  l’observation 
non  passionnée  des  faits. 

«  A  fiépoque  de  la  découverte  de  fa  lithotritie,  dit  le  professeur  Sédillot, 
beaucoup  de  personnes  crurent  à  l’abandon  définitif  de  la  taille,  tandis  que 
les  partisans  de  cette  dernière  opération  accumulèrent  les  objections  contre 
les  procédés  de  la  première  et  en  annoncèrent  le  discrédit  prochain  et  com¬ 
plet.  11  semblait  qu’une  des  deux  méthodes  dût  succomber,  et  l’on  multiplia 
les  parallèles  entre  leurs  avantages  et  leurs  inconvénients  respectifs.  L’expé¬ 
rience  a  fait  justice  de  ces  exagérations  et  a  montré  que  la  taille  et  la  litho¬ 
tritie  ne  sont  nullement  appelées  à  se  suppléer, mais  qu’elles  doivent  se  prêter 
un  mutuel  concours...  c’est  une  question  de  diagnostic  et  d’indication.  » 

Un  calculeux  étant  donné,  le  cMrurgien,  pour  faire  choix  de  l’opération 
qu’il  convient  le  mieux  d’appliquer  au  cas  particulier  en  présence  duquel 
il  se  trouve,  aura  à  tenir  compte  de  l’âge  et  du  sexe  du  sujet  malade,  de  son 
degré  de  susceptibilité  organique,  du  nombre  des  calculs,  de  leur  volume, 
de  leur  consistance  et,  dans  une  certaine  mesure,  de  leur  constitution  chi¬ 
mique;  puis  encore  de  la  perméabilité  de  l’urèthre,  de  l’état  de  la  prostate, 
de  la  vessie,  des  uretères  et  des  reins. 

Indications  fout'nies  far  l’âge.  —  La  taille  donne  dans  l’enfance  de  si 
beaux  résultats,  elle  est,  jusqu’à  l’âge  de  quinze  ou  seize  ans,  si  facile  à 
pratiquer  en  raison  du  peu  de  développement  de  la  prostate  et  de  la  sou¬ 
plesse  et  de  la  vitalité  des  tissus,  qu’on  ne  saurait  vraiment  lui  préférer 


LITHOTRITIE.  —  indications  et  contbe-ihdications.  703 

systématiquement  la  lithotritie  ;  en  effet  le  calibre  de  l’urèthre  à  cet  âge 
ne  permet  pas  l’introduction  d’instruments  assez  volumineux  et  partant 
assez  puissants  pour  briser  un  calcul  quelque  peu  résistant  ;  il  y  a  en  ou¬ 
tre  à  tenir  compte  de  la  résistance  qu’opposent  les  jeunes  sujets,  auxquels 
il  est  si  difficile,  pour  ne  pas  dire  impossible,  de  faire  entendre  raison  et 
qu’on  a  tant  de  peine  à  maintenir  dans  l’immobilité  nécessaire  à  l’exécu¬ 
tion  des  diverses  manœuvres  opératoires.  On  peut,  il  est  vrai,  en  pareil 
cas,  recourir  au  chloroforme,  mais  encore  faut-il  alors  que  le  calcul  soit 
assez  peu  volumineux  et  assez  peu  résistant  pour  pouvoir  en  débarrasser 
le  malade  en  un  très-petit  nombre  de  séances. 

Chez  l’adulte,  la  lithotritie  doit  être  l’opération  de  choix  et  la  taille  l’ex¬ 
ception,  en  tenant  compte,  bien  entendu,  des  conditions  que  nous  allons 
faire  connaître  plus  loin. 

Chez  le  vieillard  encore  la  lithotritie  est  une  bonne  opération,  quand  il 
y  a  un  bon  état  général  âvec  intégrité  à  peu  près  complète  des  organes  gé¬ 
nito-urinaires. 

Indications  fournies  par  le  sexe.  —  La  taille  ne  doit  être  chez  les  fem¬ 
mes  qu’une  opération  d’exception  commandée  par  le  volume  considérable 
du  calcul,  sa  résistance  exceptionnelle  et  surtout  le  mauvais  état  delà  vessie 
et  des  reins.  En  dehors  de  ces  cas,  l’extraction  par  le  canal  de  l’urèthre 
qui,  on  lésait  est  court,  presque  rectiligne  et  éminemment  dilatable  chez 
les  personnes  du  sexe,  extraction  pratiquée  avec  ou  sans  broiement  préa¬ 
lable,  paraît  être  la  meilleure  médication  à  opposer  à  l’affection  calculeuse. 

Indications  fournies  par  l’e'tat  général  et  le  degré  de  susceptibilité  or¬ 
ganique.  —  L’état  cachectique  que  peut  provoquer  à  la  longue  la  pierre 
dans  la  vessie  par  les  douleurs  qu’elle  inflige  aux  patients,  est  une  con¬ 
tre-indication  formelle  à  l’emploi  de  la  lithotritie  ;  pour  préférer  celle-ci 
à  la  taille,  il  faut,  toutes  choses  égales  d’ailleurs,  que  le  malade  jouisse 
d’un  assez  bon  état  de  santé,  et  que  l’urèthre  et  la  vessie  endurent,  sans 
réaction  générale  fâcheuse,  les  manœuvres  exploratrices.  Il  est  bien  évident 
que,  si  le  simple  cathétérisme  provoque  ou  un  accès  de  fièvre  uréthrale 
ou  une  poussée  aiguë  de  cystite,  ou  un  état  tel  des  reins  qu’il  y  ait  anurie, 
il  est  bien  évident,  disons-nous,  que  si  des  manœuvres  simples  peuvent 
provoquer  de  tels  accidents,  l’introduction  et  la  mise  en  œuvre  d’un  brise- 
pierre,  si  habilement  qu’il  soit  manié,  provoquera  au  summum  ces  mê¬ 
mes  accidents  et  mettra  immédiatement  en  danger  la  vie  du  malade.  Si 
l’on  ne  peut,  en  pareille  circonstance,  arriver  par  un  traitement  prépara¬ 
toire  convenable  à  atténuer  cette  exquise  sensibilité  de  la  muqueuse  gé¬ 
nito-urinaire,  il  faut  renoncer  à  tenter  la  lithotritie  et  donner  sans  hési¬ 
ter  la  préférence  à  la  taille. 

Indications  fournies  par  le  nombre,  le  volume,  le  degré  de  consistance 
et  la  composition  chimique  des  calculs.  —  Des  calculs  nombreux  sont  une 
contre-indication  formelle  à  l’emploi  de  la  lithotritie,  à  moins  qu’ils  ne  se 
trouvent  être  d’un  volume  respectif  assez  restreint  pour  que  leur  réunion 
ne  représente  pas  plus  que  la  masse  d’un  calcul  de  moyen  volume. 

Si  la  pierre  est  unique  nous  croyons,  pour  notre  part,  qu’elle  ne  doit 


704  LITHOTRIÏIE.  —  indications  et  contre-indications. 

être  broyée  par  les  voies  naturelles  que  si  son  plus  grand  diamètre  ne 
dépasse  pas  3  centimètres  et  demi.  Au  delà  de  cette  grosseur  la  difficulté 
que  l’on  éprouve  à  bien  saisir  la  pierre  et  à  manœuvrer  facilement  l’in¬ 
strument,  le  grand  nombre  de  fragments  produits  par  l’écrasement,  et  la 
nécessité,  pour  les  réduire  au  volume  convenable,  de  réitérer  les  séances, 
indiquent  qu’il  faut  renoncer  à  la  lithotritie  et  lui  préférer  la  faille. 

Quant  au  degré  de  résistance  du  calcul,  qui  est  d’mdinaire  corrélatif 
de  sa  constitution  chimique,  il  faut  savoir  que  les  pierres  d’oxalate  de 
chaux  sont  d’ordinaire  très-dures  et  qu’il  peut  arriver  que  l’instrument 
employé  les  écorne  à  peine  sans  les  hriser.  En  face  d’un  cas  pareil,  ou  il 
faut  recourir  aux  puissants  hrise-pierre  que  nous  avons  fait  connaître,  ou 
mieux  encore  s’adresser  à  la  taille  comme  au  meilleur  mode  de  traitement. 

Les  calculs  d’acide  urique  pur  sont  égalemAit  très-durs,  moins  cepen¬ 
dant  que  les  précédents.  Les  fragments  qu’ils  donnent  sont  très-anguleux; 
ils  blessent  la  vessie  et  sont  quelquefois  la  sourc#  d’accidents  graves  aux¬ 
quels  le  chirurgien  n’a  pas  dé  meilleur  moyen  à  opposer,  ainsi  que  nous 
l’avons  déjà  dit  plus  haut,  que  de  recourir  à  des  séances  plus  rapprochées. 

Les  calculs  uratiques  peu  denses  et  très-friables  conviennent,  comme  les 
calculs  mixtes,  tout  particulièrement  Ala  lithotritie.  Ils  se  laissent  en  effet 
réduire  facilement  en  menus  grains.oune  expulsion  facile. 

Les  calculs  mous  et  gros,  comme  on  en  rencontre  quelquefois  chez  les 
vieillards,  se  laissent,  il  est  vrai,  facilement  broyer,  et  à  ce  titre  leur  pré¬ 
sence  indique  l’emploi  delà  lithotritie;  mais  ils  offrent  l’inconvénient  d’en¬ 
gorger  les  cuillers  du  brise-pierre,  et  surtout  de  former  dans  le  bas-fond 
de  la  vessie  une  sorte  de  mastic  compact  que  le  courant  d’urine  n’en¬ 
traîne  que  très-imparfaitement  ;  il  faut  alors  multiplier  les  séances  pour 
curer  eu  quelque  sorte  la  vessie,  avec  un  brise-pierre  à  cuiller.  La  répéti¬ 
tion  de  cette  manœuvre  n’est  pas  sans  offrir  des  dangers,  d’autant  plus 
grands  qu’il  s’agit  presque  toujours  alors  de  malades  atteints  de  cystite; 
nous  estimons  donc  qu’en  face  d’un  cas  de  ce  genre  la  lithotritie  doit  cé¬ 
der  le  pas  à  la  taille. 

Indications  fournies  par  F  état  de  l’urèthre,  de  la  prostate,  de  la  vessie,  des 
uretères  et  des  reins.  — Les  rétrécissements  dont  l’urèthre  peut  être  atteint 
ne  sont  une  contre-indication  à  l’emploi  de  la  lithotritie  que  s’ils  ne  sont  ni 
dilatables,  ni  opérables.  Quant  à  l’étroitesse  du  méat  urinaire,  c’est  un  ob¬ 
stacle  facile  à  vaincre  séance  tenante  à  l’aide  d’un  petit  coup  de  bistouri. 

Une  grosse  prostate  ne  contre-indique  pas  l’emploi  de  la  lithotritie,  elle 
rend  seulement  l’introduction  de  l’instrument  plus  difficile,  ainsi  queles 
manœuvres  de  prise  et  de  broiement  dans  la  vessie.  11  faut,  dans  un  tel 
cas,  élever  très-fortement  le  siège,  et  se  souvenir  qu’il  faut  faire  usage 
d’un  instrument  très-long.  Signalons  encore  à  ce  propos  un  cas  de  pratique 
fort  intéressant  et  qui  n’est,  quenous  sachions,  signalé  par  aucun  auteur; 
c’est  l’existence  d’une  dilatation’  notable  de  la  portion  prostatique  du  ca¬ 
nal  chez  certains  sujets  atteints  d’hypertrophie  considérable  de  la  pros¬ 
tate,  ce  qui  constitue  une  sorte  de  poche  qui  précède  la  vessie  et  dans  la¬ 
quelle  un  chirurgien  non  prévenu  peut  arrêter  le  bec  de  son  brise-pierre 


LITHOTRITIE.  —  indications  et  contre-indications.  705 

et,  se  croyant  dans  une  vessie  rétractée,  chercher,  mais  en  vain,  à  saisir  le 
calcul. 

En  ce  qui  concerne  la  vessie,  nous  dirons  que  la  cystite  n’est  pas  tou¬ 
jours  une  contre-indication  à  la  lithotritie,  quand  l’inflammation  n’est 
pas  trop  vive  et  reste  très-limitée.  Bien  au  contraire,  la  lithotritie  est  dans 
certains  cas  le  meilleur  mode  de  traitement  à  opposer  à  l’inflammation 
vésicale. 

Il  n’en  est  pas  de  même  des  vieux  catarrhes  purulents,  compliqués  sou¬ 
vent,  pour  ne  pas  dire  toujours  de  maladie  des  reins.  Dans  ces  cas,  la  litho¬ 
tritie  peut  être  funeste  et  la  taille  paraît  devoir  être  préférée,  bien  qu’il 
soit  quelquefois  dangereux  de  toucher  à  des  calculeux  dans  ces  condi¬ 
tions.  Il  est  en  effet  des  calculs  qu’il  faut  savoir  ne  pas  opérer. 

Les  vessies  à  cellules  conlre-indiquent  également  la  lithotritie  ;  il  est 
difficile  en  effet  de  désenchâtonner  le  calcul,  et  y  parvînt-on,  ce  qui  ar¬ 
rive,  il  suffit  qu’un  des  fragments  obtenus  retombe  dans  la  cellule  pour 
voir  la  cystite  se  perpétuer  et  la  pierre  se  reproduire. 

On  considérait  autrefois  l’atonie  vésicale  comme  une  contre-indication 
formelle  au  broiement  de  la  pierre  par  les  voies  naturelles.  Cette  opinion 
n’a  plus  cours  aujourd’hui,  et  il  est  même  des  chirurgiens  qui  ne  sont 
pas  éloignés  de  voir  dans  cet  état  du  réservoir  urinaire  une  condition  plu¬ 
tôt  favorable  à  la  lithotritie.  Qu’on  n’oublie  pas  cependant  que  dans  ce  cas, 
la  vessie  ne  pouvant  chasser  l’urine  avec  assez  de  force  pour  "entraîner  les 
graviers,  l’opérateur  est  obligé  à  de  fréquentes  réintroductions  de  son  in¬ 
strument  pour  évacuer  les  débris  obtenus,  ce  qui  ne  laisse  pas  que  de  mul¬ 
tiplier  les  chances  d’accident.  L’inflammation  des  uretères  et  des  reins,  le 
plus  ordinairement  consécutive  à  une  affection  de  la  vessie  ou  du  canal  de 
l’urèthre,  constitue,  quand  elle  peut  être  nettement  déterminée,  ce  qui 
n’est  pas  toujours  chose  facile,  qu’on  le  sache  bien,  constitue,  disons-nous, 
sinon  une  contre-indication  absolue,  du  moins  une  condition  défavorable  à 
l'opération  {voy.  P  vélo -Néphrite). 

Quant  au  mal  de  Bright,  bien  qu’il  place  les  calculeux  dans  un  état  de 
santé  peu  propice  à  toute  intervention  chirurgicale,  quelle  quelle  puisse 
être,  il  ne  serait  pas,  pour  sir  H.  Thompson,  une  contre-indication  abso¬ 
lue  au  broiement  des  calculs.  L’habile  chirurgien  anglais  cite  à  ce  propos 
quelques  cas  tirés  de  sa  pratique  et  qui  viennent  à  l’appui  de  son  dire.  Le 
plus  sage,  pensons-nous,  serait,  un  cas  de  ce  genre  se  présentant,  de  tenir 
compte  bien  plus  de  l’état  général  du  sujet,  pour  prendre' un  parti,  que  de 
l’état  local. 

De  V utilité  qu’il  yaà  examiner  chimiquement  et  au  microscope  les  urines 
et  les  dépôts  urinaires.  —  Il  est  une  précaution  à  prendre,  que  nous  ne 
saurions  trop  recommander  quand  il  s’agit  de  pratiquer  la  lithotritie  chez 
des  personnes  que  l’on  soupçonne  atteintes  d’affections  de  la  vessie  et  des 
reins,  c’est  l’examen  journalier  et  scrupuleusement  exact  des  urines  ren¬ 
dues  et  des  dépôts  qu’elles  forment  dans  les  récipients  où  elles  sont  pla¬ 
cées.  On  s’aidera  pour  cela  des  réactifs  que  nous  donne  la  chimie  et  sur¬ 
tout  du  microscope,  et  non-seulement  cette  recherche  doit  être  faite  avant 

NODV.  DICT.  MÉD.  ET  CHIK.  XX.  -  45 


706  LITHQTRITIE.  —  l.  chez  la  femme  et  les  enfants. 

toute  manœuvre  opératoire,  mais  elle  doit  être  répétée  pendant  les  jours 

qui  séparent  les  séances,  si  l’on  a  cru  opportun  de  pratiquer  la  lithotritie. 

L’opérateur  sait  ainsi  de  quelle  nature  sont  les  urines  rendues,  leur 
quantité,  leur  richesse  en  sels,  en  .urée,  en  mucus,  en  pus,  en  sang; 
quels  sont  les  points  de  la  muqueuse  génito-urinaire  qui  se  dépouillent  de 
leur  revêtement  épithélial,  etc.,  etc.  Les  renseignements  ainsi  obenus, 
joints  à  ceux  que  fournira  l’exploration  directe  du  malade,  permettront 
d’asseoir  un  diagnostic  avec  quelque  certitude. 

De  la  lithotritie  chez  la  femme.  —  La  pierre,  bien  que  plus 
rare  chez  la  femme  que  chez  l’homme,  se  rencontre  cependant  quelque¬ 
fois,  et  est  justiciable  des  mêmes  procédés  d’extraction  que  chez  l’homme. 

La  lithotritie  offre  surtout  de  grands  avantages,  en  raison  des  disposi¬ 
tions  anatomiques  des  organes  urinaires  dans  le  sexe  féminin  ;  la  brièveté, 
la  rectitude,  et  surtout  l’extrême  dilatabilité  du  canal  de  l’urèthre,  don¬ 
nent  de  remarquables  facilités  à  l’introduction  et  à  la  manœuvre  des  brise- 
pierre,  ainsi  qu’à  l’émission  des  fragments  qui  résultent  de  l’opéra¬ 
tion. 

En  ce  qui  concerne  la  vessie  de  la  femme,  quand  il  s’agit  de  la  re¬ 
cherche  et  du  broiement  d’un  calcul,  il  faut  surtout  retenir  que  le  réser¬ 
voir  urinaire  présente,  à  bien  peu  d’exceptions  près,  une  capacité  considé¬ 
rable,  ce  qui  fait  que  l’on  ne  rencontre  pas  toujcmrs  d’emblée  le  calcul  ou 
ses  fragments;  en  outre,  Civiale  signalait  dans  ses  leçons  la  disposition  en 
bissac  qu’offre  souvent  la  vessie ‘chez  les  personnes  du  sexe,  disposition  qui 
expose  à  négliger  le  broiement  d’un  petit  calcul  ou  d’un  fragment,  d’où 
peut  résulter  une  récidive  de  la  pierre. 

Les  manœuvres  instrumentales  sont  d’ailleurs  les  mêmes  que  pour 
l’homme.  On  peut  cependant,  chez  la  femme,  hâter  la  cure  définitive  de 
la  pierre,  en  extrayant  séance  tenante  des  morceaux  de  calcul  assez  vo¬ 
lumineux,  extraction  qui  se  pratique,  Soit  avec  le  brise-pierre  lui-même, 
soit  avec  une  longue  pince  à  pansement,  employée  en  manière  de  tenette. 

De  la  lithotritie  chez  les  enfants.  —  L’affection  calculeuse 
étant  très-fréquente  chez  les  enfants,  on  conçoit  aisément  tout  l’intérêt  qui 
s’attache  à  l’étude  du  traitement  de  la  pierre  chez  les  jeunes  sujets. 

La  taille,  appliquée  aux  jeunes  calculeux,  donne  certes  de  très-beaux 
succès  ;  mais  on  peut  dire  aussi  que  la  lithrotritie  convenablement  em¬ 
ployée,  et  avec  un  appareil  instrumental  approprié  au  cas  particulier, 
donne  aussi  d’excellents  résultats. 

P.  Guersant,  à  une  époque  où  la  lithotritie  était  encore  dans  l’enfance,  a 
bien  pu  écrire  dans  sa  thèse  inaugurale  que  le  broiement  de  la  pierre  par 
les  voies  naturelles  était  impraticable  au-dessous  de  cinq  ans.  Mais  il  est 
plus  tard  revenu  sur  cette  opinion,  un  peu  prématurément  formulée,  et 
la  lithotritie  était  devenue,  dans  son  service  de  l’hôpital  des  enfants,  une 
opération  usuelle. 

Cependant  il  faut  reconnaître  qu’au  dessous  de  deux  ans,  le  canal  de 
Purèllire  est  tellement  étroit,  que  c’est  à  la  taille  qu’il  vaut  mieux  re¬ 
courir,  le  cas  échéant. 


LITHOTRITIE.  —  l.  chez  les  enfants.  707 

Dans  l’emploi  de  la  lithotritie  chez  les  enfants  calculeux,  il  y  a  lieu  de 
tenir  compte,  comme  pour  l’adulte,  de  différents  éléments. 

Ainsi,  l’âge  est  surtout  à  considérer  au  point  de  vue  du  calibre  de 
l’urètlire  ;  en  effet,  comme  le  fait 'observer  sir  H.  Thompson,  de  trois  à 
sept  ou  huit  ans,  se  rencontrent  plus  de  la  moitié  des  calculs  observés 
avant  la  puberté.  Or,  à  cet  âgé,  le  canal  de  l’urèthre  est  fort  étroit  :  il 
faudra  donc  ne  songer  à  attaquer  par  les  voies  naturelles  que  des  calculs 
de  petit  volume,  et  pas  trop  résistants  ;  car,  on  ne  peut  employer  que  des 
instruments  de  faible  grosseur  et  à  mors  courts,  instruments  toujours  très- 
faibles,  et  qu’un  effort  un  peu  violent  briserait,  ou  tout  au  moins  fausse¬ 
rait  infailliblement. 

Il  faudrait,  en  outre,  multiplier  beaucoup  les  séances  avant  d’arriver  au 
broiement  complet,  ce  qui,  bien  qu’on  en  ait  dit,  ne  laisse  pas  que  d’avoir 
de  sérieux  inconvénients.  Il  ne  convient  donc  pas,  dans  la  période  com¬ 
prise  entre  trois  et  sept  ou  huit  ans,  d’attaquer  par  les  voies  naturelles  un 
calcul  dépassant  deux  centimètres. 

De  neuf  à  treize  ans,  les  conditions  sont  moins  défavorables,  et  la  mé¬ 
thode  est  applicable  aux  calculs  présentant  jusqu’à  trois  centimètres  dans 
leur  plus  grand  diamètre. 

En  ce  qui  concerne  les  indications  et  les  contre-indications  de  la  litho¬ 
tritie  chez  les  jeunes  sujets,  nous  dirons  qu’elles  sont,  toutes  proportions 
gardées,  les  mêmes  que  celles  que  nous  avons  énumérées  pour  l’adulte. 

Le  calcul  ne  doit  pas  être  trop  volumineux,  ni  trop  dur;  l’état  général 
doit  être  bon,  la  vessie  saine  et  indemne  de  tout  catarrhe  purulent.  Il 
faut  encore  que  les  calculs  ne  soient  pas  multiples,  ni  surtout  adhérents 
ou  enchâtonnés. 

Il  ne  faut  pas  oublier,  quand  on  veut  pratiquer  la  lithotritie  chez  les  en¬ 
fants,  que  ceux-ci  n’ayant  pas  ou  n’ayant  que  peu  de  prostate,  il  n’y  a  pas, 
pour  la  manoeuvre  de  l’instrument  dans  la  vessie,  de  lieu  d’élection  pro¬ 
prement  dit  (Thompson). 

Le  bas-fond  vésical  n’existe,  pour  ainsi  dire,  pas  dans  le  jeune  âge,  et  la 
vessie  offrant  une  forme  ovoïde  très-allongée  qui  la  rapproche  de  celle 
d’une  poire,  le  calcul  roule  facilement;  s’il  n’échappe  pas  aux  invéstiga- 
tions  pratiquées  pour  en  démontrer  la  présence,  il  peut,  par  contre,  fuir 
très-facilement,  quand  on  cherche  à  le  saisir  avec  un  lithoclaste. 

De  l’appareil  instrumental  destiné  à  pratiquer  la  lithotritie  dans  le 
jeune  âge,  nous  devons  dire  quelques  mots. 

Les  règles  que  nous  avons  fait  connaître  en  parlant  de  la  disposition  des 
mors  et  du  mécanisme  de  T  instrument  restent  les  mêmes  que  pour  l’adulte, 
mais  le  calibre  doit  en  être  tout  autre. 

Le  tableau  ci-joint  donne  la  mesure  maximum  du  bec  de  l’instrument 
qui  convient  à  chaque  âge  ; 

De  2  à  4  ans  ;  largeur,  5  millimètres;  épaisseur,  4  millimètres. 

De  6  à  10  ans  :  largeur, 6  millimètres;  épaisseur,  5  millimètres. 

De  6  à  15  ans  ;  largeur,  5  à  7  ;  épaisseur  5  à6  millimètres. 

Thompson,  pour  les  jeunes  enfants,  se  sert  d’un  petit  lithotriteur  d’un 


Ici  encore,  de  même  que  pour  l’adulte,  et  plus  encore  peui-eue  que 
pour  celui-ci,  il  faut,  après  s’être  assuré  de  la  présence  réelle  du  calcul, 
et  des  conditions  diverses  qu’il  peut  présenter  au  point  de  vue  du  volume, 
de  la  consistance,  il  faut,  disons-nous,  faire  subir  au  malade  une  prépa¬ 
ration,  qui  consistera  surtout  dans  une  dilatation  progressive  du  canal  de 
l’urèthre  à  l’aide  de  bougies  graduellement  croissantes,  mises  en  place 
chaque  jour,  et  laissées  une  demi-heure  dans  le  canal.  On  y  joindra,  s’il 
est  nécessaire,  l’incision  du  méat  urinaire.  Plus  on  ira  loin  sous  ce  rap¬ 
port  (la  dilatation),  plus  on  pourra  introduire  un  instrument  puissant,  et 
plus  aussi  on  pourra  abréger  le  nombre  et  la  durée  des  séances. 

Il  est  à  remarquer  que  les  enfants  présentent,  bien  moins  que  les  adultes, 
de  la  tendance  à  avoir  des  accidents  par  suite  du  cathétérisme.  C’est  là 
une  circonstance  assez  favorable  dont  le  chirurgien  doit  tirer  parti  pour 
pousser  la  préparation  aussi  loin  que  possible. 

Les  injections  vésicales  sont  également  utiles  chez  l’enfant  pendant  la 
période  de  dilatation,  et  aussi  au  moment  même  d’opérer.  Dans  ce  der¬ 
nier  cas,  il  ne  faut  pas  oublier  que  les  jeunes. vessies  se  laissent  facile¬ 
ment  distendre,  et  qu’une  trop  grande  quantité  de  liquide  dans  le  réser¬ 
voir  urinaire  rend  la  recherche  du  calcul  et  sa  prise  plus  difficiles. 

Quant  à  la  position  à  donner  au  sujet,  elle  est  la  même  que  pour  les 
grandes  personnes;  nous  devons  cependant  faire  à  cet  égard  quelques  ob¬ 
servations.  Ainsi,  il  ne  faut  pas  hésiter  à  relever  fortement  le  bassin,  et  à 


708  LITHOTRITIE.  —  n.  chez  les  ekfants. 


calibre  correspondant  au  n"!!  (filière  Charrière),  et  fonctionnant  sans  vis. 
Cet  instrument  permet  de  pratiquer  le  broiement  par  la  simple  pression 
de  la  paume  de  la  main  sur  la  rondelle  terminale  de  la  branche  mâle,  la 

branche  femelle  portant  près  ’ - -  -  u - x - 

sale,  qui  sert  de  pointfd’appi 


LITHOTRITIE.  —  l.  chez 


ENFANTS. 


709 


fixer  solidement  i’enfantsur  lè  lit  d’opération,  soit  en  l’attachant,  comme 
on  le  fait  en  Angleterre  pçur  la  taille,  soit  en  le  maintenant  par  l’inter¬ 
vention  d’aides  en  nombre  suffisant. 

L’indocilité  des  enfants  étant  extrême,  et  tous  les  raisonnements  possi¬ 
bles  n'ayant  que  fort  peu, d’influence  sur  eux,  il  convient  toujours  de  les 
soumettre  au  chloroforme  pour  pratiquer  la  lithotritie. 

Nous  aurons  à  dire  plus  loin  ce  que  nous  pensons  de  l’emploi  du  chlo¬ 
roforme  dans  la  pratique  générale  de  la  lithotritie.  Nous  nous  contenterons 
de  signaler,  pour  l’instant,  que  l’anesthésie  est  de  rigueur  dans  la  litho¬ 
tritie  chez  l’enfant. 

Tous  les  hommes  compétents  sont  unanimes  sur  ce  point  important  de 
pratique  : 

«  Pour  moi,  dit  Jobert  (de  Lamballe) ,  je  n’hésite  pas  à  établir  ce  principe 
que  la  chloroformisation  doit  être  un  des  temps  de  la  lithotritie  chez  les  en¬ 
fants.  Vainement  on  chercherait  un  moyen  plus  efficace  et  plus  sûr,  pour 
rendre  l’opération  rapide  et  exempte  de  douleur;  car  il  procure  l’insensi¬ 
bilité  sans  nuire  à  l’organisme.  » 

Sir  II.  Thompson  est  aussi  d’avis  d’employer  toujours  le  chloroforme 
chez  les  enfants  qu’on  veut  lithotritier. 

On  a  bien  vanté,  dans  ces  dernières  années,  le  bromure  de  potassium 
com.me  un  anesthésique  spécial  du  canal  .de  l’urèthre,  qu’on  le  prît  à  l’in¬ 
térieur,  ou  qu’on  s’en  servît  en  injections  préalables  aux  manœuvres  opé¬ 
ratoires.  Mais,  outre  que  cet  état  anesthésique  est  loin  d’être  parfait,  de 
quelque  manière  qu’on  s’y  prenne  pour  l’obtenir,  il  faudra  toujours  tenir 
compte  de  l’indocilité  et  de  la  pusillanimité  des  enfants.  Aussi,  préferons- 
nous,  sans  hésiter  en  aucune  façon,  recourir  au  chloroforme  administré, 
chez  les  très-jeunes  sujets,  par  la  méthode  qu’a  fait  connaître  le  profes¬ 
seur  Sédillot,  et  désignée  sous  le  nom  de  chloroformisation  par  surprise. 

Les  soins  consécutifs  à  la  séance  sont  les  mêmes  que  ceux  indiqués  pour 
l’adulte. 

L’enfant  opéré  sera  couché  chaudement  ;  on  lui  donnera  quelques  bois¬ 
sons  chaudes  et  légèrement  stimulantes.  Il  sera  surveillé  de  très-près  pour 
l’empêcher  d’uriner  debout.  Au  besoin,  il  sera  fixé  sur  son  lit  à  l’aide 
d’une  alèse.  L’injection  vésicale  dite  évacuatrice  n’est  nullement  nécessaire 
chez  lui,  pas  plus  d’ailleurs  que  chez  l’adulte,  ainsi  que  nous  l’avons  éta¬ 
bli  précédemment,  et  pour  les  raisons  susdites. 

Il  faut  d’autant  plus  surveiller  les  petits  malades,  que  la  vessie  se  con¬ 
tracte  souvent  chez  eux  avec  une  grande  énergie.  Ils  urinent  tout  d’un 
jet,  et  même  souvent  avec  un  effort  considérable,  ce  qui,  joint  à  l’absence 
de  bas-fond  d’une  part,  et  d’autre  part  à  l’extrême  dilatabilité  du  col  de  la 
vessie,  fait  que  des  fragments,  parfois  très-volumineux,  s’engagent  dans  le 
canal  jusqu’à  la  portion  membraneuse.il  en  résulte  des  accidents  plus  ou 
moins  graves,  auxquels  il  est  souvent  difficile  de  remédier  d’une  façon 
efficace  sans  nouvelles  manœuvres  opératoires. 

Si  cet  accident  se  produit,  il  faut  tout  d’abord  chercher  à  refouler  le 
gravier  engagé  jusque  dans  la  vessie  à  l’aide  d’une  sonde  à  béquille,  ou 


LITHOTRITIE.  —  emploi  dd  chloroforme. 


710 

d’une  sonde  ouverte  aux  deux  bouts,  et  au  travers  de  laquelle  on  pratique 
une  injection  d’eau  tiède.  Si  l’on  échoue,  il  faut  recourir  à  la  lithotritie 
uréthrale,  ou  encore  à  l’extraction  directe.  En  dernier  ressort,  on  se  ré¬ 
soudra  à  pratiquer  l’opération  de  la  boutonnière. 

L’intervalle  des  séances  sera  calculé  d’après  le  plus  ou  moins  de  réac¬ 
tion  offert  par  le  sujet,  à  la  suite  de  l’opération.  En  général,  les  enfants 
sont  sous  ce  rapport  plus  tolérants  que  les  adultes.  Trois  à  six  jours  nous 
paraissent  un  intervalle  suffisant,  s’il  ne  surgit  aucune  complication. 

S’il  y  a  atonie  de  la  vessie,  et  que  les  graviers  résultant  du  broiement 
soient  difficilement  rendus,  il  convient,  aux  séances  ultérieures,  d’extraire 
à  Taide  du  lithotriteur  une  partie  des  débris  obtenus. 

On  pourra  en  outre  solliciter  la  contractilité  vésicale  par  des  injections 
d’eau  fraîche  dans  le  réservoir  urinaire,  des  compresses  froides  sur  le  bas- 
ventre,  ou  encore  quelques  prises  d’ergot  de  seigle  (Guersant). 

S’il  y  a  incontinence  d’urine,  ou  si  l’enfant  trop  jeune  ne  sait  pas  ou 
ne  veut  pas  demander  le  vase  et  urine  dans  son  lit,  on  garnira  la  verge 
d’un  capuchon  de»  gaze,  qui  retiendra  les  parcelles  calculeuses  émises  à 
chaque  mixtion.  On  sera  ainsi  exactement  renseigné  sur  les  résultats  de 
l’opération. 

En  résumé,  nous  estimons  que,  bien  que  la  taille  donne  chez  l’enfant  de 
merveilleux  succès,  on  peut  souyent  faire  bénéficier  les  jeunes  calculeux 
des  avantages  qu’offre  la  lithotritie,  à  la  condition,  bien  entendu,  de  ne 
l’appliquer  que  dans  les  cas  convenables. 

En  ce  qui  concerne  la  durée  du  traitement,  nous  voyons,  d’après  la 
statistique  du  docteur  Gross,  que  sur  2 71  enfants  âgés  de  moins  de  10  ans, 
et  opérés  par  la  taille,  252  ont  guéri,  et  que  la  moyenne  du  traitement 
a  été  de  trente-cinq  jours.  Assurément  le  traitement  des  calculeux  jeunes 
par  la  lithotritie  ne  demanderait  pas  autant  de  temps. 

De  l’emploi  du  chloroforme  duns  la  pratique  de  la  litho¬ 
tritie. — Puisque  nous  avons  admis  que,  pour  pratiquer  avec  toute  sécu¬ 
rité  la  lithotritie  chez  l’enfant,  il  fallait  recourir  au  chloroforme,  nous 
croyons  opportun  d’étudier  ici  la  valeur  de  l’anesthésie  chloroformique 
dans  l’application  systématique  de  la  lithotritie. 

L’opinion  des  chirurgiens  qui  s’occupent  de  lithotritie  n’est  pas  una¬ 
nime  sur  ce  point  de  pratique.  Les  uns  rejettent  toujours  et  quand  même 
l’emploi  du  cliloroforme  dans  cette  opération  ;  les  autres  l’admettent  dans 
certains  cas,  d’autres  enfin  disent  qu’on  peut  toujours  utiliser  sans  danger 
ce  précieux  agent. 

Nous  ne  voulons  pas  entreprendre  de  discuter  ici  par  le  menu  les  rai¬ 
sons  sur  lesquelles  chacun  s’est  basé  pour  affirmer  à  cet  égard  sa  manière 
de  voir.  Disons  seulement  qu’avec  Thompson  nous  considérons  l’emploi  du 
chloroforme  comme  inutile  et  parfois  môme  dangereux  chez  l’adulte  et 
que,  à  peu  d’exceptions  près,  nous  n’en  admettons  l’usage  constant  et  mé¬ 
thodique  que  dans  la  lithotritie  pratiquée  chez  les  enfants. 

Ceci  mérite  explication.  ,En  ce  qui  concerne  les  enfants,-  nous  avons  dit 
que  leur  indocilité  et  leur  extrême  pusillanimité  étaient  surtout  les  rai- 


LITHOTRITIE.  —  résultats. 


711 


sons  dominantes  qui  nous  faisaient  employer  le  chloroforme.  Nous  ne  re¬ 
viendrons  pas  sur  ce  point. 

Quant  aux  adultes,  la  chloroformisation  est  inutile,  parce  queia  litho- 
tritie  bien  faite  n’est  pas  tellement  douloureuse  qu’un  homme  raisonnable 
ne  puisse  consentir  à  l’affronter  en  pleine  connaissance  de  cause;  elle  est 
dangereuse,  parce  qu’elle  prive  le  chirurgien  de  certaines  notions  que  le 
malade  conscient  peut  seul  communiquer  à  l’opérateur  au  cours  de  la  ma¬ 
nœuvre. 

Tels  sont  les  renseignements  fournis  touchant  les  sensations  qu’éprouve 
le  malade  lors  du  passage  de  l’instrument  au  col  et  de  sa  mise  en  œuvre 
dans  la  vessie.  Nous  ne  nous  plaçons  pas  ici  au  point  de  vue  du  pincement 
possible  de  la  muqueuse  vésicale  par  l’instrument,  accident  rare,  surtout 
entre  des  mains  exercées  et  avec  les  lithotriteurs  modernes.  Nous  songeons 
bien  plus  au  degré  de  sensibilité  qu’accuse  le  patient  à  certains  moments, 
sensibilité  telle  parfois  qu’il  faut,  comme  l’indique  Thompson,  savoir  re¬ 
noncer  alors  à  continuer  l’opération  et  remettre  la  séance  à  un  autre  mo¬ 
ment  sous  peine  de  voir  survenir  des  accidents  graves .  Eh  bien!  cette  don¬ 
née  si  importante  à  posséder,  vous  ne  pouvez  l’acquérir  quand  le  sujet 
est  sous  l’action  du  chloroforme.  Bien  plus,  cette  anesthésie  trompeuse 
ne  vous  met  point  à  l’abri  des  accidents  consécutifs. 

Cependant,  quand  un  malade  réclame  avec  instance  l’emploi  du  chloro¬ 
forme,  on  peut  ne  pas  lui  refuser  cette  satisfaction;  mais  il  vaut  mieux, 
comme  le  veut  le  célèbre  chirurgien  anglais,  s’exercer  à  opérer  avec  assez 
de  délicatesse  et  de  dextérité  pour  que  les  patients  n’aient  pas  à  réclamer 
■les  bénéfices  de  l’anesthésie. 

Quels  sont  les  résultats  de  la  lithotritie.  —  Civiale,  avec  un 
enthousiasme  qu’on  conçoit  aisément  chez  un  inventeur,  déclare  péremp¬ 
toirement  dans  ses  œuvres  que  la  lithotritie  pratiquée  à  propos  et  bien  faite 
ne  tue  jamais.  Or,  bien  que  ce  célèbre  spécialiste  ait  publié  le  relevé  an¬ 
nuel  de  ses  opérations,  il  est  difficile,  ainsi  que  le  fait  remarquer  Thompson 
de  partager  entièrement-cette  manière  de  voir,  surtout  en  présence  des 
données  insuffisantes  sur  lesquelles  Civiale  basait  son  appréciation. 

Une  statistique  bien  faite,  où  l’on  ait  fait  entrer  en  ligne  de  compte 
tous  les  éléments  capables  d’influer  sur  le  résultat  final  de  l’opération,  tels 
par  exemple  que  l’âge  de  l’opéré,  le  volume  et  la  résistance  du  calcul, 
l’état  des  voies  génito-urinaires,  l’état  général  du  sujet,  le  nombre  des 
séances  nécessaires  pour  arriver  à  la  guérison  complète,  etc.,  une  telle 
statistique,  disons-nous,  peut  seule  nous  éclairer  exactement  sur  la  valeur 
intrinsèque  et  sur  les  résultats  de  la  lithotritie.  Or  ces  documents  ne  se 
trouvent  pas  actuellement,  que  nous  sachions,  dans  la  littérature  médicale 
française.  Force  nous  est  donc  de  recourir  à  cet  égard  à  nos  voisins  d’Ou- 
tre-Manche,  si  nous  ne  voulons  pas  nous  borner  à  une  appréciation  toute 
personnelle,  basée  plutôt  sur  des  souvenirs  que  sur  des  chiffres.  Sous  ce 
rapport,  nous  devons  dire  que  les  documents  fournis  par  sir  II.  Thomp¬ 
son  sont  fort  instructifs;  aussi  est-ce  à  cette  source  que  nous  allons  puiser 
les  renseignements  suivants  : 


712 


LITHOÏRITIE.  —  RÉSULTATS. 


Sir  H.  Thompson  a  pratiqué,  de  1867  àl875,  c’est-à-dire  en  six  ans, 
204  lithotrities  dans  des  cas  très-variés,  et  de  cette  pratique  étendue  il  a 
cherché  à  tirer  des  conclusions  relatives  : 

1“  A  la  proportion  de  guérisons  pour  100  opérés; 

2?  A  l’état  du  malade  après  l’opération; 

3“  Au  nombre  des  récidives  et  des  rechutes  de  la  pierre  qui  suivent 
la  lithotritie. 

Avant  que  de  fournir,  avec  chiffres  à  l’appui,  les  réponses  que  le  chirur¬ 
gien  anglais  a  données  aux  trois  questions  qu’il  s’était  posées,  faisons  tout 
d’abord  remarquer  que  sa  statistique  ne  porte  que  sur  des  adultes,  puisque 
le  plus  jeune  de  ses  opérés  avait  22  ans,  et  qu’il  n’a  jamais  appliqué  la 
méthode  du  broiement  par  les  voies  naturelles  à  des  calculs  pesant  plus  de 
30  grammes. 

1"  Proportion  de  guérisons  sur  cent  opérés.  —  Sur  ces  204  cas,  avec  un 
âge  moyen  de61  ans, sir  H.  Thompson  compte  13  morts,  soit  une  moyenne 
de  guérisons  de  95,5  p.  100. 

La  mort,  quand  elle  est  survenue,  a  paru  être  toujours  déterminée  par 
des  lésions  rénales  uniques  ou  doubles,  avec  cystite  plus  ou|moins  grave 
comme  point  de  départ.  Quelquefois  les  malades  ont  succombé  à  une  cys¬ 
tite  aiguë,  et  dans  trois  cas  à  une  véritable  pyohémie. 

Des  autopsies  qu’il  a  pu  faire,  l’auteur  anglais  conclut  que,  si  Ton  pou¬ 
vait  diagnostiquer  par  avance  l’existence  des  cellules  vésicales,  la  pyélite 
chronique  avec  distension  de  l'uretère,  la  néphrite  chronique  avec  altéra¬ 
tion  de  structure  des  reins, il  conviendrait  de  s’abstenir  de  toute  opération; 
car,  dans  cinq  des  treize  cas  de  mort  qu’il  signale,  il  a  relevé  l’existence' 
de  ces  lésions.  Huit  fois  seulement  sur  ces  204  cas,  la  mort  a  été  la  consé¬ 
quence  apparente  de  l’opération  chirurgicale,  ce  qui  fait  en  réalité  que  la 
mortalité  pas  la  lithotritie  proprement  dite  n’est  que  de  4  p.  100. 

2“  État  du  malade  après  la  lithotritie.  —  D’une  façon  très-générale,  et 
sans  qu’il  soit  possible  de  donner  à  cet  égard  des  chiffres  précis,  les  calcu- 
leux  opérés  par  la  lithotritie  récupèrent  promptement  leur  santé  et  leurs 
forces,  et  nombre  d’entre  eux  peuvent  reprendre  une  vie  active  et  même 
fatigante  sans  rien  ressentir  de  leur  maladie. 

Cependant  chez  les  gens  un  peu  âgés,  il  reste  souvent  un  certain  degré 
de  cystite  et  parfois  même  de  pyélo-néphrite.  Mais  cela  a  surtout  lieu  chez 
les  calculeux  qui  avaient  déjà  des  lésions  du  côté  de  l’appareil  génito- 
urinaire,  lésions  dont  l’opération  a  bien  pu  entraver  momentanément  la 
marche,  mais  qu’elle  n’a  pu  suf6re  à  guérir. 

Des  récidives  calculeuses.  —  Citons  ici  textuellement  notre  auteur  : 
«  Parmi  les  204  cas,  il  y  en  a  eu  huit  où  le  calcul  s’est  reproduit  et  où  la 
lithotritie  a  été  faite  à  nouveau.  Dans  cette  statistique  ne  figurent  que  les 
récidives  après  un  an  et  plus.  Nous  no  considérons  pas  comme  opération 
de  lithotritie  l’extraction  de  (juelques  dépôts  phosphatiques  se  montrant  de 
nouveau  ultérieurement.  » 

Une  première  cause  de  récidive  peut  être  la  chute  d’un  gravier  rénal 
dans  la  vessie,  d’où  il  n’est  pas  expulsé  et  où  il  devient  le  noyau  d’un 


LITHOTRITIE.  —  l.  par  les  voies  accidektelles.  713 

nouveau  calcul.  Cela  peut  arriver  aussi  bien  après  la  taille  qu’après  la 
lithotritie.  Thompson  dit  avoir  observé  ces  causes  de  récidive  7  fois  sur 
204  cas. 

L’autre  cause  de  la  récidive  peut  être  l’oubli  d’un  fragment  de  pierre 
dans  la  vessie  à  la  suite  des  séances  de  lithotritie.  Chacun  connaît,  à  cet 
égard,  l’histoire  du  roi  Léopold  de  Belgique.  Mais  elle  peut  être  aussi, 
d’après  Thompson,  la  conséquence  d’une  cystite  chronique  persistante, 
résultant  soit  de  l’affection  calculeuse  antécédente,  soit  encore  des  ma¬ 
nœuvres  instrumentales.  Ce  sont  surtout  des  calculs  phosphatiques  qui 
se  produisent  dans  ce  cas.  On  y  obvie  en  partie  en  soignant  convenable¬ 
ment  l’état  inflammatoire  de  la  vessie. 

Il  faut  aussi  signaler  comme  cause  de  récidive  l’existence  d’une  cellule 
vésicale,  dans  laquelle  peut  rester  un  fragment  de  calcnl  qui  redevient 
d’une  façon  incessante  le  point  de  départ  d’une  nouvelle  concrétion. 

Terminons  ce  que  nous  avons  à  dire  au  sujet  du  broiement  de  la  pierre 
dans  la  vessie  par  les  voies  naturelles,  en  signalant  une  vérité  axiomatique 
sur  laquelle  Thompson  insiste  dans  ses  leçons  et  dans  ses  livres  avec 
tant  de  raison,  c’est  que.le  but  de  la  chirurgie  moderne  doit  être  de  ra¬ 
mener  autant  que  possible  le  traitement  des  calculs  à  la  lithotritie,  et  qu’il 
faut  en  conséquence  s’exercer  à  les  découvrir  de  bonne  heure,  alors  qu’ils 
sont  petits.  » 

De  la  litliotpitie  par  les  voies  accidentelles  et  artifi¬ 
cielles.  —  Si  nous  nous  en  tenions  strictement  aux  termes  de  la  défini¬ 
tion  que  nous  avons  donnée  de  la  lithotritie,  notre  tâche  serait  ici  ter¬ 
minée. 

Mais  comme  les  voies  naturelles  ne  constituent  pas  le  seul  chemin  suivi 
pour  arriver  jusque  dans  la  vessie  et  y  broyer  la  pierre,  nous  avons  cru 
utile,  dans  les  lignes  qui  viint  suivre,  d’entrer  dans  quelques  détails  sur 
deux  modes  opératoires,  connus  depuis  fort  longtemps,  sans  doute,  mais 
que  les  travaux  récents  d’éminents  chirurgiens  contemporains  ont  trans¬ 
formés  jusqu’à  leur  donner  une  nouvelle  et  grande  importance  pratique. 

Nous  voulons  parler  des  opérations  qui  ont  été  désignées  sous  les  noms 
de  :  Lithotritie  par  les  voies  accidentelles  et  de  Lithotritie  par  les  voies 
artificielles  ou  lithotritie  périnéale. 

'A.  Lithotritie  par  les  voies  accidentelles.  —  Il  peut  arriver  qu’un  calcu- 
leux  soit  atteint  d’un  rétrécissement  de  l’urèthre.  Ce  n’est  pas  là,  à  vrai 
dire,  une  contre-indication  absolue  à  l’emploi  de  la  lithotritie  par  les  voies 
naturelles.  Mais  c’est  très-certainement  une  condition  défectueuse,  en  ce 
sens  qu’il  faut  perdre  un  temps  précieux  pour  arriver  à  mettre  le  canal 
en  état  de  recevoir  les  instruments  lithotriteurs  et  de  laisser  passer  les 
débris  résultant  du  broiement.  Mais  si,  chez  ce  même  calculeux  atteint  de 
rétrécissement  de  l’urèthre,  il  s’est  produit,  ce  qui  est  loin  d’être  rare, 
un  abcès  urineux  périnéal  avec  fistule  urinaire  consécutive  persistante, 
la  lithotritie  par  les  voies  naturelles  nous  paraît  formellement  contre- 
indiquée,  et  c’est  à  la  taille  ou  même  encore  à  la  lithotritie  pratiquée  par 
la  fistule  préalablement  dilatée,  qu’il  faut  avoir  recours. 


714  LITHOTRITIE.  —  l.  par  les  voies  accidentelles. 

En  effet,  ainsi  que  l’a  si  bien  établi  notre  éminent  confrère,  le  profes¬ 
seur  Bouisson  (de  Montpellier),  dans  le  remarquable  mémoire  qu’il  a  écrit 
sur  ce  sujet,  chercher  à  dilater  l’urèthre  pour  arriver  à  pratiquer  par  le 
canal  le  broiement  de  la  pierre,  c’est  perdre  un  temps  qu’on  peut  mieux  em¬ 
ployer.  Car  le  rétrécissement  de  l’urèthre  n’est  qu’une  maladie  accessoire 
dans  le  cas  particulier,  puisqu’il  existe  un  trajet  périnéal  qui  assure  l’écoule- 
nient  régulier  et  complet  des  urines,  et  que  c’est  la  pierre  qui  est  la  ma¬ 
ladie  principale,  celle  qui  menace  tout  d’abord  la  santé,  et  qu’il  faut 
partant  guérir  la  première. 

11  convient  alors  d’atteindre  la  vessie  par  la  voie  la  plus  courte,  la  plus 
directe,  pour  y  saisir  la  pierre  et  la  broyer.  Cette  voie,  c’est  la  fistule,  qu’on 
dilate  progressivement  et  avec  assez  de  facilité  à  l’aide  de  l’éponge  pré¬ 
parée;  cela  n’aggrave  en  rien,  pour  le  dire  en  passant,  l’état  du  malade, 
car  on  sait  combien  tous  les  trajets  fistuleux,  qu’ils  siègent  au  périnée  ou 
ailleurs,  se  laissent  facilement  dilater,  pour  reprendre  bientôt  leurs  dimen¬ 
sions  premières,  quand  on  cesse  d’y  introduire  des  corps  dilatants. 

Par  le  trajet  ainsi  ouvert,  il  est  facile  d’introduire  les  instruments  litho- 
triteurs  jusque  dans  la  vessie,  et  de  les  y  faire. fonctionner  convenable¬ 
ment. 

La  séance  peut  être  prolongée  suffisamment  pour  arriver  à  un  broie¬ 
ment  complet,  et  cela  sans  craindre  les  réactions  parfois  funestes  que 
provoquent  les  longues  séances  pratiquées  par  les  voies  naturelles. 

Des  injections  d’eau  tiède  débarrassent  aisément  la  vessie  des  débris 
calculeux  que  l’on  n’a  pu  ramener  avec  les  inslrumenls.  Une  canule  est 
mise  à  demeure  dans  la  fistule  dilatée,  jusqu’à  ce  que  tous  les  fragments 
de  pierre  soient  parfaitement  évacués,  après  quoi  on  laisse  la  fistule  re¬ 
venir  sur  elle-même,  tandis  que  l’on  prépare  son  oblitération  définitive, 
en  appliquant  au  rétrécissement  du  canal  le  traitement  approprié  au  cas 
particulier. 

Le  professeur  Bouisson  rapporte,  dans  le  mémoire  sus-mentionné,  plu¬ 
sieurs  observations  qui  témoignent  de  l'efficacité  et  de  l’innocuité  de  cette 
manière  exceptionnelle  de  pratiquer  la  litholritie. 

Cette  méthode  est  tout  particulièrement  applicable  aux  récidives  de 
calculs  chez  des  sujets  taillés,  ayant  conservé  de  leur  opération  une  fistule 
périnéale.  Dans  ce  cas,  en  effet,  le  trajet  est  direct,  et  les  choses  se  pas¬ 
sent  à  peu  près  comme  dans  la  taille  en  deux  temps,  telle  que  la  pratiquait 
Guérin  (de  Bordeaux). 

Lorsque  le  trajet  périnéal  est  oblique,  ce  qui  se  rencontre  assez  fréquem¬ 
ment  quand  les  fistules  ont  eu  pour  point  de  départ  des  infiltrations  uri- 
neuses,  la  manoeuvre  peut  être  moins  simple;  mais,  comme  le  fait  remar¬ 
quer  le  professeur  Bouisson,  on  compense  aisément  cet  inconvénient  par 
une  dilatation  convenable,  aidée,  s’il  est  besoin,  d’incisions  ménagées. 

Le  trajet  une  fois  établi,  la  manœuvre  instrumentale  est  des  plus  sim¬ 
ple  ;  on  peut  introduire  des  lithotriteurs  d’une  puissance  propôrtionnée  à 
la  résistance  et  au  volume  du  calcul  ;  la  recherche  et  la  prise  de  ce  der¬ 
nier  n’offrent  guère  de  difficultés,  surtout  si  le  malade  est  convenablement 


LITHOTRITIE.  —  l.  par  les 


ARTIFICIELLES. 


715 


placé.  L’attitude  adoptée  pour  l’opération  de  la  taille,  le  siège  étant  forte¬ 
ment  relevé  par  un  coussin  épais  et  résistant,  donne  à  cet  égard  toutes 
facilités  au  chirurgien. 

Les  séances  peuvent  être  rapprochées  sans  inconvénient,  s’il  ne  sur¬ 
vient  pas  de  complications  inflammatoires;  et,  si  le  ïithotriteur  ne  suffit 
pas  à  l’extraction  des  fragments  obtenus,  on  peut  atteindre  et  enlever  ceux- 
ci  à  l’aide  d’une  longue  pince,  comme  cela  se  fait  chez  la  femme. 

Cette  manière  d’utiliser  les  voies  accidentelles  pour  traiter  la  pierre 
dans  la  vessie,  n’est  pas,  on  le  comprend  aisément,  exclusivement  appli¬ 
cable  aux  seules  fistules  périnéales. 

On  pourrait  profiter  de  tout  autre  pertuis  fistuleux,  aboutissant  soit  au 
rectum,  soit  au  vagin,  ou  au  bas-ventre  après  la  taille  hypogastrique  ou 
la  ponction  de  la  vessie. 

Civiale,  en  1827,  utilisa  une  fistule  vésico-ventrale,  résultant  d’une 
taille  hypogastrique,  pour  broyer  un  calcul  récidivé,  chez  Oudet. 

B.  Lithotritie par  les  voies  artificielles.  —  Nous  comprenons  sous  cette 
dénomination  te  broiement  de  la  pierre  dans  la  vessie,  exécuté  en  intro¬ 
duisant  les  instruments  lithotriteurs  par  une  voie  que  le  chirurgien  crée 
séance  tenante,  voie  qui  peut  être  utilisée  pour  l’extraction  immédiate  et 
totale  de  tous  les  fragments  calculeux. 

Cette  opération,  qui  n’est  en  réalité  qu’une  combinaison  de  la  taille  pé¬ 
rinéale  et  de  la  lithotrilie,  a  reçu  le  nom  de  lithotritie  périnéale. 

C’est  au  professeur  Dolbeau  que  l’art  chirurgical  est  redevable  de  tous 
les  perfectionnements  qu’a  reçus  cette  méthode  opératoire,  entrevue  depuis 
longtemps  déjà  par  les  anciens  lithotomistes. 

Autrefois,  en  effet,  quand  la  taille  était  le  seul  remède  que  l’on  eût 
à  opposer  à  la  pierre  dans  la  vessie,  certains  opérateurs  n’hésitaient  pas 
à  fragmenter  les  calculs  trop  gros  pour  être  extraits  par  l’incision. 

Cette  pratique  était,  paraît-il,  usitée  à  Alexandrie,  et  Celse  cite  dans  ses 
œuvres  un  certain  Ammonius,  qui  cassait  ainsi  la  pierre  à  l’aide  d’un 
ciseau  et  d’un  marteau. 

Les  chirurgiens  arabes  se  servaient,  dans  le  même  but,  de  sortes  de  ci¬ 
sailles,  instruments  que  P’ranco  imita. 

Au  commencement  du  seizième  siècle,  Jean  des  Romains  imagina  de  ne 
point  inciser  le  col  de  la  vessie,  mais  bien  de  le  dilater  à  l’aide  de  conduc¬ 
teurs  spéciaux,  qu’il  appelait  itineraria.  Cela  le  conduisit  forcément  à 
l’idée  de  réduire  les  calculs  un  peu  gros  à  des  proportions  qui  fussent  en 
rapport  avec  les  dimensions  de  la  .voie  qu’il  créait.  Il  se  servait  pour  frag¬ 
menter  les  pierres  de  fortes  tenetles  à  mors  armés  de  dents. 

Marianus  Sanctus,  les  Colot,  Ambroise  Paré,  Frère  Côme,  Lecat,ont  ima^ 
giné  divers  instruments  pour  casser  les  calculs  qui  ne  pouvaient  être  extraits 
en  entier. 

Mais  c’était  toujours  là  une  opération  d’exception;  on  redoutait  avec  quel¬ 
que  raison  les  conséquences  que  pouvaient  avoir  pour  la  vessie  les  ma¬ 
nœuvres  réitérées,  et  souvent  violentes,  qu’il  fallait  exercer  avec  des  instru¬ 
ments  grossiers  et  volumineux,  pour  réduire  la  pierre  en  morceaux.  Aussi 


716  LITHOTPiITIE.  —  l.  par  les  voies  artificielles. 

Deschamps  n’hésitait-il  pas  à  blâmer  cette  opération,  qu’il  considérait 
comirie  meurtrière. 

Quand,  après  les  premiers  succès  obtenus  par  Civiale,il  fut  bien  prouvé 
que  la  lithotritie,  loin  d’être  une  fantaisie  chirurgicale,  promettait  au  con¬ 
traire  de  devenir  une  opération  aussi  usuelle  qu’efficace,  Antoine  Dubois 
pensa  qu’on  pourrait  utilement  combiner  la  méthode,  ancienne  et  la  mé¬ 
thode  nouvelle  ;  il  fit  part  de  cette  idée  à  la  section  de  chirurgie  (Académie 
de  médecine). 

Quelques  années  plus  tard,  Dupuytren,  dans  ses  cliniques,  parla  de 
nouveau  de  la  combinaison  des  deux  méthodes,  mais  nous  ne  croyons  pas 
qu’il  en  ait  jamais  fait  l’application. 

Il  faut  en  arriver  au  professeur  Bouisson  pour  voir  l’idée  de  la  litho¬ 
tritie  périnéale  (le  mot  est  du  savant  clinicien  de  Montpellier),  introduite 
dans  la  pratique. 

Civiale,  comme  nous  l’avons  dit  plus  haut,  avait  eu  l’heureuse  pensée 
de  profiter  d’une  fistule  résultant  d’une  taille  hypogastrique,  pour  intro¬ 
duire  dans  la  vessie  d’Oudet  des  instruments  destinés  à  hroyer  un  calcul 
récidivé. 

Bouisson,  se  trouvant  en  présence  d’un  sujet  atteint  de  fistule  périnéale 
consécutive  à  la  taille,  dans  un  cas  de  calcul  récidivé,  où  il  existait  égale¬ 
ment  un  rétrécissement  de  l’urèthre,  dilata  la  fistule  périnéale  avec  l’éponge 
préparée  ;  puis,  quand  la  voie  fut  assez  largement  ouverte,  il  y  engagea 
des  instruments  lithotriteurs,  broya  le  calcul,  débarrassa  son  malade,  et 
le  guérit  ensuite  rapidement  de  son  rétrécissement  et  d.e  sa  fistule. 

La  chose  eut  lieu  en  1845.  Depuis  lors,  le  professeur  Bouisson  eut  à 
plusieurs  reprises  l’occasion  de  répéter  la  lithotritie  par  des  fistules  péri¬ 
néales,  préalablement  dilatées.  Les  succès  obtenus  par  cette  méthode,  que 
nous  avons  décrite  plus  haut  dans  tous  ses  détails,  lui  donnèrent  la  pensée 
de  faire  de  la  lithotritie  un  temps  de  la  taille  médiane.  Il  proposa  donc, 
sous  le  nom  de  lithotritie  périnéale,  de  pratiquer  la  taille  de  Marianus 
Sanctus,  et  d’extraire  les  calculs,  après  les  avoir  broyés,  par  là  plus  pe¬ 
tite  incision  possible. 

C’était,  on  le  voit,  un  retour  à  la  taille  de  Jean  des  Romains  et  de  son 
élève  Marianus  Sanctus. 

Quelques  années  après,  le  professeur  Alquié  (de  Montpellier)  proposa 
une  opération  que  nous  ne  devons  citer  ici  que  pour  mémoire,  car  elle 
n’est  pas  entrée  dans  le  domaine  delà  pratique  :  nous  voulons  parler  de  la 
lithotritie  par  l’urèthre,  préalable  à  la  taille. 

Malgaigne  a  décrit  sous  le  nom  de  taille  lithotritique  une  combinaison 
de  la  taille  prostatique  et  de  la  lithotritie;  mais  cette  opération  n’a  rien  de 
commun  avec  la  lithotritie  périnéale,  telle  que  l’a  conçue  et  réalisée  le 
professeur  Dolheàu. 

Reprenant  l’idée  de  Jean  des  Romains,  qui  était  de  faire  une  taille  pu¬ 
rement  membraneuse,  puis  de  dilater  la  portion  prostatique  du  canal  de 
l’urèthre  et  le  coi  de  la  vessie,  pour  extraire  le  calcul  par  ce  trajet,  en  le 
broyant,  s’il  était  nécessaire,  Dolbeau  a  apporté  de  tels  perfectionnements 


LITHOTRITIE.  —  l.  par  les  voies  artificielles.  717 

et  de  telles  modifications  aux  procédés  que  suivaient  Jean  des  Romains, 
Marianus  Sanctus  et  les  Colot,  qu’il  peut  être  à  bon  droit  considéré  comme 
le  véritable  inventeur  d’une  méthode  opératoire  nouvelle  :  «  la  lithotritie 
en  une  seule  séance.,  à  travers  une  voie  accidentelle  creusée  par  la  dilata¬ 
tion.  » 

On  trouvera  à  l’article  Taille  tous  les  détails  relatifs  à  l’opération  de 
Dolbeau,  dont  nous  ne  devons  retracer  ici  que  les  traits  les  plus  essen¬ 
tiels. 

L’opération  comprend  trois  temps  principaux  : 

Premier  temps.  —  La  pénétration  dans  la  vessie. 

Deuxième  temps.  —  La  fragmentation  de  la  pierre. 

Troisième  temps.  —  L’extraction  des  fragments. 

Dans  le  premier  temps,  l’opéré,  les  aides,  l’opérateur  sont  disposés 
comme  pour  T  opération  de  la  taille .  U n  cathéter  largement  cannelé  est  placé 
dans  l’urèthre,  et  y  est  solidement  maintenu  ;  le  chirurgien  fait  au  périnée, 
dans  le  sens  du  raphé,  une  incision  de  deux  centimètres  d’étendue,  com¬ 
mençant  en  avant  de  la  marge  muqueuse  de  l’anus,  et  ne  comprenant 
que  la  peau  et  le  tissu  cellulaire  ;  puis  l’aponévrose  est  coupée  avec  soin  ; 
en  introduisant  alors  l’index  gauche  dans  la  plaie,  l’opérateur  refoule  les 
tissus  et  va  à  la  recherche  du  cathéter,  dans  la  cannelure  duquel  il  engage 
l’ongle  du  doigt  explorateur  ;  celui-ci  sert  à  son  tour  à  guider  le  bistouri 
avec  lequel  on  ponctionne  la  portion  membraneuse  de  l’urèthre. 

,  Laissant  alors  le  bistouri,  le  chirurgien  pratique  la  dilatation  à  l’aide 
d’un  instrument  spécial,  dit  dilatateur,  que  nous  devons  faire  connaître. 
Les  figures  suivantes  (fig.  101)  permettent  d’en  bien  comprendre  la  coii- 


Fig.  101.  —  Dilatateur  de  Dolbeau. 


figuration.  Ainsi  qu’on  le  voit,  le  dilatateur  se  compose  de  six  branches 
uniformes  et  disposées  parallèlement,  se  réunissant  vers  leur  extrémité 
libre,  de  manière  à  constituer  un  cône  très-allongé  que  surmonte  un 
bouton  conique.  Ce  dernier  est  l’extrémité  terminale  d’une  tige  qui  se 
trouve  au  centre  de  ces  diverses  branches,  et  qui  est  munie  de  deux  ren¬ 
flements.  A  l’aide  d’un  pas  de  vis,  on  peut  faire  avancer  la  tige  centrale  ; 
les  boules  qu’elle  supporte  se  déplacent  alors  en  écartant  les  branches  du 
dilatateur,  qui  restent  toujours  parallèles  entre  elles.  Un  anneau  élastique, 
placé  sur  le  milieu  des  branches,  assure  leur  retour  au  contact,  c’est-à- 
dire  la  fermeture  de  l’instrument,  quand  on  vient  à  ramener  les  boules  à 
leur  première  position. 

Voici  maintenant  comment  on  pratique  la  dilatation  avec  cet  instru¬ 
ment.  L’opérateur  l’introduit  dans  la  plaie  périnéale  en  se  guidant  sur 


718  LITHOTRITIE.  —  l.  par  les  voies  artificielles. 

son  index  gauche  et  engage  le  bouton  terminal  dans  la  cannelure  du 
cathéter;  quand  il  est  bien  certain  que  les  deux  instruments  sont  bien  en 
contact,  il  donne  quelques  tours  devis;  les  branches  en  s’écartant  aug¬ 
mentent  un  peu  l’étendue  de  l’incision  faite  à  la  portion  membraneuse  de 
l’urèthre;  ce  premier  point  atteint,  l’instrument  est  fermé  à  l’aide  de 
quelques  tours  de  vis  donnés  en -sens  inverse.  Puis  on  l’engage  un  peu 
plus  avant,  toujours  en  suivant  très-exactement  la  gouttière  du  cathéter, 
et  on  exerce  une  nouvelle  dilatation  qui  porte  cette  fois  sur  la  portion 
prostatique,  en  ayant  soin  de  ne  pas  donner  au  dilatateur  tout  son  déve¬ 
loppement.  On  le  referme  une  seconde  fois  et  l’on  enfonce  encore  plus 
loin,  en  combinant  ce  mouvement  avec  l’abaissement  de  la  plaque  du 
cathéter.  On  parvient  ainsi  à  franchir  le  col  vésical  ;  nouvelle  dilatation 
lente,  mais  totale  cette  fois.  Cela  fait,  on  ferme  définitivement  le  dilata¬ 
teur,  et  on  le  retire  ainsi  que  le  cathéter. 

On  a  créé,  par  cette  manœuvre,  un  canal  qui  s’étend  de  l’incision  péri¬ 
néale  au  col  de  la  vessie,  'et  qui  présente  deux  centimètres  de  diamètre. 
La  chose,  si  elle  est  bien  menée,  doit  se  faire  sans  aucune  perte  de  sang, 
à  part  celle  qui  provient  naturellement  de  l’incisîon  de  la  peau. 

Ce  premier  résultat  obtenu,  l’opérateur  se  dispose  à  fragmenter  le 
calcul.  Nombre  d’instruments  ont  été  inventés  dans  le  but  de  briser  une 
pierre  dans  la  vessie  au  cours  d’une  opération  de  taille,  et  l’arsenal  chi¬ 
rurgical  est  riche  en  spécimens  de  tencttes-lithoclastes,  depuis  les  Arabes 
et  Franco  jusqu’à  Nélaton  et  Dolbeau.  Nous  ne  voulons  parler  ici  que  des 
instruments  les  plus  modernes. 

Le  professeur  Dolbeau  se  servait,  dans  le  principe  de  lilhoclastes  dans 
le  genre  des  percuteurs  d’Heurteloup.  Ces  instruments  ne  différaient  des 


Fig.  102.  —  Lilhoclaste  périnéal  de  Dolbeau,  grandeur  naturelle  (Charrière). 


lilhoclastes  ordinaires  que  par  leur  force  considérable  et  leur  moindre 
longueur  de  branches  ;  ils  étaient  à  pignon  et  à  crémaillère,  mais  pou¬ 
vaient  aussi  fonctionner  avec  le  marteau  (fig.  102  et  105).  Quand  la  pierre 
était  fragmentée,  on  substituait  au  lilhoclaste  un  brise-pierre  coudé  à 


Fig.  103.  —  Lithoclaste  périnéal  à  pignon  et  à  crémaillière,  1/5  grandeur  naturelle  (Cliarrière). 

Mais  on  ne  tarda  pas  à  renoncer  à  employer  les  brise-pierre  coudés, 
pour  leur  préférer  des  instruments  spéciaux,  sortes  de  tenettès  puissantes 
dont  il  existe  plusieurs  modèles. 


C’est  ainsi  qu’en  1856  Charrière  imagina,  en  vue  de  la  taille  litho- 
tritique,  une  tenette -forceps.  Cet  instrument,  deux  fois  plus  volumineux 
qu’une  grosse  tenette  ordinaire,  porte  à  l’extrémité  de  ses  branches 
un  écrou  avec  lequel  on  exerce  une  pression  sur  le  calcul  ;  si  cette 
pression  ne  suffit  pas  à  briser  la  pierre,  on  introduit,  à  l’aide  d’une 
dispo.sition  particulière,  un  foret  que  l’on  met  en  action  par  un  archet. 
Le  parcours  du  foret,  qui  peut  être  simple  ou  à  fraise,  est  limité  à  la 
longueur  des  cuillers  des  tenettes.  On  perce  ainsi  la  pierre  et  il  est  facile 
dès  lors  de  la  faire  éclater. 

Cette  tenette-forceps  à  foret  a  été  modifiée  par  Nélaton  en  1861 
(fig.  105)  ;  ce  nouvel  engin  diffère  du  précédent  par  une  manivelle  qui 
fait  marcher  le  foret. 

En  1865,  Civiale  présenta  à  l’Académie  des  sciences  une  grosse  tenette 
pouvant  servir  de  tenette  ordinaire,  et  au  besoin,  à  l’aide  d’une  griffe 
iramobilisatrice,  fixer  le  calcul  et  permettre  l’action  d’un  foret. 

Tous  ces  instruments  sont  lourds,  volumineux,  compliqués,  difficile¬ 
ment  maniables  dans  le  trajet  étroit  qui  leur  est  ouvert  par  le  dilata- 


720  [LITHOTRITIE.  —  l.  par  les  voies  ai<tificielles. 

teur.  Aussi  s’est-on  ingénié  à  ramener  cet  appareil  instrumental  à  des 
proportions  plus  réduites  et  à  un  maniement  plus  simple. 

Maisonneuve  a  fait  construire  un  casse-pierre,  rappelant  par  sa  dispo¬ 
sition  le  tire-balle  de  Thomassin.  La  fig.  106  donne  une  idée  très-exacte 


Fig.  105.  —  Forceps  brise-pierre  Fig.  106.  —  Casse-pierre 

de  Nélaton.  de  Maisonneuve. 


de  la  disposition  de  cet  instrument,  et  nous  dispense  d’en  faire  une  des¬ 
cription  détaillée. 

Mais  le  professeur  Dolbeau  a  donné  à  la  méthode  qu’il  préconise  toute 
la  perfection  possible,  en  imaginant  des  tenettes  porte-à-faux  qui  ont, 
dans  sa  pratique  et  dans  celle  de  tous  les  chirurgiens  qui  ont  adopté  la 
lithotritie  périnéale,  remplacé  avantageusement  les  lithoclastes  primi¬ 
tivement  employés.  La  tenette  de  Dolbeau,  telle  que  l’ont  exécutée  Robert 
et  Collin,  est  faite  comme  il  suit  :  mors  courts,  très-solides,  très-incisifs, 
pouvant  entamer  un  point  quelconque  de  la  circonférence  de  la  pierre, 


LITHOTRITIE.  — 


721 


L.  PAR  LES  VOIES  ARTIFICIELLES. 

sans  la  prendre  par  son  plus  grand  diamètre  ;  branches  très-longues 
pouvant  être  allongées  encore  par  l’addition  de  branches  surnuméraires  B 
s’adaptant  facilement,  la  tenette  étant  en  place.  Cette  disposition  permet 
d’augmenter  considérablement, le  cas  échéant,  la  force  dont  dispose  l’opé¬ 
rateur. 

Les  branches  A  de  cette  tenette  sont  coudées  de  telle  sorte  que  les  mors 
peuvent  en  être  largement  ouverts  dans  la  vessie,  sans  que  l’écartement 
dé  ces  branches  puisse  froisser  le  trajet  périnéo-vésical. 

Pour  empêcher  la  pierre  de  s’engager  trop  avant  entre  les  mors  de 
la  tenette  et  pour  la  maintenir  entre  ses  pointes,  lieu  où  s’exerce  sa  plus 
grande  puissance,  un  double  chevron  C  est  disposé  entre  les  mors  de 
l’instrument,  qui  s’ouvre  ou  se  referme  selon  que  l’on  écarte  ou  que 
l’on  rapproche  les  branches  de  la  tenette. 


Fig.  lüî.  —  Tenette  brise-pierre  simple,  à  rallonge,  de  Dolbeau. 


Notre  description  de  cet  instrument,  qui  rend  de  réels  services,  est 
complétée  par  la  figure  107. 


XX.  —  40 


722  i  LITHOTRITIE.  —  l.  par  les  voies  artificielles. 

La  figure  108  représente  un  autre  modèle  de  ces  tenettes,  mais  cette 
fois  sans  chevron. 

La  manœuvre  de  ces  instruments  est  assez  délicate,  cela  se  conçoit 
aisément.  Il  faut  éviter  de  froisser  le  tissu  du  périnée  et  parrdessus  tout 


Fig.  108.  —  Tenette  à  broiement. 


le  col  de  la  vessie  ;  c’est  donc,  surtout  quand  la  pierre  est  volumineuse, 
une  œuvre  d’adresse  et  de  patience. 

La  pierre  une  fois  broyée,  on  en  extrait  les  morceaux  à  l’aide  de  petites 
tenettes  longues  et  plates,  et  les  menus  débris  sont  évacués  par  quelques 
injections  d’eau. 

Cela  fait,  l'opéré  est  replacé  dans  son  lit,  sans  canule,  sans  panse¬ 
ment;  on  place  une  éponge  sous  les  bourses,  contre  le  périnée,  pour 
recueillir  ce  qui  peut  s’écouler  de  la  plaie  et  de  la  vessie. 

Les  résultats  de  cette  opération  sont  assez  satisfaisants,  et  tout  porte  à  . 
croire  qu’elle  entrera  davantage  dans  la  pratique.  Voici  les  statistiques 
établies  par  Dolbeau  à  l’appui  de  la  méthode  qu’il  préconise. 

Dans  une  première  série,  il  a  fait  22  lithotrities  périnéales  et  n’a  perdu 
que  deux  opérés. 

Dans  une  deuxième  série,  sur  huit  opérés,  il  a  compté  trois  morts. 

En  somme,  cela  donne  25  guérisons  sur  30  cas,  ce  qui  est  très- 
favorable,  pensons-nous. 

Aucun  des  cas  n’a  été  suivi  de  fistules  périnéales,  ni  des  infirmités  qui 
rendent  la  réussite  incomplète.  L’opération  a  été  pratiquée  1  fois  à  l’âge 
de  3  ans  ;  3  fois  de  10  à  20  ans  ;  4  fois  de  30  à  40  ans  ;  8  fois  de  50  à 
60  ans  ;  14  fois  de  60  à  72  ans. 

Qu’on  le  sache  bien,  la  lithotritie  périnéale  est  d’une  exécution  difficile 
et  délicate,  et  son  auteur,  Dolbeau,  ne  fait  aucune  difficulté  de  le  recon¬ 
naître  ;  elle  exige  une  certaine  habileté  manuelle,  des  connaissances  ana¬ 
tomiques  précises,  des  précautions  extrêmes.  Le  point  important,  c’est  de 
placer  bien  exactement  le  bouton  du  dilatateur  dans  la  cannelure  du 
cathéter  et  de  n’abandonner  le  contact  de  celle-ci  à  aucun  moment  de  la 
période  de  dilatation.  Nous  savons,  de  bonne  source,  qu’un  habile  chi¬ 
rurgien  de  Paris  a  fait  une  fois  fausse  route,  alors  qu’il  se  croyait  dans 
la  bonne  voie,  et  il  est  résulté  de  cette  erreur  les  conséquences  les  plus 
funestes.  Ajoutons  encore  que  la  lithotritie  périnéale  expose,  en  dépit  de 
l’habileté  du  chirurgien  qui  la  pratique,  à  des  violences  d’où  résultent, 
dans  les  cas  de  calculs  volumineux  et  résistants,  des  accidents  tels,  entre 
autres,  que  le  phlegmon  péri-vésical,  trop  souvent  suivi,  pour  ne  pas  dire 
toujours,  de  péritonite  mortelle,  etc.,  etc. 


LITHOTRITIE.  —  l.  pau  les  voies  artificielles.  723 

En  tenant  compte  des  difficultés  que  peut  offrir  la  méthode  du  pro¬ 
fesseur  Dolbeau  pour  la  lithotritie  périnéale,  l’un  de  nous  (Demarquay) 
a  modifié  comme  il  suit  le  manuel  opératoire  : 

A  la  simple  incision  .médiane  du  périnée,  qui  ne  donne  qu’une  ouver¬ 
ture  étroite,  il  a  substitué  l’incision  de  la  taille  prérectale  ;  il  trouve  cet 
avantage  d’avoir  plus  de  jour,  sans  augmenter  les  chances  d’hémorrhagie. 


Fig.  109.  —  Incision  du  périnée.  Premier  temps  de  la  taille  prérectale. 


et  aussi  d’éviter  les  décollements  de  la  peau  du  périnée  et  le  froissement 
des  lèvres  de  la  plaie,  lors  de  la  répétition  des  pianœuvres  de  broiement  et 
de  l’extraction  des  fragments  un  peu  gros  (fig.  109  et  110).  (Pour  ce 


Fig.  110. — Incision  médiane  dans  le  but  de  découvrir  la  portion  membraneuse  de  l’urêthre. 
Incision  semi-circulaire  prérectale. 

qui  est  de  la  taille  prérec'ale,  à  tort  attribuée  à  Nélaton,  l’invention  de 
ce  procédé  revient  à  Demarquay  :  c’est  d’après  ses  dessins  et  son  tra- 


724  LITHOTRITIE.  —  l.  par  les  voies  artificielles.  . 

vail,  communiqué  en  1852  à  la  Société  de  chirurgie,  que  Nélaloii  a 

pratiqué  le  premier  cette  opération  sur  le  vivant.) 

Demarquay  ponctionne  la  portion  membraneuse  de  l’urèlhre,  comme 
dans  la  taille  de  Marianus  Sanctus  ;  mais  la  dilatation  est  faite  à  l’aide 
d’un  dilatateur  plus  long  que  le  dilatateur  de  Dolbeau,  plus  effilé  surtout, 
ce  qui  permet  de  l’engager  du  premier  coup  jusqu’au  col  (fig.  111 
et  112).  La  fausse  route  est  moins  à  craindre  avec  cet  instrument,  qui  se 
compose  de  'quatre  valves  se  recouvrant  comme  les  pétales  d’un  bouton 
de  fleur,  et  dont  les  branches  s’écartent  à  l’aide  d’une  vis  de  pression 
placée  au  voisinage  de  leur  articulation.  L’une  de  ces  valves  porte  à  son 
extrémité  terminale  un  bouton  que  l’on  engage  dans  la  rainure  du  cathé¬ 
ter,  ce  qui  permet  d’introduire  très-facilement  l’extrémité  de  l’appareil 
jusque  dans  la  vessie.  La  manœuvre  se  fait  en  trois  temps  comme  pour 


Fil.  111.  —  Dilatateur  de  Demarquay. 


Fig.  112.  —  Dilatateur  modifié  (modèle  Mathieu). 


l’instrument  de  Dolbeau  ;  seulement,  une  fois  le  col  franchi  et  dilaté,  au 
lieu  de  retirer  le  dilatateur"  fermé,  on  le  retire  ouvert,  ce  qui  complète 
et  assure  la  formation  du  trajet  périnéo-vésicaL 

Cela  fait,  au  lieu  de  se  servir  du  doigt  comme  conducteur  pour  enga¬ 
ger  les  tenettes  à  broiement,  Demarquay  introduit  dans  le  trajet  un  gor- 
geret  à  développement  (fig.  113)  formé  de  deux  valves  qui  s’écartent  en 


Fig.  113.  —  Gorgeret  protecteur  et  dilatateur  de  Djmarqùay,  vu  ouvert  et  fermé, 
formant  gouttières  à  l’aide  d’ un  mécanisme  fort  simple,  et  présentant  à 
son  extrémité  vésicale  un  crochet  dans  le  genre  du  crochet  dont  est 


LITHOTRITIE.  —  bibliographie. 


72f 


garni  le  gorgeret  suspenseur  de  Belmas  pour  la  taille  hypogastrique. 

Ce  gorgeret  protège  les  tissus  contre  les  violences  instrumentales  et 
aussi  contre  les  angles  des  fragments  calculeux;  il  a,  en  outre,  l’avantage 
de  maintenir  les  dimensions  du  trajet  formé  à  l’aide  du  dilatateur. 

En  ce  qui  concerne  les  applications  de  la  lithotritie  périnéale,  nous 
ne  saurions  mieux  faire  que  de  répéter  ici  ce  qu’en  a  dit  le  professeur 
Dolbeau  : 

«  Qu’on  ne  se  fasse  pas  d’illusion  ;  l’opération  de  la  lithotritie  péri¬ 
néale  n’est  pas  destinée  à  remplacer  la  lithotritie,  cette  belle  conquête 
chirurgicale  d’origine  française;  j’ai  le  désir  d’agrandir  le  domaine  de  la 
lithoclastie  et  de  restreindre  les  applications  de  la  lithotomie.  Reste  l’indi¬ 
cation  des  méthodes  et  procédés  ;  ceci  ne  peut  guère  se  formuler  ;  le  choix 
à  faire  ressortira  de  l’expérience  plus  ou  moins  approfondie  que  tel  ou 
tel  chirurgien  aura  de  la  maladie  calculeuse.  » 

Nous  préciserons  davantage  les  indications  de  la  lithotritie  périnéale, 
et  en  cela  nous  croyons  être  utile  à  nos  lecteurs.  Pour  nous,  la  méthode 
de  Dolbeau  est  applicable  tout  d’abord  aux  enfants  calculeux  atteints  de 
pierre  volumineuse  ;  là,  en  effet,  la  lithotritie  par  les  voies  naturelles  perd 
ses  droits,  pour  les  raisons  que  nous  avons  déjà  dites.  Chez  l’adulte,  la 
lithotritie  périnéale  est  de  mise  quand  la  vessie  est  assez  saine  avec  un 
calcul  volumineux  et  dur  ou  quand  il  y  a  rétrécissement  de  l’urèthre. 
Elle  est  encore  de  mise  chez  le  vieillard,  dont  la  prostate  n’est  pas  trop 
grosse,  mais  dont  la  vessie  rétractée,  hypertrophiée,  atteinte  de  ca¬ 
tarrhe  ancien  sans  lésion  des  uretères  et  des  reins,  renferme  un  calcul 
volumineux,  et  conserve  mal  l’urine. 

Gbuithüisen,  Ob  man  die  alte  Hoffhung  aufgeben  sollte,  den  Slein  aus  der  Blase  auf  mecanische 
Oder  chemische  Weise  linst  noch  -wegschoflen  zu  Konnen  [Sahb.’s  Ztg,  '1813,  t.  I). 

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naires,  sur  la  manière  d’en  connaître  lu  nature  dans  l’intérieur  de  la  vessie  et  la  possibilité 
d’en  opérer  la  destruction  sans  l’op.  de  la  taille.  Paris,  1823. —  De  la  lithotritie  ou  broiement 
de  la  pierre  dans  la  vessie.  Paris,  1826.  —  Lettres  sur  la  lithotritie  ou  broiement  de  la  pierre 
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maladies  des  organes  génito-urinaires.  3"  édition.  Paris,  1858-1860.  —  La  lithotritie  et  la 
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servation  de  lithotritie  chez  un  enfant  de  cinq  ans  (Bull,  de  VAcad.  de  méd.,  1858-39,  t.  III, 
p.  19) — Rapport  sur  diverses  observations  deli'.hotritie  [Bull.  deVAéad.  de  med.,  1839-40, 
t.  IV,  p.  479). —  Essai  sur  la  gravelle  et  la  pierre,  etc.,  et  leurs  divers  modes  de  traitement. 
Paris,  1839  —  Sur  une  modification  du  brise-pierre  à  pignon  et  à  crémaillère  [Bull,  de 
VAcad.  de  méd.,  1841-42,  t.  VII,  p.  17,=)).  —  Broiement  d’une  grosse  pierre  chez  un  petit 
garçon  de  23  mois  [Bull,  de  VAcad.  de  méd.,  1841-42,  t.  VII,  p.  377).  —  liapport  sur  le  mé¬ 
moire  de  Cornay  sur  l’emploi  du  lithéréteur  [Bull,  de  VAcad.  de  méd.,  1 843-44,  t.  LV,  p.  458). 
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panulacées-Lubéliées,  dédié  au  botaniste  Lobel. 

BOT.ANIQUE  MÉDIC.AI.E. 

Caractères  du  genre.  — Plantes  herbacées,  quelquefois  sous-frutescentes, 
à  suc  laiteux,  âcre  et  narcotique,  originaires  des  régions  tropicales  et  sous- 
tropicales  ,  répandues  surtout  dans  l’Amérique  équinoxiale.  Feuilles  al¬ 
ternes,  simples,  entières  ou  découpées,  sans  stipules.  Fleurs  hermaphro¬ 
dites,  irrégulières,  de  couleur  très-variée,  assez  communément  bleues,  en 
grappes  ou  en  épi  terminal.  Galice  adhérent  ou  libre,  à  cinq  divisions  un 
peu  inégales.  Corolle  gamopétale,  irrégulière,  plus  longue  que  le  calice  ; 
tube  ordinairement  divisé  à  son  côté  supérieur  par  une  fente  longitudinale  ; 
limbe  à  2  lèvres,  dont  la  supérieure  est  composée  de  3  lobes,  l’inférieure 
de  2.  Etamines  5,  non  insérées  sur  la  corolle,  alternes  avec  ses  divisions, 
souvent  soudées  par  les  anthères  en  un  tube  qui  est  traversé  par  le 
style.  Toutes,  ou  les  deux  inférieures  sont  barbues  au  sommet.  Ovaire 
complètement  ou  à  demi-adhérent,  à  2,  3  loges.  Ovules  nombreux,  ana- 
tropes.  Style  simple, inclus;  stigmate  bilobé  ou  indivis,  entouré  d’un  godet 
membraneux,  entier  ou  cilié.  Le  fruit  est  une  capsule  semi-infère,  indéhis¬ 
cente  ou  s’ouvrant  en  2  à  3  valves,  portant  sur  leur  milieu  les  cloisons  ou 
les  placentas.  Graines  nombreuses;  embryon  charnu,  à  cotylédons  courts. 
On  emploie  principalement  en  médecine  la  lobélie  enflée  ;  mais  deux 


728  LOBÉLIE.  —  thérapedtique.- 

autres  espèces,  la  lobélie  syphilitique  et  la  lobélie  . brûlante,  ont  reçu  quel¬ 
ques  applications. 

1°  Lobélie  brûlante  {L.  urensL.).  —  Plante  indigène,  herbacée,  vivace, 
de  3-4  décimètres,  renfermant  un  suc  âcre  et  caustique.  Tige  droite,  grêle, 
anguleuse,  simple,  quelquefois  rameuse.  Feuilles  polymorphes,  les  infé¬ 
rieures  oblongues,  obtuses,  obscurément  crénelées  sur  les  bords,  pétiolées, 
les  supérieures  sessiles,  lancéolées,  dentées,  les  unes  et  les  autres  minces 
et  glabres.  Fleurs  bleues,  en  grappe  terminale.  Calice  en  cône  renversé, 
à  lobes  linéaires,  n’atteignant  pas  le  milieu  du  tube  d’une  corolle  velue. 
Elle  est  annuelle  et  croît  dans  les  lieux  humides  et  marécageux  de  l’ouest 
et  du  centre  de  la  France.  Elle  fleurit  à  la  fin  de  l’été. 

2"  Lobélie  syphilitique  (L.  syphilitica  L.) .  Cardinale  bleue.  — Plante 
herbacée,  vivace,  de  3-6  décimètres,  un  peu  velue  ;  tige  droite,  légèrement 
anguleuse,  simple,  quelquefois  un  peu  rameuse.  Feuilles  alternes,  ovales, 
aiguës  à  leurs  2  extrémités,  irrégulièrement  denticulées,  sessiles.  Fleurs 
bleues  et  violacées  sur  le  tube,  rarement  blanches,  axillaires  et  portées 
sur  de  courts  pédoncules.  Calice  velu  ;  tube  hémisphérique,  à  lobes  pointus 
plus  courts  que  la  corolle,  auriculés  à  la  base  ;  étamines  unies  par  leurs  an¬ 
thères  et  une  portion  de  leurs  filets.  Elle  croît  dans  les  lieux  humides  des 
États-Unis  d’Amérique.  Elle  est  moins,  âcre  que  la  plupart  des  plantes  de 
la  famille. 

3“  Lobélie  enflée  (L.  inflata  L.).  —  Plante  de  2  à  10  décimètres,  gorgée 
d’un  suc  âcre  et  lactescent.  Tige  anguleuse,  hispide,  simple  ou  ramifiée; 
rameaux  grêles,  petits.  Feuilles  alternes,  presque  sessiles,  simples,  ovales, 
dentées,  serrées;  les  inférieures  oblongues,  obtuses,  courtement  pétio¬ 
lées,  les  moyennes  ovales,  aiguës  et  sessiles.  Fleurs  bleuâtres,  teintées  de 
pourpre,  petites,  pédicellées,  en  grappes  spiciformes  terminales. Divisions 
du  calice  subulées,de  la  longueur  des  corolles.  Anthères  purpurines;  filets 
blancs.  Elle  est  commune  dans  les  champs  et  sur  le  bord  des  routes  dans 
toute  l’Amérique  du  Nord,  depuis  le  Canada  jusqu’à  la  Caroline  et  au  Mis- 
sissipi.' 

A.  Hérald. 

PHYSIOLOGIE  ET  THÉRAPEUTIQUE. 

Les  plantes  de  cette  famille  usitées  en  médecine  sont  :  la  lobélie  anti¬ 
syphilitique  (lobelia  antisyphilitica),  la  lobélie  brûlante  (lobelia  urens),et 
la  lobélie  enflée  (lobelia  inflata). 

1°  Lobélie  antis yphilitique.  —  La  racine  est  la  seule  partie  usitée  ;  elle  a 
la  grosseur  du  petit  doigt,  présente  sur  sa  surface  des  stries  longitudi¬ 
nales;  sa  couleur  est  grise,  sa  cassure  jaune  et  peu  compacte;  sa  saveur, 
d’abord  douceâtre,  est  ensuite  piquante,  âcre  et  provoque  des  nausées  per¬ 
sistantes. 

D’après  l’analyse  de  Boissel,  cette  racine  contient  une  matière  grasse, 
une  matière  sucrée,  du  mucilage,  du  malate  acide  de  chaux,  du  malate  de 
potasse,  une  matière  amère,  très-fugace,  quelques  sels  inertes  et  du  li¬ 
gneux. 


LOBÊLIE.  -  THÉRAPEUTIQUE.  729 

Cette  plante,  employée  depuis  longtemps  au  Canada,  même  avant  l’ar¬ 
rivée  des  Européens,  était  surtout  prescrite  contre  la  syphilis.  Kalm,  voya¬ 
geur  suédois,  fiitle  premier  à  la  faire  connaître  en  Europe;  ce  médicament 
nouveau,  et  venant  de  loin,  acquit  rapidement  une  grande  réputation,  et 
fut  considéré  comme  un  spécifique  ayant  des  propriétés  plus  actives  que  le 
mercure  lui-même  ;  on  donnait  la  décoction  à  la  dose  de  trois  à  quatre 
pintes  par  jour  en  boisson,  et  on  prescrivait  des  lotions  pour  le  pansement 
des  ulcères,  des  chancres,  etc. 

A  la  dose  d’un  litre  par  jour,  la  décootfiSn  de  la  racine  de  la  lobélie 
antisyphilitique  est  diurétique  ;  à  doses  pl^-  él^es,  elle  agit  comme 
éméto-cathar tique  ;  cette  propriété  était  ^ès-appréciée  dans  son  pays 
d’origine  pour  la  cure  de  la  syplfilis.  Les  expériences  de  Havermann,  de 
Depau,  de  Desbois  (de  Rochéfort)  ont  démoptré  que  cette  racine  ne  pos¬ 
sédait  aucune  action  spéciale  coptre  cette  maladie,  et  que  l’on  pourrait 
tout  au  plus  en  faire  un  succédané  de  la  salsepareitte. 

On  prescrivait  la  racine  en  déÉîfction  à  la-Tldse  de  15  à  30  grammes  par 
jour  dans  un  ou  deux  litr^  (f^u  ;  l’extrait,  plus  rarement  employé,  était 
donné  à  la  dose  journalièrddeMO  à  20  centigrammes. 

2“  Lobélie  brdl.Âkteî  —  Le  suc  laiteux,  caüstique,  que  cette  plante 
•fournit  en  grande  quaBtlte,  a  été  recoihmtmdé  contre  les  fièvres  intermit¬ 
tentes  rebelles;  mgis  son  activité  et  les  accidents  gastro-intestinaux  qu’il 
déterminait  très-souvent,  ont  fait  renoncer  à  son  emploi.  Bodard  l’a  con¬ 
seillé  dans  le  traÿemfet  de  la  syphilis;  iHl^dministrait  à  la  dose  de 
trois  à  cinq  centigrammes  dans  une  potion  acide  ou  mucilagineuse  ;  il 
augmentait  peu  à  peu^k  quantité  du  suc  suivant  les  effets  produits. 

Les  sauvages  de  l’Amérique  septentrionale  se  servent  delà  décoction  de 
la  racine  de  la  lobéli^rûlante  comme  vejqnifuge. 

3°  Lobélie  ENFLÉE. — Cette  plante,  d’un  ^sage  populaire  en  Amérique, 
usitée  en  Angleterre  et  en  Allemagne,  était  peu  employée  en  France,  il  y 
a  quelques  annéés^réconisée  surtout  contre  l’asthme  et  les  divers  acci¬ 
dents  dyspnéiques,  désignée  à  cause  de  ces  propriétés  sous  le  nom  d’As- 
thmaweed  (herbe  sauvage  contre  l’asthme),  elle  était  à  peine  citée  par 
nos  auteurs  de  matière  médicale,  lorsque  en  1862,  à  la  suite  d’expériences 
qui  me  furent  inspirées  par  la  lecture  de  quelques  recueils  périodiques  an¬ 
glais,  je  fis  connaître  les  propriétés  de  cette  lobélie,  et  les  indications 
thérapeutiques  qu’elle  pouvait  remplir.  Dans  cet  article,  je  résumerai 
les  faits  observés  à  cette  époque,  et  je  les  compléterai  par  ceux  que  j’ai 
recueillis  ultérieurement. 

Toutes  les  parties  de  la  lobélie  enflée  sont  usitées  en  Amérique;  elle 
est  récoltée  aux  environs  de  New-Labanon,  et  mise  sous  forme  de  carrés 
longs,  fortement  comprimés,  et  pesant  250  à  300  grammes. 

La  lobélie  enflée  que  l’on  trouve  dans  les  pharmacies  en  France,  est 
d’un  vert  jaunâtre,  d’une  odeur  qui  rappelle  celle  du  tabac;  sa  saveur  est 
âcre. 

D’après  les  travaux  de  Procter,  de  Reinsch,  de  Colhoun  et  de  W.  Bas- 
tick,  la  lobélie  enflée  renferme  de  nombreuses  substances  qui  sont  :  1“  an 


730  LOBÉLIE.  -  THÉRAPEUTIQUE. 

principe  odorant,  volatil  ;  2"  un  alcaloïde  nommé  lohéline  ;  3“  un  acide 
appelé  acide  lohéliquei  que  Pereira  avait  déjà  isolé  ;  4°  de  la  gomme  ;  5°une 
matière  résineuse  ;  6°  de  la  chlorophylle  ;  7°  une  huile  fixé  presque  inco¬ 
lore  ;  8“  du  ligneux  ;  9“  des  sels  de  chaux,  de  potasse,  et  de  l’oxyde  de  fer. 

La  lohéline  se  trouve  dans  toutes  les  parties  delà  plante;  d’après  Procter, 
les  semences  en  contiennent  deux  fois  plus  que  la  racine  et  les  feuilles. 

La  lohéline  a  quelques-unes  des  propriétés  de  l’hyoscyamine,  mais  elle 
en  diffère  parce  quelle  est  incristallisable.  Elle  est  visqueuse,  oléagi¬ 
neuse,  un  peu  jaunâtre,  très-alcaline;  elle  est  plus  légère  que  l’eau;  son 
odeur  est  aromatique,  et  se  développe  vivement  par  l’addition  de  quelques 
gouttes  d’ammoniaque;  sa  saveur  est  piquante  et  presque  analogue  à  celle 
du  tabac;  elle  est  volatile,  très^soluble  dans  l’alcool,  elle  l’est  moins  dans 
l’éther,  et  presque  pas  dans  l’eau.  Les  alcalis  caustiques  la  décomposent 
facilement  ;  elle  s’unit  aux  acides  pour  former  des  sels  dont  plusieurs  sont 
cristallisables  (sulfate,  azotate,  chlorhydrate).  Elle  est  décomposée  par  la 
chaleur  ;  mais  unie  aux  acides,  elle  petit  supporter  l’ébullition  sans  être 
altérée. 

Effets  physiologiques.  —  Ces  effets  ont  été  déduits  des  expériences 
que  j’ai  faites  avec  la  teinture,  d’après  la  formulé'  de  la  pharmacopée  des 
Etats-Unis  (lobélie  12,  alcool  dilué  90),  et  les  feuilles  fumées  ou  infusées. 

J’ai  employé  la  teinture  aux  doses  de  5  gouttes 2  grammes;  les 
effets  du  médicament  se  sont  bien  manifestés  à  la  dose  de  15  gouttes  à 
1  gramme;  au  delà,  ils  ont'été  plus  marqués,  etont  même  avoisiné  l’in¬ 
toxication.  ■ 

Les  phénomènes  observés  peuvent  se  diviser  en  spéciaux  et  en  acces¬ 
soires.  Parmi  les  premiers,  je  citerai  ;  1°  la  dysphagie;  2“  la  constric- 
tion  laryngée  et  thoracique,  la;gêne  delà  respiration  ;  3°  l’irrégularité  des 
mouvements  du  cœur  et  des  battements  artériels,  la  diminution  du  nombre 
des  pulsations  ;  4“  l’engourdissement  cérébral,  la  céphalalgie,  la  tendance 
au  sommeil,  la  dilatation  des  pupilles.  Parmi  les  Sieponds,  qui  n’ont  pas 
toujours  été  constants,  je  noterai  :  1°  la  fatigue  musculaire  ;  2“  les  trou¬ 
bles  des  fonctions  digestives,  telles  que  nausées,  vomissements,  inappé¬ 
tence,  coliques  et  diarrhée  ;  3“  d’après  quelques  auteurs,  on  aurait  parfois 
obsei'vé  des  contractions  utérines,  des  règles  hâtives  et  abondantes,  et 
même  l’avortement. 

Depuis  la  publication  de  mon  travail  sur  la  lobélie  enflée  (1864),  j’ai 
expérimenté  l’infusion  et  les  feuilles  fumées. 

L’infusion  préparée  avec  1  gramme  pour  400  grammes  d’eau,  a  été 
prise  en  trois  fois  à  une  demi-heure  d’intervalle,  tiède  et  sans  sucre  ;  la 
première  dose  a  déterminé  une  sensation  âcre,  désagréable  dans  la  cavité 
buccale,  très-marquée  surtout  à  l’isthme  du  gosier;  elle  a  été  supportable 
aux  dernières  prises  ;  une  heure  après,  j’ai  éprouvé  de  la  céphalalgie, 
surtout  aux  parties  supérieures,  de  la  tendance  au  sommeil;  le  pouls,  qui 
battait  68  pulsations,  est  tombé  à  60,  il  était  irrégulièrement  intermit¬ 
tent;  en  même  temps  j’ai  constaté  une  constriclion  pénible  à  la  région 
sternale,  et  une  émission  plus  considérable  d’urine.  Ces  phénomènes. 


LOBRLIE.  -  THKRA.PEUT1(JDE.  Tol 

qui  ont  eu  une  durée  d’environ  deux  heures,  se  sont  dissipés  graduel¬ 
lement,  et  n’ont  laissé  persister  qu’une  notable  tendance  au  sommeil  et 
de  l’inaptitude  au  travail  intellectuel. 

Les  feuilles  sèches,  fumées  dans  une  pipe  en  terre  de  moyenne  gran¬ 
deur  pendant  quinze  minutes,  trois  heures  après  le  premier  repas,  ne 
m’ont  donné  que  des  résultats  peu  marqués;  les  premières  bouffées 
avaient  une  saveur  aromatique,  herbacée,  sans  âcreté,  sans  rapport  avec 
celle  du  tabac  ;  je  n’ai  noté  aucun  des  effets  que  j’avais  constatés  avec  la 
teinture  et  l’infusion. 

Les  effets  physiologiques  de  la  lobélie  enflée  nous  conduisent  facile¬ 
ment  à  la  localisation  de  son  action.  D’après  les  phénomènes  observés, 
les  nerfs  pneumo-gastrique  et  spinal  sont  influencés  d’une  manière 
évidente,  ce  qui  est  démontré  par  les  perturbations  constatées  dans  la 
phonation,  la  respiration,  la  circulation  ;  les  accidents  cérébraux  sont 
certainement  le  résultat  des  modifications  éprouvées  par  les  poumons  et 
le  cœur;  les  troubles  des  fonctions  digestives  s’expliquent  par  l’influence 
exercée  sur  la  sécrétion  de  la  bile  par  les  nombreux  filets  que  la  paire 
vague  envoie  dans  le  foie,  et  par  l’abouchement  du  nerf  droit  avec  l’ex¬ 
trémité  interne  du  ganglion  semilunaire  de  ce  côté;  contribuant  ainsi 
à  la  formation  du  plexus  solaire,  il  est  en  relation  avec  le  grand  sympa¬ 
thique  dont  de  nombreux  rameaux  se  distribuent  aux  intestins. 

Donnée  à  doses  élevées,  la  lobélie  enflée  détermine  des  phénomènes 
toxiques,  caractérisés  par  une  céphalalgie  très-intense,  par  des  nausées, 
des  vomissements,  une  grande  anxiété  précordiale,  avec  gêne  extrême  de 
la  respiration  provoquée  surtout  par  une  grande  impuissance  à  mouvoir  les 
muscles  respirateurs  ;  la  dysphagie  est  très-manifeste  ;  la  voix  est  rauque, 
le  pouls  petit  et  irrégulier;  l’affaiblissement  musculaire  est  général,  le 
sommeil  lourd,  interrompu  par  des  hallucinations;  on  a  noté  quelquefois 
une  sensation  de  picotement  sur  toute  la  surface  de  la  peau,  et  de  vives 
douleurs  dans  le  canal  de  l’urèthre  pendant  la  miction  (Elliotson,Gubler). 

La  lobéline  a  une  action  plus  rapide  et  plus  énergique  ;  les  phénomènes 
qu’elle  provoque  se  rapprochent  beaucoup  de  ceux  de  la  nicotine.  Procter 
ayant  introduit  un  grain  (cinq  centigrammes)  de  lobéline  diluée  dans 
l’eau,  dans  l’estomac  d’un  chat,  remarqua  qu’immédiatement  l’animal 
s’affaissa,  et  resta  pendant  une  heure  privé  de  toute  espèce  de  mouve¬ 
ment  ;  les  pupilles  étaient  dilatées,  il  n’y  eut  ni  vomissements,  ni  diar¬ 
rhée  ;  le  rétablissement  n’eut  lieu  qu’après  plus  de  quinze  heures. 

Propriétés  thérapeutiques.  —  Les  indigènes  de  l’Amérique  du  Nord  fu¬ 
maient  les  feuilles  de  la  lobélie  enflée,  et  employaient  leur  décoction 
comme  vomitive  ;  après  l’arrivée  des  Européens,  cette  plante  fut  essayée 
par  les  médecins  des  armées  conquérantes,  et  l’examen  sérieux  auquel 
elle  fut  soumise,  ayant  fait  constater  que  son  action  émétique  était  très- 
pénible  et  très-persislante,  et  que,  même  après  l’effet  produit,  les  nausées 
continuaient,  elle  cessa  d’être  employée,  et  tomba  pendant  quelque  temps 
dans  un  profond  oubli.  Plus  tard,  de  nouvelles  observations  ayant  dé¬ 
montré  qu’elle  jouissait  d’une  certaine  efficacité  contre  divers  états  spas- 


752  LOBÉLIE.  —  iiiÉRArEüTiQUE. 

modiques  des  organes  de  la  respiration,  elle  fut  employée  contre  l’asthme 
et  les  dyspnées  ;  les  médecins  des  États-Unis,  qui  y  eurent  d’abord  recours, 
l’associèrent  le  plus  souvent  à  l’iodure  de  potassium  et  à  la  strychnine  ; 
plus  tard,  quand  elle  fut  connue  en  Europe,  les  médecins  anglais  et  alle¬ 
mands  la  prescrivirent  contre  ces  maladies,  mais  sans  l’additionner  d’autres 
médicaments.  Néanmoins  cette  plante  n’était  employée  que  très-rai’eraent, 
et  était  à  peine  connue  en  France,  lorsque  je  publiai  le  travail  que  j’ai 
déjà  mentionné  :  je  prescrivis  la  teinture  contre  les  accès  d’asthme  à  la 
dose  de  1  gramme  à  i  gramme  50  centigrammes  dans  80  à  100  grammes 
d’eau  sucrée,  à  prendre  par  cuillerées  à  soupe  à  intervalles  d’autant  plus 
rapprochés,  que  les  accès  étaient  plus  intenses  ;  le  plus  souvent  j’ai  pu 
diminuer  leur  durée,  et,  chez  quelques  malades,  j’ai  remarqué  que  l’usage 
habituel  du  médicament  les  espaçait  et  les  rendait  plus  courts  et  moins  _ 
violents. 

La  phthisie  pulmonaire,  dans  ses  dernières  périodes,  est  souvent  com¬ 
pliquée  d’accès  de  dyspnée,  surtout  la  nuit  ;  la  teinture  de  lobélie  les  a 
presque  constamment  modérés,  et  même  parfois  les  a  calmés  complète¬ 
ment  ;  néanmoins  je  dois  constater  qu’elle  est  assez  souvent  impuissante, 
quand  il  existe  des  accidents  cardiaques  et  de  l’emphysème  pulmonaire. 

La  dyspnée  est  un  symptôme  fréquent  du  catarrhe  pulmonaire  chro¬ 
nique,  et  principalement  de  cette  forme  que  Laënnec  désigne  sous  le 
nom  de  catarrhe  sec;  les  accès  d’oppression  qui,  d’abord,  ne  se  présen¬ 
tent  qu’après  les  repas,  deviennent  bientôt  continus,  et  durent  parfois  plu¬ 
sieurs  jours;  cet  état  si  pénible,  que  l’on  observe  souvent  chez  les  per¬ 
sonnes  âgées,  est  promptement  modéré  par  la  teinture  de  lobélie. 

11  n’est  pas  rare  d’observer  une  dyspnée  persistante  à  la  fin  des  pneu¬ 
monies,  quand  la  convalescence  est  établie  ;  les  mouvements  respiratoires 
sont  très-fréquents  et  très-courts  ;  la  teinture  de  lobélie  amène  presque 
toujours,  dans  ces  cas,  une  amélioration  notable. 

Chez  les  anémiques  et  les  chlorotiques,  on  observe  souvent  des  essouf¬ 
flements,  de  la  dyspnée  au  moindre  exercice  ;  j’ai  employé  dans  des  cas 
de  ce  genre  la  teinture  de  lobélie,  mais  sans  résultats  bien  satisfaisants  ; 
elle  calme  momentanément,  et  n'agit  que  comme  un  palliatif.  Elle  est 
plus  efficace  contre  les  palpitations  nerveuses  du  cœur. 

Pendant  les  épidémies  de  choléra,  on  a  observé  parfois  une  formé  par¬ 
ticulière  qui  a  été  nommée  convulsive  ou  tétanique.  Les  contractions  ne 
sont  pas  générales,  et  n’ont  leur  siège  que  dans  des  groupes  de  muscles 
déterminés;  ainsi,  tantôt  les  convulsions  sont  énergiques  dans  les  mus¬ 
cles  du  dos,  tantôt  elles  envahissent  les  muscles  respirateurs.  Ces  der¬ 
nières  sont  très-fréquentes,  je  les  ai  observées  en  4866  à  Toulon  :  les 
malades  éprouvaient  une  gêne  très-intense  dans  la  respiration,  les  parois 
thoraciques  étaient  rigides,  l’asphyxie  imminente  ;  je  prescrivis  contre  ces 
symptômes  si  alarmants  la  teinture  de  lobélie  à  hautes  doses  (2  à  5  gram¬ 
mes  dans  une  potion),  et  je  constatai  une  amélioration  notable  chez  les 
deux  tiers  de  mes  malades;  mais  ce  médicament  n’a  fait  que  modérer 
l’état  convulsif,  il  n’a  eu  aucune  influence  sur  les  symptômes  cholériques. 


LOÊCHE  OD  LOUESGHË.  —  soïïrces. 


733 

L’infusion  a  été  employée  à  l’extérieur  en  Allemagne  et  en  Angleterre  ; 
on  l’a  surtout  recommandée  sous  forme  de  fomentations  dans  le  traite¬ 
ment  des  plaies  douloureuses. 

Livezey  a  préconisé  les  injections  de  l’infusion  contre  la  rigidité  du  coi 
de  l’utérus  pendant  le  travail  de  l’accouchement;  Brickell  les  a  employées 
une  fois  avec  succès  chez  une  primipare  âgée  de  quarante  et  un  an. 

Eberle  a  administré  heureusement  une  forte  décoction  de  lobélie  en¬ 
flée  en  lavement  dans  un  cas  de  hernie  étranglée. 

La  lobéline  n’a  pas  encore  été  employée  en  médecine. 

Modes  d’administration  et  doses.  —  La  poudre  des  feuilles  de  la  lobélie 
enflée  est  peu  usitée  ;  en  Amérique  on  la  prescrit  à  la  dose  de  5  à  20  cen¬ 
tigrammes  dans  les  catarrhes  bronchiques  et  pulmonaires,  et  à  celle  de  1  à 
2  grammes  dans  100  grammes  d’une  solution  gommeuse  comme  vomitive. 
'  L’infusion  et  la  décoction  se  préparent  avec  1  ou  3  grammes  de  feuilles 
dans  60  ou  80  grammes  d’eau,  pour  obtenir  un  effet  vomitif  ;  la  dose 
pour  l’usage  externe  est  de  8  à  10  grammes  pour  100  grammes  d’eau. 

La  teinture  est  la  préparation,  la  plus  usitée  ;  on  la  donne  à  la  dose  de 
un  à  deux  grammes  dans  une  potion  à  prendre  dans  les  vingt-quatre 
heures  ;  au  delà,  elle  déterminerait  des  nausées,  des  vomissements  et  des 
accidents  plus  graves. 

La  teinture  éthérée,  et  l’oxymel  recommandé  par  Reece,  sont  peu  em¬ 
ployés. 

Kalm,  Description  d’un  spécifique  contre  le  mal  vénérien  (lobelia  syphilitica),  Mémoires  de 
l’Académie  de  Stockholm,  t.  XII,  1750,  traduit  du  suédois  dans  l’ancien  Journal  de  méde¬ 
cine,  t.  XII). 

Bodabd,  Cours  de  botanique  comparée,  lobelia  urens,  t.  Xt,  p.  144,  1840.  Paris. 

Reece,  Pract.  treat.  on  the  anti-astlimatic  properties  of  bladder-podded  lobelia.  London,  1829. 
SiGjioxD,  Sur  les  propriétés  des  lobelia  inflata  et  syphilitica  [Journal  de  chimie  médicale,  t.  IX, 
1853). 

SiDBSE,  Emploi  de  la  lobélie  enflée  dans  le  traitement  de  l’asthme  [Bull,  de  VAcad.  de  méd., 
1851-52,  t.  XVII,  p.  107). 

Barkallieb,  Des  effets  pliysioloqiques  et  de  l’emploi  thérapeutique  de  la  lobelia  inflata  [Bull-ide 
Ihérap.,  t.  LXyi,  1864,  et  tirage  à  part.  Paris,  1864). 

A.  Barrallier  (de  Toulon). 

liOCHIES.  Voy.  Couches,  t.  IX,  p.  688. 

LiOËCHE  Oïl  liOUESCHE  (Suisse,  canton  du  Valais)  .  —  Est  situé 
au  pied  de  la  Gemmi,  dans  une  profonde  vallée  du  versant  méridional  des 
Alpes,  traversée  par  le  torrent  de  la  Dala.  Altitude,  1415  mètres.  —  Eaux 
sulfatées  calciques;  température,  55°, 75  centigrades  à  51°, 25. 

Le  climat  présente  des  variations  atmosphériques  très-brusques  :  un 
brouillard  épais  règne  souvent,  pendant  une  grande  partie  de  la  matinée, 
et  il  n’est  pas  très-rare  de  voir  tomber  de  la  neige  en  juillet  et  en  août. 
Louesche  a  été  plusieurs  fois  détruit  par  des  avalanches,  dont  la  plus  ter¬ 
rible,  arrivée  le  17  janvier  1719,  causa  la  mort  de  cinquante-cinq  per¬ 
sonnes. 

Sources.  —  L’eau  thermale,  d’une  ahondance  considérable,  est  fournie 
par  une  vingtaine  de  sources,  dont  la  plus  importante  est  celle  de  Saint- 


734  LOËCHE  ou  LOUESCHE.  —  établissements  thermaux. 

Laurent  (51“,25  centigr.),  sur  la  place  du  village.  A  quelques  mètres, 
coule  la  source  iVOr;  puis,  au-dessus  du  village,  se  trouve  la  source  du 
Bain  des  pieds  (36“,7  centigr.);  plus  à  l’est,  sourdent  trois  autres  sources 
(46°, 7  centigr.)  qui  se  rendaient  autrefois  au  bain  des  Pauvres  ou  des 
lépreux,  détruit  aujourd’hui;  euHn,  dans  le  voisinage  de  la  Dala,  les 
sources  du  bain  des  Guérisons  (48°, 7  centigr.),  établissement  qui  n’existe 
plus,  sont  amenées  maintenant  au  bain  de  l’Hôtel  des  Alpes. 

Analyse  chimique.  —  Les  différentes  sources  ont  une  composition  ana¬ 
logue.  La  dernière  analyse  de  la  source  Saint-Laurent,  exécutée  en  1844, 
par  Pyrame  Morin,  adonné  les  résultats  suivants  :  (eau,  1000  grammes); 
sulfate  de  chaux,  1®%5200  ;  sulfate  de  magnésie,  0®“’, 3084;  sulfate  de 
soude,  0®%0502  ;  sulfate  de  potasse,  0®%0386;  sulfate  de  strontiane, 
0*^,0048;  carbonate  de  fer,  0®'’,0103  ;  carbonate  de  magnésie,  0^,0096; 
carbonate  de  chaux,  O^^OOSS;  chlorure  de  potassium,  O®', 0063  ;  silice, 
.0®',0360;  alumine,  phosphate,  azotate,  sels  d’ammoniaque,  traces;  glai- 
rine,  quantité  indéterminée.  Total  des  principes  fixes,  0®'’,9897.  Gaz  : 
acide  carbonique,  2",3890  ;  oxygène,  1°%0545;  azote,  ll‘°,5180. 

Des  recherches  ultérieures  ont  démontré  à  P.  Morin  la  présence,  dans 
cette  eau,  des  iodures  déjà  signalés  par  de  Fellenberg  dans  les  sources  du 
bain  des  guérisons.  La  source  Saint-Laurent  contient  aussi  de  l’arsenic, 
d’après  les  travaux  analytiques  de  J.  F.  Payen,  Dublanc  (de  Paris), 
Mennesson  (de  Reims) . 

Établissements  thermaux.  —  Ils  sont  au  nombre  de  cinq  :  a.  Le  bain 
Neuf  ou  Grand  bain,  alimenté  par  la  source  Saint-Laurent,  renferme  deux 
grandes  piscines  pour  les  bains  en  commun,  quinze  petites,  de  dimensions 
variables,  pour  bains  de  famille  et  bains  particuliers.  Des  vestiaires  pour 
chaque  sexe,  des  cabinets  de  douches  intérieures  et  extérieures,  existent  en 
nombre  suffisant  dans  cet  édifice,  surmonté 'de  deux  coupoles  pour  le  dé¬ 
gagement  de  la  vapeur  d’eau  et  des  gaz  provenant  des  grandes  piscines. 
L’eau  des  douches  est  fournie  par  la  source  du  bain  des  Pauvres. 

b.  Le  bain  Werra  offre  quatre  grandes  et  quatre  petites  piscines  :  on 
y  prend  également  des  douches.  Il  reçoit  les  eaux  de  la  source  Saint- 
Laurent. 

c.  Le  bain  des  Alpes,  en  communication  par  une  galerie  couverte  avec 
l’hôtel  du  même  nom,  dont  il  est  une  dépendance,  renferme  une  buvette, 
trois  grandes  piscines,  etc.  Les  sources  de  l’ancien  bain  des  Guérisons,  et 
une  partie  de  celles  qui  étaient  conduites  autrefois  au  bain  des  Pauvres, 
suffisent  amplement  aux  besoins  de  ce  confortable  établissement. 

d.  Le  bain  Valaisan,  bain  Saint-Laurent,  ou  bain  Vieux,  \e  plus  rap¬ 
proché  de  la  source  Saint-Laurent,  se  compose  principalement  de  trois 
grandes  piscines,  dans  lesquelles  coule  la  source  d’Or. 

e.  Au  bain  Zurichois  ou  des  Pauvres,  chaque  sexe  se  baigne  séparé¬ 
ment  dans  une  piscine. 

Dans  le  même  bâtiment  se  trouve  le  bain  des  Ventouses,  où  une  piscine 
est  également  affectée  à  chaque  sexe. 

Les  prix  varient  dans  ces  divers  établissements,  suivant  le  degré  de 


LOËCIIE  oü  LOUESGHE.  —  effets  phïsiologiqües  .  735 

confortable  qu’ils  présentent.  Tous  sont  ouverts,  le  matin,  de  cinq  heures 
à  dix  heures,  et  l’après-midi,  de  deux  à  cinq  heures. 

Jusqu’à  ces  dernières  années,  le  refroidissement  de  l’eau  minérale 
s’opérait  uni(juement  en  agitant  «  l’eau  des  bassins  avec  de  longues  per¬ 
ches,  armées  de  planchettes,  jusqu’à  ce  qu’on  eût  obtenu  l’abaissement 
voulu  de  température  (Brunner) .  »  On  a  installé  dernièrement  des  bassins 
et  des  appareils  de  réfrigération  (par  serpentinage),  qui  ne  laissent  rien  à 
désirer. 

Les  bains  se  prennent  généralement  en  commun,  et  la  plupart  des  au¬ 
teurs  qui  ont  écrit  sur  Louesche,  nous  ont  tracé  un  tableau  pittoresque 
de  ces  piscines  ou  carrés  (ainsi  nommés,  à  cause  de  leur  forme),  dans  les¬ 
quels  grouillent, pendant  cinq  ou  six  heures,  qumze  à  quarante  personnes, 
hommes,  femmes,  enfants,  vêtus  de  longues  chemises  de  laine.  Hâtons- 
nous  d’ajouter  que  les  convenances  sont  scrupuleusement  observées,  grâce 
au  règlement  de  l’administration  et  de  la  .police  des  eaux,  arrêté  par  le 
conseil  d’État  du  canton  du  Valais  (5  décembre  1864). 

Effets  peiysiologiques.  —  Usage  interne.  —  L’eau  de  la  source  Saint- 
Laurent  est  aujourd’hui  seule  employée  en  boisson.  D’une  digestion  dif¬ 
ficile,  elle  détermine  souvent,  au  bout  de  peu  de  jours,  un  embarras  gas¬ 
trique  qui  oblige  à  en  cesser  l’usage.  Lambossy  a  introduit  à  Louesche  la 
pratique  de  l’eau  minérale  refroidie  (en  vases  clos)  ;  elle  est  plus  facile¬ 
ment  acceptée  par  l’estomac,  et  Loretan  et  Brunner  en  ont  obtenu  de  bons 
effets  sur  plusieurs  malades  qui  n’avaient  pu  supporter  Teau  à  sa  tempé¬ 
rature  native. 

.  Diaphorétique,  si  elle  est  ingérée  chaude,  l’eau  de  Louesche  est  diuré¬ 
tique  et  excitante  :  tantôt  elle  amène  de  la  constipation,  tantôt  de  la  diar¬ 
rhée,  parfois  même  avec  dilatation  des  vaisseaux  hémorrhoïdaux,  comme 
bavait  observé  J.  F.  Payen. 

Maintenant  on  boit  peu  à  Louesche,  tandis  qu’à  l’époque  où  Fabrice  de 
Hilden  y  prenait  les  eaux  (1617),  la  majeure  partie  des  baigneurs  bu¬ 
vaient,  chaque  matin,  à  la  source  d’Or. 

Usage  externe.  — L’effet  le  plus  remarquable  des  bains  de  Louesche  est 
X&’poussée,  qui  se  montre  ordinairement  du  cinquième  au  septième  jour. 
Avant  l’apparition  d’aucune  rougeur  sur  la  peau,  celle-ci  perd  sa  séche¬ 
resse  et  sa  rugosité  normales  :  un  ou  deux  jours  après,  les  rotules  rougis¬ 
sent,  puis  la  rougeur  se  manifeste  en  même  temps  sur  les  coudes  et  les 
cuisses,  ensuite  sur  les  jambes  et  les  bras,  sur  les  avant-bras  et  les  han¬ 
ches,  en  dernier  lieu  sur  le  dos  et  l’abdomen.  Le  cou,  les.  ai-sselles,  les 
seins  et  le  scrotum,  c’est-à-dire  les  endroits  où  la  peau  est  la  plus  fine  et 
la  ])lus  délicate,  ne  sont  jamais  le  siège  de  la  poussée. 

Au  début,  l’éruption  ressemble  à  la  rougeole  ;  à  son  apogée,  elle  rap¬ 
pelle  la  scarlatine  confluente;  quelquefois,  il  se  forme  de  petites  vésicules 
agrainées,  qui  crèvent  et  laissent  suinter  un  liquide  transparent  et  visqueux. 
Cet  exanthème,  qui  est  accompagné  d’abord  de  cuisson,  puis  de  déman¬ 
geaison,  après  être  resté  pendant  quelques  jours  à  son  maximum  d’inten¬ 
sité,  pâlit  peu  à  peu,  et  se  termine  par  desquamation  après  une  durée 


736  LOËGHE  ou  LODESGHE.  —  thérapeutique. 

moyenne  d’un  à  deux  septénaires,  en  laissant  après  lui  un  prurit  qui  per¬ 
siste  pendant  quelques  jours.  La  longue  durée  des  bains  n’empêche  pas  la 
poussée  de  marcher  vers  la  résolution  :  c’est  au  contraire  l’eau  minérale, 
appliquée  en  compresses  ou  en  bains,  qui  calme  le  mieux  la  cuisson  et  la 
démangeaison.  On  ne  commence  la  débaignée,  c’est-à-dire  à  diminuer  la 
durée  des  bains,  que  quand  l’éruption  commence  elle-même  à  décroître  : 
les  malades  ne  doivent  pas,  autant  que  possible,  cesser  leur  cure  avant  la 
disparition  complète  de  la  poussée. 

Quelquefois  la  poussée  s’annonce  par  des  symptômes  prodromiques, 
tels  que  fatigue  générale  pendant  le  jour,  insomnie  et  agitation  la  nuit, 
céphalalgie,  diminution  de  l’appétit,  augmentation  de  la  soif,  voire  même 
des  frissons  et  de  l’accélération  du  pouls.  Ces  symptômes  diminuent  ou 
disparaissent  lorsque  la  poussée  se  montre. 

L’embonpoint  et  une  peau  glabre  prédisposent  à  une  poussée  précoce 
et  forte.  Il  n’existe  pas  de  rapport  direct  entre  l’énergie  du  traitement 
hydro-minéral  d’une  part,  et,  d'autre  part,  le  début  et  l’intensité  de 
l’exanthème  thermal.  Chez  quelques  personnes,  Foissac  en  a  constaté  les 
symptômes  les  plus  évidents  après  un,  deux  ou  trois  bains  d’une  heure. 
La  poussée  n’atteint  pas  plus  fortement  et  plus  promptement  les  peaux 
délicates,  les  femmes  et  les  enfants  que  les  hommes  les  plus  vigoureux. 
Elle  manque  chez  quelques  sujets  :  des  transpirations  abondantes,  des 
urines  ou  des  selles  copieuses,  l’existence  de  plaies  ou  d’ulcères  empê¬ 
chent  l’apparition  de  l’éruption,  ou  la  rendent  très-légère.  Blanchard  (de 
Reims)  attribue  le  même  effet  aux  rapports  sexuels  pendant  le  traitement. 
Certains  malades  ne  peuvent  multiplier  les  cures  à  Louesche  :  chez  eux  la 
poussée  va  toujours  en  augmentant,  au  point  qu’ils  sont  obligés  de  re¬ 
noncer  à  ces  eaux. 

Disons  enfin,  J.  F.  Payen  l’a  établi  d’une  manière  irréfutable,  que 
l’usage  interne  des  eaux  peut  donner  la  poussée,  sans  que  le  malade  ait 
pris  un  seul  bain.  C’est  aussi  l’opinion  de  la  plupart  des  médecins  qui 
exercent  près  de  cette  intéressante  station. 

Pour  nous,  la  poussée  de  Louesche  ne  saurait  donc  être  attribuée  à 
l’immersion  prolongée  dans  les  piscines  ;  nulle  part  on  ne  l’observe  aussi 
caractérisée;  maladie  nouvelle,  substitutive  (Payen),  poussée  particulière, 
selon  l’expression  de  Baumès  (de  Lyon),  elle  est  bien  le  résultat  d’une 
action  spéciale  de  l’eau  de  Louesche  sur  la  peau.  C’est  une  preuve  mani¬ 
feste  de  l’effet  des  eaux,  et,  si  elle  n’est  pas  indispensable  au  succès  de  la 
cure,  on  ne  saurait  lui  refuser  une  action  marquée  sur  les  affections 
internes  comme  agent  de  révulsion,  et  sur  les  affections  cutanées  comme 
agent  de  sub.stilution. 

Thérapeutique.  —  Les  trois  quarts  des  baigneurs  de  Louesche  sont  at¬ 
teints  de  dermatoses.  Sans  répéter,  avec  Razoumowsky,  que  ces  eaux  sont 
excellentes  pour  toutes  les  maladies  de  la  peau,  il  ne  faut  pas  tomber  dans 
l’erreur  des  médecins  qui  ont  voulu  en  restreindre  l’indication  aux  formes 
sèches  des  affections  cutanées.  C’est,  à  la  vérité,  dans  le  psoriasis  invétéré 
que  Louesche  a  été  surtout  recommandé  (Devergie,  Bazin),  pris  avec  suc- 


LOËCHE  ou  LOÜESCHE.  —  bibliographie.  757 

cès  (Hébra),  et  des  ichthyoses  intenses  y  ont  trouvé  une  guérison  momen¬ 
tanée  ;  mais  les  formes  humides  rentrent  aussi  dans  la  spécialisation  de 
ces  sources  [Baumes  (de  Lyon),  Marc  d’Espine,  Rotureau,  Blanchard]. 
A.  Hardy  a  signalé  leur  utilité  dans  l’acné  érythémateuse,  principalement 
dans  les  cas  graves,  dans  l’acné  hypertrophique,  dans  l’acné  sébacée 
fluente  où  elles  comptent  des  guérisons  {voy.  art.  Acné,  t.  I).  Sans  se 
montrer  aussi  puissantes  contre  les  eczémas  rebelles  {voy.  art.  Eczéma, 
t.  XII),  et  les  lichens  invétérés  (voy.  art.  Lichen,  t.  XX),  elles  amènent 
souvent  une  amélioration  notable.  A.  Devergie  les  conseille  fréquemment 
dans  les  eczémas  localisés,  des  bourses,  par  exemple,  et  dans  les  urticaires 
chroniques. 

Ces  eaux  donnent  de  trop  bons  résultats  dans  le  lymphatisme  et  la  scro¬ 
fule,  pour  que  nous  ne  mentionnions  pas  ici  l'impétigo  et  le  lupus,  les 
ulcères  atoniques,  que  l’on  recouvre  de  limon  minéral  ou  de  compresses 
trempées  dans  l’eau  thermale,  pendant  tout  le  temps  que  les  malades  pas¬ 
sent  hors  du  bain. 

La  cure  de  Louesche  réussit  encore  très-bien  dans  les  catarrhes  (bron¬ 
chiques,  vaginaux,  utérins,  intestinaux),  qui  paraissent  liés  au  vice  dar- 
treux  ;  dans  les  dyspepsies  succédant  à  la  disparition  brusque  d’une 
maladie  de  la  peau;  dans  les  rhumatismes  musculaires  et  articulaires 
chroniques  ;  dans  les  engorgements  péri-articul aires  rhumatismaux  ou 
goutteux;  dans  les  paralysies  rhumatismales  ou  fonctionnelles  ;  dans  les 
engorgements  du  foie  et  de  la  rate. 

On  comprend  toute  l’importance  de  l’association  du  traitement  interne 
aux  pratiques  balnéaires,  dans  les  conditions  morbides  que  nous  avons  in¬ 
diquées.  On  assure  ainsi  ces  effets  altérants  comparés  par  Baumès  (de 
Lyon)  aux  procédés  de  dépuration  que  la  nature  emploie  elle-même  dans 
l’enfance  :  tous  les  émonctoires  de  l’économie  sont  sollicités. 

Malgré  la  présence  du  fer  dans  les  fontaines  minérales,  c’est  à  l’iii- 
fiuence  de  l’altitude  que  nous  croyons  devoir  rapporter  principalement  les 
effets  salutaires  ressentis  par  les  chloro-anémiques  et  les  convalescents. 

Contre-indications.  — ^  Louesche  est  nuisible  dans  tout  état  inflamma¬ 
toire,  dans  la  pléthore,  dans  la  disposition  .aux  hémorrhagies,  dans  les 
congestions  pulmonaires  et  cérébrales,  dans  la  phthisie  pulmonaire,  dans 
les  affections  du  cœur  et  des  gros  vaisseaux,  dans  le  cancer,  la  syphilis  et 
le  nervosisme. 

Fabp.ice  de  Hildex,  De  thermis  Leucensibus  ia  Vallesiâ,  in  Opéra  omnia.  Francfort,  i&iO. 
Razodmowskï,  Œuvres,  seconde  partie  contenant  :  Voyages  minéralogic[ues  dans  le  gouvernement 
d’Âigle  et  dans  le  Valais.  Lausanne,  1784. 

Païex  (J.  F.),  Essai  sur  les  eaux  minérales  thermales  de  Louesche  (eu  Suisse,  canton  du  Va¬ 
lais).  Paris,  1828.  —  De  l’existence  de  l’arsenic  dans  quelques  eaux  minérales,  broch., 
4  pages,  impr.  Plon,  s.  d.,  1855.  —  Lettre  sur  la  poussée  des  bains  de  Louesche  [Gazette  mé¬ 
dicale  de  Paris,  1858).  —  Lettre  à  M.  le  rédacteur  en  chef  de  la  Gazette  des  eaux.  Par, s, 
1866). 

Boxvin  iC.  J.),  Essai  sur  les  eaux  thermales  deLoëche.  Genève,  1834. 

Foissac  (P.),  Notice  sur  les  eaux  de  Loëche.  Paris,  1836. 

Bal'jiès  (P.),  Nouvelle  dermatologie,  t.  II,  Paris  et  Lyon,  1842. 

Felles-bekg  (de),  .Analyse  chimique  de  l’eau  thermale  des  bains  de  l’ijôtel  des  Alpes  à  1  ouî.'c'.e. 
Lausanne,  1841. 

koDV.  niCT.  BÉD.  ET  CHIR. 


XX.  —  47 


738 


LOOCHS  ou  ÉCLEGMES. 

Gkillet  (J.  H.),  Les  sources  thermales  de  Loëche-Sion,  1845. 

LaÙbossy,  Loëche-les-Bains  en  Valais,  observations  sur  la  manière  de  procéder  dans  les  cures  de 
ces  eaux  [Bibliothèque  universelle  de  Genève,  1849). 

Lorétax  (A.),  Notice  sur  les  sources  thermales  de  Loëche-les-Bains,  2'  édit.,  Genève,  1857. 

Marc  d’EspixE  (de  Genève),  Notice  sur  la  poussée  et  les  principaux  effets  thérapeutiques  des  bains 
de  Louesche  [Gaz.niéd.  de  Paris,  1858). 

Blakcüabu.  Une  cure  à  Louesche.  Travail  manuscrit,  bibliothèque  de  ILAcadémie  de  médecine  de 
Paris. 

Bazjs  (E.),  Leçons  sur  le  traitement  des  maladies  chroniques  en  général  et  des  affections  de  la 
peau  en  particulier  par  les  eaux  minérales,  etc.  Paris,  1870. 

Prunxer  (Ad.),  Loëche-les-Bains,  ses  eaux  thermales  et  ses  environs,  3'  édit,  française,  Bienne, 
1871. 

E.  Verjon. 

LOMBRIC.  Voy.  Entozoaibes,  t.  XIII,  p.  341. 

liOOCHS  ou  ÉCLEGMES.  —  On  donne  le  nom  de  loochs  à  des 
médicaments  internes  liquides,  d’aspect  laiteux,  dont  la  consistance  vis¬ 
queuse  est  un  peu  moindre  que  celle  des  mucilages,  mais  supérieure 
à  celle  des  sirops. 

Le  nom  de  looch  dérive  d’un  mot  arabe,  qui  veut  dire  sucement,  parce 
qu’autrefois  on  faisait  sucer  ces  médicaments  par  les  malades,  au  moyen 
de  racines  de  réglisse  ou  de  guimauve  effilées  en  pinceau.  Le  mot  latin 
Unctus,  de  lingere,  lécher,  et  l’appellation  de  éclegme  de  ’'Ey.)v£iYp.a,  font 
allusion  à  ce  mode  d’administration.  Aujourd’hui,  la  consistance  moins 
visqueuse  des  loochs  permet  de  les  administrer  d’une  manière  plus  com¬ 
mode,  et  c’est  généralement  par  cuillerées  à  bouche,  d’heure  en  heure  ou 
de  deux  heures  en  deux  heures,  qu'on  les  donne  aux  malades.  Ils  con¬ 
sistent  en  mélange  d’eau,  de  sucre,  d’huile  fixe,  de  gomme  arabique  ou 
de  gomme  adragante.  L’huile  fixe  est  tenue  en  suspension  à  la  faveur  du 
mucilage. 

Les  loochs  conservés  par  le  nouveau  Codex  sont  le  looch  blanc  et  le 
looch  huileux,  dont  voici  les  formules  ; 


Looch  blanc. 

Amanefes  douces  mondées. .  . 
Amandes  amères  mondées..  . 

Sucre  blanc . 

Gomme  adragante  pulvérisée . 
Eau  de  fleurs  d’oranger..  .  . 


30  grammes. 


10  grammes. 
120  — 


Faites  une  émulsion  avec  les  amandes,  l’eau  commune  et  la  presque 
totalité  du  sucre,  passez.  Triturez  le  reste  du  sucre  avec  la  gomme  adra¬ 
gante,  délayez  la  poudre  obtenue  avec  une  petite  quantité  d’émulsion, 
battez  vivement  et  longtemps,  ajoutez  enfin  peu  à  peu  le  reste  de  l’émul¬ 
sion  et  l’eau  de  fleur  d’oranger. 

Le  looch  entier  doit  peser  150  grammes  {Codex). 

La  préparation  du  looch  blanc,  d’après  la  formule  du  Codex,  deman¬ 
dant  un  certain  temps,  Yée  a  proposé  de  préparer  d’avance  une  pâte  offi¬ 
cinale,  pouvant  être  conservée  pendant  assez  longtemps  sans  subir  d’alté¬ 
ration,  pourvu  qu’on  ait  le  soin  de  la  placer  dans  un  lieu  frais. 


LOOCHS  ou  ÉCLEGMES.  739  • 

Voici  la  foi’iaule  de  cette  préparation  ; 

Amandes  douces . 540  grammes. 

Amandes  amères .  6  )  — 

Sucre  blanc .  600  — 

Eau  de  (leurs  d'oranger . 200  — 


On  monde  les  amandes,  on  les  pile  dans  un  mortier  avec  le  sucre,  en 
additionnant  successivement  la  masse  d’eau  de  fleurs  d’oranger,  puis  on 
porte  la  pâte  sur  une  pierre  à  chocolat,  où  l’on  termine  le  broiement 
avec  un  rouleau  de  pierre. 

On  prépare,  avec  cette  pâte,  le  looch  blanc  des  hôpitaux  de  Paris. 

Pâte  à  looch .  50  grammes. 

Sirop  de  sucre.  .  15  — ■ 

Gomme  adragante.  .  • . .  50  centigrammes. 

Eau  de  Heurs  d’oranger .  5  grammes. 

Eau . ^ . 125  — 

On  délaye  peu  à  peu  la  pâte  à  looch  avec  l’eau  dans  un  mortier  de  mar¬ 
bre,  et  l’on  passe,  avec  légère  expression,  à  travers  une  étamine.  D’un 
autre  côté,  on  triture  la  gomme  adragante  dans  le  sirop  de  sucre,  et  l’on 
ajoute  peu  à  peu  l’émulsion,  puis  l’eau  de  fleurs  d’oranger,  on  introduit 
dans  une  fiole,  et  l’on  agite  fortement. 

Le  looch  blanc  est  un  médicament  agréable,  mais  très-altérable,  s’ai¬ 
grissant  aisément  en  sept  ou  huit  heures  ;  il  convient,  pendant  l’été,  de 
le.  conserver  en  plaçant  la  fiole  dans  un  vase  plein  d’eau  froide. 

Looch  huileux. 


Huile  d’amandes  douces . ■.  .  .  15  grammes. 

Gomme  arabbiue  pulvérisée.  .  15  — 

Sirop  de  gomme .  50  — 

Eau  de  fleurs  d’oranger .  15  — 

Eau  commune . . . 100  — 


Préparez  un  mucilage  avec  la  gomme  et  deux  fois  son  poids  d’eau, 
ajoutez  l’huile  par  petites  parties  pour  la  diviser  par  une  trituration  pro¬ 
longée,  et  délayez  enfin  avec  le  reste  des  liquides  {Codex). 

L.es  loochs  servent  souvent  d’excipients  à  des  médicaments  plus  actifs  ; 
parmi  les  loochs  les  plus  usités,  nous  citerons  le  looch  blanc  kermétisé. 
C’est  le  looch  blanc  du  Codex  avec  addition  de  10  centigrammes  de 
kermès  minéral.  En  portant  la  dose  du  kermès  à  un  gramme,  on  obtient 
le  looch  contro-stimulant  (Bouch.)  Le  looch  antimonial  ou  contro-stimu- 
lant  de  Trousseau,  employé  par  ce  médecin,  se  prépare  en  incorporant 
dans  le  looch  blanc  4  ou  8  grammes  d’antimoine  diaphorétique  lavé 
(oxyde  blanc  d’antimoine).  Il  faut  agiter  avant  de  s’en  servir;  une  cuillerée 
représente  40  ou  80  centigrammes  d’antimoine  diaphorétique.  Le  looch 
calmant  ou  diacodé  du  Codex,  se  prépare  en  ajoutant  au  looch  blanc 
30  grammes  de  sirop  diaco.de;  une  cuillerée  à  bouche  toutes  les  heures. 
Nous  indiquerons  encore  parmi  les  médicaments  que  l’on  a  proposé  d’ad¬ 
ministrer  sous  forme  de  loochs,  Toxyde  de  bismuth,  Toxyiodure  d’anti¬ 
moine  (Van  den  Corput),  les  résines  de  gayac,  de  jalap,  de  scammonée, 
l’essence  de  térébenthine,  les  huiles  de  ricin,  d’épurge,  la  manne.  Tassa- 


740 


lotion.  — 


PAIITIELLES. 


fœtida.  Il  importe  de  ne  pas  perdre  de  vue  que  le  calomel  ne  doit  jamais 
être  administré  dans  un  looch  préparé  avec  des  amandes  amères,  tel  que 
celui  du  Codex,  la  réaction  sur  ce  sel  de  l’acide  cyanhydrique  qu’elles 
contiennent  produisant  du  cyanure  de  mercure  éminemment  toxique. 

On  employait  jadis  le  looch  vert  avec  les  pistaches,  la  teinture  de  sa¬ 
fran  et  le  sirop  de  violettes,  ainsi  que  le  looch  d’œuf  avec  jaune  d’œuf, 
huile  d’amandes  douces,  sirop  de  guimauve.  Ces  médicaments  sont  peu 
usités  de  nos  jours.  Le  looch  d’amidon  est  prescrit  quelquefois  pour  com¬ 
battre  les  diarrhées  rebelles.  On  le  prépare  avec  : 


Battez  le  blanc  d’œuf  avec  un  peu  d’eau  et  mêlez. 

Lorsqu’on  ajoute  une  poudre  à  un  looch,  il  faut  préalablement  la  mé¬ 
langer  à  la  gomme  avant  de  faire  intervenir  l’eau  ;  quand  on  emploie  de 
l’huile,  on  ne  l’ajoute  qu’après  avoir  préparé  le  mucilage. 

A.  Hékadd. 

LOTION.  —  La  lotion,  du  mot  latin  lotio,  action  de  laver,  est  une 
opération  quia  pour  but  de  nettoyer  et  d’absterger  tout  ou  partie  de  la 
surface  du  corps,  dans  le  but  d’enlever  les  matières  hétérogènes*  qui  le 
souillent  et  d’exercer,  dans  certains  cas,  une  véritable  action  curativepon 
désigne  aussi  sous  le  nom  de  lotions  les  divers  liquides  qui  servent  à  la 
pratiquer.  Les  lotions  sont  hygiéniques  ou  thérapeutiques. 

Les  lotions  hygiéniques,  tout  en  débarrassant  la  peau  des  produits  étran¬ 
gers  ,  ont  souvent  pour  résultat  d’opérer  une  tonification  générale  et  d’exer¬ 
cer  une  action  prophylactique  réelle  en  prévision  de  divers  états  mor¬ 
bides. 

Les  lotions  se  pratiquent  soit  avec  la  main,  soit  avec  des  linges,  de  la 
charpie,  des  éponges. 

Les  lotions  sont  partielles  ou  générales,  les  liquides  employés  peuvent 
être  froids  ou  chauds. 

Lotions  partielles.  —  Ces  lotions  sont  d’un  usage  journalier  ;  elles 
servent  à  entretenir  la  propreté  de  certaines  parties  du  corps,  telles  que  la 
face,  le  cou,  les  mains,  les  pieds,  les  régions  génitale  et  anale,  etc.,  et 
à  les  débarrasser  des  produits  de  sécrétion  qui,  par  leur  séjour  prolongé, 
s’altèrent  et  acquièrent  des  propriétés  irritantes  susceptibles  d’occasionner 
des  accidents  pénibles  et  douloureux  ;  c’est  ce  que  l’on  observe  au.x  aissel¬ 
les,  au  périnée,  aux  organes  génitaux.  Pratiquées  sur  la  tête,  les  lotions 
froides  ont  pour  premier  effet  de  maintenir  la  propreté  du  cuir  chevelu, 
de  le  débarrasser  des  produits  de  sécrétion  épaissie,  des  lamelles  épider¬ 
miques,  et  secondairement  de  fortifier  les  racines  des  cheveux,  et  d’em¬ 
pêcher  leur  chute  trop  rapide;  elles  délassent  après  un  travail  intellectuel 
prolongé,  facilitent  la  veille,  calment  l’excitation  occasionnée  par  l’action 
des  rayons  du  soleil,  et  préviennent  les  céphalalgies. 


LOTION. - L.  GÉNÉRALES. 


VA 

Les  lotions  sont  très-utiles  chez  les  individus  exerçant  des  professions 
qui  les  obligent  à  vivre  dans  une  atmosplière  pulvérulente  ;  elles  enlèvent 
delà  peau  la  crasse  formée  par  les  poussières,  que  la  sueur  étale  en  cou¬ 
ches  plus  ou  moins  épaisses  (î^oÿ.  Crasse,  t.  X). 

Les  lotions  sont  nécessaires  après  les  opérations  chirurgicales  pour  abs- 
terger  les  parties,  enlever  les  caillots  qui  se  forment  sur  leurs  surfaces,  et 
mettre  à  découvert  les  vaisseaux  qui  doivent  être  liés  ;  elles  favorisent  la 
cicatrisation  ;  elles  sont  indispensables  au  moment  du  pansement  des 
plaies,  des  ulcères;  elles  les  débarrassent  des  produits  épaissis  de  la  sup¬ 
puration,  modèrent  les  douleurs.  Elles  sont  utiles  dans  les  contusions, 
les  entorses,  les  hémorrhagies  nasales,  etc.;  dans  ces  cas,  elles  sont  faites 
avec  des  liquides  froids;  mais  quelquefois,  suivant  l'état  de  la  tempéra¬ 
ture,  et  notamment  pour  le  lavage  des  plaies,  l’eau  tiède  à  20  ou  2o“  est 
mieux  appropriée. 

Les  lotions  partielles  peuvent  être  pratiquées  avec  des  liquides  à  une 
température  de  50°  à  40°;  elles  sont  alors  prescrites  comme  agents  de  la 
médication  révulsive  ou  dérivative. 

L’eau  ordinaire  est  le  plus  communément  employée  à  l’état  pur  ;  mais 
quelquefois  on  l’additionne  de  diverses  substances  qui  rendent  son  ac¬ 
tion  plus  rapide  et  plus  efûcace;  ainsi,  pour  la  propreté  du  corps,  on  fait 
dissoudre  dans  l’eau  des  substances  aromatiques,  du  savon,  de  l’alcool,  etc. 
Ces  lotions  composées  servent  à  la  toilette  journalière. 

liotions  générales.  — Elles  se  font  sur  toute  la  surface  du  corps, 
avec  de  l’eau  froide  ou  chaude. 

Le  sujet  peut  être  placé  dans  des  positions  variées,  dèbout,  assis  ou 
couché  ;  il  doit  être  dépouillé  de  tout  vêtement  ;  pour  éviter  les  dangers 
de  refroidissement,  l’appartement  sera  clos  et  à  une  température  de  16  à 
18°.  La  lotion  se  fera  avec  une  grosse  éponge  qui  sera  manœuvrée  soit  parle 
malade  lui-même,  soit  par  un  ou  plusieurs  aides  ;  elle  sera  exécutée  rapi¬ 
dement  et  renouvelée  un  plus  ou  moins  grand  nombre  de  fois,  suivant  le 
but  que  l’on  se  propose. 

Si,  à  cause  de  sa  faiblesse,  lè  sujet  ne  peut  rester  debout  ou  assis,  il  sera 
mis  sur  un  lit  garni  d’une  toile  cirée,  et  la  lotion  sera  faite  sous  une  cou¬ 
verture,  par  les  soins  de  plusieurs  aides  ;  les  uns  pratiqueront  le  lavage,  les 
autres  donneront  au  malade  les  positions  convenables. 

La  lotion  terminée,  le  sujet  doit  être  essuyé  et  frictionné  avec  un  linge 
en  toile  et  quelquefois,  suivant  les  prescriptions  médicales,  avec  des  bros¬ 
ses,  des  gants  en  crin;  s’il  est  suflisamment  valide,  il  doit  s’habiller,  et 
faire  une  promenade  un  peu  hâtée  pour  amener  une  bonne  réaction;  s’il  ne 
peut  sortir,  il  sera  placé  dans  un  lit  bien  bassiné,  entouré  d’une  couver¬ 
ture  de  laine,  et  y  restera  jusqu’à  l’établissement  de  la  sudation. 

Les  lotions  froides  ont  des  effets  variés  en  rapport  avec  la  température 
du  liquide,  la  durée  de  l’application,  et  le  degré  de  susceptibilité  des 
sujets. 

Quand  il  y  aura  lieu  d’exercer  une  action  stimulante,  la  température 
de  l’eau  sera  de  10  à  14  degrés,  et  la  durée  de  la  lotion  de  une  minute  et 


742  LOTION.  —  i..  gênéeai,es.  • 

même  moins;  si,  au  contraire,  on  veut  obtenir  de  la  sédation,  l’eau  devra 
être  à  16  ou  18  degrés,  et  la  durée  de  une  ou  deux  minutes  :  en  général, 
quand  les  sujets  sont  chétifs  etimpressionnables,  lalotion  devra  être  courte. 
Quand  le  liquide  est  à  une  basse  température,  et  qu’il  est  appliqué  pour 
un  temps  très-limité,  on  obtient,  après  réaction,  une  sensation  agréable  de 
bien-être  ;  les  forces  sont  accrues,  les  grandes  fonctions,  surtout  les  fonc¬ 
tions  intellectuelles,  s’exécutent  avec  plus  de  facilité  et  d’énergie  ;  quand 
la  lotion  est  plus  longue,  la  réaction  n’arrive  que  très-lentement,  souvent 
elle  est  absente,  et  il  s’ensuit  un  état  de  malaise  et  d’affaissement  général. 
{Voy.  Hydrothérapie,  t.  XYIII,  p.  60.) 

D’après  ce  qui  précède,  les  lotions  froides,  suivant  la  manière  dont  elles 
sontap[)liquées,  déterminent  des  effets  variés  :  tantôt  ils  sont  nuis  ou  à  peine 
sensibles,  tantôt  ils  sont  stimulants,  tantôt  enfin  ils  dépriment. 

Les  lotions  froides,  journellement  appliquées,  contribuent  à  entretenir 
la  propreté  du  corps,  assouplissent  et  tonifient  la  peau  ;  elles  font  cesser 
promptement  la  fatigue  musculaire,  raniment  les  forces  et  font  disparaître 
l’affaissement  cérébral  résultant  de  travaux  intellectuels  prolongés. 
Faites  avec  frictions,  elles  favorisent  la  réaption,  activent  la  circulation  pé¬ 
riphérique;  de  plus  elles  diminuent  l’impressionnabilité  au  froid,  et  sont 
très-utiles  pour  prévenir  certaines  maladies  qui  se  développent  surtout 
sous  l’influence  des  basses  températures,  telles  que  le  coryza,  les  laryn¬ 
gites,  les  bronchites,  les  douleurs  névralgiques  et  rhumatismales.  Les  lo¬ 
tions  froides  sont  nécessaires  chez  les  enfants  délicats  et  lymphatiques;  la 
réaction  est  plus  facile  à  obtenir  qu’à  un  âge  plus  avancé. 

Les  lotions  générales  froides  sont  prescrites  dans  un  grand  nombre  de 
maladies. 

Elles  ont  été  conseillées  contre  les  symptômes  ataxiques  qui  se  présen¬ 
tent  pendant  le  cours  de  la  fièvre  typhoïde,  du  typhus,  de  la  lièvre  jaune, 
de  la  variole,  de  la  scarlatine,  etc.  Dans  les  maladies  typhiques,  j’ai  sou¬ 
vent  employé  avec  succès,  surtout  quand  la  température  était  trè—élevée, 
que  la  peau  était  brûlante  et  sèche,  des  lotions  avec  de  l’eau  de  10  à  15°, 
additionnée  de  vinaigre;  elles  étaient  répétées  plusieurs  fois  dans  la  jour¬ 
née  ;  on  les  pratiquait  avec  des  éponges  que  l’on  promenait  sur  toutes  les 
parties  du  corps  ;  à  la  suite  de  ces  applications,  la  température  s’abaisse, 
le  pouls  faiblit,  la  peau  devient  plus  souple,  la  soif  est  moins  vive,  et 
bientôt  les  phénomènes  nerveux  sont  moins  actifs  et  disparaissent.  Les 
lotions  recommandées  dans  le  trailement  de  certaines  fièvres  éruptives 
amènent  souvent  de  fâcheux  résultats. 

Dans  l’état  adynamique,  les  lotions  générales  sont  parfois  utiles,  mais 
alors  on  doit  avoir  recours  à  des  liquides  appropriés,  choisis  dans  la  classe 
des  médicaments  excitants;  dans  ces  cas,  j’emploie  communément  le 
baume  opodeldoch  liquide,  le  baume  de  Fioraventi,  l’eau-de-vie,  etc. 

Les  lotions  froides  sont  très-bien  indiquées  dans  le  premier  degré  du 
paludisme  chronique,  que  j’ai  désigné  sous  le  nom  d’anémie  paludéenne  ; 
leur  action  est  ici  réellement  stimulante  ;  elles  réconfortent  les  malades, 
augmentent  leurs  forces  de  résistance  vitale,  et  régularisent  les  accès  fé- 


LOTION.  -  L.  COMPOSÉES. 


74”. 


briles,  souvent  incoraplets  et  mal  établis  dans  cette  forme.  Currie  et  Gian- 
nini  recommandent  les  affusions  et  les  immersions  froides,  soit  avant  l’ac¬ 
cès,  soit  pendant  le  stade  de  chaleur. 

Les  lotions  froides  générales  sont  parfois  prescrites  avec  succès  contre 
diverses  maladies  diathésiquos,  telles  que  le  rhumatisme,  la  scrofulose,  le 
rachitisme,  la  goutte,  dans  leur  période  de  chronicité.  On  les  a  recom¬ 
mandées  contre  les  dyscrasies,  telles  que  l’anémie,  la  chlorose,  le  diabète. 

.  Elles  sont  utiles  dans  le  traitement  des  névroses  générales,  l’épilepsie,  le 
tétanos,  la  chorée;  enfin  elles  sont  souvent  prescrites  dans  les  maladies 
chroniques  du  foie,  des  reins,  de  l’utérus,  dans  la  dysménorrhée,  l’amé¬ 
norrhée,  et  diverses  affections  de  la  moelle  épinière. 

liotions  composées.  —  Suivant  les  indications  à  remplir,  les  lotions 
sont  préparéés  avec  diverses  substances  médicamenteuses  ;  leurs  effets 
varient  suivant  l’agent  qui  entre  dans  leur  composition;  nous  pouvons 
les  diviser  en  :  émollientes  —  sédatives  —  toniques  —  astringentes  — 
irritantes  —  antiputrides  —  parasiticides. 

Lotions  émollientes.  —  L’eau  à  la  température  de  25  à  50  degrés  exerce 
une  véritable  action  émolliente,  elle  humecte,  assouplit  les  parties  et 
diminue  l’excitation  inflammatoire;  ordinairement  on  prépare  ces  lotions 
avec  des  infusions  et  des  décoctions  de  plantes,  telles  que  la  racine  de 
guimauve,  les  fleurs  de  mauve,  la  graine  de  lin,  le  houilloa  blanc,  le  son, 
l’amidon,  le  lait,  etc.;  on  peut  aussi  employer  les  huiles  d’olives  ou  d’a¬ 
mandes  douces.  Ces  lotions  sont  recommandées  dans  l’érythème,  l’éry¬ 
sipèle,  la  variole,  le  pansement  des  plaies;  elles  sont  aussi  utiles  dans  les 
inflammations  des  viscères  abdominaux. 

Lotions  sédatives. — Ces  lotions,  employées  contre  divers  états  doulou¬ 
reux,  diminuent  l’éréthisme  nerveux,  apaisent  le  prurit  et  les  démangeai¬ 
sons;  elles  sont  composées  avec  les  décoctions  ou  infusions  de  tilleul,  de 
laitue,  de  pavot,  de  morelle,  de  tabac,  de  belladone,  de  jusquiame,  de  da- 
tura,  de  ciguë,  de  cyanure  de  potassium,  etc. 

Lotions  toniques.  —  Ces  lotions  agissent  en  excitant  la  vitalité  dos  par¬ 
ties  et  en  régularisant  les  actes  nerveux  et  circulatoires.  On  se  sert  par¬ 
fois  de  l’eau  froide  ;  mais  on  peut  augmenter  leur  puissance,  en  les  com¬ 
posant  avec  la  décoction  de  quinquina,  de  gentiane,  etc.;  Lalcool,  le  vin 
rouge  peuvent  être  employés. 

Lotions  astringentes.  —  Elles  agissent  sur  les  tissus  en  produisant  leur 
astriction,  en  diminuant  la  circulation  des  vaisseaux  capillaires,  et  eu  ta¬ 
rissant  les  sécrétions  ;  on  les  prépare  ordinairement  avec  l’écorce  de  chêne, 
la  noix  de  galle,  la  racine  de  ratanhia,  les  pétales  de  roses,  les  solutions 
plombiques,  alunéès,  etc. 

Lotions  irritantes.  —  Ces  lotions  ont  pour  résultat  d’accroître  l’activité 
organique,  de  déterminer  graduellement  des  phénomènes  d’hypérémie, 
d’inflammation,  d’irritation  plus  ou  moins  marquée;  par  suite,  elles  exer¬ 
cent  sur  les  parties  malades  une  action  hétérophlegmasique,  utile  pour 
modifier  et  changer  leur  mode  de  vitalité.  Dans  ce  but  on  emploie  des  lo¬ 
tions  composées  avec  de  l’eau  dans  laquelle  on  ajoute  de  la  farine  de  mou- 


744 


LUMBAGO.  —  DÉFiNiTioîi. 


tarde,  du  borate  de  soude,  de  l’azotate  d’argent,  du  bichlorure  de  mer¬ 
cure,  de  la  teinture  d’iode,  des  acides  minéraux,  etc. 

Lotions  antiputrides.  —  Les  substances  composantes  des  lotions  irri¬ 
tantes  ont  souvent  pour  résultat  de  modifier  la  pourriture  d’hôpital,  la 
gangrène,  les  plaies  et  ulcères  de  mauvaise  nature;  elles  agissent  souvent 
alors  comme  anti-septiques.  On  peut  les  préparer  avec  des  médicaments  à 
action  plus  directe,  tels  que  la  suie,  les  bypochlorites,  les  hyposulfites, 
les  acides  phénique,  thymique,  le  permanganate  de  potasse,  etc.;  les  lo¬ 
tions  faites  avec  ce  sel  sont  très- utiles  pour  le  lavage  des  mains  après  les 
travaux  anatomiques. 

Lotions  parasiticides.  —  Les  diverses  substances  irritantes  qui  entrent 
dans  la  composition  des  lotions  exercent  souvent  une  action  parasiticide, 
que  l’on  utilise  pour  la  destruction  de  certains  organismes  qui  se  déve¬ 
loppent  et  vivent  sur  la  surface  du  corps,  où  ils  déterminent  des  ir¬ 
rations  plus  ou  moins  rebelles.  Ces  parasites  végétaux  et  animaux  sont 
combattus  par  des  lotions  composées  avec  la  décoction  de  staphysaigre, 
de  lanaisie,  de  feuilles  de  laurier-rose,  de  la  racine  d’ellébore  blanc,  l’eau 
mercurielle,  les  solutions  de  bichlorure  de  mercure,  de  sulfate  de  cuivre, 
de  sulfure  de  potasse,  l’huile  de  pétrole,  etc. 

En  pharmacie,  on  désigne  sous  le  nom  de  lotion  une  opération  qui  con¬ 
siste  à  priver  un  corps  insoluble  de  parties  étrangères  interposées,  en 
traitant  le  mélange  avec  un  véhicule  qui  dissout  seulement  celles-ci  (Gui- 
bourt). 

A.  Barrallieb  (de  Toulon). 

liOïjPE.  Voy.  Kystes,  t.  XIX,  p.  705,  et  Lipomes,  t.  XX,  p.  616. 

L.UETTE.  Voy.  Palais. 

EEMBAGO.  —  Définition.  —  Pendant  longtemps  on  a  attribué 
cette  dénomination  aux  maladies  les  plus  disparates,  présentant  ce  carac¬ 
tère  commun  de  déterminer  dans  la  région  lombaire  des  phénomènes 
douloureux,  quelles  qu’en  fussent  d’ailleurs  les  causes,  les  localisations 
précises  et'les  propagations  plus  ou  moins  étendues.  En  d’autres  termes, 
on  considérait  le  lumbago  comme  synonyme  delombalgie.  C’est  ainsi  qu’on 
y  comprenait  les  douleurs  provoquées  par  les  altérations  de  la  colonne  ver¬ 
tébrale,  par  le  mal  de  Pott,  les  douleurs  que  déterminent  les  différentes 
affections  delà  moelle  avec  leurs  irradiations  en  ceinture,  celles  de  la  né¬ 
vralgie  iléo-'ombaire  dont  on  méconnaissait  alors  la  signification,  celles 
qui  sont  dues  à  un  traumatisme,  le  tour  de  reins,  par  exemple,  celles  qui 
.mnt  liées  aux  diverses  maladies  des  reins  ou  du  tissu  cellulaire  iiériné- 
phrétique,  voire  mêmeles  lombalgies  qui  se  rattachent  à  différentes  affec¬ 
tions  générales  de  l’organisme,  aux  pyrexies,  à  la  variole  notamment. 
Aussi,  Sauvage  décrivait-il  treize  espèces  de  lumbago,  parmi  lesquelles  on 
voyait  figurer  les  lumbagos  fébrile,  scorbutique,  psoadique,  puerpéral, 
saburral,  par  effort,  par  anévrysme,  par  abcès,  sympathique.  Un  peu 


745 


LUMBAGO.  -  SYMPTÔMES,  MARCHE,  DÜUÉE. 

plus  discret,  Spring  en  admettait  encore  huit,  à  savoir  :  le  lumlago  cour¬ 
bature,  le  traumatique,  le  rhumatismal,  le  névropathique,  le  congestif, 
le  rénal,  l’utérin  et  le  dyshémique. 

Aujourd’hui  les  pathologistes  sont  d’accord  pour  réserver  le  nom  de 
lumbago  à  un  état  morbide  nettement  déterminé,  essentiellement  carac¬ 
térisé  par  une  affection  douloureuse,  ayant  pour  siège  précis  les  mus¬ 
cles  et  peut-être  les  tissus  fibreux  de  la  région  lombaire,  se  développant  le 
plus  souvent,  mais  non  toujours,  ainsi  que  nous  le  verrons  en  parlant  de 
l’étiologie,  sous  l’influence  de  la  diathèse  rhumatismale  ou  du  froid.  L’ex¬ 
pression  de  courbature,  qu’on  a  voulu  considérer  comme  synonyme  de 
lumbago,  doit  être  réservée  pour  désigner  la  fatigue  générale  du  système 
musculaire  causée  par  un  exercice  trop  prolongé  ou  une  dépense  de  forces 
insolite. 

Envisagé  delà  sorte,  le  lumbago  s’élève  du  rang  de  symptôme  ou  de 
syndrome,  à  celui  d’espèce  pathologique  ;  son  histoire  cesse  d’être  un 
chapitre  de  séméiologie  pour  devenir  un  chapitre  de  nosographie. 

Symptômes,  marche,  durée.  —  La  douleur,  tel  est  le  symptôme 
fondamental,  dominant,  j’allais  presque  dire  le  symptôme  unique  du’lum- 
bago.  Précédée  parfois  de  prodromes,  tels  que  des  fourmillements,  des  pi¬ 
cotements  dans  la  région  des  reins,  d’un  léger  malaise,  cette  douleur  dé¬ 
bute  d’ordinaire  brusquement,  spontanément,  sans  influence  déterminante 
appréciable,  ou  bien  à  l’occasion  d’une  fatigue,  d’un  faux  mouvement, 
d'un  effort,  ce  qui  fait  souvent  croire  aux  malades  qu’ils  se  sont  donné 
un  tour  de  reins.  Cette  douleur  est  bilatérale,  caractère  essentiel  et  dont 
l’importance  se  révèle  surtout  dans  certaines  questions  de  diagnostic.  Elle 
s’élève  quelquefois  vers  le  dos,  le  long  du  dorsal,  ou  descend  vers. les  fes¬ 
ses  et  la  région  sacrée;  mais 'elle  ne  s’étend  pas  latéralement  en  dehors 
de  la  région  des  lombes.  Ses  caractères  varient  ;  elle  est  brûlante,  pon- 
gitive,  exacerbante,  ou  sourde  et  profonde.  Elle  s’accompagne,  dans  cer¬ 
tains  cas,  d’une  sensation  de  froid,  phénomène  purement  subjectif,  qu’on 
observe  souvent  chez  les  rhumatisants,  auquel  ne  répond  aucune  éléva¬ 
tion  de  la  colonne  du  thermomètre  appliqué  dans  cette  région.  Légère  en 
certains  cas,  elle  est  le  plus  ordinairement  très-vive,  arrachant  des  cris  à 
quelques  malades,  et  amenant  par  son  intensité  une  altération  des  traits  de 
la  face.  Elle  peut  se  faire  ressentir  d’une  manière  permanente  dans  toutes 
les  positions,  dans  toutes  les  attitudes  du  malade.  Cependant  elle  est  habi¬ 
tuellement  moins  vive  et  disparaît  même  complètement  dans  le  décubitus 
horizontal.  C’est  surtout  dans  la  station  debout,  dans  les  mouvements  du 
corps,  qu’elle  acquiert  toute  son  intensité.  Le  redressement  du  tronc  est 
particulièrement  douloureux,  en  raison  de  la  contraction  des  muscles  sa¬ 
cro-lombaires  qu’il  met  en  jeu.  Quoique  limité,  le  mouvement  de  flexion 
est  moins  pénible;  aussi  voit-on  souvent  les  sujets  atteints  de  lumbago 
marcher  courbés  en  avant.  La  pression  exercée  sur  les  muscles  lombaires 
est,  au  contraire,  moins  douloureuse. 

Bien  que  continue,  la  douleur  présente  des  exacerbations  survenant 
sous  l’influence  des  mouvements  ou  de  quelques  autres  circonstances. 


746 


LUMBAGO.  -  DIAGKOSTIC. 


Elle  est  ordinairement  plus  forte  vers  le  soir.  Il  paraîtrait  qu’elle  a,  dans 
quelques  cas  rares,  suivi  une  marche  franchement  intermittente. 

La  durée  moyenne  d’ùn  lumbago  intense,  abandonné  à  lui-même,  est 
de  six  à  hui  t  ou  dix  jours.  Moindre  est  celle  d’un  lumbago  léger,  qui  varie 
de  deux  à  trois  ou  quatre  jours.  Cependant  le  lumbago  peut  passer  à  l’état 
chronique,  persister  pendant  des  semaines  et  des  mois  et  opposer  une 
grande  résistance  à  la  thérapeutique.  Il  faut  reconnaître  que  ces  faits  sont 
exceptionnels  ;  le  lumbago  chronique  est  relativement  rare.  Il  semblerait 
que  dans  ces  cas  l’atrophie  musculaire  peut  être  la  conséquence  de  la  lé¬ 
sion  du  muscle,  quelle  qu’elle  soit. 

Diagnostic.  —  Il  est  possible  de  confondre  le  lumbago  avec  un  assez 
grand  nombre  de  maladies  qui  présentent  comme  lui  ce  caractère  de  dé¬ 
terminer  des  douleurs  plus  ou  moins  vives  dans  la  région  des  lombes. 
Aussi  le  diagnostic  représente-il  un  des  points  les  plus  intéressants  de  sa 
description.  Il  peut  être  confondu  avec  le  lourde  reins,  avec  le  mal  de 
reins  qui  accompagne  les  règles  chez  certaines  femmes  ou  les  maladies 
de  matrice,  avec  des  lésions  de  la  colonne  vertébrale,  de  la  moelle  et  de 
ses  enveloppes,  avec  diverses  affections  des  reins,  teliés''qüé  les  différentes 
espèces  de  néphrites,  la  lithiase  rénale  ou  encore  le  phlegmon  périnéphré- 
tique,  avec  le  psoïtis. 

Il  offre  des  traits  de  ressemblance  avec  quelques  névralgies,  à  savoir: 
la  névralgie  des  derniers  nerfs  intercostaux,  la  névralgie  iléo-lombaire,  et 
quelques  localisations  de  la  névralgie  sciatique.  Enfin,  certaines  affections 
générales,  les  pyrexies,  particulièrement,  et,  à  leur  tête  la  variole,  la  fièvre 
jaune,  peuvent  causer  des  douleurs  de  reins  extrêmement  vives.  Il  en  est 
de  même  du  scorbut. 

Le  tour  de  reins  ou  myoclasie  des  muscles  de  la  masse  sacro-lombaire, 
est  le  résultat  de  la  rupture  d’un  plus  ou  moins  grand  nombre  de  fibres 
musculaires  ou  fibreuses  produite  dans  un  effort  considérable  pour  soulever 
un  fardeau,  dans  un  faux  mouvement  ou  dans  une  flexion  exagérée  du 
tronc,  comme  j’ai  eu  occasion  de  l’observer  deux  fois.  Vives  douleurs  dans 
les  lombes,  localisées  dans  cette  région  sans  irradiations  vers  les  parties 
voisines,  aggravées  par  les  moindres  mouvements  du  tronc,  voilà  plus  de 
raisons  qu’il  n’eri  faut  pour  faire  confondre  le  tour  de  reins  avec  le  lumbago. 
Cependant,  si  après  une  interrogation  attentive  des  malades,  qui  sont  souvent 
portes  à  mettre  sur  le  compted’un  effort  un  lumbago  dont  l’origine  lui  est 
complètement  étrangère,  on  s’assure  que  c’est  bien  à  la  suite  d’un  mou¬ 
vement  mal  combiné,  d’un  déploiement  de  forces  inusité,  et  subitement, 
qu’une  douleur  vive  a  fait  explosion,  on  est  autorisé  à  admettre  l’exis¬ 
tence  d’une  myoclasie.  Le  fait  que  la  douleur  est  limitée  à  un  point  par¬ 
fois  fort  restreint,  qu’elle  n’exi-te  que  d’un  côté,  vient  encore  corrobo¬ 
rer  le  diagnostic;  car  la  douleur  du  lumbago  est  bilatérale. 

Quant  au  mal  de  reins  qui  accompagne  l’éruption  douloureuse  des  rè¬ 
gles,  les  métropathies,  nous  ferons  remarquer  que  généralement  il  s’ ex¬ 
prime  par  des  douleurs  beaucoup  moins  vives  que  celles  du  lum'oago.  Les 
femmes  qui  ont  l’habitude  de  l’éprouver  à  l’époque  cataméniale  ne  se 


LUMBAGO.  —  DIAGNOSTIC. 


747  ■ 


trompent  pas  sur  sa  signification,  ne  demandent  pas  de  conseil  à  ce  sujet, 
et  il  est  rare  que  le  médecin  ait  à  poser  un  diagnostic  en  pareil  cas. 
Ajoutons  que  la  douleur  des  affections  utérines,  lorsqu’on  y  regarde  de 
près,  occupe  plutôt  encore  le  bas  des  reins,  c’est-à-dire  la  partie  supé¬ 
rieure  de  la  région  sacrée  que  la  région  lombaire  proprement  dite. 

Parmi  les  lésions  de  la  colonne  vertébrale  qui  peuvent  se  confondre 
avec  le  lumbago,  nous  nous  contentons  de  mentionner  le  rhumatisme  ver¬ 
tébral  delà  colonne  lombaire,  l’arthrite  de  la  symphyse  sacro-iliaque.  Ou¬ 
tre  que  ces  deux  localisations  du  rhumatisme  sont  très-exceptionnelles,  il 
suffit  de  faire  remarquer  que  dans  le  rhumatisme  de  la  colonne  lombaire 
(Imnbago  articulaire  de  Chomel),  c’est  sur  les  apophyses  épineuses  mêmes 
des  vertèbres  lombaires,  et  non  sur  les  muscles  de  cette  région  que  la 
pression  est  douloureuse,  en  même  temps  qu’il  existe  un  peu  de  gonfle¬ 
ment  au  niveau  de  ces  mêmes  apophyses;  et  que  dans  l’arthrite  sacro- 
iliaque,  c’est  directement  au  niveau  de  celte  symphyse  et  non  en  un  au¬ 
tre  point  que  la  pression  peut  déterminer  une  douleur  qui,  par  contre-coup, 
peut  encore  éclater  au  même  point  par  le  fait  d’un  choc  dirigé  d’avant  en 
arrière  au  niveau  des  épines  iliaques  antérieures. 

Il  en  est  autrement  du  mal  de  Potl,  du  cancer  des  vertèbres,  ainsi 
que  des  affections  de  la  moelle  ou  des  méninges  qui  en  sont  la  con¬ 
séquence,  aussi  bien  que  de  celles  qui  leur  sont  étrangères.  Journelle¬ 
ment,  pour  peu  que  l’examen  clinique  soit  insuffisant,  mal  de  Pott  et 
lésions  médullaires  sont  confondues  avec  le  lumbago.  C’est  que,  dans 
ces  cas,  la  douleur  souvent  fort  vive  existe  non-seulement  à  la  partie  mé¬ 
diane,  au.  niveau  de  la  colonne  vertébrale,  mais  encore  de  chaque  côté 
de  la  région  lombaire.  Mais  alors,  outre  l’existence  d’une  saillie  variable 
d’une  ou  de  plusieurs  apophyses  épineuses,  d’une  douleur  développée  à 
ce  niveau  par  la  pression  ou  par  le  contact  d’une  éponge  imbibée  d’eau 
chaude,  on  remarquera  que  les  sensations  pénibles  ne  restent  point  li¬ 
mitées  à  la  région  lombaire  comme  dans  le  lumbago,  qu’elles  irradient 
en  ceinture  jusque  vers  la  partie  médiane  et  antérieure  du  tronc,  en  sui¬ 
vant  le  trajet  des  nerfs  lombaires  ou  des  derniers  nerfs  intercostaux,  et 
en  présentant  quelques  uns  des  points  douloui*eux  caractéristiques  des  né¬ 
vralgies  lombo-abdominale  ou  intercostale.  De  plus,  souvent  il  existe  si¬ 
multanément  des  accidents  de  paralysie  ou  d’excitation  de  la  moelle,  tels 
que  faiblesse  ou  impotence  des  membres  inférieurs,  cpntractures,  convul¬ 
sions  toniques  ou  cloniques  d’un  plus  ou  moins  grand  nombre  de  grou¬ 
pes  musculaires  de  ces  mêmes  membres,  sensations  de  fourmillements, 
d’engourdissements  dans  les  jambes  ou  les  pieds,  viscéralgies  ou  paraly¬ 
sie  de  la  vessie  ou  du  rectum.  En  même  temps,  on  peut,  en  différents 
points,  et  notamment  dans  le  flanc,  dans  la  fosse  iliaque,  constater 
l’existence  d’abcès  métastatiques.  Mais  abcès  métastatiques,  phénomènes 
de  paralysie  et  d’excitation  médullaire,  saillie  même  des  apophyses  épi¬ 
neuses  peuvent  faire  défaut,  et  alors  le  diagnostic  devient  difficile,  telle¬ 
ment  difficile  parfois,  qu’on  est  obligé  de  suspendre  son  jugement. 

Abstraction  faite  de  la  saillie  vertébrale  et  des  abcès  par  congestion,  les 


748 


LUMBAGO.  — •  diagkostic. 


considérations  diagnostiques  que  nous  venons  d’exposer  s’adaptent  égale¬ 
ment  aux  autres  affections  delà  moelle,  et  notamment  à  l’ataxie  locomo¬ 
trice  et  à  la  myélite  aiguë,  en  raison  des  douleurs  en  ceinture  qu’elles  en¬ 
traînent  volontiers  à  leur  suite. 

La  méningite  spinale  peut  déterminer  une  rigidité  des  muscles  des 
lombes  qui  rappelle  le  lumbago  ;  mais  elle  s’accompagne  de  plusieurs  si¬ 
gnes  qui  lui  sont  propres  et  ne  permettent  pas  une  méprise. 

Des  affections  médullaires,  il  serait  utile  de  rapprocher  ces  accidents 
décrits  par  Springsous  le  nom  de  lumbago  congestif,  qui  consistent  en  une 
douleur  lombaire  sourde,  à  siège  mal  défini,  augmentée  par  le  décubitus 
dorsal  elle  séjour  prolongé  au  lit,  par  les  repas  copieux,  la  fatigue,  la 
constipation,  les  excès  vénériens.  Ces  douleurs  peu  aiguës,  de  longue  du¬ 
rée,  revenant  fréquemment  sous  des  influences  souvent  bien  appréciées 
par  les  malades,  étrangères  aux  causes  qui  produisent  ordinairement  le 
lumbago,  notamment  à  l’action  du  froid,  ne  peuvent  être  confondues  avec 
lui,  malgré  plusieurs  points  de  ressemblance. 

On  comprend  que  les  maladies  des  organes  sécréteurs  de  l’urine,  des 
reins,  des  calices  et  des  bassinets,  occupant  une  région  qui  correspond  en 
arrière  à  la  masse  sacro-lombaire,  puissent  provoquer  des  douleurs  qui 
rappellent  le  lumbago.  Ainsi  en  est-il  des  diverses  espèces  de  néphrites, 
lorsqu’elles  sont  aiguës,  et  déterminent  de  la  lombalgie.  Mais  ici  les  trou¬ 
bles  de  la  miction,  les  altérations  de  l’urine,  la  présence  dans  ce  liquide 
d’albumine,  de  sang  ou  de  pus,  les  modifications  survenues  dans  ses  réac¬ 
tions  chimiques,  permettront  de  rattacher  les  douleurs  à  leur  véritable 
cause. 

La  colique  néphrétique  engendrée  par  le  passage  de  graviers  ou  de 
calculs  dans  les  uretères,  ou  par  toute  autre  cause,  se  reconnaîtra  égale¬ 
ment  par  les  troubles  de  la  miction,  suspension  ou  diminution  de  la  sé¬ 
crétion  urinaire,  par  les  altérations  de  l’urine,  par  les  irradiations  spé¬ 
ciales  de  ses  douleurs  dans  le  ventre,  sur  le  trajet  de  l’anneau  inguinal, 
par  ses  retentissements  vers  le  testicule  chez  l’homme,  et  la  grande  lèvre 
chez  la  femme,  et  surtout  par  des  symptômes  d’origine  réflexe,  tels  que 
les  vomissements,  qui  font  défaut  dans  le  lumbago. 

L’erreur  est  plus  facile  à  commettre  lorsqu’il  s’agit  de  sables  ou  de 
graviers  qui  séjournent  dans  les  reins  ou  les  calices.  Bien  des  fois  on  a 
pris  pour  du  lumbago  chronique  les  souffrances  qu’entretient  la  lithiase 
rénale.  Lorsqu’on  est  prévenu  que  le  malade  rend  des  sables  ou  des  gra¬ 
viers,  l’erreur  peut  être,  en  général,  facilement  évitée;  mais  lorsqu’une 
émission  de  concrétions  urinaires  n’a  pas  encore  eu  lieu,  ou  quand  elle  est 
restée  ignorée  du  malade  et  du  médecin,  le  diagnostic  peut  devenir  d’au¬ 
tant  plus  difficile,  qu’une  des  principales  causes  de  la  gravelle  urique,  la 
goutte,  peut  par  elle-même  porter  son  action  sur  les  muscles  des  lombes, 
et  donner  naissance  au  lumbago,  sans  produire  de  sables  uriques.  Ce  sera 
alors  dans  les  caractères  mêmes  des  souffrances  qu’on  cherchera  des  signes 
différentiels.  On  se  rappellera  que  dans  la  gravelle  la  douleur  irradie  vo¬ 
lontiers  vers  la  vessie;  jusque  dans  les  genoux,  tandis  que  dans  le  lumbago 


LUMBAGO.  —  DIAGNOSTIC. 


749 


elle  reste  cantonnée  dans  les  lombes.  Ainsi  que  je  l’ai  dit  ailleurs,  on  re¬ 
marquera  que  dans  .le  lumbago  les  douleurs  sont  continues,  alors  que 
celles  delà  gravelle  sont  intermittentes,  se  reproduisant  sous  des  influences 
connues,  bien  déterminées,  et  notamment  sous  celles  de  différentes  sortes' 
de  fatigues,  des  excès  de  table.  La  douleur  de  la  gravelle  ne  siège  souvent 
que  d’un  côté  à  la  fois;  celle  du  lumbago  occupe  les  deux  côtés  de  la  ré¬ 
gion  lombaire.  Les  individus  atteints  de  gravelle  ne  sont  pas,  en  général, 
très-péniblement  affectés  par  les  moindres  mouvements  du  tronc,  ils  ne 
marchent  pas  courbés  en  avant,  ils  ne  sont  pas  imf^éssionnéspar  les  alter¬ 
natives  de  la  température,  comme  les  individus  en  pr^ie  au  lumbago 
(îjoj/.  Gravelle). 

Le  phlegmon  périnéphrétique  s’accompagne,  lui  aussi,  de  douleurs  de 
reins  comme  le  lumbago  ;  mais  pour  peu  qu'il  ait  une  certaine  durée,  il 
présente  à  la  région  lombaire  une  rénitence,  puis  une  tuméfaction,  accom¬ 
pagnées  souvent  de  fluctuation,  de  rougeur,  d’œdème  de  la  peau  et  du 
tissu  cellulaire  sous-cutané  de  la  région,  qui  établissent  vite  la  signification 
des  douleurs  ressenties  par  le  malade.  Ces  douleurs  sont  d’ailleurs  unila¬ 
térales  dans  le  phlegmon  périnéphrétique.  Celui-ci  s’accompagne  d’une 
fièvre  vive,  qu’on  ne  retrouve  pas  dans  le  lumbago,  ou  qui  ne  présente  pas 
d’intensité. 

Enfin,  bien  que  pouvant  se  développer  d’emblée,  sous  l’influence  d’un 
refroidissement,  d’un  effort  violent,  d’un  état  général  grave,  tel  que  l’état 
puerpéral,  le  phlegmon  périnéphrétique  est  souvent  secondâire  ;  il  prend 
naissance  consécutivement  à  des  lésionsrdes  reins,  à  des  néphrites,  à  de  la 
gravelle,  à  de  la  pyélite,  dont  le  médecin  a  eu  antérieurement  connais¬ 
sance. 

Dans  le  pso'itis,  la  douleur  est  unilatérale,  elle  est  violente,  même  au 
repos,  elle  s’irradie  jusqu^à  l'épaule  d’une  part,  et  jusqu’à  la  cuisse  de 
l’autre,  en  entraînant  souvent  une  flexion  du  membre  inférieur  sur  le  bas¬ 
sin.  Enfin,  un  état  fébr^fe  considérable  l’accompagne. 

Par  leur  situation,  leur  distribution,  les  derniers  nerfs  intercostaux 
et  surtout  le  douzièifle  qui,  à  la  sortie  du  trou  de  conjugaison,  s’anasto¬ 
mose  avec  la  brÀiche  antérieure  de  la  première  paire  lombaire,  peuvent, 
lorsqu’ils  sont  le^j^e  d’une  névralgie,  rappeler  à  l'esprit  les  douleurs  du 
lumbago.  Mais,  outre^qu’elles  naissent  généralement  sous  des  influences 
déterminéesy'telles  que  des  maladies  des  organes  thoraciques  ou  du  tube 
digestif,  les  névralgies  intercostales  ont  un  siège  plus  élevé  que  les  dou¬ 
leurs  du  lumbago,  elles  sont  unilatérales,  s’étendent  à  un  côté  de  l’abdo¬ 
men,  et  présentent  des  foyers  d’exacerbation  et  d’irradiation  caractéris¬ 
tiques. 

Des  considérations  de  même  ordre  permettent  de  distinguer  le  lumbago 
de  la  névralgie  lombo-abdominale  ou  iléo-lombaire.  Ainsi ,  dans  la  né¬ 
vralgie  qui  se  produit,  le  plus  souvent  par  action  réflexe,  sous  l’influence 
de  maladies  de  la  vessie,  de  la  prostate,  du  rectum,  et  surtout  de  l’utérus, 
la  douleur  n’existe  que  d’un  côté  ;  elle  se  propage  dans  le  flanc,  l’hypo- 
gastre,  elle  est  spontanée,  plutôt  que  provoquée  par  les  mouvements,  à 


750 


LUMBAGO.  —  diagnostic. 


rencontré  de  ce  qui  existe  pour  le  lumbago  ;  elle  ;  présente  des  foyers 
d’exacerbation  à  la  pression,  qui  sont  le  point  iliaque  un  peu  au-dessus 
du  milieu  de  la  crête  de  l’os  des  îles,  le  point  hypogastrique  au-dessus 
de  l’anneau  inguinal. Le  pincement  superficiel  de  la  peau  est  souvent  très- 
pénible  au  niveau  de  ces  points.  Le  point  douloureux  des  apophyses  épi¬ 
neuses  lombaires  est  facile  à,  distinguer  de  la  douleur  que  l’on  provoque 
par  la  pression  exercée  sur  la  masse  sacro-lombaire,  en  dehors  de  ces 
mêmes  apophyses,  dans  le  lumbago. 

Dans  les  conditions  ordinaires  où  on  observe  la  névralgie  sciatique, 
c’est-à-dire  alors  que  la  douleur  se  propage  de  l’échancrure  sciatique  vers 
la  cuisse  et  la  jambe,  il  n’est  guère  possible  de  confondre  cette  névralgie 
avec  le  lumbago.  Mais,  lorsque  la  douleur,  comme  il  arrive  parfois  à 
toutes  les  périodes  de  la  sciatique,  et  surtout  à  son  début,  se  localise  dans 
le  nerf  fessier,  sans  irradiations  douloureuses  vers  la  cuisse  ou  la  jambe, 
lorsqu’elle  ne  présente  que  le  point  iliaque  postérieur  et  le  point  apophy- 
saire  sacré  de  Trousseau,  ellepeut  être  confondue  avec  le  lumbago,  ainsi  que 
Lagrelette  l’a  rappelé  dans  son  excellente  thèse  sur  la  sciatique.  Cepen¬ 
dant  le  siège  de  la  douleur  suffira  encore  pour  établir  un  diagnostic  précis. 
D’ailleurs  la  douleur,  dans  le  lumbago,  est  essentiellement  musculaire,  et 
est  exactement  limitée  aux  muscles  occupant  les  gouttières  vertébrales,  à 
la  région  dorsale  inférieure  et  à  la  région  lombaire.  N’oublions  pas,  ce¬ 
pendant,  que  du  fait  de  la  même  cause,  le  froid  d’ordinaire,  le  lumbago 
peut  exister  en  même  temps  que  la  sciatique. 

Lorsqu’elles  s’accompagnent  de  fièvre  intense,  de  courbature  géné¬ 
ralisée,  de  nausées  et  de  vomissements,  de  tendance  aux  syncopes,  lorsque 
ces  accidents  surviennent  en  temps  d’épidémie  varioleuse,  les  douleurs 
lombaires  ou  rachialgiques  de  la  variole  sont  assez  facilement  rapportées 
à  leur  véritable  cause;  mais  quand  la  fièvre  est  assez  faible  pour  passer  ina¬ 
perçue,  quand  les  vomissements,  les  lipothymies  font  défaut,  on  peut,  sur¬ 
tout  en  l’absence  d’influence  épidémique,  méconnaître  leur  nature  qui  ne 
sera  appréciée  qu’au  moment  de  l’éruption.  Il  pourra  cependant  être  utile 
de  se  souvenir  que  ces  douleurs  n’occupent  pas  les  muscles  lombaires, 
mais  bien  le  rachis,  qu’elles  ont  leur  source  dans  une  congestion  de  la 
moelle  :  telle  est  du  moins  l’opinion  de  Trousseau.  Ce  qui  vient  à  l’appui 
de  cette  manière  de  voir,  c’est  qu’elle  s’accompagne,  parfois,  d’affaiblisse¬ 
ment  des  membres  inférieurs,  de  paraplégie  même,  lesquels  sont  tran¬ 
sitoires  ou  se  prolongent  pendant  un  temps  plus  ou  moins  long. 

Au  point  de  vue  du  diagnostic  avec  le  lumbago,  la  douleur  lombaire  ou 
coup  de  barre  de  la  fièvre  jaune,  n’offre  guère  dans  notre  pays  qu’un  inté¬ 
rêt  de  curiosité  scientifique.  Rappelons,  cependant,  qu’elle  ne  reste  pas 
comme  le  lumbago,  cantonnée  dans  les  muscles  de  la  masse  lombaire, 
qu’elle  se  propage  vers  l’ombilic,  le  long  des  cuisses,  ainsi  que,  par  en 
haut,  le  long  de  la  colonne  vertébrale,  jusqu’à  la  région  du  cou. 

Dans  le  scorbut,  les  phénomènes  douloureux  vers  les  lombes,  qui  sont 
souvent  très-intenses,  s’accompagnent  d’un  certain  nombre  de  symptômes, 
tels  que  l’infiltration  œdémateuse  des  membres,  les  hémorrhagies  cutanées 


LUMBAGO.  —  PRONOSTIC.  — ■  étiologie. 


751 


ou  muqueuses,  les  lésions  des  gencives,  qui  présentent  une  physfefeomie 
tellement  caractéristique  qu’il  n’est  pas  permis  de  se  mépi’endre  sur  leur 
nature. 

Pronostic.  —  Si  le  lumbago  peut  être  assez  sérieux,  lorsqu’on  l’en¬ 
visage  comme  l’expression  de  diathèses  souvent  assez  graves,"  telles  que 
le  rhumatisme,  la  goutte,  dont  il  relève  fréqueçiment,  on  peut  dire  que, 
considéré  en  lui-même,  il  offre  une  assez  grande’  bénignité.  C’eÿ,  en  effet, 
une  maladie  qui,  si  elle  est  douloureuse,  est,  comme  nous  Lavons  dit, 
essentiellement  transitoire,  d’une  durée  d’ordinaire  assez  courte,  qui 
guérit  facilement  par  les  seules  ressources  de  l’organisme,  ou  par  une 
,  médication  convenablement  dirigée.  Cette  affection-fie  devient  grave  qu£"' 
lorsqu’elle  passe  à  l’état  chronique,  ce  qui  est  rare;  Non  pab  que  cette 
forme  chronique  fasse  naître  plus  de  dangers_^our  la  vie  que  la  fornïè  ' 
aiguë,  mais  elle  est  très-tenace,  peut  engendrer  l’atrophie  .des  muscles  - 
lombaires,  et  devenir  ainsi  une  source  d’attitudes  vicieuse!’  et  d'infirmités.  ’ 

Anatomie  et  physiologie  pathologique  — L’^atomie^patho- 
logique  du  lumbago  est  encore  à  faire.  CetUrromadie  n’oftraîrrSÿt  pas  la-^^^^ 
mort,  on  n’a  pas  eu  l’occasion  de  vérifier  raaÇl^atomi^'e  d^musotég.,  f 

Il  résulte  de  celte  absence  de  documents  aiî^omiqi^'  que  la  phj^^ 
logie  pathologique  elle-même,  c’est-à-dire  î’étl^de  du^ége  (Srécis  dg^ 
douleur  et  du  mécanisme  selon  lequel  elle  ^  'p’^duit,  (^t  réduite  à  l’éfat  " 
d’hypotlièses.  La  douleur  siége-t-elle  dansles  fibres  fcmdineuses  ou  dsms 
les  fibres  musculaires  elles-mêmes,  comme  le'voulai^mom^^u  dan^les  , 
muscles  et  dans  les  nerfs,  selon  l’opinion  de  Scudamore,  ou^ans  \^ssu/j  ^ 
cellulaire  intermusculaire  (Bouillaud),  ou  d'ans  les  nerf^nterg^tiels 
(Schiff)?  Toutes  ces  suppositions  peuvent  être  soutenues, *ais  ifé  s’ap¬ 
puient  sur  aucun  fait  démontré.  Il  en  est  de  même  de  la  nature  névral¬ 
gique  de  la  douleur.  Du  reste,  toutes  ces  questions  ne  sont  point  propres 
à  l’étude  du  lumbago,  et  se  relient  à  celle  du  rbum^tiS'Ha^ «nusculaire 
considéré  d’une  manière  générale  (îio?/.  Rhomatisme). 

Étiologie.  —  L’étiologie  du  lumbago  est  assez  restreinte.  C’est  une 
maladie  de  l'âge  moyen  de  la  vie,  plus  fréquente  chez  l’homme  que  chez 
la  femme.. 

S’il  est  vrai  qu’une  fatigue  exagérée,  une  marche  trop  prolongée  puis- 
sènt  produire  le  lumbago,  celui-ci  est  généralement  peu  intense.  Les 
exercices  qui  nécessitent  une  contraction  prolongée  des  muscles  lombaires 
ou  une  extension  de  longue  durée  de  ces  mêmes  muscles  ont  une  action 
plus  efficace. 

Mais  le  froid  et  la  diathèse  rhumalismale  sont  les  deux  principales 
causes  du  lumbago.  Nous  établissons  à  dessein  une  distinction  entre  le 
froid  et  le  rhumatisme.  Sans  doute, le  rhumatisme  ne  s’éveille  souvent  que 
sous  l’influence  du  froid,  mais  celui-ci  peut  produire  une  toute  autre  af¬ 
fection  que  le  rhumatisme.  Les  maladies  a  frigore  constituent  un  genre 
dont  lerhumatisme  est  une  espèce. 

Or  le  froid,  le  froid  humide  surtout,  les  changements  brusques  de  tem¬ 
pérature  et  les  saisons  dans  lesquelles  ces  changements  se  font  remarquer 


752 


LUMBAGO.  -  TRAITEMENT. 


de  pré^érence,  le  printemps,  l’automne,  peuvent  par  eux-mêmes  produire 
le  lumbago,  sans  pour  cela  mettre  en  jeu  la  diathèse  rhumatismale.  Or,  le 
lumbago  tfrigore  est  moins  sujet  à  récidives  que  le  lumbago  rhumatismal. 

Le  lumbago  rhumatismal  succède  souvent  à  d’autres  manifestations  de 
la  diathèse,  ou  alterne  avec  elles.  C’est  de  la  sorte  qu’on  voit  le  lumbago 
faire  place  à  des  déterminations  du  côté  des  bronches,  à  des  arthropa- 
thies  chj^oniques,  à  de's  névralgies,  à  des  migraines,  les  précéder  ou 
alterner  avec  elles. 

La  goutte,  quoique  plus  rarement  que  le  rhumatisme,  donne  aussi 
naissance  au  lumbago.  Garrod  a  insisté  sur  ce  point. 

'  Traitement. Lorsque  le  lumbago  est  très-aigu,  les  émissions  san¬ 
guines  locales,  combinées  ou  non  à  des  agents  de  révulsion,  sont  essen¬ 
tiellement  utiles,  si  rien  ne  les  contre-indique.  Les  émissions  sanguines 
""locales  simples  se  font  aT  l’aide  des  applications  de  sangsues  sur  la  région 
lombaire. 

Les  émissi^s  sangiÿ^s  locales  combinées  à  un  agent  de  révulsion  sont 
représentées  par  les  vembi^es  scarifiées  appliquées  au  même  point,  en 
.porportïop  variable  ,  s^fÇi  l'fttensité  du  mal  et  en  rapport  avec  la  consli- 
t^ion  du 'sujet. 'S’il  y  '^es  raisons  pour  ne  pas  soustraire  de  sang  à  l’or¬ 
ganisme,  on  pefît  se  coMenter  de  l’emploi  des  révulsifs  associés  arnï  nar¬ 
cotiques;  par  exemple,  de  l’usage  de  sinapismes,  auxquels  on  fait  succéder 
immédiatement  T|is  embrocations  ou  des  frictions  avec  des  liniments  narco¬ 
tiques,  do^'t  les  opracés,  les  solanées  vireuses  et  le  chloroforme  forment  la 
base.  Les  injections  h^odtrmiques,  loco  dolenti,  d’une  solution  de  mor¬ 
phine  trouant  également  ici  leur  application.  Il  est  utile  d’associer  aux 
embrocatioW narcotiques  les  applications  permanentes  de  corps  destinés 
à  entretenir  la  chaleur  des  parties  malades,  à  amener,  s’il  est  possible, 
une  sudation  locale.  Telles  sont  les  applications  de  flanelle,  d’ouate  re¬ 
couverte  de;,  taffetas  gommé.  Il  ne  faut  pas  oublier  que  le  lumbago  est  le 
plus  ordinairement  une  maladie  a  frigore  ou  rhumatismale,  qui  réclame, 
dans  un  grand  nombre  de-eas,  l’action  du  calorique. 

Trousseau  employait  volontiers  le  moyen  suivant.  Il  faisait  étendre 
sur  les  lombes  une  compresse  imbibée  d’essence  de  térébenthine,  et 
promener  sur  cette  compresse  un  fer  à  repasser  chaud,  jusqu’à  ce  que  le 
malade  éprouvât  une  sensation  de  cuisson  qui  d’ailleurs  ne  lardait  pas  à 
se  manifester.  Il  pensait  obtenir,  de  cette  façon,  les  avantages  de  la  révul¬ 
sion  unis  aux  propriétés  anesthésiques  de  la  térébenthine.  Quoi  qu’il  en 
soit  de  la  valeur  de  sa  théorie,  j’ai  quelquefois  usé  de  ce  procédé  avec 
avantage.  Mais  il  doit  être  employé  avec  quelques  précautions.  Si  le  fer 
est  trop  chaud,  ou  si  le  repassage  est  trop  prolongé,  on  court  risque 
d’amener  une  inflammation  violente  qui  peut  même  devenir  gangréneuse, 
comme  je  l’ai  vu  une  fois,  à  la  suite  d’une  opération  mal  faite. 

Les  applications  sur  les  lombes  de  compresses  imbibées  de  chloroforme, 
omd’un  mélange  en  proportions  variables  de  chloroforme  et  d’eau-de-vic 
camphrée,  ou  de  baume  de  Fioraventi,  unissent,  comme  le  moyen  précé¬ 
dent,  des  qualités  anesthésiques  à  des  propriétés^révulsives. 


LUMBAGO.  -  TRAITEMENT.  753 

Très-souvent,  avons-nous  dit,  l’application  du  calorique  est  indiquée 
dans  le  lumbago,  et  par  la  nature  même  de  la  maladie,  et  par  les  résultats 
favorables  que  la  clinique  en  retire  d’habitude.  C’est  à  ce  titre  qu’on  peut 
donner  des  bains  simples  ou  sulfureux  à  température  élevée,-  lorsque  les 
douleurs  ne  sont  pas  tellement  aiguës,  que  les  mouvements  nécessités  par 
la  balnéation  en  rendent  l’administration  difficile  ou  intolérable;  ou 
quand  les  accidents  les  plus  violents  ont  été  adiendés  par  les  médications 
antiphlogistique  ou  narcotique.  Les  bains  alcalins  et  arsénicaux  ont  été 
employés  avec  avantage,  par  Gueneau  de  Mussy ,  dans  cette  localisation  de  la 
diathèse  rhumatismale.  Lorsque  l’usage  de  la  baignoire  est  interdit  pour 
les  raisons  que  nous  venons  de  dire,  les  bains  ou  douches  de  vapeurs  simples 
ou  aromatiques,  administrés  dans  le  lit  ou  à  l’aide  d’appareils  portatifs, 
qui  ne  nécessitent  pas  de  déplacement,  sont  très-efficaces.  Les  bains  de 
vapeurs  qu’il  faut  aller  prendre  au  loin  dans  des  établissements  spéciaux, 
sont  souvent  suivis  de  refroidissements  qui,  loin  d’améliorer  la  situation, 
l’aggravent  au  contraire. 

Du  reste,  comme  pour  la  plupart  des  localisations  du  rhumatisme,  les 
bains  de  vapeur  sont  contre-indiqués  lorsque  la  maladie  est  très-aiguë,  et 
surtout  quand  elle  s’accompagne  d’état  fébrile. 

A  côté  des  bains  et  douches  de  vapeur,  comportant  à  peu  près  les 
mêmes  indications  et  contre-indications,  il  convient  de  placer  les  bains  de 
vapeurs  térébenthinées.  ® 

L’électricité  peut  être  mise  en  œuvre  de  plusieurs  manières.  On  peut 
avoir  recours  à  l’électricité  d’induction,  et  c’est  l’électrisation  de  la  peau 
de  la  région  lombaire  qu’on  pratique  à  l’aide  du  balai  électrique.  On  ne 
fait  guère  autre  chose,  de  cette  façon,  que  de  provoquer  une-  révulsion 
cutanée  énergique.  Je  me  suis  servi  plusieurs  fois  de  ce  procédé,  mais 
sans  en  obtenir  d’avantages  qui  me  permettent  de  le  recommander.  Il  est, 
<lu  reste,  douloureux  et  assez  impatiemment  supporté  par  les  malades. 
Dans  d’autres  cas,  on  s’est  adressé  à  la  faradisation  des  muscles  qui  sont 
le  siège  de  la  douleur.  Dans  un  travail  récent  sur  le  traitement  de  la  d- 
nésialgie,  non-seulement  dans  le  lumbago,  mais  encore  dans  le  tour  de 
reins  ou  myodiastasis,  travail  inséré  dans  le  Journal  de  thérapeutique 
(1874),  le  professeur  Guider  a  signalé  les  heureux  résultats  de  l’action 
des  courants  induits  portée  sur  les  muscles  malades.  Mais  l’espèce  de  cou¬ 
rant  induit  n’est  pas  indifférente.  Il  faut  choisir  le  courant  du  gros  fil, 
c’est-à-dire  celui  de  la  première  hélice  ou  extra-courant.  Offrant  une  ten¬ 
sion  moindre  que  celui  de  la  seconde  hélice,  il  agit  moins  fortement  sur 
la  sensibilité  et  n’a  pas  l’inconvénient  d’exciter  des  actions  réflexes 
inutiles  ou  nuisibles.  D’autres  fois,  on  s’adresse  aux  courants  continus, 
par  lesquels  on  fait  traverser  les  muscles  lombaires.  On  a  publié  quel¬ 
ques  observations  qui  semblent  démontrer  Tutilité  des  courants  con¬ 
tinus,  qui  deviendraient  particulièrement  indiqués  dans  les  cas  où  la 
maladie,  passant  à  l’état  chronique,  menacerait  d’entraîner  la  dégéné¬ 
rescence  des  muscles.  Enfin,  dans  les  cas  rares,  encore  une  fois,  où  le 
lumbago  devient  chronique,  lorsque  les  vésicatoires,  les  courants  con- 

MBV.  DICT.  IIÉD.  El  CUIR.  XX.  —  48 


754 


LUNETTES. 


tinus  ont  échoué,  il  y  a  lieu  de  conseiller  une  cure  thermale.  On  s’adres¬ 
sera  aux  stations  qui  sont  en  possession  d’une  notoriété  formelle  dans 
la  cure  du  rhumatisme,  dont  les  installations  balnéaires  sont  suffisantes, 
car  les  douches  locales  chaudes,  et  notamment  les  douches  écossaises  sont 
ici  particulièrement  utiles.  On  recommandera  de  préférence  les  sulfurées 
sodiques  puissantes,  les  chlorurées  sodiques  fortes  ou  moyennes. 


LcUMIÈRE.  Voy.  Vision. 


L.  Desnos. 


LilMETTES.  —  On  appelle  lunettes  ou  plus  proprement  besicles, 
un  instrument  d’optique,  le  plus  simple,  mais  aussi  le  plus  utile  de  tous, 
et  qui  sert  à  remédier  aux  défauts  de  la  vue  qui  sont  étudiés  aux  articles 
Astigmatisme,  t.  III,  p.  740.  Cataracte,  t.  VI,  p.  479.  Emmétropie,  t.  XII, 
p.  712.  Myopie,  Presbytie,  Strabisme. 

La  dénomination  de  conserves  est  réservée  aux  lunettes  de  couleur  ou 
fumées,  dont  l’effet  est  de  tempérer  l’éclat  de  la  lumière  ou  d’en  modifier 
la  coloration. 

Sans  étudier  à  fond  les  diverses  questions  relatives  au  choix  et  à  l’em¬ 
ploi  des  lunettes ,  nous  devrons  nous  restreindre  ici  à  exposer  les  notions 
qui  peuvent  trouver  leur  application  dans  la  pratique  quotidienne. 

Les  verres  de  lunettes  sont  généralement  fabriqués  en  crown  gloss.  On 
en  trouve  dans  le  commerce  deOx  sortes  :  les  verres  convexes,  employés 
pour  les  presbytes,  et  les  concaves,  destinés  aux  myopes.  Tous  ces  verres 
sont  sphériques.  On  fabrique  également,  pour  la  correction  de  l’astigma¬ 
tisme,  des  verres  cylindriques,  convexes  ou  concaves,  dont  la  description 
a  été  donnée  d'autre  part  {voy.  Astigmatisme,  t.  III,  p.  740). 

Les  numéros  inscrits  sur  les  verres  indiquent,  en  pouces,  le  rayon  de 
courbure  de  leur  surface.  Supposons  qu’on  frotte  un  morceau  de  verre  sur 
une  sphère  métallique  saupoudrée  de  sable  fin,  jusqu’à  ce  que  l’usure  du 
verre  lui  fasse  prendre  une  concavité  correspondante  à  la  convexité  de  la 
sphère  métallique  ;  puis,  qu’on  fasse  subir  la  même  opération  à  la  seconde 
surface  du  même  morceau  de  verre,  on  aura  fabriqué  un  verre  bi-con- 
cave.  Ce  verre  portera  le  numéro  24,  si  la  sphère  métallique  avait  un 
rayon  de  24  pouces.  S’il  a  été  frotté  sur  une  sphère  de  30  pouces  de 
rayon,  le  verre  portera  le  n°  30,  et  ainsi  de  suite. 

De  même  les  verres  convexes  peuvent  se  fabriquer  par  le  frottement 
dans  la  concavité  d’une  calotte  sphérique. 

De  même  aussi,  on  conçoit  que  les  verres  cylindriques  puissent  se  fabri¬ 
quer  par  un  frottement  longitudinal  dans  une  gouttière  cylindrique. 

Par  un  simple  effet  du  hasard,  résultant  de  la  valeur  de  l’indice  de 
réfraction  du  crown  glass,  le  numéro  des  verres  bi-convexes  ou  bi¬ 
concaves,  qui  indique  le  rayon  de  courbure  de  leur  surface,  donne  à 
peu  près  exactement  leur  distance  focale  principale.  On  peut  donc  dire 
qu’un  verre  n°  20  est  un  verre  de  20  pouces  de  foyer,  qu’un  verre  n»  24 
est  un  verre  de  24  pouces,  et  ainsi  des  autres. 

Les  opticiens  se  sont  fait  un  plaisir  de  multiplier  outre  mesure  le  nom- 


755 


LUNETTES.  —  symptômes. 
bro  des  numéros;  en  pratique,  il  n’y  a  aucune  différence  appréciable  entre 
le  n"  30  et  le  36,  par  exemple.  C’est  pour  les  verres  faibles  que  cet  abus  a 
été  poussé  le  plus  loin.  Depuis  dix  ans,  nous  employons  la  série  48,  24, 
16, 12,  10,  8,  7,  6 . .  etc.,  formée  de  verres  dont  la  force  est  ré¬ 

gulièrement  croissante  :  le  second  verre  de  la  série  est  deux  fois  plus  fort 
que  le  premier,  le  troisième  trois  fois,  et  ainsi  de  suite,  et  il  nous  est  ar¬ 
rivé  bien  rarement  de  prescrire  un  verre  intermédiaire  à  ceux  de  la  série 
régulière  que  nous  venons  de  mentionner. 

Quant  au  moyen  de  choisir  les  verres,  le  meilleur  est  encore  le  tâton¬ 
nement  ;  sauf  pour  l’astigmatisme,  nous  proscrivons  l’emploi  de  tous,  les 
optomètres  ;  le  meilleur,  celui  du  docteur  Maurice  Perrin,  ne  donne  pas 
de  déterminations  exactes. 

Nous  indiquerons  sommairement  plus  loin  le  procédé  à  suivre  pour 
choisir  les  verres  de  lunettes  :  cependant,  le  lecteur  qui  voudrait  étudier 
la  question  d’un  peu  près,  fera  bien  de  relire  l’article  Eabiétropie,  t.  XII, 
p.  712.  Il  y  trouvera  la  définition  des  défauts  de  la  vue,  auxquels  on  peut 
porter  remède  au  moyen  de  lunettes,  et  dont  nous  avons  donné  l’énuméra¬ 
tion  au  commencement  de  ce  travail.  L’article  spécial  consacré  à  chacun 
de  ces  défauts,  doit  contenir  les  indications  sur  le  choix  des  verres  à  em¬ 
ployer  pour  le  corriger.  Il  suffit  donc  de  lire  l’article  Emmétropie,  où  l’on 
trouvera  le  diagnostic  des  imperfections  optiques  de  l’œil,  puis  de  se  re¬ 
porter  à  l’article  consacré  au  défaut  qu’on  aura  diagnostiqué. 

Cependant,  pour  éviter  toutes  ces  recherches,  nous  allons  passer  rapi¬ 
dement  en  revue  les  symptômes  qui  doivent  faire  penser  à  prescrire  des 
lunettes  ;  le  titre  même  de  ce  dictionnaire  nous  engage  à  suivre  cette 
méthode,  peu  scientifique,  mais  assurément  la  plus  pratique. 

Nous  donnerons  ensuite  des  indications  rapides  sur  le  choix  des  verres, 
et  nous  terminerons  par  quelques  conseils  pratiques. 

I.  Symptômes.  —  Le  trouble  de  la  vision  est  l'une  des  plaintes  le 
plus  fréquemment  formulées. — Le  malade  se  plaint  de  ne  pas  voir  suffisam¬ 
ment  bien,  et  alors  il  demande,  généralement  de  lui-même,  s’il  n’y  aurait 
pas  moyen  de  lui  améliorer  la  vue  au  moyen  de  lunettes.  La  réponse  est 
élémentaire  :  «  Si  c’est  au  loin  que  la  vue  est  insuffisante,  allez  acheter 
des  verres  de  myope.  Si  c’est  au  contraire  pour  la  vision  des  objets  rap¬ 
prochés,  achetez  des  verres  de  presbyte.  »  A  ce  conseil,  le  médecin  devra 
en  ajouter  quelques  autres  :  «  Dans  le  choix  des  verres  concaves,  con¬ 
formez-vous  à  l’avis  de  la  sagesse  populaire  :  évitez  de  prendre  des  verres 
trop  forts  ;  cela  pourrait  augmenter  la  myopie.  »  Mais,  au  contraire,  s’il 
s’agit  d’un  presbyte,  il  faut  lui  donxier  le  conseil  opposé,  et,  malgré'le 
préjugé  contraire,  lui  dire  :  «  Ne  craignez  pas  de  prendre  des  verres  trop 
forts  ;  jamais  presbyte  ne  s’en  est  mal  trouvé,  et  si  vos  verres  devenaient 
insuffisants,  prenez  plus  loin  dans  la  série  ;  le  presbyte  s’impose  une  fati¬ 
gue  tout  à  fait  inutile,  en  voulant  s’obstiner  à  lire  sans  verres  ou  avec  des 
verres  trop  faibles.  » 

Mais  si  l’acuité  visuelle  du  malade  est  inférieure  à  l’acuité  normale,  il 
faut  examiner  le  sujet  de  plus  près  avant  de  l'envoyer  chez  l’opticien.  — 


756 


LUNETTES.  —  symptômes. 


On  commencera  par  l’examen  ophthalmoscopique.  Si  l’on  trouve  une  al¬ 
tération  dans  la  transparence  des  milieux  de  Tœil  ou  dans  la  rétine,  tout 
est  expliqué.  Si  non,  il  y  atout  lieu  de  suspecter  la  présence  de  l’astigma¬ 
tisme,  affection  excessivement  fréquente,  et  qui  échappe  le  plus  souvent 
au  diagnostic.  Assez  souvent,  l’impossibilité  de  trouver  des  verres  à  sa 
vue,  est  la  seule  plainte  articulée  par  le  sujet  atteint  d’astigmatisme. 

La  fatigue  est  un  second  symptôme  que  nous  rencontrons  très-fréquem¬ 
ment,  et  auquel  des  lunettes  peuvent  très-souvent  apporter  remède.  — 11 
existe  plus  d’un  million  de  français  qui  se  plaignent  de  fatigue  de  la  vue, 
et  qui  attribuent  cette  fatigue  à  l’âge,  tandis  qu’ils  pourraient  facilement 
la  faire  disparaître  en  portant  des  lunettes  plus  fortes  :  celui  qui  déraci¬ 
nerait  le  préjugé  qui  existe  en  France  contre  l’emploi  des  lunettes  suffi¬ 
samment  fortes,  rendrait  un  grand  service  à  son  pays.  Ce  préjugé  paraît 
particulier  aux  races  latines.  Regardez  les  journaux  anglais  ou  améri¬ 
cains,  et  vous  verrez,  à  la  finesse  des  caractères  employés,  la  preuve  ma-- 
nifeste  de  l’habitude,  qui  s’est  heureusement  établie  à  l’étranger,  de 
prendre  des  lunettes  appropriées  au  besoin  de  la  vue.  Répétons-le,  il  faut 
conseiller  aux  presbytes  de  franchir  plusieurs  numéros  d’un  seul  coup,  et 
de  prendre  sans  hésitation  des  verres  assez  forts  pour  voir  distinctement. 

Quand  le  sujet  qui  se  plaint  de  fatigue  est  myope,  c’est  tout  différent. 
La  myopie,  dès  qu’elle  s’accompagne  de  la  moindre  fatigue,  est  une  affec¬ 
tion  très-grave  et  très-menaçante.  L’affaiblissement  et  la  perte  complète 
de  la  vue  peuvent  en  résulter,  si  l’on  ne  prend’  pas  en  temps  utile  les  pré¬ 
cautions  nécessaires,  et  qui  devront  être  indiquées  à  l’article  Myopie.  Qu’il 
nous  suffise  ici  de  dire  que  le  choix  de  lunettes,  pour  un  myope  dont  la 
vue  se  fatigue,  est  une  opération  des  plus  délicates. 

Si  le  sujet  qui  se  plaint  de  fatigue  n’est  pas  myope,  et  que  son  jeune 
âge  exclue  l’idée  de  presbytie,  il  peut  arriver  pourtant  que  des  verres 
convexes  lui  apportent  un  soulagement  complet.  C’est  ce  qui  a  lieu  pour 
les  hypermétropes,  dont  le  nombre  est  excessivement  considérable,  ainsi 
que  cela  a  été  expliqué  à  l’article  Emmétropie,  t.  XIl,  p.  712.  Quand  l’hy¬ 
permétropie  est  légère,  elle  passe  inaperçue  ;  mais  elle  peut  être  assez  forte 
pour  obliger  à  prendre  des  verres  de  presbyte  de  très-bonne  heure.  C’est 
extrêmement  rare  avant  l’âge  de  8  ou  10  ans  ;  cela  est  même  rare  à  12  ou 
15  ans;  mais  les  sujets  de  20  ou  25  ans  auxquels  on  rend  un  immense 
service  en  leur  prescrivant  des  lunettes  convexes,  sont  déjà  fort  nombreux. 
Nous  devons  engager  à  prescrire  l’emploi  de  lunettes  convexes  toutes  les 
fois  qu’un  sujet  jeune,  nullement  myope,  se  plaint  d’une  fatigue  qui  aug¬ 
mente  rapidement  dès  qu’il  veut  appliquer  sa  vue  d’une  manière  un  peu 
continue. 

La  fatigue  est  très-souvent  l’unique  symptôme  par  lequel  se  révèle 
l’astigmatisme,  et  les  personnes  affectées  de  ce  défaut  si  répandu  se  plai¬ 
gnent  habituellement  d'avoir  les  yeux  délicats  ou  tendres  :  l’usage  de 
verres  cylindriques  est,  pour  ces  personnes,  un  bienfait  d’un  prix  inesti¬ 
mable. 

Bien  plus  rarement,  la  fatigue  provient  d’une  différence  entre  les  deux 


LUNETTES.  —  choix.  757 

yeux.  Dans  ce  cas,  le  bon  sens  indique  l’emploi  de  verres  de  force  diffé¬ 
rente,  et  notre  expérience  personnelle  nous  confirme  tous  les  jours  da¬ 
vantage  dans  cette  pratique.  Mais  le  choix  de  verres  différents  demande  à 
être  fait  avec  le  plus  grand  soin,  et  mieux  vaut  donner  des  verres  pareils 
pour  les  deux  yeux  que  de  les  donner  différents,  si  l’on  ne  dispose  pas  de 
moyens  d’examen  suffisamment  parfaits  pour  corriger  très-exactement  la 
différence;  l’expérience  prouve  qu’une  correction  approximative  est  plu¬ 
tôt  nuisible  qu’utile. 

La  douleur  est  également  un  symptôme  qui  peut  appeler  l’attention 
sur  des  défauts  de  vision  auxquels  les  lunettes  peuvent  porter  remède. 
Combien  ne  voit-on  pas  de  personnes  qui  se  plaignent  de  névralgies,  et 
tout  particulièrement  de  douleurs  dans  la  région  supra-orbitale,  et  aux¬ 
quelles  les  verres  convexes  apportent  un  remède  souverain  et  immédiat! 
Ces  personnes  sont  hypermétropes,  et  le  choix  de  lunettes  convenables  est 
pour  elles  un  inappréciable  bienfait. 

La  congestion  des  paupières  résulte  bien  souvent  d’imperfections  de 
^l’appareil  optique  de  l’œil.  Nombre  de  personnes  font  des  efforts  continus 
et  excessifs  pour  distinguer  les  objets,  malgré  les  défauts  de  leur  vue,  et 
il  en  résulte  des  conjonctivites  extrêmement  rebelles,  que  les  traitements 
ne  font  qu’aggraver,  qui  cèdent  à  un  repos  absolu  de  la  vue,  pour  réap¬ 
paraître  avec  la  moindre  cause  de  fatigue.  Bien  souvent  nous  avons  vu 
traiter  jadis  par  des  collyres,  par  des  pommades,  par  des  sangsues  à  la 
tempe,  par  des  vésicatoires,  etc.,  ces  conjonctivites  qui  ne  sont  que  des 
symptômes  d’un  défaut  de  la  vue. 

Il  arrive  bien  souvent  que  la  même  personne  souffre  à  la  fois  de  trouble 
de  la  vision  et  de  fatigue,  et  la  fatigue  peut  s’accompagner  de  douleurs  et 
de  congestion  ;  mais  il  suffit  qu’un  de  ces  symptômes  se  produise,  pour 
qu’il  y  ait  lieu  d’examiner  l'état  de  la  réfraction  et  de  l’accommodation. 

II.  Choix  des  lunettes.  — Cette  opération  peut  être  faite  par  le  ma¬ 
lade  lui-même,  s’il  s’agit  de  presbytie  ou  même  d’hypermétropie;  mais, 
dans  tous  les  autres  cas,  il  est  nécessaire  de  procéder  à  un  examen  sérieux. 

Le  malade  doit  être  introduit  dans  une  grande  chambre  et  examiné  tout 
d’abord  rapidement  à  l’ophthalmoscope.  En  un  instant,  cet  instrument 
permet  de  voir  si  les  milieux  sont  transparents,  s’il  n’y  a  pas  de  graves 
lésions  du  fond  de  l’œil,  et  de  diagnostiquer  les  défauts  de  réfraction  ; 
il  suffit  d’une  ou  deux  minutes,  pour  [être  ainsi  mis  sur  la  trace  du 
défaut  optique  qu’il  s’agit  de  corriger. 

On  fait  ensuite  lire  par  lu  malade  des  caractères  typographiques,  d’une 
échelle  de  Snellen  ou  de  Giraud-Teulon,  fixés  au  mur  à  l’autre  extrémité 
de  la  salle  et  faiblement  éclah'és.Vnis,  suivant  le  diagnostic  posé  au  moyen 
de  l’ophthalmoscope,  on  essaye,  pour  chaque  œil,  les  verres  convexes  ou 
concaves  qui  peuvent  améliorer  la  vision  des  objets  éloignés.  Si  l’on  peut 
trouver  des  verres  qui  procurent,  dans  ces  conditions,  une  acuité  visuelle 
normale,  il  ne  reste  plus,  étant  donné  l’âge  du  malade,  qu’à  calculer 
d’-après  des  tables,  ou  à  lire  sur  notre  règle  à  calcul  les  verres  qui  doi¬ 
vent  être  prescrits  pour  le  travail . 


758 


LUNETTES.  — conseils  pbatiqdes. 


Si,  au  contraire,  aucun  verre  spliérique  ne  permet  d’obtenir  la  vision 
normale,  et  que  l’examen  ophthalmoscopique  ne  révèle  aucune  imperfec¬ 
tion  des  milieux  réfringents  ou  du  fond  de  l’œil,  il  faut  rechercher  l’astig¬ 
matisme,  mettre  dans  une  monture  d’essai  graduée  les  verres  cylin¬ 
driques  qui  le  corrigent,  et  après  avoir  ajusté  ces  lunettes  devant  les  yeux 
du  malade,  recommencer  l’essai  des  verres  sphériques,  pour  déterminer 
exactement  les  numéros  de  ces  verres  qu’il  faut  associer  aux  verres  cylin¬ 
driques  pour  améliorer  la  vision  à  distance. 

Nous  sortirions  trop  du  cadre  qui  nous  est  imposé,  en  indiquant  ici  les 
circonstances  qui  peuvent  rendre  insuffisant  l’examen ,  tel  que  nous 
venons  de  le  décrire,  il  nous  suffira  de  dire  que,  toutes  les  fois  qu’il  sus¬ 
pectera  la  présence  d’un  spasme  de  l’accommodation,  et  aussi  dans  cer¬ 
tains  cas  d’hypermétropie  latente,  l’oculiste  devra  se  livrer  à  un  nouvel 
examen,  après  avoir  paralysé  l’accommodation  au  moyen  d’une  solution 
de  sulfate  neutre  d’atropine.  Il  nous  suffit  d’avoir  montré  que  le  choix  de 
verres  de  lunettes  est  une  opération  délicate,  parfois  longue,  et  qui  ne 
saurait  se  faire  consciencieusement  que  dans  une  chambre  obscure,  et  en 


déterminant  d’abord  les  v 


e  des  objets  éloignés,  ^ 


alors  même  que  le  malade  ne  demanderait  de  lunettes  que  pour  voir  dé 


près. 

Malgré  tous  les  progrès  qui  ont  été  faits  dans  ces  dernières  années,  la 
détermination  des  lunettes  est  susceptible  de  grands  perfectionnements, 
moins  peut-être  sous  le  rapport  de  la  précision  que  sous  celui  de  la  rapi¬ 
dité.  Il  faut  souvent  une  demi-heure,  et  parfois  davantage,  pour  choisir 
une  paire  de  verres  sphéro-cylindriques;  c’est  assez  dire  que  les  procédés 
actuels  ne  sauraient  être  employés  couramment  dans  les  dispensaires,  où 
les  malades  défilent  par  centaines  tous  les  jours  ;  aussi  l’invention  de  pro¬ 
cédés  plus  rapides,  fussent-ils  un  peu  moins  exacts,  serait  un  grand  bien¬ 
fait  pour  les  malades  indigents. 

III.  Conseils  pratiques.  —  On  nous  saura  peut-être  gré,  pour 
finir,  de  répondre  à  un  certain  nombre  de  questions  que  nous  entendons 
poser  journellement  par  les  malades,  et  de  dissiper  plusieurs  préjugés 
soigneusement  entretenus  dans  le  public  par  certains  industriels. 

Les  verres  ronds  sont-ils  préférables  aux  verres  ovales?  — Non.  Leur 
emploi  a  été  préconisé  par  des  Berlinois,  dans  le  but,  sans  doute,  de  faire 
porter  à  leurs  clients  une  sorte  d’enseigne.  La  portion  du  verre  utilisée  à 
chaque  instant  n’est  guère  plus  grande  que  le  diamètre  de  la  pupille.  Les 
verres  ovales  sont  parfaitement  suffisants,  car  la  dimension  du  verre  n’a 
d’autre  but  que  de  permettre  les  changements  de  direction  du  regard,  et 
le  seul  inconvénient  des  verres  ovales  est  d’obliger  à  lever  la  tête  quand 
on  veut  regarder  en  l’air,  et  de  la  baisser  quand  on  regarde  en  bas. 

Les  verres  en. cristal  de  roche  sont-ils  meilleurs  pour  la  vue?  —  Nulle¬ 
ment.  Leur  supériorité  est  de  se  rayer  moins  facilement,  et  cet  avantage 
n’existe  que  pour  les  lunettes  convexes  ;  les  lunettes  concaves  ne  sont 
jamais  exposées  à  des  frottements  qui  pourraient  les  rayer.  Si  certaines 
personnes  croient  voir  mieux  avec  des  verres  en  cristal  de  roche,  c’est 


7S9 


LUNETTES.  —  comseils  pratiques. 
simplement  parce  que,  dans  le  commerce,  ces  verres  sont  généralement 
vendus  marqués  d’un  numéro  plus  faible  que  leur  force  réelle.  Les 
verres  en  cristal  de  roche  ont  le  léger  avantage  de  se  couvrir  un  peu  moins 
fortement  et  moins  longtemps  de  buée,  quand  on  passe  d’un  endroit  froid 
dans  un  local  fortement  chauffé. 

Trouve-t-on  un  avantage  à  prendre  des  verres  périscopiques?  ^  Non, 
pour  les  verres  faibles;  oui,  pour  les  verres  forts;  non,  pour  les  verres 
très-forts.  Nous  manquons,  sur  ce  sujet,  de  données  précises,  mais  nous 
pouvons  affirmer  que,  pour  les  verres  convexes  ou  concaves  n“  24,  ou 
plus  faibles,  les  verres  périscopiques  ne  présentent  aucun  avantage.  Aux 
environs  du  n"  10,  des  verres  périscopiques  convexes  sont  souvent 
agréables,  en  permettant  une  vision  nette  dans  un  champ  plus  étendu 
qu’avec  des  verres  bi-convexes.  Pour  les  lunettes  très-fortes,  nous  n’avons 
pas  vu  les  verres  périscopiques  employés  avec  avantage. 

Que  faut-il  penser  des  verres  achromatiques  ?  —  Us  sont  plus  mauvais 
que  les  verres  ordinaires,  et  ne  sauraient  être  prescrits  dans  l’état  actuel 
de  leur  fabrication.  Les  marchands  qui  en  font  commerce  ignorent  abso¬ 
lument  les  conditions  optiques  de  l’œil,  dont  les  lunettes  devraient  pour¬ 
tant  tenir  compte.  Le  raisonnement,  confirmé  par  l’expérience,  démontre 
que  l’œil  n’est  pas  achromatique  :  pour  l’achromatiser,  il  faudrait  un 
verre  concave,  en  crown,  d’environ  24  pouces  de  foyer.  Il  e.st  donc  évident 
que  le  verre  qui  achromatiserait  l’œil,  devrait  ne  pas  être  achromatique  ; 
il  faudrait  un  verre  tel  qu’il  achromàtisât  un  verre  de  crown  concave,  d’en¬ 
viron  24  pouces.  Il  n’est  pas  à  notre  connaissance  que  les  industriels, 
qui  font  grand  bruit  de  leurs  lunettes  achromatiques,  se  soient  préoccupés 
de  remplir  ces  conditions. 

Il  n’est  d’ailleurs  pas  démontré  que  l’achromatisation  de  l’œil  soit  utile 
à  obtenir.  Il  est  parfaitement  possible  que  des  verres  achromatisant  l’œil 
puissent  rendre  des  services  dans  certains  cas,  car  la  tolérance  de  la  ré¬ 
tine  pour  les  défauts  optiques  de  l’œil  varie  beaucoup  d’une  personne  à 
l’autre  ;  mais  il  y  a  là  toute  une  étude  à  faire,  tout  un  champ  nouveau  de 
recherches  à  explorer,  et,  en  attendant,  nous  refuserons  le  droit  de  cité 
aux  verres  de  lunettes  achromatiques,  dont  l’inconvénient  est  d’être  lourds 
et  de  perdre  de  la  lumière. 

Quel  avantage  présentent  les  verres  à  la  Chamblant?  —  Ces  verres, 
formés  de  surfaces  cylindriques,  croisées  à  angles  droits,  sont  fort  usités 
dans  certains  pays  d’outre-mer.  On  dit  qu’ils  donnent  un  peu  plus  de 
champ  que  les  verres  sphériques;  c’est  probable,  mais  il  est  douteux 
qu’ils  en  donnent  plus  que  les  verres  périscopiques. 

Les  verres  teintés  sont-ils  bons  pour  la  vue‘1  —  Leur  usage  est  indiqué 
dans  certains  cas  particuliers,  pour  les  excursions  sur  les  glaciers,  ou  les 
voyages  dans  certains  pays  où  la  lumière  est  trop  éclatante,  et,  dans  ces 
cas,  les  verres  qu’on  appelle  fumés  ou  neutres,  sont  plus  agréables,  parce 
qu’ils  ne  changent  pas  la  teinte  des  objets. 

Les  verres  fortement  teintés  trouvent  aussi  leur  application  dans  cer¬ 
tains  états  morbides  de  l’œil,  où  il  s’agit  d’éviter  toute  excitation  de  la 


7G0 


LUNETTES.  —  cokseils  pkatkîües. 
rétine;  ils  rendent,  par  exemple,  de  grands  services  aux  opérés  de  cata¬ 
racte  pendant  une  quinzaine  ou  un  mois  après  l’opération.  Pour  cet  usage, 
les  verres  teintés  en  bleu  par  l’oxyde  de  cobalt  paraissent  mériter  la 
préférence.  On  emploie  so-uvent  des  coquilles,  c’est-à-dire  des  verres  de 
forme  creuse,  analogues  aux  anciens  verres  de  montre,  qui  ont  l’avan¬ 
tage  de  mieux  entourer  l’œil. 

Enfin,  il  est  démontré  que  certaines  personnes  trouvent  grand  avan¬ 
tage  à  se  servir  de  verres  bleus  pour  travailler,  surtout  à  la  lumière  artifi¬ 
cielle.  Il  est  également  certain  que  les  lunettes  munies  de  verres  bleus,  de 
teinte  différente,  le  plus  foncé  des  verres  étant  mis  devant  le  moins  bon 
des  yeux,  peuvent  rendre  de  grands  services  dans  certains  cas.  Malheureu¬ 
sement,  cette  question  des  verres  teintés  n’a  pas  encore  été  bien  étudiée, 
car  les  cas  où  ils  rendent  des  services  incontestables  sont  fort  rares.  Il 
nous  est  arrivé  plus  d’une  fois  d’apporter  un  grand  soulagement  à  des 
personnes  dont  la  vue  était  améliorée  par  les  verres  bleus,  et  nous  obte- 
nions  ce  résultat,  précisément  en  supprimant  les  verres  bleus,  et  les  rem¬ 
plaçant  par  des  verres  sphériques  ou  cylindriques  convenablement  déter¬ 
minés.  Dans  notre  conviction,  les  observations  où  l’on  relate  des  succès 
obtenus  par  l’usage  des  verres  bleus  ne  sont  point  probantes,  et,  dans  la 
j)lupart  des  cas,  on  auraifobtenu  des  succès  encore  bien  plus  caractérisés 
au  moyen  de  verres  incolores,  choisis  conformément  aux  règles  de  l’art. 
La  meilleure  règle  à  suivre,  ce  nous  semble,  est  de  ne  recourir  aux  verres 
bleus  pour  le  travail  qu’après  avoir  vainement  cherché  à  obtenir  un  sou¬ 
lagement  par  les  verres  ordinaires.  Quant  aux  verres  bleus  dépareillés, 
nous  ne  les  employons  que  lorsqu’il  est  impossible  d’appareiller  exacte¬ 
ment  les  deux  yeux  au  moyen  de  verres  blancs,  et  tout  particulièrement 
quand  l’un  des  yeux  est  affecté  d’astigmatisme  irrégulier  :  on  se  trouve 
bien,  dans  ce  cas,  de  mettre  devant  cet  œil  un  verre  plus  foncé  que  devant 
son  congénère. 

Toutes  les  fois  qu’on  emploie  les  verres  bleus  ou  teintés,  il  est  sage  de 
les  prendre  de  grande  dimension,  pour  que  l’ombre  qu’ils  projettent  se 
répande  sur  la  plus  grande  partie  possible  de  la  rétine. 

Faut-il  porter  les  lunettes  continuellement?  — La  réponse,  à  cette  ques¬ 
tion  doit  se  trouver  aux  articles  Astigmatisme,  t.  III,  p.  740,  Myopie  et 
Vision.  Nous  dirons  cependant  ici  qu’il  est  généralement  préférable  de 
porter  les  lunettes  d’une  manière  absolument  continue,  et  que,  dans  cer¬ 
tains  cas  de  myopie,  cela  est  absolument  indispensable.  Leur  usage  con¬ 
stant  ne  présente  d’inconvénients  que  trop  exceptionnellement,  pour  qu’il 
soit  permis  de  s’y  arrêter  ici. 

L’usage  des  pince-nez  doit-il  être  proscrit?  —  Nullement.  Le  pince-nez 
présente  même  un  avantage  sur  les  lunettes,  c’est,  lorsqu’il  est  convena¬ 
blement  placé,  de  rapprocher  les  verres  des  yeux  ;  or,  les  verres  doivent 
toujours  être  tenus  aussi  près  des  yeux  que  possible,  sauf  à  toucher  les 
cils  et  même  à  les  recourber.  11  faut  donc  laisser  le  malade  employer  le 
pince-nez,  s’il  le  préfère,  sauf  à  le  prévenir  que  c’est  un  objet  bien  plus 
fragile  que  les  lunettes  :  même  suspendu  à  un  cordonnet  élastique,  le 


LUNETTES. —  cokseils  pratiques.  761 

pince-nez  se  brise  facilement,  quand  il  s’accroche  à  un  meuble;  le  pince- 
nez  en  écaille,  ce  petit  chef-d’œuvre  de  l’industrie  parisienne,  est  un 
article  de  luxe  dans  le  monde  entier.  Nous  n’interdirons  le  pince-nez 
qu’aux  personnes  affectées  d’un  fort  astigmatisme. 

Faut-il  autoriser  l’usage  du  monocle?  —  Nous  ne  le  tolérons  que  dans 
deux  cas.  Si  l’un  des  yeux  est  assez  mauvais  pour  qu’on  puisse  le  consi¬ 
dérer  comme  perdu  sans  ressource,  pourquoi  interdire  à  l’autre  l’usage 
du  monocle?  Et  si,  au  contraire,  l’un  des  yeux  est  parfaitement  bon, 
pourquoi  ne  pas  mettre  un  monocle  devant  son  congénère  pour  les  éga¬ 
liser  tous  deux?  Sauf  ces  deux  cas,  nous  proscrivons  sévèrement  le  mo¬ 
nocle,  dont  l’abus  peut  avoir  pour  effet  d’augmenter  la  différence  qui 
existe  déjà  entre  les  deux  yeux,  et  paraît  'être  une  cause  assez  fréquente 
de  strabisme  divergent. 

Est-il  ‘pernicieux  de  se  servir  de  deux  verres  superposés?  —  Nullement. 
Nous  conseillons  même  assez  souvent  l’emploi  d’une  combinaison  de  ce 
genre,  dans  les  cas  de  myopie  forte.  C’est  ainsi  qu’une  personne  affligée 
d’une  myopie  de  1/5,  se  trouvera  fort  bien  de  porter  constamment  des 
lunettes  n°  lü,et,  su.spendu  à  un  cordon,  un  pince-nez  du  même n“10.  Pour 
voir  de  loin,  elle  ajustera  le  pince-nez  par-dessus  les  lunettes,  ce  qui  lui 
permettra  de  voir  aussi  bien  qu’avec  des  lunettes  n“  5.  Si,  par  coquetterie, 
elle  veut  quitter  les  lunettes,  elle  mettra  le  pince-nez,  et  pour  distinguer 
un  objet  éloigné,  elle  aura  la  ressource  de  fermer  le  pince-nez,  et  d’em¬ 
ployer,  pour  le  moment  seulement,  ses  deux  verres  superposés  qu’elle 
mettra  devant  l’un  des  yeux.  Les  étudiants  myopes  se  trouvent  on  ne  peut 
mieux  de  celte  combinaison,  qui  permet  de  voir  assez  pour  prendre  des 
notes  à  un  cours,  sans  se  fatiguer  la  vue  par  l’emploi  de  verres  trop  forts, 
tout  en  ayant  le  moyen  de  doubler  instantanément  la  puissance  de  l’instru¬ 
ment  pour  voir  une  expérience  ou  un  dessin  tracé  sur  le  tableau. 

Cependant  ce  système  présente  l’inconvénient  de  perdre  un  peu  de  jour, 
car  la  lumière  doit  traverser  quatre  surfaces  de  séparation  au  lieu  de  deux 
comme  dans  les  lunettes  simples,  et  les  surfaces  perdent  d’autant  plus  de 
lumière,  qu’il  est  difficile  de  les  entretenir  en  parfait  état  de  propreté. 
De  plus,  il  y  a  une  petite  manœuvre  à  faire  pour  chaque  changement. 

Pour  y  remédier,  Franklin  eut  l’ingénieuse  idée  de  couper  ses  verres  de 
lunettes  en  deux  moitiés,  et  de  faire  mettre  devant  chaque  œil,  dans  la 
monture,  deux  demi-verres.  La  moitié  inférieure  était  adaptée  pour  la  vue 
des  objets  rapprochés  ;  les  moitiés  supérieures  des  ovales  contenaient  les 
moitiés  d’un  verre  convenable  pour  la  vision  des  objets  lointains.  On  a 
perfectionné  des  lunettes  à  la  Franklin,  en  les  taillant  dans  un  seul  mor¬ 
ceau  de  verre,  ce  quf  est  à  la  fois  plus  solide  et  moins  disgracieux.  Les 
verres  de  cette  espèce  méritent  d’être  recommandés  aux  peintres. 

Les  verres  décentrés  sont-ils  utiles  ?  —  On  peut  dire  qu’en  règle  géné¬ 
rale  les  verres  de  lunettes  doivent  être  légèrement  décentrés.  Il  est  bon 
que  les  centres  des  ovales  soient  plus  rapprochés  que  les  yeux,  ainsi  que 
cela  se  produit  toujours  quand  on  emploie  le  pince-nez.  Il  en  résulte  une 
légère  action  prismatique  dont  nous  n’expliquerons  pas  ici  l’utilité,  car 


762  LUXATIONS  EN  GÉNÉRAL.  —  définition. 

cela  nous  entraînerait  beaucoup  trop  loin.  Quant  à  décentrer  les  verres 
dans  les  montures,  ainsi  que  le  prescrit  constamment  un  de  nos  con¬ 
frères,  c’est  simplement  un  moyen  de  ne  pas  faire  comme  tout  le  monde. 
Un  décentrage  considérable  ne  trouve  son  application  utile  que  dans 
certains  cas  d’insuffisance  musculaire  tout  à  fait  exceptionnels. 

Les  lunettes  prismatiques  devront  être  étudiées  à  l’article  Strabisme. 

Pour  les  lunettes  à  cataracte,  nous  renvoyons  à  l’article  Cataracte. 

Conclusion.  —  Dans  l’état  actuel  de  nos  connaissances,  on  n’emploie 
que  les  verres  sphériques,  les  verres  cylindriques  et  les  verres  teintés,  et 
les  seuls  défauts  optiques  de  l’œil  qu’on  sache  corriger  sont  la  myopie, 
l’hypermétropie,  l’astigmatisme  régulier  et  la  presbytie.  Les  moyens-  em¬ 
ployés  pour  choisir  les  verres  avec  une  ex,actitude  suffisante  sont  encore 
primitifs,  et  exigent  beaucoup  de  temps;  les  procédés  plus  expéditifs 
qu’on  a  proposés  sont  absolument  mauvais  :  aucun  optomètre  ne  donne  la 
mesure  de  la  myopie  ou  de  l’hypermétropie. 

Nul  doute  qu’on  ne  parvienne,  dans  un  avenir  peu  éloigné,  à  perfec¬ 
tionner  considérablement  les  moyens  de  choisir  des  lunettes.  Nul  doute, 
non  plus,  qu’on  ne  puisse  arriver  q  corriger  des  défauts  de  la  vue  plus 
compliqués  que  ceux  dont  on  s’occupe  jusqu’à  ce  jour.  Il  est  évident,  par 
exemple,  que  si  nous  savions  les  tailler  et  les  choisir  convenablement,  les 
verres  coniques  pourraient  rendre  des  services,  et  il  est  non  moins  certain 
qu’on  doit  pouvoir  remédier  aux  irrégularités  les  plus  grandes  de  la  cornée, 
en  adaptant  devant  l’œil  une  bonnette  pleine  d’eau,  et  limitée  en  avant 
par  un  verre  sphérique.  Nous  ne  donnons  ces  deux  exemples  que  pour 
montrer  qu’il  reste  encore  à  faire  bien  des  améliorations  dans  l’arsenal 
optique  de  l’oculiste,  malgré  tous  les  progrès  qui  ont  été  réalisés  depuis 
une  quinzaine  d’années. 

Nous  ne  faisons  pas  suivre  cet  article  d’une  bibliographie.  Celle  des  lunettes  cylindriques 
occuperait  ,  facilement  huit  pages  de  ce  dictionnaire.  Renvoyons,  pour  la  bibliographie,  aux 
Traités  d' oculistique,  pour  les  parties  pratiques,  et  à  VOptique  phtjsiologique  de  Helmholtz, 
pour  les  parties  théoriques. 

.  E.  Javal. 

liUPüiS.  Voy.  Scrofulide  cotakée. 

L,UXATIONIS  EIV  GÊNüÉRAL,.  —  Défliûtion.,  —  On  donne  le 
nom  de  luxation  au  déplacement  anormal  et  permanent  des  extrémités  ar¬ 
ticulaires  des  os.  Quelques  auteurs  ont  proposé  de  ne  comprendre  sous 
cette  dénomination  que  les  déplacements  qui  se  produisent  dans  les  arti¬ 
culations  diarthrodiales,  et  d’appeler  diduction  ou  diastasis  ceux  qui  peu¬ 
vent  s’accomplir  dans  les  synarthroses.  Cette  distinction  ne  présente  au¬ 
cun  avantage,  et  elle  est  généralement  repoussée. 

Division.  —  On  divise  les  luxations  en  : 

1“  Luxations  traumatiques  ou  accidentelles.  —  Ce  sont  celles  qui  se 
font  brusquement  sur  une  articulation  saine  ; 

2"  Luxations  consécutives,  symptomatiques  ou  pathologiques,  qui  sont 
liées  à  une  altération  morbide  préexistante  de  la  jointure  ; 


LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  765 

3°  Luxations  congénitales,  qui  existent  au  moment  de  la  naissance  et 
se  sont  produites  pendant  la  vie  intra-utérine. 

Dans  les  généralités  qui  suivent,  je  n’ai  en  vue  que  les  luxations  trau¬ 
matiques;  j’étudierai  ensuite  brièvement  les  luxations  consécutives  et  les 
luxations  congénitales. 

I.  i.iiXATioNS  TRACWATiQUES.  —  La  nomenclature  des  luxations  a 
beaucoup  varié;  les  chirurgiens  n’ont  pas  toujours  été  guidés  par  les 
mêmes  principes  dans  les  dénominations  qu’ils  leur  ont  données.  C’est 
ainsi  qu’on  les  a  désignées  sous  le  nom  de  l’articulation  affectée  :  Luxa¬ 
tion  de  l’épaule  ou  scapulo-humérale,  —  Luxation  de  la  hanche  ou  coxo- 
fémorale,  —  Luxation  du  coude  ou  huméro-cubitale.  —  D’autres  fois  on 
leur  a  donné  le  nom  de  l’os  déplacé,  ou  de  la  partie  du  membre  dont  cet 
os  constitue  le  squelette.  Ex.  Luxation  du  fémur  ou  Luxation  de  la  cuisse, 
Luxation  de  l’humérus  ou  Luxation  du  hras,  etc. 

L’os  que  l’on  regarde  comme  luxé  est  celui  qui  est  le  plus  éloigné  du 
tronc;  à  cette  règle,  toutefois, il  y  a  des  exceptions;  ainsi,  la  clavicule  est 
dite  luxée,  que  le  déplacement  ait  pour  siège  son  articulation  avec  le  ster¬ 
num  ou  celle  avec  l’omoplate.  Pour  les  os  de  la  tête  et  du  tronc,  l’os  ré¬ 
puté  luxé  est  celui  qui  jouit  de  la  plus  grande  mobilité;  quant  aux  autres 
vertèbres,  on  est  convenu  de  regarder  comme  déplacée  celle  qui  est  située 
supérieurement  :  Luxations  de  la  mâchoire  inférieure,  Luxations  de  l’axis 
sur  l’atlas. 

Jusqu’à  présent  il  est  facile  de  se  comprendre,  et  la  préférence  que 
l’on  doit  accorder  à  telle  ou  telle  des  dénominations  sus-indiquées  n’a 
réellement  aucune  importance;  la  question  se  complique  un  peu  quand  il 
s’agit  de  désigner  le  sens  du  déplacement.  Les  Anciens  distinguaient  les 
luxations  en  'luxation  en  avant,  luxation  en  arrière,  luxation  en  dehors, 
luxation  en  dedans,  suivant  la  direction  prise  par  l’extrémité  déplacée. 

Au  premier  abord  cette  classification  semble  très-simple  et  très-claire; 
malheureusement,  tel  déplacement  regardé  par  les  uns  comme  se  produi¬ 
sant  en  avant,  est  considéré  par  d’autres  comme  se  faisant  en  dedans,  et 
ainsi  pour  les  autres  ;  de  là  une  confusion  inévitable  que  l’on  s’est  efforcé 
de  dissiper.  Quelques  chirurgiens  ont  pensé  qu’il  serait  plus  logique  de 
dénommer  les  luxations  d’après  les  rapports  nouveaux  contractés  par 
la  tête  de  l’os.  Le  principe  est  excellent,  mais  on  a  cessé  de  s’entendre 
quand  il  a  fallu  préciser;  — ainsi,  les  uns  ont  pris  pour  base  de  leur  classi¬ 
fication  les  rapports  de  l’extrémité  déplacée  avec  les  muscles  environnants 
{Velpeau,  Deville)  :  Luxations  sous-scapulaires,  luxations  sous-pectorales. 
Les  autres  ont  préféré  les  rapports  de  la  partie  luxée  avec  les  autres  points 
du  squelette  (Gerdy,  Malgaigne)  :  Luxation  sous-cor acoldienne, —  intra- 
coracoidienne,  iliaque,  ischiatique,  etc. 

Cette  dernière  classification  est  plus  généralement  adoptée,  et  elle  finira, 
je  n’en  doute  pas,  par  conquérir  tous  les  suffrages  ;  —  elle  suppose,  il  est 
vrai,  que  l’on  est  en  mesure  de  préciser  la  position  de  l’os  luxé.  Nous  n’en 
sommes  point  encore  là  pour  tous  les  déplacements,  mais  chaque  jour 
amène,  sous  ce  rapport,  de  nouveaux  perfectionnements.  —  La  base  de 


764  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  historiqde. 

cette  classiQcation  est  bonne,  elle  se  prête  à  toutes  les  corrections,  à 
toutes  les  réformes  que  les  faits  authentiques  et  mieux  étudiés  obligeront 
à  faire  dans  l’avenir. 

Historique.  —  L’histoire  des  luxations  remonte  à  la  plus  haute  anti¬ 
quité.  La  simple  énumération  des  travaux  publiés  par  les  chirurgiens  qui 
nous  ont  précédés  remplirait  bien  des  pages.  Dans  un  travail  de  la  nature  de 
celui-ci,  nous  devons  nous  borner  à  esquisser  à  grands  traits  la  route  par¬ 
courue,  indiquer  par  quelles  phases  la  science  a  passé,  bien  préciser  le 
point  où  nous  sommes  arrivés,  afin  de  pouvoir  signaler  les  desiderata  qui 
restent  à  combler. 

Le  traité  des  luxations  constitue,  avec  celui  des  fractures,  la  partie  la 
plus  remarquable  peut-être  de  la  collection  hippocratique  ;  un  grand  nom¬ 
bre  de  luxations  sont  décrites,  les  symptômes  surtout  sont  exposés  avec 
détails.  Hippocrate  insiste  avec  raison  sur  la  nécessité  de  faire  la  réduc¬ 
tion  immédiate,  et  il  décrit  un  assez  grand  nombre  de  machines  pour 
remplir  cette  indication.  11  faut  noter  toutefois  que  le  précepte  hippocra¬ 
tique  a  trait  seulement  aux  luxations  simples.  Il  proscrivait  la  réduction 
dans  le  cas  où  la  tête  de  l’os  avait  perforé  les  téguments.  La  question  ana¬ 
tomo-pathologique  est  laissée  presque  complètement  de  côté.  Hippocrate 
ne  fait  qu’indiquer  Vaguement  les  luxations  spontanées  ;  il  faut  même  un 
peu  de  bonne  volonté  dans  l’interprétation  des  aphorismes  59  et  60  pour 
conclure  qu’il  connaissait  ce  genre  de  déplacements.  Les  luxations  congé¬ 
nitales,  par  contre,  sont  assez  longuement  décrites. 

Les  successeurs  d’Hippocrate  se  sont  bornés  à  reproduire  et  à  commen¬ 
ter  ses  opinions  sans  rien  ajouter  à  ses  travaux.  Il  n’y  a  guère  qu’une  ex¬ 
ception  à  faire  en  faveur  de  Galien,  qui  a  compris  la  nécessité  d’interroger 
l’anatomie  pathologique.  Toutefois  la  pathologie  des  luxations  n’a  pas  fait 
grands  progrès  dans  les  siècles  qui  ont  suivi.  A.  Paré  lui-même,  bien  qu’il 
ait  consacré  un  chapitre  de  son  livre  à  leur  histoire,  ne  fait  que  repro¬ 
duire  ce  que  l’on  avait  dit  avant  lui;  il  est  juste  cependant  de  rappeler 
qu’on  lui  doit  la  première  application  de  la  moufle  dans  le  traitement  de 
ces  affections. 

11  faut  arriver  jusqu’à  J.  L.  Petit  pour  constater  un  progrès  réel  dans 
l’étude  des  luxations.  L’illustre  chirurgien  établit  d’abord  en  principe  que, 
pour  connaître  ces  affections,  il  faut  avoir  une  connaissance  exacte  de  la 
disposition  anatomique  de  la  région.  Il  prend  donc  pour  base  de  ses  re¬ 
cherches  l’anatomie.  Cette  voie  nouvelle  devait  nécessairement  conduire  à 
de  précieux  résultats;  aussi  la  science,  dans  cette  question  comme  dans 
beaucoup  d’autres,  doit-elle  de  sérieux  progrès  à  cette  école  célèbre.  Les 
chirurgiens,  il  est  vrai,  ont  souvent  dépassé  le  but,  et  ont  été  entraînés 
plus  d’une  fois  à  commettre  des  erreurs  graves,  en  voulant  conclure  de 
l’anatomie  normale  à  l’anatomie  pathologique.  C’est  ainsi,  par  exemple, 
que  le  rôle  des  contractions  musculaires  sur  le  sens  et  l'étendue  des  dé¬ 
placements  et.  les  résistances  apportées  à  la  réduction,  a  été  singulière¬ 
ment  exagéré>  Le  traitement  préconisé  par  J.  L.  Petit  est  passible  aussi 
de  bien  des  Critiques.  Uniquement  préoccupé  de  l’idée  d’avoir  à  sur- 


^  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  anatomie  et  physiologie  pathol.  765 
monter  des  résistances  musculaires,  il  a  construit  un  grand  nombre  de 
machines  complètement  oubliées  aujourd’hui.  Le  grand  chirurgien  a 
abordé  l’histoire  des  luxations  spontanées  :  on  sait  le  rôle  qu’il  a  fait 
jouer  à  l’hydarlhrose  dans  la  production  de  la  luxation  du  fémur.  Ici 
encore  il  a  eu  le  tort  de  trop  généraliser,  car  les  recherches  modernes 
ont  démontré  que,  si  l’accumulation  de  sérosité  dans  l’article  pouvait, 
à  la  rigueur,  favoriser  le  déplacement,  -ce/i  n’arrive  que  bien  rare¬ 
ment  et  lorsque  d’autres  conditions  vieni^t  joindre  leur  influence  à  la 
précédente.  W 

Desault  a  donné  à  l’anatomie  pathologique  une  importance  beaucoup 
plus  grande  qu’on  ne  l’avait  fait  avant  lui.  Son  exemple  a  été  suivi  par  tous 
les  chirurgiens  éminents  de  ce  siècle.  On  a  étudié  avec  plus  de  soin  les 
luxations  anciennes,  et  soumis  les  faits  à  une  critique  plus  sévère  et  plus 
éclairée.  Malgaigne  est,  sans  contredit,  celui  dont  les  travaux  ont  le  plus 
ajouté  à  nos  connaissances.  Nous  devons  aussi  rappeler  les  belles  recher¬ 
ches  de  Sédillot,  à  qui  l’on  doit,  et  c’est  là  un  fait  d’une  importance  ca¬ 
pitale,  l’application  du  dynamomètre  à  la  réduction  des  luxations. 

L’anatomie  pathologique  des  luxations,  soit  récentes,  soit  anciennes, 
s’est  enrichie  dans  ces  derniers  temps  d’un  assez  grand  nombre  de  faits 
bien  étudiés,  et  il  reste  peu  à  faire  sur  ce  point  ;  mais  la  partie  thérapeu¬ 
tique  de  l’histoire  des  luxations  présente  encore  de  nombreux  problèmes 
à  résoudre.  La  découverte  des  anesthésiques  a  complètement  changé  les 
conditions  du  traitement.  L’opportunité  de  leur  emploi  a  été  mise  en 
question  par  quelques  chirurgiens  très-éminents  :  nous  aurons  à  nous  pro¬ 
noncer  à  ce  sujet.  Ce  n’est  pas  tout  :  les  tractions  élastiques  à  action  mo¬ 
dérée,  mais  continue,  tendent  à  se  substituer  aux  tractions  violentes.  Men¬ 
tionnons  encore,  parmi  les  sujets  en  litige  plus  anciens,  mais  toujours  pen¬ 
dants,  la  conduite  à  tenir  en  présence  d’une  luxation  plus  ou  moins  ancienne. 
Faut-il  considérer  la  réduction  comme  le  but  qu’il  faille  toujours  attein¬ 
dre?  n’est-il  pas  préférable,  en  certains  cas,  de  borner  ses  efforts  à  rétablir 
autant  que  possible  les  fonctions  du  membre?  Telles  sont  les  diverses  ques¬ 
tions  que  nous  aurons  à  examiner. 

Anatomie  et  pliysîologîé  pathologiques.  —  Cette  question 
est  fort  complexe  ;  aussi  importe-t-il  deprocéder  avec  méthode,  et  démet¬ 
tre  de  l’ordre  dans  l’exposition  des  faits  nombreux  que’nous  avons  à  rap¬ 
peler.  Nous  étudierons  successivement  :  1“  le  déplacement  en  lui-même  ; 
2“  les  rapports  nouveaux  que  les  surfaces  articulaires  contractent  avec  les 
parties  voisines  ;  3“  l’état  des  parties  dans  les  luxations  récentes  ;  4“  les 
modifications  qui  se  produisent  quand  la  réduction  est  opérée,  ou,  en 
d’autres  termes,  les  procédés  de  réparation  ;  5°  les  transformations  qui 
s’accomplissent  qltérieurement  dans  la  région  occupée  par  la  luxation, 
lorsque  celle-ci  n’a  pas  été  réduite. 

Déplacemekt.  —  Le  sens  dans  lequel  se  fait  le  déplacement  est  ex¬ 
cessivement  variable.  Son  étude  acquiert  une  grande  importance  quand  il 
s’agit  d’une  articulation  en  particulier  ;  mais  dans  un  travJl  qui  embrasse 
l’histoire  générale  des  luxations,  il  devient  à  peu  près  impossible  de  si- 


766  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  anatomie  et  physiologie  pathol. 
gnaler  toutes  les  particularités  qui  peuvent  se  produire  sous  ce  rapport. 

Rapports  nouveaux  des  surfaces  articulaires;  étendue  du  déplacement. 
—  Dans  une  luxation,  deux  cas  peuvent  se  présenter  :  1°  Les  surfaces  ar¬ 
ticulaires  ne  se  sont  pas  complètement  abandonnées,  elles  se  touchent 
encore  par  des  points  plus  ou  moins  étendus;  2“  Les  surfaces  articulaires 
sont  complètement  séparées  l’une  de  l’autre,  elles  ne  se  correspondent  en 
aucun  point.  —  Dans  le  premier  cas,  la  luxation  est  dite  incomplète;  elle 
est  complète  dans  le  second.^s  premières  s’observent  fréquemment  dans 
les  ginglymes  et  les  arthrooiS,  aussi  pour  ces  articulations  n’y  a-t-il  ja¬ 
mais  eu  de  contestation.  Il  n’en  a  pas  été  de  même  pour  ce  qui  regarde 
les  articulations  orbiculaires. 

Le  temps  n’est  pas  éloigné  où  l’on  regardait  comme  impossible  la  luxa¬ 
tion  incomplète;  —  les  auteurs  du  compendium  ad.mettent  encore  sur  ce 
point  la  doctrine  de  Boyer,  et  reproduisent  les  arguments  sur  lesquels  s’ap¬ 
puyait  le  chirurgien  de  la  Charité  pour  rejeter  leur  existence.  Malgaigne, 
cependant,  avait  déjà  publié  le  résultat  de  ses. recherches  et  formulé  cette 
opinion  regardée  tout  d’abord  comme  paradoxale  :  que  la  luxation  incom¬ 
plète  dans  les  articulations  orbiculaires  était  plus  fréquente  que  la  lùxa- 
tion  complète.  Les  raisons  produites  par  l’éminent  critique  ont  été  long¬ 
temps  contestées.  Sédillot,  entre  autres,  s’est  efforcé  de  démontrer  que  les 
faits  anatomo-pathologiques  invoqués  à  titre  de  preuves,  avaient  été  mal 
interprétés,  et  il  arrive  à  cette  conclusion,  que  la  science  «  ne  possédant 
aucune  pièce  anatomo-pathologique  qui  démontre  l’existence  des  luxations 
incomplètes  récentes  ou  primitives,  il  les  rejetait  a  (Gontribut.  à  la  Chir. 
t.  I,  p.  171).  Quelques  lignes  auparavant,  cet  auteur  avait  dit  :  «Une 
«  telle  luxation  rencontrée  sur  le  cadavre  serait  péremptoire,  et  ne  lais- 
«  serait  aucun  doute,  mais  elle  n’a  jamais  été  observée.  »  Or,  de¬ 
puis  cette  époque,  ce  genre  de  preuves  a  été  fourni.  Nélaton,  Robert, 
Chassaignac  ont  publié  des  observations  aussi  concluantes  que  possi¬ 
ble  :  la  doctrine  de  Malgaigne  se  trouve  donc  solidement  établie.  Sédillot 
le  reconnaît  lui-même  dans  une  publication  postérieure  à  celle  que  j’ai 
indiquée  plus  haut  ;  il  persiste  toutefois  à  regarder  la  luxation  incomplète 
comme  rare.  Sur  quoi  s’appuie-t-il  pour  le  dire  ?  Sur  les  faits  anatomo¬ 
pathologiques  qui  l’avaient  conduit  à  nier  l’existence  des  luxations  incom¬ 
plètes,  c’est-à-dire  sur  les  mêmes  raisons  que  Malgaigne  a  invoquées  à 
l’appui  de  son  opinion.  Or,  l’observation  directe  a,  je  le  répète,  démontré 
de  quel  côté  était  la  vérité.  Nous  ajouterons  que  Malgaigne  a  parfaitement 
établi  pour  les  ginglymes  l’existence  des  luxations  incomplètes  dans  lesens 
antéro-postérieur. 

Etat  des  parties  dans  les  luxations  récentes.  —  Les  extrémités  osseuses 
qui  entrent  dans  la  composition  d’une  articulation,  ne  peuvent  pas  être  vio¬ 
lemment  séparées  l’une  de  l’autre  sans  que  les  parties  environnantes  soient 
plus  ou  moins  lésées;  voici  ce  que  l’observation  nous  a  appris  à  cet  égard. 

Ligaments,  capsules  orbiculaires.  —  Les  lésions  que  présentent  les 
liens  fibreux  sont  excessivement  variables  suivant  l’articulation  affectée 
et  l’étendue  du  déplacement.  Ce  n’est  ^qu’ exceptionnellement  (ju’ils  peu- 


LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  anatomie  et  physiologie  pathol.  767 
vent  être  intacts  (luxation  de  la  mâchoire  inférieure)  ;  dans  toutes  les  au¬ 
tres  luxations,  ils  sont  toujours  plus  ou  moins  largement  déchirés.  Il  peut 
arriver  que  la  capsule  soit  simplement  fendue  :  la  tête  de  l’os  passe  alors 
au  travers' de  cette  ouverture  comme  au  travers  d’une  boutonnière.  Le  plus 
ordinairement  la  déchirure  est  plus  large,  plus  irrégulière  ;  on  a  même  vu 
des  cas  où  elle  était  entièrement  arrachée  de  ses  points  d’insertion.  L’éten¬ 
due  de  cette  lésion,  et  la  résistance  de  la  capsule  sont  les  circonstances 
qui  contribuent  le  plus  puissamment  à  limiter  le  déplacement  ;  et  c’est  à 
cette  cause  qu’il  faut  attribuer  l’existence  des  luxations  incomplètes.  C’est, 
du  reste,  toujours  sur  le  point  où  appuie  l’os  pour  sortir  de  sa  cavité  que 
les  ligaments  sont  rompus.  Le’çiége  et  la  direction  de  la  déchirure  dépen¬ 
dent  des  conditions  mécaniques  qui  produisent  la  luxation  ;  aussi,  la  con¬ 
naissance  de  ce  mécanisme  permet-eiy  de  déduire  quel  est  le  siège  et 
quelle  est  la  direction  de  cette  rupture  ligamenteuse. 

Muscles.  —  Les  muscles  groupés  autour  de  l’articulation  sont  les  uns 
distendus,  les  atitres  relâchés;  ils  sont  plus  ou  moins  contus  et  déchirés, 
quelquefois  même  broyés  par  la  tête  osseuse  ;  il  en  est  qui  sont  simplement 
déplacés,  leurs  rapports  avec  la  tête  luxée  ne  sont  plus  les  mêmes,  et  alors 
ils  peuvent  faire  obstacle  à  la  rentrée  de  celle-ci  dans  la  cavité.  Les  ten¬ 
dons  sont,  comme  les  muscles  auxquels  ils  appartiennent,  dans  un  état  de 
tension  ou 'de  relâchement.  Dans  quelques  cas,  ils  sont  rompus  ou  plutôt 
arrachés  de  leur  point  d’insqrtion. 

Os  et  cartilages.  —  Il  n’est  pas  question  ici  des  changements  de  posi¬ 
tion  survenus,  mais  des  lésions  que  le  traumatisme  peut  produire  sur  ces 
organes.  Les  cartilages  sont  plus  ou  moins  froissés,  contus,  écrasés,  et 
présentent  parfois  des  fractures  interstitielles.  Lorsque  les  tendons  sont 
arrachés  de  leurs  points  d’insertioii,  ils  entraînent  nécessairement  avec 
eux  un  petit  segment  osseux  ;  il  y  a  donc,  dans  ce  cas,  une  véritable  frac¬ 
ture.  Est-il  nécessaire  d’ajouter  que  les  luxations  qui  déterminent  des  lé¬ 
sions  si  variées  s’accompagnent  d’épanchements  sanguins  d’un  volume 
différent  suivant  les  cas  ? 

Modifications  qui  s’accomplissent  lorsque  la  luxation  a  été  réduite.  — 
Lorsque  la  réduction  a  été  opérée  peu  de  temps  après  l’accident,  pourvu 
bien  entendu  que  les  désordres  n’offrent  pas  une  gravité  exceptionnelle, 
les  phénomène  consécutifs  sont  assez  simples.  Le  sang  épanché  se  résorbe 
peu  à  peu, les  parties  déchirées  se  cicatrisent,  et  la  fonction  se  rétablit  assez 
promptement.  Quelles  sont,  aujuste,  les  modifications  qui  s’accomplissent 
dans  les  parties?  Dans  l’état  actuel  de  la  science,  il  est  assez  difficile  de  le 
dire.  Nous  possédons,  en  effet,  un  assez  grand  nombre  de  nécropsies  d’an¬ 
ciennes  luxations  non  réduites  ;  mais  on  n’a  eu  que  très-rarement  l’occasion 
d’étudier  directement  ce  qui  se  passe  dans  les  premiers  jours  qui  suivent 
la  réduction  :  les  nécropsies  de  luxations  réduites  depuis  longtemps  sont 
fort  rares,  si  tant  est  qu’il  en  existe.  Malgaigne  ne  rapporte  à  ce  sujet  que 
quelques  observations  qui  ne  suffisent  pas  à  élucider  la  question,  car  dans 
ces  faits  l’autopsie  a  été  pratiquée  à  une  époque  trop  rapprochée  de  l’ac¬ 
cident  et  de  la  réduction  pour  qu’il  soit  possible  de  tirer  une  conclusion. 


768  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  anatomie  et  physiologie  patmol. 

Une  seule  observation,  empruq^e  à  Hilton,  a  trait  à  une  luxation  réduite 
depuis  trois  mois;  —  il  s’agit, ‘tt.odtefois,  d’un  déplacement  dans  lequel  la 
capsule  était  restée  interposée  entre  la  tête  humérale  et  la  cavité  glénoïde. 
—  Ce  fait  est  donc  très-curieux  pour  montrer  tes  ressources  que  la  nature 
emploie  pour  le  rétablissement  des  fonctions  ;  mais,  en  raison  même  de  la 
particularité  qu’il  a  présentée,  il  ne  peut  guère  éclairer  ce  point  intéres-  • 
sant  de  physiologie  pathologique  qui  réclame  de  nouvelles  recherches. 

Transformations  qui  s’accomplissent  dans  la  région  occupée  par  la 
LUXATION,  QUAND  CELLE-CI  n’a  PAS  ÉTÉ  RÉDUITE.  —  Nous  sommcs  mieux  ren¬ 
seignés  sur  les  modifications  qui  s’accompJ|^issent  dans  les  luxations  aban¬ 
données  à  elles-mêmes.  Il  se  fait  Alors  tïn  travail  qui  a  pour  résultat  ; 
1°  Le  développement  d’une  dptieüTation  laouvelle  ou  d’une  néarthrose; 
2°  La  disparition  plus  ou  moins  ij^mplète  de  l’articulatio'h  normale. 

1“  Développement  de  la  néaHhrose.  —  Les  surfaces  osseuses  sont 
maintenues  dans  leurs  rapports  nouveaux  au  moyen  d’adhérences  périphé¬ 
riques,  qui,  très-résistantes  quand  les  mouvements  sont  Viuls  ou  bornés, 
peuvent  cependant  acquérir  par  l’exerpice  une  assez  grande  laxité.  Les  os, 
par  suite  des  pressions  réciproques  qu’ils  subissent,  se  modifient  dans  leur 
forme  :  —  l’os  déplacé  se  creuse  upe  cavité  dans  laquelle  il  s’appuie,  car  la 
pression  détermine  un  travail  da-r.ésorpjfidn.  En  même  temps,  tout  autour, 
là  où  des  vides  existent,  il  se  faiù  une  véritable  hypersécrétion  osseuse, 
des  stalactites  se  forment  et  augmentent  la^rofondeur  de  la  cavité  nou¬ 
velle.  Rien  de  variable,  du  reste,  comme  la  forme,  le  volume,  la  disposi¬ 
tion  de  ces  productions  osseuses  accidentelles,  à  la  formation  desquelles 
on  dirait  qu’a  présidé,  en  quelque  sorte,  une  force  directrice  et  intelli¬ 
gente.  C’est  ainsi,  par  exemple,  que,  dans  une  observation  de  luxation  du 
fémur  dans  le  trou  ovalaire  recueillie  par  Moreau,  on  a  vu  la  membrane 
obturatrice  transformée  en  une  lame  osseuse  épaisse,  faisant  saillie  dans 
le  petit  bassin  sous  forme  d’une  tumeur  convexe  et  arrondie,  et  moulée 
du  côté  opposé  sur  la  tête  fémorale.  L’extrémité  luxée  présente  aussi  di¬ 
verses  déformations  :  elle  s’aplatit  dans  les  points  où  s’exercent  les  pres¬ 
sions,  se  développe  au  contraire  du  côté  ou  il  y  a  des  vides  à  combler,  et 
souvent  les  tendons  avoisinants  y  creusent  parleur  glissement  des  gout¬ 
tières  profondes. 

Ici  se  présente  une  question  que  nous  devons  examiner.  Se  forme-t-il 
une  néarthrose  unique,  ou  bien  peut-il  arriver  que  l’os  luxé  puisse  subir 
de  nouveaux  déplacements?  J.  L.  Petit,  Desault,  Boyer  admettaient  ces 
déplacements  consécutifs,  et  les  attribuaient  à  la  persistance  de  l’action 
musculaire.  Cette  doctrine  a  été  vivement  attaquée  par  Malgaigne.  Il  est 
démontré  aujourd’hui  qu’ils  ne  peuvent  se  produire  dans  les  luxations 
traumatiques  qu’à  la  suite  de  violences  nouvelles,  qui  poussent  la  tête  plus 
loin  que  le  point  où  elle  s’était  d’abord  arrêtée.  Dans  les  luxations  patho¬ 
logiques,  et  surtout  dans  les  luxations  congénitales  du  fémur,  ces  dépla¬ 
cements  successifs  se  montrent  quelquefois  ;  mais,  dans  ces  cas,  il  s’agit 
d’états  pathologiques  tout  différents.  Nous  aurons  d’ailleurs  à  nous  expli¬ 
quer  sur  ce  point,  quand  il  sera  question  de  ces  affections. 


LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  ajvatomie  et  physiologie  pathol.  769 

Telles  sont,  esquissées  à  grands  traits,  les  modifications  qui  s’accom¬ 
plissent  dans  une  luxation  non  réduite.  Examinons  avec  détails  en  quoi 
elles  consistent. 

Moyens  d'union.  —  Quelle  que  soit  la  conformation  des  surfaces  arti¬ 
culaires,  on  les  trouve  toujours  réunies  par  une  sorte  de  manchon  fibreux, 
dans  l’épaisseur  duquel  on  peut  quelquefois  distinguer  des  ligaments  sé¬ 
parés.  Ce  manchon  fibreux  se  fixe  d’une  part  autour  de  la  tête  luxée,  non 
loin  de  l’attache  normale,  et  de  l’autre  au  pourtour  de  la  cavité  nouvelle. 
Lorsque  la  luxation  est  incomplète,  la  capsule  de  nouvelle  formation  se 
confond  avec  l’ancienne,  qui  persiste  et  s’insère  à  la  fois  au  pourtour  des 
deux  cavités.  Elle  est,  du  reste,  dans  certains  cas,  plus  forte  et  plus  résis¬ 
tante  qu’à  Tétat  normal,  car  les  muscles  se  transforment  dans  une  partie 
de  leur  épaisseur  en  tissu  fibreux  et  la  renforcent.  Cette  capsule  de  nou¬ 
velle  formation  est  parfois  incrustée  de  plaques  cartilagineuses  ou  même 
osseuses.  Sa  laxité  est  variable  et  dépend  des  mouvements  que  le  malade 
a  imprimés  à  l’articulation  nouvelle. 

Cavité  articulaire,  synoviale.  —  D’un  aspect  très-variable,  tantôt  lisse 
et  humide,  tantôt  au  contraire  sèche  et  rugueuse,  la  cavité  de  réception 
est  tapissée  par  un  tissu  fibreux  oufibroïde  dense  et  uni,  qui  n’est  autre 
que  le  périoste  ayant  subi  une  transformation  fibro-cartilagineuse.  Du 
côté  de  la  tête  luxée  le  cartilage  se  modifie  et  devient  fibreux  ou  fibro-carti- 
lagineux.  L’os  se  polit  et  présente  une  surface  éburnée.  Dans  quelques 
cas,  on  peut  constater  la  présence  d’altérations  qui  sont  dues  au  dévelop¬ 
pement  d’une  arthrite  sèche.  Quant  à  la  membrane  synoviale,  elle  est  rem¬ 
placée  par  une  trame  cellulaire  à  surface  lisse  et  humide;  le  microscope 
n’y  a  pas  constaté  la  présence  d’un  revêtement  épithélial  continu.  Les  li¬ 
gaments  intra-articulaires,  comme  le  ligament  rond,  par  exemple,  sont  le 
plus  souvent  détruits,  ou  transformés  en  plusieurs  bandelettes  Gbrillaires. 

Muscles.  —  Les  fibres  déchirées  se  cicatrisent.  Ainsi  que  j’ai  déjà  eu 
occasion  de  le  dire,  ces  organes  subissent,  dans  une  partie  de  leur  épais¬ 
seur,  la  transformation  fibreuse  et  concourent  à  la  formation  de  la  cap¬ 
sule  articulaire  ;  d’autres  fois  ils  deviennent  graisseux,  mais  seulement 
lorsqu’ils  cessent  d’agir.  Dans  le  cas  contraire,  les  gaines  synoviales  se 
reforment,  les  tendons  se  creusent  des  gouttières  au  milieu  des  nouvelles 
productions  osseuses. 

.Vaisseaux  et  nerfs.  —  Les  altérations  que  présentent  ces  organes  au 
voisinage  d’une  luxation  ancienne  ont  été  peu  étudiées.  Malgaigne,  tou¬ 
tefois,  a  noté  que  les  artères  présentaient  quelquefois  un  allongement  et 
une  hypertrophie  de  leurs  parois.  Dans  quelques  cas,  elles  contractent  des 
adhérences  avec  les  parties  voisines,  et  restent  comme  englobées  dans 
une  masse  de  tissu  cellulaire  induré.  Cette  particularité  est  très-impor¬ 
tante  à  connaître;  elle  nous  explique  les  ruptures  qui  ont,  dans  quelques 
cas,  suivi  les  tentatives  de  réduction  de  luxations  anciennes. 

Les  nerfs  Ont  été  trouvés  déplacés,  plus  tortueux  que  dans  Tétat  nor¬ 
mal,  quelquefois  aplatis  et  comme  rubanés,  par  suite  de  la  pression  exer¬ 
cée  sur  eux  par  Tos  déplacé. 

KODV.  JDICT.  HÉl).  ET  Cllin.  XX.  —  49 


770  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  anatomie  et  physiologie  pathol. 

2°  Disparition  plus  ou  moins  complète  de  l’articulation  normale.  —  En 
même  temps  que  se  fait  Je  travail  que  je  viens  de  décrire,  et  qui  a  pour 
résultat  la  formation  d’une  articulation  nouvelle,  il  s’en  fait  un  autre 
dans  l’ancienne  cavité,  qui  tend  à  disparaître  plus  ou  moins  complète¬ 
ment.  Elle  se  rétrécit  comme  font  les  alvéoles  dentaires  après  l’extraction 
des  dents,  et  se  comble  en  totalité  ou  en  partie.  Les  débris  ligamenteux, 
les  produits  plastiques,  l’hypertrophie  osseuse,  sont  autant  de  circon¬ 
stances  qui,  réunies  aux  pressions  exercées  par  l’extrémité  de  l’os  déplacé 
et  les  muscles  du  voisinage,  concourent  à  produire  ce  résultat.  11  serait 
très-important  de  pouvoir  déterminer  au  bout  de  combien  de  temps  ces 
diverses  transformations  s’accomplissent;  mais  on  ne  peut  rien  dire  de 
précis  à  cet  égard.  Il  est  certain  qu’elles  ne  se  font  pas  chez  tous  les  indi¬ 
vidus,  et  pour  toutes  les  articulations,  avec  la  même  rapidité.  La  cavité 
glénoïde  a  été  trouvée  complètement  oblitérée  au  bout  de  trois  mois,  et 
intacte  après  cinq  mois  et  même  davantage.  La  cavité  cotyloide  avait, 
dans  un  cas,  conservé  sa  forme  et  sa  profondeur  après  plusieurs  années. 
Au  coude,  les  changements  se  font  plus  promptement  qu’à  l’épaule.  En 
résumé,  une  foule  de  circonstances  peuvent  accélérer  ou  retarder  le  ré¬ 
sultat,  et  chaque  cas  se  présente  avec  des  caractères  qui  lui  sont  propres. 

Changements  qui  surviennent  à  la  suite  des  luxations  anciennes  dans 
les  parties  plus  éloignées  de  l’articulation.  —  Hippocrate  avait  déjà  dé¬ 
crit  les  atrophies  et  les  altérations  de  forme  des  membres  luxés.  Ceux-ci 
diminuent  de  volume  dans  la  partie  placée  au-dessous  de  l’articulation,  et 
ce  mouvement  d’atrophie  est  d’autant  plus  prononcé  que  le  sujet  est 
plus  jeune  et  la  néarthrose  moins  parfaite  ;  il  est  en  outre  d’autant  plus 
marqué  que  l’os  se  rapproche  davantage  de  l’articulation  luxée  :  ainsi,  par 
exemple,  dans  la  luxation  coxo-fémorale,  c’est  d’abord  sur  le  fémur,  puis 
sur  les  os  de  la  jambe,  et  enfin  sur  ceux  du  pied,  que  l’on  trouve  les  traces 
les  plus  prononcées  de  cette  diminution  de  volume.  L’arrêt  de  développe¬ 
ment  s’observe  aussi,  mais  à  un  degré  moindre,  sur  les  os  placés  au- 
dessus  de  la  jointure  malade  ;  ainsi  la  luxation  coxo-fémorale  exerce  une 
influence  directe  sur  le  développement  de  l’os  iliaque  et  du  sacrum.  11  en 
résulte  des  modifications  dans  la  configuration  du  bassin  qui,  chez  la 
femme  surtout,  peuvent  acquérir  une  grande  importance  :  j’insiste  peu, 
toutefois,  sur  ces  modifications  que  Sédillot  surtout  a  si  bien  décrites,  car 
j’ai  eu  l’occasion  de  les  exposer  ailleurs  {voy.  Hanche,  t.  XVH,  p.  199). 

Le  reste  du  squelette  peut  présenter  des  altérations  variables,  et  qui 
tiennent  à  la  claudication,  aux  tractions  opéras  par  les  muscles,  dont  l’ac¬ 
tion  s’exerce  dans  des  sens  différents  de  celui  où  ils  fonctionnent  à  l’état 
normal.  De  tout  ceci  il  résulte  des  incurvations,  des  changements  dans 
la  forme  plus  ou  moins  prononcés.  Enfin,  les  articulations  éloignées  peu¬ 
vent  elles-mêmes  être  légèrement  modifiées. 

Lorsqu’une  articulation  importante  ne  peut  remplir  qu’imparfaitement 
ses  fonctions,  le  malade  tend  nécessairement  à  y  suppléer  par  le  jeu  des 
articulai  ions  éloignées.  C’est  ainsi,  par  exemple,  que  dans  le  cas  de  luxa¬ 
tion  de  ^extrémité  supérieure  du  radius,  et  lorsque  les  mouvements  de 


LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  anatomie  et  physiologie  pathol.  771 
pronation  et  de  supination  sont  perdus,  le  malade  cherche  à  les  rempla¬ 
cer  par  des  mouvements  imprimés  à  l’articulation  scapulo-humérale. 
Celle-ci  finit  à  la  longue  par  acquérir  une  laxité  beaucoup  plus  grande 
que  dans  l’état  normal,  ce  qui  tient  à  ce  que  les  divers  éléments  delà 
jointure  ont  subi  des  modifications  de  structure  plus  ou  moins  pro¬ 
noncées. 

Complications  des  luxations.  —  Je  viens  de  décrire  succinctement  les 
lésions  qui  accompagnent  le  plus  grand  nombre  des  luxations.  Dans  quel¬ 
ques  circonstances  les  désordres  sont  bien  plus  prononcés;  la  luxation,  en 
d’autres  termes,  ne  présente  pas  cette  simplicité  relative,  elle  est  alors, 
comme  on  dit,  compliquée. 

La  distinction  entre  les  luxations  simples  et  les  luxations  compliquées 
est  légitime;  toutefois,  dans  la  pratique,  il  n’est  pas  toujours  facile  de  clas¬ 
ser  les  unes  et  les  autres.  Ce  qui  augmente  l’embarras,  c’est  que  les  au¬ 
teurs  ne  s’entendent  pas  sur  le  sens  et  la  valeur  qu’il  faut  donner  à 
cette  expression  complications.  Malgaigne  avait  tâché  de  simplifier  la  ques¬ 
tion  en  divisant  les  luxations  en  luxations  simples,  luxations  complexes 
et  luxations  compliquées.  Il  établissait  ainsi  une  distinction  ficile  à  saisir 
entre  les  luxations  simples  et  les  luxations  compliquées  ;  mais  la  difficulté 
n’était  que  reculée,  car  l’incertitude  reparaît  qnand  il  s’agit  de  dire  où 
commence  et  où  finit  la  luxation  qn’il  appelle  complexe.  On  aura  beau 
faire,  les  distinctions  ne  peuvent  être  qu’artificielles  ;  le  meilleur  est  de 
s’entendre,  et  sur  ce  point  nous  nous  rangeons  complètement  à  l’opinion 
du  judicieux  Boyer,  qui  s’exprime  ainsi  :  «  Il  ne  peut  y  avoir  de  luxation 
sans  un  désordre  quelconque  dans  les  parties  molles  qui  environnent  l’ar- 
tjpulation  affectée  ;  mais  ces  lésions  concomitantes,  qui  peuvent  intéresser 
pareillement  les  parties  dures,  sont  plus  ou  moins  étendues,  et  quand  elles 
le  sont  au  point  de  fournir  des  indications  particulières,  elles  constituent 
des  complications  :  de  là  la  distinction  des  luxations  en  luxations  simples 
et  compliquées.  »  Nous  regardons  donc  comme  complications  les  lésions 
produites,  en  même  temps  que  la  luxation,  dans  la  région  affectée  ou  dans 
son  voisinage,  et  présentant  des  indications  curatives  spéciales.  Ces  lésions 
sont  :  les  fractures,  les  déchirures  de  vaisseaux  et  de  nerfs  d’un  certain 
volume,  et  enfin  la  perforation  des  téguments.  Ce  sont  là  les  compli¬ 
cations  que  Nélaton  appelle  primitives,  par  opposition  à  celles  dites  consé¬ 
cutives  et  qui  sont  le  résultat  du  travail  pathologique  provoqué  par  le 
traumatisme,  lequel  ne  se  manifeste  par  conséquent  qu’après  un  temps 
plus  ou  moins  long.  Ces  états  pathologiques,  tels  que  l’arthrite,  le  phleg¬ 
mon,  le  tétanos,  la  gangrène,  sont  des  accidents  consécutifs  qui  peuvent 
apparaître  à  la  suite  de  toute  luxation;  nous  aurons  à  les  étudier,  sans 
doute,  mais  nous  ne  devons  pas  les  envisager  comme  appartenant  au 
groupe  des  luxations  compliquées,  parce  qu’ils  ne  sont  pas  la  consé(|uence 
nécessaire  du  déplacement  :  ils  peuvent  se  montrer  ou  ne  pas  se  montrer, 
suivant  que  telle  ou  telle  circonstance  indépendante  du  traumatisme 
vieiPt  y  ajouter  son  influence. 

/Luxations  compliquées,  de  f7'actures.  —  Dans  un  bon  nombre  4e  luxa- 


772  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  étiologie. 

lions,  il  se  fait  des  arrachements  osseux,  des  fêlures  interstitielles  que  l’on 
ne  peut  pas  diagnostiquer.  Ces  fractures,  ou  plutôt  ces  fêlures  ne  consti¬ 
tuent  pas  de  véritables  complications  ;  mais  si  la  lésion  osseuse  a  séparé 
un  fragment  assez  volumineux  pour  qu’il  en  résulte  la  manifestation  de 
certains  symptômes  qui  ne  se  retrouvent  pas  dans  la  luxation  simple, 
telles,  par  exemple,  que  la  fracture  de  la  cavité  cotyloïde  dans  la  luxation 
du  fémur,  de  l’olécrâne  ou  des  tubérosités  humérales  dans  les  luxations  du 
coude,  ou  de  la  diaphyse  de  ces  os,  etc.,  nous  dirons  que  la  luxation  est 
compliquée  de  fracture.  Les  conséquences  de  la  lésion  seront  tout  autres  : 
des  indications  spéciales  réclament  une  thérapeutique  qui  n’est  pas  celle 
qui  suffirait  pour  une  luxation  simple.  (Vùy.  Fkactübes,  t.  XV,  p.  428.) 

Luxations  compliquées  de  plaie  pénétrante.  —  Cette  complication  est 
excessivement  grave.  On  sait,  en  effet,  combien  sont  dangereuses  les  plaies 
pénétrantes  articulaires,  alors  même  qu’ elles  sont  produites  par  un  instru¬ 
ment  qui  ne  fait  que  diviser  dans  une  petite  étendue  une  couche  peu 
épaisse  de  tissus.  Or,  dans  la  luxation,  pour  que  l’os  arrive  à  perforer 
les  téguments,  il  faut  une  violence  extrême;  il  y  a  donc  des  désordres  con¬ 
sidérables,  fractures  interstitielles,  arrachements  osseux,  déchirures  de 
muscles  et  de  vaisseaux  d’un  certain  calibre.  On  se  trouve  en  face  d’une 
plaie  pénétrante  articulaire,  présentant  les  conditions  les  plus  défavo¬ 
rables. 

Luxations  compliquées  de  la  lésion  de  vaisseaux  et  de  nerfs  volumi¬ 
neux.  —  Elles  sont  rares,  exception  faite,  toutefois,  pour  le  nerf  circon¬ 
flexe  qui  est  souvent  contus  et  déchiré  dans  les  luxations  de  l’épaule.  Les 
déchirures  artérielles  ont  été  observées  dans  quelques  cas  :^pas  n'est  be- 
spjnjl’aiouter  que  cette  complication  présente  une  grande  gravité. 

Devons-nous  ranger  parmi  les  complications  des  luxations  quelques  lé¬ 
sions  viscérales  qui  ont  pu  être  observées  dans  certains  cas?  Nous  ne  le 
pensons  pas  ;  car  nous  nous  occupons  des  luxations  en  général,  et  de 
même  que,  lorsque  nous  avons  fait  l’étude  des  fractures  en  général,  nous 
n’avons  pas  cru  devoir  considérer  comme  complications  les  lésions  céré¬ 
brales  qui  peuvent  accompagner  les  fractures  du  crâne,  nous  ne  saurions 
regarder  comme  complications  des  luxations  les  lésions  de  la  moelle  épi¬ 
nière,  par  exemple,  qui  ont  été  observées  à  la  suite  de  luxations  rachi¬ 
diennes. 

Étiologie.  —  Les  luxations  sont  le  résultat  de  violences  exercées  sur 
les  articulations,  assez  énergiques  pour  triompher  de  la  résistance  de  leurs 
moyens  d’union.  Les  circonstances  dans  lesquelles  ces  lésions  peuvent  se 
produire  sont  excessivement  nombreuses,  et  leur  énumération  serait  aussi 
fastidieuse  qu’inutile.  Tous  les  auteurs,  cependant,  reproduisent  àcepro- 
pos  la  division  classique  des  causes  prédisposantes  et  des  causes  détermi¬ 
nantes.  Il  est  évident  qu’une  foule  de  conditions,  soit  inhérentes  à  l’indi¬ 
vidu,  soit  placées  en  dehors  de  lui,  favorisent  l’action  du  traumatisme,  et 
certains  traités  de  chirurgie  renferment  à  cet  égard  des  détails  très-éten- 
ilus.  On  a  étudié  l’influence  de  l’âge,  du  sexe,  des  saisons,  des  professions 
sur  la  fréquence  de  la  production  des  luxations,  et  des  statistiques  volu- 


LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  étiologie.  '773 

mineuses  ont  été  produites.  J’accorde  volontiers,  la  chose  d’ailleurs  était 
facile  à  prévoir,  que  les  luxations  sont  plus  fréquentes  en  hiver  qu’en  été, 
chez  l’homme  que  chez  la  femme;  qu’ elles  se  produisent  moins  sou¬ 
vent  que  les  fractures  ;  mais  je  me  demande  en  quoi  ces  résultats  peu¬ 
vent  intéresser  le  praticien.  Ces  données  statistiques  rendent-elles  le  diag¬ 
nostic  plus  clair,  le  traitement  mieux  assuré,  ou  peuvent-elles  conduire  à 
instituer  des  règles  prophylactiques?  Nous  avons,  à  mon  avis,  trop  de  faits 
importants  à  connaître  et  à  retenir,  pour  surcharger  inutilement  notre 
mémoire  de  détails  qui  offrent  tout  au  plus  un  intérêt  de  curiosité.  Il  est 
temps  de  rompre  avec  ces  coutumes,  et  de  nous  attacher  plus  spéciale¬ 
ment  à  ce  qui  offre  réellement  un  intérêt  pratique. 

Les  violences  qui  déterminent  les  luxations  n’agissent  pas  toujours  de 
la  même  manière.  Quelquefois  le  déplacement  s’opère  dans  l’exagération 
d’un  mouvement  normal;  C’est  ainsi  qu’à  l’amphithéâtre  nous  produisons 
les  luxations  du  fémur  :  cet  os  écarté  violemment  est  transformé  en  levier 
du  premier  genre  ;  or,  cette  exagération  dans  le  sens  des  mouvements  se 
réalise  quelquefois  dans  les  chutes,  la  cuisse  étant  violemment  portée 
dans  l’abduction;  d’autres  fois,  la  tête  de  l’os  est  chassée  directement  de  sa 
cavité  par  un  choc  violent  qui  surprend  le  membre  dans  certaine  position, 
c’est  ainsi  que  se  font  quelquefois  les  luxations  de  l’épaule  et  surtout  celles 
de  la  rotule.  Dans  d’autres  circonstances,  le  traumatisme  agit  en  séparant 
de  force  et  par  voie  de  torsion  et  de  traction  les  os  l’un  de  l’autre;  c’est 
par  ce  mécanisme  que  s’accomplit  fréquemment  la  luxation  de  l’extrémité 
supérieure  du  radius.  Enfin,  dans  quelques  cas  rares,  l’os  luxé  sort  de  sa 
cavité  par  suite  de  torsions  et  de  pressions  combinées  ;  il  est  eh  quelque 
sorte  chassé  de  sa  place  comme  un  noyau  de  cerise  que  l’on  presse  entre 
les  doigts.  C’est  ainsi  que  se  produisent  les  luxations  de  l’astragale  :  le 
pied  est  fortement  tiraillé,  les  ligaments  se  rompent,  et  l’astragale,  pressé 
fortement  entre  la  mortaise  du  tibia  et  le  calcanéum,  s’échappe  en 
avant. 

Il  est  souvent  difficile  de  décider  par  quel  mécanisme  la  luxation  s’est 
faite,  et  ceci  se  comprend,  car  plusieurs  circonstances  se  réunissent  pour 
la  produire.  Ainsi,  par  exemple,  il  est  incontestable  qu’une  violence  exté¬ 
rieure  convenablement  dirigée  suffit  à  elle  seule  à  opérer  le  déplacement  ; 
c’est  de  cette  manière  que  nous  faisons  des  luxations  à  l’amphithéâtre. 

A  cette  cause  vient  s’ajouter,  sur  le  vivant,  un  autre  facteur  dont  l’action 
est  puissante  :  je  veux  parler  de  la  contraction  musculaire.  Quelle  part 
faut-il  accorder  à  cette  influence?  C’est  ce  qu’il  est  bien  difficile  de  dire. 
La  contraction  musculaire  peut-elle  à  elle  seule  déterminer  une  luxation? 
Sans  aucun  doute,  l’articulation  temporo-maxillaire  nous  en  offre  un 
exemple.  On  a  cité  l’observation  d’une  femme  qui,  dans  un  mouvement  de 
colère,  se  luxa  l’épaule  en  élevant  fortement  le  bras  pour  donner  un  souf¬ 
flet.  Les  cas  de  ce  genre  sont  toutefois  très-rares,  et  ont  été  diversement 
interprétés  :  on  s’est  demandé  si  les  articulations  étaient  alors  bien  saines, 
ou  tout  au  moins  ne  présentaient  pas  quelque  chose  d’anormal  dans  la 
disposition  des  surfaces  articulaires  ;  la  chose  n’est  pas  douteuse  pour  ce 


774'  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  symptomatologie. 

qui  concerne  un  certain  nombre  d’observations  de  luxations  volontaires 
qui  ontéié  publiées.  Cependant,  pour  ce  qui  regarde  certaines  articulations, 
on  reconnaît  que  la  luxation  peut  être  produite  par  la  simple  contraction 
musculaire.  Il  est,  il  faut  bien  le  reconnaître,  fort  difficile  de  bien  appré¬ 
cier  le  rôle  des  muscles.  Il  est  incontestable  que  ces  agents  contractiles, 
lorsque  le  membre  est  placé  dans  certaine  position,  contribuent  plutôt  à 
maintenir  les  surfaces  osseuses  dans  leurs  rapports  naturels  ;  mais  que 
l’on  suppose  (et  c’est  évidemment  ce  qui  a  lieu  fréquemment)  que  le  mem¬ 
bre  soit  placé  dans  une  position  telle  que  les  liens  fibreux  soient  distendus 
et  tiraillés,  qu’une  violence  extérieure  survienne  et  augmente  cette  dis¬ 
tension  ou  même  amène  la  rupture,  les  muscles  alors  sé  contractant  vi¬ 
goureusement  doivent  nécessairement  contribuer  pour  une  bonne  part  à 
produire  le  déplacement. 

Symptomatologie.  —  Les  symptômes  qui  accompagnent  les  luxa¬ 
tions  diffèrent  suivant  l’époque  de  la  maladie,  et,  sous  ce  rapport,  il  y  a 
lieu  d’établir  la  division  correspondant  à  celle  que  nous  avons  admise 
dans  l’étude  anatomo-pathologique  de  la  question. 

Luxations  eécentes.  —  Au  moment  même  où  la  luxation  s’opère,  il 
se  produit  une  douleur  dont  l’intensité  varie  suivant  la  nature  de  l’arti¬ 
culation,  la  gravité  des  désordres  et  la  violence  du  traumatisme.  Plus  la 
jointure  est  serrée  et  plus  en  général  la  douleur  est  vive,  il  n’est  pas  be¬ 
soin  d’en  dire  la  raison.  Lorsquela  luxation  est  simple,  indirecte,  la  dou¬ 
leur  tend  à  s’apaiser  assez  promptement,  elle  devient  très-supportable  à 
la  condition  qu’on  n’imprime  pas  des  mouvements  au  membre. 

Déformation  du  membre.  —  Ce  symptôme  se  manifeste  toujours,  mais 
avec  des  caractères  qui  varient  suivant  l’articulation  affectée.  Si  on  est  ap¬ 
pelé  à  examiner  le  malade  avant  que  le  gonflement  inflammatoire  ait  eu 
le  temps  de  se  développer,  ce  symptôme  peut  être  facilement  étudié.  La 
configuration  de  la  région  affectée  est  plus  ou  moins  profondément  modi¬ 
fiée:  ici  apparaît  une  saillie,  là  une  dépression  qui  n’existent  pas  dans  l’état 
normal.  L’axe  du  membre  a  une  direction  toute  différente,  soit  dans  un 
sens,  soit  dans  un  autre,  suivant  les  cas  ;  il  ne  passe  plus  dans  le  centre  de 
l’articulation.  Le  membre  malade  présente  ordinairement  des  change¬ 
ments  dans  sa  longueur  ;  tantôt  il  est  plus  allongé,  tantôt,  au  contraire,  il 
est  raccourci. 

Impotence  du  membre.  —  Les  mouvements  de  la  jointure  sont  plus  ou 
moins  compromis  :  dans  certains  cas,  ils  sont  impossibles  et  le  membre 
reste  fixé  dans  la  situation  dans  laquelle  la  luxation  l’a  placé  (luxation  de 
l’avant-bras  en  arrière)  ;  d’autres  fois,  ces  mouvements  ne  sont  abolis 
qu’en  partie.  Le  gonflement  inflammatoire  qui  se  manifeste  promptement 
contribue  à  rendre  ces  mouvements  plus  difficiles  et  plus  obscurs;  il  peut 
même  faire  disparaître  complètement  une  mobilité  relative,  que  le  seul 
déplacement  des  surfaces  articulaires  permet  encore  dans  les  premiers 
moments  qui  suivent  l’accident. 

L’impotence  du  membre  s’obsei’ve  dans  le  plus  grand  nombre  des  cas  ; 
toutefois  ce  symptôme,  qui  n’appartient  pas  exclusivement  à  ce  genre  de 


LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  diagnostic.  -  775 

lésions,  peut  disparaître  promptement,  en  partie  du  moins,  et  cela  se  voit 
non-seulement  dans  les  luxations  du  membre  supérieur,  mais  encore  dans 
celles  de  la  cuisse.  On  a  vu  des  malades  affectés  de  luxations  coxo- 
fémorales  marcher  plus  ou  moins  péniblement  quelques  jours  après 
l’accident. 

Contusion,  ecchymose.  —  Quand  la  luxation  est  produite  par  cause  di¬ 
recte,  ces  symptômes  apparaissent  au  niveau  même  de  l’articulation.  L’ec¬ 
chymose  peut  se  montrer  dans  un  point  plus  éloigné  dans  le  cas  de  dépla¬ 
cement  par  cause  indirecte.  L’existence  et  le  siège  de  cette  ecchymose  sont 
quelquefois  de  quelque  utilité  dans  le  diagnostic  de  certaines  luxations. 

Luxations  réduites.  —  Lorsque  l’os  a  été  promptement  remis  dans  sa 
cavité,  et  qu’il  n’y  a  pas  de  complications,  les  choses  rentrent  dans  l’or¬ 
dre,  les  symptômes  que  nous  venons  d’énumérer  disparaissent  dans  un 
court  délai. 

Luxations  non  réduites.  —  Les  accidents  inflammatoires  se  dissipent 
peu  à  peu,  la  doulkir  se  calme,  et  le  malade  présente  alors  les  symptômes 
du  début,  déformation  du  membre  et  difficulté  plus  ou  moins  grande  des 
mouvemeqts.  Ceux-ci  tendent  à  reparaître  peu  à  peu,  surtout  si  le  ma¬ 
lade  travaille  à  les  ramener.  Nous  avons  exposé  précédemment  les  modi¬ 
fications  qui  s’accomplissent  dans  les  parties,  et  qui  aboutissent  à  l’établis¬ 
sement  d'une  néarthrose.  Il  faut  un  temps  quelquefois  très-long  pour  que 
celle-ci  ,se  constitue  de  manière  à  permettre  le  rétablissement  partiel  de  la 
fonction  ;  mais  enfin  il  est  des  cas  où  les  malades  sont  arrivés,  sous  ce 
rapport,  à  des  résultats  satisfaisants.  11  n’en  est  pas  toujours  ainsi.  Si  cer¬ 
taines  luxations  de  l’épaule  ont  pu  permettre  le  rétablissement  des  mou¬ 
vements  dans  une  étendue  assez  grande  pour  que  le  malade  ait  pu  se  ser¬ 
vir  à  peu  près  convenablement  de  son  membre,  il  en  est  d’autres,  les 
luxations  complètes  de  l’avant-bras  en  arrière,  par  exemple,  qui  entraî¬ 
nent,  lorsqu’elles  ne  sont  pas  réduites,  l’abolition  complète  des  mouve¬ 
ments  de  la  jointure. 

Il  est  bien  entendu  que  nous  n’avons  parlé  jusqu’ici  que  des  symptô¬ 
mes  qui  accompagnent  les  luxations  simples  ;  bien  souvent  d’autres  phé¬ 
nomènes  apparaissent  et  constituent  des  accidents  plus  ou  moins  sérieux. 
C’est  ainsi  que  le  gonflement  inflammatoire,  au  lieu  de  se  résoudre  et  de 
disparaître,  peut  aboutir  à  un  phlegmon  diffus,  ou  à  une  arthrite. 

Une  fois  sur  cette  voie,  le  malade  est  exposé  aux  terribles  complications 
de  la  septicémie  et  de  la  pyohémie.  La  contusion  des  téguments  a  été  quel¬ 
quefois  si  forte  que  la  mortification  des  tissus  en  a  été  la  conséquence  ; 
d’autres  fois,  les  vaisseaux  du  membre  sont  comprin^s  par  la  tête  dépla¬ 
cée,  il  en  résulte  des  œdèmes  très-rebelles.  On  a  même  vu,  dans  quelques 
cas,  le  sphacèle  du  membre  déterminé  par  la  compression  de  son  artère 
principale.  Les  compressions  nerveuses  peuvent  amener  des  paralysies  plus 
ou  moins  complètes  ou,  tout  au  moins,  un  engourdissement  fort  pénible. 

Diagnostic.  —  Dans  certains  cas,  le  diagnostic  des  luxations  ne  pré¬ 
sente  aucune  difficulté;  un  simple  coup  d’œil  jeté  sur  le  malade  permet  à 
un  chirurgien  exercé  de  les  reconnaître.  D’autres  fois,  au  contraire,  les 


776  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  dugkostic. 

signes  sont  tellement  obscurs  que,  même  après  un  examen  attentif,  les 
praticiens  les  plus  consommés  peuvent  rester  dans  l’incertitude.  Si  l’on 
veut  bien  remarquer,  d’ailleurs,  que  le  diagnostic  ne  consiste  pas  seulement 
à  reconnaître  la  luxation,  mais  qu’il  importe  encore  de  préciser  le  sens 
et  l'étendue  du  déplacement,  la  gravité  des  désordres,  l’état  de  simplicité 
ou  de  complications,  d’apprécier  le  mécanisme  suivant  lequel  la  tête  est 
sortie  de  sa  cavité,  on  conviendra  que  la  solution  du  problème  réclame 
toute  l’attention  de  l’homme  de  l’art. 

Pour  arriver  à  établir  le  diagnostic,  le  chirurgien  devra  s’enquérir  avec 
soin  de  toutes  les  circonstances  qui  ont  accompagné  l’accident  ;  il  devra, 
autant  que  possible,  contrôler  les  renseignements  qui  lui  seront  fournis, 
examiner,  par  exemple,  si  les  vêtements  portent  la  trace  de  la  chute  qui  a 
eu  lieu  et  si  les  téguments  présentent  dans  tel  ou  tel  point  des  marques  de 
contusions;  ces  circonstances  sont  de  nature  à  favoriser,  dans  bien  des 
cas,  l’intelligence  du  mécanisme  suivant  lequel  s’est  produite  la  luxation. 

Les  symptômes  douleur,  craquements,  impuissance  du  membre  n’ont 
pour  le  diagnostic  qu’une  valeur  secondaire,  car  ils  s’observent  dans  la 
contusion,  l’entorse,  la  fracture,  états  pathologiques  qu’il  s’agit  précisé¬ 
ment  de  différencier  de  la  luxation.  Ils  constituent  ce  que  l’on  a  appelé 
les  signes  rationnels. 

C’est  sur  les  signes  sensibles  que  le  chirurgien  devra  surtout  asseoir 
son  jugement  :  le  plus  important  est  ta  déformation  de  la  région.  Ses  ca¬ 
ractères,  je  l’ai  déjà  dit,  sont  d’autant  plus  faciles  à  saisir  que  l’on  exa¬ 
mine  le  malade  à  un  moment  plus  rapproché  de  l’accident.  Pour  mieux 
distinguer  toutes  les  nuances  de  cette  déformation,  il  faut  mettre  à  décou¬ 
vert,  non-seulement  la  région  malade,  mais  encore  celle  du  côté  opposé 
afin  de  pouvoir  établir  la  comparaison.  Un  excellent  signe  se  tire  de  la  di¬ 
rection  de  l’axe  de  l’os  que  l’on  présume  luxé.  On  cherche  ensuite  à  re¬ 
connaître  par  la  palpation  les  changements  qui  peuvent  être  survenus  • 
dans  les  rappoiTs  des  saillies  osseuses.  Il  est  sans  doute  des  cas  nombreux 
où  le  gonflement  des  parties,  ou  toute  autre  circonstance,  rend  cette  ex¬ 
ploration  extrêmement  difficile.  Faut-il  alors,  comme  le  conseille  Malgai- 
gne,  aller  à  la  recherche  des  saillies  osseuses  au  moyen  d’une  aiguille 
fine  que  l’on  enfonce  dans  les  tissus  pour  trouver  la  position  de  celles-ci? 
Malgré  l’autorité  de  l’éminent  chirurgien,  ou  plutôt,  à  cause  précisément 
de  la  valeur  que  l’on  est  tout  naturellement  et  tout  légitimémeut  porté  à 
accorder  à  un  précepte  donné  par  un  homme  de  cette  notoriété,  je  ne 
saurais  trop  m’élever  contre  une  semblable  pratique  :  elle  expose  à  des 
dangers  réels,  sa^  donner  d’ailleurs  les  compensations  promises.  Je 
doute  qu’un  chirurgien  présumé,  atteint  d’une  luxation,  consente  à  lais¬ 
ser  employer  sur  lui-même  un  pareil  moyen  d’exploration  ;  il  lui  sera, 
pour  le  même  motif,  interdit  de  le  pratiquer  sur  un  malade. 

On  cherche  ensuite  à  apprécier  les  changements  qui  ont  pu  se  manifes¬ 
ter  dans  la  longueur  du  membre.  On  y  parvient  par  des  mensurations 
convenablement  dirigées.  Ce  n'est  pas  ici  le  lieu  d’indiquer  les  précau¬ 
tions  à  prendre  pour  éviter  l’erreur  :  je  me  contente  de  dire  que,  pour  ces 


LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  prokosiic.  777 

constatations,  on  emploie  deux  ordres  de  moyens  :  les  mensurations  de  lon¬ 
gueur  que  l’on  pratique  avec  un  cordon,  un  mètre,  et  les  mensurations 
d’épaisseur  prises  au  niveau  même  de  la  région-  articulaire,  et  que  l’on 
pratique  avec  le  compas  d’épaisseur;  ces  deux  données,  la  dernière  sur¬ 
tout,  P  uvent  éclairer  le  diagnostic. 

Des  explorations  prudemment  conduites  permettent,  dans  la  majorité 
des  cas  du  moins,  d’apprécier  la  gêne,  la  difficulté  ou  l’impossibilité  des 
mouvements.  Je  ferai  remarquer  à  ce  propos  que,  dans  ces  explorations, 
on  constate  souvent  l’existence  d’une  crépitation  sur  les  caractères  de  la¬ 
quelle  il  faut  être  prévenu.  Celle-ci,  que  l’on  confond  facilement  avec  la  cré¬ 
pitation  osseuse,  est  moins  sèche,  plus  sourde,  moins  rugueuse  :  elle  est  le 
résultat  du  frottement  de  deux  surfaces  dépolies,,  ou  même  quelquefois,  et 
en  même  temps,  de  la  déchirure  de  caillots  sanguins.  Il  y  a,  sous  ce  rap¬ 
port,  des  nuances  difficiles  à  décrire,  mais  que  savent  bien  reconnaître 
les  praticiens  expérimentés.  J’ajouterai,  et  ceci  a  une  haute  importance, 
que  la  crépitation,  quand  elle  tient  à  l’existence  d’une  fracture,  a  pour 
caractère,  indépendamment  de  ceux  que  je  viens  de  signaler,  de  ne  pou¬ 
voir  être  obtenue  qu’en  produisant  une  douleur  très-vive.  Il  n’en  est 
pas  de  même,  à  beaucoup  près,  lorsque  la  luxation  existe  sans  compli¬ 
cations. 

Le  diagnostic  des  luxations  anciennes  repose  sur  les  mêmes  signes  que 
celui  des  luxations  récentes:  quelques-uns  d’entre  eux  manquent,  il  est  vrai, 
et  ne  peuvent  plus  être  perçus  ;  mais,  par  compensation,  d’autres  sont  plus 
faciles  à  constater. 

Les  luxations  peuvent  être  confondues  avec  la  contusion,  Yentorse  et 
la  fracture  très-voisine  de  l’articulation,  et  enfin,  chez  les  jeunes  sujets, 
avec  le.  décollement  des  épiphyses,  qui  n’est  d’ailleurs  pas  autre  chose 
qu’une  fracture.  Les  détails  qui  précèdent  suffiront  pour  établir  le  diag¬ 
nostic  dilférentiel,  dans  la  majorité  des  cas  du  moins,  et  ce  serait  nous 
exposer,  sans  utilité,  à  des  redites  que  d’insister  davantage  sur  ce  point. 
On  rencontrera,  sans  doute,  des  cas  assez  obscurs  pour  tenir  en  échec  les 
chirurgiens  les  plus  expérimentés  :  cela  se  voit  surtout  lorsque  la  douleur 
est  assez  vive  pour  que  les  explorations  ne  puissent  pas  être  faites  conve¬ 
nablement  ;  V anesthésie  offre  alors  une  ressource  précieuse.  Il  ne  faut  pas 
abuser  de  ce  moyen,  qui  doit  être  réservé  pour  les  cas  difficiles  ;  mais  il 
est  bien  rare  qu’avec  son  emploi  on  n’arrive  pas  à  établir  un  diagnostic 
précis. 

Pronostic.  —  Ce  qui  précède  fait  pressentir  combien  il  est  difficile 
d’exposer  d’une  manière  générale  le  pronostic  des  luxations  :  celui-ci  varie 
nécessairement,  suivant  la  nature  de  l’articulation  affectée,  l’état  de  sim¬ 
plicité  ou  de  complication  de  la  lésion,  l’ancienneté  de  la  maladie,  Tâge  du 
sujet,  etc.  Toutes  choses  égales  d’ailleurs,  le  pronostic  est  d’autant  plus 
sombre  que  l’articulation  est  plus  serrée.  La  luxation  d’une  articulation 
enarthrodiale  présente  moins  de  gravité  que  la  luxation  d’un  ginglyme; 
pour  une  même  articulation,  la  luxation  incomplète  est  moins  dangereuse 
que  la  luxation  complète;  une  luxation  récente  offre,  toutes  choses  égales 


778 


LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  traitement. 
d’ailleurs,  une  gravité  bien  moins  grande,  que  lorsqu’elle  existe  depuis  un 
certain  temps  ;  une  luxation  simple,  sans  grands  désordres,  comporte  un 
pronostic  qui  n’est  pas  comparable  à  celui  de  la  même  lésion  compliquée 
d’une  déchirure  des  téguments.  Mais  avec  cette  dernière  complication,  le 
pronostic  n’est  pas  le  même  dans  tous  les  cas  ;  il  y  a  à  tenir  compte  de 
l’âge,  de  la  constitution  du  sujet;  c’est  ainsi,  par  exemple,  que  j’ai  pu 
observer,  chez  un  enfant  de  15  ans,  une  luxation  des  os  de  l’avant-bras  en 
arrière  avec  issue  de  l’humérus  en  avant,  faisant  une  saillie  de  5  à  6  centi¬ 
mètres  ;  la  réduction  0  opérée  immédiatement,  ne  fut  suivie  d’aucun  acci¬ 
dent,  et  le  malade  guérit  avec  conservation  complète  des  mouvements  de 
l’articulation  huméro-cuhitale.  Je  signale  ce  fait  précisément  pour  mon¬ 
trer  que  le  pronostic  des  luxations,  même  dans  les  cas  réputés  les  plus 
fâcheux,  ne  présente  rien  de  fixe  :  l’âge  du  sujet,  sa  bonne  constitution, 
et  aussi  la  rapidité  de  l’intervention  chirurgicale  ont  singulièrement  in¬ 
fluencé  la  marche  des  choses  dans  ce  cas  particulier. 

Une  question  fort  importante  au  point  de  vue  du  pronostic,  et  en  même 
temps  très-épineuse  à  décider,  est  celle  relative  aux  luxations  plus  ou  moins 
anciennes.  Sauf  de  très-rares  exceptions,  et  dans  la  pratique  il  faut  toujours 
compter  avec  les  cas  exceptionnels,  une  luxation  simple  et  récente  est  tou¬ 
jours  réductible;  mais  plus  l’on  s’éloigne  du  moment  de  l’accident,  et  plus 
le  pronostic  s’ assombrit,  parce  que  les  difficultés  pour  la  réduction  augmen¬ 
tent  chaque  jour,  et  qu’il  arrive  un  moment  où  celle-ci  n’est  plus  possible. 
Jusqu’à  quelle  époque  peut-on  compter  sur  la  réductibilité?  à  quelle  limite 
doit-on  s’arrêter  dans  les  tentatives  ?  voilà  encore  une  question  qu’il  est 
impossible  de  trancher  d’une  manière  générale,  chaque  cas  offre  en  quel¬ 
que  sorte  un  pronostic  qui  n’appartient  qu’à  lui.  C’est  qu’en  effet  la  ques¬ 
tion  est  complexe,  les  faits  considérés  en  masse  ne  suffisent  pas  pour  per¬ 
mettre  de  la  trancher.  Les  détails  dans  lesquels  nous  sommes  entré  à  pro¬ 
pos  de  l’anatomie  pathologique  nous  ont  montré  qu’il  n’en  pouvait  être 
autrement;  car  bien  des  circonstances  ont  une  influence  sur  la  rapidité 
avec  laquelle  les  transformations  qui  amènent  l’irréductibilité  s’accomplis¬ 
sent.  J’aurai,  du  reste,  à  revenir  dans  un  instant  sur  ce  sujet,  et  à  exa¬ 
miner  si,  dans  certains  cas,  il  n’est  pas  préférable  d’abandonner  une  luxa¬ 
tion  à  elle-même,  que  de  faire  courir  au  malade  les  chances  d’une  réduc¬ 
tion  douteuse,  et  qui  ne  saurait,  d’ailleurs,  être  obtenue  qu’à  l’aide  de 
manœuvres  qui  ne  sont  point  sans  danger. 

Tpa,itemeiit.  —  Les  indications  à  remplir  sont  nettement  tracées  ;  il 
faut  :  1“  remettre  l’os  à  sa  place,  c’est-à-dire  faire  la  réduction;  2°  la 
maintenir;  5°  prévenir  le  développement  des  accidents,  les  combattre 
quand  ils  existent;  4°  rétablir  les  fonctions  de  l’articulation. 

Pour  la  réduction,  il  est  à  peine  besoin  de  faire  remarquer  que  les  diffi¬ 
cultés  à  surmonter,  et  par  conséquent  les  moyens  à  employer  ne  sauraient 
être  les  mêmes  dans  tous  les  cas  :  nous  indiquerons ,  en  premier  lieu,  la 
conduite  à  suivre  en  face  d’une  luxation  simple  et  récente. 

Luxations  simpi.es  et  récentes.  —  Il  est  évident  que,  pour  faire  rentrer 
l’os  dans  sa  cavité,  il  faut  triompher  des  résistances  qui  le  maintiennent 


LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  traitement.  779 

dans  sa  situation  anormale;  or,  quelles  sont  ces-résistances?  Les  chirur¬ 
giens  qui  nous  ont  précédés  se  sont  livrés,  à  ce  propos,  à  des  discussions 
interminables.  Les  uns,  comme  J.  L.  Petit  et  Boyer,  ont  regardé  les  mus¬ 
cles  comme  les  principaux,  et  presque  comme  les  uniques  agents  de  cette 
résistance  ;  d’autres  ont  fait  voir  que  l’enclavement  des  surfaces  osseuses 
constituait,  dans  bien  des  cas,  l’obstacle  principal  à  surmonter;  enfln,  il 
en  est  qui  soutiennent  que  très-souvent  c’est  la  capsule  qui  s’oppose  à  la 
rentrée  de  l'os  dans  sa  cavité.  Sans  vouloir  reprendre  une  discussion  que 
les  recherches  anatomopathologiques  modernes  ont  rendue  inutile,  nous 
pouvons  dire  que  ces  trois  causes  réunies,  et  diversement  combinées,  exer¬ 
cent  leur  influence,  et  nous  ajouterons  que  le  meilleur  moyen  à  employer 
pour  opérer  la  réduction,  consiste  à  agir  de  manière  à  faire  parcourir  à 
la  tête  de  l’os  le  chemin  qu’elle  a  parcouru  pour  sortir  de  sa  cavité.  Je 
sais  bien  que  Louis  a  dit  :  «  J’ai  réduit  beaucoup  de  luxations,  je  n’ai  ja¬ 
mais  aperçu  qu’on  pût  distinguer  cette  route  précise  de  l’os.  »  C’est  là  une 
erreur.  La  tête  retrouve  facilement  sa  route,  et  rentre  sans  grands  efforts 
(je  parle  des  luxations  simples  et  récentes),  lorsque  l’on  a  placé  le  membre 
dans  la  situation  qui  lui  permet  de  la  retrouver.  Il  importe  donc,  en  pre¬ 
mier  lieu,  de  bien  poser  le  diagnostic,  et  de  se  rendre  un  compte  exact  du 
mécanisme  suivant  lequel  la  luxation  s’est  produite.  On  met  alors  le  mem¬ 
bre  dans  la  situation  dans  laquelle  il  se  trouvait  quand  le  déplacement 
s’est  effectué  ;  par  cette  simple  manœuvre,  on  relâche  les  muscles  qui  sont 
distendus,  on  dégage  les  saillies  osseuses  des  points  sur  lesquelles  elles 
s’arc-boutent;  enfin,  et  c’est  là  un  point  important,  comme  la  capsule  et 
les  ligaments  sont  toujours  déchirés  par  la  pression  de  l’os  luxé  dans  le 
sens  où  existe  le  déplacement,  le  chemin  de  rentrée  se  trouve  sous  ce 
rapport  tout  ouvert.  Gela  est  si  vrai  que,  dans  quelques  cas,  on  a  vu  la 
réduction  se  faire  spontanément,  alors  que  les  malades  avaient  opéré 
certains  mouvements  qui  plaçaient  les  os  dans  cette  situation  favorable. 

Poursuivons  la  description  des  moyens  à  employer  pour  opérer  la  ré¬ 
duction.  On  a  coutume  de  décrire  les  divers  temps  de  l’opération  sous  ces 
trois  chefs  :  1°  V extension;  2“  la  contre-extension;  5°  là  coaptation.  Nous 
décrirons  dans  ün  moment  ces  différentes  manœuvres  ;  mais,  auparavant, 
nous  ferons  remarquer  que  les  chirurgiens  ont  été  amenés  à  procéder,  sui¬ 
vant  les  cas,  de  deux  manières  différentes  :  tantôt  ils  emploient  la  méthode 
dite  de  douceur,  tantôt  celle  dite  de  force. 

Méthode  de  douceur.  —  Elle  consiste,  comme  son  nom  l’indique,  à 
n’employer  que  les  efforts  très-modérés.  On  devra  y  avoir  recours  dans  tous 
les  cas  de  luxation  simple  et  récente,  sauf,  si  on  échoue,  à  agir  comme 
nous  le  dirons  tout  à  l’heure.  La  manœuvre  à  suivre  est  très- simple.  Le 
chirurgien  exerce  des  tractions  modérées  sur  le  membre  placé,  cela  est 
important,  dans  la  position  convenable,  et  au  moment  donné,  il  exerce  sur 
la  tête  de  l’os  une  pression,  il  fait,  en  d’autres  termes,  la  coaptation.  Il  y 
a,  du  reste,  une  foule  de  nuances  dans  la  manière  de  procéder;  elles  ont 
été  succinctement  décrites  sous  des  dénominations  un  peu  prétentieuses, 
il  faut  le  dire.  C’est  ainsi  que  ces  petites  manœuvres  ont  été  désignées 


m  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  teaitement. 

sous  le  nom  de  procédé  de  coaptation  par  pression,  méthode  de  glissement 

(Gerdy),  méthode  d’impulsion  et  dedégasement  (Malgaigne). 

A  la  rigueur,  le  chirurgien  peut  pratiquer  seul  la  méthode  de  douceur; 
toutefois  il  est  bon,  quand  on  le  peut,  d’avoir  l’assistance  d’aides  intelli¬ 
gents,  qui  font  l’extensiqn  et  la  contre-extension;  le  chirurgien,  alors,  a 
toute  liberté  pour  bien  faire  la  coaptation. 

Méthode  de  forcée.  —  Le  chirurgien  n’est  pas  toujours  appelé  assez  tôt 
pour  songer  à  employer  la  méthode  précédente;  le  plus  ordinairement 
même,  cela  est  triste  à  constater,  la  luxation  existe  depuis  un  certain 
temps,  quand  le  malade  vient  réclamer  l’assistance  des  hommes  vraiment 
compétents.  Huit  fois  sur  dix,  il  s’adresse  au  rhabilleur  de  la  contrée, 
qui  réussit  admirablement  à  remettre  en  place  les  nerfs  chevauchés;  tout 
va  pour  le  mieux,  quand  le  malade  n’a  qu’une  contusion  ou  une  entorse  ; 
mais  lorsque  la  luxation  existe  réellement,  elle  persiste,  cela  va  sans  dire, 
et  le  malade  a  recours  alors  au  chirurgien,  un  peu  plus  tôt,  un  peu  plus 
tard,  suivant  la  dose  de  bon  sens  qu’il  possède.  Il  fout  alors  ne  compter 
que  sur  la  méthode  de  force;  comment,  en  pareil  cas,  doit-on  procéder? 
Nous  avons  auparavant  une  question  importante  à  résoudre. 

Moyens  auxiliaires.  —  Dans  tous  les  temps,  les  chirurgiens  ont  cherché 
à  diminuer  ou  à  abolir  les  résistances  musculaires,  en  employant  un  trai¬ 
tement  préparatoire  :  fomentations  sur  la  jointure,  compression  des  nerfs 
et  de  l’artère,  bains  chauds,  saignées  abondantes,  ivresse,  opium,* etc., 
ont  été  successivement  prônés  dans  les  époques  précédentes.  Il  ne  peut 
plus  être  question  de  ces  moyens  aujourd’hui  que  nous  avons  la  ressource 
de  l’anesthésie.  Le  plus  grand  nombre  des  chirurgiens  n’hésitent  pas  à  y 
avoir  recours  :  toutefois,  des  praticiens  très-distingués  proscrivent  son 
emploi  ;  il  y  a  donc  lieu  d’examiner  sérieusement  cette  question. 

Je  commence  par  déclarer  que  j’ai  employé  un  très-grand  nombre  de 
fois  l’anesthésie  par  l’éther  dans  la  réduction  des  luxations.  J’ai  dû,  dans 
certains  cas  difficiles,  poursuivre  les  tenlative’s  pendant  près  d’une  heure, 
et  je  n’ai  jamais  eu  lieu  même  d’être  alarmé.  Cette  raison  n’est  pas  suffi¬ 
sante,  sans  doute,  pour  m’autoriser  à  tirer  une  conclusion;  aussi,  dois-je 
examiner  les  motifs  qui  font  hésiter  encore  des  chirurgierfs  très-éminents. 
Gosselin,  sans  être  toutefois  très-catégorique  dans  ses  conclusions,  dit  que 
l’emploi  des  anesthésiques  dans  le  traitejnent  des  luxations  traumatiques 
expose  plus  particulièrement  à  des  accidents  graves  :  «  Je  pense,  dit-il, 
que,  dans  les  cas  de  ce  genre,  il  existe  une  stupeur  à  l’état  larvé,  et  un  état 
général  qui,  même  après  une  durée  de  24  heures,  est  contraire  à  l’emploi 
des  anesthésiques.  »  Le  savant  chirurgien  ne  donne,  du  reste,  aucune  raison 
à  l’appui  de  son  hypothèse.  H  y  aurait  d’abord  à  faire  remarquer  que  les 
luxations  ne  sont  pas  souvent  accompagnées,  ne  peuvent  pas  être  accompa¬ 
gnées  de  cette  stupeur  à  l’état  larvé.  En  admettant  cette  hypothèse  comme 
vraie,  on  ne  devrait  concevoir  des  craintes  que  pour  les  luxations  récentes, 
et  la  contre-indication  n’existerait  pas  pour  les  luxations  anciennes.  Ür, 
l’emploi  des  anesthésiques  dans  ces  derniers  cas  a  été  encore  plus  contro¬ 
versé,  et  pour  des  motifs  tout  à  fait  différents.  Dans  une  discussion,  qui  a 


LUXATIONS  TllÂUMÂTIQUES.  —  traitement.  781 

eu  lieu  à  la  Société  de  chirurgie  en  1850,  Morel  Lavallée  a  émis  cette 
opinion,  partagée  par  plusieurs  de  ses  collègues,  que  l’emploi  du  chloro¬ 
forme  dans  la  réduction  des  luxations  anciennes  était  fort  dangereux, 
parce  que,  la  sensibilité  étant  abolie,  le  malade  ne  peut  percevoir  cette 
sensation  qui  annonce  l’imminence  des  ruptures  graves,  et  se  trouve,  par 
conséquent,  dans  l’impossibilité  d’avertir  le  chirurgien  de  ne  pas  pousser 
plus  loin  les  efforts  de  traction.  Un  trop  grand  intérêt  pratique  est  atta¬ 
ché  à  cette  question,  pour  que  nous  ne  nous  y  arrêtions  pas  un  instant. 

L’anesthésie  est-elle  véritablement  plus  dangereuse  dans  la  réduction  des 
luxations  que  dans  la  pratique  des  opérations  ?  on  a  avancé  le  fait,  mais  sans 
fournir  des  preuves  suffisantes.  Cet  état  de  stupeur,  dont  parle  Gosselin, 
est-il  particulier  aux  luxations,  et  ne  doit-il  pas  se  rencontrer  aussi  bien 
dans  les  autres  traumatismes  dont  la  gravité  est  quelquefois  bien  plus 
grande?  ne  peut-on  pas  trouver  l’explicatioii  du  danger  que  présente 
l’anesthésie,  si  tant  est  que  ce  danger  existe  réellement,  dans  les  considé¬ 
rations  suivantes  ?  Le  but  que  l’on  poursuit  dans  la  pratique  des  opérations 
ordinaires,  c’est  la  suppression  de  la  douleur,  c’est-à-dire,  l’abolition  de 
la  sensibilité.  Dans  la  réduction  des  luxations,  on  veut,  en  général,  obtenir 
davantage  ;  on  cherche  à  éviter  l’obstacle  réputé  principal  à  la  réduction, 
et  le  principal  en  réalité  dans  les  luxations  de  fraîche  date,  je  veux  dire 
la  contraction  musculaire.  Or,  comment  agissent  les  anesthésiques?  ils 
commencent  par  suspendre  l’action  de  toutes  les  parties  de  l’encéphale 
qui  président  à  la  vie  de  relation;  puis,  à  un  second  degré,  ils  influencent 
les  parties  qui  président  à  la  vie  de  nutrition.  En  d’autres  termes,  les  anes¬ 
thésiques,  à  une  première  période,  produisent  une  excitation  et  un  trouble 
dans  l’intelligence,  en  portant  leur  action  sur  les  lobes  cérébraux  et  le  cer¬ 
velet;  à  la  deuxième  période,  ils  abolissent  la  sensibilité,  et  un  peu  plus 
tard  la  motilité,  en  agissant  sur  la  moelle  épinière;  enfin,  à  la  dernière  pé¬ 
riode,  ils  portent  leur  action  sur  la  moelle  allongée  ;  la  respiration  et  la  cir¬ 
culation  se  trouvent  ainsi  modifiées  par  cette  action  finale.  Il  est  évident  que, 
plus  on  se  rapproche  de  ce  dernier  terme,  plus  le  péril  augmente  :  quand 
l’agent  influence  les  fonctions  de  la  moelle  épinière,  il  faut  redoubler  de 
prudence,  car  il  est  bien  près  d’atteindre  la  moelle  allongée.  Il  est  constant 
que  les  anesthésiques  n’agissent  pas  tous  avec  la  même  rapidité  ;  sous  ce 
rapport,  le  chloroforme  a  une  action  bien  plus  prompte  que  l’éther.  C’est 
précisément  ce  qui  le  fait  préférer  par  beaucoup  de  chirurgiens  dans  la 
pratique  des  opérations  ;  mais  c’est  aj^sgi  eette  rapidité  d’action  qui  le  rend 
plus  dangereux.  Il  résulte  de  ceci  que^^i, Réellement  l’anesthésie  expose  à 
plus  de  danger  dans  la  réduction  d^^uxalions,  il  faut  avoir  recours  à 
l’agent  qui  y  expose  le  moins.  Cette  première  conclusion  me  paraît 
rigoureuse.  Ce  n’est  pas  le  lieu  de  discuter  à  fond  cette  questiQjt>?Ma!- 
gré  le  nombre  effrayant  de  catastrophes  observées  à  la  suite  de  l’emploi 
du  chloroforme,  il  est  des  chirurgiens  qui  soutiennent  encore  qu’il  n’est 
pas  dangereux.  «  Le  chloroforme  pur  et  bien  administré  ne  tue  jamais, 
a  dit  Sédillot.  »  Il  est  vrai  que,  quelques  lignes  plus  loin,  le  même  auteur 
écrit  :  «  On  ne  saurait  accorder  trop  d’importance  au  moment  où  l’emploi 


782  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  traitememt. 

du  chloroforme  doit  être  cessé,  si  l’on  ne  veut  pas  compromettre  la  vie  ; 
une  seconde  décide  alors  de  l’existence.  »  Une  seconde  !  et  c’est  après  un 
pareil  aveu  que  l’on  peut  dire  que  le  chloroforme  ne  tue  jamais.  Les  faits, 
d’ailleurs,  ne  sont-ils  pas  là  pour  démontrer  combien  il  est  imprudent  de 
s’abandonner  à  cette  sécurité?  L’éther  est  infiniment  moins  dangereux, 
donc  il  doit  être  préféré.  J’ajouterai  qu’il  n’est  point  du  tout  nécessaire  de 
pousser  l’anesthésie  au  delà  de  l’abolition  de  la  sensibilité,  jusqu’à  la  ré¬ 
solution  musculaire.  En  effet,  qu’est-ce  qui  provoque  la  contraction  des 
muscles?  c’est  la  douleur.  Or,  du  moment  que  le  malade  ne  souffre  pas, 
ses  muscles  se  contractent  avec  infiniment  moins  d’énergie.  J’ose  dire  que 
j’ai  réduit  un  très-grand  nombre  de  luxations  récentes  et  anciennes.  Pour 
les  premières,  il  n’est  pas  besoin  en  général  de  pratiquer  l’anesthésie  ;  en 
procédant  méthodiquement  et  avec  ménagement,  j’ai  toujours  obtenu  fa¬ 
cilement  la  réduction  des  luxations  récentes.  Les  difficultés  apparaissent 
seulement  quand  plusieurs  jours  se  sont  écoulés,  et  que  l’inflammation  a 
commencé  à  se  développer  :  c’est  alors  seulement  qu’il  y  a  lieu  d’em¬ 
ployer  l’éther.  Quant  aux  luxations  anciennes,  la  suite  de  cet  article  mon¬ 
trera  que  le  chirurgien  a  à  sa  disposition  les  moyens  de  prévenir  les  f⬠
cheux  résultats  qu’on  pourrait  redouter  de  l’abolition  de  la  sensibilité. 

Bien  qu’une  pratique  déjà  longue  m’ait  rassuré  sur  l’emploi  de  l’anes¬ 
thésie  par  Z’ etàer  dans  le  traitement  des  luxations,  je  suis  loin  de  pré¬ 
tendre  qu’il  ne  faille  tenir  aucun  compte  de  l’opinion  exprimée  par 
des  chirurgiens  aussi  éminents  :  quelle  que  soit  ma  confiance  dans  l’inno¬ 
cuité  du  moyen,  il  ne  m’est  pas  possible  de  ne  pas  prendre  en  considéra¬ 
tion  les  faits  qui  ont  été  publiés  ;  aussi  suis-je  disposé  à  accepter  avec 
empressement  les  méthodes  qui  permettent  de  tourner  la  difficulté  :  c’est 
ici  le  moment  de  les  décrire. 

Orliac  a  conseillé  les  applications  de  chloroforme  sur  l’articulation 
luxée.  Les  observations  publiées  ne  sont  pas  très-nombreuses,  et  ne  m’ont 
pas  paru  concluantes  ;  mais  enfin,  comme  cette  précaution  est  complète¬ 
ment  inoffensive,  il  y  a  lieu  de  l’essayer  ;  on  saura  bientôt  à  quoi  s’en 
tenir  sur  son  efficacité. 

Un  autre  moyen,  qui  me  semble  constituer  un  progrès  réel  dans  la 
thérapeutique  des  luxations  récentes,  est  la  méthode  des  tractions  con¬ 
tinues,  imaginée  par  Ch  .Legros  et  Th.  Anger.  Voici  en’ quoi  consiste  cette 
méthode,  qui  mérite  d’être  vulgarisée,  et  qui  me  semble  destinée  à  entrer 
dans  la  pratique.  On -dispose  rojÉ^ion  et  la  contre-extension  comme 
on  le  fait  habituellement;  toM^^^l^s  chirurgiens,  dont  je  viens  de 
parler,  ont  indiqué  un  procéâBPPé  et  commode  pour  assurer  la  pré¬ 
hension  des  membres  par  les  rap  contre-extenseurs  :  il  est  nécessaire,  en 
ef^Hke  ceux-ci  ne  puissent  pas  glisser  sur  la  peau,  parce  qu’alors  ils  dé- 
t^^Braient  de|  meurtrissures  plus  ou  moins  profondes,  leur  application 
sHBdrait  excessivement  douloureuse,  et  leur  action  bien  moins  assurée. 
Lè'^s  et  Anger  se  servent  de  longues  bandelettes  de  diachylpn,  dont  les 
extrémités  s’enroulent  en  spirale  autour  du  membre  et  dont  la  partie 
moyenne  forme  une  anse  qui  doit  servir  à  fixer  l’agent  extensif.  Pour  mieux 


LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  traitement.  783 

assurer  la  contention,  il  est  bon  de  fixer  par-dessus  une  ou  deux  bande¬ 
lettes  de  diachylon ,  disposées  circulairement  autour  du  membre;  ceci  fait, 
aulieu  de  pratiquer  l’extension  avec  des  aides  ou  des  machines  plus  ou  moins 
compliquées,  on  l’exécute  avec  des  tubes  en  caoutchouc,  qu’on  distend 
graduellement  jusqu’à  ce  que  la  traction  ait  acquis  une  force  égale  à  12  ou 
15  kilog.;  on  attache  alors  ces  tubes  à  un  point  6xe  et  solide;  les  lacs  de  la 
contre-extension  sont  également  disposés  et  fixés  de  façon  à  ce  que  celle-ci 
soit  bien  maintenue.  On  laisse  l’appareil  en  place  le  temps  nécessaire  pour 
épuiser  la  contractilité  musculaire  :  20  à  25  minutes  suffisent.  On  juge 
que  le  but  est  atteint  à  la  mollesse  des  muscles  et  à  une  sensation  de  pro¬ 
fonde  lassitude  éprouvée  par  le  patient.  Souvent  la  réduction  se  fait  en 
quelque  sorte  d’elle-même  ;  dans  le  cas  contraire,  le  chirurgien  opère  la 
coaptation.  Cette  méthode  de  traitement  a  donné  des  résultats  assez  con¬ 
cluants  pour  que  Ton  soit  autorisé  à  bien  pronostiquer  de  son  avenir.  Les 
faits  ne  sont  pas  encore  assez  nombreux,  il  est  vrai,  pour  qu’on  puisse 
formuler  des  conclusions  définitives  ;  mais  l’expérience  ne  peut  man¬ 
quer  de  nous  éclairer,  dans  un  avenir  prochain,  sur  sa  valeur  réelle. 
Quoi  qu’il  en  soit,  en  face  des  craintes  exprimées  sur  le  danger  de  l’anes¬ 
thésie  dans  le  traitement  des  luxations  récentes,  je  crois  qu’il  est  du  de¬ 
voir  d’un  chirurgien  prudent  d’essayer  en  premier  lieu  la  méthode  des 
tractions  continues. 

Ainsi,  en  résumé,  la  conduite  à  suivre  dans  le  traitement  des  luxations 
tout  à  fait  récentes  et,  cela  va  sans  dire,  sans  complications,  me  paraît 
être  la  suivante. 

1°  Tenter  la  réduction  en  employant  la  méthode  de  douceur,  c’est- 
à-dire  en  se  bornant  à  faire  des  extensions  très-modérées  ; 

2“  Si  on  échoue,  essayer  immédiatement  la  méthode  des  tractions  con¬ 
tinues  de  Ch.  Legros  et  T.  Anger.  En  cas  d’insuccès,  pratiquer  l’anes¬ 
thésie  avec  Télher,  et  procéder  ainsi  que  je  vais  le  dire  dans  un  instant. 
Mais  auparavant,  et  pour  en  finir  avec  les  luxations  récentes  et  simples, 
indiquons  sommairement  ce  qu’il  convient  de  faire  après  la  réduction. 

L’articulation  doit  être  maintenue  pendant  quelque  temps  dans  une  po¬ 
sition  moyenne  et  dans  une  complète  immobilité  :  il  est  le  plus  souvent 
nécessaire  de  réaliser  cette  indication  au  moyen  d’un  bandage  ouaté  et 
amidonné.  Les  évacuations  sanguines,  locales  ou  générales,  dont  on  abusait 
tant  autrefois,  doivent  être  proscrites  dans  tous  les  cas.  Quant  aux  appli¬ 
cations  dites  résolutives,  et  dont  les  formules  ont  été  si  variées,  elles  n’ont 
aucune  action.  Le  résolutif  et  l’antiphlogistique  par  excellence,  c’est,  je  le 
répète,  le  bandage  ouaté  et  amidonné,  qui  agit  en  assurant  le  repos  absolu 
de  la  jointure,  dont  les  éléments  vont  pendant  quelque  temps  être  le 
siège  d’un  travail  de  réparation.  Lorsque  Ton  suppose  que  ce^lravail 
est  à  peu  près  terminé,  et,  sous  ce  rapport,  on  ne  peut  rien  dire  ^ 
précis,  car  les  lésions  produites  présentent  une  étendue  et  une  gravite 
variables,  le  temps  nécessaire  à  la  guérison  ne  saurait  être  le  même  pour 
tous  les  cas,  d’autant  que  d’autres  circonstances,  telles  que  Tâge,  la  con¬ 
stitution,  l’état  de  santé  ou  de  maladie,  etc.,  etc.,  exercent  aussi  leur 


784  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  traitement. 

influence  sur  la  rapidité  avec  laquelle  s’accomplissent  les  phénomènes  de 
la  réparation  ;  lorsque,  dis-je,  on  s’est  assuré  que  les  parties  ne  sont 
plus  douloureuses,  on  fait  exécuter  de  très-légers  mouvements,  puis  on 
les  fait  graduellement  plus  étendus.  Les  bains  sulfureux,  les  douches,  les 
frictions  sur  la  jointure,  etc.,  etc.  sont,  à  ce  moment,  des  adjuvants  aux¬ 
quels  on  peut  avoir  recours  avec  avantage. 

Luxations  plus  ou  moins  anciennes.  —  Les  indications  à  remplir  sont  les 
mêmes,  cela  va  sans  dire,  mais  les  conditions  dans  lesquélles  se  trouvent 
les  parties  lésées  exigent  un  déploiement  de  force  plus  considérable. 

La  contre-extension  doit  être  faite  avec  plus  de  précautions.  Les  mains 
d’un  aide  ne  sauraient  suffire  ;  on  emploie  des  lacs,  des  pièces  d’appareil 
en  cuir  rembourré,  disposés  de  façon  à  bien  maintenir  la  partie  sur  la¬ 
quelle  porte  la  contre-extension,  et  ces  différentes  pièces  sont  maintenues 
solidement  par  des  aides  ou  mieux,  fixées,  quand  cela  se  peut,  à  un  an¬ 
neau,  à  une  tige  quelconque  scellée  dans  la  muraille.  On  comprend,  du 
reste,  que  Fon’puisse  varier  à  l’infini  les  procédés  pour  remplir  cette  in¬ 
dication. 

L’extension  doit  nécessairement  être  faite  plus  vigoureusement  ;  aussi, 
est-ce  pour  assurer  l’effet  de  cette  manœuvre  que  l’on  a  imaginé  une  série 
de  moyens  que  nous  allons  examiner.  En  premier  lieu,  les  forces  exten¬ 
sives  doivent  être  appliquées  sur  l’os  luxé,  c’est-à-dire  sur  la  partie  du 
membre  qu’il  s’agit  d’entraîner  et  de  remettre  en  place.  Je  crois  pouvoir 
me  borner  à  formuler  cette  règle,  aujourd’hui  adoptée  généralement,  et 
pouvoir  me  dispenser  de  reproduire  et  .réfuter  les  arguments  sur  lesquels 
s’appuyaient  les  anciens  chirurgiens,  Boyer  entre  autres,  pour  préférer 
le  procédé  qui  consistait  à  appliquer  les  forces  extensives  sur  un  point 
éloigné  de  l’articulation  lésée. 

Il  importe,  et  ceci  se  comprend,  de  fixer  convenablement  les  liens  qui 
doivent  permettre  de  faire  l’extension.  Habituellement,  en  France,  on  se 
sert  de  lacs  fixés  autour  du  membre,  au  moyen  d’une  bande  que  l’on  a  la 
précaution  de  mouiller  pour  empêcher  le  glissement  ;  on  peut  également 
fixer  les  lacs  au  moyen  de  bandes  en  cuir  mouillé,  de  rubans  de  soie,  etc. 
Ce  sont  là  des  détails  sur  lesquels  il  n’est  pas  besoin  d’insister.  Les  diffi¬ 
cultés  ne  sont  pas  là  ;  l’important  est  que  l’extension  puisse  être  faite  ré¬ 
gulièrement,  sans  secousses,  sans  alternatives  de  relâchement  complet  et 
d’impulsion  brusque;  il  faut,  en  un  mot,  que  le  chirurgien  puisse  diriger 
cette  extension,  et  se  rendre  un  compte  exact  de  la  force  déployée  ;  aussi, 
l’emploi  des  aides,  quand  il  s’agit  d’une  luxation  un  peu  ancienne,  et  diffi¬ 
cile  à  réduire,  est-il  dangereux.  Il  est  prudent  de  faire  cette  extension  au 
moyen  de  la  moufle  et  du  dynamomètre  tels  que  Sédillot  les  a  combinés 
(fig.  115).  On  peut  ainsi  déployer  une  force  permanente  ou  graduée, 
et  surtout  apprécier  son  intensité  à  chaque  moment  de  l’opération.  Je 
vais,  du  reste,  décrire  succinctement  la  manière  de  procéder. 

Les  lacs  contre-extensifs  sont  appliqués  avec  soin  et,  autant  que  pos¬ 
sible,  retenus  à  un  point  fixe;  un  aide  est  chargé  de  la  surveillance,  et  au 
besoin  il  corrige  leur  action. 


LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  traitement.  785 

Les  lacs  extensifs  sont  placés  sur  la  partie  inférieure  du  bras  (je 
suppose  qu’il  s’agit  d’une  luxation  de  l’épaule  ;  pour  une  luxation  de  la 
cuisse,  on  modilierait  légèrement  la  disposition  de  l’appareil).  Une  corde 


est  fixée  d’un  côté  à  l’anse  formée  par  les  lacs,  et  de  l’autre  à  une  dei 
extrémités  de  la  pince  à  échappement  deNélaton,  dont  nous  donnons  ici  l 
dessin,  ce  qui  nous  dispensera  de  la  décrire  (ûg.  114). 


Fie.  115.  —  Pince  à  échappement  de  Nélaton  pnur  la  réduction  des  luxations  à  l’aide 
de  la  moufle. 


L’anse  d’une  corde  A  est  engagée  dans  le  tenon  de  la  pince,  et  fixée 
d’autre  part  à  une  des  extrémités  .du  dynamomètre,  auquel  se  relie  d’un 
autre  côté  la  corde  de  la  moufle. 

Le  chirurgien  commande  la  manœuvre,  en^se  tenant  prêta  faire  la 
coaptation  quand  il  juge  le  moment  convenable.  Un  aide  fait  l’extension 
lentement,  les  yeux  fixés  sur  le  dynamomètre,  et  renseigne  à  chaque 


786  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  teaitememt. 

instant  l’opérateur  sur  la  marche  de  l’aiguille;  un  second  surveille  la  pièce 

d’échappement,  et  au  signal  donné  fait  partir  la  détente. 

Jusqu’à  quel  point  est-il  prudent  d’aller  dans  les  efforts  de  traction?  il 
est  fort  difficile  de  donner  à  cette  question  une  réponse  catégorique.  On  a 
pu  développer,  dans  certains  cas,  une  très-grande  force  sans  avoir  d’acci¬ 
dents  à  déplorer  ;  ceux-ci  se  sont  montrés  avec  une  traction  moindre. 
L’expérimentation  cadavérique  interrogée  n’a  donné  que  des  résultats  con¬ 
tradictoires  ;  ainsi,  avec  une  force  de  270  kilogrammes,  on  a  pu  produire 
l’arrachementd’un  bras,  tandis  que,  chez  certains  sujets,  l’articulation  sca- 
pulo-humérale  a  résisté  à  une  traction  de  600  kilogrammes.  C’est  au  chi¬ 
rurgien  à  apprécier  chaque  cas  particulier;  mais,  pour  ma  part,  je  ne  dé¬ 
passe  jamais  120  à  150  kilogrammes,  bien  que  Malgaigne  ait  indiqué 
comme  maximum  250  kilogrammes. 

La  moufle  avec  son  dynamomètre  et  la  pince  de  Nélaton  constituent 
l’appareil  généralement  employé  pour  la  réduction  des  luxations  difficiles. 
On  a  imaginé,  pour  atteindre  le  même  but,  une  foule  de  machines  plus  ou 
moins  ingénieusement  disposées.  11  est  inutile  de  rappeler  celles  que  l’on 
employait  autrefois,  leur  description  ne  présenterait  qu’un  médiocre  in¬ 
térêt  de  curiosité.  Les  appareils  auxquels  on  a  aujourd’hui  recours  sont 
encore  trèsrnombreux.  Je  ne  ferai  que  les  indiquer.  L’appareil  de  Robertet 
Collin  {voy.  Épaule,  t.XIlI,  p.  487),  qui  n’est  autre. que  l’appareil  de  Jarvis 
perfectionné,  celui  de  Mathieu  {voy.  article  Coude,  t.  IX,  p.  756),  sont  des¬ 
tinés  à  remplir  les  mêmes  indications.  Il  existe  d’autres  machines- qui  ont 
été  construites  pour  atteindre  le  même  but.  Je  crois  pouvoir  me  dispenser 
de  les  décrire,  pour  plusieurs  raisons.  En  premier  lieu,  ces  appareils  com¬ 
pliqués  ne  peuvent  se  trouver  que  dans  l'arsenal  d’un  grand  hôpital,  et  la 
majorité  des  praticiens  ne  peut  guère  se  les  procurer.  On  peut,du  reste, 
parfaitement  s’en  passer.  Je  vais  plus  loin,  ces  appareils  très-ingénieu¬ 
sement  construits,  et  qui,  théoriquement  paraissent  devoir  remplir  toutes 
les  indications,  ne  justifient  pas  ces  espérances  au  lit  du  malade.  J’ai  es¬ 
sayé  plusieurs  fois  l’appareil  de  Mathieu,  celui  de  Robert  et  Collin  ;  je 
préfère  aujourd’hui  l’appareil  de  Sédillot,  décrit  plus  haut. 

•Jusqu’à  quelle  époque  est-il  permis  d’opérer  la  réduction  d’une  luxa¬ 
tion?  Question  bien  importante,  mais  à  laquelle  il  est  difficile  de  faire  une 
réponse  précise.  L’anatomiè  pathologique,  qui  semble  devoir  fournir  les 
éléments  de  la  solution  du  problème,  nous  a  appris  une  chose  ;  c’est  que 
des  modifications  s’accomplissent,  soit  dans  l’ancienne  cavité,  soit  autour 
de  l’os  déplacé,  de  façon  à  ce  qu’au  bout  d’un  certain  temps  la  réduction 
devient  impossible;  mais  la  durée  de  ce  travail  ne  présente  rien  de  fixe  et 
de  régulier.  L’anatomie  pathologique  nous  avertit  donc  que  la  réduction 
ne  doit  pas  être  tentée  passé  une  certaine  époque,  sans  pouvoir  nous 
éclairer  davantage.  La  clinique,  à  son  tour,  ne  fournit  que  des  données 
appro.ximatives  :  elle  nous  apprend  seulement  que  la  réduction  est  plus 
longtemps  possible  pour  les  enarlhroses  que  pour  les  ginglymes,  pour 
les  luxations  incomplètes  que  pour  celles  qui  sont  complètes.  Une  sta¬ 
tistique  reposant  sur  des  faits  nombreux  et  bien  observés  permettrait. 


LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  traitement.  787 

sans  doute,  de  tracer  au  praticien  une  ligne  de  conduite  ;  mais  cette  stati¬ 
stique  est  encore  à  faire.  Les  chirurgiens  dont  le  nom  fait  autorité  donnent 
à  ce  sujet  des  préceptes  différents  ;  toutefois,  en  laissant  de  côté  les  cas 
exceptionnels,  on  peut,  je  crois,  formuler  les  conclusions  suivantes. 

Pour  les  luxations  de  l’épaule,  on  peut  tenter  la  réduction  jusqu’au 
deuxième  et  troisième  mois  :  deux  mois  pour  les  luxations  intra-coracoï- 
diennes,  et  trois  mois  pour  les  luxations  sous-coracoïdiennes  et  sous-glé- 
noïdiennes.  Les  luxations  sous-épineuses  et  sous-acromiales  peuvent  être 
réduites  beaucoup  plus  tard,  jusqu’au  cinquième  ou  sixième  mois. 

A  l’avant-bras,  on  peut  tenter  la  réduction  jusqu’à  deux  mois. 

Pour  la  hanche,  il  est  prudent  de  ne  pas  dépasser  ce  dernier  terme. 

On  peut  aller  un  peu  plus  loin  pour  les  luxations  de  la  mâchoire,  jus¬ 
qu’à  deux  mois  et  demi,  et  même  trois  mois. 

Tous  les  auteurs  rapportent  le  fait  de  Cornish,  qui  a  observé  une  ré¬ 
duction  d’une  luxation  de  la  hanche  au  bout  de  cinq  ans  ;  pour  les  autres 
jointures,  on  a  cité  des  observations  de  réduction  après  un  temps  plus 
long  que  celui  que  j’ai  indiqué.  Ces  cas  exceptionnels  ne  prouvent  qu’une 
chose,  c’est  qu’il  n’est  pas  possible  de  donner  au  problème  une  solution 
rigoureuse.  Le  chirurgienne  doit  pas  oublier,  du  reste,  que,  dans  bien  des 
cas,  une  néarthrose  peut  rendre  au  malade  des  services  suffisants,  et  rem¬ 
placer  jusqu’à  un  certain  point  l’articulation  normale;  et,  en  second  lieu, 
que  les  tentatives  de  réduction  ne  sont  pas  toujours  sans  danger  :  elles 
peuvent  être  suivies  d’accidents,  que  nous  allons  examiner  rapidement. 

Accidehts  qdi  peuvent  accompagnëk  les  tentatives  de  réduction.  —  J’ai 
exposé  précédemment  les  craintes  énoncées  par  certains  auteurs  au  sujet 
de  l’anesthésie  appliquée  au  traitement  des  luxations,  et  j’ai  formulé  mon 
opinion.il  n’est  que  juste  de  rappeler,  à  la  décharge  de  ce  moyen  théra¬ 
peutique,  qu’il  met  à  l’abri  de  certains  accidents.  La  douleur  et  les  com¬ 
plications  nerveuses  sont  supprimées;  c’est  bien  déjà  quelque  chose,  et  ce 
n’est  pas  tout  :  l’emphysème,  la  congestion  et  l’hémorrhagie  cérébrales, 
l’épuisement  nerveux,  qui  peut  être  mortel,  tous  accidents  que  les  chi¬ 
rurgiens  qui  nous  ont  précédés,  ont  eu  quelquefois  à  déplorer,  ne  sont 
plus  à  redouter  aujourd'hui. 

On  a  observé,  à  la  suite  de  tentatives  de  réduction,  des  contusions,  des 
déchirures  plus  ou  moins  profondes,  le  décollement  des  téguments  dans 
une  étendue  quelquefois  considérable,  la  mortification  des  tissus  dans  les 
points  sur  lesquels  portaient  les  forces  contre-extensives  et  surtout  les 
liens  extensifs.  Il  suffit  d’être  prévenu  de  la  possibilité  de  ces  accidents 
pour  les  éviter,  car  ils  tiennent  au  défaut  de  précautions  dans  l’application 
des  lacs.  On  pourra  toujours  mettre  le  malade  à  Tabri  de  ces  complica¬ 
tions,  en  apportant  des  soins  convenables  à  ce  temps  de  l’opération. 

Inflammation  du  foyer  de  la  luxation.  —  Toute  luxation  peut,  à  la  ri¬ 
gueur,  être  suivie  d’une  inflammation  plus  ou  moins  considérable;  à 
moins  que  les  désordres  ne  soient  très-grands,  les  choses  se  passent,  en 
général,  plus  simplement.  On  comprend  que  des  tentatives  de  réduction 
poussées  trop  loin  puissent  amener  des  déchirures  nouvelles,  des  contu- 


788  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  tbaitemekt. 

sions  plus  ou  moins  profondes,  et  par  conséquent  être  la  cause  d’inflam¬ 
mations  qui  peuvent  se  terminer  par  la  suppuration,  et  même  la  gan¬ 
grène.  Cet  accident  reconnaît  des  causes  multiples;  quelques-unes  appar¬ 
tiennent  en  quelque  sorte  au  malade  (état  constitutionnel,  disposition  par¬ 
ticulière,  etc.);  mais  enfin,  il  est  incontestable  que  les  manœuvres  de  la 
réduction  peuvent  les  déterminer,  et  ce  résultat  a  d’autant  plus  de  chances 
de  se  produire  que  le  foyer  de  la  luxation  est  déjà  le  siège  de  phénomènes 
inflammatoires.  Il  est  de  règle,  je  l’ai  déjà  dit,  de  s’abstenir  de  toute  ten¬ 
tative  de  réduction  pendant  que  ces  phénomènes  inflammatoires  exis¬ 
tent;  mais  alors  même  qu’ils  sont  complètement  éteints,  il  faut  ne  pas 
oublier  que  des  violences  peuvent  les  faire  éclater  avec  une  intensité  nou¬ 
velle,  et  ne  pas  dépasser  certaine  limite  dans  les  efforts  de  réduction. 
Or,  celte  limite  ne  peut  être  indiquée  à  l’avance;  elle  ne  saurait,' d’ail¬ 
leurs,  être  la  même  pour  tous  les  sujets  et  pour  tous  les  cas  ;  c’est  affaire 
de  tact  et  d’expérience  que  d’atteindre  le  but  sans  le  dépasser. 

Fractures.  —  Cet  accident  n’est  pas  toujours  le  fait  du  chirurgien; 
les  os  présentent  chez  certains  sujets,  les  vieillards  surtout,  une  fragilité 
anormale.  Il  est  infiniment  probable  aussi  que,  dans  quelques  cas,  la 
fracture  est  en  quelque  sorte  préparée  et  à  moitié  faite  :  je  m’explique. 
Les  chirurgiens  qui  se  sont  livrés  à  de  nombreuses  expérimentations  sur 
le  cadavre,  savent  très-bien  que  l’on  détermine  quelquefois,  à  la  cavité 
glénoïde  et  à  la  cavité  cotyloïde surtout,  des  fractures  qui  passeraient  ina¬ 
perçues,  si  la  dissection  ne  révélait  leur  existence.  Le  même  fait  doit  se 
produire  sur  le  vivant,  et  l’on  comprend  que  des  efforts  de  réduction 
puissent  achever  l’œuvre  du  traumatisme,  ou,  en  d'autres  termes,  mobi¬ 
liser  un  fragment  osseux.  Quoi  qu’il  en  soit,  celte  complication  est  très- 
regrettable  :  elle  met  souvent  le  chirurgien  dans  l’impossibilité  de  main¬ 
tenir  la  réduction,  et  elle  compromet  d'une  manière  notable  les  fonctions 
de  l’articulation. 

Arrachement  du  membre.  —  Je  ne  cite  cet  accident  que  pour  mémoire  ; 
il  n’a  été  observé  qu’une  fois  ;  il  est  juste  d’ajouter  que,  dans  ce  fait,  tous 
les  tissus  du  bras,  l’os  lui  même,  présentaient  des  traces  d’une  désorgani¬ 
sation  profonde.  Avec  les  précautions  que  j’ai  recommandées,  pareille  ca¬ 
tastrophe  n’est  pas  à  redouter. 

Lésions  vasculaires  et  nerveuses.  —  Ces  lésions  sont  autrement  fré¬ 
quentes,  et  elles  ont  été  observées  surtout  à  l’épaule  :  on  cite  un  assez 
grand  nombre  de  ruptures  artérielles.  Cet  accident  est  promptement  mor¬ 
tel  ;  d  autres  fois,  la  rupture  n’apparaît  pas  immédiatement,  la  déchirure 
n’affecte  que  les  deux  tuniques  internes  du  vaisseau,  et  l’anévrysme  ne 
se  montre  que  quelque  temps  après.  Deux  circonstances  peuvent  favoriser 
le  développement  de  cet  accident  :  les  pressions  trop  fortes  exercées  sur 
l’artère,  les  procédés  de  réduction  qui  consistent  à  exercer  une  forte  com¬ 
pression  dans  le  creux  de  l’aisselle,  y  exposent  plus  particulièrement; 
ensuite,  les  épaississements,  les  indurations  du  tissu  cellulaire  qui  accom¬ 
pagnent  souvent  les  luxations,  ôtent  au  vaisseau  sa  mobilité,  et  le  rendent 
plus  accessible  aux  agents  de  compression.  Je  n’ai  pas  besoin  d’ajouter 


LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  traitement.  789 

que  certains  individus  y  sont  prédisposés  par  suite  d’altérations  du  sys¬ 
tème  arlériel  ;  lorsque  les  vaisseaux  sont  déjà  le  siège  de  dégénérescence 
athéromateuse,  il  est  évident  qu’ils  sont  plus  exposés  à  se  rompre;  on  devra 
donc  redoulder  de  prudence,  quand  on  sera  en  droit  de  soupçonner  l’exis¬ 
tence  d’altérations  de  cette  nature. 

La  déchirure  d’une  veine  est  un  accident  moins  fréquent  et  moins 
grave  ;  la  contusion  des  veines  amène  cependant  l'œdème  du  membre,  et 
c’est  là  l’origine  de  cette  complication,  que  l’on  observe  quelquefois  à  la 
suite  des  luxations  de  l’épaule,  même  réduites. 

Les  lestons  nerveuses  entraînent  des  névralgies  et  des  paralysies  plus 
ou  moins  prononcées  et  persistantes.  C’est  encore  à  l’épaule  que  cet  acci¬ 
dent  se  montre  de  préférence  ;  il  est  le  résultat  des  mêmes  causes  qui  pro¬ 
duisent  les  lésions  vasculaires,  et  les  mêmes  précautions  sont  à  prendre 
pour  l’éviter. 

Les  accidents  que  je  viens  d’examiner  se  manifestent,  en  somme,  rare¬ 
ment.  La  lecture  attentive  des  observations  publiées  montre  qu’ils  se  sont 
surtout  développés  à  la  suite  de  tentatives  beaucoup  trop  énérgiquement 
conduites;  raison  de  plus  pour  répéter  qu’il  est  des  limites  qu’il  est  dan¬ 
gereux  de  vouloir  franchir.  Il  est  souvent  préférable,  dans  l’intérêt  du  ma¬ 
lade,  d’abandonner  une  luxation  à  elle  même  ;  le  membre  peut  encore 
rem[»lirses  fonctions  d’une  manière  moins  parfaite,  il  est  vrai,  mais  suf¬ 
fisante  cependant.  Lors  même  que  le  chirurgien  croit  devoir  renoncer  à 
obtenir  la  réduction,  son  rôle  n’est  pas  terminé  :  il  peut  encore,  comme 
nous  allons  le  voir,  améliorer  notablement  la  situation  par  un  traitement 
rationnel. 

Luxations  de  l’épaule.  —  Il  faut  imprimer  à  la  néarthrose  des  mou¬ 
vements  :  pour  cela  on  immobilise  l’épanle,  et  on  imprime  au  bras  des 
mouvements  jjradués.  C’est  dans  les  cas  de  ce  genre  que  les  appareils  de 
Bonnet  rendront  de  grands  services. 

Luxations  du  coude.  — Pour  ces  luxations,  surtout  si  le  sujet  est  jeune, 
on  obtient  des  résultats  quelquefois  surprenants,  de  l’application  de  l’ap¬ 
pareil  à  mouvements  de  ce  chirurgien  (voir  les  articles  Ankylosé,  t.  II,  et 
CooDE,  t.  IX,  p.  799,  où  ces  différents  appareils  sont  décrits  et  représentés) . 

Luxations  de  la  hanche.  —  Ces  luxations  non  réduites  sont,  sans  con¬ 
teste,  les  plus  graves  de  toutes,  à  cause  de  la  difficulté  qu’elles  apportent  à 
la  marche.  Au  point  de  vue  qui  nous  occupe,  ces  luxations  peuvent  se 
classer  en  deux  catégories:  celles  qui  s’accompagnent  du  raccourcisse¬ 
ment  du  membre,  et  celles  qui  s’accompagnent  d’allongement. 

Dans  les  |)remières,  le  raccourcissement  est  réel  ;  mais  il  paraît  beaucoup 
plus  grand  qu’il  n’est  véritablement,  à  cause  de  la  flexion  de  la  jambe  sur  la 
cuisse.On  peut  améliorer  beaucoup  la  position  de  ces  malades,  en  opérant 
l’extension  du  membre,  et  en  luttant  contre  le  mouvement  d’adduction.  La 
claudication  est  toujours  la  conséquence  de  cet  état  pathologique  ;  avec  une 
semelle  épaisse,  un  talon  élevé,  on  arrive  à  la  rendre  moins  prononcée. 

Dans  les  luxations  qui  s’accompagnent  d’un  allongement  réel,  la  mar¬ 
che  est  en  général  plus  difficile  ;  ce  n’est  pas  parce  que  la  tête  du  fémur 


790  LUXATIONS  TRAUMATIQUES.  —  traitement. 

est  descendue  un  peu  plus  bas,  car  bien  qu’il  y  ait  en  réalité  allongement, 
le  membre  paraît  raccourci  ;  ceci  tient  à  cé  que  la  cuisse  est  plus  ou  moins 
fléchie,  et  que  la  jambe  l’est  également  ;  il  en  résulte  que  le  pied  se  trouve 
plus  éloigné  du  sol,  et  les  malades  sont  obligés,  pour  marcher,  de  se 
courber  assez  fortement.  Aussi,  l’indication  à  remplir  consiste  à  redresser 
la  cuisse  autant  que  possible,  et  à  tâcher  de  ramener  le  membre  inférieur 
dans  la  verticale. 

Luxations  du  pied.  —  Quant  aux  luxations  du  pied,  l’inflammation  qui 
les  accompagne  nécessairement,  car  les  désordres  sont  toujours  plus  ou 
moins  considérables,  a  pour  effet  de  fixer  les  os  dans  la  position  dans  la¬ 
quelle  ils  se  trouvent,  et  le  malade  conserve  une  ankylosé  qui  doit  être 
traitée  comme  toute  autre  ankylosé. 

Je  ne  puis,  du  reste,  qu’indiquer  ici  très-sommairement  la  conduite  à 
suivre  pour  les  luxations  non  réduites  ;  je  renvoie  le  lecteur,  pour  plus 
de  détails,  aux  articles  de  ce  dictionnaire  qui  traitent  de  chaque  luxation 
en  particulier. 

Traitement  DES  LUXATIONS  compliquées.  —  Fractures.  —  Deux  cas  peu¬ 
vent  se  présenter  ;  la  solution  de  continuité  affecte  la  diaphyse,  ou  elle 
est  située  près  de  la  tête  de  Tos.  Dans  le  premier  cas,  il  faut  tenter  la 
réduction  le  plus  tôt  possible,  en  s’entourant  de  toutes  les  précautions 
convenables  ;  on  applique  un  bandage  solide  qui  maintient  les  fragments 
aussi  bien  que  possible,  et  on  essaie  la  réduction  avec  la  ressource  de 
l’anesthésie  ;  on  a  grande  chance  de  réussir.  Il  est  généralement  admis 
que  pour  opérer,  il  ne  faut  pas  attendre,  comme  le  conseillaient  les  an¬ 
ciens,  J.  L.  Petit,  par  exemple,  que  la  fracture  soit  consolidée.  On  doit  en¬ 
core  chercher  à  réduire  quand  la  fractura  siège  près  de  l’articulation; 
seulement  on  est  obligé  d’employer  certaines  manœuvres.  L’extension 
n’est  pas  possible  dans  les  cas  de  ce  genre;  il  faut  chercher  à  accrocher  la 
tête  avec  les  doigts,  et  la  faire  rentrer  dans  sa  cavité  par  la  manœuvre 
dite  de  refoulement  :  le  sommeil  anesthésique  facilite  singulièrement  le 
succès  de  l’opération. 

Lésions  des  vaisseaux  et  des  nerfs.  —  Quand  ces  lésions  existent,  les 
désordres  sont  tellement  étendus  que  la  réduction  n’offre  guère  de  diffi¬ 
cultés,  on  remet  facilement  l’os  en  place  ;  mais  la  luxation  n’est  ici  qu’un 
accident  en  quelque  sorte  secondaire,  la  complication  occupe  le  premier 
plan  dans  les  préoccupations  du  chirurgien  ;  ce  n’est  pas  ici  le  lieu  de  dis¬ 
cuter  la  conduite  à  suivre.  Je  renvoie  le  lecteur  aux  articles  qui  ont  trait  à 
l’étude  de  ces  redoutables  lésions. 

Plaies  pénétrantes  articulaires.  — Grave  complication,  devant  laquelle 
la  chirurgie  antique  s’arrêtait  désarmée.  Il  n’en  est  pas  de  même  aujour¬ 
d’hui.  Si  les  parties  molles  n’ont  pas  été  trop  profondément  déchirées,  il 
faut  réduire,  puis  tâcher  de  fermer  la  plaie,  afin  de  soustraire  le  foyer 
de  la  luxation  au  contact  de  l’air.  Si  le  sujet  est  jeune,  bien  constitué,  on 
obtient  quelquefois  des  résultats  en  quelque  sorte  inespérés.  Dans  le  cours 
de  ce  travail,  j’ai  parlé  de  cet  enfant  chez  lequel  une  luxation  du  coude, 
avec  issue  de  5  à  6  centimètres  de  l’humérus,  a  guéri  complètement  sans 


LUXATIONS  CONSÉCUTIVES.  —  anatomie  pathologiqob. 


791 


acc.ident,  en  conservant  l’intégrité  des  mouvement  s.  Pareil  succès  est  rare, 
j’en  conviens  ;  mais,  enfin,  il  suffit  qu’il  soit  possible  pour  qu’on  doive 
chercher  à  l’obtenir. 

Si  l’os  luxé  est  volumineux,  que  la  réduction  soit  très-difficile,  ou 
exige  des  incisions  trop  étendues,  ainsi  que  cela  se  montre  à  l’articulation 
tibio- tarsienne,  il  estpréférablede  faire  la  résection  des  têtes  osseuses  ;  dans 
quelques  cas,  il  y  a  avantage  à  pratiquer  l’ablation  de  l’os  luxé  (astragale). 

Enfin,  si  les  désordres  sont  très-grands,  si, les  téguments  sont  largement 
déchirés,  les  chairs  fortement  confuses  et  comme  broyées,  si  la  tête  de 
l’os  est  en  même  temps  fracturée,  si  les  vaisseaux  ou  les  nerfs  sont  com¬ 
promis,  il  ne  reste  au  chirurgien  qu’une  ressource  pour  conserver  la  vie  du 
‘blessé,  c’est  de  pratiquer  l’amputation  du  membre.  Certes,  il  faut  mûre¬ 
ment  réfléchir  avant  de  prendre  une  semblable  détermination;  mais  quand 
l’indication  est  précise,  il  importe  de  ne  pas  temporiser  l’i’amputation, 
dans  ce  cas,  doit  être  faite  dans  les  24  heures  ;  si  on  laisse  les  accidents 
se  développer,  on  fait  perdre  au  blessé,  dans  une  proportion  considérable, 
les  chances  de  salut  qui  lui  restent. 

I.1IXATIOXS  coivsÉCBTivEs  ocj  SYMPTOMiTBQiîES,  encore  appelées 
pathologiques,  secondaires,  spontanées.  —  Ces  dénominations  désignent 
des  déplacements  articulaires  préparés  et  favorisés  par  un  état  morbide  de 
la  jointure.  Les  liens  articulaires  étant  relâchés  ou  détruits  par  avance,  et 
les  surfaces  osseuses  se  trouvant  presque  toujours  en  même  temps  alté¬ 
rées  et  déformées,  il  suffit  du  moindre  effort  pour  opérer  la  luxation  : 
celle-ci  se  fait  d’ailleurs  d’une  manière  complète  dans  quelques  cas,  et  le 
plus  souvent  d’une  manière  incomplète.  L’histoire  spéciale  de  ces  lésions 
a  été  laissée  de  côté  parla  plupart  de  nos  auteurs  classiques.  Malgaigne, 
toutefois,  en  a  donné  une  étude  générale  et  approfondie,  dans  son  Traité 
des  fractures  et  des  luxations,  en  faisant  remarquer  que  personne  avant 
lui  n’avait  songé  à  remplir  cette  lacune.  Le  savant  critique  a  commis  in¬ 
volontairement,  sans  doute,  une  erreur,  qu’il  n’est  que  juste  de  relever. Dix 
ans  avant  la  publication  du  livre  de  Malgaigne,  Bonnet  avait  étudiéles  luxa¬ 
tions  consécutives,  dans  son  Traité  des  maladies  des  articulations.  Non- 
seulement  il  a  consacré  un  chapitre  à  l’histoire  de  ces  affections  envisagées 
d’une  maniéré  générale,  mais  encore,  à  propos  de  chaque  articulation,  il 
a  étudié  la  luxation  consécutive  correspondante  ;  et  j’ajoute  qu’en  ce  qui 
concerne  plus  spécialement  les  déplacements  qui  se  produisent  dans  le 
cours  des  maladies  articulaires  chroniques,  il  n’a  rien  laissé  à  faire  à  ceux 
qui  sont  venus  après  lui,  y  compris  les  Allemands  Pitha,  Billroth  et 
Volkmann  qui  reproduisent  ses  idées,  et  se  gardent  bien,  suivant  la 
méthode  germanique,  de  citer  son  nom. 

Anatomie  pa.thologique. —  Ce  qui  caractérise  un  certain  nombre 
de  luxations  consécutives,  et  constitue  une  des  différences  qui  les  sépa¬ 
rent  des  luxations  traumatiques,  c’est  l’allongement  sans  rupture  de  l’ap¬ 
pareil  ligamenteux.  Ce  caractère  anatomique  leur  est  commun  avec  les 
luxations  congénitales,  et  c’est  ce  qui  nous  explique  la  confusion  qui  a  été 
souvent  faite  entre  les  unes  et  les  autres.  Je  m’empresse  d’ajouter  que  les 


792  LUXATIONS  CONSÉCUTIVES.  —  étiologie. 

luxations  consécutives. sont  loin  de  présenter  dans  tous  les  cas  cette  inté¬ 
grité  relative  de  l’appareil  ligamenteux  :  celui-ci  est  souvent  déchiré  et  dé¬ 
truit,  par  le  fait  de  la  maladie  de  la  jointure  ,  bien  avant  que  le  déplace¬ 
ment  ne  s’elfectue.  Non-seulement  les  ligaments,  mais  encore  les  autres 
éléments  de  l’articulation  peuvent  présenter  les  désordres  les  plus  graves 
et  les  plus  étendus  :  je  ne  m’arrêterai  pas  à  les  énumérer,  il  faudrait  pas¬ 
ser  en  revue  toute  l’anatomie  pathologique  des  arthrites  et  des  tumeurs 
blanches;  ce  que  je  viens  de  dire  suffit  à  nous  faire  comprendre  pourquoi 
l’établissement  d  une  néarthrose  est  un  fait  qui  se  produit  rarement  à  la 
suite  des  luxations  consécutives.  Les  têtes  articulaires  se  déforment,  soit 
pendant  la  maladie  qui  a  préparé  le  déplacement,  soit  plus  tard,  par  suite 
des  pressions  réciproques  qu’elles  exercent  les  unes  sur  les  autres.  Je  n’ai- 
que  fort  pi  u  de  chose  à  ajouter  pour  ce  qui  concerne  les  lésions  muscu¬ 
laires  :  ces  organes  conservent  leur  texture  quand  ils  continuent  à  agir, 
ils  subissent  la  transformation  graisseuse  quand  ils  sont  condamnés  au  re¬ 
pos.  Ces  transformations  n’appartiennent  pas  en/^opre  aux  luxations 
consécutives  ;  elles  se  montrent  lorsque,  par  le  fait- des  circonstances,  ces 
organes  se  trouvent  placés  dans  des  conditions  analogues. 

Étiologie.  —  Les  causes  qui  amènent  les  luxations  consécutives  sont, 
les  unes  prédisposantes  ou  préparatoires,  les  autres"  déterminantes. 

Parmi  les  premières,  se  trouvent  toutes  les  circonstanccs’qni  facilitent  et 
produisent  le  relâchement  des  liens  articulaires.  On  comprend  qu’on  puisse, 
à  la  rigueur,  faire  entrer  dans  cette  classe  certaines  influences  dont  l’action 
s’exerce  sur  l’organisme  tout  entier,  et  qui  affaiblissent  par  conséquent  le 
système  musculaire  et  le  système  osseux.  C’est  surtout  dans  les  luxations 
incomplètes  avec  déformation  des  vertèbres  (déviation  de  la  taille)  que 
cette  étiologie  apparaît.  Toutefois,  dans  la  très-grande  majorité  des  cas,  le 
déplace  lient  articulaire  est  lié  à  des  altérations  locales  qu’il  est  facile  de 
saisir.  Ainsi,  par  exemple,  lafaibles>e  ou  même  la  paralysiemusculaire sont 
limitées  à  une  jointure,  le  poids  du  membre  n’est  plus  soutenu  d’une 
manière  efQcace  et  les  ligaments  tiraillés  se  laissent  distendre  et  s’al¬ 
longent. 

L’iiilluence  de  cette  action  mécanique  est  démontrée  par  plusieurs 
observations  célèbres.  C’est  ainsi,  par  exemple,  que  Molinetti  a  vu  la 
luxation  de  l’épaule  déterminée  par  le  poids  d’un  spinavetitosa  développé 
dans  l’épaisseur  de  l’humérus.  C’est  d’une  manière  analogue  que  la  luxa¬ 
tion  de  l’éjiaule  s’est  produite  chez  cet  officier  de  marine,  dont  A.  Cooper 
rapporte  l’observation.  Ce  malade  avait  eu  pendant  une  heure  le  bras  fixé 
à  une  vergue,  de  manière  à  ce  que  les  pieds  avaient  peine  à  toucher  le  pont 
du  navire  ;  les  ligaments  furent  tellement  distendus  que  la  luxation  s’en 
suivit. 

La  contraction  musculaire,  lorsqu’elle  agit  sur  des  muscles  isolés,  peut- 
elle  amener  le  relâchement  des  ligaments  qui  se  trouvent  placés  sur  le 
côté  opposé  de  la  jointure,  et  être  cause  de  luxation?  On  l’a  dit,  mais  ici 
l’action  produite  est  complexe.  En  effet,  cette  traction  incessante  détermine 
une  pression  continue  dans  certains  points  des  surfaces  articulaires  :  la 


LUXATIONS  CONSÉCUTIVES.  —  variétés. 


793 


déformation  des  têtes  osseuses  qui  en  résulte  doit  contribuer,  dans  une 
large  mesure,  à  la  production  du  déplacement. 

Une  cause  qui  agit  d’une  manière  efficace  pour  amener  le  relâchement 
des  liens  articulaires  est  l’hydarthrose  aiguë  et  chronique.  L’épanchement 
détermitie  d’autant  plus  facilement  la  disten>ion  des  tissus  fibreux  que 
l’irritation,  dont  la  jointure  est  le  siège,  muiiifie  nécessairement  la  texture 
de  ces  organes. 

Toutes  les  maladies  chroniques  des  articulations  englobées  sous  les  noms 
d’arlhriies  ou  de  tumeurs  blanches,  constituent  les  causes  prédisposantes 
les  plus  efficaces,  soit  en  déterminant  le  ramollissement  et  la  destruction  des 
ligaments,  soit  en  altérant  plus  ou  moins  jirofoiidément  les  têtes  osseuses. 

Lorsque  ces  lésions  sont  un  peu  avancées,  la  cause  la  plus  légère 
peut  amener  le  déplacement:  le  poids  seul  des  parties  peut  y  suffire.  C’est 
dans  les  cas  de  ce  genre  que  l’on  pourra  constater  l’influence  considérable 
que  peuvent  exercer  sur  la  manifestation  de  la  luxation  les  mauvaises  po¬ 
sitions  des  membres  :  c’est  sur  ce  point  ijue  Bonnet  a  plus  spécialement  fixé 
l’attention  des  chirurgiens.  Dans  quelques  cas, dans  les  luxations  de  l’atlas 
et  des  autres  vertèbres,  le  poids  seul  des  parties  devient  cause  elficiente. 
Le  plus  souvent  les  pressions  mal  dirigées,  les  contractions  musculaires 
combinent  leur  action  ;  mais  ce  qu’il  faut  retenir,  c’est  qu’elles  ne  suffi¬ 
sent  guèr  e  à  elles  seules  à  produire  le  déplacement,  il  faut  encore  que  les 
surfaces  articulaires  se  trouvent  dans  une  position  déterminée.  Ainsi,  dans 
les  maladies  du  genou,  la  luxation  du  tibia  en  arrière  se  fait  à  peu  près 
inévitablement  lorsque  le  membre  e.st  fléchi.  Il  en  est  autrement  lors¬ 
qu’on  le  maintient  étendu  dans  une  gouttir're  ou  un  autre  appareil  conve¬ 
nablement  disposé.  On  .«ait  que  la  luxation  du  fémur  sur  l’os  des  îles  est 
singulièremeiil  favorisée  lorsque  le  malade,  atteint  de  coxalgie,  reste  cou¬ 
ché  sur  le  côté  sain  et  que  la  cuisse  afiei  tée  se  place  dans  la  flexion,  l’ad¬ 
duction  et  la  rotation  en  dedans.  Le  ligament  orbiculaire  est  distendu  en 
dehors  dans  cette  position,  et  se  déchire  pour  laisser  passer  la  tête  os¬ 
seuse.  Il  est  de  la  plus  haute  importance  de  bien  apprécier  le  rôle  que  les 
mau^aises  positions  des  membres  jouent  dans  la  production  des  luxations 
consécutives;  car,  ainsi  qu’on  le  verra  tout  à  l’heure,  ce  fait  domine  la  thé- 
rapeutii|ue  de  ces  atfections. 

Variétés.  —  Il  ne  faut  pas  s’attendre  à  trouver  ici  les  mêmes  variétés 
que  dans  les  luxations  traumatiques  :  la  raison  en  est  simple.  Les  luxations 
consécutives  ne  se  font  guère  que  dans  le  sens  des  positions  vicieuses 
que  les  membres  prennent  dans  les  maladies  des  jointures.  Elles  sont  le 
plus  ordinairement  incom|ilètes  :  souvent  même,  dans  les  déviations  de  la 
taille  ou  les  maladies  du  genou,  elles  ne  consistent  que  dans  une  inclinai¬ 
son  plus  ou  moins  prononcée  des  os  contigus  l’un  sur  l’autre.  Quelquefois 
les  os  glissent  légèrement  l’un  sur  l’autre  de  façon  à  constituer  plutôt  une 
subluxi  tien  qu’une  véritable  luxation. 

La  luxation  consécutive  [teut  d’ailleurs  être  simple  ou  compliquée.  La 
première  est  celle  dans  la(|uelle  les  ligaments  sont  seulement  distendus; 
les  surfaces  articulaires  ne  présentent  que  des  lésions  peu  marquées. 


794  LUXATIONS  CONSÉCUTIVES.  —  pronostic.  —  traitement. 

Dans  la  luxation  compliquée,  les  os  sont  plus  ou  moins  profondément  alté¬ 
rés  :  tantôt  les  têtes  articulaires  sont  élargies,  dépolies,  comme  dans  le  rhu¬ 
matisme  goutteux  ;  tantôt,  comme  on  le  voit  dans  les  tumeurs  blanches, 
elles  sont  altérées  et  détruites  dans  une  certaine  étendue. 

Symptômes  et  diagnostic.  —  Les  luxations  consécutives  se  font 
quelquefois  brusquement.  Lorsque  les  ligaments  ont  été  distendus  par  une 
des  causes  qui  viennent  d’être  énumérées,  et  que  l’articulation  se  trouve 
dans  une  position  qui  favorise  la  sortie  de  l’os  de  sa  cavité,  il  suffit  d’un 
choc  léger  ou  même  de  la  contraction  musculaire  pour  déterminer  l’acci¬ 
dent.  La  douleur  et  le  gonflement  peuvent  être  presque  nuis.  Souvent  la 
réduction  s’obtient  très-aisément,  mais  le  déplacement  se  reproduit  avec 
la  même  facilité.  Cette  mobilité  disparaît,  il  est  vrai,  à  la  longue,  parce  que 
les  surfaces  articulaires  subissent  des  modifications  qui  changent  leur  con¬ 
figuration.  Dans  les  cas  nombreux  où  les  surfaces  osseuses  sont  plus  ou 
moins  altérées  ou  détruites,  le  déplacement  s’opère  d’une  manière  insen¬ 
sible,  et  sans  que  le  malade  s’en  aperçoive  en  quelque  sorte.  Les  symp¬ 
tômes  sont  alors  différents;  mais,  il  faut  bien  le  dire,  ce  sont  ceux  de  la 
maladie  articulaire  qui  masquent  ceux  qui  appartiennent  au  déplace¬ 
ment. 

Le  diagnostic  se  déduit  des  différences  que  présentent  dans  leurs  rap¬ 
ports  les  saillies  osseuses,  dans  les  changements  survenus  dans  la  direc¬ 
tion  de  l’axé  déplacé,  et  dans  les  circonstances  d’allongement  et  de  rac¬ 
courcissement  que  présente  le  membre  malade.  La  fixité  des  rapports 
anormaux  n’a  pas  la  même  valeur  que  dans  les  luxations  traumatiques, 
car  la  déformation  du  membre  peut  tenir  à  la  position  vicieuse  que  les 
malades  prennent.  C’est  surtout  à  la  hanche  que  l’on  peut  reconnaître  ce 
fait  important,  qui  a  été  pendant  si  longtemps  méconnu  et  a  entretenu  des 
illusions  que  les  travaux  de  Bonnet,  de  Parise  et  de  Malgaigne  ont  dissi¬ 
pées  dans  ces  derniers  temps. 

Pronostic.  —  Il  est  des  plus  variables  selon  la  cause,  l’étendue,  l’an¬ 
cienneté  de  la  luxation,  et  surtout  la  nature  des  altérations  anatomiques 
qui  l’accompagnent.  Entre  la  subluxation,  qui  tient  à  un  relâchement  peu 
prononcé  des  ligaments,  et  la  luxation  complète  et  compliquée  de  lésions 
osseuses,  terminée  par  la  soudure  de  ces  organes,  il  est  une  foule  de  de¬ 
grés  qu’il  est  impossible  de  signaler.  Chaque  cas  entraîne  en  quelque  sorte 
son  pronostic  particulier. 

Traitement.  —  Les  indications  à  remplir  doivent  être  divisées  en 
deux  catégories.  Les  premières  ont  pour  but  de  prévenir  la  luxation,  les 
secondes  s’adressent  plus  particulièrement  au  déplacement  qu’il  s’agit 
de  corriger  :  le  traitement  doit,  en  d’autres  termes,  être  préventif  onen- 
ratif. 

Traitement  PRÉVENTIF.  — Il  s’attaque  à  la  maladie  de  l’articulation  dont  les 
conséquences  peuvent  être  les  altérations  anatomiques  dont  il  a  été  ques¬ 
tion.  Les  moyens  à  employer  varient  donc  suivant  la  nature  de  celte  affec¬ 
tion.  Je  ne  fais  que  rappeler  ici  le  principe,  sans  entrer  dans  les  détails, 
qui  se  trouvent  mieux  à  leur  place  dans  les  articles  consacrés  aux  diffé- 


LUXATIONS  CONSÉCUTIVES.  —  tbaitement. 


795 


rentes  maladies  des  jointures.  Toutefois,  parmi  ces  indications,  il  en  est 
une  qui  par  son  importance  prime  toutes  les  autres,  et  qu’il  ne  faut  dans 
aucun  cas  perdre  de  vue;  quand  elle  est  remplie  à  temps  et  convenable¬ 
ment,  on  peut  empêcher  presque  à  coup  sûr  la  luxation  de  se  faire. 

Cette  indication  consiste  à  placer  les  articulations  malades  dans  une 
position  convenable,  et  à  les  immobiliser  dans  cette  bonne  situation  au 
moyen  d’appareils  convenablement  disposés  (grande  gouttière  de  Bonnet 
pour  les  maladies  de  la  hanche  ;  gouttières  simples  pour  les  articulations 
du  genou  et  du  pied  ;  Bandages  ouatés  et  amidonnés  ou  silicatés,  etc.).  Le 
membre  étant  bien  soutenu  dans  tous  les  sens,  on  évite  les  distensions 
exercées  sur  les  ligaments,  les  pressions  défectueuses  et  anormales  des 
surfaces  articulaires  les  unes  sur  les  autres,  et,  coïncidencé  fort  heureuse 
et  qui  doit  être  prise  en  sérieuse  considération,  cette  pratique  exerce  sur 
la  marche  de  la  maladie  articulaire  la  plus  salutaire  influence.  Ce  n’est 
pas  sans  un  pénible  sentiment  de  surprise  que  j’ai  vu  soutenir  l’opinion 
contraire  dans  des  publications  récentes,  et  émettre  cette  doctrine  qui,  à 
mon  avis,  consacre  une  erreur  déplorable  :  que  la  luxation  est  plutôt  une 
terminaison  favorable,  et  que  loin  de  chercher  •  à  la  prévenir,  il  faut  au 
contraire  la  favoriser.  Les  chirurgiens  auxquels  je  fais  allusion  s’appuient 
sur  ce  fait  que,  dans  certains  cas  de  coxalgie,  on  a  vu  une  diminution 
notable  des  douleurs  suivre  la  sortie  de  la  tête  de  sa  cavité.  J’admets  la 
réalité  du  fait  ;  il  s’agit  de  l’interpréter.  Le  tiraillement,  la  distension  d’une 
capsule  articulaire  enflammée  déterminent  en  effet  des  douleurs  atroces, 
et  l’on  comprend  bien  que,  lorsqu’elle  se  déchire  et  laisse  passer  la  tête, 
il  puisse  en  résulter  un  soulagement  marqué.  Mais  des  centaines  d’obser¬ 
vations  n’ont-elles  pas  démontré  que  cette  amélioration  était  aussi  rapide¬ 
ment  obtenue  par  le  redressement  du  membre  et  son  immobilisation  dans 
une  bonne  position,  dans  cette  position  qui  prévient  précisément  les  tirail¬ 
lements  de  cette  capsule  et  les  pressions  vicieuses  des  surfaces  articulaires? 

Je  ne  puis  m’étendre  .sur  cette  question  autant  que  le  réclame  son  impor¬ 
tance,  je  me  contente  de  produire  un  dernier  argument  qui  me  semble 
décisif.  Dans  la  discussion  qui  a  eu  lieu  à  la  Société  de  chirurgie  en  fé¬ 
vrier  1865,  M.  le  professeur  Verneuil  a  déclaré  qu’il  avait  vu  succomber 
la  plupart  des  coxalgiques  traités  dans  les  hôpitaux  de  Paris,  alors  que  l’on 
suivait  le  traitement  autrefois  classique,  et  qui  consistait  à  abandonner 
les  articulations  à  elles-mêmes.  Quant  au  petit  nombre  qui  échappaient  aux 
complications  que  l’on  sait,  ils  restaient  plus  ou  moins  estropiés  -,  or,  a 
ajouté  le  savant  chirurgien  :  «  Depuis  la  publication  des  travaux  de  Bonnet, 
et  leur  introduction  dans  la  pratique  parisienne,  les  choses  ont  complète¬ 
ment  changé  de' face  »;  et,  en  effet,  il  cite  29  cas  de  guérison  sur  50,  et 
'  encore  sur  ce  trentième,  par  le  conseil  d’un  chirurgien  qui  n’adoptait  pas 
le  traitement  nouveau,  on  avait  repris  les  anciens  errements. 

Bien  d’autreâ'  raisons  pourraient  être  invoquées  à  l’appui  du  précepte 
que  je  viens  de  formuler.  C’est  je  le  répète,  le  meilleur  moyen  d’améliorer 
la  maladie  primitive;  en  second  lieu,  c’est  le  moyen  le  plus  efficace  de 
prévenir  la  luxation  ;  et  enfin,  si  contre  toute  attente  celle-ci  se  produit. 


796 


LUXATIONS  CONSÉCUTIVES.  —  traitemekt. 


le  déplacement  est  moins  prononcé,  et  l’ankylose  qui  en  est  la  consé¬ 
quence  nécessaire  se  fait  dans  des  conditions  relativement  favorables,  le 
membre  peut  remplir  moins  péniblement  une  partie  de  ses  fotictions. 

Traitement  CDR ATiF.  —  Nous  supposons  .que  le  déplacement  s’est  fait,  la 
luxation  exisie  :  l’indication  est  évidemment,  dans  .ce  cas,  de  la  réduire; 
mais,  il  faut  en  convenir,  il  n’est  pas  toujours  facile  de  la  remplir.  On  s’il¬ 
lusionnerait,  si  l’on  pensait  pouvoir  replacer  la  tête  dans  sa  cavité,  comme 
dans  le  cas  de  luxation  traumatique;  les  choses  ne  se  trouvent  pas  dans 
les  mêmes  conditions.  L’art,  toutefois,  n’est  pas  cofnplétement  désarmé,  et 
dans  la  majorité  des  cas  le  chirurgien  peut  améliorer  considérablement 
la  situation,  alors  qu’il  n’atteint  pas  le  but  idéal,  la  réduction  parfaite.  Il 
est  des  cas,  sans  doute,  qui  sont  complètement  incurables  :  ce  sont  ceux 
dans  lesquels  il  s’est  fait  une  soudure  osseuse  entre  les  parties  déplacées. 
Mais  lorsque  les  têtes  osseuses  ne  sont  maintenues  que  par  des  adhérences 
fibreuses  et  périphériques,  lorsqu’on  peut  constater  la  persistance  d’une 
mobilité,  même  obscure,  on  arrive  avec  de  la  patience  à  di-s  résultats  bien 
consolants.  C’est  surtout  dans  les  ankylosés  incomplètes  du  genou,  avec 
flexion  du  membre  et  luxation  plus  ou  moins  complète  en  arrière,  que  l’on 
peut  obtenir  des  résultats  très-satisfaisants.  Une  faut  pas  espérer,  dans  les 
cas  de  ce  genre,  pouvoir  remettre  les  choses  en  place  par  des  manœu¬ 
vres  brusques  et  violentes.  En  agissant  ainsi,  on  ne  réussirait  qu'à  com¬ 
pléter  la  luxation,  et  on  déterminerait  dans  les  parties,  encore  plus  ou 
moins  malades,  des  désordres  et  des  déchirures  qui  seraient  suivies  du  re¬ 
tour  de  l’inflammation  aiguë. 

11  faut  procéder  avec  lenteur  et  ménagements  au  moyen  de  l’appareil  à 
tractions  continues  qui  a  été  représenté  et  décrit  à  l’article  Coxalgie  (voy 
t.X,  p.  50).  On  triomphe  presque  toujours  des  plus  grandes  dillicultés.  J’ai 
eu  l’occasion  de  traiter,  l’année  dernière,  un  enfant  de  1 5  ans  affecté  d’une 
tumeur  blanche  du  genou,  et  chez  lequel  le  membre  ayant  été  abandonné 
à  lui-même  était  fléchi  à  angle  aigu  ;  le  fémur  était  presque  complètement 
luxé  en  arrière,  et  les  condylesdu  fémur  se  dessinaient  en  avant  à  travers 
les  téguments.  J’ai  pu  remettre  la  jambe  dans  sa  rectitude  :  il  ne  m’a  pas 
fallu  moins  de  6  applications  successives  du  bandage  dont  je  viens  de  par¬ 
ler  ;  mais  après  10  mois  d’efforts,  non-seulement  la  jambe  a  été  étendue, 
mais  la  tête  du  tibia  a  été  peu  à  peu  ramenée  en  avant,  les  condyles  du  fé¬ 
mur  ont  opéré  un  glissement  en  arrière  ;  et  aujourd’hui  l’articulation  n’a 
pas  re.pris  ses  fonctions,  il  est  vrai,  maiS  le  membre  est  droit,  il  supporte 
très-bien  le  poids  du  corps,  et  le  malade  marche  aussi  librement  qu’on 
peut  le  faire  avec  une  ankylosé  du  genou. 

Dans  les  énarthroses,  la  hanche  plus  particulièrement,  on  ne  peut 
guère  espérer  obtenir  la  réduction,  lor>que  la  tête  est  sortie  de  sa  cavité.  Je  • 
me  saurais  assez  le  répéter,  les  c  is  de  ce  genre  doivent  devenir  de  plus  en 
plus  rares,  si  l’on  ne  néglige  pas  le  traitement  préventif,  qui  con>iste,  en¬ 
core  une  fois,  à  ne  pas  abandonner  à  elles-mêmes  les  articulai  ions  mala¬ 
des,  à  corriger  les  mauvaises  positions,  et  à  assurer  l’immobilité  dans  les 
conditions  qui  ont  été  indiquées. 


797 


LUXATIONS  CONGÉNITALES.  —  bibliographie. 

Il  est  toute  une  catégorie  de  luxations  consécutives  qui  réclament  en 
quelque  sorte  une  thérapeutique  spéciale  ;  je  veux  parler  de  celles  qui  se 
produisent  dans  les  courbures  pathologiques  du  rachis,  ou  dans  les  affec¬ 
tions  désignées  sous  le  nom  de' pieds-bots.  Elles  sont  en  dehors  du  cadre 
que  je  me  suis  proposé  de  remplir.  L’étude  de  ces  maladies  et  l’exposition 
des  méthodes  de  traitement  qui  leur  conviennent  seront  faites  dans  les 
articles  que  leur  importance  réclame,  et  qui  leur  seront  consacrés. 

liUXATioxs  coîKCiÉi\'iTAi.ES.  —  Il  me  resterait,  pour  compléter  l’his¬ 
toire  des  luxations  envisagées  d’une  manière  générale,  à  parler  des  dépla¬ 
cements  articulaires  qui  se  montrent  dès  la  naissance,  et  que  l’on  désigne 
sous  le  nom  de  luxations  congénitales  ou  originelles.  Cette  question  a  déjà 
été  traitée  à  l’article  Hanche  {voy.  t.  XVII,  p.  208).  En  faisant  l’étude  des 
luxations  congénitales  du  fémur,  qui  sont  à  beaucoup  près  les  plus  fré¬ 
quentes  de  toutes,  j'ai  eu  l’occasion  d’exposer  les  théories  étiologiques, 
et  les  particularités  relatives  à  l’anatomie  pathologique  de  ces  affections  ; 
j’y  renvoie  donc  le  lecteur. 

J’ajouterai  que  les  luxations  congénitales  du  genou  ont  été  observées 
très-rarement.  Dans  tous  les  cas,  les  indications  à  remplir  sont  ici  faciles 
à  saisir.  La  réduction  s’obtient  bien  plus  aisément  que  dans  les  luxations 
congénitales  de  la  hanche;  des  appareils  contentifs  permettent  d’atténuer 
la  difformité. 

Les  luxations  ou  plutôt  les  subluxations  de  l’articulation  tibio -tarsienne 
ont  bien  des  points  de. contact  avec  la  luxation  congénitale  :  il  s’agit  toute¬ 
fois  ici  d’une  maladie  en  quelque  sorte  spéciale.  Son  traitement,  surtout, 
mérite  une  étude  particulière;  mais  cette  étude  sera  mieux  placée  à  l’ar¬ 
ticle  PlED-BOT. 

Les  luxations  congénitales  du  membre  sMpmettr  sont  beaucoup  plus  ra¬ 
res  que  celles  du  membre  inférieur:  elles  reconnaissent  les  mêmes  causes; 
leur  diagnostic  est  plus  facile.  Quand  elles  ne  sont  pas  liées  à  un  arrêt  de 
développement  de  la  jointure,  ou  qu’elles  ne  se  compliquent  pas  de  la  pa¬ 
ralysie  démuselés  importants,  on  arrive  à  en  triompher,  ou  tout  au  moins 
à  améliorer  notablement  la  situation  des  malades.  Les  principes  de  traite¬ 
ment  sont,  du  reste,  les  mêmes  que  ceux  que  j’ai  exposés  à  propos  de  la 
luxation  congénitale  du  fémur. 

Les  divers  traités  de  pathologie  chirurgicale,  et  plus  particulièrement  :  Boyee,  Nélatos,  Viuae 
(de  Cassis),  Follis  et  Ddplaï. 

1>ARÉ  (A.),  Œuvres  complètes.  Edit.  Malgaigne,  t.  IL 
Petit  IJ.  L.),  Maladies  des  os,  1758. 

PouTEAP,  Œuvres  posthumes,  t.  II,  1783. 

CoopER  (A.),  Œuvres  chirurgicales,  traduction  de  Richelot.  Paris,  1857. 

Dopuïtren,  Leçons  orales  de  clinique  chirurgicale,  t.  I. 

Pbavaz,  Luxation  congénitale  du  fémur  [Bull,  de  l’Acad.  de  méd.j  1837-38,  t.  II,  p.  579). 
—  Note  sur  l’étiologie  et  le  traitement  des  luxations  congénitales  du  fémur  [Bull,  de  l’Acad. 
de  méd.,  1838-39,  p.  408).  —  Rapport  sur  deux  mémoires  de  51.  Pravaz  relatifs  à  l’étiologie 
et  au  traitement  des  luxations  congénitales,  par  Gerdy  (Bull,  de  l’Acad.  de  méd.,  1839-40, 
p.  121). —  Discussion  (Ibid.,  p.  lüO).  —  Mémoire  sur  le  diagnostic  et  le  traitement  des  luxa¬ 
tions  congénitales  du  fémur  (Bull.de  V Acad,  de  méd.  Paris,  1841-4'2,  t.  VU,  p.  55). 
Bouvier,  Luxation  congénitale  du  fémur  (Bull,  de  VAcad.  de  méd.,  1837-58,  t.  II,  p.  589). — 
Luxations  congénitales  du  fémur  (Bull,  de  VAcad.  de  méd.,  1838-59,  L  III,  p.  759).  — 
Luxation  spontanée  des  genoux  en  dehors  (Bull,  de  VAcad.  de  méd.  Paris,  1840-41,  t.  VI, 


798 


LUXEÜIL.  —  SOURCES. 


p.  84).  —  Luxations  congénitales  du  fémur  (Bull,  de  l’Âcad.  de  mëd.,  t.  M,  p;  415).  — 
Leçons  cliniques  sur  les  maladies  de  l’appareil  locomoteur.  Paris,  1858. 
llcMBERT,  Luxations  congénitales  du  fémur,  étiologie  et  traitement  (Bull,  de  l’Âcad.  de  méd., 
1838-59,  t.  m,  p.  9).  —  Rapport  de  M.  Renoult  (/iiVL,  ,0^562). 

Colombo,  Jléthode  de  réduire  les  luxations  des  cavités  a^jpulaires  (Bull,  de  l’Acad.  de  méd., 
1838-39,  t.  m,  p.  577),  et  rapport  de  M.  Bobard  (Ibid:;  \>.  mi). 

JoBERT  (de  Lamballe),  Rapport  sur  Potégxat.  Note  sur  les  luxations  produites  par  le  relâchement 
des  ligaments  (Bull,  de  l’Acad.  de  méd.  Paris,  1842-43,  t.  VIII,  p.  71). 

Fildgelli,  Études  sur  les  obstacles  et  la  réduction  des  luxations  récentes  (Bevue  méd.,  1842, 
juillet,  et  Ann.  de  la  chirur.,  1843,  t.  VIII,  p.  98). 

Boüissos,  Observations  et  réflexions  sur  quelques  variétés  rares  de  luxations  (Ann.  de  la  chirur., 
1843,  t.  IX,  p.  315).  -  , 

Bonn-et,  Traité  des  maladies  des  articulations.' Paris,  1845,  t.  II.  —  Traité  de  thérapeutique  des 
maladies  articulaires.  Paris,  1853. 

SIalgaigne,  Traité  des  fractures  et  des  luxations.  Paris,  1854,  t.  II. 

Rigaüd,  Du  mode  rationnel  de  réduction  des  luxations  traumatiques,  clinique  chirurgicale  de 
Strasbourg,  1858. 

Angek  (Benj.),  Traité  iconographique  des  maladies  chirurgicales.  Paris,  1805. 

Gadjot,  Arsenal  de  la  chirurgie  contemporaine,  Paris,  1867. 

Morel-Lavallée,  Luxations  compliquées.  Thèse  de  concours,  1851 ,  et  Byill.  de  la  Société  de 
cAû™-.,  1859. 

Mathieu,  Appareil  à  l'éduire  les  luxations  (Bull,  de  l’Acad.  de  méd.  Paris,  1865-66,  t.  XXXI, 
p.  249). 

Legros  et  Axger  (Th.),  Des  tractions  continues  et  de  leur  application  chirurgicale  (Arch.  gén. 
de  méd.,  janv.  1868). 

Sédillot,  Contributions  à  la  chirurgie.  Paris,  1869,  1. 1.  — SÉoiLLOiet  Legodest,  Traité  de  mé¬ 
decine  opératoire,  bandages  et  appareils,  4®  édit.  Paris,  1870. 

Obliac,  Monit.  des  scien.  méd.,  1869. 

Gosselin,  Clinique  chirurgicale  de  l’hôpital  de  la  Charité.  Paris,  1873.  t.  I,  p.  17.' 

Valette,  Clinique  chirurgicale  de  l’Hotel-Dieu  de  Lyon.  Paris,  1875. 

A.  D.  Valette. 

LiUXEUIIi  (Haute-Saône).  —  Altitude  417  mètres;  eaux  salines, 
chlorurées  sodiques,  et  ferrugineuses  manganésiennes.  Température  de 
19“ à  52“  G. 

Sans  faire  l’histoire  de  cette  intéressante  station,  nous  nous  bornerons 
à  reproduire  les  premières  lignes  de  l’inscription  qui  rappelle  la  date  de 
la  reconstruction  de  l’établissement,  aux  frais  de  la  Ville,  en  1768  : 

«  Luxovii  thermæ,  à  Celtis  olim  æditicatæ,  à  Tito  Labieno,  jussu  Caii  Jul, 
Cæsar.  imp.  restitutæ,  labe  temporum  dirutæ...  »  Depuis  1853,  les 
thermes  appartiennent  à  l’État,  qui  n’a  rien  négligé  pour  leur  rendre  leur 
ancienne  splendeur. 

Sources.  — Les  sources  jaillissent  du  grès  bigarré;  au  nombre  del7; 
elles  se  divisent  en  deux  groupes  :  15  salines  et  2  ferrugineuses. 

a.  Sources  salines.  — Les  sources  salines  présentent  une  grande  ana¬ 
logie  dans  leur  composition,  et  dans  les  dépôts  qu’elles  abandonnent  sur 
les  parois  de  leurs  réservoirs  :  cette  circonstance  s’explique  d’autant  plus 
facilement  que  plusieurs  sources  communiquent  entre  elles. 

Les  principales  ont  reçu  les  noms  de  ;  Source  de  l’Aqueduc,  des  Béné-  ■ 
dictins,  du  Bain  gradué,  des  Dames,  des  Fleurs,  d’Hytjie,  du  Grand  Bain, 
des  Cuvettes,  des  Capucins,  source  Nouvelle,  source  Eugénie. 

La  plus  importante  est  celle  desDames  (42“,4C.),  dont  nous  empruntons 
l’analyse  à  Leconte  :  (eau,  1000  grammes)  ;  sesquicarbonate  dépotasse, 
O®', 04350  ;  chlorure  depotassium,  0®“, 02589  ;  sulfate.de  soude,  O”', 13716  ; 


799 


LUXEUIL.  -  ÉTABLISSEMENT  THERMAL. 

chlorure  de  sodium,  0®%72353;  carbonate  de  chaux,  ;  carbo¬ 

nate  de  magnésie,  0'%00215  ;  alumine,  sesquioxyde  de  fer,  oxyde  rouge 
de  mangaflèse,  fluorure  de  calcium,  0,01385  acide  silicique,  O^^OOSIO; 
matières  organiques,  0®%02589  ;  iode,  traces  très-faibles  ;  arsenic,  traces 
excessivement  faibles  ;  substances  solides,  I^^IOSIO  ;  eau,  998,89154. 
Gaz  :  oxygène,  2‘'%26  ;  acide  carbonique,  7''‘',54;  azote,  25‘',66. 

b.  Sources  ferrugineuses.  —  L’une  d’elles,  le  Puits  Romain,  n’est  plus 
utilisée  aujourd’hui  :  on  a  reconnu  qu’elle  était  formée  par  un  mélange 
d’eaux  salines  thermales  et  d’eau  ferrugineuse.  Sa  température  était  de 
27°,9  G.  à  son  arrivée  à  l’établissement. 

La  Source  du  Temple  (24°C.),  qui  alimente  seule  les  thermes,  a  été  l’objet 
de  nouveaux  travaux  de  captage,  en  1864  et  en  1865.  Voici  sa  composi¬ 
tion,  d’après  Dormoy  :  (eau,  1000  grammes);  sesquicarbonate  de  potasse, 
0”%012  ;  sulfate  de  soude,  O^^OOO  ;  chlorure  de  sodium,  0^,255  ;  carbo¬ 
nate  de  chaux ,  carbonate  de  magnésie,  fluorure  de  calcium,  0®’',072  ; 
oxyde  rouge  de  manganèse,  0*'’,014;  sesquioxyde  de  fer,  0®'’,027  ;  acide 
silicique,  0®‘’,064  ;  matières  organiques,  O^^OIO  ;  total  des  matières  so¬ 
lides,  0^’’,544  ;  eau,  999,466  ;  gaz  acide  carbonique  ;  25“,95  ;  azote, 
17“,45.  Son  débit  est  de  21,000  litres  par  24  heures. 

Établissement  thermal.  —  Dans  uii  beau  jardin  s’élèvent  les  thermes, 
formés  de  deux  corps  de  bâtiment  qui  se  relient  entre  eux  à  angle  droit. 
Différentes  parties  de  cet  élégant  édifice  ont  conservé  les  noms  qu’elles 
avaient  reçus  lorsqu’elles  étaient  isolées  les  unes  des  autres;  ainsi  :  le  bain 
des  Bénédictins,  le  bain  des  Capucins,  etc. 

Bain  des  Bénédictins. — Le  premier,  situé  dans  l’aile  gauche,  ou  b⬠
timent  de  l’ouest,  renferme  deux  piscines  ;  une  pour  chaque  sexe.  Pendant 
la  saison  thermale  de  1874,  la  température  de  ces  piscines  a  varié  entre 
34  et  35“,5  C.  L’eau  est  fournie  par  la  source  des  Bénédictins,  et  par  le 
filet  n"  1  de  la  source  de  l’Aqueduc.  Autour  des  piscines  se  trouvent  trois 
vestiaires  et  un  cabinet  de  douches. 

Le  bain  des  Dames  est  à  l’ouest  du  bain  des  Bénédictins.  La  piscine 
a  été  convertie  (1868)  en  un  grand  bassin  d’alimentation  pour  le 
bain  des  Fleurs  et  le  bain  Gradué.  Le  bain  des  Dames  possède  cinq 
cabinets  de  bain,  dont  deux  sont  doubles,  et  un  cabinet  de  douches 
écossaises. 

On  a  ménagé  un  cabinet  de  bain  de  chaque  côté  du  passage  conduisant 
du  bain  des  Dames  au  bain  des  Fleurs. 

Le  bain  des  Fleurs,  placé  à  la  suite  du  précédent,  en  se  dirigeant  du  sud 
au  iKird,  a  été  reconstruit  avec  un  grand  luxe,  en  1859.  Il  renferme  dix 
cabinets  avec  baignoires,  douches  verticales,  et  douches  vaginales  ;  ces 
dernières  arrivent  dans  le  fond  de  la  baignoire.  On  a  renoncé  à  se  servir 
de  ces  douches,  à  cause  de  la  pression  trop  considérable  qu’elles  ont,  et 
de  la  température  trop  basse  de  l’eau  savonneuse  qui  les  alimente.  Aux 
buvettes  coulent  l’eau  de  la  source  des  Dames,  et  l’eau  de  la  source  Géla¬ 
tineuse. 

Le  bain  Gradué,  qui  a  été  aussi  l’objet  d’une  restauration  complète. 


800  LUXEUIL.  -  THÉRAPEUTIQUE. 

contient  un  vaste  bassin  circulaire,  divisé  en  quatre  compartiments  :  deux 
sont  affectés  à  chaque  sexe.  Pendant  la  saison  de  1874,  la  température 
des  piscines  a  oscillé  entre  34  et  35“.5°  pour  deux  d’entre  elles,  et  entre 
35°, 5  et  37°  pour  les  deux  autres.  Celte  salle  renferme  (rois  vestiaires  et 
onze  cabinets  de  bain,  dont  deux,  munis  de  douches,  sont  réservés  comme 
cabinets  de  douche.pour  le  service  général  des  bains  gradués. 

On  a  le  projet  d’ajouter  à  l’établissement  une  aile  droite,  dans  laquelle 
on  construirait  une  piscine  ferrugineuse  de  natation. 

La  partie  principale,  ou  aile  nord  de  l’édifice,  présente  à  son  centre  un 
vestibule  qui  donne  accès  :  à  gauche,  au  Grand  Bain  ;  à  droite,  au  bain 
des  Capucins;  au  milieu,  au  bain  Ferrugineux. 

Grand  Bain  :  dix  cabinets  de  bain  avec  douches,  reçoivent  à  volonté 
l’eau  des  sources  du  Grand  Bain  ou  l’eau  ferrugineuse  :  deux  autres  ca¬ 
binets  sont  consacrés  aux  douches  écossaises. 

On  remarque  encore,  dans  ce  pavillon,  une  étuve  bien  installée,  mais 
dont  la  température  n’est  pas  assez  élevée,  et  des  douches  ascendantes 
bien  organisées. 

Le  bain  des  Capucins,  à  droite  et  en  face  du  Grand  Bain,  contient  deux 
piscines  elli[)tiques,  dont  la  température  a  eu  pour  limites  extrêmes,  en 
1874,  35  et  36°  C.  Alimentées  uniquement  le  matin  par  les  eaux  sa¬ 
lines,  elles  sont  ferrugineuses,  le  soir,  par  l’addition  d’eau  ferrugineuse 
naturelle. 

Bain  ferrugineux  ;  à  l’entrée,  une  buvette  d’eau  ferrugineuse,  à  droite  ; 
à  gauche,  une  buvette  d’eau  de  ta  source  des  Cuvettes.  Ce  bain  se  compose 
de  deux  salles  :  la  première,  ayant  la  forme  d’un  parallélogramme  rec¬ 
tangle,  offre  de  chaque  côté  cinq  cabinets  de  bain,  dont  les  deux  derniers 
possèdent  chacun  une  piscine  de  famille,  où  l’on  peut  avoir  à  volonté  de 
l’eau  ferrugineuse  ou  de  l’eau  saline.  La  seconde  salle,  demi- circulaire, 
offre  également  dix  cabinets,  dont  chacun  est  précédé  d’un  vestiaire.  C’est 
le  bain  impérial  ferrugineux.  Ses  vingt  cabinets  sont  pourvus  d’appareils 
de  douches. 

Les  ressources  que  présente  le  joli  établissement  de  Luxeuil  sont,  comme 
on  vient  de  le  voir,  très-nombreuses.  Il  est  seulement  à  regretter  que  les 
thermes  soient,  en  partie,  construits  sur  les  sources  mêmes  qui  les  alimen¬ 
tent;  car,  comme  l’a  constaté  Dormoy,  en  1866,  les  eaux  salines  ont  subi, 
depuis  1857,  une  diminution  qui  ne  laisse  pas  de  donner  des  inquiétudes 
pour  l’avenir. 

Thérapeutique.  —  La  plupart  des  auteurs  qui  ont  traité  des  eaux  de 
Luxeuil,  se  sont  occupés,  en  même  temps,  de  celles  de  Plombières.. Sans 
vouloir  établir  ici,  entre  ces  deux  stations,  un  parallèle  dont  nous  trouvons 
les  éléments  dans  les  écrits  de  Morand,  de  Fodéré  (de  Strasbourg),  de  Bou¬ 
chet  (de  Lyon),  de  Rotureau,  nous  nous  bornerons  à  faire  remarquer  que 
les  eaux  de  Luxeuil  ont  tonjours  été  considérées  comme  moins  actives  que 
celles  de  Plombières.  Dans  le  siècle  dernier,  un  certain  nombre  de  bai¬ 
gneurs  commençaient  par  passer  une  quinzaine  de  jours  ou  un  mois  à 
Luxeuil,  avant  de  se  rendre  à  Plombières. 


801 


LUXEUIL.  -  BIBLIOGRAPHIE. 

Il  nous  semble  qu’on  établit  une  séparation  trop  complète,  pour  les 
usages  externes,  entre  la  médication  saline  et  la  médication  ferrugineuse 
de  Luxeuil.  La  température  (24°  C.)  de  la  source  du  Temple,  permettra  à 
bien  peu  dé  malades  de  prendre  des  bains  avec  cette  eau  pure,  soit  en  bai¬ 
gnoire,  soit  dans  des  piscines  où  l’on  reste  assis,  et  ibfaudra,  toujours  ou 
presque  toujours,  ajouter  une  certaine  quantité  d’eau  Sèline.  En  irrigations 
vaginales,  pratiquées  pendant  le  bain  ou  en  dehors  du  bain,  la  source  du 
Temple  pourra  être  fort  utile  dans  la  leucorrhée  et  dans  quelques  affee- 
tions  de  l’utérus.  A  l’intérieur,  elle, est  essentiellement  tonique  et  reconsti¬ 
tuante.  Aussi,  ne  sommes-nous  pas  surpris  de  voir  notre  collègue  Dela¬ 
croix  mettre  les  maladies  utérines  au  premier  rang  parmi  celles  qui 
ressortissent  aux  eaux  de  Luxeuil.  Viennent  ensuite  les  dyspepsies,  notam¬ 
ment  la  dyspepsie  atonique,  la  gastralgie,  la  chloro-anémie  et  son  cor¬ 
tège  pathologique,  l’aménorrhée,  la  dysménorrhée,  etc.;  les  névralgies, 
particulièrement  la  sciatique  ;  le  rhumal,isme  musculaire,  et  la  goutte 
chez  les  malades  névropathiques,  sujets  A. des  douleurs  viscérales;  les 
névropathies  générales,  dont  l’hystérie  peut  'être  considérée  comme  une 
forme,  rfiépa|ite  chronique.  Nous  ajouterons  à  cette  liste  les  paralysies 
par  épuisemeilt‘,''ét  les  maladies  de  la  peau  pour  le  traitenjen^t  desquelles 
la  piscine  du.Lain  des  Dames  a  joui  longtemps  d’une  grandè^éputation . 

Contre-indications  des  eaux  de  Luxeuil  :  la  pléthore  et  les  affections 
organiques.  ♦ 

Doii  Calsiet,  Traité  historique  des  eaux  et  bains  de  Plombières,  de  Bourbonne,  de  Luxeuil  et 
de  Bains.  Kancy,  1768. 

Moeakd,  Lettre  sur  des  antiquités  trouvées  à  Luxeuil,  en  Franche-Comté,  et  sur  les  eaux  ther¬ 
males  de  cette  ville  (suite  de  la  Clef  ou  Journal  sur  les  matières  du  temps,  t.  LXXIX. 
Paris,  1756).  —  Mémoire  pour  servir  à  l’hist.  nat.  et  méd.  des  eaux  de  Plombières  (Vallerius 
Lotharingiæ.  Nancy,  1769). 

Gastel,  Traité  ou  dissertation  sur  les  eaux  minérales  et  thermales  de  Luxeuil.  Besançon, 
1761. 

Fabert,  Essai  historique  sur  les  eaux  de  Luxeuil.  Paris,  1775. 

Dujelot,  Description  topographique  et  médicale  des  montagnes  de  la  Vôge  (Hïsf.  et  mém.  de  la 
Soc.  rmj.  de  médecine,  t.  Il,  1777  et  1778). 

Fodéré,  Eaux  minérales,  froides  et  chaudes  de  -Lüxeuil  (Mémoire  sur  les  eaux  minérales 
des  Vosges,  in  Joum.  cbmpl.  du  Dict.  des  sciences  médicales,  t.  Y  et  VI.  Paris,  1819  et 
18-20). 

Michel  (F.  J.  X.),  Dissertation  sur  l’emploi  des  eaux  minérales  de  Plombières  et  de  Luxeuil,  dans 
le  traitement  de  quelques  maladies  chroniques.  Thèse  de  doctorat.  Paris,  1825. 

Eevilloux  (Y.),  Recherches  sur  les  propriétés  physiques,  chimiques  et  médicinales  des  eaux  de 
Luxeuil.  Paris,  1858. 

Bouchet  (E.),  Notes  d’un  voyage  médical  aux  eaux  thermales  de  Luxeuil,  Plombières  et  Bains 
[Gaz.  méd.  de  Lyon,  1. 1,  1849). 

Delacroix  (E.),  Éludes  sur  les  eaux  de  Luxeuil  (Mém.  de  la  Soc.  d’émul.  du  Doubs.  Besançon, 
18571. —  Notices  sur  les  fouilles  faites  en  1857  et  18  )8  aux  sources  ferrugineuses  de  Luxeuil 
(même  recueil,  1862).  —  Luxeuil,  ville,  abbaye,  thermes.  Besançon,  1868.  —  Luxeuil,  anti¬ 
quités  et  thermes.  Luxeuil,  1871.  —  Communications  orales. 

Chapelaix  (P.  J.),  Bains  de  Luxeuil.  Propriétés  physiques,. chimiques  et  médicinales  des  eaux  mi- 
néro-thermales  de  Luxeuil,  nouv.  édit.  Paris,  1857. 

Billout  (.4..),  Notice  sur  les  eaux  minéro-thermales  de  Luxeuil,  et  [spécialement  sur  le  bain 
ferrugineux.  Paris,  1857. 

Lecoxte,  Études  chimiques  et  physiques  sur  les  eaux  thermales  de  Luxeuil  (Ann.  de  la  Soc. 
d'hydr.  méd.  de  Paris,  t.  YII). 


802  LUXEDIL.  —  bibliographie. 

Delaporte  (A.),  Bains  de  Luxeuil,  eaux  thermales  ferro-manganitères,  eaux  salino-thermales- 
Paris,  1862.  ■ 

îIaktin-Labzer  (A.),  Les  eaux  de  Luxeuil.  Bibliographie.  Paris,  1866. 

Dobhot  (M.),  Étude  sur  les  eaux  thermales  de  Luxeuil  [Ann.  des  Mines,  t.  XII,  1867). 

E.  Verjon. 


TABLE  DES  AUTEURS 

AVEC  INDICATION  DES  ARTICLES  CONTENDS  DANS  LE  T031E  V1NGTIÈ5IE 


Levier,  518. 

BARRALLIER.  .  Laveme.vt,  526.  —  Lobelie  (thérapeutique),  728. —  Loxios,  740. 

BŒCKEL  (Eus.).  .  .  .  Lipômç,  616. 

BŒCKEL  (EüS.  et  J.)..  -LAiiVNX,  218  (anatomie,  218;  physiologie,  227  ;  laryngoscopie,  250;  pa- 
thologi^  médicale,  247  ;  pathologie  chirurgicale,  284) . 

BUIGNET . Lithidji,  Lithike,  Sels  de  lithise,  652. 

DEMARQUAY . LisGü^  111  (anatomie,  1 11  ;  physiologie,  125;  pathologie,  129;  mé- 

dpdme  opé^toire,  179). 

DEMARQUAY  et  COUSIN.  LiTqqxRïiiE:,  656  (historique,  657  ;  description  de  l’appareil  instru¬ 
ments#,' 666  jfcoiqs  préliminaires,  manuel  opératoire  et  soins 

^  0  consécutifs,  ot8;  indications  et  contre-indic; lions,  702;  lithotritie 

™  chez  la  femtne,  706;  lithotritie  chez  les  enfants,  7o6;  emploi  du  chlo- 

roforme,  71V;  résultats  de  la  Vlhotritie,  711  ;  lithotritie  par  les  voies 
accidentelles  et  a4ifîcielles,  7jli5).  *  ' 

DESNOS . ^  LuwBAdO,  744;'  ^  ^  '  - 

DUQUESNEL . Lait  (chimie  et  pharmacie),  58.  - 

GAUCHET  (A.)..'.  ,  .  Lichex,  558  (I^hen  dîslande,  5^8;  Lichen  pulmonaire,  540).  -r- Lierre 
■  ■  •  TERRESTRE,  556.  —  Lix,  611* 

HARDY(A.).  .  Lestigo,  558.*^  Liches,  541.  , 

HARDY  (A)  et  LABARRAQUE  (E.).  Lèpre,  540. 

HÉRAUD  (A.  F.%.  .  .  Lactique  (acide),  ?5. —  Laitue,  105. — Laurier  cerise,  522.  —  La- 

VA5DE,  524 _ Lisios,  60;^ V-  Limoxades,  608.  Lisimests,  615.  — 

“  Lobelïé  (botanique  médicale),  721.  —  Locus  ou  Éclegbes,  758. 

JACCOUD  et  LABADIE-LAGRAVE.  Leucocythémie,  400  ;  considérations  générales,  400;  histo- 
.  rique,  404;  anatomie  et  physiologie  pathologiques,  400;  symptoma¬ 
tologie,  454;  nftrche,  durée,  terminaisons,  complications,  462;  étio¬ 
logie,  464;  diagnostic,  468;  pronostic,  476;  traitement,  477). 

jAVA^iEtir'7““,î .  Lunettes,  754.  - 

LANNELbNGUE^OJ^.,,,^^_,LAs.Ryp|LEs,  1  (glande  et  voies)  [anatomie,  1  ;  physiologie,  8;  pathologie, 

LAUGIER  (H.) . Lèvres,  521  (anatomie  et  physiologie,  521  ;  pathologie,  525). 

PONCET . Lit,  625;  (lit  du  premier  âge,  624  lit  ordinaire,  626;  lits  d’hôpital, 

651  ;  lits  spéciaux,  657  ;  lits  à  fractures,  642  ;  lits  militaires,  644  ; 
lits  pour  opérations,  651  ) . 

RIGAL..  Langue  (séméiologie),  194. 

SARAZlN  (Cu.)  •  Lancette,  110.  —  Ligature,  558;  (ligature' en  '  général,  558;  ligatures 

\  en  particulier,  575). 

STOLTZ . .  LEceoKRHÉB,  495. 

STRAUS  (I.) . Lait  (hygiène,  diététique  et  thérapeutique),  86. 

VAILLANT  (Léon).  .  .  Limaçon  (histoire  naturelle  médicale),  605. 

VALETTE. . Luxations,  762;  (luxations  traumatiques,  765;  luxations  consécutives, 

791  ;  luxations  congénitales,  797. 

VERJON  (E) . La  3Ialou,  105.  —  Lavey,  556. —  Losche  ou  Louesche,  755.  —  Luxedil,  798. 


;.  -  IMP.  SIMON  RAÇON  E; 


,,  rbe  d’erforth,  1